A B C D E F G H I K L M N O P Q R S T U W XYZ

    
Hsubstantif féminin, (Gramm.) c'est la huitieme lettre de notre alphabet. Voyez ALPHABET.

Il n'est pas unanimement avoüé par tous les Grammairiens que ce caractere soit une lettre, & ceux qui en font une lettre ne sont pas même d'accord entr'eux ; les uns prétendant que c'est une consonne, & les autres, qu'elle n'est qu'un signe d'aspiration. Il est certain que le plus essentiel est de convenir de la valeur de ce caractere ; mais il ne sauroit être indifférent à la Grammaire de ne savoir à quelle classe on doit le rapporter. Essayons donc d'approfondir cette question, & cherchons-en la solution dans les idées générales.

Les lettres sont les signes des élémens de la voix, savoir des sons & des articulations. Voy. LETTRES. Le son est une simple émission de la voix, dont les différences essentielles dépendent de la forme du passage que la bouche prête à l'air qui en est la matiere, voyez SON ; & les voyelles sont les lettres destinées à la représentation des sons. Voyez VOYELLES. L'articulation est une modification des sons produite par le mouvement subit & instantané de quelqu'une des parties mobiles de l'organe de la parole ; & les consonnes sont les lettres destinées à la représentation des articulations. Ceci mérite d'être développé.

Dans une thèse soutenue aux écoles de Médecine le 13 Janvier 1757 (an ut caeteris animantibus, ita & homini, sua vox peculiaris ?), M. Savary prétend que l'interception momentanée du son est ce qui constitue l'essence des consonnes, c'est-à-dire en distinguant le signe de la chose signifiée, l'essence des articulations : sans cette interception, la voix ne seroit qu'une cacophonie, dont les variations mêmes seroient sans agrément.

J'avoue que l'interception du son caractérise en quelque sorte toutes les articulations unanimement reconnues, parce qu'elles sont toutes produites par des mouvemens qui embarrassent en effet l'émission de la voix. Si les parties mobiles de l'organe restoient dans l'état où ce mouvement les met d'abord, ou l'on n'entendroit rien, ou l'on n'entendroit qu'un sifflement causé par l'échappement contraint de l'air hors de la bouche : pour s'en assûrer, on n'a qu'à réunir les levres comme pour articuler un p, ou approcher la levre inférieure des dents supérieures, comme pour prononcer un v, & tâcher de produire le son a, sans changer cette position. Dans le premier cas, on n'entendra rien jusqu'à ce que les levres se séparent ; & dans le second cas, on n'aura qu'un sifflement informe.

Voilà donc deux choses à distinguer dans l'articulation ; le mouvement instantané de quelque partie mobile de l'organe, & l'interception momentanée du son : laquelle des deux est représentée par les consonnes ? ce n'est assûrément ni l'une ni l'autre. Le mouvement en soi n'est point du ressort de l'audition ; & l'interception du son, qui est un véritable silence, n'en est pas davantage. Cependant l'oreille distingue très-sensiblement les choses représentées par les consonnes ; autrement quelle différence trouveroit-elle entre les mots vanité, qualité, qui se réduisent également aux trois sons a-i-é, quand on en supprime les consonnes ?

La vérité est que le mouvement des parties mobiles de l'organe est la cause physique de ce qui fait l'essence de l'articulation ; l'interception du son est l'effet immédiat de cette cause physique à l'égard de certaines parties mobiles : mais cet effet n'est encore qu'un moyen pour amener l'articulation même.

L'air est un fluide qui dans la production de la voix s'échappe par le canal de la bouche ; il lui arrive alors, comme à tous les fluides en pareille circonstance, que sous l'impression de la même force, ses efforts pour s'échapper, & sa vîtesse en s'échappant, croissent en raison des obstacles qu'on lui oppose ; & il est très-naturel que l'oreille distingue les différens degrés de la vîtesse & de l'action d'un fluide qui agit sur elle immédiatement. Ces accroissemens d'action instantanés comme la cause qui les produit, c'est ce qu'on appelle explosion. Ainsi les articulations sont les différens degrés d'explosion que reçoivent les sons par le mouvement subit & instantané de quelqu'une des parties mobiles de l'organe.

Cela posé, il est raisonnable de partager les articulations & les consonnes qui les représentent en autant de classes qu'il y a de parties mobiles qui peuvent procurer l'explosion aux sons par leur mouvement : de-là trois classes générales de consonnes, les labiales, les linguales, & les gutturales, qui représentent les articulations produites par le mouvement ou des levres, ou de la langue, ou de la trachée-artere.

L'aspiration n'est autre chose qu'une articulation gutturale, & la lettre h, qui en est le signe, est une consonne gutturale. Ce n'est point par les causes physiques qu'il faut juger de la nature de l'articulation ; c'est par elle-même : l'oreille en discerne toutes les variations, sans autre secours que sa propre sensibilité ; au lieu qu'il faut les lumieres de la Physique & de l'Anatomie pour en connoître les causes. Que l'aspiration n'occasionne aucune interception du son, c'est une vérité incontestable ; mais elle n'en produit pas moins l'explosion, en quoi consiste l'essence de l'articulation ; la différence n'est que dans la cause. Les autres articulations, sous l'impression de la même force expulsive, procurent aux sons des explosions proportionnées aux obstacles qui embarrassent l'émission de la voix : l'articulation gutturale leur donne une explosion proportionnée à l'augmentation même de la force expulsive.

Aussi l'explosion gutturale produit sur les sons le même effet général que toutes les autres, une distinction qui empêche de les confondre, quoique pareils & consécutifs : par exemple, quand on dit la halle ; le second a est distingué du premier aussi sensiblement par l'aspiration h, que par l'articulation b, quand on dit la balle, ou par l'articulation s, quand on dit la salle. Cet effet euphonique est nettement désigné par le nom d'articulation, qui ne veut dire autre chose que distinction des membres ou des parties de la voix.

La lettre h, qui est le signe de l'explosion gutturale, est donc une véritable consonne, & ses rapports analogiques avec les autres consonnes, sont autant de nouvelles preuves de cette décision.

1°. Le nom épellatif de cette lettre, si je puis parler ainsi, c'est-à-dire le plus commode pour la facilité de l'épellation, emprunte nécessairement le secours de l'e muet, parce que h, comme toute autre consonne, ne peut se faire entendre qu'avec une voyelle ; l'explosion du son ne peut exister sans le son. Ce caractere se prête donc, comme les autres consonnes, au système d'épellation proposé dès 1660 par l'auteur de la Grammaire générale, mis dans tout son jour par M. Dumas, & introduit aujourd'hui dans plusieurs écoles depuis l'invention du bureau typographique.

2°. Dans l'épellation on substitue à cet e muet la voyelle nécessaire, comme quand il s'agit de toute autre consonne : de même qu'avec b on dit, ba, bé, bi, bo, bu, &c. ainsi avec h on dit, ha, hé, hi, ho, hu, &c. comme dans hameau, héros, hibou, hoqueton, hupé, &c.

3°. Il est de l'essence de toute articulation de précéder le son qu'elle modifie, parce que le son une fois échappé n'est plus en la disposition de celui qui parle, pour en recevoir quelque modification. L'articulation gutturale se conforme ici aux autres, parce que l'augmentation de la force expulsive doit précéder l'explosion du son, comme la cause précede l'effet. On peut reconnoître par-là la fausseté d'une remarque que l'on trouve dans la Grammaire françoise de M. l'abbé Regnier (Paris, 1706, in-12, p. 31.), & qui est répétée dans la Prosodie françoise de M. l'abbé d'Olivet, page 36. Ces deux auteurs disent que l'h est aspirée à la fin des trois interjections ah, eh, oh. A la vérité l'usage de notre orthographe place ce caractere à la fin de ces mots ; mais la prononciation renverse l'ordre, & nous disons, ha, hé, ho. Il est impossible que l'organe de la parole fasse entendre la voyelle avant l'aspiration.

4°. Les deux lettres f & h ont été employées l'une pour l'autre ; ce qui suppose qu'elles doivent être de même genre. Les Latins ont dit fircum pour hircum, fostem pour hostem, en employant f pour h ; & au contraire ils ont dit heminas pour feminas, en employant h pour f. Les Espagnols ont fait passer ainsi dans leur langue quantité de mots latins, en changeant f en h : par exemple, ils disent, hablar, (parler), de fabulari ; hazer, (faire), de facere ; herir, (blesser), de ferire ; hado, (destin), de fatum ; higo, (figue), de ficus ; hogar, (foyer), de focus, &c.

Les Latins ont aussi employé v ou s pour h, en adoptant des mots grecs : veneti vient de , Vesta de , vestis de , ver de , &c. & de même super vient de , septem de , &c.

L'auteur des grammaires de Port-Royal fait entendre dans sa Méthode espagnole, part. I. chap. iij. que les effets presque semblables de l'aspiration h & du sifflement f ou v ou s, sont le fondement de cette commutabilité, & il insinue dans la Méthode latine, que ces permutations peuvent venir de l'ancienne figure de l'esprit rude des Grecs, qui étoit assez semblable à f, parce que, selon le témoignage de S. Isidore, on divisa perpendiculairement en deux parties égales la lettre H, & l'on prit la premiere moitié pour signe de l'esprit rude, & l'autre moitié pour symbole de l'esprit doux. Je laisse au lecteur à juger du poids de ces opinions, & je me réduis à conclure tout de nouveau que toutes ces analogies de la lettre h avec les autres consonnes, lui en assûrent incontestablement la qualité & le nom.

Ceux qui ne veulent pas en convenir soûtiennent, dit M. du Marsais, que ce signe ne marquant aucun son particulier analogue au son des autres consonnes, il ne doit être considéré que comme un signe d'aspiration. Voyez CONSONNE. Je ne ferai point remarquer ici que le mot son y est employé abusivement, ou du-moins dans un autre sens que celui que je lui ai assigné dès le commencement, & je vais au contraire l'employer de la même maniere, afin de mieux assortir ma réponse à l'objection : je dis donc qu'elle ne prouve rien, parce qu'elle prouveroit trop. On pourroit appliquer ce raisonnement à telle classe de consonne que l'on voudroit, parce qu'en général les consonnes d'une classe ne marquent aucun son particulier analogue au son des consonnes d'une autre classe : ainsi l'on pourroit dire, par exemple, que nos cinq lettres labiales b, p, v, f, m, ne marquant aucuns sons particuliers analogues aux sons des autres consonnes, elles ne doivent être considérées que comme les signes de certains mouvemens des levres. J'ajoûte que ce raisonnement porte sur un principe faux, & qu'en effet la lettre h désigne un objet de l'audition très-analogue à celui des autres consonnes, je veux dire une explosion réelle des sons. Si l'on a cherché l'analogie des consonnes ou des articulations dans quelqu'autre chose, c'est une pure méprise.

Mais, dira-t-on, les Grecs ne l'ont jamais regardée comme telle ; c'est pour cela qu'ils ne l'ont point placée dans leur alphabet, & que dans l'écriture ordinaire ils ne la marquent que comme les accens au-dessus des lettres : & si dans la suite ce caractere a passé dans l'alphabet latin, & de-là dans ceux des langues modernes, cela n'est arrivé que par l'indolence des copistes qui ont suivi le mouvement des doigts & écrit de suite ce signe avec les autres lettres du mot, plûtôt que d'interrompre ce mouvement pour marquer l'aspiration au-dessus de la lettre. C'est encore M. du Marsais (ibid.) qui prête ici son organe à ceux qui ne veulent pas même reconnoître h pour une lettre ; mais leurs raisons demeurent toujours sans force sous la main même qui étoit la plus propre à leur en donner.

Que nous importe en effet que les Grecs ayent regardé ou non ce caractere comme une lettre, & que dans l'écriture ordinaire ils ne l'ayent pas employé comme les autres lettres ? n'avons-nous pas à opposer à l'usage des Grecs celui de toutes les Nations de l'Europe, qui se servent aujourd'hui de l'alphabet latin, qui y placent ce caractere, & qui l'employent dans les mots comme toutes les autres lettres ? Pourquoi l'autorité des modernes le céderoit-elle sur ce point à celle des anciens, ou pourquoi ne l'emporteroit-elle pas, du-moins par la pluralité des suffrages ?

C'est, dit-on, que l'usage moderne ne doit son origine qu'à la négligence de quelques copistes malhabiles, & que celui des Grecs paroît venir d'une institution réfléchie. Cet usage qu'on appelle moderne est pourtant celui de la langue hébraïque, dont le hé , n'est rien autre chose que notre h ; & cet usage paroît tenir de plus près à la premiere institution des lettres, & au seul tems où, selon la judicieuse remarque de M. Duclos (Remarq. sur le v. chap. de la I. part. de la Grammaire générale), l'orthographe ait été parfaite.

Les Grecs eux-mêmes employerent au commencement le caractere H, qu'ils nomment aujourd'hui , à la place de l'esprit rude qu'ils introduisirent plus tard ; d'anciens grammairiens nous apprennent qu'ils écrivoient pour , HEKATON pour , & qu'avant l'institution des consonnes aspirées, ils écrivoient simplement la ténue & H ensuite, pour . Nous avons fidélement copié cet ancien usage des Grecs dans l'orthographe des mots que nous avons empruntés d'eux, comme dans rhétorique, théologie ; & eux-mêmes n'étoient que les imitateurs des Phéniciens à qui ils devoient la connoissance des lettres, comme l'indique encore le nom grec , assez analogue au nom hé ou heth des Phéniciens & des Hébreux.

Ceux donc pour qui l'autorité des Grecs est une raison déterminante, doivent trouver dans cette pratique un témoignage d'autant plus grave en faveur de l'opinion que je défens ici, que c'est le plus ancien usage, &, à tout prendre, le plus universel, puisqu'il n'y a guere que l'usage postérieur des Grecs qui y fasse exception.

Au surplus, il n'est pas tout-à-fait vrai qu'ils n'ayent employé que comme les accens le caractere qu'ils ont substitué à h. Ils n'ont jamais placé les accens que sur des voyelles, parce qu'il n'y a en effet que les sons qui soient susceptibles de l'espece de modulation qu'indiquent les accens, & que cette sorte de modification est très-différente de l'explosion désignée par les consonnes. Mais ce que la grammaire greque nomme esprit se trouve quelquefois sur les voyelles & quelquefois sur des consonnes. Voyez ESPRIT.

Dans le premier cas, il en est de l'esprit sur la voyelle, comme de la consonne qui la précede ; & l'on voit en effet que l'esprit se transforme en une consonne, ou la consonne en un esprit, dans le passage d'une langue à une autre ; le grec devient ver en latin ; le fabulari latin devient hablar en espagnol. On n'a pas d'exemple d'accens transformés en consonnes, ni de consonnes métamorphosées en accens.

Dans le second cas, il est encore bien plus évident que ce qu'indique l'esprit est de même nature que ce dont la consonne est le signe. L'esprit & la consonne ne sont associés que parce que chacun de ces caracteres représente une articulation, & l'union des deux signes est alors le symbole de l'union des deux causes d'explosion sur le même son. Ainsi le son de la premiere syllabe du mot grec est articulé comme le même son e dans la premiere syllabe du mot latin creo : ce son dans les deux langues est précédé d'une double articulation ; ou, si l'on veut, l'explosion de ce son y a deux causes.

Non-seulement les Grecs ont placé l'esprit rude sur des consonnes, ils ont encore introduit dans leur alphabet des caracteres représentatifs de l'union de cet esprit avec une consonne, de même qu'ils en ont admis d'autres qui représentent l'union de deux consonnes : ils donnent aux caracteres de la premiere espece le nom de consonnes aspirées, , ,

, & à ceux de la seconde le nom de consonnes doubles, , , . Comme les premieres sont nommées aspirées, parce que l'aspiration leur est commune & semble modifier la premiere des deux articulations, on pouvoit donner aux dernieres la dénomination de sifflantes, parce que le sifflement leur est commun & y modifie aussi la premiere articulation : mais les unes & les autres sont également doubles & se décomposent effectivement de la même maniere. De même que vaut , que vaut , & que vaut ; ainsi vaut , vaut KH, &

vaut TH.

Il paroît donc qu'attribuer l'introduction de la lettre h dans l'alphabet à la prétendue indolence des copistes, c'est une conjecture hasardée en faveur d'une opinion à laquelle on tient par habitude, ou contre un sentiment dont on n'avoit pas approfondi les preuves, mais dont le fondement se trouve chez les Grecs mêmes à qui l'on prête assez légerement des vûes tout opposées.

Quoi qu'il en soit, la lettre h a dans notre orthographe différens usages qu'il est essentiel d'observer.

I. Lorsqu'elle est seule avant une voyelle dans la même syllabe, elle est aspirée ou muette.

1°. Si elle est aspirée, elle donne au son de la voyelle suivante cette explosion marquée qui vient de l'augmentation de la force expulsive, & alors elle a les mêmes effets que les autres consonnes. Si elle commence le mot, elle empêche l'élision de la voyelle finale du mot précédent, ou elle en rend muette la consonne finale. Ainsi au lieu de dire avec élision funest'hasard en quatre syllabes, comme funest'ardeur, on dit funest-e-hasard en cinq syllabes, comme funest-e-combat ; au contraire, au lieu de dire au pluriel funeste-s hasards comme funeste s ardeurs, on prononce sans s funest'hasards, comme funeste'combats.

2°. Si la lettre h est muette, elle n'indique aucune explosion pour le son de la voyelle suivante, qui reste dans l'état naturel de simple émission de la voix ; dans ce cas, h n'a pas plus d'influence sur la prononciation que si elle n'étoit point écrite : ce n'est alors qu'une lettre purement étymologique, que l'on conserve comme une trace du mot radical où elle se trouvoit, plûtôt que comme le signe d'un élément réel du mot où elle est employée ; & si elle commence le mot, la lettre finale du mot précédent, soit voyelle, soit consonne, est réputée suivie immédiatement d'une voyelle. Ainsi au lieu de dire sans élision titr-e honorable, comme titr-e favorable, on dit titr'honorable, avec élision, comme titr-e onéreux : au contraire, au lieu de dire au pluriel titre'honorables, comme titre'favorables, on dit, en prononçant s, titre-s honorables, comme titre-s onéreux.

Notre distinction de l'h aspirée & de l'h muette répond à celle de l'esprit rude & de l'esprit doux des Grecs ; mais notre maniere est plus gauche que celle des Grecs, puisque leurs deux esprits avoient des signes différens, & que nos deux h sont indiscernables par la figure.

Il semble qu'il auroit été plus raisonnable de supprimer de notre orthographe tout caractere muet ; & celle des Italiens doit par-là même arriver plûtôt que la nôtre à son point de perfection, parce qu'ils ont la liberté de supprimer les h muettes ; uomo, homme ; uomini, hommes ; avere, avoir, &c.

Il seroit du-moins à souhaiter que l'on eût quelques regles générales pour distinguer les mots où l'on aspire h, de ceux où elle est muette : mais celles que quelques-uns de nos grammairiens ont imaginées sont trop incertaines, fondées sur des notions trop éloignées des connoissances vulgaires, & sujettes à trop d'exceptions : il est plus court & plus sûr de s'en rapporter à une liste exacte des mots où l'on aspire. C'est le parti qu'a pris M. l'abbé d'Olivet, dans son excellent Traité de la Prosodie françoise : le lecteur ne sauroit mieux faire que de consulter cet ouvrage, qui d'ailleurs ne peut être trop lû par ceux qui donnent quelque soin à l'étude de la langue françoise.

II. Lorsque la lettre h est précédée d'une consonne dans la même syllabe, elle est ou purement étymologique, ou purement auxiliaire, ou étymologique & auxiliaire tout à-la-fois. Elle est étymologique, si elle entre dans le mot écrit par imitation du mot radical d'où il est dérivé ; elle est auxiliaire, si elle sert à changer la prononciation naturelle de la consonne précédente.

Les consonnes après lesquelles nous l'employons en françois sont c, l, p, r, t.

1°. Après la consonne c, la lettre h est purement auxiliaire, lorsqu'avec cette consonne elle devient le type de l'articulation forte dont nous représentons la foible par j, & qu'elle n'indique aucune aspiration dans le mot radical : telle est la valeur de h dans les mots chapeau, cheval, chameau, chose, chûte, &c. L'orthographe allemande exprime cette articulation par sch, & l'orthographe angloise par sh.

Après c la lettre h est purement étymologique dans plusieurs mots qui nous viennent du grec ou de quelque langue orientale ancienne, parce qu'elle ne sert alors qu'à indiquer que les mots radicaux avoient un k aspiré, & que dans le mot dérivé elle laisse au c la prononciation naturelle du k, comme dans les mots, Achaïe, Chersonese, Chiromancie, Chaldèe, Nabuchodonosor, Achab, que l'on prononce comme s'il y avoit Akaie, Kersonèse, Kiromancie, Kaldée, Nabukodonosor, Akab.

Plusieurs mots de cette classe étant devenus plus communs que les autres parmi le peuple, se sont insensiblement éloignés de leur prononciation originelle, pour prendre celle du ch françois. Les fautes que le peuple commet d'abord par ignorance deviennent enfin usage à force de répétitions, & font loi, même pour les savans. On prononce donc aujourd'hui à la françoise, archevêque, archiépiscopal ; Achéron prédominera enfin, quoique l'opéra paroisse encore tenir pour Akéron. Dans ces mots la lettre h est auxiliaire & étymologique tout à-la-fois.

Dans d'autres mots de même origine, où elle n'étoit qu'étymologique, elle en a été supprimée totalement ; ce qui assûre la durée de la prononciation originelle & de l'orthographe analogique : tels sont les mots caractere, colere, colique, qui s'écrivoient autrefois charactere, cholere, cholique. Puisse l'usage amener insensiblement la suppression de tant d'autres lettres qui ne servent qu'à défigurer notre orthographe ou à l'embarrasser !

2°. Après la consonne l la lettre h est purement auxiliaire dans quelques noms propres, où elle donne à l la prononciation mouillée ; comme dans Milhaud (nom de ville), où la lettre l se prononce comme dans billot.

3°. H est tout à-la-fois auxiliaire & étymologique dans ph ; elle y est étymologique, puisqu'elle indique que le mot vient de l'hébreu ou du grec, & qu'il y a à la racine un p avec aspiration, c'est-à-dire un phé , ou un phi : mais cette lettre est en même tems auxiliaire, puisqu'elle indique un changement dans la prononciation originelle du p, & que ph est pour nous un autre symbole de l'articulation déjà désignée par f. Ainsi nous prononçons, Joseph, philosophe, comme s'il y avoit Josef, filosofe.

Les Italiens employent tout simplement f au lieu de ph ; en cela ils sont encore plus sages que nous, & n'en sont pas moins bons étymologistes.

4°. Après les consonnes r & t, la lettre h est purement étymologique ; elle n'a aucune influence sur la prononciation de la consonne précédente, & elle indique seulement que le mot est tiré d'un mot grec ou hébreu, où cette consonne étoit accompagnée de l'esprit rude, de l'aspiration, comme dans les mots rhapsodie, rhétorique, théologie, Thomas. On a retranché cette h étymologique de quelques mots, & l'on a bien fait : ainsi l'on écrit, trésor, trône, sans h ; & l'orthographe y a gagné un degré de simplification.

Qu'il me soit permis de terminer cet article par une conjecture sur l'origine du nom ache que l'on donne à la lettre h, au lieu de l'appeller simplement he en aspirant l'e muet, comme on devroit appeller be, pe, de, me, &c. les consonnes b, p, d, m, &c.

On distingue dans l'alphabet hébreu quatre lettres gutturales, , , , , aleph, hé, kheth, aïn, & on les nomme ahécha (Grammaire hébraïque par M. l'abbé Ladvocat, page 6.) Ce mot factice est évidemment résulté de la somme des quatre gutturales, dont la premiere est a, la seconde hé, la troisiéme kh ou ch, & la quatriéme a ou ha. Or ch, que nous prononçons quelquefois comme dans Chalcédoine, nous le prononçons aussi quelquefois comme dans chanoine ; & en le prononçant ainsi dans le mot factice des gutturales hébraïques, on peut avoir dit de notre h que c'étoit une lettre gutturale, une lettre ahécha, par contraction une acha, & avec une terminaison françoise, une ache. Combien d'étymologies reçûes qui ne sont pas fondées sur autant de vraisemblance ! (B. E. R. M.)


H(Ecriture) Il y a dans l'Ecriture trois sortes d'h, l'italienne, la coulée, & la ronde : l'italienne se forme de la partie du milieu de l'f, de la premiere partie de l'x pour sa tête, avec la premiere & la septieme partie de l'o : la coulée a les mêmes racines, si l'on en excepte sa tête, qui se tire aussi des sixieme, septieme, huitieme, & premiere parties de l'o : la ronde est un assemblage des huitieme, premiere & seconde parties de l'o ; elle prend son milieu de l'f, & la partie inférieure de l'j consonne rond ; pour son extrémité supérieure, c'est la deuxieme partie de la courbe supérieure de la seconde partie de l'o. Ces trois h se forment toutes du mouvement mixte des doigts & du poignet. Voyez nos Planches d'Ecriture.


HABACUC(Théologie) l'un des douze petits prophetes dont les prophéties sont contenues dans le canon de l'ancien testament. Voyez PROPHETE & PROPHETIE.

Ce nom s'écrit en hébreu par hheth, & signifie un lutteur ; les traducteurs grecs l'appellent Ambakoum.

On ne sait point au juste le tems auquel Habacuc a vécu ; mais comme il prédit la ruine des Juifs par les Chaldéens, on en peut conclure qu'il prophétisoit avant le regne de Sédécias ou vers celui de Manassès. Sa prophétie ne consiste qu'en trois chapitres.

S. Jérôme le confond avec un autre Habacuc dont il est fait mention dans le prophete Daniel, & à qui l'on attribue l'histoire de Bel & du dragon contenue dans le livre du même prophete dont il le fait contemporain : mais c'est une erreur que personne n'a suivie. (G)


HABARS. f. (Géogr.) ancienne ville de Perse aujourd'hui ruinée, sur la route de Sultanie à Kom, dans l'Irac-Agemi ; c'est vraisemblablement la même ville qui est nommée Ebher ou Ebcher dans les cartes de M. Delisle & d'Oléarius. Long. 67. lat. 36. 12. (D.J.)


HABASCONS. m. (Botan.) racine qui croît en Virginie ; elle est de la figure & de la grosseur de nos panais. Les Indiens la mangent. On la dit apéritive. On sent combien cette description est vague.


HABASES. m. (Hist. mod.) c'est le douzieme mois de l'année éthiopienne ; il a trente jours comme les autres mois : & l'année de cette contrée commençant au 19e d'Août, le premier jour d'Habase est le 18e de notre mois de Juillet.


HABATA(Géog.) province d'Afrique au royaume de Fez, dans la partie occidentale, près du détroit de Gibraltar.


HABDALAS. f. (Hist. mod.) cérémonie en usage chez les Juifs pour finir le jour du sabbat, & qui consiste en ce que chacun étant de retour de la priere, ce qui arrive à l'entrée de la nuit, lorsqu'on a pû découvrir quelques étoiles, on allume un flambeau ou une lampe ; le chef de famille prend du vin, des épiceries odoriférantes, les benit, les flaire, pour commencer sa semaine par une sensation agréable, & souhaite que tout réussisse heureusement dans la nouvelle semaine où l'on vient d'entrer ; ensuite il benit la clarté du feu dont on ne s'est pas encore servi, & songe à commencer à travailler. Le mot habdala signifie distinction, & on l'applique à cette cérémonie, pour marquer que le jour du sabbat est fini, & que celui du travail commence. Les Juifs en se saluant ce soir-là ne se disent pas bon soir, mais Dieu vous donne une bonne semaine. Dictionnaire des Arts. (G)


HABES. f. (Hist. mod.) vêtement des Arabes. C'est ou une casaque toute d'une venue, d'un gros camelot rayé de blanc ; ou une grande veste blanche d'une étoffe tissue de poil de chevre & de lin, qui leur descend jusqu'aux talons, & dont les manches tombent sur leurs bras, comme celles de nos moines Bernardins & Bénédictins. La habe avec le capuchon est sur-tout à l'usage des Arabes de Barbarie qui demeurent dans les campagnes, où ils vivent sous des tentes, loin des villes dont ils méprisent le séjour & les habitans.


HABEAS CORPUS(Jurisprud. d'Angleterre) loi commune à tous les sujets anglois, & qui donne à un prisonnier la facilité d'être élargi sous caution.

Pour bien entendre cette loi, il faut savoir que lorsqu'un Anglois est arrêté, à-moins que ce ne soit pour crime digne de mort, il envoye une copie du mittimus au chancelier, ou à quelque juge de l'échiquier que ce soit, lequel est obligé, sans déplacer, de lui accorder l'acte nommé habeas corpus. Sur la lecture de cet acte, le geolier ou concierge doit amener le prisonnier, & rendre compte des raisons de sa détention au tribunal auquel l'acte est renvoyé. Alors le juge prononce si le prisonnier est dans le cas de pouvoir donner caution ou non ; s'il n'est pas dans le cas de la donner, il est renvoyé dans la prison ; s'il en a le droit, il est renvoyé sous caution.

C'est un des plus beaux privileges dont une nation libre puisse jouir ; car en conséquence de cet acte, les prisonniers d'état ont le droit de choisir le tribunal où ils veulent être jugés, & d'être élargis sous caution, si on n'allegue point la cause de leur détention, ou qu'on differe de les juger.

Cette loi nécessaire pour prévenir les emprisonnemens arbitraires dont un roi se serviroit pour se rendre absolu, pourroit avoir de fâcheuses suites dans les cas extraordinaires, par exemple dans une conspiration, où l'observation exacte des formalités favoriseroit les mal-intentionnés, & assûreroit aux personnes suspectes la facilité d'exécuter leurs mauvais desseins. Il semble donc que dans des cas de cette nature le bien public demande qu'on suspende la loi pour un certain tems ; & en effet depuis son établissement, elle l'a été quelquefois en Angleterre.

Elle le fut pour un an en 1722, parce qu'il y avoit des bruits d'une conspiration formée contre le roi George I. & contre l'état. Les seigneurs qui opinerent alors dans la chambre haute pour cette suspension, dirent que quand un acte devenoit contraire au bien public par des circonstances rares & imprévûes, il falloit nécessairement le mettre à l'écart pour un certain tems ; que dans la République Romaine composée du pouvoir royal, de celui des nobles, & de celui du peuple représenté par le sénat & les tribuns, les consuls n'avoient qu'un pouvoir assez limité ; mais qu'au premier bruit d'une conspiration, ces magistrats étoient dès-lors revêtus d'une autorité suprème, pour veiller à la conservation de la république. Cependant d'autres seigneurs attaquerent la suspension en général, & plus encore la durée, à laquelle ils s'opposerent par de fortes raisons. Ils soutinrent qu'un tel bill accordoit au roi d'Angleterre un pouvoir aussi grand que l'étoit celui d'un dictateur romain ; qu'il faudroit que personne ne fût arrêté, qu'on ne lui nommât le délateur qui l'auroit rendu suspect, afin qu'il parût que la conspiration ne servoit pas de couverture à d'autres sujets de mécontentement ; que l'acte habeas corpus n'avoit pas encore été suspendu pour plus de six mois ; qu'en le suspendant pour un an, on autoriseroit par ce funeste exemple le souverain à en demander la prorogation pour une seconde année ou davantage : au moyen de quoi l'on anéantiroit insensiblement l'acte qui assûroit mieux que tout autre la liberté de la nation.

" Il est vrai, dit à ce sujet l'auteur de l'Esprit des loix, que si la puissance législative laisse à l'exécutrice le droit d'emprisonner des citoyens qui pourroient donner caution de leur conduite, il n'y a plus de liberté ; mais s'ils ne sont arrêtés que pour répondre sans délai à une accusation que la loi a rendu capitale, alors ils sont réellement libres, puisqu'ils ne sont soumis qu'à la puissance de la loi. Enfin si la puissance législative se croit en danger par quelque conspiration secrette contre l'état, ou quelque intelligence avec les ennemis du dehors, elle peut, pour un tems court & limité, permettre à la puissance exécutrice de faire arrêter les citoyens suspects, qui ne perdront leur liberté pour un tems, que pour la conserver pour toujours ". (D.J.)


HABELSCHWERDA(Géog.) ville de Bohème, au comté de Glatz.


HABERWERTH(Géog.) jolie ville de Bohème, sur la Neiss, au comté de Glatz.


HABHAZZISS. f. (Hist. nat. Botan.) nom donné par quelques auteurs à une plante d'Afrique qui produit sous terre un fruit en petits globules, qui a le goût d'une amande, & qui est attaché à la racine de la plante par des petites fibres ou filets. Les Africains s'en nourrissent, & les Espagnols les appellent avellana, parce que ce fruit ressemble à des avelines. On dit que la plante qui la produit est le trasi. Voyez Supplém. de Chambers.


HABILE(Gramm.) terme adjectif, qui, comme presque tous les autres, a des acceptions diverses, selon qu'on l'employe : il vient évidemment du latin habilis, & non pas, comme le prétend Pezron, du celte abil : mais il importe plus de savoir la signification des mots que leur source.

En général il signifie plus que capable, plus qu'instruit, soit qu'on parle d'un général, ou d'un savant, ou d'un juge. Un homme peut avoir lû tout ce qu'on a écrit sur la guerre, & même l'avoir vûe, sans être habile à la faire : il peut être capable de commander ; mais pour acquérir le nom d'habile général, il faut qu'il ait commandé plus d'une fois avec succès.

Un juge peut savoir toutes les loix, sans être habile à les appliquer. Le savant peut n'être habile ni à écrire, ni à enseigner. L'habile homme est donc celui qui fait un grand usage de ce qu'il sait. Le capable peut, & l'habile exécute.

Ce mot ne convient point aux arts de pur génie ; on ne dit pas un habile poëte, un habile orateur ; & si on le dit quelquefois d'un orateur, c'est lorsqu'il s'est tiré avec habileté, avec dextérité d'un sujet épineux.

Par exemple, Bossuet ayant à traiter dans l'oraison funebre du grand Condé l'article de ses guerres civiles, dit qu'il y a une pénitence aussi glorieuse que l'innocence même. Il manie ce morceau habilement, & dans le reste il parle avec grandeur.

On dit habile historien, c'est-à-dire historien qui a puisé dans de bonnes sources, qui a comparé les relations, qui en juge sainement, en un mot qui s'est donné beaucoup de peine. S'il a encore le don de narrer avec l'éloquence convenable, il est plus qu'habile, il est grand historien, comme Tite-Live, de Thou.

Le mot d'habile convient aux arts qui tiennent à-la-fois de l'esprit & de la main, comme la Peinture, la Sculpture. On dit un habile peintre, un habile sculpteur, parce que ces arts supposent un long apprentissage ; au lieu qu'on est poëte presque tout d'un coup, comme Virgile, Ovide, &c. & qu'on est même orateur sans avoir beaucoup étudié, ainsi que plus d'un prédicateur.

Pourquoi dit-on pourtant habile prédicateur ? c'est qu'alors on fait plus d'attention à l'art qu'à l'éloquence ; & ce n'est pas un grand éloge. On ne dit pas du sublime Bossuet, c'est un habile faiseur d'oraisons funebres. Un simple joueur d'instrumens est habile ; un compositeur doit être plus qu'habile, il lui faut du génie. Le metteur en oeuvre travaille adroitement ce que l'homme de goût a dessiné habilement.

Dans le style comique, habile peut signifier diligent, empressé. Moliere fait dire à M. Loyal :

.... Que chacun soit habile

A vuider de céans jusqu'au moindre ustensile.

Un habile homme dans les affaires est instruit, prudent, & actif : si l'un de ces trois mérites lui manque, il n'est point habile.

L'habile courtisan emporte un peu plus de blâme que de louange ; il veut dire trop souvent habile flateur, il peut aussi ne signifier qu'un homme adroit, qui n'est ni bas ni méchant. Le renard qui, interrogé par le lion sur l'odeur qui exhale de son palais, lui répond qu'il est enrhûmé, est un courtisan habile. Le renard qui pour se vanger de la calomnie du loup, conseille au vieux lion la peau d'un loup fraîchement écorché, pour réchauffer sa majesté, est plus qu'habile courtisan. C'est en conséquence qu'on dit, un habile fripon, un habile scélérat.

Habile, en Jurisprudence, signifie reconnu capable par la loi ; & alors capable veut dire ayant droit, ou pouvant avoir droit. On est habile à succéder ; les filles sont quelquefois habiles à posséder une pairie ; elles ne sont point habiles à succéder à la couronne.

Les particules a, dans, & en, s'employent avec ce mot. On dit, habile dans un art, habile à manier le ciseau, habile en Mathématiques.

On ne s'étendra point ici sur le moral, sur le danger de vouloir être trop habile, ou de faire l'habile homme ; sur les risques que court ce qu'on appelle une habile femme, quand elle veut gouverner les affaires de sa maison sans conseil.

On craint d'enfler ce Dictionnaire d'inutiles déclamations ; ceux qui président à ce grand & important Ouvrage doivent traiter au long les articles des Arts & des Sciences qui instruisent le public ; & ceux auxquels ils confient de petits articles de littérature doivent avoir le mérite d'être courts.


HABILEMENTadv. a les mêmes acceptions ; il travaille, il joue, il enseigne habilement ; il a surmonté habilement cette difficulté. Ce n'est guere la peine d'en dire davantage sur ces petites choses.


HABILETÉS. f. (Gramm.) ce mot est à capacité ce qu'habile est à capable ; habileté dans une science, dans un art, dans la conduite.

On exprime une qualité acquise, en disant, il a de l'habileté ; on exprime une action en disant, il a conduit cette affaire avec habileté.


HABILITATIONS. f. (Jurisprud.) est l'action de procurer à quelqu'un l'habileté ou capacité de faire quelque chose ; par exemple le consentement du pere de famille habilite le fils de famille à s'obliger ; l'autorisation du mari habilite la femme à contracter ; les lettres de naturalité habilitent les étrangers à posséder en France des offices & bénéfices. Voyez REHABILITATION. (A)


HABILLAGES. m. voyez HABILLER, (Cuisine, Pelletier, Potier de terre, &c.)


HABILLÉadj. terme de Blason. Il ne se dit que des figures d'hommes & de femmes couvertes de leurs habits. On dit aussi un navire d'or habillé d'argent, pour dire, qu'il a ses voiles & ses agrès. Dictionnaire de Trévoux.


HABILLEMENTS. m. voyez HABIT.

HABILLEMENT, ÉQUIPEMENT, & ARMEMENT DES TROUPES, (Art milit.) Ces trois dénominations expriment collectivement les divers effets uniformes qui servent à habiller, à équiper, & à armer les cavaliers, hussards, dragons & soldats. Nous donnerons ci-après des devis détaillés de ces effets.

Cette opération doit suivre immédiatement celle des enrollemens dont nous traiterons dans un article particulier ; voyez LEVEE DE TROUPES, & précéder celle des exercices, matiere approfondie au-moins dans les préceptes & dans la théorie. Voyez EXERCICE, ÉVOLUTION. Toutes trois par un concours mutuel tendent à l'amélioration de la police, de l'art, & du méchanisme de la guerre.

Dans notre ancienne institution militaire, presque tous les corps étoient livrés à une routine arbitraire qui se plioit aux caprices des colonels, & perpétuoit les défectuosités & les abus. Un ministre chéri de tout le militaire, animé d'un zele ardent pour la perfection du service, apperçut le desordre, & s'appliqua à y remédier. Occupé des plus grands objets, M. le comte d'Argenson ne dédaigna pas de descendre aux moindres détails : on essaya des changemens, on multiplia les épreuves ; un plan de réforme, fruit des méditations d'illustres guerriers, fut arrêté ; & enfin la qualité, l'espece, la quantité, la forme & les proportions de chaque partie d'habillement, d'équipement & d'armement, furent sous son ministere, successivement déterminées par plusieurs ordonnances & réglemens que nous ne ferons ici que rapprocher & résumer. Les colonels, commandans & majors des corps, ne doivent y permettre aucune altération ni changement, à peine de répondre des contraventions.

Lorsque le roi ordonne la levée d'un régiment, Sa Majesté pourvoit, pour cette premiere fois, par un traitement particulier accordé aux capitaines, à la dépense de l'habillement, de l'équipement, & de l'armement à neuf de chaque troupe.

Et pour assûrer d'une maniere stable & uniforme l'entretien de toutes les parties qui en dépendent, elle a réglé qu'elles ne seroient plus renouvellées en totalité, mais seulement par tiers, par quart, ou suivant la partie jugée nécessaire par les inspecteurs généraux de ses troupes ; disposition nouvelle par laquelle on a judicieusement sacrifié l'agrément du coup d'oeil à l'utilité.

Au moyen du traitement que le roi fait à ses troupes, tant de cavalerie que d'infanterie, soit à titre de solde pour les unes & les autres, soit à titre d'ustensile ou d'écus de campagne pour celles de cavalerie, les cavaliers, hussards & dragons sont obligés de s'entretenir en tout tems de linge, de culottes, bas & souliers ; d'entretenir leurs chevaux de ferrage, de conserver leurs armes nettes, & d'y faire les menues réparations, ensorte qu'elles soient toûjours en bon état ; & les soldats de s'entretenir de linge, de chaussure, & de tenir également leurs armes propres & en bon état.

Outre ce traitement, le roi fait payer tant en paix qu'en guerre, vingt deniers par jour pour chaque sergent, & dix deniers pour chaque brigadier, cavalier, hussard, dragon & soldat, pour composer une masse toûjours complete , sans avoir égard aux hommes qui peuvent manquer dans les compagnies.

Cette masse est spécialement affectée aux dépenses principales & accessoires du renouvellement & de l'entretien de l'habillement, de l'équipement, & de l'armement des troupes. Le fonds en demeure entre les mains des trésoriers militaires, qui en donnent leurs reconnoissances aux majors ou autres officiers chargés du détail des corps, en deux billets comptables ; l'un à titre de grosse masse sur le pié de douze deniers par sergent, & de six deniers par brigadier, cavalier, hussard, dragon & soldat ; l'autre à titre de petite masse pour les huit deniers restans par sergent, & les quatre deniers par chacun des autres. Les fonds de la masse sont remis, sur la main-levée des inspecteurs généraux, aux entrepreneurs des fournitures d'habillement, d'équipement, & d'armement de chaque corps.

A l'égard des régimens d'infanterie étrangere qui sont au service du roi, & qui jouissent de traitemens différens des troupes nationales, il a été réglé une retenue de trois livres par homme sur le pié complet par mois, à titre de masse, sur la paye de paix de chaque compagnie, & de quatre livres dix sols sur la paye de guerre, dont l'emploi est affecté aux habillement, équipement, armement, & à la petite monture de ces régimens. La petite monture n'est autre chose que le linge & la chaussure dont nous avons dit que le soldat est obligé de s'entretenir sur sa solde. Pour prévenir les inconvéniens & le danger de sa négligence sur cet article qui intéresse essentiellement sa santé, on a établi une retenue journaliere sur sa paye, dont le fonds reste entre les mains de l'officier major de chaque corps. Il en fait manuellement la distribution tous les trois mois, après avoir examiné si toutes les parties de l'équipage militaire ou privé du soldat sont complete s & en bon état. Le décompte des cinq écus de campagne de la cavalerie, se fait avec la même attention en cinq payemens égaux, dans les mois de Juin, Juillet, Août, Septembre & Octobre de chaque campagne. La retenue est réglée à un sou par jour sur la solde des cavaliers, hussards & dragons, & à six deniers sur celle du soldat ; dans la pratique elle est pour l'ordinaire de deux sous pour la cavalerie, & d'un sou pour l'infanterie. Mais il ne suffit pas d'envisager ces objets sous un point de vûe général ; passons au détail des parties d'habillement, d'équipement & d'armement. La connexité & la dépendance réciproque de ces trois branches importantes de l'économie militaire, permettent de les associer sous un même article.

Habillement. L'habillement du cavalier est composé d'un justaucorps de drap de Lodeve ou de Berry, doublé de serge ou d'autre étoffe de laine ; d'une veste de peau de bufle, nommée le bufle ; d'un sarrau de toile pour panser les chevaux ; d'une culotte de peau à double ceinture, d'une seconde culotte de panne rouge, d'un chapeau de laine bordé d'un galon d'argent, & d'un manteau de drap fabriqué à deux envers.

Celui du hussard, d'une pelisse, d'une veste & d'une culotte à la hongroise, de drap bleu céleste, la pelisse doublée de peau en laine de mouton blanc ; d'une culotte de peau, d'un bonnet ou schakos de feutre blanc ou rouge, & d'un manteau de drap bleu de roi.

Celui du dragon, d'un justaucorps & d'une veste de drap doublés d'étoffe de laine, d'un sarrau de toile, d'une culotte de peau, d'une seconde culotte de panne, d'un chapeau bordé en argent, & d'un manteau.

Et celui du soldat, d'un justaucorps de drap doublé d'étoffe de laine, d'une veste de tricot ou d'autre étoffe équivalente aussi doublée, d'une culotte de même étoffe sans doublure, d'un caleçon de toile pour tenir lieu de doublure, & d'un chapeau bordé d'or ou d'argent faux. Les chapeaux des milices de terre sont bordés en poil de chevre blanc ; ceux des soldats gardes-côtes en laine blanche, les bords ayant seize à dix-sept lignes de large.

Les justaucorps sont coupés sur des patrons de trois tailles, grande, moyenne & petite. Ceux de la moyenne doivent avoir trois piés quatre pouces six lignes de hauteur par-devant, & trois piés trois pouces six lignes par-derriere ; ceux de la grande taille un pouce & demi de plus ; ceux de la petite un pouce & demi de moins, & les largeurs proportionnées. Les bufles & vestes doivent être plus courtes de huit à neuf pouces que les justaucorps.

Les paremens des manches sont ronds, de six pouces de haut & de dix-huit pouces de tour ; les pattes sans poches, les poches placées dans les plis de l'habit. Celui du cavalier est garni de deux épaulettes ; celui du dragon d'une seule placée sur l'épaule gauche. Les quantités d'étoffes qui doivent entrer dans chaque partie d'habillement, sont déterminées par les ordonnances qu'on peut consulter.

Les brigadiers & carabiniers dans la cavalerie & dans les dragons à cheval, & les sergens, caporaux & anspessades dans les dragons à pié & dans l'infanterie, sont distingués par des galons d'or, d'argent ou de laine, diversement attachés sur les paremens des manches. Ces marques distinctives sont nécessaires dans les divers détails du service, & sur-tout pour l'accord & la régularité dans l'ordonnance des escadrons & des bataillons. Les tambours des régimens royaux sont habillés à la livrée du Roi ; ceux des régimens de gentilshommes à la livrée des colonels.

Les chapeaux doivent être fabriqués de laine d'agneaux, & exactement feutrés ; ceux de la cavalerie du poids de treize, quatorze & quinze onces, petits, moyens & grands ; ceux des dragons de douze, treize & quatorze onces ; & ceux de l'infanterie de dix, onze & douze onces ; tous d'environ quatre pouces de hauteur de forme, à peine de confiscation & d'amende contre les fabriquans & entrepreneurs, en cas de contravention.

Lorsque les cavaliers, hussards, dragons ou soldats d'une compagnie ne se trouvent pas habillés, équipés & armés, suivant le prescrit des ordonnances, l'inspecteur général ou le commissaire des guerres chargé de la police du corps, ordonnent la retenue des appointemens du capitaine, jusqu'à ce que sa troupe ait été mise de tout point en bon état.

Et lorsqu'après six ans de service ils reçoivent leurs congés absolus dans l'ordre de leur ancienneté, ils emportent de droit leur habit, linge & chapeau ; mais le capitaine a l'option de leur laisser l'habit, ou de leur donner à chacun quinze livres comptant, en les renvoyant avec la veste, le linge & le chapeau.

Equipement. L'équipement du cavalier est composé d'une cartouche à douze coups, d'une bandouliere de bufle, d'un ceinturon aussi de bufle à deux pendans, de bottes molles, guêtres & souliers, d'une besace de toile de coutil, de chemises, col noir & bonnet, de gants, cordon de sabre & coquarde.

Celui du hussard, d'une cartouche à vingt coups, d'une bandouliere, d'un ceinturon & de bottes molles à la hongroise, d'une écharpe & d'un sabretache rouges, d'une besace, de chemises, col noir, bonnet, gants & cordon de sabre.

Celui du dragon, d'une demi-giberne à trente coups, d'une bandouliere, d'un ceinturon à un pendant, de bottines, guêtres & souliers, d'une besace, de chemises, col, bonnet, gants, cordon de sabre & coquarde.

Et celui du fantassin, d'une demi-giberne à trente coups, d'une bandouliere, d'un ceinturon en couteau de chasse, d'un havresac de coutil, de chemises, col, bonnet, guêtres, souliers & coquarde. Le grenadier a une giberne & un ceinturon à deux pendans.

Tout ce qui compose l'équipage du soldat, étant d'un usage indispensable & de nécessité physique, on doit avoir grande attention à ce qu'il soit exactement complet : mais on ne doit pas en donner moins à empêcher qu'il ne se charge de nippes & d'effets superflus, qui dans les marches accablent par leur poids les hommes & les chevaux, en même-tems qu'ils amollissent le soldat dans le repos : " on peut savoir que jamais on n'a prétendu rendre la discipline & la vigueur à une armée, qu'en bannissant le luxe relatif ; que les soldats & les subalternes ont leur luxe ainsi que les autres ".

La visite des besaces & havresacs fait partie des devoirs des maréchaux des logis dans la cavalerie, & des sergens dans l'infanterie, sous l'autorité des officiers respectifs. Cet objet pour être moins relevé, n'en est pas moins important, & ne seroit pas indigne de l'attention des officiers supérieurs ; mais loin de s'y abaisser, eux-mêmes ne tombent que trop souvent dans l'excès à cet égard, par la quantité & la vaine somptuosité de leurs équipages de guerre. La nation ne peut se dissimuler le besoin qu'elle a d'exemples d'austérité & de simplicité en ce genre.

Nous ne rappellerons pas ici ce que nous avons dit ailleurs de plusieurs menus effets & ustensiles dont la cartouche, la giberne & la demi-giberne doivent être garnies (voyez GIBERNE), non plus que ce qui a trait à l'équipement des chevaux de la cavalerie. Voyez les institutions militaires de M. de la Porterie.

Armement. L'armement du cavalier est composé d'un mousqueton, de deux pistolets & d'un sabre, avec un plastron & une calotte.

Celui du hussard, d'un mousqueton, de deux pistolets & d'un sabre.

Celui du dragon, d'un fusil avec la bayonnette à douille, d'un pistolet & d'un sabre.

Et celui du fantassin, d'un fusil avec la bayonnette, & d'une épée, excepté le grenadier qui porte un sabre au lieu d'épée. Voyez GRENADIER.

La longueur du mousqueton est de trois piés six pouces six lignes, le canon ayant deux piés quatre pouces.

Celle du fusil, de quatre piés dix pouces, le canon ayant trois piés huit pouces depuis la lumiere jusqu'à l'extrémité.

Celle du pistolet monté, de seize pouces.

Le calibre des mousquetons, fusils & pistolets, est reglé à une balle de dix-huit à la livre.

La bayonnette à dix-huit pouces de longueur, la douille comprise.

Le sabre est la principale arme de la cavalerie, comme l'est pour l'infanterie le fusil armé de sa bayonnette.

Le sabre de la cavalerie & des dragons est monté à poignée de cuivre à double branche, la lame à dos, de trente-trois pouces de longueur.

Celui des hussards courbé, à monture de cuivre, la poignée couverte de cuir bouilli crenelé, la lame à dos, de trente-cinq pouces de longueur, & de quatorze lignes de large.

Celui du grenadier aussi courbé, à poignée & monture de cuivre, la lame à dos, de trente-un pouces de long.

L'épée à monture de cuivre, la lame à dos, de vingt-six pouces de longueur.

Le sentiment de plusieurs bons officiers de nos jours, étoit qu'on supprimât l'épée du fantassin, comme superflue au moyen de la bayonnette, & incommode dans une action. Pour bonnes considérations sans-doute, on a adopté le parti contraire ; mais en même tems on a dépouillé cette arme de ce qui la rendoit embarrassante. La monture est unie, à demi-coquille, & la lame courte & forte : c'étoit ainsi que la portoient les Romains, nos modeles & nos maîtres dans la science des armes.

Chaque chambrée doit être pourvûe, paix ou guerre, d'une tente, d'une marmite, d'une gamelle & d'un barril ou bidon ; & chaque compagnie de cavalerie & de dragons, en guerre, de sacs à fourrages & de hachoirs.

Les dragons à cheval portent au lieu du second pistolet, une hache, une pelle, ou autre outil propre à remuer la terre & à ouvrir des passages.

Dans chaque compagnie de dragons à pié de soixante hommes, il y a vingt outils, dont huit grosses haches, quatre pelles, quatre pioches, & quatre serpes.

Il doit y en avoir dix dans chaque compagnie d'infanterie de quarante hommes, dont trois pelles, trois pioches, deux haches & deux serpes.

Dans les compagnies des grenadiers, dix grenadiers portent de grosses haches, tous les autres des haches à marteaux, avec des pelles & pioches.

Les outils sont enfermés dans des étuis de cuir ; il seroit à desirer que l'on fournît aussi des sacs de toile pour les marmites & gamelles.

Milices. Il n'y a point de masse établie pour l'habillement & l'armement des milices. Le Roi y pourvoit directement, en faisant verser de ses magasins & arsenaux & répartir dans les provinces, les parties nécessaires à chaque bataillon.

L'équipement des soldats de milice est fourni par les paroisses pour lesquelles ils servent, & composé pour chacun d'une veste & d'une culotte, d'un chapeau, d'une paire de guêtres & d'une paire de souliers, de deux chemises, un col noir & un havresac.

Officiers. L'habillement des officiers doit être en tout semblable à celui du soldat, excepté que les étoffes sont d'une qualité supérieure. Leurs manteaux ou redingotes doivent être aussi des couleurs affectées à chaque régiment. Il est expressément défendu aux officiers de porter, étant à leurs corps, d'autre habit que l'uniforme, comme le plus décent & le plus convenable pour les faire reconnoître & respecter du soldat ; comme aussi d'y faire des changemens, ni d'y ajoûter aucuns ornemens superflus, sous peine d'interdiction.

L'armement des officiers est composé pour la cavalerie de deux pistolets, d'une épée à monture de cuivre doré, la lame à dos de trente-un pouces de long, & d'une cuirasse.

Pour les hussards, de deux pistolets & d'un sabre courbé, la monture de cuivre doré, la lame pareille à celle des hussards.

Pour les dragons, d'un fusil avec la bayonnette, de deux pistolets, & d'une épée semblable à celles de la cavalerie, avec une gibeciere garnie de six cartouches.

Et pour l'infanterie, d'un esponton & d'une épée.

Les officiers & les sergens de grenadiers sont armés de fusils & bayonnettes avec la gibeciere ; les sergens des compagnies de fusiliers, de halebardes & d'épées.

Le haussecol n'est ni arme, ni armure : il est seulement la marque du service actuel des officiers d'infanterie, ainsi que le sont les bottes & les bottines, du service actuel des officiers de cavalerie & de dragons.

On a souvent proposé de faire armer tous les officiers & sergens d'infanterie, comme le soldat : c'étoit bien aussi le sentiment de M. le maréchal de Puysegur, qui doit être d'un grand poids dans cette matiere. Ce qui forme un puissant préjugé en faveur de cette méthode, c'est qu'encore qu'elle soit proscrite par les ordonnances, la pratique ordinaire des officiers dans une action, est d'abandonner l'esponton, & de saisir un fusil armé de sa bayonnette. Voici une nouvelle autorité : " Le fusil avec sa bayonnette, dit un auteur accrédité, étant tout-à-la-fois arme à feu & halebarde, pourquoi les sergens & officiers n'en portent-ils pas ? Pourquoi se prive-t-on ainsi de cinq armes par compagnie, qui seroient portées par ce qu'il y a de meilleur " ?

Nous avons dit que le soldat doit entretenir son armure, & y faire les menues réparations dont elle a besoin : il faut l'obliger aussi à la tenir dans la plus grande propreté. " Les Romains avoient fort à coeur cette propreté dans leurs soldats ; ils les forçoient à nettoyer & à fourbir souvent leurs cuirasses, leurs casques & leurs lances, persuadés que l'éclat des armes imposoit beaucoup à l'ennemi ".

Nous ne parlerons pas ici des uniformes des officiers généraux, de ceux des états-majors des armées, des aides-de-camp, des commissaires des guerres, des chirurgiens militaires, & d'autres établis par divers réglemens auxquels nous renvoyons. On s'étonne qu'il n'en ait pas encore été déterminé un pour les officiers des états-majors des places de guerre, qui puisse en toute occasion les faire reconnoître dans les fonctions importantes & purement militaires dont ils sont chargés.

Il est défendu à tous sujets, autres que les militaires, de porter aucun habit uniforme des troupes ; à tous marchands d'en acheter & exposer en vente, même d'en garder dans leurs magasins, à peine de confiscation & de deux cent livres d'amende ; & à tous cavaliers, hussards, dragons & soldats, de vendre leurs habits, armes ou autres effets uniformes, sous peine des galeres perpétuelles.

Les officiers même ne peuvent vendre les armes de leurs compagnies, à peine de cassation ; ni les armuriers ou autres, les acheter, à peine de confiscation & de cinq cent livres d'amende. Les armes de réforme sont déposées dans les arsenaux du Roi, & Sa Majesté, sur l'estimation qui en est faite, pourvoit au dédommagement des capitaines.

Ils doivent faire retirer des hôpitaux les habillemens, armemens, effets & argent des soldats décédés, dans l'an & jour de la date du décès ; ce tems passé, ils demeurent au profit des entrepreneurs des hôpitaux.

Aucun officier ne doit habiller ses valets de l'uniforme du soldat, à peine contre l'officier de cassation, & contre les valets, d'être punis comme passe-volans.

M. le maréchal de Saxe, dont la mémoire est à jamais consacrée dans nos fastes militaires, avoit suggéré plusieurs changemens avantageux dans l'habillement de nos troupes ; mais ses idées sur cet article, toutes lumineuses & salutaires qu'elles sont, paroissent à beaucoup d'égards trop éloignées de nos moeurs, & peut-être de nos préjugés. Nos yeux seroient blessés de l'aspect d'un bataillon chaussé de sandales semelées de bois, & de soldats en vestes, couverts de manteaux à la turque, avec des capuchons & des perruques de peau d'agneau. D'ailleurs seroit-il bien aisé de soumettre à cet accoutrement sauvage, l'esprit vain du soldat françois jaloux de parure, & qui pour l'ordinaire a autant d'amour propre que de bravoure ?

Nous pensons qu'on peut se fixer à ce qui est établi par rapport à l'habillement de nos troupes, surtout si les commandans des corps portent leur attention comme ils le doivent, à empêcher toute manoeuvre contraire au bien du service dans cette partie, soit de la part des entrepreneurs toûjours avides, soit de celle des officiers députés des corps, qui ne sont pas tous également inaccessibles à la seduction. Cet habillement, dans sa bisarrerie même, est approprié aux usages & au caractere de la nation ; & cette conformité est une raison de préférence, parce qu'en matiere de goût & d'opinion, la volonté générale doit être consultée.

Les proportions reglées à trois hauteurs & largeurs, fournissent à toutes les tailles des justaucorps & des vestes amples & aisés. Nous voudrions que les culottes fussent plus hautes & plus profondes, afin de laisser plus de liberté aux mouvemens du soldat dans les exercices qui appartiennent à la gymnastique ; même qu'elles fussent garnies de ceintures très-larges, capables de garantir les reins contre l'humidité, lorsque le soldat est couché. Rien ne doit être négligé de ce qui tend à perfectionner les formes pour la plus grande commodité du service, & à conserver des hommes d'une espece si précieuse, sur-tout dans ce siecle belliqueux, & dans le déclin malheureusement trop sensible de notre population. Peut-être seroit-il plus avantageux encore de fournir au soldat des culottes de peau au lieu d'étoffe.

Il doit avoir deux paires de guêtres de toile, l'une blanche pour les revûes & les parades, l'autre noire pour les marches & le service ordinaire.

On a proposé de substituer aux havresacs de toile, ceux de peaux de chien ou de chevre garnies de poil, tels qu'ils sont en usage dans les troupes étrangeres ; ils ont la propriété de garantir les effets du soldat contre la pluie & l'humidité ; & cet avantage est sans-doute bien désirable. On souhaiteroit aussi des outres de peau de bouc au lieu de barrils, pour mettre la boisson du soldat.

Les besaces des cavaliers, hussards & dragons, sont faites en forme de porte-manteau, longues de l'épaisseur d'un cheval, & d'une grandeur déterminée sur la quantité de nippes, d'effets, ustensiles & denrées qu'elles doivent renfermer.

La chaussure & la coëffure des troupes sont deux points dignes de la plus grande attention, parce que la santé du soldat, conséquemment le complet des régimens & la force des armées, en dépendent essentiellement.

Les sandales ou galoches à semelles de cuir fort garnies de clous, ne sont point une nouveauté dans nos troupes. Beaucoup de vieux soldats éclairés par une longue expérience, en font leur chaussure ordinaire dans les mauvais tems. On a imaginé depuis peu pour nos troupes employées en Canada, des souliers ferrés à doubles semelles fortes, garnis de clous rivés entre deux cuirs, qui résistent long-tems aux plus rudes épreuves, & préservent le pié de toute humidité ; il seroit à desirer que l'usage en fût rendu général pendant l'hiver & dans les marches difficiles ; mais la vanité françoise révoltée ne manquera pas de proscrire encore cette salutaire invention.

Le maréchal de Saxe releve avec raison l'incommodité & le danger de la coëffure de nos soldats. " Je voudrois, dit-il, au lieu de chapeaux, des casques à la romaine ; ils ne pesent pas plus, ne sont point du tout incommodes, garantissent du coup de sabre, & font un très-bel ornement ". Il ajoûte plus bas : " Les casques sont un si bel ornement, qu'il n'y en a point qui lui soit comparable ".

Le régiment de hullans que ce général commandoit en France, étoit ainsi & très-bien coëffé : en effet, le casque donne au soldat un air de guerre que le chapeau ne pourra jamais lui prêter, quelque effort que l'on fasse pour lui donner de la grace par la maniere de le retaper.

Nous avons observé que les habits sont coupés sur des patrons de trois hauteurs & largeurs. Lorsque le tems & les lieux le permettent, la coupe se fait sur la taille des cavaliers, dragons & soldats ; ce qui est toûjours plus expédient. Si l'on n'en a pas l'aisance, la distribution partielle des justaucorps, vestes & culottes se fait d'un tiers de la grande taille, & de deux tiers de la moyenne pour la cavalerie, les dragons & les compagnies de grenadiers où les hommes sont ordinairement de haute stature & bien traversés ; & pour l'infanterie, de moitié de la moyenne taille, d'un quart de la grande, & d'un quart de la petite.

Le Roi, comme nous l'avons dit, fournit de ses magasins & arsenaux, l'habillement & l'armement aux bataillons de milice ; c'est l'usage, voici l'abus. L'officier qui n'attache pas plus de gloire qu'il n'a d'intérêt à la conservation de ces effets, n'y donne qu'une médiocre attention. Les armes dépérissent, l'habit s'use, & le soldal mal armé reste mal propre & mal vétu. Un inspecteur arrive, on exagere encore à ses yeux les besoins de la troupe ; il ordonne des radoubs aux armes, des réparations à l'habillement, & la dépense toûjours enflée tombe à la charge du Roi, qui bien-tôt après, est obligé de faire remplacer le tout à neuf.

Les visites des commissaires des guerres ne sont que des palliatifs contre le mal. Le spécifique seroit de charger les capitaines de milice, de l'entretien de l'habillement, de l'équipement & de l'armement de leurs compagnies, en leur accordant un traitement particulier affecté à cet objet, ou un fonds de masse sur le pié de celui des troupes reglées, pour les tems d'assemblée des bataillons de milice : le bien du service exige, l'humanité même sollicite ce changement ; & nous l'espérons du zele des ministres, malgré le jeu intéressé des ressorts secrets qui s'y opposent.

Il suffit d'avoir expliqué les réglemens généraux sur l'habillement, l'équipement & l'armement des troupes. Les bornes que nous nous prescrivons dans cet article ne nous permettent pas de parler des cas d'exception résultans soit de l'institution primitive, soit de la nature du service de quelques corps. Le détail des différences d'uniformes des régimens n'entre pas non plus dans notre plan ; on les distingue soit par la diversité des couleurs de l'habillement ou de quelques-unes de ses parties ; soit par la forme des pattes de poches, par le nombre, la couleur, le mélange ou l'arrangement des boutons ; soit enfin par la couleur des galons de paremens & des bords de chapeaux.

En général, la cavalerie est habillée de drap bleu, rouge, ou gris piqué de bleu, avec paremens & revers jusqu'à la taille en demi-écarlate.

Les dragons de drap bleu, rouge-garence ou en vermillon.

L'infanterie de drap gris-blanc, bleu, ou rouge.

Toutes les milices, soit de terre, soit garde-côtes, en drap gris-blanc.

Il seroit sans-doute bien utile que chaque arme fût distinguée par sa couleur exclusive ; la cavalerie par le bleu, les dragons par le rouge, & l'infanterie par le gris-blanc, sans mélange de couleurs de l'un des corps à l'autre. L'attachement de quelques régimens aux anciens usages, ou à quelques antiques prérogatives, ne doit pas balancer les avantages sensibles qui résulteroient d'un tel réglement, ni empêcher l'établissement invariable de l'uniformité respective, si essentiellement nécessaire dans toutes les parties du genre militaire. (Article de M. DURIVAL le cadet.)


HABILLERv. act. & pas. (Gramm.) on dit habiller quelqu'un, habiller un régiment, & s'habiller. Le velours habille bien. Ce peintre sait habiller élégamment sa figure. Habiller un auteur étranger à la françoise. Habiller a dans les Arts des acceptions fort différentes. Habiller un animal en Cuisine, c'est le dépouiller de sa peau, si c'est un quadrupede ; le plumer, évuider, piquer, si c'est un oiseau ; le laver, le vuider, le préparer à être cuit, si c'est un poisson. Chez les Cardeurs, habiller une carde, c'est la monter ou la faire : pour cet effet, on a un instrument appellé le panteur, sur lequel est accroché la peau à des pointes renversées & placées de distance en distance. Voyez l'article PANTEUR. Les deux bouts de la peau sont tirés chacun par une corde qui va s'entortiller à la branche du maîtrebrin du panteur. Cette peau ainsi disposée est percée de trous. C'est dans cette derniere opération que consiste tout l'art du faiseur de cardes. Voyez l'article CARDE. On ne se sert ni de regle ni de compas ; l'oeil seul dirige la main qui pique d'une vîtesse incroyable, laissant entre les trous des intervalles toujours égaux, & faisant les rangées de trous exactement droites & paralleles. L'instrument à percer s'appelle la fourchette ; il fait deux trous à-la-fois : ensuite on fiche les pointes ; on les habille tantôt en passant la pierre sur les pointes & la tirant de gauche à droite & de droite à gauche, afin de les renverser toutes également & du même côté, tantôt en poussant la pierre droit devant soi, & la retirant dans la même direction, pour abattre le tranchant des pointes, tantôt en les redressant avec l'instrument appellé le dresseur, les refendant, &c. ces manoeuvres se réiterent jusqu'à ce que la carde soit distribuée en allées bien compassées, les pointes également renversées, & le tranchant parfaitement usé. Pour en venir à l'habillage, tout étant préparé, c'est-à-dire la matiere des pointes coupée & pliée au premier doublet, mise en petits paquets ou tas contigus sur le plateau, & pliée au second doublet arrêté sur le milieu du plateau par un support de bois élevé d'environ un pouce ; le plateau est fixé sur un bloc ; l'habilleur est devant un autre bloc couvert d'un patron de la longueur du feuillet qui sert de contrepoids, quand on passe la pierre. On finit par monter le feuillet sur un bois ou fust à manche & à rebord du même côté. C'est la derniere main de la carde.

HABILLER, en Jardinage, c'est avant que de planter les jeunes arbres, les couper de huit ou neuf piés de haut, & visiter leurs racines pour les raccourcir modérément ; il faut ôter toutes celles qui sont brisées, & couper les autres en pié de biche par-dessous, eû égard à la situation où doit être planté l'arbre. N'habillez pas si court, ou n'étronçonnez point, & n'ôtez point le chevelu à-moins qu'il ne soit rompu. C'est une erreur de croire qu'il soit inutile ; il sert beaucoup à la reprise des jeunes plants.

On laissera aux arbres sauvages une tige de six à sept pieds hors de terre. Les arbres fruitiers de haute tige seront rafraîchis dans leur tête, à laquelle on laissera trois ou quatre branches chacune de la longueur de dix à douze pouces ; ce qui forme sa rondeur dès la premiére année.

Les buissons ou nains seront coupés à sept à huit pouces au-dessus de la greffe qu'il faut laisser découverte, c'est-à-dire sans y mettre de terre, mais qu'on enduira de cire ou de mastic.

On prétend qu'il ne faut laisser qu'un seul étage de racines à un arbre, & choisir toujours les plus jeunes & les plus rougeâtres ; les autres étant inutiles. Voyez RACINES.

Les arbres levés en motte sont exemts d'être ravalés ; ils conservent leur tête & une partie de leur ramage. Voyez LEVER.

HABILLER UNE PEAU, terme de Marchand Pelletier, c'est la préparer à être employée aux différens ouvrages de Pelletterie. Voyez PELLETIER.

HABILLER UN CUIR, terme de Tannerie, c'est lui donner la premiere préparation pour le mettre au tan. Voyez TANNER.

Celui qui habille les peaux s'appelle l'habilleur. Ce terme est fort en usage chez les Pelletiers ; en général il signifie dans les atteliers la personne qui prépare les différentes matieres, denrées, ou marchandises où le terme habiller peut avoir lieu.

HABILLER, en terme de Potier, c'est l'action d'ajoûter une oreille, un manche, un pié, au corps d'une piece ; ce qui se fait en déchiquetant la piece de plusieurs coups, pour y insérer l'une des parties que nous venons de nommer.

On habille encore du chanvre, en le passant par le seran. Voyez l'article CHANVRE.


HABILLOTS. m. (Commerce de bois) espece de morceau de bois qui sert sur les trains à accoupler les coupons ; il fait le même effet que le garrot. Voyez l'article TRAIN.


HABITS. m. (Modes) j'entends ici par habit tout ce qui sert à couvrir le corps.

Il n'est pas possible de donner au lecteur la connoissance de tant d'habits différens dont les hommes ont fait usage, pour couvrir leur nudité & pour se mettre à l'abri de la rigueur des hivers : notre curiosité seroit même peu satisfaite, si nous pouvions pénétrer dans les tems reculés des premiers siecles ; nous y verrions sans-doute les hommes tout nuds, ou couverts les uns de feuillages, d'écorce d'arbres, & les autres de la peau de quelques bêtes féroces.

Je voudrois seulement connoître la forme des habits des Grecs, lorsqu'ils étoient les peuples les plus polis de la terre ; mais à-peine savons-nous les noms de quelques-uns. Nous sommes beaucoup mieux instruits des habits des Romains ; & comme tout ce qui concerne ce peuple nous intéresse, nous en ferons un article séparé. Ceux des hommes qui ont été consacrés par la religion méritent aussi par ce motif quelques-uns de nos regards, outre qu'ils ont moins changé de mode : c'est pourquoi nous en dirons un mot. Ainsi voyez HABIT ECCLESIASTIQUE, & HABIT RELIGIEUX.

Pour ce qui concerne les vêtemens de ce grand nombre de peuples qui changerent la face du monde, en chassant les Romains des pays dont ils s'étoient rendus maîtres, nous n'en avons aucune idée, & nous ne devons pas le regretter.

Quant à ce qui nous regarde en particulier, l'inconstance naturelle à notre nation a produit tant de variété dans la forme de ses habits, qu'il seroit impossible d'en suivre le fil. Nous remarquerons seulement en général, que l'habit long étoit autrefois celui des nobles, & qu'ils ne portoient l'habit court qu'à l'armée & à la campagne : l'ornement principal de l'un & de l'autre consistoit à être bordé de martre zibeline, d'hermine, ou de vair. On s'avisa sous Charles V. d'armoirier les habits, je veux dire de les chamarrer depuis le haut jusqu'en bas de toutes les pieces de son écu ; cette mascarade dura cent ans. Louis XI. bannit l'habit long ; Louis XII. le reprit ; on le quitta sous François I. Un des goûts de ce prince fut de taillader son pourpoint, & tous les gentilshommes suivirent son exemple. Henri II. portoit un jupon pour haut-de-chausses, & un petit manteau qui n'alloit qu'à la ceinture. Les fils s'habillerent comme le pere. Enfin depuis Henri IV. nos habits ont si souvent changé de face, qu'il seroit ridicule d'entrer dans ce détail ennuyeux. Mais on ne pensera pas de même des réflexions qu'a fait sur cette matiere l'illustre écrivain de l'Histoire naturelle de l'homme, & je me flate qu'on sera bien aise de les retrouver ici.

" La variété dans la maniere de se vêtir, dit M. de Buffon, est aussi grande que la diversité des nations ; & ce qu'il y a de singulier, c'est que de toutes les especes de vêtemens nous avons choisi l'une des plus incommodes, & que notre maniere, quoique généralement imitée par tous les peuples de l'Europe, est en même tems de toutes les manieres de se vêtir, celle qui demande le plus de tems, & celle qui paroît être le moins assortie à la nature.

Quoique les modes semblent n'avoir d'autre origine que le caprice & la fantaisie, les caprices adoptés & les fantaisies générales méritent d'être examinées. Les hommes ont toujours fait & feront toujours cas de ce qui peut fixer les yeux des autres hommes, & leur donner en même tems des idées avantageuses de richesses, de puissance, de grandeur, &c.

La valeur de ces pierres brillantes qui ont toûjours été regardées comme des ornemens précieux, n'est fondée que sur leur rareté & sur leur éclat ébloüissant ; il en est de même de ces métaux éclatans, dont le poids nous paroît si léger, lorsqu'il est reparti sur tous les plis de nos vêtemens pour en faire la parure. Ces pierres, ces métaux sont moins des ornemens pour nous, que des signes pour les autres, auxquels ils doivent nous remarquer & reconnoître nos richesses. Nous tâchons de leur en donner une plus grande idée, en aggrandissant la surface de ces métaux ; nous voulons fixer leurs yeux, ou plutôt les ébloüir. Combien peu y en a-t-il en effet qui soient capables de séparer la personne de son vêtement, & de juger sans mélange l'homme & le métal !

Tout ce qui est rare & brillant sera donc toûjours de mode, tant que les hommes tireront plus d'avantage de l'opulence que de la vertu, tant que les moyens de paroître considérables seront différens de ce qui mérite d'être seul considéré. L'éclat extérieur dépend beaucoup de la maniere de se vêtir. Cette maniere prend des formes différentes, selon les différens points de vûe sous lesquels nous voulons être regardés. L'homme glorieux ne néglige rien de ce qui peut étayer son orgueil ou flater sa vanité ; on le reconnoît à la richesse ou à la recherche de ses ajustemens.

Un autre point de vûe que les hommes ont assez généralement, est de rendre leur corps plus grand, plus étendu ; peu contens du petit espace dans lequel est circonscrit notre être, nous voulons tenir plus de place en ce monde, que la nature ne peut nous en donner ; nous cherchons à aggrandir notre figure par des chaussures élevées, par des vêtemens renflés ; quelqu'amples qu'ils puissent être, la vanité qu'ils couvrent n'est-elle pas encore plus grande " ?

Mais laissons l'homme vain faire parade de son mérite emprunté, & considérons l'industrie de l'étoffe qu'il porte, dont il est redevable au génie du fabriquant.

C'est un beau coup-d'oeil, si j'ose parler ainsi, que la contemplation de tout ce que l'art a déployé successivement de beautés & de magnificence, à l'aide de moyens simples dont le hasard a presque toûjours présenté l'usage. La laine, le lin, la soie, le coton, ou le mélange de ces choses les unes avec les autres, ont constitué la maniere & le fond de toutes les étoffes & toiles fines ; le travail & les couleurs en font le prix & la différence. Ainsi d'un côté, la dépouille des animaux, les productions de la terre, l'ouvrage des vers ; & de l'autre des coquillages, des insectes, la graine des arbres, le suc des plantes, & quelques drogues, servent à la composition de tous les vêtemens.

Les Phrygiens trouverent l'art de broder avec l'aiguille ; leur ouvrage étoit relevé en bosse, eminebat ac asperior reddebatur : les Babyloniens au contraire ne formoient qu'un tissu qui n'étoit chargé que de la différence des couleurs, tegmen unitè pictum de coloribus variis ; & après cela ils employoient l'aiguille sur ce tissu : ces deux peuples rendoient également les figures. De nouveaux ouvriers s'éleverent à Alexandrie, qui, avec la seule navette & des fils de couleurs différentes, étendirent plus loin l'industrie. Voilà ce que nous savons des anciens.

Je ne parlerai pas de la perfection où l'on a porté dans nos tems modernes la variété, le goût, la richesse, la solidité, la durée, en un mot les fabriques admirables des principales étoffes qui servent aux vêtemens, à la parure, & aux ameublemens. C'est assez de dire que les anciens n'ont rien connu de pareil. On donne dans cet Ouvrage les principales manoeuvres des Arts & Métiers par lesquels on exécute tant de beaux ou d'utiles ouvrages ; le discours en décrit les opérations à chaque article ; la gravûre les représente à l'oeil : l'un & l'autre réunis en dévoilent le secret à la postérité ; & c'est ce qui n'avoit point encore été fait jusqu'à ce jour. (D.J.)

HABITS des Romains, (Hist. anc.) habits particuliers à ce peuple célebre.

Il importe beaucoup de les connoître, tant pour l'intelligence des auteurs sacrés & prophanes, que pour celle des loix & des monumens antiques ; on le prouveroit par plusieurs recherches d'érudition. Lisez sur ce point Octav. Ferrarius, de re vestiariâ Romanorum, libri VII. Patav. 1670, in-4°.

Les habits des Romains, dans les anciens tems, n'étoient formés que de diverses peaux de bêtes, auxquelles ils firent succéder de grosses étoffes de laine, qu'on perfectionna & qu'on rendit plus fines dans la suite ; mais le genre de vie des premiers Romains étoit si grossier, qu'il approchoit de celui des sauvages. Pendant plusieurs siecles, ils eurent si peu d'attention à l'extérieur de leur personne pour la propreté & la parure, qu'ils laissoient croître leurs cheveux & leur barbe, sans en prendre aucun soin.

Les habits annexés aux charges éminentes de la république, se ressentoient de ce goût si peu recherché, & ne différoient des autres que par quelques ornemens de pourpre ; ils pensoient que les dignités par elles-mêmes & par la maniere de les remplir, devoient suffire pour imprimer tout le respect qui leur étoit dû, sans emprunter l'éclat d'une magnificence qui ne frappe que les yeux du vulgaire, & qui d'ailleurs ne convenoit point à l'esprit républicain dont ils étoient épris.

Quand les étoffes de laine furent introduites, ils se firent des tuniques amples avec des manches larges & si courtes, qu'à peine elles descendoient jusqu'au coude : cette mode même dura long-tems ; car il paroît que ce ne fut que vers le siecle de Constantin qu'ils prolongerent les manches presque jusqu'au poignet. C'étoit sur cette ample tunique qu'on mettoit une ceinture, & par-dessus une robe sans manches, comme une espece de manteau large ouvert par-devant ; qu'on appelloit toge : on en faisoit passer un des bouts par-dessus l'épaule gauche, afin d'avoir le bras droit plus libre ; & lorsqu'on vouloit agir avec cet habillement, on le retroussoit en le tournant autour du corps.

Sous la république, la maniere ordinaire, en allant par les rues, étoit de le laisser descendre presque sur les talons ; Auguste amena la mode de le relever plus haut ; ensorte que par-devant on le laissoit tomber un peu au-dessous du genou, & par-derriere jusqu'à mi-jambe.

Lorsque les Romains devinrent plus riches, on fit la toge d'une étoffe de laine fine & blanche pour l'ordinaire : c'étoit dans son origine un habit d'honneur défendu au petit peuple, qui n'alloit par la ville qu'avec la simple tunique ; il étoit pareillement défendu à ceux qu'on envoyoit en exil : cependant on quittoit ordinairement la toge en campagne, où l'on se servoit d'un habit plus court & moins embarrassant. A l'égard de la ville, la bienséance vouloit qu'on n'y parût qu'avec cet habillement : ensuite quand il devint commun à presque tout le monde, il n'y eut plus que la finesse de l'étoffe & la plus grande ampleur de cette robe qui distinguât les personnes riches. La toge fut commune aux deux sexes, jusqu'à ce que, vers le déclin de la république, quelques femmes de qualité prirent l'usage de la robe nommée stole : alors la toge ne fut plus que l'apanage des hommes, des femmes du menu peuple, & des libertines. Voyez STOLE.

La robe qu'on appelloit prétexte avoit beaucoup de ressemblance avec la toge ; c'étoit celle qu'on faisoit porter aux enfans de qualité : dès qu'ils avoient atteint l'âge de douze ans, ils quittoient l'habit d'enfance, qui étoit une veste à mouches, qu'on appelloit alicata chlamis, pour porter la prétexte, à cause qu'elle étoit bordée de pourpre : les magistrats, les prêtres & les augures s'en servoient dans de certaines cérémonies.

Les sénateurs avoient sous cette robe une tunique qu'on nommoit laticlave, & qu'on a long-tems pris à la lettre pour un habillement garni de larges têtes de cloux de pourpre, mais qu'on a reconnu depuis ne signifier qu'une étoffe à larges bandes ou raies de pourpre, de même que celle qu'on nommoit angusti-clave, qui étoit propre aux chevaliers pour les distinguer des sénateurs, & qui n'étoit pareillement qu'une étoffe à bandes de pourpre plus étroites. Voyez LATICLAVE.

Les enfans des sénateurs & des magistrats curules ne portoient la tunique laticlave qu'après avoir pris la robe virile ; jusqu'à ce tems-là, ils n'avoient point d'autres marques de distinction, outre la robe prétexte, que ce qu'on appelloit bulla, qui étoit un petit coeur qui leur pendoit sur la poitrine : ils avoient encore le droit de porter la robe qu'on nommoit trabaea ; cette robe étoit assez semblable à la toge, seulement un peu plus courte, & rayée de blanc, d'or & de pourpre : on assûre qu'elle avoit été affectée aux rois de Rome.

Ce qu'on appelloit lacerne étoit un manteau pour le mauvais tems, & qui se mettoit par-dessus la toge. Dans les commencemens, on ne s'en servoit qu'à la guerre ; la lacerne s'attachoit par-devant avec une boucle ; on y joignoit un capuchon, cucullus, qu'on ôtoit quand on vouloit : de-là le passage d'Horace, odoratum caput obscurante lacernâ. Sat. vij. l. II. v. 55. On avoit des lacernes pour l'hiver, qui étoient d'une grosse étoffe ; & pour l'été d'une étoffe plus fine, mais toujours de laine. Il est vrai que jusqu'au tems de Cicéron, ces sortes de manteaux ne furent presque qu'à l'usage du peuple ; mais comme on les trouva commodes, tout le monde s'en servit d'abord pour la campagne, ensuite pour la ville. Les dames quand elles sortoient le soir, les personnes de qualité, & les empereurs mêmes mettoient ce manteau par-dessus la toge, lorsqu'ils alloient sur la place & au cirque. Ceux du peuple étoient d'une couleur brune ou blanche ; ceux des sénateurs, de pourpre ; & ceux des empereurs, d'écarlate. On observoit cependant quand on paroissoit devant l'empereur, de quitter ce manteau par respect. Voyez LACERNE.

La synthèse étoit une autre espece de manteau fort large, que les Romains mettoient pour manger, comme un habillement plus commode pour être à table couchés sur les lits. Martial nous apprend que de son tems il y avoit des particuliers qui par un air de luxe en changeoient souvent pendant le repas. La couleur en étoit ordinairement blanche & jamais noire, pas même dans les repas qu'on donnoit aux funérailles.

La pullata vestis désigne un habit qui se portoit pour le deuil, & dont usoit ordinairement le petit peuple ; la couleur en étoit noire, minime, ou brune, & la forme assez semblable à celle de la lacerne ; car elle avoit de même un capuchon.

L'habit militaire étoit une tunique juste sur le corps, qui descendoit jusqu'à la moitié des cuisses, & par-dessus laquelle s'endossoit la cuirasse. C'étoit avec cet habit que les Romains dans leurs exercices, ou en montant à cheval, mettoient certaines petites chausses nommées campestres, qui leur tenoient lieu de culottes ; car ordinairement ils ne les portoient point avec les habits longs.

Le paludamentum nous présente le manteau de guerre des officiers ; il ressembloit à celui que les Grecs nommoient clamyde, se mettoit aussi pardessus la cuirasse, & s'attachoit avec une boucle sur l'épaule droite, ensorte que ce côté étoit tout découvert ; afin que le mouvement du bras fût libre, comme on le voit dans les statues antiques.

Au lieu de paludamentum, les soldats portoient à l'armée sur leur cuirasse une espece de casaque ou saye, qu'ils appelloient sagum.

Outre ces différens habillemens, il y en avoit de particuliers attachés à certaines dignités ou à de certaines cérémonies, comme la robe triomphale, toga triumphalis. Voyez ROBE TRIOMPHALE.

Nous ne parcourons pas leurs autres habits, parce que nous n'en connoissons que les noms ; mais on comprend sans peine que les guerres, le luxe & le commerce avec les nations étrangeres, introduisirent dans l'empire plusieurs vêtemens dont il n'est pas possible de marquer les caracteres & les différentes modes.

Sous les uns ou les autres des habits que nous venons de décrire en peu de mots, les Romains hommes & femmes portoient ordinairement deux tuniques ; la plus fine qu'on mettoit sur la peau, tenoit lieu de chemise ; celle des hommes étoit très-juste, sans manches, & ne descendoit qu'à mi-jambe ; celle des femmes étoit plus longue, plus ample, & avoit des manches qui venoient jusqu'au coude : c'étoit s'écarter de la modestie, & prendre un air trop libre, que de ne pas donner à cette chemise la longueur ordinaire ; elle prenoit juste au coû des femmes, & ne laissoit voir que leur visage, dans les premiers tems de la fondation de Rome.

L'autre tunique qui étoit fort large, se mettoit immédiatement sous la robe ; mais lorsque le luxe eut amené l'usage de l'or & des pierreries, on commença impunément à ouvrir les tuniques & à montrer la gorge. La vanité gagna du terrein, & les tuniques s'échancrerent ; souvent même les manches, au rapport d'Elien, ne furent plus cousues ; & du haut de l'épaule jusqu'au poignet, on les attachoit avec des agraffes d'or & d'argent ; de telle sorte cependant qu'un côté de la tunique posant à demeure sur l'épaule gauche, l'autre côté tomboit négligemment sur la partie supérieure du bras droit.

Les femmes mettoient une ceinture, zona, sur la grande tunique, soit qu'elles s'en servissent pour la relever, soit qu'en se serrant davantage elles trouvassent moyen de tenir en respect le nombre & l'arrangement de ses plis. Il y avoit de la grace & de la noblesse de relever en marchant, à la hauteur de la main, le lais de la tunique qui tomboit au côté droit, & tout le bas de la jambe droite se trouvoit alors découvert. Quelques dames faisoient peu d'usage de leur ceinture, & laissoient traîner leur tunique ; mais on le regardoit comme un air de négligence trop marqué : de-là ces expressions latines, altè cincti, ou discincti, pour peindre le caractere d'un homme courageux, ou efféminé.

Le nombre des tuniques s'augmenta insensiblement ; Auguste en avoit jusqu'à quatre, sans compter une espece de camisole qu'il mettoit sur la peau avec un pourpoint, le reste du corps extrêmement garni, & une bonne robe fourrée par-dessus le tout. Ce même prince n'étoit pas moins sensible au chaud ; il couchoit pendant l'été presque nud, les portes de sa chambre ouvertes, le plus souvent au milieu d'un péristyle, au bruit d'une fontaine dont il respiroit la fraîcheur, pendant qu'un officier de sa chambre, un éventail à la main, agitoit l'air autour de son lit. Voilà l'homme à qui d'heureux hasards ouvrirent le chemin de l'empire du monde ! Mais ce n'est pas ici le lieu de réfléchir sur les jeux de la fortune ; il ne s'agit que de parler des vêtemens romains.

Les femmes suivirent en cela l'exemple des hommes ; leurs tuniques se multiplierent : la mode vint d'en porter trois ; le goût en forma la différence.

La premiere étoit une simple chemise ; la seconde, une espece de rochet ; & la troisieme, c'est-à-dire celle qui se trouvoit la supérieure, ayant reçu davantage de plis, & s'étant augmentée de volume, forma, à l'aide des ornemens dont elle se trouva susceptible, la stole que j'ai nommée plus haut, en remarquant qu'elle fit tomber la toge, ou du-moins n'en laissa l'usage qu'aux hommes & aux courtisannes.

Le luxe fit bientôt ajoûter par-dessus la stole un manteau ou mante à longue queue traînante, qu'on appelloit symare : on l'attachoit avec une agraffe plus ou moins riche sur l'épaule droite, afin de laisser plus de liberté au bras que les dames tenoient découvert comme les hommes. Cette symare portant en plein sur l'autre épaule, formoit en descendant un grand nombre de plis qui donnoient beaucoup de grace à cet habillement. Aussi les actrices s'en servoient sur le théatre. Voyez SYMARE.

La couleur blanche étoit la couleur générale des habits des Romains, comme aussi la plus honorable, indépendamment des dignités qui étoient marquées par la pourpre. Les citoyens dans les réjoüissances publiques paroissoient ordinairement vêtus de blanc : Plutarque nous instruit qu'ils en usoient de même dans les réjoüissances particulieres, & sur-tout dans celles du jour de leur naissance, qu'ils célébroient tous les ans.

On distinguoit les personnes de quelque rang ou qualité par la finesse, la propreté & la blancheur éclatante de l'habit. Aussi dit-on dans les auteurs, qu'on envoyoit souvent les robes au foulon pour les détacher & les blanchir ; le menu peuple hors d'état de faire cette dépense, portoit généralement des habits bruns.

Il faut pourtant remarquer que sur la fin de la république, la distinction dans les habits ne s'observoit déjà plus à Rome ; les affranchis étoient confondus avec les autres citoyens ; l'esclave s'habilloit comme son maître ; & si l'on excepte le seul habit du sénateur, l'usage de tous les autres se prenoit indifféremment : le moindre tribun des légions portoit le laticlave.

Mais, au milieu de cette confusion, les habits de tout le monde étoient encore tissus de laine pure : son emploi dans les étoffes a été le plus ancien & le plus durable de tous les usages. Pline, en nous disant que de son tems le luxe se joüoit de la nature même, & qu'il a vû des toisons de béliers vivans teintes en pourpre & en écarlate, ne connoissoit encore que la laine pour matiere de toutes sortes d'étoffes, qui ne recevoit de différence que de la diversité des couleurs & de l'apprêt. De-là ce fréquent usage des bains, que la propreté rendoit si nécessaire.

Ce ne fut que sous le regne des Césars, que l'on commença à porter des tuniques de lin ; Vopiscus prétend que la mode en vint d'Egypte ; & l'empereur Alexandre Sévere trouvoit avec raison qu'on en avoit corrompu la bonté, depuis qu'on s'étoit avisé de mêler dans le tissu des raies ou des bandes de pourpre. Si le lin est doux sur la peau, disoit-il, pourquoi ces ornemens étrangers qui ne servent qu'à rendre la tunique plus rude ?

L'usage de la soie dans les habits d'homme s'étant introduit sous Tibere, il fit rendre un decret par le sénat conçu en ces termes remarquables : Decretum, ne vestis serica viros foedaret. Ce fut Jules-César qui inspira ce nouveau goût de recherches, en faisant couvrir dans quelques spectacles qu'il donna tout le théatre de voiles de soie. Caligula parut le premier en public en robe de soie. Il est vrai que sous Néron les femmes commencerent à en porter ; mais il y a lieu de croire que leurs étoffes étoient mêlées de lin & de soie, & que jusqu'à Eliogabale le luxe n'a point fourni d'exemple d'une robe toute de soie, Eliogabalus primus Romanorum, holosericâ veste usus, fertur.

Aurélien n'avoit pas une seule robe holosérique dans toute sa garderobe ; aussi refusa-t-il à l'impératrice sa femme le manteau de soie qu'elle lui demandoit, en lui donnant pour raison de son refus, qu'il n'avoit garde d'acheter des fils au poids de l'or. La livre de soie valoit une livre d'or.

Nous ne devons pas nous étonner de cette valeur de la soie dans ces tems-là, si nous nous rappellons que Henri II. fut le premier en France qui porta une paire de bas de soie aux noces de sa soeur, & que la femme de Lopez de Padilla crut faire un présent magnifique à Philippe II. en lui envoyant de Tolede en Flandres une paire de bas semblables. Cependant, malgré le prix de ce genre de luxe, les habits de soie devinrent si communs à Rome, que l'empereur Tacite qui se glorifioit d'être parent de l'historien de ce nom, & qui fut le successeur d'Aurélien même, se contenta de ne défendre qu'aux hommes la robe holosérique, dont Eliogabale s'étoit le premier vêtu soixante ans auparavant.

Terminons cet article par considérer la gradation du luxe des Romains dans leur parure.

Sous la république, il n'y avoit que les courtisannes qui se montrassent dans la ville en habits de couleur. Sous les empereurs, les dames assortirent les couleurs de leurs habits à leur teint, ou au goût de mode qui régnoit alors. " La même couleur, dit Ovide, ne va pas à tout le monde : choisissez celle qui vous pare davantage ; le noir sied bien aux blanches, & le blanc aux brunes. Vous aimiez le blanc, filles de Cephée, & vous en étiez vêtues, quand l'île de Seriphe fut pressée de vos pas... "

Le même poëte ne réduit point à la seule couleur pourpre tout l'honneur de la teinture. Il nous parle d'un bleu qui ressemble au ciel, quand il n'est point couvert de nuages ; d'une autre couleur semblable à celle du bélier qui porta Phryxus & sa soeur Hellé, & les déroba aux supercheries d'Ino. Il y a, selon lui, un beau verd-de-mer dont il croit que les Nymphes sont habillées : il parle de la couleur qui teint les habits de l'Aurore, de celle qui imite les myrthes de Paphos, & d'une infinité d'autres, dont il compare le nombre à celui des fleurs du printems.

Sous la république, les femmes portoient des habits pour les couvrir ; sous les empereurs, c'étoit dans un autre dessein. " Voyez-vous, dit Séneque, ces habits transparens, si toutefois l'on peut les appeller habits ? Qu'y découvrez-vous qui puisse défendre le corps ou la pudeur ? Celle qui les met osera-t-elle jurer qu'elle ne soit pas une ? On fait venir de pareilles étoffes d'un pays où le Commerce n'a jamais été ouvert, pour avoir droit de montrer en public ce que les femmes dans le particulier n'osent montrer à leurs amans qu'avec quelque reserve : ut matronae, ne adulteris quidem plus suis, in cubiculo quàm in publico, ostendant ". Voyez GASE DE COS.

Sous la république, les dames ne sortoient point sans avoir la tête couverte d'un voile ; sous les empereurs, cet usage disparut ; on se tourna du côté de la galanterie. Cette célebre romaine qui possédoit tous les avantages de son sexe, hors la chasteté ; Poppée, dis-je, portoit en public un voile artistement rangé, qui lui couvroit à-demi le visage, ou parce qu'il lui séyoit mieux de la sorte, dit Tacite, ou pour donner plus d'envie de voir le reste.

Sous la république, les dames sortoient toujours décemment habillées & accompagnées de leurs femmes ; sous les empereurs, elles leur substituerent des eunuques, & ne garderent plus de décence dans leurs ajustemens.

Sous la république, les femmes & les hommes avoient des habits qui les distinguoient ; sous Tibere, les deux sexes avoient déjà revêtu les habits l'un de l'autre. Les femmes commencerent au sortir de leur lit & de leur bain à prendre un habillement qu'elles avoient en commun avec les hommes ; la galanterie ne laissoit point sans dessein & sans goût une robe faite pour se montrer négligemment à ses amis particuliers & aux personnes les plus cheres.

Sous la république, les dames n'avoient des pierreries que pour ressource dans les malheurs, & elles ne les portoient sur elles que dans les fêtes sacrées ; sous les empereurs, elles les prodiguoient sur leurs habits. Dans ces tems-là, les femmes les plus modestes n'osoient non plus aller sans diamans, dit Pline, qu'un consul sans les marques de sa dignité. J'ai vû, ajoûte le même auteur, Lollia Paulina se charger tellement de pierreries, même après sa répudiation, pour faire de simples visites, qu'elle n'avoit aucune partie de son corps, depuis la racine des cheveux jusque sur sa chaussure, qui ne fût ébloüissante. L'état qu'elle affectoit d'en étaler elle-même, se montoit à un million d'or, sans qu'on pût dire que ce fussent des présens du prince ou les pierreries de l'empire ; ce n'étoit que celles de sa maison, & l'un des effets de la succession de Marcus Lollius son oncle.

Ainsi la toge, le voile, le capuchon de grosse laine se changerent en chemises de fin lin, en robes transparentes, en habits de soie d'un prix immense, & en pierreries sans nombre. C'est-là l'histoire de Rome à cet égard, & c'est celle de tous les peuples corrompus ; car ils sont tous les mêmes dans l'origine de leur luxe, & dans ses progrès. (D.J.)

HABIT ECCLESIASTIQUE, habitus religionis, (Hist. ecclésiastiq.) On ne peut pas douter que dans les premiers siecles de l'Eglise, les clercs n'ayent porté les mêmes habits dont les laïcs étoient vêtus ; ils avoient trop de raison de se cacher, pour se déclarer par un habit qui les fît connoître. Il n'est donc pas aisé de découvrir l'époque de la prohibition que l'on fit aux ecclésiastiques de s'habiller comme les laïcs ; mais selon les apparences, cette époque ne remonte pas avant le cinquieme siecle. On trouve seulement dans le canon XX. du concile d'Agde, tenu en 506, que les peres de ce concile défendirent aux clercs de porter des habits qui ne convenoient point à leur état, c'est-à-dire qu'ils commençoient dès-lors à s'écarter des regles de la modestie & de la bienséance.

Le mal empira, & la licence devint si grande dans le même siecle, que le concile de Narbonne tenu en 589, fut obligé de leur défendre de porter des habits rouges ; mais comme de simples défenses n'arrêtoient pas le luxe & la vanité des ecclésiastiques, les conciles suivans introduisirent une peine contre les infracteurs. On ordonna en Occident que ceux qui contreviendroient à la défense, seroient mis en prison au pain & à l'eau pendant trente jours. Un concile tenu à Constantinople ordonna la suspension pendant une semaine contre ceux des ecclésiastiques qui imiteroient les laïcs dans leurs vêtemens. Enfin la punition devint encore plus sévere dans la suite ; car nous apprenons de Socrate, qu'Eustate évêque de Sebaste en Arménie fut réellement déposé, parce qu'il avoit porté un habit peu convenable à un prêtre. Le concile de Trente, sess. xjv. chap. vj. se conformant aux anciens conciles, s'est expliqué suffisamment sur ce sujet, sans qu'il soit besoin d'entrer dans de plus grands détails.

Les conciles particuliers & les synodes qui ont été tenus depuis celui de Trente, ont confirmé l'obligation imposée aux ecclésiastiques de porter l'habit clérical ; mais aucun concile n'a jamais rien déterminé sur la couleur & sur la forme de cet habit. M. de Sainte-Beuve consulté, si un clerc pouvoit porter le deuil de la maniere dont les laïcs le portent, répond qu'il n'y avoit aucun canon qui le défendît aux ecclésiastiques.

Socrate raconte dans son histoire de l'Eglise, liv. VI. c. xxij. que quelqu'un ayant démandé à Sisinnius pourquoi il portoit des habits blancs, quoiqu'il fût évêque, celui-ci lui répondit qu'il seroit bien-aise d'apprendre en quel endroit il étoit écrit, que les prêtres doivent être vêtus de noir, puisque l'on voit au contraire dans l'Ecriture que Salomon recommande aux prêtres d'avoir des habits blancs. C'est en effet celui que S. Clément d'Alexandrie & S. Jérôme leur conseillent par préférence.

Le cardinal Baronius prétend que le brun & le violet ont été les premieres couleurs dont les ecclésiastiques se sont servis pour se distinguer des laïcs. Je n'entrerai point dans cette recherche ; c'est assez de dire qu'à-présent le noir est la seule couleur que l'on souffre aux ecclésiastiques ; & quant à la forme de leur habit, il suffit qu'il soit long & descende sur les souliers.

Quelques-uns se contentent d'une demi-soutane ; mais c'est une tolérance de l'évêque qui pourroit défendre ce retranchement de l'habit ecclésiastique, que les canons appellent vestis talaris. Enfin, quoiqu'un docteur de Sorbonne ait tâché de prouver par un traité imprimé à Amsterdam en 1704, sous le titre de re vestiariâ hominis sacri, que l'habit ecclésiastique consiste plutôt dans la simplicité que dans la longueur & dans la largeur, il faut convenir que l'habit long a plus de majesté que celui qui ne l'est pas, & qu'en même tems l'abbé Boileau a raison dans le principe qu'il établit. (D.J.)

HABITS SACRES, (Hist. ecclésiastiq.) nom qu'on a donné parmi les Chrétiens aux habits ou ornemens que portent les ecclésiastiques pendant le service divin, & sur-tout durant la célébration de la Liturgie.

Dès les premiers tems de l'Eglise, dit M. Fleury, l'évêque étoit revêtu d'une robe éclatante, aussi-bien que les prêtres & les autres ministres : car dèslors on avoit des habits particuliers pour l'office. Ce n'est pas, ajoûte le même auteur, que ces habits fussent d'une figure extraordinaire. La chasuble étoit l'habit vulgaire du tems de saint Augustin. La dalmatique étoit en usage dès le tems de l'empereur Valérien. L'étole étoit un manteau commun même aux femmes. Enfin le manipule, en latin mappula, n'étoit qu'une serviette que les ministres de l'autel portoient sur le bras pour servir à la sainte table. L'aube même, c'est-à-dire la robe blanche de laine ou de lin, n'étoit pas du commencement un habit particulier aux clercs, puisque l'empereur Aurélien fit au peuple romain des largesses de ces sortes de tuniques. Vopisc. in Aurelian.

Mais depuis que les clercs se furent accoûtumés à porter l'aube continuellement, on recommanda aux prêtres d'en avoir qui ne servissent qu'à l'autel, afin qu'elles fussent plus blanches. Ainsi il est à croire que du tems qu'ils portoient toûjours la chasuble & la dalmatique, ils en avoient de particulieres pour l'autel de même figure que les communes, mais d'étoffes plus riches & de couleurs plus éclatantes. Moeurs des Chrét. tit. xlj.

Saint Jérôme n'a pas voulu signifier autre chose, lorsqu'il a dit : Religio divina alterum habitum habet in ministerio, alterum in usu vitâque communi. Car toute l'antiquité atteste que ces habits étoient les mêmes pour la forme ; mais elle a bien changé depuis, & celle qu'on leur a donnée est plus pour l'ornement que pour l'utilité. On les ornoit souvent d'or, de broderie & de pierres précieuses, pour frapper le peuple par un appareil majestueux.

Plusieurs auteurs ont donné des explications mystiques de la forme & de la couleur des habits sacrés. Saint Grégoire de Nazianze nous représente le clergé vêtu de blanc, imitant les anges par son éclat. Saint Chrysostôme compare l'étole de linge fin que les diacres portoient sur l'épaule gauche, & dont ils se servoient pendant les saints mysteres, aux aîles des anges. Saint Germain patriarche de Constantinople est celui qui s'est le plus étendu sur ces explications. L'étole représente, selon lui, l'humanité de Jesus-Christ teinte de son propre sang. La tunique blanche marque l'éclat & l'innocence de la vie des Ecclésiastiques ; les cordons de la tunique figurent les liens dont Jesus-Christ fut chargé. La chasuble représente la robe de pourpre dont il fut revêtu dans sa passion. Le pallium qui est fait de laine, & que le prélat porte sur son cou, signifie la brebis égarée que le pasteur doit conduire au bercail, & ainsi des autres. Thomassin, discipl. ecclésiast. part. I. liv. I. chap. xxxiij. part. II. liv. II. chap. xxxiij. & part. III. liv. I. chap. xxiij.

On peut compter parmi les habits sacrés le rochet, le surplis, l'aumusse, la mitre, le pallium, &c. qu'on trouvera dans ce Dictionnaire sous leurs titres respectifs.

Bingham dans ses antiquités, s'échauffe beaucoup & d'une maniere assez peu digne d'un savant de son mérite, pour prononcer que dans la primitive Eglise les évêques & les prêtres n'avoient pas d'autres habits, pour célébrer l'office divin, que leurs habits ordinaires. Nous convenons volontiers que pour la forme ils n'étoient pas différens des longues robes, des manteaux, des tuniques : c'étoient les habits que portoit tout le monde ; & parce que les Goths, les Vandales, & les autres nations barbares qui se répandirent dans l'empire romain, y apporterent des habillemens tout différens, falloit-il pour cela que le clergé adoptât leurs modes, & qu'il en changeât ainsi que de vainqueurs & de maîtres ? Cet auteur convient lui-même que dès le quatrieme siecle les clercs avoient déjà des habits particulierement destinés aux fonctions de leur ministere. Il y avoit donc déjà à cet égard des regles & des usages établis ; & quand il n'y en auroit pas eu, a-t-on jamais contesté à quelque religion que ce fût le droit de régler l'extérieur & la décence de ses ministres dans les cérémonies publiques ? Mais quel inconvénient y auroit-il, que dans des siecles plus reculés les évêques & les prêtres eussent eu dans les églises des habits pareils à ceux qu'ils portoient en public, mais seulement plus riches & plus ornés ? Après tout, cet Ouvrage n'est pas un livre de controverse ; & au lieu d'ennuyer ici le lecteur par une dispute frivole, il vaut mieux l'amuser par les recherches curieuses que l'auteur anglois a faites sur la forme des anciens habits que portoient les ecclésiastiques. Il en nomme plusieurs : savoir, le birrum ou la tunique commune, le pallium ou manteau, le colobium, espece de chemisette, la dalmatique, la casaque gauloise, l'hemiphorium, espece de tunique courte, & la robe ou chemise de lin, linea.

Le birrum ou tunique commune étoit l'habit des séculiers, & les ecclésiastiques le portoient également. Saint Augustin semble dire qu'un évêque ou un prêtre ne doit point porter un vêtement de cette sorte qui soit précieux, qu'il doit le vendre pour soulager les pauvres ; mais ne sait-on pas que pour cette cause il est permis de vendre même les vases sacrés, & que plusieurs saints évêques en ont usé ainsi ? S'ensuit-il de-là qu'on n'en devroit point avoir du-tout ?

Le pallium ou manteau étoit une ample piece d'étoffe que les anciens portoient par-dessus la robe, & qu'ils retroussoient sous le bras gauche ; les clercs, les ascetes même le portoient aussi-bien que les gens du monde. Le manteau long de nos ecclésiastiques d'aujourd'hui est d'une forme différente & d'un usage moins universel ; mais il faut être étrangement prévenu pour le trouver indécent.

Le colobium étoit une tunique courte avec des manches aussi courtes & serrées ; c'étoit l'habit de dessous des anciens romains, & les clercs en faisoient le même usage. La dalmatique étoit une tunique plus ample, traînante jusqu'aux talons avec des manches fort larges. Bingham lui-même prouve qu'elle étoit connue du tems de Cicéron ; mais quand l'usage n'en auroit pas été extrêmement commun alors, il pouvoit l'être du tems de S. Cyprien, dans la passion duquel on lit, cùm se dalmaticâ expoliasset ; leçon que condamne vivement Bingham, après le docteur Fell, comme une altération impardonnable. Nous avons raccourci la dalmatique, & d'un habit commun nous en avons fait un ornement majestueux.

La casaque gauloise, caracalla, étoit un habit propre aux laïcs ; mais il ne paroît par aucun monument que les ecclésiastiques l'ayent adopté.

L'hemiphorium étoit, selon le pere Petau, une courte tunique de dessous ou un demi-manteau que les clercs portoient sans-doute comme les laïcs, mais qu'il ne faut pas confondre avec l'omophorium, ornement particulier aux evêques, & dont parle S. Germain de Constantinople.

