A B C D E F G H I K L M N O P Q R S T U W XYZ

    
 
Nsubst. f. selon l'ancienne épellation enne ; subst. m. selon l'épellation moderne ne. C'est la quatorzieme lettre, & la onzieme consonne de notre alphabet : le signe de la même articulation étoit nommé nu, , par les Grecs, & nun ou noun, par les Hébreux.

L'articulation représentée par la lettre N, est linguale, dentale & nasale : linguale, parce qu'elle dépend d'un mouvement déterminé de la langue, le même précisement que pour l'articulation D ; dentale, parce que pour opérer ce mouvement particulier, la langue doit s'appuyer contre les dents supérieures, comme pour D & T ; & enfin nasale, parce qu'une position particuliere de la langue, pendant ce mouvement, fait refluer par le nez une partie de l'air sonore que l'articulation modifie, comme on le remarque dans les personnes enchifrenées qui prononcent d pour n, parce que le canal du nez étant alors embarrassé, l'émission du son articulé est entierement orale.

Comme nasale, cette articulation se change aisément en m dans les générations des mots, voyez M : comme dentale, elle est aussi commuable avec les autres de même espece, & principalement avec celles qui exigent que la pointe de la langue se porte vers les dents supérieures, savoir d & t : & comme linguale, elle a encore un degré de commutabilité avec les autres linguales, proportionné au degré d'analogie qu'elles peuvent avoir dans leur formation ; N se change plus aisément & plus communément avec les liquides L & R, qu'avec les autres linguales, parce que le mouvement de la langue est à-peu-près le même dans la production des liquides, que dans celle de N. Voyez L & LINGUALE.

Dans la langue françoise la lettre N a quatre usages différens, qu'il faut remarquer.

1°. N, est le signe de l'articulation ne, dans toutes les occasions où cette lettre commence la syllabe, comme dans nous, none, nonagénaire, Ninus, Ninive, &c.

2°. N, à la fin de la syllabe, est le signe orthographique de la nasalité de la voyelle précédente, comme dans an, en, ban, bon, bien, tien, indice, onde, fondu, contendant, &c. voyez M. il faut seulement excepter les trois mots examen, hymen, amen, où cette finale conserve sa signification naturelle, & représente l'articulation ne.

Il faut observer néanmoins que dans plusieurs mots terminés par la lettre n, comme signe de nasalité, il arrive souvent que l'on fait entendre l'articulation ne, si le mot suivant commence par une voyelle ou par un h muet.

Premierement si un adjectif, physique ou métaphysique, terminé par un n nasal, se trouve immédiatement suivi du nom auquel il a rapport, & que ce nom commence par une voyelle, ou par un h muet, on prononce entre deux l'articulation ne : bon ouvrage, ancien ami, certain auteur, vilain homme, vain appareil, un an, mon ame, ton honneur, son histoire, &c. On prononce encore de même les adjectifs métaphysiques un, mon, ton, son, s'ils ne sont séparés du nom que par d'autres adjectifs qui y ont rapport : un excellent ouvrage, mon intime & fidele ami, ton unique espérance, son entiere & totale défaite, &c. Hors de ces occurrences, on ne fait point entendre l'articulation ne, quoique le mot suivant commence par une voyelle ou par un h muet : ce projet est vain & blâmable, ancien & respectable, un point de vûe certain avec des moyens sûrs, &c.

Le nom bien en toute occasion se prononce avec le son nasal, sans faire entendre l'articulation ne : ce bien est précieux, comme ce bien m'est précieux ; un bien honnête, comme un bien considérable. Mais il y a des cas où l'on fait entendre l'articulation ne après l'adverbe bien ; c'est lorsqu'il est suivi immédiatement de l'adjectif, ou de l'adverbe, ou du verbe qu'il modifie, & que cet adjectif, cet adverbe, ou ce verbe commence par une voyelle, ou par un h muet : bien aise, bien honorable, bien utilement, bien écrire, bien entendre, &c. Si l'adverbe bien est suivi de tout autre mot que de l'adjectif, de l'adverbe ou du verbe qu'il modifie, la lettre n n'y est plus qu'un signe de nasalité : il parloit bien & à-propos.

Le mot en, soit préposition soit adverbe, fait aussi entendre l'articulation ne dans certains cas, & ne la fait pas entendre dans d'autres. Si la préposition en est suivie d'un complément qui commence par un h muet ou par une voyelle, on prononce l'articulation : en homme, en Italie, en un moment, en arrivant, &c. Si le complément commence par une consonne, en est nasal : en citoyen, en France, en trois heures, en partant, &c. Si l'adverbe en est avant le verbe, & que ce verbe commence par une voyelle ou par un h muet, on prononce l'articulation ne : vous en êtes assûré, en a-t-on parlé ? pour en honorer les dieux, nous en avons des nouvelles, &c. Mais si l'adverbe en est après le verbe, il demeure purement nasal malgré la voyelle suivante : parlez-en au ministre, allez-vous-en au jardin, faites-en habilement revivre le souvenir, &c.

On avant le verbe, dans les propositions positives, fait entendre l'articulation ; on aime, on honorera, on a dit, on eût pensé, on y travaille, on en revient, on y a réfléchi, quand on en auroit eu repris le projet, &c. Dans les phrases interrogatives, on étant après le verbe, ou du moins après l'auxiliaire, est purement nasal malgré les voyelles suivantes : a-t-on eu soin ? est-on ici pour long-tems ? en auroit-on été assuré ? en avoit-on imaginé la moindre chose ? &c.

Est-ce le n final qui se prononce dans les occasions que l'on vient de voir, ou bien est-ce un n euphonique que la prononciation insere entre deux ? Je suis d'avis que c'est un n euphonique, différent du n orthographique ; parce que si l'on avoit introduit dans l'alphabet une lettre, ou dans l'orthographe un signe quelconque, pour en représenter le son nasal, l'euphonie n'auroit pas moins amené le n entre-deux, & on ne l'auroit assurement pas pris dans la voyelle nasale ; or on n'est pas plus autorisé à l'y prendre, quoique par accident la lettre n soit le signe de la nasalité, parce que la différence du signe n'en met aucune dans le son représenté.

On peut demander encore pourquoi l'articulation inserée ici est ne, plutôt que te, comme dans a-t-il reçu ? c'est que l'articulation ne est nasale, que parlà elle est plus analogue au son nasal qui précéde, & conséquemment plus propre à le lier avec le son suivant que toute autre articulation, qui par la raison contraire seroit moins euphonique. Au contraire, dans a-t-il reçu, & dans les phrases semblables, il paroît que l'usage a inseré le t, parce qu'il est le signe ordinaire de la troisieme personne, & que toutes ces phrases y sont relatives.

Enfin on peut demander pourquoi l'on a inséré un n euphonique dans les cas mentionnés, quoiqu'on ne l'ait pas inseré dans les autres où l'on rencontre le même hiatus. C'est que l'hiatus amene une interrogation réelle entre les deux sons consécutifs, ce qui semble indiquer une division entre les deux idées : or dans le cas où l'usage insere un n euphonique, les deux idées exprimées par les deux mots sont si intimement liées qu'elles ne font qu'une idée totale ; tels sont l'adjectif & le nom, le sujet & le verbe, par le principe d'identité ; c'est la même chose de la préposition & de son complément, qui équivalent en effet à un seul adverbe, & l'adverbe qui exprime un mode de la signification objective du verbe, devient aussi par-là une partie de cette signification. Mais dans les cas où l'usage laisse subsister l'hiatus, il n'y a aucune liaison semblable entre les deux idées qu'il sépare.

On peut par les mêmes principes, rendre raison de la maniere dont on prononce rien, l'euphonie fait entendre l'articulation ne dans les phrases suivantes : je n'ai rien appris, il n'y a rien à dire, rien est-il plus étrange ? Je crois qu'il seroit mieux de laisser l'hiatus dans celle-ci, rien, absolument rien, n'a pu le déterminer.

3°. Le troisieme usage de la lettre n, est d'être un caractere auxiliaire dans la représentation de l'articulation mouillée que nous figurons par gn, & les Espagnols par : comme dans digne, magnifique, regne, trogne, &c. Il faut en excepter quelques noms propres, comme Clugni, Regnaud, Regnard, où n a sa signification naturelle, & le g est entierement muet.

Au reste je pense de notre gn mouillé, comme du l mouillé ; que c'est l'articulation n suivie d'une diphtongue dont le son prépositif est un i prononcé avec une extrême rapidité. Quelle autre différence trouve-t-on, que cette prononciation rapide, entre il denia, denegavit, & il daigna, dignatus est ; entre cérémonial & signal ; entre harmonieux & hargneux ? D'ailleurs l'étymologie de plusieurs de nos mots où il se trouve gn, confirme ma conjecture, puisque l'on voit que notre gn répond souvent à ni suivi d'une voyelle dans le radical ; Bretagne de Britannia ; borgne de l'italien bornio ; charogne ou du grec , lieu puant, ou de l'adjectif factice caronius, dérivé de caro par le génitif analogue caronis, syncopé dans carnis, &c.

4°. Le quatrieme usage de la lettre n est d'être avec le t, un signe muet de la troisieme personne du pluriel à la suite d'un e muet ; comme ils aiment, ils aimerent, ils aimeroient, ils aimoient, &c.

N capital suivi d'un point, est souvent l'abregé du mot nom, ou nomen, & le signe d'un nom propre qu'on ignore, ou d'un nom propre quelconque qu'il faut y substituer dans la lecture.

En termes de Marine, N signifie nord ; N E, veut dire nord est ; N O, nord ouest ; N N E, nord-nord-est ; N N O, nord nord-ouest ; E N E, est-nord-est ; O N O, ouest-nord-ouest.

N sur nos monnoies, désigne celles qui ont été frappées à Montpellier.

N chez les anciens, étoit une lettre numérale qui signifioit 900, suivant ce vers de Baronius :

N quoque nongintos numero designat habendos.

Tous les lexicographes que j'ai consultés, s'accordent en ceci, & ils ajoûtent tous que avec une barre horisontale au-dessus, marque 9000 ; ce qui en marque la multiplication par 10 seulement, quoique cette barre indique la multiplication par 1000, à l'égard de toutes les autres lettres ; & l'auteur de la méth. lat. de P. R. dit expressément dans son Recueil d'observations particulieres, chap. II. num. iv. qu'il y en a qui tiennent que lorsqu'il y a une barre sur les chiffres, cela les fait valoir mille, comme, , , cinq-mille, dix-mille. Quelqu'un a fait d'abord une faute dans l'exposition, ou de la valeur numérique de N seule, ou de la valeur de barré ; puis tout le monde a répété d'après lui sans remonter à la source. Je conjecture, mais sans l'assurer, que = 900000, selon la regle générale. (B. E. R. M.)

N, dans le Commerce, ainsi figurée N°. signifie en abregé numero, dans les livres des Marchands, Banquiers & Négocians. N. C. veut dire notre compte. Voyez ABREVIATION. (G)


N N N(Ecriture) cette lettre considerée par rapport à sa figure, a les mêmes racines que l'm. Voyez en la définition à la lettre m, ainsi que la méthode de son opération.

N DOUBLE, en terme de Boutonnier, un ornement ou plutôt un rang de bouillon qui tombe de chaque côté d'une cordeliere ou d'un épi sur le rostage, & qui avec l'épi ou la cordeliere, forme à-peu-près la figure de cette lettre de l'alphabet. Voyez EPI, CORDELIERE & BOUILLON.


N ou NAGIsubst. m. (Hist. nat. Botan.) espece de laurier fort rare qui passe au Japon pour un arbre de bon augure. Il conserve ses feuilles toute l'année. Des forêts où la nature le produit, on le transporte dans les maisons, & jamais on ne l'expose à la pluie. Sa grandeur est celle du cerisier : le tronc en est fort droit ; son écorce est de couleur bai-obscur ; elle est molle, charnue, d'un beau verd dans les petites branches, & d'une odeur de sapin balsamique : son bois est dur, foible & presque sans fibres ; sa moëlle est à-peu-près de la nature du champignon, & prend la dureté du bois dans la vieillesse de l'arbre. Les feuilles naissent deux-à-deux, sans pédicule ; elles n'ont point de nerfs, leur substance est dure ; enfin elles ressemblent fort à celles du laurier d'Alexandrie. Les deux côtés sont de même couleur, lisses, d'un verd-obscur avec une petite couche de bleu tirant sur le rouge, larges d'un grand pouce & longues à proportion. Sous chaque feuille sortent trois ou quatre étamines blanches, courtes, velues, mêlées de petites fleurs qui laissent, en tombant, une petite graine rarement dure, à-peu-près de la figure d'une prune sauvage, & d'un noir-purpurin dans sa maturité : la chair en est insipide & peu épaisse. Cette baie renferme une petite noix ronde de la grosseur d'une cerise, dont l'écaille est dure & pierreuse, quoique mince & fragile. Elle contient un noyau couvert d'une petite peau rouge, d'un goût amer & de figure ronde, mais surmonté d'une pointe qui a sa racine dans le milieu du noyau même.


NAANSI(Géog.) peuple nombreux de l'Amérique septentrionale, auprès des Nabiri, entre les Cénis & les Cadodaquios.


NAAS(Géog.) petite ville d'Irlande dans la province de Leinster, au comté de Kildare, proche la Lisse, au nord-est de Kildare. Elle envoie deux députés au parlement de Dublin. Long. 11. 2. latit. 53. 15. (D.J.)


NAATSMES. m. (Hist. nat. Botan.) c'est un arbre du Japon qui est une espece de paliurus, que Kempfer prend pour celui de Prosper Alpinus. Son fruit est de la grosseur d'une prune & d'un goût austere. On le mange confit au sucre. Son noyau est pointu aux deux extrêmités.


NAB(Géog.) riviere d'Allemagne ; elle sort des montagnes de Franconie, traverse le palatinat de Baviere & le duché de Neubourg, & va se jetter dans le Danube un peu au-dessus de Ratisbonne. (D.J.)


NABABS. m. (Hist. mod.) c'est le nom que l'on donne dans l'Indostan aux gouverneurs préposés à une ville ou à un district par le grand-mogol. Dans les premiers tems ce prince a conféré le titre de nabab à des étrangers : c'est ainsi que M. Dupleix, gouverneur de la ville de Pondichery pour la compagnie des Indes de France, a été nommé nabab ou gouverneur d'Arcate par le grand-mogol. Les gouverneurs du premier ordre se nomment soubas ; ils ont plusieurs nababs sous leurs ordres.


NABAON(Géog.) petite riviere de Portugal dans l'Estramadure ; elle se décharge dans le Zézar, un peu avant que ce dernier mêle ses eaux avec celles du Tage.


NABATHÉENSS. m. pl. (Géog. anc.) en latin Nabathaei, peuples de l'Arabie pétrée, dont il est beaucoup parlé dans l'Ecriture. Diodore de Sicile liv. XI. ch. xlviij. après avoir dit que l'Arabie est située entre la Syrie & l'Egypte, & partagée entre différens peuples, ajoute que les Arabes Nabathaei occupent un pays desert qui manque d'eau, & qui ne produit aucun fruit, si ce n'est dans un très-petit canton. Les Nabathéens habitoient, selon le même auteur, aux environs du golfe Elanitique, qui est à l'occident de l'Arabie, & en même tems dans l'Arabie pétrée. Strabon, livre XVI. & Pline, liv. VI. ch. xxviij. disent que la ville de Petra leur appartenoit. Josephe, antiquit. liv. XIII. ch. jx. nous apprend que Jonathas Macchabée étant entré dans l'Arabie, battit les Nabathéens & vint à Damas.


NABEL(Géog.) autrement Nébel ou Nabis, comme les Maures l'appellent ; petite ville ou plutôt bourgade de l'Afrique, dans la seigneurie de la Goulette. C'étoit autrefois une ville très-peuplée, & on n'y trouve aujourd'hui que quelques paysans. Ptolémée, l. IV. c. iij. en fait mention sous le nom de Neapolis colonia ; les habitans la nomment encore Napoli de Barbarie. Les Romains l'ont bâtie ; elle est située près de la mer Méditerranée, à trois lieues de Tunis, vers l'orient. Long. 28. 24. lat. 36. 40.


NABIANI(Géog. anc.) peuples errans de la Sarmatie asiatique, selon Strabon, qui les place sur le Palus-méotide.


NABIRI(Géog.) peuple de l'Amérique septentrionale dans la Louisiane ; il habitoit au dernier siecle auprès des Naansi, mais il s'est retiré plus bas au nord de la riviere Rouge, & il a maintenant changé de nom. (D.J.)


NABLUMS. m. (Musique des Hébreux) en hébreu nébel ; instrument de musique chez les Hébreux. Les septante & la vulgate traduisent quelquefois ce mot par psaltérion, lyra, cythara, & plus communément par nablum. C'étoit, à ce que conjecturent quelques critiques, un instrument à cordes, approchant de la forme d'un , dont on jouoit des deux mains avec une espece d'archet. Voyez la dissertation du P. Calmet sur les instrumens de musique des anciens Hébreux. (D.J.)


NABOS. m. (Mythol.) ou Nebo ; grande divinité des Babyloniens, laquelle tenoit le premier rang après Bel. Il en est parlé dans Isaïe, ch. xlviij. Vossius croit que Nabo étoit la lune, & Bel le soleil ; mais Grotius pense que Nabo avoit été quelque prophete célebre du pays, & ce sentiment seroit conforme à l'étymologie du nom, qui, selon S. Jérôme, signifie celui qui préside à la prophétie. Les Chaldéens & les Babyloniens, peuples entêtés de l'Astrologie, pouvoient bien avoir mis au rang de leurs dieux un homme supérieur en cet art. Quoi qu'il en soit, la plûpart des rois de Babylone portoient le nom de ce dieu joint avec le leur propre. Nabo-Nassar, Nabopolassar, Nabu-sardan, Nabu-chodonosor, &c. Au reste le Nabahas des Héviens étoit le même dieu que Nabo. (D.J.)

NABO, (Géog.) ou Napon, cap du Japon que les Hollandois nomment cap de Gorée. C'est le plus septentrional de la côte orientale de la grande île Niphon, par les 39d. 45'. de lat. nord. (D.J.)


NABONASSAR(Chronologie.) L'ere de Nabonassar est célebre : nous ne savons presque rien de l'histoire de ce prince, sinon qu'il étoit roi de Babylone, & qu'on l'appelloit aussi Belesus, quoique suivant quelques auteurs il soit le même que le Baladan dont il est parlé dans Isaïe, xxxjx. & dans le second livre des rois, xx. 12. Quelques-uns même conjecturent qu'il étoit mede, & qu'il fut élevé sur le trône par les Babyloniens, après qu'ils eurent secoué le joug des Medes.

Le commencement du regne de ce prince est une époque fort importante dans la Chronologie, par la raison que c'étoit, selon Ptolémée, l'époque du commencement des observations astronomiques des Chaldéens ; c'est pour cela que Ptolémée & les autres astronomes commencent à compter les années à l'ere de Nabonassar. Voyez ASTRONOMIE.

Il résulte des observations rapportées par Ptolémée, que la premiere année de cette ere est environ la 747e année avant Jésus-Christ, & la 3967e de la période Julienne. Voyez éPOQUE.

Les années de cette époque sont des années égyptiennes de 365 jours chacune, commençant au 29 Février & à midi, selon le calcul des Astronomes. Voyez ANNEE. (G)


NABOTHOEUF DE, (Anat.) Naboth, professeur de Medecine dans l'université de Léipsick, a découvert une espece d'ovaire du cou de la matrice, & on l'appelle oeuf de Naboth. Nous avons de lui une dissertation intitulée, Mart. Naboth de sterilitate. LÉïps. 1707. (L)


NACARATS. m. & adj. (Teinture) rouge clair & uni. Les nacarats appellés de bourre, sont teints de gaude & de bourre de poil de chevre, fondue avec la cendre gravelée, & il est défendu d'y employer le fustel.


NACCHIVAN(Géog.) ville d'Arménie, capitale de la province de même nom. Elle étoit autrefois très considérable, mais Amurat la ruina. On peut juger de son ancienne grandeur par le grand amas de ses débris. Il n'y a que le centre de la ville qui soit rebâti : il contient un millier de maisons, avec des bazars remplis de boutiques de diverses marchandises. Nacchivan sert de titre à l'archevêque des Arméniens catholiques. Les Dominicains sont leurs seuls ecclésiastiques, & c'est parmi eux qu'ils choisissent l'archevêque : le pape confirme son élection. Longit. marquée sur les astrolabes persans, est de 81. 34. lat. 38. 40. (D.J.)


NACELLES. f. (Anat.) c'est la cavité qui est entre les deux circuits de l'oreille, l'extérieur qui se nomme helice ou helix, & l'intérieur, qui se nomme anthelice ou anthelix. Dionis dit de la nacelle que c'est la plus grande cavité de l'oreille.

NACELLE, (Architecture civile) On appelle ainsi dans les profils un membre quelconque, creux en demi-ovale, que les ouvriers nomment gorge. On entend encore par nacelle la scotie. Voyez SCOTIE. (D.J.)

NACELLE, (Marine) petit bateau qui n'a ni mâts ni voiles, & dont on se sert pour passer une riviere. (Q)


NACHÉS(Géog.) peuples de l'Amérique septentrionale dans la Louisiane. Voyez NATCHES.


NACHSHAB(Géog.) ville de la grande Tartarie, dans le Mawaralnahar, sur la frontiere, dans une plaine. Les Arabes la nomment Nasaph. Sa longitude, suivant Albiruni, est 88. 10. lat. 39. 50.


NACOLEIA(Géog. anc.) ville de la grande Phrygie, selon Strabon & Ptolémée. Etienne le géographe & Ammian Marcellin écrivent Nacolia ; Suidas dit Nacoleum. Selon d'Herbelot, cette ville est située auprès d'un lac que les Turcs appellent, ainsi que la ville ou bourg, Ainchghiol. (D.J.)


NACRES. f. (Hist. nat.) On a donné ce nom à la substance de certains coquillages, qui est blanche & orientée comme les perles. La surface intérieure de la plûpart des coquillages est de cette qualité ; il y en a aussi qui étant dépouillés de leur écorce, ont à l'extérieur une très-belle nacre, comme le burgau. Voyez COQUILLE. (I)

NACRE, (Chimie & Mat. med.) nacre des perles ou mere des perles ; c'est un des terreux absorbans usités en Médecine. On prépare la nacre par la porphyrisation ; on en fait un sel avec l'esprit de vinaigre, & un magistere par la précipitation de ce sel. On réduit la nacre préparée en tablettes : toutes ces préparations, aussi-bien que ses vertus medicinales, lui sont communes avec tous les autres absorbans terreux. Voyez REMEDES TERREUX, au mot TERRE, Mat. med.

La nacre entre dans la poudre pectorale ou looch sec, dans la confection d'hyacinthe, & dans les tablettes absorbantes & roborantes de la pharmacopée de Paris. (b.)

NACRE DE PERLES, voyez MERE-PERLE.

NACRE DE PERLE, (Conchyliolog.) voyez PINNE MARINE.

NACRE DE PERLES, (Jouaillerie) On nomme nacre de perles les coquilles où se forment les perles ; elles sont en-dedans du poli & de la blancheur des perles, & ont le même éclat en dehors, quand avec un touret de lapidaire on en a enlevé les premieres feuilles, qui sont l'enveloppe de ce riche coquillage. Les nacres entrent dans les ouvrages de marqueterie & de vernis de la Chine : on en fait aussi divers bijoux, entr'autres de très-belles tabatieres. (D.J.)

NACRE, (Jouaillerie) Ce mot chez les Lapidaires se dit d'un cercle qui se trouve quelquefois dans le fond des coquilles de nacre. Les Lapidaires ont souvent l'adresse de les scier & de les faire entrer dans divers ouvrages de Jouaillerie, comme de véritables perles. On les nomme plus ordinairement des loupes.


NADELLEMELETTE, APHYE-PHALERIQUE, s. f. (Ictthiol.) poisson de mer qui ne differe de la sardine qu'en ce qu'il est plus mince & plus large. Il a la queue fourchue, & les nageoires sont en même nombre, & situées comme dans la sardine. La nadelle a la chair molle & très-grasse. Si on garde dans un vase pendant quelque tems plusieurs de ces petits poissons entassés les uns sur les autres, on voit bientôt surnager de la graisse qui est bonne à brûler, & dont les pêcheurs se servent pour leurs lampes. Rondelet, histoire des poissons, premiere partie, liv. VII. chap. jv. Voyez SARDINE, poisson. (I)


NADERS. m. (Hist. mod.) c'est le nom d'un des principaux officiers de la cour du grand-mogol, qui commande à tous les eunuques du palais. Il est chargé de maintenir l'ordre dans le maal ou serrail, ce qui suppose une très-grande sévérité. Il regle la dépense des sultanes & des princesses ; il est garde du trésor & des joyaux, & grand-maître de la garderobe du monarque ; enfin c'est lui qui fait toute la dépense de sa maison. Cette place éminente est toujours remplie par un eunuque, qui a communément un crédit sans bornes.

NADER, (Géogr.) ville des Indes orientales dans l'Indostan, sur la route d'Agra à Surate, à 4 lieues de Gate. Elle est située sur la pente d'une montagne ; ses maisons sont couvertes de chaume & n'ont qu'un étage. Long. 92. 20. lat. 24. 30. (D.J.)


NADIRS. m. se dit en Astronomie du point du ciel immédiatement opposé au zénith. Voyez ZENITH.

Ce mot est purement arabe ; nadir en arabe signifie la même chose qu'ici.

Le nadir est le point du ciel qui est directement sous nos piés, c'est-à-dire un point qui se trouve dans la ligne tirée de nos piés par le centre de la terre, & terminée à l'hémisphere opposé au nôtre.

Le zénith & le nadir sont les deux poles de l'horison : ces deux points en sont chacun éloignés de 90°, & par conséquent sont tous deux dans le méridien. Le nadir est proprement le zénith de nos antipodes, dans la supposition que la terre soit exactement sphérique ; mais comme elle ne l'est pas, il n'y a proprement que les lieux situés sous l'équateur ou sous les poles dont le nadir soit le zénith de leurs antipodes. Voyez ZENITH, ANTIPODES & HORISON.

Nadir du soleil est le nom que quelques anciens astronomes ont donné à l'axe du cone formé par l'ombre de la terre ; ils l'appellent ainsi, parce que cet axe coupe l'écliptique en un point diamétralement opposé au soleil, mais cette dénomination n'est plus en usage. Chambers. (O)


NADOUBAH(Géogr.) ville du pays que les Arabes appellent Kofarhaqui, c'est la Cafrerie. Cette ville est à environ trois journées de Mélinde, qui est dans le Zanguebar.


NADOUESSANSS. f. (Géogr.) autrement dits Nadouessioux ; peuples sauvages dans l'Amérique septentrionale ; ils ont leur demeure avec plusieurs autres nations barbares, vers le lac des Issati, à 70 lieues à l'ouest du lac supérieur.


NADRAVIE(Géog.) province du royaume de Prusse, dans le cercle de Tamland. Elle est arrosée d'un grand nombre de rivieres. Lubiaw en est le lieu le plus considérable. (D.J.)


NAENIAS. f. (Mythol.) déesse qui présidoit aux pleurs, aux lamentations & aux funérailles ; je dis que c'est une déesse, parce que Festus en parle sur ce ton, & qu'il marque même l'endroit où on avoit pris soin de lui consacrer un temple ; c'étoit près de Rome, & ce temple n'étoit plus de son tems qu'une chapelle. Naeniae deae sacellum ultrà portam viminalem, nunc tantùm habet aediculum ; mais le mot Naenia dans les auteurs, signifie plus communément une chanson lugubre, qu'on chantoit aux funérailles ; il se prend aussi quelquefois pour un chant magique, pour un proverbe reçu parmi les enfans, & finalement pour une hymne. (D.J.)


NAEPS. m. (Hist. mod.) terme de relation ; juge subalterne établi par les cadis dans les villages de Turquie, ou par les mulas des grandes villes, pour être comme leurs lieutenans. (D.J.)


NAERDEN(Géog.) forte ville des Pays-bas dans la Hollande, à la tête des canaux de la province, & capitale du Goyland. Guillaume de Baviere en jetta les fondemens en 1350. Elle est sur le Zuiderzée, à 4 lieues d'Amsterdam, & environ à même distance N. E. d'Utrecht. Long. 22. 38. lat. 52. 20.

La ville de Naerden fut presque réduite en cendre en 1486 par un embrasement accidentel. En 1572, elle fut prise & saccagée avec une barbarie incroyable par les Espagnols. Il y en a dans la bibliotheque d'Utrecht une description en manuscrit qui fait dresser les cheveux. Les François prirent cette ville en 1672, & le P. d'Orange la reprit sur eux l'année suivante. (D.J.)


NAEVIA SYLVA(Géog. anc.) forêt à quatre milles de Rome, ainsi nommée d'un certain Naevius, qui avoit sa maison de plaisance dans ce quartier. Varron fait mention de cette Naevia sylva & de Naevia porta ; c'est aujourd'hui Porta majore.


NAFIAou NAPHIA, (Géog.) petit lac de la vallée de Noto en Sicile, auprès de Minéo en tirant vers le nord. On le nommoit anciennement Palicorum lacus, & l'on voit sur ses bords, les ruines de l'ancienne Palica. (D.J.)


NAGAMS. m. (Hist. nat.) nom malais d'un grand arbre qui porte des siliques, & qui est fort commun dans les îles des Indes orientales ; le suc de ses fécules mêlé avec l'huile de noix d'Inde, & employé en onguent, chasse les enflures de ventre périodiques.


NAGARA(Géog. anc.) ville métropole dans l'Arabie heureuse, selon Ptolémée liv. VI. ch. cvij. c'est aussi une ville des Indes en-deçà du Gange, autrement nommée Dionysopolis. (D.J.)


NAGES. f. terme de Batelier ; c'est un morceau de bois du bachot où l'on pose la platine, l'aviron, quand son anneau est au touret.

Nage à bord, commandement aux gens de la chaloupe de venir au vaisseau.

Nage à faire abattre, commandement aux gens de la chaloupe qui tanent un vaisseau de nager du côté où l'on veut que le vaisseau s'abbatte.

Nage au vent, commandement aux gens de l'équipage qui touent un vaisseau, de nager du côté où le vent vient.

Nage de force, commandement aux gens de l'équipage de redoubler leurs efforts.

Nage qui est paré, commandement de nager à qui est prêt ; ce qui se fait lorsqu'il n'est pas d'une nécessité absolue que les gens de l'équipage de la chaloupe nagent tous ensemble.

Nage sec, commandement à l'équipage de la chaloupe de tremper dans l'eau l'aviron, en nageant de telle sorte qu'il ne la fasse pas sauter, & qu'on ne mouille pas ceux qui y sont.

Nage stribord & serre bas bord, ou nage bas bord & serre stribord : commandement à l'équipage d'une chaloupe de la faire naviger & gouverner en moins d'espace.

Nager, ramer, & voguer, c'est se servir des avirons pour faire siller un bâtiment.

Nager à sec ; c'est toucher la terre avec les avirons.

Nager en arriere, c'est faire arrêter ou reculer un petit vaisseau avec des avirons : cela se pratique sur tous les bâtimens à rames afin d'éviter le revirement, & de présenter toujours la proue. (Z)


NAGEANTadj. terme de Blason, dont on se sert pour représenter dans les armoiries un poisson couché horisontalement, ou en-travers de l'écusson. Voyez POISSON.


NAGEOIRESS. f. pl. (Ichthiolog.) c'est une partie du poisson qui est faite comme une plume. Voyez l'article POISSON.

Il faut ajouter un mot de l'usage des nageoires. Comme en tous les corps qui flottent dans l'eau, la partie la plus lourde tend toujours en bas, selon les loix de l'hydrostatique, ne s'ensuivroit-il pas de-là que, puisque le dos du poisson est la partie la plus pesante de son corps, il devroit être toujours dans l'eau le ventre en haut, comme il arrive communément dans le poisson mort, puisqu'alors l'air qu'il contient venant à se dilater, le poisson est obligé de surnager, & de tourner le ventre en haut, tant à cause que le dos est plus pesant que le reste, que parce que le ventre, par la dilatation de l'air de la petite vessie, se trouve alors plus leger que lorsque le poisson est vivant. Mais la sagesse du créateur y a pourvu en formant les poissons, auxquels il a donné la faculté de nager, le ventre toujours tourné en bas avec deux nageoires posées sous le ventre. Cette matiere est parfaitement traitée dans Borelli, qui, ayant jetté dans l'eau un poisson auquel il avoit coupé les nageoires, observa qu'il alloit toujours sur un côté ou sur l'autre, sans pouvoir se soutenir dans la situation ordinaire & naturelle des autres poissons. Enfin, comme ces animaux devoient pouvoir s'arrêter commodément, se tourner à droite ou à gauche dans leur route, la nature les a pourvus de deux nageoires aux côtés, avec lesquelles ils s'arrêtent lorsqu'ils les étendent toutes les deux ; & s'ils n'en étendent qu'une, ils peuvent se tourner du même côté de la nageoire étendue. Nous voyons précisément la même chose dans un bateau, qui tourne du côté où l'on tient l'aviron dans l'eau pour l'arrêter. (D.J.)

NAGEOIRE, morceau de bois mince, rond & plat que les porteurs d'eau mettent sur leurs seaux lorsqu'ils sont pleins. Il contient l'eau, & l'empêche de se répandre facilement. On appelle aussi cet instrument tailloir.


NAGERv. n. l'art ou l'action de nager consiste à soutenir le corps vers la surface de l'eau, & à s'avancer ou faire du chemin dans l'eau par le mouvement des bras & des jambes, &c. Voyez ANIMAL.

L'homme est le seul des animaux qui apprenne à nager ; beaucoup d'autres animaux nagent naturellement ; mais un grand nombre d'animaux ne nagent point du tout.

Chez les anciens Grecs & Romains, l'art de nager faisoit une partie si essentielle de l'éducation de la jeunesse, qu'en parlant d'un homme ignorant, grossier, & mal élévé, ils avoient coutume de dire proverbialement, qu'il n'avoit appris ni à lire ni à nager.

A l'égard des poissons, c'est leur queue qui contribue le plus à les faire nager, & non pas leurs nageoires, comme on se l'imagine assez généralement ; c'est pour cette raison que la nature leur a donné plus de force & plus de muscles dans cette partie que dans toutes les autres, tandis que nous remarquons le contraire dans tous les autres animaux, dont les parties motrices sont toujours les plus fortes, comme les cuisses dans l'homme, pour le faire marcher ; les muscles pectoraux dans les oiseaux pour les faire voler, &c. Voyez MARCHE, VOL, &c.

La maniere dont les poissons s'avancent dans l'eau est parfaitement bien expliquée dans Borelli, de motu animal. part. I. cap. xxiij. ils ne se servent de leurs nageoires que pour tenir leurs corps en balance & en équilibre, & pour empêcher qu'il ne vacille en nageant. Voyez NAGEOIRE & QUEUE.

M. Thevenot a publié un livre curieux intitulé, l'art de nager, démontré par figures. Et avant lui Everard Digby, anglois, & Nicolas Winman, allemand, avoient deja donné les regles de cet art. Thevenot n'a fait, pour ainsi dire, que copier ces deux auteurs ; mais s'il se fût donné la peine de lire le traité de Borelli, avec la moitié de l'application qu'il a lu les deux autres, il n'auroit pas soutenu, comme il l'a fait, que l'homme nageroit naturellement, comme les autres animaux, s'il n'en étoit empêché par la peur qui augmente le danger.

Nous avons plusieurs expériences qui détruisent ce sentiment : en effet, que l'on jette dans l'eau quelque bête qui vient de naître, elle nagera ; que l'on y jette un enfant qui ne puisse point encore être susceptible de peur, il ne nagera point ; & il ira droit au fond. La raison en est que la structure & la configuration de la machine du corps humain sont très-différentes de celles des bêtes brutes, & sur-tout, ce qui est fort extraordinaire, par rapport à la situation du centre de sa gravité. Dans l'homme c'est la tête qui est d'une pesanteur excessive, eu égard à la pesanteur du reste de son corps, ce qui vient de ce que sa tête est garnie d'une quantité considérable de cervelle, & que toute sa masse est composée d'os, & de parties charnues, sans qu'il y ait des cavités remplies de la seule substance de l'air : desorte que la tête de l'homme s'enfonçant par sa propre gravité dans l'eau, celle-ci ne tarde gueres à remplir le nez & les oreilles, & que le fort ou le pesant emportant le foible ou le leger, l'homme se noie, & périt en peu de tems.

Mais dans les bêtes brutes, comme leur tête ne renferme que très-peu de cervelle, & que d'ailleurs il s'y trouve beaucoup de sinus, ou cavités pleines d'air, sa pesanteur n'est pas proportionnée au reste de leurs corps, desorte qu'elles n'ont aucune peine à soutenir le nez au-dessus de l'eau, & que suivant les principes de la statique pouvant ainsi respirer librement, elles ne courent aucun risque de se noyer.

En effet, l'art de nager, qui ne s'acquiert que par l'expérience & par l'exercice, consiste principalement dans l'adresse de tenir la tête hors de l'eau, desorte que le nez & la bouche étant en liberté l'homme respire à son aise, le mouvement & l'extension de ses piés & de ses mains lui suffisent pour le soutenir vers la surface de l'eau, & il s'en sert comme de rames pour conduire son corps. Il suffit même qu'il fasse le plus petit mouvement, car le corps de l'homme est à-peu-près de la même pesanteur qu'un égal volume d'eau, d'où il s'ensuit par les principes de l'hydrostatique que le corps de l'homme est déja presque de lui-même en équilibre avec l'eau, & qu'il ne faut que peu de forces pour le soutenir.

M. Bazin, correspondant de l'académie royale des Sciences de Paris, a fait imprimer il y a quelques années à Strasbourg un petit ouvrage dans lequel il examine pourquoi les bêtes nagent naturellement, & pourquoi au contraire l'homme est obligé d'en chercher les moyens. Il en donne des raisons prises dans la différente structure du corps de l'homme & de celui des animaux, mais ces raisons sont différentes de celles que nous avons apportées ci-dessus. Selon lui les bêtes nagent naturellement parce que le mouvement naturel qu'elles font pour sortir de l'eau quand elles y sont jettées, est un mouvement propre par lui-même à les y soutenir : en effet, un animal à quatre piés qui nage est dans la même situation, & fait les mêmes mouvemens que quand il marche sur la terre ferme. Il n'en est pas de même de l'homme ; l'effort qu'il feroit pour marcher dans l'eau, en conservant la même situation que quand il marche naturellement, ne serviroit qu'à le faire enfoncer, ainsi l'art de nager ne lui peut être naturel.

NAGER, l'action de nager, (Medecine) il y a peu de maladies chroniques dans lesquelles la nage soit bienfaisante, aussi l'ordonne-t-on rarement ; on prend cet exercice seulement en été ; il maigrit les personnes pléthoriques, facilite la transpiration, échauffe, attenue, & rend ceux qui y sont accoutumés moins sensibles aux injures de l'air, la nage ou le bain dans la mer est salutaire à ceux qui sont attaqués d'hydropisie, de gales, de maladies inflammatoires, d'exanthemes, d'élephanthiasis, de fluxion sur les jambes, ou sur quelqu'autre partie du corps.

La nage, soit dans l'eau douce, soit dans l'eau salée, qui est trop fraîche, porte à la tête ; & si on y demeure trop longtems, sa fraîcheur attaque les nerfs.

La nage dans l'eau naturellement chaude peut être aussi préjudiciable, cependant bien des gens s'y exposent sans en être endommagés.

La nage se faisoit anciennement en se précautionnant & se préparant contre tous les accidens, soit par les onctions, soit par les frictions, & en se précipitant de quelque lieu élevé. Oribase, liv. VI. ch. xxij.

La nage a les mêmes avantages & les mêmes inconveniens que le bain, ainsi on peut la considérer comme un exercice ; car on s'y donne de grands mouvemens qui sont fort salutaires. Voyez GYMNASE & GYMNASTIQUE. Quant à son avantage comme bain, voyez BAIN. C'est la meilleure façon de se laver & nettoyer le corps quand on peut la supporter.

NAGER A SEC, (Maréchall.) opération que les Maréchaux ont inventée pour les chevaux qui ont eu un effort d'épaule ; elle consiste à attacher la jambe saine en faisant joindre le pié au coude, au moyen d'une longe qu'ils passent par-dessous le garrot, & dans cet état ils contraignent le cheval à marcher à trois jambes, & par conséquent à faire de nouveaux efforts sur la jambe malade, sous prétexte que par ce moyen il s'échauffe l'épaule, & qu'ainsi les remedes pénetrent plus avant les pores étant plus ouverts ; mais il est aisé de voir que cet expédient ne fait qu'irriter la partie, augmenter la douleur, & rendre par conséquent le mal plus considérable qu'il n'étoit.


    
    
NAGERAautrement NAXERA, (Géog.) ville d'Espagne, dans la nouvelle Castille, au territoire de Rioja, avec titre de duché. Elle est fameuse par la bataille de 1369, & est située dans un terrein très-fertile, sur le ruisseau de Nagerilla, à 12 lieues N. O. de Calahorra, 53 N. E. de Madrid. Long. 15. 15. lat. 42. 25. (D.J.)


NAGIA(Géog. anc.) ville de l'Arabie heureuse, dans le pays des Gébanites selon Pline, liv. VI. chap. xxviij. qui ajoûte que cette ville étoit très-grande ; on n'en connoît pas même aujourd'hui les ruines.


NAGIADou NÉGED, (Géog.) petite province de l'Arabie, dans laquelle la ville de Médine est située. Voyez MEDINE.


NAGIAGAH(Géog.) petite ville du pays de Nabaschac, qui est l'Ethiopie. Elle est à huit journées de Giambita, sur une riviere qui se décharge dans le Nil. On dit qu'au-delà de ce bourg en tirant vers le midi on ne trouve plus de lieu qui soit habité.


NAGIDOS(Géog. anc.) ville située entre la Pamphylie & la Cilicie selon Strabon, liv. XIV. & selon Etienne le géographe.


NAGNATA(Géog. anc.) ville de l'ancienne Hibernie, que Ptolémée, liv. XI. chap. j. qualifie de ville considérable, & qu'il place sur la côte occidentale : quelques savans pensent que c'est aujourd'hui Lemerik.


NAGRACUT-AYOUD(Géog.) royaume des Indes, dans les états du grand-mogol. Il est borné au nord par le royaume du petit Tibet, à l'orient par le grand Tibet, au midi par les royaumes de Siba & de Pengat, à l'occident par ceux de Bankich & de Cachemir.

NAGRACUT, (Géog.) ville des Indes, capitale du royaume de même nom, dans les états du grand-mogol, avec un temple où les Indiens vont en pélerinage. Elle est sur le Ravi, à 120 lieues N. d'Agra. Long. 96. lat. 32.


NAGRAou NEDGERAN, (Géog.) petite ville de la province d'Iémen en Arabie, dont le terroir est couvert de palmiers contre l'ordinaire de ce pays-là. Elle est habitée par des familles des tributs de l'Iémen, de qui l'on tire des maroquins.


NAHAR(Géog. arabe) ce nom signifie en arabe un fleuve, ou une riviere ; de-là vient qu'il se trouve joint au nom de quelques villes situées sur des rivieres ; ainsi Nahar-Al-Malek est le nom d'une ville de l'Iraque arabique, située sur ce bras de l'Euphrate, que les anciens ont appellé Fossa regia, ou Basilicus-fluvius ; de même Nahar-Al-Obolla, est le nom d'un vallon des plus délicieux de l'Asie, coupé par une petite riviere. (D.J.)

NAHAR MALEK, ou Nahar-Mélik, (Géog.) c'est-à-dire fleuve du roi, c'est proprement le bras de l'Euphrate, que les anciens ont appellé Fossa-regia, & Basilicus fluvius.


NAHARUALI(Géog. anc.) ancien peuple de la Germanie. Tacite, de mor. Germ fait entendre qu'il habitoit entre la Ouarte & la Vistule, où il avoit un bois sacré. Il ajoûte que le prêtre étoit vêtu en femme, & que la divinité qu'on adoroit dans ce bois s'appelloit Alcé.


NAHARUAN(Géog.) ancienne ville de l'Irac-Arabi, sur un bras de l'Euphrate, à 2 lieues de Coufah. Long. 63. 12. lat. 31. 25.


NAHASES. m. (Chron.) nom du dernier mois de l'année des Ethiopiens : il commence le 26 Juillet du calendrier Julien.


NAHERS. m. (Hist. mod.) noble indien. Les habitans du Malabar se divisent en castes ou tribus qu'on appelle des nambouris, des bramines, & des nahers. Les nambouris sont prêtres, les bramines philosophes, les nahers nobles. Ceux-ci portent seuls les armes ; le commerce leur est interdit ; ils se dégradent en le faisant. Dans ces trois castes on peut s'approcher, se parler, se toucher sans se laver ; mais on se croit souillé par l'attouchement le plus léger de quelqu'un qui n'en est pas.


NAIADESS. m. pl. (Mythologie) espece de nymphes ou divinités payennes, que l'on croyoit présider aux fontaines & aux rivieres. Voyez NYMPHE & DIEU. Ce mot dérive du grec , je coule, ou de , je séjourne.

Strabon dit que les naïades étoient des prêtresses de Bacchus.

Nonnus prétend que les naïades étoient meres des satyres ; on les peint assez ordinairement appuyées sur une urne qui verse de l'eau, ou tenant un coquillage à la main. On leur offroit en sacrifice des chevres & des agneaux avec des libations de vin, de miel, & d'huile ; plus souvent on se contentoit de mettre sur leurs autels du lait, des fruits & des fleurs ; mais ce n'étoit que des divinités champêtres, dont le culte ne s'étendoit pas jusqu'aux villes. On distinguoit les naïades en naïades potamides & en naïades limnades, celles-ci étoient les nymphes des étangs ou des marais du mot , un étang, un lac ; les potamides étoient celles des fleuves & des rivieres, leur nom étant dérivé de , fleuve. (G)


NAIFVoyez l'article NAIVETE.


NAIKou NAIGS, s. m. (Hist. mod.) c'est le nom sous lequel on désigne dans quelques parties de l'Indostan les nobles ou premiers officiers de l'état ; c'est la même chose que naïres. Voyez cet article.


NAIM(Géog. sacrée) ville de la Palestine, peu éloignée de Capharnaüm, & où Jesus-Christ ressuscita le fils d'une veuve, dans le tems qu'on le portoit en terre. Luc, chap. vij. 11. Naïm étoit entre Eudor & Thoebor, à 12 stades de ce dernier endroit. (D.J.)


NAIMA(Géog.) village d'Afrique au royaume de Tripoli, dans la province de Macellata, sur la côte. Je ne parle de ce village que parce qu'il est le tombeau des Philènes, ces deux illustres freres, qui s'immolerent pour leur patrie, & à qui les Carthaginois avoient consacré des autels. Naïma est donc la petite ville que les anciens appellerent Phileni vicus.


NAINS. m. (Physique) on nomme nain, quelqu'un qui est de taille excessivement petite ; ce siecle m'offre, pour former cet article, deux exemples vivans de nains, tous deux à-peu-près de même âge, & tous deux fort différens de figure, d'esprit, & de caractere. L'un est le nain de S. M. le roi Stanislas, & l'autre est à la suite de madame la comtesse de Humiecska, grande porte-glaive de la couronne de Pologne.

Je commence par le nain de S. M. le roi de Pologne, duc de Lorraine. Il se nomme Nicolas Ferry ; il est né le 19 Novembre 1741 ; sa mere alors âgée de 35 ans a eu trois enfans dont il est l'aîné. Malgré toutes les apparences ordinaires, elle ne pouvoit se persuader d'être grosse, lorsqu'elle le fut de cet enfant ; cependant au bout de neuf mois elle le mit au monde, après avoir souffert les douleurs de l'accouchement pendant deux fois vingt-quatre heures ; il étoit long dans sa naissance, d'environ neuf pouces, & pesoit environ quinze onces. Un sabot à moitié rempli de laine lui servit, dit-on, de berceau pendant quelque tems, car c'est le fils d'une paysanne des montagnes de Vosges.

Le 25 Juillet 1746, M. Kast, médecin de la reine duchesse de Lorraine le mesura, & le pesa avec grande attention ; il pesoit étant nud neuf livres sept onces. Depuis ce tems-là il a porté sa croissance jusqu'à environ trente-six pouces. Il a eu la petite vérole à l'âge de trois mois ; son visage n'étoit point laid dans son enfance, mais il a bien changé depuis.

Bébé, c'est le nom qu'on lui donne à la cour du roi Stanislas, Bébé, dis-je, qui est présentement, (en 1760) dans sa 20e année, paroît avoir déjà le dos courbé par la vieillesse ; son teint est flétri ; une de ses épaules est plus grosse que l'autre ; son nez aquilin est devenu difforme, son esprit ne s'est point formé, & on n'a jamais pu lui apprendre à lire.

Le nain de madame Humiecska, nommé M. Borwilasky, gentilhomme polonois, est bien différent de celui du roi Stanislas ; & ce jeune gentilhomme peut être regardé comme un être fort singulier dans la nature.

Il a aujourd'hui (1760) 22 ans ; sa hauteur est de vingt-huit pouces ; il est bien formé dans sa taille ; sa tête est bien proportionnée ; ses yeux sont assez beaux ; sa physionomie est douce, ses genoux, ses jambes, & ses piés sont dans toutes les proportions naturelles : on assure qu'il est en pleine puberté.

Il ne boit que de l'eau, mange peu, dort bien, resiste à la fatigue, & jouit en un mot d'une bonne santé.

Il joint à des manieres gracieuses des réparties spirituelles ; sa mémoire est bonne ; son jugement est sain, son coeur est sensible & capable d'attachement.

Le pere & la mere de M. Borwilasky sont d'une taille fort au-dessus de la médiocre ; ils ont six enfans ; l'aîné n'a que trente-quatre pouces, & est bien fait ; le second nommé Joseph (& qui est celui dont nous parlons ici) n'en a que vingt-huit ; trois freres cadets de celui-ci, & qui le suivent tous à un an les uns des autres, ont tous les trois environ cinq piés six pouces, & sont forts & bien faits. Le sixieme des enfans est une fille âgée de près de six ans, que l'on dit être jolie de taille & de visage, & qui n'a que vingt à vingt-un pouce, marche, parle aussi librement que les autres enfans de cet âge, & annonce autant d'esprit que le second de ses freres.

M. Joseph Borwilasky est néanmoins demeuré long-tems sans éducation ; ce n'est que depuis deux ans que madame Humiecska en a pris soin. Présentement il sait lire, écrire, l'arithmétique, un peu d'allemand & de françois ; enfin il est d'une grande adresse pour tous les ouvrages qu'il entreprend.

Les singularités assez remarquables sur la naissance des enfans de madame Borwilasky, sont qu'elle est toujours accouchée à terme de ses six enfans ; mais dans l'accouchement des trois nains, chacun d'eux en venant au monde avoit à peine une figure humaine ; la tête rentrée entre les deux épaules qui l'égaloient en hauteur, donnoit dans la partie supérieure une forme quarrée à l'enfant : ses cuisses & ses jambes croisées & rapprochées de l'os sacrum & du pubis, donnoient une forme ovale à la partie inférieure, le tout ensemble représentoit une masse informe presque aussi large que longue, qui n'avoit presque d'humain que les traits du visage. Ces trois enfans ne se sont déployés que par degrés ; cependant aucun d'eux n'est resté difforme, ils sont au contraire bien proportionnés, n'ont jamais porté de corps, & nul art n'a été employé pour rectifier la nature.

Je trouve dans l'Histoire d'Angleterre l'opposé de ces deux nains. En 1731 un paysan du comté de Berks amena à Londres son fils âgé de six ans, qui avoit près de cinq piés d'Angleterre de haut, robuste, fort, & à peu-près de la grosseur d'un homme fait. (D.J.)

NAINS, s. m. pl. (Hist. mod.) ces sortes de pygmées dans la race humaine sont recherchés pour les amusemens du grand-seigneur ; ils tâchent de le divertir par leurs singeries, & ce prince les honore souvent de quelques coups de pié. Lorsqu'il se trouve un nain qui est né sourd, & par conséquent muet, il est regardé comme le phénix du palais ; on l'admire plus qu'on ne feroit le plus bel homme du monde, sur-tout si ce magot est eunuque ; cependant ces trois défauts qui devroient rendre un homme méprisable, forment, à ce que dit M. Tournefort, la plus parfaite de toutes les créatures, aux yeux & au jugement des Turcs. (D.J.)

NAIN, (Jardinage) est un arbre de basse tige que l'on nomme aussi buisson. (K)

NAIN-LONDRINS, s. m. pl. (Comm.) draps fins d'Angleterre, tous fabriqués de laine d'Espagne, & destinés pour le levant.


NAIRANGIES. f. espece de divination qui est en usage parmi les Arabes, & qui est fondée sur plusieurs phénomenes du soleil & de la lune, voyez DIVINATION, ce terme est formé de l'arabe nairan, pluriel de nair, lumiere. (G)


NAIRESNAHERS ou NAYERS, (Hist. mod.) c'est le nom que les Malabares donnent aux militaires de leur pays, qui forment une classe ou tribu très-nombreuse, & qui, comme ailleurs, se croit infiniment au-dessus du reste de la nation ; c'est dans cette tribu que les rois ou souverains du Malabare choisissent leurs gardes-du-corps. Les Malabares portent l'orgueil de la naissance à un point d'extravagance encore plus grand qu'en aucune contrée de l'Europe ; ils ne veulent pas même souffrir que leurs alimens soient préparés par des gens d'une tribu inférieure à la leur ; ils ne souffrent pas que ces derniers entrent dans leurs maisons, & quand par hasard cela est arrivé, un bramine est obligé de venir faire des prieres pour purifier la maison. Une femme ne peut point épouser un homme d'un rang inférieur au sien, cette mésalliance seroit punie par la mort des deux parties : or si la femme est de la tribu des nambouris, c'est-à-dire du haut clergé ou de celles des bramines, le souverain la fait vendre comme une esclave. Les faveurs d'une femme de qualité, accordées à un homme d'une tribu inférieure, non-seulement coutent la vie à ce dernier lorsque l'intrigue vient à se découvrir, mais encore les plus proches parens de la dame ont le droit pendant trois jours de massacrer impunément tous les parens du coupable.