Enfin linea, la chemise de lin n'est aux yeux de Bingham qu'une chemise ordinaire, sur-tout dans la relation du martyre de S. Cyprien ; nous ne nous opiniâtrerons pas à soûtenir avec Baronius que c'étoit un rochet épiscopal. Mais n'a-t-on pas une foule de monumens qui prouvent que dès-lors dans le ministere des autels l'évêque & les prêtres étoient vêtus de longues robes blanches ? & ces robes ne pouvoient-elles pas être de lin si commun chez les anciens ? Voyez au mot AUBE ce que nous avons dit sur cette matiere ; voyez aussi Bingham, orig. eccles. tome II. lib. VI. c. jv. §. 18, 19 & 20. (G)

HABIT RELIGIEUX, (Hist. ecclésiastiq.) vêtement uniforme que portent les religieux & religieuses, & qui marque l'ordre dans lequel ils ont fait profession.

Les fondateurs des ordres monastiques ayant d'abord habité les deserts, n'ont donné à leurs religieux que le vêtement qu'ils portoient eux-mêmes ; & l'on conçoit bien qu'ils n'ont pas voulu les mieux traiter. Saint Athanase parlant des habits de saint Antoine, dit qu'ils consistoient dans un cilice de peau de brebis & dans un simple manteau. S. Jérôme écrit que saint Hilarion n'avoit qu'un cilice, une saye de paysan, & un manteau de peau ; mais comme cet habit là étoit alors en Orient & en Occident l'habit commun des bergers & des montagnards, il n'avoit garde d'en prendre un qui fût moins grossier.

Les religieux ou les communautés qui se sont établis pour vivre dans les villes, ont reçu l'habit que portoient les instituteurs de leurs ordres ; & sans cela peut-être on n'eût jamais parlé d'eux.

Ainsi S. Dominique eut soin de donner à ses disciples l'habit qu'il avoit porté lui-même. Les Jésuites, les Barnabites, les Théatins, les Oratoriens, &c. n'ont pas manqué de prendre l'habit de leurs fondateurs. S'ils paroissent d'abord extraordinaires, c'est que les ordres religieux n'ont pu changer comme les laïcs, ni suivre les modes que le tems a fait naître ; mais ils n'y ont rien perdu : on les distingue tous par leurs habits, ce qui est un très-grand avantage pour les ordres accrédités ; & chaque ordre se flate tôt ou tard de la préférence. (D.J.)

HABIT DE BORD, (Marine) se dit du vêtement que les Matelots portent à la mer. (Q)


    
    
HABITABLEadj. masc. & fém. (Gram.) qui peut être habité : il se dit de la portion du globe terrestre occupée par des hommes ; sur toute la terre habitable, il n'y a rien de plus grand : d'un climat ; l'extrême chaleur de la zone torride, & le froid severe de la zone glaciale n'empêchent point qu'elles ne soient habitables : d'une maison ; les réparations qu'on y a faites l'ont rendue habitable.


HABITACLES. m. (Marine) c'est une espece d'armoire ou retranchement placé vers le mât d'artimon, devant le poste du timonnier, où l'on place les compas ou boussoles, les horloges, & la lumiere qui sert à éclairer le timonnier. Voyez sa situation, Planche IV. Marine, fig. 1. l'habitacle coté 136. Les planches de cette armoire sont assemblées par des chevilles de bois, sans qu'il y ait aucune ferrure, de-peur que le fer ne dérange la direction de l'aiguille aimantée du compas de route qui y est enfermé. Les vaisseaux du premier rang ont deux habitacles, l'un pour le pilote, & l'autre pour le timonnier. La largeur ordinaire qu'on donne à l'habitacle est de la sixieme partie de la largeur du vaisseau : à l'égard de sa hauteur, on la fait d'une sixieme partie moindre que sa largeur. (Z)


HABITANTS. m. (Gramm.) qui est domicilié dans un endroit, soit qu'il soit venu s'y établir d'ailleurs, soit qu'il y ait demeuré de tout tems. Dans le premier cas on diroit en latin accola, & dans l'autre incola. En françois on dit habitant de quiconque demeure dans un endroit habituellement, & qui n'y est pas seulement en passant. Voyez HABITATION.

HABITANT, (Commerce) celui qui possede dans une colonie un certain espace de terre que le roi par ses lettres patentes, ou les directeurs d'une compagnie par leurs concessions, abandonnent en propre pour la planter & cultiver à son profit, moyennant certaine redevance convenue. On les appelle aussi en France colons & concessionnaires. Les Anglois les nomment Planteurs. Voyez COLON, CONCESSIONNAIRE, PLANTEUR. Dictionn. de Commerce. (G)


HABITATIONS. f. (Gramm.) lieu qu'on habite quand on veut. J'ai hérité d'une habitation aux champs ; c'est-là que je me dérobe au tumulte, & que je suis avec moi. On a une maison dans un endroit qu'on n'habite pas ; un séjour dans un endroit qu'on n'habite que par intervalle ; un domicile dans un endroit qu'on fixe aux autres comme le lieu de sa demeure ; une demeure par-tout où l'on se propose d'être long-tems. Après le séjour assez court & assez troublé que nous faisons sur la terre, un tombeau est notre derniere demeure.

HABITATION, (Commerce) c'est un établissement que des particuliers entreprennent dans des terres nouvellement découvertes, après en avoir obtenu des lettres du roi ou des intéressés à la colonie, qui contiennent la quantité de terres qu'on leur accorde pour défricher, & la redevance ou droit de cens qu'ils en doivent payer tous les ans au roi ou à la compagnie.

C'est dans ces sortes d'habitations que suivant la qualité du sol, après avoir essarté les terres on cultive des cannes à sucre, du coton, du tabac, de l'indigo, & autres semblables marchandises qui y croissent aisément, & sont d'un très-bon débit en Europe. La culture de la terre & les autres ouvrages qui en dépendent, comme la conduite des moulins à sucre, la préparation du tabac & de l'indigo, &c. sont confiés à des engagés qu'on appelle des trente-six mois, parce que leur engagement doit durer trois ans, ou à des negres esclaves pour toute leur vie. Voyez NEGRES & TRENTE-SIX MOIS. Dictionnaire de Commerce. (G)

HABITATION, signifie aussi quelquefois un établissement passager, que des habitans des colonies déjà bien établies, comme de celle de Québec, vont faire chez les nations amies des François pour le commerce des Pelleteries. Quand le séjour n'est pas long chez ces sauvages, on donne simplement au voyage le nom de course ; mais on l'appelle habitation, quand on y demeure plusieurs années de suite. Dictionnaire de Commerce. (G)


HABITERv. act. voyez HABITATION. Il se dit aussi quelquefois du commerce de l'homme & de la femme. S'ils sont époux, on dit simplement, qu'ils ont habité ; s'ils ne le sont pas, on joint à l'habitation l'épithete de charnelle.


HABITUDES. f. (Morale) c'est un penchant acquis par l'exercice des mêmes sentimens, ou par la répétition fréquente des mêmes actions. L'habitude instruit la nature, elle la change ; elle donne de l'énergie aux sens, de la facilité & de la force aux mouvemens du corps & aux facultés de l'esprit ; elle émousse le tranchant de la douleur. Par elle, l'absynthe le plus amer ne paroît plus qu'insipide. Elle ravit une partie de leurs charmes aux objets que l'imagination avoit embellis : elle donne leur juste prix aux biens dont nos desirs avoient exagéré le mérite ; elle ne dégoûte que parce qu'elle détrompe. L'habitude rend la joüissance insipide, & rend la privation cruelle.

Quand nos coeurs sont attachés à des êtres dignes de notre estime, quand nous nous sommes livrés à des occupations qui nous sauvent de l'ennui & nous honorent, l'habitude fortifie en nous le besoin des mêmes objets, des mêmes travaux ; ils deviennent un mode essentiel de notre ame, une partie de notre être. Alors nous ne les séparons plus de notre chimere de bonheur. Il est sur-tout un plaisir que n'usent ni le tems ni l'habitude, parce que la réflexion l'augmente ; celui de faire le bien.

On distingue les habitudes en habitudes du corps & en habitudes de l'ame, quoiqu'elles paroissent avoir toutes leur origine dans la disposition naturelle ou contractée des organes du corps ; les unes dans la disposition des organes extérieurs, comme les yeux, la tête, les bras, les jambes ; les autres dans la disposition des organes intérieurs, comme le coeur, l'estomac, les intestins, les fibres du cerveau. C'est à celles-ci qu'il est sur-tout difficile de remedier ; c'est un mouvement qui s'excite involontairement ; c'est une idée qui se réveille, qui nous agite, nous tourmente & nous entraîne avec impétuosité vers des objets dont la raison, l'âge, la santé, les bienséances, & une infinité d'autres considérations nous interdisent l'usage. C'est ainsi que nous recherchons dans la vieillesse avec des mains desséchées, tremblantes & goutteuses & des doigts recourbés, des objets qui demandent la chaleur & la vivacité des sens de la jeunesse. Le goût reste, la chose nous échappe, & la tristesse nous saisit.

Si l'on considere jusqu'où les enfans ressemblent quelquefois à leurs parens, on ne doutera guere qu'il n'y ait des penchans héréditaires. Ces penchans nous portent-ils à des choses honnêtes & loüables, on est heureusement né ; à des choses deshonnêtes & honteuses, on est malheureusement né.

Les habitudes prennent le nom de vertus ou de vices, selon la nature des actions. Faites contracter à vos enfans l'habitude du bien. Accoutumez de petites machines à dire la vérité, à étendre la main pour soulager le malheureux, & bien-tôt elles feront par goût, avec facilité & plaisir, ce qu'elles auront fait en automates. Leurs coeurs innocens & tendres ne peuvent s'émouvoir de trop bonne heure aux accens de la loüange.

La force des habitudes est si grande, & leur influence s'étend si loin, que si nous pouvions avoir une histoire assez fidele de toute notre vie, & une connoissance assez exacte de notre organisation, nous y découvririons l'origine d'une infinité de bons & de faux goûts, d'inclinations raisonnables & de folies qui durent souvent autant que notre vie. Qui est-ce qui connoît bien toute la force d'une idée, d'une terreur jettée de bonne heure dans une ame toute nouvelle ?

On prend l'habitude de respirer un certain air, & de vivre de certains alimens ; on se fait à une sorte de boisson, à des mouvemens, des remedes, des venins, &c.

Un changement subit de ce qui nous est devenu familier à des choses nouvelles est toûjours pénible, & quelquefois dangereux, même en passant de ce qui est regardé comme contraire à la santé, à ce que l'expérience nous a fait regarder comme salutaire.

Une soeur de l'Hôtel-Dieu alloit chaque année voir sa famille à Saint-Germain-en-Laye ; elle y tomboit toûjours malade, & elle ne guérissoit qu'en revenant respirer l'air de cet hôpital.

En seroit-il ainsi des habitudes morales ? & un homme parviendroit-il à contracter une telle habitude du vice, qu'il ne pourroit plus être que malheureux par l'exercice de la vertu ?

Si les organes ont pris l'habitude de s'émouvoir à la présence de certains objets, ils s'émouvront malgré tous les efforts de la raison. Pourquoi Hobbes ne pouvoit-il passer dans les ténebres sans trembler & sans voir des revenans ? C'est que ses organes prénoient alors involontairement les oscillations de la crainte, auxquelles les contes de sa nourrice les avoient accoutumés.

Le mot habitude a plusieurs acceptions différentes ; il se prend en Medecine pour l'état général de la machine ; l'habitude du corps est mauvaise. Voyez HABITUDE, (Medecine). Il est synonyme à connoissance ; & l'on dit, il ne faut pas s'absenter long-tems de la Cour, pour perdre les habitudes qu'on y avoit. Il se dit aussi d'une sorte de timidité naturelle qui donne de l'aversion pour les objets nouveaux ; c'est un homme d'habitude ; je suis femme d'habitude, je n'aime point les nouveaux visages ; il y en a peu de celles-là. On l'employe quelquefois pour désigner une passion qui dure depuis long-tems, & que l'usage fait sinon respecter, du-moins excuser ; c'est une habitude de vingt ans. Habitude a dans les Philosophes quelquefois le même sens que rapport ; mais alors ils parlent latin en françois.

HABITUDE, , habitudo, habitus, (Medecine) ce terme est employé dans les ouvrages qui traitent de l'économie animale, & particulierement dans ceux de Medecine, pour signifier la disposition du corps de l'animal ou de l'homme vivant ; relativement à ses qualités extérieures, c'est-à-dire à celles de sa surface, qui tombent sous les sens & qui sont susceptibles de différences par rapport aux différens individus, tant dans l'état de santé, que dans celui de maladie.

Ainsi ceux qui ont la peau douce, souple, sans poil, ou au-moins très-peu velue, assez épaisse, avec une sorte de fermeté, à raison de sa tension, ont l'habitude qui accompagne l'embonpoint : ceux au contraire qui ont la peau rude, mince, fort velue, peu flexible, avec sécheresse & disposition aux rides, ont l'habitude qui se trouve ordinairement jointe à la maigreur de tempérament.

L'habitude qui réunit le plus de bonnes qualités, c'est-à-dire de celles qui accompagnent l'état de santé (voyez SANTE), est appellée des Grecs , evexia ; & celle qui n'est composée que de mauvaises qualités est nommée , cachexia.

L'habitude, comme le tempérament en général, dépend de la disposition physique des parties consistantes principalement, qui entrent dans la composition des organes, & de celle des humeurs qui s'y distribuent : en quoi l'habitude differe de la constitution ou complexion, qui dépend de la disposition des parties méchaniques, de la conformation, de la faculté propres à chacun des organes & des qualités des humeurs qu'il reçoit. L'habitude differe du tempérament en ce qu'il renferme les qualités communes à toutes les parties du corps, tant externes qu'internes, au lieu qu'elle ne regarde que l'extérieur du corps. Voyez TEMPERAMENT.


HABITUÉadj. pris subst. c'est un ecclésiastique qui s'est attaché volontairement au service d'une paroisse.


HABITUELadj. (Gramm.) qui est tourné en habitude. Ainsi on dit une maladie habituelle, la grace habituelle. La grace habituelle se reçoit par le baptême & s'accroît par les autres sacremens. Il faut avoir la grace actuelle pour bien faire, & l'habituelle pour être sauvé.


HABOUTSS. m. plur. (Jurisprud.) terme usité dans quelques coûtumes, pour exprimer les tenans & aboutissans d'un héritage. (A)


HABSAL(Géog.) ville de Livonie dans le comté d'Esthonie, près de la mer Baltique.


HABSBOURGS. m. (Géog.) ancien château de Suisse au canton de Berne, dans le bailliage de Lentzbourg. Je n'en parle que parce qu'il a donné son nom à Rodolphe, comte d'Habsbourg, seigneur Suisse, fondateur d'une maison long-tems la plus florissante de l'Europe, & qui a été quelquefois sur le point d'avoir dans l'Empire la même puissance que Charlemagne. Rodolphe d'Habsbourg, avant que d'être élu empereur en 1273, " avoit été champion de l'abbé de Saint-galll contre l'évêque de Basle, dans une petite guerre pour quelques tonneaux de vin. Sa fortune étoit alors si peu proportionnée à son courage, qu'il fut quelque tems grand-maître-d'hôtel d'Ottocare, roi de Bohème, qui depuis pressé de lui rendre hommage, repondit qu'il ne lui devoit rien, qu'il lui avoit payé ses gages ". Voltaire, hist. génér. tome II. (D.J.)


HACACHAN(Géogr.) royaume d'Asie dans la peninsule de l'Inde, dépendant du Grand-Mogol.


HACHA(Géogr.) province du continent de l'Amérique méridionale, arrosée par une riviere de même nom, de la domination espagnole ; elle est riche en or, en pierres précieuses, & en fontaines salantes.


HACHES. f. (Tailland.) terme qui désigne tout gros outil de fer aciéré qui sert à couper, & dont le nom change suivant l'emploi & la forme ou la partie tranchante dans cet outil. Ainsi dans le marteau à tailler la pierre, la partie tranchante qui n'est ni bretée ni dentée, se nomme la hache ; l'autre partie, la bretture, & le haut, marteau.

Il y a un grand nombre de haches ; celle du Tourneur ressemble à une doloire, voyez DOLOIRE ; mais elle est plus petite ; sa planche & sa douille sont soudées ensemble par leur extrémité, comme aux cognées à douille ou en épaule des Charrons.

La hache du tireur de bois, ou l'instrument dont ils se servent pour couper les liens des perches qui forment les trains de bois, voyez TRAINS, a son tranchant à deux biseaux large de quatre à cinq pouces, parallelement à l'outil & au manche. Au côté opposé relativement à l'outil est un picot d'environ six pouces, qui sert à tirer les buches de l'eau. Cet outil est aciéré comme les autres.

La hache du bucheron n'a point de picot ; elle est plus grosse que celle du tireur de bois ; elle s'appelle cognée. Voyez COGNETTE.

Celle du marinier est une espece de marteau qui au lieu de la panne a un tranchant parallele au manche, large de trois à quatre pouces.

Il y a d'autres instrumens qui portent le même nom. Voyez les articles suivans, nos Planches & leurs explications.

* HACHE A MAIN, (Formier & autres ouvriers en bois grossiers) instrument tranchant large de fer & court de manche, dont on se sert pour diviser les pieces de bois qui sont trop grosses. Voyez la Planche du Formier.

HACHE D'ARMES, (Art milit. & hist.) espece de hache dont on se servoit autrefois dans les combats pour rompre les armes défensives des hommes d'armes. Elle ne sert plus guere aujourd'hui que dans la Marine, c'est-à-dire dans les combats sur mer. Le manche de la hache d'armes est souvent tout de fer : elle étoit taillée d'un côté en forme de hache ou cognée, & de l'autre en marteau ou en pointe. (Q)

* HACHE, (Myth.) symbole de Jupiter Labradeus chez les Cariens. Au lieu de tenir la foudre ou le sceptre, il étoit armé de la hache.

* HACHE, (ordre de la) (Hist. mod.) Raymond Berenger devenu comte de Barcelone, l'institua en mémoire de la victoire qu'il remporta sur ses ennemis, & de la belle défense que les femmes de Tortose armées de haches firent au siége de cette ville.

HACHE, (Arpentage) Nicod a dit que hache en fait d'arpentage, " est une certaine forme de champs, & conséquemment tenans ou aboutissans de flanc ou front courbe, & faisant tournailler, & non de droite ou pleine ligne " ; ainsi l'on dit piece de terre assise en tel lieu, appartenante à Louis Grivon, contenant dix arpens en hache, tenant d'une part à Jean Floquart, & d'autre part à Pierre Amy. (D.J.)

HACHE, (COUP-DE) Manege, Maréchallerie, voyez ENCOLURE.

HACHE, EN HACHE, ou HACHEE, (Imprimerie). On se sert de cette expression, lorsque dans un ouvrage il y a des gloses, qui trop abondantes pour contenir à la marge où elles commencent, sont continuées en retournant sous le texte, dont pour cet effet on retranche à la page à proportion que la glose en a besoin. On dit encore d'une addition, qu'elle est hachée, quand après avoir rempli toute la colonne qui lui est destinée elle passe sous la matiere, & forme des lignes qui deviennent de la largeur de la matiere & de l'addition. Cela arrive toutes les fois que le discours de l'addition est trop abondant, & que pour eviter la confusion, on évite d'en rejetter une partie à la page suivante. Plusieurs des anciens ouvrages de Droit sont imprimés en cette maniere : telle est la bible hébraïque de Bomberg, & le talmud du même.


HACHÉES. f. (Hist. mod.) punition qu'on imposoit autrefois aux gens de guerre & même aux seigneurs ; elle consistoit à porter une selle ou un chien pendant un espace de chemin désigné ; elle deshonoroit. On indiquoit une procession solemnelle, toutes les fois qu'un coupable la subissoit. Les mots du latin de ces tems, harmiscari, harmiscare, signifient la hachée, être puni de la hachée.

HACHEES, (Chasse) les pluviers cherchent les hachées ou les vers cachés sous les feuilles dont ils se nourrissent.


HACHEMENSS. m. pl. en termes de Blason, se dit des liens des panaches à divers noeuds & lacets, & à longs bouts voltigeans en l'air. Les Allemands en lient leurs lambrequins, qui doivent être de mêmes émaux. On dit aussi hanchemens, & on y met un h par corruption : car achemens étoient autrefois synonymes à ornemens ; & l'on entendoit par ce mot des lambrequins ou chaperons d'étoffe découpés qui enveloppent le casque & l'écu, & qui sont ordinairement des mêmes émaux que les armoiries. Voyez CASQUE, FEU, MBREQUINSUINS.


HACHENBOURG(Géogr.) ville, château, & bailliage d'Allemagne, au comté de Sayn, près de Coblentz, sur le Rhin.


HACHERv. act. (Gramm.) couper en morceaux ; ce mot vient de l'instrument tranchant hache ; il se prend au simple & au figuré : on dit de la viande hachée, & un style haché. Il a plusieurs acceptions dans les Arts. Voyez les articles suivans.

HACHER, en Grav. & en Dess. est l'art de disposer des lignes à l'aide du burin ou du crayon, pour donner l'effet aux différens objets que l'on veut ombrer, soit en Gravure, soit en Dessein. Pour hacher, on se sert de lignes droites, courbes, ou ondées ; quelquefois on les employe seules, quelquefois aussi on les employe ensemble en les croisant en forme de losange, plus ou moins obliquement. Le sens dans lequel il convient de disposer ces lignes ou traits pour former les ombres, n'est pas tout-à-fait arbitraire, comme bien des graveurs & dessinateurs le pensent ; il faut que leur direction participe de la nature ou de la perspective de l'objet que l'on veut ombrer. Si l'objet est rond, le sens des hachures doit être circulaire ; s'il est uni, les hachures doivent être unies ; s'il est inégal, les hachures doivent participer de ces inégalités. Enfin pour parvenir à donner l'effet convenable, soit à une gravure, soit à un dessein, le grand art est de les varier, de maniere cependant qu'elles indiquent toûjours l'inflexion ou la forme générale des différens objets qu'elles couvrent. S'il y a plusieurs hachures les unes sur les autres, ainsi qu'il arrive le plus souvent, qui se croisent en maniere de losange ; il faut toûjours affecter que celle qui peut exprimer la forme générale ou particuliere de différens objets ombrés, soit la dominante ; ensorte que toutes les autres lignes ne servent que pour la glacer, l'unir, & en augmenter l'effet.

HACHER, (Jouaillier, Bijoutier, Fourbisseur, Argenteur, Damasquineur, Emailleur) c'est taillader une piece pour donner sur elle plus de prise à la matiere qu'on y veut attacher, soit émail, soit or, soit argent. Pour cet effet, on se sert d'un instrument appellé couteau à hacher.

* HACHER, (Lapidaire) c'est la manoeuvre par laquelle ces ouvriers pratiquent des traits à leur roue, soit avec la lame d'un couteau, soit à la lime, soit autrement. La poudre du diamant s'engage dans ces traits, & forme une espece de lime qui prend dans le mouvement rapide de la roue, sur la pierre qu'on y applique, chargée d'un poids, l'use & lui donne du poli ; sur-tout lorsqu'en appuyant la main sur la tenaille qui tient la pierre appliquée, on la presse contre la roue, en la faisant vaciller en sens contraires à celui de la roue : il arrive par ce vacillement leger, que les traits de la roue coupent les premiers traits qu'elle a faits sur la pierre, & les empêche de paroître. Sans ce petit tour de main, vous userez, mais vous ne polirez pas.

HACHER, en Maçonnerie, ou dans la Coupe des Pierres ; c'est avec la hache du marteau à deux têtes, unir le parement d'une pierre pour la rustiquer & la layer ensuite.

Lorsqu'une pierre ou un moilon a été haché, on peut le couvrir de plâtre ; & ce recouvrement s'appelle enduit ou crépi. Voy. HACHETTE, CREPI, DUITDUIT.

HACHER, (Tapissier, & autre Manufacturier en laine) c'est réduire en poudre la tonture des draps ou des autres étoffes en laine ; ou même pratiquer la même chose sur de la laine neuve.


HACHETTES. f. (Arts méchaniq.) instrument à l'usage d'un grand nombre d'ouvriers ; c'est ainsi que le diminutif le désigne une petite hache. Les Charpentiers en ont une à marteau, dont ils se servent pour ajuster des pieces de bois. Les Tonneliers, les Charpentiers, les Couvreurs, les Maçons ont aussi leur hachette. Les Maçons se servent d'un des bouts pour équarrier, & de l'autre pour placer le moilon ou la pierre. A la hachette du Maçon, au lieu de panne, il y a un tranchant large de deux pouces & demi : cet outil s'aciére comme le marteau. Voyez ACIERER. Voyez les Planches & leurs explications.


HACHIS. m. (Cuisine) mets préparé de viandes ou poissons hachés menu & assaisonnés.


HACHOIRou HACHE-PAILLE, s. m. (Man. & Maréchall.) instrument appellé par quelques auteurs coupe-paille, & dont les Espagnols, ainsi que les Allemands, font un fréquent usage : il n'est pas généralement employé parmi nous : quelques écuyers seulement & quelques amateurs des chevaux en sont pourvûs & s'en servent très-utilement. Il est composé de trois planches formant entr'elles une sorte de gouttiere sans inclinaison, qui diminue de largeur & de hauteur, en approchant de l'extrémité où se réunit toute la méchanique de la machine ; sa longueur est d'environ trois pieds & demi ; sa plus grande largeur intérieure d'un pied ; la plus petite, de sept ou huit pouces. La paroi du fond a neuf lignes d'épaisseur ; les parois latérales faites chacune de deux pieces dans leur longueur, en ont autant dans quelques parties, & n'en ont que six dans d'autres ; leur plus grande hauteur est d'environ dix pouces & la plus petite de huit ; leur extrémité la plus étroite est entr'ouverte par une mortaise qui la traverse de part en part parallelement à sa rive perpendiculaire, & à trois pouces de cette rive. Cette mortaise qui a environ six pouces de hauteur sur huit ou neuf lignes de largeur, est armée d'une platine de fer qui en garnit tout le contour, & qui est arrêtée par des cloux. Ces deux mêmes parois sont maintenues dans leur position perpendiculaire sur celle du fond, par une piece de fer figurée comme l'embrasure d'une porte quarrée & cintrée par le haut ; le cintre excédant leur hauteur d'environ trois pouces ; & cette piece, dans ce qui forme les montans & la traverse inférieure, est arasée avec l'intérieur de la paroi du fond & des parois latérales auxquelles elle est réunie par deux cloux à vis qui les traversent dans leurs angles. On doit observer que dans celle des deux parties des parois qui est la plus grande, la plus longue & la plus mince, les fils du bois sont couchés ; dans l'autre, qui est à-peu-près quarrée, les fils du bois sont debout : celle-ci, d'un tiers environ plus épaisse, est fortifiée par trois petites bandes de fer ; deux d'entr'elles sont attachées à une de leurs extrémités, par la même vis qui attache & qui tient les montans de l'embrasure de fer, & suivant parallelement au fond & à la rive supérieure toute la largeur de la portion à-peu-près quarrée, elles vont de l'autre part se terminer sur celle qui a le plus de longueur ; la troisieme bande garnit l'épaisseur de ces portions ; & sur cette même épaisseur sont fixés deux goujons, l'un à l'extrémité postérieure, & l'autre à un tiers de longueur à compter de cette même extrémité, lesquels servent à maintenir chacun un liteau ou une traverse qui repose sur la rive supérieure de chaque paroi : quant aux bandes, elles sont clouées d'espace en espace, & elles affermissent tous les assemblages. Ces assemblages sont deux tenons avec languette entre-deux, pour la partie de la paroi latérale qui porte la mortaise, & de simples languettes : pour ce qui concerne l'autre partie, qui est unie non-seulement à la premiere, mais au fond & à une emboîture qui termine l'extrémité la plus large des parois des côtés. Cette emboîture est légerement cintrée en-dehors ; elle est assemblée par tenon avec la paroi du fond. Une petite bande de fer clouée sur l'épaisseur & supérieurement, en rend impossible la séparation d'avec les parois latérales, qui dans une partie de leur longueur, se ressentent du trait-d'arc ou du cintre leger dont j'ai parlé.

Cette gouttiere ainsi comparée est élevée d'environ un pied & demi à chaque extrémité, sur deux piés assemblés à-peu-près comme ceux des treteaux ordinaires ; ceux de l'extrémité antérieure sont assez larges pour être refendus dans une portion de leur longueur, par une mortaise d'environ neuf lignes, parallele à leurs rives antérieures, & qui en est distante d'environ autant de lignes. L'un de ces piés n'est entr'ouvert que pour recevoir l'extrémité d'une lame de bois, dont l'autre extrémité doit joüer & mouvoir de haut en bas dans la mortaise du pié qui répond au premier. Celle-ci peut parcourir ainsi un arc d'environ quarante-cinq degrés ; cette même lame est jumelée, & sa jumelle joue extérieurement : elles sont l'une & l'autre assemblées, d'une part par un boulon à vis & écrous à oreilles qui les traversent, ainsi que le pié, & qui devient le centre de leurs mouvemens ; & de l'autre, c'est-à-dire à leur extrémité mobile, par un autre boulon semblable qui les traverse encore & qui passe en même tems dans l'oeil du grand couteau à-peu-près pareil à ceux dont se servent les Boulangers pour couper le pain. Le manche de ce couteau dont la lame a environ deux piés de longueur, n'offre rien de différent, si ce n'est qu'il est un peu plus incliné en contre-bas. Je remarque au surplus que les jumelles excedent la machine d'environ sept ou huit pouces, à compter du boulon qui tient le couteau ; que les boulons sont distans de l'un à l'autre d'environ un pied huit pouces ; & que le centre du mouvement des jumelles est éloigné d'environ un pié deux pouces de la paroi inférieure de la gouttiere.

Derriere les deux piés antérieurs est placée une pédale ; elle est assemblée mobilement par l'une de ses extrémités, dans la partie inférieure du pié opposé au côté, sur lequel se présente le manche du couteau ; son autre extrémité déborde de six pouces environ l'à-plomb de la machine. De cette pédale & dans le lieu qui répond à l'à-plomb du milieu, s'éleve une chaînette terminée par une lame percée de plusieurs trous, laquelle traverse un palonier qui y est fixé par le moyen d'une goupille que l'on peut mettre, selon le besoin, dans les uns ou dans les autres de ces mêmes trous, tandis que de chaque extrémité du palonier part une tringle qui s'y assemble à crochet, & qui percée par son bout supérieur, reçoit un boulon à écrou, qui passe dans les mortaises des parois latérales, & qui traverse en même tems une piece de bois qui remplit exactement la largeur de la gouttiere : en cet endroit cette piece de bois a environ huit pouces de longueur ; elle est traversée dans son épaisseur, qui est d'environ un pouce & demi, non dans sa moitié, car sa partie antérieure se trouve un pouce & demi de moins que sa partie postérieure. Sa portion inférieure doit présenter antérieurement un plan parallele à la paroi du fond de la gouttiere, & postérieurement un plan recourbé en contre-haut, tel à-peu-près que celui qu'offre à nos yeux la proue d'un bateau. Enfin sur l'épaisseur des parois latérales, à environ trois pouces de l'extrémité antérieure, sont fermement & inébranlablement attachés par anneaux deux chaînes de fer d'environ un pié de longueur, lesquelles sont reçûes par leur autre extrémité, dans deux autres anneaux fixement arrêtés à la traverse d'un rateau de fer ; les dents de ce rateau, au nombre de cinq, ont environ six pouces de longueur : sa traverse est moins longue d'environ un pouce & demi que la gouttiere n'est large ; elle porte un manche d'environ neuf à dix pouces de longueur dans la direction des dents.

Les noms que nous avons donnés à cet instrument en indiquent l'usage.

Placez dans la gouttiere une certaine quantité de paille de froment que vous y coucherez dans sa longueur, & qui ne débordera antérieurement que d'environ deux lignes ; engagez-en une extrémité du côté qui doit déborder sous la piece de bois, qui est mobile au moyen du boulon qui la perce & qui passe dans les mortaises des parois latérales ; appuyez fortement le pié gauche sur la pédale qui répond de chaque côté à ce boulon, à l'effet d'abaisser cette même piece, & de comprimer vivement la paille engagée ; saisissez en même tems le manche du couteau avec votre main droite ; tirez-le à vous, & pressez médiocrement en contre-bas ; il en résultera un mouvement composé dans la lame : les jumelles qui la portent seront en effet d'une part sollicitées à s'élever & à la laisser courir suivant sa longueur, tandis que l'impression & l'appui de la main lui donneront la facilité & la puissance de couper la paille offerte à son tranchant ; puissance néanmoins qu'elle ne peut avoir, qu'autant qu'elle rasera exactement dans son chemin la rive extérieure de l'embrasure de fer, qui n'est polie avec soin que pour que cette même lame ne soit point offensée à chaque coup de main de l'ouvrier ; chacun de ces coups étant donnés, ce même ouvrier dont la main gauche sera saisie du manche du rateau, & qui aura eu l'attention d'en tenir les dents légerement en arriere, renversera ce manche en cessant toute compression sur la pédale, & portera dès-lors la paille en-avant, proportionnément à la saillie qu'elle doit avoir en-dehors pour être coupée ; il appuyera ensuite de nouveau sur la pédale, & usera du couteau, comme il l'a fait auparavant. C'est ainsi que l'on prépare à l'animal une nourriture très-saine, pourvû que la paille ne soit point noire, grossiere, & telle qu'elle croît dans certaines provinces & dans certains cantons de ce royaume. On la mêle avec l'avoine ; on en donne le double ainsi mêlée. Il est même quelques pays où elle sert d'unique ou de principal aliment au cheval, & dans lesquels les hachoirs ou hache-paille sont armés de plusieurs couteaux par le moyen desquels on hache une plus grande quantité de paille ensemble. Nous n'avons point sous nos yeux cet instrument ; & la mémoire ne nous fournissant à cet égard rien de précis, nous n'en hasarderons pas ici la description.


HACHURES. f. en Grav. & Dessein, se dit des lignes ou traits dont on se sert pour exprimer les ombres, soit dans les gravures, soit dans les desseins, à l'aide du burin ou du crayon : Il y a des hachures simples & des doubles ; les simples sont formées par une seule ligne, soit droite, soit courbe ; les doubles sont formées par plusieurs lignes, soit droites, soit courbes, qui se croisent en maniere de losange : pour leur opération, V. HACHER, en Grav. & en Dessein.

HACHURES EMPATEES, en Gravure ; on se sert de ce terme pour exprimer le dégât que l'eau-forte a fait en enlevant le vernis & confondant les hachures ensemble. Voyez GRAVURE A L'EAU FORTE.

Les hachures sont de grand usage dans le Blason, pour faire distinguer les différens émaux des écussons, sans qu'ils soient enluminés. Voyez EMAIL & COULEUR. Presque toutes les figures ombrées de ce livre sont gravées en hachures. Voyez les Planches de Blason, & leur explication.


HACUB(Hist. nat. Bot.) nom que les Indiens donnent à une plante qui ressemble au chardon, mais qui est plus grande & plus élevée que lui. Au printems elle pousse de grands rejettons comme ceux de l'asperge, que les Indiens font bouillir pour les manger. Lorsqu'on les laisse croître sans les couper, ils portent des boutons armés de pointes, au bout desquels sont des fleurs rouges. La racine de cette plante est grosse & longue ; elle purge légerement, & excite le vomissement, lorsqu'on l'a fait infuser dans de l'eau chaude.


HACZAGSarmisia vallis, (Géog.) petit pays de Transylvanie, sur les confins de la Walaquie, avec titre de comté ; c'est dans ce district que sont les ruines de l'ancienne Ulpia Trajana, desquelles il est vraisemblable que s'est formée à quelque distance la ville dont le pays porte le nom. (D.J.)


HADAMARHademarium, (Géog.) ville d'Allemagne au cercle du Haut-Rhin, dans la Wétéravie, résidence ordinaire d'une branche de la maison de Nassau, avec un château près de la riviere de Lohne, à neuf lieues N. O. de Mayence, six E. de Coblents. Long. 25. 41. latit. 50. 21. (D.J.)


HADDINGLAWN(Géog.) ville d'Ecosse, dans la province de Lothian, sur la Tyne, à six milles d'Edimbourg.


HADDINGTONou plutôt HADDINGTOWN, en latin Hadina, (Géog.) ville ou bourg de l'Ecosse méridionale, capitale d'un bailliage ou sherifsdom de même nom dans la Lothiane, à cinq lieues E. d'Edimbourg. Long. 15. 6. lat. 56. 10.

C'est la patrie de Jean Major, fameux théologien scholastique, mort en Ecosse en 1648, âgé de 42 ans. Il avoit étudié & enseigné à Paris ; mais tous ses ouvrages sont tombés dans l'oubli, jusqu'à son histoire latine de la Grande-Bretagne. (D.J.)


HADELAND(Géog.) petite ville de Norwege, dans la province d'Aggerhus, à trois lieues de Christiania.


HADELER-TAND(Géogr.) petit pays d'Allemagne situé à l'embouchure de l'Elbe, & appartenant au roi d'Angleterre, comme électeur de Brunswick-Lunebourg.


HADELLANDHadella, (Géog.) petit pays d'Allemagne, au nord du pays de Brême, assez près de l'Elbe. Je crois que l'empereur en joüit aujourd'hui. (D.J.)


HADEMAR(Géog.) petite ville d'Allemagne, dans le Westerwald, qui a donné son nom à une branche de la maison de Nassau, éteinte en 1711.


HADÉQUIS(Géog.) petite ville d'Afrique située dans une plaine, au royaume de Maroc, dans la province d'Héa, à trois lieues de Técule. Les Portugais la prirent d'assaut en 1514, & emmenerent pour esclaves les plus belles femmes. Long. 8. 30. lat. 30. 44. (D.J.)


HADERSLÉBENHaderslebia, (Géog.) ville du Danemark au Duché de Sleswig, capitale d'une préfecture considérable de même nom, avec une bonne citadelle ; elle est proche la mer Baltique, à cinq milles d'Allemagne S. E. de Ripen, 11. N. de Sleswig. Les géographes du pays lui donnent 55 d. 15'. 30''. de latit. sur 42 d. 53'. 30''. de long. M. Delisle la fait plus septentrionale d'un degré au-moins ; mais la longitude est excessive de plus de 12 degrés, à la prendre de l'île de Fer ; & quand même on la prendroit aux îles Açores, le méridien du quarantieme degré passeroit à l'orient de toute la presqu'île de Sleswig & de Jutland, sans y toucher. (D.J.)


HADÈS(Mythol.) c'est de ce nom que les Grecs appellent Pluton.


HADHRAMOUT(Géog.) ville & contrée d'Asie dans l'Arabie heureuse : M. d'Herbelot, qui parle fort au long de cette contrée dans sa bibliotheque orientale, dit que les anciens l'ont connue sous le nom d'Hadramithena. Il y a dans ce pays une montagne nommée Schibum, d'où l'on tire les plus belles onyces & agathes de tout l'orient. La ville d'Hadhramont est à quarante-six lieues O. de Carésen. Long. 67. 8. lat. 14. 40. (D.J.)


HADRAS(Hist. mod.) nom donné par les Arabes errans & vagabonds à ceux de leur nation qui habitent les villes, qui contractent des mariages avec les autres, qu'ils haïssent mortellement.


HADRIANALESS. m. pl. (Hist. anc.) jeux accompagnés de tous les assortimens de la déification ; Antonin les établit à Pouzolles avec un temple en l'honneur d'Hadrien, dont après la mort il obtint du sénat l'apothéose.

Il y avoit dans ce temple un flamine du nom d'Hadrien, avec un college de prêtres destinés au service du nouveau dieu ; mais Hadrien n'avoit pas attendu jusqu'à ce tems-là à goûter les honneurs divins ; il s'étoit emparé lui-même pendant sa vie de la couronne céleste ; il se consacra un autel dans Athènes, au temple de Jupiter Olympien ; & à mesure qu'il passoit par les villes d'Asie, il multiplioit les temples qu'il se bâtissoit, les appelloit Hadrianées ; & selon toute apparence, il ne se proposoit pas de les consacrer à Jesus-Christ. Lampridius est le seul qui nous ait fait ce conte fabuleux. (D.J.)


HADRIANÉEHadrianeum, s. m. (Hist. anc.) c'est ainsi qu'Hadrien desira qu'on nommât les temples qu'il faisoit bâtir lui-même en plusieurs villes, à sa propre gloire ; & ce nom leur resta comme un monument de sa vanité. V. HADRIANALES. (D.J.)


HADRIANISTESS. m. pl. (Hist. ecclés.) ce furent des hérétiques des premiers siecles de l'Eglise ; Théodoret qui en a fait mention les met au nombre des disciples de Simon le magicien. Apparemment que leur chef s'appelloit Hadrien, & que c'est de ce nom qu'ils furent appellés Hadrianistes ; comme aujourd'hui on dit de Jansénius, Jansénistes ; de Molina, Molinistes.


HAEMALOPIEVoyez HEMALOPIE.


HAEMALOPS(Medecine) Voyez HEMALOPIE.


HAEMANTUS(Botan.) Voyez HEMANTUS.


HAEMATITou SANGUINE, (Hist. nat. Lith.) Voyez HEMATITE.


HAEMATOCELE(Medecine) Voyez HEMATOCELE.


HAEMATOSE(Medecine) Voyez HEMATOSE.


HAEMIMONTUS(Géograph. anc.) Voyez HEMIMONTUS.


HAEMIS(Mythol.) Voyez HEMIS.


HAEMON(Géogr. anc.) Voyez HEMON.


HAEMONIE(Géog. anc.) Voyez HEMONIE.


HAEMOPHOBE(Med.) Voyez HEMOPHOBE.


HAEMOPHTYSIE(Medecine) Voyez HEMOPHTYSIE.


HAEMOROSCOPIE(Medecine) Voyez HEMOROSCOPIE.


HAEMORRHAGIE(Medecine) Voyez HEMORRHAGIE.


HAEMORRHOIDES(Medecine) Voyez HEMORRHOIDES.


HAEMORRHOISVoyez HEMORRHOIS.


HAEMORTASIEVoyez HEMOSTASIE.


HAERMIX(Botan.) Voyez HERMIA.


HAESBROUK(Géog.) petite ville de Flandre, à deux lieues d'Aire. Longit. 20. 4. latit. 50. 40. (D.J.)


HAFIZIou HAFIZAN, ou HAFIZLER, s. m. (Hist. mod.) ce sont en Turquie ceux qui apprennent tout l'alcoran par coeur ; le peuple les regarde comme des personnes sacrées à qui Dieu a confié sa loi, & qu'il en fait dépositaires. Il ne faut qu'une mémoire heureuse pour parvenir à ce titre sublime. Ce nom est dérivé de l'arabe hafizi, qui signifie en général celui qui garde quelque chose. Ricaut, de l'empire ottoman. (G)


HAGADAS. f. (Hist. mod.) sorte d'oraison que les Juifs récitent le soir de la veille de leur pâque, au retour de la priere ; ils se mettent à une table, sur laquelle il doit y avoir quelque morceau d'agneau tout préparé, avec des azymes, des herbes ameres, comme de la chicorée, des laitues, &c. & tenant des tasses de vin, ils prononcent cette hagada, qui n'est qu'un narré des miseres que leurs peres endurerent en Egypte, & des merveilles que Dieu opéra pour les en délivrer. Dict. des Arts. (G)


HAGARDadj. (Gramm.) épithete relative au regard. On dit de celui qui a dans la vûe quelque chose d'incertain, de farouche & de trouble, qu'il a les yeux hagards.

HAGARD, (Fauconnerie) est le contraire de sor. Le faucon hagard est celui qui n'a pas été pris au nid, & qui est difficile à apprivoiser.


HAGELAND(Géogr.) petit pays des Pays-bas autrichiens, qui se trouve entre Louvain & le pays de Liége.


HAGENOW(Géogr.) petite ville d'Allemagne, dans le comté de Schwerin, au duché de Meklenbourg.


HAGENSTELZENcélibataires. (Hist. mod.) nom que l'on donne en Allemagne, dans le bas Palatinat, aux garçons qui ont laissé passer l'âge de vingt-cinq ans sans se marier ; après leur mort, leurs biens sont confisqués au profit du prince, s'ils ne laissent ni peres ni meres, ni freres ni soeurs. Il y a aussi en quelques endroits un droit que les vieux garçons sont obligés de payer au souverain, lorsqu'ils se marient. Ce droit se nomme en allemand hagenstolzenrecht. Voyez Hubner, dictionn. geograph.


HAGou HAJI, (Hist. mod.) Les Mahométans nomment haj le pelerinage qu'ils font à la Meque, Médine & Jérusalem ; celui qui s'est acquité de ce pelerinage se nomme haji ou hagi. Chaque musulman est obligé à remplir ce devoir une fois en sa vie ; il doit suivant la loi choisir le tems où ses moyens lui permettent d'employer la moitié de son bien à la dépense du pelerinage ; l'autre moitié doit rester en arriere, afin de la pouvoir retrouver à son retour. Ceux qui ont fait plusieurs fois ce pelerinage sont très-estimés par leurs concitoyens. Le voyage se fait par caravanes très-nombreuses ; & comme on passe par des deserts arides, le sultan envoye des ordres au bacha de Damas de faire accompagner les caravanes de porteurs d'eau, & d'une escorte qui doit être forte au-moins de 14000 hommes, pour garantir les pelerins des brigandages des Arabes du desert. Voyez hist. othomane du prince Cantimir.


HAGIAou HIGIAZ, (Géogr.) province d'Asie dans l'Arabie, bornée O. par la mer Rouge, N. par l'Arabie Petrée, E. par la Théama. Sa capitale est Hagiaz, autrement dite Hagr. (D.J.)


HAGIBESTAGE(Géogr.) c'étoit autrefois une grande ville ; c'est à-présent un village de la Natolie, fameux par les pelerinages des Turcs & par l'hébergement magnifique, ou plutôt le palais destiné pour les voyageurs. Tous les allans & venans y sont parfaitement bien reçus, logés & traités. Paul Lucas en fait la description dans son second voyage de Grece. (D.J.)


HAGIOGRAPHESS. m. pl. (Théolog.) nom que l'on a donné à une partie de l'Ecriture sainte, que les Juifs appellent chetuvim. Voyez BIBLE, &c. Ce mot est composé d', saint, & de , j'écris. Ce nom est fort ancien. Saint Jérôme fait souvent mention de ces livres, & saint Epiphane les appelle simplement .

Les Juifs divisent les saintes Ecritures en trois classes : la loi qui comprend les cinq livres de Moyse ; les prophetes qu'ils appellent neviim, & les chetuvim que les Grecs appellent hagiographa, & qui contiennent les livres des pseaumes, des proverbes, de Job, de Daniel, d'Esdras, des chroniques, du cantique des cantiques, de Ruth, des lamentations, de l'Ecclésiaste & d'Esther.

Les Juifs donnent aussi quelquefois à ces livres le nom d'écrits par excellence, comme ayant été composés d'après l'interprétation immédiate du Saint-Esprit. C'est ainsi qu'en parlent Kimchi dans sa préface sur les pseaumes ; Maimonides, in more Nevoch & Elias Levite, dans son thisbi. Cependant ils distinguent les hagiographes des prophetes, parce que les premiers n'ont point reçu la matiere de leurs livres par la voie qu'ils appellent prophetia, laquelle consiste en songes, visions, souffles, paroles entendues, extases, &c. mais purement & simplement par l'inspiration & la direction du Saint-Esprit. Voyez INSPIRATION.

On appelle encore hagiographe en général, tout auteur qui a travaillé sur la vie & les actions des saints. Ainsi en ce sens les Bollandistes sont les plus savans & les plus volumineux hagiographes que nous ayons. (G)


HAGIOSIDERES. m. (Théolog.) Les Grecs qui sont sous la domination des Turcs, ne pouvanr point avoir de cloches, se servent d'un fer au bruit duquel les fideles s'assemblent à l'église ; & ce fer s'appelle hagiosideron, mot composé d', saint, & de , fer.

Magius donne la description d'un hagiosidere qu'il a vû, & il dit que c'est une lame large de quatre doigts & longue de seize, attachée par le milieu à une corde qui la tient suspendue à la porte de l'église ; on frappe dessus avec un marteau.

Lorsqu'on porte le viatique aux malades, celui qui marche devant le prêtre porte un hagiosidere sur lequel il frappe trois fois de tems-en-tems, comme on sonne ici une clochette pour avertir les passans d'adorer. Dictionn. de Trév. (G)


HAGRou HAGIAR, ou HAGIAZ, (Géogr.) ville de l'Arabie Heureuse en Asie dans la province d'Hagias, à 35 lieues N. de Médine. Cette ville paroît être celle que Ptolomée & Strabon appellent Petra deserti ; elle fournit son nom à l'Arabie Petrée ; les sultans de Syrie & d'Egypte l'ont possédée long-tems. Voyez PETRA. Nassireddin lui donne 83d. 30'. de long. & 25 d. 15'. de latitude septentrionale. (D.J.)


HAGUENAUHagonoja, (Géogr.) petite ville de France en Alsace, capitale d'un bailliage ou préfecture de même nom, autrefois impériale. Les François la prirent en 1673, & les Impériaux en 1702 ; les François la reprirent en 1703, & les Impériaux en 1705, après que le prince Louis de Bade eut forcé les lignes des François, qui néanmoins s'en rendirent encore maîtres en 1706. Elle est sur la Motter qui la divise en deux parties, à 5 lieues N. de Strasbourg, 6 O. de Bade, 10 S. O. de Landau, 102 E. de Paris. Long. 25 d. 27'. 55''. latit. 48 d. 48'. 45''.

Haguenau a donné le jour à Capiton (Wolfgang Fabrice), qui se fit recevoir docteur en Medecine, en Droit & en Théologie ; mais il se distingua seulement dans cette derniere science : il devint un des plus habiles théologiens de son tems dans le parti d'Oecolampade, dont il épousa la veuve. Il mourut de la peste en 1542, âgé de 63 ans. (D.J.)


HAHELAND(Géogr.) district dans la Prusse polonoise, où est située la ville d'Elbingen.


HAIS. m. il se dit en jargon de Riviere, d'un endroit dangereux où l'eau tournoye, comme il arrive ordinairement à la culée d'une pile de pont, du côté d'aval.


HAIÇONSS. m. pl. (terme de Pêche) c'est ainsi qu'on appelle dans l'amirauté de Bayonne une sorte de petits bateaux peu différens de ceux qu'on y appelle des tillolles.


HAICTITESS. m. pl. (Hist. mod.) secte de la religion des Turcs. Ceux qui y sont attachés croyent comme les Chrétiens que Jesus-Christ a pris un corps réel, & qu'il s'est incarné dans le tems, quoiqu'il fût éternel. Ils ont même inseré dans leur profession de foi, que le Christ viendra juger le monde au dernier jour, parce qu'il est écrit dans l'alcoran : ô Mahomet, tu verras ton Seigneur qui viendra dans les nues. Or ce mot de Seigneur, ils l'appliquent au Messie, & ils avouent que ce Messie est Jesus-Christ, qui, disent-ils, reviendra au monde avec le même corps dont il étoit revétu sur la terre, pour y régner quarante ans, & détruire l'empire de l'antechrist, après quoi la fin du monde arrivera. Cette derniere opinion, selon Pocok, n'est pas particuliere à la secte des Haictites, mais généralement répandue parmi tous les Turcs. Ricaut, de l'empire ottoman. (G)


HAIDENSCHAFFT(Géog.) ville d'Allemagne, au duché de Carinthie, sur la riviere de Kobel.


HAIDINGSFELD(Géog.) petite ville d'Allemagne, en Franconie, dans l'évêché de Wurtzbourg.


HAIEou HAYE, s. f. (Agriculture) c'est une longueur de plants servant de clôture à un jardin ou à un champ, laquelle est plantée d'épines blanches, de charmes, d'ormes, de ronces & de brossailles.

On dit une haie vive, une haie morte, une haie d'appui ; la haie d'appui a pris ce nom de sa hauteur, la haie vive, de sa nature qui est de plantes ayant racines & vivaces ; la haie morte, des échalats, fagots, ou branches seches dont elle est faite.

HAIE, ou plutôt HAYE, (Droit franç. coutumier) les haies sont quelquefois un sujet de disputes, que les Lois ont de la peine à prévenir, ou à régler. Suivant le Droit coutumier de France, ceux qui plantent une haie, doivent laisser un espace entre la haie & le fond voisin : si elle est vive, la distance doit être d'un pié & demi : si elle est de bois mort, on peut l'établir sur l'extrémité du fonds, sans laisser aucun vuide ; parce que semblable clôture ne sauroit préjudicier au fonds voisin. Ce n'est donc qu'à l'égard de la haie vive, qu'il survient des contestations de propriété ; par exemple, lorsque deux voisins reclament chacun la haie, & que le juge ignore à qui elle doit appartenir ; en ce cas, le sentiment de Coquille, dans ses quest. chap. cxlviij. est que s'il y a un fossé du côté de la haie, elle doit appartenir au propriétaire du fonds qui est au-delà du fossé & de la haie : dans le doute, ajoûte-t-il, on doit juger de la propriété de la haie par la qualité & par la nature des héritages qui sont aux deux côtés ; car si elle est entre une terre que l'on seme & une vigne, la présomption sera qu'elle appartient au propriétaire de la vigne, à qui la clôture est plus nécessaire qu'à la terre. Il en est de même d'une haie plantée entre une terre & un pré, le pré étant exposé à la pâture du bétail, s'il n'est pas clos. Loisel, dans ses Institutions coutumieres, liv. II. tit. iij. art. 8. a décidé de même que Coquille. Aubert, addit. à Richelet. (D.J.)

HAIE, c'est dans l'Art militaire une disposition de soldats sur une ligne droite ou sur un seul rang ; ensorte que mettre des soldats en haie, c'est les mettre sur un seul rang. Voyez EVOLUTIONS. (Q)


HAI(LA) (Géog.) lieu charmant des Provinces-Unies dans la province d'Hollande, autrefois résidence des comtes de Hollande, d'où lui vient son nom flamand de S'Gravenhagen, que l'on exprime en latin par Haga Comitum.

C'est aujourd'hui le centre du gouvernement de la république, la demeure des membres des Etats-généraux, des ambassadeurs & ministres étrangers. Quoique la Haie n'ait point encore de rang marqué parmi les villes de la Hollande, elle a par son étendue, par le nombre & la beauté de ses palais, par la dignité de ses habitans, par les prérogatives de ses magistrats, & par la magnificence de ses promenades, de quoi tenir rang entre les plus belles villes de l'Europe.

C'est d'une petite maison de chasse dans un bois où les comtes de Hollande venoient quelquefois, que s'est formé ce beau lieu ; mais l'éclat où nous le voyons aujourd'hui n'existoit pas encore au treizieme siecle ; il arriva seulement qu'alors Guillaume II. comte de Hollande, élu & couronné empereur en 1248, transporta de tems en tems son séjour à la Haie, où il commença le palais qui est aujourd'hui la cour. En 1291 la Haie devint le chef-lieu d'un bailliage ; avec le tems il prit le nom de village, & même en 1557, il ne passoit point encore pour être une ville. Voyez Altingius & Boxhornius sur tous les autres détails.

La Haie est située à une petite lieue de la mer, à environ autant de Delft, au N. O. à trois lieues S. O. de Leyde, quatre N. O. de Rotterdam, & douze S. O. d'Amsterdam. Long. 21. 45. lat. 52. 4. 10.

Puisque la Hollande est si féconde en gens de lettres du premier ordre, il ne faut pas s'étonner que la Haie participe à cette gloire ; mais entre un grand nombre de savans dont elle est la patrie, je me contenterai de citer ici Golius,, Huyghens, Meursius, Ruysch, Sallengre, & Second.

Golius, (Jacques) fut un des plus habiles hommes de son siecle dans les langues orientales ; nous lui devons deux excellens dictionnaires, l'un arabe & l'autre persan ; l'histoire des Sarrasins par Elmacin, & les élémens astronomiques d'Alsergan avec des commentaires : il voyagea tant en Asie qu'en Afrique, & mourut à Leyde en 1667 à l'âge de 71 ans.

Huyghens (Chrétien), en latin Hugenius, se montra l'un des plus grands mathématiciens & des meilleurs astronomes du dix-septieme siecle. Il apperçut le premier un anneau & un troisieme satellite dans Saturne ; il trouva le secret de donner de la justesse aux horloges, en y appliquant un pendule, & en rendant toutes les vibrations égales par la cycloïde ; il perfectionna les télescopes, & fit un grand nombre de découvertes utiles. Il mourut dans sa patrie en 1695 à 66 ans : on peut voir son éloge dans le journal de M. de Beauval, Août 1695 ; mais il faut le lire dans l'hist. de l'Acad. des Sciences, dont il étoit associé étranger. Ses ouvrages ont été recueillis, & forment trois volumes in-4 °.

Meursius (Jean) l'un des plus érudits & des plus laborieux écrivains du siecle passé, méritoit bien son emploi de professeur en histoire & en langue greque à Leyde. Il a tellement développé l'état de l'ancienne Grece par ses divers ouvrages, insérés ensuite dans le trésor de Graevius, qu'il n'a rien laissé à glaner après lui ; voyez-en la liste étonnante dans Morery, ou dans le P. Niceron, tome XII. page 181. Il mourut de la pierre à Sora en 1639, à 60 ans ; son fils Jean (car il se nommoit comme son pere) qui marchoit sur ses traces, mourut à la fleur de son âge, ayant déjà publié quelques écrits très-estimés.

Ruysch (Fréderic) paroît encore un homme plus rare en son genre. Les gens de l'art savent avant moi, qu'il n'y a personne au monde à qui la fine Anatomie soit plus redevable, qu'au talent supérieur de ses injections. Ses ouvrages si curieux sont entre les mains de tous ceux qui cultivent la Medecine & l'Anatomie. Il mourut à Amsterdam en 1731, comblé de gloire pour ses admirables découvertes, âgé presque de 93 ans. Le docteur Schreiber a donné sa vie, en medecin vraiment éclairé ; M. de Fontenelle a fait son éloge dans l'hist. de l'académie des Sciences, dont il étoit membre.

M. de Sallengre (Albert-Henri) n'avoit que 30 ans, quand la petite vérole trancha ses jours en 1723 ; cependant il avoit déjà publié des ouvrages pleins d'érudition. On connoît son grand recueil latin d'antiquités romaines, en 3 vol. in-fol. & ses mémoires de littérature en 2 vol. in -12.

Second, (Jean) SECUNDUS, a donné des poésies latines où regnent la fécondité & l'agrément ; ses élégies & ses pieces funebres sont touchantes ; ses sylves sont bucoliques ; ses poésies intitulées Basia, réunissent la délicatesse & la galanterie trop licencieuse. Il les auroit condamné lui-même dans un âge mûr, mais il n'y parvint pas ; il mourut tout jeune, à 25 ans, en 1536.

Je ne sais si je dois nommer à la suite des savans qu'a produit la Haie, ce monarque célebre du dernier siecle, qu'on appelloit le stathouder des Anglois, & le roi des Hollandois. Il fut, dit M. de Voltaire, simple & modeste dans ses moeurs, méprisa toutes les superstitions humaines, ne persécuta personne pour la Religion, eut les ressources d'un général & la valeur d'un soldat, devint l'ame & le chef de la moitié de l'Europe, gouverna souverainement la Hollande sans la subjuguer, acquit un royaume contre les droits de la nature, & s'y maintint sans être aimé. Il termina sa carriere en 1702, à l'âge do 52 ans. (D.J.)

HAIE (LA) Haga, Héog. petite ville de France en Touraine sur la Creuse, aux frontieres du Poitou, à deux lieues de Guierche, quatre de Châtelleraut, dix de Tours, 45 S. O. de Paris ; long. 18. 20. latit. 47. 2.

Cette petite ville peut se glorifier d'avoir donné le jour à Descartes, un des plus beaux génies du siecle passé, & le plus grand mathématicien de son tems ; il résolvoit des problèmes au milieu des siéges ; car il embrassa dans sa jeunesse le parti des armes, & servit avec beaucoup d'honneur en Allemagne & en Hongrie ; mais l'envie de philosopher tranquillement en liberté, lui fit chercher le repos dont il avoit besoin dans la solitude de la Hollande, & qu'il auroit dû y trouver sans mélange. Ce fut au village d'Egmont sur mer, Egmont-op-zee, qu'il ouvrit la carriere d'étudier la nature, & qu'il s'y égara ; cependant ses Méditations & son discours sur la méthode, sont toûjours estimés, tandis que sa physique n'a plus de sectateurs, parce qu'elle n'est pas fondée sur l'expérience. Il passa presque toute sa vie hors du royaume ; & ce ne fut qu'après bien des sollicitations, qu'il vint à Paris en 1647. Le cardinal Mazarin lui obtint du roi une pension de trois mille livres, dont il paya le brevet sans en rien toucher ; ce qui lui fit dire en riant, que jamais parchemin ne lui avoit tant coûté. La reine Christine le prioit avec instance depuis plusieurs années de se rendre auprès d'elle, il obéit ; mais il mourut à Stockholm peu de tems après, en 1650, âgé seulement de 54 ans. Lisez dans le discours préliminaire de l'Encyclopédie, pages 25 & 26 le jugement qu'on y porte du mérite de cet homme rare. Baillet a écrit sa vie, & M. Perrault ne pouvoit pas oublier son éloge dans les hommes illustres du xvij. siecle. (D.J.)


HAIGERLOCH(Géogr.) petite ville d'Allemagne, en Soüabe, dans la principauté de Hohenzollern.


HAILBRONou HEILBRON, (Géog.) selon Zeiler, Alisum, ville libre, impériale, fortifiée, & frontiere d'Allemagne dans la Soüabe ; son nom qui signifie sources salutaires, lui vient des eaux médicinales qu'elle possede dans son territoire. Il est vraisemblable que l'an 1240, sous Fréderic II, elle acquit le nom de ville, fut entourée de murailles, & déclarée ville impériale ; elle suit la confession d'Augsbourg. Les Suédois la prirent en 1631, les Impériaux en 1634, & les François en 1688. Elle est dans une situation avantageuse sur le Necker, à 10 lieues N. E. de Stutgard, 12 S. E. d'Heidelberg, 12 E. de Philisbourg, 28 N. E. de Strasbourg. Long. 26. 58. lat. 49. 10.

Faber, (Jean) théologien de l'ordre de S. Dominique, naquit à Hailbron sur la fin du seizieme siecle ; il prêcha & écrivit quantité d'ouvrages contre les Luthériens & les Calvinistes. On en a fait une édition en trois gros volumes qu'on ne lit plus aujourd'hui ; un de ses livres est intitulé le marteau des Hérétiques, malleus Haereticorum. Dans un autre de ses ouvrages, il s'attache à prouver que la foi peut être sans la charité ; mais c'est ce dont personne ne doute. Il mourut en 1541. (D.J.)


HAILLONS. m. l'h s'aspire & les ll se mouillent, terme proscrit du style noble, & qui dans ses différentes acceptions, exprime des choses basses. Au simple on entend par ce mot, un vêtement usé, déchiré ; un vieux morceau d'étoffe ; un lambeau de drap ou de toile souillé, mal-propre. Au figuré, il signifie un enfant couvert de guenilles, sale, dégoûtant ; il est aussi en certaines provinces, le cri de la populace dans le tems des vendanges.

Un gouvernement sage & éclairé sait mettre à profit les choses qui paroissent les moins propres à l'utilité générale.

Ces haillons, ces vieux lambeaux de toile tant méprisés, relégués dans les greniers ou jettés dans les rues, connus vulgairement sous les noms de drapeaux, chiffons, peilles, drilles, pates, fournissent une occupation utile à plusieurs milliers de sujets ; ils sont l'aliment de plusieurs manufactures considérables, la matiere premiere de tous nos papiers, & forment, par l'industrie des ouvriers, une branche de Commerce. Voyez l'article PAPETERIE.

Depuis long-tems l'exportation de ces matieres étoit prohibée ; l'objet en a paru assez intéressant pour déterminer dans ces derniers tems le ministere à en défendre même les amas à quatre lieues près des côtes maritimes & des frontieres du royaume, à peine de confiscation & d'amende. L'arrêt du conseil qui porte ces dernieres défenses, est du 18 Mars 1755. Article de M. DURIVAL le cadet.


HAIMBOURGou HAMBOURG, Hamburgum Austriae. (Géog.) Quelques auteurs prétendent qu'elle est le Comagenum, que les anciens mettoient en Pannonie. C'est une ancienne petite ville d'Allemagne dans la basse-Autriche, prise par Matthias Corvin roi de Hongrie, en 1482. Elle est située sur le Danube, à six milles S. O. de Presbourg, & à huit E. de Vienne. Long. 35. 10. lat. 48. 20. (D.J.)


HAINou AIN, s. m. (Pêche) c'est la même chose que hameçon. C'est une espece de crochet de fer plus ou moins grand, dont l'extrémité qui soûtient l'appât est formée en dard, de maniere que s'il arrive au poisson goulu d'avaler l'hain avec l'appât qu'on lui présente, les efforts qu'il fait ensuite pour le rejetter & le coup de poignet que donne le pêcheur, ne servent qu'à l'engager dans les chairs. L'autre extrémité de l'hain est plate, & s'attache à une ficelle ou fil qui pend de la longue perche qu'on appelle la ligne. Voyez l'article PECHE, & les Planches de Pêcherie.

Il y a le gros hain, il est garni d'un bouchon de paille que l'on enfonce dans le sable ; le gros hain à cablieres ; l'hain à cosrerons ; l'hain à rougets, merlans, &c. l'hain à limandes, carrelets, & autres poissons plats ; l'hain à soles ; l'hain à corde & plomb du libouret à maquereaux ; l'hain à pelle roulante, &c.

Tous ces instrumens se ressemblent, à la force près, qui est proportionnée à la grandeur de l'appât & du poisson.

Les pêcheurs à la ligne veillent à ce que leurs lignes soient propres, & leurs hains non rouillés : pour cet effet, ils font leurs lignes de crin & couvrent leurs hains d'étamage.

Les pêcheurs de l'amirauté de Poitou, ou des sables d'Olone, montent les hains qu'ils exposent aux oiseaux & aux poissons sur des piquets, après les avoir amorcés de pain ou de chevrettes. Leurs piquets sont dispersés sur des plages qui ne sont pas d'une grande profondeur ; cette pêche est semblable à celle des lignes montées.


HAINAN(Géog.) île considérable d'Asie, au N. du golfe de la Cochinchine, au S. de la province de Quanton, dont elle est séparée par un bras de mer d'environ huit lieues ; elle abonde en tout ce qui est nécessaire à la vie ; on pêche des baleines & des perles sur ses côtes que les Chinois possedent ; mais l'intérieur du pays est habité par une nation indépendante. On trouve dans cette île des plantes maritimes & des madrépores de toute espece, quelques arbres qui donnent le sang-de-dragon, & d'autres qui distillent une espece de larme résineuse, laquelle étant jettée dans une cassolette, répand une odeur non moins agréable que celle de l'encens. On y voit aussi de fort jolis oiseaux, des merles d'un bleu foncé, des corbeaux à cravate blanche, de petites fauvettes d'un rouge admirable, & d'autres dont le plumage est d'un jaune doré plein d'éclat. Kiuncheu est la capitale de l'île. Long. 125. 30. 128. lat. 18. 20. (D.J.)


HAINAU(LE), Géog. province des Pays-Bas catholiques, entre la Flandre, la Picardie, le Cambrésis, le comté de Namur, & le Brabant ; on le divise en Hainaut autrichien, dont la capitale est Mons ; & en Hainaut françois, dont la capitale est Valenciennes.

Dans les annales de S. Bertin, vers l'an 870, de même que dans les capitulaires de Charles le Chauve, le Hainaut est appellé Hainoum ; & ce n'est que depuis environ quatre cent ans que l'on a changé Hainoum en Hannonia. Il a été nommé Hainaut, de la petite riviere de Haine qui le coupe par le milieu.

Ce pays contient la plus grande partie du territoire des Nerviens, dont la capitale étoit Bagacum, marquée par Ptolomée comme la principale ville de ces peuples si célebres dans l'Histoire. Plusieurs grands chemins romains s'y rencontroient ; on en voit encore des restes, aussi-bien que de plusieurs monumens de l'antiquité.

Le Hainaut fut possédé par les rois d'Austrasie ; le comte Reinier, sous Charles le Simple roi de France, en fut le premier comte héréditaire. Les ducs de Bourgogne devinrent comtes du Hainaut en 1436. Cette province entra dans la maison d'Autriche par le mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien, dont les descendans ont joüi du Hainaut, jusqu'aux regnes de Philippe IV. & de Charles II. rois d'Espagne, qui céderent une partie du pays à la France, par les traités des Pyrénées & de Nimegue ; & la portion appartenante à l'Espagne a été donnée à l'empereur par les traités de Bade & de Radstat, confirmés par le traité de Vienne.

Le Hainaut peut avoir vingt lieues de long sur dixhuit de large : Lessoboeus en a donné l'ancienne description. (D.J.)


HAINES. f. (Morale) sentiment de tristesse & de peine qu'un objet absent ou présent excite au fond de notre coeur. La haine des choses inanimées est fondée sur le mal que nous éprouvons, & elle dure quoique la chose soit détruite par l'usage même. La haine qui se porte vers les êtres capables de bonheur ou de malheur, est un déplaisir qui naît en nous plus ou moins fortement, qui nous agite & nous tourmente avec plus ou moins de violence, & dont la durée est plus ou moins longue, selon le tort que nous croyons en avoir reçû : en ce sens, la haine de l'homme injuste est quelquefois un grand éloge. Un homme mortel ne doit point nourrir de haines immortelles. Le sentiment des bienfaits pénetre mon coeur, l'empreint, & le teint, s'il m'est permis de parler ainsi, d'une couleur qui ne s'efface jamais ; celui des injures le trouve fermé ; c'est de l'eau qui glisse sur un marbre sans s'y attacher. Hommes malheureusement nés, en qui les haines sont vivantes, que je vous plains, même dans votre sommeil ! vous portez en vous une furie qui ne dort jamais. Si toutes les passions étoient aussi cruelles que la haine, le méchant seroit assez puni dans ce monde. Si on consulte les faits, on trouvera l'homme plus violent encore & plus terrible dans ses haines, que dans aucune de ses passions. La haine n'est pas plus ingénieuse à nuire que l'amitié ne l'est à servir : on l'a dit ; & c'est peut-être une prudence de la nature. O amour, ô haine, elle a voulu que vous fussiez redoutables, parce que son but le plus grand & le plus universel est la production des êtres & leur conservation. Si on examine les passions de l'homme, on trouvera leur énergie proportionnée à l'intérêt de la nature.


HAINGEN(Géog.) petite ville d'Allemagne, en Soüabe, dans la principauté de Furstemberg.


HAIRv. act. avoir en haine. Voyez l'art. HAINE.


HAIRES. f. petit vêtement tissu de crin, à l'usage des personnes pénitentes qui le portent sur leur chair, & qui en sont affectées d'une maniere perpétuellement incommode, sinon douloureuse. Heureux ceux qui peuvent conserver la tranquillité de l'ame, la sérénité, l'affabilité, la douceur, la patience, & toutes les vertus qui nous rendent agréables dans la société, & cela sous une sensation toûjours importune ! Il y a quelquefois plus à perdre pour la bonté à un moment d'humeur déplacée, qu'à gagner par dix ans de haire, de discipline, & de cilice.

* HAIRE, (Brasserie) l'espece d'étoffe connue sous ce nom est à l'usage des Brasseurs. Voyez l'art. BRASSERIE. On s'en sert aussi dans les forges. Voyez l'article FORGES. On appelle drap de laine en haire, celui qui n'a reçû aucun apprêt, & qui est tel encore qu'au sortir du métier : si on le tond pour la premiere fois, ce qu'on appelle en premiere voie, en premiere façon, en premiere coupe, en premiere eau, on dit dans les manufactures de Sedan, tondre en hairement.


HAIRETITESS. m. pl. (Hist. mod.) secte de Mahométans, dont le nom vient de hairet, en turc étonnement, incertitude, parce que, à l'exemple des Pyrrhoniens, ils doutent de tout, & n'affirment jamais rien dans la dispute. Ils disent que le mensonge peut être si bien paré par l'esprit humain, qu'il est impossible de le distinguer de la vérité ; comme aussi qu'on peut obscurcir la vérité par tant de sophismes, qu'elle en devient méconnoissable. Sur ce principe, ils concluent que toutes les questions sont probables & nullement démonstratives ; & surtout ce qu'on leur propose, ils se contentent de répondre, cela nous est inconnu, mais Dieu le sait. Cette maniere de penser, qui sembleroit devoir les exclure des dignités de la religion, qui demande ordinairement des hommes décidés, ne les empêche pourtant pas de parvenir à celle de muphti ; & alors comme ils sont obligés de répondre aux consultations, ils mettent au bas leur fefta ou sentence, qui contient à la vérité une décision bien articulée ; mais ils ont soin d'y ajoûter cette formule : Dieu sait bien ce qui est meilleur.

Quoiqu'exacts observateurs des pratiques de la religion & des loix civiles, les Hairetites n'affichent point une morale sévere ; ils boivent du vin en compagnie, pour ne point paroître de mauvaise humeur ; mais entr'eux ils usent de liqueurs dans lesquelles il entre de l'opium ; & l'on prétend que cette drogue contribue beaucoup à les entretenir dans un état d'engourdissement qui s'accorde très-bien avec leur pyrrhonisme absolu, qu'on peut regarder comme une yvresse d'esprit. Ricaut, de l'empire ottom. (G)


HAITERBACH(Géog.) petite ville d'Allemagne, au duché de Wirtemberg, dans la forêt Noire, sur la riviere de Haiter.


HAKIMBACHIS. m. (Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne en Perse au premier medecin du roi, de qui dépendent tous les autres medecins du royaume, il est chargé de les examiner, & de juger s'ils ont la capacité requise pour exercer la Medecine dans toute l'étendue de la monarchie.


HAKZAK(Géog.) petit pays aux confins de la Transylvanie, avec une ville de même nom.


HALA(Géog.) petite ville d'Afrique au royaume de Fez, sur les bords du Cébu, à trois lieues de Fez. Long. 31. 40. lat. 33. 30. (D.J.)


HALABAS(Géog.) ville d'Asie dans l'Indoustan, capitale d'une province de même nom ; elle est sur le Gange, sujette au Mogol, à cinquante lieues S. E. d'Agra. Thevenot en parle au long dans son voyage des Indes, chap. xxxviij. & prétend que c'est la Chrysobacra de Pline. Le grand mogol Akébar s'en rendit maître, après avoir subjugué le royaume de Bengale, & y fit bâtir une forte citadelle. Long. 100. 35. lat. 26. 30. (D.J.)


HALAGES. m. terme de Marine & de Riviere ; il désigne l'action de remonter & tirer un vaisseau ou un bâteau ; c'est aussi le chemin destiné à la même opération. Ce chemin pratiqué sur le bord des rivieres devroit toûjours être tenu libre, conformément aux ordonnances. Cependant il arrive souvent que le halage est interrompu & coupé de larges fossés, sans aucuns ponts praticables. Des riverains ont même planté des arbres ; d'autres ont élevé des barrieres, ou bâti des murailles jusque sur les bords des rivieres ; & le halage devient si difficile, qu'à quatre piés d'eau des équipages de bâtimens ont été obligés de haler leur navire au cou. Ceux qui ont des fossés dont l'eau se décharge dans les rivieres, loin de pratiquer des passages commodes, se contentent de jetter un petit soliveau large de quatre à cinq pouces, que la marée n'a pas plutôt couvert de vase, que les gens sont exposés au danger de tomber dans les fossés. Si cet accident arrive à un homme de pié, il entraîne nécessairement les autres, toutes les bricoles des haleurs étant frappées sur un même cordage. Le risque s'accroît encore, si on hale de nuit ; si une riviere est très-vaseuse, le passage en est plus glissant.

Cet embarras du halage sur les rivieres commerçantes fait un tort considérable aux navigateurs, jette leurs équipages dans un travail excessif, empêche de profiter des marées favorables, & fait échoüer ou amortir les bâtimens ; ensorte que dans les tems de foire, les négocians qui attendent leurs marchandises, sont consommés en frais de transport & de décharge.

Tout ce qui concerne les chemins qui servent au halage des bâtimens venans de la mer, est sous la jurisdiction de l'amirauté.

HALAGE se dit aussi du droit que le roi ou les seigneurs particuliers levent sur les marchandises exposées aux foires ou marchés : c'est encore le privilége particulier à quelques communautés d'arts & métiers de la ville de Paris, d'étaler & vendre dans les halles qui leur sont indiquées par leurs statuts. Voyez HALLAGE.

Enfin c'est sur la riviere de Loire le prix dont un maître convient avec les compagnons de rivieres, qu'on appelle gobeurs, pour remonter son bateau.


HALBERSTADTHalberstadium, (Géog.) ville d'Allemagne dans le cercle de basse-Saxe, capitale d'un évêché sécularisé, & réduit en principauté par le traité de Westphalie, dont joüit la maison de Brandebourg. La ville est agréablement située sur la petite riviere de Hotheim, à treize de nos lieues S. E. de Brunswich, onze S. O. de Magdebourg, douze N. O. de Mansfeld. La principauté de Halberstadt est enfermée dans le duché de Brunswick, le duché de Magdebourg, & la principauté d'Anhalt. Long. 33. 8. lat. 52. 6.

Halberstadt est la patrie d'Arnisaeus (Henningus), philosophe & medecin estimé au commencement du dix-septieme siecle. On fait en général beaucoup de cas de ses ouvrages de politique ; il établit dans la plûpart un dogme directement opposé à celui d'Althusius, savoir que l'autorité des princes ne doit jamais être violée par le peuple ; il mourut en 1635. (D.J.)


HALDE(Géog.) ville de Norwége, au gouvernement d'Aggerhus, sur la côte de l'Océan & du golfe d'Iddesfiord, aux frontieres de la Suede, au couchant & à cinq milles de Frédericstadt. Long. 28. 15. lat. 59. 45. (D.J.)


HALDENSLEBEN(Géog.) ville d'Allemagne, au duché de Magdebourg, près de Helmstadt.


HALDENSTEIN(Géog.) petite baronie de Suisse, libre & indépendante, avec un château, près de Coire, bâti en 1547 par Jean Jacques de Châtillon, ambassadeur de France ; il appartient aujourd'hui, ainsi que la baronie, à MM. de Schavestein, les plus riches seigneurs des Grisons, qui y ont introduit le calvinisme. (D.J.)


HALES. m. (Physiq.) qualité de l'athmosphere, dont l'effet est de sécher le linge & les plantes, & de noircir la peau de ceux qui y sont exposés. Le hale est l'effet de trois causes combinées, le vent, la chaleur, & la sécheresse.

* HALE A BORD, (Marine) corde qui approche une chaloupe du vaisseau, quand elle est amarrée à l'arriere.

HALE, (Géog. anc.) ville de Thessalie sur le fleuve Amphryse, & près du mont Othrys, entre Pharsale & Thebes de Phtiotide. Cette ville est écrite Alos dans le dictionnaire de la Martiniere. Philippe s'en empara, la remit aux Pharsaliens, & emmena les habitans esclaves ; elle s'appelloit constamment , & les habitans . (D.J.)


HALEBARDES. f. (Art milit. & Hist.) arme offensive composée d'un long fust ou bâton d'environ cinq piés, qui a un crochet ou un fer plat échancré en forme de croissant, & au bout une grande lame forte & aiguë.

La halebarde étoit autrefois une arme fort commune dans les armées, où il y avoit des compagnies d'halebardiers : les sergens d'infanterie sont encore armés de halebardes.

On l'appelloit hache danoise, parce que les Danois s'en servoient & la portoient sur l'épaule gauche ; des Danois elle a passé aux Ecossois, des Ecossois aux Anglois, & de ceux-ci aux François. Chambers. (Q)


HALEBASS. f. (Marine) c'est une corde ou manoeuvre qui aide à amener la vergue quand elle ne descend pas avec assez de facilité ; elle tient au racage. Voyez CALEBAS. (Z)


HALEBRANvoyez HALLEBRAN.


HALECRETS. m. ancienne arme défensive qui consistoit en un corselet de fer battu composé de deux pieces, dont l'une couvroit la poitrine, & l'autre les épaules. Le halecret étoit plus leger que la cuirasse. La cavalerie françoise, qu'on appelloit sous Louis XI. les hommes d'armes, portoit le halecret.


HALÉEN(JEUX), Antiquit. greq. jeux célébrés par les Tégéates en l'honneur de Minerve : nous n'avons point de connoissance de la nature de ces jeux. (D.J.)


HALEINES. f. (Gramm.) l'air que l'on expire par la bouche ; ce mot a un grand nombre d'acceptions différentes, tant simples que figurées.

HALEINE, (Manége & Maréchall.) La force ou la durée de l'haleine dépend de la conformation du thorax, du volume des poûmons, & de leur dilatabilité.

Des chevaux plats, c'est-à-dire des chevaux dont les côtes sont serrées, ont rarement beaucoup d'haleine ; des chevaux poussifs, soit à raison de la viscosité des humeurs qui remplissent en eux les tuyaux bronchiques, soit à raison du desséchement de ces canaux aériens & des vésicules pulmonaires, ont l'haleine courte & toûjours laborieuse. Voyez POUSSE. Des chevaux dont la glotte, la trachée-artere, les naseaux, &c. pechent par trop d'étroitesse, sont communément gros d'haleine. Voyez GROS D'HALEINE.

L'accélération de la circulation, la surabondance du sang dans les poûmons, l'irritation des nerfs de ce viscere & des nerfs moteurs des muscles du thorax, la tension de tous les organes qui concourent à la respiration, la violence des mouvemens du coeur sont-elles portées à un tel point que l'animal par ses inspirations & ses expirations fréquentes & redoublées ne peut vaincre les obstacles qui s'opposent en lui à l'introduction de l'air, il est incontestablement hors d'haleine.

Travailler un cheval modérément, & augmenter insensiblement & chaque jour son exercice, c'est lui procurer les moyens de fournir sans peine aux airs qui exigent les plus grands efforts de sa part, ou de résister à de longues & vives courses, en habituant par degrés toutes ses parties aux mouvemens auxquels elles sont naturellement disposées, & en sollicitant les vaisseaux, tant aériens que sanguins de ses poûmons, à des dilatations dont ils sont susceptibles, & qui deviennent toûjours plus aisées & moins pénibles : c'est ainsi que l'on met l'animal en haleine.

On donne, on fait reprendre haleine au cheval, si l'on ralentit ou si l'on suspend son action ; on le tient en haleine, si on l'exerce constamment. Les raisons du recouvrement de la liberté de sa respiration, dans le premier cas, & de la facilité de son haleine, dans le second, se présentent d'abord à quiconque réfléchit sur les causes qui peuvent troubler & déranger cette fonction, & ce mouvement alternatif sans lequel l'animal ne sauroit subsister.


HALEN(Géog.) petite ville des Pays-Bas, dans le Brabant autrichien, sur la Géete, à cinq lieues de Louvain. Long. 22. 24. lat. 50. 58. (D.J.)


HALENTE(Géog.) petite riviere d'Italie au royaume de Naples, dans la principauté citérieure ; elle se perd dans la mer de Toscane. Haletes est son ancien nom latin ; Cicéron l'appelle nobilem amnem, & c'est la même riviere que le Halet ou l'Elées de Strabon, & l'Elea d'Etienne. (D.J.)


HALERv. act. (Marine) c'est tirer un cable, un cordage, une manoeuvre, & faire force dessus, pour le bander ou roidir. Pour haler sur une manoeuvre, les matelots donnent tous en même tems la secousse, afin d'imprimer plus de force ; & pour concerter le moment de cette secousse, le contre-maître ou quelqu'autre dit à haute voix ce mot, hale. Quand il faut haler sur une bouline, le contre-maître dit, pour les faire tenir prêts, un, deux, trois ; & au mot de trois ils donnent tous d'un commun accord la secousse à la bouline. Quand on manoeuvre les coüets on crie trois fois, amure ; & pour l'écoute on dit trois fois, borde ; & au troisieme cri on hale sur la manoeuvre.

Haler se dit aussi pour tirer quelque chose vers l'endroit que l'on veut, ou le changer de situation. On dit, hale ce bateau à bord, c'est le tirer à terre au moyen d'une corde. On nomme hale à bord la corde qui sert à la chaloupe, pour s'approcher du bord, lorsqu'elle est amarrée à l'arriere du vaisseau.

Haler à la cordelle, tirer une corde pour faire avancer un bâtiment dans une riviere. (Z)

HALER le chanvre, (Corderie) c'est le dessécher, pour le disposer à être broyé. Voyez l'article CHANVRE.


HALEURS. m. (Marine) c'est le batelier qui tire un bateau avec une corde passée autour de son corps ou de ses épaules. (Z)


HALF-PENNYS. m. (Commerce) c'est une monnoie de cuivre courante en Angleterre, & qui vaut la moitié d'un sou du pays, c'est-à-dire environ un sou argent de France.


HALIS. m. (Commerce) poids dont on se sert à Queda, ville considérable du détroit de Malaca, dans les Indes orientales. Un hali contient seize gantas, & un gantas quatre guppas, & quinze hali font un bahar, pesant quatre cent cinquante livres poids de marc. Voyez BAHAR. Il y en a qui disent nali au lieu de hali. Dictionn. de Commerce. (G)


HALIARTE(Géog. anc.) ancienne ville de Grece, dans la Béotie ; Strabon, liv. IX. dit qu'elle ne subsistoit plus de son tems ; qu'elle fut détruite par les Romains dans la guerre contre Persée ; & qu'elle étoit située près d'un lac ou d'un étang marécageux qui portoit les plus beaux roseaux du monde, pour faire des flûtes & des chalumeaux. Plutarque en parle comme Strabon dans la vie de Sylla ; il nomme ce lac Céphisside, à cause du fleuve Céphise qui y mêloit ses eaux. Les poëtes dans leurs ouvrages ne manquent guere de joindre Coronée & Haliarte, non-seulement à cause de leur proximité, mais parce que deux freres, Corone & Haliarte, avoient fondé ces deux villes. (D.J.)


HALIBRANjeune canard. Voyez l'art. CANARD, & HALLEBRANS.


HALICARNASSE(Géog. anc.) ancienne ville d'Asie dans la Carie, dont elle étoit la capitale ; on en rapporte la fondation à des Grecs venus d'Argos. Elle possédoit un port magnifique, de bonnes fortifications, & de grandes richesses : elle avoit été la résidence des rois de Carie, & particulierement de Mausole, dont le fameux tombeau servit à lui donner un nouveau lustre. On peut voir dans Arrien la difficulté qu'Alexandre trouva lorsqu'il en fit le siége. Une médaille frappée sous Geta prouve par sa légende, que sous les Romains cette ville se gouverna par ses propres loix, & joüit de sa liberté. Elle a donné naissance à deux fameux historiens qui seuls l'auroient immortalisé, Hérodote & Denis.

Hérodote, le pere de l'histoire profane, naquit l'an 404 avant J. C. il mit tous ses soins à tâcher d'apprendre dans ses voyages l'histoire des nations, & en composa les neuf livres qui nous restent de lui. Les Grecs en firent tant de cas, lorsqu'il les récita dans l'assemblée des jeux olympiques, qu'ils leur donnerent le nom des neuf muses. L'histoire d'Hérodote est écrite en dialecte ionique. Son style est plein de charmes, de douceur, & de délicatesse. Malgré les critiques qu'on a faites d'Hérodote, il est toûjours constant que son ouvrage renferme ce que nous connoissons de plus certain sur l'histoire ancienne des différens peuples.

Denis, surnommé d'Halicarnasse, du nom de sa patrie, est en même tems un des plus célébres historiens & des plus judicieux critiques de l'antiquité ; il vint à Rome après la bataille d'Actium, trente ans avant J. C. & y demeura vingt-deux ans sous le regne d'Auguste. Il composa en grec l'histoire des antiquités romaines, & les distribua en vingt livres, dont il ne nous reste que les onze premiers ; c'est un ouvrage que nous ne nous lassons point de lire & de consulter : on connoît la traduction françoise du P. le Jay, & de M. Belanger docteur de Sorbonne. Nous avons encore d'autres oeuvres de Denis d'Halicarnasse ; M. Hudson en a procuré la meilleure édition en grec & en latin, à Oxford, 1704, in-fol. (D.J.)


HALIESS. f. pl. (Antiquit.) fêtes qui se célébroient à Rhodes en l'honneur du soleil, le 24 du mois Gorpiaeus ; les hommes & les jeunes garçons y combattoient, & celui qui sortoit victorieux étoit récompensé d'une couronne de peuplier. Athénée a fait mention des halies dans son treizieme livre. Ce mot est dérivé de , qui dans le dialecte dorique s'écrit pour , soleil.


HALIMES. m. (Jardinage) petit arbrisseau que l'on appelle en françois pourpier de mer ; il pousse des rameaux assez longs, rampans & de couleur bleue, garnis de feuilles oblongues semblables au pourpier, mais un peu plus blanches. Les fleurs tirent sur le purpurin, & sont suivies de beaucoup de semences rondes qui en multiplient l'espece.

Cet arbrisseau croît dans les lieux maritimes & sablonneux ; il résiste au plus grand froid. (Z)


HALINATRUMou HALINATRON, (Hist. nat. Minéral.) quelques naturalistes nomment ainsi un sel alkali fixe qui se trouve dans les anciennes murailles & voûtes à la surface desquelles on le voit paroître sous la forme d'une poudre, & sans prendre de figure réguliere ou crystallisée ; il effleurit aussi en quelques endroits à la surface de la terre. Voyez la Minéralogie de Wallerius, tome I. p. 325.

Il ne faut point confondre le sel alkali dont il est ici question, avec celui qu'Agricola & quelques autres naturalistes nomment halinitrum. Ce dernier n'est autre chose que du nitre ou du salpetre. (-)


HALITZHalicia, (Géog.) petite ville de Pologne, capitale d'un petit pays de même nom, dans la Russie rouge, sur le Niester, à quinze milles S. E. de Lembourg, vingt N. O. de Kaminieck. Long. 43. 35. lat. 49. 20. (D.J.)


HALLAGES. m. (Jurispr.) est un droit seigneurial qui est dû au roi ou autre seigneur du lieu, par les marchands, pour la permission de vendre sous les halles, à l'entretien desquelles le produit de ce droit est ordinairement destiné.

Il est parlé de ce droit dans les anciennes ordonnances. Voyez le Recueil de celles de la troisieme race, tome II. pp. 398. & 581. il en est aussi fait mention dans le livre de l'Echevinage de Paris. Voyez le Gloss. de M. de Lauriere, au mot hallage.

Le hallage est différent du tonlieu ou placage, qui se paye pour toute sorte de place que les marchands occupent dans la foire ou marché, ou pour la vente & achat des marchandises. Voyez TONLIEU. (A)


HALLALIS. m. (Chasse) cri qui marque que le cerf est sur ses fins.


HALLANDHallandia, (Géog.) contrée de Suede dans le Schone, le long de la mer de Danemark, appartenante à la Suede depuis 1645. Elle peut avoir de côtes vingt-sept lieues marines. (D.J.)


HALLES. f. (Commerce) place publique destinée dans les villes & bourgs un peu considérables, à tenir les marchés de toutes sortes de marchandises & denrées, particulierement de celles qui servent à la vie, comme grains, farines, légumes, &c.

On confond quelquefois le mot de halle avec celui de marché, en les prenant l'un & l'autre pour la place dans laquelle les marchands forains viennent à certains jours marqués, qu'on nomme jours de marché, étaler & vendre leur marchandise. Il y a cependant quelque différence ; le nom de marché appartenant à toute la place en général où se font ces assemblées de vendeurs & d'acheteurs, & celui de halle ne signifiant que cette portion particuliere de la place qui est couverte d'un appenti, & quelquefois enfermée de murs pour la sûreté des marchandises, & pour les garantir de la pluie & autres intempéries de l'air.

Halle se disoit aussi autrefois de ces grands édifices de charpente couverts de tuiles, entourés de murs & fermés de portes, où se tiennent plusieurs des principales foires de France.

C'est ainsi entr'autres que la foire Saint-Germain qui se tient à Paris, & la franche de Caën, si célebre en basse Normandie, sont appellées dans les titres de leur établissement ; & c'est pareillement de deux de ces sortes de bâtimens destinés aux anciennes foires de Paris, que les principaux marchés de cette ville ont pris le nom de halles.

C'est à Philippe-Auguste que cette capitale doit l'établissement de ses halles dans le lieu où elles sont présentement. Ce prince y transféra les foires qui se tenoient dans les fauxbourgs Saint-Martin & Saint-Denis ; elles furent ensuite converties en marchés par la suppression des foires ; & en 1550 Henri II. ordonna qu'elles seroient rebâties. Il n'est point arrivé depuis de changement considérable aux halles de Paris ; & elles se trouvent présentement à-peu-près de même qu'elles furent rebâties dans le milieu du seizieme siecle.

Toutes les halles de Paris, à l'exception de la halle aux vins, sont renfermées dans celui des vingt quartiers de cette capitale, que l'on appelle le quartier des halles, qui est borné à l'orient par la rue Saint-Denis ; au nord par la rue Mauconseil, à l'occident par les rues Comtesse-d'Artois & de la Tonnellerie, & au midi par celles de la Ferronnerie, de Saint-Honoré, & de la Chausseterie.

Les halles sont ou couvertes ou découvertes : les halles couvertes sont la halle aux draps, la halle aux toiles, la halle aux cuirs, la halle à la saline, autrement le fief d'Alby, la halle à la marée fraîche, le parquet à la marée, & la halle au vin, dont nous dirons un mot ci-dessous.

Les halles découvertes sont la grande halle qui contient la halle ou marché au blé & autres grains qui s'y vendent tous les mercredis & samedis ; la halle à la farine qui ouvre tous les jours, la halle au beurre qui se tient tous les jeudis après dîner ; la halle à la chandelle, où les Chandeliers privilégiés apportent celle qu'ils fabriquent ; elle ne tient que tous les samedis ; la halle aux chanvres, filasses, & cordes à puits, où cette marchandise se débite tous les jours ; la halle aux pots de grais & à la boisseterie, ouverte également tous les jours : enfin la halle à la chair de porc frais & salé, qui se tient les mercredis & samedis.

Au milieu de la grande halle est établi le poids-le-roi, pour toutes les diverses sortes de marchandises qui se vendent dans ces différentes halles, & dont les pesées sont trop fortes pour être faites dans des balances communes. On voit aussi au milieu du quartier des halles, le pilori, espece de tour où l'on expose plusieurs sortes de malfaiteurs, & entr'autres les banqueroutiers frauduleux. Voyez PILORI & POIDS-LE-ROI.

Outre toutes les halles comprises dans l'enceinte de la grande halle, il y a encore la halle du poisson d'eau-douce le long de la rue de la Cossonnerie ; la vente de cette marchandise commence à trois heures du matin, & finit à sept. La halle du pilori où se trouvent la halle au beurre en petites mottes, & la halle aux oeufs que les coquetiers y apportent de Normandie & de Brie. Enfin on met au nombre des halles découvertes la halle aux poirées & la rue aux fers, où les Jardiniers & les marchandes Bouquetieres, les Herbieres & les Herboristes, exposent leurs denrées.

Des sept halles couvertes de Paris, les deux plus considérables sont la halle aux draps & la halle aux toiles. La halle aux draps est un grand bâtiment destiné à recevoir tous les draps & autres étoffes de la Mercerie qui sont apportés à Paris, pour y être visités, aunés & marqués par les maîtres & gardes des deux corps de la Draperie & de la Mercerie & par les auneurs par eux commis à cet effet. La halle aux toiles se tient dans le même bâtiment ; avec cette différence, que tous les appartemens hauts & une partie de ceux d'en-bas, sont destinés pour la Draperie, & qu'il n'y a que quelques travées du bas reservées pour la Toilerie.

La halle au vin est établie hors de la ville, assez proche de la porte Saint-Bernard. Elle consiste en de grands celliers & en plusieurs caves qui servent d'étape aux vins venans à Paris par la riviere. Au-dessus des celliers sont de vastes greniers où l'on peut conserver une grande quantité de grains pour servir en cas de nécessité publique. Il s'observe dans toutes ces halles & pour les différentes marchandises, une police très-réguliere conforme à divers reglemens, dont on peut voir le détail dans le Dictionnaire de Commerce de M. Savary, aussi bien que ce qui regarde les halles de la ville d'Amiens, sous le mot HALLE. Voyez le Dictionn. du Comm.

HALLE, Hala Magdeburgica, (Géog.) ville d'Allemagne dans la haute-Saxe, au duché de Magdebourg, avec une fameuse université fondée en 1694. Son nom lui vient des salines que les Hermandures y trouverent, & qui subsistent toûjours ; elle appartient par le traité de Westphalie à l'électeur de Brandebourg ; elle est dans une grande plaine agréable sur la Saale, à 5 milles N. O. de Leipsick, 8 S. O. de Wittemberg, 11 S. E. de Magdebourg. Long. 30. 8. lat. 51. 36.

C'est la patrie de Balthasar Bruner, & de Paul Herman : le premier voyagea beaucoup, cultiva la Medecine & la Chimie, & mourut en 1604 âgé de 71 ans ; le dernier est un des célebres botanistes du dix-septieme siecle. Il fut reçû professeur dans cette science à Leyde, après avoir exercé la Medecine à Ceylan, & mourut en 1695. On a publié la vie de plusieurs autres savans nés à Halle, ou qui en ont été professeurs ; j'y renvoye les curieux en Biographie. (D.J.)

HALLE, (Géog.) ville libre & impériale d'Allemagne dans la Souabe, avec des salines sur la riviere de Koher, entre des rochers & des montagnes. Elle est située aux confins du Palatinat, de la Franconie, & du Duché de Wirtemberg, à neuf de nos lieues, E. d'Heilbron, quinze N. E. de Stutgard. Elle doit sa fondation aux sources salées. Long. 27. 30. lat. 49. 6. (D.J.)

HALLE, (Géog.) petite ville démantelée des Pays-Bas Autrichiens dans le Hainaut, & sur les confins du Brabant. Ce lieu prend son nom de l'église de Notre-Dame, qui en est la tutélaire, & qu'on appelle vulgairement Notre-Dame-de-Halle, ou de-Hau. Juste Lipse qui a écrit l'histoire des présens que l'ancienne dévotion a valu à cette église, pendit pour son offrande une plume d'argent devant l'autel. Halle fut pillée par les François en 1691 ; elle est sur la Zinne, à dix lieues N. E. de Mons, trois S. O. de Bruxelles. Long. 21. 50. lat. 50. 44. (D.J.)


HALLE-CRUESou ERÈS, s. f. (Manuf.) sorte de toiles qui se fabriquent en Bretagne, & qu'on envoye aux isles Canaries.


HALLEBRANS(Vénerie) sont les petits des canards sauvages : pour prendre des hallebrans quand on a quelque étang dans les islots duquel les cannes sauvages ont coûtume de couver, on va battre les grandes herbes de ces islots pour en faire sortir toute la peuplade qui se met à la nage ; on la suit dans un bachot avec un large filet qui traverse l'étang ; on fait ainsi marcher les canetons devant soi pour les acculer, & on les prend : ces sortes de chasses sont souvent très-copieuses.


HALLEIN(Géog.) Haliola, petite ville d'Allemagne au cercle de Baviere, dans l'évêché de Saltzbourg. Elle est sur la Saltza, entre des montagnes, dans lesquelles il y a des mines de sel fort curieuses, qui font la richesse de la ville & du pays ; Zeyler dans sa Topographie de la Baviere, les a décrites avec soin. Cette ville est à quatre de nos lieues S. de Saltzbourg. Long. 30. 50. lat. 47. 33. (D.J.)


HALLENBERG(Géog.) petite ville d'Allemagne, en Westphalie, appartenante à l'électeur de Cologne.


HALLER(Géog.) riviere d'Allemagne, dans la principauté de Calemberg, au pays de Lunebourg ; elle va se jetter dans la Leine.


HALLERMUNDE(Géogr.) comté de l'empire d'Allemagne, dans la principauté de Calemberg, entre la Leine & le Deister.


HALLERSDORFF(Géogr.) petite ville d'Allemagne, en Franconie, près de Forchheim.


HALLERSPRUNG(Géogr.) ville & bailliage de la principauté de Calemberg, à trois lieues de Hanovre.


HALLIERS. m. (Commerce) marchand qui étale aux halles. Voyez HALLE.

Il se dit aussi du garde d'une halle, ou de celui qui a soin de la fermer, & d'y garder les marchandises qu'on y laisse. Par les réglemens les marchands forains de toiles sont tenus de les venir décharger à la halle & de les laisser en garde au hallier, jusqu'à ce qu'elles soient vendues sans pouvoir les en retirer pour les emporter. Dictionn. de Comm. (G)

HALLIER, (Chasse) sorte de filet qu'on tend en maniere de haie dans un champ. Hallier se dit aussi d'un buisson, d'un arbrisseau ; on dit, ce lievre s'est sauvé parmi les halliers.


HALLIFAXOlicana, (Géog.) ville considérable d'Angleterre en Yorckshire, remarquable par ses manufactures de laine ; elle est à 50 lieues N. O. de Londres. Long. 15. 50. lat. 53. 38.

Savile (le chevalier Henri), naquit à Hallifax en 1549 ; il se fit un nom par son habileté dans les Mathématiques, & la langue grecque qu'il eut l'honneur d'enseigner à la reine Elisabeth. Il a publié un traité sur Euclide en 1620, une belle édition de S. Chrysostome en grec, Etonae, 1613, en 8 vol. in-fol. un commentaire en anglois sur la milice des Romains, & quelques autres ouvrages estimés : mais l'université d'Oxford n'oubliera jamais les deux chaires, l'une de Géométrie, & l'autre d'Astronomie, qu'il y a fondées de son propre bien en 1619. Il mourut comblé d'estime & de regrets en 1622, âgé de 73 ans. (D.J.)


HALLINGDAL(Géog.) district de Norwége, dans la province d'Aggerhus.


HALLOE(Géog.) petite ville de la province de Stormarie, au duché de Holstein, dans le bailliage de Segeberg.


HALMSTADT(Géog.) ville de Suede, dans la province de Halland, dans la Gothie méridionale ; elle est fortifiée, & a un port sur la mer Baltique.


HALMYRAGA(Hist. nat.) les anciens entendoient par-là une espece de natrum très-pur. Pline dit qu'on en distinguoit deux especes ; le plus pur s'appelloit halmyraga, & celui qui étoit mêlé de terre s'appelloit agrium ; le premier venoit de Médie, & le second de Thrace. Voyez NATRUM. Lorsqu'on le trouvoit à la surface de la terre sous une forme concrete, ce sel se nommoit aussi halmyrax.


HALOS. m. (Physiq.) météore qui paroît en forme d'anneau ou de cercle lumineux & de diverses couleurs, autour du soleil, de la lune, & des étoiles. Voyez METEORE.

Ce mot est formé du grec ou , area, aire, surface.

Les Physiciens regardent le halo comme un effet de la réfraction des rayons de lumiere qui passent par les vésicules fines & rares d'une petite nue ou vapeur, laquelle se trouve dans notre athmosphere. Ces rayons arrivent à l'oeil du spectateur, après avoir souffert sans réflexion dans les gouttes de la nue deux réfractions, l'une à l'entrée, l'autre à leur sortie ; & la différente réfrangibilité des rayons produit les différentes couleurs du halo. Voyez REFRANGIBILITE, REFRACTION, ULEURLEUR.

On confirme cette explication en ajoûtant qu'une certaine quantité d'eau étant lancée vers le soleil, on la voit, dans le moment qu'elle se brise & se disperse en gouttes, former une espece d'halo ou d'arc-en-ciel représentant les mêmes couleurs que le véritable ; avec cette différence que dans l'arc-en-ciel ordinaire il y a réflexion avec réfraction, & que dans le halo il n'y a que réfraction. Voyez ARC-EN-CIEL.

Ces sortes de couronnes sont quelquefois blanches, & d'autres fois elles ont les mêmes couleurs que l'arc-en-ciel ; tantôt on n'en voit qu'une, & tantôt on en voit plusieurs qui sont concentriques : Snellius dit qu'il en a vû six autour du soleil. Le diametre de celles qu'on a observées autour de Sirius & de Jupiter, n'a jamais été de plus de cinq degrés ; celles de la lune vont depuis deux degrés jusqu'à quatre-vingt-dix de largeur. Le diametre de ces couronnes varie pendant le tems qu'on observe le phénomene.

On peut produire artificiellement de semblables couronnes, en mettant, lorsqu'il fait froid, entre l'oeil & une bougie allumée un pot plein d'eau chaude, dont la vapeur monte en haut : c'est pour cela que l'on apperçoit souvent ces anneaux dans les bains autour de la bougie.

Une autre maniere de représenter ce phénomene, c'est de pomper l'air d'une cloche de verre, & regardant à-travers cette cloche la flamme d'une chandelle placée derriere la cloche : car aussi-tôt que l'air se sera raréfié jusqu'à un certain point, on ne manquera pas d'appercevoir un anneau autour de la flamme. On peut voir la même chose, en faisant rentrer dans un récipient l'air qui en avoit été pompé ; car dès que cet air se trouvera avoir la même densité, on verra paroître cet anneau avec diverses couleurs. De même, lorsqu'on met deux verres objectifs de grands télescopes l'un sur l'autre, la lumiere qui tombe dessus passe à-travers en quelques endroits, & se réfléchit des endroits voisins ; ce qui fait paroître divers anneaux colorés : c'est ce qu'on remarque encore, lorsqu'on fait de petites bulles d'air avec l'eau de savon ; car on voit dessus & à-travers ces bulles de semblables anneaux colorés. Musschenbr. Essai de Physique.

Voici les principales raisons par lesquelles M. Musschenbroeck prouve que la cause des halos est dans notre athmosphere. S'il y a une athmosphere autour des astres précédens, il paroît impossible qu'elle soit de l'étendue qu'on observe dans les halos. Ces couronnes ne peuvent être apperçûes que de peu de personnes à-la-fois, & rarement à une plus grande distance que deux ou trois lieues ; elles disparoissent aussi-tôt que le vent vient à souffler, quoiqu'elles continuent quelquefois lorsqu'il ne fait qu'un petit vent frais ; mais dès qu'il augmente, elles se dissipent. Personne ne les a jamais observées dans un tems tout-à-fait serein. Si le nuage flotte dans l'air, la couronne commence à disparoître du côté où l'air devient plus net.

Les couronnes des halos sont plus foibles que celles de l'arc-en-ciel. Dans les couronnes de halo que M. Newton vit en 1692, les couleurs se suivoient du centre vers la circonférence, de la maniere suivante. La couleur de l'anneau interne étoit bleue en-dedans, blanche au milieu, & rouge en-dehors ; la couleur interne du second anneau étoit pourpre, ensuite bleue, puis verte, jaune, & d'un rouge pâle ; la couleur interne du troisieme anneau étoit d'un bleu pâle, & l'externe d'un rouge pâle. M. Huyghens a observé dans le contour extérieur un bleu pâle, & dans l'intérieur une couleur rouge. M. Musschenbroeck a vû plusieurs couronnes dont la couleur interne étoit rouge ; & d'autres observateurs ont encore indiqué diverses variétés.

Ce phénomene n'arrive pas tous les jours ; la raison principale est qu'il faut que les particules soient assez raréfiées pour donner passage aux rayons : car autrement elles forment des nuages épais qui ne transmettent pas la lumiere. Cependant les halos sont plus fréquens qu'on ne le croit ; on n'y fait pas attention, parce que l'on envisage rarement le soleil pendant le jour. Mais les observateurs attentifs assûrent que ce phénomene est fréquent. Depuis le premier de Janvier jusqu'au premier de Juin 1735, M. Musschenbroeck a vû à Utrecht ces couronnes environ vingt fois autour du soleil ; & un autre physicien a observé le même phénomene plus de soixante fois en un an.

M. Fritsch vit le 11 Avril 1729 autour du soleil un cercle qui avoit trois couleurs, dont l'externe étoit rouge, celle du milieu jaune, & l'interne blanche ; & il se trouvoit éloigné du soleil de deux diametres de cet astre. On y remarquoit outre cela un cercle blanc parallele à l'horison, qui passoit par le soleil : il y avoit encore deux autres demi-cercles blancs plus petits qui commençoient de chaque côté dans le soleil, & qui étoient placés au-dedans du grand cercle.

On a tort de croire que les halos annoncent la pluie ou l'orage ; souvent le lendemain & quelques autres jours après il fait un tems fort serein & fort calme. Ceux qui veulent approfondir davantage ce sujet, peuvent recourir au traité posthume de M. Huyghens, de coronis ; à l'Optique de Newton, liv. II. ch. jv. & à l'Essai de Physique de Musschenbroeck, d'où cet article est tiré par extrait. (O)


HALOAS. f. (Hist. anc.) fêtes qui se célébroient dans Athenes, au mois Posideonis, à l'honneur de Cerés Haloade : c'étoit le tems où l'on battoit le blé de la récolte.


HALOIRS. m. (Corderie) est une caverne de six ou sept piés de hauteur, cinq à six de largeur, & neuf à dix de profondeur, ou bien quelque chose d'équivalent ; on expose autant qu'on peut le haloir au soleil du midi & à l'abri de la bise.