Malgré la fierté des naïres, ils servent communément de guides aux étrangers & aux voyageurs, moyennant une rétribution très légere. Ces naïres sont, dit-on, si fidéles qu'ils se tuent, lorsque celui qu'ils conduisent vient à être tué sur la route. Les enfans des naïres portent un bâton qui indique leur naissance ; ils servent aussi de guides & de sûreté aux étrangers, parce que les voleurs malabares ont pour principe de ne jamais faire de mal aux enfans.


NAIRN(Géog.) petite ville d'Ecosse, chef-lieu d'une contrée de même nom appellée communément The Shire of Nairn. Sa capitale est à l'embouchure de la riviere de Nairn, dans la province de Murray, à 35 lieues N. O. d'Edimbourg, 111 N. O. de Londres. Long. 14. 12. lat. 57. 42. (D.J.)


NAISAGES. m. (Jurispr.) droit de faire rouir son chanvre ou son lin dans une riviere, étang ou autre place remplie d'eau.

On entend aussi par naisage le droit que le seigneur ou propriétaire de l'eau prenoit en quelques endroits pour la permission par lui accordée de mettre rouir du chanvre ou du lin dans son eau. Voyez Revel, sur les statuts de Bresse, p. 276. Collet, sur les statuts de Savoye, l. III. sect. 2. pag. 95. & ROISE & ROTEUR. (A)


NAISERvoyez ROUIR.


NAISSANCENAISSANCE

La naissance prématurée s'appelle avortement. Voyez AVORTEMENT & AVORTER.

Naissances extraordinaires, celles qui arrivent par la voie de l'anus, du nombril, de la bouche, &c. Voyez DELIVRANCE.

Au sujet du nombre des naissances, voyez MARIAGE, & la proportion observée des naissances aux mariages, des naissances aux enterremens, & des naissances mâles à celles des femelles.

NAISSANCE, s. f. (Société civile) race, extraction illustre & noble ; c'est un heureux présent de la fortune, qu'on doit considérer & respecter dans les personnes qui en jouïssent, non-seulement par un principe de reconnoissance envers ceux qui ont rendu de grands services à l'état, mais aussi pour encourager leurs descendans à suivre leurs exemples. On doit prendre les intérêts des gens de naissance, parce qu'il est utile à la république, qu'il y ait des hommes dignes de leurs ancêtres : les droits de la naissance doivent encore être révérés, parce qu'elle est le soutien du trône. Si l'on abat les colonnes, que deviendra l'édifice qu'elles appuyoient. De plus la naissance paroît être un rempart entre le peuple & le prince, & un rempart qui les défend contre les entreprises mutuelles de l'un sur l'autre ; enfin, la naissance donne avec raison des privileges distinctifs, & un grand ascendant sur les membres d'un état qui sont d'une extraction moins élevée. Aussi ceux qui jouissent de ce bonheur, n'ont qu'à ne rien gâter par leur conduite, pour être sûrs d'obtenir légitimement de justes préférences sur les autres citoyens.

Mais ceux que la naissance démêle heureusement d'avec le peuple, & qu'elle expose davantage à la louange ou à la censure, ne sont-ils pas obligés en conséquence de soutenir dignement leur nom ? Quand on se pare des armes de ses peres, ne doit-on pas songer à hériter des vertus qu'ils peuvent avoir eues ? autrement, ceux qui vantent leurs ancêtres, sans imiter leurs belles actions, disposent les autres hommes à faire des comparaisons qui tournent au desavantage de telles personnes qui deshonorent leur nom. Le peuple est si porté à respecter les gens de naissance, qu'il ne tient qu'à eux d'entretenir ce favorable préjugé. En voyant le jour ils entrent en possession des honneurs : les grands emplois, les dignités, le maniement des affaires, le commandement des armées, tombent naturellement dans leurs mains. De quoi peuvent-ils se plaindre que d'eux-mêmes, quand l'envie & la malignité les attaquent ? Sans doute, qu'alors ils ne sont pas faits pour leur place, quoique la place semblât faite pour eux.

On reprochoit à Ciceron, d'être un homme nouveau ; la réponse est toute simple : j'aime mieux, répondit-il, briller par mon propre mérite, que par un nom hérité de mes ancêtres ; & il est beau de commencer sa noblesse par les exemples de vertu qu'on laisse à sa postérité. Satius est enim me meis rebus florere, quàm majorum opinione niti, & ità vivere, ut ego sim potius meae nobilitatis initium & virtutis exemplum. A la vérité, on soupçonne les gens qui tiennent ce propos, de faire, si l'on peut parler ainsi, de nécessité vertu. Mais que dire à ceux qui ayant en partage une grande naissance, en comptent pour rien l'éclat, s'ils ne le soutiennent & ne l'illustrent de tous leurs efforts, par de belles actions. Voyez NOBLESSE. (D.J.)

NAISSANCE, JOUR DE LA, (Hist. rom.) Le jour de la naissance étoit particulierement honoré chez les Romains. Des mouvemens de tendresse & de religion consacroient chez eux une journée, où il sembloit qu'ils recevoient leurs enfans des dieux mêmes, & pour ainsi dire de la main à la main. On les saluoit avec cérémonie, & dans ces termes, hodiè natte salve : ils invoquoient le Génie comme une divinité qui présidoit à la nativité de tous les hommes.

La solemnité du jour de cette naissance se renouvelloit tous les ans, & toujours sous les auspices du Génie. On dressoit un autel de gazon, entouré de toutes les herbes sacrées, & sur lequel on immoloit un agneau. On étaloit chez les grands tout ce qu'on avoit de plus magnifique, des tables, des cuvettes, des bassins d'or & d'argent, mais dont la matiere étoit encore moins précieuse que le travail. Auguste avoit toute l'histoire de sa famille gravée sur des meubles d'or & d'argent : le sérieux d'une cérémonie religieuse étoit égayé, par ce que les fêtes ont de plus galant ; toute la maison étoit ornée de fleurs & de couronnes, & la porte étoit ouverte à la compagnie la plus enjouée. Envoyez-moi Philis, dit un berger dans Virgile à Iolas ; envoyez-moi Philis, car c'est aujourd'hui le jour de ma naissance, mais pour vous ne venez ici que lorsque j'immolerai une génisse pour les biens de la terre.

Les amis ce jour-là ne manquoient guere d'envoyer des présens ; Martial raille finement Clyté, qui pour en avoir, faisoit revenir le jour de sa naissance sept ou huit fois l'année :

Nasceris octies in anno.

On célébroit même souvent l'honneur de ces grands hommes, dont la vertu consacre la mémoire, & qui enlevés aux yeux de leurs contemporains, se réveillent pour la postérité qui en connoît le mérite dans toute son étendue, & quelquefois les dédommage de l'injustice de leur siecle. Pourquoi, dit Séneque, ne fêterai-je pas le jour de la naissance de ces hommes illustres ? Pline dans le troisieme livre de ses épîtres, rapporte que Silius Italicus célébroit le jour de la naissance de Virgile, plus scrupuleusement que le sien même.

La flatterie tenant une coquille de fard à la main ne manqua pas de solemniser la nativité des personnes que la fortune avoit mis dans les premieres places, & par qui se distribuoient les graces & les bienfaits : Horace invite une de ses anciennes maîtresses à venir célébrer chez lui la naissance de Mécénas ; & afin que rien ne trouble la fête, il tâche de la guérir de la passion qu'elle avoit pour Téléphus. Philis, j'ai chez-moi, dit-il, du vin de plus de neuf feuilles, mon jardin me fournit de l'ache pour faire des couronnes. J'ai du lierre propre à relever la beauté de vos cheveux : l'autel est couronné de verveine ; les jeunes garçons & les jeunes filles qui doivent nous servir, courent déja de tous côtés. Venez donc célébrer le jour des ides qui partage le mois d'Avril consacré à Vénus ; c'est un jour solemnel pour moi, & presque plus sacré que le jour de ma naissance, car c'est de ce jour-là que Mécénes compte les années de sa vie.

On voit dans ce propos une image bien vive d'une partie destinée à la célébration d'un jour de naissance ; il ne s'agit pas de savoir, si elle étoit conforme à l'esprit de l'institution ; sans doute que ce vin délicieux, cette parure galante, cette propreté, ce luxe, cette liberté d'esprit que le poëte recommande à Philis, plus dangereuse que la passion même ; enfin, cette troupe de jeunes filles & de jeunes garçons n'étoient guère appellés dans les fêtes religieuses, où on songeoit sérieusement à honorer les dieux.

Le jour de la naissance des princes étoit sur-tout un jour consacré par la piété ou par la flatterie des peuples. Leur caractere, la distinction de leur rang & de leur fortune, devenoit la mesure des honneurs & des réjouissances établies à cette occasion. La tyrannie même, bien loin d'interrompre ces sortes de fêtes, en rendoit l'usage plus nécessaire, & dans la dureté d'un regne où chacun craignoit de laisser échapper ses sentimens, on entroit avec une espece d'émulation dans toutes les choses dont on pouvoit se servir pour couvrir la haine qu'on portoit au prince ; tous ces signes équivoques d'amour & de respect, n'empêcherent pas que les empereurs n'en fussent extrêmement jaloux. Suétone remarque que Caligula fut si piqué de la négligence des consuls, qui oublierent d'ordonner la célébration du jour de sa naissance, qu'il les dépouilla du consulat, & que la république fut trois jours sans pouvoir exercer l'autorité souveraine.

Ces honneurs eurent aussi leur contraste : on mit quelquefois avec cérémonie au rang des jours malheureux, le jour de la naissance, & c'étoit-là la marque la plus sensible de l'exécration publique. La mémoire d'Agrippine, veuve de Germanicus, fut exposée à cette flétrissure, par l'injustice & la cruauté de Tibere. Diem quoque natalem ejus, inter nefastos suasit. C'est à ce sujet que M. Racine, si exact dans la peinture des moeurs, fait dire par Narcisse à Néron, en parlant de Britannicus & d'Octavie.

Rome sur les autels prodiguant les victimes,

Fussent-ils innocens, leur trouvera des crimes ;

Et saura mettre au rang des jours infortunés,

Ceux où jadis la soeur & le frere sont nés.

(D.J.)

Act. IV. scen. 4.

NAISSANCE, (Archit. civile) c'est l'endroit où un corbeau, une voute, une poutre, ou quelque chose, en un mot, commence à paroître.

Naissance de colonne. C'est la partie de la colonne qui joint le petit membre quarré en forme de listel, qui pose sur la base de la colonne & qui fait le commencement du fust. On la nomme aussi congé.

Naissance de voûte. C'est le commencement de la courbure d'une voûte, formé par les retombées ou premieres assises, qui peuvent subsister sans ceintre.

Naissances d'enduits. Ce sont dans les enduits, certaines plates-bandes au circuit des croisées & ailleurs, qui ne sont ordinairement distinguées que par du badigeon, des panneaux de crépi, ou d'enduit qu'elles entourent. (D.J.)

NAISSANCE, (Jardinage) est le commencement de la broderie d'un parterre ; ce peut être aussi l'endroit d'où part un rinceau, une palmette, un fleuron, &c.

NAISSANCE D'UNE JUMENT, (Maréc.) V. NATURE.

NAISSANT, adj. en terme de Blason, se dit d'un lion, ou autre animal, qui ne montre que la tête, les épaules, les piés, & les jambes de devant avec la pointe de la queue, le reste du corps demeurant caché sous l'écu, sous la fasce, ou sous le second du coupé, d'où il semble naître ou sortir. Voyez les Planches de Blason.

Naissant differe d'issant, en ce que dans le premier cas, l'animal sort du milieu de l'écu, & que dans le second, il sort du fond de l'écu. Voyez ISSANT.

Le pere Menestrier veut que naissant se dise des animaux qui ne montrent que la tête, comme sortant de l'extrêmité du chef ou du dessus de la fasce, ou du second du coupé.

La baume de Suze en Dauphiné, d'or à trois chevrons de sable, au chef d'azur, chargé d'un lion naissant d'argent.


NAITREv. neut. (Gram.) venir au monde. S'il falloit donner une définition bien rigoureuse de ces deux mots, naître & mourir, on y trouveroit peut-être de la difficulté. Ce que nous en allons dire est purement systématique. A proprement parler, on ne naît point, on ne meurt point ; on étoit dès le commencement des choses, & on sera jusqu'à leur consommation. Un point qui vivoit s'est accru, développé, jusqu'à un certain terme, par la juxtaposition successive d'une infinité de molécules. Passé ce terme, il décroît, & se résout en molécules séparées qui vont se répandre dans la masse générale & commune. La vie ne peut être le résultat de l'organisation ; imaginez les trois molécules A, B, C ; si elles sont sans vie dans la combinaison A, B, C, pourquoi commenceroient-elles à vivre dans la combinaison B, C, A, ou C, A, B ? Cela ne se conçoit pas. Il n'en est pas de la vie comme du mouvement ; c'est autre chose : ce qui a vie a mouvement ; mais ce qui se meut ne vit pas pour cela. Si l'air, l'eau, la terre, & le feu viennent à se combiner, d'inerts qu'ils étoient auparavant, ils deviendront d'une mobilité incoercible ; mais ils ne produiront pas la vie. La vie est une qualité essentielle & primitive dans l'être vivant ; il ne l'acquiert point ; il ne la perd point. Il faut distinguer une vie inerte & une vie active : elles sont entr'elles comme la force vive & la force morte : ôtez l'obstacle, & la force morte deviendra force vive : ôtez l'obstacle, & la vie inerte deviendra vie active. Il y a encore la vie de l'élément, & la vie de l'aggrégat ou de la masse : rien n'ôte & ne peut ôter à l'élément sa vie : l'aggrégat ou la masse est avec le tems privée de la sienne ; on vit en un point qui s'étend jusqu'à une certaine limite, sous laquelle la vie est circonscrite en tout sens ; cet espace sous lequel on vit diminue peu-à-peu ; la vie devient moins active sous chaque point de cet espace ; il y en a même sous lesquels elle a perdu toute son activité avant la dissolution de la masse, & l'on finit par vivre en une infinité d'atomes isolés. Les termes de vie & de mort n'ont rien d'absolu ; ils ne désignent que les états successifs d'un même être ; c'est pour celui qui est fortement instruit de cette philosophie, que l'urne qui contient la cendre d'un pere, d'une mere, d'un époux, d'une maîtresse, est vraiment un objet qui touche & qui attendrit : il y reste encore de la vie & de la chaleur : cette cendre peut peut-être encore ressentir nos larmes & y répondre ; qui sçait si ce mouvement qu'elles y excitent en les arrosant, est tout-à-fait dénué de sensibilité ? Naître a un grand nombre d'acceptions différentes : l'homme, l'animal, la plante, naissent ; les plus grands effets naissent souvent des plus petites causes ; les passions naissent en nous, l'occasion les développe, &c.


NAIVETÉ UNENAIVETé LA, s. f. (Gram.) il faut que les étrangers apprennent la différence que nous mettons dans notre langue entre la naïveté, & une naïveté.

Ce qu'on appelle une naïveté, est une pensée, un trait d'imagination, un sentiment qui nous échappe malgré nous, & qui peut quelquefois nous faire tort à nous-mêmes. C'est l'expression de la vivacité, de l'imprudence, de l'ignorance des usages du monde. Telle est la réponse de la femme à son mari agonisant, qui lui désignoit un autre époux : prends un tel, il te convient, crois-moi : Hélas, dit la femme, j'y songeois.

La naïveté est le langage du beau génie, & de la simplicité pleine de lumieres ; elle fait les charmes du discours, & est le chef-d'oeuvre de l'art dans ceux à qui elle n'est pas naturelle.

Une naïveté sied bien à un enfant, à un villageois, parce qu'elle porte le caractere de la candeur & de l'ingénuité : mais la naïveté dans les pensées & dans le style, fait une impression qui nous enchante, à proportion qu'elle est la peinture la plus simple d'une idée, dont le fonds est fin & délicat ; c'est pour cela que nous goûtons ce madrigal de Chapelain.

Vous n'écrivez que pour écrire

C'est pour vous un amusement,

Moi qui vous aime tendrement

Je n'écris que pour vous le dire.

Nous mettons enfin de la différence entre le naturel & le naïf ; le naturel est opposé au recherché, & au forcé ; le naïf est opposé au réflechi, & n'appartient qu'au sentiment. Tel que cette aimable rougeur, qui tout-à-coup, & sans le consentement de la volonté, trahit les mouvemens secrets d'une ame ingénue. Le naïf échappe à la beauté du génie, sans que l'art l'ait produit ; il ne peut être ni commandé, ni retenu. (D.J.)


NAJAC(Géog.) petite ville de France en Rouergue, diocèse de Rhodez, élection de Ville-Franche. Elle est située sur la riviere d'Avéirou, à 6 lieues au nord d'Albi. Long. 19. 45. lat. 43. 55. (D.J.)


NAJAS-NAIDE(Hist. nat. Botan.) nom donné par Linnaeus au genre de plante appellé par Vaillant & Micheli fluvialis : voici ses caracteres. Il produit des fleurs mâles & femelles distinctes. Le calice particulier des fleurs mâles est d'une seule feuille de forme cylindrique tronquée à la base, s'appetissant vers le sommet, & dont la levre est divisée en deux segmens opposés, panchés en arriere. La fleur mâle est composée d'un seul pétale, qui est un tuyau de la longueur du calice, partagé en quatre quartiers ; il n'y a aucune étamine, mais le milieu de la fleur produit une bossette droite & oblongue. La fleur femelle n'a ni calice ni pétale, mais seulement un pistil, dont le germe ovoïde se termine en un style délié ; les stigmates sont simples, le fruit est une capsule ovale contenant une seule graine de même figure. Linnaei gen plant. 443. (D.J.)


NAKIBS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que les Turcs nomment un officier fort considéré, dont la fonction est de porter l'étendart de Mahomet. Il n'est point inférieur au muphti même ; cette dignité est toûjours conférée par le sultan à un des émirs descendans de la fille de Mahomet ; & sans son consentement, le prince n'oseroit offenser ni faire du mal à aucun des émirs ; le sultan a soin de ne pas laisser un personnage de cette importance jouir long-tems d'une dignité si incommode à son despotisme ; il change souvent de nakib, mais il ne lui en ôte que l'exercice ; les émolumens lui restent comme les fruits d'un caractere indélébile. Voyez Cantemir, Histoire ottomane.


NAKOUSS. m. (Musique égyptienne) instrument de musique d'Egypte : il est fait de deux plaques de cuivre de différentes grandeurs, depuis deux pouces jusqu'à un pié de diamêtre. Elles sont fermement attachées par des cordes dans le milieu, & on les frappe l'une contre l'autre pour battre la mesure. On fait usage de cet instrument dans les églises des Cophtes, & dans les processions musulmanes. Voy. POCOK. (D.J.)


NALBANE(Géog.) montagne de Perse à une petite lieue de la ville d'Amadan. Le sieur Paul Lucas dit des merveilles sur les herbes médicinales qu'elle produit, sur la bonté de son air, & les agréables odeurs qu'on y respire. (D.J.)


NALIS. m. (Commerce) sorte de poids des Indes orientales. Voyez NALI, Dictionnaire de Commerce. (G)


NALUGAS. m. (Hist. nat. Bot.) nom d'un arbrisseau baccifere qui croît au Malabar, & fleurit deux fois l'an ; sa racine prise en décoction, calme les douleurs d'estomac, la colique, & les tranchées ; la décoction de son bois étanche la soif ; ses feuilles broyées, torréfiées, & appliquées sur la tête, soulagent dans le vertige & dans la foiblesse du cerveau ; la vapeur de sa décoction suspend les douleurs de la goutte ; le suc exprimé de ses feuilles tendres pris en boisson, aide la digestion.


NAMANTINS. m. voyez LAMANTIN.


NAMAQUAS(Géog.) nation d'Afrique, sur la côte occidentale, entre l'Ethiopie & le cap de Bonne-Espérance. Quelques hollandois découvrirent les Namaquas en 1632, & leur firent des présens pour se les attacher. (D.J.)


NAMAZS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que les Mahométans nomment les prieres qu'ils sont obligés par leurs lois de faire tous les jours ; elles se répetent cinq fois en vingt-quatre heures. Les Turcs sont si scrupuleux, qu'ils croient que si on manque à une de ces prieres à l'heure marquée, il est inutile de la réciter après. Les armées font leurs prieres très-régulierement ; mais on peut y manquer sans pécher, lorsque la bataille est commencée, parce qu'ils croyent que de tuer des chrétiens, est une action plus méritoire encore que de prier. Tel est l'aveuglement où porte l'esprit d'intolérance.

Le vendredi on fait six prieres, & on les appelle salah namazi. Voyez Cantemir, Hist. ottomane.


NAMBI(Hist. nat. Botan.) espece de plante américaine dont la feuille est large, & qui a la forme d'un arbrisseau assez touffu ; elle porte à l'extrêmité de ses rameaux des baies, ou un fruit assez semblable à des cerises : la graine en est ovale, d'une couleur grise. Cette plante croît naturellement dans les bois ; on la cultive aussi dans les jardins ; elle est d'un goût aromatique & pénétrant. On lui attribue plusieurs vertus, comme de fortifier l'estomac, d'être sudorifique, de soulager les douleurs de la pierre, de la vessie, &c.


NAMBOURIS(Hist. mod.) c'est ainsi qu'on nomme chez les Malabares le premier ordre du clergé, dans lequel il y a une hiérarchie. Les nambouris exercent dans quelques cantons l'autorité souveraine & sacerdotale à-la-fois : dans d'autres endroits les souverains séculiers ne laissent pas d'être soumis à l'autorité spirituelle des nambouris, & même des bramines, qui sont des prêtres du second ordre. Les prêtres du troisieme ordre se nomment buts : ces derniers sont regardés comme des sorciers, & le peuple a pour eux une très-grande vénération.


NAMBU(Géog.) province du Japon, dans la grande île Niphon : c'est la plus septentrionale de toutes, & elle a un bon port sur la mer du Japon. (D.J.)


NAMDUI(Hist. nat.) c'est une espece d'araignée qui se trouve au Brésil ; elle est fort longue, & brillante comme de l'argent. A la partie antérieure qui est fort petite, elle a huit pattes de la longueur du doigt, qui sont d'un brun rouge. On dit que sa morsure est dangereuse : dans les fievres quartes on suspend cette araignée au cou du malade, & l'on prétend qu'elle attire le venin de la maladie.


NAMPSS. m. pl. (Jurisprud.) est un terme usité principalement dans la coutume de Normandie, qui signifie meuble saisi. Ce mot vient de nantir, qui dans la coutume de Normandie, veut dire saisir & exécuter des meubles & autres choses mobiliaires. Namps paroît un diminutif de nantissement : l'édit de François I. de 1540, distingue deux sortes de namps ou meubles : les uns vifs, ce sont les bestiaux : les autres morts, qui comprennent tous les autres meubles de quelque qualité & valeur qu'ils soient.

Le titre 4 de la coutume de Normandie est intitulé de délivrance de namps. Elle ordonne que si le seigneur ayant saisi les namps de son vassal est refusant de les délivrer à caution ou plege, le sergent de la querelle, c'est-à-dire le sergent ordinaire de l'action & du lieu où la contestation est pendante, peut les délivrer à caution, & assigner les parties aux prochains plaids ou assises.

Les namps saisis doivent être mis en garde sur le fief & en lieu convenable où ils n'empirent point, & où celui à qui ils appartiennent, puisse aller une fois le jour pour leur donner à manger ; ce qui s'entend si ce sont des namps vifs. Les seigneurs doivent avoir un parc pour garder ces namps vifs quand il s'agit des droits de la seigneurie. Voyez le titre 4 de la coutume de Normandie, & les commentateurs sur cet article, & le gloss. de M. de Lauriere, au mot Namps. (A)


NAMURCOMTE DE, (Géog.) province des Pays-bas, avec titre de comté. Elle est bornée du côté du nord par le Brabant wallon ; à l'orient par l'évêché de Liége ; au midi par le même évêché, & par la terre d'Agimont, entre Sambre & Meuse ; à l'occident par le pays entre Sambre & Meuse qui dépend de Liége, & de ce côté-là elle touche au Hainaut.

Le comté de Namur, autrefois partie du pays des Eburons & des Tongriens, fut mis sous la seconde Germanie par les Romains. Il fut ensuite occupé par les François, qui le mirent sous le royaume d'Austrasie. Ce royaume ayant été conquis par Othon le Grand, & possédé par son fils & son petit-fils, ils y établirent des ducs, & entr'autres, Charles, frere de Lothaire, roi de France. Ermengarde, fille de Charles, ayant épousé l'an 1000 un seigneur nommé Albert, il fut premier comte de Namur. Jean de Flandre, dernier comte de cette province, vendit tous ses biens l'an 1421 à Philippe duc de Bourgogne. Ce comté porté dans la maison d'Autriche par le mariage de Marie de Bourgogne, y est encore aujourd'hui.

Le territoire du comté de Namur, est arrosé de la Meuse, de la Sambre, & de la Méhagne. Il est rempli de forêts, sur-tout dans sa partie méridionale : il renferme les villes de Namur, Charleroi, Charlemont, Mariembourg, Bouvine, Walcourt. On les divise en sept bailliages.

Les états du comté de Namur sont composés du clergé, de la noblesse, & des députés des villes. L'évêque de Namur est le chef de l'état ecclésiastique, & le gouverneur de la province est le chef de la noblesse ; les états ne s'assemblent que lorsque le souverain l'ordonne ; mais chaque corps choisit ses députés. (D.J.)

NAMUR, (Géog.) en latin moderne Namucum, & dans la suite Namurcum, forte ville des Pays-Bas, capitale du comté de Namur, avec un évêché suffragant de Cambray. Louis XIV. la prit en 1692. Guillaume III. roi d'Angleterre la reprit en 1695 ; le feld-maréchal Auwerkerque la bombarda en 1704. Elle fut cédée à la maison d'Autriche par la paix d'Utrecht en 1713, & la garde en fut confiée aux Etats-Généraux par le traité de Barrieres ; Louis XV. la prit en 1746, & la rendit par le traité d'Aix-la-Chapelle. Elle est entre deux montagnes, au confluent de la Meuse & de la Sambre, à cinq lieues S. O. de Huy, six N. de Dinant, 10 S. O. de Liége, 10 S. E. de Bruxelles, 10 de Louvain, 12 E. de Mons, 58 N. E. de Paris. Long. 22. 32. lat. 50. 25. (D.J.)


NAN(Hist. mod.) c'est ainsi que les Lapons nomment des especes de mouches, communes dans leur pays ; ils sont dans l'idée que ces insectes sont des esprits ; ils les renferment dans des sacs de cuir, & les portent avec eux, parce qu'ils esperent par leur moyen se garantir des maladies.


NANCHANG(Géog.) ville de la Chine, premiere métropole de la province de Kiangsi. Elle est renommée par le nombre des lettrés qui s'y trouvent. Long. 129. 10. lat. 29. 13.


NANCY(Géog.) ville de France, capitale de la Lorraine, avec une cour souveraine, & un chapitre, dont le chef prend le titre de primat. Elle est divisée en deux villes, la ville vieille & la ville neuve. On voit dans l'église des Cordeliers, les tombeaux des anciens ducs : Charles dernier duc de Bourgogne, prit Nancy en 1475. Le duc René la reprit après la bataille de Morat en 1476. Charles l'assiégea de nouveau en 1477, mais il y fut tué, & son armée défaite. Les rois de France depuis Louis XIII. s'en sont souvent rendus les maîtres. Elle fut cédée à la France par le traité de Vienne en 1736, pour en jouir après la mort du roi Stanislas. Nancy est sur la Meuse, à 24 lieues S. E. de Luxembourg, 30 de Strasbourg, 10 S. E. de Metz, quatre N. E. de Toul, neuf S. E. de Pont-à-Mousson, 72 S. E. de Paris. Longit. suivant Cassini, 23. 36. 30. latit. 48. 40.

Cette ville n'est point le Nasium de l'itinéraire d'Antonin ; c'est une ville moderne qui n'a pas été connue avant le douzieme siecle. Elle a commencé par un château qui appartenoit à un seigneur nommé Drogon. Matthieu I. du nom duc de Lorraine, acquit ce château l'an 1153, pour y faire sa résidence. Thibault comte de Champagne, qui fut depuis roi de Navarre, investit Matthieu II. du nom, duc de Lorraine, de Nancy, & de ses dépendances l'an 1220. Depuis la réunion de la Champagne à la couronne, il paroît que les ducs de Lorraine ont toûjours été souverains à Nancy, & qu'ils n'ont point reconnu les rois de France ou les comtes de Champagne, pour cette ville ou son territoire.

C'est la patrie de Maimbourg (Louis), jésuite, qui y naquit en 1610, & mourut d'apoplexie à saint Victor, en 1686. Ses oeuvres forment 16 volumes in-4 °. & sont de vrais romans écrits avec du feu & de la rapidité dans le style : on n'en fait point de cas aujourd'hui. Le plus singulier dans la vie du pere Maimbourg, c'est qu'il fut obligé de quitter les Jésuites, pour avoir écrit en faveur du clergé de France ; mais le roi le gratifia d'une pension. Son cousin Maimbourg fut un Protée dans ses sentimens de religion. De catholique il se fit protestant, ensuite rentra dans l'Eglise catholique, redevint de nouveau calviniste, & mourut socinien à Londres, vers l'an 1693. On a de lui pendant sa derniere épreuve du Protestantisme, une réponse à l'exposition de la foi catholique de M. Bossuet. (D.J.)


NANDI-ERRATAMS. m. (Hist. nat. Botan.) arbrisseau des Indes orientales ; toutes ses parties sont laiteuses. Si l'on en exprime le suc, qu'on le mêle avec de l'huile, & qu'on en frotte la tête, il guérira les maladies des yeux. Sa racine gardée dans la bouche calme le mal de dent ; bouillie dans l'huile, elle fournit un fort bon onguent pour toutes les affections de la tête, sur-tout pour les douleurs. Broyée & prise dans l'eau, elle tue les vers ; broyée avec du jus de limon & distillée dans les yeux, elle les nettoye. Ray, hist. plant.


NANDSTOKF(Hist. nat. Botan.) c'est un arbrisseau du Japon d'environ la hauteur d'une coudée, qui de loin a l'apparence d'un roseau. Ses branches sont disposées l'une vis-à-vis de l'autre, & s'étendent à angles droits. Ses feuilles sont longues d'un pouce & demi, & figurées comme celles du saule. Ses fleurs sont blanches, à cinq petales, semblables à celles du solanum ligneux, & ne durent qu'un jour. Ses baies sont rouges, de la grosseur d'un pois, & contiennent deux semences de figure hémisphérique.


NANDUBANDAGAR(Géogr. anc.) ville de l'Inde en-deçà du Gange, selon Ptolémée, lib. VII. c. j. qui la place dans la Sandrabatide.


NANÉES. f. (Mytholog.) c'étoit la lune ou la Diane des Perses, du-moins la même divinité qu'Anaïtis. Antiochus VII. fils de Démétrius Soter, étant passé en Perse dans l'intention de piller le temple de la déesse, il déclara qu'il venoit l'épouser & recevoir les richesses qu'elle pouvoit avoir, & qui devoient faire partie de son douaire : alors les prêtres de Nanée feignirent d'entrer dans ses vûes, l'admirent dans l'enclos du temple où étoient les trésors de la déesse ; & en ayant fermé les portes, ils l'assommerent, avec quelques-uns des gens qui l'accompagnoient, d'une grêle de pierres qu'ils firent pleuvoir sur eux, par une ouverture du lambris : Cecidit in templo Naneae, consilio deceptus sacerdotum Naneae. C'est ainsi que l'auteur des livres des Maccabées raconte la mort de ce prince, liv. II. ch. j. v. 13. & suiv. mais les historiens profanes, Appien, Justin & autres, rapportent qu'il fut tué dans un combat contre les Parthes, l'an 130 avant Jesus-Christ. (D.J.)


NANFIO(Géog.) en grec ; île de l'Archipel vers la mer de Candie. C'est une de ces îles qui faisoient partie du duché de Naxie, sous les princes des maisons de Sanudo & de Crispo. Strabon nous apprend que le premier nom de l'île de Nanfio a été Membliaros, nom qui lui vint de Membliarès, parent de Cadmus, qui s'établit à Thera, au lieu de suivre les avantures de ce héros. Nanfio ne fut appellée Anaphé qu'à l'occasion des Argonautes, qui la découvrirent après une tempête horrible qui les jetta au fond de l'Archipel. La découverte ne fut pas grande, car l'île n'a que 16 milles de tour, point de port, & des montagnes toutes pelées ; elles fournissent cependant de belles sources, capables de porter la fécondité dans les campagnes, pour peu qu'on sût les employer utilement.

Les habitans de Nanfio sont tous du rit grec, & soumis à l'évêque de Siphuo ; on n'y voit ni turcs ni latins ; le cadi & le vaivode sont ambulans. En 1700 ils payerent cinq cent écus pour toutes sortes de droits, la capitation n'y étant qu'à un écu & demi par tête. Leur fainéantise est blâmable, & tout leur négoce consiste en oignons, en cire & en miel ; ils n'ont de vin & d'orge que pour leur entretien. Quant au bois, il n'y en a pas assez pour faire rôtir les perdrix qu'on y pourroit manger ; la quantité de cette espece de gibier est si prodigieuse, que pour conserver les blés, on amasse par ordre des consuls tous les oeufs qu'on peut trouver vers les fêtes de Pâques, & l'on convient qu'ils se montent ordinairement à plus de dix ou douze mille. On les met à toutes sortes de sausses, & sur-tout en omelettes ; cependant malgré cette précaution, on ne peut pas faire un pas dans l'île sans voir lever des perdrix. La race en est ancienne ; elles sont venues d'Astypalia ou Stampalia, s'il en faut croire Hégésander. Un habitant d'Astypalia n'en porta qu'une paire à Anaphé, mais elle multiplia prodigieusement, c'est depuis ce tems-là qu'on s'est avisé d'en casser les oeufs. Longit. 43. 55. lat. 36. 15. (D.J.)


NANGASAKI(Géog.) ville impériale du Japon, à l'extrêmité occidentale de l'île de Ximo, dans la province de Figen, avec un bon port fréquenté par les Hollandois & les Chinois. C'est une très-grande ville & fort peuplée : on lui donne trois quarts de lieue de longueur, & presqu'autant de largeur.

Les étrangers demeurent hors de la ville dans des endroits séparés, où ils sont épiés comme des personnes suspectes. Il y a environ 62 temples tant au-dedans qu'au-dehors de la ville ; dans ce nombre il y en a 50 en l'honneur des idoles étrangeres, dont le culte a été apporté d'outre-mer. Ces temples sont non-seulement consacrés à la dévotion, mais ils servent encore aux récréations & aux plaisirs ; c'est pourquoi ils sont accompagnés de jardins, d'allées & d'appartemens. Après les temples, les lieux les plus fréquentés sont les maisons de débauche ; il y a un quartier entier qui leur est destiné, & qui contient les plus jolies maisons de particuliers, toutes habitées par des courtisannes.

Le havre de Nangasaki commence au nord de la ville ; il y a rarement moins de 50 navires dans le port, dont la plûpart sont des joncs de la Chine, outre quelques centaines de bateaux de pêcheurs & autres petits bâtimens. L'ancrage est au bout de la baie, à une portée de mousquet de la ville. Elle est sans château, sans murailles, sans fortifications, sans aucune défense. Trois rivieres la traversent, & cependant elles ne donnent pas quelquefois assez d'eau pour arroser les champs de riz, & pour faire aller quelques moulins. Voy. de plus grands détails dans Kempfer. Long. suivant le même Kempfer, 151. lat. 32. 36. Long. suivant Harris, 145 d. 16'. 15''. & suivant le P. Spinola, 146. 17. 30. lat. suivant ce dernier, 23. 43. Mais je m'en tiendrois plus volontiers à l'estimation de Kempfer. (D.J.)


NANGIS(Géog.) petite ville de France dans la Brie, diocèse de Sens, avec titre de marquisat : elle est à 14 lieues de Paris. Long. 20. 58. lat. 48. 33.

C'est la patrie de Louis Carré, fils d'un bon laboureur. Son pere vouloit qu'il fût ecclésiastique, pour le sauver de l'indigence, mais il aima mieux tomber dans l'indigence que de se faire ecclésiastique. Le P. Malebranche le prit pour écrire sous lui ; il devint métaphysicien, géometre, & de l'académie des Sciences. Il a donné le premier corps d'ouvrage qui ait paru sur le calcul intégral ; il est vrai qu'il y commit plusieurs fautes, mais il les reconnut sans détour. Il mourut en 1711, âgé de 48 ans ; il fit l'académie sa légataire universelle, c'est-à-dire qu'il lui laissa quelques traités qu'il avoit composés sur des sujets de Physique & de Mathématique. (D.J.)


NANKIN(Géogr.) autrement Kiangning, fameuse ville de la Chine dans la province du même nom, dont elle est la premiere métropole. Selon les Chinois, elle surpassoit toutes les villes du monde en magnificence, en beauté & en grandeur, quand les empereurs y tenoient leur cour. Aujourd'hui elle est sort déchûe de son ancien état, quoiqu'on dise qu'il y a autant de monde qu'à Pekin : on en fait monter le nombre à un million d'habitans. Le palais impérial, qui avoit une lieue de circuit, n'est plus qu'une masure de ruines. Long. suivant Cassini, 155. 55'. 30''. lat. 32. 7'. 45''.


NANNETES(Géog. anc.) peuples de la Gaule Celtique au diocèse de Nantes, selon Jules-César, l. III. c. jx. Presque tous les autres écrivains disent Namnetes au lieu de Nannetes. Strabon, l. IV. les met dans l'Armorique, aux frontieres de l'Aquitaine. Ce sont les , Namnetae de Ptolomée, l. II. c. viij. & leur ville s'appelloit Condivienum. Elle étoit située sur la Loire, au lieu où est aujourd'hui la ville de Nantes. Dans le moyen âge, comme cela est arrivé à beaucoup d'autres villes, celle de Condivienum perdit son ancien nom pour prendre celui du peuple ; & non-seulement on l'appella civitas Namnetum & civitas Namnetica, mais même on se contenta de l'appeller simplement Namnetes ou Namnetae, comme Ptolémée, d'où s'est formé le nom vulgaire de Nantes. Voyez NANTES. (D.J.)


NANNIESTPIERRE DE, (Hist. nat.) pierre précieuse fort singuliere, découverte en 1752 à Nanniest en Moravie, & dont M. de Justi a le premier donné la description dans un ouvrage allemand qui a pour titre : Nouvelles vérités relatives à l'histoire Naturelle, &c. partie I.

Cette pierre est d'un blanc de lait, très-peu transparente, & même tout-à-fait opaque, pour peu qu'on lui laisse d'épaisseur. Elle est entierement traversée par des raies d'un brun rougeâtre, qui approche souvent de la couleur de l'améthyste : ces raies, qui ne sont pas plus larges que la moitié d'une paille, ont pénétré toute la pierre ; & un lapidaire de Vienne qui étoit présent à la découverte, a assuré M. de Justi que ces raies ou lignes marchoient parallélement, & comme si on les eût tracées avec une regle l'espace de dix à douze piés, & continuoient, suivant toute apparence, à s'étendre de même dans toute la couche dont cette pierre est composée. Comme le blanc de cette pierre a de la largeur, le comte de Haugwitz, qui en est le propriétaire, en a fait tailler & polir des morceaux, pour en faire des tables, des guéridons, &c. De plus, toute la pierre est remplie de petits grenats qui lui sont si fortement attachés, qu'ils ne s'en détachent point, & qu'ils prennent le poli avec elle. Cette pierre prend un très-beau poli ; elle est plus dure que le marbre, mais elle l'est moins que l'agathe ou la chalcédoine ; elle ne peut point être mise au rang des marbres, vû qu'elle ne fait aucune effervescence avec les acides ; elle ne fait point feu lorsqu'on la frappe avec un briquet ; son tissu differe de celui du spath, & sa dureté n'est point aussi grande que celle du porphyre, du jaspe ou du caillou : d'où M. de Justi conclud que c'est une pierre d'une nouvelle espece. (-)


NANQUES. m. (Comm.) c'est le plus petit poids des cinq dont on se sert parmi les habitans de Madagascar, pour peser l'or & l'argent : il ne pese que dix grains, au-dessus sont le sompi, le vari, le sacare & le nanqui. Voyez SOMPI, &c. Dictionnaire de Commerce. (G)


NANQUIS. m. (Comm.) c'est aussi un des cinq poids dont les habitans de l'île Dauphine ou Madagascar en Afrique se servent pour peser l'or & l'argent ; il n'a au-dessous de lui que le nanque, qui vaut six grains, & au-dessus le sompi, le vari & le sacare, dont le sompi, qui est le plus fort, revient à la dragme ou gros, poids de l'Europe ; le nanqui en est le demi-scrupule. Voyez SOMPI, SCRUPULE. Dictionnaire de Commerce. (G)


NANSOO(Hist. nat. Botan.) c'est une plante du Japon à grandes feuilles pointues, dont les baies sont très-chaudes : c'est ce qu'on appelle dracunculus.


NANTERRE(Géog.) en latin moderne Neptodurum ou Nemetodurum, bourg à deux lieues de Paris, connu par la naissance de sainte Génevieve, morte en 511 à Paris, dont elle est la patrone. La tradition veut ridiculement que cette sainte fût une paysanne, une gardeuse de moutons. Plusieurs peintres ont été fideles à nous la représenter en bergere, avec un bavolet, une quenouille à la main, & gardant un troupeau ; mais l'exhortation que lui fit saint Germain, évêque d'Auxerre, de renoncer à la braverie, & de ne plus porter à l'avenir aucun bijou, seroit une exhortation risible, si elle avoit été adressée à une pauvre paysanne. Il est cependant vrai que nous ne savons rien de la vie de cette illustre sainte : les tems sont trop éloignés, & dans le v. siecle nos plus savans chrétiens, nos évêques se bornoient à prédire l'avenir par l'inspection de la sainte-Ecriture. Toutefois Nanterre a gagné dernierement, par la naissance de sainte Génevieve, l'établissement d'un collége, où les religieux de son nom instruisent la jeunesse. (D.J.)


NANTESCOMTE DE, (Géog.) ou pays Nantois ; il est divisé en deux parties par la Loire : on nomme l'une la partie d'outre-Loire, & l'autre la partie d'en-deçà la Loire. Cette derniere a été réunie à la Bretagne il y a plusieurs siecles. La capitale de tout le pays Nantois est Nantes, dont nous parlerons ci-après. Il y a dans le comté Nantois une redevance seigneuriale appellée la quintaine. Voyez QUINTAINE.

NANTES, (Géogr.) ancienne, riche & considérable ville de France, la seconde de la Bretagne, avec un évêché suffragant de Tours, & une université. Elle est à 15 lieues S. O. d'Angers, 27 N. O. de la Rochelle, 27 S. O. de Paris, 23 S. E. de Rennes. Long. suivant Cassini, 15. 52. 45. lat. 47. 13. 10.

Cette ville, que les Latins appellent Condivienum, civitas Namnetum, Namneta, est sur la Loire & l'Ardre, ce qui lui donne une heureuse situation pour le commerce, aussi en fait-elle un des plus considérables du royaume. C'est une ville fort ancienne, dont Strabon, César, Pline & Ptolémée font mention. Elle a été souvent la résidence des ducs de Bretagne : ils demeuroient dans le château S. Hermine, qui subsiste encore.

On dit que saint Clair fut le premier évêque de Nantes, vers l'an 277 ; cependant il n'est point parlé de ses successeurs avant Nonnechius, qui assista en 468 au concile de Vannes. Cet évêché vaut 35 à 40 mille livres de revenu. On y compte 212 paroisses & huit abbayes.

L'université de Nantes fut fondée vers l'an 1460, mais c'est l'université du commerce qui brille dans cette ville ; ils arment tous les ans plusieurs vaisseaux pour la traite des Negres dans les colonies françoises. Le débit de toutes sortes de marchandises est plus aisé & plus vif à Nantes que dans les autres villes du royaume. Ils ont avec les négocians de Bilbao une société particuliere qui s'appelle la contractation, & dont le tribunal réciproque est en forme de jurisdiction consulaire.

Le comté de Nantes est divisé en deux parties par la Loire ; l'une qu'on nomme la partie d'outre-Loire ; est à gauche en descendant la riviere, & celle d'en-deçà la Loire est à la droite.

On fait du sel en très-grande quantité dans le pays Nantois, soit à la baie de Bourgneuf, soit dans les marais salans de Guérande & du Croisic.

Anne de Bretagne, dont on connoît l'histoire, naquit à Nantes en 1476, & mourut en 1513. La destinée de cette princesse, comme le remarque M. le président Hénault, a été fort étrange. Elle fut femme de Charles VIII. en faisant une espece de divorce avec Maximilien, qu'elle avoit épousé par procureur, & elle ne se maria avec Louis XII. qu'après un autre divorce de ce prince avec Jeanne sa premiere femme. Il avoit épousé celle-ci avec des protestations de la violence que Louis XI. lui avoit faite. A la mort de Charles VIII. il demanda au pape que son mariage fût déclaré nul ; & sur l'affirmation que fit Louis XII. qu'il n'avoit eu aucun commerce avec Jeanne, la nullité fut prononcée. On a dit que l'inclination de Louis XII. avoit décidé son mariage avec Anne de Bretagne ; mais Varillas, dont il ne faut pas toujours rejetter l'autorité, pense que ce pouvoit bien être autant un coup politique qu'une affaire de passion. Il étoit porté, par le traité conclu avec les états de Bretagne, que si Charles VIII. mouroit sans enfans avant la duchesse, elle épouseroit son successeur.

On nous a beaucoup vanté l'esprit, la beauté (cela se peut) & la piété d'Anne de Bretagne ; c'est-là une autre affaire. Je sais bien qu'elle fonda les Bons-hommes, & qu'elle blâma la guerre que le roi fit au saint Pere ; mais on m'avouera que sa haine implacable contre le maréchal de Gié & la comtesse d'Angoulême, n'étoit pas trop chrétienne.

M. Hénault parle d'une autre chose singuliere touchant Louis XII. & Anne de Bretagne. Elle avoit aimé Louis XII. qu'elle épousa après le décès de son mari ; & cependant elle fut si touchée à la mort de Charles VIII. qu'elle porta son deuil en noir, quoique jusque-là les reines l'eussent porté en blanc. D'un autre côté, Louis XII. son second mari, qui porta aussi son deuil en noir contre l'usage, se remaria l'année suivante avec Marie d'Angleterre, pour qui son amour lui coûta la vie. Anne de Bretagne, à la mort de Charles VIII. mit une cordeliere à ses armes, & cet usage s'est conservé.

Nantes n'a pas été trop fertile en gens de lettres, du-moins ma mémoire ne m'en fournit que deux dans le siecle passé, j'entends M. le Pays & M. de la Croze.

Pays (René le), poëte françois, naquit à Nantes en 1636. Son esprit étoit aisé, vif & agréable ; il composoit en vers & en prose avec facilité. En 1664 il publia des lettres & des poësies sous le titre d'amitiés, amours & amourettes. Il prit en galant homme la raillerie de M. Despréaux : Sans mentir le Pays est un bouffon plaisant ! Et il écrivit de Grenoble, où il étoit alors, une lettre badine & assez jolie sur ce sujet. Il fit plus ; étant de retour à Paris, il vint voir Despréaux, & soutint toujours son caractere enjoué. M. Despréaux fut d'abord embarrassé de la visite d'un homme qui avoit eu droit de se plaindre de lui ; mais M. le Pays le mit à son aise, & ils se séparerent fort amicalement. Il mourut à Paris en 1690, & fut enterré à S. Eustache, où Voiture, dont on le nommoit le singe, avoit aussi sa sépulture.

De Veissieres (Mathurin de la Croze) né à Nantes en 1661, bénédictin à Paris. Sa liberté de penser & un prieur contraire à cette liberté, lui firent quitter son ordre & sa religion. C'étoit une bibliotheque vivante, & sa mémoire passoit pour un prodige. Outre les choses utiles & agréables qu'il savoit, il en avoit étudié d'autres qu'on ne peut savoir, comme l'ancienne langue égyptienne. Il y a de lui un ouvrage fort estimé, c'est l'histoire du christianisme des Indes, en deux volumes in -12, imprimé en Hollande en 1724. On y trouve cent choses bien curieuses. Il nous a donné dans cet ouvrage une histoire exacte de la plûpart des communions orientales, entr'autres des chrétiens malabares, qui rejettent la suprématie du pape, nient la transubstantiation, le culte des images, & le purgatoire. Il nous apprend encore que les brachmanes croient l'unité d'un Dieu, & laissent les idoles au peuple. Quand on leur demande pourquoi ils ne rendent point de culte au souverain Créateur, ils répondent que c'est un être incompréhensible & sans figure, duquel l'homme ne peut se former d'idées corporelles. En même tems les guanigueuls, qui sont à proprement parler les sages des Indes, rejettent eux-mêmes le culte des idoles & les cérémonies extérieures. M. de la Croze est mort à Berlin en 1739. (D.J.)


NANTEUIL(Géogr.) en latin du moyen âge Nantogilum, Nantoïlum & Nantolium ; tous ces mots barbares viennent de nant, vieux mot dont les Gaulois & les Bretons se servoient pour designer une eau courante ou une quantité d'eau qui se ramassoit dans un lieu. Il y a divers villages en France qui s'appellent Nanteuil, & quelqu'autres lieux dont le nom formé du mot nant ont la même origine. (D.J.)


NANTIRv. act. (Comm.) donner des assurances pour le payement d'une dette, soit en meubles, argenterie, soit en effets ou autre nature de biens qu'on met actuellement entre les mains de son créancier. Dictionn. de Comm. Voyez l'article suivant. (G)


NANTISSEMENTS. m. (Jurispr.) signifie sûreté & gage. On donne en nantissement des effets mobiliers, des titres & papiers, &c. & celui auquel on a donné des effets en nantissement n'est point obligé de les rendre qu'en lui payant ce qui lui est dû. Voyez GAGE.

Nantissement signifie aussi une espece de tradition feinte & simulée que l'on pratique dans certains pays, à l'effet d'acquérir droit de propriété ou d'hypotheque sur un héritage ; c'est pourquoi ces pays sont appellés coutumes ou pays de nantissement, telles sont les provinces de Picardie & Champagne.

Le nantissement se fait de trois manieres :

La premiere est par dessaisine & saisine, autrement par vest & devest ; pour cet effet le vendeur ou le débiteur se dépouille de la propriété de l'héritage ès mains du seigneur, & l'acquéreur ou créancier hypothécaire s'en fait ensaisiner par le seigneur du lieu où est situé l'héritage, lequel lui donne un bâton en signe de tradition & de mise en possession. Cette forme de nantissement se pratique plutôt dans les ventes que dans les engagemens & obligations des héritages.

La seconde espece de nantissement se fait par main assise, c'est-à-dire que le créancier auquel un héritage est obligé, y fait mettre & asseoir la main du roi ou de justice, & fait ordonner par le juge, le débiteur & le seigneur appellés, que la main mise tiendra jusqu'à-ce qu'il soit payé de son dû.

La troisieme se fait par prise de possession de l'héritage obligé, lorsque le créancier, en vertu de commission du juge, se fait mettre de fait en possession réelle & actuelle de l'héritage qui lui est hypothéqué, ayant ajourné pour cet effet le débiteur & le seigneur direct. L'acte de cette sorte de prise de possession porte : " Nous avons nanti, réalisé & hypothéqué un tel sur tels & tels héritages, & pour une telle somme ".

Le nantissement produit deux effets.

L'un est que le créancier acquiert un droit réel sur la chose, tellement que l'héritage sur lequel il s'est fait nantir ne peut plus être engagé ni aliéné au préjudice de son dû, & qu'il est préféré à tous autres créanciers hypothécaires qui ne seroient point inscrits sur les registres du nantissement, ou qui ne le seroient qu'après lui.

L'autre effet du nantissement est que par son moyen le commerce est plus assuré, en ce qu'étant public, celui qui veut prêter avec sûreté peut, par le moyen du nantissement, connoître l'état des affaires de celui avec lequel il traite, ou du-moins savoir s'il y a quelque créancier nanti avec lui.

De quelque maniere que le nantissement se fasse, il est toujours public ; car si c'est par vest ou devest entre les mains du seigneur, celui-ci doit avoir un registre pour ces sortes d'actes, dont il doit donner communication à tous ceux qui y ont recours.

Les nantissemens qui se font par main assise ou par mise en possession, sont pareillement publics, car il faut que le créancier se transporte sur les héritages avec un huissier, qui dresse un procès-verbal de la main assise ou de la mise en possession, en conséquence de quoi le créancier obtient une sentence du juge, qui lui en donne acte, le débiteur & le seigneur dûement appellés. On peut par conséquent consulter les registres où sont ces sortes de sentences.

On a tenté plusieurs fois d'établir dans tout le royaume la formalité du nantissement, sous prétexte de rendre les hypotheques notoires, & de prévenir les stellionats ; mais cela n'a point eu lieu.