A quatre piés au-dessus du foyer du haloir, on place des barreaux de bois qui traversent le haloir d'un mur à l'autre, & qui y sont assujettis : c'est sur ces morceaux de bois qu'on étend le chanvre qu'on veut hâler, c'est-à-dire faire sécher, jusqu'à ce qu'il soit en état d'aller à la broye.

Tout étant ainsi disposé, une femme attentive a soin d'entretenir perpétuellement sous le chanvre un petit feu de chenevottes ; de le retourner de tems en tems, pour qu'il se desseche par-tout également ; & d'en remettre de nouveau à-mesure qu'on ôte celui qui est assez sec pour être porté à la broye. Voyez les Planches de Corderie.


HALONÈS(LA), Géog. anc. petite île de la mer Egée, au couchant de Lemnos, & à l'orient de l'embouchure du golfe Therméen ; il en est beaucoup question dans les harangues d'Eschine & de Démosthène : elle est accompagnée de deux autres petites îles, dont l'une est nommée Piperi, anciennement Peparrhete, & l'autre Jura. La Halonèse s'appelle aujourd'hui Lanis ou Pelagisi. Pline & Etienne le géographe parlent de deux autres petites îles du même nom, mais différentes de la nôtre. (D.J.)


HALOS ANTHOSS. m. (Hist. nat.) nom donné par les anciens naturalistes à une substance saline, tenace, visqueuse, grasse & bitumineuse, que l'on trouvoit nageante à la surface des eaux de quelques fontaines & rivieres. On dit qu'elle est ou jaunâtre, ou noirâtre, ou verdâtre, ou tirant sur le bleu. Dioscoride raconte que cette substance se trouvoit à la surface des eaux du Nil & de quelques lacs ; qu'elle étoit jaune, d'un goût très-piquant, grasse, & d'une odeur fétide : il ajoûte qu'elle étoit soluble dans l'huile ; ce qui prouve que c'étoit un bitume mêlé de particules salines. Voyez Hill, Hist. nat. des fossiles. Quelques auteurs ont crû que le halos anthos étoit la même chose que le sperma ceti, ou blanc de baleine. (-)


HALOSACHNES. m. (Hist. nat.) nom donné par les anciens naturalistes à une espece de sel marin formé par l'évaporation de l'eau de la mer qui avoit été portée par la violence des flots dans les creux des rochers, où la chaleur du soleil lui faisoit prendre de la consistance : il est, dit on, sous la forme d'une poudre, & quelquefois il s'attache sur des corps marins, sous une forme plus solide. Ce sel ne differe aucunement du sel marin ordinaire. Voyez SEL MARIN. Les anciens ont aussi nommé ce sel, paraetonium & spuma maris. (-)


HALOTS. m. (Chasse) trou dans les garennes, où le gibier se retire, & où les lapins font leurs petits : c'est de-là que vient le mot halotiere. L'ordonnance veut que ceux qui auront détruit les halots soient punis comme voleurs.


HALOTECHNIES. f. (Chim.) on donne ce nom à une branche de la Chimie, qui s'occupe de la nature, de la préparation, ou de la composition des différens sels ; on la nomme aussi Halurgie : ce mot vient du grec , sel. Voyez SEL, NITRE, VITRIOL, &c.


HALPou HALAPO, (Géog.) ville de l'Amérique dans la Nouvelle Espagne, dans la province de Tabasco, & sur la riviere de ce nom, à 3 lieues audessus d'Estapo ; elle est passablement riche & habitée par des Indiens. Long. 273. 40. latit. 17. 48. (D.J.)


HALQUES. m. (Botaniq.) grand arbre épineux qui a la feuille du genievre, & qui porte une gomme si semblable au mastic, qu'on s'en sert pour l'adultérer : il croît en Lybie, en Numidie, & au quartier des Negres. Celui de Numidie est rayé de blanc, comme l'olivier sauvage ; celui de Lybie, d'azur ; & celui du pays des Negres, de noir. On nomme celui-ci sangu : on en fait des instrumens de Musique & des ouvrages de Menuiserie. On transporte dans toute l'Afrique le halque de Lybie, où on l'employe contre les maladies vénériennes. Marmol, liv. VII. ch. j.


HALSTERS. m. (Commerce) mesure dont on se sert pour les grains à Louvain, à Gand, & en quelques autres endroits des Pays-Bas. Huit halsters font le mudde, & vingt-sept muddes le last. A Gand, le last de blé est de cinquante-six halsters, & celui d'avoine, de trente-huit. Douze halsters font le mudde, ou six sacs ; chaque sac est de deux halsters. Dict. de Commerce. (G)


HALTES. f. en terme de Guerre, signifie une pause que fait un corps de troupes dans la marche.

Quelques-uns dérivent ce mot du latin halitus, haleine ; comme si on faisoit halte pour prendre haleine : d'autres le font venir de alto, parce que dans les haltes on dresse les piques, &c.

Dans les lieux coupés & pleins de défilés, on est obligé de faire plusieurs haltes ; & l'on dit, par exemple, qu'une armée a fait halte pour se reposer. Chambers.

Lorsqu'une troupe a fait une longue marche, & qu'on veut la faire paroître en ordre, on lui commande de faire halte, pour se remettre plus exactement en bataille, c'est-à-dire pour redresser ses rangs & ses files. On lui fait faire aussi halte pour se reposer dans les longues marches.

Lorsque l'armée fait le campement, le général lui fait faire halte pendant qu'on trace ou qu'on marque le camp. (Q)


HALTEREN(Géog.) petite ville d'Allemagne en Westphalie, dans l'évêché de Munster, sur la Lippe. Long. 24. 42. lat. 51 42. (D.J.)


HALTERESS. f. pl. (Gymn. médic.) les halteres chez les Grecs étoient des masses pesantes de pierre, de plomb, ou d'autre métal, dont les anciens se servoient dans leurs exercices.

Il paroît qu'il y avoit deux sortes d'halteres ; les unes étoient des masses de plomb que les sauteurs prenoient dans leurs mains pour s'assûrer le corps & être plus fermes en sautant ; les autres étoient une espece de palet que l'on s'exerçoit à jetter.

Les halteres, selon Galien, se posoient à terre, à environ trois piés & demi de distance les unes des autres ; la personne qui vouloit s'exercer se plaçoit entre deux de ces masses, prenoit de la main droite celle qui étoit à sa gauche, & de la gauche celle qui étoit à sa droite, & les remettoit plusieurs fois de suite à leur place, sans bouger les piés de l'endroit où elle les avoit d'abord posés. On employoit cet exercice pour la cure de plusieurs maladies. Mercurial en parle dans son Art gymnastique ; j'y renvoye le lecteur. (D.J.)


HALUNTIUMou ALUNTIUM, (Géog. anc.) ville de Sicile : Cicéron nous dit qu'elle étoit située sur une hauteur, dont l'accès étoit difficile : Ptolomée la met près de l'embouchure du Chydas, au bord de la mer. M. Delisle croit qu'elle étoit à-peu-près au même lieu où est aujourd'hui San-Marcon. Fazel estime que ses ruines sont à cinq cent pas du bourg de Philadelphe, & que le Chydas est à-présent nommé Rosmarino. (D.J.)


HALY(Géog.) ville d'Afrique dans l'Arabie heureuse, sur les confins de l'Yémen, du côté de Hégias. Long. 60. lat. 19. 40. (D.J.)


HALYS(Géog. anc.) grande riviere de l'Asie mineure. M. de Tournefort a remarqué que nos géographes font venir ce fleuve du côté du midi, au lieu qu'il coule du levant ; ils ne sont excusables que sur ce qu'Hérodote a commis la même faute, liv. I. ch. lxxij. cependant il y a long-tems qu'Arrien l'a relevée, lui qui avoit été sur les lieux par l'ordre de l'empereur Hadrien. Strabon, qui étoit de ce pays-là, décrit parfaitement le cours de l'Halys, liv. XII. p. 646. Ses sources, dit-il, sont dans la grande Cappadoce, près de la Pontique, d'où il porte ses eaux vers le couchant, & tire ensuite vers le nord, par la Galatie & par la Paphlagonie. Il a reçû son nom des terres salées au-travers desquelles il passe ; car tous ces quartiers-là sont pleins de sel fossile ; on en trouve jusques sur les grands chemins & dans les terres labourables. La salure de l'Halys tire sur l'amertume. Paul Lucas, qui a parcouru quelques lieues le long de ce fleuve, ajoûte qu'il est grossi dans son cours par la riviere de Chechenur, après quoi il arrose Osmangioux & Castamone, qui est presque à son embouchure dans la mer Noire. On croit que c'est sur ce fleuve que se donna entre Alliates & Cyanarée la bataille que fit finir la fameuse éclipse de soleil annoncée par Thalès, & la premiere qui ait été prédite par des Grecs, selon Pline, liv. II. chap. xij. son nom moderne est Aytozu. (D.J.)


HAMou HAMM, en latin Hammona, (Géog.) petite ville d'Allemagne en Westphalie, capitale du comté de la Marck, sur la Lippe, sujette au roi de Prusse, à trois milles de Soëst, à six lieues S. E. de Munster, dix-huit N. E. de Cologne. Long. 25. 28. lat. 51. 42. (D.J.)

HAM, en latin Hammus, (Géog.) petite ville de France en Picardie, à quatre lieues de Noyon, sur la Somme ; les Espagnols la prirent après la bataille de Saint-Laurent, en 1557. Elle retourna à la France en 1559, par le traité de Château-Cambrésis. Voyez Piganiol de la Force & l'abbé de Longuerue. Elle est à vingt-neuf lieues N. E. de Paris. Long. 20. 44. 16. lat. 49. 44. 58. (D.J.)


HAMAS. m. (Hist. anc.) instrumens dont on se servoit à Rome dans les incendies, pour éteindre le feu ; ils étoient déposés chez les gardes préposés à cet effet, comme les seaux chez nos commissaires : mais on ne sait si les hama étoient ou des crochets ou des seaux ; le dernier est le plus vraisemblable.


HAMACS. m. lit suspendu, dont les Caraïbes, ainsi que plusieurs autres nations sauvages de l'Amérique équinoxiale, font usage. Quoique la forme des hamacs soit à-peu-près la même, il s'en voit cependant de plusieurs sortes, qui different soit par la matiere dont ils sont faits, soit par la variété du travail, ou par les ornemens dont ils sont susceptibles.

Les hamacs caraïbes sont estimés les meilleurs & les plus commodes ; ils sont composés d'un grand morceau d'étoffe de coton, épaisse comme du drap, d'un tissu très-égal & fort serré, ayant la figure d'un quarré long portant environ huit à neuf piés de longueur sur cinq à six de largeur : il faut observer que cette largeur se trouve toûjours disposée suivant la longueur du hamac. Tous les fils de l'étoffe sur les bords des deux longs côtés excedent la lisiere d'environ sept à huit pouces, & sont disposés par écheveaux formant des especes de boucles, dans lesquelles sont passées de petites cordes de quatorze à dix-huit pouces de longs, qu'on nomme filet, servant à faciliter l'extension & le développement du hamac. Toutes ces petites cordes sont réunies ensemble par l'une de leurs extrémités, & forment une grosse boucle à chaque bout du hamac : c'est dans ces boucles qu'on passe les rabans ou grosses cordes qui servent à suspendre la machine au haut de la case ou aux branches d'un arbre. Les plus grands hamacs sont nommés par les Caraïbes hamacs de mariage ; deux personnes de différent sexe pouvant y coucher aisément. Les plus petits étant moins embarassans, se portent à la guerre & dans les voyages. Quelques sauvages des bords de la riviere d'Orinoco font des hamacs d'écorce d'arbre, travaillés en réseau comme des filets de pêcheur.

Les créoles blancs & les Européens habitans l'Amérique, préferent les hamacs aux meilleurs lits ; ils y sont plus au frais, ne craignant point la vermine, & n'ont besoin ni de matelats ni d'oreillers, non plus que de couvertures, les bords du hamac se re-croisant l'un sur l'autre.

Dans les isles françoises il est fort ordinaire de voir au milieu des salles de compagnie un bel hamac de coton blanc ou chamarré de diverses couleurs, orné de réseaux, de franges & de glands. Là nonchalamment couchée & proprement vêtue, une très-jolie femme passe les journées entieres, & reçoit ses visites sans autre émotion que celle que peut occasionner un léger balancement qu'une jeune négresse entretient d'une main, étant occupée de l'autre à chasser les mouches qui pourroient incommoder sa maîtresse.

Les femmes de distinction, allant par la ville, se font ordinairement porter dans des hamacs suspendus par les bouts à un long bambou ou roseau creux & léger que deux negres portent sur leurs épaules ; mais dans les voyages, au lieu d'un seul bambou, on fait usage d'un brancard porté par quatre forts esclaves.

Les Portugais du Bresil ajoûtent au-dessus du hamac une petite impériale, avec des rideaux qui les garantissent de la pluie & des ardeurs du soleil.

Sur les vaisseaux les matelots couchent dans des hamacs de grosse toile, communément nommés branles, qui different des précédens en ce qu'ils sont moins grands & garnis à leurs extrémités de morceaux de bois un peu courbes, percés de plusieurs trous, au-travers desquels passent les filets de façon qu'ils sont un peu écartés les uns des autres, & par conséquent le hamac reste toûjours suffisamment ouvert pour y recevoir une espece de matelas.


HAMACHATES(Hist. nat. Litholog.) nom donné par les anciens naturalistes à une agathe dans laquelle se trouvent des taches ou des veines rouges & de couleur de sang : quelques auteurs ont aussi donné ce nom au jaspe rouge. (-)


HAMADEVoyez SAMEIDE.


HAMADRIADES. f. (Mythol.) nymphe de la fable ; les hamadryades étoient des nymphes dont le destin dépendoit de certains arbres avec lesquels elles naissoient & mouroient ; ce qui les distingue des dryades, dont la vie n'étoit point attachée aux arbres. C'étoient principalement avec les chênes que les hamadryades avoient cette union, comme l'indique leur nom, composé de , ensemble, & , un chêne.

Quoique ces nymphes ne pussent survivre à leurs arbres, elles n'en étoient pas cependant absolument inséparables ; puisque, selon Homere, elles alloient par échappées sacrifier à Vénus dans les cavernes avec les satyres ; &, selon Séneque, elles quittoient leurs arbres pour venir entendre le chant d'Orphée. On dit qu'elles témoignerent quelquefois une extrème reconnoissance à ceux qui les garantirent de la mort ; & que ceux qui n'eurent aucun égard aux humbles prieres qu'elles leur firent d'épargner les arbres dont elles dépendoient, en furent sévérement punis : Péribée l'éprouva bien, au rapport d'Apollonius de Rhodes.

Mais il vaut mieux lire la maniere dont Ovide dépeint les complaintes & l'infortune de l'hamadryade que l'impie Erysichton fit périr ; elle vivoit dans un vieux chêne respectable, qui, dit-il, surpassoit autant tous les autres arbres que ceux-ci surpassent l'herbe & les roseaux. A peine Erysichton lui eut-il porté un premier coup de hache, qu'on l'entendit pousser des gémissemens, & qu'on en vit couler du sang ; le coup étant redoublé, l'hamadryade éleva fortement sa voix : " Je suis, dit-elle, une nymphe chérie de Cérès ; tu m'arraches la vie, mais j'aurai au moins en mourant la consolation de t'apprendre que je serai bien-tôt vangée " :

Editus e medio sonus est cum robore talis :

Nympha sub hoc ego sum, Cereri gratissima, ligno,

Quae tibi factorum poenas instare tuorum

Vaticinor moriens, nostri solatia lethi.

Métam. lib. viij. v. 763.

Les hamadryades ne doivent donc pas être censées immortelles, puisqu'elles mouroient avec leurs arbres. Je sais bien qu'Hésiode donne à leur vie une durée prodigieuse dans un fragment cité par Plutarque, selon lequel, en prenant la supputation la plus modérée des Mythologistes, la carriere des hamadryades s'étendoit jusqu'à 9720 ans ; mais ce calcul fabuleux ne s'accorde guere avec la durée des arbres, de ceux-là même à qui Pline, lib. XVI. c. xliv. donne la plus longue vie.

Cependant il n'a pas été difficile aux payens d'imaginer l'existence de ces sortes de nymphes ; car ils convenoient des sentimens de vénération & de religion pour les arbres, qu'ils croyoient être fort vieux, & dont la grandeur extraordinaire leur paroissoit un signe de longue durée. Il étoit simple de passer de-là jusqu'à croire que de tels arbres étoient la demeure d'une divinité. Alors on en fit une idole naturelle ; je veux dire, qu'on se persuada que sans le secours des consécrations, qui faisoient descendre dans les statues la divinité à laquelle on les dédioit, une nymphe, une divinité, s'étoit concentrée dans ces arbres. Le chêne qu'Erysichton coupa étoit vénéré pour sa grandeur & pour sa vieillesse. On l'ornoit comme un lieu sacré ; on y appendoit les témoignages du bon succès de sa dévotion, & les monumens d'un voeu exaucé ; Ovide nous apprend tout cela :

Stabat in his ingens annoso robore quercus

Una, nemus : vitae mediam memoresque tabellae

Certaque cingebant, voti argumenta potentis.


HAMAH(Géogr.) ville de Syrie, à laquelle le géographe Abulfeda donne 60d 45' de longit. & 34d 45' de latit. Elle fut renversée par un horrible tremblement de terre en 1157, & a été depuis rétablie. C'est la même que l'Apamée de Strabon sur l'Oronte, fondée par Seleucus Nicanor, qui faisoit nourrir 500 éléphans dans son territoire fertile. C'est ici que se donna sous Aurélien la fameuse bataille entre les Romains & Zénobie reine de Palmyre ; on sait qu'elle la perdit, & qu'elle fut menée prisonniere à Rome avec son fils. Ce qui reste aujourd'hui de cette ville mérite encore quelques regards des curieux, au rapport de M. de la Roque, dans son Voyage de Syrie. Un Bacha a le gouvernement de tout le canton. (D.J.)


HAMAMET(Géogr.) ville d'Afrique en Barbarie, sur le golfe de même nom, à dix-sept lieues de Tunis par terre. C'est une ville nouvelle, bâtie il y a environ 350 ans par un peuple Mahométan, & les habitans en sont fort pauvres. Longit. 28. 50. Latit. 36. 35. (D.J.)


HAMANSS. m. (Manufact.) toiles de coton, fines, blanches & serrées, dont la fabrique revient à celle des toiles de Hollande. On les apporte des Indes orientales. Les meilleures sont de Bengale. La piece porte sur une aune & un sixieme de large, neuf aunes & demie de longueur.


HAMAXITUS(Géogr. anc.) ville de la Troade, dont parlent Xénophon, Thucydide, Pline, & Strabon. Il y avoit près de cette ville une saline, où durant un certain tems de l'année le sel se formoit de lui-même. Hamaxitus fut le premier établissement des Teucriens (Teucri), peuple amené de Crete par Callinus, poëte élégiaque. (D.J.)


HAMAXOBIENSS. m. pl. (Hist. anc.) peuples qui n'avoient point de maisons, & qui vivoient dans des chariots. Ce mot est formé du grec , chariot, & , vie.

Les Hamaxobiens, qu'on appelloit aussi Hamaxobites, étoient un ancien peuple de la Sarmatie européenne, qui habitoient les parties méridionales de la Moscovie, & qui se servoient d'une espece de tentes de cuir dressées sur des chariots, au lieu de maison, pour être toûjours en état de changer de demeure, & de se mettre en voyage.


HAMBACH(Géog.) petite ville d'Allemagne dans le haut Palatinat, sur le Fils, à deux lieues d'Amberg.


HAMBELIENSS. m. pl. (Hist. mod.) une des quatre sectes anciennes du mahométisme. Hambel ou Hambeli, dont elle a pris son nom, en a été le chef. Mais les opinions des hommes ont leur période, court ordinairement, à moins que la persécution ne se charge de le prolonger. Il ne reste à la secte hambelienne que quelques Arabes entêtés, dont le nombre ne tarderoit pas à s'accroître, si par quelque travers d'esprit un muphti déterminoit le grand-seigneur à proscrire l'hambélianisme sous peine de la vie.


HAMBOURG(Géog.) Hamburgum, grande & très-riche ville d'Allemagne, au cercle de basse-Saxe, dans le duché de Holstein, dont elle est indépendante. Elle fut fondée par Charlemagne : vous trouverez toute son histoire dans quantité d'écrivains, Lambecius, Zeyler, Hubner, & autres.

Il y a aujourd'hui dans cette ville un sénat composé de quatre bourguemestres & de vingt conseillers, dont dix sont gens lettrés, & dix négocians, de trois syndics, & un secrétaire. La ville & le chapitre sont de la confession d'Augsbourg ; la magistrature de Hambourg a le libre gouvernement dans les affaires temporelles & spirituelles ; les rois de Danemarck ont fait tous leurs efforts pour s'emparer de cette ville, mais la protection des puissances voisines la garantit de l'esclavage.

Elle a autrefois tenu la premiere place entre les villes hanséatiques ; elle tient aujourd'hui le premier rang pour le commerce du nord, & sa banque y a le plus haut crédit. Sa situation sur l'Elbe, qui y fait remonter de grands vaisseaux, lui est très-avantageuse pour le trafic. Elle est à 14 lieues N. O. de Lunebourg, 15 S. O. de Lubeck, 24 S. de Sleswig, 22 N. E. de Brême, 170 N. O. de Vienne. Longit. suivant Cassini, 27. 35. 30. lat. 52. 42.

Voici plusieurs savans qu'Hambourg a produits, & qu'il faut connoître.

Gronovius (Jean Fréderic) habile critique, naquit dans cette ville en 1611, & devint professeur en Belles-Lettres à Leyde, où il mourut en 1672. Il a donné quelques éditions d'anciens auteurs, des observations en trois livres, & un excellent traité des Sesterces ; mais son fils Jacques Gronovius a effacé, ou, si l'on aime mieux, a encore augmenté sa gloire.

Holstenius, (Luc), garde de la bibliotheque du Vatican, étoit éclairé dans l'antiquité ecclésiastique & prophane ; il en a donné des preuves par des dissertations exactes & judicieuses ; il a publié la vie de Pythagore par Porphyre, & celle de Porphyre. Il est mort à Rome en 1661, âgé de 65 ans.

Krantzius (Albert), historien célebre pour son siecle ; car il mourut en 1517, à l'âge d'environ 70 ans, après avoir composé de bons ouvrages latins sur l'histoire, imprimés plusieurs fois depuis sa mort ; savoir 1°. une chronique de Danemarck, de Suede, & de Norwege ; 2°. une histoire de Saxe en treize livres ; 3°. une histoire des Vandales ; 4°. un ouvrage intitulé Metropolis, qui contient en 14 livres l'histoire ecclésiastique de Saxe, de Westphalie, & de Jutland. Il est vrai que la réputation de Krantz a été fort maltraitée par quelques censeurs, & qu'on ne peut pas trop le justifier de grands plagiats.

Lambecius (Pierre) passe sans aucune accusation de ce genre, pour un des savans historiographes d'Allemagne, comme le prouvent ses ouvrages ; j'entends les suivans : 1°. les origines Hamburgenses, en 2 vol. imprimés à Hambourg in-4 °. en 1652 & 1661 ; 2°. ses lucubrationes Gellianae, Paris 1647, in-4 °. 3°. animadversiones ad codini origines Constantinopolitanas, Paris, 1665, in-fol. elles sont pleines d'érudition ; 4°. le catalogue latin de la bibliotheque impériale en 8 vol. in-fol. Ce catalogue est par-tout accompagné d'un commentaire historique curieux, mais trop diffus ; Lambecius mourut à Vienne en 1680, à 52 ans.

Placcius (Vincent) mourut d'apoplexie en 1699 à 57 ans, a publié quantité d'écrits, dont vous trouverez la liste dans Morery & dans le P. Niceron, tome I. Le principal de ses ouvrages latins est son recueil des anonymes & des pseudonymes, Hamb. 1674. in-4°. premiere édition, & qui a ensuite été réimprimé plus complet par Matthias Dreyer en 1708, in-fol.

Rolfinck (Guerner), en latin Rolfincius, élevé par Schelhammer son oncle, fut un médecin de réputation ; mais entre beaucoup d'ouvrages qu'il a faits, & dont Lippenius ou Manget ont donné la liste, les seuls qu'on achete encore, sont ses dissertationes anatomicae, Noribergae, 1656 in-4 °. Il mourut à Jéne en 1673, agé de 74 ans, & laissa plusieurs écrits sur la Médecine qui ont vû le jour.

Wower (Jean) est auteur d'un ouvrage plein d'érudition, intitulé de polymathia tractatio, à Basle, 1603, in-4 °. Il a aussi publié avec des notes, Pétrone, Apulée, Sidonius Apollinaris, & Minutius Felix. Il mourut gouverneur de Gottorp en 1612, âgé de 38 ans ; il faut le distinguer de Jean Wower, son parent, ami de Lipse, qui mourut à Anvers en 1635 à 69 ans. (D.J.)


HAMBU(hist. nat. botan.) arbre du Japon, de la grandeur du palmier, dont les feuilles sont vertes toute l'année, les fleurs jaunes sans odeur, & rayées à l'intérieur de bandes purpurines ; la graine d'un jaune tirant sur le gris & velue, & les rameaux cendrés. Les chevres & les brebis mangent les feuilles avec avidité ; le bois n'est bon qu'à brûler. Ephemerides naturae curiosor. dec. II. ann. X. observ. xxxvj. page 78.


HAMEAU(Géog.) assemblage de quelques maisons sans église ni jurisdiction locale ; le hameau dépend à ces deux égards d'un village ou d'un bourg ; il vient de hamellus, terme dont se sont servi les auteurs de la basse latinité, & qui est un diminutif de ham. Ce mot de ham, qui signifie maison, habitation, se trouve en forme de terminaison dans un grand nombre de noms propres géographiques, surtout en Angleterre, où l'on voit Buckingham, Nottingham, Grandham, &c. & quoique plusieurs de ces noms appartiennent aujourd'hui à des bourgs, à des villes, à des provinces, cela n'empêche pas que leur premiere origine n'ait été un hameau ; de même en Allemagne, cette syllabe est changée ordinairement en heim, comme dans Manheim, Germersheim, Hildesheim, &c. & quelquefois en hain. Ce nom ham est reconnoissable non-seulement dans le mot françois hameau, mais encore dans plusieurs noms, comme Estreham vient d'Oistréham pour Westerham, qui veut dire demeure occidentale ; nom qui marque la situation de ce lieu, qui est au couchant de l'embouchure de l'Orne : en Normandie on change communément la syllabe ham en hom ; comme le Hommet, Robehomme, Brethomme ; ces deux derniers s'appellent en latin Roberti villa, Britonica villa ; tel lieu qui n'étoit qu'un simple hameau, est devenu bourg ou ville, sans changer de nom. Enfin, tous les grands empires ont commencé par des hameaux, & les puissances maritimes par des barques de pêcheurs. (D.J.)


HAMEÇONS. m. (Pêche) voyez HAIN.

* HAMEÇON, (Tour.) c'est l'instrument plus connu sous le nom d'arilser.


HAMEDESS. f. (Manuf.) toile de coton blanche, claire & fine, de seize aunes de long, sur trois quarts à cinq sixiemes de large. Elle vient de Bengale.


HAMÉES. f. (Art milit.) c'est le manche du griffon ou de l'écouvillon. Voyez HAMPE.


HAMEIDES. f. terme de Blason, fasce de trois pieces alaisées qui ne touchent point les bords de l'eau. Hameides, selon le pere Menétrier, sont trois chantiers ou longues pieces de bois en forme de fasces alaisées qui se mettent sous les tonneaux qu'on nomme hames aux pays-bas ; ce qui a fait le mot d'hameides ; une famille de Flandres qui porte ces chantiers pour armoiries par allusion à son nom, en ayant introduit l'usage dans le Blason. Il ajoûte qu'hameide est encore une barriere dans ce pays-là, où les maisons de bois traversées se nomment hames, d'où vient le nom de hameau, à cause des maisons de village bâties de cette sorte, & des barrieres dont les chemins sont fermés en Suisse & en Allemagne sur les avenues de ces hameaux. D'autres croyent qu'hameide vient de la maison de ce nom en Angleterre, qui porte pour armes une étoffe découpée en trois pieces en forme de fasce, qui en laisse voir une autre par ses ouvertures, qui est d'une couleur différente & mise au-dessous. On dit aussi hamade & hamaide. Dictionn. de Trévoux.


HAMELBOURGHamelburgum, (Géog.) ville d'Allemagne en Franconie, dans l'état de l'abbé de Fulde, sur la Saale, à dix lieues S. E. de Fulde, & à trois milles de Schweinfurt ; on y suit la Religion catholique. Long. 27. 36. lat. 50. 10.

Hamelbourg est la patrie de Jean Froben, qui s'établit à Basle, où il se fit une grande réputation par la beauté & l'exactitude de ses éditions. Nous en parlerons au mot IMPRIMEUR. (D.J.)


HAMELN(Géog.) ville forte d'Allemagne, dans la basse-Saxe, au duché de Calemberg, à l'extrémité du duché de Brunswick, dont elle est une clef. Elle est agréablement située au confluent de la riviere de Hamel avec le Weser, à neuf lieues S. O. d'Hanover, seize N. E. de Paderborn, dix-sept S. O. de Brunswick. En 1542 elle embrassa la confession d'Augsbourg ; c'est à un mille de cette ville que sont les eaux de Pyrmont. Long. 27. 10. latit. 52. 13. (D.J.)


HAMERHammaria, (Géog.) petite ville de Norwege, au gouvernement d'Aggerhus. Elle étoit autrefois épiscopale sous la métropole de Drontheim, mais son évêché a été uni à celui d'Anslo ; elle est à 24 lieues N. E. d'Anslo. Long. 28. 40. latit. 60. 30. (D.J.)


HAMILTON(Géog.) ville de l'Ecosse méridionale, l'une des plus considérables de la province de Chydsdal, avec titre de duché, palais & parc. Elle est à trois lieues S. O. de Glascow, douze O. d'Edimbourg, cent-vingt N. O. de Londres. Longit. 13. 45. latit. 55. 12. (D.J.)


HAMIZ-MÉTAGARA(Géog.) ville d'Afrique dans la Barbarie, au royaume de Fez, remarquable par ses jardins où l'on nourrit des vers à soie. Long. 13. 48. lat. 33. 36. (D.J.)


HAMLÉS. m. (hist. d'Ethiopie) nom de l'onzieme mois des Ethiopiens ; il a 30 jours comme tous les autres ; car l'année éthiopienne est la même que l'égyptienne, composée de douze mois, qui font 360 jours, & de cinq épagomenes ou jours, qui s'ajoûtent après les douze mois dans les années communes, & dans les bissextiles, on en ajoûte six ; le mois hamlé commence le 14 de Juin. (D.J.)


HAMM(Géog.) ville d'Allemagne en Westphalie, dans le comté de la Marck, sur la Lippe.


HAMMA(Géog.) riviere d'Allemagne ; elle a sa source dans la basse-Saxe, au duché de Lunebourg, dans les bruyeres de Soltow ; elle arrose une lisiere de la principauté de Ferden, quelques endroits du duché de Bremen ; & après s'être grossie de divers ruisseaux, elle se décharge dans le Weser. (D.J.)

HAMMA, (Géog.) ville d'Afrique au royaume de Tunis en Barbarie.


HAMMELBOURG(Géog.) ville d'Allemagne Voyez HAMELBOURG.


HAMMITE(Hist. nat.) pierre, voyez AMMITE ou AMMONITE.


HAMMON(Belles-Lettres) surnom donné à Jupiter, qui sous ce titre étoit principalement adoré en Lybie, où il avoit un temple magnifique. Voici ce que Quinte-Curce au livre quatrieme de son histoire, nous apprend de la figure sous laquelle Jupiter y étoit représenté. " Le dieu qu'on adore dans ce temple, dit-il, est fait d'émeraudes & d'autres pierres précieuses ; & depuis la tête jusqu'au nombril, il ressemble à un bélier. Quand on veut le consulter, il est porté par quatre-vingt prêtres dans une espece de gondole d'or, d'où pendent des coupes d'argent ; il est suivi d'un grand nombre de femmes & de filles qui chantent des hymnes en langue du pays ; & le dieu porté par ses prêtres les conduit en leur marquant par quelques mouvemens où il veut aller ". Strabon dit qu'il rendoit ainsi ses réponses par des signes, c'est-à-dire par quelques mouvemens que les prêtres faisoient faire à sa statue ; mais ces prêtres expliquoient aussi verbalement la volonté du dieu, comme il arriva lorsqu'Alexandre alla lui-même le consulter. " Car ce prince s'étant avancé dans le temple, dit son historien, le plus ancien des sacrificateurs l'appella son fils, en l'assûrant que Jupiter son pere lui donnoit ce nom, & qu'il lui promettoit l'empire du monde ". C'étoit bien de quoi flatter la vanité & l'ambition de ce conquérant ; mais il pensa gâter tout le mystere par une étourderie ; car oubliant tout-à-coup sa divine origine, il s'avisa de demander à l'oracle, si les meurtriers de son pere avoient été punis ; le prêtre se tira habilement de cet embarras. Ces sacrificateurs avoient été pour lors corrompus par les largesses d'Alexandre pour ajuster leurs réponses à ses desirs ; mais ils avoient témoigné plus d'intégrité dans une autre occasion où ils étoient venus se plaindre à Sparte contre Lysandre, qui à force de présens avoit voulu tirer d'eux des réponses favorables au dessein qu'il méditoit de changer l'ordre de la succession royale ; & sans-doute ce dernier trait n'avoit pas peu contribué à accréditer leur oracle. Voyez ORACLES.

On n'est pas d'accord sur l'étymologie du nom d'Ammon ; quelques-uns le font venir du grec , sable, parce que le temple de Jupiter Hammon, étoit situé dans les sables brûlans de la Lybie. D'autres le dérivent de l'égyptien anam, bélier ; & d'autres veulent qu'Hammon signifie le soleil, & que les rayons de cet astre soient figurés par les cornes avec lesquelles on représentoit Jupiter. Car dans quelques médailles on trouve des têtes de Jupiter, c'est-à-dire un visage humain avec deux cornes de bélier au-dessous des oreilles.

Corne d'Hammon, terme d'histoire naturelle. Voyez CORNE. (G)


HAMONT(Géog.) petite ville d'Allemagne en Westphalie, dans l'évêché de Liége, à douze lieues N. O. de Mastricht. Longit. 23. 16. latit. 51. 17. (D.J.)


HAMPES. f. dans l'Artillerie, est un long bâton qui sert à emmancher quelque chose, comme le refouloir, la lanterne, l'écouvillon, &c. Ce bâton est ordinairement de frêne, de hêtre, & de ce qu'on appelle bois de Biscaye ; il a environ un pouce & demi de diametre : sa longueur dépend des usages auxquels il est destiné. (Q)

HAMPE, (Peinture) hampe de pinceau, c'est le manche du pinceau : on écrit & prononce hante du pinceau.

L'on peut faire des hampes ou des hantes de toutes sortes de bois : ceux dont on se sert le plus ordinairement sont l'yvoire, le fusin, l'ébene, &c.

HAMPE, (Chasse) c'est la poitrine du cerf.


HAMPTON-COURTHamptoni curia, (Géog.) maison royale embellie par Guillaume III. & bâtie par le cardinal Wolsey, sous le regne de Henri VIII. le paysage, le parterre, l'avenue, & les parcs sont d'une beauté admirable. Ce palais est dans le Middlesex, sur la Tamise, à quatre lieues S. E. de Londres. On y voit les célebres cartons de Raphaël ; ce grand peintre les fit à la requisition de François I. pour sa manufacture des Gobelins. Long. 17. 15. lat. 51. 26. (D.J.)


HANS. m. (Comm.) espece de caravanserai que l'on trouve en quelques endroits du levant, où les voyageurs & les marchands peuvent se retirer avec leurs équipages.

En conséquence des capitulations entre la France & la porte ottomane, les François ont à Seyde, Alep, Alexandrie, & dans quelques autres échelles de cette côte, des hans qui leur appartiennent, & où ils sont logés séparément des autres nations.

La différence du han & du caravanserai ne consiste guere que dans la grandeur : ce dernier étant un vaste bâtiment, & l'autre n'ayant que quelques petits appartemens qui sont tous rassemblés dans une espece de grange. Voyez CARAVANSERAI.

Les hans de Constantinople sont de grands bâtimens qui ressemblent assez aux cloîtres de nos monasteres ; ils sont bâtis de pierre pour prévenir les accidens du feu assez ordinaires dans cette grande ville, dont la plûpart des maisons ne sont que de bois. En-dedans est une espece de cour quarrée avec une fontaine au milieu environnée d'un bassin. Autour de cette cour sont quantité d'arcades partagées en divers appartemens, toutes construites de même. Au-dessus des arcades régnent des galeries ou corridors où aboutissent des chambres qui ont chacune leur cheminée. Les appartemens du rez-de-chaussée servent de magasins. Les marchands prennent leurs logemens dans ceux d'en-haut, où ils sont néanmoins obligés de se fournir de meubles & d'ustensiles de cuisine ; car on n'y trouve que les quatre murailles. On donne au portier qui en a les clés la moitié ou le quart d'une piastre, pour l'ouverture de chaque chambre, & outre cela un aspre ou deux par jour pour le loyer. On loue de la même maniere les magasins pour les marchandises. Tous les soirs ces hans sont fermés d'une porte de fer. Dictionnaire de Commerce. (G)


HANAPS. m. (Commerce) mot dont on se sert dans les anciennes ordonnances, pour signifier une tasse. Il se dit en général de toutes sortes de vases. Les huissiers, quand ils goûtent les vins, doivent avoir le beau pot doré en une main, & le hanap en l'autre. Page 124 de l'ancienne ordonnance.


HANAUHanovia, (Géog.) ville d'Allemagne au cercle du Haut-Rhin, dans la Wétéravie, capitale d'un comté de même nom, appartenant au Landgrave de Hesse-Cassel, avec un château ; on la divise en vieille & en nouvelle. Il y a eu autrefois dans cette ville une imprimerie célebre. Le comté de Hanau est borné par le comté d'Isembourg & par l'abbaye de Fulde au nord, par le comté de Reineck à l'est, par l'archevêché de Mayence au sud, & par la Wétéravie à l'oüest. La capitale est dans une vaste plaine, sur la riviere de Kuenh, à deux milles E. de Francfort, trois N. E. de Darmstadt. Long. 26. 35. latit. 49. 58. (D.J.)


HANBALITES. m. (Hist. mod.) nom d'une des quatre sectes reconnues pour orthodoxes dans le Musulmanisme ; Ahmed Ebn Anbal qui naquit à Badget l'an 164 de l'égire & 785 de la naissance de J. C. & qui y mourut l'an 241 de l'égire ou 862 de la naissance de J. C. en a été le chef : il prétendoit que le grand prophete monteroit un jour sur le trône de Dieu. Je ne crois pas que la vénération ait jamais été portée plus loin dans aucun système de religion : voilà Dieu déplacé. Le reste des Musulmans se récria contre cette idée, & la regarda comme une impiété. On ne sera pas surpris que cette hérésie ait fait grand bruit. Il ne paroît pas que cette secte soit la même que celle des Hambeliens, malgré la ressemblance des noms. Voyez HAMBELIENS.


HANCHES. f. (Anatomie) partie du corps qui est entre les dernieres côtes & les cuisses.

Les hanches consistent en trois of joints ensemble, qui, à-mesure que l'homme avance en âge, deviennent secs, durs, & osseux ; de sorte que dans les adultes ces trois of semblent n'en faire qu'un seul.

Les deux of des hanches & anciennement of innominés, sont unis ensemble antérieurement, par une espece de symphise cartilagineuse, & postérieurement aux deux côtés de l'os sacrum ; de façon qu'ils représentent un bassin. Voyez BASSIN.

Chacun d'eux n'est qu'une seule piece dans l'âge parfait, quoique dans les jeunes sujets il soit composé de trois, l'ilium, l'ischion, & le pubis. Voyez ILIUM, &c.

Les parties formées par ces trois pieces sont la cavité cotyloïde formée par les trois, le trou ovale formé par l'ischion & le pubis, la grande échancrure ischiatique formée par l'os ilium & l'ischion, une éminence ou protubérance oblique au-dessus de la cavité cotyloïde faite par l'os ilium & l'os pubis, une échancrure sur le bord de la cavité vers le trou ovale, taillée dans l'os pubis & l'os ischion. Voyez COTYLOÏDE. (L)

HANCHES, (Manége & Maréchall.) parties de l'arriere-main du cheval, dont, soit eu égard au traitement, soit eu égard au maniment de l'animal, il paroît que l'on n'a pas eu des notions exactes.

Les hanches résultent proprement des of des iles ; on a donc eu tort d'en fixer l'étendue depuis le haut ou le sommet des flancs jusqu'au grasset ; car dès-lors on a pris deux parties pour une seule ; & l'on a confondu celles dont il s'agit avec la cuisse qui est incontestablement formée par le fémur. Cette erreur en a produit une autre non moins grossiere, puisque l'on a donné le nom de cuisse à la portion qui devoit porter celui de jambe, & que le tibia compose. Voyez EFFORTS.

L'extrémité supérieure de l'arriere-main ainsi faussement envisagée, on a pensé que dès qu'il y avoit trop ou trop peu de distance des reins à l'origine de la queue, ou à l'endroit qui termine la croupe, les hanches n'étoient pas proportionnées au corps, & qu'elles étoient trop longues ou trop courtes. Quoique l'oeil éclairé qui compare cette distance avec l'étendue des parties qui précedent cette même extrémité, puisse en reconnoître aisément les défauts, quelques auteurs se sont persuadés de pouvoir en juger par la position du jarret ; dans le cas où la distance est trop considérable, ils ont prétendu que la saillie en doit être trop en-arriere ; & dans celui où elle est trop raccourcie, ils nous ont donné pour maxime qu'il doit tomber trop à plomb. Comment admettre une semblable regle, & y déférer, lorsque l'on fait attention que le port & la situation de cette portion de l'extrémité postérieure varie conséquemment à la multitude innombrable des attitudes différentes du cheval, qui tantôt se campe d'une façon & tantôt d'une autre, & qui dans sa marche peut être plus ou moins assis, plus ou moins ensemble ? Il est néanmoins vrai que de la forme peu mesurée du fémur, du tibia, & même du cavon, dépend la position plus ou moins perpendiculaire ou plus ou moins oblique du jarret ; mais les hanches proprement dites ne sauroient y donner lieu. S'il s'agissoit de fixer les proportions que doit avoir l'espace qu'on leur a très-mal-à-propos assigné, nous établirions comme un principe sûr, que deux lignes tirées dans un cheval vû de profil, l'une depuis la portion la plus éminente de la croupe jusqu'au grasset, l'autre depuis la sommité de l'os des hanches ou de l'os iléon jusqu'à la pointe de la fesse, doivent être égales en longueur à deux lignes qui seroient tirées du grasset au-dessous de la partie saillante & latérale externe du jarret, & de cette partie saillante perpendiculairement à terre.

Dès que les hanches sont réellement un composé de plusieurs of unis par symphise, c'est en ignorer & en méconnoître totalement la disposition mécanique, que de leur attribuer la faculté d'être mûe. Le jeu, les ressorts de l'arriere-main dérivent essentiellement de la flexibilité & de la mobilité des vertebres lombaires, qui tiennent toute la liberté de la propre configuration. En partant de cette vérité constante & dont on est pleinement convaincu par la seule inspection du mouvement progressif de l'animal, puisqu'au moment où ses piés de derriere avancent sous lui & répondent à la ligne de direction de son centre de gravité, la flexion & la courbure de ses reins sont très-apparentes, il est facile de concevoir que dans la circonstance de la distance trop longue des parties qui limitent antérieurement & postérieurement l'extrémité supérieure dont nous avons parlé, ces mêmes piés, lors du pli des vertebres & des articulations des colonnes, outre-passeront nécessairement dans leurs portées la piste de ceux de devant, & constitueront à chaque pas l'animal dans un degré véritable d'instabilité, & conséquemment de foiblesse. Cette considération a sans-doute engagé Soleysel à regarder des chevaux ainsi conformés comme des chevaux excellens dans les montagnes. L'élévation du terrein s'oppose en effet au port de leurs piés trop en avant ; & la facilité naturelle qu'ils ont à s'asseoir assûrant celle de la percussion, le devant est chassé & relevé avec véhémence : mais aussi dans la descente, il faut convenir qu'ils souffrent infiniment, non par la peine qu'ils ont à plier les jarrets, ainsi que l'a soûtenu cet auteur, mais parce qu'ils sont à chaque instant prêts à s'acculer.

Du défaut opposé naît l'impossibilité de baisser le derriere, dont la roideur se montre constamment ; la courbure des vertebres n'opérant en quelque sorte qu'un mouvement obscur, & la situation perpendiculaire des colonnes dans leur appui haussant & relevant toûjours la croupe.

Le cheval est réputé avoir les hanches hautes, lorsque les iléons paroissent à l'extérieur ; il est appellé cornu, lorsque la graisse & son embonpoint ne peuvent en dérober l'extrème saillie : il est dit éhanché ou épointé, dans le cas où ces of n'atteignent pas une hauteur égale. Voyez ÉHANCHE, éPOINTE. Si le cheval se berce en marchant, ce qui provient de la foiblesse de ses reins, nous disons encore qu'il a des hanches flottantes. Après un effort dans les reins, le derriere est à-peine susceptible de mouvemens ; l'action progressive est d'une lenteur extrème, & n'a lieu que par l'action des colonnes ; les hanches sont traînantes ; le tride, l'agilité, la vivacité des hanches, qualités communes au cheval d'Espagne, dépendent de la juste proportion des parties, de la vigueur de l'animal, de la force de ses reins, ainsi que de celles des agens qui meuvent le derriere.

Assouplir, assûrer, affermir, baisser, faire plier, travailler, assujettir les hanches, &c. ces expressions usitées dans les manéges, prises dans le véritable sens & dans leur signification propre, ne doivent donc présenter à l'esprit que l'idée que lui offriroit l'emploi de ces mêmes verbes régissant & précédant ces mots, le derriere, l'arriere-main, ou la croupe.

Cette extrémité dans l'animal chargée des principaux efforts qui peuvent opérer le transport de la masse en-avant, & soûtenir celui de cette même masse en-arriere, a nécessairement besoin d'être sollicitée insensiblement & par degré, comme toutes les autres parties mobiles de la machine, aux mouvemens dont la répétition & l'habitude doivent lui faciliter les actions qui lui sont permises : tout cheval qui n'en a pas acquis la liberté & l'aisance, est totalement incapable de la distribution proportionnée de ses forces, du rejet mesuré, du contre-balancement exact du poids de son corps sur les parties postérieures, & d'une union qui seule peut le rendre agréable à la main, alléger son devant, assûrer sa marche, & maintenir le derriere dans une situation où toutes percussions s'effectuent, pour ainsi dire, sans travail & sans peine. Voyez UNION.

Observer les hanches, faire observer les hanches, voyez FUIR LES TALONS, ÉLARGIR.

HANCHE, (Marine) c'est la partie du vaisseau qui paroît en-dehors depuis le grand cabestan jusqu'à l'arcasse ; ou bien c'est la partie du bordage qui approche de l'arcasse, au-dessous des banseilles ou galeries qui sont sous les flancs. Voyez Pl. I. Marine, un vaisseau vû par le côté. (Z)


HANCHONS. m. (Hist. nat.) oiseau de proie du Brésil, qui par son plumage, sa grandeur & sa figure, ressemble beaucoup au busard, excepté qu'il a une bande noire à l'endroit où le cou se joint à la tête. Les Portugais & les Indiens du Brésil regardent la ratissure des ongles & du bec de cet oiseau comme un des plus excellens contre-poisons, & ils prétendent que ses plumes, sa chair, & ses of guérissent beaucoup de maladies. Voyez Redi, Observ. sur diverses choses naturelles.


HANGARDHANGARS, s. m. (Gramm.) ce sont de longs appentis avec des toîts inclinés, que l'on établit dans les arsenaux & atteliers de construction, sous lesquels on met à couvert & on range les bois de construction, les affûts de canon, &c.

Les hangards servent encore de remise pour les équipages ; à certains artistes, d'atteliers amovibles ; & à une infinité d'autres usages.


HANIFITTS. m. & f. (Hist. mod.) nom d'une secte mahométane ; les Turcs s'en servent pour désigner l'orthodoxie.


HANLUS. m. (Hist. mod.) nom du dix-septieme mois des Chinois ; il répond à notre mois de Novembre. Le mot hanlu signifie froide rosée : c'en est la saison.


HANNEBANE(Mat. med.) Voy. JUSQUIAME.


HANNETONS. m. (Hist. nat. Insectol.) insecte de la classe des scarabés, scarabeus arboreus vulgaris, Mouff. Rai. C'est un des grands scarabés ; il a la tête, la poitrine & les enveloppes des aîles de couleur brune roussâtre ; la poitrine est velue ; chacune des enveloppes des aîles a quatre stries ; l'anus est pointu & recourbé en bas ; le ventre a une couleur brune avec des taches blanches sur les côtés ; la levre supérieure est obtuse. Linnaei fauna suaecica.

M. Raesel, dans son Amusement physique sur les insectes, distingue deux sortes de hannetons par la couleur d'une plaque qu'ils ont sur le cou, & qui est rouge sur les unes & noire sur les autres, & par la pointe de la partie posterieure de leur corps, qui est mince & courte dans les hannetons à plaque rouge, & plus longue & plus grosse dans les autres. On reconnoît aisément le sexe de ces insectes ; ils ont une houppe feuilletée à l'extrémité des antennes, qui est plus longue dans les mâles que dans les femelles, ils déplient tous cette houppe, lorsqu'ils prennent leur essor. Les antennes sont repliées sur les yeux qui sont noirs. Il y a au bas de la bouche deux autres antennes petites & pointues ; ils ont sur les côtés du ventre des taches blanches triangulaires, qui les distinguent des autres especes de hannetons. Les deux jambes de devant sont les plus courtes ; la partie moyenne est large, forte, tranchante, & garnie de deux ou trois pointes : cette partie leur sert à creuser dans la terre, quelque dure qu'elle puisse être. Les six jambes sont terminées par deux crochets qui soûtiennent cet insecte contre les surfaces verticales.

L'accouplement des hannetons dure long-tems ; dès que la femelle est fécondée, elle creuse un trou en terre, & s'y enfonce à la profondeur d'un demi-pié ; elle y dépose des oeufs oblongs, de couleur jaune claire, qui sont placés les uns à côté des autres : après la ponte, la femelle sort de son trou & se nourrit pendant quelque tems de feuilles d'arbres. M. Raesel présume qu'il n'y a qu'une ponte ; il enferma dans de grands vases couverts de crepe & à moitié remplis de gason, un grand nombre de hannetons qui venoient de s'accoupler ; après quinze jours il trouva plusieurs centaines d'oeufs dans quelques-uns des vases ; il mit les autres dans une cave sans les ouvrir.

A la fin de l'été l'un des vases fut ouvert, & il s'y trouva de petits vers au lieu d'oeufs ; on mit du gason frais dans le vase, & on le tint exposé à l'air. Ces vers prirent beaucoup d'accroissement pendant l'automne ; au commencement de l'hiver on les remit à la cave, on les en retira au mois de Mai ; ils étoient alors si forts, qu'il falloit leur donner souvent du gason frais, & bien-tôt on fut obligé de les mettre sur des pots où on avoit fait lever des pois, des lentilles, & de la laitue, pour ne les pas laisser manquer de nourriture : malgré toutes ces précautions, il en périt beaucoup pendant la seconde & la 3° année.

A trois ans, ces vers ont au-moins un pouce & demi de longueur, lorsqu'ils s'étendent ; ordinairement ils sont un peu recoquillés ; ils ont une couleur blanche jaunâtre ; le dessous du corps est uni, & le dessus est rond & voûté. Chacun de ces vers a douze segmens, sans compter la tête ; le dernier, qui est le plus grand, a une couleur grise violette, qui vient de celle des excrémens qu'il renferme, & que l'on voit à-travers de chaque côté du corps. Par-dessus tous les segmens s'étend une espece de languette ou de bourrelet, dans lequel on apperçoit neuf pointes à miroir, qui sont autant de trous par lesquels le ver respire ; il a six jambes d'une couleur rougeâtre, trois de chaque côté, sous les trois premiers segmens. La tête est grande, applatie, arrondie, & d'une couleur brune jaunâtre & luisante ; elle a en-devant une pince brune, obtuse & dentelée à ses extrémités, & une levre entre les deux pieces de la pince ; il n'arrive guere que ce ver sorte de la terre ; lorsqu'on l'en tire en la fouillant il y rentre aussi-tôt, soit pour fuir les oiseaux dont il deviendroit la proie, soit pour éviter les rayons du soleil.

Ce ver change de peau au-moins une fois l'an ; lorsqu'elle devient trop étroite, il fait une petite loge de terre dans laquelle il se dépouille ; on a donné à cette loge le nom de pilule, parce qu'elle est ronde & dure, & on a appellé scarabés pillulaires plusieurs especes de scarabés dont les vers forment de pareilles loges ; celui-ci, après avoir quitté sa peau, sort de sa loge pour chercher sa nourriture près de la surface de la terre ; mais dès qu'il gele, il descend plus bas pour se mettre à l'abri du froid.

Ce n'est qu'à la fin de la quatrieme année que ce ver se métamorphose ; dans l'automne il s'enfonce en terre quelquefois à plus d'une brasse de profondeur, & il se fait une loge qu'il rend lisse & unie ; ensuite il se raccourcit & se gonfle : avant la fin de l'automne, il quitte sa derniere peau de ver, pour prendre la forme de chrysalide ; elle commence par être de couleur jaunâtre, ensuite elle est jaune & devient rouge : on y reconnoît le hanneton qui en doit sortir.

A la fin de Janvier ou au commencement de Février, cette chrysalide devient un hanneton qui est d'abord de couleur blanche ou jaunâtre ; il ne prend toute sa consistance & sa vraie couleur qu'au bout de dix ou douze jours : mais il reste encore en terre pendant deux ou trois mois. Il ne la quitte que dans le mois de Mai, plûtôt ou plûtard, selon la température de l'air ; alors on voit les hannetons sortir de terre, principalement les soirs, ou au-moins on apperçoit leurs trous dans les sentiers qui sont durcis par la sécheresse.

Le froid fait mourir en terre les jeunes hannetons ; ainsi lorsque le mois de Mai ne leur est pas favorable, le plus grand nombre périt, & il n'en reste que peu ; ils ne mettent en terre qu'un petit nombre d'oeufs ; & par conséquent il n'y a rien encore qu'un petit nombre de hannetons quatre ans après, lorsque le produit de ces oeufs sort de terre. Au contraire, le mois de Mai étant chaud, les hannetons sont en grand nombre, & concourent tous à la production d'une nombreuse postérité, qui paroît au bout de quatre ans. M. Raesel assûre que les deux sortes de hannetons dont il a fait mention dominent successivement l'une sur l'autre pour le nombre d'une année à l'autre, & que les observations dont nous venons de donner le précis, l'ont mis en état de prédire qu'elle sorte de hanneton dominera, & si ces insectes seront en grand ou en petit nombre. Extrait de l'amusement physique sur les insectes, par Auguste Jean Raesel, peintre en miniature, in-4°. à Nuremberg. (I)


HANNUYE(Géogr.) petite ville des Pays-bas Autrichiens, dans le Brabant, sur la Chête, à quatre lieues de Tillemont, huit S. E. de Louvain. Longit. 22. 45. Latit. 50. 40. (D.J.)


HANOE(Géog.) île de Suede dans la mer Baltique, à quatre lieues de Carlscron.


HANOVERLE PAYS DE (Géogr.) Il ne comprenoit d'abord que le comté de Lawenrode ; il contient encore aujourd'hui les duchés de Zell, de Saxe-Lawenbourg, de Brême, de Lunebourg, les principautés de Ferden, de Grubenhagen, d'Obherwalde, &c. Georges-Louis de Brunswick unit en sa personne tous ces états, & devint ensuite roi d'Angleterre. Les François conquirent en 1757 la plus grande partie des pays qu'on vient de nommer ; mais l'histoire ne parle de semblables événemens passagers que comme elle parle des ravages causés par le débordement d'un fleuve qui sort de son lit. (D.J.)

HANOVER, ou HANOVRE, Hanovera, (Géogr.) ville d'Allemagne au cercle de basse Saxe, capitale de l'électorat de Brunswick, appellé aussi l'électorat d'Hanover ; elle est dans une plaine sablonneuse, sur la Leyne, à six lieues S. E. de Neustatt, dix S. O. de Zell, six N. O. de Brunswig. Ce fut en 1178 qu'elle obtint le privilége des villes, car jusqu'alors elle n'avoit été qu'un village. Long. 27. 40. Lat. 52. 25. (D.J.)


HANSCRITS. m. (Hist. mod.) langue savante chez les Indiens, où elle n'est entendue que des pendets & autres lettrés. On l'apprend dans l'Indostan, comme nous apprenons le latin & l'hébreu en Europe. Le P. Kircher en a donné l'alphabet. On est dans l'opinion que ce fut en hanscrit que Brama reçut de Dieu ses préceptes ; & c'est là ce qui la fait regarder comme la langue par excellence, la langue sainte. Dict. de Trév.


HANSES. f. (Commerce) société de villes unies par un intérêt commun pour la protection de leur commerce. Hanse, dans la langue allemande, signifie ligue, société. Cette association se fit d'abord entre les villes de Hambourg & de Lubeck en 1241, par un traité dont les conditions étoient, 1°. Que Hambourg nettoyeroit de voleurs & de brigands le pays d'entre la Thrave, riviere qui coule à Lubeck & à Hambourg, & qu'elle empêcheroit depuis cette derniere ville jusqu'à l'Océan, les pirates voisins de faire des courses sur l'Elbe. 2°. Que Lubeck payeroit la moitié des frais de cette entreprise. 3°. Que ce qui regarderoit le bien particulier de ces deux villes, seroit concerté en commun, & qu'elles uniroient leurs forces pour maintenir leur liberté & leurs priviléges.

Dès qu'on vit Hambourg & Lubeck s'accroître par le commerce, que cette union rendoit plus sûr & plus facile ; les villes voisines, savoir celles de la Saxe & de la Vandalie, attirées par une prospérité si promte, demanderent à être admises dans l'alliance, & l'obtinrent. Bien-tôt, par les mêmes raisons, cette association de commerce s'étendit au loin ; & cette compagnie de villes liées d'intérêts, établit des étapes en divers royaumes, savoir Bruges en Flandres, Londres en Angleterre, Bergen en Norwege, Novogorod en Russie. C'étoient-là autant de comptoirs généraux, où se portoient les marchandises des contrées voisines pour passer plus commodément par-tout où les intéressés en auroient besoin.

Les princes, qui n'y considéroient d'abord qu'une société lucrative, furent les premiers à souhaiter que leurs villes y entrassent, & en effet il ne s'agissoit que de cela. La protection mutuelle des libertés de chaque ville n'étoit pas un engagement général qu'eût pris toute la hanse ; & si on trouve que quelques villes en ont protégé d'autres associées, il se trouve aussi grand nombre d'occasions, où la hanse n'a rien fait pour les villes de l'association qui étoient opprimées.

Les souverains de divers pays desirant d'attirer chez eux par les sollicitations de leurs sujets, le commerce de la hanse, lui accorderent plusieurs priviléges. On a des lettres patentes des rois de France en faveur des Osterlins, c'est ainsi qu'on nommoit les négocians des villes hanséatiques, du mot ost, qui veut dire l'orient, d'où vient ostsée, qui signifie la mer Baltique. Ces lettres sont entr'autres de Louis XI. en 1464, & en 1483, peu avant sa mort, & de Charles VIII. en 1489.

Le fort de la hanse étoit en Allemagne, où elle a commencé, & où elle conserve encore une ombre de son ancien gouvernement. Les quatre métropoles étoient Lubeck, Cologne, Brunswick & Dantzig. Bruges ne fut pas la seule dans les Pays-bas ; Dunkerque, Anvers, Ostende, Dordrecht, Rotterdam, Amsterdam, se voyent sur d'anciennes listes comme villes hanséatiques, aussi-bien que Calais, Rouen, Saint-Malo, Bordeaux, Bayonne & Marseille en France ; Barcelone, Séville & Cadix en Espagne ; Lisbonne en Portugal ; Livourne, Messine & Naples en Italie ; Londres en Angleterre, &c.

Cependant plusieurs choses concoururent à affoiblir cette société. La boussole ouvrit le spectacle des Indes orientales & occidentales : alors quelques princes trouverent mieux leur compte à favoriser le commerce particulier de leurs sujets. Il se forma dans leurs états des compagnies qui firent non seulement le commerce ordinaire de l'Europe, mais des découvertes, des acquisitions, des établissemens en Afrique, aux Indes orientales & en Amérique ; ainsi l'on vit se détacher de gros chaînons de la hanse. D'un autre côté, Charles-quint, ennemi de toute société qui ne servoit pas directement à ses vûes ambitieuses, réduisit lui-même celle-ci à très-peu de chose dans ses états. Des souverains d'Allemagne, moins sages encore, au lieu de conserver les priviléges que leurs ancêtres avoient accordés aux villes pour l'encouragement du commerce, & qui les avoient enrichis, ne songerent qu'à subjuguer ces villes, sous prétexte de leur orgueil & de leurs mutineries. Enfin, quelques autres perdant de leur éclat par les vicissitudes des choses humaines, & n'étant plus en état de payer leur part des contributions, se retirerent d'elles-mêmes d'une société qui leur étoit onéreuse : ainsi la hanse qui avoit vû jusqu'à quatre-vingt villes sur sa liste, commença à décheoir au commencement du xvj. siecle, & finit comme le Rhin, qui n'est plus qu'un ruisseau lorsqu'il se perd dans l'Océan.

Envain parla-t-on de rétablir la hanse en 1560 ; envain fit-on des projets pour y parvenir en 1571 ; envain proposa-t-on des formules de son renouvellement en 1579 ; envain imagina-t-on un nouveau plan à ce sujet en 1604 ; son regne étoit passé, & peu de villes souscrivirent aux plans proposés. Louis XIV. faisoit des traités avec la hanse, lorsqu'il n'y avoit plus de villes hanséatiques dans son royaume, & que les villes d'Allemagne, qui seules conservoient une ombre de l'ancienne hanse, voyoient resserrée leur association de trafic dans la partie septentrionale de l'empire ; encore depuis ce tems-là quelques villes en ont été démembrées. La Suede ayant acquis Riga en Livonie, & Wismar en basse Saxe ; ces deux villes, qui étoient hanséatiques, sont devenues de simples villes de guerre, quoique le port de Riga ait toûjours servi au commerce. En un mot, l'ancien gouvernement hanséatique ne subsiste plus qu'à Lubeck, à Hambourg & à Brème : ce sont les seules trois villes qui conservent encore ce titre, avec une espece de liaison & des usages dont nous ne donnerons point ici l'exposé, mais qu'on trouvera dans l'Histoire de l'Empire par M. Heiss. (D.J.)

* HANSE, (Commerce) se dit de quelques impositions assises en différens endroits sur des marchandises à péages ; les bateaux payent un droit de hanse la premiere fois qu'ils arrivent à Paris, & autres lieux où il y a droit de péage. La hanse est aussi la quittance en parchemin d'un droit que tout négociant par eau paye au port S. Nicolas, & ce droit fait partie du domaine de la ville.

* HANSE. Les Epingliers appellent ainsi les branches de l'épingle empointée, lorsqu'elle n'a plus besoin pour être ferrée que d'être entêtée. Voyez ENTETES, EMPOINTES, EPINGLE.


HANSEATIQUE(Géogr.) ville. Voyez HANSE.


HANSGRAVES. m. (Hist. mod.) nom que l'on donne à Ratisbonne à un magistrat qui juge des différends qui peuvent s'élever entre les marchands, & les affaires relatives aux foires.


HANSIERou AUSSIERE, s. f. (Marine) C'est un gros cordage qui sert à touer un vaisseau ou à le remorquer ; il sert aussi aux chaloupes ou bâtimens qui veulent venir à-bord d'un autre. La hansiere sert à la plus petite ancre, nommée ancre de touci. Ce cordage est composé de deux ou de trois torons une fois commis, & on en fait de plusieurs grosseurs. Il y en a depuis un pouce de circonférence jusqu'à plus de douze, & leur longueur ordinaire est de 120 brasses. Ils sont d'un grand usage dans la Marine. Si l'on veut un plus grand détail sur cette sorte de cordage & sa fabrique, on peut voir le chap. viij. de l'art. de la Corderie, par M. Duhamel, Paris 1757. & l'article CORDERIE.


HANTSHIREautrement HAMPSHIRE, (Géog.) ou province de Southampton, province maritime d'Angleterre sur la Manche. Elle a 34 lieues de tour, & 1312 mille 500 arpens, 250 paroisses, & 20 villes à marché. C'est un pays agréable, & abondant en bled, laine, bois, fer, & miel. On y trouve la nouvelle forêt, New-forêt, que Guillaume le Conquérant prit soin d'aggrandir. L'isle de Wight fait partie de cette province, mais le port de Portsmouth en fait la gloire. Winchester en est la capitale.

Hantshire peut se vanter d'avoir produit entr'autres gens de lettres, que je passe sous silence, le célebre Jean Greaves, en latin Graevius, savant universel, & en particulier consommé dans la connoissance des Langues orientales, & de la Géographie des Arabes. Cette science lui doit la traduction de l'Astronomie du Persan Shah-Colgé, imprimé à Londres en 1652, in-4 °. & les tables de la longitude & de la latitude des Etoiles fixes d'Ulug-beig, qui ont été publiées par M. Hyde en 1665. Il a laissé en M. S. une version des cartes géographiques d'Abulfeda, & la description des montagnes de la terre du même auteur ; outre plusieurs morceaux sur les géographes Arabes, sur leurs poids, leurs mesures, & les mumies.

Aussi profond que curieux, il voyagea par toute l'Europe, en France, en Italie, au Levant, à Constantinople, à Rhodes, & finalement en Egypte & à Alexandrie. Il mesura sur les lieux les pyramides, dont il a donné la description en anglois en 1646, in -8°. Il fit dans ses voyages, qui durerent dix ans, & qu'il n'entreprit qu'à l'âge de trente, une collection également considérable & importante de manuscrits grecs, arabes & persans ; de médailles, de monnoies anciennes, de pierres gravées, & d'autres antiquités.

A son retour, il publia les livres qu'il avoit projettés dans ses voyages & dans ses études ; savoir, sa Pyramidographie dont je viens de parler, un traité en anglois du Pied romain & du Denier, imprimé à Londres en 1647. in-8°. De Signis Arabum & Persarum astronomicis, Londini 1649. in-4°. Elementa Linguae persicae, in-8°. Epochae celebriores ex traditione Ulug-beigi, en persan & en latin, Lond. 1650. in-4°. Lemmata Archimedis desiderata, Lond. 1654. La maniere de faire éclorre les poulets dans les fours, selon la méthode des Egyptiens, sous ce titre : De modo pullos ex ovis, in fornacibus lento & moderato igne calescentibus, apud Kabirenses excludendi. Ce petit écrit est dans les Transact. Philos. 1677. Lettre sur la latitude de Constantinople & de Rhodes, en anglois, in-8 °. On l'a insérée dans les mêmes Trans. Décemb. 1685.

Cet homme, unique en son genre, qui a mis au jour tant d'ouvrages, & qui en a laissé un si grand nombre de prêts pour l'impression, n'avoit que cinquante ans quand il mourut à Londres en 1652. M. Thomas Smith a publié sa vie. (D.J.)


HAOAXO(Géogr.) riviere d'Ethiopie en Afrique. Elle a sa source dans les montagnes de l'Abyssinie, traverse le royaume d'Adel, baigne sa capitale, & se décharge dans le détroit de Babelmandel. C'est une des plus considerables de l'Ethiopie. Elle se déborde comme le Nil.


HAPHTANS. f. (Hist. mod.) leçon que font les Juifs au jour du sabbat, d'un endroit des prophetes, après celle d'un morceau de la loi ou du Pentateuque. Ils appellent celle-ci barasese & l'autre haphtan ; elles finissent l'office. Cet usage est ancien, & subsiste encore aujourd'hui. Ce fut la défense ridicule qu'Antiochus fit aux Juifs de lire publiquement la loi, qui y donna lieu, & il continua après que les Juifs eurent recouvré le libre exercice de leur religion.


HAPPES. f. (Arts & Métiers) c'est un nom commun à plusieurs parties de machines, ou des machines mêmes, dont l'usage est de fixer, assujettir, en embrassant & serrant. Le demi-cercle adapté au bout de l'aissieu d'un carrosse, dont il prévient l'usure, s'appelle happe. Le morceau de fer ou la cheville qui dans la charrue est mise au timon pour arrêter par un anneau la chaîne qui attache la charrue aux roues, s'appelle happe. Si un crampon lie deux pieces de bois, on l'appelle happe ; on lui donne le même nom, si ce sont des pierres, comme il se pratique aux ponts, aux murs des maisons. A la Monnoie, chez les Luthiers & ailleurs, ce sont des especes de tenailles ou pinces. Celles de la Monnoie servent dans l'attelier où l'on fond, à tirer les creusets du feu ; il y en a de plates & de rondes. La partie qu'on nomme la machoire, est recourbée pour la commodité du service.

* HAPPE, (Salines) ce sont des anneaux de fer dont les poêles sont garnies en dessus. Ces anneaux servent à recevoir les crocs. Ils ont quatre à cinq pouces de diametre, où passent des crocs de fer de deux pieds & demi de longueur.


HAPSALHapsalia, (Géogr.) petite ville maritime de Livonie, dans l'Estonie, au quartier de Wickeland, autrefois épiscopale. Elle appartient à l'empire russien, & est sur la mer Baltique, à 16 lieues S. O. de Revel. Long. 41. 10. Latit. 59. 10. (D.J.)


HAQUÊMES. m. (Hist. mod.) nom d'un juge chez les Maures de Barbarie, où il connoît du civil & du criminel, mais du criminel sans appel ; il siége les jeudis. Il est assisté à son tribunal d'un lieutenant, appellé l'almocade. Haquême vient de ghacham, savant, lettré. C'est ainsi qu'autrefois nos magistrats & nos juges étoient appellés clercs.


HAQUETS. m. (Commerce) espece de charrette sans ridelle, qui fait la bascule quand on veut, sur le devant de laquelle est un moulinet, qui sert par le moyen d'un cable à tirer les gros fardeaux de marchandises pour les charger plus commodément.

Il y a deux sortes de haquets ; l'un à timon, qui est tiré par des chevaux, & l'autre à tête au timon, qui l'est par des hommes. On se sert ordinairement du haquet dans les villes & lieux de commerce, dont le terrein est uni pour voiturer des tonneaux de vin & d'autres liqueurs, du fer, du plomb, &c. des balles, ballots & caisses de toutes sortes de marchandises. Voyez les Planc. de Charron, & leur explication.


HARS. m. (Hist. mod.) c'est, chez les Indiens, le nom de la seconde personne divine à sa dixieme & derniere incarnation : elle s'est incarnée plusieurs fois, & chaque incarnation a son nom ; elle n'en est pas encore à la derniere. Quand une idée superstitieuse a commencé chez les hommes, on ne sait plus où elle s'arrêtera. Au dernier avénement, tous les sectateurs de la loi de Mahomet seront détruits. Har est le nom de cette incarnation finale, à laquelle la seconde personne de la trinité indienne paroîtra sous la forme d'un paon, ensuite sous celle d'un cheval aîlé. Voyez le Dict. de Trév. & les Cérémon. religieuses.


HARACH(Hist. mod.) nom de la capitation imposée sur les Juifs & les Chrétiens en Egypte ; le produit en appartenoit autrefois aux Janissaires : mais depuis plus de cent ans, cet impôt se perçoit par un officier exprès qu'on envoye de Constantinople sur les lieux, & qu'on appelle pour cette raison harrach aga. Les Chrétiens ci-devant ne payoient que deux dollars & trois quarts, par une espece de traité fait avec Sélim ; présentement ils doivent payer de capitation, depuis l'âge de seize ans, les uns cinq dollars & demi, & les autres onze, suivant leur bien. Le dollar vaut trois livres de notre monnoie, ou deux shellings six sols d'Angleterre. (D.J.)


HARAIS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que les Turcs nomment un tribut reglé que doivent payer au grand Seigneur tous ceux qui ne sont point mahométans ; cet impôt est fondé sur l'alcoran, qui veut que chaque personne parvenue à l'âge de maturité paye chaque année treize drachmes d'argent pur, si en demeurant sous la domination mahométane elle veut conserver sa religion. Mais les sultans & les visirs, sans avoir égard au texte de l'alcoran, ont souvent haussé cette capitation ; elle est affermée, & celui qui est préposé à la recette de ce tribut se nomme haraj-bachi.

Pour s'assûrer si un homme est parvenu à l'âge où l'on doit payer le haraj, on lui mesure le tour du cou avec un fil, qu'on lui porte ensuite sur le visage ; si le fil ne couvre pas l'espace qui est entre le bout du menton & le sommet de la tête, c'est un signe que la personne n'a point l'âge requis, & elle est exempte du tribut pour cette année ; sans quoi elle est obligée de payer. Voyez Cantemir, hist. ottomane.


HARAMS. m. (Hist. mod.) à la cour du roi de Perse, c'est la maison où sont renfermées ses femmes & concubines ; comme en Turquie l'on nomme serrail le palais ou les appartemens qu'occupent les sultanes.


HARAMES. m. (Bot.) nom que les habitans de Madagascar donnent à l'arbre qui produit la gomme tacamahaca.


HARANGUES. f. (Belles-Lettres) discours qu'un orateur prononce en public, ou qu'un écrivain, tel qu'un historien ou un poëte, met dans la bouche de ses personnages.

Ménage dérive ce mot de l'italien arenga, qui signifie la même chose ; Ferrari le fait venir d'arringo, joûte, ou place de joûte ; d'autres le tirent du latin ara, parce que les Rhéteurs prononçoient quelquefois leurs harangues devant certains autels, comme Caligula en avoit établi la coûtume à Lyon.

Aut Lugdunensem rhetor dicturus ad aram. Juven.

Ce mot se prend quelquefois dans un mauvais sens, pour un discours diffus ou trop pompeux, & qui n'est qu'une pure déclamation ; & en ce sens un harangueur est un orateur ennuyeux.

Les héros d'Homere haranguent ordinairement avant que de combattre ; & les criminels en Angleterre haranguent sur l'échafaud avant que de mourir : bien des gens trouvent l'un aussi déplacé que l'autre.

L'usage des harangues dans les historiens a de tout tems eu des partisans & des censeurs ; selon ceux-ci elles sont peu vraisemblables, elles rompent le fil de la narration : comment a-t-on pû en avoir des copies fideles ? c'est une imagination des historiens, qui sans égard à la différence des tems, ont prêté à tous leurs personnages le même langage & le même style ; comme si Romulus, par exemple, avoit pû & dû parler aussi poliment que Scipion. Voilà les objections qu'on fait contre les harangues, & sur-tout contre les harangues directes.

Leurs défenseurs prétendent au contraire qu'elles répandent de la variété dans l'histoire, & que quelquefois on ne peut les en retrancher, sans lui dérober une partie considérable des faits : " Car, dit à ce sujet M. l'abbé de Vertot, il faut qu'un historien remonte, autant qu'il se peut, jusqu'aux causes les plus cachées des évenemens ; qu'il découvre les desseins des ennemis ; qu'il rapporte les délibérations, & qu'il fasse voir les différentes actions des hommes, leurs vûes les plus secrettes & leurs intérêts les plus cachés. Or c'est à quoi servent les harangues, sur-tout dans l'histoire d'un état républicain. On sait que dans la république romaine, par exemple, les résolutions publiques dépendoient de la pluralité des voix, & qu'elles étoient communément précédées des discours de ceux qui avoient droit de suffrage, & que ceux-ci apportoient presque toûjours dans l'assemblée des harangues préparées ". De même les généraux rendoient compte au sénat assemblé du détail de leurs exploits & des harangues qu'ils avoient faites ; les historiens ne pouvoient-ils pas avoir communication des unes & des autres ?

Quoi qu'il en soit, l'usage des harangues militaires sur-tout paroît attesté par toute l'antiquité : " mais pour juger sainement, dit M. Rollin, de cette coûtume de haranguer les troupes généralement employée chez les anciens, il faut se transporter dans les siecles où ils vivoient, & faire une attention particuliere à leurs moeurs & à leurs usages ".

" Les armées, continue-t-il, chez les Grecs & chez les Romains étoient composées des mêmes citoyens à qui dans la ville & en tems de paix on avoit coûtume de communiquer toutes les affaires ; le général ne faisoit dans le camp ou sur le champ de bataille, que ce qu'il auroit été obligé de faire dans la tribune aux harangues ; il honoroit ses troupes, attiroit leur confiance, intéressoit le soldat, réveilloit ou augmentoit son courage, le rassûroit dans les entreprises périlleuses, le consoloit ou ranimoit sa valeur après un échec, le flattoit même en lui faisant confidence de ses desseins, de ses craintes, de ses espérances. On a des exemples des effets merveilleux que produisoit cette éloquence militaire ". Mais la difficulté est de comprendre comment un général pouvoit se faire entendre des troupes. Outre que chez les anciens les armées n'étoient pas toujours fort nombreuses, toute l'armée étoit instruite du discours du général, à peu-près comme dans la place publique à Rome & à Athenes le peuple étoit instruit des discours des orateurs. Il suffisoit que les plus anciens, les principaux des manipules & des chambrées se trouvassent à la harangue dont ensuite ils rendoient compte aux autres ; les soldats sans armes debout & pressés occupoient peu de place ; & d'ailleurs les anciens s'exerçoient dès la jeunesse à parler d'une voix forte & distincte, pour se faire entendre de la multitude dans les délibérations publiques.

Quand les armées étoient plus nombreuses, & que rangées en ordre de bataille & prêtes à en venir aux mains elles occupoient plus de terrein, le général monté à cheval ou sur un char parcouroit les rangs & disoit quelques mots aux différens corps pour les animer, & son discours passoit de main en main. Quand les armées étoient composées de troupes de différentes nations, le prince ou le général se contentoit de parler sa langue naturelle aux corps qui l'entendoient, & faisoit annoncer aux autres ses vûes & ses desseins par des truchemens ; ou le général assembloit les officiers, & après leur avoir exposé ce qu'il souhaitoit qu'on dît aux troupes de sa part, il les renvoyoit chacun dans leur corps ou dans leurs compagnies, pour leur faire le rapport de ce qu'ils avoient entendu, & pour les animer au combat.

Au reste, cette coûtume de haranguer les troupes a duré long-tems chez les Romains, comme le prouvent les allocutions militaires représentées sur les médailles. Voyez ALLOCUTIONS. On en trouve aussi quelques exemples parmi les modernes, & l'on n'oubliera jamais celle que Henri IV. fit à ses troupes avant la bataille d'Ivry : " Vous êtes François ; voilà l'ennemi ; je suis votre roi : ralliez-vous à mon panache blanc, vous le verrez toûjours au chemin de l'honneur & de la gloire ".

Mais il est bon d'observer que dans les harangues directes que les historiens ont supposées prononcées en de pareilles occasions, la plûpart semblent plutôt avoir cherché l'occasion de montrer leur esprit & leur éloquence, que de nous transmettre ce qui y avoit été dit réellement. (G)


HARANNES(Hist. mod.) espece de milice hongroise dont une partie sert à pié & l'autre à cheval.


HARASS. m. (Maréchall.) Nous avons deux sortes de haras, le haras du roi, & les haras du royaume. Le haras du roi est un nombre de jumens poulinieres & une certaine quantité de chevaux entiers, pour faire des étalons. Ces animaux sont rassemblés dans un endroit de la Normandie, aux environs de Melleraux, contrée où les pâturages sont abondans, succulens, propres à nourrir & à élever une certaine quantité de poulains. Ce dépôt de chevaux & jumens appartient en propre à Sa Majesté, pour être employé à multiplier l'espece.

Sous le nom de haras du royaume, on entend une grande quantité d'étalons dispersés dans les provinces & distribués chez différens particuliers, qu'on nomme garde-étalons. Ces animaux appartiennent en partie au Roi ; ils ne sont employés qu'à couvrir les jumens des habitans de la province, & dans la saison convenable à la copulation. Il est enjoint aux garde-étalons de ne pas leur donner d'autre exercice qu'une promenade propre à entretenir la santé & la vigueur de l'animal.

Nous ne nous arrêtons point à décrire la forme ni la constitution qu'ont les haras aujourd'hui, ni les divers moyens que l'on employe pour leur entretien ; ce seroit répéter ce que semblent avoir épuisé beaucoup d'auteurs ; tels sont MM. de Neucastle, de Garsault, de Soleysel, &c. Ainsi nous nous bornerons à quelques réflexions, 1°. sur les especes de chevaux qu'il faut de nécessité dans un état militaire & commerçant, tel que la France ; 2°. sur l'obligation d'avoir recours aux étrangers pour suppléer à nos besoins ; 3°. sur la facilité que l'on auroit à se passer d'eux, si on vouloit cultiver cette branche de commerce ; enfin sur les fautes que l'on commet au préjudice de la propagation de la bonne espece, soit par le mauvais choix que l'on fait des mâles & des femelles qu'on employe à cet usage, soit par leur accouplement disparate, soit enfin par la conduite que l'on tient à l'égard de ces animaux, laquelle est directement opposée à l'objet de leur destination.

Les especes de chevaux dont la France a besoin peuvent se réduire à trois classes ; savoir, chevaux de monture, chevaux de tirage, & chevaux de somme.

La premiere classe renferme les chevaux de selle en général, les chevaux de manége, les chevaux d'élite pour la chasse & pour la guerre, & les chevaux de monture d'une valeur plus commune & d'un usage plus général ; de sorte que dans le nombre de ces chevaux il n'y a qu'un choix judicieux & raisonné à faire pour les distribuer & les employer à leur usage ; & c'est quelquefois de ce choix & de cet emploi que dépend le bon ou le mauvais service que l'on tire des chevaux.

On tire de la seconde classe les chevaux de labour si utiles à l'Agriculture ; ceux qu'on employe à voiturer les fourgons d'armée, l'artillerie, les vivres ; ceux dont on se sert pour les coches, les rouliers, & pour les voitures à brancart : les plus distingués de cette classe qui sont beaux, bien faits, qui ont le corps bien tourné, en un mot les qualités & la taille propres pour le carrosse, sont destinés à traîner ces voitures.

La troisieme classe est composée en partie des chevaux de selle les plus grossiers & les plus mal faits, & en partie des chevaux de labour trop foibles pour cet exercice & trop défectueux pour le carrosse.

Quoique nous ayons chez nous tout ce qu'il nous faut pour élever & nourrir une quantité suffisante de chevaux propres à remplir tous ces objets, nous n'en sommes pas moins dans la nécessité d'avoir recours aux étrangers, pour en obtenir à grands frais des secours qu'il ne tient qu'à nous de trouver dans le sein de notre patrie : l'Angleterre, par exemple, nous vend fort cher une bonne partie de nos chevaux de chasse, qui pour la plûpart ne valent rien ; la Hollande nous fournit presque tous les chevaux de carrosse ; l'Allemagne remonte une grande partie de notre cavalerie & de nos troupes légeres ; la Suisse attelle nos charrues, notre artillerie, & nos vivres ; l'Espagne orne nos manéges, peuple en partie nos haras, monte la plûpart de nos grands seigneurs à l'armée ; en un mot, la Turquie, la Barbarie & l'Italie empoisonnent, par le mauvais choix des chevaux qu'on en tire, les provinces qui devroient nous mettre en état de nous passer des secours de ces contrées éloignées.

En supposant qu'on voulût adopter nos idées, qui paroîtront peut-être un peu dispendieuses, il faudroit commencer par réformer tous les mauvais étalons & toutes les jumens poulinieres défectueuses ; être fort circonspect sur l'achat de ceux de Turquie, de Barbarie ; & bannir pour jamais ceux d'Italie de nos haras. On tireroit de bons étalons d'Arabie, quelques-uns de Turquie & de Barbarie, & les plus beaux d'Andalousie, pour les mettre dans nos provinces méridionales & dans le Morvant. Ces provinces, par la quantité & la bonté de leurs herbages, & la qualité de leur climat, nous offrent des secours plus que suffisans pour élever & nourrir des poulains qui seroient l'élite des chevaux de la premiere classe : & avant d'être admis, les étalons seroient scrupuleusement examinés, pour voir s'ils n'ont point de vices de conformation, d'accidens, ou de maladies. L'énumération en seroit inutile ; ces vices sont connus de tous les bons écuyers.

Le second examen se feroit sur les vices de caractere, pour voir par exemple si l'animal n'est pas rétif, ombrageux, & indocile à monter, s'il ne mord point, ou s'il ne rue pas trop dangereusement.

Le troisieme examen regarderoit les vices de constitution, de tempérament, ou de force : pour cela on le monteroit deux bonnes heures, plus ou moins, au pas, au trot ou au galop ; on répéteroit cet exercice de deux jours l'un ; & lorsqu'on jugeroit le cheval en haleine, on augmenteroit la promenade par degrés jusqu'à la concurrence de dix ou douze lieues. Le lendemain de chaque exercice, on le feroit troter pour voir s'il n'est point boiteux. On observeroit s'il ne se dégoûte point, ou s'il n'est pas incommodé de ses travaux. L'épreuve seroit continuée de deux jours l'un, l'espace de cinq à six mois, plus ou moins, & sur toutes sortes de terreins. Par-là l'on verroit s'il a de la force, de l'haleine, des jambes, des jarrets, une bouche, & des yeux convenables à un bon étalon.

Si on lui trouvoit toutes ces qualités, & qu'il fut exempt, autant qu'il est possible, des vices de conformation, de caractere, & de tempérament, alors on lui destineroit des jumens qui auroient subi les mêmes épreuves ; ces jumens seroient de la même taille, de la même figure, & de la même bonté que l'étalon, & du pays le plus convenable, quoiqu'en général les bonnes jumens de nos contrées soient très-propres à donner à toutes especes d'étalons une belle progéniture. Elles seroient couvertes depuis l'âge de cinq ans accomplis jusqu'à quatorze ou quinze : l'étalon seroit employé à la propagation depuis six ou sept ans jusqu'à quinze ou seize. L'on donneroit à chaque étalon douze jumens à servir tous les ans pendant le tems de la monte, qui est ordinairement depuis le commencement d'Avril jusqu'à la fin de Juin. On sent bien que ces précautions exigent de la part des officiers des haras, 1°. une connoissance du cheval aussi parfaite qu'il est possible de l'acquérir ; 2°. les talens de le monter, pour être en état de juger de ses qualités bonnes ou mauvaises : enfin du zele pour le bien de la chose, sans quoi tout le reste n'est rien.

Ainsi le Morvant, le Limousin, l'Auvergne, la Navarre, & en général toutes nos provinces méridionales étant en état de fournir au royaume assez de chevaux de selle de l'espece la plus précieuse, le Poitou, la Bretagne, l'Anjou, la Normandie, nous fourniroient nos chevaux de carrosse & les chevaux de selle communs. Pour cet effet on mettroit dans ces provinces des étalons d'Allemagne, de Danemark, d'Hanovre, de Brandebourg, de Frise, & quelques-uns d'Angleterre, les uns de cinq piés un ou deux pouces pour la plus grande taille, de structure & de conformation propres à aller au carrosse. On choisiroit des jumens pareilles à ces étalons ; ils subiroient les uns & les autres le même examen que nous avons prescrit pour les étalons & jumens de la premiere classe ; avec cette différence, qu'ils seroient exercés & éprouvés au chariot ou au carrosse par un sage & bon cocher. Cet exercice seroit continué pendant cinq ou six mois, en l'augmentant par degré jusqu'à ce qui s'appelle un travail pénible ; & quand on seroit assûré de leur bonté à tous égards, ce ne seroit qu'après un mois ou plus de repos, qu'on les employeroit à la propagation dans la saison usitée.

Les étalons de quatre piés dix pouces & au-dessous seroient employés à produire les chevaux de selle pour la cavalerie, les dragons, & pour le commun des gens à cheval, & on en tireroit des bidets pour le carrosse ; on leur destineroit aussi des jumens de la même taille, & les épreuves seroient les mêmes.

Pour se procurer assez de chevaux pour monter nos dragons & nos troupes legeres, l'on mettroit dans les Ardennes, dans l'Alsace, & dans une partie de la Lorraine & de la Champagne, des étalons tartares, hongrois, & des transilvains, avec des jumens du même pays. Ces étalons & ces jumens seroient de la même taille de quatre piés six à sept pouces ou environ, subiroient le même examen & les mêmes épreuves, pour s'assûrer de leur bonté.

Avec les mêmes précautions, la Beauce, le Perche, le Maine & ses environs produiroient suffisamment de chevaux pour monter les postes, sans y mettre ni jumens ni étalons étrangers.

La Flandre, le pays d'Artois, la Picardie, la Franche-Comté & la Brie nous fourniroient les chevaux de labour & de charroi. En général, il ne s'agiroit que de choisir dans ces provinces & dans la Suisse des étalons & des jumens bien assortis, après avoir bien examiné si les uns & les autres sont propres à l'usage auquel ils sont destinés.

Il est à présumer qu'avec ces précautions, & la réforme qu'il y auroit à faire dans la conduite que l'on tient à l'égard des étalons, des jumens & des poulains pendant & après la copulation, nous aurions assez de bons chevaux de toutes les especes pour remplir les trois classes qui nous sont nécessaires, & que nous pourrions par-là nous passer des chevaux étrangers.

Mais pour cela il ne faudroit pas énerver les étalons soit par le coït trop fréquent, & continué jusqu'à l'âge où ces animaux n'ont plus ni force ni vigueur ; soit par un travail journalier & quelquefois forcé, qu'on leur fait faire en certains endroits, & contre les ordonnances ; soit en les laissant languir trop long-tems dans l'écurie, où ils s'ennuient, s'engourdissent, ou s'épuisent à force de se tourmenter ; soit enfin en les faisant saigner, comme l'on fait après la monte. Cette pratique répugne au bon sens & à la raison. Le coït est un épuisement que l'animal éprouve pendant le tems de la monte ; la partie la plus pure & la plus spiritueuse des liqueurs s'évacue dans cet acte. L'étalon qui l'aura fréquemment soûtenu pendant les trois mois du printems, a besoin alors d'être rétabli & reconforté par des alimens restaurans & une bonne nourriture, pour réparer la déperdition de ses forces ; au contraire on lui donne du son, nourriture peu succulente ; ensuite on le saigne pour achever de l'épuiser. Nous sommes d'accord là-dessus avec M. de Bourgelat. Il résulte de cette pratique que l'étalon trop vieux, ou épuisé pour quelque cause que ce puisse être, ne peut produire que des poulains fluets & d'une mauvaise constitution.

Si l'on fait des fautes contre la propagation de l'espece à l'égard de l'étalon, l'on en fait de plus grossieres encore à l'égard de la mere, & ces fautes n'influent pas peu sur les poulains. M. de Buffon, qui les a bien senties, ne les a pas assez combattues. L'on a la pernicieuse habitude de faire couvrir les jumens tous les ans, quelques jours après qu'elles ont pouliné, pour tirer, dit-on, plus de profit. Voyons quel est le résultat de cette économie. Le partage de la nourriture que la jument pleine est obligée de donner à son poulain nouveau-né & à celui qu'elle porte, influe beaucoup sur son tempérament, ainsi que sur celui des deux nourrissons ; desorte qu'étant obligée de fournir doublement le plus pur & le plus substantiel de sa nourriture, il ne lui en reste pas suffisamment pour elle : ensorte qu'après un certain nombre de nourritures, cette jument a les organes tellement affoiblis, qu'elle ne produit plus que des poulains d'une complexion débile & délicate, d'une structure mince, peu propres à résister au travail.

Or cette jument qui auroit en huit ans produit à son propriétaire quatre bons poulains qu'il auroit vendus fort cher, lui auroit été plus utile qu'en lui en donnant un chaque année dont il ne se défait qu'à vil prix. Aux maux qui résultent de cette épargne mal entendue pour les poulains qui ont été engendrés par une jument nourrice, & nourris ensuite par une jument pleine, il s'en joint de plus graves encore.

La jument, quoique pleine, a pendant les premiers mois la même attache & la même amitié pour son nourrisson, qu'au moment qu'elle lui donna le jour. Ce petit par des mouvemens de gaieté s'écarte çà & là de sa mere, cabriolant & bondissant à son aise : cette mere qui craint de le perdre, court après lui ; elle hennit avec fureur, s'agite avec violence, ce qui peut nuire au poulain qu'elle porte : le nouveau-né revient avec précipitation sur sa mere, en lui détachant des coups de pié sur le ventre, souvent même des coups de tête en voulant prendre ses mamelles. Cette mere est elle couchée, elle a l'attention de ne pas nuire à son nourrisson ; tandis que celui-ci fait tout ce qu'il faut pour la blesser, en se couchant & s'agitant sur elle. Est-il couché auprès de sa mere, elle a la complaisance de se mettre dans une situation desavantageuse à son état, de peur d'incommoder son poulain.

Que le poulain échappe aux dangers qu'il court dans le ventre de sa mere, c'est peu de trouver épuisées les mamelles qui doivent le nourrir ; pour comble de maux il y suce un lait corrompu : car le plus pur & le plus spiritueux du sang de la mere est employé à la formation & à la nutrition du foetus ; ainsi étant obligée de donner à teter dans cet état, son lait ne peut être que grossier & dépravé, en comparaison de celui qu'elle fourniroit si elle n'étoit point pleine. Son lait peche non-seulement par la quantité, mais encore par la qualité. Le foetus enleve les parties butyreuses & onctueuses ; il ne reste à ce suc que les parties caséeuses & séreuses : ce lait est très-propre à produire chez le poulain des levains qui par la suite forment différens genres de maladies dont on ignore souvent la cause, & que l'on croit avoir expliquées quand on a dit que c'est un reste de gourme ou fausse gourme.

Le poulain ôté d'auprès de sa mere avec les infirmités qu'il a reçûes d'elle & de l'étalon, soit vices de conformation, de constitution, ou vices de caractere, ne peut rendre qu'un très-mauvais service ; quelquefois même il se trouve absolument hors d'état de servir. Tels sont aujourd'hui la plûpart des chevaux qui sortent de nos haras.

Il importe donc de se procurer de bons étalons & de bonnes jumens de taille & de figure égale, pour en tirer une race propre à réparer le dépérissement de l'espece.

L'accouplement disparate, c'est-à-dire d'un grand étalon & d'une petite jument, ou d'une grande jument avec un petit étalon, l'un bas du devant, & l'autre bien relevé, font souvent des poulains qui ne sont propres ni à la selle ni au carrosse.

L'on pourroit nous objecter 1°. que notre système seroit trop dispendieux & trop difficile à mettre en pratique : 2°. qu'il ne faut pas un si long tems ni un si long exercice pour s'assûrer de la bonté d'un étalon & d'une jument que l'on destine à la propagation. Mais nous croyons pouvoir répondre 1°. que la dépense qu'exigeroit notre système seroit bientôt remplie par les sommes immenses que l'on épargneroit, en trouvant dans des haras ainsi menés des poulains propres non-seulement à remplir tous nos objets, mais encore à faire des étalons excellens & des jumens parfaites : 2°. qu'un cheval est comme un ami, qu'on ne peut connoître qu'aux services que nous en exigeons ; ainsi tel cheval nous paroît bon pendant plusieurs mois, qui se trouve mauvais dans la suite ; au contraire il en est d'autres qui nous paroissent ne rien valoir, & qui se bonifient par l'usage.

Un homme, quelque connoisseur qu'il se dise, peut-il faire un choix judicieux d'étalons & de jumens d'un coup-d'oeil qu'il leur donne à peine en passant ? Il est d'expérience que nos célebres Ecuyers, dans le nombre prodigieux de chevaux étrangers qu'on leur amene, en trouvent à peine quelques-uns qui puissent leur convenir pour l'emploi auquel ils sont destinés : on devroit encore être bien plus circonspect dans le choix des étalons & des jumens pour peupler un haras ; puisque c'est de ce choix réfléchi & judicieux que dépendent la beauté & la bonté des poulains qui en résultent.

Nota. M. de Puismarets, Gentilhomme du Limousin, a observé, & a appris de divers Gentilshommes versés comme lui depuis très-long-tems de pere en fils dans l'éducation des chevaux, qu'une jument poussive engendre des poulains qui deviennent poussifs ou lunatiques, si l'on peut nommer ainsi avec le vulgaire cette maladie des yeux. Artic. de M. GENSON.

HARAS ; c'est par rapport à l'Architecture, un grand lieu à la campagne composé de logemens, écuries, cour, préau, où l'on tient des jumens poulinieres avec des étalons pour peupler.


HARAUX(DONNER LE) Art milit. C'est, selon M. le maréchal de Saxe, une maniere d'enlever les chevaux de la cavalerie à la pâture ou au fourrage : voici en quoi elle consiste.

" On se mêle déguisé, à cheval, parmi les fourrageurs ou pâtureurs, du côté que l'on veut fuir. On commence à tirer quelques coups : ceux qui doivent serrer la queue y répondent à l'autre extrémité de la pâture ou du fourrage ; puis on se met à courir vers l'endroit où l'on veut amener les chevaux, en criant & en tirant. Tous les chevaux se mettent à fuir de ce côté-là, couplés ou non couplés, arrachant les piquets, jettant à bas leurs cavaliers & les trousses ; & fussent-ils cent mille, on les amene ainsi plusieurs lieues en courant. On entre dans un endroit entouré de haies ou de fossés, où l'on s'arrête sans faire de bruit ; puis les chevaux se laissent prendre tranquillement. C'est un tour qui desole l'ennemi : je l'ai vû joüer une fois ; mais comme toutes les bonnes choses s'oublient, je pense que l'on n'y songe plus à-présent. " Réveries ou mémoires sur la guerre, par M. le maréchal de Saxe.


HARBERTSalamboria, (Géog.) ville d'Asie dans le Diarbek, proche d'Amid, sous la domination du turc, avec un archevêque arménien & un archevêque syrien. Long. 54. 21. lat. 40. 55. (D.J.)


HARBOROUGH(Géog.) ville d'Angleterre dans la province de Leicester.


HARBOU CHIENS(cri de Chasse). Le piqueur doit se servir de ce terme pour faire chasser les chiens courans pour le loup.


HARBOURGHarburgum, (Géogr.) ville d'Allemagne dans le cercle de la basse-Saxe, au duché de Lunebourg, dans l'électorat d'Hanovre avec un fort château pour sa défense. Elle est sur l'Elbe, à 6 lieues S. O. de Hambourg, 15 N. O. de Lunebourg. Long. 27. 16. latit. 53. 34. (D.J.)


HARCOURT(Géog.) bourg de France en Normandie, au diocèse de Bayeux, appellé auparavant Thury, & érigé en duché par Louis XIV. en 1700. Son nom latin est Harcontis, selon M. de Valois. Il y a un autre bourg de ce nom en Normandie, au diocèse d'Evreux, avec titre de comté ; ce dernier est à 10 lieues de Rouen. (D.J.)


HARDS. m. (Gantier) nom que les Gantiers & les Peaussiers donnent à une grosse cheville de fer tournée en cercle, sur laquelle ils passent leurs peaux pour les amollir.

Harder une peau, c'est la passer sur le hard.


HARDES. f. (Venerie) Il se dit des bêtes fauves ou noires, lorsqu'elles sont en troupe ; une harde de cerf. Le cerf se met en harde au mois de Novembre. Le froid rassemble des animaux que la disette de la nourriture sembleroit devoir disperser. Au lieu de harde, on dit aussi herde. Le même mot a lieu en Fauconnerie, où on l'applique aux oiseaux qui vont par bande.


HARDER LES CHIENS DANS L’ORDRE(Venerie.) c’est mettre chacun dans sa force, pour aller de meute aux relais.

Harder, c'est encore tenir cinq ou six chiens courans couplés avec une longue laisse de crin, pour donner à un relais. On harde les nouveaux chiens avec les vieux pour les dresser.


HARDERIES. m. (Peinture sur le verre) espece de préparation métallique qu'on fait avec de la limaille & du soufre stratifié dans un creuset couvert, qu'il faut renverser après l'avoir tenu au feu pendant cinq à six heures. Ainsi l'harderie n'est autre chose qu'une chaux de mars obtenue par le soufre : on l'appelle aussi ferret d'Espagne. On s'en sert dans la Verrerie, dans la Peinture en émail, &c.


HARDERWIKHarderwicum, (Géog.) ville des Provinces-Unies dans la Gueldres, au quartier d'Arnheim, avec une université. Elle est sur le Zuiderzée, à 8 lieues N. O. d'Arnheim, 7 N. E. d'Amersfort, 12 N. O. de Nimegue, 13 E. d'Amsterdam. Les annales de Gueldres en mettent la fondation à l'an 1230, & c'est tout au plus tard. L'université a été érigée le 12 Avril 1648. Long. 23. 12. lat. 52. 24. (D.J.)


HARDESSEN(Géog.) ville d'Allemagne dans la principauté de Calemberg, dépendante du duché de Hanovre.


HARDIadj. (Gram.) épithete qui marque une confiance de l'ame, qui nous présente comme faciles des entreprises qui étonnent les hommes ordinaires & les arrêtent. La différence de la témérité & de la hardiesse consiste dans le rapport qu'il y a entre la difficulté de la chose & les ressources de celui qui la tente. D'où il s'ensuit que tel homme ne se montre que hardi dans une conjoncture où un autre mériteroit le nom de téméraire. Mais on ne juge malheureusement & de la tentative & de l'homme que par l'évenement ; & souvent l'on blâme où il faudroit loüer, & on loüe où il faudroit blâmer. Combien d'entreprises dont le bon ou le mauvais succès n'a dépendu que d'une circonstance qu'il étoit impossible de prévoir ! Voyez l'article HARDIESSE.

Le mot hardi a un grand nombre d'acceptions différentes tant au simple qu'au figuré : on dit un discours hardi, une action hardie, un bâtiment hardi. Un bâtiment est hardi, lorsque la délicatesse & la solidité de sa construction ne nous paroît pas proportionnée à sa hauteur & à son étendue : un dessinateur, un peintre, un artiste est hardi, lorsqu'il n'a pas redouté les difficultés de son art, & qu'il paroît les avoir surmontées sans effort.

HARDI, s. m. (Monnoie) On donna d'abord ce nom en Guienne à une monnoie des princes anglois derniers ducs d'Aquitaine, & prédécesseurs de Charles de France, qui y étoient représentés tenant une épée nue. Ce nom qui se communiqua depuis aux petites especes de cuivre & de billon, a peut-être formé celui de liard dont nous nous servons, comme qui diroit li-hardi. Quoi qu'il en soit, le liard de Louis XI. n'étoit qu'une petite monnoie de billon : elle valoit trois deniers, & par conséquent faisoit la quatrieme partie d'un sou ; mais à l'exception de la Guienne qui lui donna le nom de hardi, toutes les autres provinces en-deçà de la Loire lui conserverent celui de liard, qui lui demeura. Voyez LIARD. (D.J.)


HARDIESSES. f. (Morale) Locke la définit une puissance de faire ce qu'on veut devant les autres, sans craindre ou se décontenancer. La confiance qui consiste dans la partie du discours, avoit un nom particulier chez les Grecs ; ils l'appelloient .

Le mot de hardiesse, dans notre langue, désigne communément une résolution courageuse, par laquelle l'homme méprise les dangers & entreprend des choses extraordinaires. Si nous envisageons simplement la hardiesse comme une passion irascible, elle n'est en cette qualité ni vice ni vertu, & ne mérite ni blâme ni loüange. Si nous n'avons égard qu'à l'éclat qui paroît briller dans certaines actions, sans considérer que toute affection violente peut également les produire, nous regarderons souvent pour vertu ce qui n'en est qu'une fausse image, & les fruits de la bile passeront dans notre esprit pour les fruits d'une hardiesse admirable.

En effet, je trouve cinq sortes de hardiesse, qui ont une fausse ressemblance avec la vraie & la légitime. La hardiesse militaire n'a souvent d'autre appui que l'exemple & la coûtume : celle des ivrognes est fondée sur les fumées du vin : celle des enfans sur l'ignorance : celle des amans & de tous ceux qui se laissent aller à des passions tumultueuses, sur le desordre qu'elles causent dans leur ame : enfin la hardiesse que les Philosophes moraux nomment civile, reconnoît pour mobile la crainte de la honte. Telle étoit celle d'Hector quand il n'osa rentrer avec les autres Troïens dans Ilium, de peur que Polydamas ne lui reprochât le mépris du conseil qu'il lui avoit donné.

Il est rare de voir dans le monde une hardiesse assez pure, pour ne pouvoir pas être rapportée à l'une des cinq sortes dont nous venons de parler, qui n'ont toutefois que l'apparence trompeuse des qualités qu'elles représentent. De plus elles ne produisent rien qu'un peu d'opium ne fasse exécuter à un turc, un verre d'eau-de-vie à un moscovite, une razade d'arrak à un anglois, une bouteille de Champagne à un françois.

Mais quand la hardiesse est le fruit du jugement, qu'elle émane d'un grand motif, qu'elle mesure ses forces, ne tente point l'impossible, & poursuit ensuite avec une fermeté héroïque l'entreprise des belles actions qu'elle a conçues, quelque péril qui s'y rencontre ; c'est alors que devenant l'effet d'un courage raisonné, nous lui devons tous les éloges que mérite une vertu qui ne voit rien au-dessus d'elle.

Cette sorte de hardiesse, dit Montagne, se présente aussi magnifiquement en pourpoint qu'en armes, en un cabinet qu'en un champ, le bras pendant que le bras levé. Scipion nous en fournit un exemple remarquable, lorsqu'il forma le projet d'attirer Syphax dans les intérêts des Romains. Pénétré de l'avantage qu'en recevroit la république, il quitte son armée, passe en Afrique sur un petit vaisseau, vient se commettre à la puissance d'un roi barbare, à une foi inconnue, sous la seule sûreté de la grandeur de son courage, de son bonheur, de sa haute espérance, surtout du service qu'il rendoit à sa patrie. Cette noble & généreuse hardiesse ne peut se trouver naïve & bien entiere, que dans ceux qui sont animés par des vûes semblables, & à qui la crainte de la mort, & du pis qui peut en arriver, ne sauroit donner aucun effroi. (D.J.)


HARDILLIERSsubst. m. pl. (Tapissier) terme de Haute-Lissier. Ce sont des fiches ou morceaux de fer qui ont un crochet à un des bouts : ils servent à soûtenir cette partie du métier des Haute-Lissiers, qu'on appelle la perche de lisse, c'est-à-dire cette longue piece de bois avec laquelle les ouvriers bandent ou lâchent les lisses qui font la croisure de leur tapisserie. Voyez HAUTELISSE. Dictionn. du Commerce & de Trév.


HARDOISS. m. pl. terme de Venerie. C'est ainsi qu'on appelle de petits liens de bois où le cerf touche de sa tête, lorsqu'il veut séparer cette peau velue qui la couvre : on les trouve écorchés.


HARENGS. m. (Hist. nat. Litholog.) harengus rond. gem. ald. poisson de mer connu dans toute l'Europe. Il a neuf pouces ou un pié de longueur, & deux ou trois pouces de largeur ; la tête & tout le corps sont applatis sur les côtés. Ce poisson a les écailles grandes, arrondies, peu adhérentes, & le dos de couleur bleue-noirâtre ; le ventre a une couleur blanche argentée ; il est très-menu & n'a qu'une file d'écailles dentelées qui s'étend depuis la tête jusqu'à la queue sur le tranchant que forme le ventre. La mâchoire du dessous est plus saillante en-avant que celle du dessus, & a des petites dents ; il s'en trouve aussi de pareilles sur la langue & sur le palais : le hareng meurt dès qu'il est hors de l'eau. Rai, synop. piscium, pag. 103.

M. Anderson prétend que les harengs des golphes de l'Islande sont gras & meilleurs que par-tout ailleurs ; que l'on y en trouve qui ont près de deux piés de longueur & trois doigts de largeur ; & que c'est peut-être ceux que les Pêcheurs appellent rois des harengs, & qu'ils regardent comme les conducteurs de leurs troupes. On sait que les harengs vivent de petits crabes & d'oeufs de poissons, parce que l'on en a trouvé dans leur estomac. Ils font chaque année de longues migrations en troupes innombrables ; ils viennent tous du côté du nord. M. Anderson présume qu'ils restent sous les glaces où ils ne sont pas exposés à la voracité des gros poissons qui ne peuvent pas y respirer.