Dans les provinces de Vermandois, Picardie & Artois, on pratique une quatrieme espece de nantissement par un simple acte, en la forme qui suit : l'acquéreur d'un héritage ou un créancier fait nantir son titre d'acquisition ou de créance, expédié en forme authentique sur les héritages énoncés dans sa requisition, à l'effet d'avoir hypotheque dessus, & qu'il ne soit reçu aucun autre nantissement, si ce n'est à la charge de son dû ou vente, & de la priorité de son droit. L'acte de nantissement doit être délivré & endossé en ses lettres d'acquisition ou de créance, & doit aussi être enregistré au greffe des lieux où sont assis les héritages.

Dans les coutumes de nantissemens les contrats quoique passés devant notaire, n'emportent point hypotheque contre des tierces personnes, s'ils ne sont nantis & réalisés par les officiers des lieux où sont assis les héritages ; sans cette formalité ils sont réputés purs personnels & mobiliers.

Les hypotheques notoires & publiques, telles que les hypotheques légales du mineur sur les biens de son tuteur, de la femme sur les biens de son mari & sur ceux de son pere qui a promis de la doter, n'ont pas besoin de nantissement, non plus que les dettes privilégiées, les soutes de partage, ni les sentences.

Il faut néanmoins excepter l'Artois, où les sentences n'emportent pas hypotheque, parce que l'ordonnance de Moulins n'y a pas été enregistrée : on n'y connoît pas non plus les hypotheques tacites. Voyez Maillart sur Artois, art. 1. n. 39. art. 72. n. 269. art. 74. n. 265.

Sur le nantissement en général, voyez Louet, lettre H, somm. 26. & lettre L. somm. 25 ; l'ordonnance de 1539, art. 82, & M. Bourdin, sur l'art. 92 ; M. le Maitre, traité des criées, chap. xxxj. n. 4 ; de Heu, sur Amiens, art. 139, & Dumolin, ibid. (A)


NANTUA(Géog.) petite ville de France, la seconde du Bugey ; on la trouve nommée en latin, Nantuadis, Namtoacum, Nantuacum. Elle est située entre deux hautes montagnes, à l'extrêmité d'un petit lac de même nom, à 9 lieues S. E. de Bourg-en-Bresse. Long. 33. 19. lat. 46. 8.

C'est à Nantua, dans le prieuré de l'ordre de S. Benoît, que fut enterré Charles le Chauve, mort en 877 à 54 ans, dans un village du mont Cenis. Il fut empoisonné par un juif son médecin, qui avoit toute sa confiance. Ce prince ne sut ni défendre les droits de sa couronne contre les papes, ni ses sujets contre les invasions des Normands. Il regna 38 ans, & avoit été deux ans empereur. (D.J.)


NANTWICH(Géog.) petite ville d'Angleterre, remarquable par ses mines de sel. Long. 14. 28. lat. 53. 12.


NAOPOURA(Géog.) ville d'Asie dans l'Indoustan, au royaume de Décan, sur la riviere de Tapti. Le terroir y produit du bon riz, du coton & des cannes de sucre. Long. 91. 30. lat. 21. 20.


NAPARIS(Géog. anc.) fleuve de la Scythie, & l'un des cinq qui, selon Hérodote, lib. IV. cap. lxviij. se jette dans l'Ister.


NAPÉESS. f. (Mytholog.) nymphes dans l'antiquité fabuleuse qui présidoient aux forêts & aux collines. Vossius croit qu'elles étoient les nymphes des vallées seulement, parce qu'il tire leur nom du grec ou , qui signifie un lieu humide, telles que sont ordinairement les vallées. On leur rendoit à peu-près le même culte qu'aux naïades. Voyez NAÏADES. (G)


NAPELS. m. (Botan.) c'est l'espece d'aconit nommé par Tournefort aconitum coeruleum, I. R. H. 425 ; par Morisson, aconita spicâ florum pyramidali ; & par Linnaeus, aconitum foliorum laciniis linearibus, superne latioribus, linea exaratis. Hort. Cliffort. 214.

Sa racine qui est de la grosseur d'un petit navet, noire en dehors, blanchâtre en dedans, produisant souvent d'autres navets collatéraux, jette plusieurs tiges à la hauteur de trois piés, rondes ordinairement, lisses, remplies de moëlle, roides, difficiles à rompre ; elles sont garnies depuis le bas jusqu'en haut de feuilles amples, ovoïdes, disposées alternativement, ou plutôt sans ordre, attachées à des longues queues faites en tuyau, d'un verd obscur, polies, nerveuses, découpées profondément, ou subdivisées en beaucoup de lanieres plus remarquables que dans toute autre espece d'aconit.

Aux sommités des tiges sortent plusieurs fleurs comme en épi, portées chacune sur un pédicule long d'un pouce ; elles sont composées de cinq pétales inégaux, dont le supérieur creusé en façon de casque, cache deux especes de crosse ; les deux feuilles latérales plus larges représentent les oreillettes, & les deux inférieures la mentonniere d'un heaume ; elles sont de couleur bleue, rayées & revêtues en-dedans de quelques poils.

Quand les fleurs sont passées, il leur succede des fruits, à plusieurs fourreaux ou gaînes membraneuses, lisses, oblongues, disposées en maniere de tête, au nombre de trois, quelquefois de quatre & de cinq, renfermant plusieurs semences menues, noires dans leur maturité, anguleuses, chagrinées ou ridées.

Cette plante croît naturellement sur les Alpes, dans la forêt Noire, en Silésie & ailleurs, aux lieux montagneux ; on la cultive aussi dans les jardins. Elle fleurit en Mai & en Juin, quelquefois plus tard dans les pays froids, & donne sa graine en Août. Il seroit sans doute prudent de bannir de nos jardins un poison aussi dangereux que le napel, d'autant plus que dans une si grande abondance de fleurs agréables & salutaires, ou qui du moins ne sont point nuisibles, nous pourrions aisément nous passer de celle-ci. De plus, comme sa racine est très-vivace, de sorte que transplantée dans les jardins ou vergers elle y prospere, & y dure fort long-tems, quelque peu de soin qu'on en prenne, il ne faudroit point négliger de la détruire. (D.J.)

NAPEL, (Hist. médec. des végét. venéneux) les Médecins réunis aux Botanistes, s'accordent à regarder le napel & toutes ses parties comme un des plus puissans poisons de la famille des végétaux ; mais c'est dans les transactions philosophiques, n °. 432, qu'il faut lire le détail des tristes effets de cette plante sur un homme bien portant qui en avoit mangé dans une salade avec de l'huile & du vinaigre ; il en pensa mourir malgré les prompts & bons secours de la Médecine.

Immédiatement après avoir mangé de cette salade, cet homme sentit une chaleur accompagnée de picotement sur la langue & le palais, avec une irritation dans tout le visage, qui s'étendit jusqu'au milieu du corps. Ces symptomes furent bien-tôt suivis d'une grande foiblesse dans les jointures avec des tressaillemens dans les tendons, & une interception si sensible de la circulation du sang, qu'on ne put s'empêcher de soupçonner qu'il étoit empoisonné. Il avala beaucoup d'huile & d'infusion de chardon-béni, qui lui procurerent le vomissement de tout ce qu'il avoit mangé : cependant les vertiges, l'égarement de la vue, le bourdonnement des oreilles & des syncopes succéderent. Le médecin lui versa de tems à autre dans la bouche quelques gouttes d'esprit de corne-de-cerf ; & dans les intervalles des vomissemens, il lui faisoit prendre une quarantaine de gouttes de sel volatil & de teinture de safran dans du vin : enfin il lui prescrivit du petit-lait avec du vin d'Espagne & un peu de thériaque. La crise de la maladie se termina par une douce chaleur, accompagnée d'une sueur modérée & d'un sommeil de quelques heures.

Il paroît que la nature de ce poison végétal est d'intercepter la circulation du sang & des esprits, & qu'en conséquence les sels volatils de corne-de-cerf, les vomitifs tempérés, le posset du vin d'Espagne, la teinture de safran & la thériaque conviennent beaucoup pour y porter remede. (D.J.)


NAPHTES. m. (Hist. nat. Minéral.) en latin naphta. C'est le nom que les Naturalistes donnent à un bitume blanc, transparent, très-fluide & léger qui surnage à l'eau. Cette substance est très-inflammable, au point d'attirer le feu même à une certaine distance ; son odeur est pénétrante ; elle brûle sans laisser aucun résidu.

Il est très-rare de trouver du naphte dans cet état de pureté : la substance à qui on donne communément ce nom, est d'un jaune plus ou moins clair ; c'est-à-dire, de la couleur du succin, & alors elle ne paroît point si pure que celle qui est parfaitement blanche.

Le naphte doit son origine à des arbres résineux ensevelis sous terre, ainsi que les autres substances bitumineuses, le charbon de terre, le jais, le succin, &c. la seule différence vient de ce que la substance qui produit le naphte semble avoir été filtrée, fondue &, pour ainsi dire, distillée dans l'intérieur de la terre ; en effet, ce bitume a beaucoup de rapport avec les huiles essentielles que la Chimie tire de certaines plantes. M. Rouelle croit que le naphte le plus pur & le plus clair vient du succin ; selon ce savant chimiste, les embrasemens souterreins ne se manifestent point toujours par des effets sensibles & éclatans, ils agissent souvent paisiblement & sans produire d'éruptions dans le sein de la terre ; alors ils peuvent distiller &, pour ainsi dire, rectifier les substances bitumineuses solides qui s'y trouvent, les rendre fluides, les forcer à s'élever & à suinter au-travers des couches de la terre & des pierres-mêmes, & alors ces substances ainsi élaborées se montrent sous la forme de naphte, c'est-à-dire, d'une huile ténue & légere que l'on trouve quelquefois nageante à la surface des eaux thermales.

Cette conjecture très-vraisemblable paroît confirmée par plusieurs faits. En effet, on nous apprend que dans le voisinage d'Astrakan, pour avoir du naphte, on n'a que la peine de creuser des puits, qui ne tardent point à se remplir de ce bitume liquide. On s'en sert dans le pays au lieu d'huile pour le brûler dans les lampes, & même au lieu de bois, qui est très-rare, pour se chauffer & pour cuire les alimens. Pour cet effet, on ne fait que jetter sur l'âtre des cheminées quelques poignées de terre, on les arrose de naphte auquel on met le feu ; il s'allume sur le champ ; & avec la précaution de remuer ce mélange, on parvient à cuire les viandes plus promptement qu'on ne feroit avec du bois. Il est vrai que par ce moyen toutes les maisons se trouvent remplies de noir-de-fumée & d'une odeur désagréable pour tout autre que des tartares.

A une lieue de l'endroit où sont ces puits d'où l'on tire le naphte, est un lieu appellé Baku, où le terrein brûle perpétuellement. C'est un espace qui a environ un demi-quart de lieue de tour. Le terrein n'y paroît point visiblement enflammé ; pour s'appercevoir du feu il faut y faire un trou d'un demi-pié de profondeur, & alors on n'a qu'à y présenter un bouchon de paille, il s'allumera sur le champ. Les Gaures ou Persans qui adorent le feu & qui suivent la religion de Zoroastre, viennent en cet endroit pour rendre leur culte à Dieu, qu'ils adorent sous l'emblême du feu. C'est-là le feu perpétuel de Perse ; il a cela de particulier qu'il ne répand, en brûlant, aucune odeur, & qu'il ne laisse point de cendres. Ce détail est tiré d'une lettre allemande, datée d'Astrakan le 2 de Juillet 1735, & insérée dans un ouvrage de M. Zimmermann, intitulé Académie minéralogique.

On trouve encore du naphte en plusieurs endroits de la Perse, de la Chine, de l'Italie, & sur-tout aux environs de Modene. On en trouve aussi en Allemagne & en France ; mais il n'a que rarement la limpidité & la transparence du naphte le plus pur. (-)


NAPITIA(Géog. anc.) ville de la Calabre dans le pays des Brutiens. Scipion Mazella prétend que Napitia est aujourd'hui Pizzo, château de la Calabre ultérieure au royaume de Naples, dans le golfe Hipponiate, qui est aussi nommé Napitinus sinus, vulgairement le golfe de sainte - Euphémie, environ à 6 milles nord d'Hipponium.


NAPLES(Géogr.) belle, grande & ancienne ville d'Italie sur un petit golfe. On sait qu'elle est la capitale & la métropole du royaume auquel elle donne son nom, avec un archevêché, une université & des châteaux pour sa défense.

L'avantage de sa situation & la douceur de son climat l'ont toujours faite regarder comme le séjour des délices & de l'oisiveté ; otiosa Neapolis, c'est l'épithete que lui donne Horace : In otia natam Parthenopem, dit Ovide. Les Napolitains étoient autrefois ce qu'ils sont aujourd'hui, épris de l'amour du repos & de la volupté.

Le nom grec de Naples, , veut dire la nouvelle ville, pour la distinguer de la petite ville Paloepolis, c'est-à-dire l'ancienne ville, qui en étoit peu éloignée ; ou plutôt les Chalcidiens originaires de l'Attique, envoyerent des colonies en Italie, qui fonderent la ville de Cumes, dont une partie des habitans se détacha bien-tôt après pour élever une autre ville qu'ils nommerent la ville neuve. Elle fut appellée Parthénope, à cause, disent quelques-uns, de Parthénope fille d'Euméléus roi de Thessalie, qui y mena une colonie des états de son pere. Quoi qu'il en soit, Naples passe pour être plus ancienne que la ville de Rome, à laquelle neanmoins elle se soumit. Elle lui garda toujours inviolablement la fidélité, & en reconnoissance, la république & les empereurs la mirent au nombre des villes libres & confédérées.

Malgré les assauts terribles que Naples a essuyés, c'est encore une des belles villes du monde, & une des plus également belles. Elle est toute pavée d'un grand carreau d'échantillon. La plûpart de ses maisons sont à toits plats, & d'une structure uniforme. La mer y fait un petit golfe qui l'arrose au midi, & vers le nord elle a de riches côteaux, qui montent insensiblement à la campagne-heureuse. Plusieurs de ses églises sont magnifiques, & enrichies des ouvrages des grands peintres. Le dôme de l'église des Jésuites est de la main de Lanfranc : la Nativité, du Guide, & en outre quatre tableaux de la cene, qui sont de l'Espagnolet, d'Annibal Carrache & de Paul Véronese, ornent le choeur de l'église de S. Martin.

Mais les richesses prodigieuses ensevelies dans les églises de Naples, les dépenses excessives que fait cette ville pour l'entretien du prince & des garnisons, enfin le nombre exorbitant de couvens, de monasteres, de prêtres, de religieux & de religieuses qui fourmillent dans cette ville, la consument & l'appauvrissent tous les jours davantage. Si l'on y compte près de trois cent mille ames, il y en a cinquante mille qui ne vivent que d'herbes, & qui n'ont pour tout bien que la moitié d'un habit de toile. Ces gens-là également pauvres & misérables, tombent dans l'abattement à la moindre fumée du Vésuve. Ils ont la sottise de craindre de devenir malheureux, dit l'auteur de l'Esprit des lois ; cependant il est difficile de ne pas appréhender que la ville de Naples ne vienne à crouler, & à disparoître un jour comme Herculanum. Cette ville est toute creusée par-dessous, & bâtie sur un grand nombre de vastes cavernes, où se trouvent des abîmes d'eau & de matieres combustibles, qui ne peuvent à la fin que s'enflammer, & renverser Naples de fond en comble, par quelque affreux tremblement de terre ; ajoutez-y le voisinage du volcan & ses terribles éruptions.

Naples arrosée par la petite riviere que les anciens nommoient Sebethus, aujourd'hui le Fornello, est à 43 lieues S. E. de Rome, 70 N. E. de Palerme, 86 S. E. de Florence, & 120 S. E. de Venise. Long. suivant Cassini, 32. 11. 30. lat. 40. 48.

C'en est assez sur la Parthénope moderne ; parlons à présent de quelques gens célebres dans les lettres & dans les arts dont elle a été la patrie ; car leurs noms embellissent l'article de cette ville.

Paterculus Caïus (d'autres disent Publius ou Marcus) Velleïus, historien latin du premier ordre, naquit, selon les apparences, l'an de Rome 735. Il occupa les emplois qu'il pouvoit se promettre par ses talens distingués & par son illustre naissance. Il fut tribun des soldats, commanda la cavalerie des légions en Allemagne sous Tibere, suivit ce prince pendant neuf ans dans toutes ses expéditions, en reçut des récompenses honorables, & devint préteur de Rome l'année de la mort d'Auguste ; c'est ce qu'il nous apprend lui-même avec une tournure qui montre la finesse & la délicatesse de son esprit : Quo tempore, dit-il, mihi fratrique meo, candidatis Caesaris proximè à nobilissimis ac sacerdotibus viris, destinari praetoribus contigit ; consecutis ut neque post nos, quemquam D. Augustus, neque ante nos Caesar commendaret Tiberius. lib. II. cap. CXXIV.

Il étoit éclairé par des voyages dans les provinces de Thrace, de Macédoine, d'Achaie, de l'Asie mineure, & d'autres régions encore plus orientales, principalement sur les deux bords du Pont-Euxin ; on peut juger de-là combien nous devons regretter la perte de l'histoire entiere & étendue qu'il promet si souvent, & qui devoit renfermer toutes ces choses, dont il avoit été non-seulement témoin oculaire, mais en partie exécuteur ; cependant dans l'abrégé incomplet de l'Histoire romaine qui nous reste de cet homme célebre, on y apprend beaucoup de particularités, d'autant plus estimables, qu'elles ne se trouvent point ailleurs, soit par le silence des autres historiens, soit par la perte trop ordinaire d'une partie de leurs travaux. Il y marque avec exactitude l'origine des villes & des nouveaux établissemens, & tous ses portraits des grands hommes sont de main de maître.

Son style enchanteur est du beau langage du siecle d'Auguste. Il excelle sur-tout quand il blâme ou loue ceux dont il parle ; c'est toujours dans les plus beaux termes & avec les expressions les plus délicates. J'aime beaucoup le discours qu'il met dans la bouche du fils de Tigranes à Pompée pour se le rendre favorable ; mais entre toutes les figures de rhétorique dont il se sert, il emploie l'épiphonème à la fin de ses narrations avec tant de grace & de jugement, que personne ne l'a surpassé dans cette partie ; comme personne n'a jamais loué plus dignement Ciceron, qu'il le fait dans ce bel endroit de ses écrits, où il avoue que sans un tel personnage, la Grece vaincue par les armes romaines, auroit pû se vanter d'être victorieuse par la force de l'esprit.

On blâme néanmoins Velleïus Paterculus, & avec raison, d'avoir prostitué sa plume aux louanges d'un Tibere & d'un Séjan ; mais voilà ce qui doit toujours arriver aux écrivains qui travailleront pour donner pendant leur vie l'histoire de leur tems, celle des princes, ou de ceux de qui les fils regnent encore.

L'ouvrage de Velleïus Paterculus a été publié pour la premiere fois par Rhénanus en 1520, & depuis lors on en a fait grand nombre d'éditions : je ne les citerai point ici, c'est assez de remarquer que celle de Dodwelt à Oxfort en 1693, in -8°. est d'autant meilleure que ses Annales velleïani qu'il a mises à la tête, sont un morceau précieux de littérature, par la vaste connoissance de l'antiquité qui s'y rencontre. Mais si nous avons d'excellentes éditions de Paterculus, nous n'avons point de bonnes traductions en aucune langue de cet habile historien. M. Doujat en donna une version françoise en 1679, & suppléa à ce qui manque dans l'original. Il devoit plutôt songer à perfectionner sa traduction, car il siéroit mal à un chinois, dans mille ans d'ici, de remplir les vuides de l'Histoire de Louis XIV. de Pélisson.

Stace, célebre poëte, né & mort à Naples, fleurissoit sous l'empereur Domitien ; nous réservons son article au mot POEME EPIQUE.

Entre les modernes, je trouve d'abord Majus (Junianus) qui vivoit dans le XV. siecle, & qui ne dédaigna point, quoique gentilhomme, d'enseigner les belles-lettres dans sa patrie. Il eut entr'autres disciples le célebre Sannazar, qui en poëte reconnoissant, éleve jusqu'au ciel les talens de son maître. Il est sûr qu'il contribua par ses leçons & par ses livres, à rétablir le bel usage de la langue latine. Son traité de proprietate priscorum verborum, parut à Naples en 1475, & nous apprenons par cette édition, que celui qui commença d'exercer l'imprimerie dans cette ville, étoit un allemand nommé Matthias le Morave. Mais Majus se distingua sur tout par l'explication des songes. Ce fut le plus grand oneirocritique de son siecle, & l'on recouroit à lui de toutes parts, pour savoir ce que présageoit tel ou tel songe. C'est une triste & ancienne maladie des hommes, d'avoir imaginé qu'il y a des songes qui présagent l'avenir ; car la plûpart des personnes qui sont une fois imbues de cette extravagance, se persuadent que les images qui leur passent dans l'esprit pendant leur sommeil, sont autant de prédictions menaçantes, & pour un fou qui les envisage du côté favorable, il y en a cent qui les considerent comme des augures malheureux.

Sannazar (Jacques) né en 1458, s'est fait un nom considérable par ses poësies latines & italiennes : il a composé en latin des élégies, des églogues, & un poëme sur les couches de la sainte Vierge, qui est estimé malgré le mêlange qui s'y trouve des fictions de la fable avec les mysteres de la religion. Son Arcadie est la plus célebre de ses pieces italiennes : les vers & la prose de cet ouvrage plaisent par la délicatesse des expressions, & par la naïveté des images. Il mourut en 1530. Ses oeuvres latines ont été publiées à Amsterdam en 1689, & plus complete ment à Naples en 1718, avec l'éloge de l'auteur à la tête. Il se fit appeller Actius Syncerus Sannasarius, selon l'usage des savans de son tems, qui changeoient volontiers leur nom. Il se composa lui-même l'épitaphe suivante :

Actius hic situs est, cineres gaudete sepulti :

Jam vaga post obitus umbra dolore vacat.

Bembo lui fit celle-ci qui est d'une latinité plus pure.

Da sacro cineri illi flores ; hic ille Maroni

Syncerus Musâ proximus, & tumulo.

Marini (Jean-Baptiste) connu sous le nom de Cavalier marin, naquit à Naples en 1569, & se fit de la réputation par ses poësies italiennes ; on estime sur-tout son poëme d'Adonis : il est mort en 1625.

Borelli (Jean Alphonse) célebre mathématicien, est connu de tous les gens de l'art par deux excellens traités, l'un de motu animalium, & l'autre de vi percussionis, imprimé à Rome en 1680, in-4 °. Il mourut dans cette ville le 31 Décembre 1699.

Gravina (Janus Vincentius) littérateur & célebre jurisconsulte, a été successivement comblé de bienfaits par Innocent XII. & par Clément XI. Il mourut à Rome en 1718, à 58 ans. La meilleure édition de ses ouvrages est celle de Leipsic en 1737, in -4°. avec les notes de Mascovius : on regarde ses trois livres de l'origine du Droit, originum Juris, libri tres, comme le plus excellent traité qui ait paru jusqu'ici sur cette matiere.

Je puis nommer certainement trois grands artistes napolitains, l'un en Peinture, l'autre en Sculpture, & le troisieme en Musique.

Rosa (Salvator) peintre & graveur, naquit en 1615, il a fait des tableaux d'histoire, mais il a principalement réussi à peindre des combats, des marines, des sujets de caprice, des animaux, des figures de soldats, & sur-tout des paysages, dans lesquels on admire le feuiller de ses arbres ; on a aussi quelques morceaux gravés de sa main qui sont d'une excellente touche. Il mourut à Rome en 1673.

Bernini (Jean-Laurent, surnommé le Cavalier) né en 1598, mort en 1680, étoit un génie bien rare par ses talens merveilleux dans la Sculpture & l'Architecture. Il a embelli Rome de plusieurs monumens d'architecture qui font l'admiration des connoisseurs ; tels sont le maître autel, le tabernacle, & la chaire de l'église de saint Pierre, la colonade qui environne la place de cette église, les tombeaux d'Urbain VIII. & d'Alexandre VII. la statue équestre de Constantin, la fontaine de la place Navonne, &c. tous ces ouvrages ont une élégance, une expression dignes de l'antique. Personne n'a donné à ses figures plus de vie, plus de tendresse, & plus de vérité. Louis XIV. l'appella à Paris en 1665, pour travailler au dessein du Louvre, & le récompensa magnifiquement, quoique les desseins de Claude Perrault aient été préférés aux siens pour la façade de ce bâtiment du côté de saint Germain l'Auxerrois.

Le Pergolèse, un des plus grands musiciens de ce siecle : son mérite supérieur & prématuré parut un crime aux yeux de l'envie. On sait que l'école de Naples est la plus féconde en génies nés pour la musique, mais personne ne l'a porté plus loin que le Pergolèse, dans l'âge où l'on est encore sous la discipline des maîtres ; par la facilité de la composition, la science de l'harmonie, & la richesse de la mélodie. Sa musique parle à l'esprit, au coeur, aux passions. Ses ouvrages sont des chefs-d'oeuvre, la serva Padrona ; il maestro di musica intermedes ; un Salve regina, & le Stabat mater, qu'on regarde comme son chef-d'oeuvre ; il est mort à l'âge de 22 ans, en finissant la musique du dernier verset. (D.J.)

NAPLES, royaume de, (Géog.) grand pays d'Italie, dont il occupe toute la partie méridionale. Il est borné au N. O. par l'état ecclésiastique, & de tous les autres côtés par la mer. Il a environ 300 milles de longueur, & près de 80 milles de largeur. Les tremblemens de terre y sont fréquens, mais d'ailleurs c'est une contrée délicieuse, où l'air est très-sain, & la terre très-fertile en grains, vins, & fruits excellens. On divise ce royaume en douze parties, savoir la terre d'Otrante, celle de Bari, la Capitanate, le comté de Molise, l'Abruzze ultérieure & citérieure, la Basilicate, la Principauté citérieure & ultérieure, la terre de Labour. Il y a quantité de fleuves, mais qui doivent tous être considérés comme des torrens.

Cet état, le plus grand de l'Italie, passa dans le v. siecle de la domination des Romains à celle des Goths, ensuite les Lombards en furent les maîtres, jusqu'à ce que leur roi Didier eût été vaincu & pris par Charlemagne. Les enfans de ce grand empereur partagerent cet état avec les Grecs, qui n'y voulurent point de compagnons, & prirent la part des autres. Les Sarrasins leur en enleverent une grande partie vers la fin du ix. siecle & au commencement du x. Ils y étoient très-puissans, lorsque dans le siecle suivant, les enfans de Tancrède, gentilhomme normand, les en chasserent. Les descendans de ceux-ci y regnerent jusqu'à Guillaume III. qui ne laissa point d'enfans. Constance, fille posthume de Roger, duc de la Pouille, porta cette riche succession à l'empereur Henri VI.

Après la mort de Conrad leur petit-fils en 1257, Mainfroi son frere bâtard, fut reconnu pour son héritier : mais Charles de France, frere de S. Louis, comte d'Anjou, de Provence, &c. ayant été investi du royaume de Naples & de Sicile par le pape Clément IV. en 1265, défit & tua Mainfroi l'année suivante ; ensuite ayant pris dans une bataille en 1268 le jeune Conradin, véritable héritier du royaume de Naples, il fit trancher la tête à ce prince, ainsi qu'à son parent Frédéric, duc d'Autriche, au-lieu d'honorer leur courage ; enfin il irrita tellement les Napolitains par ses oppressions, que les François & lui furent en horreur.

Le sang de Conradin & de Mainfroi fut vengé, mais sur d'autres que celui qui l'avoit répandu. Pierre III. roi d'Aragon, qui avoit épousé Constance, fille de Mainfroi, fit égorger à Palerme tous les François en 1282, le jour de Pâques, au premier coup du son des vêpres. Ce massacre servit à attirer encore de nouveaux malheurs à ces peuples d'Italie, qui nés dans le climat le plus fortuné de la terre, n'en étoient que plus misérables ; de-là commença les fameuses querelles des deux maisons, d'Anjou & d'Aragon, dont on sait l'histoire. C'est assez de dire ici que Jeanne II. fille de Charles de Duras, qui s'étoit établie sur le trône de Naples, adopta Alphonse V. roi d'Aragon l'an 1420. Celui-ci y laissa en mourant Fernando son fils naturel : la bâtardise n'excluoit point alors du trône. C'étoit une race bâtarde qui regnoit en Castille ; c'étoit encore la race bâtarde de dom Pedro le Sévere qui étoit sur le trône de Portugal ; Fernando regnant à ce titre dans Naples, avoit reçu l'investiture du pape, au préjudice des héritiers de la maison d'Anjou qui réclamoient leurs droits ; mais il n'étoit aimé ni du pape son suzerain, ni de ses sujets. Il mourut en 1494, laissant une famille infortunée, à qui Charles VIII. ravit le trône, sans pouvoir le garder, & qu'il persécuta pour son propre malheur.

La destinée des François, qui étoit de conquérir Naples dans le XV. siecle, étoit aussi d'en être chassés. Gonsalve de Cordoue, qui mérita si bien le titre de grand capitaine, & non de vertueux, trompa d'abord les troupes de Louis XII. & ensuite les vainquit. Louis XII. perdit sa part du royaume de Naples sans retour. Nous avons une bonne histoire de toutes ces révolutions par Giannone traduite en françois, en quatre volumes in -4°.

Ce royaume passa au roi d'Espagne Philippe V. en 1700, & tomba en 1705 entre les mains de l'Archiduc Charles, depuis empereur, sous le nom de Charles VI. il fut donné par le traité de Vienne en 1736, à l'infant dom Carlos qui le posséde aujourd'hui conjointement avec le royaume d'Espagne.

Ce royaume est un fief de l'Eglise, dont le possesseur rend tous les ans au pape le tribut d'une bourse de sept mille écus d'or & d'une haquenée blanche. C'est-là un témoignage encore subsistant de ce droit que les pontifes de Rome surent prendre autrefois avec tant d'art, de créer & de donner des royaumes. (D.J.)

NAPLES, golfe de, (Géog.) le golfe, ou la baie de Naples, est une des plus agréables qu'on puisse voir ; elle est presque ronde, d'environ trente milles de diamêtre. Les côtés sont couverts de forêts & de montagnes. Le haut promontoire de Surrentum sépare cette baie de celle de Salerne. Entre l'extrêmité de ce promontoire & l'île de Caprée, la mer se fait jour par un détroit large d'environ trois milles. Cette île est comme un vaste mole fait pour rompre la violence des vagues qui entrent dans le golfe. Elle est en long, presque dans une ligne parallele à Naples. La hauteur excessive de ses rochers sert d'abri contre une grande partie des vents & des ondes. La baie de Naples est appellée le Crater par les anciens géographes, probablement à cause de sa ressemblance à une boule à moitié pleine de liqueur.

Virgile qui composoit à Naples une partie de son énéide, a pris sans doute de cette baie le plan de ce beau havre, dont il donne la description dans son premier livre, car le port Lybien n'est que la baie de Naples en petit.

Est in secessu longo locus, insula portum

Efficit objectu laterum, quibus omnis ab alto,

Frangitur, inque sinus scindit sese unda reductos :

Hinc atque hinc vastae rupes geminique minantur

In coelum scopuli, quorum sub vertice late,

Aequora tuta silent, tum sylvis scena coruscis,

Desuper, horrentique antrum nemus imminet umbra, &c.

Aeneid. l. I. v. 163.

" On voit dans l'éloignement une baie assez profonde, & à son entrée une île qui met les vaisseaux à l'abri des vents, & forme un port naturel. Les flots de la mer se brisent contre le rivage ; à droite & à gauche sont de vastes rochers, dont deux semblent toucher le ciel, tandis qu'ils entretiennent le calme dans le port ; de l'autre côté s'éleve une épaisse forêt en forme d'amphithéâtre : c'est dans cette rade que les vaisseaux n'ont besoin ni d'ancres, ni de cables pour se garantir de la fureur des aquilons ".

Ce golfe étoit nommé par les Grecs un vase, un bassin, à cause de sa forme. Ciceron l'appelle delicatus, parce que Bayes, l'endroit le plus délicieux de toute l'Italie, étoit située sur ce golfe ; les grands de Rome, & Ciceron en particulier, y avoient des maisons de plaisance. (D.J.)

NAPLES, gros de, (Soier.) Voyez l'article GROS DE TOURS.


NAPLOUSE(Géog.) ancienne ville de la Palestine, dans une vallée fertile en oliviers. Elle est à 10 lieues N. de Jérusalem : c'est la même que Sichem ou Pichari de l'Ecriture. Cette ville a eu le nom de Flava caesarea, que lui donna l'empereur Flavien-Domitien ; on en a des médailles avec des inscriptions abrégées. Flaviae neapolis syriae palaestinae ; enfin elle fut simplement nommée Neapolis, d'où vient que les Arabes l'appellent Naplos. Elle est sans murailles, sans portes, au fond d'une vallée entre deux montagnes. On y trouve encore quelques juifs samaritains. Voyez Thevenot & le pere Nau, Voyage de la Terre-Sainte. Long. 56. 40. lat. 31. 45.


NAPOLI(Géog.) ville de Grece dans l'ancienne Argie, qui est aujourd'hui la Saccania ou la Romanie mineure, riche contrée de la Morée. De toutes les villes de l'ancienne Argie, Napoli est pour ainsi dire la seule qui ait conservé jusqu'à présent les restes de sa premiere splendeur. Les anciens l'appelloient Anaplia, & Ptolémée l. III. c. xvj. la nomme Nauplia navale. Cette ville fut bâtie par Nauplio, fils de Neptune & d'Amimone, dans l'endroit le plus reculé du golfe, appellé communément le golfe de Napoli, & par Ptolémée Argolicus sinus, sur le haut d'un petit promontoire qui se sépare en deux pointes. Son port est très-bon. Elle est habitée par des Turcs, des Grecs & des Juifs : ces derniers, à ce que prétend la Guilletiere, ont inventé l'art de lire dans la main sans aucun secours de la chiromancie. Quand deux hommes veulent faire quelque complot secret devant le monde, de tromper les témoins, ils tiennent tous deux les mains couchées sur l'estomac, ensuite feignant de faire un geste d'étonnement ou de joie, selon la nature des affaires & le sujet de la conversation, ils levent le bras, & se montrent plus ou moins de doigts ouverts, de la maniere qu'ils ont concertée : c'est ainsi qu'ils expliquent leurs pensées en assûrance.

Napoli a un petit château & un archevêque grec. Elle a passé sous la domination de différens princes. Elle fut prise en 1205 par les Venitiens. En 1539, la république l'abandonna au grand-seigneur pour acheter la paix. Elle la reprit en 1686, mais Napoli retourna aux Turcs en 1715.

Elle est située à 19 lieues N. E. de Misitra, 21 S. O. d'Athenes. Long. 40. 59. lat. 37. 45. (D.J.)


NAPOULE(Géog.) ce nom est commun : 1°. à un golfe dans la mer Méditerranée sur la côte de France, à l'entrée duquel sont les îles de Ste Marguerite & de S. Honorat ; 2°. au cap entre lequel est le golfe ; 3°. au village qui est sur la côte occidentale du même golfe. Quelques-uns ont cru que le village nommé la Napoule, étoit l'ancienne Athénopolis.


NAPPE(Littérat.) les Latinistes se sont fort tourmentés sur le nom latin de nappe ; les uns disent mappa, d'autres mantile. Il est vrai que quand ces deux mots sont ensemble, le premier signifie une nappe, & le second une serviette ; mais quand on les a employés séparément, on leur a donné indifféremment l'une & l'autre signification. Mappa signifie en général tout le linge de table que devoit fournir le maître du repas, c'est-à-dire les nappes qui couvroient les tables, & quelquefois les lits & les serviettes dont on se servoit pour s'essuyer les mains avant que de se mettre à table ; car pour ce qui est des serviettes que les convives avoient devant eux pendant le repas, l'usage étoit que chacun les apportât de chez soi, comme il paroît par deux épigrammes, dont l'une est de Catulle & l'autre de Martial. (D.J.)

NAPPE, (Venerie) c'est la peau des bêtes fauves, & principalement celle du cerf qu'on étend quand on veut donner la curée aux chiens.

Nappe se dit de la partie la plus déliée d'un filet.

La nappe dans un tramail est la toile du milieu qui a de petites mailles de fil délié qui entre dans les grandes mailles, & qui sert à y engager le gibier qui donne dedans.

On appelle nappes les filets à prendre des alouettes au miroir, les ortolans & les canards sauvages dans l'eau ; ce sont deux longues paires de filets quarrés, & à-peu-près égaux ; on les tend bien roides avec des piquets, en laissant entre les nappes autant d'espace qu'elles en peuvent couvrir en se refermant comme les deux battans d'une porte, ce qui se fait par le moyen de deux cordes attachées au bout des battans qui viennent se réunir en une, & sont tirées par un homme caché qui ferme les nappes quand il voit les oiseaux à portée d'y être enveloppés.

Les mailles des nappes aux ortolans ne doivent avoir que trois quarts de pouce, celles des alouettes un pouce, & celles des canards trois pouces ; le filet doit avoir douze toises de long, les nappes pour les alouettes & les ortolans ne passent guere neuf toises de longueur.

NAPPE-D'EAU, s. f. (Arch. hydr.) espece de cascade dont l'eau tombe en forme de nappe mince sur une ligne droite (telle est celle qui est à la tête de l'allée-d'eau à Versailles) ou sur une ligne circulaire, comme le bord d'un bassin rond. Les plus belles nappes sont celles qui sont les plus garnies, mais elles ne doivent pas tomber d'une grande hauteur, parce qu'elles se déchirent. Pour éviter ce déchirement, on ne doit donner aux grandes nappes que deux pouces d'eau par chaque pié courant, & un pouce aux petites nappes des buffets & pyramides. Lorsqu'on n'a pas assez d'eau pour suivre ces proportions, on déchire la nappe ; ce qui se fait en pratiquant sur les bords de la coquille ou de la coupe des ressauts de pierre ou de plomb, de maniere que l'eau ne tombe que par lames ; & ces lames d'eau n'ont guere moins d'agrément qu'une belle nappe, quand elles sont bien ménagées. (D.J.)

NAPPE DE BOUCHERIE, terme de Boucherie, ce qu'on appelle nappe de boucherie est un morceau de toile blanche de deux ou trois aunes de long ou moins, & de trois quarts de large, que les Bouchers attachent à la tringle, où ils suspendent avec des allonges les pieces de viande à mesure qu'ils la dépecent.


NAR(Géog. anc.) riviere de l'Umbrie ; elle coule entre l'Umbrie & le pays des Sabins, & se décharge dans le Tibre. Le mot de nar dans la langue des Sabins signifioit du soufre ; c'est pourquoi Virgile dit sulphureâ nar albus aquâ, les eaux blanches & sulphureuses du Nar. Tacite, Annal. l. I. c. lxxix, dit que le lac Vélinus (aujourd'hui Lago di pie di Luco) y décharge ses eaux. Le Nar donna son nom, suivant Tite-Live, l. X. c. x, à une colonie que les Romains envoyerent dans l'Umbrie. Cette riviere, selon Léandre, s'appelle aujourd'hui la Négra ; d'autres disent la Néra.


NARA(Géog.) ville du Japon dans l'île de Niphon, à 10 lieues nord de Méaco. Long. 150. 50. lat. 36. 10. (D.J.)


NARAGGARITANUS(Géog. anc.) siege épiscopal d'Afrique, dans la province proconsulaire. Dans une lettre synodale des évêques de cette province au concile de Latran, on lit entre les souscriptions, Benenatus episcop. ecclesiae Naraggaritanae. C'est la bonne orthographe, car Ptolémée, lib. IV. cap. iij. nomme la ville Naraggara. Tite-Live, lib. XXX. cap. xxix. l'appelle Nadagara. Antonin la met entre Tagaste & Sica veneria, à vingt-cinq milles pas de la premiere, & à trente-deux milles de la seconde.


NARANGIA(Géog.) ville d'Afrique au royaume de Fez, dans la province de Habad, à 3 milles d'Ezagen près du fleuve Licus.


NARBASI(Géog. anc.) nation qui selon Ptolémée, lib. II. cap. vj. se trouvoit entre les peuples de l'Espagne Tarragonoise. Il donne à cette nation une ville appellée Forum Narbasorum. Ses interpretes la prennent pour Aruas, entre Léon & Oviédo.


NARBATENE(Géog.) canton de la Palestine, auquel la ville de Narbata qui en étoit la capitale, donnoit le nom. ce canton selon Josephe, de bello, lib. II. c. xxij. étoit voisin de Césarée de Palestine.


NARBO MARTIUS(Géog. anc.) fleuve de la Gaule selon Polybe, liv. III. chap. xxxvij. qui par ce mot, paroît avoir entendu la riviere de Narbonne, c'est-à-dire l'Atax, aujourd'hui l'Aude, à l'embouchure de laquelle Strabon dit que Narbonne est située.


NARBONNE(Géog. anc. & mod.) en latin Narbo ; ville de France dans le bas Languedoc, avec un archevêché dont celui qui en est revêtu, se dit primat, & préside aux états de Languedoc. Narbonne est à 12 lieues N. E. de Perpignan, 17 S. O. de Montpellier, 45 S. O. de Toulouse, & 160 S. E. de Paris. Long. selon Cassini, 20. 32. 30. lat. 43. 11.

Mais cette ville mérite que nous entrions dans de plus grands détails. Elle est située sur un canal tiré de la riviere d'Aude, qu'on appelle en latin Atax : elle est à 2 lieues de la mer près du lac nommé par Pline & par Méla Rubresus ou Rubrensis, & en françois l'étang de la Rubine. Il formoit autrefois un port dans lequel les vaisseaux abordoient, ce qui procuroit aux états de Narbonne le moyen de faire un grand commerce dans toutes les provinces qui sont sur la mer Méditerranée jusqu'en Egypte ; mais il y a longtems que ce port a été bouché, la mer s'étant retirée de ses côtes où les navires ne peuvent plus aborder à cause des bas-fonds.

Narbonne a donné son nom à la province ou Gaule-narbonnoise dont elle étoit la capitale, & à cette partie de la mer Méditerranée qui mouilloit les côtes de la province narbonnoise, & que Strabon appelle mare Narbonense. Cette ville étoit la plus ancienne colonie des Romains dans la Gaule-transalpine. Elle fut fondée l'an de Rome 636, sous le consulat de Porcius & de Marcius, par l'orateur Licinius Crassus, qui avoit été chargé de la conduite de la colonie.

Il donna à Narbonne, en latin Narbo, le surnom de martius & de decanorum colonia, à cause qu'il y établit des soldats vétérans de la dixieme légion surnommée Martia. Narbonne fut pendant quelque tems un boulevard de l'empire romain contre les nations voisines qui n'étoient pas encore soumises ; c'est Ciceron qui nous l'apprend dans son oraison pour Fonteïus. Pomponius Mela qui vivoit sous l'empereur Claude, parle de cette ville comme d'une colonie qui l'emportoit sur les autres ; voici ses termes : sed ante stat omnes Atacinorum Decumanorumque colonia, unde olim his terris auxilium fuit, nunc & nomen & decus est Martius Narbo. On voit par-là que Narbonne s'appelloit non-seulement decumanorum, mais Atacinorum colonia, à cause de la riviere Atax ou Aude, sur laquelle cette ville avoit été bâtie. On nommoit en conséquence ses habitans Attacini.

Narbonne après les premiers Césars, fut obligée de céder la primatie à Vienne sur le Rhône, à qui les Romains avoient donné de grandes prérogatives ; mais depuis Constantin, Narbonne fut reconnue la métropole de tout le pays qui est entre le Rhône & la Garonne.

Cette ville vint au pouvoir des Visigoths sur la fin du regne de Valentinien III. au milieu du v. siecle, & ils l'ont conservée jusqu'à la mort de leur dernier roi Rodoric, tué en Espagne par les Sarrasins. Ces derniers conquérans ayant passé les Pyrénées l'an 721, ils établirent une colonie de mahométans à Narbonne, qui devint leur place d'armes au-deçà des Monts ; enfin ils en furent chassés par Charlemagne. Lors du déclin de la race de ce prince, les comtes de Toulouse & de Carcassone, & même plusieurs vicomtes, eurent part à la seigneurie de Narbonne & de son territoire ; mais l'archevêque y dominoit principalement, ce qui dura jusqu'à la fin de l'onzieme siecle. On sait la suite de l'histoire de Narbonne. Jeanne d'Albret apporta les droits du vicomté de Narbonne à Antoine de Bourbon, pere d'Henri IV. roi de France, qui réunit à la couronne ses biens patrimoniaux.

Il y avoit autrefois à Narbonne grand nombre de bâtimens antiques, un capitole, un cirque, un amphithéâtre, &c. mais tout cela a été ruiné, & on s'est servi des matériaux pour bâtir les fortifications de cette ville, qui étoit un boulevard de la France dans le tems que les Espagnols occupoient Perpignan. Cependant Narbonne a encore conservé un plus grand nombre d'inscriptions antiques qu'aucune ville des Gaules, & on y en déterre de tems à autre ; mais il n'y reste pas la moindre trace de ses anciens monumens.

Cette ville est située dans un fonds environné de montagnes qui la rendent des plus bourbeuses pour peu qu'il y pleuve. Bachaumont & Chapelle l'éprouverent sans doute, lorsqu'ils apostropherent ainsi cette ville dans un moment de mauvaise humeur.

Digne objet de notre courroux,

Vieille ville toute de fange,

Qui n'es que ruisseaux & qu'égouts,

Pourrois tu prétendre de nous

Le moindre vers à ta louange ?

L'archevêché de Narbonne est considérable par son ancienneté, & c'étoit autrefois le seul qu'il y eût dans le Languedoc ; par sa primatie ; par son droit de présider aux états de la province ; & par son revenu qui est d'environ quatre-vingt-dix mille livres. Il a dix suffragans, & son diocese n'est cependant composé que de cent quarante paroisses. On y compte quatre abbayes d'hommes & deux de filles.

Le Fabius qu'Horace, dans sa I. satyre, liv. I. marque au coin des grands parleurs, étoit de Narbonne, & avoit composé des livres sur la philosophie stoïcienne dont il faisoit profession. Le poëte qui étoit épicurien, trouvoit apparemment plus de babil que de solidité dans ses discours.

Montanus de Narbonne, vivoit dans les commencemens de la chûte de l'éloquence romaine ; c'étoit un génie rare, mais peu exact. Ses plaidoyers couloient de la même source que ses déclamations ; il gâtoit ses pensées en les tournant de trop de manieres. Enfin ses fleurs étoient si fort entassées qu'elles fatiguoient l'admiration ; Tibere cependant craignit son éloquence, & le rélegua aux îles Baléares.

Carus (M. Aurelius) élu empereur en 282, étoit natif de Narbonne. Il est connu par des victoires sur les Sarmates & les Perses, & pour être mort d'un coup de foudre dont il fut frappé à Ctésiphonte après seize mois de regne.

Les tems modernes n'offrent à ma mémoire ni orateurs, ni gens de lettres illustres, natifs de Narbonne. Il faut pourtant en excepter Bosquet (François) évêque de Montpellier, mort en 1676, & un des plus savans prélats de France au xvij siecle. Nous avons de lui l'abregé de la jurisprudence de Psellus, qu'il traduisit du grec en latin avec des notes : Pselli synopsis legum, Paris 1632, in-8 °. Nous avons encore du même auteur, l'histoire de l'église gallicane depuis Constantin, avec ce titre : Ecclesiae gallicanae historiarum liber primus, apud Joann. Camusat, 1633 in-8 °. C'est la premiere édition ; la seconde est chez le même libraire, en 1636 in-4 °. Un passage que M. Bosquet retrancha de cette seconde édition, en la faisant réimprimer, montre que s'il menageoit les abus, il ne les ignoroit pas. Il montre, dis-je, que cet homme illustre demeuroit d'accord, que le faux zele des moines étoit la premiere cause des traditions fabuleuses, qui ont couvert d'obscurité l'origine de l'église gallicane. Voici les propres paroles du savant prelat : elles méritent de se trouver en plus d'un livre.

Primos, si verum amamus, hujusmodi zelatos monachos in Galliis habuimus. Illi simplici ac fervidâ, adeoque minus cautâ, & saepe inconsultâ religione per culsi, ad illiciendas hominum mentes, & augustiori sanctorum nomine, ad eorum cultum revocandas ; illustres eorum titulos primùm sibi, deinde crudelae plebi persuasos, proposuerunt. Ex horum officinâ, Martialis Lemovicensis apostolatus, Ursini Bituricensis discipulatus, Dionysii Parisiensis areopagitica, Pauli Narbonensis proconsularis dignitas, amborum apostoli Pauli magisterium, & in aliis ecclesiis similia prodiere. Quibus quidem sano judicio & constanti animo, Galli primùm episcopi restitere. Ast ubi ecclesiae gallicanae parentibus sanctissimis, fidei praeconibus, detractis his spoliis, injuriam fieri mentibus ingenuis & probis persuasum est, paulatim error communi consensu consurgere, & tandem antiquitate suâ, contra veritatem praescribere.

Je ne sais, dit un habile critique, si ce fut par une politique bien entendue que l'on supprima ces belles paroles dans la seconde édition. Ce retranchement ne fait-il pas voir à tout le monde, le servile ménagement qu'on a pour l'erreur, & la délicatesse excessive, ou plutôt la sensibilité scandaleuse, de ceux qui ont intérêt à maintenir le mensonge ? Après tout, un tel moyen n'est propre qu'à attirer l'attention de tout le monde sur ces paroles. Tel qui les auroit lues sans beaucoup de réflexion, apprend à les regarder comme quelque chose de la derniere importance. Enfin, on peut dire de ce passage, ce qu'un historien de Rome a dit de Brutus & de Cassius, dont les images ne parurent point dans une pompe funebre : sed praefulgebant Cassius atque Brutus, eo ipso quod effigies eorum non videbantur. Par cela même, qu'on a tâché d'éclipser le passage dont nous parlons, on lui a donné un éclat brillant & durable. (D.J.)

NARBONNE, GOLFE DE, (Géog.) en latin Narbonense mare ; c'est une partie du golfe de Lion : il commence au port ou cap de Canfranqui, & finit au cap de Cette.

NARBONNE, CANAL DE, (Archit. marit.) après qu'on eut fait dans le dernier siecle le grand canal de Languedoc, on trouva praticable l'exécution de celui de Narbonne ; & dès l'an 1684 la ville de Narbonne obtint la permission de travailler à une communication avec le grand canal. L'ouvrage fut même conduit aux deux tiers ; mais les fonds manquerent, & les malheurs de la guerre qui survint, firent suspendre l'entreprise. La postérité ne croira pas qu'un corps aussi respectable que les états de Languedoc, se soit opposé à un ouvrage intéressant, & d'autant plus nécessaire, que la communication des deux mers se trouve souvent interrompue sur le grand canal. Si le Languedoc ne connoît pas ses vrais intérêts, ou s'il veut les dissimuler, il paroît injuste qu'une nation entiere soit la victime de ses fautes. Celle-ci est de nature à faire penser qu'elle est le fruit d'une surprise, plutôt que d'un conseil dicté par de petits intérêts particuliers : ce n'est pas que le canal de Narbonne suffise seul pour faire jouir la France de tous les avantages que lui offre la communication des deux mers ; la durée du grand canal, la facilité de la navigation & l'économie du commerce, gagneront préalablement beaucoup, lorsque le roi rentrera dans cette aliénation de son domaine, ou qu'il la transportera aux états de la province qui y a contribué pour près de moitié. L'achat de la jurisdiction du canal, est la seule propriété des cessionnaires dans cet ouvrage, & n'est pas un remboursement onéreux. En attendant, il est clair que si le canal de Narbonne n'est pas utile au commerce, les entrepreneurs seuls y perdront ; & l'état aura toûjours une ville commerçante de plus : s'il est utile, il doit s'achever. L'heureuse constitution des provinces d'états, les rend responsables de tout le bien qui peut exister dans leur intérieur. Recher. sur les finances, tom. I. (D.J.)


NARBONNOISEGAULE, (Géog. anc.) en latin, Gallia Narbonensis ou provincia romana. Avant la division des Gaules par Auguste, les Romains appelloient provincia romana, tous les pays de la Gaule qui étoient compris depuis les Pyrénées, ou les frontieres d'Espagne, jusqu'aux Alpes ou jusqu'à l'Italie, & entre la mer Méditerranée, les Cevennes, le Rhône avant qu'il soit joint à la Saone, & le lac de Genève. On lui avoit donné le nom de provincia, parce qu'elle étoit la premiere & la seule province des Romains au-delà des Alpes. Lorsqu' Auguste eut fait la division des Gaules, la province romaine fut appellée Gallia Narbonensis, Gaule Narbonnoise. Pline en donne les bornes, liv. III. ch. iv. & remarque qu'elle étoit alors si peuplée de colonies romaines & de villes municipales, qu'il paroît tenté de la regarder plutôt comme l'Italie même, que comme une province dépendante de l'Italie.

Après Auguste, mais avant Constantin, la province de Narbonne fut démembrée, & forma deux autres provinces ; savoir la province des Alpes, & la province Viennoise. Enfin dans la suite, la province Narbonnoise fut divisée en premiere & seconde Narbonnoise ; mais elle fut toujours regardée comme appartenante aux Gaules, jusqu'au regne des Goths qui la mirent sous la dépendance de l'Espagne, & elle y demeura jusque près du huitieme siecle.

Si vous êtes curieux de connoître la division de la Gaule Narbonnoise du tems d'Auguste, vous la trouverez détaillée dans le P. Briet. (D.J.)


NARCÉA(Mythol.) surnom de Minerve, tiré d'un temple qui lui fut bâti en Elide par Narcée, fils de Bacchus & de la nymphe Physcoa.