Les harengs sortent du nord au commencement de l'année, & se divisent en deux colomnes, dont l'une se porte vers l'occident, & arrive au mois de Mars à l'île d'Islande. La quantité des harengs qui forment cette colomne est prodigieuse ; tous les golfes, tous les détroits & toutes les baies en sont remplis ; il y a aussi un grand nombre de gros poissons & d'oiseaux qui les attendent & qui les suivent pour s'en nourrir. Cette colomne fait paroître noire l'eau de la mer & l'agite ; on voit des harengs s'élever jusqu'à la surface de l'eau, & s'élancer même en l'air pour éviter l'ennemi qui les poursuit ; ils sont si près les uns des autres, qu'il suffit de puiser avec une pelle creuse pour en prendre beaucoup à-la-fois. M. Anderson soupçonne qu'une partie de cette colomne peut aller aux bancs de Terre-neuve, & il ne sait quelle route prend la partie qui défile le long de la côte occidentale de l'Islande.

" La colomne qui au sortir du nord va du côté de l'orient & descend la mer du nord, étant continuellement poursuivie par les marsouins, les cabeliaux, &c. se divise à une certaine hauteur, & son aîle orientale continue sa course vers le cap du nord, en descendant de-là le long de toute la côte de la Norvege ; ensorte cependant qu'une division de cette derniere colomne cotoye la Norvege en droiture, jusqu'à ce qu'elle tombe par le détroit du Sund dans la mer Baltique, pendant que l'autre division étant arrivée à la pointe du nord du Jutland, se divise encore en deux colomnes, dont l'une défilant le long de la côte orientale de Jutland, se réunit promtement par les Belts avec celle de la mer Baltique, pendant que l'autre descendant à l'occident de ce même pays, & cotoyant ensuite le Sleswick, le Holstein, l'évêché de Brème & la Frise, où cependant on n'en fait point de commerce, se jette par le Texel & le Vlie dans le Zuyder-Zée, & l'ayant parcouru s'en retourne dans la mer du Nord pour achever sa grande route. La seconde grande division qui se détourne vers l'occident, & qui est aujourd'hui la plus forte, s'en va toujours accompagnée des marsouins, des requins, des cabeliaux, &c. droit aux îles de Hittland & aux Orcades, où les pêcheurs de Hollande ne manquent pas de les attendre au tems nommé, & de-là vers l'Ecosse où elle se divise de nouveau en deux colomnes, dont l'une après être descendue le long de la côte orientale de l'Ecosse, fait le tour de l'Angleterre, en détachant néanmoins en chemin des troupes considérables aux portes des Frisons, des Hollandois, des Zéelandois, des Brabançons, des Flamands & des François. L'autre colomne tombe en partage aux Ecossois du côté de l'occident, & aux Irlandois, dont l'île est alors environnée de tous côtés de harengs, quoique ces deux nations n'en fassent d'autre usage que de le manger frais, & de profiter par leur moyen autant qu'ils peuvent des gros poissons qui leur donnent la chasse. Toutes ces divisions mentionnées dans la deuxieme grande colomne s'étant à-la-fin réunies dans la Manche, le reste de harengs échappés aux filets des Pêcheurs & à la gourmandise des poissons & des oiseaux de proie, forme encore une colomne prodigieuse, se jette dans l'Océan atlantique, & comme on prétend communément, s'y perd, ou pour mieux dire, ne se montre plus sur les côtes, en fuyant, selon toute apparence, les climats chauds, & en regagnant promtement le nord qui est son domicile chéri & son lieu natal ". Voyez l'hist. nat. de l'Islande & du Groenland, par M. Anderson.

Lorsque les harengs arrivent dans toutes ces mers. ils sont si remplis d'oeufs, que l'on peut dire que chaque poisson en amene dix mille avec lui ; ils jettent leurs oeufs sur les côtes ; car long-tems avant de les quitter ils n'ont plus d'oeufs. Le banc de hareng qui vient vers les côtes d'Angleterre à-peu-près au commencement de Juin, en comprend un nombre si prodigieux, qu'il surpasse tous les nombres connus ; ce banc occupe pour le moins autant d'espace en largeur que toute la longueur de la Grande-Bretagne & de l'Irlande. " Quoique les Pêcheurs prennent une très-grande quantité de harengs, on a calculé que la proportion du nombre des harengs pris par tous les Pêcheurs dans leur route, est au nombre de toute la troupe lorsqu'elle arrive du Nord, comme un est à un million ; & il y a lieu de croire que les gros poissons tels que les marsouins, les chiens de mer, &c. en prennent plus que tous les Pêcheurs ensemble ". Lorsque les harengs commencent à jetter leur frai, on cesse de les pêcher ; on ne les poursuit plus, & on les perd même de vûe, puisqu'ils se plongent dans les abysmes de la mer, sans que l'on ait pû découvrir ce qu'ils deviennent. Voyez l'Atlas de mer & de Commerce, imprimé à Londres en anglois, en 1728.

Il me paroît que les harengs quittent le Nord pour aller dans un climat tempéré où leurs oeufs puissent éclorre : comme ils font leur route en très-grand nombre, ils occupent un grand espace dans la mer, & dès qu'ils rencontrent la terre, les uns se portent à droite, & les autres à gauche ; ils forment ainsi plusieurs colomnes ; elles se divisent encore à mesure qu'il se trouve de nouveaux obstacles qui les empêchent d'aller tous ensemble. Enfin, lorsque les petits sont éclos & en état de suivre les grands, ils retournent tous dans les mers d'où ils sont venus. (I)

HARENG pêche du, (pêche marine.) La pêche du hareng, dit M. de Voltaire, & l'art de le saler, ne paroissent pas un objet bien important dans l'histoire du monde ; c'est-là cependant, ajoûte-t-il, le fondement de la grandeur d'Amsterdam en particulier ; & pour dire quelque chose de plus, ce qui a fait d'un pays autrefois méprisé & stérile, une puissance riche & respectable.

Ce sont sans-doute les Hollandois, les Ecossois, les Danois, les Norvégiens, qui ont les premiers été en possession de l'art de pêcher le hareng, puisqu'on trouve ce poisson principalement dans les mers du Nord, que son passage est régulier, en troupe immense, par éclairs ; & qu'enfin le tems dans lequel on ne le pêche point, est appellé des gens de mer, morte-saison.

On prétend que cette pêche a commencé en 1163 ; on la faisoit alors dans le détroit du Sund, entre les îles de Schoonen & de Séeland ; mais faute de pouvoir remonter à ces siecles reculés, j'avois cherché du-moins plus près de nous, quelque monument historique qui parlât de cette pêche, & je desesperois du succès, lorsqu'enfin j'ai trouvé pour la consolation de mes peines, dans le XVI. tome de l'Académie des Inscript. page 225, un passage fort curieux sur cet article. Il est tiré du songe du vieux pélerin, ouvrage, comme on sait, de Philippe de Maizieres, qui l'écrivit en 1389, sous notre roi Charles VI, dont il avoit été gouverneur. Il fait faire dans ce livre, que le Cardinal du Perron estimoit tant, des voyages à la reine Vérité ; & en même tems il y joint quelquefois ce qu'il avoit vû lui-même dans les siens. Là il raconte entr'autres choses, qu'allant en Prusse par mer, il fut témoin de la pêche des harengs, dont il poursuit ainsi la description, chapitre xjx.

" Entre le royaume de Norvege & de Danemark, il y a un bras de la grande mer qui départ l'île & royaume de Norvegue de la terre-ferme, & du royaume de Danemarck, lequel bras de mer par-tout étoit étroit dure quinze lieues, & n'a ledit bras de largeur qu'une lieue ou deux ; & comme Dieu l'a ordonné, son ancelle nature ouvrant deux mois de l'an & non plus, c'est-à-savoir en Septembre & Octobre, le hareng fait son passage de l'une mer en l'autre parmi l'étroit, en si grant quantité, que c'est une grant merveille, & tant y en passe en ces deux mois, que en plusieurs lieux en ce bras de quinze lieues de long, on les pourroit tailler à l'épée ; or vient l'autre merveille, car de ancienne coûtume chacun an, les nefs & basteaux de toute l'Allemagne & de la Prusse, s'assemblent à grant ost audit destroit de mer dessusdit, ès-deux mois dessusdits, pour prendre le hérent ; & est commune renommée là, qu'ils sont quarante mille basteaux qui ne font autre chose, ès-deux mois que pescher le hérent ; & en chacun basteau du-moins y a six personnes, & en plusieurs sept, huit, ou dix ; & en outre les quarante mille basteaux, y a cinq cent grosses & moyennes nefs, qui ne font autre chose que recueillir & saller en casques de hareng, les harengs que les quarante mille basteaux prendent, & ont en coûtume que les hommes de tous ces navires, ès-deux mois se logent sur la rive de mer, en loges & cabars, qu'ils font de bois & de rainsseaux, au long de quinze lieues, par-devers le royaume de Norvegue.

Ils emplissent les grosses nefs de hérens quaques ; & au chief des deux mois, huit jours ou environ après, en y trouveroit plus une barque, ne héreng en tout l'étroit ; si a jéhan (apparemment grant) bataille de gent pour prendre ce petit poisson : car qui bien les veut nombrer, en y trouvera plus de trois cent mille hommes, qui ne font autre chose en deux mois, que prendre le hérent. Et parce que je, pelerin vieil & usé, jadis allant en Prusse par mer en une grosse nave, passai du long du bras de mer susdit, par beau tems, & en la saison susdit, que le hérent se prent, & vits lesdites barques ou basteaux, & nefs grosses : ai mangé du hérent en allant, que les Pescheurs nous donnerent, lesquels & autres gens du pays me certifierent merveille, pour deux causes ; l'une pour reconnoître la grace que Dieu a fait à la Chrétienté ; c'est-à-savoir de l'abondance du héren, par lequel toute Allemaigne, France, Angleterre, & plusieurs autres pays sont repus en Caresme ".

Voilà donc une époque sûre de grande pêche reglée du harang que l'on faisoit dans la mer du Nord avant 1389 ; mais bien-tôt les Hollandois connurent l'art de l'apprêter, de le vuider de ses breuilles ou entrailles, de le trier, de l'arranger dans les barrils ou de l'encaquer, de le saler, & de le sorer, non-seulement plus savamment qu'on ne le faisoit en Allemagne lors du passage de Philippe de Maizieres, mais mieux encore que les autres nations ne l'ont fait depuis.

La maniere industrieuse de les encaquer & de les saler pour le goût, la durée, & la perfection, fut trouvée en 1397, par Guillaume Buckelsz, natif de Biervliet dans la Flandre hollandoise. Sa mémoire s'est à jamais rendue recommandable par cette utile invention ; on en parloit encore tant sous le regne de Charles V, que cet empereur voyageant dans les pays-bas, se rendit à Biervliet avec la reine de Hongrie sa soeur, pour honorer de leur présence le tombeau de l'illustre encaqueur de harengs.

Maniere d'apprêter & saler le hareng. Aussi-tôt que le hareng est hors de la mer, le caqueur lui coupe la gorge, en tire les entrailles, laisse les laites & les oeufs, les lave en eau-douce, & lui donne la sausse, ou le met dans une cuve pleine d'une forte saumure d'eau douce & de sel marin, où il demeure douze à quinze heures. Au sortir de la sausse, on le varaude ; suffisamment varaudé, on le caque bien couvert au fond & dessus d'une couche de sel.

Voilà ce qu'on appelle le hareng-blanc ; on laisse celui qui doit être sors, le double de tems dans la sausse ; au sortir de la sausse, on le brochette ou enfile par la tête à de menues broches de bois qu'on appelle aîne ; on le pend dans des especes de cheminées faites exprès, qu'on nomme roussables ; on fait dessous un petit feu de menu bois qu'on ménage de maniere qu'il donne beaucoup de fumée & peu de flamme. Il reste dans le roussable jusqu'à ce qu'il soit suffisamment sors & fumé, ce qui se fait ordinairement en vingt-quatre heures : on en peut sorer jusqu'à dix milliers à-la-fois.

La pêche de ce poisson se fait aujourd'hui ordinairement en deux saisons ; l'une au printems le long des côtes d'Ecosse, & l'autre en automne le long des côtes d'Angleterre au nord de la Tamise. Il se pêche aussi d'excellens harengs dans le Zuyder-Zée, entre le Texel & Amsterdam, mais il y en a peu ; néanmoins pendant la guerre que les Hollandois soûtinrent contre l'Angleterre sous Charles II, la pêche du Nord ayant cessé, il vint tant de harengs dans le Zuyder-Zée, que quelques pêcheurs en prirent dans l'espace d'un mois, jusqu'à huit cent lasts, qui font environ quatre-vingt fois cent milliers. Ce poisson si fécond meurt aussi-tôt qu'il est hors de l'eau, desorte qu'il est rare d'en voir de vivans.

On employe pour cette pêche de petits bâtimens, que l'on appelle en France barques ou bateaux, & qu'en Hollande on nomme buches ou flibots.

Les buches dont les Hollandois se servent à ce sujet, sont communément du port de quarante-huit à soixante tonneaux ; leur équipage consiste pour chaque buche en quatre petits canons pesans ensemble quatre mille livres, avec quatre pierriers, huit boëtes, six fusils, huit piques longues, & huit courtes.

Il n'est pas permis de faire sortir des ports de Hollande aucune buche pour la pêche du hareng, qu'elle ne soit escortée d'un convoi, ou du-moins qu'il n'y en ait un nombre suffisant pour composer ensemble dix-huit ou vingt pieces de petits canons, & douze pierriers. Alors elles doivent aller de conserve, c'est-à-dire de flotte & de compagnie, sans pourtant qu'elles puissent prendre sous leur escorte aucun bâtiment non armé.

Les conventions verbales qui se font pour la conserve, ont autant de force, que si elles avoient été faites par écrit. Il faut encore observer, que chaque bâtiment de la conserve, doit avoir des munitions suffisantes de poudre, de balles, & de mitrailles, pour tirer au-moins seize coups.

Lorsque le tems se trouve beau, & que quelque buche veut faire la pêche, il faut que le pilote hisse son artimon ; & les buches qui ne pêchent point ne doivent pas se mêler avec celles qui pêchent, il faut qu'elles se tiennent à la voile.

Il y a plusieurs autres réglemens de l'amirauté de Hollande, pour la pêche du hareng, qu'ont imité les diverses nations qui font ce commerce, avec les changemens & augmentations qui leur convenoient. Nous n'entrerons point dans ce détail, qui nous meneroit trop loin ; il vaut mieux parler du profit que les Hollandois en particulier retirent de cette pêche.

Dès l'an 1610, le chevalier Walter Raleigh donna un compte qui n'a pas été démenti par le grand pensionnaire de Wit, du commerce que la Hollande faisoit en Russie, en Allemagne, en Flandres, & en France, des harengs pêchés sur les côtes d'Angleterre, d'Ecosse, & d'Irlande. Ce compte monte pour une année à 2 659, 000 livres sterlings, (61 157 000 livres tournois). Ce seul article leur occupoit dès ce tems-là, trois mille vaisseaux ou buches à la pêche, & cinquante mille pêcheurs, sans compter neuf mille autres vaisseaux ou bateaux, & cent cinquante mille hommes sur terre & sur mer, employés au commerce de poisson, & aux autres commerces que sa pêche occasionne.

Depuis cette époque, la marine hollandoise a fait une très-belle figure : même aujourd'hui, que sa puissance a reçû de si grands échecs, cette branche de son commerce est de toutes celle qui a le moins souffert.

Un état de leur pêche du hareng en 1748, portoit mille vaisseaux évalués à quatre-vingt-cinq tonneaux l'un dans l'autre ; le total de leur pêche estimé à quatre-vingt-cinq mille lasts, le last à vingt livres sterling, font un million sept cent mille livres sterling ; ensorte qu'en déduisant pour la mise hors & construction de mille buches, les frais de la pêche & hasards, huit cent cinquante mille livres sterling ; elle a dû profiter net par an de huit cent cinquante mille livres sterling ; à quoi, si l'on ajoûte pour le profit de la pêche de la morue, qui se fait entre deux, cent cinquante mille livres sterling, on aura un million de livres sterling de gain.

Le tems n'a point encore décidé quel sera l'issue des tentatives que font les Anglois pour partager, ou pour enlever ce commerce à la Hollande ; mais l'on peut dire que s'ils y réussissoient jamais, ils se feroient autant de tort qu'à la nation Hollandoise, à laquelle ils ôteroient cette branche de commerce qui fait leur principal revenu. (D.J.)

HARENG, (Diete). Les harengs frais se mangent grillés, avec une sauce piquante faite avec du beurre & de la moutarde.

Les harengs-pecs, ainsi nommés par corruption, sont des harengs salés ; cette dénomination vient des Hollandois, qui appellent ces sortes de harengs peekle haring ; ils en font grand cas & en sont très-friands, sur-tout dans la nouveauté, au point que les premiers harengs-pecs qui ont été salés en mer se payent chez eux jusqu'à deux ou trois florins la piece, lorsqu'ils arrivent par les premiers vaisseaux qui reviennent de la pêche. Dans de certaines villes des Pays-Bas, on ne fait pas moins de cas de ces harengs dans la primeur, & l'on accorde un prix ou une récompense aux voituriers qui en apportent les premiers. Cela est, dit-on, fondé sur l'opinion où l'on est que toutes les fievres disparoissent aussi-tôt que l'on peut manger du hareng nouveau. Le hareng salé ou hareng-pec se mange tout crud avec de l'huile & un soupçon de vinaigre ; les Flamands y joignent quelquefois de la pomme & de l'oignon hachés : il est d'un goût beaucoup plus agréable quand il a été fraîchement salé, que quand il a long-tems séjourné dans le sel ou dans la saûmure.

Le hareng fumé, appellé craquelin par le peuple en France, est du hareng qui a été fumé & salé légerement ; les Hollandois l'appellent bockum, & en font cas lorsqu'il a été fumé récemment ; alors ils le mangent avec des tartines de beurre.


HARENGADESS. f. (Hist. nat. Icthiolog.) petits poissons semblables à de petites aloses ; on leur donne aussi les noms de cailliques & de lasches. On les prend en grand nombre près d'Agde. Rondelet, histoire des poissons. (I)


HARENGAISONS. f. (Comm. & Pêche) saison de la pêche des harengs, ou le tems de leur éclair.


HARENGUIERES. f. (Pêche) rets à petites mailles, usité dans le ressort de l'amirauté de Carentan & d'Isigni ; on peut rapporter cette sorte de pêche à celle des parcs. Les mailles des hauts parcs, des étaliers & des haranguieres, ont depuis onze jusqu'à quatorze lignes en quarré. Ces filets se tendent conformément à l'ordonnance & aux déclarations du 18 Mars 1727, c'est-à-dire bout à terre & bout à mer. Les pêcheurs des côtes de Caux & de Picardie y adaptent des perches de douze à quinze piés de hauteur ; ce qui leur a fait donner le nom de hauts-parcs. Les pêcheurs des autres côtes ne les tendent pas plus haut que leurs tentes ordinaires : si leurs perches étoient plus élevées, la rapidité du flot ou de l'ebb les enleveroit.

Il est assez ordinaire de placer les haranguieres au bas des tentes, le plus avant à la mer qu'il est possible ; quelques-uns pratiquent au bout une espece de circuit qui retient le poisson plus long-tems ; ils garnissent ce même côté d'un rets tramaillé : la hauteur du ret entier n'excede pas quatre à cinq piés de hauteur.

La pêche du hareng avec les hauts-parcs ne se pratique que depuis la S. Michel jusqu'à la Ste Catherine, c'est-à-dire l'espace de deux mois ; celle du petit maquereau ou sansonnet au même rets, commence communément au 15 Avril & finit au 15 Juillet.


HARFLEURHareflotum, Harflevium, &c. (Géog.) ancienne ville de France en Normandie, au pays de Caux ; ses fortifications ont été rasées & son port s'est comblé. Les Anglois la prirent d'assaut en 1415. Voyez la descript. historique & géographique de la haute Normandie, où vous trouverez des détails sur cette ville. Elle est près de la mer, sur la Lezarde, à une lieue de Montivilliers, deux du Havre, six S. O. de Fécamp, quarante-quatre N. O. de Paris, seize O. de Roüen. Long. 21. 51. 27. latit. 49. 30. 23. (D.J.)


HARIHARRI, s. m. (Vénerie) c'est le cri dont use le piqueur pour donner de la crainte aux chiens, lorsque la bête qu'ils chassent s'est accompagnée, afin de les obliger d'en garder le change.


HARICOTS. m. phaseolus, (Hist. nat. Botaniq.) genre de plante à fleur papilionacée ; il sort du calice un pistil qui devient dans la suite une silique longue ; cette silique renferme des semences qui ont la forme d'un rein ou d'un oeuf. Les plantes de ce genre ont trois feuilles sur un pédicule. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

Boerhaave compte 25 especes de phaséoles mangeables, & Bradley plus de 50 ; mais leurs variétés augmentent tous les jours : cependant nous ne décrirons ici que la commune, le phaseolus vulgaris des Botanistes, que Rai nomme smilax hortensis.

Sa racine est grêle, fibreuse ; elle pousse une tige longue, ronde, rameuse, qui grimpe sur des échalats comme le liseron, & s'attache aux corps voisins qu'elle rencontre, jusqu'à former des berceaux dans les jardins. Ses feuilles sortent par intervalles trois à trois, à la maniere des treffles, assez larges, pointues par le bout, charnues, presque semblables à celles du lierre, lisses, & soûtenues par de longues queues vertes.

Des aisselles des feuilles naissent des fleurs légumineuses, blanches, ou purpurines ; quand ces fleurs sont passées, il leur succede des gousses longues d'un demi-pié, qui finissent en pointes étroites, applaties, à deux cosses d'abord charnues, vertes, ensuite jaunâtres & membraneuses en se séchant. Leur figure est celle d'une nacelle d'où cette plante tire son nom latin. Les semences qu'elle contient sont assez grosses, semblables à un rein, très-polies, blanches, quelquefois pâle-jaunâtres, rougeâtres, grises, violettes, noirâtres, quelquefois veinées & semées de différentes lignes ou taches de toutes sortes de couleurs agréables à la vûe.

On seme cette plante au printems dans les champs & dans les jardins ; elle est annuelle, fleurit l'été, & mûrit l'automne ; on la mange en gousse quand elle est encore verte & tendre ; on mange aussi sa semence dépouillée des cosses : nous les appellons alors féverolles. On peut conserver les haricots avec leurs gousses pendant toute l'année, en les confisant au vinaigre avec une saûmure de sel.

L'haricot d'Egypte, phaseolus aegyptiacus nigro semine, est un arbre sarmenteux qui pousse ses branches & ses feuilles comme la vigne, & porte des fleurs deux fois par an. Prosper Alpin vous en donnera la figure & la description ; vous trouverez dans Kempfer celle du phaseolus des Japonois, dont ils font des mets liquides & solides. (D.J.)

HARICOT, (Diete & Mat. méd.) Personne n'ignore l'usage de ce légume dans la cuisine, & que sa semence fournit un aliment utile & commode ; elle nourrit beaucoup, elle convient en tout tems à ceux qui ont l'estomac bon, & qui sont jeunes & robustes, ou qui font beaucoup d'exercice ; mais les personnes délicates, les gens d'étude & ceux qui menent une vie sédentaire doivent s'en abstenir, parce qu'elle est venteuse, qu'elle charge l'estomac, & se digere difficilement. Geoffroy, Mat. méd. & Lemery, Traité des alimens.

Ceci n'est vrai que des semences d'haricot mûres & seches ; car les haricots verds mangés avec leur gousse, lorsqu'ils sont tendres & dans leur primeur, fournissent un aliment aqueux, très-peu abondant, & qui se digere presque aussi facilement que la plûpart des herbes que nous préparons pour l'usage de nos tables.

Les haricots passent pour apéritifs, résolutifs & diurétiques, & pour exciter les mois & les vuidanges.

On fait entrer leur farine dans les cataplasmes émolliens & résolutifs, & elle vaut tout autant pour cet usage que les quatre farines appellées résolutives. Voyez FARINES RESOLUTIVES.

On a attribué à la lessive de la cendre des tiges & des gousses d'haricot une vertu particuliere pour faire sortir les eaux des hydropiques : mais comme nous l'observons dans plusieurs articles, à-propos de pareilles prétentions, la plûpart des sels lixiviels n'ont presque que des propriétés communes. Voyez SEL LIXIVIEL. (b)


HARLES. m. merganser, Aldr. (Hist. nat. Ornitholog.) oiseau aquatique qui pese quatre livres ; il a deux piés quatre pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue ou des piés, & trois piés quatre pouces d'envergure. Le dos est large & plat ; la partie supérieure du cou & de la tête a une couleur verte noirâtre & brillante ; la face supérieure du corps est mêlée de blanc & de noir. La queue a une couleur cendrée ; la face inférieure du corps est grise, à l'exception des aîles qui sont blanchâtres en-dessous. Le bec est étroit, dentelé, crochu, en partie noir & en partie roux, & long d'environ trois pouces. Les piés ont une belle couleur de rouge, & il y a une membrane entre les doigts. Les plumes du sommet de la tête sont hérissées & font paroître la tête plus grosse qu'elle ne l'est en effet. Cet oiseau se nourrit de poisson. Rai, synop. avium, part. CXXXIV.


HARLEBECK(Géog.) petite place de la Flandre autrichienne, sur la Lys, à une lieue de Courtrai, sept S. O. de Gand. Long. 21. 1. latit. 50. 52. (D.J.)


HARLECH(Géog.) petite ville d'Angleterre, capitale du Mérionetshire, dans la province de Galles, à 168 milles de Londres. Long. 13. 20. lat. 52. 55. (D.J.)


HARLEMou HAARLEM, (Géog.) ville des Provinces-Unies dans la Hollande ; l'ancien nom est Haralhem. On ne sait ni quand, ni par qui cette ville fut commencée ; mais du tems de Thierry VI. en 1155, elle étoit déjà peuplée & assez fortifiée : en 1217, les bourgeois de Harlem accompagnerent Guillaume I. qui partoit pour la Terre-sainte.

Harlem est dans le territoire des Marsatiens, ancien peuple dont le pays de Kennemerland a pris son nom ; elle a été la capitale de ce pays, qui est partagé entre plusieurs villes ; & sa partie occidentale est toûjours de la jurisdiction de Harlem. Autrefois la ville étoit seulement au bord méridional de la Spare, riviere qui se jette dans l'Ye à Sparendam : mais en 1400, on aggrandit la ville, & on l'étendit au-delà de cette riviere, qui la traverse à-présent. En 1310, les chevaliers de l'Hôpital de S. Jean de Jérusalem furent reçus à Harlem : aussi possede-t-elle dans ses archives bien des choses curieuses sur l'ordre des chevaliers de Malte, dont il auroit été à souhaiter que M. l'abbé de Vertot eût eu connoissance.

Cette ville a été incendiée plusieurs fois dans la suite des tems ; savoir en 1347, en 1351, & en 1587. En 1571, les Harlemois se soûmirent au prince d'Orange, ou plutôt s'y donnerent. En 1573, elle fut obligée, après une défense admirable, de se rendre aux Espagnols à discrétion : ceux-ci firent pendre les magistrats, les pasteurs, & plus de quinze cent citoyens ; ils traiterent & cette ville & les Pays-Bas comme ils avoient traité le Nouveau-monde. La plume tombe des mains quand on lit les horreurs qu'ils exercerent : on en conserve encore les planches gravées en bois dans le pays.

Paul IV. avoit érigé Harlem en évêché ; mais elle n'a eu que deux évêques ; elle se glorifie de l'invention de l'Imprimerie : c'est ce qu'on examinera au mot IMPRIMERIE.

Harlem est située à trois lieues O. d'Amsterdam, six N. E. de Leyde, & sept S. E. d'Alckmar. Long. 22. 5. lat. 52. 23. 58.

Entre les gens de lettres dont Harlem est la patrie, je me contenterai pour abréger, de nommer Hoornbeck, Scriverius & Trigland, qui ont acquis de la célébrité dans les Sciences qu'ils ont cultivées. J'ai parlé ailleurs des artistes.

Hoornbeck (Jean) a été un des fameux théologiens calvinistes du dix-septieme siecle ; il fut consécutivement professeur en Théologie à Utrecht & à Leyde. Il publia un grand nombre de livres didactiques, polémiques, pratiques, & historiques, tant en flamand qu'en latin. Il mourut fort considéré en 1666, n'ayant encore qu'environ quarante-neuf ans. On trouvera son article dans Bayle.

Scriverius (Pierre) a rendu service à la littérature par les éditions qu'il a données de Végece, de Frontin, & d'autres auteurs sur l'Art militaire ; il publia le premier les Fables d'Hygin : mais l'histoire de Hollande lui a des obligations plus particulieres par deux grands ouvrages, dont l'un s'appelle Batavia illustrata, & l'autre, Bataviae comitumque omnium historia. Il mourut en 1653 âgé de soixante-trois ans, selon Hoffman.

Trigland (Jacques) fut professeur à Leyde en Théologie & en antiquités ecclésiastiques ; il a mis au jour divers petits traités sur des sujets curieux & choisis, comme de Dodone, de Kaeraeis, de corpore Mosis, de origine rituum Mosaïcorum, &c. Il mourut en 1705, à cinquante-quatre ans. (D.J.)

HARLEM (mer de), en flamand Harlem-maer, (Géog.) c'est ainsi qu'on appelle une inondation entre la ville de Harlem dont elle porte le nom, & celles d'Amsterdam & de Leyde : elle se forme du concours de plusieurs ruisseaux avec la mer qui y entre par l'Ye, auquel elle communique au moyen d'une écluse ; ce qui fait que ses eaux participent à la salure de la mer. Cette écluse de maçonnerie, qui est je crois la plus belle du monde, cause une interruption nécessaire aux barques, par lesquelles on va de Harlem à Amsterdam, ou d'Amsterdam à Harlem. Comme le terrein est très-précieux en Hollande, & que cette mer en occupe beaucoup, on a souvent parlé de la dessécher, & l'entreprise n'en est point d'une difficulté insurmontable ; les Juifs eux-mêmes ont offert d'en faire les frais, si on vouloit leur abandonner la propriété de ce terrein : mais des intérêts opposés & des raisons plus fortes encore tirées du risque que couroit Amsterdam d'être à son tour inondé, en ont empêché l'exécution. Il est vrai cependant qu'il y a plus de trois siecles que cette mer étoit un pays cultivé où l'on trouvoit plusieurs bons villages. (D.J.)


HARLINGENHarlinga, (Géog.) ville forte & maritime des Provinces-Unies, dans la Frise, dont elle est, après Leuwarde, la plus grande, la plus peuplée, & la plus riche ; elle est gouvernée par un sénat de huit bourguemestres, & a un port qui la rend commerçante. Sa position est à une lieue O. de Franeker, quatre S. O. de Leuwarden, six N. de Straveren. Long. 23. lat. 53. 12. (D.J.)


HARMATANS. m. (Hist. nat.) vent qui regne particulierement sur la côte de Guinée ; il se fait sentir régulierement tous les ans depuis la fin du mois de Décembre jusques vers le commencement de Février, & continue pendant deux ou trois jours ; il est si froid & si perçant, qu'il fait ouvrir les jointures du plancher des maisons & des bordages des navires. Quand ce vent est passé, ces ouvertures se rejoignent comme auparavant. Les habitans ne peuvent sortir de chez eux tant que ce vent regne, & ils tiennent leurs maisons bien fermées ; ils enferment aussi leurs bestiaux, qui sans cela couroient risque de périr en quatre ou cinq heures de tems par la malignité de cet air suffocant. Ce vent souffle entre l'est & le nord-est ; il n'est accompagné ni de pluie, ni de nuages, ni de tonnerre, & est toûjours également frais. Voyez l'histoire génér. des voyages, tome XI.


HARMONIES. f. (Gram.) il se dit de l'ordre général qui regne entre les diverses parties d'un tout, ordre en conséquence duquel elles concourent le plus parfaitement qu'il est possible, soit à l'effet du tout, soit au but que l'artiste s'est proposé. D'où il suit que pour prononcer qu'il regne une harmonie parfaite dans un tout, il faut connoître le tout, ses parties, le rapport de ses parties entr'elles, l'effet du tout, & le but que l'artiste s'est proposé : plus on connoît de ces choses, plus on est convaincu qu'il y a de l'harmonie, plus on y est sensible ; moins on en connoît, moins on est en état de sentir & de prononcer sur l'harmonie. Si la premiere montre qui se fit fût tombée entre les mains d'un paysan, il l'auroit considérée, il auroit apperçû quelque arrangement entre ses parties ; il en auroit conclu qu'elle avoit son usage ; mais cet usage lui étant inconnu, il ne seroit point allé au-delà, ou il auroit eu tort. Faisons passer la même machine entre les mains d'un homme plus instruit ou plus intelligent, qui découvre au mouvement uniforme de l'aiguille & aux directions égales du cadran, qu'elle pourroit bien être destinée à mesurer le tems ; son admiration croîtra. L'admiration eût été beaucoup plus grande encore, si l'observateur méchanicien eût été en état de se rendre raison de la disposition des parties relatives à l'effet qui lui étoit connu, & ainsi des autres à qui l'on présentera le même instrument à examiner. Plus une machine sera compliquée, moins nous serons en état d'en juger. S'il arrive dans cette machine compliquée des phénomènes qui nous paroissent contraires à son harmonie, moins le tout & sa destination nous sont connus, plus nous devons être reservés à prononcer sur ces phénomènes ; il pourroit arriver que nous prenant pour le terme de l'ouvrage, nous prononçassions bien ce qui seroit mal, ou mal ce qui seroit bien, ou mal ou bien ce qui ne seroit ni l'un ni l'autre. On a transporté le mot d'harmonie à l'art de gouverner, & l'on dit, il regne une grande harmonie dans cet état ; à la société des hommes, ils vivent dans l'harmonie la plus parfaite ; aux arts & à leurs productions, mais sur-tout aux arts qui ont pour objet l'usage des sons ou des couleurs (voyez HARMONIE, Musique, HARMONIE, Peinture) ; au style (voyez HARMONIE, Belles-Lettres). On dit aussi, l'harmonie générale des choses, l'harmonie de l'univers. Voyez MONDE, NATURE, OPTIMISME, &c.

HARMONIE, (Musique) est, selon le sens que lui ont donné les anciens, la partie qui a pour objet la succession agréable des sons, entant qu'ils sont graves ou aigus, par opposition aux autres parties de la Musique appellées rythmica & metrica, cadence, tems, mesure. Le mot d'harmonie vient, selon quelques-uns, du nom d'une musicienne du roi de Phénicie, laquelle vint en Grece avec Cadmus & y apporta les premieres connoissances de l'art qui porte son nom.

Les Grecs ne nous ont laissé aucune explication satisfaisante de toutes les parties de leur musique, celle de l'harmonie qui est la moins défectueuse, n'a été faite encore qu'en termes généraux & théoriques.

M. Burette & M. Malcolm ont fait des recherches savantes & ingénieuses sur les principes de l'harmonie des Grecs. Ces deux auteurs, à l'imitation des anciens, ont distribué en sept parties toute leur doctrine sur la Musique ; savoir, les sons, les intervalles, les systèmes, les genres, les tons ou modes, les nuances ou changemens, & la mélopée ou modulation. Voyez tous ces articles à leurs mots.

Harmonie, selon les modernes, est proprement l'effet de plusieurs tons entendus à-la-fois, quand il en résulte un tout agréable ; de sorte qu'en ce sens harmonie & accord signifient la même chose. Mais ce mot s'entend plus communément d'une succession réguliere de plusieurs accords. Nous avons parlé du choix des sons qui doivent entrer dans un accord pour le rendre harmonieux. Voyez ACCORD, CONSONNANCE. Il ne nous reste donc qu'à expliquer ici en quoi consiste la succession harmonique.

Le principe physique qui nous apprend à former des accords parfaits, ne nous montre pas de même à en établir la succession, une succession réguliere & pourtant nécessaire. Un dictionnaire de mots élégans n'est pas une harangue, ni un recueil d'accords harmonieux une piece de musique. Il faut un sens, il faut de la liaison dans la Musique, comme dans le langage ; mais où prendra-t-on tout cela, si ce n'est dans les idées mêmes que le sujet doit fournir ?

Toutes les idées que peut produire l'accord parfait se réduisent à celle des sons qui le composent & des intervalles qu'ils forment entr'eux : ce n'est donc que par l'analogie des intervalles & par le rapport des sons qu'on peut établir la liaison dont il s'agit ; & c'est-là le vrai & l'unique principe d'où découlent toutes les loix de l'harmonie, de la modulation, & même de la mélodie.

Pour ne parler ici que de la phrase harmonique, nous développerons les trois regles suivantes sur lesquelles est fondée sa construction, & qui ne sont que des conséquences prochaines du principe que nous venons d'exposer.

1°. La basse fondamentale ne doit marcher que par intervalles consonnans, car l'accord parfait n'en produit que de tels : l'analogie est manifeste.

Ces intervalles doivent être relatifs au mode : ainsi après avoir fait l'accord parfait mineur, on sent bien que la basse ne doit pas monter sur la tierce majeure.

Toûjours par la même analogie, on doit préférer les intervalles qui sont les premiers engendrés, c'est-à-dire ceux dont les rapports sont les plus simples. Ainsi la quinte étant la plus parfaite des consonnances, la progression par quintes est aussi la plus parfaite des progressions.

On doit observer que la marche diatonique prescrite aux parties supérieures n'est qu'une suite de cette regle.

2°. Tant que dure la phrase, on y doit observer la liaison harmonique, c'est-à-dire qu'il faut tellement diriger la succession de l'harmonie, qu'au-moins un son de chaque accord soit prolongé dans l'accord suivant. Plus il y a de sons communs aux deux accords, plus la liaison est parfaite.

C'est-là une des principales regles de la composition, & l'on ne peut la négliger sans faire une mauvaise harmonie : elle a pourtant quelques exceptions dont nous avons parlé au mot CADENCE.

3°. Une suite d'accords parfaits, même bien liés, ne suffit pas encore pour constituer une phrase harmonique ; car si la liaison suffit pour faire admettre sans répugnance un accord à la suite d'un autre, elle ne l'annonce point, elle ne le fait point desirer, & n'oblige point l'oreille pleinement satisfaite à chacun des accords, de prolonger son attention sur celui qui le suit. Il faut nécessairement quelque chose qui unisse tous ces accords, & qui annonce chacun d'eux comme partie d'un plus grand tout que l'oreille puisse saisir, & qu'elle desire d'entendre en son entier. Il faut un sens, il faut de la liaison dans la Musique, comme dans le langage ; c'est l'effet de la dissonnance ; c'est par elle que l'oreille entend le discours harmonique, & qu'elle distingue ses phrases, ses repos, son commencement & sa fin.

Chaque phrase harmonique est terminée par un repos qu'on appelle cadence, & ce repos est plus ou moins parfait selon le sens qu'on lui donne. Toute l'harmonie n'est précisément qu'une suite de cadences, mais dont, au moyen de la dissonnance, on élude le repos autant qu'on le veut, avertissant ainsi l'oreille de prolonger son attention jusqu'à la fin de la phrase.

La dissonnance est donc un son étranger qui s'ajoûte à ceux d'un accord pour lier cet accord à d'autres.

Cette dissonnance doit donc par préférence former la liaison, c'est-à-dire qu'elle doit toûjours être prise dans le prolongement de quelqu'un des sons de l'accord précédent ; ce qui la rend aussi moins dure à l'oreille : cela s'appelle préparer la dissonnance.

Dès que cette dissonnance a été entendue, la basse fondamentale a un progrès déterminé selon lequel la dissonnance a aussi le sien pour aller se résoudre sur quelqu'une des consonnances de l'accord suivant : cela s'appelle sauver la dissonnance. Voyez DISSONNANCE, CONSONNANCE, PREPARER, SAUVER.

La dissonnance est encore nécessaire pour introduire la variété dans l'harmonie ; & cette variété est un point auquel l'harmoniste ne peut trop s'appliquer ; mais c'est dans l'ordonnance générale qu'il la faut chercher, & non pas, comme font les petits génies, dans le détail de chaque note ou de chaque accord : autrement à peine évitera-t-on dans ses productions le sort d'un grand nombre de nos musiques modernes, qui toutes noires de triples croches, toutes hérissées de dissonnances, ne peuvent, même par la bisarrerie de leurs chants ni par la dureté de leur harmonie, éloigner la monotonie & l'ennui.

Telles sont les loix générales de l'harmonie ; car nous n'embrassons point ici celles de la modulation, que nous donnerons en leur lieu. Il y a outre cela plusieurs regles particulieres qui regardent proprement la composition, & dont nous parlerons ailleurs. Voyez COMPOSITION, MODULATION, ACCORDS.

Harmonie se prend quelquefois pour la force & la beauté du son ; ainsi l'on dit qu'une voix est harmonieuse, qu'un instrument a de l'harmonie, &c.

Enfin en sens figuré on donne le nom d'harmonie au juste rapport des parties & à leur concours pour la perfection du tout : telle est l'harmonie de l'état, la bonne harmonie, c'est-à-dire la concorde qui regne entre des cours, entre des ministres, &c. (S)

HARMONIE. On voit par un passage de Nicomaque, que les anciens approprioient quelquefois ce nom à la consonnance de l'octave. Voyez OCTAVE (S)

HARMONIE FIGUREE. Figurer en général, c'est faire plusieurs notes pour une. Or on ne peut figurer l'harmonie que de deux manieres, par degrés conjoints, ou par degrés disjoints. Lorsqu'on figure par degrés conjoints, on employe nécessairement d'autres notes que celles qui forment l'accord, des notes qui sont comptées pour rien dans l'harmonie ; ces notes s'appellent par supposition (Voyez SUPPOSITION), parce qu'elles supposent l'accord qui suit ; elles ne doivent jamais se montrer au commencement d'un tems, principalement du tems fort, si ce n'est dans quelques cas rares où l'on fait la premiere note du tems breve, pour appuyer sur la seconde : mais quand on figure par degrés disjoints, on ne peut absolument employer que les notes qui forment l'accord, soit consonnant, soit dissonnant. (S)

HARMONIE. Ce terme, en Peinture, a plusieurs acceptions ; on s'en sert presque indifféremment pour exprimer les effets de lumiere & de couleur ; & quelquefois il signifie ce qu'on appelle le tout ensemble d'un tableau.

L'harmonie de couleur n'existe point sans celle de lumiere, & celle de lumiere est indépendante de celle de couleur. On dit d'un tableau de grisaille, d'un dessein, d'une estampe, le dessus considéré par rapport aux effets de lumiere, & non comme proportion & précision du contour ; il regne dans ce tableau, ce dessein, cette estampe, une belle harmonie. Il sembleroit suivre de-là qu'harmonie conviendroit par préférence à la lumiere. Cependant lorsqu'on n'entend parler que de ses effets, on se sert plus volontiers de ces expressions, belle distribution, belle oeconomie, belle intelligence de lumiere, beaux, grands effets de lumiere. Pour réussir à produire ces effets, il faut qu'il y ait dans le tableau une lumiere principale à laquelle toutes les autres soient subordonnées, non par leur espace, mais par leur vivacité ; & que les unes & les autres soient réunies par masse, & non éparses çà & là, par petites parties, formant comme une espece d'échiquier irrégulier ; c'est ce qu'on appelle papilloter, des lumieres qui papillotent.

A l'égard de la couleur, on dit quelquefois, ce tableau fait un bel effet, un grand effet de couleur ; mais l'on dit plus ordinairement, il y a dans ce tableau un bel accord, une belle harmonie de couleur, la couleur en est harmonieuse. Il est peut-être impossible de donner des préceptes pour réussir en cette partie ; l'on dit bien qu'il ne faut faire voisiner que les couleurs amies, mais les grands peintres ne connoissent point de couleurs qui ne le soient.

L'effet ou harmonie de lumiere & de couleur peuvent subsister dans un tableau, indépendamment de l'imperfection des objets qui y sont représentés : il pouvoit même n'y en point avoir ; c'est-à-dire, qu'il n'y eût qu'un amas confus, un cahos de nuages, de vapeurs, enfin une sorte de jeu de lumiere & de couleur. Si l'on refusoit à cette production le nom de tableau, au moins crois-je qu'on pourroit lui accorder celui d'effet, d'air, d'instrument oculaire, qui ne concouroit pas peu à donner des idées nettes de ce que c'est que l'harmonie en peinture, produite seulement par les effets de lumiere & de couleur.

Quoiqu'il soit impossible de suivre avec la derniere exactitude la forme de ces derniers, en y plaçant des objets ; cependant j'ai vû de jeunes peintres y en répandre, les suivre jusqu'à un certain point, & leur production devenir moins mal, quant à l'harmonie de lumiere & de couleur que lorsqu'ils ne se servoient pas de ce moyen.

Lorsqu'on entend par harmonie l'effet total, le tout ensemble d'un tableau ; l'on ne dit point de toutes les parties concourantes à cet effet, cette partie est harmonieuse, a une belle harmonie. L'on s'exprime alors plus généralement. Exemple : cette figure, ce vase, sont bien placés-là ; outre qu'ils y sont convenablement amenés, ils interrompent ce vuide, font communiquer ce grouppe avec cet autre, y forment l'harmonie ; ce ciel lumineux derriere cette draperie fait un bel effet, une belle harmonie ; cette branche d'arbre éclairée réunissant ces deux lumieres, elles font une belle harmonie ; il résulte de cet effet une harmonie charmante ; tout concourt, tout s'accorde dans la composition de ce tableau à caractériser le sujet, & rendre l'harmonie complete ; tout y est si convenablement d'accord que le plus léger changement y feroit une dissonance.

HARMONIE. (Accord de sons) L'harmonie a lieu, soit dans la prose, soit dans la poésie. Elle est à la vérité plus marquée dans les vers que dans la prose ; mais elle n'en existe pas moins dans celle-ci, & n'y est pas moins nécessaire. Nous parlerons d'abord de celle-ci, & ensuite de l'harmonie poétique.

L'harmonie de la prose étoit appellée par les Grecs rythmes, & par les Latins nombre oratoire, numerus. Voyez NOMBRE & RYTHMES.

On ne peut disconvenir que l'arrangement des mots ne contribue beaucoup à la beauté, quelquefois même à la force du discours. Il y a dans l'homme un goût naturel qui le rend sensible au nombre & à la cadence ; & pour introduire dans les langues cette espece de concert, cette harmonie, il n'a fallu que consulter la nature, qu'étudier le génie de ces langues, que sonder & interroger pour ainsi dire les oreilles, que Ciceron appelle avec raison un juge fier & dédaigneux. En effet, quelque belle que soit une pensée en elle-même, si les mots qui l'expriment sont mal arrangés, la délicatesse de l'oreille en est choquée ; une composition dure & rude la blesse, au lieu qu'elle est agréablement flatée de celle qui est douce & coulante. Si le nombre est mal soutenu, & que la chûte en soit trop promte, elle sent qu'il y manque quelque chose, & n'est point satisfaite. Si au contraire il y a quelque chose de traînant & de superflu, elle le rejette, & ne peut le souffrir. En un mot, il n'y a qu'un discours plein & nombreux qui puisse la contenter.

Par la différente structure que l'orateur donne à ses phrases, le discours tantôt marche avec une gravité majestueuse, ou coule avec une promte & légere rapidité, tantôt charme & enleve l'auditeur par une douce harmonie, ou le pénetre d'horreur & de saisissement par une cadence dure & âpre ; mais comme la qualité & la mesure des mots ne dépendent point de l'orateur, & qu'il les trouve pour ainsi dire tout taillés, son habileté consiste à les mettre dans un tel ordre que leur concours & leur union, sans laisser aucun vuide ni causer aucune rudesse, rendent le discours doux, coulant, agréable ; & il n'est point de mots, quelque durs qu'ils paroissent par eux-mêmes, qui placés à propos par une main habile, ne puissent contribuer à l'harmonie du discours, comme dans un bâtiment les pierres les plus brutes & les plus irrégulieres y trouvent leur place. Isocrate, à proprement parler, fut le premier chez les Grecs qui les rendit attentifs à cette grace du nombre & de la cadence, & Ciceron rendit le même service à la langue de son pays.

Quoique le nombre doive être répandu dans tout le corps & le tissu des périodes dont un discours est composé, & que ce soit de cette union & de ce concert de toutes les parties que résulte l'harmonie, cependant on convient que c'est sur-tout à la fin des périodes qu'il paroît & se fait sentir. Le commencement des périodes ne demande pas un soin moins particulier, parce que l'oreille y donnant une attention toute nouvelle, en remarque aisément les défauts.

Il y a un arrangement plus marqué & plus étudié qui peut convenir aux discours d'appareil & de cérémonie, tels que sont ceux du genre démonstratif, où l'auditeur, loin d'être choqué des cadences mesurées & nombreuses observées, pour ainsi dire, avec scrupule, sait gré à l'orateur de lui procurer par-là un plaisir doux & innocent. Il n'en est pas ainsi, quand il s'agit de matieres graves & sérieuses, où l'on ne cherche qu'à instruire & qu'à toucher ; la cadence pour lors doit avoir quelque chose de grave & de sérieux. Il faut que cette amorce du plaisir qu'on prépare aux auditeurs soit comme cachée & enveloppée sous la solidité des choses & sous la beauté des expressions, dont ils soient tellement occupés qu'ils paroissent ne pas faire d'attention à l'harmonie.

Ces principes que nous tirons de M. Rollin, qui les a lui-même puisés dans Ciceron & Quintilien, sont applicables à toutes les langues. On a long-tems cru que la nôtre n'étoit pas susceptible d'harmonie, ou du moins on l'avoit totalement négligée jusqu'au dernier siecle. Balzac fut le premier qui prescrivit des bornes à la période, & qui lui donna un tour plein & nombreux. L'harmonie de ce nouveau style enchanta tout le monde ; mais il n'étoit pas lui-même exempt de défauts, les bons auteurs qui sont venus depuis les ont connus & évités.

L'harmonie de la prose contient, 1°. les sons qui sont doux ou rudes, graves ou aigus ; 2°. la durée des sons brefs ou longs ; 3°. les repos qui varient selon que le sens l'exige ; 4°. les chûtes des phrases qui sont plus ou moins douces ou rudes, serrées ou négligées, séches ou arrondies. Dans la prose nombreuse, chaque phrase fait une sorte de vers qui a sa marche. L'esprit & l'oreille s'ajustent & s'alignent, dès que la phrase commence, pour faire quadrer ensemble la pensée & l'expression, & les mener de concert l'une avec l'autre jusqu'à une chûte commune qui les termine d'une façon convenable, après quoi c'est une autre phrase. Mais comme la pensée sera différente, soit par la qualité de son objet, soit par le plus ou le moins d'étendue, ce sera un vers d'une autre espece & aussi d'une autre étendue, & qui sera autrement terminé ; tellement que la prose nombreuse, quoique liée par une sorte d'harmonie, reste cependant toûjours libre au milieu de ses chaînes. Il n'en est pas de même dans les vers, tout y est prescrit par des lois fixes, & dont rien n'affranchit : la mesure est dressée, il faut la remplir avec précision, ni plus ni moins, la pensée finie ou non ; la regle est formelle & de rigueur. Cours de Belles-lettr. tome I.

Mais parce que ce qui constituoit l'harmonie dans la poésie greque & latine, étoit fort différent de ce qui la produit dans les langues modernes, les unes & les autres n'ont pas à cet égard des principes communs.

Le premier fondement de l'harmonie, dans les vers grecs & latins, c'est la regle des syllabes, soit pour la quantité qui les rend breves ou longues, soit pour le nombre qui fait qu'il y en a plus ou moins, soit pour le nombre & la quantité en même tems. 2°. Les inversions & les transpositions beaucoup plus fréquentes & plus hardies que dans les langues vivantes. 3°. Une cadence simple, ordinaire, qui se soûtient par-tout. 4°. Certaines cadences particulieres plus marquées, plus frappantes, & qui se rencontrant de tems à autre, sauvent l'uniformité des cadences uniformes. Voyez CADENCE.

Il n'en est pas de même de notre langue : par exemple, quoiqu'on convienne aujourd'hui qu'elle a des breves & des longues, ce n'est pas à cette distinction que les inventeurs de notre poésie se sont attachés pour en fonder l'harmonie, mais simplement au nombre des mesures & à l'assonance des finales de deux en deux vers. Ils ont aussi admis quelques inversions, mais légeres & rares ; ensorte qu'on ne peut bien décider si nous sommes plus ou moins riches à cet égard que les anciens, parce que l'harmonie de nos vers ne depend pas des mêmes causes que celle de leur poésie.

L'harmonie des vers répond exactement à la mélodie du chant. L'une & l'autre sont une succession naturelle & sensible des sons. Or comme dans la seconde un air filé sur les mêmes tons endormiroit, & qu'un mauvais coup d'archet cause une dissonnance physique qui choque la délicatesse des organes ; de même dans la premiere, le retour trop fréquent des mêmes rimes ou des mêmes expressions, le concours ou le choc de certaines lettres, l'union de certains mots, produisent ou la monotonie ou des dissonances. Les sentimens sont partagés sur nos vers alexandrins, que quelques auteurs trouvent trop uniformes dans leurs chûtes, tandis qu'ils paroissent à d'autres très-harmonieux. Le mélange des vers & l'entrelacement des rimes contribuent aussi beaucoup à l'harmonie, pourvû que d'espace en espace on change de rimes, car souvent rien n'est plus ennuyeux que les rimes trop souvent redoublées. Voyez RIME. (G)

HARMONIE EVANGELIQUE, (Théol.) titre que différens interpretes ou commentateurs ont donné à des livres composés pour faire connoître l'uniformité & la concordance qui regnent dans les quatre évangélistes. Voyez EVANGELISTES & CONCORDANCE.

Le premier essai de ces sortes d'ouvrages est attribué à Tatien, qui l'intitula Diatessaron, ou à Théophile d'Antioche qui vivoit dans le second siecle. Leur exemple a été suivi par d'autres écrivains ; savoir, par Ammonius d'Alexandrie, Eusebe de Césarée, Jansenius évêque d'Ypres, M. Thoinard, M. Whiston, le P. Lamy de l'Oratoire, &c. (G)

HARMONIE PREETABLIE, (Métaphysique). On appelle harmonie préétablie, l'hypothese destinée à expliquer le commerce qui regne entre l'ame & le corps. C'est M. Léibnitz qui l'a mise dans tout son jour ; car bien des philosophes ont pensé avant lui que le corps n'agit pas sur l'ame, ni l'ame sur le corps. On peut lire là-dessus tout le ij. chap. de la XI. partie du VI. livre de la Recherche de la Vérité. Spinosa dit dans son Ethique, part. III. prop. 2. Nec corpus mentem ad cogitandum, nec mens corpus ad motum, neque ad quietem, neque ad aliud determinare valet. Ce pas une fois fait, & la communication coupée, si je puis ainsi dire, entre les deux substances, il n'étoit pas bien difficile d'imaginer l'harmonie préétablie. Il y a sur-tout un passage dans Geulincs (Ethic. tract. 1. sect. 11. n°. 7.), qui dérobe à Leibnitz presque toute la gloire de l'invention ; si tant est que ce soit une gloire d'avoir inventé un système en bute à autant de difficultés que l'est celui-là. Voici en peu de mots en quoi consiste ce système : L'ame n'influe point sur le corps, ni le corps sur l'ame. Dieu n'excite point non plus les sensations dans l'ame, ni ne produit les mouvemens dans le corps. L'ame a une force intrinseque & essentielle de représenter l'univers, suivant la position de son corps. C'est en quoi consiste son essence. Le corps est une machine faite de telle façon que ses mouvemens suivent toûjours les représentations de l'ame. Chacune de ces deux substances a le principe & la source de ses mutations en soi-même. Chacune agit pour soi & de soi. Mais Dieu ayant prévû ce que l'ame penseroit dans ce monde, & ce qu'elle voudroit librement suivant la position du corps, a tellement accommodé le corps à l'ame, qu'il y a une harmonie exacte & constante entre les sensations de l'ame & les mouvemens du corps. Ainsi l'ame de Virgile produisoit l'Enéide, & sa main écrivoit l'Enéide sans que cette main obéit en aucune façon à l'intention de l'auteur ; mais Dieu avoit réglé de tout tems que l'ame de Virgile feroit des vers, & qu'une main attachée au corps de Virgile les mettroit par écrit. En un mot, M. Léibnitz regarde l'ame & le corps comme deux automates qui sont montés de façon qu'ils se rencontrent exactement dans leurs mouvemens. Figurez-vous un vaisseau qui, sans avoir aucun sentiment ni aucune connoissance, & sans être dirigé par aucun être créé ou incréé, ait la vertu de se mouvoir de lui-même si à propos qu'il ait toûjours le vent favorable, qu'il évite les courans & les écueils, qu'il jette l'ancre où il le faut, qu'il se retire dans un havre précisément lorsque cela est nécessaire. Supposez qu'un tel vaisseau vogue de cette façon plusieurs années de suite, toûjours tourné & situé comme il le faut être, eu égard aux changemens de l'air & aux différentes situations des mers & des terres, vous conviendrez que l'infinité de Dieu n'est pas trop grande pour communiquer à un vaisseau une telle faculté. Ce que M. Léibnitz suppose de la machine du corps humain est plus admirable encore. Appliquons à la personne de César son système. Il faudra dire que le corps de César exerça de telle sorte sa vertu motrice, que depuis sa naissance jusqu'à sa mort il suivit un progrès continuel de changemens, qui répondoient dans la derniere exactitude aux changemens perpétuels d'une certaine ame qui ne faisoit aucune impression sur lui. Il faut dire que la regle selon laquelle cette faculté du corps de César devoit produire ses actes, étoit telle qu'il seroit allé au sénat un tel jour, à une telle heure, qu'il y auroit prononcé telles & telles paroles, quand même il auroit plû à Dieu d'anéantir l'ame de César le lendemain qu'elle fut créée. Il faut dire que cette vertu motrice se changeoit & se modifioit ponctuellement selon la volubilité des pensées de cet esprit ambitieux. Une force aveugle se peut-elle modifier si à propos en conséquence d'une impression communiquée trente ou quarante ans auparavant, qui n'a jamais été renouvellée depuis, & qui est abandonnée à elle-même, sans qu'elle ait jamais connoissance de sa leçon ?

Ce qui augmente la difficulté est qu'une machine humaine contient un nombre presque infini d'organes, & qu'elle est continuellement exposée au choc des corps qui l'environnent, & qui par une diversité innombrable d'ébranlemens excitent en elle mille sortes de modifications. Le moyen de comprendre qu'il n'arrive jamais de changement dans cette harmonie préétablie, & qu'elle aille toûjours son train pendant la plus longue vie des hommes, nonobstant les variétés infinies de l'action réciproque de tant d'organes les uns sur les autres, environnés de toutes parts d'une infinité de corpuscules, tantôt froids, tantôt chauds, tantôt secs, tantôt humides, toûjours actifs, toûjours picotant les nerfs. J'accorderai que la multiplicité des organes & des agens extérieurs soit un instrument nécessaire de la variété presque infinie des changemens du corps humain ; mais cette variété pourra-t-elle avoir la justesse dont on a besoin ici ? ne troublera-t-elle jamais la correspondance de ces changemens & de ceux de l'ame ? C'est ce qui paroît impossible.

Comparons maintenant l'ame de César, avec un atome d'Epicure ; j'entends un atome entouré de vuide de toutes parts, & qui ne rencontreroit jamais aucun autre atome. La comparaison est très-juste ; car d'un côté cet atome a une vertu naturelle de se mouvoir, & il l'exécute sans être aidé de quoique ce soit, & sans être traversé par aucune chose ; & de l'autre côté l'ame de César est un esprit qui a reçû une faculté de se donner des pensées, & qui l'exécute sans l'influence d'aucun autre esprit, ni d'aucun corps ; rien ne l'assiste, rien ne la traverse. Si vous consultez les notions communes & les idées de l'ordre, vous trouverez que cet atome ne doit jamais s'arrêter, & que s'étant mû dans le moment précédent, il doit se mouvoir dans ce moment-ci, & dans tous ceux qui suivront, & que la matiere de son mouvement doit être toûjours la même. C'est la suite d'un axiome approuvé par M. Leibnitz : Nous concluons, dit-il, non-seulement qu'un corps qui est en repos, sera toûjours en repos, mais aussi qu'un corps qui est en mouvement, gardera toûjours ce mouvement ou ce changement, c'est-à-dire la même vîtesse & la même direction, si rien ne survient qui l'empêche. Voyez Mémoire inseré dans l'histoire des ouvrages des Savans, Juillet 1694. On se moqua d'Epicure lorsqu'il inventa le mouvement de déclinaison : il le supposa gratuitement pour tâcher de se tirer du labyrinthe de la fatale nécessité de toutes choses. On conçoit clairement qu'afin qu'un atome qui aura décrit une ligne droite pendant deux jours, se détourne de son chemin au commencement du troisieme jour ; il faut ou qu'il rencontre quelque obstacle, ou qu'il lui prenne quelqu'envie de s'écarter de sa route, ou qu'il renferme quelque ressort qui commence à joüer dans ce moment-là : la premiere de ces raisons n'a point lieu dans l'espace vuide ; la seconde est impossible, puisqu'un atome n'a point la vertu de penser ; la troisieme est aussi impossible dans un corpuscule absolument un. Appliquons ceci à notre exemple.

L'ame de César est un être à qui l'unité convient au sens de rigueur ; la faculté de se donner des pensées est, selon M. Leibnitz, une propriété de sa nature : elle l'a reçûe de Dieu, quant à la possession & quant à l'exécution. Si la premiere pensée qu'elle se donne est un sentiment de plaisir, on ne voit pas pourquoi la seconde ne sera pas aussi un sentiment de plaisir ; car lorsque la cause totale d'un effet demeure la même, l'effet ne peut pas changer. Or cette ame au second moment de son existence ne reçoit pas une nouvelle faculté de penser ; elle ne fait que retenir la faculté qu'elle avoit au premier moment, & elle est aussi indépendante du concours de toute autre cause au second moment qu'au premier ; elle doit donc reproduire au second moment la même pensée qu'elle venoit de produire. Si je suppose que dans certain instant l'ame de César voit un arbre qui a des fleurs & des feuilles, je puis concevoir que tout aussi-tôt elle souhaite d'en voir un qui n'ait que des feuilles, & puis un qui n'ait que des fleurs ; & qu'ainsi elle se fera successivement plusieurs images qui naîtront les unes des autres ; mais on ne sauroit se représenter comme possibles les changemens bisarres du blanc au noir & du oui au non, ni ces sauts tumultueux de la terre au ciel, qui sont ordinaires à la pensée d'un homme. Par quel ressort une ame seroit-elle déterminée à interrompre ses plaisirs, & à se donner tout-d'un-coup un sentiment de douleur, sans que rien l'eût avertie de se préparer au changement, ni qu'il se fût rien passé de nouveau dans sa substance ? Si vous parcourez la vie de César, vous trouverez à chaque pas la matiere d'une objection.

M. Leibnitz proposa son système pour la premiere fois dans le Journal des Savans de Paris, 1695. M. Bayle proposa ses doutes sur cette hypothèse dans l'article Rorarius de son dictionnaire. La replique de M. Leibnitz parut dans le mois de Juillet de l'histoire des ouvrages des Savans, ann. 1698. Ce système fut attaqué successivement par le pere Lami, dans son traité de la connoissance de soi-même ; par le pere Tournemine ; Newton, Clark, Stahl, parurent sur les rangs en différens tems.

Le principal défenseur de cette hypothèse fut M. Wolf dans sa Métaphysique allemande & latine ; c'est cette hypothèse qui servit à ses ennemis de principal chef d'accusation contre lui. Après bien des peines inutiles qu'ils s'étoient données pour le faire passer pour athée & spinosiste, M. Lang zélé théologien s'avisa de l'attaquer de ce côté-là. Il fit voir à Fréderic feu roi de Prusse, que par le moyen de l'harmonie préétablie, tous les déserteurs étoient mis à couvert du châtiment ; les corps des soldats n'étant que des machines sur lesquelles l'ame n'a point de pouvoir, ils désertoient nécessairement. Ce raisonnement malin frappa de telle sorte l'esprit du roi, qu'il donna ordre que M. Wolf fût banni de tous ses états dans l'espace de trois jours.

HARMONIE, (Ostéologie) articulation immobile des of par une connexion serrée ; selon la doctrine des anciens, c'est cette union serrée des os, au moyen de laquelle les inégalités sont cachées, de maniere qu'ils semblent n'être unis que par une seule ligne. Telle est l'articulation qui se rencontre aux of de la face ; mais on pourroit retrancher l'harmonie du nombre des articulations établies par les anciens, parce qu'elle ne differe point de la suture, lorsqu'on examine avec un peu d'attention les pieces détachées. (D.J.)

HARMONIE, en terme d'Architecture, signifie un rapport agréable qui se trouve entre les différentes parties d'un bâtiment. Voyez EURYTHMIE.


HARMONIQUEadjectif, (Musique) est ce qui appartient à l'harmonie. Proportion harmonique, est celle dont le premier terme est au troisieme, comme la différence du premier au second, est à la différence du second au troisieme. Voyez PROPORTION.

Harmonique, pris substantivement & au féminin, se dit des sons qui en accompagnent un autre & forment avec lui l'accord parfait : mais il se dit sur-tout des sons concomitans qui naturellement accompagnent toûjours un son quelconque, & le rendent appréciable. Voyez SON. (S)

L'exacte vérité dont nous faisons profession, nous oblige de dire ici que M. Tartini n'est point le premier auteur de la découverte des sons harmoniques graves, comme nous l'avions annoncé au mot FONDAMENTAL. M. Romieu, de la société royale des Sciences de Montpellier, nous a appris que dès l'année 1751, il avoit fait part de cette découverte à sa compagnie dans un mémoire imprimé depuis en 1752, & dont l'existence ne nous étoit pas connue.

Nous ignorons si M. Tartini a eu connoissance de ce mémoire ; mais quoi qu'il en soit, on ne peut refuser à M. Romieu la priorité d'invention. Voici l'extrait de son mémoire.

" Ayant voulu accorder un petit tuyau d'orgue sur l'instrument appellé ton, que quelques-uns appellent diapazon ; & les ayant embouchés tous deux pour les faire résonner ensemble, je fus surpris d'entendre indépendamment de leurs deux sons particuliers, un troisieme son grave & fort sensible ; je haussai d'abord le ton du petit tuyau, & il en résulta un son moins grave : ce son, lorsqu'il est trop bas, paroît maigre & un peu bourdonnant ; mais il devient plus net & plus moëlleux, à mesure qu'il est plus élevé.

Par plusieurs expériences réitérées long-tems après l'observation de ce son grave, faite il y a environ huit ou neuf ans, & que j'ai communiquées à la compagnie le 29 Avril 1751 ; je trouvai qu'il étoit toûjours l'harmonique commun & renversé des deux sons qui le produisoient ; ensorte qu'il avoit pour le nombre de ses vibrations le plus grand commun diviseur des termes de leur rapport. J'observai qu'il disparoissoit, lorsque ces deux sons formoient un intervalle harmonique ; ce qui ne peut arriver autrement, puisque l'harmonique commun se trouvant alors à l'unisson du son le plus grave de l'accord, il n'en devoit résulter rien de nouveau dans l'harmonie, qu'un peu plus d'intensité.

L'intensité ou sensibilité des sons harmoniques graves varie extrêmement, ainsi que je m'en suis assûré par un grand nombre d'expériences ; on ne les entend point sur le clavessin ; le violon & le violoncelle les donnent assez foibles ; ils se font beaucoup mieux sentir dans un duo de voix de dessus ; les instrumens à vent, les flûtes & les tuyaux à anche de l'orgue, les rendent bien distinctement à la plus haute octave du clavier, & presque point aux octaves moyennes & basses ; ils réussissent encore mieux, si l'on prend les sons de l'accord dans un plus grand degré d'aigu. C'est ce que j'ai observé avec deux petits flageolets, qui sonnoient à la quintuple octave de l'ut moyen du clavessin & même au-delà ; les sons harmoniques graves y ont paru avec tant de force, qu'ils couvroient presque entierement les deux sons de l'accord.

Toutes ces différences viennent sans-doute de l'intensité particuliere des sons de chaque instrument, & de chaque degré d'élévation, soit du son harmonique grave, soit des sons de l'accord : le clavessin a un son foible, & qui se perd à une petite distance ; aussi est-il en défaut pour notre expérience. Au contraire les instrumens à vent, dans leurs sons aigus, se font entendre de fort loin ; faut-il donc être surpris qu'ils y soient si propres ? Si leurs sons moyens ou graves ne le sont pas, c'est que leurs harmoniques graves tombent dans un trop grand degré de grave, ou que d'eux-mêmes ils n'ont pas beaucoup d'intensité. Pourquoi enfin les sons de l'accord très-aigus sont-ils absorbés par l'harmonique grave lui-même ? Ne seroit-ce pas que leur perception est confuse, à raison de leur trop grande élévation, tandis que l'harmonique grave se trouve dans un état moyen qui n'a pas cet inconvénient.

La découverte des sons harmoniques graves, nous conduit à des conséquences très-essentielles sur l'harmonie, où ils doivent produire plusieurs effets. Je vais les exposer aussi brievement qu'il me sera possible, pour ne pas abuser plus longtems de l'attention de cette assemblée.

Il suit de la nature des harmoniques graves, qui nous est à présent connue, 1°. que dans tout accord à plusieurs sons, il en naît autant d'harmoniques graves, qu'on peut combiner deux à deux les sons de l'accord, & que toutes les fois que l'harmonique grave n'est point à une octave quelconque du plus bas des deux sons, mais à une douzieme, dix-septieme, dix-neuvieme, &c. il résulte par l'addition de cet harmonique, un nouvel accord. C'est ainsi que l'accord parfait mineur donne dans le grave un son portant l'accord de tierce & septieme majeures, accompagné de la quinte, & que l'accord de tierce & septieme mineures, aussi accompagné de la quinte, donne dans le grave un son portant l'accord de septieme & neuvieme, tandis que d'un autre côté l'accord parfait majeur, quand même on le rendroit dissonnant en y ajoûtant la septieme majeure, ne donne jamais par son harmonique grave, aucune nouvelle harmonie.

2°. Si l'accord est formé de consonnances qui ne soient point harmoniques, ou de dissonnances même les plus dures ; elles se resolvent en leur fondement, & font entendre dans l'harmonique grave, un son qui fait toûjours avec ceux de l'accord un intervalle harmonique, dont l'agrément est, comme l'on sait, supérieur à tout ce que l'harmonie peut nous faire goûter. La seconde & la septieme majeure donnent, par exemple, ce son à la triple octave du-moins aigu ; nous avons l'emploi d'une pareille harmonie dans les airs de tambourin, ou le dessus d'un flageolet fort élevé, forme souvent avec la basse un accord doux & agréable, quoique composé de ces deux dissonnances, qui seroient presque insupportables, si elles étoient rapprochées, c'est-à-dire, réduites dans la même octave que la basse.

3°. Deux ou plusieurs sons qui, chacun en particulier n'ébranloient dans l'air que les particules harmoniques à l'aigu, & qui ne causoient tout-au-plus qu'un leger frémissement aux particules harmoniques au grave, deviennent capables par leur réunion dans les accords, de mettre ces derniers dans un mouvement assez grand pour produire un son sensible, comme il conste par la présence du son harmonique grave.

4°. Si les sons d'un accord quelconque sont éloignés entr'eux d'un intervalle harmonique, quoiqu'il n'en naisse aucune nouvelle harmonie ; cependant les vibrations du plus grave en sont beaucoup renforcées, & leur résonnance totale n'en acquiert qu'une plus grande intensité. Il y a longtems qu'on s'est appercû que les sons les plus graves du jeu appellé bourdon dans l'orgue, & qui sont foibles, reçoivent une augmentation notable, lorsqu'ils font accord avec les sons aigus du même jeu ou d'un autre ".

Il paroît qu'en général, suivant les expériences de M. Romieu, l'harmonique grave est plus bas que suivant celles de M. Tartini. Par exemple, on vient de voir que selon M. Romieu, la seconde majeure, ou ton majeur, donne l'harmonique grave à la triple octave du son le moins aigu ; selon M. Tartini, ce n'est qu'à la double octave ; & ainsi du reste. A cette différence près, qui n'est pas fort essentielle, eu égard à l'identité des octaves, ces deux auteurs sont d'accord.

M. Romieu ajoûte dans une lettre qu'il nous a fait l'honneur de nous écrire, que la fausse quinte donna pour l'harmonique grave la quintuple octave du son le plus aigu des deux ; question que M. Tartini n'avoit pas résolue, & que nous avions proposée au mot FONDAMENTAL. Il prétend aussi que la distance où l'on doit être des instrumens n'est point limitée, comme M. Tartini le prétend, sur-tout si on fait l'expérience avec des tuyaux d'orgue. Enfin il est faux, selon M. Romieu, que les harmoniques graves soient toûjours la basse fondamentale des deux dessus, ainsi que le prétend M. Tartini. Pour le prouver, M. Romieu nous a envoyé un duo de Lulli, où il a noté la basse des harmoniques & la fondamentale. Ce duo est du quatrieme acte de Roland : Quand on vient dans ce bocage, &c. Les deux basses different en plusieurs endroits, & les harmoniques introduisent souvent dans la basse, selon M. Romieu, un fondement inusité & contraire à toutes les regles, quoique ce duo par sa simplicité & son chant diatonique soit le plus propre à faire paroître la basse fondamentale. Et ce seroit bien autre chose, ajoûte M. Romieu, si on choisissoit un duo où le genre chromatique dominât. Ce dernier point nous paroît mériter beaucoup d'attention. La question n'est pas absolument de savoir si la basse des harmoniques graves donne une basse fondamentale contraire ou non aux regles reçûes ; mais de savoir si cette basse des harmoniques graves produit une basse plus ou moins agréable que la basse fondamentale faite suivant les regles ordinaires. Dans le premier cas, il faudroit renoncer aux regles, & suivre la basse des harmoniques donnée par la nature. Dans le second cas, il resteroit à expliquer comment une basse donnée immédiatement par la nature, ne seroit pas la plus agréable de toutes les basses possibles. (O)


HARMOSTEou HARMOSTERES, s. m. (Hist. anc.) nom d'un magistrat de Lacédémone ; il y avoit plusieurs harmostes, & leur office étoit de faire bâtir des citadelles, & de faire réparer les fortifications des villes. Dictionnaire de Trévoux. (G)


HARMOSYNIENSS. m. pl. (Hist. anc.) , officiers de la police de Lacédémone ; ces officiers furent établis à Sparte pour la raison que nous allons exposer.

Lycurgue avoit eû grand soin d'ordonner tout ce qui pouvoit rendre les hommes vigoureux, capables de supporter avec beaucoup de patience & de courage les plus grands travaux ; mais à l'égard des femmes mariées, il ne leur avoit imposé d'autre loi, que celle de porter un voile quand elles iroient dans les rues, pour les distinguer des filles, qui avoient la liberté d'aller à visage découvert.

Quelque facile à observer que fût cette loi, il y eut des femmes qui ne la garderent que fort imparfaitement après la mort du législateur ; ensorte qu'il fallut alors commettre des magistrats pour l'observation de son ordonnance, & on les appella harmosynoi. On voit ces officiers déjà nommés dans des inscriptions, soixante ou quatre-vingt ans après Lycurgue ; il ne faut pas les confondre avec les harmosteres. Voyez HARMOSTERE. (D.J.)


HARNDAL(Géog.) petite province de Suede, sur les frontieres de la Norwege, près des monts Darnfield.


HARNLANDou HARRIEN, (Géog.) petite province de Livonie, près du golfe de Finlande.


HARNOISS. m. (Art. milit.) armure complete , ou tout l'équipage d'un homme armé de pié en cap, d'un casque, d'une cuirasse, &c. Voyez ARMURE, CASQUE, CUIRASSE, &c.

HARNOIS, (Bourrelier) terme générique qui comprend les selles, brides, croupieres, traits, & autres équipages semblables dont on harnache les chevaux de monture & de tirage.

Le harnois des chevaux de carrosse est composé d'un poitrail, des montans, des chaînettes, de la bricole ou coussinet, du surdos & de ses bandes, de la croupiere, de l'avaloir d'en-bas, des reculemens ou bandes de côtés, des guides & rênes. Voyez chacun de ces mots à leurs articles particuliers.

Le harnois des chevaux de chaise est composé de la selle, du poitrail, du surdos, de l'avaloir, de la croupiere, de la dossiere, & des traits. Voyez tous ces mots à leurs articles, & les figures Planche du Bourrelier.

La plûpart des différentes pieces qui composent les harnois des chevaux de carrosse sont garnies de plaques, de fleurons, & de boucles de cuivre doré. Les plaques & les fleurons ne servent que pour l'ornement, elles ont pour l'ordinaire des cloux ou queues de cuivre que l'on fait entrer dans les bandes de cuir, & que l'on rive par-dessous.

HARNOIS, (Gasier, Rubanier, &c.) s'entend de l'assemblage des hautes lisses suspendues à leur place : ainsi on dit, un bon harnois, un mauvais harnois.


HAROou CLAMEUR DE HARO, (Jurispr.) Voyez au mot CLAMEUR.

HARO, (Géog.) ville d'Espagne dans la vieille Castille, au bord de l'Ebre, chef-lieu d'un comté érigé par le roi Jean II. en faveur de dom Pedro Fernandez de Velasco, tige des connétables de Castille ; elle doit sa premiere fondation en 900 à Fernand Laynez : elle est à trois lieues de Nagera. Long. 15. 12. lat. 42. 35. (D.J.)


HAROUALYS. m. (Vénerie) le valet de limier doit user de ce cri en parlant à son limier, lorsqu'il laisse courre une bête.


HARPALYCES. f. (Littér.) nom d'une chanson amoureuse célebre dans la Grece, & qu'on avoit faite sur la mort d'une jeune fille nommée Harpalice. Aristoxène nous apprend que méprisée par Iphiclus, un des argonautes, qu'elle aimoit à la folie, elle sécha de douleur, mourut ; & qu'à l'occasion de cet évenement on institua des jeux où les jeunes filles chantoient la chanson nommée harpalice. Parthenius parle aussi de cette chanson & de l'évenement qui y donna lieu. Il y avoit une autre chanson dans le même goût, appellée calycé, dont Stésichore étoit auteur : cette Calycé rebutée par son amant se précipita dans la mer. (D.J.)


HARPASTONS. m. (Gymnast.) sorte de jeu de balle fort en vogue chez les anciens ; ce mot est dérivé d', j'arrache, parce que dans ce jeu on s'arrachoit la balle les uns des autres. Cet exercice recevoit plusieurs autres noms grecs qu'il est inutile d'étaler ici ; il suffit de dire qu'il étoit très-fatiguant & très-propre à fortifier tout le corps. Athénée lui donnoit la préférence sur tous les autres jeux qui sont du ressort de la sphéristique.

Pour y joüer, dit M. Burette, on se divisoit en deux troupes qui s'éloignoient également d'une ligne nommée , que l'on traçoit au milieu du terrein, & sur laquelle on posoit une balle. On tiroit derriere chaque troupe une autre ligne qui marquoit de part & d'autre les limites du jeu : ensuite les joüeurs de chaque côté couroient vers la ligne du milieu, & chacun tâchoit de se saisir de la balle, & de la jetter au-delà de l'une des deux lignes qui marquoit le but, pendant que ceux du parti contraire faisoient tous leurs efforts pour défendre leur terrein & pour envoyer la balle vers l'autre ligne. Ces efforts opposés causoient une espece de combat fort échauffé entre les joüeurs, qui s'arrachoient la balle, qui la chassoient du pié & de la main, en faisant différentes feintes, qui se poussoient les uns les autres, & quelquefois se culbutoient. Enfin le gain de la partie étoit pour la troupe qui avoit envoyé la balle le plus grand nombre de fois dans un jeu, au-delà de cette ligne qui bornoit le terrein des antagonistes.

On voit par-là que cet exercice tenoit en quelque maniere de la course, du saut, de la lutte, & du pancrace. C'est à Pollux, dans son Onomastic. liv. IX. ch. vij. sect. 104. que nous en devons la description. (D.J.)


HARPES. f. (Hist. anc. & Lutherie) instrument de Musique. Son origine est fort ancienne ; David en joüoit pour chanter les loüanges du Seigneur, & les sons mélodieux qu'il en tiroit empêchoient Saül d'être tourmenté du démon. La harpe du prophete-roi n'étoit pas celle d'aujourd'hui ; il n'auroit pû danser devant l'arche en joüant de cet instrument. On ignore & quelle étoit la harpe de David, & quel est l'inventeur de la nôtre. Les noms des inventeurs des choses utiles ou agréables sont presque tous ensevelis dans les ténebres des tems, moins parce que les écrits de ceux qui ont voulu conserver ces noms à la postérité sont perdus, que parce que la plûpart de nos inventions sont l'ouvrage, non d'un homme, mais des hommes. En effet, il est assez naturel de penser que ceux qui sont venus après, pressés par les mêmes besoins & excités par les mêmes passions, n'auront pas manqué de perfectionner ce qui n'étoit d'abord qu'imparfaitement ébauché, & qui ne méritoit pas encore auparavant le nom d'invention.

Il y a apparence que la harpe a pris naissance, de même que tous les instrumens de Musique, dans des tems d'abondance & de joie, ou qu'elle est le fruit des recherches de quelque spéculatif amateur de Musique.

Cet instrument (Pl. de Luth) est composé de trois parties principales : 1°. d'une caisse A, faite de bois leger & sonore ; 2°. d'un montant B, solide quand la harpe est simple, mais creux quand la harpe est organisée ; 3°. d'une bande C à chevilles pour attacher les cordes qui tiennent par l'autre extrémité, à la table ou partie supérieure de la caisse sonore. Cette bande contient encore des crochets d, qui peuvent avancer & reculer, pour faire les diéses. On étoit obligé, pour faire ces tons sur la harpe, d'appuyer sur un de ces crochets avec la main gauche, jusqu'à-ce qu'il touchât la corde ; ce qui la racourcissoit de la seizieme partie de sa longueur, & faisoit monter le son d'un semi-ton : mais c'étoit-là un inconvénient. Pour le faire sentir, les lecteurs doivent savoir qu'on fait vibrer les cordes de cet instrument, en les pinçant avec les doigts ; la main droite exécute ordinairement le dessus, & la gauche accompagne : ainsi aux endroits où il y a des dièses on étoit obligé de laisser aller le dessus seul, puisque la main qui devoit l'accompagner se portoit aux crochets. On a remédié à cette imperfection, en ajoûtant des pédales à cet instrument ; & on dit alors qu'il est organisé. Nous allons exposer l'art avec lequel ces pédales sont faites ; ensuite nous expliquerons leur méchanisme : afin de ne pas embrouiller la figure, nous ne tracerons qu'une des pédales ; le lecteur suppléera facilement les autres ; il lui suffit de savoir qu'il doit y en avoir autant que de notes dans l'octave, c'est-à-dire sept. E F est un levier dont l'appui G est dans une chape qui tient au fond M N de la caisse sonore. Ce levier communique à un autre F I, dont l'appui H est aussi dans une chape qui tient au même fond. A l'extrémité I est attaché un fil-d'archal I O, d'environ une ligne de diametre, qui tient au bout O du bras O P du levier coulé O P Q. Au point Q tient par une petite charniere simple, une mince lame de fer qui s'attache de même au levier composé R S T, dont la partie S T, qui est à-peu-près perpendiculaire à la mince lame Q R, est la queue d'un des crochets dièses : une pareille lame tient de même au point R, & communique à un levier semblable au précédent ; ainsi de suite. Le point V du dernier levier composé se joint toûjours par une lame de fer à un ressort X roulé en spirale ; & c'est-là l'assemblage de toutes les pieces qui composent une pédale dans cet instrument. Venons maintenant à son jeu, je dis à son jeu, parce qu'on ne sauroit expliquer le méchanisme de l'une, qu'en même tems on n'explique celui des autres.

Si l'on met le pié sur le bras E G du levier E H, que je suppose être la pédale d'ut, le point I descendra, de même que l'extrémité O ; alors les points R Y Z, &c. des leviers composés décriront des arcs en s'approchant de la tête de la harpe ; & les queues S T des crochets sortiront par rapport à la face A de la bande, ou rentreront par rapport à la face W : alors les crochets D sont montés à vis sur leurs queues, de maniere qu'ils toucheront toutes les cordes ut, lesquelles au lieu de vibrer depuis la table jusqu'aux obstacles 2, ne vibreront que depuis la table jusqu'aux obstacles 3, c'est-à-dire qu'elles seront raccourcies de la partie 3, 2, qui est égale à un seizieme de toute la corde : mais la tension restant la même, si une corde se raccourcit, elle doit rendre un nouveau son qui soit au premier réciproquement comme les longueurs des cordes. Or par la supposition, la corde est raccourcie d'un seizieme ; donc le premier son est au second comme 15 est à 16, c'est-à-dire que le dernier est plus haut que l'autre d'un semi-ton majeur ; mais le premier par l'hypothèse est l'ut naturel ; donc le second est l'ut dièse : & c'est ce qu'il falloit expliquer.

En cessant d'appuyer le pié sur la pédale, le ressort spiral, que la pression du pié avoit forcé à se bander, remettra, en se rétablissant, les choses comme elles étoient auparavant. Mais s'il y a des dièses tout le long de la piece, par exemple, si la note ut est par-tout dièse, quand on aura baissé la pédale, pour n'être pas obligé d'avoir toûjours le pié posé dessus, on la poussera à côté. Pour favoriser ce mouvement, le levier E F est brisé en K ; de maniere que sa partie E K peut se mouvoir horisontalement autour du point K, mais seulement d'un côté : étant poussée, comme nous venons de dire, la pédale ne pourra remonter, à-cause qu'elle rencontrera la cheville L, placée exprès pour cela en cet endroit : par ce moyen, tous les ut seront dièses ; & le pié qui sera libre pourra faire les dièses accidentels qui pourroient se rencontrer dans la piece.

Pour empêcher que le bas des pédales ne se détruise, soit par l'humidité, par la poussiere, ou par le choc de quelques autres corps étrangers, on adapte un double fond 4, 5, à la harpe, & on enveloppe l'entre-deux par une bande légere de bois, ou par la continuité des faces latérales de la caisse sonore, en laissant de petites fenêtres pour passer les queues des pédales. Enfin on couvre le devant du montant B, de même que le devant de la bande C, l'un & l'autre d'une planche mince, afin de garantir d'insulte ce que chacune de ces pieces contient dans son interieur.

Il nous reste encore à dire pourquoi la bande C est courbée en-dedans, & pourquoi la caisse sonore est plus grosse vers le bas. 1°. Ceux qui joüent de cet instrument ont remarqué, lorsque la bande C est droite, que quoique les cordes les plus minces soient beaucoup plus courtes que les grosses, cependant elles cassoient constamment plus souvent que les autres : d'où ils ont conclu qu'il falloit, pour leur donner plus de résistance, les raccourcir davantage ; & c'est ce qu'on a fait en courbant la traverse. 2°. Comme les petites cordes s'attachent vers le haut de la caisse sonore, & les grosses vers le bas, & que les sons que rendent celles-ci ont plus d'intensité que les sons que rendent celles-là ; il étoit nécessaire de faire la caisse plus vaste & plus forte aux endroits où sont attachées les grosses, qu'à ceux où sont attachées les petites : afin qu'il y eût dans le bois de la caisse une inertie proportionnée à l'intensité des sons, & que le volume d'air renfermé, de même que celui qui environne la caisse immédiatement, fût dans une espece de proportion avec la force de ces sons. La meilleure harpe sans-doute seroit celle où la force du son seroit en équilibre avec les parties correspondantes de la caisse sonore.

Cet instrument rend des sons doux & harmonieux ; il est très-touchant & plus propre à exprimer la tendresse & la douleur, que les autres affections de l'ame. Les cordes de la harpe veulent être touchées avec modération ; autremen telles rendroient des sons confus, comme feroit le clavecin, si les vibrations des cordes n'étoient pas arrêtées par un obstacle. Enfin je dirai pour finir, que les Irlandois sont entre tous les peuples ceux qui passent pour joüer le mieux de cet instrument. Cet article a été donné par M. le comte de HOGHENSKI, qui veut bien nous permettre de lui rendre ici, en le nommant, un témoignage public de reconnoissance : c'est peut-être le plus modeste & le plus habile joüeur de harpe. Il y joint la connoissance de la plus profonde & brillante harmonie au goût noble d'un homme de qualité qui a bien profité d'une éducation proportionnée à sa haute naissance. (B)

HARPE, (Mythologie) c'est un symbole d'Apollon ; de sorte que sur les médailles, une ou deux harpes marquent les villes où ce dieu étoit adoré comme chef des Muses. Quand la harpe est entre les mains d'un centaure, elle désigne Chiron, maître d'Achille ; quand elle est jointe au laurier & au couteau, elle marque les jeux apollinaires. (D.J.)

HARPE, (Hist. nat.) c'est le nom que l'on donne à une coquille bivalve, à cause de sa ressemblance avec une harpe : il y a des auteurs qui l'appellent la lire.

* HARPE, (Art milit.) espece de pont-levis ainsi appellé de sa ressemblance avec la harpe, instrument de Musique. Ce pont de membrures appliqué perpendiculairement contre la tour, avoit, comme la harpe, des cordes qui l'abaissoient sur le mur, par le moyen de poulies ; & aussi-tôt des soldats sortoient de la tour pour se jetter sur le rempart par ce passage. Dictionn. de Trév.

HARPES, (Maçonnerie) pierres qu'on laisse alternativement en saillie à l'épaisseur d'un mur, pour faire liaison avec un autre qui peut être construit dans la suite. On appelle aussi harpes les pierres plus larges que les carreaux dans les chaînes, jambesboutisses, jambes sous poutre, &c. pour faire liaison avec le reste de la maçonnerie d'un mur. (P)


HARPÉS. m. (Littérature) ce mot se trouve dans Ovide & dans Lucain ; c'étoit une espece de grand coutelas dont Mercure & Persée se servirent, disent les poëtes, l'un pour tuer Argus, & l'autre pour couper la tête à Méduse. Mercure en fut surnommé harpédophore.

Vertit in hunc harpen spectata caede Medusae.

Ovid. Metam. lib. V. v. 69.

Perseos aversi Cyllenida dirigit harpen.

Luc. lib. IX. v. 676.

C'étoit aussi cette épée recourbée dont les gladiateurs nommés thraces s'escrimoient dans les jeux publics. (D.J.)


HARPÉadj. (Vénerie) On dit d'un chien qui a les hanches larges, qu'il est bien harpé.


HARPEAU(Marine) voyez GRAPIN D'ABORDAGE.


HARPEGEMENTS. m. (Musique) ce mot vient de l'italien, & signifie une maniere particuliere de toucher successivement les différens tons dont un accord est composé, au lieu de les frapper à la-fois & en plein. Communément on monte de la tonique à la tierce, quinte, octave, ou septieme, &c. d'où l'on redescend ensuite par les mêmes intervalles : cela fait l'harpegement complet d'un accord.

L'harpegement est soumis au doigter de l'instrument, sur les instrumens qui ont un grand nombre de cordes, comme le clavecin, la harpe, le luth, &c. on ne change guere la marche d'un accord ; l'on monte & descend uniformément de la tierce à la quinte, de la quinte à l'octave, &c. mais sur les instrumens de peu de cordes, comme le violon, le violoncelle, &c. le doigter oblige souvent, pour rendre un accord complet, de chercher une tierce ou une quinte dans l'octave au-dessus ou au-dessous.

On ne peut harpeger long-tems sur des instrumens de peu de cordes ; le doigter s'y oppose : mais on se sert de cette maniere fréquemment sur le clavecin, la harpe, le luth, & sur d'autres instrumens qu'on pince.

On fait usage de l'harpegement dans les préludes & dans les morceaux de fantaisie, où un musicien s'abandonne aux idées que son génie lui inspire sur le champ : c'est-là où il peut montrer une science profonde dans l'art des modulations, des liaisons, des passages d'un ton à un autre, &c. L'harpegement devïent alors nécessaire sur les instrumens qu'on touche ou qu'on pince. Les accords frappés en plein l'un après l'autre, offenseroient l'oreille à la longue. L'harpegement en ôte la sécheresse & la dureté.

On n'harpege presque jamais dans les accompagnemens : le goût & la sagesse proscrivent tout ce qui pourroit distraire du chant & de son expression ; & le secret de ne point couvrir la voix consiste moins dans l'art de joüer doux, que dans celui de supprimer cette note de l'accord, qui en se faisant entendre, nuiroit aux accens & à l'effet du chant. Aussi trouve-t-on dans les partitions d'un homme de goût les accords rarement remplis & le plus communément la quinte ne joue plus que la basse dès que la voix commence à chanter. Cette sagesse qui défend de remplir les accords dans les accompagnemens, s'oppose à plus forte raison à l'harpegement.

Pour accompagner le récitatif, le compositeur n'écrit que la note de la basse ; mais celui qui accompagne du clavecin frappe l'accord en plein & à sec aussi souvent que cette note change ; & celui qui accompagne du violoncelle, donne le même accord par harpegement, pour aider & soûtenir le chanteur dans le ton. Alors le compositeur doit chiffrer sa basse, du-moins dans les endroits difficiles. Voyez ACCOMPAGNEMENT, ACCORD, DOIGTER, LUTH, CLAVECIN, &c.


HARPIESS. f. (Mytholog.) monstres fameux dans la fable, & que les Poëtes représentent avec un visage de fille, des oreilles d'ours, un corps de vautour, des aîles aux côtés des piés, & des mains armées de griffes longues & crochues. Virgile ne nomme que Celeno ; mais Hésiode en compte trois, Iris, Ocypeté & Aëllo. On disoit qu'elles causoient la famine par-tout où elles passoient, enlevant les viandes jusque sur les tables, infectant tout par leur mauvaise odeur : c'est ainsi qu'elles persécuterent Phinée, roi de Thrace, qui n'en fut délivré que par la valeur de Zethus & de Calaïs, deux des Argonautes, qui étant fils de Borée & ayant des aîles comme leur pere, donnerent la chasse à ces monstres jusqu'aux îles Strophades, où les harpies firent ensuite leur demeure ; c'est-là, selon Virgile, qu'elles vinrent fondre sur les tables des compagnons d'Enée. Les auteurs qui ont voulu ramener ces fictions à un sens historique, conjecturent que ce qu'on nomma harpies étoient des corsaires dont les incursions troubloient le commerce & la navigation des états voisins, & y causoient quelquefois la famine. D'autres prétendent que ces harpies n'étoient autre chose que des sauterelles qui ravageoient des contrées entieres ; que le mot grec est dérivé de l'hébreu arbeh, locusta, sauterelle ; que Celeno, nom de la principale des harpies, signifie en syriaque sauterelle ; & qu'Acholoë, nom d'une autre d'où Hésiode a fait Aëllo, vient d'achal, manger, parce que les sauterelles dévorent toute la verdure ; qu'elles furent chassées par les fils de Borée, c'est-à-dire par les vents septentrionaux qui balayent en effet ces nuées de sauterelles ; & enfin que ces insectes causent la famine, la peste, & inquietent par-là les souverains mêmes jusque dans leurs palais ; caracteres qui conviennent aux harpies qui desoloient le roi de Thrace. L'auteur de l'histoire du ciel, sans s'éloigner absolument de cette derniere opinion, y prête une nouvelle face. " Les trois lunes d'Avril, de Mai, & de Juin, dit-il, surtout les deux dernieres, étant sujettes à des vents orageux qui renversoient quelquefois les plants d'oliviers, & à amener du fond de l'Afrique & des bords de la mer Rouge des sauterelles & des hannetons qui ravageoient & salissoient tout, les anciens Egyptiens donnerent aux trois Isis qui annonçoient ces trois lunes, un visage féminin avec un corps & des serres d'oiseaux carnaciers ; les oiseaux étant la clé ordinaire de la signification des vents, & le nom de harpies qu'ils donnoient à ces vents signifioit les sauterelles, ou les insectes rongeurs que ces vents faisoient éclorre ". Il n'a fallu aux Poëtes que de l'imagination, pour transformer des sauterelles en monstres ; mais il faut bien de la sagacité pour réduire des monstres en sauterelles. (G)


HARPOCRATES. m. (Mythologie) fils d'Isis & d'Osiris, suivant la plûpart des Mythologistes.

C'est une divinité égyptienne dont le symbole particulier qui la distingue de tous les autres dieux d'Egypte, est qu'il tient le second doigt sur la bouche, pour marquer qu'il est le dieu du silence.

On voyoit des statues de ce dieu dans quantité de temples & de places publiques ; il nous en reste encore des empreintes par des gravures & des médailles sur lesquelles il est représenté diversement, selon les divers attributs que les peuples lui donnoient.

On offroit à cette divinité les lentilles & les prémices des légumes ; mais le lotus & le pêcher lui étoient particulierement consacrés.

Sa statue se trouvoit à l'entrée de la plûpart des temples ; ce qui vouloit dire, au sentiment de Plutarque, qu'il falloit honorer les dieux par le silence ; ou, ce qui revient au même, que les hommes en ayant une connoissance imparfaite, ils n'en devoient parler qu'avec respect.

On représentoit le plus ordinairement Harpocrate sous la figure d'un jeune homme nud, couronné d'une mitre à l'égyptienne, tenant d'une main une corne d'abondance, de l'autre une fleur de lotus, & portant quelquefois la trousse ou le carquois.

Comme on le prenoit pour le Soleil, & peut-être n'est-il pas autre chose, cette corne d'abondance marquoit que c'est le soleil qui produit tous les fruits de la terre, & qui vivifie toute la nature ; le carquois dénotoit ses rayons, qui sont comme des fleches qu'il décoche de toutes parts. La fleur de lotus est dédiée à cet astre lumineux, parce qu'elle passoit pour s'ouvrir à son lever & se fermer à son coucher : le pavot l'accompagne quelquefois, comme un symbole de la fécondité. Mais que signifie la choüette qu'on voit tantôt aux piés d'Harpocrate, & tantôt placée derriere le dieu ? Cet oiseau étant le type de la nuit, c'est, dit M. Cuper, le soleil qui tourne le dos à la nuit.

Quelques statues représentent Harpocrate vêtu d'une longue robe tombant jusque sur les talons, ayant sur sa tête rayonnante une branche de pêcher garnie de feuilles & de fruits. Comme les feuilles de cet arbre ont la forme d'une langue, & son fruit celle d'un coeur ; les Egyptiens, dit Plutarque, ont voulu signifier par cet emblème le parfait accord qui doit être entre la langue & le coeur. Cette statue mériteroit donc une place distinguée dans les palais des rois & des grands.

Les gravures & les médailles d'Harpocrate nous le représentent communément avec les mêmes attributs qu'on lui donne dans les statues antiques, le doigt sur la bouche, la corne d'abondance, le lotus, le pêcher, le panier sur la tête. Quelques-unes de ces médailles portent sur le revers l'empreinte du soleil ou de la lune ; & d'autres ont plusieurs caracteres fantastiques des Basilidiens, qui mêlant les mysteres de la religion chrétienne avec les superstitions du Paganisme, regardoient ces sortes de médailles comme des especes de talismans. Voyez à ce sujet les recherches de M. Spon.

Mais on fit sur-tout chez les anciens quantité de gravures d'Harpocrate, pour des bagues & des cachets. Nos Romains, dit Pline, commencent à porter dans leurs bagues Harpocrate, & autres dieux égyptiens. Leurs cachets avoient l'empreinte d'un Harpocrate avec le doigt sur la bouche, pour apprendre qu'il faut garder fidelement le secret des lettres ; & l'on ne pouvoit trouver d'emblème plus convenable de ce devoir essentiel de la société.

Varron parle succintement d'Harpocrate, de crainte, ajoûte-t-il, de violer le silence qu'il recommande : mais M. Cuper n'a pas cru qu'il devoit avoir les mêmes scrupules que le plus docte des Romains ; il a au contraire publié le fruit de toutes ses recherches sur cette divinité payenne, & n'a rien laissé à glaner après lui, en mettant au jour son ouvrage intitulé Harpocrates. J'y renvoye les curieux, qui y trouveront une savante mythologie de cette divinité d'Egypte. La premiere édition est d'Amsterdam en 1676, in -8° & la seconde augmentée de nouvelles découvertes, parut à Utrecht en 1687, in -8°. (D.J.)


HARPOCRATIENSS. m. pl. (Hist. eccles.) secte d'hérétiques dont Celse fait mention ; on croit que c'étoit les mêmes que les Carpocratiens. Voyez CARPOCRATIENS. (G)


HARPONS. m. (Tailland.) c'est une barre de fer plat ou quarré coudée par un bout, de longueur convenable pour embrasser la piece qu'il doit retenir, & percée à l'autre bout de plusieurs trous pour être attaché sur les plateformes ou pieces de bois qu'il doit retenir. On pratique un talon au bout du côté percé de trous ; il est entaillé dans le bois, ce qui donne de la force au harpon.

Voilà le harpon en bois. Celui en plâtre en differe, en ce qu'il est environ de deux ou trois pouces de long, & que chaque partie fendue est coudée en sens contraire, ce qui forme le scellement.

L'usage du harpon alors est de retenir les cloisons & pans de bois dans les encoignures ; on employe les harpons à plâtre où l'on ne peut se servir des autres.

Les anciens les faisoient de cuivre, & ils avoient raison de préférer ce métal au fer qui se décompose facilement, & dont la rouille ou chaux pénétrante perce à-travers les pierres, les marbres mêmes, à l'aide de l'humidité, & les tache. Ils arrêtoient leurs harpons avec le plomb fondu.

HARPON, (Marine) c'est un javelot forgé de fer battu auquel on ente un manche de bois de six à sept piés de longueur, où l'on attache une corde. Ce harpon a la pointe acérée, tranchante & triangulaire, en forme de fleche. On s'en sert pour la pêche de la baleine, & de quelques autres gros poissons. Au bout du harpon il y a un anneau auquel la corde est attachée ; & lorsqu'on a lancé le harpon, & qu'il est entré dans la baleine, elle se plonge avec vîtesse ; on file la corde, & l'on la suit par ce moyen. (Z)

HARPONS, (Marine) ce sont des fers tranchans faits en forme de S, que l'on met au bout des vergues pour couper, lors de l'abordage, les hautbans, & autres manoeuvres de l'ennemi. (Z)


HARPONNERc'est darder le harpon. Voyez l'article BALEINE.


HARPONNEURS. m. (Marine) c'est un matelot ou autre homme de l'équipage engagé par le capitaine pour jetter le harpon lors de la pêche de la baleine. Tout matelot n'est pas propre à darder le harpon ; il faut être dressé à cette manoeuvre. (G)


HARRENLAND(Géog.) petite province de Livonie, au N. O. sur le golfe de Finlande, & en partie sur la mer Baltique ; Revel en est la seule ville. (D.J.)


HARTS. m. (Jurispr.) se prend en cette matiere pour la peine de la potence. Voyez PENDRE & POTENCE. (A)


HARTBERG(Géog.) ville d'Allemagne, sur la riviere de Lausnitz, dans la basse Stirie.


HARTENBOURG(Géogr.) petite ville de Boheme.


HARTENFELDT(Géog.) petit district d'Allemagne, dans la Souabe.


HARTFORD(Géogr.) ville de l'Amérique septentrionale, capitale d'une colonie de même nom, dans la nouvelle Angleterre. Long. 304. latit. 41. 40. (D.J.)


HARTou FORÊT HERCINIENNE, (Géog.) chaîne de montagnes & forêt très-considérable située dans le duché de Brunswick, entre le Weser & la Saal, & qui s'étend depuis la riviere de Leine jusqu'à celle de Selcke, dans la principauté de Grubenhagen & d'Anhalt, & dans les comtés de Reinstein & de Hohenstein. Le Hartz est très-fameux par ses mines d'argent & d'autres métaux. Toutes les mines d'argent appartiennent à l'électeur de Hanovre, à l'exception d'un 7e. qui appartient au duc de Brusnwick-Wolffenbuttel. Le Blocksberg ou mont Bructere est la plus haute montagne du Hartz, & même de toute l'Allemagne, suivant quelques auteurs. Il n'est point d'endroit en Europe où la science des mines & la Métallurgie soient plus en vigueur qu'au Hartz. Il y a presque par-tout des mines à l'exploitation desquelles on travaille, & des fonderies pour toutes sortes de métaux. Le Hartz fait partie de la forêt Hercinienne connue des Romains, & fameuse par son étendue immense. (-)


HARTZBOURG(grotte de) Hist. nat. grotte fameuse par son étendue & par les stalactites singuliers qui se forment dans ses soûterreins. On prétend que jusqu'à-present l'on n'en a point encore pu trouver la fin. Cette grotte est située près de Goslar, dans le Hartz, à peu de distance du vieux château de Hartzbourg.


HARTZGERODE(Géogr.) petite ville d'Allemagne dans la haute-Saxe, dans la principauté d'Anhalt, sur la Selke, entre Schwartsbourg & Falkenstein, dans les états de la branche de Bernbourg. Long. 30. 6. latit. 51. 4. (D.J.)


HARUDES(LES) s. m. pl. (Géog. anc.) ancien peuple de la Germanie qui vint trouver Arioviste dans les Gaules, & fortifier de vingt-quatre mille hommes son armée, qui fut néanmoins battue au rapport de César, de bell. gall. liv. I. c. xxxj. Depuis lors, il n'est plus parlé des Harudes, ni dans César, ni dans Suétone, ni dans Tacite, ni dans aucun historien de Rome. C'est folie de chercher avec Cluvier quelle étoit leur demeure en Germanie, & ce qu'ils devinrent. Ceux qui échapperent de la défaite d'Arioviste, se perdirent apparemment dans quelqu'autre nation dont ils porterent ensuite le nom. (D.J.)


HARUSPICES. m. (Divinat.) chez les Romains c'étoient des ministres de la religion chargés spécialement d'examiner les entrailles des victimes, pour en tirer des présages, & par-là connoître ou conjecturer l'avenir.

Nous croyons qu'on doit écrire ainsi ce mot haruspices, parce qu'il est dérivé d'haruga, qui chez les premiers Romains signifioit les entrailles des victimes, & du verbe aspicere, voir, considérer ; ou comme d'autres le pensent, d'hara, hostia, une victime. Quoique quelques-uns soûtiennent que l'on doit orthographier aruspices, derivant ce mot d'aras & inspicere, avoir l'inspection des autels ; mais on sait que cette inspection n'étoit pas la fonction principale de ces prêtres payens ; & qu'au contraire leur marque distinctive étoit d'examiner les entrailles des animaux offerts en sacrifice.

Le P. Pezron dit que ce mot étoit originairement formé du celtique au, foie, & de spicio, je regarde ou considere ; mais que ce terme paroissant aux Romains dur à la prononciation, ils l'adoucirent en faisant celui d'aruspex, qui est moins rude qu'auspex. On trouve dans Festus ce mot harviga ou hardiga, par lequel il entend une victime dont on considere les entrailles, tandis qu'elles sont encore en entier ou dans leur état naturel. Sur quoi M. Dacier observe que harviga est dérivé du grec , bélier, parce que c'étoit proprement un bélier qu'ils immoloient d'abord ; mais dans la suite ce nom devint commun à toutes sortes de victimes.

Les Etruriens étoient de tous les peuples d'Italie ceux qui possédoient le mieux la science des haruspices. C'étoit de leur pays que les Romains appelloient ceux dont ils se servoient. Ils envoyoient même tous les ans en Etrurie un certain nombre de jeunes gens pour être instruits dans les connoissances des haruspices ; & de peur que cette science ne vînt à s'avilir par la qualité des personnes qui l'exerçoient, on choisissoit ces jeunes gens parmi les meilleures familles de Rome. Il paroît en effet que sous les rois & dans les premiers tems de la république, cet art fut fort respecté ; mais il n'en fut pas de même, lorsque les Romains polis par le commerce & les sciences des Grecs devinrent plus éclairés. Leurs savans & leurs beaux esprits plaisantoient sur le compte des haruspices. Cicéron, dans le livre II. de la nature des dieux, nous a conservé le mot de Caton, qui disoit qu'il ne concevoit pas comment un haruspice pouvoit en regarder un autre sans rire ; & combien de lecteurs riront du mot de Caton, qui ne s'appercevront pas de l'application qu'on leur en feroit ! Il y avoit à Rome un collége d'haruspices particulierement chargés du culte de Jupiter tonnant. On les nommoit encore extispices. Voyez EXTISPICES. (G)


HARUSPICINES. f. (Divin.) l'art ou la science des haruspices, ou divination par l'inspection des entrailles des victimes. Ce mot a la même étymologie qu'haruspice. Voyez ci-devant HARUSPICE.

L'haruspicine avoit sans-doute ses regles ; & il est probable que ceux qui la pratiquoient, suivoient certains principes, quelqu'absurdes qu'ils fussent : mais soit qu'ils ne les communiquassent que de vive voix & sous le secret à leurs disciples, de peur que leurs impostures ne fussent découvertes, & pour rendre leur profession plus respectable, en la couvrant de ce voile mystérieux ; soit que les livres qu'ils en avoient écrit ayent péri par l'injure des tems, il est certain qu'aucun n'est parvenu jusqu'à nous ; & d'ailleurs on ne voit point que les anciens les ayent cités, considération qui doit faire incliner pour le premier sentiment.