NARCISSEnarcissus, s. m. (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur liliacée, monopétale, campaniforme, & divisée en six parties qui entourent le milieu de la fleur en forme de couronne. Le calice qui est ordinairement enveloppé d'une gaine membraneuse, devient dans la suite un fruit oblong ou arrondi, qui a trois pointes, & qui s'ouvre en trois parties. Ce fruit est divisé en trois loges, & renferme des semences arrondies. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

Le narcisse blanc automnal, & celui d'Espagne à fleur jaune, qui a six feuilles rangées en forme d'étoile, sont aussi délicats que le premier. Le petit narcisse à fleurs doubles veut une terre plus humide. Le grand narcisse, appellé le nompareil, celui des Indes à fleur-de-lys, & de couleur rouge-pâle, exigent une terre meilleure, & d'être mis dans des pots. Tous ces narcisses ont un calice qui devient un fruit partagé en trois loges enfermant des semences un peu rondes qui, outre les bulbes, en multiplient l'espece. La culture en est ordinaire.

On distingue encore le narcisse à longue tige, panaché, chargé de fleurs, & nommé cou de chameau, parce que cette plante représente en quelque sorte le col de cet animal.

Le narcisse aime mieux être élevé de cayeux que de graine ; il fleurit dans le printems. (K)

NARCISSE, s. f. (Littérat.) c'étoit, dit Sophocle, la fleur chérie des divinités infernales, à cause du malheur arrivé au jeune Narcisse. On offroit aux furies des couronnes & des guirlandes de narcisse, parce que, selon le commentateur d'Homere, les furies engourdissoient les scélerats : signifie assoupissement.

NARCISSE FONS, (Géog. anc.) en grec ; fontaine d'un village nommé Hédonacon, situé aux confins des Therpiens, selon Pausanias, liv. IX. ch. xxxj. c'est la fontaine où l'on prétendoit que Narcisse se regarda, & entra en admiration de sa figure. Ovide a décrit élégamment cette fable dans le III. liv. de ses métamorphoses. C'est une leçon utile pour nous développer les funestes effets de l'amour propre. (D.J.)


NARCISSITES. f. (Hist. nat.) c'est une pierre dont parle Pline, & dont il ne nous apprend rien, sinon que l'on y voit des veines ou taches semblables à des narcisses.


NARCISSO-LEUCOIUM(Botan.) genre de plante que nous nommons en François perce-neige. Voyez PERCE-NEIGE.


NARCOTIQUEadj. (Méd. thérap.) , narcoticus, soporiferus, obstupefaciens. Ce mot tiré du grec , sopor, stupor, que l'on trouve fréquemment employé dans Hippocrate, pour signifier la diminution du sentiment & du mouvement, par l'effet de celle de la distribution du fluide nerveux, d'où s'ensuit le relachement des nerfs.

Ainsi, on a appellé narcotiques les médicamens que l'on emploie pour diminuer le ton des solides trop augmenté par l'influence du cerveau ; par conséquent, pour relâcher le systême nerveux : ensorte que ces médicamens sont absolument opposés aux stimulans, qui servent à relever, à augmenter le ton de ces mêmes solides.

Le ton est trop augmenté, ou il péche par excès ; lorsqu'il y a trop de sensibilité, ou de contractilité, ou de mouvement dans tout le corps, ou dans quelques-unes de ses parties : le trop de mouvement suit ordinairement le trop de sensibilité.

Tous les secours de l'art que l'on emploie pour faire cesser cet état violent, sont regardés comme relâchans : les anciens distinguoient trois sortes de relâchans ; & voici sur quoi ils se fondoient.

Le ton peut être généralement augmenté dans tous les solides du corps humain par des causes internes ; ou bien il peut être augmenté seulement dans une partie déterminée, & de-là, par communication, dans toute sa machine. Par exemple, supposé qu'une épine soit fichée dans une partie tendineuse ; le ton des solides des nerfs de cette partie paroît évidemment augmenté ; puisqu'il y survient des mouvemens convulsifs : souvent même les convulsions s'étendent à tout le corps : dans ce cas-là, par conséquent, le ton est augmenté dans toutes les parties du corps ; mais seulement par une suite de l'augmentation du ton dans la partie affectée.

Cela posé, les anciens considéroient les médicamens qui agissoient immédiatement, & diminuoient l'éréthisme dans la partie affectée, dont le vice se communiquoit à toutes les autres parties : ils appelloient anodins, ceux qui diminuoient le ton excessif en diminuant la sensibilité.

Il peut aussi se faire, que ce ton soit diminué en faisant cesser la cause qui l'avoit augmenté : comme lorsque dans la supposition qui a été faite, on parvient à ôter, à tirer l'épine qui étoit fichée dans une partie bien sensible ; car ce corps étranger étant emporté, le ton, & par conséquent la sensibilité, diminuent dans cette partie presque sur le champ, & par conséquent dans toutes les autres où ils n'étoient augmentés que conséquemment à la partie affectée.

Les médicamens qui diminuent ainsi le ton, en servant à ôter la cause qui l'avoit trop augmenté, sont ceux que les anciens appelloient parégoriques ; c'est-à-dire, consolans ; parce que la cause du mal étant ôtée, les malades se sentent promptement soulagés, & comme consolés d'en être délivrés.

Les anciens considéroient encore une autre sorte de médicamens relâchans, en tant qu'ils concevoient des moyens qui n'opéroient le relâchement qu'en diminuant la faculté de sentir, & l'irritabilité, sans agir immédiatement & spécialement sur la partie affectée ; mais en portant leur effet sur tout le systême nerveux, sur l'origine même des nerfs : ce sont les médicamens qu'ils appelloient narcotiques. Les médicamens qui, en relâchant de cette maniere, procurent en même tems le sommeil, sont ceux qu'ils appelloient hypnotiques.

Ce qui vient d'être dit n'empêche pas qu'en général, par le mot anodin, on n'entende tout médicament qui calme la douleur par le relâchement ; mais le même mot pris à la rigueur, signifie un médicament qui calme la douleur, en agissant immédiatement & spécialement sur la partie affectée, dont il diminue le ton : & de même on entend en général par narcotique, les médicamens qui font dormir, en agissant sur l'origine des nerfs, sur tout le systême nerveux ; quoique les médicamens qui produisent cet effet soient appellés proprement hypnotiques. Voyez RELACHANT, ANODIN, HYPNOTIQUE, PAREGORIQUE, CALMANT, SEDATIF, NERF, SENSIBILITE, IRRITABILITE, DOULEUR, SOMMEIL.

Comme les anodins proprement dits appartiennent à la matiere médicale externe, il ne sera question ici que des médicamens de la troisieme classe, c'est-à-dire, des narcotiques, qui sont presque tous tirés du pavot & de ses préparations.

Les effets sensibles des narcotiques sont généraux ou particuliers : on entend par effets généraux des narcotiques, ceux qu'ils produisent le plus constamment. Les effets particuliers sont ceux qu'ils produisent par rapport à certaines circonstances.

Voici l'exposition des effets généraux : quelque tems après qu'on a donné un narcotique à une personne qui en a besoin, l'exercice des sens diminue peu-à-peu ; elle se sent appesantie : les organes du mouvement se refusent de plus en plus à leurs actions ordinaires ; l'assoupissement vient ; la chaleur animale augmente ; le pouls devient plus élevé, plus plein, plus souple, ou plus mou, sans augmenter cependant en fréquence ; la peau paroît moette, & se couvre ensuite de sueur, pendant que toutes les autres sécrétions & excrétions diminuent. Le sommeil est plus ou moins long, plus ou moins profond, suivant l'activité des narcotiques & la disposition du sujet. La personne en s'éveillant sent sa tête appesantie, se trouve comme engourdie, & se plaint d'une espece de langueur d'estomac : ce qui arrive toujours, si le reméde n'a pas été donné avec une certaine précaution.

Les effets particuliers des narcotiques dépendent 1°. de l'idiosyncrasie ; 2°. de l'habitude ; 3°. de certaines causes particulieres.

A l'égard de l'idiosyncrasie, l'expérience fait voir que les narcotiques, bien loin de produire les effets ci-devant, procurent, au contraire, des insomnies, des veilles opiniâtres, des agitations d'estomac, des nausées, des vomissemens, des mouvemens convulsifs, des délires maniaques, furieux, dans les tempéramens vifs, bilieux, dans ces personnes dont la tête se prend aisément, comme dans les femmes hystériques.

L'habitude ou la coutume met aussi de grandes différences dans les effets des narcotiques ; car on observe tous les jours que les personnes qui se sont habituées peu-à-peu aux narcotiques, ont besoin quelquefois d'une grande dose d'opium pour faire leurs fonctions dans la veille avec une certaine aisance ; autrement ils sont pesans, engourdis pour l'esprit comme pour le corps. C'est ainsi que les Turcs habitués à l'opium, au lieu de prendre de l'eau-de-vie, comme nos soldats, pour s'animer au combat, prennent, au contraire, une forte dose d'opium ; par où l'on voit que les effets particuliers sont bien différens des généraux, tant à cause du tempérament, qu'à cause de la coutume.

Il arrive assez souvent que les excrétions, comme celles de l'urine, de l'expectoration, &c. sont supprimées, à cause du spasme, de l'éréthisme des parties, surtout des sphincters : c'est ainsi que les lochies peuvent être supprimées, à cause du spasme, de l'éréthisme dominant, comme cela arrive aux femmes hystériques : en ce cas-là, les narcotiques, qui diminuent naturellement les excrétions, étant administrés convenablement, bien loin de diminuer ou de supprimer ces excrétions, les rétablissent, en faisant cesser la cause qui occasionnoit cette suppression. Ainsi, il est des causes singulieres qui font que les narcotiques produisent, en apparence, des effets opposés à ceux qu'ils produisent généralement.

Les narcotiques sont indiqués 1°. dans les maladies aiguës, dolorifiques : la douleur dépend de la distraction des fibres nerveuses, qui sont en disposition de se rompre, si le tiraillement dure ; ainsi une partie affectée de douleur est une partie dont la tension, la sensibilité, le ton sont trop augmentés, par conséquent tout ce qui diminuera la sensibilité, relâchera aussi le ton : les narcotiques produisent cet effet, comme il a été dit ci-devant ; ils sont donc indiqués dans les maladies dolorifiques : car, s'il y a des douleurs vives, aiguës, c'est principalement alors que les narcotiques conviennent : si les douleurs sont sourdes, gravatiques, on ne doit employer ce reméde qu'avec beaucoup de circonspection.

2°. Dans les insomnies fatigantes, dans les veilles opiniâtres, qu'elles soient essentielles ou symptomatiques : elles sont essentielles, lorsqu'elles proviennent d'une trop grande contention, d'un trop grand travail d'esprit, de quelque forte passion de l'ame : elles sont symptomatiques, comme dans la plûpart des maladies aiguës, fiévreuses, le sommeil est nécessaire pour rétablir les forces ; ainsi, on doit tâcher de le procurer par les secours de l'art.

3°. Dans les maladies spasmodiques, convulsives ; mais seulement dans celles qui dépendent d'une tension dolorifique, comme il arrive dans une attaque de passion hystérique, ou à l'occasion d'une piquûre, d'une blessure : dans l'épilepsie essentielle, l'usage des narcotiques seroit très-dangereux.

4°. Dans les maladies évacuatoires ; lorsqu'elles affoiblissent trop les malades : les narcotiques conviennent, en tant qu'ils sont propres à suspendre & à arrêter les évacuations ; soit que les évacuations soient séreuses, comme dans les cours de ventre séreux, dans le vomissement de même nature, dans le cholera morbus ; soit qu'elles soient sanguines, comme dans le vomissement de sang, dans la dyssenterie, l'haemophthysie produite par un sang âcre, qui a rongé les vaisseaux capillaires des poumons ; lorsque les malades toussent presque continuellement & expectorent peu : en un mot, dans toutes les maladies évacuatoires qui affoiblissent notablement, excepté cependant le cas de grande sueur ; parce que, comme il a été dit, les narcotiques, bien loin de diminuer cette excrétion, l'augmentent ou la procurent.

5°. Dans les cas où les excrétions naturelles, où les évacuations périodiques ou critiques sont difficiles, laborieuses, suspendues ou supprimées, à cause de l'éréthisme, de la convulsion de quelque partie, sur-tout de quelque sphincter, comme dans le cas d'une espece d'ischurie, d'une entiere suppression d'urine, qui dépend de l'éréthisme du sphincter de la vessie : dans le cas d'un accouchement difficile & laborieux ; lorsqu'il dépend du spasme de l'uterus ; dans le cas des menstrues, des lochies, du flux hémorrhoïdal, supprimés par une cause de cette nature ; dans le cas d'expectoration difficile : lorsqu'elle est occasionnée par l'irritation, l'éréthisme des vésicules pulmonaires, ou des vaisseaux aëriens.

En faisant attention aux effets que les narcotiques produisent, on sent aisément les cas où ils sont contr'indiqués. On a observé, & l'expérience journaliere fait voir que les narcotiques relâchent & diminuent le ton, la sensibilité, la contractilité, le mouvement des parties. Ils peuvent donc affoiblir, sur-tout lorsqu'ils ne sont pas donnés avec toute la précaution requise, laissant des lassitudes, des pesanteurs de tête, & dérangeant souvent l'estomac : souvent aussi en diminuant la sensibilité, ils peuvent produire l'effet, quelquefois nuisible, de pallier ou de masquer la maladie & de la rendre méconnoissable au médecin, sur-tout dans les maladies évacuatoires, où les douleurs peuvent disparoître par l'usage de ces remedes, & par-là on ne pourra plus distinguer les maladies dont les évacuations peuvent être une suite avantageuse, ou fournir des indications essentielles. De-là on peut aisément déduire les cas où les narcotiques sont contr'indiqués. En général, puisque les narcotiques affoiblissent, il s'ensuit qu'on doit souvent s'en abstenir, ou ne les donner qu'avec beaucoup de précautions dans les cas de foiblesse.

A l'égard des phthisiques, par exemple, il est très-important de calmer la toux, de diminuer autant qu'il est possible, l'agitation des poumons, pour prévenir de plus grandes irritations, d'où pourroit s'ensuivre des déchirures de vaisseaux plus considérables, un renouvellement d'hémophthysie, qu'il faut empêcher autant qu'on le peut : d'ailleurs le sommeil rétablit les forces, ou au moins empêche qu'elles ne continuent à s'épuiser. Ces différentes raisons paroissent donc indiquer les narcotiques dans le cas dont il s'agit ; aussi les y emploie-t-on beaucoup à Montpellier, & en suivant la pratique des médecins de cette ville, on ne doit cependant le faire qu'avec beaucoup de circonspection ; car d'abord, quoique le sommeil rétablisse les forces, cela ne paroît bien décidé que par rapport au sommeil naturel, parce que celui qui est procuré par les narcotiques est ordinairement agité par des réves ; & bien que les malades paroissent refaits par le sommeil qu'ils procurent, il arrive souvent qu'ils se plaignent d'être plus foibles, après avoir bien dormi par ce moyen. De plus les narcotiques excitent la sueur à laquelle sont disposés la plûpart des phthisiques : ce qui forme une raison de plus pour que les narcotiques ne puissent pas servir à rétablir leurs forces ; mais au contraire, pour qu'ils contribuent à les diminuer.

Outre cela les narcotiques dérangent l'estomac dans ses fonctions, à quoi l'on doit encore faire beaucoup d'attention, par rapport aux phthisiques, parce que cet effet rend très-difficile l'usage du lait, qui est si nécessaire dans ce cas, & souvent même le rend impraticable.

Mais comme il reste toujours très-certain que les narcotiques calment la toux des phthisiques, ce qui est un grand avantage à leur procurer, on doit faire une espece de comparaison des différens symptomes, & se déterminer pour le parti qui souffre le moins d'inconvéniens. Si la toux n'est pas trop violente, trop fréquente, il faut s'abstenir des narcotiques, & n'y avoir recours que lorsque l'irritation devient si considérable, qu'elle surpasse les inconvéniens qui résultent de l'usage des narcotiques, attendu que pendant le sommeil les matieres s'accumulent dans les voies aériennes, & peuvent occasionner ensuite une plus grande irritation, & quelque nouvelle rupture ou dilatation forcée de vaisseau, qui cause l'hémophthisie.

Quant aux évacuations, il est des cas où les narcotiques sont bien indiqués ; mais il en est bien d'autres où ils sont très-fort contr'indiqués, comme il a déja été dit, & où il faut user de beaucoup de prudence pour ne pas faire de faute à cet égard.

Quoique les évacuations soient très-considérables, & qu'elles soient accompagnées de mouvemens convulsifs, il ne faut pas se presser d'employer les narcotiques : par exemple, dans le commencement du cholera morbus, le laudanum seroit très-préjudiciable ; il pourroit causer des symptomes fâcheux, en faisant cesser trop tôt l'évacuation de la matiere morbifique ; en la retenant dans les premieres voies, où elle peut produire des météorismes, des irritations inflammatoires, en tant que, comme l'on dit, le loup se trouve alors renfermé dans la bergerie : ainsi dans ce cas, il ne faut d'abord que laisser agir la nature, dont les efforts ne tendent qu'à épuiser l'ennemi ; il ne faut que l'aider par les délayans & les adoucissans, qui peuvent faciliter l'évacuation & corriger la qualité irritante des matieres. Les narcotiques ne doivent être employés que pour faire cesser les impressions douloureuses qui restent après l'évacuation, ou lorsqu'il ne se fait plus que des efforts inutiles.

On doit en user de même à l'égard des superpurgations : les narcotiques ne doivent être placés que lorsqu'on a adouci, corrigé l'acrimonie irritante des drogues trop actives qui ont été employées : on a vû quelquefois des effets très-funestes des inflammations gangreneuses, & la mort s'ensuivre de l'administration trop prompte des narcotiques, dans ce cas, qui exige le même traitement que l'effet des poisons irritans dans les premieres voies dont il faut les délivrer par l'évacuation, & non pas par les remedes palliatifs.

Il faut être aussi très-circonspect dans l'usage des narcotiques, lorsqu'il s'agit de quelque évacuation naturelle trop considérable, comme d'un flux menstruel excessif. Voyez HEMORRHAGIE. Il est aussi très-important à l'égard des femmes qui peuvent être actuellement dans l'état critique ordinaire, de ne pas se presser d'employer les narcotiques pour les cas qui les indiquent, sans avoir pris des informations sur cela, parce que ces remedes pouvant aisément causer une suppression, leur effet seroit plus nuisible qu'il ne pourroit être utile d'ailleurs : ainsi on doit s'en abstenir dans cette circonstance, à moins qu'il n'y ait des douleurs très-puissantes, ou tout autre symptome très-dangereux à calmer, alors urgentiori succurrendum.

En général on doit s'abstenir de l'usage des narcotiques dans les commencemens de toutes les maladies dont le caractere n'est pas encore bien connu, pour ne pas le masquer davantage, & pour éviter d'embarrasser, de gêner la nature dans ses opérations, en ne faisant que pallier ce qu'elle tend à corriger.

Enfin les précautions que l'on doit prendre dans l'usage des narcotiques doivent être déterminées par les cas où ils sont indiqués, comparés avec ceux où ils sont contr'indiqués ; il faut aussi avoir égard au tempérament, à l'habitude ; interroger les malades sur l'effet qu'ils ont éprouvé de ces remedes, s'ils en ont déja usé ; sur l'espece de narcotique dont ils ont usé ; sur la dose à laquelle ils en ont usé.

Les narcotiques que l'on emploie le plus communément dans la pratique de la Médecine, sont les pavots & leurs différentes préparations. Voyez pavot, opium, laudanum. Extrait des leçons sur la matiere médicale, de M. de la Mure, professeur en Médecine à Montpellier.

La Pharmacologie rationnelle n'apprend rien jusqu'à présent de bien satisfaisant sur la maniere dont les narcotiques operent leurs effets. On fait mention dans les écoles d'un grand nombre d'opinions à cet égard, tant anciennes que modernes, dont l'exposition doit se trouver aux articles OPIUM, SOMMEIL. Il suffira de dire ici que ce qui paroît de plus vraisemblable à cet égard, c'est qu'il n'y a que les connoissances que l'on a acquises de nos jours sur la propriété inhérente aux fibres du corps animal, qui produit ce qu'on entend par l'irritabilité & la sensibilité, qui puissent fixer l'idée que l'on peut se faire de l'action des narcotiques. Voyez IRRITABILITE, SENSIBILITE, SOMMEIL, OPIUM.


NARDS. m. (Botan.) genre de plante graminée dont voici les caracteres distinctifs selon Linnaeus. Il n'y a point de calice ; la fleur est composée de deux valvules qui finissent en épi. Les étamines sont trois filets capillaires. Les antheres & le germe du pistil sont oblongs. Les stiles sont au nombre de deux, chevelus, réfléchis, cotonneux. La fleur est ferme, même attachée à la graine. La semence est unique, longue, étroite, pointue aux deux extrêmités.

Le nard est une plante célebre chez les anciens, qu'il importe de bien décrire pour en avoir une idée claire & complete .

On a donné le nom de nard à différentes plantes. Dioscoride fait mention de deux sortes de nards, l'un indien, l'autre syriaque, auxquels il ajoute le celtique & le nard de montagne, ou nard sauvage ; enfin il distingue deux especes de nard sauvage, savoir l'asarum & le phu.

Le nard indien, ou spic nard des Droguistes, s'appelle chez les Botanistes, nardus indica, spica, spica nardi, & spica indica, , Dioscor.

C'est une racine chevelue, ou plutôt un assemblage de petits cheveux entortillés, attachés à la tête de la racine, qui ne sont rien autre chose que les filamens nerveux des feuilles fausses, desséchées, ramassées en un petit paquet, de la grosseur & de la longueur du doigt, de couleur de rouille de fer, ou d'un brun roussâtre ; d'un goût amer, âcre, aromatique ; d'une odeur agréable, & qui approche de celle du souchet.

Cette partie filamenteuse de la plante dont on fait usage, n'est ni un épi ni une racine ; mais c'est la partie inférieure des tiges, qui est d'abord garnie de plusieurs petites feuilles, lesquelles en se fanant & se desséchant tous les ans, se changent en des filets ; de sorte qu'il ne reste que leurs fibres nerveuses qui subsistent.

Le nard a cependant mérité le nom d'épi, à cause de sa figure ; il est attaché à une racine de la grosseur du doigt, laquelle est fibreuse, d'un roux foncé, solide & cassante. Parmi ces filamens, on trouve quelquefois des feuilles encore entieres, blanchâtres, & de petites tiges creuses, cannelées ; on voit aussi quelquefois sur la même racine, plusieurs petits paquets de fibres chevelues.

Le nard indien vient aux Indes orientales, & croît en quantité dans la grande Java, cette île que les anciens ont connue, & ce qui est remarquable, qui portoit déja ce nom du tems de Ptolémée. Les habitans font beaucoup d'usage du nard indien dans leurs cuisines, pour assaisonner les poissons & les viandes.

Dioscoride distingue trois especes de nard indien, savoir le vrai indien, celui de Syrie, celui du Gange. On n'en trouve présentement que deux especes dans les boutiques, qui ne different que par la couleur & la longueur des cheveux.

Il le faut choisir récent, avec une longue chevelure, un peu d'odeur du souchet, & un goût amer.

La plante s'appelle gramen cyperoides, aromaticum, indicum, Breyn. 2°. Prodr. On n'en a pas encore la description. Ray avance comme une chose vraisemblable, que la racine pousse des tiges chargées a leurs sommets d'épis ou de pannicules, ainsi que le gramen ou les plantes qui y ont du rapport. Si l'on en juge par le goût & l'odeur, les vertus du nard indien dépendent d'un sel volatil huileux, mêlé avec beaucoup de sel fixe & de terre.

Il passe pour être céphalique, stomachique & néphrétique, pour fortifier l'estomac, aider la digestion, exciter les mois, & lever les obstructions des visceres. On le réduit en poudre très fine, & on le donne dans du bouillon ou dans quelqu'autre liqueur. On en prescrit la dose depuis demi-drachme jusqu'à deux drachmes en substance, & depuis demi-once en infusion, jusqu'à une once & demie.

Cependant toutes les vertus qu'on lui donne sont exagérées. Celle d'être céphalique ne signifie rien ; sa vertu néphrétique n'est pas vraie ; son utilité dans les maladies malignes n'est pas mieux prouvée : l'éloge qu'en fait Riviere pour la guérison de l'hémorrhagie des narines est sans fondement ; mais cette plante par sa chaleur, son aromat & son amertume, peut être utile dans les cas où il s'agit d'inciser, d'atténuer, d'échauffer, d'exciter la sueur, les regles, ou de fortifier le ton des fibres de l'estomac.

Dans les Indes, suivant le rapport de Bontius, on fait infuser dans du vinaigre le nard indien séché, & on y ajoute un peu de sucre. On emploie ce remede contre les obstructions du foie, de la rate & du mésentere, qui sont très-fréquentes. On en applique aussi sur les morsures des bêtes venimeuses.

Les anciens en préparoient des collyres, des essences & des onguens précieux. L'onguent de nard se faisoit de nard, de jonc odorant, de costus, d'amome, de myrrhe, de baume, d'huile de ben ou de verjus ; on y ajoutoit quelquefois de la feuille indienne. Galien a guéri Marc-Aurele, & jamais il n'a guéri personne qui valût mieux que ce prince, d'une foiblesse d'estomac qui faisoit difficilement la digestion, en appliquant sur la partie de l'onguent de nard. Quel bonheur pour les peuples, s'il eût pû prolonger les jours de cet empereur, corriger son fils corrompu dans ses inclinations, & sa femme diffamée par son incontinence !

Le nard indien entre dans un grand nombre de compositions, dont l'usage est intérieur ou extérieur. Il est employé dans la thériaque, le mithridat, l'hiera picra de Galien, l'hiera de coloquinte, les trochisques de camphre, les pilules fétides, le syrop de chicorée composé, l'huile de nard, l'huile de scorpion de Mathiole, l'onguent martiatum, la poudre aromatique de roses, &c.

Il ne paroît guere douteux que notre spic-nard ne soit le nard indien des anciens, quoi qu'en disent Anguillara & quelques autres botanistes. La description de la plante, son lieu natal, ses vertus, tout s'accorde. Garcias nous assure qu'il n'y a point différentes especes de nard dans les Indes, & les gens qui ont été depuis sur les lieux nous confirment la même chose. Il ne faut pas inférer du grand prix où le nard étoit chez les anciens, comme Pline nous l'apprend, que notre spic-nard soit une plante différente. Les Romains recevoient leur nard par de longs détours, indirectement, rarement, & l'employoient à des essences, des parfums qui renchérissoient beaucoup le prix de cette plante ; tout cela n'a pas lieu parmi nous.

Les anciens ignoroient quelle est la partie du nard qu'il faut regarder comme l'épi, ou le . Galien croyoit que c'étoit la racine ; mais nous savons que ce n'est ni la racine ni l'épi de la plante, & que c'est la partie inférieure de ses tiges. On a donné le nom d'épi aux petites tiges de cette plante, parce qu'elles sont environnées de feuilles capillacées, qui ont quelque ressemblance à des racines.

Le nard celtique s'appelle nardus celtica, spica gallica, spica romana, & , Dioscor. Alnardin Alsimbel, Arab.

C'est une racine fibreuse, chevelue, roussâtre, garnie de feuilles ou de petites écailles d'un verd jaunâtre ; d'un goût âcre, un peu amer, aromatique ; d'une odeur forte & un peu désagréable. On doit choisir cette racine récente, fibreuse & odorante.

Elle a été célebre dès le tems de Dioscoride. On la nomme celtique, parce qu'autrefois on la recueilloit dans les montagnes de la partie des Gaules, appellée Celtique. On en trouve encore aujourd'hui dans les montagnes des Alpes qui séparent l'Allemagne de l'Italie, dans celles de la Ligurie & de Gènes.

La plante est appellée valeriana celtica par Tournefort, I. R. H. nardus celtica Dioscoridis, par C. B. P. nardus alpina, par Clusius. Sa racine rampe de tous côtés, & se répand sur la superficie de la terre parmi la mousse : les petits rameaux qu'elle jette sont longs, couchés sur terre, couverts de plusieurs petites feuilles en maniere d'écailles seches ; ils poussent par intervalle des fibres un peu chevelues & brunes ; ils donnent naissance dans leur partie supérieure à une ou deux petites têtes, chargées de quelques feuilles, étroites d'abord & ensuite plus larges, assez épaisses & succulentes, qui sont vertes en poussant, jaunâtres au commencement de l'automne, & d'un goût un peu amer.

Du milieu de ces feuilles s'éleve une petite tige à la hauteur d'environ neuf pouces, & quelquefois plus, assez ferme, noueuse, ayant sur chaque noeud deux petites feuilles opposées : à l'extrêmité de l'aisselle des feuilles, naissent de petits pédicules qui portent deux ou trois petites fleurs de couleur pâle, d'une seule piece, en forme d'entonnoir, découpées en plusieurs quartiers, soutenues chacune sur un calice qui dans la suite devient une petite graine oblongue & aigrettée.

Toute la plante est aromatique, elle imite l'odeur de la racine de la petite valériane. Selon Clusius, elle fleurit au mois d'Août, presque sous les neiges sur le sommet des Alpes de Styrie : les feuilles paroissent ensuite lorsque les fleurs commencent à tomber. Les habitans la ramassent sur la fin de l'été & lorsque les feuilles viennent à jaunir ; car alors son odeur est très-agréable.

Le nard celtique a les mêmes vertus que le spica indien, & convient dans les mêmes maladies. Quelques-uns prétendent, j'ignore sur quelles expériences, qu'on l'emploie plus utilement pour fortifier l'estomac & dissiper les vents. Il entre dans la thériaque, le mithridat, l'emplâtre de mélilot, & dans quelques autres onguens échauffans, ainsi que dans les lotions céphaliques.

Le nard de montagne se nomme, en Botanique, nardus montana ou nardus montana tuberosa ; , Diosc. Alnardin Gebali, Arab. C'est une racine oblongue, arrondie, & en forme de navet, de la grosseur du petit doigt ; sa tête est portée sur une petite tige rougeâtre, & est garnie de fibres chevelues, brunes ou cendrées, & un peu dures ; son odeur approche de celle du nard, & elle est d'un goût âcre & aromatique.

La description que fait Dioscoride du nard de montagne, est si défectueuse, qu'il est difficile de décider si nous connoissons le vrai nard de montagne de cet auteur, ou s'il nous est encore inconnu.

On nous apporte deux racines de plantes sous le nom de nard de montagne. La premiere s'appelle valeriana maxima, pyrenaïca, cacaliae folio, D. Fagon, I. R. H. Cette plante pousse en terre, une racine épaisse, longue, tubéreuse, chevelue, vivace, d'une odeur semblable à celle du nard indien, mais plus vive, d'un goût amer. De cette racine s'éleve une tige de trois coudées, & même plus haute, cylindrique, lisse, creuse, noueuse, rougeâtre, de l'épaisseur d'un pouce. Ses feuilles sont deux à deux, opposées, lisses, crenelées, semblables aux feuilles du cacalia, de la longueur d'une palme, & appuyées sur de longues queues. Au haut de la tige naissent des fleurs purpurines, & des graines qui sont semblables aux fleurs & aux graines de la valériane.

La seconde s'appelle valeriana alpina minor, C. B. P. nardus montana, radice olivari, C. B. P. nardus montana, radice oblongâ, C. B. P. Sa racine tubéreuse, tantôt plus longue, tantôt plus courte, se multiplie chaque année par de nouvelles radicules. Elle a beaucoup de fibres menues à sa partie inférieure ; & vers son collet elle donne naissance à des rejettons qui, dans leur partie inférieure, sont chargés de feuilles opposées, d'un verd foncé & luisant, unies, sans dentelures, & ensuite d'autres feuilles découpées, à-peu-près comme celles de la grande valériane, mais plus petites ; & à mesure que les rejettons grandissent, les feuilles sont plus découpées. Au sommet des tiges, naissent de gros bouquets de fleurs semblables à celles de la petite valériane ; elles sont odorantes, moins cependant que n'est la racine de cette plante. Le nard de montagne a les mêmes vertus que le celtique, peut-être plus foibles.

Nous avons dit que les anciens composoient avec le nard une essence dont l'odeur étoit fort agréable. Les femmes de l'Orient en faisoient un grand usage ; le nard dont j'étois parfumée, dit l'épouse dans le Cantique des Cantiques, répandoit une odeur exquise. La boîte de la Magdeleine, quand elle oignit les piés du Sauveur (Marc, ch. xiv. . 3. Luc, vij. . 37. Jean, xij. . 3.), étoit pleine de nard pistique, c'est-à-dire selon la plûpart des interpretes, de nard qui n'étoit point falsifié, du mot grec , fides, comme qui diroit du nard fidele, sans mélange, ni tromperie.

Les latins on dit nardus, f. & nardum, n. Le premier signifie communément la plante, & le second la liqueur, l'essence aromatique. Horace, l. V. ode 13. donne au nard l'épithete d'achaemenio, c'est-à-dire, de Perse, où Achémene avoit régné :

Nunc & achaemenio

Perfundi nardo juvat :

Ne songeons qu'à nous parfumer des essences des Indes. Les Indiens vendoient le nard aux Persans, & ceux-ci aux Syriens chez qui les Romains alloient le chercher. De-là vient que dans un autre endroit Horace l'appelle assyrium. Mais après l'année 727 qu'Auguste conquit l'Egypte, les Romains allerent eux-mêmes aux Indes chercher les aromates & les marchandises du pays, par le moyen de la flotte qui fut établie pour cela dans le golfe arabique. (D.J.)

NARD-SAUVAGE, (Botan.) asarum, nardus rustica. Voyez CABARET, (Botan.)


NARDO(Géog.) en latin Neritum ; ville du royaume de Naples, dans la terre d'Otrante, dans une plaine, à 4 milles de la côte du golfe de Tarente, à 9 au N. de Gallipoli, & à 15 S. O. de Leccé, avec titre de duché & un évêché suffragant de Brindes. Elle fut presqu'entierement détruite par un tremblement de terre en 1743. Long. 35. 44. lat. 40. 18.


NAREou ENAREA, ou ENARIA, (Géog.) car M. Ludolf préfere ces deux derniers noms ; c'est un des royaumes d'Afrique dans l'Abyssinie, entre le huitieme & le neuvieme degrés de latitude septentrionale.


NARÉGAM(Botan. exot.) espece de limonier nain qui croit à Céylan & au Malabar ; il a toûjours des fleurs & du fruit.


NARENTA(Géog.) ville de Dalmatie, dans l'Herzegovine, avec un évêché suffragant de Raguse. Elle est sur le golfe de même nom à 20 lieues N. E. de Raguse, 21. S. E. de Spalatro.

Cette ville fut anciennement nommée Naro & Narona. Son territoire consiste en une vallée d'environ 30 milles de longueur, que le fleuve Narenta inonde & fertilise dans certains mois de l'année. Du tems de Ciceron, Narenta étoit une forteresse de conséquence, comme on le voit dans la lettre où Vatinius lui mande la peine qu'il avoit eu à emporter cette place. Elle fut une des villes où les Romains envoyerent des colonies après la conquête du royaume de l'Illyrie. Dans la suite, elle eut des souverains indépendans des rois des deux Dalmaties. L'Evangile n'y fut reçu que dans le onzieme siecle. Elle dépend aujourd'hui des Turcs. Long. 36. 4. lat. 43. 35. (D.J.)

NARENTA, (Géog.) fleuve de Dalmatie qui se nommoit autrefois Naro ou Naron. Il baigne la ville de Narenta, & se décharge dans le golfe de ce nom par diverses embouchures.

NARENTA, (Géog.) golfe de la mer de Dalmatie ; il est entre les côtes de l'Herzegovine au nord, celles de Raguse à l'orient, celles de Sabioncelo au midi, & l'île de Liesina à l'occident.


NAREW(Géog.) riviere de Pologne, qui prend sa source dans le duché de Lithuanie, traverse les palatinats de Poldaquie & de Mazovie, & va se jetter dans le Bourg, au-dessus de Sérolzeck.


NARIMou NARYM, (Géog.) pays de la Tartarie en Sibérie, au nord du fleuve Kéta, & au midi de la contrée d'Ostiaki. On n'y connoît qu'une seule ville ou bourgade de même nom, située sur le bord oriental de l'Oby. Ce pays n'est qu'un triste désert.


NARINARI(Ichthyolog.) nom brésilien d'un poisson de l'espece de l'aigle marine, & qui est appellé par les Hollandois pülstert.

C'est un poisson plat dont le corps est presque triangulaire, élargi sur les côtés. Sa tête est très-grosse, & creusée d'une raie dans le milieu ; son museau est arrondi dans les coins ; ce poisson n'a point de dents, mais un os dans la partie inférieure de la gueule, lequel est long de quatre pouces & large d'un pouce & demi : la partie supérieure du museau est revêtue d'un os semblable ; & c'est entre ces deux os qu'il écrase & brise sa proie. L'os de la mâchoire inférieure est composé de dix-sept petites pieces dures, fermes, & jointes ensemble par des cartilages. L'os supérieur est aussi composé de quatorze pieces semblablement liées par des cartilages. Le corps du narinari est ordinairement d'un à deux piés de long, & sa queue de quatre piés. Sa chair est délicieuse ; les os de sa gueule & ceux des poissons de son espece, sont les fossiles que les Naturalistes appellent siliquastra. (D.J.)


NARINESNARINES

Il faut remarquer que les narines internes comprennent tout l'espace qui est entre les narines externes & les arrieres- narines, immédiatement au-dessous de la voûte du palais, d'où les cavités s'étendent en-haut jusqu'à la lame cribleuse de l'os éthmoïde, où elles communiquent en-devant avec les sinus frontaux, & en-arriere avec les sinus sphénoïdaux. Latéralement, ces cavités sont terminées par les conques, entre lesquelles elles communiquent avec les sinus maxillaires.

Toutes ces choses doivent être observées pour pouvoir comprendre un fait fort singulier, rapporté dans les Mémoires de l'académie des Sciences, année 1722 ; il s'agit d'un tour que saisoit un homme à la foire à Paris. Il s'enfonçoit en apparence un grand clou dans le cerveau par les narines ; voici comment : il prenoit un clou de l'épaisseur d'une grosse plume, long environ de cinq pouces, & arrondi par la pointe. Il le mettoit avec sa main gauche dans une de ses narines, & tenant un marteau avec sa main droite, il disoit qu'il alloit enfoncer le clou dans sa tête, ou comme il s'expliquoit, dans sa cervelle. Effectivement il l'enfonçoit presqu'entier par plusieurs petits coups de marteau ; il en faisoit autant avec un autre clou dans l'autre narine ; ensuite il pendoit un seau plein d'eau par une corde sur les têtes de ces clous, & le portoit ainsi sans aucun autre secours.

Ces deux opérations parurent d'abord surprenantes non-seulement au vulgaire, mais même aux Physiciens anatomistes les plus éclairés. Leur premiere idée fut de soupçonner quelque artifice, quelque industrie cachée, quelque tour de main ; mais M. Winslow, après avoir réfléchi sur la structure, la situation, & la connexion des parties, en trouva l'explication suivante.

Le creux interne de chaque narine va tout droit depuis l'ouverture antérieure jusqu'à l'ouverture postérieure, qui est au-dessus de la cloison du palais. Dans tout ce trajet, les parties osseuses ne sont revêtues que de la membrane pituitaire ; les cornets inférieurs n'y occupent pas beaucoup d'espace, & laissent facilement passer entr'eux & la cloison des narines, le tuyau d'une plume à écrire, que l'on peut sans aucune difficulté glisser directement jusqu'à la partie antérieure de l'os occipital. Ainsi un clou de la même grosseur pour le moins, mais arrondi dans toute sa longueur & sa pointe, ou fort émoussé, peut y glisser sans peine & sans coups de marteau, dont le joueur se servoit pour déguiser son tour d'adresse.

Cette premiere opération fait comprendre la seconde. Les clous étant introduits jusqu'à l'os occipital, & leurs têtes étant près du nez, il est aisé de juger que si on met quelque fardeau sur les têtes de ces clous, ils appuieront en-bas sur le bord osseux de l'ouverture antérieure des narines, pendant que leurs extrêmités ou pointes s'élevent contre l'allongement de l'os occipital, qui fait comme la voûte du gosier. Les clous représentent ici la premiere espece de levier, dont le bras court est du côté du fardeau, & le bras long du côté de la resistance. Si l'on objecte que cela ne se peut faire sans causer une contusion très-considérable aux parties molles qui couvrent ces deux endroits, on peut répondre que l'habitude perpétuelle est propre à rendre avec le tems ces parties comme calleuses & presque insensibles.

Mais la pesanteur du fardeau est une autre difficulté plus grande ; car ce sont les os maxillaires qui soutiennent le poids, & leur connexion avec les autres pieces du crâne paroît si légere, qu'elle donne lieu de craindre qu'un tel effort ne les arrache. Cependant il faut considérer, 1°. que souvent ces os se soudent entierement avec l'âge, & que pour-lors il n'y a rien à craindre ; 2°. ces deux os unis ensemble sont engrenés par deux bouts avec l'os frontal, ce qui augmente leur force ; 3°. ils le sont encore avec l'os sphénoïde, par des entailles qui en empêchent la séparation de haut en bas ; 4°. ils sont de plus appuyés en arriere par les apophyses ptérigoïdiennes, comme par des arcs-boutans, ce qui leur est d'autant plus avantageux, qu'ils y sont enclavés par le moyen des pieces particulieres des os du palais ; 5°. le périoste ligamenteux qui tapisse toutes ces jointures, contribue beaucoup à leur fermeté ; 6°. enfin ajoutons que les muscles de la mâchoire inférieure y ont bonne part, principalement ceux qu'on appelle crotaphites. On sait qu'ils sont très-puissans, fortement attachés, non-seulement à une assez grande étendue de la partie latérale de la tête, mais encore aux apophyses coronoïdes de la mâchoire inférieure : ainsi elles sont assez capables de soulever cette mâchoire contre la supérieure, & par-là de soutenir celle - ci pendant qu'elle porte le seau plein d'eau. (D.J.)

NARINES DES POISSONS, (Ichthyolog.) les narines sont placées dans les poissons d'une maniere si variée, & elles ont tant de différence dans leur nombre, leur figure, leur situation, & leur proportion, qu'elles forment une suite très-essentielle de caracteres, pour servir à distinguer les genres & les especes les unes des autres.

Par rapport au nombre, 1°. quelques poissons n'ont point-du-tout de narines, comme le pétremyzon, genre de poisson, qui renferme sous lui les diverses especes de lamproies ; 2°. plusieurs poissons n'ont qu'une narine de chaque côté, placée comme celle des oiseaux & des quadrupedes ; 3°. plusieurs ont deux narines de chaque côté, comme les carpes, les perches, &c.

Quant à la figure des narines elles sont, 1°. rondes dans quelques poissons ; 2°. ovales dans quelques autres ; 3°. oblongues dans plusieurs.

Les narines des poissons different aussi beaucoup par rapport à leur situation ; 1°. dans quelques-uns elles sont placées très-près du museau, comme dans les clupeae & le congre ; 2°. dans plusieurs genres de poissons elles sont placées près des yeux, comme dans le brochet, la perche, & leurs semblables ; 3°. elles se trouvent placées dans quelques-uns à moitié distance entre les yeux & la fin du museau, comme dans les anguilles qui vivent dans le sable.

Enfin les narines des poissons different aussi beaucoup en proportion ; car dans les poissons qui en ont deux paires, elles sont, 1°. dans quelques-unes placées si près les unes des autres, qu'elles paroissent presque se toucher, comme dans la carpe ; 2°. dans d'autres, comme dans le congre, la perche, & plusieurs autres poissons, elles se trouvent au contraire fort éloignées. En un mot, quoique les narines soient une partie des poissons, à laquelle on fait en général peu d'attention, il n'en est pas moins vrai qu'on doit les regarder comme d'une grande utilité pour la distinction des especes. (D.J.)


NARISQUES(Géog. anc.) Narisci, anciens peuples de la Germanie selon Tacite. Ils sont nommés Varisti par Ptolémée, liv. II. chap. xj. & Naristae par Dion, liv. LXXI. Il y a quelque apparence que ces peuples tiroient leur nom de la riviere nommée Navus, la Naw, qui traversoit leur pays, & que les Romains changerent l'u en r.

Le lieu qu'ils habitoient s'étendoit au midi du Danube, des deux côtés de la Naw, & selon la position que Ptolémée leur donne, ils étoient bornés au nord par les montagnes Hercyniennes, à l'orient par la forêt Hercynienne, au midi par le Danube, & au couchant par les Hermaudures : de cette façon leur pays renfermoit le haut palatinat ou le palatinat de Baviere, avec le landgraviat de Leuchtenberg. Nous apprenons de Dion, que ces peuples subsistoient encore du tems des Antonins, car il les met au nombre des nations qui conspirerent contre les Romains. (D.J.)


NARNI(Géogr.) on l'appelloit Nequinum selon Tite-Live, liv. X. chap. ix. à cause de la difficulté des chemins qui y conduisent ; petite ville très-ancienne d'Italie au duché de Spolete, dans l'état ecclésiastique, avec un évêché suffragant du pape. L'an de Rome 454, le consul M. Fulvius Petunius triompha des Néquiniens & des Samnites confédérés. Elle résista plus heureusement aux forces d'Annibal dans le tems qu'il ravageoit l'Italie ; mais dans le xvj. siecle, l'armée de Charles V. & des Vénitiens, s'en rendit maître, & y commit des ravages inexprimables ; elle est heureusement ressuscitée de ses cendres : on y voit encore quelques restes d'un pont magnifique, qu'on dit avoir été construit par Auguste, après la défaite des Sicambres, & de leurs dépouilles : il étoit bâti de grands quartiers de marbre joints ensemble par des bandes de fer scellées en plomb.

Narni est en partie située sur la croupe, & en partie sur la pente d'une montagne escarpée, à 7 lieues S. O. de Spolete, & à 15 N. E. de Rome : la Néra passe au bas de Narni ; sa long. est 30. 15. lat. 42. 32.

Cette petite ville a produit quelques gens de lettres, mais elle doit principalement se vanter d'avoir donné la naissance à l'empereur Nerva. Vieillard vénérable quand il monta sur le trône pour remplacer un monstre odieux, il se fit adorer par sa sagesse, par sa douceur, & par ses vertus. Il n'eut pas de plus grande joie que de penser & de dire en lui-même.

Par-tout en ce moment on me bénit, on m'aime,

On ne voit point le peuple à mon nom s'allarmer,

Le Ciel dans tous leurs pleurs ne m'entend point nommer,

Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage,

Je vois par-tout les coeurs voler à mon passage.

Enfin il mit le comble à sa gloire en adoptant Trajan, l'homme le plus propre à honorer la nature humaine : ainsi le premier Antonin adopta Marc-Aurele. (D.J.)


NARO(Géogr.) Nara, ville de Sicile, dans la vallée de Mazara, près de la source de la riviere de Naro, à 10 milles au levant de Gergenti. Long. 31. 25. lat. 37. 20.

NARO, (Géog.) riviere de la Sicile, dans la vallée de Mazara. Elle prend sa source auprès de la ville qui porte son nom, court du côté du midi, & se jette dans la mer d'Afrique, auprès de Valone di Mole.


NARRAGA(Géog. anc.) fleuve aux environs de la Babylonie, selon Pline, l. VI. c. xxvj. C'est le canal ou la branche la plus occidentale de l'Euphrate, & ce canal a été creusé de main d'homme. Ptolémée, l. V. c. xx. l'appelle Maarsares, & Ammien Marcellin, l. XXIII. le nomme Martias. (D.J.)


NARRATIONS. f. (Belles-Lettres) dans l'éloquence & dans l'histoire est un récit ou relation d'un fait ou d'un événement comme il est arrivé, ou comme on le suppose arrivé.

Il y en a de deux sortes, l'une simple & historique, dans laquelle l'auditeur ou le lecteur est supposé entendre ou lire un fait qui lui est transmis de la seconde main : l'autre artificielle & fabuleuse, où l'imagination de l'auditeur échauffée prend part au récit d'une chose, comme si elle se passoit en sa présence.

La narration, selon les Rhéteurs, est la seconde partie du discours, c'est-à-dire, celle qui doit suivre immédiatement l'exorde. Voyez ORAISON ou DISCOURS.

Dans l'histoire, la narration fait le corps de l'ouvrage ; & si l'on en retranche les réflexions incidentes, les épisodes, les digressions, l'histoire se réduit à une simple narration. Voyez HISTOIRE.

Ciceron demande quatre qualités dans la narration, savoir, clarté, probabilité, briéveté & agrément.

On rend la narration claire, en y observant l'ordre des tems, ensorte qu'il ne résulte nulle confusion dans l'enchaînement des faits, en n'employant que des termes propres & usités, & en racontant l'action sans interruption.

Elle devient probable par le degré de confiance que mérite le narrateur, par la simplicité & la sincérité de son récit, par le soin qu'on a de n'y rien faire entrer de contraire au sens commun ou aux opinions reçues, par le détail précis des circonstances & par leur union, ensorte qu'elles n'impliquent point contradiction, & ne se détruisent point mutuellement.

La briéveté consiste à ne point reprendre les choses de plus haut qu'il n'est nécessaire, afin d'éviter le défaut de cet auteur ridicule dont parle Horace, qui gemino bellum trojanum orditur ab ovo, & à ne la point charger de circonstances triviales ou de détails inutiles.

Enfin on donne à la narration de l'agrément en employant des expressions nombreuses d'un son agréable & doux, en évitant dans leur arrangement les hiatus & les dissonnances, en choisissant pour objet de son récit des choses grandes, nouvelles, inattendues, en embellissant sa diction de tropes & de figures, en tenant l'auditeur en suspens sur certaines circonstances intéressantes, & en excitant des mouvemens de tristesse ou de joie, de terreur ou de pitié. Voyez NOMBRE, CADENCE, FIGURES, PASSIONS, &c.

C'est principalement la narration oratoire qui compose ces ornemens ; car la narration historique n'exige qu'une simplicité mâle & majestueuse, qui coûte plus à un écrivain que tous les agrémens du style qu'on peut répandre sur les sujets qui sont du ressort de l'éloquence.

Il ne sera pas inutile d'ajouter ici quelques observations sur les qualités propres à la narration oratoire.

1°. Quoiqu'on recommande dans la narration la simplicité, on n'en exclut pas toujours le pathétique. Ciceron, par exemple, remue vivement les passions, en décrivant les circonstances du supplice de Gavius, citoyen romain, qui fut condamné à être battu de verges, par l'injustice & par la cruauté de Verrès. Rien n'est plus touchant que le récit qu'il fait de la mort des deux Philodamus pere & fils, tous deux immolés à la fureur du même Verrès, le pere déplorant le sort de son fils, & le fils gémissant sur le malheur de son pere. Il y a donc des causes qui demandent une narration touchante & passionnée, comme il en est qui n'exigent qu'une exacte & tranquille exposition du fait. C'est à l'orateur sensé à distinguer ces convenances & à varier son style, selon la différence des matieres.

2°. Pour les causes de peu d'importance, comme sont la plûpart des causes privées, il faut relever la médiocrité du sujet par une diction simple en apparence, mais pure, élégante, variée. Sans cette parure elles paroissent tristes, seches, ennuyeuses ; on doit même y jetter quelques pensées ingénieuses, quelques traits vifs, qui piquent la curiosité, & qui soutiennent l'attention.

3°. A l'égard des causes où il s'agit d'un crime ou d'un fait grave, d'un intérêt public, elles admettent des mouvemens plus forts ; on y peut ménager des surprises qui tiennent l'esprit en suspens, y faire entrer des mouvemens de joie, d'admiration, d'étonnement, d'indignation, de crainte & d'espérance, pourvu que l'on se souvienne que ce n'est pas là le lieu de terminer ces grands sentimens, & qu'il suffit de les ébaucher ; car l'exorde & la narration ne doivent avoir d'autres fonctions que de préparer l'esprit des juges à la preuve & à la peroraison. (G)

NARRATION, est un mot dont on fait particulierement usage en poësie, pour signifier l'action ou l'événement principal d'un poëme. Voyez ACTION ou FABLE.

Le P. le Bossu observe que l'action en poësie est susceptible de deux sortes de narrations oratoires, & que ces deux sortes de narrations constituent deux especes de grands poëmes.

Les actions dont le récit est sous une forme artificielle ou active constituent les poëmes dramatiques. Voyez DRAME.

Celles qui sont seulement racontées par le poëte, comme historien, forment les poëmes épiques. Voyez EPOPEE.

Dans le drame, la narration mise en action est le fond unique & total du poëme : dans l'épopée, l'action mise en récit n'en fait qu'une partie ; mais à la vérité la partie principale. Elle est précédée par une proposition & une invocation que le même auteur appelle prélude, & que d'autres nomment début, & elle est fréquemment interrompue par le poëte dans les endroits où il parle en personne, pour demander aux lecteurs & aux dieux de la bienveillance, de l'indulgence, du secours, & dans ceux où il raconte les faits en historien. Voyez INVOCATION.

La narration du poëme épique renferme l'action entiere, avec ses épisodes, c'est-à-dire, avec les ornemens dont le poëte l'accompagne. Voyez EPISODE.

Dans cette partie l'action doit être commencée, continuée & finie, c'est-à-dire, qu'on doit apprendre les causes des événemens qui font la matiere du poëme qu'on y doit proposer, & résoudre les difficultés, développer les caracteres & les qualités des personnages, soit humains, soit divins, qui prennent part à l'action ; exposer, & ce qu'ils font, & ce qu'ils disent ; démêler les intérêts, & terminer le tout d'une maniere satisfaisante. Tout cela doit être traité en vers nobles, harmonieux, dans un style rempli de sentimens, de comparaisons & d'autres ornemens convenables au sujet en général, & à chacune de ses parties en particulier. Voyez STYLE.