Mais si les principes de cette science sont inconnus, les opérations ne le sont pas. Les haruspices considéroient premierement la victime, lorsqu'on l'approchoit de l'autel, & la rejettoient, si elle avoit quelque tache ou souillure légale. Lorsqu'elle étoit immolée, ils examinoient l'état & la disposition du foie, du coeur, des reins, de la rate, de la langue. Ils observoient soigneusement s'il n'y paroissoit point quelque flétrissure, ou autre symptome défavorable. Enfin ils regardoient de quelle maniere la flamme environnoit la victime & la brûloit, quelle étoit l'odeur & la fumée de l'encens, & comment s'achevoit le sacrifice ; ils concluoient de-là pour le bonheur ou le malheur des entreprises.

Nous ajoûterons ce que dit sur cette matiere M. Pluche, hist. du ciel, tome I. page 443. " La bienséance, dit-il, avoit dès les premiers tems introduit l'usage de ne présenter au Seigneur dans l'assemblée des peuples que des victimes grasses & bien choisies ; on en examinoit avec soin les défauts, pour préférer les plus parfaites. Ces attentions qu'un cérémonial outré avoit fait dégénérer en minuties, parurent des pratiques importantes, & expressément commandées par les dieux.... Quand on se fut mis en tête qu'il ne falloit rien attendre d'eux, si la victime n'étoit pas parfaite, le choix & les précautions furent portées en ce point jusqu'à l'extravagance. Il falloit à telle divinité des victimes blanches ; il en falloit de noires à une autre : une troisieme affectionnoit les bêtes rousses :

Nigram hyemi pecudem, zephiris felicibus albam.

Chaque victime passoit par un examen rigoureux ; & telle qui devant être blanche se seroit trouvée avoir quelques poils noirs, étoit privée de l'honneur d'être égorgée à l'autel. La difficulté de trouver des bêtes ou exactement blanches ou exactement noires, ne laissoit pas de faire naître quelque embarras en bien des rencontres, sur-tout quand c'étoit de grandes victimes. Mais on s'en tiroit par un expédient qui étoit de noircir les poils blancs dans les noires, & de frotter de craie tout ce qui se trouvoit rembruni dans les genisses blanches, bos cretatus.

Après avoir immolé les victimes les mieux choisies, on ne se croyoit cependant pas encore suffisamment acquité. On en visitoit les entrailles en les tirant pour faire cuire les chairs : & s'il s'y trouvoit encore quelques parties ou vicieuses ou flétries, ou malades, on croyoit n'avoir rien fait. Mais quand tout étoit sain, & que les dedans comme les dehors étoient sans défaut, on croyoit les dieux contens & tous les devoirs remplis, parce qu'il ne manquoit rien au cérémonial. Avec ces assûrances d'avoir mis les dieux dans ses intérêts, on alloit au combat, on faisoit tout avec une entiere confiance de réussir.

Cette intégrité & cet accord parfait des dedans & des dehors des victimes étant le moyen sûr de connoître si les dieux étoient satisfaits, on en fit comme des augures, la grande affaire des ministres de la religion : les rubricaires idiots mirent toute la perfection dans la connoissance des regles qui fixoient le choix & l'examen universel des victimes. Leur grand principe fut que l'état parfait ou défectueux de l'extérieur & des entrailles, étoit la marque d'un consentement de la part des dieux, ou d'une opposition formelle. En conséquence, tout devint matiere à observation ; tout leur parut significatif & important dans les victimes prêtes à être immolées. Tous les mouvemens d'un boeuf qu'on conduisoit à l'autel, devinrent autant de prophéties. S'avançoit-il d'un air tranquille, en ligne droite & sans faire de résistance, c'étoit le pronostic d'une réussite aisée & sans traverse. Son indocilité, ses détours, sa maniere de tomber ou de se débattre, donnoient lieu à autant d'interprétations favorables ou fâcheuses. Ils faisoient valoir le tout tant bien que mal, par des ressemblances frivoles & par de pures pointilleries ".

On ne peut sans-doute expliquer avec plus d'élégance & de clarté que fait cet auteur, ce qu'on pourroit appeller l'histoire des principes de l'haruspicine ; mais de nous développer ces principes en eux-mêmes, & quelle relation les haruspices mettoient entre tel & tel signe & tel ou tel événement, c'est ce que nous eussions souhaité faire ; mais ni les Anciens ni les Modernes, ne nous ont donné aucune lumiere à cet égard. (G)


HARWICHHarwicum, (Géog.) ville maritime d'Angleterre au comté d'Essex, avec un port à l'embouchure de la Sture, sur les frontieres de Suffolck ; c'est d'où partent les paquebots pour la Brille en Hollande ; elle est à cinq lieues N. E. de Colchester, vingt N. E. de Londres. Long. 18. 38. lat. 51. 55.

Les curieux feront bien de lire sur cette ville & sur celle de Douvres, le livre suivant : the Antiquicies and history of Harwich and Dovercourt, by Samuel Dale. London, 1730, in -4°. (D.J.)


HASBAIou HASBAYE ou HASPENGAW, en latin Haspinga, (Géog.) pays d'Allemagne dans le cercle de Westphalie. Il fait la principale partie de l'état de Liége, comprend Liége, Borch-Worme, Tongres, Viset, &c. Autrefois le comté d'Hasbain s'étendoit jusqu'à la ville de Louvain ; il est nommé Pagus Haspaniensis dans Paul Lombard, & Pagus Haspanicus dans les annales de Fulde. Ce pays a pris son nom, suivant M. de Valois, Notit. Galliae, pag. 242, de la riviere nommée Haspen, ou Hespen, qui l'arrose. Nos auteurs écrivoient autrefois Hasbaigne, c'est-à-dire Haspaniae pagus ; c'est ainsi qu'ils écrivoient Espaigne, Bretaigne, Allemaigne, (D.J.)


HASBAou HABAT, (Géog.) province d'Afrique en Barbarie, au royaume de Fez. Elle abonde en tout ce qui est nécessaire à la vie ; la riviere d'Arguile la borne au midi, & l'océan au septentrion. Elle a 27 lieues du couchant au levant, & au-moins 35 du midi au nord. Elle est arrosée de plusieurs grandes rivieres, & renferme plusieurs montagnes dans son enceinte. Elle comprend une petite partie de l'ancienne Tangitane, & en particulier Tingis, qui donnoit le nom au pays, & qui en est comme la capitale. M. Delisle nomme cette province l'Algarve. (D.J.)


HASES. f. (Venerie) c'est ainsi qu'on appelle la femelle du lievre ou du lapin, qui porte ou qui a porté.


HASEKIS. f. (hist. mod.) c'est ainsi que les Turcs nomment celles des concubines du Sultan qui ont reçû ce prince dans leurs bras ; elles sont distinguées des autres qui n'ont point eû le même honneur ; on leur donne un appartement séparé dans le sérail, avec un train d'eunuques & de domestiques. Quand elles ont eû le bonheur de plaire au sultan, pour preuve de son amour, il leur met une couronne sur la tête, & leur donne le titre d'haseki ; & alors elles peuvent aller le trouver aussi souvent qu'il leur plaît, privilége dont ne joüissent point les autres concubines. On leur accorde ordinairement cinq cent bourses de pension. Voy. hist. othomane du prince Cantimir.


HASELFELD(Géog.) ancienne petite ville d'Allemagne dans la Basse-Saxe, au comté de Blanckenbourg ; elle appartient à la maison de Brunswick. On dérive son nom des coudriers, qu'on nomme en allemand Hasel ; du-moins elle a une feuille de coudrier dans ses armes. (D.J.)


HASELUNEN(Géog.) ville d'Allemagne en Westphalie, sur la riviere de Hase, dépendante de l'évêché de Munster.


HASENHOLM(Géog.) île de Finlande, formée par la riviere de Nieva, près du golfe de Finlande, où le Czar Pierre I. commença à bâtir en 1703 la ville de Petersbourg.


HASENPOT(Géog.) ville de Courlande.


HASLIle pays de, ou plûtôt le VAL-HASEL, ou le HASLETHAL, (Géog.) petit pays montagneux de Suisse, au canton de Berne ; les habitans y ont beaucoup de priviléges, choisissent eux-mêmes leur chef, qu’ils appellent amman, & qui rend compte à Berne de son administration. (D. J.)


HASSELT(Géog.) petite ville d'Allemagne, au pays de Liége, dans le comté de Loss, sur le Démer, à cinq lieues de Mastricht. Long. 22. 54. lat. 50. 55. (D.J.)


HASSELTEHasseletum, (Géog.) ville des Provinces-Unies dans l'Overissel, sur le Wecht, à deux lieues de Zwol, & à quatre de Steenwyk. Long. 23. 40. lat. 52. 36. (D.J.)


HASSFURT(Géog.) petite ville d'Allemagne, en Franconie, sur le Mayn, dans l'évêché de Wirtzbourg.


HASSIO(Géog.) petite ville de Suede, dans la province de Medelpadio, à l'endroit où la riviere d'Indal se jette dans le golfe de Bothnie.


HASSLACH(Géog.) petite ville d'Allemagne, en Souabe, dans la plaine de Kintzing.

Il y a aussi une riviere de ce nom en Franconie.


HASTAIRES. m. (Art militaire) les hastaires étoient des soldats de légions qui furent substitués aux Vélites, quand on eut accordé le droit de bourgeoisie romaine à toute l'Italie. Les hastaires formoient une infanterie formidable, composée de frondeurs & de gens de traits, qui lançoient le dard & le javelot avec la main ; c'est de-là qu'ils furent nommés hastaires.

Ils étoient si pésamment armés, que nous avons bien de la peine à le comprendre. Outre un casque d'airain ou d'acier poli qu'ils portoient, ils avoient le corps revêtu d'une cotte de maille, ou d'une cuirasse, soit de cuivre, soit de fer, faite par écailles, comme celles d'un poisson, & si artistement travaillée, qu'elle obéissoit à tous les mouvemens du corps ; les cuisses étoient couvertes de même, & les bras jusqu'au coude ; le devant des jambes étoit pareillement défendu par une espece de bottine d'un cuir très-fort.

Polybe nous apprend que ceux qui ne possédoient que quinze cent livres de biens, portoient d'abord sur l'estomac un plastron d'airain, de douze doigts de grandeur en quarré, qui leur tenoit lieu de cuirasse ; mais dans la suite, ils furent armés comme les autres.

Indépendamment de cette armure, ils avoient un bouclier de quatre piés de haut, sur deux & demi de large, dont ce même auteur fait une description bien détaillée. Il dit que ce bouclier étoit composé de deux ais d'un bois de peuplier fort leger ; que ces deux ais étoient collés ensemble avec de la colle de taureau, & qu'ils étoient couverts d'une grosse toile collée de même avec un cuir de veau par dessus ; les bords étoient revêtus de fer, de même que le milieu qui s'élevoit en bosse, pour soûtenir les plus grands coups de pierres ou de traits.

Leurs armes offensives étoient l'épée espagnole ; ce sont les termes de Polybe, tranchante des deux côtés, également propre pour frapper d'estoc & de taille ; la lame de la pointe en étoit forte & roide ; ils portoient cette épée pendue à un baudrier au côté droit, & un poignard au côté gauche, avec deux traits longs de trois coudées, dont l'un étoit un javelot, & l'autre un dard, qu'on appelloit hasta, d'où ils avoient été nommés hastati, ou hastaires ; car ce mot de hasta ne peut être expliqué, que par celui de cette sorte d'arme qui étoit un dard qu'on lançoit, & non pas une pique.

Le bois de cette espece de dard qu'on lançoit étoit quarré aussi-bien que le fer qui étoit de la même longueur que le bois ; il ne coupoit que par la pointe ; c'est la différence qu'Appien met entre le dard & le javelot qu'il nous représente comme plus leger & plus foible ; mais tous les deux se lançoient également avec la main. (D.J.)


HASTES. f. (hist. anc.) pique. Les Juifs en ont connu l'usage ; il y en avoit de deux sortes : toutes les deux à hampe garnie à son extrémité d'un fer pointu ; mais l'une à hampe courte ou manche, & l'autre à hampe longue. On pointoit avec la premiere ; on lançoit la seconde. Les cavaliers & les fantassins en étoient indistinctement armés ; les généraux d'armées, les officiers de distinction, & même les rois la portoient. Les Grecs ont eu pareillement la haste longue ; c'est leur enchos ; & la haste courte, c'est leur doru. La longue avoit encore à son extrémité opposée à la pointe, un bout de fer aigu, au moyen duquel on la fichoit en terre. Les Eubéens étoient les plus redoutables à la haste longue, & les Locriens à la haste courte. Les piques longues & courtes étoient consacrées aux dieux, & l'on juroit sur elles ; on les enfermoit dans un étui en tems de paix ; on attribuoit chez les Romains l'invention de la pique aux Hétruriens qui la nommoient corini, & les Sabins quirini. Elle marquoit jurisdiction ; il y en avoit dans le lieu d'assemblée des centumvirs, & dans ceux où l'on mettoit à l'encan les biens confisqués ; d'où vient l'expression hastae subjicere. Le nombre des différentes hastes romaines est grand ; la pesante qui se portoit au moyen d'une courroie passée sur sa hampe, s'appelloit amentata. Celle sous laquelle on affermoit les revenus publics, s'appelloit censoria ; la haste des séances des centumvirs, centumviralis ; la haste symbolique de l'union conjugale, caelibaris ; la haste à hampe rouge qui abandonnoit au pillage du soldat une ville prise, cruenta ; celle qu'on voyoit aux environs des tribunaux des decemvirs, decemviralis ; celle que le héraut lançoit sur le territoire ennemi, en signe de déclaration de guerre, fecialis ; elle étoit rouge : la haste sous laquelle on vendoit quelque chose au profit du fisc, fiscalis ; celle sous laquelle dans les tems de disette on distribuoit aux peuples des denrées à un prix modéré, frumentaria, ou salutis ; celle qui marquoit la dignité & la puissance prétorienne, praetorialis ; la haste pure, hasta pura, fut décernée aux soldats qui s'étoient distingués par leur bravoure ; la haste questorienne, quaestoria, se plantoit dans les occasions où le peuple apportoit au trésor public sa taxe ; la haste sacrée, sacra, étoit celle qu'on voyoit à quelques divinités ; si elle s'agitoit, c'étoit un mauvais présage. Toutes ces hastes ont passé de l'histoire dans l'art numismatique, sur-tout l'hasta pura, qui n'étoit, à proprement parler, que le bois d'une javeline, attribut de la puissance de quelques divinités, & marque d'une bravoure récompensée.


HASTERS. m. (Commerce) mesure de continence dont on se sert en quelques endroits des Pays-Bas Autrichiens, particulierement à Gand & dans tout son district.

Le haster de Gand contient trente septiers de Paris, moins un cinquante-sixieme. Dictionnaire de Commerce. (G)


HASTINGS(Géog.) ancienne ville maritime d'Angleterre dans le Sussex, l'un des cinq anciens ports dont les députés au Parlement sont appellés les barons des cinq ports, quoiqu'il y en ait huit aujourd'hui.

Ce lieu est bien mémorable par deux sanglantes batailles, qui ont alternativement changé la face de la Grande-Bretagne. La premiere, est la fameuse bataille d'Hastings, que Guillaume duc de Normandie livra le 14 Octobre 1066, qui dura douze heures, & qui décida du sort de l'Angleterre entre ses mains ; Harold roi d'Angleterre, & deux de ses freres, y furent tués. La seconde bataille se donna l'an 1263, entre Henri III. & les barons du royaume, en faveur desquels la victoire se déclara. Hastings est à environ 50 milles S. O. de Londres. Long. 18. 12. lat. 50. 44. (D.J.)


HATES. f. (Grammaire) voyez HATER.

HATE, (Commerce) mesure d'espace ; la hate de pré dans les provinces où ce mot est d'usage, est de trente pas. Ce mot vient de hasta, ou du bâton qui servoit à les mesurer.


HATELETTESS. f. pl. (art Culinaire) nouveau mets du génie de nos cuisiniers, qui lui ont donné ce nom tiré de petites broches de bois appellées hatelettes, diminutif de hâte, hasta, piece de bois longue, & arrondie en forme de lance.

On sert des hatelettes pour hors-d'oeuvre, entremets, garnitures d'entrées, & garnitures de plats de roti ; on fait des hatelettes de ris de veau, de foiesgras, de langues de mouton, &c. On met des lapreaux, des pigeons, des poulets, des huitres en paille, en hatelettes. Hé, que ne peut-on pas apprêter de cette maniere ? Les moyens de déguiser les viandes, d'allicier le goût, & de surcharger l'estomac, sont & seront toûjours innombrables. (D.J.)


HATENURASS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme dans la Nouvelle Espagne un droit que l'on acquiert sur les Indiens, par lequel ils sont chassés de leurs possessions qui sont confisquées, ils sont obligés de servir à gages & de travailler tour à tour aux mines du roi.


HATERverbe actif & passif. (Gramm.) Ce terme est relatif au mouvement dont il marque l'accélération. On dit hâtez-vous ; se hâter ; hâter un secours, une affaire, son être, sa mort.


HATEREAUS. m. (Cuisine.) mets qui se prépare avec des tranches de foie, saupoudrées de poivre & de persil, grillées, salées & servies pour être mangées de broc en bouche.


HATEURS. m. (Hist. mod.) officier chez le roi, qui veilloit dans les cuisines à l'apprêt & au service des viandes roties.


HATFIELD(Géog.) il y a deux villes de ce nom en Angleterre, l'une dans la province de Hartford, & l'autre dans la province d'Essex : cette derniere s'appelle aussi Hatfield-Broadoak ou King'sHatfield.


HATHERLY(Géog.) ville d'Angleterre dans la province de Devonshire.


HATIou PRÉCOCE, adj. se dit également des fruits qui viennent avant leur saison ordinaire, & des arbres qui poussent vivement.


HATRA(Géog. anc.) ancienne ville d'Asie, dans la Mésopotamie, située au milieu d'un désert. Trajan & Severe entreprirent vainement de la détruire ; ils faillirent eux-mêmes à périr avec leurs armées, quoiqu'ils eussent renversé une partie de la muraille. Dion Cassius rapporte cette expédition infructueuse de Trajan, Lib. LXVIII. p. 785. (D.J.)


HATRATSCH(Hist. mod.) espece d'amende pécuniaire que les Turcs font payer en Croatie & en Bosnie à ceux qui ont manqué de se trouver en armes au rendez-vous qui leur a été indiqué par ordre du grand-seigneur.


HATTEMHattemum, (Géog.) petite ville ruinée des Provinces-Unies au duché de Gueldres, sur l'Issel, à deux lieues de Zwol, entre Déventer & Campen. Les François la prirent en 1672, & l'abandonnerent après en avoir démoli les fortifications. Long. 23. 35. lat. 52. 30. (D.J.)


HATTINGENHattinga, (Géog.) petite ville d'Allemagne au cercle de Westphalie, dans le comté de la Marck, sur le Roër, aux confins du pays de Berg. Long. 24. 42. latit. 51. 17. (D.J.)


HATUANHaduanum, (Géog.) ville & forteresse de la haute-Hongrie, sur la riviere de Zagy, entre Bude & Erla, au comté de Novigrad. Les Impériaux la prirent en 1685 ; elle est à 15 lieues N. E. de Bude, 14 S. O. d'Agria. Long. 37. 22. lat. 47. 52. (D.J.)


HATZFELD(Géog.) gros bourg & château d'Allemagne, chef-lieu d'un comté de même nom, en Vétéravie, au cercle du haut-Rhin. Long. 26. 58. lat. 50. 43. (D.J.)


HAUBANERverbe actif ; c'est arrêter à un piquet, ou à une grosse pierre, le hauban ou cordage d'un engin ou d'un gruau, pour le tenir ferme, lorsqu'on monte quelque fardeau.


HAUBANIERS. m. (Commerce) on nommoit autrefois en France haubaniers du roi, des marchands privilégiés qui avoient le privilége d'acheter & de vendre dans la ville, fauxbourgs & banlieue de Paris, toutes sortes de hardes vieilles & nouvelles, en payant un certain droit au domaine ou au grand-chambrier. C'étoit des especes de fripiers, ou plûtôt ce qu'on a appellé depuis dans cette communauté, des maîtres de Lettres, c'est-à-dire qui n'ayant pas été reçûs à la maîtrise par la même voie que les autres, joüissoient de la plûpart des avantages qui y sont attachés en vertu de certaines Lettres du prince. Dictionnaire de Commerce. (G)


HAUBANSS. m. (Marine) gros cordages à trois torons, qui servent à soûtenir les mâts à bas-bord & à stribord. Ils sont attachés au-haut des mâts & à l'endroit des barres de hune, & roidis en-bas contre le bord du vaisseau par le moyen des caps-de-mouton.

De petits cordages qu'on appelle enflechures, les traversent depuis le haut jusqu'en-bas, & forment des échelons par le moyen desquels les matelots montent aux hunes.

Les haubans ont double rang de caps-de-mouton ; les uns tenant au corps du vaisseau, & les autres amarrés aux hunes, savoir au grand hunier quatre par bandes, au petit hunier trois, & au perroquet de misene deux, selon la grandeur du vaisseau.

Voyez la position des haubans, Pl. I. de Marine, fig. 2. vaisseau de guerre avec toutes ses manoeuvres & ses cordages. Les haubans côtés 39 sont ceux du grand mât, du mât de misene, de l'artimon, du mât de hune d'avant, du grand mât de hune, du perroquet d'avant, les haubans de fangue ou de perroquet de fangue. A l'égard de la proportion & mesure de ces cordages, elles varient suivant la grosseur du vaisseau. Voyez au mot CORDAGE. (Z)

Haubans de beaupré, (Marine) ce sont deux especes de balancines qui saisissent la vergue de civadiere par le milieu ; au lieu que les balancines saisissent vers les bouts. Il y a pour tenir cet hauban un cap de mouton qui est frappé au beaupré, & un autre frappé à la vergue de civadiere ; ainsi cette manoeuvre au lieu de tenir le mât comme les autres haubans, y est attachée & aide à soutenir la vergue. (Z)

Haubans de chaloupe ; ce sont les cordages dont on se sert pour saisir la chaloupe quand elle est sur le pont du vaisseau : ce sont aussi les cordages qui servent à tenir le mât de la chaloupe lorsqu'elle est mâtée. (Z)

HAUBAN, (Architecture) voyez l'article suivant.


HAUBERS. m. (Hist. des Armures Franç.) cotte de maille à manches & gorgerin, qui tenoit lieu de hausse-col, brassarts, & cuissarts.

C'étoit une ancienne armure défensive, faite de plusieurs mailles de fer, comme hameçons accrochés ensemble. " Tous leudes & nobles de ce tems-là, dit Fauchet, étoient hommes d'armes, & servans à cheval ; la force des François nobles gissoit en gendarmes & chevaliers vêtus de loriques, appellées haubers, possible parce qu'ils étoient blancs, & reluisoient à cause des mailles du fer poli, dont étoient faites lesdites loriques "

Cette cotte de maille de fer à l'épreuve de l'épée, faisoit une des parties principales de l'armure des chevaliers, en particulier dans le tems de l'ancienne chevalerie ; M. le Laboureur croit que le hauber des écuyers étoit plus leger & de moindre résistance contre les coups, que celui des chevaliers ; il est dumoins certain, que pour leur armure de tête, ils ne portoient qu'un bonnet ou chapeau de fer, moins fort que le casque ou le heaume du chevalier, & qui ne pouvoit être chargé de timbre, cimier, ni d'autres ornemens. Il résulte de-là, qu'il y avoit des haubers de différentes forces, & qu'il n'appartenoit pas aux pauvres écuyers d'être aussi invulnérables que leurs maîtres ; c'est ce que Sancho Pança représentoit quelquefois à don Quichotte.


HAUBEREAUS. m. subbuteo, Hist. nat.) Voy. HOBEREAU.


HAUBERGEONS. m. (Art milit. & Hist.) ancienne arme défensive qui comme le hauber étoit une espece de cotte ou de chemise de mailles faite de plusieurs petits anneaux de fer comme hameçons accrochés ensemble.

Haubergeon est le diminutif de hauber, & désigne la même chose ; Ducange dérive ces deux mots de l'allemand halsberg, qui signifie défense de col, & il ajoûte qu'on a dit dans la basse latinité halsberga, halbergium, albergellum, &c. nos latinistes diroient lorica ferrea, annularis. (D.J.)


HAUBITZvoyez OBUS.


HAUDRIETTESS. f. pl. (Hist. ecclés.) religieuses de l'ordre de l'Assomption de Notre-Dame, fondées par la femme d'Etienne Haudry, un des secrétaires de S. Louis. Cette femme fit voeu de chasteté pendant la longue absence de son mari ; & le pape ne l'en releva qu'à condition que la maison où elle s'étoit retirée seroit laissée à douze pauvres femmes, avec des fonds pour leur subsistance. Cet établissement fut confirmé dans la suite par les Souverains & les Pontifes ; le grand-aumonier est leur supérieur né ; & ce fut en cette qualité, que le cardinal de la Rochefoucault les réforma. Elles ont été aggrégées à l'ordre de S. Augustin, & transférées à l'Assomption rue S. Honoré, où elles sont actuellement. Elles sont habillées de noir, avec de grandes manches, une ceinture de laine, & portent un crucifix sur le côté gauche.


HAUS(Hist. nat.) nom allemand d'un poisson cétacé dont on fait en Allemagne & en Russie la colle de poisson ou l'ichthyocolle. Voyez l'art. HUSO.


HAUSSES. f. (Commerce) c'est le prix qu'on met au-dessus d'un autre dans les ventes publiques pour se faire adjuger la chose qui est criée par l'huissier-priseur. C'est ce qu'on appelle autrement enchere. Voyez ENCHERE. (G)

* HAUSSE, en terme de Chauderonnier, se dit d'un cercle de cuivre qui se met immédiatement sur le fond d'une chaudiere de teinturier ou de brasseur, & se rabat sur les premieres calendes dont elle est composée. Voyez les Planches du Chauderonnier.

HAUSSE, en Imprimerie, soit lettres, soit taille-douce. Les Imprimeurs appellent ainsi de petits morceaux de papier gris ou blanc qu'ils collent cà & là sur le grand tympan, pour rectifier les endroits où ils reconnoissent que l'impression vient plus foible qu'elle ne doit être par comparaison au reste de la feuille qu'ils impriment. Voyez CARTON.

HAUSSES, (Fonderie en caractere) sont deux petites pieces qui s'ajoûtent au moule à fondre les caracteres d'Imprimerie. Elles se posent entre le jet & les longues pieces du moule, & servent à prolonger la longueur du blanc pour faire les lettres plus hautes en papier qu'elles ne seroient sans cela. Les caracteres sont fixés à dix lignes & demie géométriques de hauteur ; mais il arrive que des Imprimeurs, sans avoir égard aux ordonnances, veulent leurs caracteres plus hauts ou plus bas ; & c'est par le moyen de ces hausses plus ou moins épaisses, qu'on fait servir un même moule à fondre ces caracteres plus ou moins hauts. Voyez MOULE, JET, LONGUES PIECES, Planches, & figures de Fonderie en Caracteres.

HAUSSE, (Lutherie) c'est un petit morceau de bois placé sous l'archet de la viole, du violon, &c.

* HAUSSES, chez les Rubaniers, se dit de petits morceaux de bois qui se placent ordinairement sur les potenceaux ; ces hausses portent des broches de fer pour porter elles-mêmes de petits roquetins lorsqu'il en faut pour les ouvrages que l'on veut faire.

* HAUSSES, (terme de manufacture en soie) il y en a de deux sortes ; la hausse de carette, & la hausse de cassin. Voyez CARETTE & CASSIN. La premiere se dit de petits coins qui servent à élever la carette à mesure que le rouleau de l'étoffe grossit, afin que les lisses soient toûjours à fleur de la chaîne. La seconde se dit des traverses de bois qu'on met au brancard du cassin pour l'élever quand les semples sont trop longs. Voyez LISSES, SEMPLES & SOIE.


HAUSSÉadj. en termes de Blason, se dit du chevron & de la fasce, quand ils sont plus hauts que leur situation ordinaire. Voyez CHEVRON, FASCE, &c.

Rostaing en Forès, d'azur à une roue d'or & une fasce haussée de même.


HAUSSECOLS. m. (Art milit.) c'est un diminutif ou un reste des armes défensives que les officiers de l'infanterie étoient autrefois obligés de porter lorsqu'ils étoient de service, ou que leur troupe étoit de garde. Le haussecol n'est plus qu'un morceau de cuivre que l'on porte au cou, qui est arrondi d'un côté, & qui a de l'autre un échancrure pour pouvoir embrasser la partie extérieure du cou. Le haussecol est doré pour les officiers de l'infanterie françoise, & il est argenté pour les officiers Suisses.

Les majors & les aides-majors des régimens ne portent point le haussecol. La raison en est vraisemblablement de ce que ces officiers étant obligés d'être à cheval pour faire manoeuvrer leurs troupes dans les batailles, ils n'étoient point armés comme le reste des officiers de l'infanterie ; c'est pourquoi lorsque le haussecol a été conservé comme un reste des anciennes armes défensives, les majors & les aides-majors ne se sont point trouvés dans le cas de porter le reste ou le symbole de ces armes, qui n'étoient point à leur usage.

On appelle ordinairement officiers à haussecol, les officiers qui ont droit de le porter, comme les colonels, les capitaines, lieutenans, sous-lieutenans & enseignes, lorsqu'il y en a. On les distingue par-là des bas officiers ou des sergens, caporaux, &c. qui ne sont pas brevetés du roi. (Q)


HAUSSEMENou ÉLEVATION, s. m. (Hydr.) dans l'opération du nivellement on appelle haussement, la partie du terrein ou le niveau s'éleve en sortant d'une gorge ou d'un fonds. Ce haussement se marque dans une table particuliere d'un côté avec les baissemens du terrein de l'autre. Voyez NIVELLER. (K)


HAUSSEPIEDS. m. (Fauconnerie) c'est le premier des oiseaux qui attaque le héron dans son vol.

HAUSSEPIED, (Chasse) est aussi une espece de piége ou de lac coulant, dont voici la description. On prépare deux pieux de bois à crochets longs de quatre à cinq piés pointus par les bouts d'en-bas pour être enfoncés en terre ; deux bâtons gros comme le pouce qui soient droits & bien unis, & de longueur convenable pour servir de traverses aux deux pieux à crochet, un petit morceau de bois plat coché par le milieu, pour être attaché à un endroit d'une corde qu'on attache au-haut d'un baliveau qui fait agir le ressort, & qui sert de défense ; il faut de plus quatre ou cinq bâtons gros comme le pouce, longs de cinq à six piés, suivant que le juge à-propos celui qui tend, pour servir de marchette ; on les éguisera par les bouts d'en-bas ; ils doivent être égaux en longueur ; on prend les loups avec ce piége. Voyez la nouvelle maison rustique, tome II. quatrieme partie, livre II. chap. jx. page 709.


HAUSSERverbe act. rendre plus élevé ; c'est en terme de Commerce, augmenter le prix d'une chose, en offrir plus qu'un autre, y mettre de la hausse. Voyez HAUSSE.

HAUSSER un vaisseau, (Marine) en terme de mer, signifie approcher un vaisseau que l'on voit de loin ; ensorte que l'on puisse mieux reconnoître sa fabrique, & quel il est. (R)

HAUSSER, en terme d'Orfevre en grosserie ; c'est élargir une piece d'orfévrerie, en lui donnant de la profondeur. Hausser un plat, une assiette, &c. c'est étendre la matiere du centre à sa circonférence pour faire les bouges ou les marlies d'égale épaisseur que le fond. Voyez BOUGES & MARLIES.


HAUSSIERE(Marine) voyez HANSIERE.


HAUTadj. (Grammaire) terme relatif qui se dit d'un corps considéré selon sa troisieme dimension ou son élévation au-dessus de l'horison ou rez-de-chaussée. Voyez HAUTEUR.

Le pic de Ténériffe passe pour la plus haute montagne du monde. La grande pyramide d'Egypte avoit sept cent soixante & dix toises trois quarts de hauteur. La tour de S. Paul, avant que le feu l'eût consumée en 1086, avoit cinq cent vingt piés de haut, sans y comprendre un globe de cuivre sur lequel étoit une croix qui portoit quinze piés & demi de haut. Les tours de Notre-Dame de Paris n'ont que deux cent douze piés de haut. Voyez HAUTEUR.

HAUT, signifie aussi élevé en pouvoir & en dignité. Voyez TITRE & QUALITE.

Dieu est souvent qualifié dans l'Ecriture, le Très-haut.

On dit sur la terre haut & puissant seigneur.

On donne aux Etats-Généraux des Provinces-Unies, le titre de Hautes Puissances. Voyez ETATS.

On dit en Angleterre la chambre haute du Parlement. Voyez PARLEMENT.

HAUT, en Musique, signifie la même chose qu'aigu ; & ce terme est opposé à bas ou grave. C'est ainsi qu'on dira qu'il faut chanter plus haut ; qu'un tel instrument est monté trop haut. Voyez AIGU, SON.

Haut, se dit encore des parties de la Musique qui se subdivisent, pour exprimer la plus élevée, la plus aiguë : haute-contre, haute-taille. Voyez ces mots.

HAUT, en termes de Blason, se dit de l'épée droite.

HAUT, (Marine) mettre les mâts de hune hauts ; c'est les relever & mettre en place.

HAUT, (Commerce) se dit en termes de banque, du change de l'argent, quand il est plus fort qu'on n'a coûtume de le payer. Voyez CHANGE. (G)

HAUT est encore en usage dans le Commerce, pour signifier, soit la valeur extraordinaire des especes, soit la cherté excessive des vivres. Jamais les monnoies en France n'ont été si hautes qu'en 1720. Le blé a été fort haut en 1741. (G)

HAUT ; on dit en Fauconnerie, voler haut & gras.

HAUT A HAUT, (Vénerie) cri qui appelle les chiens & les fait venir à soi ou son camarade, & lui fait revoir de son cerf pendant un défaut.

HAUT & HAUTE, (Géog.) ce mot en Géographie s'emploie par opposition à celui de bas, pour rendre le superior des Latins opposé de même à inferior, afin de diviser un pays plus commodément ; il se dit le plus ordinairement du cours des rivieres, dont haut est toûjours le plus près de sa source. C'est ainsi que la haute -Saxe se distingue de la basse-Saxe, selon le cours de l'Elbe ; souvent aussi il s'entend du voisinage des montagnes, comme la haute -Hongrie, parce qu'elle est entre le mont Crapack & le Danube ; le haut -Languedoc, parce qu'il est plus du côté des Pyrénées ; la haute -Egypte a quantité de montagnes, & la basse-Egypte n'en a point. Ce mot de haut ou haute sert donc à la division de plusieurs provinces, dans leurs articles particuliers ; outre cela, il est joint inséparablement à plusieurs autres noms, & devient ainsi le nom propre de plusieurs lieux. (D.J.)


HAUT-ALLEMAND(Grammaire) c'est le langage allemand le plus délicat & le plus poli, tel qu'on le parle en Misnie. Voyez LANGUE & TEUTONIQUE.


HAUT-APPAREILou TAILLE HYPOGASTRIQUE, (Chirurgie) est une opération par laquelle on tire la pierre hors de la vessie, au moyen d'une incision faite à son fond, à la partie inférieure du bas-ventre, au-dessus de la symphise des of pubis.

On est redevable de l'idée de cette opération à Pierre Franco, natif de Turiers en Provence, qui fixa son établissement à Orange, après avoir exercé la Chirurgie avec distinction en Suisse, où il étoit pensionné des villes de Berne & de Lausanne. L'impossibilité de tirer une pierre du volume d'un oeuf de poule à un enfant de deux ans, après de vains efforts ; les grandes douleurs du malade, les vives instances des parens, & un sentiment d'amour-propre, ne voulant pas, dit l'auteur, qu'il lui fût reproché de n'avoir sçu tirer la pierre ; tous ces motifs le déterminerent à faire une incision au-dessus de l'os pubis, sur la pierre même qu'il soûlevoit avec les doigts d'une main, introduits dans l'anus, pendant qu'un aide l'assujettissoit par une compression à la partie inférieure du bas-ventre. La pierre fut tirée, & le malade guérit. Cette observation a été publiée dans la Chirurgie de l'auteur, Lyon, 1561.

Tous ceux qui ont écrit depuis sur l'opération de la taille en haut-appareil, l'ont blâmée sans reserve du conseil qu'il donne de ne pas suivre son exemple. Avec un peu de réflexion, on auroit trouvé dans cet avis & dans ses motifs le fondement du plus grand éloge. Ce trait est le triomphe de l'amour de l'humanité sur l'amour propre, & la preuve d'un esprit mûr qui sait juger des choses avec discernement ; rien en effet n'auroit été plus pardonnable à l'auteur que de concevoir de son opération & du succès qu'elle a eu, l'opinion avantageuse qu'en ont pris ceux qui en ont parlé après lui ; mais il n'y avoit aucun exemple d'une semblable opération ; & l'auteur, en publiant celui-ci, loin d'en tirer aucun avantage personnel, se blâme de l'avoir entreprise par un principe de vanité ; ce qui, suivant ses propres expressions, étoit à lui grande folie. Les accidens mirent l'enfant en danger, puisque Franco dit en termes formels que le patient fut guéri, nonobstant qu'il en fût bien malade. D'après ces considérations, comment sur un seul fait, l'auteur, judicieux comme il l'est, se seroit-il crû autorisé à établir une méthode particuliere de taille au-dessus de l'os pubis ? le cas allégué, unique dans son espece, ne pouvoit être regardé que comme une chose extraordinaire ; & cela est d'autant plus vrai, qu'aucun des partisans de la taille du haut-appareil n'a observé les mêmes circonstances. Dans le fait, Franco n'a pas pratiqué la méthode connue actuellement sous le nom de taille au haut-appareil. Les Lithotomistes m'entendront, lorsque je dirai qu'il a simplement fait la taille hypogastrique au petit appareil.

Rousset, medecin françois, publia en 1591, son Traité sur l'opération césarienne ; il s'y déclare partisan de la taille au haut-appareil, qu'il n'a jamais pratiquée ni vû pratiquer. Aussi ne parle-t-il qu'incidemment de cette maniere de tailler. Son objet est de prouver qu'elle doit avoir des avantages sur les méthodes de Celse & de Marianus qui se pratiquent au périnée. Le parallele qu'il fait de ces deux opérations avec le haut-appareil, lui promet des succès pour la taille hypogastrique ; il en conclud que l'opération césarienne est pratiquable, à plus forte raison, puisque suivant son idée elle ne peut pas être sujette aux mêmes inconvéniens que l'incision de la vessie. Je n'ai pas trouvé d'ailleurs dans Rousset aucun des détails que des auteurs postérieurs disent donner d'après lui sur la théorie de cette opération & la méthode de la pratiquer.

C'est à M. Douglas, chirurgien écossois, membre de la société royale de Londres, & lithotomiste de l'hôpital de Westminster, qu'on doit le renouvellement ou plutôt la théorie fondamentale & la pratique de cette opération. Il n'y a aucun exemple sur ce point de Chirurgie entre Franco, avant 1560, & M. Douglas en 1719. M. Cheselden a depuis pratiqué la taille au haut-appareil, ainsi que MM. Paul, Macgill, & Thornhill. M. Pibrac, chevalier de l'ordre de S. Michel, membre de l'académie royale de Chirurgie, & chirurgien major de l'école royale militaire, a perfectionné cette opération, & l'a faite à Paris en 1726, avec le plus grand succès. En 1727, M. Morand tailla par cette méthode un officier invalide âgé de soixante-huit ans ; & M. Berrier a fait deux fois cette opération à S. Germain-en-Laye.

La taille au haut-appareil est essentiellement fondée sur deux principes également vrais ; 1°. qu'on peut ouvrir la vessie sans ouvrir le péritoine ; 2°. que les blessures de la vessie ne sont pas nécessairement mortelles. Voyez le Traité de M. Morand sur le haut-appareil.

Pour pratiquer cette opération, le malade restera couché dans son lit ; on injecte la vessie avec de l'eau tiede (voyez INJECTION), pour lui faire faire une éminence au-dessus de l'os pubis. Aussi-tôt on fait immédiatement au-dessus du pénil une incision longitudinale qui commence à un travers de doigt audessus de l'os pubis, & qui s'étend de quatre ou cinq travers de doigt du côté de l'ombilic. Cette premiere incision n'intéresse que la peau & la graisse, & découvre la ligne blanche.

Une seconde incision qui commencera supérieurement un peu au-dessous de la partie la plus éminente de la vessie, coupe la ligne blanche, & découvre la partie antérieure & supérieure de la vessie, dans laquelle l'opérateur plongera obliquement un bistouri droit, dont le dos doit être tourné du côté de l'ombilic, & le tranchant du côté de la symphise des of pubis. Cette ponction étant faite avec la main droite qui tient le bistouri dans la vessie, l'opérateur doit couler le doigt index gauche le long du dos du bistouri, entrer dans la vessie, & recourber ce doigt sous l'angle supérieur de la plaie de la vessie, pour la soûtenir du côté de l'ombilic, pendant qu'avec le bistouri on allonge autant qu'il est nécessaire l'incision vers le cou, sous la voûte que font les of pubis.

L'opérateur retire le bistouri ; & continuant de soûtenir la partie supérieure de la vessie avec le doigt index de la main gauche, il introduit le pouce & l'index de la main droite, s'ils suffisent pour tirer la pierre, ou il la saisira avec des tenettes convenables pour en faire l'extraction.

Les partisans de cette opération répondent assez avantageusement à la plûpart des objections qu'on leur fait. On dit 1°. qu'il est très-difficile d'injecter la vessie au point nécessaire, pour lui faire faire éminence au-dessus des of pubis, sans exciter des douleurs insoûtenables, & que les malades par leurs cris & par l'action de toutes les forces qui servent à l'expulsion de l'urine, font sortir l'injection ; 2°. que le peu de capacité naturelle ou accidentelle de la vessie, rendra cette injection absolument impraticable ; 3°. que dans cette opération l'ouverture n'est pas placée aussi favorablement que dans les autres méthodes, pour procurer, quand la vessie est malade, l'écoulement de la suppuration ; 4°. qu'il est extrèmement difficile de tirer les fragmens d'une pierre qui s'écrase ; & que les injections ni l'urine ne pourront entraîner les graviers qui resteront dans le fond de la vessie, où ils seront le germe de nouvelles pierres.

Ce dernier inconvénient m'a paru sans réponse solide. M. Douglas trouve l'objection plausible ; il se contente de dire qu'elle est détruite par l'expérience : il ne manque que la vérité à cette assertion.

Quels que soient les inconvéniens généraux de la taille au haut-appareil, il peut se rencontrer des circonstances avantageuses pour cette opération ; 1°. si la vessie est naturellement grande, & qu'elle n'ait pas encore assez souffert pour jetter le malade dans ces fréquentes envies d'uriner qui accompagnent presque toûjours les grosses pierres ; l'injection est pratiquable, & la vessie faisant tumeur au-dessus du pubis, peut-être ouverte sans peine & sans danger, parce qu'il n'y a point de vaisseaux à craindre en faisant l'incision, & parce que l'expansion du péritoine qui recouvre la vessie est soulevée du côté de l'ombilic. D'ailleurs on peut bien, avant l'opération, habituer la vessie à une dilatation suffisante, par des injections préparatoires graduées. On évitera la douleur d'une extension forcée, en injectant pour l'opération, après l'incision des tégumens & de la ligne blanche, suivant la méthode de M. Pibrac. Dans l'opération faite à Saint-Germain par M. Berrier, le 10 Décembre 1727, on s'apperçut, après l'incision des parties contenantes, que la vessie ne contenoit pas assez de fluide ; la sonde portée dans la vessie servit de guide par son extrémité ; on ouvrit ce viscere, & l'opération réussit, la plaie ayant été cicatrisée au bout de trente jours. Dans une seconde opération pratiquée par le même chirurgien le 26 Septembre 1728, sur un sujet de treize à quatorze ans, l'injection fut faite après l'incision, avec tout le fruit qu'on en attendoit ; on tira une pierre murale de la grosseur d'un petit oeuf de poule ; la plaie fut cicatrisée le dix-huitieme jour, & la cure ne fut traversée par aucun accident. On peut conclure de tout ceci, que lorsque la vessie est dilatable, qu'elle n'a aucune maladie particuliere à sa substance, & que la pierre a assez de consistance pour ne pas se mettre en morceaux ; le haut-appareil est une excellente méthode qu'il ne faut pas rejetter de la pratique par les raisons suivantes. 1°. L'urethre & le cou de la vessie restent dans leur entier & ne souffrent en aucune maniere ; 2°. Les prostates ne sont ni attaquées ni meurtries, en quelque maniere que ce soit ; ce qui peut être la source des fistules qui suivent quelquefois les opérations faites au périnée ; 3°. la plaie de la vessie peut-être promtement refermée, de même qu'une plaie simple, sur-tout si l'on fait ensorte qu'elle ne soit plus mouillée après l'opération ni par l'eau qu'on avoit injectée, ni par l'urine ; ce qui est très-facile en tenant une algalie dans la vessie par l'urethre : alors il ne restera que la plaie des tégumens qui sera bientôt guérie. (Y)


HAUT-BERGvoyez HAUBERT.


HAUT-BERGEONvoyez AUBERGEON.


HAUT-BORDvoyez VAISSEAU DE HAUT-BORD.


HAUT-GOUT(Cuisine) c'est cette pointe que le cuisinier sait donner aux mets par le moyen des épices, fines herbes, jus de verjus, de citron, &c. Une chose qui mérite d'être remarquée, c'est que les habitans des pays chauds aiment beaucoup plus les alimens de haut-goût, que ceux des climats tempérés. C'est ainsi qu'en Amérique les femmes elles-mêmes mangent dans leurs ragoûts force piment, poivre, gingembre, &c. toutes choses dont une bouche françoise ne s'accommoderoit point-du-tout.


HAUT-JUSTICIERS. m. (Jurisprud.) c'est le seigneur qui a droit de haute-justice ; il est le véritable seigneur du lieu, & le seul qui puisse régulierement s'en dire seigneur purement & simplement ; celui qui n'en a que la directe, ne peut se dire que seigneur de tel fief. Le haut-justicier joüit des droits honorifiques après le patron ; il a droit de chasser en personne dans toute l'étendue de sa justice ; enfin il a tous les autres droits qui dépendent de la haute-justice, telle que les deshérences, bâtardises, confiscations. Voyez ci-après JUSTICE. (A)


HAUT-PALATINAT(Géog.) voyez PALATINAT.


HAUT-PENDU(Marine) les matelots appellent ainsi un petit nuage, qui occasionne un gros vent. (G)


HAUT-RHIN(le cercle du) Géog. voyez RHIN.


HAUTAINadj. (Gramm.) est le superlatif de haut & d'altier ; ce mot ne se dit que de l'espece humaine. On peut dire en vers :

Un coursier plein de feu levant sa tête altiere.

J'aime mieux ces forêts altieres

Que ces jardins plantés par l'art.

mais on ne peut pas dire, forêt hautaine, tête hautaine d'un coursier. On a blâmé dans Malherbe, & il paroît que c'est à tort, ces vers à jamais célébres :

Et dans ces grands tombeaux où leurs ames hautaines

Font encore les vaines,

Ils sont mangés des vers.

On a prétendu que l'auteur a supposé mal-à-propos les ames dans ces sépulcres : mais on pouvoit se souvenir qu'il y avoit deux sortes d'ames chez les poëtes anciens ; l'une étoit l'entendement, & l'autre l'ombre légere, le simulacre du corps. Cette derniere restoit quelquefois dans les tombeaux, ou erroit autour d'eux. La théologie ancienne est toûjours celle des Poëtes, parce que c'est celle de l'imagination. On a crû cette petite observation nécessaire.

Hautain est toûjours pris en mauvaise part ; c'est l'orgueil qui s'annonce par un extérieur arrogant : c'est le plus sûr moyen de se faire haïr, & le défaut dont on doit le plus soigneusement corriger les enfans. On peut être haut dans l'occasion avec bienséance. Un prince peut & doit rejetter avec une hauteur héroïque des propositions humiliantes, mais non pas avec des airs hautains ; un ton hautain, des paroles hautaines. Les hommes pardonnent quelquefois aux femmes d'être hautaines, parce qu'ils leur passent tout ; mais les autres femmes ne leur pardonnent pas.

L'ame haute est l'ame grande ; la hautaine est superbe. On peut avoir le coeur haut, avec beaucoup de modestie ; on n'a point l'humeur hautaine sans un peu d'insolence. L'insolent est à l'égard du hautain ce qu'est le hautain à l'impérieux ; ce sont des nuances qui se suivent ; & ces nuances sont ce qui détruit les synonymes.

On a fait cet article le plus court qu'on a pû, par les mêmes raisons qu'on peut voir au mot HABILE ; le lecteur sent combien il seroit aisé & ennuyeux de déclamer sur ces matieres.


HAUTBOIS(anciens), instrument à vent (Lutherie). Nous distinguerons le hautbois en ancien & en moderne.

Il y a deux sortes de hautbois anciens : les uns qu'on appelloit hautbois de Poitou ; les autres simplement hautbois ; ils étoient à anches. On voit audessus les huit premiers trous disposés comme on les bouche, pour avoir l'étendue des sons. Les trous neuf & dix servent seulement à donner de l'air aux sons, & à accourcir le dessus, dont la patte va en s'élargissant depuis le neuvieme trou qui est double, jusqu'au dixieme qui l'est aussi, & de-là jusqu'à l'extrémité de l'instrument. C'est en bouchant ces derniers trous qu'on fait descendre l'instrument ; la taille de ces hautbois est d'une quinte plus basse que le dessus, sonnée à vuide ; mais elle n'a que sept trous qui se bouchent. De ces sept trous le septieme est caché sous la boîte ; cette boîte est criblée ; ces petites ouvertures donnent issue au vent, ornent l'instrument, & cachent le ressort d'une clef qui sert à boucher le trou correspondant à cette boîte ; la boîte est arrêtée par deux petites branches ; le corps de la taille est applati dans toute cette capacité ; l'anche de la taille ne differe point de l'anche du dessus ; elle se ente sur un cuivret qu'on couvre d'un morceau de bois que les Luthiers appellent pirouette, qui s'emboîte dans le haut de l'instrument ; le huitieme trou ne sert qu'à donner jour des deux côtés. Mais tous les trous sont faits en biais, ensorte qu'ils répondent au-dedans de cet instrument en un autre endroit qu'au dehors ; ou pour parler plus juste, le trou & l'endroit auquel il répond, ne sont pas dans un même plan perpendiculaire à la longueur de l'instrument ; ils biaisent vers l'anche, c'est-à-dire en montant. Il arrive ainsi que les trous extérieurs étant proches, & les intérieurs éloignés, on peut facilement boucher & faire les intervalles ; la distance des trous n'est pas la même ; le quatrieme est aussi éloigné du troisieme, que le troisieme du premier, ou que le quatrieme du sixieme, & le septieme est presque aussi éloigné du sixieme, que le quatrieme du second ; cependant la différence des sons rendus est la même. Le dessus de hautbois a deux piés de long depuis l'endroit où l'anche s'adapte au corps, jusqu'à son extrémité, & neuf pouces un tiers depuis le neuvieme trou, jusqu'à la même extrémité. Il y a trois pouces & un tiers depuis le commencement du corps jusqu'au premier trou, qui est éloigné du second de treize lignes ; les autres gardent à-peu-près le même intervalle. Il n'y a que le huitieme qui soit éloigné du cinquieme de vingt-deux lignes. La taille a deux piés quatre pouces & demi de long, y compris la pirouette qui est à deux pouces & cinq lignes. De l'extrémité de la pirouette au premier trou, il y a cinq pouces & sept lignes ; du huitieme trou jusqu'à la pirouette, il y a un pié & trois quarts. Le premier trou est éloigné du second, le second du troisieme, le quatrieme du cinquieme, & le cinquieme du sixieme, d'un pouce & un tiers ; la distance du troisieme au quatrieme est double de celle-ci ; celle du sixieme au septieme, & du septieme au huitieme, est de trois pouces & deux tiers. Quant à la basse, elle est si longue, qu'au lieu d'anche, elle a un canal recourbé au bout duquel est adapté une anche. Cette basse a cinq piés depuis l'endroit où le canal tient au corps jusqu'au bout de l'instrument ; onze trous, dont les huit, neuf, dix & onze, sont cachés sous leurs boîtes ; ensorte qu'il y a dans cette capacité trois clefs, sans compter la poche qui a aussi sa clef, qui bouche l'onzieme trou. Quand à l'étendue de ces parties, le dessus, par exemple, fait la quinzieme. Après avoir tiré de l'instrument autant de tons naturels qu'il y a de trous, en forçant le vent, on en obtient d'autres plus aigus. Il est inutile de s'étendre sur les hautbois de Poitou ; ce sont les mêmes instrumens que nous venons de décrire, si on veut négliger quelque legere différence de facture. Voyez dans nos Planches de Lutherie, le dessus, la taille, & la basse de hautbois.

HAUTBOIS, instrument de musique à vent & à anche, représenté Planche de Lutherie, parmi les instrumens à vent, est composé de quatre parties ; la premiere & la plus étroite A B, reçoit l'anche. Cette partie s'assemble avec la suivante par le moyen de la noix B, & est percée de trois trous 1, 2, 3 ; la seconde B C, qui entre dans la noix de la troisieme, est percée de cinq trous 4, 5, 6, 7, 8, & garnie de deux clés ; la troisieme C D, plus grosse que les autres, se termine par un pavillon ou entonnoir semblable à celui de la trompette ou du cors. Cette piece est percée de deux trous 9, placés vis-à-vis l'un de l'autre ; ces trous ne ferment jamais ; leur distance à l'extrémité A, détermine le ton de l'instrument.

Le hautbois est percé dans toute sa longueur comme les flûtes, avec cette différence, que leur trou s'élargit de plus en plus du côté de la patte D. Des deux clés qui ferment le septieme & huitieme trou, il n'y a que la petite qui soit tenue appliquée sur le septieme trou par son ressort, comme la clé de la flûte traversiere ; l'autre clé qui est la grande, est toûjours ouverte, & elle ne ferme comme celles du basson, que lorsque l'on appuie le doigt sur sa bascule. Voyez CLES DES INSTRUMENS DE MUSIQUE. A l'extrémité A, on ajuste une anche G H, qui est composée de deux lames de roseau ou cannes applaties par le côté G, & arrondies par le côté H, sur une cheville de fer, sur laquelle on en fait la ligature h h, plus haut ; vers la partie G, on met un autre lien g, qui fixe les deux lames en cet endroit, & ne les laisse vibrer que depuis g jusqu'en G. Cette longueur g G, détermine le ton de l'anche. Voyez ANCHES DES ORGUES. On fait entrer les ligatures de l'anche dans le trou du hautbois par le côté A, ensorte que le plat de l'anche soit tourné du même côté que les trous 1, 2, 3, &c. sur lesquels on pose les doigts. Le hautbois en cet état est comme il doit être pour en joüer.

Pour joüer de cet instrument, il faut le tenir à-peu-près comme la flûte à bec, seulement plus élevé ; par conséquent on aura la tête droite & les mains hautes, la gauche en haut ; c'est-à-dire vers l'anche, & la droite vers le bas ou vers la patte D ; on posera ensuite les doigts sur les trous en cette sorte ; savoir le doigt indicateur de la main gauche sur le premier trou, le doigt medius sur le second, & l'annulaire ou quatrieme de la même main, sur le troisieme trou ; ensuite on posera le doigt indicateur de la main droite sur le quatrieme trou, le doigt du milieu sur le cinquieme, & le doigt annulaire de cette main sur le sixieme ; l'auriculaire ou petit doigt de la main droite sert à toucher les clés quand il est nécessaire.

On placera ensuite l'anche entre les levres justement au milieu ; on ne l'enfoncera dans la bouche que de l'épaisseur de deux ou trois lignes ; ensorte qu'il y ait environ une ligne & demie de distance depuis les levres jusqu'à la ligature g de l'anche ; on la placera de maniere que l'on puisse la serrer plus ou moins selon le besoin, & on observera de ne la point toucher avec les dents.

Tous les tons naturels se font, comme il est démontré dans la tablature de la flûte traversiere, à l'exception de l'ut en-haut & en-bas qui se font différemment. Celui d'en-bas (note onzieme) se fait en bouchant le deuxieme trou, & laissant tous les autres débouchés. La cadence se fait comme sur la flûte traversiere, excepté que l'on doit trembler sur le troisieme trou. Celui d'en-haut (note 23) se fait en débouchant tous les trous, ou bien en débouchant seulement les trois premiers, & en bouchant les 4, 5 & 6 ; il y a de plus un ut tout-en-bas, lequel n'est point démontré dans la tablature, par lequel passe l'étendue de la flûte traversiere ; il se fait en bouchant tous les trous, & appuyant le doigt sur la bascule de la grande clé, ce qui fait appliquer la soûpape sur le huitieme trou qui se trouve par ce moyen fermé, on le tremble sur cette même clé. On doit observer que l'on ne monte guere plus haut que le ré (note 25), ensorte que le hautbois a deux octaves & un ton d'étendue, & qu'il sonne l'unisson des deux octaves de taille & de dessus des clavecins.

Tous les dièses & bémols se font aussi conformément à la tablature de la flûte traversiere, excepté ceux qui suivent le sol b en-bas (note 53) qui se forme en débouchant le cinquieme trou tout-à-fait, & la moitié du quatrieme, & en bouchant tous les autres, excepté celui de la grande clé ; il se tremble sur le troisieme trou : le fa (note cinquieme) se fait quelquefois de même, & se tremble sur la moitié du quatrieme trou ; mais plus ordinairement on le fait sur le hautbois comme sur la flûte traversiere : le sol bémol en-haut (note quarante-unieme) se forme en débouchant tous les trous, excepté le quatrieme, & celui de la grande clé ; il se tremble aussi sur le troisieme trou : le fa (note dix-septieme) se fait de la même maniere, & se tremble sur le cinquieme trou ; il se fait aussi comme sur la flûte traversiere.

Le sol ou la bémol se forme de haut & en-bas, en débouchant la moitié du troisieme trou, en bouchant le premier & le second tout-à-fait, & en débouchant aussi tous les autres ; le sol se tremble sur la moitié du troisieme trou, & le bémol sur le deuxieme trou plein.

Le la ou si bémol se fait en-haut & en-bas, en bouchant le premier & le troisieme trou, & en laissant tous les autres débouchés ; l'ut ou ré bémol (notes douzieme & quarante-sixieme) se forme en débouchant le premier trou, & en bouchant tous les autres, même celui de la grande clé ; l'ut se tremble sur la clé avec le petit doigt ; le ré bémol se tremble sur le sixieme trou, tous les trous bouchés, ou comme sur la flûte traversiere. Ce demi-ton se fait au si à l'octave en-haut, en forçant le vent & serrant l'anche avec les levres.

On doit observer en joüant de cet instrument, de fortifier le vent à mesure que l'on monte, & de serrer en même tems les levres.

A l'égard des coups de langue, flatemens, battemens, &c. ils se font comme sur la flûte traversiere. Voyez l'article FLUTE TRAVERSIERE.

Quant à l'explication de la formation du son dans le hautbois, & autres instrumens à hanche, voyez l'article TROMPETTE, jeu d'orgue.


HAUTE-CONTRE(Musique) altus ou contra ; celle des parties de la Musique qui appartient aux voix d'hommes les plus aiguës ou les plus hautes, par opposition à la basse-contre, qui est pour les plus graves ou les plus basses. Voyez PARTIES.

Dans les opera italiens, cette partie qu'ils appellent contr-alto, est souvent chantée par des femmes ; au lieu que les dessus les plus aigus sont plus communément chantés par des hommes destinés dès leur enfance à cet usage. (g)

HAUTE-CONTRE de violon, (Musique) c'est la même chose que la quinte de violon. Voyez QUINTE DE VIOLON.

HAUTE-CONTRE de flûte à bec, (Musique) instrument à vent, dont la forme & la tablature est en tout semblable à celle de la flûte à bec appellée taille de rite, à l'article flûte à bec. Cet instrument qui a une quatorzieme d'étendue sonne la quinte au-dessus de la taille de flûte, & l'unisson de l'octave des dessus & des par-dessus du clavecin. Voyez la table du rapport de l'étendue des instrumens.


HAUTE-FUTAYEvoyez FORET & FUTAYE.


HAUTE-JUSTICE(Jurisprudence) voyez ci-après JUSTICE.


HAUTE-LISSE& BASSE-LISSE, voyez l’article TAPISSERIE.


HAUTE-LISSIERS. m. (Manuf.) ouvrier qui travaille à la tapisserie appellée de haute-lisse ; on donne le même nom au marchand qui la vend.


HAUTE-MARÉEou HAUTE-MER, (Marine) c'est le plus grand accroissement de la marée, & le tems où elle monte le plus haut. La pleine mer ou la haute-mer arrive deux fois le jour, de douze heures en douze heures ; mais les jours de la nouvelle & de la pleine lune elle monte plus haut que les autres jours ; & les jours des solstices & des équinoxes, elle monte encore davantage. (Q)


HAUTE-PAYE(Art militaire) solde plus forte que l'ordinaire. Voyez PAYE.


HAUTE-RIVEAlta-Ripa, (Géog.) petite ville de France dans le haut-Languedoc, sur l'Ariege, à quatre lieues S. de Toulouse. Long. 19. 10. lat. 43. 25. (D.J.)


HAUTE-SOMMES. f. (Marine) c'est la dépense que l'on fait pour la réussite & l'avantage de l'entreprise projettée, & dans laquelle tous les intéressés entrent. Ordinairement le maître en fournit un tiers, & les Marchands le surplus ; mais on ne comprend pas dans cet article la dépense faite tant pour le corps du navire, la solde des équipages, que pour les vivres nécessaires. (Z)


HAUTE-TAILLEtenor, (Musique) est cette partie de la Musique qu'on appelle simplement taille. On peut concevoir la partie de la taille comme subdivisée en deux autres ; savoir la basse-taille ou le concordant, & la haute-taille. Voyez PARTIES. (S)


HAUTES-PUISSANCES(Hist. mod.) titre donné par toutes les cours de l'Europe aux Etats-Généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas. On les appelle en s'addressant à eux, Hauts & Puissans Seigneurs ; & en parlant d'eux, on dit leurs Hautes-Puissances.


HAUTES-VOILES(Marine) ce sont les huniers & les perroquets.


HAUTESSES. f. (Hist. mod.) titre d'honneur qu'on donne au grand-seigneur. Nos rois l'ont reçû ; mais il n'a guere été d'usage que sous la seconde race.


HAUTEURS. f. (Géom.) se dit en général de l'élévation d'un corps au-dessus de la surface de la terre, ou au-dessus d'un plan quelconque.

C'est dans ce sens qu'on dit qu'un oiseau vole à une grande hauteur, que les nuées sont à une grande hauteur.

HAUTEUR, se dit aussi de la dimension d'un corps estimée dans un sens perpendiculaire à la surface de la terre. C'est dans ce sens, qu'on dit qu'un mur a beaucoup de hauteur.

HAUTEUR, en Astronomie, est la même chose qu'élévation. Ainsi on dit la hauteur du pole, la hauteur de l'équateur. Voyez ÉLEVATION.

Prendre hauteur, terme dont se servent les Marins, & qui signifie mesurer la hauteur du Soleil sur l'horison ; c'est principalement à midi que l'on prend hauteur en mer. Les Marins se servent pour cela de différens instrumens ; l'arbalestrille, le quartier anglois, l'octant, &c. Voyez ARBALESTRILLE, QUARTIER ANGLOIS, OCTANT. Voyez aussi le Traité de Navigation de M. Bouguer. (E)

Hauteur d'une figure, en Géométrie, est la distance de son sommet à sa base, ou la longueur d'une perpendiculaire abaissée du sommet sur la base. Voyez FIGURE, BASE & SOMMET.

Ainsi K L (Planche I. Géom. fig. 19.) étant prise pour la base d'un triangle rectangle K L M, la perpendiculaire K M sera la hauteur de ce triangle.

Des triangles qui ont des bases & des hauteurs égales, sont égaux en surface ; & les parallélogrammes sont doubles des triangles de même base & de même hauteur. Voyez TRIANGLE, PARALLELOGRAMME, &c.

Hauteur, en Optique, se dit ordinairement de l'angle compris entre une ligne tirée par le centre de l'oeil parallélement à l'horison, & un rayon visuel qui vient de l'objet à l'oeil.

Si par les deux extrémités S T, d'un objet, (Pl. d'Opt. fig. 13.) on tire deux paralleles T V, & S Q, l'angle T V S, intercepté entre un rayon qui passe par le sommet S, & qui en termine l'ombre en V, est appellé par quelques auteurs la hauteur du lumineux.

Il y a trois moyens de mesurer les hauteurs ; on peut le faire géométriquement, trigonométriquement, & par l'optique. Le premier moyen est un peu indirect, & demande peu d'apprêt ; le second se fait avec le secours d'instrumens destinés à cet usage, & le troisieme par les ombres.

Les instrumens dont on fait principalement usage pour mesurer les hauteurs, sont le quart de cercle, le graphometre, &c. Voyez-en les descriptions ou les applications à leurs articles respectifs, QUART DE CERCLE, GRAPHOMETRE, &c.

Prendre des hauteurs accessibles. Pour mesurer géométriquement une hauteur accessible, supposons qu'il s'agisse de trouver la hauteur A B, (Pl. Géom. fig. 88.) plantez un piquet D E perpendiculairement à la surface de la terre, assez long pour monter à la hauteur de l'oeil ; étendez-vous ensuite par terre, les piés contre le piquet ; si les points E B, se trouvent dans la même ligne droite avec l'oeil C ; la longueur C A est égale à la hauteur A B ; si quelqu'autre point plus bas, comme F, se trouve dans la même ligne que le point E, & l'oeil, approchez le piquet de l'objet : au contraire, si la ligne menée de l'oeil par le point E, rencontre quelque point audessus de la hauteur cherchée, il faut éloigner le piquet jusqu'à ce que la ligne C E rase le vrai point que l'on demande. Alors mesurant la distance de l'oeil C au pié de l'objet A, on a la véritable hauteur cherchée, puisque C A = A B.

Ou bien opérez de la maniere suivante. A la distance de trente ou quarante piés, ou même plus, plantez un piquet D E (fig. 89.) & à la distance de ce piquet au point C, plantez-en un autre plus court, de maniere que l'oeil étant en F, les points E B, puissent être dans la même ligne droite avec F ; mesurez la distance entre les deux piquets G F, & la distance entre le plus court piquet & l'objet H F, de même que la différence des hauteurs des piquets G E ; aux lignes G F, G E, H F ; cherchez une quatrieme proportionelle B H, ajoûtez-y la hauteur du plus court piquet F C, la somme est la hauteur cherchée A B.

Mesurer une hauteur accessible trigonométriquement. Supposons qu'il s'agisse de trouver la hauteur A B, (Pl. Trigon. fig. 23.) choisissez une station en E, & avec un quart de cercle, un graphometre, ou un autre instrument gradué & disposé d'une maniere convenable, déterminez la quantité de l'angle de hauteur A D C. Voyez ANGLE.

Mesurer la plus petite distance du point de station à l'objet, savoir D C, qui est par conséquent perpendiculaire à A C. Voyez DISTANCE.

Maintenant C étant un angle droit, il est aisé de trouver la ligne A C, puisque dans le triangle A C D, nous avons les deux angles C D, & un côté C D opposé à l'un de ces angles ; pour trouver le côté opposé à l'autre angle, l'on fera cette proportion : le sinus de l'angle A est au côté donné D C, opposé à cet angle, comme le sinus de l'autre angle D est au côté cherché C A. Voyez TRIANGLE.

A ce côté ainsi déterminé, ajoûtez B C, la somme est la hauteur perpendiculaire demandée.

L'opération se fait plus commodément par les logarithmes. Voyez LOGARITHME.

Si l'on commet quelqu'erreur, en prenant la quantité de l'angle A, (fig. 24.) la véritable hauteur B D sera à la fausse B C, comme la tangente de l'angle véritable D A B, est à la tangente de l'angle erroné C A B.

Ainsi les erreurs de cette nature seront plus considérables dans une grande hauteur que dans une moindre.

Il suit aussi que l'erreur est plus grande, quand l'angle est plus petit que lorsqu'il est plus grand. Pour éviter ces inconvéniens, il faut choisir une station à une distance moyenne, de maniere que l'angle de hauteur D E B, soit à-peu-près la moitié d'un angle droit.

Pour mesurer une hauteur accessible avec le secours de l'optique, & par l'ombre du corps. Voyez OMBRE.

Mesurer une hauteur accessible par le quarré géométrique. Supposons que l'on demande de trouver la hauteur A B, (Pl. géom. fig. 90.) choisissant une station à volonté en D, & mesurant sa distance à l'objet D B, faites tourner le quarré çà & là, jusqu'à ce que vous apperceviez par les pinnules le haut de la tour A ; alors si le fil coupe l'ombre droite, dites : la partie de l'ombre droite coupée est au côté du quarré, comme la distance de la station D B, est à la partie de la hauteur A E. Si le fil coupe l'ombre verse, dites : le côté du quarré est à la partie de l'ombre verse coupée, comme la distance de la station D B, est à la partie de la hauteur A E.

Ainsi ayant trouvé A E, dans l'un & l'autre cas, par la regle de trois, si l'on y ajoûte la partie de la hauteur B E, cette somme est la hauteur que l'on demande.

Mesurer géométriquement une hauteur inaccessible. Supposons qu'A B, (fig. 89.) soit une hauteur inaccessible, telle qu'on ne puisse pas appliquer une mesure jusqu'à son pié ; trouvez la distance C A, ou F H, ainsi qu'on l'a enseigné à l'article DISTANCE, & procédez dans tout le reste, comme l'on a fait par rapport aux distances accessibles.

Mesurer trigonométriquement une hauteur inaccessible. Choisissez deux stations G, E, (Pl. trigon. fig. 25.) qui soient dans la même ligne droite que la hauteur A B, cherchée ; & à une distance D F, l'une de l'autre, telle que l'angle F A D ne soit point trop petit, ni l'autre station G trop près de l'objet A B, prenez avec un instrument convenable la quantité des angles A D C, A F C, & C F B. Voyez ANGLE ; mesurez aussi l'intervalle F D.

Alors dans le triangle A F D, on a l'angle D donné par l'observation, & l'angle A F D, en soustrayant l'angle observé A F C, de la somme de deux angles droits ; & par conséquent le troisieme angle D A F, en soustrayant les deux autres de la valeur de deux angles droits : on a aussi le côté F D, d'où l'on détermine le côté A F, par la regle exposée ci-dessus, lorsqu'il étoit question du problème des hauteurs accessibles. De plus, dans le triangle A C F, ayant un angle droit C, un angle F observé, & un côté A F, on trouvera par la même regle le côté A C, & l'autre côté C F. Enfin, dans le triangle F C B, ayant un angle droit C, l'angle observé C F B, & un côté C F ; la même regle fera découvrir l'autre côté C B.

C'est pourquoi ajoûtant A C, & C B, la somme est la hauteur cherchée A B.

Trouver une hauteur inaccessible par le moyen de l'ombre ou du quarré géométrique. Choisissez deux stations en D H, (Pl. géom. fig. 90.) & trouvez la distance D H ou C G, observez quelle partie de l'ombre droite ou verse est coupée par le fil.

Si les ombres droites sont coupées dans les deux stations, dites : la différence des ombres droites dans les deux stations est au côté du quarré, comme la distance des stations G C est à la hauteur E A. Si le fil coupe l'ombre verse aux deux stations, dites : la différence des ombres verses marquées aux deux stations est à la plus petite ombre verse, comme la distance des stations C G est à l'intervalle G E ; cela étant connu, on trouve aussi la hauteur E B, par le moyen de l'ombre verse en G, comme dans le problème pour les hauteurs accessibles. Enfin, si le fil dans la premiere station G, coupe les ombres droites, & que dans la derniere, il coupe les ombres verses, dites : comme la différence du produit de l'ombre droite par l'ombre verse soustraite du quarré du côté du quarré géométrique, est au produit du côté de ce quarré par l'ombre verse ; ainsi la distance des stations G C, est à la hauteur cherchée A E.

Etant donnée la plus grande distance à laquelle un objet peut être vû, trouver sa hauteur. Supposons la distance D B, (Pl. géograp. fig. 9.) réduisez-la en degrés ; par ce moyen vous aurez la quantité de l'angle C : de la sécante de cet angle ôtez le sinus total B C, le reste sera A B en parties, dont B C, en contient 10000000. dites ensuite : 10000000. est à la valeur d'A B, en mêmes parties, comme le demi-diamêtre de la terre BC 19695539. est à la valeur de la hauteur AB, en piés de Paris.

Supposons, par exemple, que l'on demande la hauteur d'une tour A B, dont le sommet est visible à la distance de cinq milles ; alors D C B, sera de 20'. Si l'on soustrait le sinus total 10000000. de la secante 10000168. de cet angle, le reste A B est 168. que l'on trouvera de 331. piés de Paris.

La hauteur de l'oeil dans la perspective, est une ligne droite qui tombe de l'oeil perpendiculairement au plan géométral.

La hauteur d'une étoile ou d'un autre point, est proprement un arc d'un cercle vertical, intercepté entre ce point & l'horison. Voyez VERTICAL. Delà vient :

Hauteur méridienne ; le méridien étant au cercle vertical, une hauteur méridienne, c'est-à-dire la hauteur d'un point dans le méridien, est un arc du méridien intercepté entre ce point & l'horison. Voy. MERIDIEN.

Pour observer la hauteur méridienne du Soleil, d'une étoile, ou de tout autre phénomene, par le moyen du quart de cercle. Voyez MERIDIEN.

Pour observer une hauteur méridienne avec un gnomon. Voyez GNOMON.

Vous pourrez aussi trouver la hauteur du Soleil sans le secours du quart de cercle ou de tout autre instrument semblable, en élevant perpendiculairement au point C, par exemple un stile ou un fil d'archal (Pl. astrom. fig. 62.) & en décrivant du centre C l'arc A F, quatrieme partie d'une circonférence, faites C E égale à la hauteur du style, & par E tirez E D, parallele à C A, que vous ferez égale à la longueur de l'ombre ; si vous mettez ensuite une regle de C en D, elle coupera le quart de cercle en B ; & B A est l'arc de la hauteur du Soleil.

HAUTEUR des eaux, (Hydraul.) voyez ÉLEVATION. (K)

HAUTEUR, (Gramm. Morale) Si hautain est toûjours pris en mal, hauteur est tantôt une bonne, tantôt une mauvaise qualité, selon la place qu'on tient, l'occasion où l'on se trouve, & ceux avec qui l'on traite. Le plus bel exemple d'une hauteur noble & bien placée est celui de Popilius qui trace un cercle autour d'un puissant roi de Syrie, & lui dit : vous ne sortirez pas de ce cercle sans satisfaire à la république, ou sans attirer sa vengeance. Un particulier qui en useroit ainsi seroit un impudent ; Popilius qui représentoit Rome, mettoit toute la grandeur de Rome dans son procédé, & pouvoit être un homme modeste.

Il y a des hauteurs généreuses ; & le lecteur dira que ce sont les plus estimables. Le duc d'Orléans régent du royaume, pressé par M. Sum, envoyé de Pologne, de ne point recevoir le roi Stanislas, lui répondit : dites à votre maître que la France a toûjours été l'asyle des rois.

La hauteur avec laquelle Louis XIV. traita quelquefois ses ennemis, est d'un autre genre, & moins sublime. On ne peut s'empêcher de remarquer ici, que le pere Bouhours dit du ministre d'Etat Pompone ; il avoit une hauteur, une fermeté d'ame, que rien ne faisoit ployer. Louis XIV. dans un mémoire de sa main, (qu'on trouve dans le siecle de Louis XIV.) dit de ce même ministre, qu'il n'avoit ni fermeté ni dignité. On a souvent employé au pluriel le mot hauteur dans le style relevé ; les hauteurs de l'esprit humain ; & on dit dans le style simple, il a eu des hauteurs, il s'est fait des ennemis par ses hauteurs.

Ceux qui ont approfondi le coeur humain en diront davantage sur ce petit article.

HAUTEUR, terme d'Architecture. On dit qu'un bâtiment est arrivé à hauteur, lorsque les dernieres assises sont posées pour recevoir la charpente. On dit aussi hauteur d'appui, pour signifier trois piés de haut : & hauteur de marche, six pouces, parce que l'usage a déterminé ces hauteurs.

HAUTEUR, se dit dans l'Art militaire, du nombre de rangs sur lesquels une troupe est formée, ou ce qui est la même chose, du nombre d'hommes dont les files sont composées. Voyez FILE.

Ainsi, dire qu'une troupe est formée à deux ou trois de hauteur, &c. c'est dire qu'elle a deux ou trois rangs, ou deux ou trois hommes, &c. dans chaque file. Voyez ÉVOLUTIONS.

Hauteur, se dit aussi dans la marche des troupes de la ligne qui termine la tête du côté de l'ennemi. Lorsque l'armée est en marche pour combattre, toutes les colomnes doivent marcher à la même hauteur, c'est-à-dire que la tête de chaque colomne doit être également avancée vers l'ennemi. Voyez MARCHE. (Q)

HAUTEURS, en termes de guerre, signifient les éminences qui se trouvent autour d'une place fortifiée, & où les ennemis ont coûtume de prendre poste. Dans ce sens, on dit que l'ennemi s'est emparé des hauteurs, qu'il paroît sur les hauteurs, &c. Chambers.

HAUTEUR, (Géog.) ce mot qui signifie élévation, a plusieurs usages dans la Géographie.

On dit qu'un château est sur la hauteur, sur une hauteur, lorsqu'il est élevé sur une colline, & commande une ville ou un bourg, qui est au pié, ou sur le penchant.

On dit en termes de navigation : quand nous fûmes à la hauteur d'un tel port, pour dire vis-à-vis.

On dit en termes de Géographie astronomique, la hauteur ou l'élévation du pole, pour désigner la latitude ; car quoique la hauteur du pole & la latitude soient des espaces du ciel dans des parties différentes, ces espaces sont pourtant tellement égaux, que la détermination de l'un ou de l'autre produit le même effet & la même connoissance, parce que la hauteur du pole est l'arc du méridien compris entre le pole & l'horizon ; & la latitude du lieu est l'arc de ce même méridien, compris entre le zénith du lieu & l'équateur. Or à mesure que le pole dont on examine la hauteur s'éleve de l'horison, autant l'équateur s'éloigne du zénith du lieu, puisqu'il y a toûjours 90 degrés de l'un à l'autre. Ainsi l'observatoire de Paris où la hauteur du pole est de 48d. 50'. 10''. a son zénith à pareille distance de l'équateur. On dit prendre hauteur, pour dire mesurer la distance d'un astre à l'horison.

La hauteur de l'équateur est l'arc du méridien compris entre l'horison & l'équateur ; elle est toûjours égale au complément de la hauteur du pole, c'est-à dire à ce qui manque à la hauteur du pole, pour être de 90 degrés ; la raison en est facile, par le principe que nous avons établi, que du pole à l'équateur, la distance est invariablement de 90 degrés, si le pole s'éleve, l'équateur s'abaisse : si le pole s'abaisse, l'équateur s'éleve à son tour. Plus le pole est élevé, plus sa distance au zénith est diminuée, & de même l'horison s'est abaissé, & sa distance à l'horison est plus petite dans la même proportion.

La hauteur de l'équateur se peut connoître de jour, par le moyen de la hauteur du Soleil ; on la trouve facilement avec un quart de cercle bien divisé, ou avec quelqu'autre instrument astronomique, ainsi que par le moyen de la déclinaison, que l'on peut connoître par la trigonométrie sphérique, après que l'on a supputé par les tables astronomiques, le véritable lieu dans le zodiaque. Voyez ÉQUATEUR. (D.J.)

HAUTEUR des caracteres d'Imprimerie, (Fonderie en Caracteres) on entend par la hauteur dite en papier, la distance du corps sur lequel ils sont fondus, depuis le pié qui sert d'appui à la lettre, jusqu'à l'autre extrémité où est l'oeil. Cette hauteur est fixée sagement par les édits du roi & reglemens de la Librairie, à dix lignes & demie géométriques, pour éviter la confusion que des différentes hauteurs causeroient dans l'Imprimerie ; cette hauteur n'est pas de même par-tout : on distingue la hauteur d'Hollande qui a près d'une ligne de plus qu'à Paris ; celles de Francfort, de Flandres, & même de Lyon, ont plus de dix lignes. Voyez OEIL.

HAUTEUR, (mettre à) en terme de Raffineur ; c'est l'action de verser la cuite dans les formes à-peu-près à la même hauteur ; savoir de deux pouces loin du bord dans les petites, & dans les autres à proportion de leur grandeur. On met à hauteur, afin qu'en achevant d'emplir les formes, le fond de la chaudiere où le grain est tombé, soit également partagé dans toutes.


HAUTSHAUTS d’un vaisseau, adj. pl. pris subst. (Marine.) on donne ce nom aux parties les plus élevées du vaisseau, telles que sont les châteaux, les mâts, & toutes les autres parties qui sont sur le pont d’enhaut. On entend aussi par les hauts d’un vaisseau, tout ce qui est hors de l’eau ; & par les bas, on entend tout ce qui est dessous ou dans l’eau. (R)

HAUTS, ou GRANDS BRINS, s. m. pl. (Commerce) toiles de halle assorties ; elles se fabriquent en Bretagne, particulierement à Dinan.


HAUTS FONDSS. m. pl. (Marine) c'est un endroit de la mer ou auprès d'une côte, sur lequel il y a peu d'eau, & où les navires seroient en danger d'échouer s'ils donnoient dessus : quelques-uns disent des bas-fonds. (Z)


HAUTS-COMPTESS. m. (Manuf.) ce sont des ras de Gênes, étoffes ou toute laine ou laine & soie. Voyez l'article RAS.


HAUTS-JOURS(Jurisprudence) c'est ainsi qu'en quelques endroits l'on appelle les grands-jours. Voyez ci-après au mot JOURS, GRANDS-JOURS. (A)


HAUTS-LIEU(LES), Géog. sacrée ; en hébreu bamot, & en latin excelsa. Il en est souvent parlé dans l'Ecriture, sur-tout dans les livres des Rois ; les prophetes reprochoient toûjours aux Israëlites, d'aller adorer sur les hauts-lieux ; cependant les hauts-lieux n'avoient rien de contraire aux lois du Seigneur, pourvû qu'on n'y adorât que lui, & qu'on n'y offrît ni encens ni victime aux idoles, mais vraisemblablement sur ces hauteurs on adoroit les idoles, on commettoit mille abominations dans les bois de futaie, dans les cavernes, & dans les tentes consacrées à la débauche ; c'est ce qui allumoit le zele des prophetes pour supprimer & détruire les hauts-lieux. (D.J.)


HAUTURIERS. m. (Marine) pilote hauturier. On donne ce nom aux pilotes qui sont pour les voyages de long cours, qui ont une connoissance des astres, & qui font usage des instrumens pour prendre hauteur, pour les distinguer des pilotes costiers, dont les connoissances sont bornées à certaines côtes, le long desquelles ils conduisent les vaisseaux. (R)


HAVil bat l'eau, (Venerie) cri du chasseur lorsque le cerf est dans l'eau.


HAVAGou HAVÉE, s. m. (Jurisprud.) qui dans la basse latinité s'appelle havagium ou havadium, signifie le droit que certaines personnes ont de prendre sur les grains & fruits que l'on expose en vente dans les marchés, autant qu'on en peut prendre avec la main.

Quelques-uns croyent que ce terme vient du vieux mot havir, en tant qu'il se disoit pour prendre. Mais il pourroit bien avoir été formé par corruption du verbe avoir, comme qui diroit ce que l'on a droit d'avoir, d'où l'on a fait avage, & par corruption havage.

En quelques lieux ce droit appartient au roi ; & dans quelques-uns il a été cédé à d'autres personnes, comme à Paris & à Pontoise où il avoit été abandonné à l'exécuteur de la haute-justice ; celui de Paris le faisoit percevoir par ses préposés ; & à cause de l'aversion que l'on a pour les gens de cet état, on ne leur laissoit prendre ce droit qu'avec une cuillere de fer-blanc qui servoit de mesure. On en use encore de même dans quelques autres marchés où l'exécuteur joüit de ce même droit. Mais à Paris il a été supprimé depuis quelque tems à cause des rixes que la perception de ce droit causoit ; la plûpart des vendeurs de denrées ne voulant pas souffrir que le bourreau ou son préposé les marquât sur le bras avec de la craie, comme il avoit coûtume de faire pour reconnoître ceux qui lui avoient payé son droit.

A Pontoise où le bourreau le percevoit pareillement, ce droit a été cédé par accommodement à l'hôpital général. Descript. géogr. & hist. de la haute-Norm. tome II. p. 205.

Voyez aussi ce qui a été dit ci-devant à ce sujet au mot EXECUTEUR DE LA HAUTE-JUSTICE.

Le havage n'est pourtant pas de sa nature un droit royal ; car en plusieurs lieux il appartient à de simples seigneurs particuliers. Beraud en donne un exemple sur l'article 109. de la coûtume de Normandie, où il rapporte un arrêt du 24. Novembre 1555, qui maintint un seigneur au droit de havage par lui prétendu sur les personnes apportans fruits & étalans vendage en la foire tenue sur sa terre, encore qu'il ne fît apparoir d'aucune concession, & qu'il se fondât seulement sur une possession immémoriale.

Voyez le Glossaire de Ducange au mot havagium ; le Glossaire de la Thaumassiere, qui est à la suite des coutumes de Beauvaisis ; le Dictionnaire de Trévoux au mot havage. (A)


HAVAN(LA), Géog. grande & riche ville de l'Amérique septentrionale. Elle est située sur la côte du nord de l'île de Cuba, vis-à-vis la Floride, avec un port très-renommé, fortifié, & si vaste, qu'il peut contenir mille vaisseaux. Ce port, ou plûtôt cette baie, s'enfonce une lieue au sud, & forme comme différens bras à l'ouest & à l'est. Le mouillage en est bon, & on y est en sûreté contre les vents les plus violens ; la ville est très-commerçante, & a trois forts pour sa défense. On y compte six maisons de différens ordres, trois monasteres de religieuses, environ trois cent familles espagnoles, & grand nombre d'esclaves ; cette ville est comme le rendez-vous de toutes les flottes d'Espagne, & lui appartient. Long. suivant Cassini, 296. 15. lat. 23. 11. 52. (D.J.)


HAVANT(Géog.) ville d'Angleterre, dans la province de Hampshire, à six milles de Portsmouth.


HAVÉES. f. (Commerce) droit que l'exécuteur de la haute-Justice prenoit autrefois sur les grains & denrées qui se vendoient dans les marchés de Paris. Les abbés de Sainte Génevieve avoient racheté ce droit moyennant cinq sols de rente annuelle qu'ils lui payoient le jour de leur fête. Ce droit subsiste encore en plusieurs endroits, mais sous un autre nom. Voyez HAVAGE. Dictionnaire de Commerce. (G)


HAVEL(Géog.) riviere d'Allemagne, qui a sa source au duché de Mecklenbourg, arrose d'abord Furstenberg, entre dans la marche de Brandebourg, se partage de tems-en-tems, forme quelques îles, & après s'être grossie de plusieurs petites rivieres, & avoir finalement baigné les murs de Hawelberg, elle se perd dans l'Elbe, vis-à-vis de Werben. (D.J.)


HAVELBERGHavelberga, (Géog.) petite ville d'Allemagne au cercle de Basse Saxe, dans l'électorat de Brandebourg, avec un évêché suffragant de Magdebourg, sécularisé en faveur de la maison de Brandebourg, à qui cette ville est demeurée après avoir été prise & reprise plusieurs fois dans les guerres d'Allemagne. Elle est sur le Havel, à 9 lieues N. E. de Stendal, 15 N. O. de Brandebourg. Long. 30. 18. lat. 53. 4. (D.J.)


HAVENEAUS. m. (Péche) terme usité dans le ressort de l'amirauté de la Rochelle. Ceux qui font la pêche avec ce ret l'établissent autrement à la mer que dans la gironde ; le chaloupe est sans voile ; son côté en-travers ; affourchée sur deux ancres ; le ret à stribord sur le mât ; le reste de la manoeuvre comme aux autres bateaux pêcheurs. Si les traversiers sont pris de calme, & qu'ils veuillent pêcher au haveneau, ils mettent hors leurs acons & placent sur l'arriere leur filet, comme aux félardieres de la Garonne : trois sont dans l'accon, deux rament & refoulent la marée. Le poisson en est déterminé à se porter vers le haveneau ; ce ret a ses mailles de quinze lignes en quarré ; cette pêche peut donner beaucoup sans nuire ; la marée tenant toûjours les mailles du ret ouvertes & tendues, le petit poisson peut s'en échapper sans peine. D'ailleurs comme on le releve dans l'eau, le pêcheur est maître de rejetter à la mer ce qu'il ne veut pas garder. Voyez ce ret dans nos Planches de Pêche.

La félardiere, sorte de bateau, en usage sur la Garonne, & qui peut tenir la mer, sert à la pêche au haveneau pour les chevrettes, les fantes & les pucelles. Les grandes félardieres vont de beau tems jusqu'à la Rochelle ; elles ont vingt piés de l'étrave à l'étambor, quinze à seize piés de quille, deux piés & demi sur quille jusqu'à la lisse ; au milieu six piés & demi de large ; l'étrave haut ; trois varangues ; les bords faits communément de six planches à clin ; le mât au tiers ; une voile en langue ; quelquefois un second mât à levant ; jamais deux voiles, ni bannettes, ni étaines.

Dans la pêche, on ôte le gouvernail qui feroit plomber l'étambor par son poids. Le pêcheur doit veiller sans-cesse au danger de couler bas, & avoir un hachoir tout prêt pour couper le cable au moindre mouvement de la félardiere.

Le haveneau de Garonne est le même instrument que celui dont se servent à pié les pêcheurs bas-normans, à la grandeur près.

La pêche des chevrettes qui se fait à ce filet, ne dure que pendant les chaleurs de Juillet, Août, & Septembre ; passé ce tems, les Pêcheurs continuent au haveneau à plus grandes mailles la pêche des muges, mulets, gustes & gats.

Il y a à la félardiere une petite poutre appellée barioste, d'environ dix piés de haut, sur laquelle sont placées les deux barres de l'haveneau ; ces barres faites de petits sapins ronds, d'environ vingt piés de long, plus menus par le bas que par le haut, se croisent & sont arrêtées par une cheville de fer ; une traverse de bois les tient écartées. Au bout des barres, il y a une autre traverse de corde à laquelle la pêche ou le sac du haveneau est amarré. Il est aussi frappé sur les deux côtés des perches jusqu'auprès de l'étambor, lieu où correspond le fond de la pêche dont les mailles les plus larges sont à l'avant, d'où elles vont en diminuant jusqu'au fond qui est contenu par une corde lâche à oeillet que le pêcheur passe dans les chevilles qui attachent la barre à la félardiere ; ces chevilles ont chacune environ dixhuit à vingt pouces de hauteur.

Un seul homme dans une félardiere peut faire la pêche ; pour cet effet, il jette son ancre ou petit grappin : le cablot amarré à stribord a vingt à vingt-cinq brasses de long ; & à dix brasses près de la félardiere, est frappée sur le cablot une traversiere de dix brasses, amarrée à bas-bord ; l'étambor est exposé à la marée ; & comme les barres du filet sont disposées sur la barcote de maniere que le haveneau est suspendu en équilibre, le pêcheur le plonge sans peine ; il n'entre dans l'eau que de quatre piés au plus ; le flot porte rapidement vers le sac les chevrettes & le frais.

On ne releve guere pendant une marée que deux ou trois fois, sur-tout quand on pêche de flot.

Si la pêche se continue de jusan, on revire de bord ; on releve en pesant sur les barres ; les barres levées, on les arrête avec un petit cordage placé à cet effet ; alors le pêcheur ramasse dans un coin de la poche ce qu'il a pris, & le transporte dans un panier ou banastre.

Les Pêcheurs se placent toûjours plusieurs les uns à côté des autres, sur une même ligne, afin de s'entre-secourir au besoin, & sur-tout pour se tenir éveillés. Le moindre choc imprévû fait tourner la félardiere ; chaque félardiere de pêcheur n'est guere éloignée de sa voisine que de deux brasses.

Les félardieres qui pêchent la chevrette ne se soûtiennent pas si facilement à la marée, que celles qui pêchent les mulets, parce que les lacs de haveneaux à chevrettes étant plus serrés font culer davantage & plomber à l'arriere.

Les mailles des haveneaux de quelques endroits sont de sept lignes en quarré aux côtés & à la tête, & diminuent successivement jusqu'à trois lignes qu'elles ont à peine vers le fond du sac. Voyez nos Planches de Pêche.

Voilà pour les haveneaux à chevrettes ; ceux à mulets sont plus grands ; ils servent à la pêche des mulets, surmulets & autres poissons qui entrent dans les rivieres. Ils ont la maille de neuf lignes en quarré ; la pêche avec ces rets se fait toute l'année tant de jour que de nuit ; les Pêcheurs s'assemblent en assez grand nombre pour barrer la riviere ; le sac de l'haveneau a quatre brasses de largeur, & autant de profondeur. Les Pêcheurs s'établissent, comme nous l'avons décrit ci-dessus ; mais ils risquent moins, par la facilité qu'ils ont à manoeuvrer leur ret, quoique plus grand étant moins pesant, & la largeur des mailles opposant à l'eau moins de surface & de résistance.

Lorsque la pêche des chevrettes finit, celle des mulets & surmulets commence ; elle ne se fait que de marée montante ou descendante ; les tems de gros vents y sont favorables ; le ret ne plonge dans l'eau que de deux piés ; le pêcheur a toûjours la main sur les barres du haveneau ; s'il manquoit de relever au moindre mouvement, le poisson rebrousseroit chemin. Il n'en est pas ainsi des esquires ou chevrettes ; quand elles sont dans le sac, elles y restent.


HAVENETS. m. (Pêche) ce ret est usité dans l'amirauté de Saint-Malo ; on prend le poisson plat au havenet ; il est formé de deux perches croisées de bois leger, chacune d'environ douze piés de long. Ces perches portent à leur extrémité le filet qu'elles font ouvrir ; il a treize à quatorze piés d'ouverture ; il se traîne ; il n'est chargé ni de plomb ni d'autre corps pesant ; le pêcheur le releve d'autant plus facilement ; les perches sont tenues ouvertes par une petite traverse qui s'emboîte à mortaise d'un bout, & qui est fourchue de l'autre. Elle est placée environ à trois piés, sur la longueur des perches du côté du pêcheur qui pousse cet instrument devant lui. Le reste du sac est amarré sur les côtés de la perche, & fermé d'un petit filet qui retient le poisson.


HAVERFORD-WEST(Géog.) ville à marché d'Angleterre, en Pembrokeshire : elle envoye deux députés au Parlement, & est à 65 lieues O. de Londres. Long. 12. 40. lat. 51. 56. (D.J.)


HAVERIENNE(GLANDES), Anatomie. Havers medecin anglois, & membre de la société royale de Londres, a publié des nouvelles observations sur les of & sur leurs parties. Entr'autres choses, il traite en particulier des glandes mucilagineuses ; il a découvert qu'elles sont de deux especes ; les unes petites & dispersées par pelotons sur les membranes des articulations, & les autres plus grandes & se réunissant par paquets ; on les nomme glandes haveriennes. Voyez MUCILAGINEUX. Son ouvrage est intitulé, Osteologia nova, Londres 1691, in-8 °. le même traduit sous le titre de Novae quaedam observationes de ossibus, versio nova, &c. Amstelodami, 1731. (L)


HAVETS. m. (Métallurgie) espece de crochet employé à différens usages dans le travail de la calamine & du cuivre mis en laiton. Il y a aussi un instrument de ce nom dans l'exploitation de l'ardoise. Voyez l'article ARDOISE.


HAVRES. m. (Géog.) ce mot que les Latins expriment par celui de portus, étoit appellé par les Grecs , & ; il ne répond pas au statio navium des Latins, comme l'a pensé le pere Lubin. Le port ou le havre marque un lieu fermé, ou capable d'être fermé ; statio navium signifie au contraire, une rade, un abri, un moüillage, où les vaisseaux sont seulement à couvert de certains vents. L'usage du mot havre s'étend à quelques façons de parler, qui en marquent les avantages ou les inconvéniens.

On appelle havre de barre, un havre dont l'entrée est fermée par un banc de roches ou de sable, & dans lequel on ne peut aborder que de pleine mer. Le havre de Goa est un havre de barre, quoique ce soit un des plus beaux ports du monde.

Le havre de toutes marées est celui où l'on n'est pas obligé d'attendre pour entrer ou pour sortir, la commodité de la marée, mais où l'on peut entrer également de haute & de basse mer.

Le havre d'entrée signifie la même chose ; c'est un havre où il y a toûjours assez d'eau pour y entrer ou pour en sortir, même en basse marée.

Le havre brute ou crique est celui que la nature seule a formé, & auquel l'industrie des hommes n'a encore rien ajoûté pour le rendre plus sûr & plus commode ; les François qui navigent en Amérique, appellent cul-de-sac un avre de cette espece.

Quelquefois le avre est resserré à son entrée par une longue digue qui s'avance dans la mer, ou même par deux digues qu'on appelle jettées. Voyez JETTEES. Quelquefois, sur-tout en Italie & dans le Levant, au lieu de jettées il y a un mole qui ferme le port. Voyez MOLE. (D.J.)

HAVRE-DE-GRACE (le), Géog. ville maritime de France dans la haute-Normandie, au pays de Caux, avec un excellent port, une citadelle, & un arsenal pour la marine. Elle doit son origine à François I. qui la fit bâtir & fortifier ; les Anglois la bombarderent en 1694. Elle est à l'embouchure de la Seine, dans un endroit marécageux, à 12 lieues de Caën, 18 N. O. de Roüen, 8 S. O. de Fécamp, 2 d'Harfleur, 45 N. O. de Paris. Long. 17. 40. 10. lat. 49. 29. 9.

M. & Mademoiselle de Scudery sont de cette ville ; M. de Scudery (Georges) y naquit en 1603. Favori du cardinal de Richelieu, il balança quelque tems la réputation de Corneille ; son nom est aujourd'hui plus connu que ses ouvrages, sur lesquels on sait les vers satyriques de Despréaux. Il mourut à l'âge de 64 ans.

Scudery (Magdelaine) sa soeur, est née en 1607 ; elle publia quelques vers agréables, & les énormes romans de Clélie, d'Artamène, de Cyrus, & autres, outre dix volumes d'entretiens. Elle remporta en 1671 le premier prix d'éloquence fondé par l'académie françoise ; elle a joüi d'une pension du cardinal Mazarin, d'une autre du chancelier Boucherat sur le sceau, & d'une troisieme de deux mille livres que Louis XIV. lui donna en 1683.

On nous a conservé son aventure dans un voyage qu'elle fit en Provence ; elle causoit avec son frere dans l'hôtellerie de son roman de Cyrus, & lui demandoit ce qu'il pensoit qu'on devoit faire du prince Mazart, un des héros du roman, dont le dénoüement l'embarrassoit. Ils convinrent de le faire assassiner ; des gens qui étoient dans la chambre voisine ayant entendu la conversation, crurent que c'étoit la mort de quelque prince appellé Mazart, dont on complotoit la perte ; ils en avertirent la Justice du lieu ; M. & Mademoiselle de Scudery furent mis en prison, & eurent besoin de quelque tems pour prouver leur innocence : cette Dame mourut en 1701. (D.J.)


HAWAMAALS. m. (Hist. anc.) c'est ainsi qu'on nommoit chez les anciens Celtes Scandinaves ou peuples du Nord, un poëme qui renfermoit les préceptes de morale que le scythe Odin ou Othen avoit apportés à ces nations dont il fit la conquête. Hawamaal signifie en leur langue discours sublime ; ce poëme contient cent vingt strophes, dont quelques-unes renferment des maximes d'une très-belle simplicité : en voici quelques-unes.

Plus un homme boit, plus il perd de raison ; l'oiseau de l'oubli chante devant ceux qui s'enyvrent, & leur dérobe leur ame.

L'homme gourmand mange sa propre mort ; & l'avidité de l'insensé est la risée du sage.

Quand j'étois jeune j'errois seul dans le monde ; je me croyois devenu riche quand j'avois trouvé un compagnon : un homme fait plaisir à un autre homme.

Qu'un homme soit sage modérément, & qu'il n'ait pas plus de prudence qu'il ne faut ; qu'il ne cherche point à savoir sa destinée, s'il veut dormir tranquille.

Il vaut mieux vivre bien que long-tems : quand un homme allume du feu, la mort est chez lui avant qu'il soit éteint.

Il vaut mieux avoir un fils tard que jamais ; rarement voit-on des pierres sépulchrales élevées sur les tombeaux des morts par d'autres mains que celles de leurs fils.

Louez la beauté du jour quand il est fini ; une femme quand vous l'aurez connue ; une épée quand vous l'aurez essayée ; une fille quand elle sera mariée ; la glace quand vous l'aurez traversée ; la biere quand vous l'aurez bûe.

Il n'y a point de maladie plus cruelle que de n'être pas content de son sort.

Les richesses passent comme un clin-d'oeil ; elles sont les plus inconstantes des amies. Les troupeaux périssent, les parens meurent, les amis ne sont point immortels, vous mourrez vous-même : je connois une seule chose qui ne meurt point, c'est le jugement qu'on porte des morts.

Voyez les monumens de la Mythologie & de la Poésie des Celtes, par M. Mallet ; voyez l'article SCANDINAVES (philosophie des).


HAWAS(Géog.) ville de Perse, fertile en dattes, & autres fruits que l'on confit au vinaigre, & qu'on transporte en d'autres pays. Cette ville est la même qu'Ahuas de M. d'Herbelot, & qu'Haviza, de l'historien de Timur-Bec. Sa longitude, suivant Tavernier, est à 75d. 40'. latitude 33d. 15'. mais la latit. de Tavernier n'est pas exacte ; Nassir-Eddin, & Vlug-Beig suivis par M. Delisle, la mettent de 31d. (D.J.)


HAWASCH(Géog.) riviere d'Abyssinie, dont la source est dans le royaume de Wed ; elle passe avec le Maeschi au royaume de Bali, & de-là au royaume d'Adel, fournit des eaux à l'Abyssinie qui en manque absolument ; & se trouvant enfin peu de chose, se perd dans les sables, comme si elle avoit honte, dit M. Ludolf, de ne porter à la mer qu'un tribut indigne d'elle. (D.J.)


HAXBERGEN(Géog.) ville des Pays-Bas, dans la province d'Overyssel, dans le district de Twento.


HAYS. m. (Hist. nat.) animal des Indes qui ressemble à un singe, mais dont la tête est difforme. Il a une marche si lente, qu'on dit qu'il ne peut s'avancer de plus de douze à quinze pas en un jour. On prétend qu'il est si paresseux, qu'il est quelquefois quinze jours sans manger. C'est si sobre qu'il falloit dire : si la nature lui eût donné plus de voracité, il eût été plus actif.


HAYou GROSSEN-HAYN, (Géog.) ville de Saxe, dans le marquisat de Misnie.


HAYNA(Géog.) ville de Silésie, dans la principauté de Lignitz.


HAYNICHEN(Géogr.) ville de Saxe, dans le cercle des montagnes en Misnie, à deux lieues de Freyberg sur la Stricgnitz.


HAYONS. m. (Chandelier) espece de chandelier double à longues chevilles, sur lequel on met en étalage le chandelles communes, encore enfilées sur la broche.

On nommoit autrefois du même nom de hayon, les échopes ou étaux portatifs des marchands aux halles.


HAZARDsubst. masc. (Métaphysique) terme qui se dit des évenemens, pour marquer qu'ils arrivent sans une cause nécessaire ou prévûe. Voyez CAUSE.

Nous sommes portés à attribuer au hazard les choses qui ne sont point produites nécessairement comme effets naturels d'une cause particuliere : mais c'est notre ignorance & notre précipitation qui nous font attribuer de la sorte au hazard des effets qui ont aussi-bien que les autres, des causes nécessaires & déterminées.

Quand nous disons qu'une chose arrive par hazard, nous n'entendons autre chose, sinon que la cause nous en est inconnue, & non pas comme quelques personnes l'imaginent mal-à-propos, que le hazard lui-même puisse être la cause de quelque chose. M. Bentley prend occasion de cette observation de faire sentir la folie de l'opinion ancienne que le monde ait été fait par hazard. Ce qui arriva à un peintre, qui ne pouvant représenter l'écume à la bouche d'un cheval qu'il avoit peint, jetta de dépit son éponge sur le tableau, & fit par hazard ce dont il n'avoit pû venir à bout lorsqu'il en avoit le dessein, nous fournit un exemple remarquable du pouvoir du hazard ; cependant il est évident que tout ce qu'on entend ici par le mot de hazard, c'est que le peintre n'avoit point prévû cet effet, ou qu'il n'avoit point jetté l'éponge dans ce dessein, & non pas qu'il ne fit point alors tout ce qui étoit nécessaire pour produire l'effet, de façon qu'en faisant attention à la direction dans laquelle il jetta l'éponge, à la force avec laquelle il la lança, ainsi qu'à la forme de l'éponge, à sa gravité spécifique, aux couleurs dont elle étoit imbibée, à la distance de la main au tableau ; l'on trouveroit en calculant bien qu'il étoit absolument impossible, sans changer les lois de la nature, que l'effet n'arrivât point. Nous en dirions autant de l'univers, si toutes les propriétés de la matiere nous étoient bien connues.

On personnifie souvent le hazard, & on le prend pour une espece d'être chimérique, qu'on conçoît comme agissant arbitrairement, & produisant tous les effets dont les causes réelles ne se montre point à nous ; dans ce sens, ce mot est équivalent au grec , ou fortune des anciens. Voyez FORTUNE.

Hazard, marque aussi la maniere de décider des choses dont la conduite ou la direction ne peuvent se réduire à des regles ou mesures déterminées, ou dans lesquelles on ne peut point trouver de raison de préférence, comme dans les cartes, les dés, les loteries, &c.

Sur les lois du hazard, ou la proportion du hazard dans les jeux. Voyez JEUX.

M. la Placette observe que l'ancien sort ou hazard avoit été institué par Dieu même, & que dans l'ancien Testament nous trouvons plusieurs lois formelles ou commandemens exprès qui le prescrivent en certaines occasions ; c'est ce qui fait dire dans l'Ecriture que le sort ou hazard tomba sur S. Matthias, lorsqu'il fut question de remplir la place de Judas dans l'apostolat.

De-là sont venus encore les sortes sanctorum, ou la maniere dont les anciens chrétiens se servoient pour conjecturer sur les événemens ; savoir d'ouvrir un des livres de l'Ecriture-sainte, & de regarder le premier verset sur lequel ils jetteroient les yeux : les sortes homericae, virgilianae, praenestinae, &c. dont se servoient les Payens, avoient le même objet, & étoient parfaitement semblables à celles-ci. Voyez SORT.

S. Augustin semble approuver cette méthode de déterminer les événemens futurs, & il avoue qu'il l'a pratiquée lui-même, se fondant sur cette supposition que Dieu préside au hazard, & sur le verset 33. chapitre xvj. des Proverbes.

Plusieurs théologiens modernes soûtiennent que le hazard est dirigé d'une maniere particuliere par la Providence, & le regardent comme un moyen extraordinaire dont Dieu se sert pour déclarer sa volonté. Voyez PURGATION, JUDICIUM DEI, COMBATS, CHAMPIONS, &c.


HAZARDS(ANALYSE DES) est la science du calcul des probabilités. Voyez les articles JEU, PARI, PROBABILITE, &c.

HAZARD, en fait de Commerce ; on dit qu'on a trouvé un bon hazard, pour signifier qu'on a fait un bon marché, & sur lequel il y a beaucoup à gagner.

On appelle marchandise de hazard, celle qui n'étant pas neuve, n'est pas néanmoins gâtée, & peut être encore de service.


HÉAS. m. (Géog.) province d'Afrique, sur la côte de Barbarie, dans la partie la plus occidentale du royaume de Maroc ; elle a par-tout de hautes montagnes, quantité de troupeaux de chevres, des cerfs, des chevreuils, des sangliers, & les plus grands lievres de Barbarie. Il n'y croît que de l'orge qui fait la nourriture ordinaire des habitans. Ils sont robustes, très-jaloux, & les femmes fort adonnées à l'amour : quoique Mahométans, ils ne savent ce que c'est que Mahomet & sa secte ; mais ils font & disent tout ce qu'ils voyent faire & entendent dire à leurs alfaquis ; ils n'ont ni medecins, ni chirurgiens, ni apoticaires, & n'en sont pas plus malheureux. Marmol a décrit amplement leurs moeurs & leur façon de vivre ; consultez-le. Tednest est la capitale de cette province, qui occupe la pointe du grand Atlas, & est bornée par l'océan au couchant & au septentrion. (D.J.)