Les qualités d'une narration épique sont, la vraisemblance, l'agrément, la clarté. Elle doit être également noble, vive, énergique, capable d'émouvoir & de surprendre, conduisant, pour ainsi dire, à chaque pas le lecteur de merveilles en merveilles. Voyez MERVEILLEUX.

Selon Horace l'utile & l'agréable sont inséparablement nécessaires dans un poëme épique.

Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci.

Le P. le Bossu prétend que l'utile y est de nécessité absolue, & que l'agréable n'est que de nécessité accessoire ; d'autres au contraire veulent qu'on ne s'y propose que l'agrément, & que l'instruction morale n'en fasse pas une partie essentielle. Voyez FABLE, EPIQUE, EPOPEE.


NARSAPOUR(Géog.) ville de l'Inde, dans le golfe de Bengale, sur la côte de Coromandel, au Royaume de Golconde, à l'embouchure méridionale de la riviere de Vénéron, environ à 12 lieues au-dessus de Masulipatan, du côté du N. E. Long. 102. lat. 17. 30. (D.J.)


NARSINGAPATAN(Géog.) ou Narsingue, ville de l'Inde, dans le golfe de Bengale, à l'extrêmité de la côte de Coromandel, dans la partie orientale du royaume de Golconde, sur la riviere de Narsepille à la droite, & environ à 10 lieues de son embouchure, en tirant vers le nord. Long. suivant Harris, 103. 21. 30. Lat. 18. 15.


NARTHECION(Géog. anc.) autrement Narthaciensium mons, ou Anthraceorum mons, c'est-à-dire, montagne des charbonniers, montagne de Thessalie qui termine la plaine du côté de Pharsale. On trouve dans toute cette montagne quantité de belles fontaines, dont les eaux s'assemblent dans la plaine, & forment beaucoup de petits ruisseaux qui se vont jetter dans le Pénée. Ce fut sur cette montagne qu'Agésilaüs, à son retour d'Asie, éleva un trophée pour la victoire qu'il remporta sur les Pharsaliens ; l'éphore Diphridas vint trouver ce roi dans le camp de Narthécion, un peu avant la bataille de Coronée, qu'il ne faut pas confondre avec celle de Chéronée, quoique toutes deux ayent été gagnées sur les Athéniens.


NARVA(Géog.) ou Nerva, riviere de Livonie. Elle sort du lac de Peipis, baigne la ville de Narva, à laquelle elle donne le nom ; & à deux lieues au-dessous elle va se jetter dans le golfe de Finlande. Cette riviere est presqu'aussi large que l'Elbe, mais beaucoup plus rapide ; & à demi-lieue au-dessus de la ville, elle a un très-grand saut qui fait qu'on est contraint de décharger dans cet endroit-là toutes les marchandises que l'on envoie de Plescow & de Derpt à Narva.

NARVA, (Géog.) ou Nerva, ville forte de l'empire russien, dans la Livonie, sur la riviere de Narva, à 66 lieues N. de Riga, & à 36 S. O. de Vibourg. On croit que cette ville fut bâtie par Valdemar II, Roi de Danemarck, en 1213. Jean Basilowitz, grand duc de Moscovie, la prit en 1558, & Pontus de la Gardie l'enleva aux Russes en 1581. Les Suédois en demeurerent les maîtres jusqu'en 1704, qu'elle fut reprise par le czar Pierre le Grand. Long. 46. 34. lat. 59. 7.


NARVAR(Géog.) ville des Indes, aux états du grand-mogol, dans la province de Narvar, à 34 lieues au midi d'Agra. Long. 96. 40. lat. 25. 6.

La province de Narvar, appartenante au grand Mogol, est bornée au nord & à l'occident par le royaume d'Agra, à l'orient par celui de Patna, & au midi par celui de Bengale.

La riviere de Narvar a sa source près de la ville de Maudoa, & a son embouchure dans le golfe de Cambaye. (D.J.)


NARWALS. m. (Hist. anc. Icthyolog.) Pl. XIII. fig. 9. NHARWAL, licorne de mer, unicornu monoceros, unicornu marinum Charlet. monoceros piscis, Nharwal islandis Raii, poisson cétacée, appellé par les Groenlandois touwack, & auquel on a donné le nom de licorne, parce qu'il a au bout de la mâchoire supérieure, tantôt à droite & tantôt à gauche, une très-longue dent, qui ressemble à une corne. On pourroit présumer d'après la position de cette dent, qu'il est naturel à ce poisson d'en avoir deux. M. Anderson est d'un avis contraire : il donne cependant la description d'un narwal qui a deux dents. Il regarde ce fait comme très-rare : voici ce qu'il en dit.

Le capitaine Dirck Petersen a rapporté à Hambourg en 1684 l'os de la tête d'un narwal, avec deux dents, qui sortent en droite ligne du devant de la tête. Ces dents sont à deux pouces de distance au sortir de la mâchoire, ensuite elles s'éloignent de plus en plus l'une de l'autre, de façon qu'il y a entr'elles treize pouces de distance à l'extrêmité. La dent gauche a sept piés cinq pouces de longueur, sur neuf pouces de circonférence ; celle qui est à droite n'a que sept piés de longueur, sur huit pouces de tour. Elles entrent toutes les deux de la longueur de treize pouces dans la tête. Ce narwal étoit une femelle pleine. On ne trouva au foetus aucune apparence de dent.

M. Anderson a vu à Hambourg en 1736 un narwal qui étoit entré dans l'Elbe par une marée. Ce cétacée étoit plus gros qu'allongé ; il n'avoit que deux nageoires, la tête étoit tronquée ; la dent sortoit du côté gauche de la mâchoire supérieure audessus de la lévre. Elle étoit contournée en spirale, & elle avoit cinq piés quatre pouces de longueur. Le côté droit du museau étoit fermé & couvert par la peau, sous laquelle on ne sentoit aucune cavité dans l'os de la tête. La queue étoit fort large, & couchée horisontalement sur l'eau. La peau avoit beaucoup d'épaisseur ; elle étoit très-blanche & parsemée d'une grande quantité de taches noires, qui pénétroient fort avant dans sa substance. Il n'y avoit point de ces taches sur le ventre ; il étoit entierement blanc, luisant & doux au toucher, comme du velours. Ce poisson n'avoit point de dent au-dedans de la gueule, dont l'ouverture étoit très-petite ; car elle n'excédoit pas la largeur de la main. La langue remplissoit toute la largeur de la gueule. Les bords du museau étoient un peu durs & raboteux. Il y avoit au-dessus de la tête un trou ou un tuyau garni d'une soupape, qui s'ouvroit & qui se fermoit au gré du poisson, par où il rejettoit l'eau en expirant l'air. Les yeux étoient petits, situés au bas de la tête, & garnis d'une espece de paupiere. Ce narwal étoit mâle ; mais la verge ne sortoit pas hors du corps. La longueur totale de ce poisson étoit de dix piés & demi depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité de la queue, qui avoit trois piés deux pouces & demi de largeur ; chaque nageoire n'avoit que neuf pouces de longueur.

Comme on trouve des dents de narwal qui, au lieu d'être tournées en spirale, sont entierement unies, M. Anderson soupçonne qu'il peut y avoir plusieurs especes de ces poissons. Leur longueur ordinaire est d'environ vingt à vingt-deux piés ; on en trouve qui ont jusqu'à soixante piés.

Les Groenlandois regardent ces poissons comme les avant-coureurs de la baleine ; car dès qu'ils en voient, ils se préparent promptement pour faire la pêche de la baleine. Le narwal se nourrit comme elle de petits poissons, de vers & d'autres insectes marins ; mais il n'a point de barbes pour les retenir dans sa gueule. Hist. d'Isl. & de Groenlande, par M. Anderson. Voyez CETACEE. (I)


NASABATH(Géog. anc.) fleuve de la Mauritanie césariense, selon Ptolémée, l. IV. c. ij. Pline, l. V. c. ij. le nomme Nabar. Marmol dit que ce fleuve ou cette riviere a son embouchure au levant de la ville de Bugie, & qu'elle est très-poissonneuse. (D.J.)


NASALadj. (Gram.) On distingue dans l'alphabet des voyelles & des consonnes nasales.

Les voyelles nasales sont celles qui représenteroient des sons dont l'unisson se feroit en partie par l'ouverture de la bouche, & en partie par le canal du nez. Nous n'avons point de caracteres destinés exclusivement à cet usage ; nous nous servons de m ou de n après une voyelle simple pour en marquer la nasalité, an ou am, ain ou aim, eun ou un, on ou om. On donne quelquefois aux sons mêmes le nom de voyelles ; & dans ce sens, les voyelles nasales sont des sons dont l'émission se fait en partie par le canal du nez. M. l'abbé de Dangeau les nomme encore voyelles sourdes ou esclavones ; sourdes, apparemment parce que le reflux de l'air sonore vers le canal du nez occasionne dans l'intérieur de la bouche une espece de retentissement moins distinct que quand l'émission s'en fait entierement par l'ouverture de la bouche ; esclavones, parce que les peuples qui parlent l'esclavon ont, dit-il, des caracteres particuliers pour les exprimer. La dénomination de nasale me paroît préférable, parce qu'elle indique le méchanisme de la formation de ces sons.

Les consonnes nasales sont les deux m & n : la premiere, labiale ; & la seconde, linguale & dentale : toutes deux ainsi nommées, parce que le mouvement organique qui produit les articulations qu'elles représentent, fait passer par le nez une partie de l'air sonore qu'elles modifient. Voyez LETTRE, VOYELLE, M. N. (B. E. R. M.)

NASAL, LE, adject. en Anatomie, ce qui appartient au nez. Voyez NEZ.

L'apophyse nasale de l'os maxillaire. Voyez MAXILLAIRE.

L'apophyse nasale de l'os coronal. Voyez APOPHYSE & CORONAL.

Le canal nasal osseux est un conduit dont l'orifice supérieur est situé à la partie latérale interne & antérieure de la fosse orbitaire & l'orifice inférieur sous la partie antérieure des cornets inférieurs du nez. Ce conduit est fermé par l'apophyse montante de l'os maxillaire, par l'os unguis, & les petites apophyses antérieures des cornets inférieurs du nez. Voyez MAXILLAIRE, UNGUIS, &c.

Les fosses nasales sont deux cavités dans le nez auxquelles le vomer & la lame verticale de l'os ethmoïde servent de cloison mitoyenne, & dont les narines antérieures sont les orifices externes, & les postérieures les orifices internes. Voyez NARINE.

Le canal nasal membraneux descend du sac lacrymal dans le canal nasal. Il le resserre un peu, descend en arriere, se courbe légérement dans l'os même, intérieurement voisin du sinus maxillaire & de son appendice supérieur, & il s'ouvre enfin dans les narines, & il est couvert dans son extrêmité inférieure par le cornet inférieur du nez, près de l'extrêmité antérieure de cet os par un orifice un peu plus étroit qu'il n'est lui-même, suivant Morgagni & Monro, & il se termine par une membrane plus longue dans sa partie interne, qui en se prolongeant un peu en-bas, forme une espece de valvule que Bianchi a décrite avec trop d'emphase.

Salomon Albert a le premier donné une ample description de ce canal ; & Drelincourt l'a mis au rang des conduits lacrymaux, parce que les larmes viennent quelquefois dans la bouche. Galien a connu ce chemin des larmes aux narines, auxquelles il dit que parvient le goût des collyres ; ensuite Massa, Gabriel & Zerbit. L'air retenu dans la bouche, la fumée de tabac, le sang même peuvent aussi passer de la cavité du nez dans les points lacrymaux.

L'observation que M. Petit a faite sur un paon, (Mém. de l'Acad. 1735.) a été quelquefois faite dans l'homme. Plempius dit d'après Spigel qu'une eau versée dans les yeux vuida le ventre. Les Chinois font passer un fil par un point lacrymal dans les narines, & ils le remuent de tous les sens pour se faire pleurer. Haller, Comment. Boerhaav. (L)

NASAL, terme de Blason. Il se dit de la partie supérieure d'ouverture d'un casque ou d'un heaume, qui tomboit sur le nez du chevalier lorsqu'il le baissoit, du latin nasus, nez.


NASAMMONITE(Hist. nat.) nom donné par les anciens Naturalistes à des pierres qui selon Pline, étoient d'un rouge de sang, remplies de veines noires : on ne sait si c'étoit jaspe ou agate. (-)


NASAMONES(Géog. anc.) peuples d'Afrique qui habitoient la Syrte, selon Hérodote, l. II. c. xxxij. qui a décrit fort au long leurs moeurs & leurs usages. Il dit, entr'autres particularités, que ces peuples prenoient plusieurs femmes ; mais que la premiere nuit des noces, la femme qu'ils épousoient s'abandonnoit à tous les convives qui, après avoir obtenu ses faveurs, lui faisoient chacun un présent. Ptolémée, l. IV. c. v. place ces peuples dans la partie septentrionale de la Marmarique. Pline leur donne la même position, & dit que les Nasamones avoient été nommés Mesammones par les Grecs, parce qu'ils étoient situés au milieu des sables. (D.J.)


NASARDS. m. terme d'Organiste, est un jeu fait de plomb, & en forme de fuseau par le haut, comme la fig. 38. Pl. d'orgue, le représente. Il sonne la quinte au-dessus du prestant ou 4e pié. Voyez la table du rapport & de l'étendue des jeux de l'orgue, & l'article ORGUE, où la facture de ce jeu est expliquée.

Dans quelques orgues, le nasard n'est point en fuseau ; dans ce cas, les basses sont à cheminées, & les dessus ouverts.

NASARD, GROS, terme d'Organiste. Ce jeu ne differe du nasard (Voyez NASARD, & la fig. 36. Pl. d'orgue) qu'en ce qu'il sonne l'octave au-dessous & la quarte au-dessous du prestant. Voyez la table du rapport & de l'étendue des jeux de l'orgue.


NASCARO(Géog.) riviere d'Italie au royaume de Naples, dans la Calabre ultérieure. Les anciens l'appelloient Cirus. Elle a sa source dans l'Apennin, & son embouchure dans le golfe Squilaci. (D.J.)


NASCI(Géog. anc.) peuples de la Sarmatie européenne, selon Ptolémée, l. III. c. iv. qui les met au voisinage des monts Riphées, auprès des Acibi. (D.J.)


NASEAUXterme de Maréchal. On appelle ainsi les ouvertures du nez du cheval.


NASIS. m. (Hist. anc. & mod.) c'est-à-dire en hébreu prince, qui se trouve souvent dans les livres des Juifs. On le donnoit autrefois au souverain juge & grand président de leur sanhedrin. Les Juifs modernes ont encore retenu ce titre, & leurs rabbins qui s'imaginent être les princes & les chefs de ce peuple dispersé, s'attribuent cette autorité comme une marque de leur prétendue autorité. (G)


NASIBINE(Géog.) ville de Perse dans le Kurdistan. Elle est située à 76. 30. de long. sous les 37. de lat.


NASIUM(Géog. anc.) ancienne ville ou forteresse des Gaules chez les Leuci, sur la riviere d'Orne entre Andelot & Toul. Comme il se trouve encore aujourd'hui sur l'Orne, en allant de Langres à Toul, & passant par Andelot, deux villages ; l'un nommé le petit Nancy, & le second le grand Nancy, il paroît que l'un ou l'autre doivent être le Nasium des anciens, puisqu'ils en conservent le nom & la situation. En conséquence ceux qui veulent que Nasium soit le village de Nas dans le duché de Bar, à 12 milles de Nancy, ne sont pas fondés. Voyez Hadr. Valesii Not. gall. p. 371. (D.J.)


NASO-PALATINconduits naso-palatins, en Anatomie, est la même chose que les conduits incisifs. Voyez CONDUIT & INCISIF.


NASQUEou NESQUE, (Géog.) riviere de France en Provence. Elle prend sa source dans les omergues de Forcalquier, au diocèse de Sisteron, & finit par se joindre à la Sorgue un peu avant que cette derniere riviere se décharge dans le Rhône.


NASR(Mythologie & Hist. anc.) nom d'une divinité des anciens Arabes idolâtres, qui la représentoient sous la forme d'un aigle.


NASSANGI BACHIS. m. (Hist. mod.) officier en Turquie, dont la charge est de sceller tous les actes expédiés par le teskeregi-bachi ou premier secrétaire du grand visir, & quelquefois les ordres du sultan.

Le nom de nassangi se donne à tous les officiers du sceau, & celui de nassangi-bachi à leur chef. Il n'est pourtant pas proprement garde des sceaux de l'empire ottoman, puisque c'est le grand visir qui est chargé par le sultan même du sceau impérial, & qui le porte ordinairement dans son sein. Le nassangi-bachi a seulement la fonction de sceller sous les ordres du premier ministre ses dépêches, les délibérations du divan, & les ordonnances ou kat-cherifs du grand-seigneur.

Si cet officier n'est que bacha à deux queues, ou simplement effendi, c'est-à-dire homme de loi, il n'entre point au divan ; il applique seulement son sceau sur de la cire-vierge contenue dans une petite demi-pomme d'or creuse, si l'ordre ou la dépêche s'adresse à des souverains, & sur le papier pour les autres. Il se tient tous les jours de divan dans une petite chambre qui n'en est pas éloignée, où il cachette les dépêches & les sacs d'aspres & de sultanins qui doivent être portés au trésor. S'il est bacha à trois queues, il a entrée & séance au conseil parmi les visirs de banc.

Tous les ordres du grand-seigneur qui émanent de la chancellerie du grand-visir pour les provinces, de même que ceux qui sortent du bureau du defterdar, doivent être lus au nassangi-bachi par son secrétaire qu'on nomme nassangi-kassedar-effendi. Il en tire une copie qu'il remet dans une cassette. Les ordres qui ne s'étendent pas au-delà des murs de Constantinople n'ont pas besoin pour avoir force de loi d'être scellés par cet officier, il suffit qu'ils soient signés du grand-visir.

Le nassangi-bachi doit toujours être auprès de la personne du prince, & ne peut en être éloigné que son emploi ne soit donné à un autre. Lorsque le grand-visir marche à quelque expédition sans le sultan, le nassangi-bachi le fait accompagner par un nassangi-effendi, qui est comme son substitut. Enfin aux ordres émanés immédiatement de sa hautesse, le nassangi-bachi applique lui-même le tura ou l'empreinte du nom du monarque, non pas au bas de la feuille, comme cela se pratique chez les autres nations, mais au haut de la page avant la premiere ligne, comme les Romains en usoient dans leurs lettres. Ce tura est ordinairement un chiffre en lettres arabes formé des lettres du nom du grand-seigneur. Guer. Moeurs des Turcs, tom. II. (G)


NASSARou NAUSARI, (Géog.) petite ville des Indes dans les états du grand-mogol, au royaume de Guzarate, à 6 lieues de la ville de Surate & à 2 de la mer. Long. 89. 55. lat. 21. 5.


NASSAU(Géog.) petite ville d'Allemagne dans le cercle du haut Rhin, capitale d'un comté de même nom, dont les comtes sont souverains.

On voit près de cette ville une montagne sur laquelle est le château de Nassau, d'où est sortie l'illustre maison de ce nom, qui a donné un empereur à l'Allemagne, un roi à l'Angleterre, des stadhouders à la république des Provinces-unies, & des ducs à la Gueldre.

Nassau est sur la riviere de Lohn à 5 lieues S. E. de Coblentz, 8 N. O. de Mayence, 12 S. E. de Bonn. Long. 25. 30. lat. 50. 13. (D.J.)

NASSAU, (Géog.) pays d'Allemagne avec titre de comté ; ce pays renferme plusieurs autres comtés partagés en diverses branches, qui portent les unes le titre de Prince, les autres celui de comte, & qui prennent chacune le nom de leur résidence ; savoir, Siegen, Dillembourg, Schaumbourg, Diets, Hadamar, Verburg & Idstem. La Lohn, le Dill & le Siegen sont les principales rivieres qui arrosent ce pays. Le comté de Nassau est mis au nombre des fiefs libres de l'empire, jouissant de tous les privileges des comtes de l'empire, & particulierement du pouvoir de battre monnoie. La maison de Nassau possede encore aux confins de la Lorraine le comté de Saarbruck & le comté de Saarwerden. (D.J.)


NASSE(Pêche) engin à prendre du poisson. Il est fait d'osier ; ce sont comme deux paniers ronds, pointus par le bout, enfoncés l'un dans l'autre & à ventres renflés comme la cruche. A l'ouverture est une espece de bord de 4 à 5 pouces.

La pêche à la nasse se fait dans les rivieres & à la mer. Il y a plusieurs sortes de nasses, clayes, paniers ou bouteilles de mer. Celles dont on se sert dans l'amirauté de Dieppe pour prendre des congres & des homards, est une espece de panier tel que celui sous lequel on tient la poule avec ses poussins. Sa forme est ronde & un peu applatie, comme on voit dans nos Planches de Pêche. Il y a au milieu de la partie supérieure un petit goulet. On en construit qui sont toutes d'osier : d'autres sont formées de cercles couverts de filets. Aux deux côtés sont deux anses sur lesquelles sont amarrées de lourdes cablieres qui tiennent ferme cet engin que les Pêcheurs placent ordinairement entre deux roches, lieux que les congres & homards fréquentent volontiers. Ils mettent dans ce filet de petits poissons attachés à des ains ; & au défaut de petits poissons, ils se servent de petits morceaux de marne blanche qui trompent le congre & le homard. Le congre & le homard entrent par le goulet & ne peuvent plus sortir.

Pour conserver vivans les homards, & les empêcher de s'entretuer & de se dévorer, on les cheville aux mordans, en fichant une petite cheville plate dans la membrane de la petite serre qui est fléxible. On empêche ainsi le homard de serrer & d'agir.

Il y a deux autres sortes de nasses, d'osier ou de rets : on les voit dans nos Planches. Ces nasses ont deux goulets qui donnent entrée au poisson. Les Pêcheurs en mettent plusieurs sur un cablot d'osier : ils les relevent tous les matins : plus la marée est forte & l'eau trouble, meilleure est la pêche qui se fait deux fois l'année, aux tems des équinoxes. Ces engins sont les mêmes que ceux des rivieres qui ont même nom. Les plus gros prennent le gros poisson ; les plus petits sont pour les anguilles, & les moyens pêchent l'éperlan.

On applique quelquefois une nasse à l'extrêmité du verveux ; des guideaux lui servent d'entonnoirs. On s'y prend ainsi pour arrêter tout le poisson qui se présente sous l'anse d'un pont, ou entre les palis d'un gord.

Les nasses, paniers ou bouteilles en usage dans l'amirauté de Tonques & de Dives, sont comme pour les rivieres. Elles peuvent avoir trois ou quatre piés de long. L'ouverture en est plus ou moins large : elles sont plus grosses vers le milieu ; le goulet est ferme comme le corps. Elles sont faites de tiges d'osier ou de bois. Elles ont du ventre en diminuant jusqu'au bout qui finit en pointe. A l'extrêmité il y a une ouverture fermée d'une grille de bois ou d'un tampon de paille. On les expose l'ouverture vers le flot. Pour cet effet on a deux petits pieux ou piquets qui passent dans deux anses qui sont aux côtés de la nasse qu'ils tiennent saisie, de maniere que la marée ne peut la déranger.

Les pêcheries qu'on nomme dans l'amirauté de Bayonne nasses ou petites écluses sont construites de deux manieres différentes. Les premieres, en équerres ouvertes comme les pans de bois ou buchots ; d'autres, droites & traverses sur le canal ou le bras d'eau sur lequel elles sont placées. Au milieu du courant, on enfonce deux gros pieux distans l'un de l'autre de 8 à 10 piés, arrêtés par une traverse sur laquelle est posé le flet qui cale au moyen des pierres ou du plomb dont le bas est chargé. C'est au milieu de ce rets qu'est mis le cassin, le bertaut ou la tonnelle qu'on tient ouverte comme le verveux par cinq ou six cercles. Les mailles des rets sont assez serrées pour que rien n'échappe, pas même les plus petites anguilles. Le poisson est obligé de tomber dans le bertaut d'où il ne sort plus. Pour cet effet on pratique de côté & d'autre, soit en droite ligne, soit en équerre, des levées formées de pieux & garnies de terrasses, de clayonnages ou de pierres : on les éleve jusqu'à la hauteur la plus grande que les eaux puissent atteindre au tems des lavasses & ravines. On ne pêche de cette maniere qu'en hiver, depuis la S. Martin jusqu'au mois de Mars, & la pêche ne se fait que de nuit. De jour on releve le rets traversant le bertaut. Ces pêcheries sont inutiles en été.


NASSELLEvoyez MERLUS.


NASSIBS. m. (Hist. mod.) nom que les Turcs donnent au destin qui se trouve, selon eux, dans un livre qui a été écrit au ciel & qui contient la bonne ou mauvaise fortune de tous les hommes, qu'ils ne peuvent éviter, quoi qu'ils fassent en quelque maniere que ce soit. De cette créance naît en eux la persuasion d'une prédestination absolue qui les porte à affronter les plus grands périls, parce qu'il n'en arrivera, disent-ils, que ce que porte le nassib ; il faut pourtant observer que cette opinion n'est pas si générale parmi eux qu'ils n'ayent des sectes qui reconnoissent l'existence & le pouvoir du libre arbitre, mais le grand nombre tient pour le destin. Ricaut, de l'emp. turc. (G)


NASTRANDES. m. (Mythol.) c'est ainsi que les anciens Celtes Scandinaves appelloient le second enfer, ou le séjour malheureux qui, après l'embrasement du monde & la consommation de toutes choses, étoit destiné à recevoir les lâches, les parjures & les meurtriers. Voici comme le nastrande ou rivage des morts est décrit dans l'Edda des Islandois. " Il y a un bâtiment vaste & infâme dont la porte est tournée vers le nord ; il n'est construit que de cadavres de serpens, dont toutes les têtes sont tournées vers l'intérieur de la maison, ils y vomissent tant de venin qu'ils forment un long fleuve empoisonné ; c'est dans ce fleuve que flottent les parjures & les meurtriers, & ceux qui cherchent à séduire les femmes d'autrui : d'autres sont déchirés par un loup dévorant ". Il faut distinguer l'enfer, appellé nastrande dont nous parlons, de celui que ces peuples appelloient nifléheim, qui étoit destiné à servir de séjour aux méchans jusqu'à la fin du monde seulement. Voyez NIFLEHEIM, & voyez l'Edda des Islandois, publié par M. Mallet, p. 112.


NASTURCEvoyez CRESSON.

NASTURCE ou CRESSON D'INDE, (Jardinage) on l'appelle encore petite capucine ou capres capucines ; sa tige est longue & rampante : de ses feuilles rondes s'élévent des pédicules rougeâtres, qui soutiennent des fleurs très-odorantes à cinq feuilles jaunes tachetées de rouge. Leur calice d'une seule piece découpée en cinq parties a une longue queue faite en capuchon, & devient, lorsque la fleur est passée, un fruit à trois capsules qui renferment sa graine.

Cette plante se cultive à l'ordinaire dans les jardins, & l'on mange en salade sa fleur confite dans du vinaigre.


NATA(Géogr.) ville de l'Amérique méridionale dans le gouvernement de Panama. Elle est située sur la baie de Parita à 30 lieues de Panama vers l'ouest, dans un terrein fertile, plat & agréable. Long. 299. 10. lat. 8. 20.


NATAGAIS. m. (Mythol.) idole que les Tartares adorent comme le dieu de la terre & de tous les animaux. Il n'y a point de maison où l'on n'en garde avec respect une image accompagnée des figures de sa femme & de ses enfans, comme les anciens païens conservoient leurs lares & leurs pénates ; & au lieu que ceux-ci leur faisoient des libations & des sacrifices, les Tartares, persuadés que Natagai & leurs autres idoles vivent, & ont besoin de nourriture, leur présentent des viandes, & leur frottent la bouche avec la graisse des mets qu'ils servent sur leurs tables. Kircher, de la Chine.


NATALadj. (Gramm.) il se dit du tems ou du lieu de la naissance. Le jour natal ; le pays natal. Dans quelques communautés religieuses, la maison natale est celle où l'on a fait profession. Les anciens ont célébré la naissance des hommes illustres par des jeux appellés natals. Les chrétiens ont eu leurs fêtes natales ; Noël, Pâques, la Pentecôte & la Toussaint. On aime son pays natal ; il est rare qu'on n'y laisse des parens, des amis ou des connoissances : & puis, on n'y peut faire un pas sans y rencontrer des objets intéressant par la mémoire qu'ils nous rappellent de notre tems d'innocence. C'est ici la maison de mon pere ; là je suis né : ici j'ai fait mes premieres études ; là j'ai connu cet homme qui me fut si cher : ici cette femme qui alluma mes premiers desirs : & voilà ce qui forme cette douceur dont Virgile & Ovide se seroient rendu raison s'ils y avoient un peu réfléchi.

NATAL, (Géog.) pays d'Afrique dans la Cafrerie, situé entre le 31. 30. 28. Ses habitans demeurent les uns dans des cavernes ou trous de rochers, les autres dans de petites maisons, qui sont si serrées & si bien couvertes de roseaux ou de branches d'arbres, que les vents & la pluie ne sauroient y pénétrer. Les Hottentots sont leurs voisins au sud.

Le pays Natal est borné au nord par la riviere della Goa qui est navigable ; il est borné à l'est par la mer des Indes ; mais on ne sait pas encore jusqu'où il s'étend à l'ouest. Le quartier qui regarde la mer est un pays de plaines & de forêts. On n'y manque pas d'eau, parce que les montagnes fournissent une quantité de petits ruisseaux qui se joignent ensemble, & forment la riviere de Natal. Les savanes y sont couvertes d'herbes fort épaisses.

Entre les animaux terrestres, on y voit des tigres, des éléphans, des bufles, des boeufs, des vaches montagnardes & des bêtes fauves. Les éléphans y fourmillent. La volaille y abonde en canards sauvages & domestiques, sarcelles, coqs, poules, outre une infinité d'oiseaux qui nous sont inconnus. La mer & les rivieres sont extrêmement poissonneuses ; mais les habitans ne prennent guere que des tortues.

Les naturels de ce pays sont déja différens des Hottentots ; ils sont beaucoup moins mal-propres & moins laids. Ils sont aussi naturellement plus noirs ; ils ont les cheveux crépus, le visage en ovale, le nez plat de naissance, à ce que dit Kolbe, & les dents blanches ; mais ils ont aussi un peu de goût pour la graisse, car ils portent des bonnets élevés de huit à dix pouces & faits de suif de boeuf. Ils cultivent la terre, y sement une espece de blé-de-turquie dont ils font leur pain.

Les hommes vont presque tous nuds, ainsi que les femmes. Lorsqu'il pleut, ils jettent sur leurs épaules un simple cuir de vache, dont ils se couvrent comme d'un manteau. Ils boivent du lait aigri pour se desaltérer.

Il est permis à chaque homme d'avoir autant de femmes qu'il en peut entretenir ; mais il faut qu'il les achete, puisque c'est la seule marchandise qu'on achete & qu'on vende dans la terre de Natal. On donne des vaches en troc pour des femmes ; desorte que le plus riche est celui qui a le plus de filles ou de soeurs à marier.

Ils demeurent ensemble dans de petits villages composés de familles toutes alliées les unes aux autres. C'est ainsi qu'ils vivent dans l'innocence de la nature en se soumettant volontiers au plus âgé d'entr'eux, lequel les gouverne tous. Voyez de plus grands détails dans les voyages de Dampierre. (D.J.)


NATANGEN(Géograph.) cercle du royaume de Prusse sur le Prégell. Il contient quatre provinces ; le Natangen propre, le Bartenland, la Sudavie & la Galindie. Brandebourg en est la capitale.


NATATIONS. f. (Med. gymnast.) c'est l'action de nager, sorte de mouvement progressif dont est susceptible un grand nombre d'animaux qui s'en servent pour transporter leur corps d'un lieu à un autre sur la surface ou au-travers des eaux sans aucun appui solide, de façon qu'ils se meuvent dans le fluide comme les oiseaux se meuvent & courent dans les espaces de l'air.

Cependant il y a cette différence entre l'action de voler & celle de nager, que pour se soutenir dans les airs, les animaux volatiles ont besoin d'une force très-grande, à cause que leur corps est d'une gravité spécifique beaucoup plus considérable que celle du fluide dans lequel ils ont à se soutenir suspendus ; au lieu que les animaux qui nagent naturellement n'ont point à employer de forces pour se soutenir suspendus dans l'eau ou sur la surface, parce que leur corps est moins pesant qu'un égal volume de ce fluide dont d'ailleurs la consistance leur sert de soutien.

Ce qui le prouve, c'est que si les animaux terrestres, les oiseaux même tombent dans l'eau, & y sont plongés fort avant, ils reviennent d'eux-mêmes sur l'eau comme un morceau de bois ; ils sont, pour ainsi dire, repoussés du fond vers la surface avec une sorte d'effort, comme pour être lancés au-dessus, sans qu'il y ait aucun mouvement tendant à cet effet de la part de l'animal.

Il n'est personne qui étant dans le bain, n'ait éprouvé qu'en étendant horisontalement les piés & les mains, on sent que dès qu'on ne fait pas un continuel effort pour s'appesantir & se fixer au fond du vase, l'eau souleve d'elle-même tout le corps jusqu'à ce qu'il y en ait une partie qui surnage.

Ainsi lorsqu'un animal quadrupede ou volatile est jetté vivant, ou se jette dans l'eau, de quelque maniere que cela se fasse, il revient toujours sur la surface, après avoir plongé plus ou moins avant, en sorte qu'il reparoît bientôt une grande partie de son corps qui surnage ; c'est constamment la partie supérieure, puisque tandis qu'il a le ventre toujours plongé, le dos & la tête restent au-dessus de l'eau, & il conserve l'attitude qui lui est naturelle en marchant, parce que le centre de gravité de l'animal répond au milieu du bas-ventre qui est toujours tourné en bas comme un pendule, & que la poitrine, le dos & la tête sont moins pesans que le reste du corps.

Il n'en est pas de même par rapport à l'homme, attendu qu'il a la tête, tout étant égal, beaucoup plus pesante que celle d'aucun autre animal, parce qu'il a la masse du cerveau d'un beaucoup plus grand volume ; qu'il lui est par conséquent difficile de tenir la tête élevée hors de l'eau ; ce qu'il ne peut faire que par l'action de ses piés & de ses mains, qui en pressant par reprises l'eau de haut en bas, en imitant en quelque sorte l'effet des rames, font faire à son corps incliné, de la tête aux piés, comme des élancemens, des sauts du dedans au dehors de l'eau, qui se répetent avec assez de promptitude pour tenir toujours la tête au-dessus de ce fluide ; ce qui se fait sans aucune peine à l'égard des quadrupedes laissés à eux-mêmes, & sans aucun mouvement de leur part.

C'est ainsi que les poissons se soutiennent, se reposent même & dorment à la surface des eaux, ayant le dos au-dessus & seulement le ventre plongé ; ils ne peuvent s'enfoncer qu'en se rendant plus pesans par la compression de l'air de la vessie qu'ils ont particulierement destinée à cet usage ; voyez POISSON, & les autres animaux ne peuvent aussi plonger que par l'action musculaire des organes avec lesquels ils nagent, ou en s'efforçant de tendre vers le fond de l'eau, ou par le moyen de quelque corps pesant dont ils se saisissent pour ajouter à leur pesanteur naturelle. Voyez PLONGEUR.

Il suit donc de ce qui vient d'être dit de la comparaison des animaux terrestres & des volatiles avec l'homme par rapport à la disposition respective de leur corps dans l'eau, que celle de l'homme s'oppose à ce qu'il puisse nager naturellement, comme le font tous les autres animaux, parce qu'il n'a pas l'avantage comme eux, que par l'effet de la gravité spécifique, les parties nécessaires à la respiration restent hors de l'eau, & empêchent par ce moyen la suffocation qu'il ne peut éviter, à moins qu'il ne sache industrieusement se soutenir la tête hors de l'eau ; ce que les animaux quadrupedes font par la disposition naturelle de leurs parties, sur-tout de leur tête, qui, outre qu'elle est plus légere, est figurée de maniere que par l'allongement, l'élévation du museau, ils ont beaucoup de facilité pour conserver la respiration.

Ainsi l'on voit pourquoi les animaux nagent comme par instinct, au lieu que c'est un art dans l'homme de pouvoir nager ; art qui suppose une adresse qui ne s'acquiert que par l'exercice propre à cet effet, pour apprendre à soutenir hors de l'eau la tête contre son propre poids, & à plier le cou en arriere pour élever le nez & éviter le défaut de respiration, qui arriveroit infailliblement si son corps étoit abandonné à sa disposition naturelle & à son poids, selon les lois de la gravité spécifique, qui tend toujours à ce que la tête ne soit jamais la partie du corps qui surnage.

Ensorte que quelqu'un qui se noie, après avoir d'abord plongé, reparoît ordinairement sur l'eau à plusieurs reprises ; mais rarement montre-t-il alors la tête, à moins que ce ne soit par l'effet des mouvemens de ses bras étendus, qui lui servent dans ce cas comme de balancier, pour se tenir en équilibre avec le poids de l'eau & élever la tête au-dessus de la surface ; mais la force des bras ne pouvant le soutenir long-tems, lorsqu'il n'a pas l'habitude de nager, il retombe par son propre poids & replonge la tête à plusieurs reprises, jusqu'à ce que l'eau ayant pénétré dans la poitrine & rempli les voies de l'air, rend le corps plus pesant, & fait qu'il ne reparoît plus sur l'eau que lorsqu'après avoir resté au fond un certain tems après la mort, la putréfaction qui s'ensuit développe de l'air dans les boyaux, & même dans la substance des parties molles dont la raréfaction augmente le volume du corps, sans augmenter le poids & le rend plus léger qu'un égal volume d'eau ; d'où résulte que le cadavre est soulevé & paroît surnager. Voyez NOYE.

Ce n'est donc pas, selon le préjugé assez généralement reçu, la crainte de se noyer, qui fait que l'homme ne nage pas naturellement, comme les quadrupedes, mais le défaut de disposition dans les parties & dans la figure de son corps, puisque l'on voit des enfans & des imbécilles se jetter hardiment dans l'eau, qui ne laissent pas d'y périr faute de nager, & par conséquent par le seul défaut de disposition à se soutenir dans l'eau comme les animaux, sans y être exposés à la suffocation. Extrait de Borelli de motu animalium, part. I. cap. xxiij.

Quoiqu'on trouve peu dans les ouvrages de Médecine tant anciens que modernes, que l'action de nager soit mise au nombre des exercices utiles à la santé ; cependant il paroît qu'elle peut y tenir un rang distingué par les bons effets qu'elle peut produire, étant employée avec les ménagemens, les précautions convenables. En effet, il paroît hors de doute que, outre l'action musculaire dans presque toutes les parties du corps, à laquelle donne lieu cette espece d'exercice, comme bien d'autres, l'application de l'eau froide, dans laquelle on nage, contribue, non seulement par son poids sur la surface du corps, mais encore par sa qualité froide, qui ne cesse d'être telle, attendu le changement continuel qui se fait des surfaces du fluide ambiant, par une suite de la progression qu'opere l'action de nager, à condenser, à fortifier les fibres, à augmenter leur élasticité, & à rendre plus efficace leur action sur les fluides, dont il empêche aussi la dissolution & la trop grande dissipation en diminuant la transpiration, selon Sanctorius, Static. medic. sect. II. aphor. xiv. ce qui ne peut qu'être d'un grand avantage dans l'été, où les grandes chaleurs produisent un relâchement général dans les solides, & causent un grand abattement de forces ; voyez CHALEUR ANIMALE, pourvu que la natation ne succede pas à un exercice violent, comme le fait observer cet auteur.

D'où s'ensuit que l'action de nager dans un fleuve ou dans tout autre amas d'eau froide, bien pure, peut joindre le bon effet de l'exercice à celui du bain froid pourvu que cette action ne soit pas excessive, & qu'elle soit suivie des soins, des ménagemens que l'on doit avoir, après cette sorte de bain. Voyez BAIN FROID, oecon. anim. Voyez aussi la dissertation de M. Raymond médecin à Marseille, sur le bain aqueux simple, qui a remporté le prix de l'académie de Dijon en 1755.

On observera ici, en finissant, qu'il ne faut pas confondre la natation, qui est l'action de nager, avec une sorte de natation, qui dans le sens des anciens, étoit une maniere de se baigner dans un vase beaucoup plus grand que les baignoires ordinaires : c'est ce qui est désigné par les grecs sous le nom de , qui est aussi rendu en latin par le mot de natatio, selon qu'on le trouve dans les oeuvres de Galien, lib. II. de tem. cap. ij. où cette sorte de vase est encore appellée dexamene. Voyez Gorrh. pag. 101.


NATCHEZ(Géogr.) peuple de l'Amérique septentrionale dans la Louisiane, sur le bord oriental du Mississipi, & à environ 80 lieues de l'embouchure de ce fleuve.

Si l'on croit les relations, le gouvernement de ces peuples sauvages est despotique. Leur chef dispose des biens de tous ses sujets, & les fait travailler à sa fantaisie ; ils ne peuvent lui refuser leur tête ; il est comme le grand seigneur ; lorsque l'héritier présomptif vient à naître, on lui donne tous les enfans à la mammelle pour le servir pendant sa vie ; vous diriez que c'est le grand Sésostris. Ce chef est traité dans sa cabane avec les cérémonies qu'on feroit à un empereur du Japon ou de la Chine. Les préjugés de la superstition, dit l'auteur de l'esprit des lois, sont supérieurs à tous les autres préjugés, & ses raisons à toutes les autres raisons. Ainsi, quoique les peuples sauvages ne connoissent pas naturellement le despotisme, ce peuple-ci le connoît : ils adorent le soleil, & si leur chef n'avoit pas imaginé qu'il étoit le frere du soleil, ils n'auroient trouvé en lui qu'un misérable comme eux.

Lorsqu'un de ces sauvages meurt, ses parens viennent pleurer sa mort pendant un jour entier : ensuite on le couvre de ses plus beaux habits, c'est-à-dire, qu'on lui peint les cheveux & le visage, & qu'on l'orne de ses plumages ; après quoi on le porte dans la fosse qui lui est préparée, en mettant à ses côtés une chaudiere & quelques vivres. Ses parens vont, dès la pointe du jour, pleurer sur sa fosse, plus ou moins long-tems, suivant le degré de parenté. Leur deuil consiste à ne pas se peindre le corps, & à ne pas se trouver aux assemblées de réjouissance.

Le P. de Charlevoix qui vit leur temple du soleil en 1721, dit que c'étoit une espece de cabane longue, avec un toit couvert de feuilles de latanier. Au milieu de ce temple il y avoit sur le sol qui étoit de simple terre, trois buches disposées en triangle, & qui brûloient par les bouts qui se touchoient, ce qui remplissoit de fumée le temple, où il n'y avoit point de fenêtres.

En 1630, les François firent la guerre aux Natchez, en tuerent un grand nombre, & les disperserent tellement, qu'ils ne font plus un corps de nation. Ils raserent ensuite leurs villages & leur temple du soleil. (D.J.)


NATEL(Géog.) ville de Perse, située, selon Tavernier, à 77d. 40'. de long. sous les 36d. 7'. de latit.


NATEMBÈS(Géogr. anc.) peuple de la Libye intérieure ; il étoit, selon Pline, liv. IV. ch. vj. plus au nord que la montagne Usargala.


NATHINÉENSS. m. pl. (Théolog.) ce mot vient de l'hébreu nathan, qui signifie donner. Les Nathinéens ou Néthinéens étoient des serviteurs qui avoient été donnés & voués au service du tabernacle & du temple chez les Juifs pour les emplois les plus pénibles & les plus bas, comme de porter le bois & l'eau.

On donna d'abord les Gabaonites pour remplir ces fonctions, Josué ix. 27. Dans la suite, on assujettit aux mêmes charges ceux des Chananéens qui se rendirent, & auxquels on accorda la vie. On lit dans Esdras, c. viij. que les Nathinéens étoient des esclaves voués par David & par les princes pour le ministere du temple, & ailleurs, qu'ils étoient des esclaves donnés par Salomon. En effet, on voit dans les livres des rois, que ce prince avoit assujetti les restes des Chananéens, & les avoit contraints à diverses servitudes, & il y a toute apparence qu'il en donna un nombre aux prêtres & aux lévites, pour leur servir dans le temple. Les Nathinéens furent emmenés en captivité avec la tribu de Juda, & il y en avoit un grand nombre vers les portes caspiennes d'où Esdras en ramena quelques-uns au retour de la captivité ; ils demeurerent dans les villes qui leur furent assignées ; il y en eut aussi dans Jérusalem qui occuperent le quartier d'Ophel. Le nombre de ceux qui revinrent avec Esdras & Nehemie ne se montant à guere plus de 600, & ne suffisant pas pour remplir les charges qui leur étoient imposées, on institua dans la suite une fête nommée xilophorie, dans laquelle le peuple portoit en solemnité du bois au temple pour l'entretien du feu de l'autel des holocaustes. Voyez XILOPHORIE. Calmet, diction. de la bible.


NATIFadj. (Gram.) terme relatif au lieu où l'on a pris naissance. Il se dit de la personne : je suis natif de Langres, petite ville du Bassigny, dévastée en cette année (1760) par une maladie épidémique, qui dure depuis quatre mois, & qui m'a emporté trente parens. On distingue natif de né, en ce que natif suppose domicile fixe des parens, au lieu que né suppose seulement naissance. Celui qui naît dans un endroit par accident, est né dans cet endroit ; celui qui naît, parce que son pere & sa mere y ont leur séjour, en est natif. J. C. est natif de Nazareth, & né à Bethléem.

NATIF, (Hist. nat. Minéral.) dans l'histoire naturelle du regne minéral, on appelle natif un métal ou un demi-métal qui se trouve dans le sein de la terre sous la forme qui lui est propre, sans être minéralisé, c'est-à-dire, sans être combiné ni avec du souffre, ni avec de l'arsenic, du moins en assez grande quantité pour qu'on puisse le méconnoître. L'or se trouve toujours natif ; on rencontre aussi de l'argent, du cuivre, du fer, du mercure, du régule d'antimoine, du bismuth, de l'arsenic, natifs ; quant au plomb & à l'étain, on ne les a point encore trouvés natifs. On voit que natif est dans ce sens un synonyme de vierge, on dit de l'argent vierge ou de l'argent natif, &c. (-)


NATIOS. f. (Mythol.) déesse qui dans l'opinion vulgaire, présidoit à l'accouchement, à la naissance. Elle avoit un temple dans le territoire d'Ardée. Si cette Natio est déesse, dit un des interlocuteurs de Cicéron, la Pudeur, la Foi, l'Esprit, la Concorde, l'Espérance, & Moneta, seront aussi des déesses : or tout cela n'est pas probable. (D.J.)


NATIONS. f. (Hist. mod.) mot collectif dont on fait usage pour exprimer une quantité considérable de peuple, qui habite une certaine étendue de pays ; renfermée dans de certaines limites, & qui obéit au même gouvernement.

Chaque nation a son caractere particulier : c'est une espece de proverbe que de dire, leger comme un françois, jaloux comme un italien, grave comme un espagnol, méchant comme un anglois, fier comme un écossois, ivrogne comme un allemand, paresseux comme un irlandois, fourbe comme un grec, &c. Voyez CARACTERE.

Le mot de nation est aussi en usage dans quelques universités pour distinguer les supôts ou membres qui les composent, selon les divers pays d'où ils sont originaires. Voyez UNIVERSITE.

La faculté de Paris est composée de quatre nations ; savoir, celle de France, celle de Picardie, celle de Normandie, celle d'Allemagne : chacune de ces nations, excepté celle de Normandie, est encore divisée en tribus, & chaque tribu a son doyen, son censeur, son procureur, son questeur & ses appariteurs ou massiers.

La nation d'Allemagne comprend toutes les nations étrangeres, l'Angloise, l'Italienne, &c.

Les titres qu'elles prennent dans leurs assemblées, actes, affiches, &c. sont pour la nation de France, honoranda Gallorum natio, pour celle de Picardie, fidelissima Picardorum natio ; on désigne celle de Normandie par veneranda Normanorum natio ; & celle d'Allemagne, par constantissima Germanorum natio. Chacune a ses statuts particuliers pour regler les élections, les honoraires, les rangs, en un mot tout ce qui concerne la police de leur corps. Ils sont homologués en parlement, & ont force de loi.

Synode national. Voyez les articles SYNODE & CONCILE.


NATISO(Géog. anc.) fleuve des Vénetes, selon Pline, liv. III. ch. xviij. qui dit qu'il passoit auprès d'Aquileia Colonia. Léander le nomme Natisone ; il prend sa source dans les Alpes, & finit par se rendre dans la Lisonze au dessous de Gradisca. Il est vrai que les anciens nous font entendre que le Natiso se jettoit dans la mer ; mais alors ils donnoient le nom de Natiso à la Lisonze, avec laquelle il se joint. (D.J.)


NATIVITÉ(Théol.) nativitas, natalis dies, natalitium, expressions qui sont principalement d'usage en style de calendrier ecclésiastique, & quand on parle des saints, comme la nativité de la sainte Vierge, la nativité de saint Jean-Baptiste, &c quand on dit simplement la nativité, on entend le jour de la naissance de Notre Seigneur, ou la fête de Noel. Voyez FETE & NOEL.

On croit communément que c'est le pape Thelesphore qui a ordonné que la fête de la nativité se célebreroit le 25 Décembre. Jean, archevêque de Nice, dans une lettre sur la nativité de J. C. rapporte qu'à la priere de S. Cyrille de Jerusalem le pape Jules I. fit faire des recherches très-exactes sur le jour de la nativité de N. S. & qu'ayant trouvé qu'elle étoit arrivée le 25 de Décembre, on commença dèslors à célebrer cette fête ce jour-là. Voyez INCARNATION.

Les mots natalis dies, natalitium, étoient autrefois usités parmi les Romains pour signifier la fête que l'on célebroit le jour de l'anniversaire de la naissance d'un empereur ; depuis ce tems on les a étendus peu-à-peu à signifier toutes sortes de fêtes ; c'est pourquoi l'on trouve dans les fastes des anciens, natalis solis pour la fête du soleil. Voyez FETE.

Quelques auteurs pensent que les premiers chrétiens trouvant ces expressions consacrées par l'usage pour signifier une fête, les employerent aussi dans le même sens ; & que c'est pour cela qu'on trouve dans les anciens martyrologes, natalis calicis, pour dire le jeudi-saint, ou la fête de l'institution de l'eucharistie ; natalis cathedrae, pour la fête de la chaire de S. Pierre ; natalis ou natalitium ecclesiae N, pour la fête de la dédicace de telle ou telle église. Mais outre qu'on n'a pas des preuves bien certaines de cette opinion, il est probable que comme la naissance, natalitium, se prend communément pour le commencement de la vie de l'homme, les chrétiens employerent le même terme par analogie pour exprimer l'anniversaire du commencement ou de l'institution de telle ou telle céremonie religieuse.

NATIVITE DE LA SAINTE VIERGE, fête que l'église romaine célebre tous les ans en l'honneur de la naissance de la vierge Marie, mere du Sauveur, le 8 Septembre. Cette fête n'est pas à beaucoup près si ancienne que celle de la nativité de J. C. & de S. Jean. Le pape Sergius I. qui fut élevé sur le saint siege en 687, est le premier qui ait mis la nativité au nombre des fêtes de la sainte Vierge ; car le natalitium de la bien-heureuse Vierge Marie, que l'on célebroit auparavant en hiver, étoit la fête de son assomption. On trouve depuis la fête de la vierge Marie, au 7 de Septembre, dans les martyrologes, & dans le sacrementaire de saint Grégoire. Elle n'a été établie en France que sous le regne de Louis le Debonnaire ; & elle a été depuis insérée dans les martyrologes de Florus, d'Adon & d'Usuard. Gauthier, évêque d'Orléans, l'introduisit dans son diocese, & Paschase Ratbert en parle dans son livre de la virginité de Marie. Ainsi, ceux qui disent qu'elle n'a été établie que dans le neuvieme siecle, se sont trompés. Cependant cette fête n'a été chomée en France & en Allemagne que dans le x. siecle. Mais saint Fulbert l'établit à Chartres dès le ix. Les Grecs & les Orientaux n'ont commencé à la célebrer que dans le xij. siecle ; mais ils le font avec beaucoup de solemnité. Baillet, vie des Saints.

NATIVITE DE S. JEAN BAPTISTE, fête que l'église romaine célebre tous les ans en mémoire de la naissance de S. Jean, fils de Zacharie & de sainte Elisabeth, & précurseur de Jesus-Christ, le 24 de Juin, avec office solemnel & octave. Voyez OCTAVE.

L'institution de cette fête est très-ancienne dans l'église. Elle étoit déja établie au 24 de Juin du tems de S. Augustin, qui a fait sept sermons pour cette solemnité. Le concile d'Agde, tenu en 506, la met au rang des fêtes les plus célebres. Il a été un tems qu'on y célebroit trois messes, comme on fait encore à Noël. On a aussi autrefois célebré la fête de la conception de saint Jean-Baptiste au 24 de Septembre.

C'est la coutume en France, la veille de cette fête, dans toutes les paroisses, que le clergé aille processionnellement allumer un feu en signe de réjouissance ; on dit même que les Musulmans ont la mémoire de S. Jean en telle vénération, qu'ils la célebrent aussi par diverses marques de joie.

NATIVITE, nativitas, chez les anciens Jurisconsultes signifie quelquefois villenage, c'est-à-dire esclavage ou servitude. Voyez VILLENAGE. (G)

NATIVITE en Astrologie, c'est le thème ou la figure des cieux, & principalement des douze maisons célestes au moment de la naissance de quelqu'un. On l'appelle autrement horoscope. Voyez HOROSCOPE.

Tirer l'horoscope de quelqu'un, c'est-à-dire, chercher par le calcul le tems qu'il avoit à vivre, étoit autrefois en Angleterre un crime qu'on punissoit du même supplice que le crime de félonie, comme il paroît par les statuts de la 25 année de la reine Elisabeth, ch. ij.


NATOLIou ANATOLIE, (Géog. anc.) on l'appelloit anciennement l'Asie-mineure, grande presqu'île qui s'avance entre la mer Méditerranée & la mer noire, jusqu'à l'Archipel & la mer de Marmara. Les Turcs l'appellent Anatol-Vilaïcte. On la divisoit autrefois en plusieurs royaumes ou provinces ; on mettoit la Cappadoce, la Galatie, la Lycaonie & la Pisidie vers le milieu : la Bithynie, la Paphlagonie & le royaume de Pont vers la mer noire ; l'Arménie-mineure à l'occident de l'Euphrate ; la Cilicie, la Pamphylie, la Carbalie, l'Isaurie & la Lycie, vers la mer Méditerranée ; la Carie, la Doride, la Lydie, l'Ionie, l'Aeolide, la grande & petite Phrygie, la grande & petite Mysie & la Troade sur l'Archipel. Tous ces royaumes & provinces se divisoient encore en plusieurs autres ; aujourd'hui c'est la Natolie, divisée en quatre principales parties, dont la plus occidentale & la plus grande est encore appellée du même nom, voyez NATOLIE PROPRE. Les trois autres sont la Caramanie, l'Amasie & l'Aladulie.

Ses principales rivieres sont Zagarie & Casalmach, qui se jettent dans la mer Noire ; Kara ou la riviere Noire, qui se décharge dans l'Euphrate ; Satalie qui a son embouchure dans la mer Méditerranée ; Madre & Sarabat qui se rend dans l'Archipel. (D.J.)


NATOLIE PROPRE(Géog.) contrée de la Turquie en Asie. Elle occupe presque la moitié de la presqu'île, s'étendant depuis la riviere de Casalmach sur la mer Noire, sur la mer Marmara, sur l'Archipel & sur la Méditerranée, jusqu'à la côte qui est entre l'île de Rhodes & le Xante. La ville de Chiutaye, située sur le fleuve Ayala, est la capitale de cette province, & le siége d'un béglierbey. On compte dans son gouvernement 336 ziamets, & 1136 timars. (D.J.)


NATRUMNATRON ou NATÈR, s. m. (Hist. nat. Minéralog.) c'est un sel alkali fixe, tout formé par la nature, qui se trouve ou dans le sein de la terre, ou qui se montre à sa surface ; c'est sur-tout en Egypte, en Syrie, dans l'Assyrie, dans l'Asie-mineure & dans les Indes orientales, que l'on rencontre le natrum. Les voyageurs nous apprennent qu'en Egypte sur-tout, il s'en trouve un amas immense dans un endroit que l'on appelle la mer séche, l'on en tire tous les ans une quantité prodigieuse qui se débite dans tout le levant ; on s'en sert pour faire du savon, & pour blanchir le linge. C'est un sel de cette espece que l'on trouve encore abondamment aux environs de Smyrne, où on l'emploie à faire du savon. Voyez SMYRNE terre de.

Le natrum tel qu'il se trouve dans la terre, est ordinairement d'un blanc rougeâtre & en masses informes ; il est mêlé de particules terreuses & d'une portion plus ou moins grande de vrai sel marin. Quelquefois on le trouve sous la forme d'une poudre blanche, qui se montre à la surface de la terre ; quelquefois il forme une espece de croûte feuilletée & friable. Ce sel est légerement caustique sur la langue, il fait effervescence avec tous les acides, comme les sels alkalis tirés des végétaux ; il fait du savon avec les huiles, & mêlé avec du sable, il entre en fusion & fait du verre, d'où l'on voit que ce sel a tous les caracteres des sels alkalis fixes, tirés des cendres des végétaux. Cependant il en differe à d'autres égards ; quand il a été purifié par la dissolution, l'évaporation & la crystallisation, il forme des crystaux en paralélépipédes quadrangulaires oblongs, applatis par les extrêmités ; cette figure peut venir du sel marin avec qui il est très-communément mêlé. Un autre phénomene singulier du natrum, c'est que lorsqu'il est sous une forme seche & concrete, il fait une effervescence très-forte avec tous les acides, au lieu qu'il n'en fait aucune même avec les acides les plus concentrés, lorsqu'il a été mis parfaitement en dissolution dans l'eau, & lorsque la dissolution est devenue claire.

Quelques auteurs disent, que le natrum contient une portion d'alkali volatil, cela peut venir des végétaux pourris dont quelques particules se joignent à lui accidentellement, mais l'alkali volatil ne doit point être regardé comme faisant une des parties constituantes de ce sel.

M. Rouelle ayant reçu des échantillons du natrum d'Egypte, a eu occasion d'en faire l'examen. Il a trouvé qu'il y en a de deux especes, l'un est le plus parfait & le plus pur, c'est un alkali fixe que ce savant chimiste regarde comme précisément de la même nature que le sel de soude, qui lui-même est l'alkali qui sert de base au sel marin, voyez SOUDE. Le natrum de la seconde espece est mêlé de sel marin & de sel de Glauber ; & par conséquent est un alkali fixe impur. Suivant Hérodote, les anciens Egyptiens se servoient de natrum dans leurs embaumemens, ils y laissoient séjourner les corps morts pendant long-tems, afin de les dessécher avant que de les embaumer. Voyez les mémoires de l'académie des Sciences année 1750.

Le natrum ou sel alkali minéral dont nous parlons, differe des autres sels alkalis fixes, tirés des cendres des végétaux, par les mêmes côtés que la soude ; combiné avec l'acide vitriolique il fait du vrai sel de Glauber ; il se dissout plus facilement dans l'eau que les autres alkalis fixes ; il n'attire point l'humidité de l'air comme eux, & il est beaucoup moins caustique. Voyez SOUDE.

Il paroît indubitable que le natrum qui vient d'être décrit, est le sel que Dioscoride, Pline & les anciens connoissoient sous le nom de nitrum. La description qu'ils en donnent ne convient nullement au sel que nous appellons nitre aujourd'hui, & ses propriétés annoncent un vrai alkali fixe. L'Ecriture-Sainte sert à prouver cette vérité ; Salomon compare la gaieté d'un homme triste à l'action du nitre avec le vinaigre : & Jérémie dit, que quand le pécheur se laveroit avec du nitre, il ne seroit point purifié de ses souillures. On voit que ces effets ne peuvent s'appliquer qu'à un sel alkali fixe, & non à un sel neutre, connu des modernes sous le nom de nitre. Voyez NITRE.

Ce qui vient d'être dit dans cet article suffit pour faire connoître la nature du natrum, & pour faire sentir le peu de fondement de ce que des voyageurs peu instruits nous ont rapporté de sa formation. Quelques-uns ont voulu nous persuader que ce sel étoit produit par une rosée qui causoit une espece de fermentation & de gonflement dans la terre & qui en faisoit sortir le natrum ; on sentira aussi l'erreur dans laquelle sont tombés plusieurs Naturalistes modernes, qui ont pris pour du natrum du vrai sel marin ou sel gemme, & d'autres sels qu'ils ont trouvé dans quelques fontaines & dans quelques terreins. La description qui vient d'être donnée suffira pour faire reconnoître le vrai natrum partout où on en pourra trouver.

Quant à la formation de ce sel, on pourroit conjecturer avec assez de vraisemblance, qu'il doit son origine au sel marin dont le terrein de l'Egypte est sur-tout rempli, la chaleur du climat a pû dégager une portion de l'acide de ce sel ; ensorte qu'il ne reste plus que sa base alkaline, qui est encore mêlée d'une partie de sel marin qui n'a point été décomposée. (-)


NATTAterme de Chirurgie, excroissance charnue ou grosse tumeur, qui vient en différentes parties du corps ; on dit aussi nasa, nasda & napta.

Blancard la définit, une grosse tumeur mollasse, sans douleur & sans couleur, qui vient le plus ordinairement au dos, & quelquefois aux épaules & en plusieurs autres parties. La racine du natta est fort petite, cependant il augmente quelquefois si prodigieusement qu'il égale la grosseur d'un melon ou d'une gourde, il se forme souvent des nattes au col qui ressemblent à des taupes. Voyez TAUPES. Cette tumeur est de l'espece des enkistées.

Bartholin dit qu'une dame se fit mordre un natta qui commençoit, & qu'elle en fut guérie par ce moyen. Voyez LOUPE.


NATTES. f. (Ouvrage de Nattier) espece de tissu fait de paille, de jonc, de roseau ou de quelques autres plantes, écorces, ou semblables productions faciles à se plier & à s'entrelacer.

Les nattes de paille sont composées de divers cordons, de diverses branches, ordinairement de trois. On met aux branches depuis quatre brins jusqu'à douze, & plus suivant l'épaisseur qu'on veut donner à la natte ou l'usage auquel elle est destinée.

Chaque cordon se natte, ou comme on dit en terme de nattiers, se trace séparément & se travaille au clou. On appelle travailler au clou, attacher la tête de chaque cordon à un clou à crochet, enfoncé dans la barre d'en-haut d'un fort treteau de bois qui est le principal instrument dont se servent ces ouvriers. Il y a trois clous à chaque treteau pour occuper autant de compagnons, qui à mesure qu'ils avancent la trace, remontent leur cordon sur le clou, & jettent par-dessus le treteau la partie qui est nattée ; lorsqu'un cordon est fini, on le met sécher à la gaule avant de l'ourdir à la tringle.

Pour joindre ces cordons & en faire une natte, on les coud l'un à l'autre avec une grosse aiguille de fer longue de dix à douze pouces. La ficelle dont on se sert est menue, & pour la distinguer des autres ficelles que font & vendent les cordiers, se nomme ficelle à natte.

Deux grosses tringles longues à volonté & qu'on éloigne plus ou moins, suivant l'ouvrage, servent à cette couture, qui se fait en attachant alternativement le cordon au clou à crochet, dont ces tringles sont comme hérissées d'un côté, à un pouce ou dixhuit lignes de distance. On appelle cette façon, ourdir ou bâtir à la tringle.

La paille dont on fait ces sortes de nattes, doit être longue & fraîche ; on la mouille, & ensuite on la bat sur une pierre avec un pesant maillet de bois à long manche, pour l'écraser & l'applatir.

La natte de paille se vend au pié ou à la toise quarrée plus ou moins, suivant la récolte des blés. Elle sert à couvrir les murailles & les planchers des maisons ; on en fait aussi des chaises & des paillassons, &c.

Les nattes de palmiers servent à faire les grands & les petits cabats, dans lesquels s'emballent plusieurs sortes de marchandises.

NATTE, TRACER LA, terme de Nattier en paille, c'est en faire les cordons au clou, c'est-à-dire passer alternativement les unes sur les autres les trois branches de pailles dont le cordon est composé.


NATTERNATTER


NATTESen Anatomie, est un terme dont on se sert pour exprimer deux protuberances circulaires de la substance du cerveau, qui sont situées derriere la moëlle allongée proche le cervelet. Voyez CERVEAU & MOELLE. (L)


NATTIERS. m. (Corps d'artisans) ouvrier qui fait des nattes. Le peu d'outils & d'instrumens qui suffisent aux Nattiers en paille, sont la pierre & le maillet pour battre leur paille après qu'elle a été mouillée, afin de la rendre plus pliante & moins cassante ; le treteau avec ses clous pour tracer la natte, c'est-à-dire pour en faire les cordons ; les tringles aussi avec leurs clous pour bâtir & ourdir les cordons, & l'aiguille pour les coudre & les joindre.


NATURALISATIONS. f. (Jurisprudence) est l'acte par lequel un étranger est naturalisé, c'est-à-dire qu'au moyen de cet acte, il est réputé & considéré de même que s'il étoit naturel du pays, & qu'il jouit de tous les mêmes privileges ; ce droit s'acquiert par des lettres de naturalité. Voyez ci-après NATURALITE.

NATURALISATION, (Hist. d'Anglet.) acte du parlement qui donne à un étranger, après un certain séjour en Angleterre, les privileges & les droits des naturels du pays.

Comme cet acte coûte une somme considérable que plusieurs étrangers ne seroient pas en état de payer, on agite depuis long-tems dans la Grande-Bretagne la question importante, s'il seroit avantageux ou desavantageux à la nation, de passer un acte en parlement qui naturalisât généralement tous les étrangers, c'est-à-dire qui exemptât des formalités & de la dépense d'un bil particulier, ou de lettres-patentes de naturalisation, tout étranger qui viendroit s'établir dans le pays, & les protestans par préférence.

Les personnes qui sont pour la négative craignent que cette naturalisation générale n'attirât d'un côté en Angleterre un grand nombre d'étrangers, qui par leur commerce ou leur industrie, ôteroient les moyens de subsister aux propres citoyens, & de l'autre côté quantité de pauvres familles qui seroient à charge à l'état, au-lieu de lui être utiles.

Les personnes qui tiennent pour l'affirmative (& ce sont les gens les plus éclairés de la nation) répondent, 1°. que de nouveaux sujets industrieux acquis à l'Angleterre, loin de lui être à charge, augmenteroient ses richesses, en lui apportant de nouvelles connoissances, de manufacture ou de commerce, & en ajoûtant leur industrie à celle de la nation. 2°. Qu'il est vraisemblable que parmi les étrangers ceux-là principalement viendroient profiter du bienfait de la loi, qui auroient déjà dans leur fortune ou dans leur industrie des moyens de subsister. 3°. Que quand même dix ou vingt mille autres étrangers pauvres, qu'on naturaliseroit, ne retireroient de leur travail que la dépense de leur consommation sans aucun profit, l'état en seroit toujours plus fort de douze ou vingt mille hommes. 4°. Que le produit des taxes sur la consommation en augmenteroit, en diminution des autres charges de l'état, qui n'augmenteroient aucunement par ces nouveaux habitans. 5°. Que l'Angleterre peut aisément nourrir une moitié en sus de sa population actuelle, si l'on en juge par ses exportations de blé, & l'étendue de ses terres incultes ; que ce royaume est un des plus propres de l'Europe à une grande population par sa fertilité, & par la facilité des communications entre ses différentes provinces, au moyen des trajets de terre ou de mer assez courts qui les produisent. 6°. Que les avantages immenses de la population justifient la nécessité d'inviter les étrangers à venir l'augmenter.

Enfin, on cite aux Anglois jaloux, ou trop réservés sur la naturalisation des étrangers, ce beau passage de Tacite, liv. XII. de ses Annales : " Nous repentons-nous d'avoir été chercher les familles des Balbes en Espagne, & d'autres non moins illustres dans la Gaule narbonnoise ? leur postérité fleurit encore parmi nous, & ne nous cede en rien dans leur amour pour la patrie. Qu'est-ce qui a causé la ruine de Sparte & d'Athènes qui étoient si florissantes, que d'avoir fermé l'entrée de leur république aux peuples qu'ils avoient vaincus ? Romulus notre fondateur fut bien plus sage, de faire de ses ennemis autant de citoyens dans un même jour ". Le chancelier Bacon ajoûteroit : " On ne doit pas tant exiger de nous, mais on peut nous dire : naturalisez vos amis, puisque les avantages en sont palpables ". (D.J.)


NATURALISTES. m. se dit d'une personne qui a étudié la nature, & qui est versée dans la connoissance des choses naturelles, particulierement de ce qui concerne les métaux, les minéraux, les pierres, les végétaux, & les animaux. Voyez ANIMAL, PLANTE, MINERAL, &c.

Aristote, Elien, Pline, Solin, & Théophraste, ont été les plus grands naturalistes de l'antiquité ; mais ils sont tombés dans beaucoup d'erreurs, que l'heureuse industrie des modernes a rectifiées. Aldrovandus est le plus ample & le plus complet des naturalistes modernes ; son ouvrage est en 13 volumes in-fol.

On donne encore le nom de naturalistes à ceux qui n'admettent point de Dieu, mais qui croyent qu'il n'y a qu'une substance matérielle, revêtue de diverses qualités qui lui sont aussi essentielles que la longueur, la largeur, la profondeur, & en conséquence desquelles tout s'exécute nécessairement dans la nature comme nous le voyons ; naturaliste en ce sens est synonyme à athée, spinosiste, matérialiste, &c.


NATURALITÉS. f. (Jurisprudence) est l'état de celui qui est naturel d'un pays ; les droits de naturalité ou de regnicolat sont la même chose. Les lettres de naturalité sont des lettres de chancellerie, par lesquelles le prince déclare que quelqu'un sera réputé naturel du pays, & jouira des mêmes avantages que ses sujets naturels.

Ceux qui ne sont pas naturels d'un pays, ou qui n'y ont pas été naturalisés, y sont étrangers ou aubains, quasi alibi nati.

La distinction des naturels du pays d'avec les étrangers, & l'usage de naturaliser ces derniers, ont été connus dans les anciennes républiques.

A Athènes, suivant la premiere institution, un étranger ne pouvoit être fait citoyen que par les suffrages de six mille personnes, & pour de grands & signalés services.

Ceux de Corinthe, après les grandes conquêtes d'Alexandre, lui envoyerent offrir le titre de citoyen de Corinthe qu'il méprisa d'abord ; mais les ambassadeurs lui ayant remontré qu'ils n'avoient jamais accordé cet honneur qu'à lui & à Hercule, il l'accepta.

On distinguoit aussi à Rome les citoyens ou ceux qui en avoient la qualité de ceux qui ne l'avoient pas.

Les vrais & parfaits citoyens, qui optimâ lege cives à Romanis dicebantur, étoient les Ingemes, habitans de Rome & du territoire circonvoisin ; ceux-ci participoient à tous les privileges indistinctement.

Il y avoit des citoyens de droit seulement, c'étoient ceux qui demeuroient hors le territoire particulier de la ville de Rome, & qui avoient néanmoins le nom & les droits des citoyens romains, soit que ce privilege leur eût été accordé à eux personnellement, ou qu'ils demeurassent dans une colonie ou ville municipale qui eût ce privilege : ces citoyens de droit ne jouïssoient pas de certains privileges qui n'étoient propres qu'aux vrais & parfaits citoyens.

Il y avoit enfin des citoyens honoraires, c'étoient ceux des villes libres qui restoient volontairement adjointes à l'état de Rome quant à la souveraineté, mais non quant aux droits de cité, ayant voulu avoir leur cité, leurs lois, & leurs officiers à part ; les privileges de ceux-ci avoient encore moins d'étendue que ceux des citoyens de droit.

Ceux qui n'étoient point citoyens de fait ni de droit, ni même honoraires, étoient appellés étrangers, ils avoient un juge particulier pour eux appellé praetor peregrinus.

En France, tous ceux qui sont nés dans le royaume & sujets du roi sont naturels François ou régnicoles ; ceux qui sont nés hors le royaume, sujets d'un prince étranger, & chez une nation à laquelle le roi n'a point accordé le privilege de jouir en France, des mêmes privileges que les régnicoles, sont réputés aubains ou étrangers, quoiqu'ils demeurent dans le royaume, & ne peuvent effacer ce vice de pérégrinité qu'en obtenant des lettres de naturalité.

Anciennement ces lettres se nommoient lettres de bourgeoisie, comme s'il suffisoit d'être bourgeois d'une ville pour être réputé comme les naturels du pays. Il y a au trésor des chartes un grand nombre de ces lettres de bourgeoisie, qui ne sont autre chose que des lettres de naturalité accordées à des étrangers ; du tems de Charles VI. on se faisoit encore recevoir bourgeois du roi pour participer aux privileges des regnicoles.

Dans la suite ces lettres ont été appellées lettres de naturalité.

Il n'appartient qu'au roi seul de naturaliser les étrangers, aucun seigneur, juge, ni cour souveraine n'a ce droit.

Néanmoins la naturalisation se fait sans lettres pour les habitans de Tournay, suivant les lettres-patentes de François I. & Henri II. de 1521 & 1552, une simple déclaration de naturalité suffit, elle s'accorde quelquefois par les juges royaux. Voyez l'Inst. au Droit belgique, pag. 34.

Il y a des lettres de naturalité accordées à des nations entieres qui sont alliées de la France, de maniere que ceux de ces pays qui viennent s'établir en France y jouissent de tous les privileges des régnicoles sans avoir besoin d'obtenir des lettres particulieres pour eux.

Les lettres de naturalité s'accordent en la grande chancellerie, elles doivent être registrées en la chambre du domaine & en la chambre des comptes. Voyez Bacquet, du droit d'aubaine, & AUBAIN, ÉTRANGER, LETTRES DE NATURALITE, NATURALISATION. (A)


NATURES. f. (Philos.) est un terme dont on fait différens usages. Il y a dans Aristote un chapitre entier sur les différens sens que les Grecs donnoient au mot ; nature ; & parmi les Latins, ses différens sens sont en si grand nombre, qu'un auteur en compte jusqu'à 14 ou 15. M. Boyle, dans un traité exprès qu'il a fait sur les sens vulgairement attribués au mot nature, en compte huit principaux.

Nature signifie quelquefois le système du monde, la machine de l'univers, ou l'assemblage de toutes les choses créées. Voyez SYSTEME.

C'est dans ce sens que nous disons l'auteur de la nature, que nous appellons le soleil l'oeil de la nature, à cause qu'il éclaire l'univers, & le pere de la nature, parce qu'il rend la terre fertile en l'échauffant : de même nous disons du phénix ou de la chimere, qu'il n'y en a point dans la nature.

M. Boyle veut qu'au lieu d'employer le mot de nature en ce sens, on se serve, pour éviter l'ambiguité ou l'abus qu'on peut faire de ce terme, du mot de monde ou d'univers.

Nature s'applique dans un sens moins étendu à chacune des différentes choses créées ou non créées, spirituelles & corporelles. Voyez ETRE.

C'est dans ce sens que nous disons la nature humaine, entendant par-là généralement tous les hommes qui ont une ame spirituelle & raisonnable. Nous disons aussi nature des anges, nature divine. C'est dans ce même sens que les Théologiens disent natura naturans, & natura naturata ; ils appellent Dieu natura naturans, comme ayant donné l'être & la nature à toutes choses, pour le distinguer des créatures, qu'ils appellent natura naturata, parce qu'elles ont reçu leur nature des mains d'un autre.

Nature, dans un sens encore plus limité, se dit de l'essence d'une chose, ou de ce que les philosophes de l'école appellent sa quiddité, c'est-à-dire l'attribut qui fait qu'une chose est telle ou telle. Voyez ESSENCE.

C'est dans ce sens que les Cartésiens disent que la nature de l'ame est de penser, & que la nature de la matiere consiste dans l'étendue. Voyez AME, MATIERE, ETENDUE. M. Boyle veut qu'on se serve du mot essence au lieu de nature. Voyez ESSENCE.

Nature est plus particulierement en usage pour signifier l'ordre & le cours naturel des choses, la suite des causes secondes, ou les lois du mouvement que Dieu a établies. Voyez CAUSES & MOUVEMENT.

C'est dans ce sens qu'on dit que les Physiciens étudient la nature.

Saint Thomas définit la nature une sorte d'art divin communiqué aux êtres créés, pour les porter à la fin à laquelle ils sont destinés. La nature prise dans ce sens n'est autre chose que l'enchaînement des causes & des effets, ou l'ordre que Dieu a établi dans toutes les parties du monde créé.

C'est aussi dans ce sens qu'on dit que les miracles sont au-dessus du pouvoir de la nature ; que l'art force ou surpasse la nature par le moyen des machines, lorsqu'il produit par ce moyen des effets qui surpassent ceux que nous voyons dans le cours ordinaire des choses. Voyez ART, MIRACLE.

Nature se dit aussi de la réunion des puissances ou facultés d'un corps, sur-tout d'un corps vivant.

C'est dans ce sens que les Medecins disent que la nature est forte, foible ou usée, ou que dans certaines maladies la nature abandonnée à elle-même en opere la guérison.

Nature se prend encore en un sens moins étendu, pour signifier l'action de la providence, le principe de toutes choses, c'est-à-dire cette puissance ou être spirituel qui agit & opere sur tous les corps pour leur donner certaines propriétés ou y produire certains effets. Voyez PROVIDENCE.

La nature prise dans ce sens, qui est celui que M. Boyle adopte par préférence, n'est autre chose que Dieu même, agissant suivant certaines lois qu'il a établies. Voyez DIEU.

Ce qui paroît s'accorder assez avec l'opinion où étoient plusieurs anciens, que la nature étoit le dieu de l'univers, le qui présidoit à tout & gouvernoit tout, quoique d'autres regardassent cet être prétendu comme imaginaire, n'entendant autre chose par le mot de nature que les qualités ou vertus que Dieu a données à ses créatures, & que les Poëtes & les Orateurs personnifient.

Le P. Malebranche prétend que tout ce qu'on dit dans les écoles sur la nature, est capable de nous conduire à l'idolâtrie, attendu que par ces mots les anciens payens entendoient quelque chose qui sans être Dieu agissoit continuellement dans l'univers. Ainsi l'idole nature devoit être selon eux un principe actuel qui étoit en concurrence avec Dieu, la cause seconde & immédiate de tous les changemens qui arrivent à la matiere. Ce qui paroît rentrer dans le sentiment de ceux qui admettoient l'anima mundi, regardant la nature comme un substitut de la divinité, une cause collatérale, une espece d'être moyen entre Dieu & les créatures.

Aristote définit la nature, principium & causa motus & ejus in quo est primo per se & non per accidens ; définition si obscure, que malgré toutes les gloses de ses commentateurs, aucun d'eux n'a pu parvenir à la rendre intelligible.

Ce principe, que les Péripatéticiens appelloient nature, agissoit, selon eux, nécessairement, & étoit par conséquent destitué de connoissance ou de liberté. Voyez FATALITE.

Les Stoïciens concevoient aussi la nature comme un certain esprit ou vertu répandue dans l'univers, qui donnoit à chaque chose son mouvement ; desorte que tout étoit forcé par l'ordre invariable d'une nature aveugle & par une nécessité inévitable.

Quand on parle de l'action de la nature, on n'entend plus autre chose que l'action des corps les uns sur les autres, conforme aux lois du mouvement établies par le Créateur.

C'est en cela que consiste tout le sens de ce mot, qui n'est qu'une façon abrégée d'exprimer l'action des corps, & qu'on exprimeroit peut-être mieux par le mot de méchanisme des corps.

Il y en a, selon l'observation de M. Boyle, qui n'entendent par le mot de nature que la loi que chaque chose a reçue du Créateur, & suivant laquelle elle agit dans toutes les occasions ; mais ce sens attaché au mot nature, est impropre & figuré.

Le même auteur propose une définition du mot de nature plus juste & plus exacte, selon lui, que toutes les autres, & en vertu de laquelle on peut entendre facilement tous les axiomes & expressions qui ont rapport à ce mot. Pour cela il distingue entre nature particuliere & nature générale.

Il définit la nature générale l'assemblage des corps qui constituent l'état présent du monde, considéré comme un principe par la vertu duquel ils agissent & reçoivent l'action selon les lois du mouvement établies par l'auteur de toutes choses.

La nature particuliere d'un être subordonné ou individuel, n'est que la nature générale appliquée à quelque portion distincte de l'univers : c'est un assemblage des propriétés méchaniques (comme grandeur, figure, ordre, situation & mouvement local) convenables & suffisantes pour constituer l'espece & la dénomination d'une chose ou d'un corps particulier, le concours de tous les êtres étant consideré comme le principe du mouvement, du repos, &c.

NATURE, lois de la, sont des axiomes ou regles générales de mouvement & de repos qu'observent les corps naturels dans l'action qu'ils exercent les uns sur les autres, & dans tous les changemens qui arrivent à leur état naturel.

Quoique les lois de la nature soient proprement les mêmes que celles du mouvement, on y a cependant mis quelques différences. En effet, on trouve des auteurs qui donnent le nom de lois du mouvement aux lois particulieres du mouvement, & qui appellent lois de la nature les lois plus générales & plus étendues, qui sont comme les axiomes d'où les autres sont déduites.

De ces dernieres lois M. Newton en établit trois.

1°. Chaque corps persevere de lui-même dans son état de repos ou de mouvement rectiligne uniforme, à moins qu'il ne soit forcé de le changer par l'action de quelque cause étrangere.

Ainsi les projectiles perséverent dans leur mouvement jusqu'à ce qu'il soit éteint par la résistance de l'air & par la gravité ; de même une toupie dont les parties sont continuellement détournées de leur mouvement rectiligne par leur adhérence mutuelle, ne cesse de tourner autour d'elle-même qu'à cause de la résistance de l'air & du frottement du plan sur lequel elle se meut. De même encore les masses énormes des planetes & des cometes qui se meuvent dans un milieu non resistant, conservent long-tems leur mouvement sans altération. Voyez FORCE D'INERTIE, RESISTANCE & MILIEU.

2°. Le changement qui arrive dans le mouvement est toujours proportionnel à la force qui le produit, & se fait dans la direction suivant laquelle cette force agit.

Si une certaine force produit un certain mouvement, une force double produira un mouvement double, une force triple un mouvement triple, soit que ce mouvement soit imprimé tout à-la-fois, ou successivement & par degrés ; & comme la direction de ce mouvement doit toujours être celle de la force motrice, il s'ensuit que si avant l'action de cette force le corps avoit un mouvement, il faut y ajouter le nouveau mouvement s'il le fait du même côté, ou l'en retrancher s'il le fait vers le côté opposé, ou l'y ajouter obliquement s'il lui est oblique, & chercher le mouvement composé de ces deux mouvemens, eu égard à la direction de chacun. Voyez COMPOSITION DU MOUVEMENT.

3°. La réaction est toujours contraire & égale à l'action, c'est-à-dire que les actions de deux corps l'un sur l'autre sont mutuellement égales & de directions contraires.

Tout corps qui en presse ou en tire un autre, en est réciproquement pressé ou tiré. Si je presse une pierre avec mon doigt, mon doigt est également pressé par la pierre. Si un cheval tire un poids par le moyen d'une corde, le cheval est aussi tiré vers le poids ; car la corde étant également tendue partout, & faisant un effort égal des deux côtés pour se relâcher, tire également le cheval vers la pierre, & la pierre vers le cheval, & empêchera l'un d'avancer, autant qu'elle fait avancer l'autre.

De même si un corps qui en choque un autre en change le mouvement, il doit recevoir par le moyen de l'autre corps un changement égal dans son mouvement, à cause de l'égalité de pression.

Dans toutes ces actions des corps les changemens sont égaux de part & d'autre, non pas dans la vîtesse, mais dans le mouvement, tant que les corps sont supposés libres de tout empêchement. A l'égard des changemens dans la vîtesse, ils doivent être en raison inverse des masses, lorsque les changemens dans les mouvemens sont égaux. Voyez ACTION & REACTION.

Cette même loi a aussi lieu dans les attractions. Voyez ATTRACTION. Chambers. (O)

NATURE DE BALEINE, voyez BLANC DE BALEINE.

NATURE, (Mythol.) chez les Poëtes la nature est tantôt mere, tantôt fille, & tantôt compagne de Jupiter. La nature étoit désignée par les symboles de la Diane d'Ephese.

NATURE, la, (Poësie) La nature en Poësie est, 1°. tout ce qui est actuellement existant dans l'univers ; 2°. c'est tout ce qui a existé avant nous, & que nous pouvons connoître par l'histoire des tems, des lieux & des hommes ; 3°. c'est tout ce qui peut exister, mais qui peut-être n'a jamais existé ni n'existera jamais. Nous comprenons dans l'Histoire la fable & toutes les inventions poëtiques, auxquelles on accorde une existence de supposition qui vaut pour les Arts autant que la réalité historique. Ainsi il y a trois mondes où le génie poëtique peut aller choisir & prendre ce qui lui convient pour former ses compositions : le monde réel, le monde historique, qui comprend le fabuleux, & le monde possible ; & ces trois mondes sont ce qu'on appelle la nature. (D.J.)

NATURE, (Critique sacrée) Les mots de nature & naturellement se trouvent souvent employés dans l'Ecriture, ainsi que dans les auteurs grecs & latins, par opposition à la voie de l'instruction, qui nous fait connoître certaines choses. C'est ainsi que saint Paul parlant d'une coutume établie de son tems, dit : " La nature elle-même ne nous enseigne-t-elle pas que si un homme porte des cheveux longs cela lui est honteux, au lieu qu'une longue chevelure est honorable à une femme, &c. ". C'est qu'il suffit de voir des choses qui se pratiquent tous les jours, pour les regarder enfin comme des choses naturelles. A plus forte raison peut-on dire que les gentils, qui étoient privés de la révélation, connoissoient d'eux-mêmes sans ce secours les préceptes de morale que les lumieres naturelles de la raison leur faisoient découvrir, & qui étoient les mêmes que ceux que la loi de Moïse enseignoit aux Juifs ; desorte que quand un payen agissoit selon ces préceptes, il faisoit naturellement ce que la loi de Moïse prescrivoit : il montroit par-là que l'oeuvre de la loi (terme qui signifie les commandemens moraux de la loi) étoit écrite dans son coeur & dans son esprit, c'est-à-dire qu'il pouvoit aisément s'en former des idées. (D.J.)

NATURE BELLE, LA, (beaux Arts) la belle nature est la nature embellie, perfectionnée par les beaux arts pour l'usage & pour l'agrément. Développons cette vérité avec le secours de l'auteur des Principes de littérature.

Les hommes ennuyés d'une jouissance trop uniforme des objets que leur offroit la nature toute simple, & se trouvant d'ailleurs dans une situation propre à recevoir le plaisir, ils eurent recours à leur génie pour se procurer un nouvel ordre d'idées & de sentimens, qui réveillât leur esprit, & ranimât leur goût. Mais que pouvoit faire ce génie borné dans sa fécondité & dans ses vues, qu'il ne pouvoit porter plus loin que la nature, & ayant d'un autre côté à travailler pour des hommes, dont les facultés étoient resserrées dans les mêmes bornes ? Tous ses efforts dûrent nécessairement se réduire à faire un choix des plus belles parties de la nature, pour en former un tout exquis, qui fût plus parfait que la nature elle-même, sans cependant cesser d'être naturel. Voilà le principe sur lequel a dû nécessairement se dresser le plan des arts, & que les grands artistes ont suivi dans tous les siecles. Choisissant les objets & les traits, ils nous les ont présentés avec toute la perfection dont ils sont susceptibles. Ils n'ont point imité la nature telle qu'elle est en elle-même ; mais telle qu'elle peut être, & qu'on peut la concevoir par l'esprit. Ainsi puisque l'objet de l'imitation des arts est la belle nature, représentée avec toutes ses perfections, voyons donc comment se fait cette imitation.

On peut diviser la nature par rapport aux arts en deux parties : l'une dont on jouit par les yeux, & l'autre par la voie des oreilles ; car les autres sens sont absolument stériles pour les beaux arts. La premiere partie est l'objet de la peinture qui représente en relief, & enfin celui de l'art du geste, qui est une branche des deux autres arts que je viens de nommer, & qui n'en differe, dans ce qu'il embrasse, que parce que le sujet auquel on attache les gestes dans la danse est naturel & vivant, au lieu que la toile du peintre & le marbre du sculpteur ne le sont point.

La seconde partie est l'objet de la musique, considérée seule & comme un chant ; en second lieu, de la poësie qui emploie la parole, mais la parole mesurée & calculée dans tous les tons.

Ainsi la peinture imite la belle nature par les couleurs ; la sculpture, par les reliefs ; la danse, par les mouvemens & par les attitudes du corps. La musique l'imite par les sons inarticulés, & la poësie enfin par la parole mesurée. Voilà les caracteres distinctifs des arts principaux : & s'il arrive quelquefois que ces arts se mêlent & se confondent, comme par exemple dans la poësie ; si la danse fournit des gestes aux acteurs sur le théâtre ; si la musique donne le ton de la voix dans la déclamation, si le pinceau décore le lieu de la scene, ce sont des services qu'ils se rendent mutuellement, en vertu de leur fin commune, & de leur alliance réciproque ; mais c'est sans préjudice à leurs droits particuliers & naturels. Une tragédie sans gestes, sans musique, sans décoration est toujours un poëme. C'est une imitation exprimée par le discours mesuré. Une musique sans paroles est toujours musique : elle exprime la plainte & la joie indépendamment des mots qui l'aident, à la vérité, mais qui ne lui apportent ni ne lui ôtent rien de sa nature ni de son essence. Son expression essentielle est le son, de même que celle de la peinture est la couleur, & celle de la danse le mouvement du corps.

Mais il faut remarquer ici que comme les arts doivent choisir les desseins de la nature, & les perfectionner, ils doivent chercher aussi à perfectionner les expressions qu'ils empruntent de la nature. Ils ne doivent point employer toutes sortes de couleurs, ni toutes sortes de sons : il faut en faire un juste choix, & un mêlange exquis ; il faut les allier, les proportionner, les nuancer, les mettre en harmonie. Les couleurs & les sons ont entr'eux des sympathies & des répugnances. La nature a droit de les unir, suivant ses volontés ; mais l'art doit le faire selon les regles. Il faut non-seulement qu'il ne blesse point le goût, mais qu'il le flatte, & le flatte autant qu'il peut être flatté. De cette maniere on peut définir la peinture, la sculpture, la danse une imitation de la belle nature, exprimée par les couleurs, par le relief, par les attitudes ; & la musique & la poësie, l'imitation de la belle nature, exprimée par les sons ou par le discours mesuré.

Les arts dont nous venons de parler ont eu leur commencement, leur progrès & leurs révolutions dans le monde. Il y eut un tems où les hommes occupés du seul soin de soutenir ou de défendre leur vie, n'étoient que laboureurs ou soldats : sans lois, sans paix, sans moeurs, leurs sociétés n'étoient que des conjurations. Ce ne fut point dans ces tems de trouble & de ténebres qu'on vit éclorre les beaux arts ; on sent bien par leur caractere qu'ils sont les enfans de l'abondance & de la paix.

Quand on fut las de s'entre-nuire, & qu'ayant appris par une funeste expérience, qu'il n'y avoit que la vertu & la justice qui pussent rendre heureux le genre humain, on eut commencé à jouir de la protection des lois, le premier mouvement du coeur fut pour la joie. On se livra aux plaisirs qui vont à la suite de l'innocence. Le chant & la danse furent les premieres expressions du sentiment ; & ensuite le loisir, le besoin, l'occasion, le hasard donnerent l'idée des autres arts, & en ouvrirent le chemin.

Lorsque les hommes furent un peu dégrossis par la société, & qu'ils eurent commencé à sentir qu'ils valoient mieux par l'esprit que par le corps, il se trouva sans - doute quelque homme merveilleux, qui, inspiré par un génie extraordinaire, jetta les yeux sur la nature.

Après l'avoir bien contemplée, il se considéra lui-même. Il reconnut qu'il avoit un goût né pour les rapports qu'il avoit observés ; qu'il en étoit touché agréablement. Il comprit que l'ordre, la variété, la proportion tracée avec tant d'éclat dans les ouvrages de la nature, ne devoient pas seulement nous élever à la connoissance d'une intelligence suprême, mais qu'elles pouvoient encore être regardées comme des leçons de conduite, & tournées au profit de la société humaine.

Ce fut alors, à proprement parler, que les arts sortirent de la nature. Jusques-là tous leurs élémens y avoient été confondus & dispersés, comme dans une sorte de cahos. On ne les avoit guere connus que par soupçon, ou même par une sorte d'instinct. On commença alors à démêler quelques principes : on fit quelques tentatives, qui aboutirent à des ébauches. C'étoit beaucoup : il n'étoit pas aisé de trouver ce dont on n'avoit pas une idée certaine, même en le cherchant. Qui auroit cru que l'ombre du corps, environné d'un simple trait, pût devenir un tableau d'Apelle ; que quelques accens inarticulés pussent donner naissance à la musique, telle que nous la connoissons aujourd'hui ? Le trajet est immense. Combien nos peres ne firent-ils point de courses inutiles, ou mêmes opposées à leur terme ! Combien d'effets malheureux, de recherches vaines, d'épreuves sans succès ! Nous jouissons de leurs travaux ; & pour toute reconnoissance, ils ont nos mépris.

Les arts en naissant, étoient comme sont les hommes : ils avoient besoin d'être formés de nouveau par une sorte d'éducation ; ils sortoient de la barbarie. C'étoit une imitation, il est vrai ; mais une imitation grossiere, & de la nature grossiere elle-même. Tout l'art consistoit à peindre ce qu'on voyoit, & ce qu'on sentoit ; on ne savoit pas choisir. La confusion régnoit dans le dessein, la disproportion & l'uniformité dans les parties, l'excès, la bisarrerie, la grossiereté dans les ornemens. C'étoit des matériaux plutôt qu'un édifice : cependant on imitoit.

Les Grecs, doués d'un génie heureux, saisirent enfin avec netteté les traits essentiels & capitaux de la belle nature, & comprirent clairement qu'il ne suffisoit pas d'imiter les choses, qu'il falloit encore les choisir. Jusqu'à eux les ouvrages de l'art n'avoient guere été remarquables, que par l'énormité de la masse ou de l'entreprise. C'étoient les ouvrages des Titans. Mais les Grecs plus éclairés, sentirent qu'il étoit plus beau de charmer l'esprit, que d'étonner ou d'éblouir les yeux. Ils jugerent que l'unité, la variété, la proportion, devoient être le fondement de tous les arts ; & sur ce fond si beau, si juste, si conforme aux lois du goût & du sentiment, on vit chez eux la toile prendre le relief & les couleurs de la nature ; l'ivoire & le marbre s'animer sous le ciseau. La musique, la poësie, l'éloquence, l'architecture enfanterent aussitôt des miracles ; & comme l'idée de la perfection, commune à toutes les arts, se fixa dans ce beau siecle, on eut presqu'à la fois dans tous les genres des chefs-d'oeuvre, qui depuis servirent de modeles à toutes les nations polies. Ce fut le premier triomphe des arts. Arrêtons-nous à cette époque, puisqu'il faut nécessairement puiser dans les monumens antiques de la Grece, le goût épuré & les modeles admirables de la belle nature, qu'on ne rencontre point dans les objets qui s'offrent à nos yeux.

La prééminence des Grecs, en fait de beauté & de perfection, n'étant pas douteuse, on sent avec quelle facilité leurs maîtres de l'art purent parvenir à l'expression vraie de la belle nature. C'étoit chez eux qu'elle se prétoit sans cesse à l'examen curieux de l'artiste dans les jeux publics, dans les gymnases, & même sur le théâtre. Tant d'occasions fréquentes d'observer firent naître aux artistes grecs l'idée d'aller plus loin. Ils commencerent à se former certaines notions générales de la beauté, nonseulement des parties du corps ; mais encore des proportions entre les parties du corps. Ces beautés devoient s'élever au-dessus de celles que produit la nature. Les originaux se trouvoient dans une nature idéale, c'est-à-dire, dans leur propre conception.

Il n'est pas besoin de grands efforts pour comprendre que les Grecs durent naturellement s'élever de l'expression du beau naturel, à l'expression du beau idéal, qui va au-delà du premier, & dont les traits, suivant un ancien interprete de Platon, sont rendus d'après les tableaux qui n'existent que dans l'esprit. C'est ainsi que Raphaël a peint sa Galatée. Comme les beautés parfaites, dit-il dans une lettre au Comte Balthasar Castiglione, sont si rares parmi les femmes, j'exécute une certaine idée conçue dans mon imagination.

Ces formes idéales, supérieures aux matérielles, fournirent aux Grecs les principes selon lesquels ils représentoient les dieux & les hommes. Quand ils vouloient rendre la ressemblance des personnes, ils s'attachoient toujours à les embellir en même tems ; ce qui suppose nécessairement en eux l'intention de représenter une nature plus parfaite qu'elle ne l'est ordinairement. Tel a été constamment le faire de Polygnote.

Lorsque les auteurs nous disent donc que quelques anciens artistes ont suivi la méthode de Praxitele, qui prit Cratine, sa maîtresse, pour modele de la Vénus de Gnide, ou que Lais a été pour plus d'un peintre l'original des Graces, il ne faut pas croire que ces mêmes artistes se soient écartés pour cela des principes généraux, qu'ils respectoient comme leurs lois suprêmes. La beauté qui frappoit les sens, présentoit à l'artiste la belle nature ; mais c'étoit la beauté idéale qui lui fournissoit les traits grands & nobles : il prenoit dans la premiere la partie humaine, & dans la derniere la partie divine, qui devoit entrer dans son ouvrage.

Je n'ignore pas que les artistes sont partagés sur la préférence que l'on doit donner à l'étude des monumens de l'antiquité, ou à celle de la nature. Le cavalier Bernin a été du nombre de ceux qui disputent aux Grecs l'avantage d'une plus belle nature, ainsi que celui de la beauté idéale de leurs figures. Il pensoit de plus, que la nature savoit donner à toutes ses parties la beauté convenable, & que l'art ne consistoit qu'à la saisir. Il s'est même vanté de s'être enfin affranchi du préjugé qu'il avoit d'abord sucé à l'égard des beautés de la Vénus de Médicis. Après une application longue & pénible, il avoit, disoit-il, trouvé en différentes occasions les mêmes beautés dans la simple nature. Que la chose soit ou non, toujours s'ensuit-il, de son propre aveu, que c'est cette même Vénus qui lui apprit à découvrir dans la nature des beautés, que jusqu'alors il n'avoit apperçues que dans cette fameuse statue.

On peut croire aussi avec quelque fondement, que sans elle il n'auroit peut-être jamais cherché ces beautés dans la nature. Concluons de-là que la beauté des statues greques est plus facile à saisir que celle de la nature même, en ce que la premiere beauté est moins commune, & plus frappante que la derniere.

Une seconde vérité découle de celle qu'on vient d'établir ; c'est que, pour parvenir à la connoissance de la beauté parfaite, l'étude de la nature est au moins une route plus longue & plus pénible que l'étude des antiques. Le Bernini, qui de préférence recommandoit aux jeunes artistes d'imiter toujours ce que la nature avoit de plus beau, ne leur indiquoit donc pas la voie la plus abrégée pour arriver à la perfection.

Ou l'imitation de la nature se borne à un seul objet, ou elle rassemble dans un seul ouvrage ce que l'artiste a observé en plusieurs individus. La premiere façon d'imiter produit des copies ressemblantes des portraits. La derniere éleve l'esprit de l'artiste jusqu'au beau général, & aux notions idéales de la beauté. C'est cette derniere route qu'ont choisi les Grecs qui avoient sur nous l'avantage de pouvoir se procurer ces notions, & par la contemplation des plus beaux corps, & par les fréquentes occasions d'observer les beautés de la nature. Ces beautés, comme on l'a dit ailleurs, se montroient à eux tous les jours, animées de l'expression la plus vraie, tandis qu'elles s'offrent rarement à nous, & plus rarement encore de la maniere dont l'artiste desireroit qu'elles se présentassent.

La nature ne produira pas facilement parmi nous un corps aussi parfait que celui d'Antinoüs. Jamais, de même, quand il s'agira d'une belle divinité, l'esprit humain ne pourra concevoir rien au-dessus des proportions plus qu'humaines de l'Apollon du Vatican. Tout ce que la nature, l'art & le génie ont été capables de produire, s'y trouvent réunis. N'est-il pas naturel de croire que l'imitation de tels morceaux doit abréger l'étude de l'art. Dans l'un, on trouve le précis de ce qui est dispersé dans toute la nature ; dans l'autre, on voit jusqu'où une sage hardiesse peut élever la plus belle nature au-dessus d'elle-même. Lorsque ces morceaux offrent le plus grand point de perfection auquel on puisse atteindre, en représentant des beautés divines & humaines, comment croire qu'un artiste qui imitera ces morceaux, n'apprendra point à penser & à dessiner avec noblesse & fermeté, sans crainte de tomber dans l'erreur ?

Un artiste qui laissera guider son esprit & sa main par la regle que les Grecs ont adoptée pour la beauté, se trouvera sur le chemin qui le conduira directement à l'imitation de la nature. Les notions de l'ensemble & de la perfection, rassemblées dans la nature des anciens, épureront en lui & lui rendront plus sensibles les perfections éparses de la nature que nous voyons devant nous. En découvrant les beautés de cette derniere, il saura les combiner avec le beau parfait ; & par le moyen des formes sublimes, toujours présentées à son esprit, il deviendra pour lui-même une regle sûre.

Que les artistes sur-tout se rappellent sans cesse que l'expression la plus vraie de la belle nature n'est pas la seule chose que les connoisseurs & les imitateurs des ouvrages des Grecs admirent dans ces divins originaux ; mais que ce qui en fait le caractere distinctif, est l'expression d'un mieux possible, d'un beau idéal, en-deçà duquel reste toujours la plus belle nature.

Ce principe lumineux peut s'étendre à tous les arts, sur-tout à la poësie, à la musique, à l'architecture, &c. mais en même tems il faut bien se mettre dans l'esprit, que le beau physique est le fondement, la base & la source du beau intellectuel, & que ce n'est que d'après la belle nature que nous voyons, que nous pouvons créer, comme les Grecs, une seconde nature, plus belle sans doute, mais analogue à la premiere ; en un mot, le beau idéal ne doit être que le beau réel perfectionné.

Rome devint disciple d'Athenes. Elle admira les merveilles de la Grece : elle tâcha de les imiter : bientôt elle se fit autant estimer par ses ouvrages de goût, qu'elle s'étoit fait craindre par ses armes. Tous les peuples lui applaudirent ; & cette approbation prouva que les Grecs qui avoient été imités par les Romains, étoient en effet les plus excellens modeles.

On sait les révolutions qui suivirent. L'Europe fut inondée de barbares ; & par une conséquence nécessaire, les sciences & les arts furent enveloppés dans le malheur des tems, jusqu'à ce qu'exilés de Constantinople, ils vinrent encore se réfugier en Italie. On y réveilla les manes d'Horace, de Virgile & de Ciceron : on alla fouiller jusque dans les tombeaux qui avoient servi à la sculpture & à la peinture. On vit reparoître l'antiquité avec les graces de la jeunesse. Les artistes s'empresserent à l'imiter ; l'admiration publique multiplia les talens ; l'émulation les anima, & les beaux arts reparurent avec splendeur. Ils vont se corrompre & se perdre. On charge déjà la belle nature, on l'ajuste, on la farde ; on la pare de colifichets, qui la font méconnoître. Ces raffinemens opposés à la grossiereté sont plus difficiles à détruire que la grossiereté même. C'est par eux que le goût s'émousse, & que commence la décadence. (D.J.)


NATURELadj. (Philos.) se dit de quelque chose qui se rapporte à la nature, qui vient d'un principe de la nature, ou qui est conforme au cours ordinaire & à l'ordre de la nature. Voyez NATURE.

Quand une pierre tombe de haut en bas, le vulgaire croit que cela lui arrive par un mouvement naturel, en quoi le vulgaire est dans l'erreur. Voyez l'article FORCE, p. 112. du VII. vol. j. col.

Les guérisons faites par les Médecins, sont des opérations naturelles ; mais celles de Jésus-Christ étoient miraculeuses & surnaturelles. Voyez MIRACLE, voyez aussi l'article NATUREL qui suit.

Enfans naturels, sont ceux qui ne sont point nés d'un légitime mariage. Voyez BASTARD.

Horison naturel, se dit de l'horison physique & sensible. Voyez HORISON.

Jour naturel, voyez JOUR.

Philosophie naturelle, c'est la science qui considere les propriétés des corps naturels, l'action mutuelle des uns sur les autres ; on l'appelle autrement Physique. Voyez PHYSIQUE, NATURE.

L'illustre M. Newton nous a donné un ouvrage intitulé : Principes mathématiques de la philosophie naturelle, où ce grand géometre détermine par des principes mathématiques les lois des forces centrales, de l'attraction des corps, de la résistance des fluides, du mouvement des planetes dans leurs orbites, &c. Voyez CENTRAL, PLANETE, RESISTANCE, &c. voyez aussi NEWTONIANISME, ATTRACTION, GRAVITATION, &c. Chambers. (O)

NATUREL, (Métaph.) nous avons à considerer ici ce mot sous deux regards. 1°. En-tant que les choses existent, & qu'elles agissent conformément aux lois ordinaires que Dieu a établies pour elles ; & par-là ce que nous appellons naturel, est opposé au surnaturel ou miraculeux. 2°. En-tant qu'elles existent ou qu'elles agissent, sans qu'il survienne aucun exercice de l'industrie humaine ou de l'attention de notre esprit, par rapport à une fin particuliere : dans ce sens, ce que nous appellons naturel, est opposé à ce que nous appellons artificiel, qui n'est autre chose que l'industrie humaine.

Il paroît difficile quelquefois de démêler le naturel en-tant qu'opposé au surnaturel ; dans ce dernier sens, le naturel suppose des lois générales & ordinaires : mais sommes-nous capables de les connoître sûrement ? On distingue assez un effet qui n'est point surnaturel ou miraculeux ; on ne distingue pas si déterminément ce qui l'est. Tout ce que nous voyons arriver régulierement ou fréquemment, est naturel ; mais tout ce qui arrive d'extraordinaire dans le monde est-il miraculeux ? C'est ce qu'on ne peut assurer. Un événement très-rare pourroit venir du principe ordinaire, qui dans la suite des révolutions & des changemens auroit formé une sorte de prodige, sans quitter la regle de son cours, & l'étendue de sa sphere. Ainsi voit-on quelquefois des monstres du caractere le plus inoui, sans qu'on y trouve rien de miraculeux & de surnaturel. Comment donc nous assurer, demandera-t-on, que les événemens regardés comme surnaturels & miraculeux le sont réellement, ou comment savoir jusqu'où s'étend la vertu de ce principe ordinaire, qui par une longue suite de tems & de combinaisons particulieres, peut faire les choses les plus extraordinaires ?