HÉAN(Géog.) ville d'Asie dans le Tonquin ; c'est le siége d'un mandarin de guerre qui en est le gouverneur. (D.J.)


HÉATOTOTLS. m. (Ornitholog.) oiseau d'Amérique décrit par Niéremberg, & qu'il nomme en latin l'oiseau du vent, avis venti ; il est remarquable par une large & longue crête de plumes blanches qu'il porte sur sa tête ; sa gorge est d'un cendré brun ; son ventre est blanc, & ses piés sont jaunes ; sa queue mi-partie noire & blanche, est ronde quand elle est déployée ; son dos & ses aîles sont noires. (D.J.)


HEAUMES. m. voyez CASQUE.

HEAUME, (Marine) dans les petits bâtimens on appelle ainsi la barre du gouvernail. (R)


HEAUMERIES. f. (Art méchan.) art de fabriquer les armures tant des cavaliers & de leurs chevaux, que des hommes de pié ; ce mot vient de heaume ou casque ; d'où l'on a fait encore heaumiers ou faiseurs de heaume ; ce sont nos Armuriers qui leur ont succédé.


HEBDOMADAIREadj. (Gram.) de la semaine ; ainsi des nouvelles hebdomadaires, des gazettes hebdomadaires, ce sont des nouvelles, des gazettes qui se distribuent toutes les semaines. Tous ces papiers sont la pâture des ignorans, la ressource de ceux qui veulent parler & juger sans lire, & le fleau & le dégoût de ceux qui travaillent. Ils n'ont jamais fait produire une bonne ligne à un bon esprit ; ni empêché un mauvais auteur de faire un mauvais ouvrage.


HEBDOMADIERS. m. (Hist. ecclés.) celui qui est de semaine dans une église, un chapitre, ou un couvent, pour faire les offices & y présider. On l'appelle plus communément semainier ; il a en plusieurs endroits des priviléges particuliers, tels que des collations, & des rétributions particulieres.

On appelle aussi hebdomadier dans quelques monasteres celui qui sert au réfectoire pendant la semaine.

On a étendu ailleurs cette dénomination à toutes les fonctions auxquelles on se succede à tour de rôle.

Ainsi dans l'antiquité ecclésiastique, on trouve un chantre hebdomadier, un hebdomadier de choeur, un hebdomadier de cuisine, &c.

D'hebdomadier, on a fait dans les couvens de religieuses, l'hebdomadiere.


HEBDOMÉESS. f. plur. (Antiq.) fête qui selon Suidas & Proclus, se célébroit à Delphes le septieme jour de chaque mois lunaire, en l'honneur d'Apollon, ou seulement selon Plutarque & d'autres auteurs, le septieme jour du mois , qui étoit le premier mois du printems. Les habitans de Delphes disoient pour , parce que dans leur dialecte, le prenoit souvent la place du est formé du prétérit parfait de , interroger, parce qu'on avoit dans ce mois une entiere liberté d'interroger l'oracle.

Les Delphiens prétendoient qu'Apollon étoit né le septieme jour de ce mois ; c'est pour cela que ce dieu est surnommé par quelques écrivains Hebdomagènes, c'est-à-dire, né le septieme jour ; & c'étoit proprement ce jour-là, qu'Apollon venoit à Delphes, comme pour payer sa fête, & qu'il se livroit dans la personne de sa prêtresse, à tous ceux qui le consultoient.

Ce jour célebre des hebdomées, étoit appellé , non pas parce qu'on mangeoit beaucoup de ces gâteaux fait de fromages & de fleur de froment, dits ; mais parce qu'Apollon étoit fort importuné par la multitude de ceux qui venoient le consulter. signifie la même chose que , ou .

La cérémonie des hebdomées consistoit à porter des branches de laurier, & à chanter des hymnes en l'honneur du dieu ; en même tems les sacrifices faisoient le principal devoir de ceux qui venoient ce jour-là consulter l'oracle ; car on n'entroit point dans le sanctuaire, qu'on n'eût sacrifié ; sans cela Apollon étoit sourd, & la Pythie étoit muette. Voyez DELPHES (oracle de). (D.J.)


HEBÉS. f. (Myth.) fille de Jupiter & de Junon, selon Hésiode & Homere ; Junon la conçut à l'exemple de Jupiter, sans avoir approché de son époux qui avoit bien engendré Minerve sans le concours de sa femme. D'autres prétendent que la mere des dieux cessa d'être stérile, par la vertu des laitues sauvages, & qu'elle devint grosse d'Hebé, au sortir d'un repas qu'Apollon lui donna, & où elle mangea avec grand appétit de ce légume. Jupiter charmé de la beauté d'Hebé, lui conféra la fonction de verser à boire aux dieux ; mais elle perdit cette prérogative par un accident qui auroit amusé Jupiter un autre jour, & qui le fâcha ce jour-là. Le pere des dieux aussi capricieux qu'un souverain, substitua Ganymede à Hebé, parce que cette jeune fille s'étoit laissé tomber d'une maniere peu décente dans un repas solemnel que l'Olympe célébroit chez les Ethiopiens. Quelques-uns pensent que ce ne fut qu'un prétexte. Ganymede devint donc l'échanson des dieux ; on dit de Jupiter seulement : selon eux, Hebé demeura en possession de présenter le nectar aux déesses ; elle fut la déesse de la jeunesse ; Hercule admis entre les dieux l'obtint pour sa femme. Hebé rajeunit Islaüs, fils d'Iphycle, à la priere de son mari, dont il étoit le cocher.


HEBERGES. f. ou HEBERGEMENT, s. m. (Jurisprud.) signifie maison, manoir, logement.

Dans la Coûtume de Paris, & quelques autres semblables, le terme d'heberge signifie la hauteur & superficie qu'occupe une maison contre un mur mitoyen ou l'adossement d'un bâtiment contre un mur mitoyen. Un propriétaire n'est tenu de contribuer au mur mitoyen, que suivant son heberge, c'est-à-dire suivant l'étendue qu'il en occupe. Voyez la Coûtume de Paris, article 194 & 197.

Le droit d'hebergement ou procuration, étoit l'obligation de fournir au seigneur ses repas lorsqu'il venoit dans le lieu. Voyez l'hist de Bretagne, par D. Lobineau, tome I. page 200. (A)


HEBERGERMUIRE, (Saline) c'est charger d'eau la poële ; elle est environ deux heures à se remplir. Voyez SALINES.


HEBICHERS. m. (Art) c'est un crible fait de brins de roseaux ou de latanier entrelacés, d'usage aux îles pour la préparation du roucou. On s'en sert aussi aux Antilles dans les sucreries pour passer le sucre concassé dont on remplit les barrils.


HEBONS. m. (Mythol.) surnom de Bacchus ; c'est comme si l'on eût dit le jeune dieu. Le dieu de la jeunesse fut aussi le dieu de l'yvresse. Les Napolitains l'honorerent sous ce double aspect.


HÉBRAIQUE(LANGUE) ; c'est la langue dans laquelle sont écrits les livres saints que nous ont transmis les Hébreux qui l'ont autrefois parlée. C'est sans contredit, la plus ancienne des langues connues ; & s'il faut s'en rapporter aux Juifs, elle est la premiere du monde. Comme langue savante, & comme langue sacrée, elle est depuis bien des siecles le sujet & la matiere d'une infinité de questions intéressantes, qui toutes n'ont pas toûjours été discutées de sens froid, sur-tout par les rabbins, & qui pour la plûpart, ne sont pas encore éclaircies, peut-être à cause du tems qui couvre tout, peut-être encore parce que cette langue n'a pas été aussi cultivée qu'elle auroit dû l'être des vrais savans. Son origine, ses révolutions, son génie, ses propriétés, sa grammaire, sa prononciation, enfin les caracteres de son écriture, & la ponctuation qui lui sert de voyelles, sont l'objet des principaux problèmes qui la concernent ; s'ils sont résolus pour les Juifs qui se noyent avec délices dans un océan de minuties & de fables, ils ne le sont pas encore pour l'homme qui respecte la religion & le bon sens, & qui ne prend pas le merveilleux pour la vérité. Nous présenterons donc ici ces différens objets ; & sans nous flatter du succès, nous parlerons en historiens & en littérateurs ; 1°. de l'écriture de la langue hébraïque ; 2°. de sa ponctuation ; 3°. de l'origine de la langue & de ses révolutions chez les Hébreux ; 4°. de ses révolutions chez les différens peuples où elle paroît avoir été portée par les Phéniciens ; & 5°. de son génie, de son caractere, de sa grammaire, & de ses propriétés.

I. L'alphabet hébreu est composé de vingt-deux lettres, toutes réputées consonnes, sans en excepter même l'aleph, le hé, le vau & jod, que nous nommons voyelles, mais qui chez les Hébreux n'ont aucun son fixe ni aucune valeur sans la ponctuation, qui seule contient les véritables voyelles de cette langue, comme nous le verrons au deuxieme article. On trouvera les noms & les figures des caracteres hébreux, ainsi que leur valeur alphabétique & numérique dans nos Planches de Caracteres ; on y a joint les caracteres samaritains qui leur disputent l'antériorité. Ces deux caracteres ont été la matiere de grandes discussions entre les Samaritains & les Juifs ; le Pentateuque qui s'est transmis jusqu'à nous par ces deux écritures ayant porté chacun de ces peuples à regarder son caractere comme le caractere primitif, & à considérer en même tems son texte comme le texte original.

Ils se sont fort échauffés de part & d'autre à ce sujet, ainsi que leurs partisans, & ils ont plutôt donné des fables ou des systèmes, que des preuves ; parce que telle est la fatalité des choses qu'on croit toucher à la religion, de ne pouvoir presque jamais être traitées à l'amiable & de sens froid. Les uns ont consideré le caractere hébreu comme une nouveauté que les Juifs ont rapportée de Babylone au retour de leur captivité ; & les autres ont regardé le caractere samaritain comme le caractere barbare des colonies assyriennes qui repeuplerent le royaume des dix tribus dispersés sept cent ans environ avant J. C. Quelques-uns plus raisonnables ont cherché à les mettre d'accord en leur disant que leur peres avoient eu de tout tems deux caracteres, l'un profane, & l'autre sacré ; que le samaritain avoit été le profane ou le vulgaire, & que celui qu'on nomme hébreu, avoit été le caractere sacré ou sacerdotal. Ce sentiment favorable à l'antiquité de deux alphabets, qui contiennent le même nombre de lettres, & qui semblent par-là avoir en effet appartenu au même peuple, donne la place d'honneur à celui du texte hébreu ; mais il s'est trouvé des Juifs qui l'ont rejetté, parce qu'ils ne veulent point de concurrens dans leurs antiquités, & qu'il n'y a d'ailleurs aucun monument qui puisse constater le double usage de ces deux caracteres chez les anciens Israëlites. Enfin les savans qui sont entrés dans cette discussion, après avoir long-tems flotté d'opinions en opinions, semblent être décidés aujourd'hui, quelques-uns à regarder encore le caractere hébreu comme ayant été inventé par Esdras ; le plus grand nombre comme un caractere chaldéen, auquel les Juifs se sont habitués dans leur captivité ; & presque tous sont d'accord avec les plus éclairés des rabbins, à donner l'antiquité & la primauté au caractere samaritain.

Cette grande question auroit été plutôt décidée, si dans les premiers tems où l'on en a fait un problème, les intéressés eussent pris la voie de l'observation & non de la dispute. Il falloit d'abord comparer les deux caracteres l'un avec l'autre, pour voir en quoi ils différent, en quoi ils se ressemblent, & quel est celui dans lequel on reconnoît le mieux l'antique. Il falloit ensuite rapprocher des deux alphabets les lettres greques nommées lettres phéniciennes par les Grecs eux-mêmes, parce qu'elles étoient originaires de la Phénicie. Comme cette contrée differe peu de la Palestine, il étoit assez naturel d'examiner les caracteres d'écritures qui en sont sortis, pour remarquer s'il n'y auroit point entr'eux & les caracteres hébreux & samaritains des rapports communs qui puissent donner quelque lumiere sur l'antiquité des deux derniers ; c'est ce que nous allons faire ici.

Le simple coup-d'oeil fait appercevoir une différence sensible entre les deux caracteres orientaux ; l'hébreu net, distinct, régulier, & presque toûjours quarré, est commode & courant dans l'Ecriture ; le samaritain plus bizarre, & beaucoup plus composé, présente des figures qui ressemblent à des hieroglyphes, & même à quelques-unes de ces lettres symboliques qui sont encore en usage aux confins de l'Asie. Il est difficile & long à former, & tient ordinairement beaucoup plus de place ; nous pouvons ensuite remarquer que plusieurs caracteres hébreux, comme aleph, beth, zain, heth, theth, lamed, mem, nun, resch, & schin, ne sont que des abréviations des caracteres samaritains qui leur correspondent, & que l'on a rendus plus courans & plus commodes ; d'où nous pouvons déjà conclure que le caractere samaritain est le plus ancien ; sa rusticité fait son titre de noblesse.

La comparaison des lettres greques avec les samaritaines ne leur est pas moins avantageuse. Si l'on en rapproche les majuscules alpha, gamma, delta, epsilon, zeta, heta, lambda, pi, ro & sigma, on les reconnoîtra aisément dans les lettres correspondantes aleph, gimel, daleth, hé, zain, heth, lamed, phé, resch & schin,

avec cette différence cependant que dans le grec elles sont pour la plûpart tournées en sens contraire, suivant l'usage des Occidentaux qui ont écrit de gauche à droite, ce que les Orientaux avoient figuré de droite à gauche. De cette derniere observation il résulte que le caractere que nous nommons samaritain étoit d'usage dans la Phénicie dès les premiers tems historiques, & même auparavant, puisque l'arrivée des Phéniciens & de leur alphabet chez les Grecs se cache pour nous dans la nuit des tems mythologiques.

Nos observations ne seront pas moins favorables à l'antiquité des caracteres hébreux. Si l'on compare les minuscules

Le vient de l'ajin ; & la prononciation de ces deux lettres varie de même chez les Hébreux comme chez les Grecs.]

des Grecs avec eux, on reconnoîtra de même qu'elles en ont pour la plûpart été tirées, comme les majuscules l'ont été du samaritain, & l'on remarquera qu'elles sont aussi représentées en sens contraire. Par cette double analogie des lettres greques avec les deux alphabets orientaux, nous devons donc juger 1°. que de tout ce qui a été tant de fois débité sur la nouveauté du caractere hébreu ; sur Esdras, qu'on en a fait l'inventeur ; & sur Babylone, d'où l'on dit que les captifs l'ont apporté, ne sont que des fables qui démontrent le peu de connoissance qu'ont eu les Juifs de leur histoire littéraire, puisqu'ils ont ignoré l'antiquité de leurs caracteres, qui avoient été communiqués aux Européens plus de mille ans avant ce retour de Babylone : 2°. que les deux caracteres nommés aujourd'hui hébreu & samaritain, ont originairement appartenu au même peuple, & particulierement aux anciens habitans de la Phénicie ou Palestine, & que le samaritain cependant doit avoir quelque antériorité sur l'hébreu, puisqu'il a visiblement servi à sa construction, & qu'il a produit les majuscules greques ; étant vraisemblable que les premieres écritures ont consisté en grandes lettres, & que les petites n'ont été inventées & adoptées que lorsque cet art est devenu plus commun & d'un usage plus fréquent.

Au tableau de comparaison que nous venons de faire de ces trois caracteres, il n'est pas non plus inutile de joindre le coup-d'oeil des lettres latines ; quoiqu'elles soient censées apportées en Italie par les Grecs, elles ont aussi des preuves singulieres d'une relation directe avec les Orientaux. On ne nommera ici que C, L, P, q & r, qui n'ont point tiré leur figure de la Grece, & qui ne peuvent être autres que le caph, le lamed, le phé final, le qoph, & le resch de l'alphabet hébreu, vûs & dessinés en sens contraire :

ce qui présente un nouveau monument de l'antiquité des lettres hébraïques. Comme nous ne pouvons fixer les tems où les navigateurs de la Phénicie ont porté leurs caracteres & leur écriture aux différens peuples de la Méditerranée, il nous est encore plus impossible de désigner la source d'où les Phéniciens & les Israélites les avoient eux-mêmes tirés ; ce n'a pû être sans-doute que des Egyptiens ou des Chaldéens, deux des plus anciens peuples connus, dont les colonies se sont répandues de bonne heure dans la Palestine. Mais en vain désirerions-nous savoir quelque chose de plus précis sur l'origine de ces caracteres & sur leur inventeur ; le tems où les Egyptiens & les Chaldéens ont abandonné leurs symboles primitifs & leurs hiéroglyphes, pour transmettre l'Histoire par l'écriture, n'a point de date dans aucune des annales du monde : nous n'oserions même assûrer que ces caracteres hébreux & samaritains ayent été les premiers caracteres des sons. La lettre quarrée des Hébreux est trop simple pour avoir été la premiere inventée ; & celle des Samaritains n'est peut-être point assez composée ; d'ailleurs ni l'une ni l'autre ne semblent être prises dans la nature ; & c'est l'argument le plus fort contre elles, parce qu'il est plus que vraisemblable que les premieres lettres alphabétiques ont eu la figure d'animaux, ou de parties d'animaux, de plantes, & d'autres corps naturels dont on avoit déjà fait un si grand usage dans l'âge des symboles ou des hiéroglyphes. Ce que l'on peut penser de plus raisonnable sur nos deux alphabets, c'est qu'étant dépourvûs de voyelles, ils paroissent avoir été un des premiers degrés par où il a fallu que passât l'esprit humain pour amener l'écriture à sa perfection. Quant au primitif inventeur, laissons les rabbins le voir tantôt dans Adam, tantôt dans Moïse, tantôt dans Esdras ; laissons aux Mythologistes le soin de le célébrer dans Thoth, parce que othoth signifie des lettres ; & ne rougissons point d'avouer notre ignorance sur une anecdote aussi ténébreuse qu'intéressante pour l'histoire du genre humain. Passons aux questions qui concernent la ponctuation, qui dans l'écriture hébraïque tient lieu des voyelles dont elle est privée.

II. Quoique les Hébreux ayent dans leur alphabet ces quatre lettres aleph, he, vau & jod, c'est-à-dire a, e, u ou o, & i, que nous nommons voyelles, elles ne sont regardées dans l'hébreu que comme des consonnes muettes, parce qu'elles n'ont aucun son fixe & propre, & qu'elles ne reçoivent leur valeur que des différens points qui se posent dessus ou dessous, & devant ou après elles : par exemple, vaut o, vaut i, vaut e, vaut o, &c. plus ordinairement ces points & plusieurs autres petits signes conventionnels se posent sous les vraies consonnes, valent seuls autant que nos cinq voyelles, & tiennent presque toûjours lieu de l'aleph, du hé, du vau, & du jod, qui sont peu souvent employés dans les livres sacrés. Pour écrire lacac, lecher, on écrit c ; pour paredes, jardin, s ; pour marar, être amer, r ; pour pharaq, briser, pq ; pour garah, batailler, h, &c. Tel est l'artifice par lequel les Hébreux suppléent au défaut des lettres fixes que les autres nations se sont données pour désigner les voyelles ; & il faut avouer que leurs signes sont plus riches & plus féconds que nos cinq caracteres, en ce qu'ils indiquent avec beaucoup plus de variété les longues & les breves, & même les différentes modifications des sons que nous sommes obligés d'indiquer par des accens, à l'imitation des Grecs qui en avoient encore un bien plus grand nombre que nous qui n'en avons pas assez. Il arrive cependant, & il est arrivé quelques inconvéniens aux Orientaux, de n'avoir exprimé leurs voyelles que par des signes aussi déliés, quelquefois trop vagues, & plus souvent encore sous-entendus. Les voyelles ont extrêmement varié dans les sons ; elles ont changé dans les mots, elles ont été omises, elles ont été ajoûtées & déplacées à l'égard des consonnes qui forment la racine des mots : c'est ce qui fait que la plûpart des expressions occidentales qui sont en grand nombre sorties de l'Orient, sont & ont été presque toûjours méconnoissables. Nous ne disons plus paredes, marar, pharac, & garah, mais paradis, amer, phric, ou phrac, & guerroyer. Ces changemens de voyelles sont une des clés des étymologies, ainsi que la connoissance des différentes finales que les nations d'Europe ont ajoûtées à chaque mot oriental, suivant leur dialecte & leur goût particulier.

Indépendamment des signes que l'on nomme dans l'hébreu points-voyelles, il a encore une multitude d'accens proprement dits, qui servent à donner de l'emphase & de l'harmonie à la prononciation, à régler le ton & la cadence, & à distinguer les parties du discours, comme nos points & nos virgules. L'écriture hébraïque n'est donc privée d'aucun des moyens nécessaires pour exprimer correctement le langage, & pour fixer la valeur des signes par une multitude de nuances qui donnent une variété convenable aux figures & aux expressions qui pourroient tromper l'oeil & l'oreille : mais cette écriture a-t-elle toûjours eu cet avantage ? c'est ce que l'on a mis en problème. Vers le milieu du seizieme siecle, Elie Lévite, juif allemand, fut le premier qui agita cette intéressante & singuliere question ; on n'avoit point avant lui soupçonné que les points-voyelles que l'on trouvoit dans plusieurs exemplaires des livres saints, puissent être d'une autre main que de la main des auteurs qui avoient originairement écrit & composé le texte ; & l'on n'avoit pas même songé à séparer l'invention & l'origine de ces points, de l'invention & de l'origine des lettres & de l'écriture. Ce juif, homme d'ailleurs fort lettré pour un juif & pour son tems, entreprit le premier de réformer à cet égard les idées reçûes ; il osa recuser l'antiquité des points-voyelles, & en attribuer l'invention & le premier usage aux Massoretes, docteurs de Tibériade, qui fleurissoient au cinquieme siecle de notre ere. Sa nation se révolta contre lui, elle le regarda comme un blasphémateur, & les savans de l'Europe comme un fou. Au commencement du dix-septieme siecle, Louis Capelle, professeur à Saumur, prit sa défense, & soûtint la nouvelle opinion avec vigueur ; plusieurs se rangerent de son parti : mais en adoptant le système de la nouveauté de la ponctuation, ils se diviserent tous sur les inventeurs & sur la date de l'invention ; les uns en firent honneur aux Massoretes, d'autres à deux illustres rabbins du onzieme siecle, & la multitude crut au-moins devoir remonter jusqu'à Esdras & à la grande synagogue. Ces nouveaux critiques eurent dans Cl. Buxtorf un puissant adversaire, qui fut secondé d'un grand nombre de savans de l'une & de l'autre religion ; mais quoique le nouveau système parût à plusieurs intéresser l'intégrité des livres sacrés, il ne fut cependant point proscrit, & l'on peut dire qu'il forme aujourd'hui le sentiment le plus général.

Pour éclaircir une telle question autant qu'il est possible de le faire, il est à propos de connoître quels ont été les principaux moyens que les deux partis ont employés : ils nous exposeront l'état des choses ; & nous faisant connoître quelles sont les causes de l'incertitude où l'on est tombé à ce sujet, peut-être nous mettront-ils à portée de juger le fond même de la question.

Le Pentateuque samaritain, qui de tous les textes porte le plus le sceau de l'antiquité, n'a point de ponctuation ; les paraphrastes chaldéens qui ont commencé à écrire un siecle ou deux avant J. C. ne s'en sont point servis non plus. Les livres sacrés que les Juifs lisent encore dans leurs synagogues, & ceux dont se servent les Cabalistes, ne sont point ponctués : enfin dans le commerce ordinaire des lettres, les points ne sont d'aucun usage. Tels ont été les moyens de Louis Capelle & de ses partisans, & ils n'ont point manqué de s'autoriser aussi du filence général de l'antiquité juive & chrétienne sur l'existence de la ponctuation. Contre des moyens si forts & si positifs on a opposé l'impossibilité morale qu'il y auroit eu à transmettre pendant des milliers d'années un corps d'histoire raisonnée & suivie avec le seul secours des consonnes ; & la traduction de la Bible que nous possédons a été regardée comme la preuve la plus forte & la plus expressive que l'antiquité juive n'avoit point été privée des moyens nécessaires & des signes indispensables pour en perpétuer le sens & l'intelligence. On a dit que le secours des voyelles nécessaire à toute langue & à toute écriture, avoit été encore bien plus nécessaire à la langue des Hébreux qu'à toute autre ; parce que la plûpart des mots ayant souvent plus d'une valeur, l'absence des voyelles en auroit augmenté l'incertitude pour chaque phrase en raison de la combinaison des sens dont un grouppe de consonnes est susceptible avec toutes voyelles arbitraires. Cette derniere considération est réellement effrayante pour qui sait la fécondité de la combinaison de 4 ou 5 signes avec 4 ou 5 autres ; aussi les défenseurs de l'antiquité des points voyelles n'ont-ils pas craint d'avancer que sans eux le texte sacré n'auroit été pendant des milliers d'années qu'un nez de cire (instar nasi cerei, in diversas formas mutabilis fuisset. Leusden, phil. heb. disc. 14.), qu'un monceau de sable battu par le vent, qui d'âge en âge auroit perdu sa figure & sa forme primitive. Envain leurs adversaires appelloient à leur secours une tradition orale pour en conserver le sens de bouche en bouche, & pour en perpétuer l'intelligence d'âge en âge. On leur disoit que cette tradition orale n'étoit qu'une fable, & n'avoit jamais servi qu'à transmettre des fables. En vain osoient-ils prétendre que les inventeurs modernes des points voyelles avoient été inspirés du Saint-Esprit pour trouver & fixer le véritable sens du texte sacré & pour ne s'en écarter jamais. Ce nouveau miracle prouvoit aux autres l'impossibilité de la chose, parce que la traduction des livres saints ne doit pas être une merveille supérieure à celle de leur composition primitive. A ces raisons générales on en a joint de particulieres & en grand nombre : on a fait remarquer que les paraphrastes chaldéens, qui n'ont point employé de ponctuations dans leurs commentaires ou Targum, se sont servis très-fréquemment de ces consonnes muettes, aleph, vau, & jod, peu usitées dans les textes sacrés, où elles n'ont point de valeur par elles-mêmes, mais qui sont si essentielles dans les ouvrages des paraphrastes, qu'on les y appelle matres lectionis, parce qu'elles y fixent le son & la valeur des mots, comme dans les livres des autres langues. Les Juifs & les rabbins font aussi de ces caracteres le même usage dans leurs lettres & leurs autres écrits, parce qu'ils évitent de cette façon la longueur & l'embarras d'une ponctuation pleine de minuties.

Pour répondre à l'objection tirée du silence de l'antiquité, on a présenté les ouvrages même des Massoretes qui ont fait des notes critiques & grammaticales sur les livres sacrés, & en particulier sur les endroits dont ils ont crû la ponctuation altérée ou changée. On a trouvé de pareilles autorités dans quelques livres de docteurs fameux & de cabalistes, connus pour être encore plus anciens que la Masore ; c'est ce qui est exposé & démontré avec le plus grand détail dans le livre de Cl. Buxtorf, de antiq. punct. cap. 5. part. I. & dans le Philolog. heb. de Leusden. Quant au silence que la foule des auteurs & des écrivains du moyen âge a gardé à cet égard, il ne pourroit être étonnant, qu'autant que l'admirable invention des points voyelles seroit une chose aussi récente qu'on voudroit le prétendre. Mais si son origine sort de la nuit des tems les plus reculés, comme il est très-vraisemblable, leur silence alors ne doit pas nous surprendre ; ces auteurs auront vû les points voyelles ; ils s'en seront servis comme les Massoretes, mais sans parler de l'invention ni de l'inventeur ; parce qu'on ne parle pas ordinairement des choses d'usage, & que c'est même là la raison qui nous fait ignorer aujourd'hui une multitude d'autres détails qui ont été vulgaires & très-communs dans l'antiquité. On a cependant plusieurs indices que les anciennes versions de la Bible qui portent les noms des Septante & de S. Jérôme, ont été faites sur des textes ponctués ; leurs variations entr'elles & entre toutes les autres versions qui ont été faites depuis, ne sont souvent provenues que d'une ponctuation quelquefois différente entre les textes dont ils se sont servis ; d'ailleurs, comme ces variations ne sont point considérables, qu'elles n'influent que sur quelques mots, & que les récits, les faits, & l'ensemble total du corps historique, est toûjours le même dans toutes les versions connues ; cette uniformité est une des plus fortes preuves qu'on puisse donner, que tous les traducteurs & tous les âges ont eu un secours commun & un même guide pour déchiffrer les consonnes hébraïques. S'il se pouvoit trouver des Juifs qui n'eussent point appris leur langue dans la Bible, & qui ne connussent point la ponctuation, il faudroit pour avoir une idée des difficultés que présente l'interprétation de celles qui ne le sont pas, exiger d'eux qu'ils en donnassent une nouvelle traduction, on verroit alors quelle est l'impossibilité de la chose, ou quelles fables ils nous feroient, s'ils étoient encore en état d'en faire.

A tous ces argumens si l'on vouloit en ajoûter un nouveau, peut-être pourroit-on encore faire parler l'écriture des Grecs en faveur de l'antiquité de la ponctuation hébraïque & de ses accens, comme nous l'avons fait ci-devant parler en faveur des caracteres. Quoique les Grecs ayent eu l'art d'ajoûter aux alphabets de Phénicie les voyelles fixes & déterminées dans leur son, leurs voyelles sont encore cependant tellement chargées d'accens, qu'il sembleroit qu'ils n'ont pas osé se défaire entierement de la ponctuation primitive. Ces accens sont dans leur écriture aussi essentiels, que les points le sont chez les Hébreux ; & sans eux il y auroit un grand nombre de mots dont le sens seroit variable & incertain. Cette façon d'écrire moyenne entre celle des Hébreux & la nôtre, nous indique sans-doute un des degrés de la progression de cet art ; mais quoi qu'il en soit, on ne peut s'empêcher d'y reconnoître l'antique usage de ces points voyelles, & de cette multitude d'accens que nous trouvons chez les Hébreux. Si le seizieme siecle a donc vû naître une opinion contraire, peut-être n'y en a-t-il pas d'autre cause que la publicité des textes originaux rendus communs par l'Imprimerie encore moderne ; comme elle multiplia les Bibles hébraïques, qui ne pouvoient être que très-rares auparavant, plus d'yeux en furent frappés, & plus de gens en raisonnerent ; le monde vit alors le spectacle nouveau de l'ancien art d'écrire, & le silence des siecles fut nécessairement rompu par des opinions & des systèmes, dont la contrariété seule devroit suffire pour indiquer toute l'antiquité de l'objet où l'imagination a voulu, ainsi que les yeux, appercevoir une nouveauté.

La discussion des points voyelles seroit ici terminée toute en leur faveur, si les adversaires de son antiquité n'avoient encore à nous opposer deux puissantes autorités. Le Pentateuque samaritain n'a point de ponctuation, & les Bibles hébraïques que lisent les rabbins dans leurs synagogues pour instruire leur peuple, n'en ont point non plus ; & c'est une regle chez eux que les livres ponctués ne doivent jamais servir à cet usage. Nous répondons à ces objections 1°. que le Pentateuque samaritain n'a jamais été assez connu ni assez multiplié, pour que l'on puisse savoir ou non, si tous les exemplaires qui en ont existé ont tous été généralement dénués de ponctuation. Mais il suit de ce que ceux que nous avons en sont privés, que nous n'y pouvons connoître que par leur analogie avec l'hébreu, & en s'aidant aussi des trois lettres matres lectionis. 2°. Que les rabbins qui lisent des Bibles non ponctuées n'ont nulle peine à le faire, parce qu'ils ont tous appris à lire & à parler leur langue dans des Bibles qui ont tout l'appareil grammatical, & qui servent à l'intelligence de celles qui ne l'ont pas. D'ailleurs qui ne sait que ces rabbins toûjours livrés à l'illusion, ne se servent de Bibles sans voyelles pour instruire leur troupeau, que pour y trouver, à ce qu'ils disent, les sources du Saint-Esprit plus riches & plus abondantes en instruction ; parce qu'il n'y a pas en effet un mot dans les Bibles de cette espece, qui ne puisse avoir une infinité de valeur pour une imagination échauffée, qui veut se repaître de chimere, & qui veut en entretenir les autres ?

C'est par cette même raison, que les Cabalistes font aussi si peu de cas de la ponctuation ; elle les gêneroit, & ils ne veulent point être gênés dans leurs extravagances ; ils veulent en toute liberté supposer les voyelles, analyser les lettres, décomposer les mots, & renverser les syllabes ; comme si les livres sacrés n'étoient pour eux qu'un répertoire d'anagrammes & de logogryphes. Voy. CABALE. L'abus que ces prétendus sages ont fait de la Bible dans tous les tems, & les rêveries inconcevables où les rabbins, le texte à la main, se plongent dans leurs synagogues, semblent ici nous avertir tacitement de l'origine des livres non ponctués, & nous indiquer leur source & leur principe dans les déreglemens de l'imagination ; les Bibles muettes ne pourroient-elles point être les filles du mystere, puisqu'elles ont été pour les Juifs l'occasion de tant de fables mystérieuses ? Ce soupçon qui mérite d'être approfondi, si l'on veut connoître les causes qui ont répandu dans le monde des livres ponctués & non ponctués, & les suites qu'elles ont eû, nous conduit au véritable point de vûe sous lequel on doit nécessairement considérer l'usage & l'origine même des points voyelles ; ce que nous allons dire fera la plus essentielle partie de leur histoire ; & comme cette partie renferme une des plus intéressantes anecdotes de l'histoire du monde, on prévient qu'il ne faut pas confondre les tems avec les tems, ni les auteurs sacrés avec les sages d'Egypte ou de Chaldée. Nous allons parler d'un âge qui a sans-doute été de beaucoup antérieur au premier écrivain des Hébreux.

Plus l'on réfléchit sur les opérations de ceux qui les premiers ont essayé de représenter les sons par des caracteres, & moins l'on peut concevoir qu'ils ayent précisément oublié de donner des signes aux voyelles qui sont les meres de tous les sons possibles, & sans lesquelles on ne peut rien articuler. L'écriture est le tableau du langage ; c'est-là l'objet & l'essence de cette inestimable invention ; or comme il n'y a point & qu'il ne peut y avoir de langage sans voyelles, ceux qui ont inventé l'écriture pour être utile au genre humain en peignant la parole, n'ont donc pû l'imaginer indépendamment de ce qui en fait la partie essentielle, & de ce qui en est naturellement inaliénable. Leusden & quelques autres adversaires de l'antiquité des points voyelles, ont avancé en discutant cette même question, que les consonnes étoient comme la matiere des mots, & que les voyelles en étoient comme la forme : ils n'ont fait en cela qu'un raisonnement faux, & d'ailleurs inutile ; ce sont les voyelles qui doivent être regardées comme la matiere aussi simple qu'essentielle de tous les sons, de tous les mots, & de toutes les langues ; & ce sont les consonnes qui leur donnent la forme en les modifiant en mille & mille manieres, & en nous les faisant articuler avec une variété & une fécondité infinie. Mais de façon ou d'autre, il faut nécessairement dans l'écriture comme dans le langage, le concours de cette matiere & de cette forme, pour faire sur nos organes l'impression distincte que ni la forme ni la matiere ne peuvent produire séparément. Nous devons donc encore en conclure qu'il est de toute impossibilité, que l'invention des signes des consonnes ait pû être naturellement séparée de l'invention des signes des voyelles, ou des points voyelles, qui sont la même chose.

Pourquoi donc nous est-il parvenu des livres sans aucune ponctuation ? C'est ici qu'il faut en demander la raison primitive à ces sages de la haute antiquité, qui ont eu pour principe que la science n'étoit point faite pour le vulgaire, & que les avenues en devoient être fermées au peuple, aux profanes, & aux étrangers. On ne peut ignorer que le goût du mystere a été celui des savans des premiers âges ; c'étoit lui qui avoit déjà en partie présidé à l'invention des hieroglyphes sacrés qui ont devancé l'écriture ; & c'est lui qui a tenu les nations pendant une multitude de siecles dans des ténebres qu'on ne peut pénétrer, & dans une ignorance profonde & universelle, dont deux mille ans d'un travail assez continu n'ont point encore réparé toutes les suites funestes. Nous ne chercherons point ici quels ont été les principes d'un tel système ; il suffit de savoir qu'il a existé, & d'en voir les tristes suites, pour y découvrir l'esprit qui a dû présider à la primitive invention des caracteres des sons, & qui en a fait deux classes séparées, quoiqu'elles n'eussent jamais dû l'être. Cette précieuse & inestimable découverte n'a point été dès son origine livrée & communiquée aux hommes dans son entier ; les signes des consonnes ont été montrés au vulgaire ; mais les signes des voyelles ont été mis en reserve comme une clef & un secret qui ne pouvoit être confié qu'aux seuls gardiens de l'arbre de la science. Par une suite de l'ancienne politique, l'invention nouvelle ne fut pour le peuple qu'un nouveau genre d'hiéroglyphe plus simple & plus abrégé, à la vérité, que les précédens, mais dont il fallut toûjours qu'il allât de même chercher le sens & l'intelligence dans la bouche des sages, & chez les administrateurs de l'instruction publique. Heureux sans-doute ont été les peuples auxquels cette instruction a été donnée saine & entiere ; heureuses ont été les sociétés où les organes de la science n'ont point, par un abus trop conséquent de leur funeste politique, regardé comme leur patrimoine & leur domaine le dépôt qui ne leur étoit que commis & confié ; mais quand elles auroient eû toutes ce rare bonheur, en est-il une seule qui ait été à l'abri des guerres destructives, & des révolutions qui renversent tout, & principalement les Arts ? Les nations ont donc été détruites, les sages ont été dispersés, souvent ils ont péri & leur mystere avec eux. Après ces évenemens il n'est plus resté que les monumens énigmatiques de la science primitive, devenus mystérieux & inintelligibles par la perte ou la rareté de la clé des voyelles. Peut-être le peuple juif est-il le seul qui par un bienfait particulier de la Providence, ait heureusement conservé cette clé de ses annales par le secours de quelques livres ponctués qui auront échappé aux diverses desolations de leur patrie ; mais quant à la plûpart des autres nations, il n'est que trop vraisemblable qu'il a été pour elles un tems fatal, où elles ont perdu tout moyen de relever l'édifice de leur histoire. Il fallut ensuite recourir à la tradition ; il fallut évertuer l'imagination pour déchiffrer des fragmens d'annales toutes écrites en consonnes ; & la privation des exemplaires ponctués, presque tous péris avec ceux qui les avoient si mystérieusement gardés, donna nécessairement lieu à une science nouvelle, qui fit respecter les écritures non ponctuées, & qui en répandit le goût dépravé chez divers peuples : ce fut de deviner ce qu'on ne pouvoit plus lire ; & comme l'appareil de l'écriture & des livres des anciens sages avoit quelque chose de merveilleux, ainsi que tout ce qu'on ne peut comprendre, on s'en forma une très-haute idée ; on n'y chercha que des choses sublimes, & ce qui n'y avoit jamais été sans-doute, comme la medecine universelle, le grand oeuvre, ses secrets, la magie, & toutes ces sciences occultes que tant d'esprits faux & de têtes creuses ont si long-tems cherchées dans certains chapitres de la Bible, qui ne contiennent que des hymnes ou des généalogies, ou des dimensions de bâtiment. Il en fut aussi de même quant à l'histoire générale des peuples & aux histoires particulieres des grands hommes. Les nations qui dans des tems plus anciens avoient déjà abusé des symboles primitifs & des premiers hiéroglyphes, pour en former des êtres imaginaires qui s'étoient confondus avec des êtres réels, abuserent de même de l'écriture sans consonnes, & s'en servirent pour composer ou amplifier les légendes de tous les fantômes populaires. Tout mot qui pouvoit avoir quelque rapport de figure à un nom connu, fut censé lui appartenir, & renfermer une anecdote essentielle sur le personnage qui l'avoit porté ; mais comme il n'y a pas de mots écrits en simples consonnes qui ne puissent offrir plusieurs valeurs, ainsi que nous l'avons déjà dit, l'embarras du choix fit qu'on les adopta toutes, & que l'on fit de chacune un trait particulier de son histoire. Cet abus est une des sources des plus vraies & des plus fécondes de la fable ; & voilà pourquoi les noms d'Orphée, de Mercure, d'Isis, &c. font allusion chacun à cinq ou six racines orientales qui ont toutes la singuliere propriété de nous retracer une anecdote de leurs légendes ; ce que nous disons de ces trois noms, on peut le dire de tous les noms fameux dans les mythologies des nations. De-là sont provenues ces variétés si fréquentes entre nos étymologistes qui n'ont jamais pû s'accorder, parce que chacun d'eux s'est affectionné à la racine qu'il a saisie ; de-là l'incertitude où ils nous ont laissé, parce qu'ils ont tous eu raison en particulier, & qu'il a paru néanmoins impossible de les concilier ensemble. Il n'étoit cependant rien de plus facile ; & puisque les Vossius, les Bocharts, les Huets, les Leclerc, avoient tous eu des suffrages en particulier ; au lieu de se critiquer les uns les autres, ils devoient se donner la main, & concourir à nous découvrir une des principales sources de la Mythologie, & à nous dévoiler par-là un des secrets de l'antiquité. Nous nommons ceci un secret, parce qu'il en a été réellement un dans l'art de composer & d'écrire dans les tems où le défaut d'invention & de génie, autant que la corruption des monumens historiques, obligeoit les auteurs à tirer les anecdotes de leur roman des noms même de leurs personnages. Ce secret, à la vérité, ne couvre qu'une absurdité ; mais il importe au monde de la connoître ; & pour nous former à cet égard une juste idée du travail des anciens en ce genre, & nous apprendre les moyens de le décomposer, il ne faut que contempler un cabaliste méditant sur une Bible non ponctuée : s'il trouve un mot qui le frappe, il l'envisage sous toutes les formes, il le tourne & le retourne, il l'anagrammatise, & par le secours des voyelles arbitraires il en épuise tous les sens possibles, avec lesquels il construit quelque fable ou quelque mystérieuse absurdité ; ou pour mieux dire, il ne fait qu'un pur logogryphe, dont la clé se trouve dans le mot dont il s'est échauffé l'imagination, quoique ce mot n'ait souvent par lui-même aucun rapport à ses illusions. Nos logogryphes modernes sont sans-doute une branche de cette antique cabale, & cet art puérile fait encore l'amusement des petits esprits. Telle a été enfin la véritable opération des fabulistes & des romanciers de l'antiquité, qui ont été en certains âges les seuls écrivains & les seuls historiens de presque toutes les nations. Ils abuserent de même des écritures mystérieuses que les malheurs des tems avoient dispersées par le monde, & qui se trouvoient séparées des voyelles qui en avoient été la clé primitive. Ces siecles de mensonge ne finirent en particulier chez les Grecs, que vers les tems où les voyelles vulgaires ayant été heureusement inventées, l'abus des mots devint nécessairement plus difficile & plus rare ; on se dégoûta insensiblement de la fable ; les livres se transmirent sans altération ; peu-à-peu l'Europe vit naître chez elle l'âge de l'Histoire, & elle n'a cessé de recueillir le fruit de sa précieuse invention, par l'empire de la science qu'elle a toûjours possédé depuis cette époque. Quant aux nations de l'Asie qui n'ont jamais voulu adopter les lettres voyelles de la Grece comme la Grece avoit adopté leurs consonnes ; elles ont presque toûjours conservé un invincible penchant pour le mystere & pour la fable ; elles ont eu dans tous les âges grand nombre d'écrivains cabalistiques, qui en ont imposé par de graves puérilités & par d'importantes bagatelles ; & quoiqu'il y ait eu des tems où les ouvrages des Européens les ont éclairés à leur tour, & leur ont servi de modele pour composer d'excellentes choses en différens genres, ils ont affecté toûjours dans leur diction des métathèses ou anagrammes ridicules, des allusions & des jeux de mots ; & la plûpart de leurs livres nous présentent le mélange le plus bizarre de ces pensées hautes & sublimes qui ne leur manquent pas, avec un style affecté & puérile.

Cette histoire des points voyelles nous offre sans-doute la plus forte preuve que l'on puisse donner de leur indispensable nécessité. Nous avons vû dans quelles erreurs sont tombées les nations qui les ont perdus par accident, ou négligés par ignorance & par mauvais goût. Jettons actuellement nos yeux sur cet heureux coin du monde où cette même écriture, qui n'étoit pour une infinité de peuples qu'une écriture du mensonge & du délire, étoit pour le peuple juif & sous la main de l'Esprit-saint, l'écriture de la sagesse & de la vérité.

On ne peut douter que Moyse élevé dans les arts & les sciences de l'Egypte, ne se soit particulierement servi de l'écriture * ponctuée pour faire connoître ses lois, & qu'il n'en ait remis à l'ordre sacerdotal qu'il institua, des exemplaires soigneusement écrits en consonnes & en points voyelles, pour perpétuer par leur moyen le sens & l'intelligence d'une loi dont il avoit si fort & si souvent recommandé l'exercice le plus exact & la pratique la plus severe. Ce sage législateur ne pouvoit ignorer le danger des lettres sans voyelles ; il ne pouvoit pas non plus ignorer les fables qui en étoient déjà issues de son tems : il n'a donc pû manquer à une précaution que l'écriture de son siecle exigeoit nécessairement, & de laquelle dépendoit le succès de la législation. Il y auroit même lieu de croire qu'il en répandit aussi des exemplaires parmi le peuple, puisqu'il en a ordonné à tous la lecture & la méditation assidue ; mais il est difficile à cet égard de penser que les copies en ayent été fort fréquentes, attendu que sans le secours de l'impression on n'a pû, dans ces premiers âges & chez un peuple qui fournissoit 600 mille combattans, multiplier les livres en raison des hommes ; nous ne devons sans-doute voir dans ce précepte que l'ordre de fréquenter assidument les instructions publiques & journalieres, où les prêtres faisoient la lecture & l'explication de cette loi. On nous répondra sans-doute que chaque israélite étoit obligé dans sa jeunesse de la transcrire, & que les enfans des rois n'étoient pas eux-mêmes exemts de ce devoir. Mais si cette remarque nous fait connoître la véritable étendue du précepte de Moyse, il y a toute apparence qu'il en a été de l'observance de ce précepte comme à l'égard de tant d'autres, que les Hébreux n'ont point pratiqués, & qu'ils ont négligés ou oubliés presqu'aussitôt après le premier commandement qui leur en avoit été fait ; on sait que leur infidélité sur tous les points de leur loi a été presque aussi continue qu'inconcevable. Conduits par Dieu même dans le desert, ils y négligent la circoncision pendant quarante ans, & toute la génération

* Comme le langage de l'Egypte n'a été qu'une dialecte assez semblable aux langues de Phénicie & de Palestine, on conjecture que l'écriture a dû être aussi la même. Ceci est d'autant plus vraisemblable, que les Hébreux écrivent de droite à gauche ainsi qu'écrivoient les Egyptiens, selon Hérodote.

de cet âge mérite d'y être exterminée. Sont-ils établis en Canaan ? ils y courent sans-cesse de Moloch à Baal, & de Baal à Astaroth. Qui pourroit le croire ? les descendans même de Moyse se font prêtres d'idoles. Sous les rois, leur frénésie n'a point à peine de relâche ; dix tribus abandonnent Moyse pour les veaux de Béthel ; & si Juda rentre quelquefois en lui-même, ses idolatries l'enveloppent aussi dans la ruine d'Israël. Pendant dix siecles enfin ce peuple idolâtre & stupide fut presque semblable en tout aux nations incirconcises ; excepté qu'il avoit le bonheur de posséder un livre précieux qu'il négligea toûjours, & une loi sainte qu'il oublia au point que ce fut une merveille sous Josias de trouver un livre de Moyse, & que sous Esdras il fallut renouveller la fête des tabernacles, qui n'avoit point été célebrée depuis Josué. La conduite des Juifs dans tous les tems qui ont précédé le retour de Babylone, est donc un monument constant de la rareté où ont dû être les ouvrages de son premier législateur. Délaissés dans l'arche & dans le sanctuaire à la garde des enfans d'Aaron, ceux-ci qui ne participerent que trop souvent eux-mêmes aux desordres de leur nation, prirent sans-doute aussi l'esprit mystérieux des ministres idolâtres : peut-être qu'en n'en laissant paroître que des exemplaires sans voyelles pour se rendre les maîtres & les arbitres de la loi des peuples, contribuerent-ils à la faire méconnoître & oublier ; peut-être ne s'en servoient-ils dèslors que pour la recherche des choses occultes, comme leurs descendans le font encore, & ne les firent-ils servir de même qu'à des études absurdes & puériles, indignes de la majesté & de la gravité de leurs livres. Ce soupçon ne se justifie que trop, quand on se rappelle toutes les antiques fables dont la Cabale s'autorise sous les noms de Salomon & des prophetes, & il doit nous faire entrevoir quelle fut la raison pour laquelle Ezéchias fit brûler les ouvrages du plus savant des rois : c'est que les esprits faux & superstitieux abusoient sans-doute dèslors de ses hautes & sublimes recherches sur la nature, comme ils abusent encore de son nom & des écrits des prophetes qui l'ont suivi ou précédé. Au reste, que ce soit l'idolatrie d'Israël qui ait occasionné la rareté des livres de Moyse, ou que leur rareté ait occasionné cette idolatrie, il faut encore ici convenir que la nature même de l'écriture a pû occasionner l'une & l'autre. Jamais cette antique façon de peindre la parole en abrégé, n'a été faite dans son origine pour être commune & vulgaire parmi le peuple : l'écriture sans consonnes est une énigme pour lui ; & celle même qui porte des points voyelles peut être si facilement altérée dans sa ponctuation & dans toutes ses minuties grammaticales, qu'il a dû y avoir un grand nombre de raisons essentielles pour l'ôter de la main de la multitude & de la main de l'étranger.

Un esprit inquiet & surpris pourra nous dire : Se peut-il faire que Dieu ayant donné une loi à son peuple, & lui en ayant si sévérement recommandé l'observation, ait pû permettre que l'écriture en fût obscure & la lecture difficile ? comment ce peuple pouvoit-il la méditer & la pratiquer ? Nous pourrions répondre qu'il a dépendu de ceux qui ont été les organes de la science & les canaux publics de l'instruction, de prévenir les égaremens des peuples en remplissant eux-mêmes leurs devoirs selon la raison & selon la vérité : mais il en est sans-doute une cause plus haute qu'il ne nous appartient pas de pénétrer. Ce n'est pas à nous, aveugles mortels, à questionner la Providence : que ne lui demandons-nous aussi pourquoi elle s'est plû à ne parler aux Juifs qu'en parabole ; pourquoi elle leur a donné des yeux afin qu'ils ne vissent point, & des oreilles afin qu'ils n'entendissent point, & pourquoi de toutes les nations de l'antiquité elle a choisi particulierement celle dont la tête étoit la plus dure & la plus grossiere ? C'est ici qu'il faut se taire, orgueilleuse raison ; celui qui a permis l'égarement de sa nation favorite, est le même qui a puni l'égarement du premier homme, & personne n'y peut connoître que sa sagesse éternelle.

Si les crimes & les erreurs des Hébreux, semblables aux crimes & aux erreurs des autres nations, nous indiquent qu'ils ont pendant plusieurs âges négligé les livres de Moyse, & abusé de l'ancienne écriture pour se repaître de chimeres & se livrer aux mêmes folies qu'encensoit le reste de la terre ; la conservation de ces livres précieux qui n'ont pû parvenir jusqu'à nous qu'à-travers une multitude de hazards, est cependant une preuve sensible que la Providence n'a jamais cessé de veiller sur eux, comme sur un dépôt moins fait pour les anciens hébreux que pour leur postérité & pour les nations futures.

Ce ne fut que dans les siecles qui suivirent le retour de la captivité de Babylone, que les Juifs se livrerent à l'étude & à la pratique de leur loi, sans aucun retour vers l'idolatrie. Outre le souvenir des grands châtimens que leurs peres avoient essuyés, & qui étoit bien capable de les retenir d'abord ; ils conçurent sans-doute aussi quelque émulation pour l'étude, par leur commerce avec les grandes nations de l'Asie, & sur-tout par la fréquentation des Grecs, qui porterent bientôt dans cette partie du monde leur politesse, leur goût & leur empire. Ce fut alors que la Judée fit valoir les livres de Moyse & des prophetes : elle les étudia profondément : elle eut une foule de commentateurs, d'interpretes & de savans : il se forma même différentes sectes de sages ou de philosophes ; & ce goût général pour les lettres & la science fut une cause seconde, mais puissante, qui retint les Juifs pour jamais dans l'exercice constant de leur religion : tant il est vrai qu'un peuple idiot & stupide ne peut être un peuple religieux, & que l'empire de l'ignorance ne peut être celui de la vérité.

Les premiers siecles après ce retour furent le bel âge de la nation juive : alors la loi triompha comme si Moyse ne l'eût donnée que dans ces instans. Pleins de vénération pour son nom & pour sa mémoire, les Juifs travaillerent avec autant d'ardeur à la recherche de ses livres qu'à la reconstruction de leur temple. On ignore par quelle voie, en quel tems & en quel lieu ces livres si long-tems négligés se retrouverent. Les Juifs à cet égard exaltent peut-être trop les services qu'ils ont reçûs d'Esdras dans ces premiers tems ; il leur tint presque lieu d'un second Moyse, * & c'est à lui ainsi qu'à la grande synagogue qu'ils attribuent la collection & la révision des livres sacrés, & même la ponctuation que nous y voyons aujourd'hui. Ils prétendent qu'il fut avec ses collegues secondé des lumieres surnaturelles pour en retrouver l'intelligence qui s'étoit perdue : quelques-uns ont même poussé le merveilleux au point d'assûrer qu'il les avoit écrits de mémoire sous la dictée du Saint-Esprit. Mais le Pentateuque entre les mains des Samaritains

* Il est vraisemblable que le nom d'Esdras a donné lieu à toutes les traditions qui le concernent. Ce nom, tel qu'il est écrit dans le texte, se devroit dire Ezra ; & dérivé d'azar, il a secouru, on l'interprete secours, parce qu'Esdras a été d'un grand secours aux Juifs au retour de leur captivité. Mais il y en a eu d'autres qui l'ont aussi cherché dans zehar, il a institué, il a enseigné, & qui sous ce point de vûe ont regardé Esdras comme l'instituteur de la plûpart de leurs usages, & comme leur plus grand docteur. Le changement de dialecte d'Ezra en Esdra, parce que le z tourne en sd comme en ds, l'a fait encore chercher dans sadar, il a arrangé, il a mis en ordre. D'où ils ont aussi tiré cette conséquence, qu'Esdras avoit été l'ordonnateur, le réviseur, & l'éditeur des livres sacrés. Tel est le grand art des Juifs dans la composition de leurs histoires traditionnelles : c'est donc avec bien de la raison que les Chrétiens ont rejetté ce qu'ils débitent sur Esdras, & tans d'autres anecdotes qui n'ont pas de meilleurs fondemens.

ennemis des Juifs, dément une fable aussi absurde : nous devons donc être certains que la restauration des livres de Moyse & le renouvellement de la loi n'ont été faits que sur de très-antiques exemplaires & sur des textes ponctués, sans lesquels il eût été de toute impossibilité à un peuple qui avoit négligé ses livres, son écriture & sa langue, d'en retrouver le sens & d'en accomplir les préceptes. Depuis cette époque, le zele des Juifs pour leurs livres sacrés ne s'est jamais ralenti. Détruits par les Romains & dispersés par le monde, ils en ont toûjours eu un soin religieux, les ont étudiés sans-cesse, & n'ont jamais souffert qu'on fît le plus léger changement non-seulement dans le fond ou la forme de leurs livres, mais encore dans les caracteres & la ponctuation ; y toucher, seroit commettre un sacrilége ; & ils ont à l'égard du plus petit accent ce respect idolâtre & superstitieux qu'on leur connoît pour tout ce qui appartient à leurs antiquités. Il n'y a point pour eux de lettres qui ne soient saintes, qui ne renferment quelque mystere particulier ; chacune d'elles a même sa légende & son histoire. Mais il est superflu d'entrer dans cet étonnant détail : tout réel qu'il est, il paroîtroit incroyable, aussi-bien que les peines infinies qu'ils se sont données pour faire le dénombrement de tous les caracteres de la Bible, pour savoir le nombre général de tous ensemble, le nombre particulier de chacun, & leur position respective à l'égard les uns des autres & à l'égard de chaque partie du livre ; vastes & minucieuses entreprises, que des Juifs seuls étoient capables de concevoir & d'exécuter. Bien éloignés de cette servitude judaïque, nos savans commencent à prendre le goût des Bibles sans ponctuation, & peut-être en cela tombent-ils d'un excès dans un autre. Si nous n'étions point dans un siecle éclairé, où il n'est plus au pouvoir des hommes de ramener l'âge de la fable, nous penserions à l'aspect des nouvelles éditions des Bibles non ponctuées, que la Mythologie voudroit renaître.

Il n'est pas nécessaire sans-doute, en terminant ce qui concerne l'écriture hébraïque, de dire qu'elle se figure de droite à gauche ; c'est une singularité que peu de gens ignorent. Nous n'oserions déterminer si cette méthode a été aussi naturelle dans son tems, que la nôtre l'est aujourd'hui pour nous. Les nations se sont fait sur cela différens usages. Diodore, liv. III. parle d'un peuple des Indes qui écrivoit de haut en bas : l'ancienne écriture de Fohi nous est représentée de même par les voyageurs. Les Egyptiens, selon Hérodote, écrivoient, ainsi que les Phéniciens, de droite à gauche ; & les Grecs ont eu quelques monumens fort anciens, dont ils appelloient l'écriture , parce qu'à l'imitation du labour des sillons, elle alloit successivement de gauche à droite & de droite à gauche. Peut-être que le caprice, le mystere, ou quelqu'usage antérieur aux premieres écritures, ont produit ces variétés ; peut-être n'y a-t-il d'autre cause que la commodité de chaque peuple relativement aux instrumens & autres moyens dont on s'est d'abord servi pour graver, dessiner ou écrire : mais de simples conjectures ne méritent pas d'allonger notre article.

III. L'histoire de la langue hébraïque n'est chez les rabbins qu'un tissu de fables, & qu'un ample sujet de questions ridicules & puériles. Elle est, selon eux, la langue dont le Créateur s'est servi pour commander à la nature au commencement du monde ; c'est de la bouche de Dieu même que les anges & le premier homme l'ont apprise. Ce sont les enfans de celui-ci qui l'ont transmise de race en race & d'âge en âge, au-travers des révolutions du monde physique & moral, & qui l'ont fait passer sans interruption & sans altération de la famille des justes au peuple d'Israël qui en est sorti. C'est une langue enfin dont l'origine est toute céleste, & qui retournant un jour à sa source, sera la langue des bienheureux dans le ciel, comme elle a été sur la terre la langue des saints & des prophetes. Mais laissons-là ces pieuses réveries, dont la religion ni la raison de notre âge ne peuvent plus s'accommoder, & fuyons cet excès qui a toûjours été si fatal aux Juifs, qui ont idolatré leur langue & les mots de leur langue en négligeant les choses. Si le respect que nous avons pour les paroles de la Divinité, nous a porté à donner le titre de sainte à la langue hébraïque, nous savons que ce n'est qu'un attribut relatif que nous devons également donner aux langues chaldéenne, syriaque, & greque, toutes les fois que le Saint-Esprit s'en est servi : nous savons d'ailleurs que la Divinité n'a point de langage, & qu'on ne doit donner ce nom qu'aux bonnes inspirations qu'elle met au fond de nos coeurs, pour nous porter au bien, à la vérité, à la paix, & pour nous les faire aimer. Voilà la langue divine ; elle est de tous les âges & de tous les lieux, & son efficacité l'emporte sur les langues de la terre les plus éloquentes & les plus énergiques.

La langue hébraïque est une langue humaine, ainsi que toutes celles qui se sont parlées & qui se parlent ici bas ; comme toutes les autres, elle a eu son commencement, son regne & sa fin, & comme elles encore, elle a eu son génie particulier, ses beautés & ses défauts. Sortie de la nuit des tems, nous ignorons son origine historique ; & nous n'oserions avancer avec la confiance des Juifs, qu'elle est antérieure aux anciens desastres du monde. S'il étoit permis cependant d'hazarder quelques conjectures raisonnables, fondées sur l'antiquité même de cette langue & sur sa pauvreté, nous dirions qu'elle n'a commencé qu'après les premiers âges du monde renouvellé ; qu'il a pû se faire que ceux même qui ont échappé aux destructions, ayent eu pour un tems une langue plus riche & plus formée, qui auroit été sans-doute une de celles de l'ancien monde ; mais que la postérité de ces débris du genre humain n'ayant produit d'abord que de petites sociétés qui ont dû nécessairement être long-tems misérables & toutes occupées de leurs besoins & de leur subsistance, il a dû arriver que leur langage primitif se sera appauvri, aura dégénéré de race en race, & n'aura plus formé qu'un idiome de famille, qu'une langue pauvre, concise & sauvage pendant plusieurs siecles, qui sera ensuite devenue la mere des langues qui ont été propres & particulieres aux premiers peuples & à leur colonie. Il en est des langues comme des nations : elles sont riches, fécondes, étendues en proportion de la grandeur & de la puissance des sociétés qui les parlent ; elles sont arides & pauvres chez les Sauvages ; & elles se sont aggrandies & embellies partout où la population, le commerce, les sciences & les passions ont aggrandi l'esprit humain. Elles ont aussi été sujettes à toutes les révolutions morales & politiques où ont été exposées les puissances de la terre ; elles se sont formées, elles ont régné, elles ont dégénéré, & se sont éteintes avec elles. Jugeons donc quels terribles effets ont dû faire sur les premieres langues des hommes, ces coups de la Providence, qui peuvent éteindre les nations en un clin-d'oeil, & qui ont autrefois frappé la terre, comme nous l'apprennent nos traditions religieuses & tous les monumens de la nature. Si les arts ne furent point épargnés, si les inventions se perdirent, & s'il a fallu des siecles pour les retrouver & les renouveller, à plus forte raison les langues qui en avoient été la source, le canal & le monument, se perdirent-elles de même, & furent-elles ensevelies dans la ruine commune. Le très-petit nombre de traditions qui nous restent sur les tems antérieurs à ces révolutions, & la multitude de fables par lesquelles on a cherché à y suppléer, seroit en cas de besoin une preuve de nos conjectures : mais ne sont-elles que des conjectures ?

Il est donc très-peu vraisemblable que l'origine de la langue hébraïque puisse remonter au-delà du renouvellement du monde : tout au plus est-elle une des premieres qui ait été formée & fixée lorsque des nations en corps ont commencé à reparoître, & qu'elles ont pû s'occuper à d'autres objets qu'à leurs besoins. Nous disons tout au plus, parce que malgré la simplicité de la langue hébraïque, elle est quelquefois trop riche en synonymes, dont grand nombre de verbes & plusieurs substantifs ont une singuliere quantité ; ce qui suppose une aisance d'esprit & une abondance dont le génie des premieres familles n'a pû être susceptible pendant long-tems, & ce qui décele des richesses acquises ailleurs après l'agrandissement des sociétés.

Pour nous prouver toute l'antériorité de leur langage, les Juifs nous montrent les noms des premiers hommes, dont l'interprétation convenable ne peut se trouver que chez eux : toute fondée que soit cette remarque, quoiqu'il y ait plusieurs de ces noms qui tiennent plus au chaldéen qu'à l'hébreu, il n'y a qu'une aveugle prévention qui puisse s'en faire un titre, & l'on n'y voit autre chose sinon que ce sont des auteurs hébreux & chaldéens qui nous ont transmis le sens primitif de ces noms propres en les traduisant en leur langue : s'ils eussent été grecs, ils eussent donné des noms grecs, & des noms latins s'ils eussent été latins ; parce qu'il a été aussi ordinaire que naturel à tous les anciens peuples de rendre le sens des noms traditionnels en leur langue. Ils y étoient forcés, parce que ces noms faisoient souvent une partie de l'histoire, & qu'il falloit traduire les uns en traduisant l'autre, afin de les rendre mutuellement intelligibles, & parce que le renouvellement des arts & des sciences exigeoit nécessairement le renouvellement des noms. La Mythologie qui n'a que trop connu cet ancien usage de traduire les noms pour expliquer l'histoire, nous montre souvent l'abus qu'elle en a fait, en les dérivant de sources étrangeres, & en personnifiant quelquefois des êtres naturels & métaphysiques : ses méprises en ce genre sont, comme on sait, une des sources de la fable. Mais nous devons à cet égard rendre la justice qui est dûe aux écrivains divinement inspirés : c'est par eux que la foi nous apprend que le premier homme a été appellé terre ou terrestre, & la premiere femme la vie. La raison concourt même à nous dire que l'homme est terre & que la femme donne la vie ; mais ni l'une ni l'autre ne nous ont jamais fait connoître quels sont les premiers mots par lesquels ont été désignés la terre & la vie.

Il est de plus fort incertain quel nom de peuple la langue hébraïque a pû porter dans son origine. Ce n'a point été le nom des Hébreux, qui malgré l'antiquité de leur famille, n'ont été qu'un peuple nouveau vis-à-vis des Chaldéens d'où Abraham est sorti, & vis-à-vis des Cananéens & Egyptiens, où ce patriarche & ses enfans ont si long-tems voyagé en simples particuliers. Si la langue de la Bible est celle d'Abraham, elle ne peut être que la langue même de l'ancienne Chaldée : si elle ne l'est point, elle ne doit être qu'une langue nouvelle ou étrangere. Entre ces deux alternatives il est un milieu sans-doute auquel nous devons nous arrêter. Abraham, chaldéen de famille & de naissance, n'ayant pû parler autrement que chaldéen, il est plus que vraisemblable que sa postérité a dû conserver son langage pendant quelques générations, & qu'ensuite leur commerce & leurs liaisons avec les Cananéens, les Arabes & les Egyptiens l'ayant peu-à-peu changé, il en est résulté une nouvelle dialecte propre & particuculiere aux Israélites : d'où nous devons présumer que la langue hébraïque, telle que nous l'avons dans la Bible, ne doit pas remonter plus d'un siecle avant les écrits de Moyse : le chaldéen d'Abraham en a été le principe ; il est ensuite fondu avec le cananéen, qui n'en étoit lui-même qu'une ancienne branche. La langue de la basse Egypte, qui devoit peu différer de celle de Canaan, a contribué de son côté à l'altérer ou à l'enrichir, ainsi que la langue arabe, comme on le voit particulierement dans le livre de Job. Pour trouver dans l'histoire quelques traces de cette filiation de la langue hébraïque, & des révolutions qu'a subi le chaldéen primitif chez les différens peuples, il faut remarquer dans l'Ecriture qu'Abraham ne se sert point d'interprete chez les Cananéens ni chez les Egyptiens, parce qu'alors leurs dialectes différoient peu sans-doute du chaldéen de ce patriarche. Elieser & Jacob qui habiterent chez les mêmes peuples, & qui firent chacun un voyage en Chaldée, n'avoient point non plus oublié leur langue originaire, puisqu'ils converserent au premier abord avec les pasteurs de cette contrée & avec toute la famille d'Abraham ; mais Jacob néanmoins s'étoit déja familiarisé avec la langue de Canaan, puisqu'en se séparant de Laban, il eut soin de donner un nom d'une autre dialecte au monument auquel Laban donna un nom chaldéen. Il y avoit alors cent quatrevingt ans qu'Abraham avoit quitté sa terre natale. Ainsi la dialecte hébraïque avoit déjà pû se former. Ce seul exemple peut nous faire juger de la différence que le tems continua de mettre dans le langage de ce peuple naissant. Dans ce même intervalle, les langues cananéenne & égyptienne faisoient aussi des progrès chacune de leur côté ; & il fallut que Joseph en Egypte se servît d'interprete pour parler à ses freres.

Ces différences n'ont cependant jamais été assez grandes pour rendre toutes ces langues méconnoissables entr'elles, quoique le chaldéen d'Abraham ait dû souffrir de grands changemens dans l'intervalle de plus de quatorze cent ans qui s'est écoulé depuis ce patriarche jusqu'à Daniel. Il différoit moins alors de la langue de Moyse, que l'italien, le françois & l'espagnol ne different entr'eux, quoiqu'ils soient moins éloignés des siecles de la latinité qui les a tous formés. Sur quoi nous devons observer qu'il ne faut jamais dans l'Ecriture prendre le nom de langue à la rigueur ; lorsqu'en parlant des Chaldéens, des Cananéens, des Egyptiens, des Amalécites, des Ammonites, &c. elle nous dit quelquefois que tel ou tel peuple parloit un langage inconnu, cela ne peut signifier qu'une dialecte différente, qu'un autre accent, & qu'une autre prononciation ; & il faut avouer que tous ces divers modes ont dû être extrémement variés, puisqu'on rencontre en plusieurs endroits de l'Ecriture des preuves que les Hébreux se sont servis d'interpretes vis-à-vis de tous ces peuples, quoique le fond de leur langue fût le même, comme nous en pouvons juger par les livres & les vestiges qui en sont restés, où toutes ces langues s'expliquent les unes par les autres. Il nous manque sans-doute, pour apprécier leurs différences, les oreilles des peuples qui les ont parlé. Il falloit être Athénien pour reconnoître au langage que Demosthène étoit étranger dans Athènes ; & il faudroit de même être Hébreu ou Chaldéen, pour saisir toutes les différences de prononciation qui diversifioient si considérablement toutes ces anciennes dialectes, quoiqu'issues d'une même source. Au reste, nous ne devons point être étonnés de remarquer dans toutes ces contrées de l'Asie le langage d'Abraham ; il étoit sorti d'un pays & d'un peuple qui dans presque tous les tems a étendu sur elles sa puissance & son empire, tantôt par les armes & toujours par les sciences. L'Euphrate a successivement été le siége des Chaldéens, des Assyriens, des Babyloniens & des Perses ; & ces énormes puissances n'ayant jamais cessé de donner le ton à cette partie occidentale de l'Asie, il a bien fallu que la langue dominante fût celle du peuple dominant. C'est ainsi qu'on a vû en Europe & en différens tems le grec & le latin devenir des langues générales : & cet empire des langues, qui est la suite de l'empire des nations, en est en même tems le monument le plus constant & le plus durable.

Celle de toutes ces dialectes chaldéennes avec laquelle la langue d'Abraham & de Jacob a contracté cependant le plus d'affinité, a été sans contredit la dialecte cananéenne ou phénicienne. Les colonies de ces peuples commerçans chez les nations riveraines de la Méditerranée & de l'Océan, ont laissé par-tout une multitude de vestiges qui nous prouvent que la langue d'Abraham s'étoit intimement incorporée avec celle de Phénicie, pour former la langue de Moyse, que l'Ecriture pour cette raison sans doute appelle quelquefois la langue de Canaan. Les auteurs qui ont traité de l'une, ont crû aussi devoir traiter de l'autre ; & c'est à leur exemple, que pour ne point laisser incomplet ce qui concerne la langue hébraïque, nous parlerons de la langue de Phénicie & de ses révolutions chez les différens peuples où elle a été portée, après que nous aurons suivi chez les Hébreux les révolutions de la langue de Moyse.

La langue des Israélites se trouvant fixée par les ouvrages de Moyse, n'a plus été sujette à aucune variation, comme on le voit par les ouvrages des prophetes qui lui ont succédé d'âge en âge jusqu'à la captivité de Babylone. On pourroit donc regarder les dix siecles que renferme cet espace de tems comme la mesure certaine de la durée de la langue hébraïque. Après ce long regne, elle fut, diton, oubliée des Hébreux, qui dans les soixante-dix ans de leur captivité, s'habituerent tellement à la dialecte chaldéenne qui se parloit alors à Babylone, qu'à leur retour en Judée ils n'eurent plus d'autre langue vulgaire. Un oubli aussi promt nous paroît cependant si extraordinaire, qu'il y a lieu d'être étonné qu'on ait jusqu'ici reçû sans méfiance ce que les traditions judaïques nous ont transmis pour nous rendre raison de la révolution qui s'est faite autrefois dans la langue de leurs peres. Quoiqu'il soit fort certain qu'au tems d'Esdras & de Daniel les Hébreux ne parloient & n'écrivoient plus qu'en Chaldéen, d'un autre côté il est si peu vraisemblable que tout un peuple ait oublié sa langue en soixante & dix ans, qu'une tradition aussi suspecte du côté du vrai que du côté de la nature, auroit dû faire soupçonner qu'ils l'avoient déjà oubliée & négligée longtems avant cette époque. Si notre sentiment est nouveau, il n'en est peut-être pas moins raisonnable, & nous pouvons le fortifier de quelques observations. Nous remarquerons donc que cette captivité n'emmena point tous les Hébreux, qu'il en resta beaucoup en Judée, & que de tous ceux qui furent enlevés, il en revint plusieurs qui vêcurent encore assez de tems pour voir le second temple qui fut long à construire, & pour pleurer sur les ruines du premier. Nous ajoûterons que cette captivité à laquelle on donne soixante & dix ans, parce qu'elle commença pour quelques-uns au premier siége de Jérusalem en 606 avant Jesus-Christ, & qu'elle finit en 536, ne dura néanmoins pour le plus grand nombre que cinquante-trois ans, à compter de 586, époque de la ruine totale du temple, après le troisieme & dernier siége. Or dans un intervalle aussi court, une nation entiere n'a pû oublier sa langue, ni s'habituer à une langue étrangere, à-moins qu'elle n'y fût déjà disposée par un usage plus ancien & par un oubli antérieur de sa langue naturelle. D'ailleurs la durée que l'on accorde communément à la langue hébraïque, est une durée excessive, sur-tout pour une langue orientale, qui plus que toutes les autres sont susceptibles d'altération. Il n'en faut point chercher d'autre preuve que dans ce Chaldéen même auquel on dit que les Juifs se sont habitués dans leur captivité. Il différoit dès-lors du chaldéen d'Abraham ; il s'étoit perfectionné & enrichi par des finales plus sonores, & par des expressions empruntées non-seulement des Perses, des Medes, & autres nations voisines, mais aussi des nations les plus éloignées, témoin le sumphoneiah, du iij. chap. de Daniel, . 5. 10. 15. mot grec qui dès le tems de Cyrus avoit déjà pénétré à Babylone. Les Hébreux eux-mêmes ne s'y furent pas plûtôt familiarisés, qu'ils continuerent à le corrompre de leur côté. Le chaldéen d'Onkelos n'est plus le chaldéen d'Esdras ; & celui des Paraphrastes, qui ont continué ses commentaires, en differe infiniment. S'il falloit donc juger des révolutions qu'a dû essuyer le premier langage des Juifs, par celles où celui qui passe pour avoir été leur second, a été exposé, à peine pourrions-nous donner quatre ou cinq siecles d'intégrité & de durée à la langue de Moyse.

Il est vrai que la Bible à la main on essayera de nous prouver par les ouvrages des prophetes de tous les âges, antérieurs à la captivité, que l'hébreu de Moyse n'a point cessé d'être vulgaire jusqu'à cet évenement. Mais par le même raisonnement ne tentera-t-on pas aussi de nous prouver que le latin a toujours été vulgaire, en nous montrant tous les ouvrages qui ont été successivement écrits en cette langue, depuis une longue suite de siecles ? Il faudroit être sans-doute bien prévenu, ou, pour mieux dire, bien aveugle, pour hasarder un tel paradoxe. Une langue peut être celle des savans, sans être celle du peuple ; & ce n'est que lorsqu'elle n'appartient plus à ce dernier, qu'elle arrive à l'immutabilité, ce caractere essentiel des langues mortes, où les langues vivantes ne peuvent jamais parvenir. La véritable induction que nous devons donc tirer de cette longue succession d'ouvrages tous écrits dans la dialecte de Moyse, c'est qu'après lui elle a été la dialecte particuliere des prophetes, & que de vulgaire qu'elle avoit été dans les premiers tems, elle n'a plus été qu'une langue savante, & peut-être même qu'une langue sacrée qui ne s'est plus altérée, parce qu'elle s'est conservée dans le sanctuaire, où elle a été hors des atteintes de la multitude, qui, comme le dit l'Ecriture, s'habituoit facilement aux dialectes & aux usages des nations étrangeres qu'elle fréquentoit. Le génie de la langue hébraïque est tellement le même dans tous les écrits des prophetes, quoique composés en des âges fort distans les uns des autres, que si le caractere particulier de chaque écrivain ne se faisoit connoître dans chaque livre, on penseroit que tous ces ouvrages n'ont été que d'un seul tems & d'une seule plume ; ut ferè quis putare posset omnes illos libros eodem tempore esse conscriptos. (Voyez la note entiere *.) La construction,

* Plurimum etiam ad perfectionem linguae hebraeae facit ejusdem constantia in omnibus libris veteris Testamenti. Miratus saepissime fui quod tanta sit linguae hebraeae convenientia in omnibus libris veteris Testamenti, cum sciamus libros illos a diversis viris qui saepe proprium stylum expresserunt, diversis temporibus, & diversis in locis esse conscriptos. Scribatur liber a diversis viris in eadem civitate habitantibus, videbimus ferè majorem differentiam in illo libro, vel respectu styli, vel copulationis litterarum, vel respectu aliarum circumstantiarum, quam in totis Bibliis. Verum si liber sit scriptus, verbi causa, à Teutonio & Frisio, vel si intercedat inter scriptores differentia mille annorum, quanta in multis libris veteris Testamenti respectu scriptionis intercessit, eheu ! quanta esset differentia linguae ! Qui unam scripturam intelligit, vix alteram intelligeret : imo erit tanta differentia, ut vix ullas eas linguas, ob differentiam temporis & loci ita discrepantes, regulis Grammaticoe & Syntaxeos comprehendere possit. Verum in veteri Testamento tanta est constantia, tanta convenientia in copulatione litterarum, & constructione vocum, ut fere quis putare posset omnes illos libros eodem tempore, iisdem in locis, à diversis tamen authoribus esse conscriptos. Leusden. Philologus hebroeus dissertatio 17.

l'appareil des mots, la syntaxe, le caractere de la langue enfin sont si semblables & si monotones partout, qu'un esprit inquiet & soupçonneux en pourroit tirer des conséquences aussi conttaires à l'antiquité & à l'intégrité de ces livres précieux, que notre observation leur est au contraire favorable. L'immutabilité de leur style & de leur diction, dont celle de Moyse a toujours été le modele, s'est communiquée aux faits & à la mémoire des faits ; & c'étoit le seul moyen de les transmettre jusqu'à nous, malgré l'inconstance & les égaremens d'une nation capricieuse & volage. Tous les sages de l'antiquité qui ont, aussi-bien que le sacerdoce hébreu, connu les avantages des langues mortes, n'ont point manqué de se servir de même, dans leurs annales, d'une langue particuliere & sacrée : c'étoit un usage général, que la religion, d'accord en cela avec la politique, avoit établi chez tous les anciens peuples. Le génie de l'antiquité concourt donc avec la fortune des langues, à justifier nos réflexions. Il n'est point d'ailleurs difficile de juger que la langue de Moyse avoit dû se corrompre parmi son peuple ; nous avons vû ci-devant combien il avoit négligé ses livres, son écriture & sa loi. La même conduite lui fit aussi négliger son langage ; l'oubli de l'un étoit une suite nécessaire de l'autre. Pour nous peindre les Hébreux pendant les dix siecles presque continus de leurs desordres & de leur idolatrie, nous pouvons sans doute nous représenter les Guebres aujourd'hui répandus dans l'Inde avec les livres de Zoroastre qu'ils conservent encore sans les pouvoir lire & sans les entendre ; ils n'y connoissent que du blanc & du noir : & telle a dû être pendant l'idolatrie d'Israël la position du commun des Juifs vis-à-vis des livres de leur législateur. Si leur conduite présente nous fait connoître à quel point ils les considerent & les respectent aujourd'hui, leur conduite primitive doit nous montrer quel a été pour ce religieux dépôt l'excès de leur indifférence. Jamais livres n'ont couru de plus grands risques de se perdre & de devenir inintelligibles ; & il n'en est point cependant sur qui la Providence ait plus veillé : c'est sans doute un miracle qu'un exemplaire en ait été trouvé par le saint roi Josias, qui s'en servit pour retirer pendant un tems le peuple de ses desordres : mais si un Achab, une Jézabel, ou une Athalie les eût trouvés, qui doute que ces livres précieux n'eussent eu chez les Hébreux même le sort qu'ont eu chez les Romains les livres de Numa, que le hasard retrouva, & que la politique brûla, pour ne point changer la religion, c'est-à-dire la superstition établie ?

Ce fut vraisemblablement par le seul canal des savans, des prêtres, & particulierement des voyans ou prophetes qui se succéderent les uns aux autres, que la langue & les ouvrages de Moyse se sont conservés ; ceux-ci seuls en ont fait leur étude, ils y puisoient la loi & la science ; & selon qu'ils étoient bien ou mal intentionnés, ils égaroient les peuples, ou les retiroient de leurs égaremens. Le langage du législateur devint pour eux un langage sacré, qui seul eut le privilége d'être employé dans les annales, dans les hymnes, & sur-tout dans les livres prophétiques, qui après avoir été interpretés au peuple, ou lûs en langue vulgaire, étoient ensuite déposés au sanctuaire, pour être un monument inaltérable vis-à-vis des nations futures que ces diverses prophéties devoient un jour intéresser.

On nous demandera dans quel tems la langue de Moyse a cessé d'être en usage parmi les Hébreux ; c'est ce qu'il n'est pas facile de déterminer : ce n'est pas en un seul tems, mais en plusieurs, qu'une langue s'altere & se corrompt. Nous pouvons conjecturer cependant, que ce fut en grande partie sous les juges, & dans ces cinq ou six siecles où la nation juive n'eut rien de fixe dans son gouvernement & dans sa religion, & qu'elle suivoit en tout ses délires & ses caprices. Nous fixons notre conjecture à ces tems, parce que sous les rois nous remarquons dans les noms propres un génie & une tournure toute différente des anciens noms sonores, emphatiques, & presque tous composés ; ils n'ont plus ce caractere antique, & cette simplicité des noms propres de tous les âges antérieurs. Quoique notre remarque soit délicate, on en doit sentir la justesse, parce que chez les anciens les noms propres n'ayant point été héréditaires, ont dû toûjours appartenir aux dialectes vulgaires, & que la langue sacrée ou historique n'a pû les changer en traduisant les faits. Nous pouvons donc de leur dissimilitude chez les Hébreux en tirer cette conclusion, que le génie de leur langue avoit changé & changeoit d'âge en âge, par la fréquentation des diverses nations dont ils ont toûjours été ou les alliés ou les esclaves. C'est de même par le caractere de la plûpart de leurs noms propres, dans les derniers siecles qui ont précédé Jesus-Christ, que l'on juge aussi que les Hébreux se sont ensuite familiarisés avec le grec, parce que leurs noms dans les Macchabées & dans l'historien Josephe, sont souvent tirés de cette langue. Il est vrai que ces deux ouvrages sont écrits en grec ; mais quand ils le seroient en hébreu, leurs auteurs n'en auroient pû changer les noms, & dans l'un ou l'autre texte, ils nous serviroient de même à juger des liaisons qu'avoient contracté les Hébreux avec les conquérans de l'Asie.

Mais quelle a été la langue d'Israël après celle de son législateur, & avant le Chaldéen d'Esdras & de Daniel ? c'est ce qu'il est impossible de fixer ; ce ne pourroit être au reste qu'une dialecte particuliere de celle de Moyse corrompue par des dialectes étrangeres. Les dix tribus en avoient une qui en différoit déjà, comme on le voit par le Pentateuque samaritain, qui n'est plus le pur hébreu de la Bible ; & nous sçavons par Esdras, que les Juifs presque confondus avec les peuples voisins, avoient adopté leurs différens idiomes, & parloient les uns la langue d'Azot, & d'autres celle de Moab, d'Ammon, &c. Cela seul peut nous suffire avec ce que nous avons dit ci-dessus, pour entrevoir toutes les variations & les révolutions de la langue hébraïque vulgaire pendant dix siecles, & jusqu'au tems où nous trouvons les Juifs tout-à-fait familiarisés & habitués au chaldéen : dès-lors il ne pouvoit y avoir que bien du tems qu'ils avoient perdu l'usage de la langue de leurs ancêtres : car par les efforts qu'ils firent du tems d'Esdras pour rétablir leur culte & leurs usages, il est à croire qu'ils eussent aussi tenté de rétablir leur langage, s'il n'eût été suspendu que par le court espace de leur captivité. S'ils ont donc sur ce changement des traditions contraires à nos observations, mettons-les au nombre de tant d'autres anecdotes sans date & sans époque, qu'ils ont inventé, & dont ils veulent bien se satisfaire.

La langue de Babylone devenue celle de Judée, fut aussi sujette à de semblables révolutions ; les Juifs la parlerent jusqu'à leur derniere destruction par les Romains, mais ce fut en l'altérant de génération en génération, par un bizarre mélange de syrien, d'arabe & de grec. Dispersés ensuite parmi les nations, ils n'ont plus eu d'autre langue vulgaire que celle des différens peuples chez lesquels ils se sont habitués ; aujourd'hui ils parlent françois en France, & allemand au-delà du Rhin. La langue de Moyse est leur langue savante ; ils l'apprennent comme nous apprenons le grec & le latin, moins pour la parler que pour s'instruire de leur loi : beaucoup de Juifs même ne la sçavent point ; mais ils ne manquent pas d'en apprendre par coeur les passages qui leur servent de prieres journalieres, parce que, selon leurs préjugés, c'est la seule langue dans laquelle il convient de parler à la Divinité. D'ailleurs si quelques-uns parlent l'hébreu comme nous essayons de parler le grec & le latin, c'est avec une grande diversité dans la prononciation ; chaque nation de juif a la sienne : enfin il y a un grand nombre d'expressions dont ils ont eux-mêmes perdu le sens, aussi-bien que les autres peuples. Telles sont en particulier presque tous les noms de pierres, d'arbres, de plantes, d'animaux, d'instrumens, & de meubles, dont l'intelligence n'a pû être transmise par la tradition, & dont les savans d'après la captivité n'ont pû donner une interprétation certaine ; nouvelle preuve que cette langue étoit dèslors hors d'usage & depuis plusieurs siecles.

IV. Nous avons quitté dans l'article précédent la langue d'Abraham, pour en suivre les révolutions chez les Hébreux, sous le nom de langue de Moyse ; & nous avons promis de la reprendre dans ce nouvel article, pour la suivre sous le nom des Cananéens ou Phéniciens, qui l'ont répandue en différentes contrées de l'occident. Ce n'est pas que la langue de ce patriarche ait été dans son tems la langue de Phénicie ; mais nous avons dit que sa famille qui vécut dans cette contrée & qui s'y établit à la fin, incorpora tellement sa langue originaire avec celle de ces peuples maritimes, que c'est essentiellement de ce mélange que s'est formé la langue de Moyse, que l'écriture pour cette raison appelle aussi quelquefois langue de Canaan. Que les Phéniciens, auxquels les Grecs ont avoué devoir leur écriture & leurs premiers arts, ayent été les mêmes peuples que l'Ecriture appelle Cananéens, il n'en faudroit point d'autre témoignage que ce nom même qu'elle leur donne, puisqu'il signifie dans la langue de la Bible, des marchands, & que nous sçavons par l'Histoire que les Phéniciens ont été les plus grands commerçans & les plus fameux navigateurs de la haute antiquité ; l'Ecriture nous les fait encore reconnoître d'une maniere aussi certaine que par leur nom, en assignant pour demeure à ces Cananéens toutes les côtes de la Palestine, & entr'autres les villes de Sidon & de Tyr, centre du commerce des Phéniciens. Nous pourrions même ajoûter que ces deux noms de peuples n'ont point été différens dans leur origine, & qu'ils n'ont l'un & l'autre qu'une seule & même racine : mais nous laisserons de côté cette discussion étymologique, pour suivre notre principal objet. *

Quoique la vraie splendeur des Phéniciens remonte au-delà des tems historiques de la Grece & de l'Italie, & qu'il ne soit resté d'eux ni monumens ni annales, on sçait cependant qu'il n'y a point eu de peuples en occident qui ayent porté en plus d'endroits leur commerce & leur industrie. Nous ne le sçavons, il est vrai, que par les obscures traditions de la Grece ; mais les modernes les ont éclairées par la langue de la Bible, avec laquelle on peut suivre ces anciens peuples comme à la piste chez toutes les nations afriquaines & européennes, où ils ont avec leur commerce porté leurs fables, leurs divinités & leur langage ; preuve incontestable sans doute, que la langue d'Abraham s'étoit intimement fondue avec celle des Phéniciens, pour en former, comme nous avons dit, la dialecte de Moyse.

Ces peuples qui furent en partie exterminés & dispersés par Josué, avoient dès les premiers tems commercé avec l'Europe grossiere & presque sauvage, comme nous commerçons aujourd'hui avec l'Amérique ; ils y avoient établi de même des comptoirs & des colonies qui en civiliserent les habitans par leur commerce, qui en adoucirent les moeurs en s'alliant avec eux, & qui leur donnerent peu-à-peu le goût des arts, en les amusant de leurs cérémonies & de leurs fables ; premiers pas par où les hommes prennent le goût de la société, de la religion, & de la science.

Avec les lettres phéniciennes, qui ne sont autres, comme nous avons vû, que ces mêmes lettres qu'adopta aussi la postérité d'Abraham, ces peuples porterent leur langage en diverses contrées occidentales ; & du mêlange qui s'en fit avec les langues nationales de ces contrées, il y a tout lieu de penser qu'il s'en forma en Afrique le carthaginois, & en Europe le grec, le latin, le celtique, &c. Le carthaginois en particulier, comme étant la plus moderne de leurs colonies, sembloit au tems de S. Augustin n'être encore qu'une dialecte de la langue de Moyse : aussi Bochart, sans autre interprete que la Bible, a-t-il traduit fort heureusement un fragment carthaginois que Plaute nous a conservé.

La langue greque nous offre aussi, mais non dans la même mesure, un grand nombre de racines phéniciennes qu'on retrouve dans la Bible, & qui chez les Grecs paroissent visiblement avoir été ajoûtées à un fond primitif de langue nationale.

Il en est de même du latin ; & quoiqu'on n'ait pas fait encore de recherche particuliere à ce sujet, parce qu'on est prévenu que cette langue doit beaucoup aux Grecs, elle contient néanmoins, & bien plus que le grec lui-même, une abondance singuliere de mots phéniciens qui se sont latinisés.

Nous ne parlerons point de l'Etrusque & de quelques anciennes langues qui ne nous sont connues que par quelques mots où l'on apperçoit cependant de semblables vestiges : mais nous n'oublierons point d'indiquer le celtique, comme une de ces langues avec lesquelles le phénicien s'est allié. On n'ignore point que le breton en particulier n'en est encore aujourd'hui qu'une dialecte ; mais nous renvoyons au dictionnaire de cette province, qui depuis peu d'années a été donné au public, & au dictionnaire celtique dont on lui a déjà présenté un volume, & dont la suite est attendue avec impatience.

Nous pourrions aussi nommer à la suite de ces langues mortes plusieurs de nos langues vivantes, qui toutes du plus au moins contiennent non-seulement des mots phéniciens grécisés & latinisés, que nous tenons de ces deux derniers peuples, mais aussi un bien plus grand nombre d'autres qu'ils n'ont point eu, & que nos peres n'ont pû acquérir que par le canal direct des commerçans de Phénicie, auxquels le bassin de la Méditerranée & le passage de l'Océan ont ouvert l'entrée de toutes les nations maritimes de l'Europe. C'est ainsi que l'Amérique à son tour offrira à ses peuples futurs des langues nouvelles qu'auront produit les divers mêlanges de leurs langues sauvages avec celles de nos colonies européennes.

Ce seroit un ouvrage aussi curieux qu'utile, que

* Les Phéniciens se disoient issûs de Cna ; selon l'usage de l'antiquité, ils devoient donc être appellés les enfans de Cna, comme on disoit les enfans d'Heber, pour désigner les Hébreux. En prononçant ce nom de peuple à la façon de la Bible, nous dirions, Benei-Ceni, ou Benei-Cini. Il y a apparence que le dernier a été d'usage, sur-tout chez les étrangers, qui changeant encore le b en ph, comme il leur arrivoit souvent, & contractant les lettres à cause de l'absence des voyelles, ont fait d'un seul mot Phenicini, d'où Phoenix, Poenus, Punicus, & Phenicien. Quant au nom de Cna, il n'est autre que la racine contractée de Canaan, & signifie marchand : aussi étoit-il regardé comme un surnom de Mercure, dieu du Commerce.

les étymologies françoises uniquement tirées de la Bible. On ose dire que la récolte en seroit très-abondante, & que ce pourroit être l'ouvrage le plus intéressant qui auroit jamais été fait sur les langues, par le soin que l'on auroit de faire la généalogie des mots, quand ils auroient successivement passé dans l'usage de plusieurs peuples, & de montrer leur déguisement quand ils ont été séparément adoptés de diverses nations. Ce qu'on propose pour le françois, se peut également proposer pour plusieurs autres langues de l'Europe, où il est peu de nation qui ne soit dans le cas de pouvoir entreprendre un tel ouvrage avec succès : peut-être qu'à la fin ces différentes recherches mettroient à portée de faire le dictionnaire raisonné des langues de l'Europe ancienne & moderne. Le phénicien seroit presque la base de ce grand édifice, parce qu'il y a peu de nos contrées où le commerce ne l'ait autrefois porté, & que depuis ces tems les nations européennes se sont si fort mélangées, ainsi que leurs langues propres ou acquises, que les différences qui se trouvent entr'elles aujourd'hui, ne sont qu'apparentes & non réelles.

Au reste, l'entreprise de ces recherches particulieres ou générales, ne pourroit point se conduire par les mêmes principes dont nous nous servons pour chercher nos étymologies dans le grec & le latin, qui en passant dans nos langues se sont si peu corrompues, que l'on peut presque toûjours les chercher & les trouver par des voies régulieres. Il n'en est pas de même du phénicien ; toutes les nations de l'Europe en ont étrangement abusé, parce que les langues orientales leur ont toujours été fort étrangeres, & que l'écriture en étoit singuliere & difficile à lire. On peut se rappeller ce que nous avons dit du travail des cabalistes & des anciens mythologistes, qui ont anagrammatisé les lettres, altéré les syllabes pour y chercher des sens mystérieux ; les anciens européens ont fait la même chose, non dans le même dessein, mais par ignorance, & parce que la nature d'une écriture abrégée & renversée porte naturellement à ces méprises ceux qui n'y sont point familiarisés. Ils ont souvent lû de droite à gauche ce qu'il falloit lire de gauche à droite, & par-là ils ont renversé les mots & presque toujours les syllabes. C'est ainsi que de cathenoth, vêtemens, l'inverse thounecath a donné tunica ; que luag, avaler, a donné gula, gueule ; hemer, vin, merum. Taraph, prendre, s'est changé en raphta, d'où raptus chez les Latins, & attraper chez les François. De geber, le maître, & de gebereth, la maîtresse, nos peres ont fait berger & bergerete. Notre adjectif blanc vient de laban & leban, qui signifient la même chose dans le phénicien ; mais leban a donné belan, & par contraction blan. De laban les Latins ont fait albon, d'où albus & albanus ; & par le changement du b en p, fort commun chez les anciens, on a dit aussi alphan, d'où l'alphos des Grecs. Avec une multitude d'expressions semblables, toutes analysées & décomposées, un dictionnaire raisonné pourroit offrir encore le dénouement d'une infinité de jeux de mots, & même d'usages anciens & modernes, fondés sur cette ancienne langue, & dont nous ne connoissons plus le sel & la valeur, quoiqu'ils se soient transmis jusqu'à nous.

Si, à l'exemple des anciens, notre cérémonial exige une triple salutation ; si ces anciens plus superstitieux que nous jettoient trois cris sur la tombe des morts, en leur disant un triple adieu ; s'ils appelloient trois fois Hécate aux déclins de la lune ; s'ils faisoient des sacrifices expiatoires sur trois autels, à la fin des grands périodes ; & s'ils avoient enfin une multitude d'autres usages de ce genre, c'est que l'expression de la paix & du salut qu'on invoquoit ou que l'on se souhaitoit dans ces circonstances, étoit presque le même mot que celui qui désignoit le nombre trois dans les langues phéniciennes & carthaginoises ; le noeud de ces usages énygmatiques se trouve dans ces deux mots schalom & schalos. Par une allusion du même genre, nous disons aussi, tout ce qui reluit n'est pas or : or signifie reluire ; & ce proverbe avoit beaucoup plus de sel chez les orientaux, qui se plaisoient infiniment dans ces sortes de jeux de mots.

Si notre jeunesse nomme sabot le volubile buxum de Virgile, on en voit la raison dans la Bible, où sabav signifie tourner. Si nos Vanniers appellent osier le bois flexible qu'ils emploient, c'est qu'oseri signifie liant, & ce qui sert à lier. Si les nourrices en disant à leurs enfans, paye chopine, les habituent à frapper dans la main ; & après les marchés faits si le peuple prononce le même mot, fait la même action & va au cabaret, c'est que chopen signifie la paume de la main, & que chez les Phéniciens on disoit frapper un traité, pour dire faire un traité. Ceci nous apprend que le nom vulgaire de la mesure de vin qui se boit parmi le peuple après un accord, ne vient que de l'action qui l'a précédée. Telles seroient les connoissances que l'étude de la langue phénicienne offriroit tantôt à la Grammaire & tantôt à l'Histoire. Ces exemples pris entre mille de l'un & de l'autre genre, engageront peut-être un jour quelques savans à la tirer de son obscurité ; elle est la premiere des langues savantes, & d'ailleurs elle n'est autre que celle de la Bible, dont il n'est point de page qui n'offre quelques phénomenes de cette espece. C'est ce qui nous a engagé à proposer un ouvrage qui contribueroit infiniment à développer le génie de la langue hébraïque & des peuples qui l'ont parlée, & qui nous feroit connoître la singuliere propriété qu'elle a de pouvoir se déguiser en cent façons, par des inversions peu communes dans nos langues européennes, mais qui proviennent dans celles de l'Asie, de l'absence des voyelles, & de la façon d'écrire de gauche à droite, qui n'a point été naturelle à tous les peuples.

V. Il nous reste à parler plus particulierement du génie de la langue hébraïque & de son caractere. C'est une langue pauvre de mots & riche de sens ; sa richesse a été la suite de sa pauvreté, parce qu'il a fallu nécessairement charger une même expression de diverses valeurs, pour suppléer à la disette des mots & des signes. Elle est à-la-fois très-simple & très-composée ; très-simple, parce qu'elle ne fait qu'un cercle étroit autour d'un petit nombre de mots ; & très-composée, parce que les figures, les métaphores, les comparaisons, les allusions y sont très-multipliées, & qu'il y a peu d'expression où l'on n'ait besoin de quelque réflexion, pour juger s'il faut la prendre au sens naturel ou au sens figuré. Cette langue est expressive & énergique dans les hymnes & les autres ouvrages où le coeur & l'imagination parlent & dominent. Mais il en est de cette énergie comme de l'expression d'un étranger qui parle une langue qui ne lui est pas encore assez familiere pour qu'elle se prête à toutes ses idées ; ce qui l'oblige, pour se faire entendre, à des efforts de génie qui mettent dans sa bouche une force qui n'est pas naturelle à ceux qui la parlent d'habitude.

Il n'y a point de langue pauvre & même sauvage, qui ne soit vive, touchante, & plus souvent sublime, qu'une langue riche qui fournit à toutes les idées & à toutes les situations. Cette derniere à la vérité a l'avantage de la netteté, de la justesse, & de la précision ; mais elle est ordinairement privée de ce nerf surnaturel & de ce feu dont les langues pauvres & dont les langues primitives ont été animées. Une langue telle que la françoise, par exemple, qui fuit les figures & les allusions, qui ne souffre rien que de naturel, qui ne trouve de beauté que dans le simple, n'est que le langage de l'homme réduit à la raison. La langue hébraïque au contraire est la vraie langue de la poésie, de la prophétie, & de la révélation ; un feu céleste l'anime & la transporte : quelle ardeur dans ses cantiques ! quelles sublimes images dans les visions d'Isaïe ! que de pathétique & de touchant dans les larmes de Jérémie ! on y trouve des beautés & des modes en tout genre. Rien de plus capable que ce langage pour élever une ame poétique, & nous ne craignons point d'assûrer que la Bible, en un grand nombre d'endroits supérieure aux Homeres & aux Virgiles, peut inspirer encore plus qu'eux ce génie rare & particulier qui convient à ceux qui se livrent à la Poésie. On y trouve moins à la vérité, de ce que nous appellons méthode, & de cette liaison d'idées où se plaît le flegme de l'occident : mais en faut-il pour sentir ? Il est fort singulier, & cependant fort vrai, que tout ce qui compose les agrémens & les ornemens du langage, & tout ce qui a formé l'éloquence, n'est dû qu'à la pauvreté des langues primitives ; l'art n'a fait que copier l'ancienne nature, & n'a jamais surpassé ce qu'elle a produit dans les tems les plus arides. De-là sont venues toutes ces figures de Rhétorique, ces fleurs, & ces brillantes allégories où l'imagination déploie toute sa fécondité. Mais il en est souvent aujourd'hui de toutes ces beautés comme des fleurs transportées d'un climat dans un autre ; nous ne les goûtons plus comme autrefois, parce qu'elles sont déplacées dans nos langues qui n'en ont pas un besoin réel, & qu'elles ne sont plus pour nous dans le vrai ; nous en sentons le jeu, & nous en voyons l'artifice que les anciens ne voyoient pas. Pour nous, c'est le langage de l'art ; pour eux, c'étoit celui de la nature.

La vivacité du génie oriental a fort contribué aussi à donner cet éclat poétique à toutes les parties de la Bible qui en ont été susceptibles, comme les hymnes & les prophéties. Dans ces ouvrages, les pensées triomphent toûjours de la stérilité de la langue, & elles ont mis à contribution le ciel, la terre & toute la nature, pour peindre les idées où ce langage se refusoit. Mais il n'en est pas de même du simple récitatif & du style des annales. Les faits, la clarté, & la précision nécessaire ont gêné l'imagination sans l'échauffer ; aussi la diction est-elle toûjours seche, aride, concise, & cependant pleine de répétitions monotones ; le seul ornement dont il paroît qu'on a cherché à l'embellir, sont des consonnances recherchées, des paronomasies, des métathèses, & des allusions dans les mots qui présentent les faits avec une appareil qui ne nous paroîtroit aujourd'hui qu'affectation, s'il falloit juger des anciens selon notre façon de penser, & de leur style par le nôtre.

Caïn va-t-il errer dans la terre de Nod, après le meurtre d'Abel, l'auteur pour exprimer fugitif, prend le dérivé de nadad, vagari, pour faire allusion au nom de la contrée où il va.

Abraham part-il pour aller à Gerare, ville d'Abimelech ; comme le nom de cette ville sonne avec les dérivés de gur & de ger, voyager & voyageur, l'Ecriture s'en sert par préférence à tout autre terme, parce que peregrinatus est in Gerarâ présente par un double aspect peregrinatus est in peregrinatione.

Nabal refuse-t-il à David la subsistance, on voit à la suite que chez Nabal étoit la folie, que l'Ecriture exprime alors par nebalah.

Ces sortes d'allusions si fréquentes dans la Bible tiennent à ce goût que l'on y remarque aussi de donner toûjours l'étymologie des noms propres : chacune de ces étymologies presente de même un jeu de mots qui sonnoit sans-doute agréablement aux oreilles des anciens peuples ; elles ne sont point toûjours régulierement tirées ; & il a paru aux Savans qu'elles étoient plus souvent des approximations & des allusions, que des étymologies vraiment grammaticales. On trouve même dans la Bible plusieurs allusions différentes à l'occasion d'un même nom propre. Nous nous bornerons à un exemple déjà connu. Le nom de Moyse, en hébreu Moschéh, que le vulgaire interprete retiré des eaux, ne signifie point à la lettre retiré, ni encore moins retiré des eaux, mais retirant ou celui qui retire. Si cependant la fille de Pharaon lui a donné ce nom en le sauvant du Nil, c'est qu'elle ne savoit pas l'hébreu correctement, ou qu'elle s'est servie d'une dialecte différente, ou qu'elle n'a cherché qu'une allusion générale au verbe maschah, retirer. Mais il est une autre allusion à laquelle le nom de Moschéh convient davantage ; c'est dans ces endroits si fréquens, où il est dit, Moise qui vous a ou qui nous a retiré d'Egypte. Ici l'allusion est vraiment grammaticale & réguliere, puisqu'elle peut présenter littéralement, le retireur qui nous a retirés d'Egypte. C'est un genre de pléonasme historique fort commun dans l'Ecriture, & duquel il faut bien distinguer les pleonasmes de Rhétorique, qui y sont encore plus communs ; sans quoi on couroit le risque de personnifier des verbes & autres expressions du discours, ainsi qu'il est arrivé dans la Mythologie des peuples qui ont abusé des langues de l'orient.

Cette fréquence d'allusions recherchées dans une langue où les consonnances étoient d'ailleurs si naturelles, à cause du fréquent retour des mêmes expressions, a de quoi nous étonner sans-doute ; mais il est vraisemblable que la stérilité des mots qui obligeoit de les ramener souvent, est ce qui a donné lieu par la suite à les rechercher avec empressement. Ce qui n'étoit d'abord que l'effet de la nécessité a été regardé comme un agrément ; & l'oreille qui s'habitue à tout y a trouvé une grace & une harmonie dont il a fallu orner une multitude d'endroits qui pouvoient s'en passer. Au reste, de tous les agrémens de la diction, c'est à celui-là particulierement que tous les anciens peuples se sont plû, parce qu'il est presque naturel aux premiers efforts de l'esprit humain ; & que l'abondance n'ayant point été un des caracteres de leur langue primitive, ils n'ont point crû devoir user du peu qu'ils avoient avec cette sobriété & cette délicatesse moderne, enfans du luxe des langues. Nous en voyons même encore tous les jours des exemples parmi le peuple, qui est à l'égard du monde poli ce que les premiers âges du monde renouvellé sont pour les nôtres. On le voit chez toutes les nations qui se forment, ou qui ne se sont pas encore livrées à l'étude. On ne trouve plus dans Cicéron ces jeux sur les noms & sur les mots si fréquens dans Plaute ; & chez nous les progrès de l'esprit & du génie ont supprimé ces concetti qui ont fait les agrémens de notre premiere littérature. Nous remarquerons seulement que nous avons conservé la rime qui n'est qu'une de ces anciennes consonnances si familieres aux premiers peuples, dont nos peres l'ont sans-doute héritée. Quoique son origine se perde pour nous dans des siecles ténébreux, nous pouvons soupçonner que cette rime ne peut être qu'un présent oriental, puisque ce nom même de rime qui n'a de racine dans aucune langue d'Europe, peut signifier dans celles de l'orient l'élévation de la voix, ou un son élevé.

Nous ne sommes point entrés dans ce détail pour faire des reproches aux écrivains hébreux qui n'ont point été les inventeurs de leur langue, & qui ont été obligés de se servir de celle qui étoit en usage de leur tems & dans leur nation. Ils n'ont fait que se conformer au génie & au caractere de la langue reçûe & à la tournure de l'esprit national dont Dieu a bien voulu emprunter le goût & le langage. Toutes les nations orientales ont eu, comme les Hébreux, ce style familier en allusion ; & ceux d'entr'eux qui ont voulu écrire en langues européennes, n'ont pas manqué de se dévoiler par là ; tels sont entr'autres ceux qui ont composé les sibylles vraies ou fausses dont nous avons quelques fragmens. Il ne faut que ce passage apocalyptique pour y reconnoître le pays de leurs auteurs :


HE'BRAISMEsubst. m. (Gram.) maniere de parler propre à la langue hébraïque. Jamais aucune langue n'eut autant de tours particuliers ; ce sont les caracteres de l'antiquité & de l'indigence. Voyez les articles HEBRAÏQUE LANGUE, & IDIOTISME.


HE'BRAIZANTparticip. pris sub. (Gram.) On dit d'un homme qui a fait une étude particuliere de la langue hébraïque, c'est un hébraïzant. Mais comme les Hébreux étoient scrupuleusement attachés à la lettre de leurs écritures, aux cérémonies qui leur étoient prescrites, & à toutes les minuties de la loi ; on dit aussi d'un observateur trop scrupuleux des préceptes de l'Evangile, d'un homme qui suit en aveugle ses maximes, sans reconnoître aucune circonstance où il soit permis à sa raison de les interpreter, c'est un hébraïzant.


HE'BREUsubst. m. (Hist. & Gram.) nom propre du peuple dur qui descendit des douze patriarches fils de Jacob, qui furent les chefs d'autant de tribus. Voyez HEBRAÏQUE LANGUE & JUIFS.