J'avoue qu'en beaucoup d'événemens qui paroissent des merveilles au peuple, un homme sage doit avec prudence suspendre son jugement. Il faut avouer aussi qu'il est des événemens d'un tel caractere, qu'il ne peut venir à l'esprit des personnes sensées, de juger qu'ils sont l'effet de ce principe commun des choses, & que nous appellons l'ordre de la nature : tel est, par exemple, la résurrection d'un homme mort.

On aura beau dire qu'on ne sait pas jusqu'où s'étendent les forces de la nature, & qu'elle a peut-être des secrets pour opérer les plus surprenans effets, sans que nous en connoissions les ressorts. La passion de contrarier, ou quelqu'autre intérêt, peut faire venir cette idée à l'esprit de certaines gens ; mais cela ne fait nulle impression sur les personnes judicieuses, qui font une sérieuse réflexion, & qui veulent agir de bonne foi avec eux-mêmes comme avec les autres. L'impression de vérité commune qui se trouve manifestement dans le plus grand nombre des hommes sensés & habiles, est la regle infaillible pour discerner le surnaturel d'avec le naturel : c'est la regle même que l'Auteur de la nature a mise dans tous les hommes ; & il se seroit démenti lui-même s'il leur avoit fait juger vrai ce qui est faux, & miraculeux ce qui n'est que naturel.

Le naturel est opposé à l'artificiel aussi-bien qu'au miraculeux ; mais non de la même maniere. Jamais ce qui est surnaturel & miraculeux ne sauroit être dit naturel ; mais ce qui est artificiel peut s'appeller naturel, & il l'est effectivement en-tant qu'il n'est point miraculeux.

L'artificiel n'est donc que ce qui part du principe ordinaire des choses, mais auquel est survenu le soin & l'industrie de l'esprit humain, pour atteindre à quelque fin particuliere que l'homme se propose.

La pratique d'élever avec des pompes une masse d'eau immense, est quelque chose de naturel ; cependant elle est dite artificielle & non pas naturelle, en-tant qu'elle n'a été introduite dans le monde que moyennant le soin & l'industrie des hommes.

En ce sens là, il n'est presque rien dans l'usage des choses, qui soit totalement naturel, que ce qui n'a point été à la disposition des hommes. Un arbre, par exemple, un prûnier est naturel lorsqu'il a crû dans les forêts, sans qu'il ait été ni planté ni greffé ; aussi-tôt qu'il l'a été, il perd en ce sens là, autant de naturel qu'il a reçu d'impressions par le soin des hommes. Est-ce donc que sur un arbre greffé, il n'y croît pas naturellement des prûnes ou des cerises ? Oui en-tant qu'elles n'y croissent pas surnaturellement ; mais non pas en-tant qu'elles y viennent par le secours de l'industrie humaine, ni en tant qu'elles deviennent telle prûne ou telle cerise, d'un goût & d'une douceur qu'elles n'auroient point eu sans le secours de l'industrie humaine ; par cet endroit la prûne & la cerise sont venues artificiellement & non pas naturellement.

On demande ici, en quel sens on dit, parlant d'une sorte de vin, qu'il est naturel, tout vin de soi étant artificiel ; car sans l'industrie & le soin des hommes il n'y a point de vin : desorte qu'en ce sens là le vin est aussi véritablement artificiel que l'eau-de-vie & l'esprit-de-vin. Quand donc on appelle du vin naturel, c'est un terme qui signifie que le vin est dans la constitution du vin ordinaire ; & sans qu'on y ait rien fait que ce qu'on a coutume de faire à tous les vins qui sont en usage dans le pays & dans le tems où l'on se trouve.

Il est aisé après les notions précédentes, de voir en quel sens on applique aux diverses sortes d'esprit la qualité de naturel & de non- naturel. Un esprit est censé & dit naturel, quand la disposition où il se trouve ne vient ni du soin des autres hommes, dans son éducation, ni des réflexions qu'il auroit fait lui-même en particulier pour se former.

Au terme de naturel, pris en ce dernier sens, on oppose les termes de cultivé ou d'affecté, dont l'un se prend en bonne & l'autre en mauvaise part : l'un qui signifie ce qu'un soin & un art judicieux a sçu ajouter à l'esprit naturel ; l'autre ce qu'un soin vain & mal-entendu y ajoute quelquefois.

On en peut dire à proportion autant des talens de l'esprit. Un homme est dit avoir une logique ou une éloquence naturelle, lorsque sans les connoissances acquises par l'industrie & la réflexion des autres hommes, ni par la sienne propre, il raisonne cependant aussi juste qu'on puisse raisonner ; ou quand il fait sentir aux autres, comme il lui plait, avec force & vivacité ses pensées & ses sentimens.

NATUREL, LE, s. m. (Morale) le tempérament, le caractere, l'humeur, les inclinations que l'homme tient de la naissance, est ce qu'on appelle son naturel. Il peut être vicieux ou vertueux, cruel & farouche comme dans Néron, doux & humain comme dans Socrate, beau comme dans Montesquieu, infâme comme dans C..., F... ou P..., &c.

L'éducation, l'exemple, l'habitude peuvent à la vérité rectifier le naturel dont le penchant est rapide au mal, ou gâter celui qui tend le plus heureusement vers le bien ; mais quelque grande que soit leur puissance, un naturel contraint, se trahit dans les occasions imprévues : on vient à bout de le vaincre quelquefois, jamais on ne l'étouffe. La violence qu'on lui fait, le rend plus impétueux dans ses retours ou dans ses emportemens. Il est cependant un art de former l'ame comme de façonner le corps, c'est de proportionner les exercices aux forces, & de donner du relâche aux efforts. Il y a deux tems à observer : le mouvement de la bonne volonté pour se fortifier, & le moment de la répugnance pour se roidir. De ces deux extrêmités, résulte une certaine aisance propre à maintenir le naturel dans un juste tempérament. Nos sentimens ne tiennent pas moins au naturel, que nos actions à l'habitude. La superstition seule surmonte le penchant de la nature, & l'ascendant de l'habitude, témoin le moine Clément.

Le bon naturel semble naître avec nous ; c'est un des fruits d'un heureux tempérament que l'éducation peut cultiver avec gloire, mais qu'elle ne donne pas. Il met la vertu dans son plus grand jour, & diminue en quelque maniere la laideur du vice ; sans ce bon naturel, du moins sans quelque chose qui en revêt l'apparence, on ne sauroit avoir aucune société durable dans le monde. De-là vient que pour en tenir lieu, on s'est vu réduit à forger une humanité artificielle, qu'on examine par le mot de bonne éducation ; car si l'on examine de près l'idée attachée à ce terme, on verra que ce n'est autre chose que le singe du bon naturel, ou si l'on veut, l'affabilité, la complaisance & la douceur du tempérament, réduite en art. Ces dehors d'humanité rendent un homme les délices de la société, lorsqu'ils se trouvent fondés sur la bonté réelle du coeur ; mais sans elle, ils ressemblent à une fausse montre de sainteté, qui n'est pas plutôt découverte, qu'elle rend ceux qui s'en parent, l'objet de l'indignation de tous les gens de bien.

Enfin, comme c'est du naturel que notre sort dépend, heureux est celui qui prend un genre de vie conforme au caractere de son coeur & de son esprit, il trouva toujours du plaisir & des ressources dans le choix de son attachement ! (D.J.)

NATURELLE, loi, s. f. (Droit naturel) on définit la loi naturelle, une loi que Dieu impose à tous les hommes, & qu'ils peuvent découvrir par les lumieres de leur raison, en considérant attentivement leur nature & leur état.

Le droit naturel est le systême de ces mêmes lois, & la jurisprudence naturelle est l'art de développer les lois de la nature, & les appliquer aux actions humaines.

Le savant évêque de Péterborough définit les lois naturelles, certaines propositions d'une vérité immuable, qui servent à diriger les actes volontaires de notre ame dans la recherche des biens ou dans la fuite des maux, & qui nous imposent l'obligation de régler nos actions d'une certaine maniere, indépendamment de toute loi civile, & mises à part les conventions par lesquelles le gouvernement est établi. Cette définition du docteur Cumberland revient au même que la nôtre.

Les lois naturelles sont ainsi nommées parce qu'elles dérivent uniquement de la constitution de nôtre être avant l'établissement des sociétés. La loi, qui en imprimant dans nous-mêmes l'idée d'un créateur, nous porte vers lui, est la premiere des lois naturelles par son importance, mais non pas dans l'ordre de ses lois. L'homme dans l'état de nature, ajoute M. de Montesquieu, auroit plutôt la faculté de connoître, qu'il n'auroit des connoissances. Il est clair que ses premieres idées ne seroient point ses idées spéculatives, il songeroit à la conservation de son être avant que de chercher l'origine de son être.

Un homme pareil ne sentiroit d'abord que sa foiblesse ; sa timidité seroit extrême ; & si l'on avoit là-dessus besoin de l'expérience, l'on a trouvé dans les forêts des hommes sauvages ; tout les fait trembler, tout les fait fuir. Les hommes dans cet état de nature ne cherchent donc point à s'attaquer, & la paix est la premiere loi naturelle.

Au sentiment de sa foiblesse, l'homme joint le sentiment de ses besoins. Ainsi une autre loi naturelle est celle qui lui inspire de chercher à se nourrir.

Je dis que la crainte porteroit les hommes à se fuir ; mais les marques d'une certaine bienveillance réciproque les engageroit bientôt à s'approcher. Ils y seroient portés d'ailleurs par le plaisir qu'un animal sent à l'approche d'un animal de son espece. De plus, ce charme que les deux sexes s'inspirent par leur différence, augmenteroit ce plaisir ; & la priere naturelle qu'ils se font toujours l'un à l'autre, seroit une troisieme loi.

Les hommes parvenant à acquérir des connoissances, ont un nouveau motif de s'unir pour leur bien commun ; ainsi le desir de vivre en société est une quatrieme loi naturelle.

On peut établir trois principes généraux des lois naturelles, savoir 1°. la religion : 2°. l'amour de soi-même : 3°. la sociabilité, ou la bienveillance envers les autres hommes.

La religion est le principe des lois naturelles qui ont Dieu pour objet. La raison nous faisant connoître l'être suprême comme notre créateur, notre conservateur & notre bienfaiteur : il s'ensuit que nous devons reconnoître notre dépendance absolue à son égard. Ce qui par une conséquence naturelle, doit produire en nous des sentimens de respect, d'amour & de crainte, avec un entier dévouement à sa volonté ; ce sont là les sentimens qui constituent la religion. Voyez RELIGION.

L'amour de soi-même, j'entends un amour éclairé & raisonnable, est le principe des lois naturelles qui nous concernent nous-mêmes. Il est de la derniere évidence que Dieu en nous créant, s'est proposé notre conservation, notre perfection & notre bonheur. C'est ce qui paroît manifestement, & par les facultés dont l'homme est enrichi, qui tendent à ces fins, & par cette forte inclination qui nous porte à rechercher le bien & à fuir le mal. Dieu veut donc que chacun travaille à sa conservation & à sa perfection, pour acquérir tout le bonheur dont il est capable, conformément à sa nature & à son état. Voyez AMOUR DE SOI-MEME.

La sociabilité, ou la bienveillance envers les autres hommes, est le principe d'où l'on peut déduire les lois naturelles qui regardent nos devoirs réciproques, & qui ont pour objet la société, c'est-à-dire les humains avec lesquels nous vivons. La plûpart des facultés de l'homme, ses inclinations naturelles, sa foiblesse & ses besoins, sont autant de liens qui forment l'union du genre humain, d'où dépend la conservation & le bonheur de la vie. Ainsi tout nous invite à la sociabilité ; le besoin nous en impose la nécessité, le penchant nous en fait un plaisir, & les dispositions que nous y apportons naturellement, nous montrent que c'est en effet l'intention de notre créateur.

Mais la société humaine ne pouvant ni subsister, ni produire les heureux effets pour lesquels Dieu l'a établie, à moins que les hommes n'aient les uns pour les autres des sentimens d'affection & de bienveillance, il s'ensuit que Dieu veut que chacun soit animé de ces sentimens, & fasse tout ce qui est en son pouvoir pour maintenir cette societé dans un état avantageux & agréable, & pour en resserrer de plus en plus les noeuds par des services & des bienfaits réciproques. Voyez SOCIABILITE.

Ces trois principes, la religion, l'amour de soi-même & la sociabilité, ont tous les caracteres que doivent avoir des principes de lois ; ils sont vrais puisqu'ils sont pris dans la nature de l'homme, dans sa constitution, & dans l'état où Dieu l'a mis. Ils sont simples, & à la portée de tout le monde ; ce qui est un point important, parce qu'en matiere de devoirs, il ne faut que des principes que chacun puisse saisir aisément, & qu'il y a toujours du danger dans la subtilité d'esprit qui fait chercher des routes singulieres & nouvelles. Enfin ces mêmes principes sont suffisans & très-féconds, puisqu'ils embrassent tous les objets de nos devoirs, & nous font connoître la volonté de Dieu dans tous les états, & toutes les relations de l'homme.

1°. Les lois naturelles sont suffisamment connues des hommes, car on en peut découvrir les principes, & de-là déduire tous nos devoirs par l'usage de la raison cultivée ; & même la plûpart de ces lois sont à la portée des esprits les plus médiocres.

2°. Les lois naturelles ne dépendent point d'une institution arbitraire ; elles dépendent de l'institution divine fondée d'un côté sur la nature & la constitution de l'homme ; de l'autre sur la sagesse de Dieu, qui ne sauroit vouloir une fin, sans vouloir en même tems les moyens qui seuls peuvent y conduire.

3°. Un autre caractere essentiel des lois naturelles, c'est qu'elles sont universelles, c'est-à-dire qu'elles obligent tous les hommes sans exception ; car nonseulement tous les hommes sont également soumis à l'empire de Dieu, mais encore les lois naturelles ayant leur fondement dans la constitution & l'état des hommes, & leur étant notifiées par la raison, il est bien manifeste qu'elles conviennent essentiellement à tous, & les obligent tous sans distinction, quelque différence qu'il y ait entr'eux par le fait, & dans quelqu'état qu'on les suppose. C'est ce qui distingue les lois naturelles des lois positives ; car une loi positive ne regarde que certaines personnes, ou certaines sociétés en particulier.

4°. Les lois naturelles sont immuables, & n'admettent aucune dispense. C'est encore là un caractere propre de ses lois, qui les distingue de toutes lois positives, soit divines, soit humaines. Cette immutabilité des lois naturelles n'a rien qui répugne à l'indépendance, au souverain pouvoir, ou à la liberté de l'être tout parfait. Etant lui-même l'auteur de notre constitution, il ne peut que prescrire ou défendre les choses qui ont une convenance ou une disconvenance nécessaire avec cette même constitution, & par conséquent il ne sauroit rien changer aux lois naturelles, ni en dispenser jamais. C'est en lui une glorieuse nécessité que de ne pouvoir se démentir lui-même.

Je couronne cet article par ce beau passage de Ciceron ; la loi, dit-il, legum, lib. II. n'est point une invention de l'esprit humain, ni un établissement arbitraire que les peuples aient fait ; mais l'expression de la raison éternelle qui gouverne l'univers. L'outrage que Tarquin fit à Lucrece n'en étoit pas moins un crime, parce qu'il n'y avoit point encore à Rome de loi écrite contre ces fortes de violences. Tarquin pécha contre la loi éternelle, qui étoit loi dans tous les tems, & non pas seulement depuis l'instant qu'elle a été écrite. Son origine est aussi ancienne que l'esprit divin ; car la véritable, la primitive, & la principale loi n'est autre chose que la souveraine raison du grand Jupiter.

Cette loi, dit-il ailleurs, est universelle, éternelle, immuable ; elle ne varie point selon les lieux & les tems : elle n'est pas différente aujourd'hui de ce qu'elle étoit anciennement. Elle n'est point autre à Rome, & autre à Athènes. La même loi immortelle regle toutes les nations, parce qu'il n'y a qu'un seul Dieu qui a donné & publié cette loi. Cicer. de Repub. lib. III. apud Lactant. instit. div. lib. VI. cap. viij.

C'en est assez sur les lois naturelles considérées d'une vue générale ; mais comme elles sont le fondement de toute la morale & de toute la politique, le lecteur ne peut en embrasser le systême complet, qu'en étudiant les grands & beaux ouvrages sur cette matiere : ceux de Grotius, de Puffendorf, de Thomasius, de Buddé, de Sharrock, de Selden, de Cumberland, de Wollaston, de Locke, & autres savans de cet ordre. (D.J.)

NATUREL, (Arithmét.) dans les tables des logarithmes, on appelle nombres naturels ceux qui expriment les nombres consécutifs 1, 2, 3, 4, 5, &c. à l'infini, pour les distinguer des nombres artificiels, qui en sont les logarithmes. Voyez LOGARITHME, Chambers. (E)

NATUREL, adj. ce mot en Musique, a plusieurs sens : 1°. musique naturelle se dit du chant formé par la voix humaine, par opposition à la musique artificielle, qui se fait avec des instrumens : 2°. on dit qu'un chant est naturel quand il est aisé, doux, gracieux ; qu'une harmonie est naturelle quand elle est produite par les cordes essentielles & naturelles du mode. 3°. Naturel se dit encore de tout chant qui n'est point forcé, qui ne va ni trop haut ni trop bas, ni trop vîte, ni trop lentement. Enfin la signification la plus commune de ce mot, & la seule dont l'abbé Brossard n'a point parlé, s'applique aux tons ou modes dont les sons se tirent de la gamme ordinaire, sans altérations. Desorte qu'un mode naturel est celui où l'on n'emploie ni dièse ni bémol. Dans la rigueur de ce sens, il n'y auroit qu'un seul mode naturel, qui seroit celui d'ut majeur ; mais on étend le nom de naturel à tout mode, dont les cordes essentielles seulement ne portent ni dièse ni bémol ; tels sont les modes majeurs de sol & de fa ; les modes mineurs de la & de ré, &c. Voyez MODE, TRANSPOSITION, CLE TRANSPOSEE. (S)

NATUREL, est en usage dans le Blason, pour signifier des animaux, des fruits, des fleurs, qui sont peints dans un écu avec leurs couleurs naturelles, quoique différentes des couleurs ordinaires dans le Blason ; ce mot sert à empêcher qu'on n'accuse des armoiries d'être fausses, quand elles portent des couleurs inconnues dans le blason. Voyez COULEUR & BLASON. Berthelas en Forêt, d'azur à un tigre au naturel.


NAU(Géogr.) autrement Nave ou Nahe, en latin Nava, riviere d'Allemagne. Tacite, l. IV. c. lxx. fait mention de cette riviere, & dit qu'elle se joint au Rhin près de Bingium, aujourd'hui Bingen : en effet Bingen est encore située au lieu où la Nau se jette dans le Rhin. Ausone en parlant de cette riviere dit :

Transieram celerem nebuloso lumine Navam.

Elle a sa source dans la Lorraine à l'orient de Neukirch, prend son cours du S. O. au N. E. & tournant enfin du midi au nord, elle va se jetter dans le Rhin au-dessous de Bingen. (D.J.)


NAU-MU(Hist. nat. Bot.) c'est un arbre de la Chine qui s'éleve fort haut, & dont le bois est incorruptible, comme celui du cédre, dont il differe cependant pour la forme & par ses feuilles. On s'en sert à la Chine pour faire des pilastres, des colonnes, des portes & des fenêtres, ainsi que les ornemens des temples & des palais.


NAUBARUM(Géog. anc.) ville de la Sarmatie européenne, que Ptolémée, l. III. c. v. met la derniere ville dans les terres.


NAUCRARIENS(Littérat. greq.) on nommoit Naucrariens, en grec , chez les Athéniens, les principaux magistrats des bourgs & villes maritimes. Ils furent ainsi appellés, parce qu'ils étoient obligés de fournir deux cavaliers & un bâtiment pour le service de la république, lorsqu'elle le requéroit. Voyez Potter, Archaeol. graec. liv. I. ch. xiij. tome I. page 78.


NAUCRATIS(Géog. anc.) ville d'Egypte dans le Delta, au-dessus de Mételis, à main gauche en remontant le Nil. Elle étoit ancienne, & fut bâtie par les Milésiens, selon Strabon ; mais il ne s'accorde pas avec lui-même ; & il y a bien des raisons, dit Bayle, qui combattent son sentiment, outre que Diodore de Sicile ne lui est point favorable. Si nous avions l'ouvrage d'Apollonius Rhodius sur la fondation de Naucratis, nous pourrions décider la querelle. Ce qu'il y a de bien certain, c'est que cette ville a été fort célébre par son commerce, qui fut tel qu'on ne souffroit pas en Egypte qu'aucun navire marchand déchargeât dans un autre port. Cette prérogative lui procura un grand concours d'étrangers & des courtisannes, qui au rapport d'Hérodote, y prenoient un soin extrême de leur beauté. Rhodope y gagna des sommes immenses, & Archidice qui eut un si grand renom par toute la Grece, vint aussi s'y établir. Enfin, cette ville prétendoit avoir bonne part à la protection de Vénus, & se vantoit de posséder une image miraculeuse de cette déesse, que l'on consacra dans son temple.

Origène remarque qu'on y honoroit particulierement le dieu Sérapis, quoiqu'anciennement on y eût adoré d'autres dieux. Athénée, Julius Pollux, Lycéas, & Polycharme, ne sont pas les seuls auteurs dont Naucratis soit la patrie ; car selon quelques-uns, Aristophane & Philistus y naquirent aussi.

Athénée & Julius Pollux étoient contemporains : le premier fut surnommé le Pline des Grecs, & passoit pour un des plus savans hommes de son tems ; il florissoit à la fin du second siecle. Il ne nous reste de lui que les Disnosophistes, c'est-à-dire les Sophistes à table, en 15 livres, dont il nous manque les deux premiers, une partie du troisieme, & la plus grande partie du quinzieme. On y trouve une variété surprenante de faits, qui en rendent la lecture très-agréable aux amateurs de l'antiquité. La bonne édition en grec & en latin est Lugd. 1612. 2 vol. in - fol.

Julius Pollux étoit un peu plus jeune qu'Athénée ; il obtint la protection de Commode, fils de Marc-Aurele, & devint professeur de Rhétorique à Athènes. On connoît son Onosmaticon, ou dictionnaire grec, ouvrage précieux, dont la meilleure édition est d'Amsterdam, en 1706, in-fol. en grec & en latin avec des notes.

Voilà les habiles gens qui ont contribué à la gloire de Naucratis ; mais elle a tiré infiniment plus de profit de ses poteries & de son nitre. (D.J.)


NAUDS. m. (Fontaines salantes) c'est un réservoir placé à l'une des quatre faces de chaque berne ; ce réservoir ou bassin a la forme d'un grand coffre d'environ cinq piés de profondeur, & de pareille largeur, sur trente-six piés de long ; il est hors de terre, composé de madriers épais de plus de quatre pouces d'équarrissage, entouré de six en six piés de liens de fer, & calfaté dans les joints avec des étoupes, de la mousse, & de la terre glaise couverte de douves. C'est dans ces nauds qui contiennent chacun plus d'une cuite, ou plus de 63 muids, que les échenées amenent les eaux d'où elles se distribuent dans les poëles. Voyez SELS, SALANTES FONTAINES.


NAUFRAGES. m. (Marine) Il se dit d'un vaisseau qui va se perdre & se briser contre des rochers, ou qui coule à fond, & périt par la violence des vents & de la tempête. (Z)

NAUFRAGE, DROIT DE, (Usage des Barbares) Les Barbares qui envahirent l'empire romain en Occident, ne le regarderent d'abord que comme un objet de leur brigandage, & ce fut en conséquence dans ces tems-là, que s'établit sur toutes les côtes de la mer le droit insensé de naufrage : ces peuples pensant que les étrangers ne leur étoient unis par aucune communication de droit civil, ils ne leur devoient ni justice ni pitié. Dans les bornes étroites où se trouvoient les peuples du Nord, tout leur étoit étranger ; & dans leur pauvreté, tout étoit pour eux un objet de richesse. Etablis avant leurs conquêtes, sur les côtes d'une mer resserrée & pleine d'écueils, ils avoient tiré parti de ces écueils mêmes, pour piller les vaisseaux qui avoient le malheur d'échouer dans leur pays, au - lieu de consoler par tous les services de l'humanité, ceux qui venoient d'éprouver ce triste accident : mais les Romains qui faisoient des lois pour tout l'univers, en avoient fait de très-humaines sur les naufrages. Ils réprimerent à cet égard les brigandages de ceux qui habitoient les côtes, & ce qui étoit plus encore, la rapacité de leur propre fisc. Esprit des Lois. (D.J.)


NAUFRAGÉadj. (Jurispr.) se dit de ce qui a fait naufrage soit sur mer ou sur quelque fleuve ou riviere : comme un bateau ou bâtiment naufragé, des marchandises naufragées. L'article xxvij. du titre IX. du livre IV. de l'Ordonnance de la marine porte que, si les effets naufragés ont été trouvés en pleine mer ou tirés de son fond, la troisieme partie en sera délivrée incessamment & sans frais, en especes ou en deniers à ceux qui les auront sauvés. Et l'article iij. du titre V. de l'Ordonnance des cinq grosses fermes de 1687, veut que les droits d'entrée soient payés pour cette troisieme partie des effets naufragés qui sera délivrée à ceux qui les auront sauvés. Voyez BRIS, GAYVES, VARECH. (A)

NAUFRAGES, s. m. pl. (Hist. anc.) Les naufragés étoient obligés, arrivés à la terre, de se faire couper les cheveux & de les sacrifier à la mer, & de suspendre leurs vêtemens humides dans le temple de Neptune, avec un tableau où leur désastre étoit représenté. Ceux qui avoient perdu encore leur fortune, en portoient un autre au cou, & alloient ainsi demander l'aumône ; ou s'il ne leur restoit pas de quoi faire peindre leurs aventures, ils demandoient les piés nus, avec un bâton entortillé d'une banderolle à la main.


NAUGATO(Géog.) royaume du Japon dans la grande île Niphon dont il est la partie la plus occidentale. Sa ville capitale est Amauguchi ou Amauguci, une des plus riches villes de l'empire, dont on met la Longit. à 148. 20. lat. 43. 54. (D.J.)


NAULAGES. m. (Marine) c'est un vieux terme pour dire ce qu'on paie au patron ou maître d'un bâtiment pour le passage. (Z)

NAULAGE, (Mythol.) ce mot signifie chez les Mythologues, le droit de passage de la barque à Caron, sur lequel les Poëtes se sont tant égayés.

Dès qu'on eut une fois imaginé que Caron ne passoit personne gratis sur le rivage des morts, on établit la coutume de mettre sous la langue du défunt une piece de monnoie, que les Latins appellent naulus, & les Grecs , pour le droit du passage, autrement dit naulage. Cette coutume venoit des Egyptiens, qui donnoient quelque chose à celui qui passoit les morts au-delà du marais Achéruse. Lucien assure que l'usage de mettre une obole dans la bouche des morts, pour payer le droit de naulage, étoit universel chez les Grecs & chez les Romains ; on ne connoît que les Hermoniens qui s'en dispensoient, parce qu'ils se disoient si près de l'enfer, qu'ils ne croyoient pas qu'il fût nécessaire de rien payer pour le voyage. Mais Caron n'y perdoit pas grand chose ; car si ce peuple ne lui payoit pas ses émolumens, les Athéniens prétendirent qu'il falloit donner quelque chose de plus pour leurs rois, afin de les distinguer du vulgaire, & ils mirent dans leurs bouches jusqu'à trois pieces d'or.

Il importe fort de remarquer qu'on ne se contentoit pas de cette piece de monnoie ; mais qu'afin de mieux assurer le passage, on mettoit dans le cercueil du défunt une attestation de vie & de moeurs.

Nous avons pour garant de ce singulier fait Eustathe sur Homere, & le Scholiaste de Pindare. Cette attestation de vie & de moeurs étoit une espece de sauf-conduit, qu'on requéroit pour le défunt. Un ancien auteur (Fab. Cel. lib. III. Anthol.) nous a conservé le formulaire de cette attestation. Ego Sextus Anicius pontifex, testor hunc honeste vixisse ; manes ejus inveniant requiem. " Moi soussigné Anicius Sextus pontife, j'atteste qu'un tel a été de bonne vie & moeurs ; que ses manes soient en paix ". Il paroît de ce formulaire, qu'afin que cette attestation fût reçue dans l'autre monde, il falloit que le pontife lui-même l'écrivit ou la signât. (D.J.)


NAULOCHIUM(Géog. anc.) lieu de la Sicile sur la côte, entre Pelorum & Mylas. Auguste y remporta une victoire sur Pompée.


NAUMou NAUN, (Géog.) riviere de la grande Tartarie, qui prend sa source au midi d'Albasiuskoi, ville des Russes ruinée, arrose le bourg auquel elle donne son nom, & finit par se joindre au Chingal, qui se décharge dans le fleuve Amur.


NAUMACHIES. f. (Antiq. rom.) combat donné fur l'eau. Ces combats sur l'eau ont été les plus superbes spectacles de l'antiquité ; c'étoit un cirque entouré de sieges & de portiques, dont l'enfoncement, qui tenoit lieu d'arene, étoit rempli d'eau par le moyen de vastes canaux ; & c'étoit dans ce cirque qu'on donnoit le spectacle d'un combat naval & sanglant.

Jules César ayant trouvé un endroit favorable sur le bord du Tibre, & assez proche de la ville, appellé Codette, le fit creuser, & y donna le premier le divertissement d'une naumachie. On y vit combattre des vaisseaux tyriens & égyptiens, & les apprêts qu'on fit pour ce nouveau spectacle, piquerent tellement la curiosité des peuples, qu'il fallut loger sous des tentes les étrangers qui s'y rendirent presque en même tems de tous les endroits de la terre. Suétone, vie de César, ch. xxxix.

Ensuite Lollius, sous le regne d'Auguste, donna, pour lui faire sa cour, le second spectacle d'un combat naval, en mémoire de la victoire d'Actium. Les empereurs imiterent à leur tour cet exemple.

Dans la naumachie de Claudius, qui se donna sur le lac Fuem, il fit combattre douze vaisseaux contre un pareil nombre sous le nom de deux factions, l'une rhodienne, & l'autre tyrienne. Elles étoient animées au combat par les chamades d'un triton, qui sortit du milieu de l'eau avec sa trompe. L'empereur eut la curiosité de voir passer devant lui les combattans, parmi lesquels se trouvoient plusieurs hommes condamnés à mort : ils lui dirent en passant : seigneur, recevez le salut des troupes qui vont mourir pour votre amusement ; ave, imperator, morituri te salutant. Il leur répondit en deux mots, avete, vos ; & le combat se donna.

Néron fit exécuter une naumachie encore plus horrible & plus considérable ; car il perça exprès pour cet effet la montagne qui sépare le lac Tucin de la riviere de Lyre. Il arma des galeres à trois & quatre rangs, mit dessus 19 mille hommes de combat, & fit paroître sur l'eau toutes sortes de monstres marins.

Cependant la plus singuliere de toutes les naumachies, & la plus fameuse dans l'histoire, est celle que donna l'empereur Domitien, quoiqu'il ne fît paroître dans ce combat naval que trois mille combattans en deux partis, dont il appella l'un celui des Athéniens, & l'autre, celui des Syracusains ; mais il entoura tout le spectacle de portiques d'une grandeur prodigieuse, & d'une exécution admirable. Suétone, dans la vie de cet empereur, ch. lj. nous a conservé la description de cette naumachie ; & les curieux la trouveront représentée dans la 6e. pl. de l'essai historique d'Architecture de Fischer. (D.J.)


NAUMBOURG(Géog.) ville d'Allemagne dans le cercle de haute Saxe, en Misnie, autrefois impériale, avec un évêché suffragant de Magdebourg, qui a été sécularisé. Elle est sur la Sale, à 15 lieues N. E. d'Erfort, 22 S. O. de Wittemberg, 25 O. de Dresde. Long. 29. 54. lat. 51. 12. Il y a aussi dans la Silésie deux petites villes ou bourgs qui portent le nom de Naumbourg. (D.J.)


NAUPACTE(Géog. anc.) en latin Naupactus ; c'étoit d'abord une ville de la Locride occidentale. Les Héraclides y firent construire la flotte qui les transporta dans le Péloponnèse, d'où elle se nomma Naupacte, comme qui diroit lieu où les vaisseaux avoient été construits, c'est Strabon qui nous l'apprend.

Cette ville appartenoit anciennement aux Locriens ozoles. Les Athéniens, après l'avoir prise, la donnerent aux Messéniens chassés du Péloponnèse par les Lacédémoniens. Mais quand Lisander eut entierement défait les Athéniens à Egos-Potamos, les Lacédémoniens attaquerent Naupacte, & en dépouillerent les Messéniens. Alors les Locriens rentrerent en possession de leur ancien patrimoine, & en jouirent jusqu'à ce que Philippe donna Naupacte aux Etoliens, qu'elle accommodoit par sa proximité. Polybe & Tite-Live la mettent entre les villes les plus considérables de ce pays-là, & en parlent même comme de la capitale de l'Etolie.

On voit par ce détail que Naupacte essuya plusieurs dominations, & changea souvent de maîtres. Les Grecs modernes l'appellerent Nepactos ou Epactos. Elle se nomme aujourd'hui Lépante, à 7 lieues de Patras ; & elle donna son nom au golfe près duquel elle est située. Voyez LEPANTE. (D.J.)


NAUPLIAou NAUPLIANAVALE, (Géog. anc.) ville & port de mer dans l'Argie, dont Hérodote, Strabon, Ptolémée & Pausanias ont fait mention. Ces auteurs en ayant parle comme d'un port fort commode, on a jugé que ce devoit être Napoli de Romanie ; du moins voit-on encore des ruines d'une ancienne ville auprès de Napoli de Romanie. La montagne de Palamede est dans le voisinage ; mais on ne peut plus démêler, dit la Guilletiere, la célebre fontaine de Canathus, où la déesse Junon alloit souvent se baigner, & d'où elle sortoit toujours en état de vierge : sans doute que les femmes du pays ayant inutilement essayé si elles en sortiroient comme la reine des dieux, ont laissé perdre exprès la mémoire du nom de Canathus. (D.J.)


NAUPORTUM(Géog. anc.) ville des Taurisques vers la source de la riviere Nauportus, dont elle tiroit son nom, selon Pline, liv. III. ch. xvij. On juge de la table de Peutinger que Nauportum étoit précisément au lieu où est aujourd'hui Ober-Laubach, & que la riviere Nauportus est le Laubach.


NAUPORTUSou NAUPONTUS, (Géog. anc.) riviere qui, selon Pline, l. III. ch. xvij. prend sa source dans les Alpes, entre Aemona & les Alpes, auprès de Longaticum, à 6 milles de la ville Nauportus. Cette riviere passoit à Aemona, & à un mille au-dessous de cette ville, elle se joignoit avec la Save. On croit que cette riviere est le Laubach.


NAUROUSE(Géog.) lieu de France où l'on fait le point de partage des eaux qu'on a assemblées pour fournir aux canaux qui font la jonction de la mer océane avec la mer méditerranée. C'est une petite éminence située dans la route qui conduit du bas au haut Languedoc, & où il y a deux vallons qui naissent. Pour former la jonction desirée, d'un côté on a fait aboutir les canaux qui viennent à Naurouse, & qui communiquent à l'Océan ; & de l'autre côté, on y a joint un canal qui, en traversant la plage, se rend dans la mer Méditerranée. Ce canal, qui est profond de deux toises, en a seize d'ouverture, huit de base, & environ 800 de longueur. On l'appelle en conséquence canal royal.


NAUSÉES. f. (Médec.) l'aversion qu'on a pour tous les alimens, ou pour certains alimens en particulier, s'appelle dégoût ; c'est un symptome qui semble composé du défaut du vice de l'appétit & de la nausée.

Si l'on a pris des substances pourries, corrompues, rances, nidoreuses, visqueuses, grasses, oléagineuses, dégoutantes, il les faut éviter dans la suite, & les chasser du corps soit par le vomissement, soit par les selles.

Si la corruption des humeurs de la bouche, des narines, des dents, du gosier ; si la matiere capable de causer des catharres, des aphthes, vient à produire cette maladie, on évite la déglutition de ces humeurs viciées ; on la détourne autre part ; on se lave fréquemment la bouche avec les antiseptiques.

Quand le ventricule & le pancréas sont remplis d'un suc morbifique, & qu'une bile de mauvaise qualité vient à couler dans le premier de ces visceres, & qu'il s'y trouve en même-tems un amas de cacochylie crue, il faut employer les évacuans pour chasser par haut & par bas toutes ces matieres, ensuite recourir aux stomachiques pour empêcher qu'elles ne se reforment de nouveau.

La nausée qui vient sur mer, ou lorsqu'on est en voiture sur le devant d'un carrosse fermé, ou celle qui est la suite de quelqu'autre mouvement extraordinaire & de quelque passion de l'ame, se dissipe en ôtant les causes, en changeant de position, en prenant les acides, &c. mais elle est dangereuse dans la lienterie, la dyssenterie, le cholera ; il la faut alors traiter par les anodins stomachiques.

Celle qui accompagne les fievres aiguës, ardentes, érésipélateuses, putrides, purulentes, malignes, hectiques, la phthysie, la goutte des piés, est un fâcheux symptome qui demande ordinairement les acides agréables, les délayans & les anodins ; mais ce ne sont là que des remedes palliatifs.

Dans la constipation, la suppression d'un ulcere, ou de quelqu'autre évacuation ordinaire, il convient de rétablir l'évacuation, ou d'en procurer une autre qui fasse le même effet.

En général les présages varient autant que les causes. Dans cette maladie on doit attendre que le sujet qui en est constamment attaqué, prendra moins d'alimens que de coutume, qu'il en résultera une mauvaise chylification, la maigreur du corps, la foiblesse, le dépérissement sensible de toute la machine, & finalement sa destruction. (D.J.)


NAUSTATHMUS(Géog. anc.) nom commun à divers ports : 1°. au port de Sicile, selon Pline, lib. III. cap. viij. c'est aujourd'hui Fontane Bianche, entre Syracuse & le fleuve Acettaro, autrefois nommé Elorus : 2°. à un port d'Afrique dans la Pentapole, selon Ptolémée, lib. IV. cap. iv. 3°. à un port qui étoit dans le golfe Canthi, à l'embouchure du fleuve Indus : 4°. à un port d'Asie aux environs de la Troade, selon Strabon.


NAUTES. m. (Littérat.) en latin nauta, s. m. Ce mot signifie non-seulement un matelot, mais aussi un marchand, un riche négociant qui équipe des vaisseaux à ses frais, & fait un commerce considérable. Il paroît même par quantité d'inscriptions que les nautae composoient un corps dont des magistrats & des chevaliers romains ont souvent fait partie.

Les nautes étoient dans la ville d'honorables citoyens unis & associés pour faire le commerce par eau. Les inscriptions trouvées au mois de Mars 1711, en creusant la terre sous le choeur de Notre-Dame, nous apprennent que sous le regne de Tibere, la compagnie des nautes établie à Paris, éleva un autel à Eoüs, à Jupiter, à Vulcain, à Castor & à Pollux. Voyez une dissertation de M. le Roi mise à la tête du premier volume de l'histoire de Paris, par le P. Félibien.

Il est assez naturel de présumer que les mercatores aquae parisiaci, dont il est parlé sous les regnes de Louis le Gros & de Louis le Jeune, avoient succédé, sous un autre nom, à ces anciens commerçans, & qu'il ne faut point chercher ailleurs l'origine du corps municipal, connu depuis sous le nom d'hôtel-de-ville de Paris, & chargé de la police générale de la navigation, & des marchandises qui viennent par eau. (D.J.)


NAUTILES. m. (Conchyliol.) genre de coquillage, dont le caractere générique est de ressembler à un vaisseau. Il a été ainsi nommé du mot grec , qui veut dire le poisson & le nautonnier.

Le nautile pris pour le coquillage, est une coquille univalve, de forme ronde & oblongue, mince, épaisse, à oreilles, sans oreilles, unie & quelquefois cannelée, imitant la figure d'un vaisseau.

Différens auteurs ont appellé le nautile en latin pompilus, nauplius, nauticus, cymbium, polypus testaceus, & plusieurs le nomment en françois le voilier.

On distingue en général deux genres de nautile ; le nautile mince, applati, & le nautile à coquilles épaisses. Le premier est le papyracé, dont la coquille n'est guere plus épaisse qu'une feuille de papier.

Le nautile papyracé n'est point attaché à sa coquille, & même, selon Pline, il la quitte souvent pour venir paître sur la terre. On dit que quand il veut nager, il vuide son eau pour être plus léger ; il étend en haut deux de ses bras, entre lesquels est une membrane légere qui lui sert de voile, & les deux autres en bas dans la mer, qui lui tiennent lieu d'aviron : sa queue est son gouvernail. Dans une forte tempête, ou quand il entend du bruit, il retire ses piés, remplit sa coquille d'eau, & par-là se donne plus de poids pour s'enfoncer. La maniere de vuider son eau quand il veut s'élever & naviger, se fait par un grand nombre de trous qui se trouvent le long de ses jambes.

Le nautile à coquille épaisse, nommé par Rumphius nautilus major, seu crassus, ne quitte jamais sa maison. Sa coquille est partagée en quarante cellules ou cloisons, qui diminuent de plus en plus à mesure qu'elles approchent de leur centre. Entre chacune de ses cloisons & les voisines, il y a une communication par le moyen d'un trou qui est au centre de chaque cellule. Il est vraisemblable que le poisson occupe l'espace le plus large de sa coquille, depuis son ouverture jusqu'à la premiere cloison, & que le nerf qui passe au-travers de toutes ses cloisons, sert à le retenir dans sa demeure, à donner la vie à toutes les cellules, & à y porter l'air & l'eau par le petit canal, proportionnellement au besoin qu'en a l'animal pour nager ou s'enfoncer dans l'eau.

Aristote a décrit bien nettement deux especes de nautiles, mais non pas trois, comme Belon l'a imaginé.

Hook remarque que dans le creux des cellules du nautile, on trouve des efflorescences de sel marin ; & qu'ainsi l'air y a passé avec l'eau de la mer.

Ce testacé est commun à Amboine, à Batavia, aux Moluques & au cap de Bonne-Espérance. Rumphius en a donné des figures, ainsi que Ruysch. On dit que les nautiles à cloison ou à coques épaisses, ne vivent pas long-tems hors de leur coquille. Leur ventre est rempli d'une quantité d'oeufs rouges, bons à manger, & faits comme de petits grains ronds, qui ont chacun un petit point noir comme un oeil ; ils forment une masse entourée d'une pellicule mince qu'on appelle ovaire, placée comme un coussin sur le cou.

Ces animaux se trouvent assez rarement avec leurs coquilles, dont ils se détachent très - aisément. Il faut que les pêcheurs soient bien adroits pour les prendre ensemble. Quand ils sont poursuivis, ils tournent leur nacelle tantôt à droite, tantôt à gauche. Enfin, les pêcheurs remarquant qu'ils veulent faire eau & se couler à fond, se jettent souvent à la nage pour les pouvoir joindre.

Les quatre principales différences de la classe des nautiles, c'est que les uns sont papyracés, les autres à cloison, les autres à oreilles & les autres ombiliqués.

Mais les diverses especes de nautiles décrites par les naturalistes, sont les suivantes : 1°. le nautile de la grande espece, poli & épais ; 2°. le nautile de la petite espece à coquilles épaisses & polies ; 3°. le même nautile ombiliqué ; 4°. le nautile commun, chambré & partagé en plusieurs cellules ; 5°. le nautile cannelé, vuide, sans aucune séparation en - dedans ; 6°. le papyracé, applati & mince ; 7°. le nautile à oreilles & à large carene ; 8°. le même nautile à carene ondée en sillon, & dentelée des deux côtés ; 9°. le nautile dont la carene est par-tout dentelée ; 10°. le nautile dit corne d'ammon.

Si cependant la pensée de M. de Jussieu, dans les mémoires de l'acad. des Sciences, année 1722. pag. 235. est vraie, savoir que toutes les cornes d'ammon se sont moulées dans les nautiles, il se trouveroit autant d'especes de nautiles que de cornes d'ammon ; & par conséquent le nombre des especes de nautiles encore inconnues seroit bien grand par rapport au nombre des especes connues. (D.J.)


NAUTIQUEadj. (Astron. & Géog.) se dit de ce qui a rapport à la navigation. Voyez NAVIGATION.

Astronomie nautique est l'Astronomie propre aux navigateurs. Voyez ASTRONOMIE, COMPAS NAUTIQUE ou COMPAS DE MER. Voyez BOUSSOLE & COMPAS. (O)

NAUTIQUES CARTES, voyez CARTES MARINES.


NAUTODICE(Ant. grecq.) officier subalterne chez les Athéniens. Les nautodices terminoient les différends survenus entre les marchands, les matelots & les étrangers dans les affaires de commerce maritime. Leur audience générale se tenoit le dernier jour de chaque mois.


NAUTONNIERNAUTONNIER


NAVALadj. se dit d'une chose qui concerne les vaisseaux, ou la navigation. Voyez VAISSEAU & NAVIGATION.

C'est dans ce sens qu'on dit quelquefois forces navales, combat naval, &c.

Couronne navale, corona navalis, parmi les anciens Romains, étoit une couronne ornée de figures des proues de vaisseaux ; on la donnoit à ceux qui dans un combat naval avoient les premiers monté sur le vaisseau ennemi.

Quoiqu' Aulugelle semble avancer comme une chose générale, que la couronne navale étoit ornée de figures de proues de vaisseaux, cependant Juste Lipse distingue deux sortes de couronnes navales ; l'une simple, l'autre garnie d'éperons de navires.

Selon lui, la premiere se donnoit communément aux moindres soldats ; la seconde beaucoup plus glorieuse, ne se donnoit qu'aux généraux, ou amiraux, qui avoient remporté quelque victoire navale considérable. Chambers. (G)

NAVALE, (Géogr. anc.) ce mot latin peut avoir beaucoup de significations différentes : il peut signifier un port, un havre, quelquefois le lieu du port où l'on construit les vaisseaux, comme à Venise ; ou le bassin où ils sont conservés & entretenus, comme au Havre-de-Grace ; mais ce n'est point là le principal usage de ce mot. Il y avoit des villes qui étoient assez importantes pour avoir un commerce maritime, & qui néanmoins n'étoient pas situées assez près de la mer pour faire un port. En ce cas on en choisissoit un le plus près & le plus commode qu'il étoit possible. On bâtissoit des maisons à l'entour, & ce bourg ou cette ville devenoit le navale de l'autre ville. C'est ainsi que Corinthe située dans l'isthme du Péloponnèse avoit deux ports, duo navalia, savoir, Lechacum dans le golfe de Corinthe, & Cenchrées dans le golfe Salonique. Quelquefois une ville se trouvoit bâtie en un lieu qui n'avoit pas un port suffisant pour ses vaisseaux, parce que son commerce auquel des barques avoient suffi au commencement, étoit devenu plus florissant, & demandoit un havre où de gros bâtimens pussent entrer ; alors quoique la ville eût déjà une espece de port, elle s'en procuroit un autre plus large, plus profond, quoiqu'à quelque distance, & souvent il s'y formoit une colonie qui devenoit aussi florissante que la ville même. C'est une erreur de croire que le port ou navale fût toujours contigu à la ville dont il dépendoit, il y avoit quelquefois une distance de plusieurs milles.


NAVALIA(Géog. anc.) ville de la Germanie inférieure selon Ptolémée, qui la met entre Assiburgium & Mediolanium : quelques savans croient que c'est la ville de Zwol. (D.J.)


NAVAN(Géog.) petite ville d'Irlande dans la province de Leinster, au comté d'Est-Meath sur la Boyne, à 10 milles de Duleck, & à 7 de Kello. Elle a droit d'envoyer deux députés au parlement d'Irlande. Long. 11. 19. lat. 53. 42.


NAVARETTE(Géograph.) petite ville d'Espagne de la petite province de Rioxa, qui est dans la vieille Castille. Elle est située sur une montagne à environ deux lieues de Logrono, du côté du couchant. Long. 15. 30. lat. 42. 28.


NAVARINou ZONCHIO, (Géog.) ville de Grece dans la Morée, au Belvédere, au-dessus de Modon, en tirant vers le nord. Il y a apparence que c'est la même ville que Ptolémée, l. III. c. xvj. nomme Pylus. Navarin est à 10 milles de Coron, sur une hauteur, au pié de laquelle est un bon & vaste port, défendu par deux châteaux. Les Turcs ont enlevé pour la derniere fois cette place aux Vénitiens en 1715, avec toute la Morée. Long. 39. 26. lat. 37. 2.


NAVARQUES. m. (Hist. anc.) celui qui commandoit un ou plusieurs vaisseaux, selon que chaque allié en envoyoit. Il s'appella aussi praefectus, magister navis, trierarchus.


NAVARRE(Géog.) royaume d'Europe, situé entre la France & l'Espagne, & divisé en haute & basse Navarre. La premiere appartient à l'Espagne, & la seconde à la France ; & toutes les deux ensemble se divisent encore en plusieurs districts ou bailliages, qu'on appelle en Espagne mérindades. La haute Navarre en comprend cinq qui ont pour leurs capitales Pampelune, Ertella, Tudele, Olete, & Sanguersa. La basse Navarre ne contient qu'un de ces bailliages, & a pour seule ville S. Jean-Pié-de-Port.

NAVARRE, la haute, (Géog.) elle a au nord une partie des provinces de Guipuscoa & d'Alava, les Pyrénées, le Béarn, & le pays de Labour, autrement le pays des Basques ; à l'orient une partie du royaume d'Aragon, les Pyrénées, & les vallées qui se jettent au-dedans de l'Espagne par Roncevaux, par le val de Salazar, & par celui de Roncal, jusqu'à Ysara. Ses rivieres principales sont l'Ebre, l'Aragon, l'Arga, l'Elba ; & ses principales vallées sont celles de Roncevaux, Salazar, Roncal, Thescoa, & Bartan. Ce royaume avoit autrefois une étendue bien plus grande que celle qu'il a aujourd'hui ; car il ne comprend guere que 28 lieues de long, 23 de large, & tout au plus 15 à 20 mille familles.

L'air de ce pays est plus doux & plus tempéré, que celui des provinces plus voisines de l'Espagne ; mais le terrein est hérissé de montagnes, & abonde en mines de fer.

Ignigo-Arista est le premier qui ait regné dans la haute Navarre, & ses descendans en jouirent jusqu'en 1234. En 1316, Jeanne, comme fille de Louis Hutin, devint héritiere de ce royaume, qu'elle apporta à son mari Philippe, comte d'Evreux. En 1512, Ferdinand s'en empara sur Jean sire d'Albret, qui en étoit roi, du chef de Catherine de Foix sa femme, derniere héritiere de Charles, comte d'Evreux. Le pape le seconda dans cette entreprise ; & leur prétexte fut que ce prince étoit allié de Louis XII. ce fauteur du concile de Pise. Louis XII. secourut Jean d'Albret ; mais l'activité du duc d'Albe rendit cette entreprise inutile, & força le roi de Navarre & la Palice, à lever le siége de Pampelune. Catherine de Foix disoit au roi son mari, après la perte de ce royaume : " dom Jean, si nous fussions nés, vous Catherine, & moi dom Jean, nous n'aurions jamais perdu la Navarre ".

Récapitulons en deux mots l'histoire de ce royaume : les Navarrois se donnerent à Inigo, qui commença le royaume de Navarre. Ensuite trois rois d'Aragon joignirent à l'Arragonois, la plus grande partie de la Navarre, dont les Maures musulmans occuperent le reste. Alphonse le Batailleur, qui mourut en 1134, fut le dernier de ces rois. Alors la Navarre fut séparée de l'Aragon, & redevint un royaume particulier, qui passa depuis par des mariages aux comtes de Champagne, appartint à Philippe-le-Bel, & à la maison de France ; ensuite tomba dans celles de Foix & d'Albret, & est absorbée aujourd'hui dans la monarchie d'Espagne.

NAVARRE, la basse, (Géog.) c'est une des mérindades ou bailliages, dont tout le royaume de Navarre étoit composé. Elle est séparée de la Navarre espagnole par les Pyrénées. Ce pays fut occupé des premiers par les Vascons ou Gascons, lorsqu'ils passerent les monts, pour s'établir dans la Novempopulanie sur la fin du vj. siecle : aussi tous les habitans sont basques, & parlent la langue basque, qui est la même que celle des Biscayens espagnols.

Tout ce que Jean d'Albret & Catherine reine de Navarre sa femme, purent recouvrer des états que Ferdinand roi d'Aragon & de Castille leur enleva en 1512, se réduisit à la basse-Navarre, qui n'a que huit lieues de long sur cinq de large, & pour toute ville Saint-Jean-Pié-de-Port. On lui donne pourtant le nom de royaume, & nos rois ajoutent encore ce titre à celui de France, par un usage qui semble bien au-dessous de leur grandeur.

Ce petit pays est montueux & presque stérile ; il est arrosé par la Nive & la Bidouse. Henri d'Albret, fils de Jean, en fit un pays d'états, conformément à l'usage qui est observé dans la haute-Navarre ; & ce privilége subsiste toûjours. Les dons ordinaires que les états de basse-Navarre font au roi, vont à environ 6860 ; mais ils allouent au gouverneur 7714 livres, & au lieutenant de roi 2714.