HEBRE(Géog. anc.) fleuve de Thrace, qui prend son nom des tournans qu'il a dans son cours, suivant Plutarque le géographe. Il n'y a guere de riviere dont les anciens ayent tant parlé, & dont ils ayent dit si peu de chose. Pline, liv. XXXIII. chap. iij. le nomme entre les rivieres qui rouloient des paillettes d'or : ce fleuve a toûjours eu la réputation d'être très-froid. Virgile (Egl. X. v. 85.) nous en assûre :

Nec si frigoribus mediis, Hebrumque bibamus.

Et Horace enchérissant sur son ami, n'en parle que comme s'il étoit couvert de neige & de glace :

.... Hebrusque nivali compede vinctus.

Ep. III. v. 3.

M. Delisle a exactement décrit l'origine & le cours de ce fleuve, qu'on nomme aujourd'hui la Maeriza. Nous nous contenterons de dire ici qu'il a sa source au pié du mont Dervent, traverse la Romanie, passe à Phillippoli, à Andrinople, à Trajanopoli, & se décharge dans l'Archipel, à l'entrée du golfe de Mégarisse, vis-à-vis Samandraki. (D.J.)


HEBRIDESHEBUDES, WESTERNES, voyez ce dernier.


HÉBRONou CHÉBRON, (Géog.) ancienne ville de la Palestine, dont il est beaucoup parlé dans l'ancien Testament. Elle étoit située sur une hauteur, à 22 milles de Jérusalem vers le midi, & à 20 milles de Bersabée vers le nord. Elle fut assignée aux Prêtres pour leur demeure, & déclarée ville de réfuge. David y établit le siége de son royaume après la mort de Saül. On dit qu'Hébron est aujourd'hui décoré d'une grande mosquée, où les Mahométans viennent d'Alep, de Damas, & d'autres pays. Le P. Nau, dans son voyage de la Terre-sainte, avoue (liv. IV. ch. xviij.) qu'il n'a jamais pû voir Hébron ; & les détails qu'il en donne, ne sont fondés que sur les relations d'un de ses amis. (D.J.)


HEBRUUNsubst. m. (Navig.) C'est en Bretagne l'officier ou commis qui délivre aux maîtres des navires les congés dont ils ont besoin avant que de mettre en mer. Ce mot vient de celui du congé qu'on appelle un bref ou brieux.


HECAERGUEou HECAERGE, adj. pris subst. (Gram. & Mythol.) épithete qu'Homere donne souvent à Apollon, à Diane, & aux autres divinités armées de fleches & de carquois ; mais elle convient surtout à Apollon qui étoit aussi dieu de la lumiere. Elle signifie qui frappe au loin. On a fait d 'Hécaerge une nymphe des bois, soeur d'Opis.


HE'CATEsubst. f. (Mythol.) divinité du Paganisme. Rien n'est plus incertain que sa naissance ; Musée la déclare fille du Soleil, d'autres de la Nuit, d'autres de Cérès & de Jupiter, d'autres encore de ce dieu & de Latone : mais la plûpart prétendent qu'elle étoit fille de Persée & d'Astérie, dont Jupiter avoit eu les faveurs, avant que de faire lui-même ce mariage.

Suivant l'opinion commune, Hécate est la même que Proserpine, que Diane, & que la Lune ; c'est-à-dire qu'elle avoit trois noms, celui de la Lune dans le ciel, de Diane sur la terre, & de Proserpine dans les enfers : voilà pourquoi elle est appellée la triple Hécate, ou la déesse à trois formes, dea triformis, & dans Ovide tergeminaque Hecates.

On la représentoit tantôt par trois figures adossées les unes aux autres ; tantôt par un seul corps qui porte trois têtes & quatre bras, disposés de maniere que de quelque côté qu'on se tourne, chaque tête a ses deux bras. D'une main elle porte un flambeau qui lui a valu le titre de lucifera ; des deux autres mains elle tient un foüet & un glaive, comme gardienne des enfers ; & dans la quatrieme on lui met un serpent, parce qu'elle présidoit à la santé, dont le serpent est le symbole.

On la peignoit à trois faces, suivant quelques mythologistes, à cause des trois faces que la Lune fait voir dans son cours ; & selon d'autres, parce qu'elle domine sur la naissance, sur la santé, & sur la mort : entant qu'elle regne sur la naissance, c'est Lucine, dit Servien ; entant qu'elle veille à la santé, c'est Diane ; & le nom d'Hécate lui convient entant qu'elle commande à la mort.

Hésiode parle d'Hécate comme d'une déesse terrible, pour qui Jupiter a plus d'égards que pour aucune autre divinité, parce qu'elle a, pour ainsi dire, le destin de la terre entre ses mains, qu'elle distribue les biens à ceux qui l'honorent, qu'elle préside au conseil des rois, aux accouchemens & aux songes.

Elle étoit aussi la déesse des magiciennes & des enchanteresses ; c'est pour cela qu'on la fait mere de Circé & de Médée : du-moins dans Euripide, cette derniere, avant de commencer ses opérations magiques, invoque Hécate sa mere. Elle passoit encore, comme je l'ai dit, pour la déesse des spectres & des songes : Ulysse voulant se délivrer de ceux dont il étoit tourmenté, eut soin de lui consacrer un temple en Sicile.

Enfin, selon le scholiaste de Théocrite, Hécate étoit la déesse des expiations ; & sous ce titre on lui immoloit de petits chiens, & on lui élevoit des statues dans les carrefours, où elle étoit appellée Trivia. Aussi Lycophron l'appelle , & Ovide semblablement canum mactatrix : Etienne de Bysance & Suidas parlent de l'antre où on lui faisoit ces sortes de sacrifices ; il étoit en Thrace dans la ville de Zérinthe : mais elle avoit en plusieurs autres pays un culte & des autels ; l'ancienne Géographie fournit même certains lieux qui en tiroient leurs noms.

Servius dérive celui d'Hécate du mot grec , cent, ou parce qu'on lui offroit cent victimes à-la-fois, ou plutôt parce qu'on croyoit qu'elle retenoit cent ans au-delà du Styx les ames de ceux qui avoient été privés de la sépulture. Si vous êtes curieux de plus grands détails, consultez Meursius sur Lycophron, Servius sur Virgile, Barthius sur Stace, & Vossius sur l'idolatrie. (D.J.)


HE'CATE'SIESsubst. f. pl. Hecatesia, (Antiq.) fêtes & sacrifices en l'honneur d'Hécate. On les faisoit tous les mois à Athènes, qui étoit la ville de Grece où l'on avoit le plus de vénération pour cette déesse : les Athéniens la regardoient comme la protectrice de leurs familles & de leurs enfans. En conséquence de cette idée, ils célebroient régulierement sa fête avec un grand concours de peuple, & lui dressoient devant leurs maisons des statues appellées . Alors à chaque nouvelle lune, les gens riches donnoient un repas public dans les carrefours où la divinité étoit censée présider, & ce repas se nommoit le repas d'Hécate, .

Mais ces repas publics étoient sur-tout destinés pour les pauvres ; & même dans les sacrifices à Hécate, il y avoit toûjours un certain nombre de pains & d'autres provisions, que leur distribuoient les sacrificateurs : c'étoit de-là principalement que les malheureux tiroient leur subsistance, au rapport du scholiaste d'Aristophane. On dressoit les tables, autant qu'il étoit possible, dans les carrefours & les places où trois rues venoient aboutir, parce que ces rues étoient consacrées à la déesse, surnommée par cette raison Trivia ; les sacrifices qu'on lui offroit portoient aussi le même nom.

Dans la plûpart de tous les autres sacrifices, une portion de la victime, outre ce que nos bouchers appellent issues, étoit reservée pour la nourriture des personnes incapables de travailler. Les Grecs & les Romains avoient des usages admirables dans leur police : tandis qu'ils sévissoient contre les mendians & les vagabonds, ils avoient imaginé les moyens d'aider perpétuellement les familles indigentes, sans le secours des hôpitaux qu'ils ne connoissoient pas ; & leurs sacrifices servoient tout-ensemble à la religion & au soûtien de ceux qui se trouvoient dans le besoin. (D.J.)


HECALEsurnom de Jupiter, (Mythol.) Il avoit un temple à Hécale, bourg d'Attique, & on l'honoroit dans cet endroit par des fêtes nommées hécalésies, voyez HECALESIES, & on le désignoit par Jupiter Hécale.


HECALESIESsubst. fém. pl. (Antiq. greq.) fêtes qu'on célébroit à Hécale, bourg de l'Attique dans la tribu Léontide, en l'honneur de Jupiter qui avoit un temple dans ce lieu, où il étoit adoré sous le nom de Jupiter Hécale. M. Spon nomme ce bourg Ecali, d'après la prononciation vicieuse de quelques écoles. (D.J.)


HECATOMBAEONsub. m. sing. (Chronol. anc.) nom du premier mois de l'année des Athéniens : il étoit composé de trente jours, & commençoit à la premiere nouvelle lune après le solstice d'été ; ce qui répond selon les uns au mois de Septembre, & selon d'autres, à la fin de notre mois de Juin ou au commencement de Juillet. Les Béotiens appelloient ce mois Hippodromus ; & les Macédoniens Loüs.

L'auteur du grand Etymologicon nous apprend que le premier mois des Athéniens se nommoit anciennement Chronius à-cause des sacrifices dits chronia, que l'on faisoit alors à Saturne, mais que dans la suite des tems le mois Chronicon fut appellé Hécatombaeon, parce que les choses grandes sont dénotées par le mot hécaton, & que c'est dans ce mois-là que le soleil de meure davantage sur l'horison, & fait les plus grands jours de l'année.

Cependant j'aimerois mieux l'étymologie de Suidas & d'Harpocration, qui prétendent que ce mois prit le nom d'Hécatombaeon à-cause du nombre d'hécatombes qu'on sacrifioit à Athènes pendant son cours.

Au reste comme les mois des Grecs étoient lunaires, & qu'ils ne peuvent s'accorder avec les nôtres, j'estime qu'en traduisant les anciens auteurs, il convient bien mieux de retenir les noms propres des mois des Athéniens, des Macédoniens, & des autres nations en général, que de les exprimer par les mois des Romains que nous avons adoptés. Voy. MOIS DES GRECS. (D.J.)


HECATOMBEsubst. fém. (Antiq.) c'est un sacrifice de cent boeufs, selon la signification propre du mot : mais la dépense de ce sacrifice ayant bientôt paru trop forte, on se contenta d'immoler des animaux de moindre prix ; & il paroît par plusieurs anciens auteurs qu'on appella toûjours hécatombe un sacrifice de cent bêtes de même espece, comme cent chevres, cent moutons, cent agneaux, cent truies ; & si c'étoit un sacrifice impérial, dit Capitolin, on immoloit par magnificence cent lions, cent aigles, & caetera hujusmodi animalia centena feriebantur.

Ce sacrifice de cent bêtes se faisoit en même tems sur cent autels de gazon, & par cent sacrificateurs ; cependant on n'offroit de tels sacrifices que dans des cas extraordinaires, comme quand quelque grand évenement causoit quelque joie publique ou une calamité générale. Lorsque la peste ou la famine obligeoit de recourir aux dieux, les cent villes du Péloponnèse faisoient ensemble un hécatombe, c'est-à-dire qu'elles immoloient une victime pour chaque ville ; mais Conon, général des Athéniens, ayant remporté une victoire navale sur les Spartiates, offrit lui seul une hécatombe : " c'étoit, dit Athénée, une véritable hécatombe, & non pas de celles qui en portent faussement le nom " ; ce qui prouve qu'on appelloit souvent hécatombe, des sacrifices où le nombre des cent victimes ne se trouvoit pas. L'histoire parle aussi d'empereurs romains qui ont offert quelquefois des hécatombes ; par exemple, Balbin, à la premiere nouvelle qu'il reçut de la défaite du tyran Maximin, ordonna sur le champ une hécatombe.

On tire communément l'origine du mot hécatombe, de , cent, & de , boeuf ; d'autres dérivent ce terme de , cent, & de , pié ; & selon ceux-ci, l'hecatombe de vingt-cinq bêtes à quatre piés n'étoit pas moins une hécatombe : d'autres enfin le dérivent simplement du mot , qui veut dire un sacrifice somptueux. (D.J.)


HÉCATOMBÉESsubst. f. pl. (Antiq.) fête qu'on célébroit à Athènes en l'honneur d'Apollon, dans le premier mois de leur année civile, appellée de-là hécatombéon. Les Athéniens surnommoient Apollon hécatombée : les habitans de la Carie & de l'île de Crete appelloient aussi Jupiter de la même maniere, au rapport d'Hesychius. (D.J.)


HECATOMPYLou HECATOMPYLOS, (Géogr. anc.) ancienne ville de la Parthie, capitale du royaume des Parthes sous les Arsacides, qui y faisoient leur résidence. Ptolomée, par sa table des principales villes, publiée dans la collection d'Oxford, la met à 97d de longit. & à 37d 20'de latit. Ce n'est donc pas Ispahan située à 32d 20'de latit. ce n'est pas non plus Yesd. Diodore de Sicile, liv. IV. cap. xxviij. parle d'un autre Hécatompyle, qui étoit en Lybie. Enfin, Thèbes en Egypte y a été aussi nommée Hécatompyle à cause de ses cent portes. (D.J.)


HÉCATONCHIRESsubst. m. pl. (Mythol.) qui a cent mains : c'est ainsi qu'on désigne les trois géans Briarée, Gygès & Cochis, à qui la fable avoit donné cent mains.


HÉCATONPÉDONsubst. m. (Antiq.) nom d'un temple de Minerve à Athènes, qui avoit cent piés de long ; l'étymologie de , cent, & , pié, l'indique. On appelloit aussi de ce nom une ancienne ville de l'Epire dans la Chaonie.


HECATONPHONEUMES. m. (Mytholog.) sacrifice où l'on immole cent victimes. Il s'en faisoit un pareil dans Athenes, en l'honneur de Mars.


HECATONPHONIESS. f. pl. (Antiq.) fêtes que célébroient chez les Messéniens ceux qui avoient tué cent ennemis à la guerre. Ce mot est composé de , cent, & , je tue. Ils offroient après cet exploit un sacrifice du même nom. Pausanias, l. IV. rapporte d'Aristodème ou Aristomède de Corinthe, qu'il offrit jusqu'à trois sacrifices de ce genre, mais Plutarque révoque en doute cette triple hécatonphonie. (D.J.)


HECATONSTYLONS. m. (Architect. anc.) portique à cent colonnes : c'est le nom qu'on donna en particulier au grand portique du théatre de Pompée à Rome. (D.J.)


HECHES. f. (Art méchan.) espece de barriere ou d'arrêt dont on garnit les côtés d'une charrette pour aller librement sans occuper les roues.


HECLA(Géog. & Hist. nat.) fameuse montagne & volcan d'Islande, situé dans la partie méridionale de cette île, dans le district appellé Rangerval-Syssel. Si l'on en croit M. Anderson dans sa description d'Islande, le mont Hecla a vomi des flammes pendant plusieurs siecles sans discontinuer, & présente toûjours un coup-d'oeil effrayant à ceux qui s'en approchent : mais des relations plus modernes & plus sûres ont fait disparoître les merveilles qu'on racontoit de ce volcan ; elles sont dûes à M. Horrebow, qu'un long séjour en Islande a mis à portée de juger des choses par lui-même, & d'en parler avec plus de certitude que M. Anderson, qui a été obligé de s'en rapporter à des mémoires souvent très-infideles. M. Horrebow nous apprend donc que depuis que l'Islande est habitée, c'est-à-dire depuis 800 ans, le mont Hecla n'a eu que dix éruptions, savoir en 1104, en 1157, 1222, 1300, 1341, 1362, 1389, 1558, 1636. La derniere éruption commença le 13 Février 1693, & dura jusqu'au mois d'Août suivant, les éruptions antérieures n'avoient pareillement duré que quelques mois. Sur quoi l'auteur remarque qu'y ayant eu quatre éruptions dans le xjv. siecle, il n'y en eut point-du-tout dans le XV. & que ce volcan fut 169 ans de suite sans jetter des flammes, après quoi il n'en jetta qu'une seule fois dans le xvj. siecle, & deux fois dans le xvij. il conclud de-là qu'il pourroit bien se faire que le feu soûterrein eût pris une autre issue, & que le mont Hecla ne vomît plus de flammes par la suite. M. Horrebow qui écrivoit en 1752, ajoûte qu'alors on n'en voyoit plus sortir ni flamme ni fumée ; que seulement on trouvoit quelques petites sources d'eau très-chaude dans des cavités qui sont dans son voisinage. Au-dessus des cendres qui ont été vomies autrefois par ce volcan, il vient actuellement de très-bons pâturages, & l'on a bâti des fermes & des maisons tout-auprès. M. Anderson avoit dit d'après les mémoires qu'on lui avoit fournis, que le mont Hecla étoit inaccessible & qu'il étoit impossible d'y monter ; mais M. Horrebow dit que bien des gens ont été jusqu'au sommet, & que même en 1750 il fut soigneusement examiné par deux jeunes islandois étudians de Copenhague, qui voyageoient dans la vûe d'observer les curiosités naturelles de leur pays ; ils n'y trouverent que des pierres, du sable, des cendres, plusieurs fentes qui s'étoient faites en différens endroits de la montagne, & quelques sources d'eau bouillante : après avoir long-tems marché dans les cendres jusqu'aux genoux, ils en revinrent sans accident, mais très-fatigués, & ne trouvant nulle part le moindre vestige de feu.

Le mont Hecla est fort élevé ; son sommet est toûjours couvert de neige & de glace : il y a cependant en Islande des montagnes plus hautes.

Depuis qu'il a cessé de jetter des flammes, d'autres montagnes de ce pays ont eu des éruptions aussi fortes que jamais ce volcan en ait eues : les monts d'Ocraife & de Kotlegau sont dans ce cas ; ce sont de vrais volcans.

Il y a des personnes qui ont prétendu qu'il y avoit de la correspondance entre le mont Hecla & le Vésuve & l'Ethna ; mais l'expérience réfute cette opinion, attendu que durant les dernieres éruptions de ces volcans, l'Hecla est toûjours demeuré tranquille. Voyez Horrebow, descript. de l'Islande, § 8. & Voyez VOLCAN. (-)


HECTÉEsubst. f. (Hist. anc.) mesure attique ; c'est la sixieme partie du médimne, qui contenoit 72 sextiers.


HECTIQUEsubst. & adj. (Médecine) épithete que l'on donne à une espece de fievre continue qui consume le corps & qui le réduit à une extrême maigreur. Ce mot vient du grec , & celui-ci de , habitude, qualité inhérente au sujet. Hectique se dit aussi du malade ; il se prend aussi simplement pour maigre. On dit, un homme, une femme hectique ; un poulet hectique : mais on prononce hétique, & l'h n'est point aspirée ; quelquefois même on la supprime en écrivant. On ordonne les bouillons de tortue aux hectiques.


HEDE(Géog.) ville de Bretagne.


HÉDÉMUORAHedemora. (Géog.) ville de Suede dans le Westerdal, sur le bord oriental de la Dala, aux confins de la Gestricie, de l'Uplande & de la Westmanie. Elle est à 12 lieues S. O. de Gévali, 22 N. O. d'Upsal. Long. 33. 50. latit. 6. 14. (D.J.)


HEDERACE'adj. (Anat.) On donne cette épithete au plexus pampiniforme, composé de la veine & de l'artere spermatique qui s'unissent aux testicules.


HÉDÉRIFORME(Anatomie) voyez PAMPINIFORME.


HÉDÉTAINSS. m. pl. (Géog. anc.) peuple de l'Espagne Tarragonoise. Les anciens écrivoient indifféremment Hedetani, Edetani, & Sedetani, Le P. Briet dit que les Edetani répondent à une partie de l'évêché de Sarragosse & à une partie du royaume de Valence. (D.J.)


HÉDICROON& plus communément HÉDYCROI, (Pharmacie) trochisques. Prenez marum, marjolaine, racine de cabaret, de chacun deux gros ; bois d'aloës, de schaenante, roseau aromatique, grande valériane, bois de baume de Judée, ou xylo-balsamum, vrai baume de Judée, canelle, costus arabique, de chacun trois gros ; myrrhe, feuille indienne, safran spicanard, cassia-lignea de chacun six gros ; amome en grappe, douze gros ; mastic un gros : mettez toutes ces drogues en poudre, incorporez-les avec suffisante quantité de vin d'Espagne, pour en faire des trochisques selon l'art.

Ces trochisques n'ont d'autre usage en Pharmacie, que d'être un très-inutile ingrédient de la thériaque, qui contient d'ailleurs la plûpart des drogues qui entrent dans celui-ci. (b)


HEDISARUMou SAINFOIN D'ESPAGNE, (Jardin.) est une plante qui s'éleve à trois pieds de haut, dont les feuilles ressemblent à celle de la reglisse ; ses fleurs d'un beau rouge & d'une odeur agréable, paroissent en été, elles naissent en épis sur des pédicules qui sortent des aisselles des feuilles, & elles sont soûtenues chacune par un calice dentelé : des gousses assez grosses renferment des semences, & naissent à la place des fleurs. On trouve cette plante sur les montagnes, & elle se cultive aisément dans les jardins. (K)


HÉDYPNOISS. f. (Botan.) genre de plante à fleur, composée de plusieurs demi-fleurons portés sur un embryon & soûtenus d'un calice qui devient dans la suite un fruit ressemblant à un melon. Ce fruit renferme deux sortes de semences ; les unes ont une tête en forme de brosse, & sont placées dans le milieu de la fleur ; les autres sont terminées par une sorte de nombril, elles tiennent aux bords de la fleur, & sont enveloppées dans les feuilles du calice, comme dans des capsules. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

La plus commune espece, nommée simplement hedypnoïs annua par les Botanistes, a les feuilles assez semblables à celles de la chicorée sauvage, sinueuses & rudes : sa tige soûtient en son sommet une tête presque cylindrique, courbée, garnie de demi-fleurons ; quand ils sont tombés, cette tête devient un fruit fermé à-peu-près comme un petit melon, qui en mûrissant s'ouvre & laisse paroître deux sortes de graines ; celles qui sont vers le milieu ont un chapiteau ou une brosse de poils ordinairement fort rude, mais les graines qui sont à la circonférence, se terminent en haut par un petit rebord membraneux, & sont enchâssées dans une des feuilles qui forment l'extérieur de ce fruit. Cette plante croît aux pays chauds, dans les campagnes, & passe pour apéritive ; si on la transplante, & qu'on la cultive dans nos jardins, elle perd toute son acreté. (D.J.)


HÉEL& par les françois HEILA, (Géog.) petite ville de Prusse dans la Cassubie, à l'embouchure de la Vistule dans la mer Baltique, sujette au roi de Pologne, à quinze lieues N. E. de Dantzick. Longit. 37. latit. 54. 53. (D.J.)


HÉEMERS. m. (Comm.) mesure des liquides dont on se sert en Allemagne. Le héemer est de trente-deux achtelings, l'achteling de quatre seiltens ; il faut vingt-quatre héemers pour le driclink, & trente-deux pour le féoder. Voyez achteling, seilten, driclink, & féoder. Dictionn. de Commerce. (G)


HEERDLINGS. m. (Métallurgie) c'est ainsi que l'on nomme en Allemagne, dans les fonderies où l'on traite la mine d'étain, une matiere composée d'un peu de fer, d'arsenic & d'étain, qui se dégage de la mine & de la partie métallique de l'étain, pendant la fusion. M. Homberg a cru que c'étoit de ce mélange que se formoit le zinc. M. Lehman pense que le héerdling est une combinaison de fer, d'arsenic, & d'une grande quantité de phlogistique. Voyez le traité de la formation des métaux. (-)


HEGEMONÉS. f. (Mythol.) une des deux graces des Athéniens ; l'autre étoit Auxo : c'étoit aussi un des surnoms de Diane. Diane Hégémoné ou conductrice étoit représentée portant des flambeaux ; elle étoit honorée sous cette forme & sous ce titre en Arcadie, où elle avoit un temple. Voyez HEGEMONIES, article suivant.


HEGEMONIESS. f. pl. (Antiq.) fêtes qu'on célébroit en l'honneur de Diane, dans un temple qu'elle avoit en Arcadie, où on lui donnoit le nom d'Hégémone qui signifie conductrice : elle portoit des flambeaux, dit Pausanias, comme pour montrer le chemin. (D.J.)


HEGERou HEIGER, (Géog.) petite ville d'Allemagne, dans la principauté de Nassau, sur la Dill.


HEGETMATIA(Géog. anc.) ancienne ville de la grande Germanie, selon Ptolomée : quelle est cette ville ? nous n'en savons rien. Quelques-uns cependant assûrent que c'est Lignitz en Silesie ; mais cette décision est insoûtenable, par les raisons suivantes. 1°. Les deux positions ne s'accordent point ; la longit. d'Hégetmatia, selon Ptolomée, est 39. 40. 11. latit. 50. la longit. de Lignitz est 33. 50. lat. 51. 55. De plus, du tems de Ptolomée, la grande Germanie, ou la Germanie d'au-delà le Rhin, n'avoit point de villes : il est vrai qu'il se sert du nom de ville pour désigner ces habitations, mais en effet ce n'étoient que des bourgades. (D.J.)


HÉGIRES. f. (Chronol.) fameuse époque des Arabes & des Musulmans. Le mot hégire, ou plutôt hégiratan en arabe, veut dire fuite, parce que Mahomet fut obligé de s'enfuir de Médine, pour éviter d'être pris par les magistrats de cette ville, qui vouloient l'arrêter. Prideaux, dans la vie qu'il a donnée de ce célebre fondateur d'une fausse religion, nous apprend que l'époque de l'hégire fut établie par Omar, troisieme empereur des Sarrasins, & que les Arabes commencerent à compter leurs années depuis le jour de l'évasion de Mahomet de la Mecque, qui fut la nuit du 15 au 16 Juillet de l'an de J. C. 622, sous le regne de l'empereur Héraclius : jusqu'à l'établissement de cette époque, ils ne comptoient que depuis la derniere guerre considérable où ils s'étoient trouvés engagés.

Pour bien entendre l'époque nommée hégire, & la chose le mérite, il faut remarquer 1°. que l'année des nouveaux Arabes ou Mahométans est purement des mois lunaires, qui sont alternativement de trente & de vingt-neuf jours civils : de sorte que l'année commune est de trois cent cinquante-quatre jours : 2°. qu'ils ont une période de trente ans, composée de dix-neuf années & d'onze surabondantes, c'est-à-dire qui sont de trois cent cinquante-cinq jours. Ces années surabondantes sont la 2, 5, 7, 10, 13, 16, 18, 21, 24, 26 & 29 ; les autres, sçavoir la 1, 3, 4, 6, 8, 9, &c. sont ordinaires : 3°. il faut observer que cette année lunaire des Mahométans est plus courte d'onze jours que notre année solaire & grégorienne, qui est de trois cent soixante-cinq jours ; ainsi en trente-deux ans arabes finis, il manque trente-deux fois onze jours, qui font trois cent cinquante-deux jours, & par conséquent environ un an grégorien : donc trente-trois années arabes font trente-deux années grégoriennes, ou environ ; & par une méthode qui suffit pour l'Histoire, afin de désigner à-peu-près les tems, on peut faire une trente-troisieme année intercalaire, & recommencer ainsi de trente-trois en trente-trois ans : 4°. enfin, pour éclaircir encore cette matiere & éviter les erreurs, il faut remarquer que la premiere année de l'hégire commença, comme je l'ai dit, la nuit du 15 au 16 Juillet 622 de notre ere ; la seconde au 4 Juillet 623 ; la troisieme au 23 Juin 624 ; & ainsi en rétrogadant d'onze jours, & parcourant tous les mois de l'année grégorienne.

On peut réduire en plusieurs manieres les années de l'hégire, à l'année julienne ou grégorienne, c'est-à-dire trouver à quelle année grégorienne tombe chaque année de l'hégire.

Premiere maniere. Il faut prendre le nombre donné d'années de l'hégire, & le réduire en une somme de jours, réduire ensuite ces jours en années grégoriennes de trois cent soixante-cinq jours ; c'est-à-dire voir combien 365 est dans le nombre de jours trouvé ; puis du quotient retrancher les intercalations, je veux dire autant de jours qu'il y a de fois quatre années, excepté chaque centieme, à quoi l'on n'ajoûte rien ; au contraire, à chaque centaine d'années il faut retrancher vingt-quatre jours. Enfin il faut ajoûter le nombre d'années grégoriennes trouvé, à 622, & le produit sera l'année grégorienne, à laquelle tombe l'année de l'hégire donnée.

Autre maniere. Il faut ajoûter le nombre d'années de l'hégire donné, à 622 ; puis prendre autant de fois 11 qu'il y a d'unités ou d'années de l'hégire dans le nombre donné ; c'est-à-dire multiplier ce nombre par 11, ajoûter au produit le nombre des jours intercalaires qu'il y a dû avoir dans le nombre des années de l'hégire donné, voir combien cette somme fait d'années grégoriennes, & les retrancher de la somme d'années trouvées d'abord ; le restant donnera l'année grégorienne à laquelle tombe l'année de l'hégire donnée.

Troisieme maniere. Prenez l'année de l'hégire donnée, ajoûtez y 621, puis retranchez de la somme autant de fois 1 que 33 est compris dans le nombre de l'hégire donné : la raison de cette soustraction est que l'année mahométane ne répond pas exactement à l'année chrétienne, & que sur trente-trois il s'en faut une année à peu-près, c'est-à-dire que trente-trois années mahométanes n'en font qu'environ trente-deux des nôtres. De même, pour réduire les années de J. C. à celles de l'hégire, par la même raison, après avoir retranché 621 de l'année de J. C. il faut ajoûter au restant autant de fois 33 que 33 est contenu de fois dans ce restant.

Donnons des exemples. Vous voulez savoir quelle est l'année 960 de l'hegire ; ajoûtez 621 à 960, vous aurez 1581. Or 33 est vingt-neuf fois, plus 3 années, dans 960 ; négligez les trois années de plus, & retranchez 29 de 1581, il restera 1552, qui est l'année de l'ere chrétienne qui répond à l'année de l'hégire 960.

Voulez vous savoir quelle année de l'hégire comptent aujourd'hui les Musulmans en 1758 ? retranchez 621 de 1758, il restera 1137. Or 33 est 34 fois, plus 15 années, dans 1137. Négligez les 15 années, & ajoûtez seulement 33 à 77, vous aurez 1170 pour l'année de l'hégire qui répond à notre année présente 1758.

Mais pour faciliter encore davantage la réduction des années de l'hégire, à celles de l'ere chrétienne, nous allons joindre ici une table méthodique qui pourra servir à ce dessein. Il suffit pour l'entendre, de savoir qu'après avoir ajoûté 621 à l'année de l'hégire, il faut soustraire du produit le nombre qui est marqué dans cette table.

Par exemple, pour réduire l'année 757 de l'hégire à l'année de J. C. il faut premierement ajoûter 621, ce qui fait 1378 ; puis voir dans la table si le nombre de 757 s'y trouve. Comme il ne s'y trouve pas, on prend celui qui le précede, qui est 726, l'on soustrait le nombre qui lui répond, sçavoir 22, de 1378, & il vient 1356, qui est la véritable année de l'ere chrétienne.

Cette soustraction se fait parce que les années des Mahométans n'égalant pas, comme nous l'avons dit, celles des Chrétiens, il faut retrancher 1 an sur 33, 2 sur 66, 3 sur 99, 4 sur 132, &c.

Mais ceux qui voudront des calculs d'une savante chronologie, faits dans la derniere exactitude, doivent consulter les tables dressées par le P. Riccioli, dans sa chronolog. reform. Voyez aussi, sur la matiere que nous traitons, Scaliger, de emendat. tempor. Petau, de doctrinâ tempor. cap. l. & lib. VII. cap. xij. ou son ration. tempor. part. II. lib. IV. cap. xv. (D.J.)


HEGOW(Géog.) petit pays d'Allemagne, situé entre le Danube, le Rhin, & le lac de Constance, dans la Soüabe.


HÉGUMENESS. m. (Hist. ecclés.) archimandrites, abbés supérieurs de monasteres chez les Grecs ; ils ont un chef qu'on appelle l'exarque. On trouve dans le pontifical de l'église greque, la formule d'institution des hégumenes & de l'exarque.


HEIBACH(Géog.) il y a deux villes de ce nom en Allemagne, elles sont toutes deux en Franconie, sur les bords du Meyn.


HEIDA(Géog.) petite ville d'Allemagne dans la province de Ditmarsen, au duché de Holstein.


HEIDELBERG(Géog.) ville d'Allemagne, capitale du Bas-Palatinat, avec une université fondée au quatorzieme siecle ; on ne sait ni quand, ni par qui cette ville a été bâtie : on sait seulement que ce n'étoit qu'un bourg en 1225. Le comte palatin Robert l'aggrandit en 1392. L'électeur Robert Maximilien de Baviere la prit, & en enleva la riche bibliotheque qu'il s'avisa de donner au pape. Le château des électeurs est auprès de la ville. Les François la saccagerent en 1688, malgré sa vaste tonne qui contient deux cent quatre foudres, & toutes les espérances qu'on avoit fondées sur sa prospérité. Il semble que cette ville ait été bâtie sous une malheureuse constellation, car elle fut ruinée dans un même siecle pour avoir été fidele à l'empereur, & pour lui avoir été contraire, toujours à plaindre de quelque maniere que les affaires ayent tourné.

Heidelberg est au pied d'une montagne, sur le Necker, à 5 lieues N. E. de Spire, 7 N. E. de Worms, 6 N. E. de Philisbourg, 16 S. de Francfort, 15 S. E. de Mayence, 150 N. O. de Vienne. Long. selon Harris, 27. 36. 15. lat. 49. 36.

Je connois trois savans natifs de Heidelberg, dont les noms sont illustres dans la république des Lettres, Alting, Béger & Junius.

Alting (Jacques) dont vous trouverez l'article dans Bayle, naquit en 1618, & devint professeur en Théologie à Groningue. Il mourut en 1679. Toutes ses oeuvres ont été imprimées à Amsterdam en 1687, en 5 volumes in-fol. On y voit un théologien plein d'érudition rabbinique, & toujours attaché dans ses commentaires & dans ses sentimens, au simple texte de l'Ecriture. Il eut un ennemi fort dangereux & fort injuste dans Samuel Desmarets son collegue.

Béger (Laurent) naquit en 1653. Il étoit fils d'un tanneur ; mais il devint un des plus savans hommes du dix-septieme siecle dans la connoissance des médailles & des antiquités. Ses ouvrages en ce genre, tous curieux, forment 15 ou 16 volumes, soit infol. soit in -4°. Le P. Nicéron vous en donnera la liste ; le plus considérable est sa description du cabinet de l'électeur de Brandebourg, intitulée Thes. reg. elect. Brandeburgicus selectus. Colon. March. 1696. 3 vol. in-fol. Il avoit publié dans sa jeunesse une apologie de la polygamie, pour plaire à l'électeur palatin (Charles-Louis) dont il étoit bibliothécaire.

Junius (François) s'est fait un nom très-célebre par ses ouvrages pleins d'érudition. Il passa sa vie en Angleterre, étudiant douze heures par jour, & demeura pendant trente ans avec le comte d'Arondel. Il mourut à Windsor, chez Isaac Vossius son neveu, en 1678, à 89 ans. Il avoit une telle passion pour les objets de son goût, qu'ayant appris qu'il y avoit en Frise quelques villages où l'ancienne langue des Saxons s'étoit conservée, il s'y rendit, & y resta deux ans. Il travailloit alors à un grand glossaire en cinq langues, pour découvrir l'origine des langues septentrionales dont il étoit amoureux : cet ouvrage unique en son genre, a été finalement publié à Oxford en 1745, par les soins du savant Anglois Edouard Lyc. On doit encore à Junius la paraphrase gothique des quatre évangélistes, corrigée sur les manuscrits, & enrichie des notes de Thomas Marshall. Son traité de pictura veterum, n'a pas besoin de mes éloges ; je dirai seulement que la bonne édition est de Roterdam, 1694, in-fol. Il a légué beaucoup de manuscrits à l'université d'Oxfort. Graevius n'a point dédaigné d'être son biographe. (D.J.)


HEIDENHEIM(Géog.) ville d'Allemagne en Soüabe, sur la Brentz, dans le Bruntzthal, avec un château appartenant à la maison de Wirtemberg, à 5 milles d'Ulm, N. E. Long. 21. 54. lat. 48. 37. (D.J.)


HEIDUQUEou HEIDUC, s. m. (terme de relation), nom d'un fantassin hongrois. Les Hongrois appellent leur cavalerie Hussarts, & leur infanterie heiduques. Quelques hongrois s'étant attachés à des seigneurs allemands, & leur habit ayant paru propre à parer le cortege des grands du pays, la mode est venue, sur-tout dans les cours d'Allemagne, d'avoir quelques heiduques à leur service, marchant autour d'un carrosse. Ils sont vêtus, chaussés, & armés du sabre à la hongroise, avec une sorte de bonnet qui les fait paroître encore plus grands qu'ils ne sont, & une moustache pour relever leur mine guerriere.

Quelques soldats hongrois, dans les malheurs de leur patrie étant devenus ce que nous appellons parti-bleu dans nos troupes, se sont rendus redoutables aux voyageurs en Turquie ; Ricaut les appelle heidouts, & M. Dupuy a cru que c'étoit un nom particulier de fameux voleurs dans la Hongrie & dans les pays d'alentour ; mais heiduque, heiduc, heidout, n'est qu'un même nom diversement écrit, & qui change de signification selon les occasions où l'on s'en sert. Un heiduque dans une armée d'hongrois, est un fantassin ; dans l'équipage & à la suite d'un seigneur, c'est un domestique & une espece de valet-de-pied. Dans les bois, c'est un voleur de grand chemin, qui détrousse les passans. (D.J.)


HEILAVoy. HEEL.


HEILDESHEIM(Géog.) petite ville d'Allemagne, dans le bas Palatinat, sur la riviere de Seltza.


HEILIGAU(Géog.) petite ville de Livonie sur une riviere de même nom.


HEILIGE-LANDou L'ISLE-SAINTE, INSULA SANCTA, (Géog.) isle de la mer d'Allemagne, entre l'embouchure de l'Eider & celle de l'Elbe. Elle appartient au duc de Holstein depuis 1713, & le roi de Danemarck tenta inutilement de s'en rendre maître. Long. 25. 54. lat. 50. 28. (D.J.)


HEILIGEN-CREUTZ(Géog.) petite ville d'Allemagne, dans la basse Autriche, à deux lieues de Vienne.


HEILIGEN-HAVE(Géog.) port & petite ville d'Allemagne sur la mer Baltique en basse Saxe, dans la Wagrie, vis-à-vis de l'isle de Fémeren. Long. 28. 50. lat. 54. 30. (D.J.)


HEILIGENBEIL(Géog.) ville de la Prusse brandebourgeoise, dans la province de Natangen.


HEILIGENPEIL(Géog.) petite ville de Prusse, dans la province de Natangen, entre Braunsberg & Brandebourg. Long. 38. 22. latit. 54. 47. (D.J.)


HEILIGENSTADT(Géog.) ville d'Allemagne, capitale du territoire d'Eichsfeldt, appartenant à l'électeur de Mayence. Elle est au confluent de la riviere de Gesled & de la Leine, à 12 lieues N. O. d'Eisenach. Long. 27. 42. lat. 51. 30. (D.J.)


HEILSPERG(Géogr.) Heilsperga, ville ruinée de la Prusse Polonoise sur l'Alle, avec un château où l'évêque de Warmie fait sa résidence. Long. 39. 11. lat. 54. 6. (D.J.)


HEIMDALLS. m. (Mythologie) nom d'un dieu des anciens Celtes Scandinaves, ou des Goths. Suivant la mythologie de ces peuples, il est fils de neuf vierges qui sont soeurs ; on l'appelloit aussi le dieu aux dents d'or ; il demeuroit au bout de l'arc-en-ciel, dans le château nommé le fort céleste ; il étoit le gardien des dieux, & devoit les défendre contre les efforts des géans leurs ennemis. Ces peuples barbares disoient qu'il dort moins qu'un oiseau, & voit la nuit comme le jour à cent lieues autour de lui : il entend l'herbe croître sur la terre, & la laine sur les brebis. Il a une trompette qui se fait entendre par tous les mondes. Il paroît que sous cette fable, les Celtes ont voulu peindre la Vigilance. Voy. l'Edda des islandois, ou la Mythologie celtique, traduite par M. Mallet.


HEIMSEN(Géogr.) petite ville de Soüabe, au duché de Wirtemberg.


HEINRICHS-STADT(Géog.) petite ville d'Allemagne dans le duché de Brunswick, près de Wolfembutel.


HEINSBERG(Géog.) petite ville d'Allemagne, dans le pays de Juliers, dépendant de l'électorat de Cologne.

Il y a une autre ville de même nom, en Suisse, chez les Grisons, près du Rhin, entre Razun & Furstenau.


HEKIM EFFENDIS. m. (Hist. mod.) nom que les Turcs donnent au premier médecin du grand-seigneur & de son serrail. Lorsqu'une sultane tombe malade, ce médecin ne peut lui parler qu'au-travers d'un voile dont le lit est entouré ; s'il est besoin de lui tâter le pouls c'est au-travers d'un linge fin qu'on jette sur le bras de la sultane. Voy. Cantemir, hist. Othomane.


HELAS. f. (Hist. anc. & Mythologie) C'est ainsi que les anciens Celtes, qui habitoient la Scandinavie, appelloient la déesse de la mort. Suivant leur mythologie, elle étoit fille de Loke ou du démon ; elle habitoit un séjour appellé niflheim ou l'enfer.

Son palais étoit l'angoisse ; sa table, la famine ; ses serviteurs, l'attente & la lenteur ; le seuil de sa porte, le danger ; son lit la maigreur & la maladie : elle étoit livide, & ses regards inspiroient l'effroi.

Il paroît que c'est du mot hela que les Allemands ont emprunté le mot hell, dont ils se servent pour désigner l'enfer. Voyez l'introduction à l'histoire de Danemarck, par M. Mallet.


HELASinterjection de plainte, de repentir, de douleur. Hélas, que les peuples sont à plaindre, lorsqu'ils sont mal gouvernés ! Hélas, que les soldats sont à plaindre, quand ils sont commandés par un mauvais général ! Voyez l'article INTERJECTION.


HELAVERDE(Géog.) ville d'Asie dans la Perse, selon les géographes du pays cités par Tavernier. Sa long. est à 91. 30. lat. 35. 15. (D.J.)


HELCESAITEVoyez ELCESAÏTE.


HELDER(Géogr.) petite île dépendante de la Hollande septentrionale, dans le Zuydersée, entre celle de Wieringen & la pointe occidentale de la Frise.


HELENES. f. (Hist. anc.) La vie de la fille de Tyndare, roi de Lacédémone, dont l'enlevement par Pâris a causé la guerre & la ruine de Troie, est connue de tout le monde. Tous les historiens & les poëtes en ont parlé : les charmes & la beauté de cette infidele ont passé en proverbe ; Homere lui-même raconte " que les vieillards, conseillers de Priam, n'eurent pas plutôt apperçu cette belle créature, qu'ils se dirent les uns aux autres : Faut-il s'étonner que les Grecs & les Troiens souffrent tant de maux pour une beauté si parfaite ? elle ressemble véritablement aux déesses immortelles ". Euripide assure que Ménélas, au sortir de Troie, s'avança pour la tuer ; mais que l'épée lui tomba des mains, lorsqu'il vit venir cette femme enchanteresse, de sorte qu'il reçut ses embrassemens.

Le même poëte, dans cette tragédie, nous représente Hélene vertueuse ; les Lacédémoniens intéressés à accréditer cette opinion, lui consacrerent un temple où elle étoit honorée comme une déesse, dit Pausanias : Hérodote ajoute, qu'on l'invoquoit dans ce temple pour rendre beaux les enfans difformes.

L'auteur d'Athènes ancienne & moderne, a raison de remarquer que mille gens qui parlent de la belle Hélene, ne savent pas comment elle mourut ; ce fut dans l'île de Rhodes, & voici de quelle maniere. Polixo, dont le mari avoit péri au siége de Troie, regardant Hélene comme la cause de son veuvage, envoya des femmes, pendant qu'elle étoit au bain pour l'étrangler, & la pendre à un arbre. L'ordre ne fut que trop bien executé ; mais les Rhodiens, touchés de cette injustice, lui bâtirent un temple, qu'ils appellerent le temple d'Hélene Dendritis, & c'est à Pausanias que nous devons encore cette particularité.

Isocrate a fait le panégyrique d'Hélene, dans lequel il assure qu'elle acquit non seulement l'immortalité, mais une puissance divine, dont elle se servit pour mettre ses freres, Castor & Pollux, au nombre des dieux.

C'étoit d'après Isocrate, & non d'après Euripide, que Théodoret devoit attaquer les payens pour avoir érigé des temples à Hélene. Mais ils auroient pu lui répondre, qu'ils n'imputoient pas à cette femme les aventures qui avoient traversé sa vie, qu'ils les imputoient au destin & à la fortune ; qu'ils savoient d'ailleurs, par le témoignage d'Hérodote, un de leurs principaux historiens, qu'Hélene avoit été retenue à Memphis chez le roi Protée ; enfin que les Troiens n'avoient pu rendre aux Grecs cette princesse, ni leur persuader qu'ils ne l'avoient pas, la providence conduisant ainsi ces événemens, afin que Troie fût saccagée, & qu'elle apprît à tous les hommes que les péchés d'une ville entiere attirent des dieux de grandes & de terribles punitions. (D.J.)

HELENE, (Géog. anc.) île de Grece dans le golfe Laconique, à l'embouchure de l'Eurotas, devant la ville de Gythium, selon Pausanias, l. III. ch. xxij. qui l'appelle Cranaé : la Guilletiere nous apprend qu'on la nomme aujourd'hui Spatara, & qu'elle est à trois lieues de Colochina, & à demi-lieue de Pagana. Il ajoute : " Comme nous y étions arrivés, un de nos voyageurs se ressouvint que ce fut dans cette île de Cranaé, ou de Spatara, que la belle Hélene accorda ses faveurs à Pâris ; & il nous dit que sur le rivage de la terre-ferme qui est à l'opposite, cet heureux amant avoit fait bâtir, après cette conquête, un temple à Vénus, pour lui marquer les transports de sa joie & de sa reconnoissance. Il donna le nom de Migonotis à cette Vénus, & nomma ce territoire Migonium, d'un mot qui signifioit l'amoureux mystere qui s'y étoit passé : Ménélas, le malheureux époux de cette princesse, dix-huit ans après qu'on la lui eut enlevée, vint visiter ce temple, dont le terrein avoit été le témoin de son malheur & de l'infidélité de sa femme. Il ne le ruina point, il fit mettre seulement aux deux côtés de Vénus les images de deux autres divinités, celle de Thétis & celle de la déesse Praxidice, comme qui diroit la déesse des châtimens, pour montrer qu'il ne laisseroit pas l'affront impuni ". Tout ce détail de M. la Guilletiere est d'autant meilleur qu'il est tiré de Pausanias.

Il y a eu plusieurs autres lieux nommés Hélene. 1°. Une île de la mer Egée ; 2°. une île de la Grece entre les Sporades ; 3°. une ville de Bithynie ; 4°. une ville de la Palestine ; 5°. une fontaine de l'île de Chio ; 6°. une riviere dont parle Sidonius Apollinaris, & qui est la Canche. (D.J.)

HELENE (SAINTE), Géog. île de la mer Atlantique, qui a six lieues de circuit ; elle est haute, montueuse, & entourée de rochers escarpés. Les montagnes qui se découvrent à 25 lieues en mer, sont couvertes la plûpart de verdure & de grands arbres, comme l'ébénier, tandis que les vallées sont fertiles en toutes sortes de fruits, & d'excellens légumes ; les arbres fruitiers y ont en même tems des fleurs, des fruits verds & des fruits mûrs ; les fôrets sont remplies d'orangers, de limoniers, de citronniers, &c. Il y a du gibier & des oiseaux en grande quantité, de la volaille, & du bétail qui est sauvage. La mer y est fort poissonneuse ; la seule incommodité qu'on éprouve, vient de la part des mouches & des araignées qui y sont monstrueusement grosses.

Cette île fut découverte par Jean de Nova, Portugais, en 1502, le jour de sainte Hélene. Les Portugais l'ayant abandonnée, les Hollandois s'en emparerent, & la quitterent pour le cap de Bonne-Espérance. La compagnie des Indes d'Angleterre s'en saisit ; & depuis, les Anglois l'ont possédée, & l'ont mise en état de se bien défendre. Long. selon Halley, 11. 32. 30. lat. mérid. 16.

Il y a une autre île de ce nom dans l'Amérique septentrionale au Canada, dans le fleuve de S. Laurent, vis-à-vis de Mont-Réal. (D.J.)


HELENIUMS. m. (Hist. anc. Botan.) chez les botanistes modernes, la plante qu'ils appellent en Latin helenium ou enula campana, est notre aunée en François. Voyez AUNEE.

Mais il est bien étrange que Théophraste & Dioscoride, tous deux Grecs, ayent nommé helenium des plantes entiérement différentes. Théophraste met son helenium au rang des herbes dont on faisoit des couronnes ou des bouquets, & cet auteur remarque qu'elle approchoit du serpolet. Dioscoride, au contraire, donne à son helenium une racine d'odeur aromatique, & des feuilles semblables à celles de notre bouillon-blanc ; de sorte que par-là sa description convient du moins à notre aunée pour la racine, & pour les feuilles, qui sont molles, velues en dessous, larges dans le milieu, & pointues à l'extrémité. Je crois volontiers que l'inula d'Horace peut être l'aunée des modernes ; mais, dira-t-on, la racine de l'aunée des modernes est amere, & Horace appelle la sienne aigre : il dit,

---- Quum crapulâ plenus

Atque acidas mavult inulas.

La raison de cette différence viendroit de ce que ce poëte parle de l'aunée préparée, ou confite avec du vinaigre & d'autres ingrédiens, de la maniere apparemment que Columelle l'enseigne, lib. XII. cap. xlvj. Il faudroit donc alors traduire le passage d'Horace : " Puni de sa gloutonnerie par le mal qu'elle lui cause, il cherche à se ragouter par de l'aunée préparée ".

Pour ce qui regarde Pline, il a rejetté dans sa description de l'helenium celle de Dioscoride, a emprunté la sienne de Théophraste, & autres auteurs grecs, & en même tems il a adopté les vertus & les qualités que Dioscoride donne à la plante qu'il décrit sous le nom d'helenium ; ainsi faisant erreurs sur erreurs, il a encore donné lieu à plusieurs autres de les renouveller après lui. Il importe de se ressouvenir dans l'occasion de cette remarque critique, car elle peut être utile plus d'une fois. (D.J.)


HELENOPOLIS(Géog. anc.) ville épiscopale d'Asie dans la Bithynie, autrement nommée Drepanum, Drépane ; elle étoit située sur le golfe de Nicomédie, entre Nicomédie & Nicée. C'étoit le lieu de la naissance & de la mort de l'impératrice Hélene, & ce lieu n'est plus rien aujourd'hui. (D.J.)


HELEPOLES. m. (Art milit. & Hist.) machine militaire des anciens propre à battre les murailles d'une place assiégée.

Ce mot vient du grec , qui est composé des mots , prendre, & , ville.

L'hélépole étoit une tour de bois composée de plusieurs étages, qui avoit quelquefois des ponts qu'on abattoit sur les murailles des villes & sur les breches, pour y faire passer les soldats dont cette machine étoit remplie.

Parmi les auteurs qui ont écrit de l'hélépole, il y en a plusieurs qui prétendent qu'il y avoit un bélier au premier étage.

Diodore de Sicile & Plutarque ont donné la description du fameux hélépole de Démetrius Poliorcete au siége de Rhodes. Voici celle de Diodore.

" Démetrius ayant préparé quantité de matériaux de toute espece, fit faire une machine qu'on appelle hélépole, qui surpassoit en grandeur toutes celles qui avoient paru avant lui. La base en étoit quarrée. Chaque face avoit 50 coudées. Sa construction étoit un assemblage de poutres équarries, liées avec du fer ; les poutres distantes les unes des autres, d'environ une coudée, traversoient cette base par le milieu pour donner de l'aisance à ceux qui devoient pousser la machine. Toute cette masse étoit mise en mouvement par le moyen de huit roues proportionnées au poids de la machine, dont les jantes étoient de deux coudées d'épaisseur, & armées de fortes bandes de fer.

.... Aux encoignures il y avoit des poteaux d'égale longueur, & hauts à peu-près de cent coudées, tellement panchés les uns vers les autres, que la machine étant à neuf étages le premier avoit quarante-trois lits, & le dernier n'en avoit que neuf ". (On croit que par ces lits il faut entendre les solives qui soutenoient le plancher de chaque étage, c'est le sentiment de M. de Folard.) " Trois côtés de la machine étoient couverts de lames de fer, afin que les feux lancés de la ville ne pussent l'endommager. Chaque étage avoit des fenêtres sur le devant d'une grandeur & d'une figure proportionnée à la grosseur des traits de la machine. Au-dessus de chaque fenêtre étoit élevé un auvent, ou maniere de rideau fait de cuir, rembourré de laine, lequel s'abaissoit par une machine, & contre lequel les coups lancés par ceux de la place perdoient toute leur force. Chacun des étages avoient deux larges échelles, l'une desquelles servoit à porter aux soldats les munitions nécessaires, & l'autre pour le retour. Pour éviter l'embarras & la confusion, trois mille quatre cent hommes poussoient cette machine, les uns par dedans, les autres par dehors. C'étoit l'élite de toute l'armée pour la force & pour la vigueur ; mais l'art avec lequel cette machine avoit été faite facilitoit beaucoup le mouvement ".

Vegece donne aussi une sorte de description de ces especes de tours, qu'on va joindre à celle de Demetrius. Ceux qui voudront entrer dans un plus grand détail de ces tours & des autres machines de guerre des anciens, pourront consulter le traité de l'attaque & de la défense des places des anciens, par le chevalier Folard.

" Les tours, dit Vegece, sont de grands bâtimens assemblés avec des poutres & des madriers, & revêtus avec soin de peaux crues ou de couvertures de laine, pour garantir un si grand ouvrage des feux des ennemis ; leur largeur se proportionne sur la hauteur : quelquefois elles ont trente piés en quarré, quelquefois quarante ou cinquante, mais leur hauteur excede les murs & les tours de pierre les plus élevés. Elles sont montées avec art sur plusieurs roues, dont le jeu fait mouvoir ces prodigieuses masses. La place est dans un danger évident, quand la tour est une fois jointe aux murailles : ses étages se communiquent en-dedans par des échelles, & elle renferme différentes machines pour prendre la ville. Dans le bas étage est un bélier pour battre en breche. Le milieu contient un pont fait de deux membrures, & garni d'un parapet de clayonnage. Ce pont poussé en-dehors, se place tout d'un coup entre la tour & le haut du mur, & fait un passage aux soldats pour se jetter dans la place. Le haut de la tour est encore bordé de combattans armés de longs épieux, de fleches, de traits & de pierres pour nettoyer les remparts. Dès qu'on en est venu-là, la place est bien-tôt prise. Quelle ressource reste-t-il à des gens qui se confioient sur la hauteur de leurs murailles, lorsqu'ils en voyent tout-à-coup une plus haute sur leur tête ". Vegece, traduction de Segrais. Voyez (Pl. XII. de fortification) une tour avec son pont & son belier. (Q)


HELERHELER un Vaisseau, (Marine.) c’est lui crier ou parler pour savoir quel il est, où il va, d’où il vient, &c. (Z)


HELEUTERIENSS. m. pl. (Géog. anc.) anciens peuples de la Gaule, dont parle César, de bell. Gall. lib. VII. cap. Lxxv. Leur assiette ne peut mieux s'accommoder que de l'Albigeois ; tout le reste de cette frontiere étoit occupé par les peuples Cadurci, le Quercy ; Ruteni, le Rouergue ; Gabali, le Gévaudan, & Velauni, le Vélay. (D.J.)


HÉLIADESS. f. pl. (Mythol.) filles du Soleil & de Clymene, selon les poëtes. Elles furent, ajoutent-ils, si sensiblement affligées de la mort de leur frere Phaéton, que les dieux touchés de pitié, les métamorphoserent en peupliers, sur les bords de l'Eridan. Ovide nomme deux Héliades, Phaétuse & Lampétie. Cette fable a été peut-être imaginée sur ce que l'on trouve le long du Pô beaucoup de peupliers, d'où découle une espece de gomme qui ressemble à l'ambre jaune. (D.J.)


HÉLIANTHEMES. f. helianthemum (Bot.) genre de plante à fleur composée de quatre pétales disposés en rose ; le calice a plusieurs feuilles, il en sort un pistile qui devient dans la suite un fruit presque sphérique : ce fruit s'ouvre en trois pieces, & il renferme des semences arrondies & attachées à un placenta ou à de petits filamens. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

Il y en a plusieurs especes, & Miller en compte une quinzaine qui sont cultivées dans les jardins d'Angleterre seulement ; mais il nous suffira de décrire ici la principale, helianthemum flore luteo ; de Tournefort.

Sa racine est blanche, ligneuse ; ses tiges sont nombreuses, grêles, cylindriques, couchées sur terre & velues ; ses feuilles sont oblongues, étroites, un peu plus larges que les feuilles d'hyssope, terminées en pointe mousse, opposées deux à deux, vertes en-dessus, blanches en-dessous, portées sur des courtes queues.

Ses fleurs sont au sommet des tiges, disposées comme en longs épics, attachées à des pédicules d'un demi-pouce de longueur, jaunes, en rose, à cinq pétales, qui renferment plusieurs étamines jaunes, & qui sortent d'un calice partagé en trois quartiers, rayé de lignes rouges.

Le pistil se change en un fruit triangulaire, assez gros, qui s'ouvre en trois, & qui contient quelques graines triangulaires & rousses. Le pédicule de chaque fleur porte à sa base une petite feuille longuette & étroite.

Cette plante vient par-tout ; elle passe pour vulnéraire & astringente. On la cultive dans les jardins. Ses racines & ses feuilles sont d'usage ; ses feuilles sont remplies d'un suc gluant, qui rougit légerement le papier bleu.

Il ne faut pas confondre l'héliantheme ordinaire dont nous parlons, avec l'héliantheme à tubercules, helianthemum tuberosum, esculentum, qui est un genre de plante tout différent : ce dernier produit les pommes de terre, que nous appellons topinambour. Voyez TOPINAMBOUR. (D.J.)


HÉLIAQUEadj. terme d'Astronomie. Le lever d'un astre ou d'une planete s'appelle héliaque, lorsque cet astre ou cette planete sort des rayons ou de la lumiere du soleil qui l'offusquoit auparavant par sa trop grande proximité de cet astre.

Le coucher héliaque se dit du coucher d'un astre qui entre dans les rayons du soleil, & qui devient invisible par la supériorité de la lumiere de cet astre.

Un astre se leve héliaquement, lorsqu'après avoir été en conjonction avec le soleil & avoir disparu, il commence à s'en éloigner assez pour redevenir visible le matin avant le lever du soleil. On dit qu'un astre se couche héliaquement, lorsqu'il approche du soleil au point de devenir invisible ; de sorte qu'à proprement parler, le lever & le coucher héliaques ne sont qu'une apparition & une disparition passageres, causées par le moins ou le plus de proximité d'un astre au soleil.

Le lever héliaque de la lune arrive quand elle s'éloigne d'environ 17 degrés du soleil, c'est-à-dire, le lendemain de la conjonction pour les autres planetes : il faut une distance d'environ 20 deg. & pour les étoiles il faut un éloignement plus ou moins considérable, suivant leur grandeur ou leur petitesse. Voyez LUNE, PLANETE, OILEOILE. Voyez aussi ACHRONIQUE, COSMIQUE. Harris & Chambers. (O)


HÉLIAQUESsubst. m. pl. (Antiq.) fête & sacrifices qu'on faisoit dans l'antiquité, en l'honneur du soleil, que les Grecs nommoient . Son culte passa des Perses en Cappadoce, en Grece, & à Rome, où il devint très-célebre. Nous aurons beaucoup de choses à en dire, que nous renvoyons aux articles MITHRAS & MITHRIAQUES. (D.J.)


HÉLIASTEsub. m. (Antiq.) membre du plus nombreux tribunal de la ville d'Athènes.

Le tribunal des Héliastes n'étoit pas seulement le plus nombreux d'Athènes, il étoit encore le plus important, puisqu'il s'agissoit principalement dans ses décisions, ou d'interpréter les loix obscures, ou de maintenir celles auxquelles on pouvoit avoir donné quelque atteinte.

Les héliastes étoient ainsi nommés, selon quelques-uns, du mot , j'assemble en grand nombre, & selon d'autres, de , le soleil, parce qu'ils tenoient leur tribunal dans un lieu découvert, qu'on nommoit .

Les thesmothetes convoquoient l'assemblée des héliastes, qui étoit de mille, & quelquefois de quinze cent juges. Voyez THESMOTHETES. Selon Harpocration, le premier de ces deux nombres se tiroit de deux autres tribunaux, & celui de quinze cent se tiroit de trois, selon M. Blanchard, un des membres de l'Academie des Inscriptions, des recherches duquel je vais profiter.

Les thesmothetes, pour remplir le nombre de quinze cent, appelloient à ce tribunal ceux de chaque tribu qui étoient sortis les derniers des fonctions qu'ils avoient exercées dans un autre tribunal. Il paroît que les assemblées des héliastes n'étoient pas fréquentes, puisqu'elles auroient interrompu le cours des affaires ordinaires, & l'exercice des tribunaux reglés.

Les thesmothetes faisoient payer à chacun de ceux qui assistoient à ce tribunal, trois oboles pour leur droit de présence ; ce qui revient à deux sesterces romaines, ou une demi-drachme ; c'est de-là qu'Aristophane les appelle en plaisantant, les confreres du Triobole. Le fond de cette dépense se tiroit du trésor public, & cette solde s'appelloit . Mais aussi on condamnoit à l'amende les membres qui arrivoient trop tard ; & s'ils se présentoient après que les orateurs avoient commencé à parler, ils n'étoient point admis.

L'assemblée se formoit après le lever du soleil, & finissoit à son coucher. Quand le froid empêchoit de la tenir en plein air, les juges avoient du feu ; le roi indiquoit l'assemblée ; & y assistoit ; les thesmothetes lisoient les noms de ceux qui devoient la composer, & chacun entroit, & prenoit sa place, à mesure qu'il étoit appellé. Ensuite si les éxégetes, dont la fonction étoit d'observer les prodiges & d'avoir soin des choses sacrées, ne s'opposoient point, on ouvroit l'audience. Ces officiers nommés éxégetes, ont été souvent corrompus par ceux qui étoient intéressés à ce qui devoit se traiter dans l'assemblée.

Le plus précieux monument qui nous reste sur le tribunal des héliastes, est le serment que prétoient ces juges entre les mains des thesmothetes. Démosthene nous l'a conservé tout entier dans son oraison contre Timocrate : en voici la forme, & quelques articles principaux.

" Je déclare que je n'ai pas moins de trente ans.

Je jugerai selon les loix & les décisions du peuple d'Athènes & du sénat des cinq cent.

Je ne donnerai point mon suffrage pour l'établissement d'un tyran, ou pour l'oligarchie.

Je ne consentirai point à ce qui pourra être dit ou opiné, qui puisse donner atteinte à la liberté du peuple d'Athènes.

Je ne rappellerai point les exilés, ni ceux qui ont été condamnés à mort.

Je ne forcerai point à se retirer ceux à qui les loix & les suffrages du peuple & du tribunal, ont permis de rester.

Je ne me présenterai point, & je ne souffrirai point qu'aucun autre, en lui donnant mon suffrage, entre dans aucune fonction de magistrature, s'il n'a au préalable rendu ses comptes de la fonction qu'il a exercée.

Je ne recevrai point de présent dans la vûe de l'exercice de ma fonction d'héliaste, ni directement, ni indirectement, ni par surprise, ni par aucune autre voie.

Je porterai une égale attention à l'accusateur & à l'accusé ; & je donnerai mon suffrage sur ce qui aura été mis en contestation.

J'en jure par Jupiter, par Neptune, & par Cérès ; & si je viole quelqu'un de mes engagemens, je les prie d'en faire tomber la punition sur moi & sur ma famille ; je les conjure aussi de m'accorder toutes sortes de prospérités, si je suis fidele à mes promesses. "

Il faut lire dans Démosthene la suite de ce serment, pour connoître avec quelle éloquence il en applique les principes à sa cause. Mais j'aurois bien voulu que cet orateur ou Pausanias, nous eussent expliqué pourquoi dans ce serment, on n'invoque point Apollon, comme on le pratiquoit dans ceux de tous les autres tribunaux.

La maniere dont les juges y donnoient leurs suffrages nous est connue : il y avoit une sorte de vaisseau sur lequel étoit un tissu d'osier, & par-dessus deux urnes, l'une de cuivre, & l'autre de bois ; au couvercle de ces urnes, étoit une fente garnie d'un quarré long, qui large par le haut, se rétrécissoit par le bas, comme nous voyons à quelques troncs anciens dans nos églises.

L'urne de bois nommée , étoit celle où les juges jettoient le suffrage de la condamnation de l'accusé ; celle de cuivre nommé , recevoit les suffrages portés pour l'absolution.

C'est devant le tribunal des héliastes, que fut traduite la célebre & généreuse Phrynée, dont les richesses étoient si grandes, qu'elle offrit de relever les murailles de Thebes abattues par Alexandre, si on vouloit lui faire l'honneur d'employer son nom dans une inscription qui en rappellât la mémoire. Ses discours, ses manieres, les caresses qu'elle fit aux juges, & les larmes qu'elle répandit, la sauverent de la peine que l'on croyoit que méritoit la corruption qu'elle entretenoit, en séduisant les personnes de tout âge.

Ce fut encore dans une assemblée des héliastes, que Pisistrate vint se présenter couvert de blessures qu'il s'étoit faites, aussi-bien qu'aux mulets qui traînoient son char. Il employa cette ruse pour attendrir les juges contre ses prétendus ennemis, qui jaloux, disoit-il, de la bienveillance que lui portoit le peuple, parce qu'il soutenoit ses intérêts, étoient venus l'attaquer, pendant qu'il s'amusoit à la chasse. Il réussit dans son dessein, & obtint des héliastes une garde, dont il se servit pour s'emparer de la souveraineté. Le pouvoir de ce tribunal paroît d'autant mieux dans cette concession, que Solon qui étoit présent, fit de vains efforts pour l'empêcher. (D.J.)


HÉLICES. f. en Astronomie. C'est une constellation appellée plus ordinairement la grande ourse. Voyez OURSE. (O)

HELICE, est la même chose que spirale ; mais ce dernier mot est plus usité. Voyez SPIRALE. (O)

HELICE, (Géog. anc.) nom commun à plusieurs lieux. 1°. Hélice étoit une ancienne ville de Thrace sur la route de Sardique à Philippopoli. 2°. Une ville du Péloponnèse dans l'Achaïe proprement dite. 3°. Une ville de Grece dans la Thessalie. 4°. Ce mot désigne dans Festus Avienus, Orat. Marit. v. 588, un étang de la Gaule, aux environs de la riviere de l'Ande, Attagus. Cet étang est l'étang de Thau. (D.J.)

HELICES ou VRILLES, sub. fém. pl. (Architect.) On nomme ainsi les petites volutes ou caulicoles qui sont sous la fleur du chapiteau corinthien ; & hélices entrelacées, celles qui sont tortillées ensemble, comme au chapiteau des trois colonnes de Campo-Vaccino à Rome. (P)


HELICHRYSUMsub. mas. (Hist. nat. Botan.) genre de plante, dont voici les caracteres. Le disque de la fleur contient plusieurs fleurons hermaphrodites. De leur centre s'éleve l'ovaire, supporté par un placenta nud : le tout est renfermé dans un calice écailleux, luisant, doré, argentin, ou d'autre couleur, non moins agréable.

Miller compte 18 especes d'hélichrysum, entre lesquelles celle que nous nommons IMMORTELLE, passe pour avoir des vertus en médecine. Voyez IMMORTELLE.

Plusieurs especes d'hélichrysum se trouvent dans les jardins de plaisance. Celle que les Botanistes appellent hélichrysum, flore suavi rubente, y fait un grand ornement au milieu de l'hiver, par le rouge agréable des fleurs. L'hélichrysum oriental est une espece précieuse, parce qu'elle produit de gros bouquets de fleurs d'un jaune éclatant ; on en orne les chapelles en Portugal & en Espagne. L'hélichrysum d'Afrique, hélichrysum arboreum, africanum, salviae folio, odorato, quoique natif d'un pays chaud, réussit très-bien dans nos climats tempérés, & s'éleve jusqu'à douze & quinze pieds de hauteur. Tous les autres hélichrysum d'Afrique forment de jolis arbrisseaux qu'on cultive beaucoup en Angleterre. Miller en enseigne la méthode.

Le nom hélichrysum signifie or de soleil, parce que le calice de cette plante est d'ordinaire d'un jaune d'or éclatant. (D.J.)


HELICITESsub. masc. pl. (Théolog.) hérétiques du vj. siecle : ils menoient une vie solitaire, & enseignoient que le service divin consistoit en de saints cantiques, & de saintes danses avec les religieuses, à l'exemple de Moyse & de Marie, sur la perte de Pharaon. Exod. 15. Alexand. Ross, Traité des religions. (G)


HELICOIDEadj. terme de Géometrie. Parabole hélicoïde, ou spirale parabolique, est une ligne courbe, qui n'est autre chose que la parabole commune appollonienne, dont l'axe est plié & roulé sur la circonférence d'un cercle. Voyez PARABOLE. La parabole hélicoïde est donc la ligne courbe qui passe par les extrémités des ordonnées à la parabole, lesquelles deviennent convergentes vers le centre du cercle en question.

Supposez, par exemple, que l'axe de la parabole commune soit roulé sur la circonférence du cercle B D M. (Planc. coniq. fig. 11.) pour lors la ligne courbe B F G N A, qui passe par les extrémités des ordonnées C F, & D G devenues convergentes vers le centre du cercle A, constitue ce qu'on appelle la parabole hélicoïde ou spirale.

Si l'arc B C pris pour abscisse est appellé x, & que la partie C F du rayon, prise pour ordonnée, soit appellée y, & qu'on fasse le paramede de la parabole = l, la nature de cette courbe se trouvera exprimée par cette équation l x = y y. Voyez COURBE & EQUATION. Chambers. (O)


HELICONS. f. (Géog.) montagne de Béotie, voisine du Parnasse & du Cythéron ; elle étoit consacrée à Apollon & aux Muses. La fontaine Hypocrène en arrosoit le pied ; & l'on y voyoit le tombeau d'Orphée. Elle s'appelle aujourd'hui Zagura, ou Zagaya. Elle est située dans la Livadie ; & les Poëtes qui l'invoquent & qu'elle inspire, en sont bien éloignés.


HELICONIADEou HELICONIDES, sub. f. pl. (Mytholog.) surnom que les Poëtes donnent aux Muses. Il est emprunté du mont Hélicon qu'ils regardent comme une de leurs demeures. Voyez HELICON.


HELICOSOPHIEsub. f. (Mathém.) Quelques géometres ont appellé ainsi l'art de tracer des hélices ou des spirales. Voyez dans l'histoire de l'Académie des Sciences de 1741, la description de différens compas propres à cet objet. (O)


HELINGUEsub. fém. (Corderie) bout de corde attachée d'une de ses extrémités à celle des manivelles du chanvre par le moyen d'une clavette, & de l'autre pris au toron qu'on veut tordre ou commettre. Voyez l'article CORDERIE.


HELIOCENTRIQUEadj. (Astron.) épithete que les Astronomes donnent au lieu d'une planete vûe du soleil, c'est-à-dire au lieu où paroîtroit la planete, si notre oeil étoit dans le centre du soleil ; ou ce qui revient au même, le lieu héliocentrique est le point de l'écliptique auquel nous rapporterions une planete si nous étions placés au centre du soleil. Voyez LIEU.

Ce mot est composé de , soleil ; & de , centre.

C'est pourquoi le lieu héliocentrique n'est autre chose que la longitude d'une planete vûe par un oeil placé dans le soleil.

La latitude héliocentrique d'une planete est l'angle que la ligne menée par le centre du soleil, & le centre de la planete fait avec le plan de l'écliptique. Voyez LATITUDE.

Voici comme l'on détermine cette latitude.

Si le cercle K L M (Pl. Astron. fig. 62. n°. 2.) représente l'orbite de la terre autour du soleil, & qu'un cercle A N B n, représentant l'orbite de la planete, soit placé de maniere qu'il soit incliné sur le plan de l'autre ; quand la planete se trouve en N, ou en n, lesquels points sont appellés les noeuds, la planete paroîtra dans l'écliptique, & par conséquent elle n'aura aucune latitude. Si elle s'avance vers P, alors étant vûe du soleil R, elle paroîtra déclinez de l'écliptique, & avoir de la latitude, & de l'inclinaison de la ligne R P sur le plan de l'écliptique, s'appellera latitude héliocentrique, & sa mesure sera l'angle P R q, la ligne P q étant perpendiculaire au plan de l'écliptique.

La latitude héliocentrique ira toûjours en augmentant jusqu'à ce que la planete arrive au point A, qu'on appelle limite, & qui est à 90 degrés des noeuds. Voyez LIMITE. Et depuis ce point A, elle ira en diminuant jusqu'à ce que la planete arrive au point N. Ensuite elle augmentera jusqu'à ce que la planete arrive au point B opposé au point A. Enfin, elle diminuera de nouveau jusqu'à ce que la planete arrive au point n, &c. Chambers. (O)


HELIOCOMETEsub. fém. (Astron. & Phys.) comme qui diroit comete du soleil ; phénomene qui a été remarqué quelquefois au coucher du soleil. Sturmius & d'autres qui l'ont vû, lui ont donné le nom d'hélicomete, parce que le soleil ressemble alors à une comete. C'est une longue queue ou colonne de lumiere attachée & comme traînée par cet astre dans le tems qu'il se couche, à-peu-près de la même maniere qu'une comete traîne sa queue. Voyez COMETE.

Dans l'héliocomete observé à Grypswald le 15 Mars 1702 à cinq heures après midi, le bout qui touchoit le soleil n'avoit que la moitié de la largeur du diametre du soleil, mais l'autre bout étoit beaucoup plus large : sa largeur avoit plus de cinq diametres du soleil, & elle suivoit la même route que le soleil : sa couleur étoit jaune près du soleil, & s'obscurcissoit en s'en éloignant. On ne la voyoit peinte que fur les nuages les plus rares & les plus élevés. Cette héliocomete parut dans toute sa force l'espace d'une heure, & diminua ensuite successivement & par degrés. Harris & Chambers.

Ce phénomene paroît avoir rapport à celui de la lumiere zodiacale & de l'aurore boréale. Voyez LUMIERE ZODIACALE, RORE BOREALEEALE. (O)


HELIOGNOSTIQUESsub. m. pl. (Théolog.) secte juive, ainsi appellée du nom grec , qui signifie soleil, & , je connois ; parce que ceux qui la composoient, reconnoissoient le soleil pour dieu, & l'adoroient par une idolâtrie qu'ils avoient prise des Perses. Il falloit que cette superstition fût bien ancienne parmi les Juifs, puisque Dieu leur défend cette impiété dans le chapitre 17 du Deutéronome. (G)


HELIOMETREsub. mas. ou ASTROMETRE, (Astron.) instrument inventé en 1747 par le savant M. Bouguer, de l'Académie royale des Sciences, pour mesurer avec beaucoup plus d'exactitude qu'on ne l'a fait jusqu'à présent les diametres des astres, particulierement ceux du soleil & de la lune. Voyez MICROMETRE. Quiconque entend les principes de l'Astronomie, sait de quelle importance il est pour sa perfection de connoître d'une maniere précise les diametres des astres ; cependant jusqu'à présent on n'avoit trouvé aucun moyen de les mesurer avec justesse ; jusques-là, comme le remarqua M. Bouguer, dans le mémoire qu'il lut à l'Académie en 1748, qu'on est si éloigné de connoître leur figure exacte, qu'il se pourroit faire que ces deux planetes différassent plus de la forme sphérique, que n'en differe la terre ; sans cependant qu'on s'en fût encore apperçu. L'instrument de M. Bouguer supplée à ce qui manquoit en cette partie à l'Astronomie. On pourra par son moyen observer les diametres du soleil & de la lune, avec infiniment plus de justesse, qu'avec ceux qu'on emploie ordinairement à cet usage. De sorte que les Astronomes aidés de cet instrument, seront en état à l'avenir de mesurer avec la plus grande exactitude les diametres de ces astres, & par conséquent de déterminer précisément leur rapport. Il est composé de deux objectifs d'un très-long foyer placés à côté l'un de l'autre, & combinés avec un seul oculaire ; il faut que le tuyau de la lunette ait une forme conique, & que ce soit son extrémité supérieure qui soit la plus grosse à cause de la largeur des deux objectifs qu'elle reçoit. Quant à l'extrémité inférieure, elle doit être munie comme à l'ordinaire de son oculaire & de son micrometre. Telle est la construction du nouvel instrument, construction fort simple, & qui dans l'usage répondra parfaitement à cette simplicité.

Lorsqu'on dirigera l'héliometre vers le soleil, il fera le même effet qu'un verre à facettes ; il se formera à son foyer deux images à cause des deux verres. Chacune de ces images seroit entiere si la lunette étoit assez grosse par en-bas ; mais il n'y aura réellement que deux especes de segmens ou comme deux croissans adossés ; ce ne seront que deux portions d'images, & on doit remarquer que les deux parties qui seront voisines, & qui peut-être même se toucheront, représenteront les deux bords opposés de l'astre par la propriété qu'ont les deux objectifs de renverser les apparences. Ainsi au lieu de ne voir qu'un des bords du disque, comme cela arrive, lorsqu'on se sert d'une lunette de quarante ou cinquante piés, parce que le reste de l'image ne trouve pas place dans le champ, on aura présente sous les yeux, & si l'on veut précisément dans le même endroit du réticule, les deux extrémités du même diametre, malgré l'extrême intervalle qui les sépare, ou la grande augmentation apparente du disque. Les deux images au lieu de se toucher, pourront se trouver eloignées l'une de l'autre, ou au contraire passer un peu l'une sur l'autre : il n'y aura toûjours qu'à mesurer avec le micrometre l'intervalle entre les deux bords ; & lorsque dans un autre tems, le diametre de l'astre plus ou moins éloigné de la terre, se trouvera plus grand ou plus petit, lorsque les deux images en augmentant ou en diminuant, se seront approchées l'une de l'autre, ou qu'elles se seront un peu écartées, il n'y aura qu'à en mesurer de nouveau la distance, & on aura de cette sorte l'augmentation ou la diminution qu'aura souffert le diametre, & par conséquent ses différences. M. Bouguer est le maître par la construction de son instrument d'écarter ou d'approcher l'un de l'autre les deux objectifs, & par-là de séparer ou de faire prendre un peu l'un sur l'autre les deux disques ou les deux croissans adossés. On n'expliquera point la maniere dont M. Bouguer produit cet effet, ce sera une chose facile pour quiconque entend ces matieres-là ; la partie qui leur devient commune dans le second cas ne peut pas manquer de se bien distinguer, puisque l'intensité de sa lumiere est deux fois plus forte que celle du reste. On peut en se servant de cet instrument mesurer tous les diametres avec la même facilité, puisqu'en tournant l'héliometre, on voit toûjours du même coup d'oeil les deux bords opposés du disque à côté l'un de l'autre. Il n'est pas inutile de dire ici que cet avantage a procuré à M. Bouguer l'observation d'un fait très-singulier, auquel il n'y a pas lieu de croire qu'il s'attendît. Il a pendant le mois d'Octobre 1747, trouvé constamment sur le midi le diametre vertical du soleil un peu plus grand que l'horisontal, quoique le premier de ces diametres fût diminué un peu, comme il l'est toûjours par les réfractions astronomiques.

Quoique M. Bouguer eût vérifié ce fait un grand nombre de fois, & que le soleil lui eût toûjours paru allongé dans le sens de son axe, & cela malgré l'effet contraire des réfractions, il ne l'a pas cru encore assez constaté ; & l'observant de nouveau avec plus d'attention, il a découvert un nouveau phénomene qui n'est pas moins digne de remarque, & qui vraisemblablement seroit resté inconnu sans le secours de son instrument. Il s'est assuré que les deux bords de l'astre, le supérieur & l'inférieur, ne sont pas également si bien terminés, que le reste du disque ; d'où il résulte que l'image doit être un peu plus étendue dans le sens vertical ; ce qui vient de la décomposition que souffre la lumiere en traversant obliquement notre atmosphere, ou la masse d'air qui nous environne. On entend bien qu'il n'est pas question ici de ce qu'on appelle ordinairement réfraction astronomique ; il est question de la décomposition de la lumiere, en tant qu'elle est formée de rayons différemment réfrangibles, comme le violet, le bleu, le verd, &c. Les rayons bleus & violets qui partent du haut du disque, en même tems que les rayons des autres couleurs, sont sujets à un peu plus de réfraction que ces derniers, ils se courbent un peu davantage ; ils nous paroissent donc venir d'un peu plus haut, en portant un peu plus loin l'illusion ordinaire des réfractions. C'est tout le contraire si on jette la vûe sur le bord inférieur ; nous devons le voir principalement par des rayons rouges qui souffrent un peu moins de courbure dans leur trajet. Ces rayons se courbant moins, frapperont donc nos yeux comme s'ils partoient d'un point plus bas, & doivent donc faire paroître un peu en dessous la partie inférieure du disque qu'ils étendent pendant que les rayons bleus & violets contribuent à étendre ce même disque par sa partie supérieure. C'est ainsi que M. Bouguer explique l'extension du diametre vertical à laquelle on n'avoit nullement pensé, & dont on doit regarder la remarque comme un des premiers fruits de ses observations. On ne donnera pas de description particuliere de cet instrument ; il est si simple qu'on s'en formera une idée fort juste, en jettant seulement les yeux sur la figure. (T)


HÉLIOPOLIS(Géog. anc.) ville de la Célésyrie, selon Ptolomée, entre Laodicée & Abila. Il y avoit un temple consacré au soleil, dont les restes sont un monument précieux d'antiquités ; car on ne doute guere que la ville d'Héliopolis en Célésyrie, ne soit Balbec de nos jours, comme Maundrell l'établit dans son voyage d'Alep à Jerusalem. Voyez l'ouvrage intitulé, Description des ruines d'Héliopolis, avec leur représentation en taille-douce. La Haye, 1757, in-folio.

2°. Héliopolis, ou la ville du soleil, étoit encore une ville d'Egypte décrite par Strabon ; & même dans ce pays-là, il s'en trouvoit deux de ce nom, au rapport de Ptolomée, fort croyable sur ce point, puisqu'il avoit passé une partie de sa vie en Egypte.

Manéthon, fameux prêtre Egyptien, étoit natif de l'une ou de l'autre de ces deux villes ; il fleurissoit sous le regne de Ptolomée Philadephe, environ 300 ans avant J. C. Il composa en grec l'histoire des XXXI. dynasties des dieux, des demi-dieux, & des rois d'Egypte ; ouvrage célebre qui est souvent cité par les auteurs anciens. Le tems nous l'a ravi, il ne nous en reste que quelques fragmens tirés des extraits secs de Jules l'Afriquain ; on les trouvera dans la chronique d'Eusebe, & dans Georges Syncelle. (D.J.)


HELIOSCOPES. m. terme d'Optique. C'est une lunette à longue vûe qui sert particulierement à observer le soleil, & qui est faite de telle sorte, que l'oeil n'en reçoit aucuns dommages. Ce mot est grec, composé d', soleil, & , video, specto, je regarde, je considere.

L'hélioscope n'est autre chose qu'une lunette, dans laquelle on a placé un verre enfumé pour empêcher la grande lumiere du soleil de blesser l'organe. C'est du moins à quoi les meilleurs hélioscopes se réduisent. (O)


HELIOTROPES. m. (Hist. nat. Botan.) Les Botanistes comptent au-moins dix especes d'héliotrope ; décrivons ici celle que Tournefort appelle héliotropium majus Dioscoridis, qui est la plus commune.

Sa racine est simple, menue, ligneuse, dure ; sa tige est haute de neuf pouces & plus, remplie d'une moëlle fongueuse, cylindrique, branchue, un peu velue, & d'un verd blanchâtre en-dehors. Ses feuilles sont placées à l'origine des rameaux, & sur ces mêmes rameaux : elles sont cotonneuses, ovalaires, semblables à celles du basilic, mais plus blanches & plus rudes, du reste de la même couleur que la tige.

Ses fleurs naissent au sommet des rameaux, sur de petites tiges, lesquelles sont recourbées comme la queue des scorpions ; elles sont rangées symmétriquement, petites, blanches, d'une seule piece en entonnoir ; leur centre est ridé en maniere d'étoile, & elles sont découpées à leur bord, en dix parties alternativement inégales.

Le calice est couvert de duvet ; il en sort un pistil attaché à la partie postérieure de la fleur en maniere de clou, & comme accompagné de quatre embryons qui se changent en autant de graines, anguleuses d'un côté, convexes de l'autre, courtes, & cendrées.

Cette plante est cultivée, parce qu'elle est toute d'usage. Elle contient un sel tartareux, de saveur salée, accompagné de sel alkali volatil, qu'elle donne dès le premier feu de la distillation. Elle est résolutive, apéritive, & détersive : elle passe pour réprimer les petites excroissances de chair, & faire tomber les verrues pendantes.

L'héliotrope que les Botanistes appellent ricinoïdes, ou tricoccum, est connu des François sous le nom de tournesol. Voyez TOURNESOL. (D.J.)

HELIOTROPE, (hist. nat. Lithologie) pierre précieuse, demi-transparente, dont la couleur est verte, remplie de taches rouges ou de veines de la même couleur ; ce qui fait que quelques auteurs la nomment jaspe oriental ; mais la transparence de l'héliotrope fait qu'on ne doit pas la regarder comme un jaspe qui est une pierre opaque. M. Hill prétend que l'héliotrope differe du jaspe, en ce que la couleur de la premiere est d'un verd mêlé de bleu, au lieu que celle du jaspe est d'un verd plus décidé. Peut-être l'héliotrope est-elle la même chose que ce qu'on nomme prime d'émeraude. L'héliotrope se trouvoit, suivant Pline, dans les Indes, en Ethiopie, en Afrique, & dans l'isle de Chypre ; il y en a aussi en Allemagne & en Bohème. Boece de Boot dit qu'il y en a de si grandes, qu'on en a fait quelquefois des pierres à couvrir les tombeaux. Les anciens ont attribué un grand nombre de vertus fabuleuses à cette pierre, ceux qui seront curieux de les savoir, les trouveront dans Pline, hist. nat. livre XXXVII. chap. xx. (-)


HELIXen terme d'Anatomie, se prend pour tout le circuit ou tour extérieur de l'oreille de l'homme. Voyez OREILLE.

La partie moyenne de l'oreille externe qui s'éleve autour de sa cavité, s'appelle anthelix. Voyez ANTHELIX.


HELLANODIQUESS. m. pl. (hist. anc.) officiers qui présidoient aux jeux sacrés d'Olympie, institués lors du rétablissement de ces jeux par Iphitus. Leur fonction étoit de présider aux jeux ; de donner des avertissemens aux athletes avant que de les y admettre ; de leur faire ensuite prêter serment qu'ils observeroient les loix usitées dans ces jeux, d'en exclure ceux des combattans qui manquoient au rendez-vous général, & sur-tout de distribuer les prix. On en appelloit souvent de leurs décisions au sénat d'Olympie, & sous les empereurs à l'agnosthete ou sur-intendant des jeux. Ils entroient dans l'amphithéatre avant le lever du soleil, & une de leurs fonctions étoit encore d'empêcher que les statues qu'on érigeoit aux athletes ne surpassassent la grandeur naturelle, de peur que le peuple qui n'étoit que trop porté à décerner à ces athletes les honneurs divins, ne s'avisât en voyant leurs statues d'une taille plus qu'humaine, de les mettre à la place de celles des dieux. (G) Voy. aussi l'art. HELLENODICES.


HELLAS(Géog. anc.) Ce nom a plusieurs significations différentes, qu'il ne faut pas confondre ; tantôt il signifie une ville particuliere, tantôt un petit canton de la Thessalie, tantôt une grande partie de la Grece, distinguée de l'Epire, de la Macédoine, du Péloponese, &c. Mais pour éviter les détails, je remarquerai seulement deux choses : 1°. que les noms d'Hellas & d'Hellenes, qui signifient lae Grece propre & les Grecs, ne se bornerent point là, & qu'ils furent employés pour désigner toutes les augmentations de cette Grece propre, comme la Macédoine, & généralement tout ce que les Latins ont entendu par le mot de Grece. 2°. Que quand la Grece propre ou l'Hellas, prit le nom d'Achaïe, parce qu'elle étoit entrée dans la ligue des Achéens, il faut en excepter l'Etolie, qui fit une ligue à part, à laquelle se joignirent les Acarnaniens. (D.J.)


HELLEBORE(mat. med.) Voyez ELLEBORE.


HELLEDou HELLIGEA, (Géog.) riviere de Suede, dans la Gothie méridionale, qui se jette dans la mer Baltique dans la province de Blekingie.


HELLENESS. m. pl. (Hist.) c'est le nom que les Grecs se donnerent en leur propre langue ; le singulier de ce nom est hellen, un grec. Mais Thucydide conclud du silence d'Homere, qu'au tems de la guerre de Troie, les Grecs n'avoient point de nom général qui désignât la nation grecque prise collectivement, & que celui d'hellenes, employé depuis dans ce sens, n'avoit point encore cette acception. Il se prenoit seulement pour les habitans du pays d'Hellas, soit que ce pays fut une contrée aux environs de Dodone & du fleuve Achéloüs, ou que ce fût un canton de Grece dans la Thessalie, il n'importe ; c'étoit un pays particulier de la Grece : en effet, Homere distingue exactement les Myrmidons, les Hellenes, & les Achéens. Ainsi le fameux passage de Denys d'Halycarnasse, qui a tant exercé les critiques modernes, & qui ne consiste qu'en ces trois mots, , signifie tout simplement, Argolica vetustiora sunt Hellenicis, les Argiens sont plus anciens que les Hellenes. (D.J.)


HELLENISMES. m. (Gram.) C'est un idiotisme grec, c'est-à-dire, une façon de parler exclusivement propre à la langue grecque, & éloignée des lois générales du langage. Voyez IDIOTISME. C'est le seul article qui, dans l'Encyclopédie, doive traiter de ces façons de parler ; on peut en voir la raison au mot GALLICISME. Je remarquerai seulement ici que dans tous les livres qui traitent des élémens de la langue latine, l'hellénisme y est mis au nombre des figures de construction propres à cette langue. Voici sur cela quelques observations.

1°. Cette maniere d'envisager l'hellénisme, peut faire tomber les jeunes gens dans la même erreur qui a déjà été relevée à l'occasion du mot gallicisme ; savoir que les hellénismes ne sont qu'en latin. Mais ils sont premierement & essentiellement dans la langue grecque, & leur essence consiste à y être en effet un écart de langage exclusivement propre à cette langue. C'est sous ce point de vûe que les héllénismes sont envisagés & traités dans le livre intitulé, Francisci Vigeri Rothomagensis de praecipuis graecae dictionis idiotismis libellus. L'ordre des parties d'oraison est celui que l'auteur a suivi ; & il est entré sur les idiotismes grecs, dans un détail très-utile pour l'intelligence de cette langue. Dans l'édition de Leyde 1742, l'éditeur Henri Hoogeveen y a ajoûté plusieurs idiotismes, & des notes très-savantes & pleines de bonnes recherches.

2°. Ce n'est pas seulement l'hellénisme qui peut passer dans une autre langue, & y devenir une figure de construction ; tout idiotisme particulier peut avoir le même sort, & faire la même fortune. Faudra-t-il imaginer dans une langue autant de sortes de figures de construction, qu'il y aura d'idiomes différens, dont elle aura adopté les locutions propres ? M. du Marsais paroît avoir senti cet inconvénient, dans le détail qu'il fait des figures de construction aux articles CONSTRUCTION & FIGURE : il n'y cite l'hellénisme, que comme un exemple de la figure qu'il appelle imitation. Mais il n'a pas encore porté la réforme aussi loin qu'elle pouvoit & qu'elle devoit aller, quoiqu'il en ait exposé nettement le principe.

3°. Ce principe est, que ces locutions empruntées d'une langue étrangere, étant figurées même dans cette langue, ne le sont que de la même maniere dans celle qui les a adoptées par imitation, & que dans l'une comme dans l'autre, on doit les réduire à la construction analytique & à l'analogie commune à toutes les langues, si l'on veut en saisir le sens.

Voici, par exemple, dans Virgile (Aen. iv.) un hellénisme, qui n'est qu'une phrase elliptique :

Omnia Mercurio similis, vocemque, coloremque,

Et crines flavos, & membra decora juventae.

L'analyse de cette phrase en sera-t-elle plus lumineuse, quand on aura doctement décidé que c'est un hellénisme ? Faisons cette analyse comme les Grecs mêmes l'auroient faite. Ils y auroient sousentendu la préposition , ou la préposition ; les Latins y sous-entendoient les prépositions équivalentes secundùm ou per : similis Mercurio secundùm omnia, & secundùm vocem, & secundùm colorem, & secundùm crines flavos, & secundùm membra decora juventae. L'ellipse seule rend ici raison de la construction ; & il n'est utile de recourir à la langue grecque, que pour indiquer l'origine de la locution, quand elle est expliquée.

Mais les Grammatistes, accoutumés au pur matériel des langues qu'ils n'entendent que par une espece de tradition, ont multiplié les principes comme les difficultés, faute de sagacité pour démêler les rapports de convenance entre ces principes, & les points généraux où ils se réunissent. Il n'y a que le coup d'oeil perçant & sûr de la Philosophie qui puisse appercevoir ces relations & ces points de réunion, d'où la lumiere se répand sur tout le système grammatical, & dissipe tous ces phantômes de difficultés, qui ne doivent souvent leur existence qu'à la foiblesse de l'organe de ceux qu'ils effraient. (E. R. M.)


HELLENISTESsub. m. plur. (Hist. anc.) nom qui paroît donné dans l'Ecriture-sainte, aux Juifs d'origine ou prosélites établis en Grece, en Syrie, & ailleurs.

Comme ce mot Hellénistes, fort obscur par lui-même, se trouve seulement dans le nouveau Testament ; les plus grands critiques du dernier siecle ont cherché avec soin quels gens il faut entendre par les Hellénistes, dont il est fait mention dans les chapitres vj, . 1, ix, . 29, & xj, . 20, des actes des apôtres.

Scaliger pense que ces Hellénistes n'étoient autre chose que les Juifs d'Alexandrie. Heinsius étendant ce terme beaucoup davantage, & avec raison, donne ce nom à tous les Juifs qui parloient un grec mêlé d'hébraïsmes & de syriacismes, comme est le grec des Septante, qui ont traduit la Bible ; & ces sortes de Juifs lisoient cette traduction dans leurs synagogues. Suivant Saumaise, les Hellénistes sont des Grecs prosélytes du Judaïsme ; M. Simon pense à peu-près de même, en distinguant deux sortes de Juifs, les Hébreux, c'est-à-dire, les habitans de la Palestine & de la Chaldée, & les Hellénistes, c'est-à-dire les Juifs qui parloient grec.

Vossius me semble encore plus exact ; il dit que la nation juive s'étant partagée en deux factions, avoit donné lieu par ce partage, aux deux noms de Juifs & d'Hellénistes ; selon lui, les Juifs étoient ceux qui souffroient avec peine une domination & des rites étrangers, & ce sont, ajoûte-t-il, les zélés dont parle Josephe. Les Hellénistes au contraire, se prétoient volontiers au joug & aux usages des Grecs.

Enfin, M. Fourmont est persuadé que les Hellénistes des chap. vj. & ix. des actes des apôtres, sont les Hellénistes Syriens de M. Simon & de Vossius, lesquels soûmis par les Grecs, s'accommodoient de leurs moeurs & de leurs coûtumes : c'étoient-là ces chrétiens prosélytes, qui se plaignoient des Hébreux, c'est-à-dire, des Juifs de la Palestine. " Alors (dit le texte sacré, act. vj. vers. 1.) le nombre des disciples se multipliant, il s'éleva un murmure des Juifs Grecs, contre les Juifs Hébreux, de ce que leurs veuves se voyoient méprisées dans la dispensation de ce qui se donnoit chaque jour " ; , &c. Mais en même tems, selon M. Fourmont, les Hellénistes du chap. xj. vers. 20. des actes, ne sont ni des Juifs Hébreux, ni des Juifs Grecs ; loin de-là, ce sont les Payens, les Gentils de Grece, auxquels la vision de S. Pierre permettoit d'annoncer l'Evangile.

En effet, presque tous les critiques supposent dans leurs explications, que les Hellénistes des chap. vj. & ix. des actes, étoient les mêmes que ceux dont il est parlé dans le chap. xj ; cependant ils me paroissent être, comme à M. Fourmont, des gens très-différens ; & pour s'en convaincre il faut lire les trois chapitres entiers, & en suivre l'esprit. Mais l'embarras, la difficulté, c'est que le même mot Hellénistes, , est donné aux uns comme aux autres ; & nous n'avons ici pour nous éclairer, aucun autre passage ni du texte sacré, ni des auteurs profanes, où se trouve ce terme ; il a été peut-être forgé par S. Luc, qui écrivoit à des gens qui l'entendoient, & nous ne sommes pas de ce nombre. (D.J.)


HELLENISTIQUE(Langue) Hist. ecclés. On croit que c'est la langue en usage parmi les Juifs Grecs, & celle dans laquelle la version des Septante a été faite, & les livres du nouveau Testament ont été écrits par les apôtres. M. Simon l'appelle langue de synagogue. Ainsi il y avoit autrefois un grec de synagogue, comme de nos jours il y a en Espagne un espagnol de synagogue. L'hellénistique étoit un composé d'hébraïsme & de syriacisme ; Saumaise n'est pas de ce sentiment, mais on ne sait trop sur quoi fondé : il ne dispute le plus souvent que des mots dans les deux volumes qu'il a publiés sur cette matiere.


HELLENODICESS. m. (Antiq.) président, juge, & directeurs des jeux agonistiques.

Les héllénodices ou hellénodiques, étoient des magistrats distingués, qui présidoient aux jeux de la Grece, & qui furent institués lors du rétablissement des jeux olympiques par Iphytus, 408 ans après la prise de Troie, & 23 ans après la fondation de Rome.

Au commencement il n'y eut qu'un seul hellénodice, ensuite deux, bien-tôt après on en créa trois ; enfin on en augmenta le nombre jusqu'à neuf, savoir trois pour les courses des chars & des chevaux, trois pour les autres exercices, & trois pour la distribution des prix.

Ils prirent le nom de hellénodices, du lieu de leur assemblée, qu'on appelloit hellénodicée ; c'étoit originairement un certain espace de terrein de la grande place des Eléens.

Leur fonction principale étoit de présider aux jeux sacrés, d'y maintenir l'ordre, la discipline, d'adjuger & de distribuer les prix : pour prévenir toute injustice, autant qu'il étoit possible, ils prétoient serment de ne se point laisser gagner par aucun intérêt, ni directement, ni indirectement, de juger avec impartialité, & de ne pas découvrir la raison, pour laquelle ils admettoient, ou refusoient tel ou tel combattant.

Ils étoient obligés de résider dix mois dans l'hellénodicée, avant la célébration des jeux, afin de s'instruire à fond des statuts agonistiques, & de veiller à ce que ceux qui se proposoient pour les combats, fissent exactement leurs exercices préparatoires, & fussent instruits dans toutes les loix de l'agonistique, par les nomophylaces, c'est-à-dire les gardiens de ces loix.

Le jour de la célébration des jeux étant arrivé, les hellénodices écrivoient sur un registre le nom & le pays de ceux qui s'enrôloient pour entrer en lice ; ensuite, après leur avoir exposé les conditions auxquelles ils les admettoient, ils ordonnoient à un héraut de les proclamer à haute voix, & de les faire passer comme en revûe dans le stade, pour savoir s'il y avoit dans l'assemblée quelqu'un qui eût contre les uns ou les autres athletes des reproches à faire, qui puissent être à leur charge un sujet d'exclusion, comme la qualité d'esclave, une action criminelle, un vol, &c. Enfin, quand il n'y avoit aucune déposition valable, les athletes prétoient entre les mains des hellénodices le serment solemnel par lequel ils s'engageoient d'observer les lois prescrites dans chaque sorte de combats.

Ce même jour les hellénodices se rendoient dans la place avant le lever du soleil pour apparier les courses, & pour que toutes choses fussent en ordre, au moment de l'ouverture des jeux.

Pendant leur solemnité, ils étoient assis la tête nue, à l'une des extrémités du stade ou de l'hippodrome, & dans l'endroit où se terminoient ces divers combats.

Ils avoient devant eux, sur une espece de gradin élevé, les palmes, les couronnes, & les prix destinés aux vainqueurs ; quelquefois les athletes victorieux les recevoient d'un héraut, qui les leur portoit dans le lieu du stade où ils avoient triomphé, mais c'étoit ordinairement l'hellénodice qui distribuoit de sa propre main les couronnes à ceux auxquels il les adjugeoit.

Alexandre ayant gagné le prix de la course des chevaux aux jeux olympiques, alla victorieux se présenter devant l'un des hellénodices, qui en le couronnant lui dit ces paroles remarquables : " fiez-vous à moi, Alexandre ; de la maniere dont vous avez gagné la victoire à la course, vous en remporterez bien d'autres à la guerre ". Paroles dont le jeune héros tira un augure capable de lui élever l'ame, jusques à former les grandes entreprises qui depuis étonnerent l'univers.

Comme on érigeoit souvent des statues en l'honneur des athletes victorieux, sur-tout dans les olympioniques, & communément dans le lieu même où ils avoient été couronnés, la loi défendoit formellement que ces statues fussent plus grandes que nature ; & c'est à quoi les hellénodices prenoient garde de si près, au rapport de Lucien, qu'ils n'y apportoient pas moins d'attention qu'à l'examen sévere des athletes & à toute autre partie de leur district. En effet, s'il se trouvoit quelqu'une de ces statues qui surpassât la grandeur naturelle, ils la faisoient aussi-tôt jetter par terre. Sans-doute qu'ils en agissoient ainsi, de crainte que le peuple, qui n'étoit que trop disposé à rendre aux athletes des honneurs divins, ne s'avisât en voyant leurs statues d'une taille plus qu'humaine, de les mettre à la place de celles des dieux.

La jurisdiction des hellénodices ne réunissoit pas les avantages de la durée à ceux de son importance, car elle finissoit le jour même avec les jeux ; mais ils avoient la gloire d'emporter l'opinion favorable de la justice & de l'impartialité. Aussi, pour n'être point tentés d'enfreindre leur serment, ils remettoient toûjours la lecture des lettres de recommandation qu'on leur faisoit en faveur de certains athletes, jusqu'après leurs combats ou leurs victoires.

Cependant, quelque déférence qu'eussent les Grecs pour le jugement des hellénodices, quelques-uns d'eux furent accusés de défaut d'expérience, & d'autres d'acception de personnes ; d'ailleurs, il arrivoit quelquefois dans les jeux tel incident délicat ou imprévû, qui obligeoit les athletes d'en appeller au sénat d'Olympie, lequel alors décidoit en dernier ressort ces sortes d'affaires agonistiques. Enfin, aux jeux Pithiens on appelloit de leur jugement à celui de l'empereur ; je crains bien que l'équité de ce dernier tribunal ne valût pas celle du premier. Je sais du-moins, pour en citer un exemple, que le jugement de Panis roi de Chalcide, a passé en proverbe, pour caractériser un jugement d'ignorance & de faveur. (D.J.)


HELLENOTAMIENSS. m. pl. (Antiq.) officiers établis à Athènes pour recevoir les taxes des villes tributaires. (D.J.)


HELLENTHAL(Géog.) petite ville d'Allemagne, dans l'électorat de Trèves.


HELLEQUINS. m. (Gram.) vieux terme françois du xiij. & du xiv. siecle ; nous ne l'expliquons ici, que parce qu'il est peu connu.

On entendoit par hellequins, des chevaliers armés qui apparoissoient de nuit, & qui combattoient ensemble dans les airs : c'est un des moindres traits de la superstition & de la barbarie de ces tems ténébreux. Raoul de Presles, dans sa traduction du livre de S. Augustin de la Cité de Dieu, parle " de hellequins, de dame Abonde, des espéris nommées Fées, qui apperent ès étables & ès arbres, & aussi de diables épicaltes ". Dame Abonde étoit, selon la croyance générale, la principale des fées bienfaisantes, qui venoient la nuit dans les maisons, & y apportoient toutes sortes de biens. Les diables épicaltes sont manifestement les incubes, que les Grecs apelloient épialtes, . Voyez INCUBE. (D.J.)


HELLERS. m. (Comm.) nom usité en Allemagne pour désigner une monnoie imaginaire, qui est la plus petite de toutes, & répond au denier ou à l'obole de France : il y a des pieces de trois hellers en Silésie & en Saxe ; deux de ces pieces y valent un kreutzer. Voyez KREUTZER.


HELLESPONTS. m. (Géog.) fameux canal ou détroit qui sépare l'Europe & l'Asie, & qui est indifféremment nommé par les modernes, le bras de S. Georges, les bouches de Constantinople, le détroit de Gallipoli, ou le détroit des Dardanelles. Voyez DARDANELLES.

Les anciens l'appelloient Hellespont, du nom de Hellé, fille d'Athamas, qui en le traversant, pour s'enfuir dans la Colchide, avec son frere Phryxus, chargés tous deux de la toison d'or, tomba malheureusement dans cette mer, où elle périt. On y arrive par diverses routes, après avoir laissé derriere soi, à droite ou à gauche, les isles Cyclades & Sporades, qui composent dans la mer Egée, ce qu'on appelle l'Archipel.

Ce détroit est situé au 35d. 42'. de latitude, & environ au 55 de long. Toute sa longueur est de 10 à 12 lieues ; il n'en a guere plus d'une de largeur à son entrée, & dans toute la suite, il n'a qu'une demi-lieue tout au plus. A son couchant, que l'on a sur la gauche en y entrant, on voit la Thrace, qui est une partie de l'Europe que ce détroit sépare d'avec la Troade, Province d'Asie, qui est à son orient. Il a la Propontide au nord, avec tout l'Archipel au sud. A l'entrée de ce passage à main droite, on trouve le promontoire Sigée, qu'on appelle aujourd'hui cap Gianizzari ; quand on a passé les châteaux neufs bâtis par Mahomet IV, on entre dans l'Hellespont dont ils sont les portes ; & de-là jusqu'aux Dardanelles, il n'y a aucun vestige d'antiquités considérables.

Comme cette mer a divers noms chez les modernes, elle en a eu aussi plusieurs chez les Poëtes, auxquels celui de Hellespontus, ne convenoit pas toûjours ; Virgile, Aeneid. lib. I. v. 385. l'appelle la mer de Phrygie, Phrygium aequor, parce qu'en effet ce détroit resserre la Phrygie à l'orient. Lucain, liv. VI. v. 55. & Valerius Flaccus, liv. II. v. 586. l'appellent l'un, Phryxeum pontum, l'autre, Phryxea aequora, la mer de Phryxus, nommant le frere pour la soeur, parce que, selon la fable, elle étoit avec son frere Phryxus, lorsqu'elle donna son nom à cette mer. Leur pere étoit Athamas, & de-là lui vint la dénomination de mer Athamantide.

Enfin, Ausone, in Mosell. v. 287. & 288, employe trois expressions de suite, pour peindre l'Hellespont, tant la poésie latine a de richesses pour s'exprimer.

Quis modò Sestiacum pelagus, Nepheleidosque Helles

Aequor, Abydoni freta quis miretur Ephebi.

Il l'appelle en premier lieu la mer de Sestos, & cette ville étoit sur le rivage du détroit du côté de l'Europe. Secondement, la mer d'Hellé, fille de Nephélé & d'Athamas ; & enfin le détroit du jeune homme d'Abydos : Abydos étoit au midi de Sestos, & le poëte fait allusion à l'histoire touchante de Héro & de Léandre. (D.J.)


HELLOPESS. m. pl. (Géog. anc.) peuple qui faisoit partie des Perrhebes Epirotes, & dont on tiroit les ministres de Jupiter à Dodone ; ce sont les mêmes que les Selles & les Helles, quoique Pline en fasse autant de gens différens. On appelloit helle ou siége, le lieu de l'oracle de Jupiter à Dodone, desorte qu'il est vraisemblable que le fertile canton qu'Hésiode nomme Hellopie, n'étoit autre chose que les terres des environs de l'oracle, ou de la dépendance de son siége. (D.J.)


HELLOTIESS. f. pl. (Antiq.) il y a eu en Grece deux fêtes de ce nom, dont l'une étoit célebrée dans l'isle de Crete en l'honneur d'Europe, voyez ELLOTIES ; l'autre étoit célebrée par les Corinthiens, qui y joignirent des jeux solemnels & des courses célebres, où de jeunes gens disputoient le prix, en courant avec des torches allumées dans la main, voyez ELLOTIDES ; & si vous voulez un plus grand détail de ces deux fêtes, voyez Athénée, Deipnosophist. lib. XV. & Potter Archaeol. graec. lib. II. cap xx. tom. I. p. 393. (D.J.)


HELMET(Géog.) petite ville de Livonie, dans la province d'Esthonie.


HELMINTIQUEou VERMIFUGES, voyez VERMIFUGES.


HELMINTOLITESS. f. (Hist. nat. Lithol.) noms donnés par quelques auteurs à des pierres qu'ils ont prises pour des vers pétrifiés ; mais ce ne sont réellement que des loges ou tuyaux, dans lesquels des petits animaux ou vers marins étoient logés, & que l'on trouve quelquefois dans le sein de la terre, comme beaucoup d'autres corps marins qui y ont été ensevelis. (-)


HELMONT(Géog.) petite ville des Pays-Bas dans le Brabant Hollandois, au quartier du Peelland, avec un château sur l'Aa, à 7 lieues E. de Bois-le-duc, 6 S. O. de Grave, 28 N. E. de Bruxelles. Long. 23. 12. lat. 51. 31. (D.J.)


HELMSTADT(Géogr.) ville d'Allemagne au duché de Brunswick, bâtie par Charlemagne en 782, avec une université fondée par le duc Jules de Brunswick en 1576. Les Professeurs sont de la confession d'Augsbourg. Helmstadt est à 3 milles N. E. de Brunswick, 4 N. E. de Wolffenbuttel. Long. 28. 45. lat. 52. 20.

Cette ville a fourni quelques gens de lettres nés dans son sein, comme Frédéric Ulric Calixte, théologien, mort en 1701, âgé de 70 ans ; Christ-Henri Rittmeyer, qui cultiva les langues orientales, mort en 1719 ; Valentin Henri Vogler medecin, qui a donné l'histoire physiologique de la Passion de J. C. mort en 1677 âgé de 55 ans ; Herman Conringius, littérateur, historien & medecin, connu par un grand nombre d'ouvrages : un des plus curieux, est celui de Antiquitatibus academicis, à Gottingue, en 1739. in -4°. Il mourut en 1681. à 75 ans. (D.J.)

HELMSTADT, (Géog.) ville forte & maritime de Suede, capitale de la province de Halland ; elle appartient à la Suede depuis 1645. Elle est près de la mer Baltique, à 22 de nos lieues N. O. de Lunden, 22 N. E. de Copenhague, 24 S. E. de Gothenbourg. Long. 30. 30. lat. 56. 42. (D.J.)


HELORUS(Géog.) riviere de Sicile sur la côte orientale de l'île, dans sa partie méridionale. A l'embouchure de l'Helorus, étoit un canton délicieux, que l'on nommoit Heloria Tempe, Virgile, Aeneid. liv. III. v. 698. On vante la bonté de ce canton qu'arrosoit l'Helorus, praepingue solum stagnantis Helori : le nom moderne de cette riviere que Virgile dit couler lentement, est l'Atellari. (D.J.)


HÉLOS(Géog.) il y avoit trois Hélos au Péloponese ; l'une dans la Laconie, l'autre dans la Messénie, & la troisieme dans l'Elée auprès de l'Alphée. La premiere seule étoit une ville, la seconde étoit un simple lieu sans aucune qualification ; & la troisieme pouvoit avoir été une ville, mais elle ne subsistoit plus du tems de Pline. On ne voyoit même du tems de Pausanias, que les ruines d'Hélos en Laconie. Les Lacédémoniens s'en rendirent maîtres sous le regne de Soüs, & en firent les habitans esclaves : comme ils les employoient à labourer les terres, & aux ouvrages les plus pénibles & les plus méprisés, avec le tems le nom de hélotes, hellotes, ou ilotes, devint un nom général de tous les esclaves publics ; on le donna aux Messéniens après qu'on les eut dépouillés de leur pays, & privés de la liberté. On peut lire dans la vie de Lycurgue par Plutarque, avec combien de dureté & de mépris ces hélotes étoient traités par leurs maîtres ; je dis hélotes avec Pausanias, & c'est le nom le plus conforme à leur origine ; c'est aussi celui qu'a préféré M. d'Ablancourt, dans sa traduction de Thucydide. Voyez donc HELOTES. (D.J.)


HELOTESS. m. (Hist. anc.) esclaves chez les Lacédémoniens. On nommoit hélotes, en grec , en latin helotae, & par Tite-Live ilotae, les habitans de Hélos, ville voisine de Sparte.

Cette ville ayant été subjuguée par les Lacédémoniens sous le regne de Soüs, & le peuple réduit à l'esclavage, le nom de hélotes ou ilotes, devint avec le tems un nom général, qu'on donna dans la Grece à toutes sortes d'esclaves, de quelque pays qu'ils fussent ; cependant ils étoient traités avec bonté chez les uns, & très-durement par d'autres : les vrais hélotes l'éprouverent. Ils étoient rigoureusement occupés par les Spartiates à des emplois bas & pénibles, comme à labourer la terre, à porter tous les fardeaux, & à pourvoir la ville des provisions dont elle avoit besoin. Il n'y en eut qu'un petit nombre qu'on employa à des ministeres honnêtes, comme à conduire les enfans aux écoles, à les ramener à la maison, en un mot à en prendre soin. Ceux-ci étoient des affranchis, qui néanmoins ne jouissoient pas de tous les priviléges des personnes libres, quoique par leur conduite ils pussent les obtenir ; puisque Lysandre, Callicrate, & Crysippe, qui étoient hélotes de naissance, acquirent la liberté en considération de leur valeur.

Mais il faut convenir qu'en général, les hélotes étoient fort malheureux ; esclaves à-la-fois du public & du particulier, leur servitude étoit personnelle & réelle ; ils étoient soumis à tous les travaux hors de la maison, & à toutes sortes d'insultes dans la maison ; on les maltraitoit continuellement, & même on les tuoit quelquefois sans ombre de justice ; Plutarque ne l'a point dissimulé. Aussi ces pauvres gens nés braves, & réduits au desespoir, voyant Sparte affligée par un tremblement de terre, ravagerent la Laconie, conspirerent contre leurs tyrans, & mirent la capitale dans le plus grand danger qu'elle ait jamais couru. Ils volerent de toutes parts pour achever de détruire ceux que le tremblement de terre auroit épargnés ; mais les ayant trouvés rangés en bataille, ils se retirerent auprès des Messéniens, les attirerent dans leur parti, & déclarerent aux Spartiates une guerre ouverte. Alors ils soûtinrent jusqu'à la derniere extrémité le siége d'Ithome contre toutes les forces des Lacédémoniens : enfin, après la prise de cette ville, ils furent transportés hors du Péloponese, avec défense d'y rentrer sous peine de la vie. Ceux des hélotes qui resterent, furent condamnés à une perpétuelle servitude, sans que leurs maîtres pussent les affranchir, ni les vendre hors du pays.

Telle est en peu de mots l'histoire des hélotes, sur lesquels on peut lire Aristote, Politic. lib. II. Pausanias, in Laconic. Thucydide, lib. VIII. Athénée, liv. VI. & XIV. Isocrate, in Panathen ; Elien, lib. XVIII. cap. xxxxiij. Plutarque, dans la vie de Lycurgue ; Strabon, liv. VIII. & parmi les modernes, Cragius, de Repub. Lacedemon. Meursius, Miscellan. Laconic. Potter, Archoeol. Graec. lib. I. cap. x. (D.J.)


HELSINBOURG(Géog.) ville, port, & chateau de Suede, dans la Schone, sur l'Oresund ; elle est à 15 lieues S. d'Helmstadt, 9 N. O. de Lunden. Long. 30. 35. lat. 56. 2.

C'est tout près de cette ville, que naquit le célebre Ticho-Brahé, le 19 Décembre 1546. On lui donna le titre de restaurateur de l'Astronomie, qui appartenoit à Copernic, & que Kepler mérita depuis ; car l'espece de conciliation des systèmes de Ptolomée & de Copernic, qu'imagina Ticho-Brahé, n'a point été goûtée des Astronomes ; cependant il a la gloire d'avoir le premier perfectionné cette science par un observatoire, par des écrits & des instrumens, à la dépense desquels on dit qu'il employa plus de cent mille écus de son propre bien. Il préféra pour femme une paysanne de ses terres, à de grands partis que ses parens lui destinoient. Il mourut à Prague, le 24 Octobre 1601. dans la 55° année de son âge, pour avoir par respect retenu trop long-tems son urine à la table d'un grand seigneur. Il a publié ses observations sous le nom de Tables Rodolphines, & un catalogue de mille étoiles fixes. (D.J.)


HELSINGFORD(Géog.) petite ville de Finlande, dans le Nyland, avec un port assez commode, sur le golfe de Finlande, à 8 lieues S. O. de Borgo. Long. 43. 20. lat. 60. 22. (D.J.)


HELSINGIES. f. (Géog.) province de Suede, bornée au N. par l'Iempterland & par la Madelpadie, à l'O. & S. O. par la Dalécarlie, au S. par la Gestricie, à l'E. par le golphe de Bothnie. Elle est traversée dans sa longueur par la riviere de Liusna ; Soderham en est le lieu principal. (D.J.)


HELSINGOHR(Géog.) les François disent Elseneur, ville de Danemark sur l'Orésund, dans l'isle de Sélande, à 6 lieues au N. de Copenhague, vis-à-vis Helsinbourg. Tous les vaisseaux qui passent par ce détroit, sont obligés de payer un droit de passage au roi de Danemark. Long. 30. 30. lat. 55. 58.

Jacques-Isaac Pontanus, historiographe du roi de Danemark, & de la province de Gueldres, naquit à Helsingohr, vers le milieu du xvj. siecle, & mourut à Harderwick en 1640. Il s'est fait beaucoup d'honneur par ses ouvrages historiques & géographiques ; & c'est bien ici le lieu de les indiquer. 1°. Rerum Danicarum histor. lib. X. unà cum ejusdem regni urbiumque descriptione ; 2°. Gueldriae & Zutphaniae chorographica descriptio ; 3°. Historiae Gueldricae lib. XIV ; 4°. Hist. urbis & rerum Amstelodamensium ; 5°. Disceptat. chorogrophicae de Rheni divortiis, & accolis populis. 6°. Itinerarium Galliae Narbonensis. (D.J.)


HELSTON(Géog.) petite ville à marché d'Angleterre, dans le Comté de Cornoüailles : elle envoye deux députés au Parlement, & est à 2 lieues O. de Falmouth, à 75. S. O. de Londres. Long. 12. 27. lat. 50. 10. (D.J.)


HELVÉTIEN(LES), Géogr. peuple particulier qui faisoit partie de la Gaule ; il mérite bien d'avoir un article dans cet ouvrage, & sous son ancien nom, & sous son nom moderne, pour lequel voyez SUISSE.

Nous trouvons dans César les limites anciennes de l'Helvétie ; il la borne d'un côté par le Rhin qui la séparoit de la Germanie, de l'autre par le mont Jura qui la séparoit des Séquaniens, & d'un autre côté par e lac Léman & par le Rhône, qui la séparoient de l'Italie. Comme elle étoit au-delà du Rhin, elle appartenoit à la Gaule, ce qui fait que Tacite appelle les Helvétiens, nation gauloise ; Jules-César met l'Helvétie dans la Gaule Celtique ; mais Auguste pour rendre les provinces à-peu-près égales, unit l'Helvétie à la Belgique. Voilà donc Pline & Ptolomée qui ont vécu après ce changement amplement justifiés, pour avoir mis les Helvétiens dans la Belgique ; ils devoient suivre la nouvelle disposition d'Auguste.

Toute l'Helvétie étoit divisée en quatre cantons qui, quoique compris sous le nom général d'Helvétiens, avoient cependant chacun un nom distingué, & un territoire séparé ; on appelloit ces cantons Pagus Urbigenus, Pagus Ambronicus, Pagus Tigurinus, & Pagus Tugenus.

Les Urbigenes étoient les plus voisins de l'Italie ; ils tiroient leur nom de la ville Urba, Orbe, ville ancienne, mais dont la splendeur ne fut pas de durée ; car Aventicum, Avenche, lui enleva de bonne heure la gloire d'être non-seulement la capitale du canton, mais même de toute l'Helvétie. Avenche dut son élévation aux Romains qui, entr'autres faveurs, y établirent une colonie.

On comptoit alors plusieurs autres villes dans ce canton, savoir Colonia Equestris, ou Noviodunum, aujourd'hui Nyon ; Lausanna, à présent Lausanne, outre Minodum, présentement Milden, & par les François Moudon ; & Ebrodunum, ou Castrum Ebrodunense, qui est Yverdun.

Les Ambrons n'avoient, selon Cluvier, que deux villes, Solodurum, & Vindonissa ; on ne peut douter que Soleurre ne soit la même ville que Solodurum. A l'égard de Vindonissa, dont Tacite lui-même fait mention, les Géographes se persuadent que l'on trouve aujourd'hui des vestiges de cette ville dans le village de Windisch au canton de Berne ; & si les noms ont assez de rapport, la position ne convient pas mal, aussi-bien qu'à celle que lui donnent la table de Peutinger & l'Itinéraire.

Le Pagus Tigurinus tiroit son nom de la ville de Tigurum, aujourd'hui Zurich ; il n'y a cependant aucun ancien écrivain qui fasse mention de la ville ; mais apparemment qu'elle fut du nombre de celles que les Helvétiens brûlerent, lorsqu'ils formerent le dessein que César empêcha, de s'aller établir dans les Gaules.

Strabon est le seul des anciens auteurs qui fasse mention du Pagus Tugenus ; il est toutefois vraisemblable, qu'il tiroit son nom de la ville de Tugum, à présent encore capitale d'un canton. Je m'exprime ainsi, parce que le nom me paroît le même que celui de Zug ; car dans plusieurs noms de villes, qui chez les Romains commençoient par la lettre T, les Germains changeoient cette lettre en Z. De Taberna, ils firent Zabern ; de Tolbiacum, Zulpich ; & ainsi de Tugum, ils ont fait Zug, suivant toute apparence.

Nous avons dit ci-dessus, qu'Auguste rangea les Helvétiens sous la Belgique, & ils étoient encore censés de cette partie des Gaules, du tems de Pline & de Ptolomée. Après Constantin, ils se trouverent avec les Rauraques & les Séquaniens dans la province nommée maxima Sequanorum ; peu-à-peu leur nom d'Helvétiens se perdit, & fit place à celui des Séquaniens ; mais les Allemands, nation différente des Germains, quoique demeurant dans la Germanie, se jetterent dans l'Helvétie, dont il fallut leur céder une partie, les Burgundiens ou Bourguignons envahirent l'autre, de maniere que l'Helvétie se trouvant partagée entre ces deux peuples, prit le nom d'Allemagne & Bourgogne.

Sous les empereurs François, la partie Allemande de l'Helvétie fut gouvernée par le duc d'Allemagne & de Soüabe ; l'autre obéissoit à des comtes. Cette forme de gouvernement subsista très-long-tems, jusqu'à ce qu'enfin, après 13 cent ans de sujétion, ce pays recouvra son ancienne liberté, & s'associa divers états voisins, qui n'étoient point de l'ancienne Helvétie, mais qui sont du corps Helvétique de nos jours, lequel corps a pris le nom de Suisse. C'est sous ce mot, que nous parlerons de la Suisse moderne, heureux pays, où les solides richesses qui consistent dans la culture des terres, sont recueillies par des mains libres & victorieuses. (D.J.)


HELVÉTIQUEadj. (Hist. mod.) ce qui a rapport aux Suisses, ou habitans des treize cantons Suisses, qu'on appelloit autrefois Helvétiens.

Le corps Helvétique comprend la république de la Suisse, consistant en treize cantons qui font autant de républiques particulieres. Voyez CANTON.

Suivant les loix & coûtumes du corps Helvétique, tous les différends qui surviennent entre les différens états doivent être décidés dans le pays sans l'intervention d'aucune puissance étrangere. Il semble pourtant que les cantons catholiques ayent dérogé à cette coûtume par leur renouvellement d'alliance avec la France en 1715, puisqu'il y est stipulé entre autres choses, " Que si le corps Helvétique ou quelque canton est troublé intérieurement.... Sa Majesté ou les rois ses successeurs employeront d'abord les bons offices pour pacifier ces troubles, & que si cette voie n'avoit pas tout l'effet desiré, Sa Majesté employera à ses propres dépens les forces que Dieu lui a mises en main pour obliger l'aggresseur de rentrer dans les regles prescrites par les alliances que les cantons & les alliés ont entr'eux ". Précaution qui, à la vérité, ne porte aucune atteinte à la liberté du corps Helvétique ; mais qui prouve que les Suisses même ont cru l'intervention des puissances étrangeres nécessaires en cas de division parmi eux, contre ce qu'avance M. Chambers.

Le gouvernement du corps Helvétique est principalement démocratique ; mais il ne l'est pas purement, & est mêlé d'aristocratie. Quand il s'agit d'une affaire qui concerne le bien commun de tous les cantons, on convoque des assemblées générales où se rendent leurs députés qui ont voix délibérative. Depuis que la religion a partagé cette république comme en deux portions, les catholiques tiennent leurs assemblées à Lucerne, & quelquefois ailleurs, & les protestans s'assemblent à Arau.

Les assemblées générales se tiennent ordinairement vers la mi-Juin, dans l'hôtel de ville de Bade ; le canton de Zurich les convoque, & ses députés y proposent les matieres de délibération. Cette république qui faisoit autrefois partie de l'empire, & étoit soumise à la maison d'Autriche, fut reconnue par cette même maison pour un état indépendant & libre par le traité de Westphalie. Voyez SUISSE. (G)


HELVIDIENSS. f. pl. (Hist. ecclés.) secte d'anciens hérétiques, ainsi nommés à cause d'Helvidius leur chef, & disciple d'Auxentius l'arien, qui enseignoit que Marie, mere de Jesus, ne continua point d'être vierge, mais qu'elle eut d'autres enfans de Joseph.

Les Helvidiens sont appellés par les Grecs Antidicomarianites. Voyez ANTIDICOMARIANITES. Helvidius vivoit dans le quatrieme siecle, & S. Jérôme écrivit contre lui. (G)


HELVIEN(LES), Géog. ancien peuple de la Gaule Narbonnoise ; ils répondent au Vivarais de nos jours ; Strabon les a mal jugés en Aquitaine. La Roche d'Albis, autrefois capitale du Vivarais, est appellée par les Latins Alba Helviorum. (D.J.)


HEMS. m. (Chimie) les fourneaux dans lesquels le lapis calaminaris ou la calamine est cuite, ont un foyer dressé d'un côté d'un fourneau, & séparé du fourneau même par une division ouverte par en-haut, par où la flamme passe, chauffant ainsi & cuisant la calamine. Cette séparation est appellée le hem.

On se sert aussi de ce fourneau pour faire le cuivre jaune. Voyez les art. CUIVRE & LETON.


HÉMACURIESS. f. pl. (Antiq.) fêtes, à ce que dit le dictionnaire de Trévoux, célébrées dans le Péloponese en l'honneur de Pélops, à l'autel de qui l'on foüettoit de jeunes gens jusqu'à ce qu'ils l'eussent teint de leur sang ; c'est ce que signifie le mot grec , dérivé de , sang, & de , jeune homme. (D.J.)


HEMALOPIES. f. terme de Chirurgie, épanchement de sang dans le globe de l'oeil, à l'occasion d'un coup, d'une chute, ou d'une plaie. Il n'est pas possible d'espérer la résolution du sang épanché dans le globe de l'oeil, par les saignées & l'application des remedes propres à calmer l'inflammation & à prévenir ses progrès. Il faut donner issue au sang épanché. La plaie, s'il y en a, est une voie pour l'évacuation de ce fluide. Ceux qui ont cru perfectionner l'opération de la cataracte par l'extraction du crystallin, en imaginant, au lieu des ciseaux dont M. Daviel, inventeur de cette opération, se sert pour couper demi-circulairement à droite & à gauche la cornée transparente au bord de la conjonctive, après avoir pénétré avec une lancette dans la chambre antérieure ; ceux, dis-je, qui ont cru pouvoir éviter la multiplicité des instrumens, en se servant d'un petit bistouri pour faire la section de la cornée dans toute l'étendue convenable, ont éprouvé l'inconvénient de blesser l'iris & de procurer une hémorrhagie qui a rempli la chambre antérieure de l'oeil. Cette hémalopie, considérée en elle-même, n'a aucune mauvaise suite, parce que l'incision de la cornée permet la sortie de ce sang que le renouvellement de l'humeur aqueuse délaye. Si la plaie qui a occasionné l'épanchement du sang, n'en favorisoit pas l'issue ; ou si l'hémalopie avoit pour cause l'impression de quelque corps contondant sans plaie, il seroit à propos de faire avec une lancette une ponction à la partie inférieure de la cornée transparente pour tirer le sang épanché, & par-là prévenir les desordres que son séjour & son altération pourroient produire dans le globe de l'oeil. On laveroit ensuite le globe deux ou trois fois par jour avec du lait tiede, dans lequel on auroit fait infuser du safran. Quelques praticiens préferent le lait de femme. On traiteroit d'ailleurs le malade suivant les regles que prescrivent son tempérament, & les dangers qu'on auroit à craindre de la blessure plus ou moins grave. Voyez PLAIE en général, & PLAIE DE L'OEIL en particulier. (Y)


HEMANTUSS. m. (Botan.) genre de plante à fleur liliacée, monopétale, & découpée en six parties ; le calice devient dans la suite une capsule presque globuleuse, qui est divisée en trois loges, & qui renferme des semences oblongues. Ajoûtez à ces caracteres, que les fleurs de cette plante forment des têtes composées de six feuilles. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)


HÉMASTATIQUEsubst. f. (Medecine.) Voyez STATIQUE DES ANIMAUX.


HEMATITEou HAEMATITE, ou SANGUINE, (Hist. nat. Litholog.) c'est une pierre, ou plutôt une vraie mine de fer dont la figure varie ; son tissu est tantôt strié ou par aiguilles, comme l'antimoine ; tantôt il est composé de filamens ou de fibres, qui, à la couleur près, la font ressembler à du bois ; tantôt elle est sphérique ou hémi-sphérique ; tantôt elle est en mamelons, & formée par un assemblage de globules qui la font ressembler à une grappe de raisin ; tantôt elle est garnie de pyramides & de pointes ; tantôt enfin elle paroît composée de lames ou de feuillets, qui laissent quelquefois des intervalles vuides entr'eux, & la font ressembler à un rayon de miel. L'hématite varie aussi pour la couleur ; il y en a de rouge, de pourpre, de jaune, & de noirâtre ou couleur de fer : mais lorsqu'on l'écrase, elle est toûjours d'un rouge ou d'un jaune plus ou moins vif. L'hématite, quoique fort chargée de fer, n'est point attirable par l'aimant : le fer qu'elle donne est aigre, & il est difficile de lui procurer la ductilité convenable ; il y en a dont le quintal contient jusqu'à quatre-vingt livres de ce métal. Voyez FER. Voilà pourquoi quelques gens l'appellent ferret. (-)

HEMATITE, ou SANGUINE, (PIERRE), Mat. médic. on l'employe comme styptique dans les hémorrhagies. Juncker desapprouve son usage intérieur, comme peu éprouvé & souvent nuisible. Les fleurs de pierre hématite préparées par la sublimation avec le sel ammoniac, ne paroissent pas assez merveilleuses au même auteur, pour qu'on puisse le faire passer pour l'azoph de Paracelse, c'est-à-dire pour un remede singulier contre la cachexie, la passion hypocondriaque, la phthisie, la fievre tierce, la dyssenterie, &c. Ses fleurs sont styptiques à petite dose, & nuisent souvent par cette qualité. La teinture qu'on en retire n'est pas exempte du même reproche ; elle est styptique & nauséeuse, selon l'observation de Langius : c'est toûjours Juncker qui parle.

Il est moins dangereux, tutiùs, dit encore cet auteur, de tenir une pierre hématite dans sa main, pour arrêter l'hémorrhagie du nez : mais cet effet attribué si éminemment à la pierre hématite, qu'elle en a tiré son nom dans toutes les langues, ne s'observe que très-rarement ; & encore faut-il qu'on ait tenté ce secours sur des sujets délicats & crédules. On garde dans les boutiques la pierre hématite porphyrisée. Les fleurs de pierre hématite ont une odeur de safran ; elles se préparent comme les fleurs martiales. Voyez FER.

La pierre hématite entre dans les pilules astringentes, & l'emplâtre styptique. (b)

* HEMATITES, s. m. pl. (Hist. ecclés.) hérétiques dont S. Clément d'Alexandrie a parlé dans son liv. VII. des Stromates : leur nom vient de , sang. Peut-être étoit-ce une branche des Cataphryges, qui, selon Phylatrius, à la fête de pâques employoient le sang d'un enfant dans leurs sacrifices. Voyez CATAPHRYGES. S. Clément d'Alexandrie se contente de dire qu'ils avoient des dogmes qui leur étoient propres, & dont ils avoient été appellés Hématites. Il seroit à souhaiter que quelqu'un nous donnât une histoire des hérésies ; elle supposeroit des connoissances très-étendues, expliqueroit beaucoup de faits obscurs, & formeroit le tableau le plus humiliant, mais le plus capable d'inspirer aux hommes l'esprit de la paix.


HÉMATOCELES. f. terme de Chirurgie, tumeur contre nature au scrotum, formée par la présence du sang épanché dans les cellules graisseuses de cette partie. Cette maladie vient d'une chûte ou d'un coup violent qui, en meurtrissant la partie, auront occasionné l'ouverture des vaisseaux sanguins qui arrosent la partie blessée. La tumeur est d'un rouge brun, & son traitement est le même que celui qui convient à toutes les contusions. Le malade doit être saigné plus ou moins suivant son âge, son tempérament & la force de la contusion. Les fomentations spiritueuses avec l'eau-de-vie camphrée, les compresses trempées dans cette liqueur, & soûtenues d'un bandage nommé suspensoir, feront le pansement dans les premiers jours. Si la contusion menaçoit de gangrene, & que les secours qu'on vient de décrire n'ayent pu prévenir cette terminaison, il faudroit scarifier la tumeur pour débarrasser la partie du sang épanché qui suffoque le principe vital ; on appliqueroit des remedes antiputrides, tels qu'une onction avec l'onguent de styrax, & pardessus un cataplasme aromatique. Le quinquina en poudre peut être très-utilement a jouté aux poudres de scordium, de rue, de sauge, d'absynthe, de camomille, &c. dont on compose les cataplasmes antigangréneux. M. Bertrandi, chirurgien du roi de Sardaigne, a rapporté dans un mémoire inséré dans le troisieme tome de l'académie royale de chirurgie, l'observation d'un medecin de ses amis à qui il survint une gangrene au scrotum. Il le laissa scarifier, saupoudra les incisions avec la poudre de quinquina, & se fit envelopper les bourses avec des compresses trempées dans la décoction de cette drogue. Par ce moyen la gangrene s'arrêta, les parties qui en étoient atteintes se dessécherent ; il resta un ulcere louable, qui fut facilement amené à une parfaite cicatrice. Le docteur Pringle a fait de très-belles observations sur la vertu antiputride du quinquina dans l'usage extérieur. Il a mis dans une infusion de quinquina faite tout simplement avec de l'eau de fontaine un morceau de chair pourrie ; elle s'est tellement rétablie dans son premier état, qu'il l'a conservée sans corruption pendant une année entiere dans la même liqueur. Voyez ce que nous avons dit de l'usage intérieur du quinquina au mot GANGRENE.

La lymphe qui forme l'hydrocele est quelquefois si acrimonieuse qu'elle ulcere des vaisseaux sanguins, ce qui produit un hématocele. Il arrive aussi que le sang épanché, à l'occasion d'une plaie dans le scrotum, dégénere en hydrocele, lorsque le sang a été discuté par l'action des topiques : on voit néanmoins à l'ouverture de ces sortes de tumeurs, qu'il en sort de l'eau qui charrie quelques grumeaux de sang.

Les auteurs ne se servent pas communément du mot hématocele. On le trouve employé par Ingrassias dans ses commentaires sur Avicenne, ou traité des tumeurs contre nature. M. Bertrandi s'en est servi dans les mémoires de l'académie de Chirurgie : il exprime une maladie particuliere, qui mérite bien d'avoir un nom propre. (Y).


HÉMATOSES. f. haematosis, terme de Medecine, action naturelle par laquelle le chyle se convertit en sang : on l'appelle autrement sanguification. Voyez SANGUIFICATION. Ce mot vient du grec , sang. Les principales des actions vitales sont la chylose & l'hématose. Voyez CHYLOSE, SANG, &c. Dictionn. de Trévoux.


HÉMAU(Géog.) petite ville d'Allemagne, dans le haut Palatinat, près de Ratisbonne.


HÉME(Hydr.) Voyez REPERE.


HÉMÉRALOPIES. f. terme de Chirurgie, maladie des yeux. C'est une affection de la rétine devenue si sensible aux impressions de la lumiere, que cette membrane en est blessée pendant le jour, & qu'on ne voit que pendant la nuit. Cet état est naturel en quelques oiseaux, tels que le hibou : il est contre nature dans l'homme. Hippocrate en a parlé, & appelle cette maladie nyctalopie, & ceux qui en sont affectés, nyctalopes.

L'aveuglement de jour est quelquefois l'effet des maladies des paupieres ; les maladies les tiennent fermées pendant le jour, pour éviter la douleur que la grande lumiere leur causeroit. La vraie héméralopie est une maladie de la rétine, qui consiste dans la sensibilité augmentée de cette membrane. C'est ordinairement l'effet d'une disposition inflammatoire. Les signes qui manifestent cette maladie, se tirent de la déclaration du malade & de l'inspection de la prunelle. Elle se resserre extraordinairement à la présence de la lumiere, beaucoup plus que la vivacité des rayons lumineux qui la frappent ne le permet dans l'état naturel.

L'héméralopie est presque toûjours un symptome ou un accident de quelques maladies. On l'a vue survenir, après de violentes douleurs de tête, après des accès épileptiques, à la suite des vapeurs violentes, & d'autres maladies qui peuvent déterminer l'engorgement des vaisseaux de la pie-mere. La structure de la rétine, la connoissance de l'origine & des dépendances de cette membrane, rendent raison de ces phénomenes.

Quand la maladie est causée par une disposition inflammatoire, de quelle cause qu'elle vienne, elle se termine quand les maladies principales cessent : elle dure long-tems, quand ces maladies se rendent habituelles. Le symptome pourroit subsister après la guérison parfaite de la maladie principale ; les délayans, les purgatifs, & un cautere ou séton à la nuque pourront remplir les vues qu'on doit se proposer pour détourner la fluxion de la rétine. Voyez CAUTERE, SETON. (Y)


HEMEROBAPTISTESS. m. (Hist. anc.) secte parmi les anciens Juifs, ainsi nommés, parce qu'ils se lavoient & se baignoient tous les jours & dans toutes les saisons de l'année. Voyez BAPTEME.

S. Epiphane, en faisant mention de cette hérésie, comme étant la quatrieme qui s'étoit élevée parmi les Juifs, observe que les Hémérobaptistes pensoient sur les autres points de religion à-peu-près comme les Scribes & les Pharisiens, si ce n'est qu'ils nioient encore la résurrection des morts comme les Saducéens, & qu'ils donnoient dans quelques autres impiétés de ces derniers.

D'Herbelot parle de ces hérétiques comme d'une secte qui subsiste jusqu'à présent. Les disciples de S. Jean Baptiste, dit-il, qui dans les premiers siecles de l'Eglise s'appelloient Hémérobaptistes, formerent une secte, ou plutôt une religion séparée, sous le nom de Mendaï Jahia. Ces gens-là, que nos voyageurs appellent Chrétiens de S. Jean-Baptiste, parce que leur baptême est fort différent du nôtre, ont été confondus avec les Sabéens, quoiqu'il y ait une grande différence entre ces deux sectes. Voyez SABEENS. Voyez le dict. de Trévoux.


HEMEROCALLES. f. ou FLEUR D'UN JOUR, Lilium purpuro croceum majus, (Bot.) est une espece de lis orangé, & par conséquent une plante bulbeuse, qui pousse de longues feuilles, d'où il s'éleve une tige de trois piés de haut, garnie de feuilles d'un verd obscur luisant, portant une fleur à tête, qui s'épanouit & devient comme une tulipe de couleur rouge, ce qui lui fait donner le nom de lis orangé ou lis sauvage. Cette fleur paroît en été, & se plante en Octobre ; elle se gouverne comme le lis, mais elle est de peu de durée. (K)


HEMERODROMESsub. m. pl. (Hist. anc.) c'étoient chez les anciens des sentinelles ou des gardes qui veilloient à la sûreté des villes. V. GARDE. Ils sortoient le matin de la ville, quand on en ouvroit les portes ; & pendant tout le jour ils rodoient autour, & s'avançoient même au loin dans la campagne pour observer s'il n'y avoit point quelque corps d'ennemis qui approchât pour la surprendre. C'est ce que nous appellons batteurs d'estrade.

Les hémérodromes étoient aussi chez les anciens des couriers qui ne marchoient qu'un jour, & qui donnoient leurs dépêches à un autre qui couroit le jour suivant, & ainsi de même jusqu'au terme. Voyez COURIER.

Les anciens Grecs se servoient de ces sortes de couriers, qu'ils avoient pris des Perses, qui en furent les inventeurs, comme il paroît par Hérodote. Auguste fit la même chose, ou du-moins il établit des couriers, lesquels, s'ils ne se relevoient pas tous les jours, se relevoient d'espace en espace, & ces espaces n'étoient pas grands. Dict. de Trévoux. (G)


HEMEROSCOPIUM(Géogr.) ancienne ville d'Espagne : Strabon la nomme célebre ; & comme il ajoute qu'il y a sur le promontoire un temple consacré à Diane d'Ephese, cette remarque fait voir que c'est le même lieu qui fut ensuite nommé, à cause de ce temple, Dianium ; aujourd'hui Denia. Cette ville avoit été bâtie par une colonie des Massiliens. (D.J.)


HEMI(Mathém.) ce mot entre dans la composition de quelques termes des sciences & des arts. Il signifie demi, & est un abrégé du mot grec , hemisis, qui signifie la même chose. Les Grecs retranchent la derniere syllabe du mot dans la composition des mots, & nous l'avons fait à leur exemple dans la composition des mots que nous avons pris d'eux. Chambers, & diction. de Trévoux. (E)

HEMI, en Musique. Voyez (SEMI.)


HEMI-SPHÉROIDES. m. terme de Géométrie, est proprement la moitié d'un sphéroïde, c'est-à-dire d'un solide qui approche de la figure d'une demi-sphere. Voyez SPHEROIDE. (E)


HEMICRANIES. f. Maladie, c'est une sorte d'affection dolorifique, qui a son siége dans différentes parties externes de la tête. Voy. MIGRAINE.


HÉMICYCLEHÉMICYCLE

Cette invention partoit d'un homme très-célebre dans l'Astronomie ; Bérose, le fameux historien de Babylone, vivoit du tems d'Alexandre, & au commencement du regne d'Antiochus Soter, qui prit le surnom de Théos ; il lui dédia son histoire, laquelle contenoit les observations astronomiques de 480 ans. Il enseigna cette science à Cos, patrie d'Hippocrate, & de-là se rendit à Athènes, où on éleva à sa gloire dans le gymnase une statue avec une langue d'or ; mais il lui falloit élever une statue tenant de la main un hémicycle. (D.J.)

HEMICYCLE, (Architect.) se dit particulierement en architecture des arcs de voutes en plein ceintre, & qui forment un demi-cercle parfait ; alors on divise l'hémicycle en tant de voussoirs que la grandeur de l'arc & la qualité des matériaux l'exigent ; mais il faut qu'ils soient en nombre impair, afin que les joints ne se trouvent point dans le milieu, mais au contraire observer que ce soit une seule pierre que l'on nomme clé, qui serve à fermer l'arc, & à tenir en équilibre les voussoirs. Voyez CLE. On appelloit aussi hémicycle une partie de l'orchestre du théâtre des anciens. (P)


HEMIMONTUS(Géograph. anc.) contrée de la Thrace, ainsi nommée du mont Haemus : on appella d'abord Haemimontani ceux qui habitoient le mont Haemus ; & dans un siecle postérieur, on en fit une province nommée Haemimontus. La province du mont Haemus étoit entre la seconde Moesie & l'Europe. Elle avoit la Thrace propre à l'occident, la province de Rhodope au sud, l'Europe propre à l'est, la seconde Moesie & la Scythie au nord. Selon les notices ecclésiastiques, elle avoit cinq ou six diocèses épiscopaux, dont le métropolitain prenoit la qualité d'exarque. (D.J.)


HEMINES. f. (Littérat.) vaisseau servant de mesure chez les Romains, & qui contenoit, suivant l'opinion la plus vraisemblable, dix onces de vin, ou neuf onces d'huile ; cependant, selon Fernel & Garaut chef de notre cour des Monnoies, l'hémine romaine revient au demi-septier de Paris, qui ne contient que huit onces de liqueur. Festus prétend que l'hémine est ainsi nommée du grec , moitié, parce qu'elle est la moitié du sextier romain, ce qui est confirmé par Aulu-Gelle, lib. III. cap. jv.

Apulée déclare aussi que la cotyle des Grecs & l'hémine romaine étoient synonymes, & que toutes deux se prenoient pour demi-sextier ; de sorte qu'ils appelloient quelquefois l'hémine, la cotyle d'Italie. Au reste, les Grecs avoient coutume de mettre dans les temples les originaux de toutes les mesures liquides & solides, pour y avoir recours quand on voudroit les vérifier. Les Romains & les Juifs en usoient de même, & nos législateurs modernes ont adopté ce sage réglement : l'on garde, par exemple, dans l'hôtel de ville de Paris, les étalons des mesures & des poids de cette capitale.

M. Arnaud a donné une dissertation curieuse sur l'hémine, on peut la consulter ; mais rien n'a répandu tant de lumieres sur ce sujet, que les ouvrages de divers savans qui en ont disputé dans le dernier siecle ; je veux parler entr'autres de ceux de MM. Pelletier, Lancelot, Martenne & Mabillon, publiés à l'occasion de l'hémine de vin que S. Benoît ordonne à ses religieux par jour ; car pour déterminer ce qu'il faut entendre par l'hémine de S. Benoît, si c'étoit huit, dix ou douze onces, plus ou moins, ou si c'étoit une mesure particuliere à cet ordre, les habiles gens que je viens de nommer ont tellement épuisé dans leurs contestations tout ce qui concerne l'hémine des anciens, qu'ils n'ont rien laissé à desirer, ni à glaner après eux. (D.J.)

HEMINE, (Commerce) que l'on écrit aussi ÉMINE ou ESMINE, grande mesure de grains en usage en plusieurs endroits de France, & en quelques ports des côtes de Barbarie. L'hémine n'est pas néanmoins une mesure effective, comme peuvent être le boisseau ou le minot ; mais, pour ainsi dire, une espece de mesure de compte, ou un composé de plusieurs autres certaines mesures. A Auxonne, l'hémine est de 15 boisseaux du pays, qui reviennent à deux septiers neuf boisseaux un tiers de Paris. L'hémine de Maxilli contient 25 boisseaux de ce lieu, qui sont égaux à trois septiers de Paris. A S. Jean de Laune, l'hémine est de 17 boisseaux du pays, qui rendent à Paris deux septiers 10 boisseaux. A Marseille, l'hémine de blé est estimée peser 75 liv. poids de lieu, ou 60 liv. peu plus, poids de marc : elle se divise en huit sivadieres. En Barbarie, l'hémine est semblable à neuf boisseaux de Paris. L'hémine est aussi en usage en Languedoc, particulierement à Agde, à Béziers & à Narbonne : l'hémine d'Agde est de deux septiers, & pese 120 livres ; celle de Béziers, hors la rase, donne deux pour cent de plus, & pese 122 livres ; l'hémine de Narbonne, dont les deux font le septier, pese 65 liv. A Montpellier, l'hémine se divise en deux quartes. Deux hémines font le septier, & six hémines font un mude & demi d'Amsterdam. A Castres, l'hémine contient quatre mégeres, & la mégere quatre boisseaux ; il faut deux hémines pour faire le septier. A Châlons & à Dijon, l'hémine est égale : celle de froment pese 45 liv. poids de marc ; celle de méteil 43, celle de seigle 41, & celle d'avoine 25 l. A Auxonne : on a déjà dit quelque chose de son hémine ; on ajoutera que celle de froment pese 27 livres, celle de méteil 26, celle de seigle 25, & celle d'avoine 20. A Dole, Pontarlier & Salins, l'hémine de froment pese 60 liv. celle de méteil 59, & celle de seigle 58 livres. A Villers-Suxel & Montjutin, l'hémine de froment pese 45 liv. celle de méteil 44, & celle de seigle 43. A Montbelliard, Héricour & Blamont, l'hémine de froment pese 40 liv. celle de méteil 39, & celle de seigle 38. Toutes ces réductions sont faites au poids de marc. Diction. du Commerce. (G)


HÉMIOLEsubst. f. ancien terme de Mathématique consacré en quelque maniere à la Musique. Il signifie le rapport de deux choses, dont l'une contient l'autre une fois & demie, comme 3, 2, ou 15, 10. On l'appelle autrement sesquialtere.

C'est de ce rapport que naît la consonnance appellée diapente ou quinte, & l'ancien rythme sesquialtere en naissoit aussi. Voyez RYTHME.

Les anciens auteurs italiens donnent encore le nom d'hémiole ou hémiolie à cette espece de triple dont chaque tems est une note notoire ; si elle est sans queue, la mesure s'appelle hémiolia maggiore, parce qu'elle se bat plus lentement, & qu'il faut deux noires à queue pour chaque tems. Si chaque tems ne contient qu'une noire à queue, la mesure se bat du double plus vîte, & s'appelle hemiolia minore. (S)


HÉMIOLIENadj. en Musique, ou sesquialtere ; c'est le nom que donne Aristoxene à l'une des trois especes du genre chromatique, dont il explique les divisions. Le tétracorde en est partagé en trois intervalles, dont les deux premiers ont chacun cinq douziemes de ton, & le troisieme, par conséquent, cinq tiers. Voyez TETRACORDE. (S)


HÉMIOPES. f. (Musique) nom d'un instrument qui étoit en usage chez les anciens. Ce mot vient de , demi, & , trou. L'hémiope étoit une flûte qui n'avoit que trois petits trous. Voyez FLUTE DE TAMBOURIN. (S)


HÉMIPLÉGIES. f. (Médecine) espece de maladie qui consiste dans la privation du sentiment ou du mouvement ; souvent même de l'un & de l'autre, de tout un côté du corps, de la tête aux piés. Voyez PARALYSIE.


HÉMISPHERES. m. terme de Géométrie, est la moitié d'un globe ou d'une sphere terminée par un plan qui passe par son centre. Voyez SPHERE. Ce mot est composé de , demi, & , sphere ou globe.

Si le diametre d'une sphere est égal à la distance des deux yeux, & que la ligne droite tirée du centre de la sphere sur le milieu de cette distance soit perpendiculaire à la ligne qui joint les deux yeux, on doit appercevoir tout l'hémisphere. Si la distance des deux yeux est plus grande ou plus petite que le diametre de la sphere, on verra plus ou moins un hémisphere. Voyez VISION.

Le centre de gravité d'un hémisphere est éloigné de son sommet des cinq huitiemes du rayon. Voyez CENTRE DE GRAVITE.

Hémisphere, en terme de Géographie, se dit de la moitié du globe terrestre. Voyez GLOBE.

L'équateur divise la sphere en deux parties égales, dont l'une est appellée hémisphere septentrional, & l'autre hémisphere méridional. Voyez EQUATEUR.

L'hémisphere septentrional est celui qui a le pole du nord à son sommet. Tel est celui qui est représenté par D P A (Pl. astronom. fig. 52.) terminé par l'équateur D A, & qui a le pole arctique P à son zénith. Voyez POLE & ARCTIQUE.

L'hémisphere méridional est cette autre moitié A D Q terminée par l'équateur D A, qui a le pole antarctique Q à son zénith. Voyez ANTARCTIQUE.

L'horison divise encore la sphere en deux hémispheres, l'un supérieur, & l'autre inférieur. Voyez HORISON.

L'hémisphere supérieur est celui de la sphere du monde H Z R, qui est terminé par l'horison H R, & qui a le zénith Z à son sommet. Voyez ZENITH.

L'hémisphere inférieur est l'autre moitié H N R terminée par l'horison H R, qui a le nadir N à son sommet. Voyez NADIR.

Hémisphere est encore un plan ou projection de la moitié du globe terrestre ou céleste sur une surface plane. Voyez CARTE & PROJECTION. Cette projection est appellée plus proprement planisphere. Voyez PLANISPHERE. Chambers. (E)


HÉMISTICHEsub. m. (Littérature) moitié de vers, demi-vers, repos au milieu du vers. Cet article qui paroît d'abord une minutie, demande pourtant l'attention de quiconque veut s'instruire. Ce repos à la moitié d'un vers, n'est proprement le partage que des vers alexandrins. La nécessité de couper toûjours ces vers en deux parties égales, & la nécessité non moins forte d'éviter la monotonie, d'observer ce repos & de le cacher, sont des chaînes qui rendent l'art d'autant plus précieux, qu'il est plus difficile.

Voici des vers techniques qu'on propose (quelque foibles qu'ils soient) pour montrer par quelle méthode on doit rompre cette monotonie, que la loi de l'hémistiche semble entraîner avec elle.

Observez l 'hémistiche, & redoutez l'ennui

Qu'un repos uniforme attache auprès de lui.

Que votre phrase heureuse, & clairement rendue

Soit tantôt terminée, & tantôt suspendue ;

C'est le secret de l'Art. Imitez ces accens

Dont l'aisé Géliotte avoit charmé nos sens :

Toûjours harmonieux, & libre sans licence,

Il n'appesantit point ses sons & sa cadence.

Sallé, dont Terpsicore avoit conduit les pas,

Fit sentir la mesure, & ne la marqua pas.

Ceux qui n'ont point d'oreilles n'ont qu'à consulter seulement les points & les virgules de ces vers ; ils verront qu'étant toûjours partagés en deux parties égales, chacune de six syllabes, cependant la cadence y est toûjours variée, la phrase y est contenue ou dans un demi-vers, ou dans un vers entier, ou dans deux. On peut même ne complete r le sens qu'au bout de six ou de huit ; & c'est ce mélange qui produit une harmonie dont on est frappé, & dont peu de lecteurs voyent la cause.

Plusieurs dictionnaires disent que l'hémistiche est la même chose que la césure, mais il y a une grande différence : l'hémistiche est toûjours à la moitié du vers ; la césure qui rompt le vers est par-tout où elle coupe la phrase.

Tien. Le voilà. Marchons. Il est à nous. Vien. Frappe.

Presque chaque mot est une césure dans ce vers.

Hélas, quel est le prix des vertus ? La souffrance.

Dans les vers de cinq piés ou de dix syllabes, il n'y a point d'hémistiche, quoi qu'en disent tant de dictionnaires ; il n'y a que des césures ; on ne peut couper ces vers en deux parties égales de deux piés & demi.

Ainsi partagés, | boiteux & malfaits,

Ces vers languissans | ne plairoient jamais.

On en voulut faire autrefois de cette espece dans le tems qu'on cherchoit l'harmonie qu'on n'a que très-difficilement trouvée. On prétendoit imiter les vers pentametres latins, les seuls qui ont en effet naturellement cet hémistiche ; mais on ne songeoit pas que les vers pentametres étoient variés par les spondées & par les dactiles ; que leurs hémistiches pouvoient contenir ou cinq, ou six, ou sept syllabes. Mais ce genre de vers françois au contraire ne peuvent jamais avoir que des hémistiches de cinq syllabes égales, & ces deux mesures étant trop rapprochées, il en résultoit nécessairement cette uniformité ennuyeuse qu'on ne peut rompre, comme dans les vers alexandrins. De plus, le vers pentametre latin venant après un hexametre, produisoit une variété qui nous manque.

Ces vers de cinq piés à deux hémistiches égaux pourroient se souffrir dans des chansons : ce fut pour la Musique que Sapho inventa chez les Grecs une mesure à-peu-près semblable, qu'Horace les imita quelquefois lorsque le chant étoit joint à la Poésie, selon sa premiere institution. On pourroit parmi nous introduire dans le chant cette mesure qui approche de la saphique.

L'amour est un dieu | que la terre adore,

Il fait nos tourmens, | il sait les guérir.

Dans un doux repos | heureux qui l'ignore !

Plus heureux cent fois | qui peut le servir.

Mais ces vers ne pourroient être tolérés dans des ouvrages de longue haleine, à cause de la cadence uniforme. Les vers de dix syllabes ordinaires sont d'une autre mesure ; la césure sans hémistiche est presque toûjours à la fin du second pié, desorte que le vers est souvent en deux mesures, l'une de quatre, l'autre de six syllabes ; mais on lui donne aussi souvent une autre place, tant la variété est nécessaire.

Languissant, foible, & courbé sous les maux,

J'ai consumé mes jours dans les travaux :

Quel fut le prix de tant de soins ? L'envie.

Son souffle impur empoisonna ma vie.

Au premier vers la césure est après le mot foible ; au second après jours ; au troisieme elle est encore plus loin après soins ; au quatrieme elle est après impur.

Dans les vers de huit syllabes il n'y a jamais d'hémistiche, & rarement de césure.

Loin de nous ce discours vulgaire,

Que la nature dégenere,

Que tout passe & que tout finit.

La nature est inépuisable,

Et le travail infatigable

Est un dieu qui la rajeunit.

Au premier vers s'il y avoit une césure, elle seroit à la troisieme syllabe, loin de nous ; au second vers à la quatrieme syllabe, nature. Il n'est qu'un cas où ces vers consacrés à l'ode ont des césures, c'est quand le vers contient deux sens complets comme dans celui-ci.

Je vis en paix, je fuis la cour.

Il est sensible que je vis en paix, forme une césure ; mais cette mesure répétée seroit intolérable. L'harmonie de ces vers de quatre piés consiste dans le choix heureux des mots & des rimes croisées : foible mérite sans les pensées & les images.

Les Grecs & les Latins n'avoient point d'hémistiche dans leurs vers hexametres ; les Italiens n'en ont dans aucune de leurs poésies.

Le donne, j cavalier, l'armi, gli amori,

Le cortésie, l'audaci imprese jo canto

Che furo al tempo che passaro j mori

D'africa il mar, e in francia nocquer tanto, &c.

Ces vers sont composés d'onze syllabes, & le génie de la langue italienne l'exige. S'il y avoit un hémistiche, il faudroit qu'il tombât au deuxieme pié & trois quarts.

La Poésie angloise est dans le même cas ; les grands vers anglois sont de dix syllabes ; ils n'ont point d'hémistiche, mais ils ont des césures marquées.

At tropington | not far from cambridge, stood

A cross a pleasing stream | a bridge of wood,

Near it a mill | in low and plashy ground,

Where corn for all the neighbouring parts | was grown'd.

Les césures différentes de ces vers sont désignées par les tirets |.

Au reste, il est peut-être inutile de dire que ces vers sont le commencement de l'ancien conte du berceau, traité depuis par la Fontaine. Mais ce qui est utile pour les amateurs, c'est de savoir que nonseulement les Anglois & les Italiens sont affranchis de la gêne de l'hémistiche, mais encore qu'ils se permettent tous les hiatus qui choquent nos oreilles, & qu'à cette liberté ils ajoutent celle d'allonger & d'accourcir les mots selon le besoin, d'en changer la terminaison, de leur ôter des lettres ; qu'enfin, dans leurs pieces dramatiques, & dans quelques poëmes, ils ont secoué le joug de la rime : de sorte qu'il est plus aisé de faire cent vers italiens & anglois passables, que dix françois, à génie égal.

Les vers allemands ont un hémistiche, les espagnols n'en ont point : tel est le génie différent des langues, dépendant en grande partie de celui des nations. Ce génie qui consiste dans la construction des phrases, dans les termes plus ou moins longs, dans la facilité des inversions, dans les verbes auxiliaires, dans le plus ou moins d'articles, dans le mêlange plus ou moins heureux des voyelles & des consonnes : ce génie, dis-je, détermine toutes les différences qui se trouvent dans la poésie de toutes les nations ; l'hémistiche tient évidemment à ce génie des langues.

C'est bien peu de chose qu'un hémistiche ; ce mot sembloit à peine mériter un article ; cependant on a été forcé de s'y arrêter un peu ; rien n'est à mépriser dans les Arts ; les moindres regles sont quelquefois d'un très-grand détail. Cette observation sert à justifier l'immensité de ce Dictionnaire, & doit inspirer de la reconnoissance pour les peines prodigieuses de ceux qui ont entrepris un ouvrage, lequel doit rejetter à la vérité toute déclamation, tout paradoxe, toute opinion hasardée, mais qui exige que tout soit approfondi. Article de M. DE VOLTAIRE.


HÉMITRITÉE(Maladie) c'est une épithete que les Grecs ont donnée à une sorte de fievre, qui étant de sa nature continue, exacerbante, c'est-à-dire avec redoublement, tient cependant du caractere de la fievre intermittente tierce, par le type ou l'ordre de ses redoublemens : c'est l', febris hemitritaea seu semi-tertiana, de Galien, de Sennert.

La fievre hémitritée, ou l'hémitritée, ce mot étant souvent employé substantivement, ou ce qui est la même chose, la demi-tierce, est donc cette espece de fievre dans laquelle, outre les redoublemens de la fievre continue quotidienne, dont les retours sont reglés, il survient encore de deux en deux jours un redoublement plus considérable qui se fait sentir à la même heure, & correspond aux accès de l'espece de fievre intermittente, appellée tierce : en sorte que chaque troisieme jour, à compter du premier accès, il y a deux redoublemens, c'est-à-dire, celui de la fievre quotidienne & celui de la fievre tierce, intermittente, qui est comme entée sur la continue ; & le jour intermédiaire n'a qu'un redoublement, qui est de celle-ci : ainsi la fievre ne cesse point, ne diminue point jusqu'à l'apyrexie, jusqu'à l'intermittence complete ; mais dans la diminution de tous les symptomes, dans la rémission surviennent tous les jours des redoublemens de quotidienne continue, & de plus de deux jours en deux jours, des paroxysmes tiercenaires, qui sont encore plus forts que les autres, & tels qu'ils paroissent dans la véritable fievre intermittente tierce.

On doit cependant observer qu'il y a trois sortes de fievres, auxquelles les anciens ont donné le nom d'hémitritée ; savoir, 1°. la fievre tierce intermittente, dont les accès deviennent si longs, que celui qui doit suivre, commence avant que le précédent soit bien fini ; en sorte qu'il n'y a plus d'intermittence marquée. Telle étoit l'hemitritée de Celse, à laquelle on peut rapporter celle qui de double tierce devient par l'extension de ses paroxysmes, fievre continue-remittente. 2°. L'hémitritée de Galien, qui est une complication de la fievre continue avec des redoublemens, de la quotidienne, & de la fievre tierce intermittente, telle qu'elle a été caractérisée ci-devant. 3°. Enfin, l'hémitritée, qui est formée de l'union de la fievre continue sans redoublemens, avec la continue qui a des redoublemens tiercenaires.

C'est l'hémitritée de Galien, qui est la plus connue des auteurs, & dont il est le plus fait mention dans les observations de pratique : c'est aussi de celle-là que l'on trouve la description la plus circonstanciée ; Lommius l'a fait ainsi, medic. Observ. lib. I.

Tous les accès ou redoublemens de cette fievre commencent par le froid, & finissent par la sueur : mais dans les accès tiercenaires, le froid est plus fort avec tremblement, suivi d'une chaleur plus ardente, d'une grande soif, & à la fin d'une sueur plus abondante ; au lieu que dans les accès qui appartiennent à la quotidienne, le froid est moins considérable, sans tremblement ; la chaleur qui suit est plus douce & sans soif ; le poulx est moins élevé, & ce n'est qu'une moiteur qui survient à la fin des paroxysmes : mais dans les uns & dans les autres, le malade n'est jamais sans fievre.

Une telle complication de fievre continue & de fievre intermittente a de quoi paroître singuliere ; mais quoiqu'elle soit très-rare, elle a été observée par un grand nombre d'auteurs dignes de foi. Le célebre Van Swieten dit (comment. Boerhaav. §. 738.) avoir vû un homme sujet à la fievre quarte, qui, ayant été attaqué d'une pleurésie, n'en eut pas moins les accès bien marqués de cette fievre intermittente, malgré la fievre continue inflammatoire & les remedes qui furent employés pour la combattre.

La fievre hémitritée est trop compliquée pour n'être pas dangereuse : aussi a-t-on observé qu'elle est très-souvent incurable, & devient en peu de jours mortelle, à la suite des symptomes violens qui affectent principalement l'estomac & les parties nerveuses ; ce qui dépend des humeurs bilieuses qui dominent dans la masse du sang, d'où souvent aussi les affections soporeuses, spasmodiques, les insomnies, avec délire & syncope ; en un mot, tout ce qui peut caractériser une fievre de mauvaise nature.

Mais le prognostic est en général plus ou moins fâcheux, à proportion que les paroxysmes tiercenaires sont plus ou moins violens. On doit en conséquence, tirer les indications du caractere le plus dominant de la fievre quotidienne ou de la fievre tierce continue, & satisfaire à ce qui est indiqué, en suivant ce qui est prescrit dans la cure de ces différentes sortes de fievre. Voyez FIEVRE, FIEVRE QUOTIDIENNE, TIERCE, CONTINUE & INTERMITTENTE.


HÉMONou THERMODON, s. m. (Géogr. anc.) fleuve de Béotie, qui traversoit la ville de Chéronée, & se joignoit au Céphyse.


HÉMONIES. f. (Géog. anc.) la partie septentrionale de Thrace ; elle s'étendoit entre le mont Hémo ou Costignazzo, la Mariza, jusqu'au Pont-Euxin. Andrinople, Anchilaüs & Nicopolis en étoient les lieux principaux.


HÉMOPHOBES. m. (Médecine) , hemophobus, Galien lib. IX. de meth. med. c. v. fait usage de ce terme pour désigner un medecin qui est timide à prescrire des saignées. Lexic. Castell. Voyez SAIGNEE.


HÉMOPTYSIES. f. (Maladie) , haemoptysis. Ce terme est employé pour désigner l'espece d'expectoration lésée quant à la matiere dans laquelle on rend du sang, ou des crachats sanglans. Voyez EXPECTORATION.

Il n'y a point de viscere qui soit sujet à de plus fréquentes & à de plus considérables maladies, que les poûmons : la raison s'en présente aisément ; si l'on fait attention à la foiblesse de son organisation, à l'effort qu'il est exposé à soutenir continuellement de la part du sang qu'il reçoit dans son grand système artériel ; si l'on considere combien il doit être affecté par l'action dans laquelle il est, sans interruption, pour l'entretien de la respiration ; combien il peut éprouver de différentes impressions, par l'effet des différentes qualités de l'air qui ne cesse d'entrer & de sortir alternativement dans les conduits destinés à le contenir.

Mais il n'y a point de lésion de ce viscere qui soit plus importante que l'hémoptysie, tant par-elle même & la conséquence de ces symptomes actuels, que par rapport aux suites que peut avoir cette maladie ; puisqu'elle produit le plus souvent la phthisie pulmonaire. Après le crachement, c'est-à-dire l'expectoration de sang, on doit toûjours, selon l'observation d'Hippocrate, craindre qu'il ne suive un crachement de pus.

Ainsi l'hémoptysie consiste dans une éjection par la bouche, de sang vermeil & écumeux, sorti des poûmons, accompagnée ou, pour mieux dire, précédée de la toux & d'un peu de gêne dans la respiration, avec un sentiment d'ardeur dans quelque partie de la poitrine, & de douleur pungitive ou semblable à celle que procure une solution actuelle de continuité, par l'effet de quelque déchirement dans une partie sensible.

L'hémoptysie propremenr dite est sans fievre inflammatoire.

Les causes qui disposent à l'hémoptysie, sont la foiblesse naturelle du tissu des vaisseaux pulmonaires, qui est souvent aussi un vice héréditaire dans les sujets en qui on observe qu'elle est respectivement plus considérable que dans d'autres ; la quantité du sang qui engorge les vaisseaux pulmonaires ; la qualité des humeurs qui péchent par l'épaississement, ou par l'acrimonie dissolvante, les obstructions formées dans les vaisseaux lymphatiques du poûmon, qui produisent des tubercules, des abscès, des ulceres.

De ces différentes causes s'ensuivent des dilatations forcées, anévrysmales, variqueuses dans les vaisseaux sanguins ; des erreurs de lieu dans les autres vaisseaux ; des engorgemens dans les différentes parties relâchées de ce viscere ; des resserremens, des compressions dans les conduits des humeurs & de l'air même, qui gênent, qui empêchent le libre cours de ces fluides ; ce qui donne lieu, par rapport au sang, à ce que l'impulsion que ce fluide continue à recevoir, force les obstacles & produit la rupture des vaisseaux dont l'embarras ne peut être surmonté d'une maniere moins violente ; tandis que les voies de l'air remplies par les vaisseaux dilatés outre mesure, ou par les fluides épanchés, éprouvent un embarras qui fait nécessairement celui de la respiration.

Les causes qui accélerent les effets des différentes dispositions à l'hémoptysie, sont 1°. la pléthore générale ; qu'elle soit produite réellement par une suite des suppressions des différentes evacuations habituelles, ou par l'excès d'alimens, ou qu'elle soit l'effet de l'agitation extraordinaire du sang, par l'abus des boissons spiritueuses, des alimens irritans. 2°. La rétropulsion de différentes éruptions cutanées ; telle que la galle, les dépots érésypélateux, dont la matiere se porte par métastase dans la substance des poûmons. 3°. Tout ce qui peut donner lieu à une trop grande action, à de violentes secousses dans les parties solides de ce viscere, comme les ris immodérés, l'excès dans l'exercice de la voix, par la declamation, le chant, les cris, le jeu des instrumens à vent par le moyen du souffle, les coups portés à la poitrine, les fortes commotions ou contusions dans cette partie, la toux fréquente & violente, excitée par cause externe ou interne ; ensorte que la toux peut produire l'hémoptysie, comme elle en est ordinairement un symptome. Voyez TOUX.

Il résulte donc de ces différentes causes déterminantes, qu'il se fait des dilatations forcées, des ruptures, des déchiremens de vaisseaux sanguins dans les parties des poûmons qui en sont susceptibles ; que le sang épanché dans les canaux aëriens produit une irritation dans la membrane délicate, & douée d'une grande irritabilité, dont ils sont tapissés, soit par le seul contact d'une matiere étrangere à ces cavités, soit par l'acrimonie dont cette humeur est déja viciée, ou par celle qu'elle contracte pour peu qu'elle soit arrêtée dans ces conduits ; que cette irritation excitée dans les membranes bronchiques, & par communication dans tous les organes de la respiration, occasionne des mouvemens de contraction répétés d'une maniere convulsive, qui constituent la toux, & operent l'expectoration violente qui suit, du sang ou des mucosités sanglantes chargées de bulles d'air, qui y sont mêlées, par l'agitation, le foüettement, pour ainsi dire, qu'elles ont éprouvé avant que d'être chassées des cavités bronchiques ; ce qui rend les crachats écumeux Voyez ÉCUME.

Il faut cependant observer que le crachement de sang peut aussi arriver, sans qu'il se fasse aucun déchirement, aucune sorte de solution de continuité dans les vaisseaux pulmonaires ; que l'hémoptysie peut avoir lieu, par la seule dilatation des orifices des vaisseaux lymphatiques, ou des vaisseaux sécrétoires & excrétoires des poûmons ; en tant que la dilatation des vaisseaux sanguins, d'où partent ces autres vaisseaux, force ceux-ci peu-à-peu à recevoir des globules sanguins qui y sont portés, comme il a été dit, par erreur de lieu. (Voyez ERREUR DE LIEU) ; & en parcourant le trajet, jusqu'à ce qu'ils parviennent à leurs extrémités, qui aboutissent dans les voies aëriennes : telle est la matiere la plus ordinaire dont se fait le crachement de sang, à la suite des suppressions des menstrues, des hémorrhoïdes ; d'où s'ensuit que l'hémoptysie ne produit pas toûjours la phthisie, qui consiste dans une suppuration de quelques parties des poûmons, qui n'a jamais lieu sans solution de continuité dans les solides affectés.

Le concours des symptômes qui ont été rapportés ci-devant, comme constituant l'hémoptysie, en forment le signe caractéristique, sur-tout si on y joint quelques-unes des causes prédisponentes qui ont été mentionnées : au surplus, on y observe constamment, d'une maniere plus ou moins marquée, que dans les cas où l'hémoptysie est une évacuation subsidiaire de quelque hémorrhagie habituelle ou critique, elle s'annonce ordinairement par un sentiment de pesanteur, & même de douleur gravative, dans la poitrine ; par une sorte de constriction spasmodique dans le bas-ventre ; par des flatuosités dans les premieres voies, par une horripilation comme fébrile, avec froid aux extrémités, & resserrement dans les vaisseaux sanguins qui se trouvent à la surface du corps ; ce qui produit une pâleur dans toute son habitude.

Il s'ensuit de tous ces symptomes, qu'il se passe quelque chose d'actif dans ces circonstances, que l'on ne peut attribuer qu'à une sorte de mouvement tonique, par lequel toutes les parties externes & internes se tendent pour ainsi dire, contre les poûmons, pour déterminer le cours des humeurs, la plus grande impulsion du sang respectivement vers ce viscere, & y donner lieu à l'excrétion hémoptoïque ; sans-doute parce que l'équilibre systaltique est rompu à l'égard de ses vaisseaux, dans quelqu'une de ses parties. Voyez EQUILIBRE (écon. anim.) HEMORRHAGIE.

On peut inférer aisément de tout ce qui a été dit du crachement de sang, que ce ne peut être qu'une lésion de fonctions toujours très-importante, & accompagnée de danger plus ou moins grand, selon la nature de sa cause. S'il est produit par la rupture de quelques vaisseaux considérables, il peut se répandre une si grande quantité de sang dans les voies de l'air, que ce fluide-ci ne pouvant plus y pénétrer, & le jeu de la respiration cessant en consequence, le malade meurt suffoqué. Voyez SUFFOCATION. Si ce sont seulement de petits vaisseaux pulmonaires qui sont déchirés, & qui donnent du sang, il y a tout lieu de craindre que les petites plaies qui en résultent, ne viennent à suppuration, & qu'il ne s'ensuive une véritable phthisie, qui mene tôt ou tard à une mort prématurée. L'hémoptysie, qui est causée par une simple dilatation de vaisseaux de différens genres, qui établit l'erreur de lieu, sans solution de continuité, est la moins dangereuse : elle est le plus souvent sans suite après que la cause procathartique a été emportée.

Quoiqu'il semble n'y avoir dans cette maladie qu'une seule indication à remplir, qui est d'employer les moyens propres à faire fermer les vaisseaux qui fournissent la matiere de l'évacuation contre nature ; il y a cependant bien des manieres différentes de s'y prendre pour produire cet effet, & bien des attentions à faire dans le choix des moyens, eu égard à la nature de la cause du mal : si elle dépend de la pléthore, & sur-tout dans le cas où quelque évacuation ordinaire se trouve supprimée, on doit avoir recours à tout ce qui peut diminuer le volume du sang, de la maniere différente dont l'effet est plus ou moins promt, selon le besoin, comme au remede le plus approprié ; ainsi fait-on usage dans ce cas de la saignée, sur-tout des sangsues, des ventouses, avec scarification, & on doit insister sur ces différens moyens tant que l'indication subsiste ; après quoi on doit travailler à prévenir le retour de la pléthore, par le régime, par les autres moyens convenables. Voyez PLETHORE. On doit s'appliquer à détruire les causes de la suppression, & à rétablir dans son état naturel l'évacuation nécessaire.

Si l'hémoptysie est produite par la raréfaction de ce fluide, qui forme ce qu'on appelle dans les écoles, une pléthore fausse ; il faut également combattre ce crachement contre nature, par les moyens propres à diminuer le volume du sang ; mais employer en même tems tous ceux qui sont convenables pour faire cesser l'effervescence des humeurs, c'est-à dire leur trop grande agitation. Voyez RAFFRAICHISSANT (Remede).

Mais si la maladie est causée par rupture, ou par érosion de vaisseaux, & qu'elle soit entretenue par l'acrimonie des humeurs, envain employera-t-on tous les moyens possibles pour fermer ces vaisseaux, si l'on ne corrige le vice dominant ; ce que l'on ne peut mieux obtenir que par le laitage, les bouillons de tortues, & toutes les matieres adoucissantes, gélatineuses, huileuses, qui peuvent produire un effet approchant. Le long usage de ces différens secours manque rarement de répondre à l'attente ; cependant on doit toujours joindre à ces moyens propres à détruire les causes prédisponentes, les remedes convenables pour resserrer, cicatriser les vaisseaux ouverts ; tels sont les absorbans, & surtout les astringens appropriés, pourvu qu'il n'y ait pas de contre-indication à cet égard : on doit aussi recourir quelquefois aux narcotiques, aux antispasmodiques, & les mêler aux autres medicamens indiqués, lorsqu'on a lieu de penser qu'il existe une tension dans le genre nerveux, qui détermine les humeurs à se porter vers la partie affectée, comme étant respectivement la plus foible dans le système des solides. Voyez HEMORRHAGIE, ABSORBANT, ASTRINGENT, NARCOTIQUE, ANTISPASMODIQUE.


HÉMORRHAGIES. f. (Pathologie) haemorrhagia. Ce terme emprunté des Grecs, est employé dans sa signification propre, pour exprimer une effusion de sang hors de ses vaisseaux & de la partie qu'ils composent, qui se fait d'une maniere sensible & assez considérable.

Le mot paroît être dérivé, : il a le même sens, selon Galien, dans ses Oeuvres sur Hippocrate, que , sortir, jaillir abondamment & avec assez de force ; car lorsque le sang sort de quelque partie avec lenteur & en petite quantité, c'est ce qu'Hippocrate appelle , ou : néanmoins Galien avertit que lorsque l'on trouve dans Hippocrate le mot hémorrhagie sans adjectif, pour déterminer de quelle partie le sang s'écoule, il doit alors ne s'entendre que de l'éruption de ce fluide par les narines ; mais on a le plus communément employé le mot hémorrhagie, comme un terme générique, pour signifier toute sorte de flux-de-sang qui se fait immédiatement hors du corps, de la maniere qui vient d'être exposée dans la définition. Cest sous cette acception qu'il va être traité de l'hémorrhagie dans cet article : au surplus, on peut consulter les définitions médicales de Gorrée, où l'on trouvera discuté tout ce qui a rapport aux différentes significations de ce mot.

Il n'y a aucune partie du corps humain vivant, qui ne soit sujette à l'hémorrhagie, parce qu'il n'y a aucune partie où il ne se trouve des vaisseaux sanguins, susceptibles d'être ouverts par quelque cause que ce soit, tant externe qu'interne ; l'expérience prouve journellement que les corps de figure à couper, à piquer, à percer, à déchirer, peuvent donner lieu à des écoulemens de sang, dans quelque partie molle que soient produits ces effets, par l'écartement des fibres entr'elles qui composent les parois des vaisseaux, par la solution de continuité de leurs membranes, de leurs tuniques.

Mais ce qui est le plus remarquable, c'est que, selon l'observation des médecins, tant anciens que modernes, l'on a vu par de seules causes internes, le sang s'écouler par les paupieres, par les angles des yeux, par l'extrémité des cheveux, par le bout des doigts, des orteils, par le nombril, par les mamelons, &c. on a même vu de véritables hémorrhagies se faire par les pores de différentes parties des tégumens, sans aucune cause, sans aucune marque sensible de solution de continuité ; cependant ces sortes d'hémorrhagies sont très-rares : celles qui se présentent communément par l'effet de causes internes, sont celles qui se font par la voie des narines, par le crachement, par l'expectoration, par le vomissement, par les déjections, par l'issue de la matrice, par le vagin, par la voie des urines, & même quelquefois par celle des sueurs.

Les hémorrhagies produites par des causes méchaniques externes, doivent être regardées comme des symptomes des différentes sortes de blessures, de plaies (voyez PLAIE), ou comme des effets quelquefois utiles, très-souvent nécessaires, & dans certains cas inévitables, des différentes opérations de Chirurgie, tels que la saignée, les scarifications, les amputations, &c. Voyez OPERATION (Chirurgie), SAIGNEE, SCARIFICATION, AMPUTATION, &c.

Il ne peut être traité dans cet article que des généralités concernant les hémorrhagies de cause interne ; ces hémorrhagies sont de différente nature, selon les causes qui les produisent ; les effusions de sang, qui n'arrivent dans les malades que par accident, par une suite de mauvais effets de la cause morbifique, sont appellées symptomatiques. Celles qui sont une suite des efforts salutaires que fait la nature, pour prévenir, pour empêcher, ou pour faire cesser les effets de la cause morbifique qui se forme actuellement, ou qui est déja formée, sont regardées comme critiques. Voyez CRISE.

Les hémorrhagies, de quelque espece qu'elles soient, dépendent de causes générales ou particulieres, ou des unes & des autres ensemble.

Dans toute hémorrhagie, la cause prochaine est l'impulsion du sang vers les vaisseaux d'où se fait l'écoulement ; impulsion qui doit être assez forte pour surpasser la force de cohésion des parties intégrantes qui composent ces vaisseaux ; cette force, qui tant qu'elle subsiste, conserve l'intégrité de leurs parois. La cause prochaine de l'hémorrhagie doit donc être attribuée, ou à l'augmentation en général du mouvement progressif du sang, & à la foiblesse respective des vaisseaux forcés par lesquels se fait l'hémorrhagie, qui ne peuvent résister à un plus grand effort des fluides qu'ils contiennent, ou à la foiblesse absolue des vaisseaux qui s'ouvrent contre nature, parce qu'ils perdent leur force naturelle de solidité, par quelque cause que ce soit, & ne sont pas en état de résister aux mouvemens des humeurs, même à ceux qui ne sont que l'effet des forces vitales ordinaires ou peu augmentées.

Il suit également de chacune de ces causes, que le vaisseau forcé se dilate outre mesure, ou qu'il se déchire dans le point où il ne peut résister, soit par le défaut d'équilibre entre les solides particuliers qui le composent, & ceux de toutes les autres parties du corps, par la contrenitence de ces parties, vers celle qui est forcée à céder, (voyez EQUILIBRE, écon. anim.) soit, tout étant égal, par l'addition de force dans tous les solides en général, qui se réunissent contre la partie où cette addition n'a pas lieu, ou n'est pas proportionnée ; ce qui rend entiérement passive la partie qui cede respectivement à toutes celles dont l'action est augmentée à son exclusion ; ce qui établit une inégalité bien réelle dans le cours du sang, laquelle ne peut être attribuée qu'à l'autocratie de la nature, qui opere ces effets par des mouvemens spasmodiques appropriés. Voyez NATURE, SPASME.

L'engorgement des vaisseaux, dans le cas d'inflammation ou dans celui d'obstruction, en augmentant les résistances au cours des humeurs dans la partie affectée, en y gênant leur mouvement progressif, donne lieu à de plus grandes dilatations des parois de ces vaisseaux, ou des collatéraux ; d'où s'ensuit, lorsque la disposition s'y trouve, qu'ils sont forcés à se rompre, ou à souffrir une sorte de dilatation dans les orifices qui répondent à leur cavité, effet qui est ce qu'on appelle anastomose, & qui s'opere au point de laisser passer par erreur de lieu, les fluides qu'ils contiennent dans un genre de vaisseaux différens, qui se laissant aussi forcer de plus en plus, d'autant qu'ils sont moins propres à résister aux efforts d'un fluide qui leur est étranger par la trop grande consistance, & par son mouvement disproportionné, permettent à ce fluide de les parcourir, & enfin de se répandre hors de leur cavité, par le premier orifice qui se présente.

Ce dernier cas est ordinairement celui des hémorrhagies symptomatiques : le précédent convient à celles qui sont critiques ; dans celui-là tout est, pour ainsi dire, méchanique ; dans celui-ci, les effets sont comme prédéterminés.

Il suit de ce qui vient d'être dit, que les différentes causes de l'hémorrhagie peuvent se réduire à deux sortes de changemens qui se font dans la partie où elle a lieu, respectivement à l'état naturel ; savoir 1°. à la disposition particuliere des vaisseaux d'où se fait l'effusion de sang, disposition par laquelle la force retentrice de ces vaisseaux est considérablement diminuée, au point de céder à la force expultrice ordinaire, ou peu augmentée ; 2°. à la disposition générale, par laquelle la force retentrice restant la même que dans l'état habituel, la force expultrice augmente dans toutes les autres parties, au point de surmonter la résistance de cette partie, de la faire cesser, & de forcer les vaisseaux à se dilater outre mesure, ou à se rompre.

On ne conçoit pas aisément que le simple écartement des fibres, qui composent les vaisseaux des parties qui souffrent une hémorrhagie, puisse suffire pour la procurer, par l'espece de disposition qu'on appelle diapédese. Voyez VAISSEAU. Cet écartement ne peut donner passage au sang, qu'en tant que les interstices s'ouvrent de la même maniere que pourroit faire l'orifice des vaisseaux collatéraux non sanguins, pour admettre dans leur cavité des globules de sang, par erreur de lieu. Voyez ERREUR DE LIEU. Mais un tel écartement, sans solution de continuité, ne paroît guere possible ; au lieu que la dilatation des collatéraux paroît suffisante pour expliquer tous les effets qu'on attribue à la diapédese, sur-tout dans le cas de la dissolution du sang, qui rend plus facile la pénétration des globules rouges dans des vaisseaux étrangers.

L'érosion des vaisseaux, qu'on appelle diabrose, (voyez VAISSEAU) ne paroît pas plus propre à produire des hémorrhagies que la diapédese, parce que la qualité dissolvante, l'acrimonie dominante dans la masse des humeurs en général, (voyez SANG) à laquelle on attribue cet effet de dissolution des solides, cette érosion des vaisseaux, ne peuvent jamais fournir la raison d'un phénomene, qui est supposé absolument topique, qui doit, par conséquent, dépendre de causes particulieres ; d'ailleurs, en supposant qu'un vice dominant dans les humeurs puisse, ce qui est très-douteux, exister au point de produire une solution de continuité plutôt dans une partie que dans une autre, il devroit s'ensuivre que l'hémorrhagie devroit durer tant que ce vice subsisteroit ; ce qui est contraire à l'expérience, qui prouve que les hemorrhagies les plus considérables, les plus opiniâtres, sont néanmoins intermittentes périodiques ou erratiques ; ensorte que, tant qu'il y a lieu à la dilatation forcée des vaisseaux, qu'ils restent sans réaction & comme paralytiques, en cédant à la quantité du sang dont ils sont engorgés, ou à l'effort avec lequel y est poussé celui qu'ils reçoivent continuellement, la voie étant une fois faite pour son écoulement, l'hémorrhagie continue, & ne diminue qu'à mesure que la quantité de l'humeur surabondante, ou la force de l'impulsion se fait moindre, & laisse reprendre leur ressort aux solides auparavant distendus beaucoup plus que ne le comporte leur état naturel ; & celui-ci se rétablissant de plus en plus, jusqu'à-ce que l'issue du sang qui s'écoule toujours moins abondant & moins rouge, soit tout-à-fait fermée, ne permet plus à ce fluide de s'extravaser, & le force à reprendre son cours ordinaire.

Tel est le système de toutes les hémorrhagies, tant naturelles qu'accidentelles, dans quelque partie du corps que ce soit ; c'est ce qui se passe tant dans l'écoulement des menstrues, que dans celui des lochies, dans le flux hémorrhoïdal, dans le pissement de sang, dans toute autre sorte d'hémorrhagie, soit par le nez, ou par toute autre partie du corps, où il n'y a d'autre différence, par rapport à l'évacuation, qu'à raison de l'intensité & de la durée, qui sont proportionnées à la force du sujet, de son tempérament, à la grandeur des vaisseaux ouverts, à la quantité de l'humeur surabondante à évacuer, ou à l'impulsion, à l'action spasmodique qui détermine le cours du sang, particuliérement vers la partie qui a été forcée, & qui oppose conséquemment moins de résistance, à cause de l'ouverture qui s'y est formée pour l'écoulement de ce fluide.

Après avoir établi que l'hémorrhagie, de quelque nature qu'elle soit, ne semble dépendre que de la foiblesse de la partie où elle se fait, ou des efforts, soit méchaniques par les loix de l'équilibre vasculaire, ou spasmodiques, par une action déterminée de la puissance motrice, qui sont produits dans toutes les parties du corps contre celle qui s'ouvre, d'où suit l'effusion de sang ; on peut donc conclure, que dans le premier cas l'hémorrhagie ne peut être regardée que comme un symptome morbifique, un vice, une lésion dans l'économie animale ; & que dans le second, elle est toujours une tendance de la nature à produire un effet utile, à diminuer la trop grande quantité de sang absolue ou respective, dans une partie ou dans tout le corps ; par conséquent à remédier à la pléthore générale ou particuliere ; (voyez PLETHORE) comme il est clairement prouvé par les hémorrhagies qui succedent à la suppression des regles, puisqu'on a souvent observé que les pertes de sang subsidiaires se rendent périodiques, comme celles dont elles sont le supplément.

Ainsi Stahl, Nenter, & la plûpart des observateurs en pratique, rapportent avoir souvent vû des hémoptysies, des crachemens, des vomissemens, des pissemens de sang qui avoient des retours aussi réglés que sont ceux de l'évacuation menstruelle dans l'état naturel : ce qui établit indubitablement qu'il y a quelque chose d'actif dans ces sortes d'hémorrhagies utiles, qui est une vraie tendance de la nature à faire des efforts pour suppléer, par une évacuation extraordinaire, au défaut d'une autre qui devoit se faire naturellement, ou qui étoit devenue nécessaire par habitude, par tempérament.

Mais cette tendance suivie des effets, peut cependant pécher par excès ou par défaut : il en est donc de toute hémorrhagie spontanée comme des menstrues utérines qui sont toujours produites pour l'avantage de l'individu ; mais il peut y avoir des variations très-nuisibles, en tant que l'évacuation peut être trop ou trop peu considérable, ou qu'elle peut être accompagnée d'autres circonstances nuisibles à l'économie animale. Voyez MENSTRUES, HEMORRHOIDES, SAIGNEMENT DE NEZ.

On trouvera, dans ces différens articles, à se convaincre, que si les hémorrhagies sont souvent des effets grandement nuisibles à l'économie animale, en tant qu'elles procurent l'évacuation d'un fluide, qui devroit être retenu, conservé dans ses vaisseaux, ou qu'elles causent par excès du déréglement à l'égard d'une excrétion naturelle, elles sont aussi très-souvent un des plus sûrs moyens que la nature emploie pour préserver des maladies qu'une trop grande quantité même de bonnes humeurs pourroit occasionner ; & qu'ainsi les hemorrhagies ne doivent pas toûjours être regardées comme des maladies, puisqu'elles sont au contraire très-souvent propres à en garantir, & qu'elles peuvent produire des effets salutaires, en tant qu'elles tiennent lieu, dans ces cas, d'un remede évacuatoire, qui même ne peut souvent être suppléé par une évacuation artificielle équivalente, si elle n'est pas faite dans la partie, & peut-être même des vaisseaux particuliers, vers lesquels sont dirigés les efforts de la nature, pour y déposer l'excédent des humeurs, qui doit être évacué sans aucun autre dérangement de fonction qui puisse caractériser une maladie.

Il s'ensuit qu'il n'y a pas moins de danger à supprimer une hémorrhagie critique, simple, dans quelque partie du corps qu'elle ait lieu, qu'à faire cesser mal-à-propos l'hémorrhagie naturelle aux femmes : la disposition de l'économie animale peut rendre celle-là aussi utile, aussi nécessaire que celle-ci.

L'effort salutaire de la nature se démontre clairement par les signes qui précedent dans la plûpart des hémorrhagies spontanées, & qui dénotent une véritable dérivation des humeurs vers la partie où doit se faire l'évacuation pour l'avantage de l'individu. Ainsi, avant le saignement de nez, la tête devient pesante, le visage devient rouge, les jugulaires s'enflent, les rameaux des carotides battent plus fortement, tandis que toute l'habitude du corps devient pâle, & que les extrémités inférieures sont froides ; ce qui ne peut être que l'effet de la révulsion spasmodique de toutes ces parties-ci vers les parties supérieures. Dès que le sang a coulé suffisamment, l'égalité de la chaleur & du cours des humeurs se rétablit dans tout le corps à mesure que les efforts toniques cessent d'être déterminés par le besoin, & que les lois de l'équilibre reprennent le dessus. Les symptomes qui précedent le plus souvent le flux menstruel, le flux hémorrhoïdal, le vomissement de sang, l'hémoptisie & les autres hémorrhagies spontanées ou critiques, sont respectivement de la même nature. Voyez les articles où il est traité de ces différentes évacuations.

Mais si le sang qui est forcé à sortir de ses vaisseaux, ne trouve point d'issue pour être versé immédiatement hors du corps ; s'il se répand dans quelque cavité où il se ramasse, où il devient un corps étranger, soit que la cause efficiente de l'hémorrhagie soit symptomatique ou critique, il en resulte des désordres dans l'économie animale, qui sont proportionnés à l'importance des fonctions qui sont lésées en conséquence : ainsi l'épanchement du sang, dans l'intérieur du crâne, produit une compression du cerveau, qui intercepte le cours des esprits dans le genre nerveux, à proportion qu'elle est plus considérable ; d'où s'ensuivent des causes très-fréquentes de paralysies plus ou moins étendues, selon que les nerfs sont affectés dans leur principe en plus ou moins grand nombre ; d'où résultent très-souvent des apoplexies, des morts subites, lorsque la compression est assez étendue & assez considérable pour porter sur les nerfs qui se distribuent aux organes des fonctions vitales : ainsi l'effusion du sang qui se fait par l'ouverture ou par la rupture de quelque gros vaisseau dans la poitrine, cause des compressions sur les poûmons, sur les arteres principales ou sur le coeur même, d'où s'ensuivent des suffocations, des syncopes mortelles. L'épanchement de sang dans la cavité du bas-ventre ne produit point des effets si dangereux ; & ce n'est qu'à raison de la quantité qui s'en répand qu'il peut s'ensuivre des lésions qui portent atteinte au principe vital, autrement ces sortes d'hémorrhagies ne nuisent point d'une maniere aussi promte & aussi violente que celles qui se font dans des cavités, où le sang accumulé peut gêner les fonctions des organes qui servent immédiatement à l'entretien de la vie.

Dans ces différens cas, si l'on peut s'assûrer par des signes extérieurs (qui manquent le plus souvent), de l'effusion du sang dans les différentes capacités, & que l'effet n'en soit pas assez promtement nuisible pour prévenir & rendre inutiles tous les secours qu'on peut employer ; on peut tenter de donner issue au fluide répandu, en ouvrant le crâne par le moyen du trépan ; la poitrine & le ventre, en faisant la paracentese de la maniere convenable, respectivement à chacune de ces parties. Voyez TREPAN, PARACENTESE. Mais le plus souvent la mort ne laisse pas le tems à des soins qui ne peuvent être donnés qu'à la suite de mûres délibérations, de certains préparatifs ; ou on ne les donne ces soins qu'à pure perte, parce qu'on parvient rarement, par ces opérations, à donner issue au sang ramassé, par la difficulté de pénétrer dans l'endroit même où s'est fait l'amas ; comme, par exemple, lorsqu'il ne se trouve pas à la surface du cerveau, ou à portée de cette surface & de maniere à répondre à l'ouverture faite par le trépan, lorsque le sang est renfermé dans les cavités de la base du crâne ou des ventricules du cerveau : il en est de même, lorsque le sang épanché dans la poitrine se trouve renfermé dans le péricarde, &c.

Cependant ce fluide, hors de ses vaisseaux, est un corps étranger qui dégénere bien-tôt, & ne peut qu'être très-nuisible à l'économie animale, tant qu'il est renfermé entre les visceres, sans issue en quantité considérable : il n'y a d'autre moyen d'en faire cesser les mauvais effets, qu'en le faisant sortir hors du corps, ce qui est très difficile, comme on vient de le faire entendre, & rend toujours ces sortes d'hémorrhagies très-dangereuses, & le plus souvent mortelles ; qu'elles soient, ainsi qu'il a été dit, symptomatiques ou critiques.

Les hémorrhagies les plus communes, dans lesquelles le sang se répand hors du corps, peuvent être aussi très-nuisibles, si elles causent une trop grande déperdition de ce fluide par quelque cause qu'elles soient produites, soit qu'elles se fassent par la dilatation forcée des vaisseaux, soit qu'elles dépendent d'une rupture de leurs tuniques : le cerveau recevant moins de sang qu'à l'ordinaire, il s'y sépare à proportion moins de fluide nerveux ; d'où s'ensuit le défaut d'esprits nécessaires pour soutenir les forces, pour opérer les mouvemens nécessaires à l'exercice de toutes les fonctions : d'où résultent la débilité & toutes ses suites, particulierement l'imperfection des digestions, de la sanguification, qui en fournissant un chyle mal travaillé & moins propre à donner la matiere propre à former des globules rouges ; cette matiere elle-même étant mal travaillée, & ce qui en résulte faisant une très-petite quantité de ces globules, & respectivement trop de parties séreuses, disposent ainsi le fluide des vaisseaux sanguins, à manquer de la consistance qui lui est nécessaire, & à être plus susceptible de passer dans les vaisseaux collatéraux d'un genre différent, à les remplir d'humeurs aqueuses plus tenues qu'elles ne devroient se trouver dans ces vaisseaux d'où elles s'échappent plus aisément, & fournissent matiere à une plus grande quantité d'exhalations par la voie de la transpiration, particulierement dans les capacités des différens ventres, dont la chaleur tient les pores plus ouverts ; ensorte que ces vapeurs s'y ramassent, s'y condensent ensuite, & y forment la matiere de différentes sortes d'hydropisies, telles qu'on les observe souvent à la suite des pertes de sang produites par les grandes blessures, ou par toute autre cause externe ou interne d'effusion de sang ; voyez HYDROPISIE. Le défaut de globules rouges, dans les vaisseaux sanguins, doit aussi causer la pâleur de toute l'habitude du corps, la diminution de la chaleur naturelle, &c. Voyez SANG, PEAU, CHALEUR ANIMALE (Physiol. & Pathol.), FROID (Econom. anim.)

Les hémorrhagies peuvent encore avoir des suites fâcheuses sans être excessives, si elles se font par des vaisseaux qui appartiennent à des organes d'un tissu délicat, en tant que dans les cas même où elles servent à soulager la nature, elles établissent un vice dans la partie qui peut être très-nuisible : c'est ainsi que l'hémoptysie souvent, en suppléant à une autre hémorrhagie supprimée qui étoit nécessaire ou au moins utile, laisse néanmoins une disposition à ce qu'il se forme des ulceres dans les poûmons, qui sont le plus souvent incurables, & jettent dans une maladie chronique qui mene à une mort inévitable.

En général, on peut distinguer une hémorrhagie salutaire d'avec celle qui ne l'est point, en faisant attention aux forces : l'une les releve dans les cas où elles n'étoient qu'opprimées par la surabondance d'humeurs ; tous les symptomes, dont le malade se sentoit fatigué, accablé, se dissipent à mesure que le sang coule, que la pléthore diminue & cesse d'avoir lieu : l'autre au contraire affoiblit de plus en plus le malade, & s'ensuivent tous les effets de l'épuisement des forces qui indiquent bien-tôt le besoin d'en faire cesser la cause, en arrêtant, s'il est possible, l'écoulement du sang ; ce dont le malade ne tarde pas à se bien trouver : au lieu qu'il y a beaucoup de danger à supprimer une hémorrhagie salutaire, comme celle qui se fait par le nez dans les jeunes gens, par les veines hémorrhoïdales dans les adultes, par les voies utérines dans les femmes ; parce que c'est le sang surabondant qui cause ordinairement de semblables hémorrhagies, & que ce sang ne pouvant s'évacuer par l'issue vers laquelle il avoit le plus de tendance, il se porte dans quelque autre partie, où il produit de mauvais effets, soit qu'il se fasse, pour se répandre, un autre passage que celui qu'il affectoit, & qu'il dilate ou rompe des vaisseaux délicats qui ne peuvent pas ensuite se fermer, & donnent occasion à des hémorrhagies excessives par quelques voies que ce soit ; ou que ce sang, par une sorte de délitescence ou de métastase forcée, soit porté dans quelque partie assez résistante pour qu'il ne s'y fasse aucune issue, & qu'il y forme des engorgemens, des dépôts inflammatoires, des embarras de toute espece dans la circulation ; d'où s'ensuivent différentes lésions considérables dans l'économie animale, telles entr'autres que les attaques d'apopléxie à la suite de la suppression des hémorrhoïdes ; les vomissemens, les crachemens de sang, à la suite des menstrues supprimées, &c.

On ne sauroit donc employer trop de prudence à entreprendre le traitement des hémorrhagies, surtout par rapport aux remedes astringens, tant externes qu'internes, qui sont l'espece de secours que l'on emploie le plus communément à cet égard ; ils operent assez facilement & assez promtement, parce que leur action consiste principalement à exciter l'irritabilité des fibres qui ont perdu leur ressort dans les vaisseaux ouverts, par lesquels se fait l'hémorrhagie.

Mais cette qualité astringente ne borne pas ordinairement ses effets à la partie affectée, les astringens pris intérieurement ne peuvent éviter de porter leur effet sur tout le systême des solides, en se mêlant à toute la masse des humeurs ; ils ne peuvent pas agir par choix, en reservant leur efficacité pour la seule partie lésée ; cela ne peut pas avoir lieu à l'égard de cette sorte de médicament, qui ne sauroit avoir aucune analogie particuliere avec aucune sorte d'organe : l'impression qu'ils font est donc générale ; mais si elle n'est que médiocre, & qu'elle ne fasse qu'augmenter le ressort des solides également dans toutes les parties, sans qu'il s'ensuive un suffisant resserrement pour fermer entiérement les vaisseaux ouverts, bien loin que l'hémorrhagie cesse, elle risque d'être augmentée par l'augmentation de ton du ressort qu'en acquierent tous les solides, d'où suit qu'ils expriment de plus en plus les fluides contenus, & ne pouvant par conséquent que rendre plus forte l'impulsion des humeurs dans tout le corps, donc aussi vers l'orifice des vaisseaux hémorrhagiques ; ce qui ne fait que rendre le mal plus considérable.

Ainsi les astringens donnés intérieurement, doivent être employés à une si grande dose à proportion de la force du tempérament du malade, & si promtement, qu'ils operent, sans retarder, un effet suffisant, d'où puisse suivre une si grande augmentation dans le ton des solides en général, que les vaisseaux hémorrhagiques se ferment tout de suite.

Mais cette adstriction si forte & si subite n'est pas sans inconvéniens, par l'embarras qu'elle peut causer au cours des humeurs en général ; d'ailleurs, avant que la masse du sang soit imprégnée de la vertu des astringens, l'hémorrhagie, pour peu qu'elle soit considérable, ne seroit-elle pas de trop longue durée, & n'y auroit-il pas à craindre, par conséquent, qu'elle fût très-pernicieuse, dans le cas où elle seroit de nature à devoir être arrêtée le plus tôt possible ?

Les plus sûrs astringens sont donc ceux qui peuvent agir promtement sur le genre nerveux, de maniere à y exciter un mouvement spasmodique, général, qui produise l'effet desiré ; c'est-à-dire le resserrement nécessaire pour arrêter l'écoulement du sang. Tels sont tous les moyens propres à causer un sentiment subit de froid, comme la glace appliquée sur quelque partie du corps actuellement bien chaude, & naturellement bien sensible : cet effet est encore plus énergique, si la qualité pénétrante & irritante est jointe au moyen employé, pour procurer le sentiment de froid, comme la possede le vinaigre bien fort, qui, étant appliqué sur le bas-ventre, sur les bourses, sur les mamelles, & même sur toute la surface du corps, si le cas le requiert, avec des linges qui en sont imbibés, peut causer un resserrement général dans tous les vaisseaux, très-propre à arrêter l'hémorrhagie dans ceux qui sont ouverts.

C'est par la même raison que les passions de l'ame, lorsqu'on en est affecté subitement, peuvent produire un effet à peu-près pareil, en tant qu'elles causent une tension générale dans le genre nerveux ; c'est ainsi que l'on voit souvent des femmes qui éprouvent la suppression de leur hémorrhagie naturelle, par un accès violent de colere, par une grande révolution de joie ou de chagrin, par une frayeur, une terreur dont elles sont saisies tout-à-coup. La même chose leur arrive aussi pour s'être imprudemment exposées au froid, en se mouillant quelque partie du corps avec de l'eau froide, mais sur tout les extrémités inférieures, dont l'impression se communique plutôt aux vaisseaux utérins.

De pareils accidens contre nature, & par conséquent nuisibles, ont fait naître l'idée de faire des applications avantageuses de leurs effets dans des cas où ils peuvent être salutaires, en tant qu'ils produisent des suppressions d'hémorrhagies pernicieuses par leur nature ou par excès.

Il faut observer cependant, que les moyens qui tendent à augmenter la tension, le jeu, l'action des solides, ne peuvent être employés dans les hémorrhagies, qu'en tant qu'il y a lieu de présumer que l'érétisme n'a aucune part à les causer ; car lorsqu'elles sont accompagnées de cette disposition dans le genre nerveux, tout ce qui peut augmenter le ton des solides, ne peut qu'ajouter à la cause du mal ; ainsi on ne peut la diminuer alors, qu'en employant les moyens propres à calmer cet érétisme : c'est pourquoi les narcotiques, les antispasmodiques sont souvent si efficaces pour arrêter les hémorrhagies symptomatiques, compliquées avec des symptomes dolorifiques, telles que celles qui surviennent dans les maladies convulsives.

On ne peut donc être trop circonspect dans l'usage des cordiaux employés contre les défaillances qui sont causées par des hémorrhagies.

Mais comme il n'y a point de cause occasionnelle des hémorrhagies, plus commune que celle de la surabondance des humeurs, & sur-tout de leur partie rouge ; il n'est point aussi de moyen plus approprié pour la faire cesser, cette cause, que de procurer une hémorrhagie artificielle dans les parties où elle ne peut pas nuire ; ce qui satisfait également au besoin de diminuer le volume du sang, soit qu'on puisse le regarder comme étant réellement le produit d'un trop grand nombre de globules rouges qui en composent la masse ; soit que cet excès de volume ne doive être attribué qu'à la raréfaction, s'il peut y en avoir effectivement de sensible dans la masse des humeurs animales. Voyez PLETHORE.

L'évacuation artificielle du sang ainsi effectuée, fait une diversion, par rapport aux parties vers lesquelles l'excédent du sang auroit pu être porté, pour s'y faire une issue, par une suite de leur disposition vicieuse, qui y auroit rendu très-nuisible le dépôt d'humeurs qui s'y seroit formé, la rupture des vaisseaux qui s'y seroit faite. Ainsi les saignées, les scarifications, l'application des sangsues, sont dans ces cas les remedes les plus convenables, & le plus souvent les seuls nécessaires, les seuls que l'on puisse employer, comme ils sont indiqués d'une maniere pressante ; les saignées sur-tout, pour arrêter, pour suppléer les hémorrhagies symptomatiques ou critiques, pour en empêcher le retour.

Mais les hémorrhagies artificielles ne sont un remede, à l'égard des symptomatiques, que lorsqu'elles sont ou peuvent être l'effet de la pléthore générale ; car lorsqu'elle est particuliere, il est rare, comme on l'observe par rapport aux regles, que les saignées ou d'autres moyens semblables empêchent ou arrêtent les hémorrhagies de cause interne ; à moins que l'évacuation artificielle ne puisse être opérée pour hâter les effets de l'hémorrhagie nécessaire, en pratiquant cette opération dans la partie même où la pléthore s'est formée. Voyez PLETHORE, SAIGNEE.

Quant aux remedes topiques, que l'on peut employer contre les hémorrhagies, ils supposent que les vaisseaux ouverts sont exposés aux secours de la main ; tels sont les applications des différens médicamens absorbans, coagulans, styptiques, sous forme tant solide que fluide ou liquide. Voyez ABSORBANT, COAGULANT, STYPTIQUE, SAIGNEMENT DE NEZ, PLAYE.

Si la grandeur du vaisseau ouvert, & la quantité du sang qui s'en répand, rend de nul effet l'application de ces médicamens topiques ; au cas que le vaisseau puisse être saisi, on tente d'en faire la ligature immédiate ; sinon on peut quelquefois produire le même effet en liant, s'il est possible, la partie où se fait l'hémorrhagie ; on comprime ainsi le vaisseau ouvert, ou on empêche le sang de s'y porter.

Et si enfin aucun de tous les différens moyens qui viennent d'être proposés, ne peuvent être employés avec succès pour arrêter une grande hémorrhagie, on peut faire usage d'un secours violent, mais efficace, & peut-être trop négligé, qui est de porter le feu dans la partie où se fait la perte de sang, si la chose est praticable ; ce qui se fait par le moyen des fers rougis au feu, des cauteres actuels, qui sont souvent d'une grande ressource en pareil cas. Voyez CAUTERE, PLAYE.

Ce n'est pas le tout d'avoir arrêté une hémorrhagie ; pour en rendre la cure complete , il faut encore s'occuper ensuite à chercher, à employer les moyens propres à en empêcher le retour, lorsqu'elle est véritablement nuisible, ou à en modérer l'excès, si elle peut être salutaire : il faut s'appliquer à corriger le vice tant des solides que des fluides, qui y a donné lieu ; fortifier la partie foible, lui donner du ressort, si c'est à son atonie que doit être attribuée l'hémorrhagie ; prescrire un régime & des médicamens incrassans, si la trop grande fluidité, l'acrimonie dissolvante des humeurs, établit une disposition à l'hémorrhagie.

Mais si l'on a été forcé à procurer, par quelque moyen que ce soit, l'astriction de la partie où se faisoit une hémorrhagie, qui ne péchoit que par excès, & dont le retour avec modération soit nécessaire, il faut employer les moyens convenables pour que cette astriction ne fasse pas une trop grande résistance à la dilatation des vaisseaux, qui doit avoir lieu lorsqu'une nouvelle évacuation deviendra nécessaire ; car il arrive souvent que le resserrement occasionné par les astringens, ou par tout autre stimulant tonique, devient tellement durable, que la nature ne peut pas le vaincre dans les cas où il est besoin ensuite de le faire cesser.

C'est ainsi que la suppression des regles, causée par les applications froides, est si difficile à guérir ; parce que l'équilibre une fois rompu dans les solides d'une partie, soit par excès, soit par défaut de ressort, ne se rétablit qu'avec beaucoup de peine.

Pour un plus grand détail sur le traitement des hémorrhagies contre nature, & de celles qui étant salutaires ou critiques, péchent par excès ou par défaut, voyez les articles où il est traité des hémorrhagies particulieres, telles que les MENSTRUES, les HEMORRHOIDES, les SAIGNEMENS DE NEZ, la DYSSENTERIE, le FLUX HEPATIQUE, &c. & pour les auteurs qui ont écrit sur ces différens sujets, tant en général qu'en particulier, consultez entr'autres, les Oeuvres de Stahl, de Nenter, d'Hoffman.

HEMORRHAGIE (Chirurgie). Les moyens que la Chirurgie a fournis dans tous les tems pour arrêter les hémorrhagies, peuvent se réduire aux absorbans, aux astringens simples, aux styptiques, aux caustiques, au fer brûlant, à la ligature & à la compression.

Les absorbans & les simples astringens ne peuvent être utiles que pour de legeres hémorrhagies ; leur insuffisance dans l'ouverture des grands vaisseaux a fait mettre en usage l'alun, le vitriol, & toutes les huiles & les eaux styptiques ou escharotiques. Les anciens chirurgiens se servoient même des cauteres, de l'huile bouillante, du plomb fondu & du fer ardent ; ils ont compliqué la brûlure de tant de façons différentes, que c'étoit faire, selon eux, une grande découverte, que d'imaginer une nouvelle façon de brûler ; & ils brûloient ainsi, afin de froncer les vaisseaux par la crispation que cause la brûlure.

Les Chirurgiens plus éclairés devinrent moins cruels ; ils imaginerent la ligature des vaisseaux. Le célebre Ambroise Paré, chirurgien de Paris, & premier chirurgien de quatre rois, la mit le premier en pratique au xvj. siecle. Cette maniere d'arrêter le sang lui attira bien des contradictions ; mais quoique desapprouvée par quelques-uns de ses contemporains, il eut la satisfaction de la voir pratiquer avec un grand succès. La ligature rendit les chirurgiens moins timides ; l'amputation des membres devint une opération plus sûre & moins douloureuse, & la guérison en fut plus promte. On s'est servi presque universellement de la ligature jusqu'à ce jour, pour arrêter le sang non-seulement dans l'amputation des membres, voyez AMPUTATION, mais encore dans l'opération de l'anevrysme, voyez ANEVRYSME, & dans les plaies accompagnées de grandes hémorrhagies.

M. Petit fait observer dans une dissertation sur la maniere d'arrêter le sang dans les hémorrhagies, imprimée dans les mém. de l'acad. royale des Sciences, année 1731, que ces différens moyens n'auroient jamais été ou très-rarement suivis de succès sans la compression ; il a toûjours fallu, même dans l'application des caustiques, appliquer des compresses qui fussent assujetties & soutenues par plusieurs tours de bande suffisamment serrés pour resister à l'impulsion du sang de l'artere, & s'opposer à la chûte trop promte de l'escare que font les styptiques, le feu, ou à la séparation prématurée de la ligature ou de l'escare. Sans cette précaution, on auroit presque toûjours à craindre l'hémorrhagie, qui n'arrive que trop souvent à la chûte de la ligature ou de l'escare, malgré les soins qu'on prend pour l'éviter par une compression convenable.

M. Petit, après avoir remarqué que la compression a dû, selon toutes les apparences, être conforme à la premiere idée que les hommes ont dû naturellement avoir pour arrêter le sang, lui donne en ce qui concerne les amputations, tous les avantages de la nouveauté, soit par rapport à la maniere de comprimer les vaisseaux, soit par rapport à l'usage exclusif qu'il lui donne, en rejettant la ligature autant qu'il est possible. Il fait observer que le bout du doigt légerement appuyé sur l'orifice d'un vaisseau, est un moyen suffisant pour en arrêter le sang, & qu'il ne faudroit point autre chose si l'on pouvoit toûjours tenir le doigt dans cette attitude, & si le moignon d'un malade agité pouvoit garder assez long-tems la même situation ; mais la chose étant impossible, M. Petit y a remédié par l'invention d'une machine qui fait sûrement & invariablement l'office du doigt ; il en donne la description & la figure dans les Mém. de l'acad. royale des Sciences, année 1731. Les mémoires de l'année suivante contiennent des observations du même auteur, confirmatives des raisons & des faits rapportés dans la premiere dissertation ; les personnes de l'art ne liront point ces ouvrages sans en tirer des instructions aussi solides que nécessaires. Nous décrirons cette machine à la fin de cet article.

En 1736, M. Morand a donné un mémoire à l'académie royale des Sciences, où rappellant ce que M. Petit a dit sur les hémorrhagies dans les années 1731 & 1732, il adopte la doctrine de cet auteur sur la formation du caillot qui contribue à arrêter le sang ; mais il ajoute que la crispation & l'affaissement du tuyau y ont aussi beaucoup de part ; que les agens extérieurs employés pour arrêter le sang tendent toûjours à procurer au vaisseau l'état d'applatissement ou de froncement, & que ces agens sont plus efficaces à proportion qu'ils diminuent davantage le calibre ou le diametre du vaisseau.

Le caillot si nécessaire pour la cessation de l'hémorrhagie examiné dans sa formation, ne fait que suivre, selon M. Morand, l'impression qu'il a reçûe de l'artere qui est son moule ; & jamais l'hémorrhagie ne s'arrêteroit si on supposoit l'artere après sa section, conservée dans le même état où elle étoit au moment de sa section, & sans avoir changé ni de forme ni de diametre.

M. Morand rapporte les observations les plus favorables qui semblent tout donner au caillot, & en oppose d'autres par lesquelles il prouve que l'applatissement seul du vaisseau peut le faire.

Nous parlerons de la méthode d'arrêter le sang de l'artere intercostale au mot LIGATURE ; & de l'hémorrhagie qui suit l'extirpation d'un polype au mot POLYPE. Il faut observer généralement que pour les hémorrhagies ordinaires, l'application de la charpie brute, soutenue de quelques compresses assujetties par quelques tours de bande, suffit po