NAVARREINS(Géog.) petite ville de France dans le Béarn, sur le gave d'Oléron, à cinq lieues de cette ville, dans la sénéchaussée de Sauveterre : elle fut bâtie par Henri d'Albret roi de Navarre, dans une plaine très-fertile. Il y a dans cette ville un état major. Long. 16. 50. lat. 43. 20.


NAVAS DE TOLOSA(Géog.) montagne d'Espagne, dans la partie septentrionale de l'Andalousie à l'orient de Sierra Morena. Elle est remarquable par la victoire que les Chrétiens y remporterent sur les Maures le 16 Juillet 1212, sous les ordres d'Alphonse, roi de Castille.


NAVÉES. f. termes de Mariniers, vaisseau chargé de poisson. Ce mot n'est en usage que dans quelques ports de mer de France, particulierement du côté de Normandie ; & l'on ne s'en sert guere que dans le négoce de la saline.

NAVEE, (Architect. civile) c'est le nom que donnent les Maçons à la charge d'un bateau de pierre de saint Leu, qui contient plus ou moins de tonneaux, selon la crue ou décrue de la riviere. (D.J.)


NAVETnapus, s. m. (Hist. nat. Bot.) genre de plante qui ne differe de la rave que par le port de la plante ; ce caractere fait distinguer très-aisément ces deux genres l'un de l'autre. Voyez RAVE. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

Des cinq especes de navets que compte M. de Tournefort, nous ne décrirons que le plus commun, c'est-à-dire le navet cultivé, napus sativa, radice albâ, I. R. H. 229. Il a la racine oblongue, ronde, grosse par le collet, cependant moins grosse que la rave, charnue, tubéreuse, plus menue vers le bas, de couleur blanche ou jaune, quelquefois noirâtre en-dehors, blanche en-dedans, d'une saveur douce & piquante, agréable, plus suave & plus délicate que le raifort. Elle pousse une tige de la hauteur d'une coudée & davantage, qui se divise en rameaux. Ses feuilles sont oblongues, profondément découpées, rudes, vertes, sans pédicules, ou attachées à des pédicules membraneux ; les inférieures sont sinuées, embrassent la tige, & finissent en pointe.

Sa fleur est à quatre pétales disposés en croix, jaune comme celle du chou ; quand elle est passée, il lui succede une silique longue d'environ un pouce, ronde, qui se divise en deux loges, remplies de semences assez grosses, presque rondes, de couleur rougeâtre, ou purpurine, d'un goût âcre & piquant qui tient de l'amer. Cette âcreté est moindre que celle de la graine de moutarde, quoiqu'elle en approche.

On seme le navet, & on le cultive dans les jardins & dans les champs : il se multiplie de graine, & veut une terre légere & sablonneuse, quoiqu'il vienne également dans les terres fortes, quand elles sont bien labourées. Il y en a de plusieurs sortes, de gros & de petits ; les petits navets sont estimés les meilleurs & les plus agréables au goût. On fait cas à Paris des navets de Vaugirard, & de ceux de Freneuze, près de Poissy. Il y a beaucoup de navets qui sont tout-à-fait insipides, ce qui vient du défaut de culture, & de dégénération de la graine. Il ne faut pas confondre cette graine avec celle qu'on appelle navette. Voyez NAVETTE. (D.J.)

NAVET, (Chimie, Pharmacie, Diete, & Mat. med.) navet cultivé, navet commun. Ce n'est que la racine de cette plante qui est employée soit en Médecine, soit pour l'usage de nos tables. Aussi est-ce proprement la racine de navet qui est désignée dans l'usage commun par le mot de navet.

Les navets donc, pour parler le langage ordinaire, ont, lorsqu'ils sont cruds, un goût sucré, relevé d'un montant vif & piquant, qui s'évapore facilement par la suite, pour ne laisser au navet que la simple saveur douce. Les principes par lesquels ils excitent l'un & l'autre sentiment, sont bien connus. Leur goût sucré & fixe est dû au corps muqueux-doux qu'ils contiennent abondamment ; & le goût piquant & fugitif a une petite portion d'alkali volatil spontané. Voyez DOUX, MUQUEUX, VEGETAL.

Le corps doux-muqueux contenu dans le navet, est de l'espece de ce corps qui a le plus d'analogie avec le mucus, ou la substance gélatineuse des animaux, & qui peut être regardée comme étant, à cet égard, le dernier chaînon par lequel la série des végétaux se lie au regne animal. Voyez VEGETAL, BSTANCES ANIMALESALES.

Cette espece de corps muqueux, & celui que contient le navet en particulier, fournit aux animaux une nourriture abondante, un aliment pur, & peut-être l'aliment végétal par excellence. Voyez NOURRISSANT. Aussi le navet est-il généralement reconnu pour être très-nourrissant, de bon suc, & de facile digestion. Son usage diététique est trop connu, trop manifestement, & trop généralement salutaire, pour que la Médecine ait des préceptes à donner sur cet objet. Mais c'est pour cela même qu'il y a peu à compter sur les éloges que les Médecins ont donnés au bouillon & au syrop de navet, employés à titre de remede dans les toux, les phthysies, l'asthme, &c. Un aliment si pur, & si propre à tous les sujets, ne sauroit exercer chez quelques-uns une vertu véritablement médicamenteuse. Si quelque médecin se proposoit cependant de soutenir un malade par un aliment doux, léger, pur, de prescrire une diete plus tenue que celle des bouillons de viande ; les bouillons de navet pourroient être regardés comme remplissant très-bien cette vûe. Cette diete mérite au-moins d'être tentée, & comparée à la diete lactée, & à la diete farineuse, sur laquelle les observations manquent absolument aussi. Voyez REGIME.

On employe quelquefois dans les compositions officinales la semence de ce navet, au lieu de celle de navet sauvage. (b)

NAVETTE, s. f. (Comm. des grains) graine d'une espece de choux sauvage que les Flamands nomment colsa & colzat. Voyez l'article COLSAT.

C'est de cette graine que l'on tire par expression l'huile que les mêmes Flamands appellent huile de colsa ou de colzat, & les François huile de navette ou de rabette. La navette ou colsa est cultivée avec grand soin en Flandre & en Hollande ; on la cultive encore en Brie, en Champagne & en Normandie, où il se fait un assez grand négoce d'huile exprimée de cette graine, dont l'usage le plus ordinaire est pour les ouvriers qui fabriquent des étoffes de laine & pour ceux qui font des ouvrages de bonnetterie : il s'en consomme aussi beaucoup par les Couverturiers, & pour brûler dans la lampe, sur-tout lorsque l'huile de baleine manque, soit parce que la pêche n'a pas été heureuse, soit parce que la guerre empêche les Pêcheurs d'y aller, & les Marchands d'en tirer des pays étrangers.

Les qualités de la bonne huile de navette sont une couleur dorée, une odeur agréable, & qu'elle soit douce au goût. On la mêlange quelquefois d'huile de lin, ce qui se reconnoît à l'amertume & à l'odeur moins agréable.

Il faut remarquer que la navette ou graine de colsa qui croît en Hollande ou en Flandre, est beaucoup plus grosse & mieux nourrie que celle de France ; ce qui lui fait donner le nom de grosse navette, au lieu que celle de France est appellée navette ordinaire ou petite navette, parce qu'effectivement elle est plus menue. (D.J.)

NAVET SAUVAGE, Navette. (Mat. méd.) Sa semence entre dans la composition de la theriaque. On en prépare dans plusieurs pays une huile par expression, très-connue, qui ne possede que les qualités connues de cette espece d'huile, mais qui parce qu'elle est communément des moins douces, ne s'emploie point pour l'usage intérieur. (b)


NAVETTES. f. terme de manufacture. Ce mot signifie une espece d'outil dont les Tisseurs, Tissutiers ou Tisserands se servent pour former, avec un fil qu'elle renferme, de laine, de soie, de chanvre, ou d'autre matiere, la trame de leurs étoffes, toiles, rubans, &c. ce qui se fait en jettant alternativement la navette de droite à gauche, & de gauche transversalement entre les fils de la chaîne qui sont placés en longueur sur le métier.

Au milieu de la navette est une espece de creux que l'on nomme la boîte ou la poche, quelquefois la chambre de la navette, dans lequel est renfermé l'espoulle ou espolin qui est une partie du fil destiné pour la trame, lequel est devidé sur un tuyau ou canon de roseau, qui est une espece de petite bobine sans bords, que quelques-uns appellent buhot, & d'autres canette.

Il y a des manufacturiers que l'on nomme ouvriers de la grande navette, & d'autres, ouvriers de la petite navette. Les premiers sont les marchands maîtres ouvriers en draps d'or, d'argent, de soie, & autres étoffes mêlangées, & les derniers, sont les maîtres-Tissutiers-Rubaniers. Voyez TISSUTIER-RUBANIER. Voyez aussi à l'article DRAPIER ou MANUFACTURIER EN LAINE, l'usage & la description de la navette angloise.

NAVETTE PLATE, de buis comme la navette, mais de forme différente. Celle-ci est presque ovale, percée comme celle-là d'outre en outre. L'ouverture en est plus petite que dans la navette ordinaire, puisque le canon est aussi plus petit : elle en differe encore en ce que le côté par lequel sort la trame, est garni d'une armure de fer dans toute sa longueur, & dont voici la nécessité. Comme la plate navette fait l'office du battant en frappant continuellement contre la trame, elle l'useroit trop vîte, outre qu'elle n'auroit pas même assez de coup, si elle n'étoit rendue plus pesante par cette armure ; cependant, aux ouvrages extrêmement legers, & auxquels il suffit que la trame soit seulement arrangée, on s'en sert sans être armée ; son usage est le même que celui de la navette, & a le frapper de plus.

NAVETTE, s. f. (Hydr.) Voyez SAUMON.

NAVETTE, s. f. (Marine) C'est un petit bâtiment dont se servent quelques Indiens, qui est fait d'un tronc d'arbre creusé, & dont la forme ressemble à une navette. (Z)

NAVETTE, terme de Plombiers, & des marchands qui font négoce de plomb, est une masse de plomb faite à-peu-près de la même figure qu'une navette de Tisserand. On l'appelle plus ordinairement saumon. Voyez PLOMB.

NAVETTE, terme de Rubaniers, est un instrument de buis plus ou moins grand, fait en forme de navire plat, ce qui lui a fait donner ce nom. Son fond est percé comme le dessus, pour laisser la place du canon qui porte la trame. La navette a plusieurs trous dans l'intérieur de son épaisseur : savoir, un dans le milieu d'un de ses côtés, que l'on revêt en-dedans d'un petit annelet d'émail, pour empêcher que la soie ne s'accroche en passant par ce trou ; deux autres trous au milieu du fond percé dont j'ai parlé, pour loger les deux bouts de la brochette qui porte le canon ; l'un de ces deux trous est évidé à son entrée & par le haut, pour laisser glisser le bout de cette brochette qui par l'autre bout entre un peu avant dans l'autre trou non évidé comme celui-ci. La navette a encore à ses deux bouts qui sont très-aigus, de petites armures de fer, pour garantir les angles lors des chûtes que la navette peut faire ; sa longueur est depuis 3 pouces jusqu'à 8 ou 10 ; son usage est de porter le canon de la trame dont il est chargé par le moyen de la brochette qui lui sert comme de moyeu ; le bout de cette trame qui passe par l'annelet ci-dessus, s'unit à la chaîne, & s'y arrête toutes les fois que l'ouvrier enfonce une nouvelle marche, en même tems qu'il enfonce cette nouvelle marche, & qu'il se leve par ce pas une partie de la chaîne pendant que le reste demeure en-bas ; il recule le battant d'une main du côté des lisses, & de l'autre main il lance la navette à-travers cette levée de chaîne, & la reçoit dans sa main qui vient de pousser le battant ; puis il lâche le battant qui vient de frapper contre cette trame à chaque coup de navette, observant de lâcher le battant avant que son pié ait quitté la marche, ce qui s'appelle frapper à pas ouvert.


NAVICULAIRE, OSterme d'Anatomie. C'est le nom du troisieme os du tarse entre l'astragal & les os cunéiformes, & du premier carpe entre le semilunaire & le trapeze. Voyez TARSE & CARPE.

Ils sont ainsi appellés du mot latin navis vaisseau, avec quoi il a quelque ressemblance, c'est pourquoi on l'appelle aussi cymbiforme du mot cymba, barque, & scaphoïde, du mot scapha, esquif.

On observe dans l'os naviculaire du tarse deux faces articulaires revêtues d'un cartilage : l'une est concave, postérieure & articulée avec la convexité antérieure de l'astragal ; l'autre convexe antérieure, divisée en quatre facettes pour l'articulation avec l'os cuboïde & les trois cunéiformes. La circonférence décrit par son contour un ovale qui se rétrecit peu-à-peu, & se termine obliquement par une pointe incusse. Un côté du contour a plus de convexité que l'autre, & est tourné en-haut. La pointe de l'ovale va aboutir à une tubérosité qui est tournée en-bas & en-dedans.

On remarque dans l'os naviculaire du carpe une éminence oblongue revêtue d'un cartilage, & articulée avec le trapeze & le trapezoïde, trois facettes articulaires : une convexe qui s'articule avec le rayon ; l'autre concave, & s'articule avec le grand ; la troisieme est plate & articulée avec l'os semilunaire ; deux faces dont l'externe est inégale & distinguée de l'interne par une espece de petite gouttiere qui regne tout le long de la longueur de l'os. (L)


NAVIGABLEadj. (Marine) se dit d'une riviere ou d'un canal qui a assez d'eau pour porter des bateaux ou bâtimens chargés. (Z)


NAVIGATEURS. m. (Marine) ce nom ne se donne qu'à ceux qui entreprennent des voyages de long cours ; & même entre ceux-ci il semble particulierement consacré à des hommes éclairés, courageux & hardis, qui ont fait par mer de nouvelles découvertes importantes de lieux & de pays.

Personne n'ignore que la mer est devenue par la navigation le lien de la société de tous les peuples de la terre, & que c'est par elle que se répandent en tous lieux les commodités & l'abondance. On se tourmenteroit vainement à chercher quel fut le premier navigateur, il suffit de savoir qu'on doit le trouver parmi les premiers hommes. La navigation sur les rivieres doit avoir été presque aussi ancienne que le monde. La nature aida les hommes à découvrir cet art si nécessaire. Après avoir vu flotter des arbres & des solives, ils en joignirent plusieurs pour passer des rivieres. Après avoir vu des coupes & des tasses de bois, ils donnerent quelques creux à des pieces de charpente liées ensemble, pour aller plus sûrement sur l'eau. Le tems, le travail & l'industrie perfectionnerent peu-à-peu ces sortes de maisons flottantes ; on hasarda de se mettre dedans pour passer des bras de mer ; ainsi l'on vit aux radeaux succéder des barques taillées par l'avant & par l'arriere, & finalement d'autres especes de vaisseaux & de galeres, qui reçurent aussi peu-à-peu de nouvelles perfections.

Les Phéniciens avides de s'enrichir, & plus curieux encore à mesure qu'ils s'enrichirent, saisirent promptement ces différentes inventions : & comme ils ne pouvoient reculer par terre les bornes de leurs états, ils songerent à se former sur la mer un nouvel empire, dont ils ne furent redevables qu'à leur industrie & à leur hardiesse. Il falloit avoir infiniment de l'un & de l'autre pour tenter au milieu des abîmes un chemin sans trace, & où il est aussi périlleux d'avancer que de reculer. Cependant Strabon remarque que ces peuples peu d'années après la guerre de Troie se hasarderent à passer les colonnes d'Hercule & à braver le terrible Océan. Enfin ce sont les premiers qui ayent osé perdre de vûe leur patrie, pour entreprendre des voyages de long cours. Mais comme je ne fais point ici l'histoire importante de la navigation, je passe tout-d'un-saut à celle des Européens, qui nous ont découvert de nouvelles parties du monde inconnues à l'antiquité.

Ce fut dans le royaume de Portugal que s'éleva au commencement du XV. siecle, & malgré toute l'ignorance de ces tems-là, cet esprit de découverte si glorieux pour toutes les nations, si profitable pour le commerce, & qui depuis environ 260 ans a jetté des richesses immenses dans l'Europe, & a porté ses forces maritimes à un si haut point, qu'on la regarde avec raison comme la maîtresse de la plus grande partie de notre globe.

Il est vrai que les premiers essais des Portugais ne furent que des voyages fort courts qu'ils firent le long des côtes du grand continent de l'Afrique. Devenus bientôt plus hardis & plus expérimentés sur mer, le succès de leurs entreprises les anima à en essayer d'autres. Ils navigerent les premiers d'entre les nations sur l'Océan atlantique. Ils découvrirent en 1419 l'île de Madere, en 1448 les îles des Açores, en 1499 les îles du Cap-verd, & en 1486 le cap de Bonne-Espérance, ainsi nommé de l'espérance qu'ils concevoient avec raison par cette découverte de trouver de ce côté un passage aux Indes. Mais c'est à un seul homme, à l'infant dom Henri, que les Portugais furent sur-tout redevables de leurs vastes entreprises contre lesquelles ils murmurerent d'abord. Il ne s'est rien fait de si grand dans le monde, dit M. de Voltaire, que ce qui se fit par le génie & la fermeté d'un homme qui lutte contre les préjugés de la multitude.

Gama (Vasco de) est le navigateur portugais qui eut le plus de part aux grandes choses de cette nation. Il découvrit les Indes orientales par le cap de Bonne-Espérance, & s'y rendit pour la premiere fois en 1497. Il y retourna en 1502, & revint à Lisbonne avec treize vaisseaux chargés de richesses. Il fut nommé, comme il le méritoit, viceroi des Indes portugaises par le roi Jean III. & mourut à Cochin en 1525. Dom Etienne & dom Christophe de Gama ses fils lui succéderent dans sa viceroyauté, & sont célebres dans l'histoire.

Magalhaens (Ferdinand), que les François nomment Magellan, compatriote de Gama, a rendu pareillement sa mémoire immortelle par la découverte qu'il fit l'an 1520 du détroit qui de son nom est appellé Magellanique. Ce fut cependant sous les auspices de Charles-Quint, vers lequel il s'étoit retiré, qu'il fit cette découverte : piqué contre son roi qui lui avoit refusé une légere augmentation de ses appointemens, Magellan partit de Séville l'an 1519 avec cinq vaisseaux, passa le détroit Magellanique jusqu'alors inconnu, & alla par la mer du sud jusqu'aux îles de Los-Ladrones (les Philippines) où il mourut bientôt après, les uns disent de poison, les autres disent dans un combat. Un de ses vaisseaux arriva le 8 Septembre 1522 dans le port de Séville sous la conduite de Jean-Sébastien Catto, après avoir fait pour la premiere fois le tour de la terre.

Un troisieme navigateur portugais, dont je ne dois point taire le nom, est Mendès Pinto (Ferdinand), né à Monté-Mor-O-Velho, qui s'embarqua pour les Indes en 1537, dans le dessein de relever sa naissance par le secours de la fortune. Il y fut témoin pendant 20 ans des plus grands événemens qui arriverent dans ce pays, & revint en Portugal en 1558, après avoir été treize fois esclave, vendu seize fois, & avoir essuyé un grand nombre de naufrages. Ses voyages écrits en portugais & traduits en françois sont intéressans.

Les bruits que firent dans le monde le succès des merveilleuses entreprises des Portugais, éveilla Christophe Colomb, génois, homme d'un grand savoir & d'un génie du premier ordre ; il imagina une méthode encore plus sûre & plus noble de poursuivre glorieusement les mêmes desseins de découverte. Il eut une infinité de difficultés à combattre, & telles qu'elles auroient rebuté tout autre que lui. Il les surmonta à la fin, & il entreprit à l'âge de 50 ans cette heureuse & singuliere expédition, à laquelle on doit la découverte de l'Amérique.

Ferdinand & Isabelle qui régnoient en Espagne, goûtant foiblement son projet, ne lui accorderent que trois vaisseaux. Il partit du port de Palos en Andalousie le 11 Octobre 1492, & aborda la même année à Guanahani, l'une des Lucayes. Les insulaires, à la vûe de ces trois gros bâtimens, se sauverent sur les montagnes, & on ne put prendre que peu d'habitans auxquels Colomb donna du pain, du vin, des confitures & quelques bijoux. Ce traitement humain fit revenir les naturels de leur frayeur, & le cacique du pays permit par reconnoissance à Colomb de bâtir un fort de bois sur le bord de la mer : mais la jalousie, cette passion des ames basses, excita contre lui les plus violentes persécutions. Il revint en Espagne chargé de fers, & traité comme un criminel d'état. Il est vrai que la reine de Castille avertie de son retour lui rendit la liberté, le combla d'honneur, & déposa le gouverneur d'Hispaniola qui s'étoit porté contre lui à ces affreuses extrêmités. Il fut si sensible à la mort de cette princesse, qu'il ne lui survécut pas long-tems ; il ordonna tranquillement ses obséques, & les fers qu'il avoit portés furent placés dans son cercueil. Ce grand homme finit sa carriere à Valladolid en 1506 à 64 ans.

Les Espagnols dûrent à cet illustre étranger & à Vespucci (Americo) florentin, la découverte de la partie du monde qui porte le nom de ce dernier, au lieu que la nation portugaise ne doit qu'à elle seule le passage du cap de Bonne-Espérance.

Vespuce étoit un homme de génie, patient, courageux & entreprenant. Après avoir été élevé dans le commerce, il eut occasion de voyager en Espagne, & s'embarqua en qualité de marchand en 1497 sur la petite flotte d'Ojeda, que Ferdinand & Isabelle envoyoient dans le Nouveau-monde. Il découvrit le premier la terre-ferme qui est au-delà de la ligne ; & par un honneur que n'ont pu obtenir tous les rois du monde, il donna son nom à ces grands pays des Indes occidentales, non-seulement à la partie septentrionale ou méxiquaine, mais encore à la méridionale ou péruane, qui ne fut découverte qu'en 1525 par Pizaro. Un an après ce premier voyage, il en fit en chef un second, commanda six vaisseaux, pénétra jusques sur la côte de Guayane & de Venezuela, & revint à Séville.

Eprouvant à son retour peu de reconnoissance de toutes ses peines, il se rendit auprès d'Emmanuel, roi de Portugal, qui lui donna trois vaisseaux pour entreprendre un troisieme voyage aux Indes. C'est ainsi qu'il partit de Lisbonne le 13 Mai de l'an 1501, parcourut la côte d'Angola, passa le long de celle du Brésil qu'il découvrit toute entiere jusques par-delà la riviere de la Plata, d'où il revint à Lisbonne le 7 Septembre de l'an 1502.

Il en repartit l'année suivante avec le commandement de six vaisseaux, & dans le dessein de découvrir un passage pour aller par l'occident dans les Moluques, il fut à la baie de tous les Saints jusqu'à la riviere de Curabado. Enfin manquant de provisions, il arriva en Portugal le 18 Juin de l'an 1504, où il fut reçu avec d'autant plus de joie qu'il y apporta quantité de bois de Brésil & d'autres marchandises précieuses. Ce fut alors qu'Américo Vespucci écrivit une relation de ses quatre voyages, qu'il dédia à René II. duc de Lorraine. Il mourut en 1509, comblé de gloire & d'honneurs.

Pizaro (François), né en Espagne, découvrit le Pérou en 1525, se joignit à dom Diégo Almagro ; & après avoir conquis cette vaste région, ils y exercerent des cruautés inouies sur les Indiens ; mais s'étant divisés pour le partage du butin, Ferdinand frere de Pizaro tua Almagro, & un fils de celui-ci tua François Pizaro.

Pour ce qui regarde Cortès (Fernand) qui conquit le Mexique, & qui y exerça tant de ravages, j'en ai déja fait mention à l'article de MEDELLIN sa patrie.

Les navigateurs, dont on a parlé jusqu'ici, ne sont pas les seuls dont la mémoire soit célebre ; les Hollandois en ont produit d'illustres, qui, soutenus des forces de la nation lorsqu'elle rachetoit sa liberté, ont établi son empire au cap, dans l'île de Java, & ont servi à conquérir les îles Moluques sur les Portugais mêmes. On sait aussi que Jacques le Maire étant parti du Texel avec deux vaisseaux, découvrit en 1616, vers la pointe méridionale de l'Amérique, le détroit qui porte son nom. La relation détaillée de son voyage est imprimée.

Mais la grande Bretagne s'est encore plus éminemment distinguée par les actions hardies de ses illustres navigateurs ; & ce pays continue toujours de faire éclorre dans son sein les premiers hommes de mer qu'il y ait au monde.

Bien des gens savent que Christophe Colomb avoit proposé son entreprise de l'Amérique par son frere Barthelemi à Henri VII. roi d'Angleterre. Ce prince lui avoit tout accordé, mais Colomb ne le sut qu'après avoir fait sa découverte ; & il n'étoit plus tems pour les Anglois d'en profiter : cependant le penchant que le roi avoit montré pour encourager les entreprises de cette nature ne fut pas tout-à-fait sans effet. Jean Cabot, Venitien & habile marin, qui avoit demeuré pendant quelques années à Londres, saisit cette occasion. Il offrit ses services pour la découverte d'un passage aux Indes du côté du nord-ouest. Il obtint des lettres-patentes datées de la onzieme année du regne d'Henri VII. qui l'autorisoient à découvrir des pays inconnus, à les conquérir & à s'y établir, sans parler de plusieurs autres privileges qui lui furent accordés, à cette condition seule qu'il reviendroit avec son vaisseau dans le port de Bristol.

Il fit voile de ce port au printems de l'année suivante 1497 avec un vaisseau de guerre & trois ou quatre petits navires frettés par des marchands de cette ville, & chargés de toutes sortes d'habillemens, en cas de quelque découverte. Le 24 Juin, à 5 heures du matin, il apperçut la terre, qu'il appella par cette raison Prima-Vista, ce qui faisoit partie de Terre-neuve. Il trouva en arriere une île plus petite, à laquelle il donna le nom de S. Jean ; & il ramena avec lui trois sauvages, & une cargaison qui rendit un bon profit. Il fut fait chevalier & largement récompensé. Comme il monta en ce voyage jusqu'à la hauteur du cap Floride, on lui attribue la premiere découverte de l'Amérique septentrionale ; c'est du-moins sur ce fait que les rois de la grande Bretagne fondent leur prétention sur la souveraineté de ce pays, qu'ils ont depuis soutenue si efficacement pour leur gloire & pour les intérêts de la nation. C'est ainsi qu'il paroît que les Anglois doivent l'origine de leurs plantations & de leur commerce en Amérique à un simple plan de la découverte du passage du nord-ouest aux Indes.

Mais il faut parler de quelques-uns de leurs propres navigateurs. Il y en a quatre sur-tout, qui sont célebres, Drake, Rawleigh, Forbisher & le lord Anson.

Drake (François), l'un des plus grands hommes de mer de son siecle, né proche de Tavistock en Devonshire, fut mis par son pere en apprentissage auprès d'un maître de navire, qui lui laissa son vaisseau en mourant. Drake le vendit en 1567 pour servir sur la flotte du capitaine Hawkins en Amérique. Il partit en 1577 pour faire le tour du monde qu'il acheva en trois ans, & ramena plusieurs vaisseaux espagnols richement chargés. Il se signala par un grand nombre d'autres belles actions, fut fait chevalier, vice-amiral d'Angleterre, prit sur l'Espagne plusieurs villes en Amérique, & mourut sur mer en allant à Porto-belo le 28 Janvier 1596.

Forbisher (Martin), natif de Yorckshire, n'est guere moins fameux. Il fut chargé en 1576, par la reine Elisabeth, d'aller à la découverte d'un détroit qu'on croyoit être entre les mers du nord & du Sud, & qui devoit servir à passer par le nord de l'occident en orient ; il trouva en effet un détroit dans le 63 degré de latitude, & on appella ce détroit Forbisher Streight. Les habitans de ce lieu avoient la couleur basanée, des cheveux noirs, le visage applati, le nez écrasé, & pour vêtement des peaux de veaux marins. Le froid ayant empêché Forbisher d'aller plus avant, il revint en Angleterre rendre compte de sa découverte. Il tenta deux ans après le même voyage, & éprouva les mêmes obstacles des montagnes de glace & de neige : mais sa valeur intrépide en différens combats contre les Espagnols le fit créer chevalier en 1588. Il mourut à Plimouth d'un coup de mousquet qu'il reçut en 1594 au siege du fort de Grodon en Bretagne, que les Espagnols occupoient alors.

Rawleigh (Walter) naquit en Devonshire d'une famille ancienne, & devint par son mérite amiral d'Angleterre ; ses actions, ses ouvrages & sa mort tragique ont immortalisé son nom dans l'histoire.

Doué des graces de la figure, du talent de la parole, d'un esprit supérieur, & d'un courage intrépide, il eut la plus grande part aux expéditions de mer du regne de la reine Elisabeth. Il introduisit la premiere colonie angloise dans Mocosa en Amérique, & donna à ce pays le nom de Virginie en l'honneur de la reine sa souveraine. Elle le choisit en 1592 pour commander une flotte de quinze vaisseaux de guerre, afin d'agir contre les Espagnols en Amérique, & il leur enleva une caraque estimée deux millions de livres sterlings. En 1595, il fit une descente dans l'île de la Trinité, emmena prisonnier le gouverneur du pays, brûla Comona dans la nouvelle Andalousie, & rapporta de son voyage quelques statues d'or, dont il fit présent à sa souveraine. En 1597, il partit avec la flotte commandée par le comte d'Essex pour enlever les galions d'Espagne ; mais le comte d'Essex, jaloux de Rawleigh, lui ordonna de l'attendre à l'île de Fayal ; il le fit & s'en empara.

Après le couronnement de Jacques I. en 1603, il fut envoyé à la tour de Londres sur des accusations qu'on lui intenta d'avoir eu dessein d'établir sur le trône Arbelle Stuard, dame issue du sang royal. Il composa pendant sa prison, qui dura treize ans, son histoire du monde, dont la premiere partie parut en 1614. Ayant obtenu sa liberté en 1616, il se mit en mer avec douze vaisseaux pour attaquer les Espagnols sur les côtes de la Guyane ; mais son entreprise n'ayant pas réussi, il fut condamné à mort à la poursuite de l'ambassadeur d'Espagne, qui pouvoit tout sur l'esprit foible de Jacques I. Rawleigh eut la tête tranchée dans la place de Westminster le 29 Octobre 1618, âgé de 76 ans.

Anson (George), aujourd'hui le lord Anson, fut en 1739 déclaré commodore ou chef d'escadre, pour faire avec cinq vaisseaux une irruption dans le Pérou par la mer du sud ; il cotoya le pays inculte des Patagons, entra dans le détroit de le Maire, & franchit plus de cent degrés de latitude en moins de cinq mois. Sa petite frégate de huit canons, nommée, le Triat, l'épreuve, fut le premier navire de cette espece qui osa doubler le cap Horn : elle s'empara depuis dans la mer du sud d'un bâtiment espagnol de 600 tonneaux, dont l'équipage ne pouvoit comprendre comment il avoit été pris par une barque venue de Londres dans l'Océan pacifique.

En doublant le cap Horn, des tempêtes extraordinaires disperserent les vaisseaux de George Anson, & le scorbut fit périr la moitié de l'équipage. Cependant s'étant reposé dans l'île deserte de Fernandez, il avança jusque vers la ligne équinoxiale, & prit la ville de Paita ; mais n'ayant plus que deux vaisseaux, il réduisit ses entreprises à tâcher de se saisir du galion immense, que le Méxique envoie tous les ans dans les mers de la Chine à l'île de Manille.

Pour cet effet, George Anson traversa l'Océan pacifique & tous les climats opposés à l'Afrique entre notre tropique & l'équateur. Le scorbut n'abandonna point l'équipage sur ces mers, & l'un des vaisseaux du commodore faisant eau de tous côtés, il se vit obligé de le brûler au milieu de la mer ; n'ayant plus de toute son escadre qu'un seul vaisseau délabré, nommé le Centurion, & ne portant que des malades, il relâche dans l'île de Tinian, à Macao, pour radouber ce seul vaisseau qui lui reste.

A peine l'eut-il mis en état, qu'il découvre le 9 Juin 1743 le vaisseau espagnol tant desiré ; alors il l'attaque avec des forces plus que de moitié inférieures, mais ses manoeuvres savantes lui donnerent la victoire. Il entre vainqueur dans Canton avec cette riche proie, refusant en même tems de payer à l'empereur de la Chine des impôts que doivent tous les navires étrangers ; il prétendoit qu'un vaisseau de guerre n'en devoit pas : sa conduite ferme en imposa : le gouverneur de Canton lui donna une audience, à laquelle il fut conduit à travers deux haies de soldats au nombre de dix mille. Au sortir de cette audience, il mit à la voile pour retourner dans sa patrie par les îles de la Sonde & par le cap de Bonne-Espérance. Ayant ainsi fait le tour du monde en victorieux, il aborde en Angleterre le 4 Juin 1744, après un voyage de trois ans & demi.

Arrivé dans sa patrie, il fit porter à Londres en triomphe sur 32 chariots, au son des tambours & des trompettes, & aux acclamations de la multitude, les richesses qu'il avoit conquises. Ses différentes prises se montoient en or & en argent à dix millions monnoie de France, qui furent le prix du commodore, de ses officiers, des matelots & des soldats, sans que le roi entrât en partage du fruit de leurs fatigues & de leur valeur. Il fit plus, il créa Georges Anson pair de la grande Bretagne, & dans la nouvelle guerre contre la France il l'a nommé chef de l'amirauté. C'est dans ce haut poste, récompense de son mérite, qu'il dirige encore les expéditions, la gloire & les succès des forces navales d'Angleterre. (D.J.)


NAVIGATIONS. f. (Hydrographie) c'est l'art ou l'action de naviguer ou de conduire un navire d'un lieu dans un autre par le chemin le plus sûr, le plus court & le plus commode. Voyez NAVIRE, &c.

Cet art, dans le sens le plus étendu qu'on puisse donner au mot qui l'exprime, comprend trois parties ; 1°. l'art de construire, de bâtir les vaisseaux, voyez CONSTRUCTION ; 2°. l'art de les charger, voyez LEST & ARRIMAGE ; 3°. l'art de les conduire sur la mer, qui est l'art de la Navigation proprement dit.

Dans ce dernier sens limité, la Navigation est commune ou propre.

La Navigation commune, autrement appellée Navigation le long des côtes, est celle qui se fait d'un port dans un autre situé sur la même côte ou sur une côte voisine, pourvu que le vaisseau s'éloigne presqu'entierement de la vûe des côtes & ne trouve plus de fond. Voyez CABOTAGE.

Dans cette navigation il suffit d'avoir un peu de connoissance des terres, du compas, & de la ligne avec laquelle les marins sondent. Voyez COMPAS, SONDE, &c.

Navigation propre se dit quand le voyage est long & se fait en plein Océan.

Dans ces voyages, outre les choses qui sont nécessaires dans la Navigation commune, il faut encore des cartes réduites de Mercator, des compas d'azimuth & d'amplitude, un lock, & d'autres instrumens nécessaires pour les observations astronomiques, comme quart de cercle, quartier anglois. Voyez chacun de ces instrumens en son lieu, CARTE, QUART DE CERCLE, &c.

Tout l'art de la Navigation roule sur quatre choses, dont deux étant connues, les deux autres sont connues aisément par les tables, les échelles & les cartes.

Ces quatre choses sont la différence en latitude, la différence en longitude, la distance ou le chemin parcouru, & le rhumb de vent sous lequel on court.

Les latitudes se peuvent aisément déterminer, & avec une exactitude suffisante. Voyez LATITUDE.

Le chemin parcouru s'estime par le moyen du lock. Voyez LOCK.

Ce qui manque le plus à la perfection de la Navigation, c'est de savoir déterminer la longitude. Les Géometres se sont appliqués de tous les tems à résoudre ce grand problème, mais jusqu'à-présent leurs efforts n'ont pas eu beaucoup de succès, malgré les magnifiques récompenses promises par divers princes & par divers états à celui qui le résoudroit.

Si on veut connoître les différentes méthodes dont on se sert aujourd'hui en mer pour trouver la longitude, on les trouvera au mot LONGITUDE. Chambers. (O)

Les Poëtes attribuent à Neptune l'invention de l'art de naviguer ; d'autres l'attribuent à Bacchus, d'autres à Hercule, d'autres à Jason, d'autres à Janus, qu'on dit avoir eu le premier un vaisseau. Les Historiens attribuent cet art aux Eginetes, aux Phéniciens, aux Tyriens, & aux anciens habitans de la Grande-Bretagne. L'Ecriture attribue l'origine d'une si utile invention à Dieu même, qui en donna le premier modele dans l'arche qu'il fit bâtir par Noé. En effet, ce patriarche paroit dans l'Ecriture avoir construit l'arche sur les conseils de Dieu même : les hommes étoient alors non-seulement ignorans dans l'art de naviguer, mais même persuadés que cet art étoit impossible. Voyez ARCHE.

Cependant les Historiens nous représentent les Phéniciens, & particulierement les habitans de Tyr, comme les premiers navigateurs ; ils furent, dit-on, obligés d'avoir recours au commerce avec les étrangers, parce qu'ils ne possédoient le long des côtes qu'un terrein stérile & de peu d'étendue ; de plus, ils y furent engagés, parce qu'ils avoient deux ou trois excellens ports ; enfin ils y furent poussés par leur génie, qui étoit naturellement tourné au commerce.

Le mont Liban & d'autres montagnes voisines leur fournissoient d'excellens bois pour la construction des vaisseaux ; en peu de tems ils se virent maîtres d'une flotte nombreuse, en état de soutenir des voyages réitérés ; augmentant par ce moyen leur commerce de jour en jour, leur pays devint en peu de tems extraordinairement riche & peuplé, au point qu'ils furent obligés d'envoyer des colonies en différens endroits, principalement à Carthage. Cette derniere ville conservant le goût des Phéniciens pour le commerce, devint bientôt non-seulement égale, mais supérieure à Tyr. Elle envoyoit ses flottes par les colonnes d'Hercule (aujourd'hui le détroit de Gibraltar) le long des côtes occidentales de l'Europe & de l'Afrique ; & même, si on en croit quelques auteurs, jusque dans l'Amérique même, dont la découverte a fait tant d'honneur à l'Espagne plusieurs siecles après.

La ville de Tyr, dont les richesses & le pouvoir immense sont tant célébrés dans les auteurs sacrés & prophanes, ayant été détruite par Alexandre le Grand, sa navigation & son commerce furent transférés par le vainqueur à Alexandrie, ville que ce prince avoit bâtie, admirablement située pour le commerce maritime, & dont Alexandre vouloit faire la capitale de l'empire de l'Asie qu'il méditoit. C'est ce qui donna naissance à la navigation des Egyptiens, rendue si florissante par les Ptolomées ; elle a fait oublier celle de Tyr & même celle de Carthage. Cette derniere ville fut détruite après avoir longtems disputé l'empire avec les Romains.

L'Egypte ayant été réduite en province romaine après la bataille d'Actium, son commerce & sa navigation commença à dépendre d'Auguste ; Alexandrie fut pour lors inférieure à Rome seulement : les magasins de cette capitale du monde étoient remplis des marchandises de la capitale de l'Egypte.

Enfin Alexandrie eut le même sort que Tyr & Carthage ; elle fut surprise par les Sarrazins, qui, malgré les efforts de l'empereur Heraclius, infestoient les côtes du nord de l'Afrique. Les marchands qui habitoient cette ville l'ont quittée peu-à-peu, & le commerce d'Alexandrie a commencé à languir, quoique cette ville soit encore aujourd'hui la principale où les chrétiens font le commerce dans le levant.

La chûte de l'empire Romain entraîna après elle non-seulement la perte des Sciences & des arts, mais encore celle de la Navigation. Les Barbares qui ravagerent Rome se contenterent de jouir des dépouilles de ceux qui les avoient précédés.

Mais les plus braves & les plus sensés d'entre ces barbares ne furent pas plutôt établis dans les provinces qu'ils avoient conquises (les uns dans les Gaules, comme les Francs, les autres en Espagne, comme les Goths, les autres en Italie, comme les Lombards), qu'ils comprirent bientôt tous les avantages de la Navigation ; ils surent y employer habilement les peuples qu'ils avoient vaincus ; & ce fut avec tant de succès, qu'en peu de tems ils furent en état de leur donner eux-mêmes des leçons, & de leur faire connoître les nouveaux avantages qui pourroient leur en revenir.

C'est, par exemple, aux Lombards qu'on attribue l'établissement des banques, des teneurs de livres, des changes, &c. Voyez BANQUE, CHANGE, &c.

On ignore quel peuple de l'Europe a commencé le premier à faire le Commerce & la Navigation, après l'établissement de ces nouveaux maîtres. Quelques-uns croient que ce sont les Francs, quoique les Italiens paroissent avoir des titres plus authentiques, & soient ordinairement regardés comme les restaurateurs de cet art, aussi-bien que de tous les beaux-arts qui avoient été bannis de leur pays après la division de l'Empire romain.

C'est donc aux Italiens & particulierement aux Vénitiens & aux Génois, que l'on doit le rétablissement de la Navigation ; & c'est en partie à la situation avantageuse de leur pays pour le commerce, que ces peuples doivent cette gloire.

Dans le fond de la mer Adriatique étoient un grand nombre d'îles, séparées les unes des autres par des canaux fort étroits, mais fort à couvert d'insulte, & presqu'inaccessibles ; elles n'étoient habitées que par quelques pêcheurs qui se soutenoient par le trafic du poisson & du sel, qui se trouve dans quelques-unes de ces îles. C'est là que les Vénitiens, qui habitoient les côtes d'Italie sur la mer Adriatique, se retirerent, quand Attila, roi des Goths, & après lui Alaric, roi des Huns, vinrent ravager l'Italie.

Ces nouveaux insulaires ne croyant pas qu'ils dussent établir dans cet endroit leur résidence pour toujours, ne songerent point à composer un corps politique ; mais chacune des 72 îles qui composoient ce petit archipel, fut long-tems soumise à différens maîtres, & fit une république à part. Quand leur commerce fut devenu assez considérable pour donner de la jalousie à leurs voisins, ils commencerent à penser qu'il leur étoit avantageux de s'unir en un même corps ; cette union, qui commença vers le vj. siecle & qui ne fut achevée que dans le huitieme, fut l'origine de la grandeur de Venise.

Depuis cette union, leurs marchands commencerent à envoyer des flottes dans toutes les parties de la Méditerranée & sur les côtes d'Egypte, particulierement au Caire, bâti par les Sarrazins sur le bord oriental du Nil : là ils trafiquoient leurs marchandises pour des épices & d'autres productions des Indes.

Ces peuples continuerent ainsi à faire fleurir leur commerce & leur navigation, & à s'aggrandir dans le continent par des conquêtes, jusqu'à la fameuse ligue de Cambray en 1508, dans laquelle plusieurs princes jaloux conspirerent leur ruine. Le meilleur moyen d'y parvenir étoit de ruiner leur commerce dans les Indes orientales, les Portugais s'emparerent d'une partie, & les François du reste.

Gènes, qui s'étoit appliquée à faire fleurir la Navigation dans le même tems à-peu-près que Venise, fut long-tems pour elle une dangereuse rivale, lui disputa l'empire de la mer, & partagea avec elle le commerce. La jalousie commença peu-à-peu à s'en mêler, & enfin les deux républiques en vinrent à une rupture ouverte. Leur guerre dura trois siecles, sans que la supériorité de l'une des nations sur l'autre fût décidée. Enfin sur la fin du xiv. siecle, la funeste bataille de Chiozza mit fin à cette longue guerre : les Génois qui jusqu'alors avoient presque toujours eu l'avantage, le perdirent entierement dans cette journée ; & les Vénitiens au contraire, dont les affaires étoient presque totalement désespérées, les virent relevées au-delà de leurs espérances dans cette bataille, qui leur assura l'empire de la mer & la supériorité dans le commerce.

Dans le même tems qu'on retrouvoit au midi de l'Europe l'art de naviger, il se formoit dans le nord une société de marchands, qui non-seulement porterent le Commerce à toute la perfection dont il étoit susceptible jusqu'à la découverte des Indes orientales & occidentales, mais formerent aussi un nouveau code de lois pour établir de certaines regles ; code dont on fait usage encore aujourd'hui sous le nom d'us & coutumes de la mer.

Cette société est la fameuse ligue des villes anséatiques, qu'on croit communément avoir commencé à se former vers l'an 1164. Voyez ANSEATIQUES.

Si on examine pourquoi le commerce a passé des Vénitiens, des Génois & des villes anséatiques aux Portugais & aux Espagnols, & de ceux-ci aux Anglois & aux Hollandois, on peut établir pour maxime générale que les rapports ou, s'il est permis de parler ainsi, l'union de la Navigation avec le Commerce est si intime, que la ruine de l'un entraîne nécessairement celle de l'autre, & qu'ainsi ces deux choses doivent fleurir ou décheoir ensemble. Voyez COMMERCE, COMPAGNIE, &c.

Delà sont venues tant de lois & de statuts, pour établir des regles dans le commerce d'Angleterre, & principalement ce fameux acte de Navigation, qu'un auteur célebre appelle le palladium ou le dieu tutelaire du commerce de l'Angleterre, acte qui contient les regles que les Anglois doivent observer entr'eux & avec les nations étrangeres chez qui ils trafiquent. Chambers. (G)

NAVIGATION se dit en particulier de l'art de naviguer ou de déterminer tous les mouvemens d'un vaisseau par le moyen des cartes marines.

Il y a trois especes de Navigation ; la navigation plane, celle de Mercator, & la circulaire.

Dans la navigation plane on se sert des rhumbs tracés sur une carte plate. Voyez CARTE & RHUMB.

Ces cartes planes ont été mises en usage dans ces derniers tems pour la premiere fois, par le prince Henri, fils de Jean, roi de Portugal, qui vivoit à la fin du xv. siecle, & auquel l'Europe est redevable des découvertes des Portugais, & de celles qui les ont suivies. Nous disons que dans ces derniers tems ce prince est le premier qui ait fait usage de ces cartes ; car il paroît par ce que dit Ptolémée dans sa géographie, qu'autrefois Marin de Tyr en avoit fait de pareilles, & Ptolémée en indique le défaut.

Dans la navigation de Mercator, on se sert de rhumbs tracés sur les cartes de Mercator, qu'on appelle cartes réduites. Voyez CARTE DE MERCATOR.

Ces cartes réduites avoient été en effet inventées par Mercator, mais il ignoroit la loi suivant laquelle les degrés du méridien doivent croître dans ces cartes en allant de l'équateur aux poles. Edouard Wright est le premier qui ait connu cette loi. Les cartes réduites commencerent à être mises en usage par les Navigateurs vers l'année 1630. Voyez l'hist. des Mathématiques de M. Montucla, fol. 1. pag. 608. Voyez aussi LOXODROMIE ; car la théorie de cette courbe est essentiellement liée à celle des cartes réduites.

Dans la navigation circulaire on se sert d'arcs de grands cercles : c'est la route la plus courte de toutes, mais on ne s'en sert plus, parce qu'elle est peu commode dans la pratique.

Navigation plane. I. La longitude, & la latitude de deux lieux étant donnée, trouver les lieues mineures de longitude.

1°. Si les deux lieux sont à l'orient ou à l'occident du premier méridien, soustrayez la moindre longitude de la plus grande, & le reste sera la différence des méridiens. Si l'un des deux lieux est à l'orient & l'autre à l'occident du premier méridien, ajoutez la longitude de celui qui est à l'orient au complément de la longitude de l'autre à 360 degrés, la somme sera la différence des méridiens.

2°. Divisez la différence des méridiens en autant de parties qu'il y a de degrés dans la différence en latitude, en employant de plus petites parties que les degrés si la différence des latitudes est plus grande que celle des méridiens.

3°. Réduisez pour le premier cas les minutes de longitude répondant à chaque partie, en milles de chaque parallele ; & pour le second cas, en milles du parallele qui est moyen proportionnel entre les deux.

4°. La somme de toutes ces parties étant faite, vous aurez à-peu-près les lieues mineures de longitude.

Exemple. Supposons que la longitude d'un de ces lieux soit de 35°. & l'autre de 47°. la différence des méridiens sera de 12°. Supposons de plus que la latitude du premier soit de 4°. celle du second de 8°, la différence sera de 4°, & conséquemment on aura été du quatrieme au huitieme parallele ; c'est pourquoi il faudra diviser 12 par 4, & réduire le quotient qui est trois degrés en milles des différens paralleles 4, 5, 6, 7. Voyez DEGRE & MILLES DE LONGITUDE, dont la somme sera les lieues mineures de longitude cherchée.

Suivant Mercator, la réduction se fait beaucoup plus commodément par les cartes réduites de Mercator ; car il suffit dans ces cartes de porter l'arc intercepté entre deux méridiens sur l'arc du méridien intercepté, entre les deux paralleles, & la distance qu'on trouve par ce moyen donne les lieues mineures de longitude. Voyez CARTE DE MERCATOR.

II. La longitude & la latitude de deux lieux étant données, trouver le rhumb de vent qu'un vaisseau doit suivre pour aller d'un de ces lieux à l'autre, & la longueur de la route.

Pour la Navigation plane. 1. Trouvez les lieues mineures de longitude par le cas précédent. 2 Par le moyen de ces lieues & de la différence en latitude, trouvez l'angle loxodromique ou la ligne de rhumb, ce qui se fera par cette proportion, comme la différence de latitude est aux lieues mineures de longitude ; ainsi le sinus total est à la tangente de l'angle que le rhumb de vent cherché fait avec le méridien. Quant à la distance qu'il faudra courir sous ce rhumb, elle sera aux lieues mineures de longitude, comme le sinus total est au sinus de l'angle de rhumb. Voyez RHUMB & LOXODROMIE.

Suivant Mercator, 1. placez dans la carte réduite le centre d'une rose de boussole sur le lieu d'où il faut partir ; par exemple, en a, Voyez la fig. 4. de la Pl. de la Navigation, en observant que la ligne nord & sud soit parallele à quelqu'un des méridiens ; 2. marquez le rhumb du compas dans lequel se trouve le lieu b où il faut aller, & ce rhumb sera celui sous lequel il faudra que le vaisseau parte ; 3. on peut trouver encore ce rhumb en tirant une ligne de a à b, & en mesurant par le moyen d'un rapporteur l'angle que le rhumb fait avec le méridien qu'il coupe ; 4. la distance a b se trouvera en portant cette distance de I en L, & il est à remarquer que le rhumb & la distance peuvent aussi être trouvés de la même maniere sur la carte plane, au moins à-peu-près & par une route de peu d'étendue.

On peut encore faire la même opération de la maniere suivante, en employant les tables loxodromiques.

Choisissez à volonté un rhumb, & trouvez dans les tables les longitudes qui correspondent aux latitudes données, alors si la différence de ces longitudes s'accorde avec celle des longitudes données, le rhumb sera celui qu'on demandoit ; mais si elle ne s'accorde pas, il faudra choisir un autre rhumb de vent soit d'un angle plus ouvert, soit d'un angle qui le soit moins, & répéter l'opération jusqu'à ce que la différence donnée par les tables s'accorde avec la différence qu'il faut trouver. 2. Le rhumb étant ainsi trouvé, on prendra dans les tables les distances qui répondent aux latitudes, & en retranchant la plus petite de la plus grande, on aura la distance cherchée.

III. Un rhumb étant donné avec la distance qu'on a couru sous ce rhumb, trouver la longitude & la latitude du lieu où l'on est arrivé.

Pour la Navigation plane. Par le moyen des données, trouvez la différence en latitude des deux lieux (ce qui se fera par le moyen de la proportion donnée à l'article LOXODROMIQUE). Cette différence étant ajoûtée à la latitude du lieu d'où l'on est parti, ou en étant retranchée, suivant que le cas l'exige, donnera la latitude du lieu où l'on est arrivé. 2. Par le moyen des mêmes élémens & de la proportion donnée dans le n°. II. précédent, vous trouverez les lieues mineures de longitude, & ensuite la longitude du lieu où l'on est arrivé.

Suivant Mercator, 1. placez une rose de boussole sur la carte ; ensorte que le centre réponde au lieu a ; & que la ligne nord & sud soit parallele au méridien de la carte. 2. Du point a, tirez une ligne a b qui représente la course du vaisseau ; prenez la distance donnée par parties en vous servant des échelles IK, KL, &c. & portez toute cette distance sur la ligne a b ; le point où elle sera terminée représentera le lieu où est arrivé le vaisseau, la longitude & la latitude de ce lieu seront données par la carte.

Par les tables loxodromiques. 1°. Cherchez sous le rhumb donné la distance qui répond à la latitude du lieu d'où l'on est parti, & ajoutez-la à la distance donnée, ou retranchez-la de cette même distance, suivant que le lieu d'où l'on est parti est plus au nord ou au sud de celui où l'on est arrivé. 2°. Continuez de parcourir le même rhumb jusqu'à ce que vous ayez atteint la distance exacte ; 3°. la latitude qui répondra alors à cette distance dans la premiere colomne sera la latitude du lieu où l'on est arrivé ; 4°. par la seconde colomne des tables, prenez les longitudes correspondantes, tant à la latitude du lieu de départ, qu'à la latitude du lieu où l'on est arrivé, & la différence de ces longitudes sera la différence de longitude cherchée entre le lieu d'où l'on est parti & celui où l'on est arrivé.

IV. Les latitudes, tant du lieu d'où le vaisseau est parti, que de celui où il est arrivé, étant données avec le rhumb qu'il a suivi, trouver la distance & la différence en longitude.

Pour la Navigation plane. Par le moyen de la différence en latitude & du rhumb donné, trouvez la distance, & par les mêmes élémens trouvez les lieues mineures de longitude ; convertissez ensuite ces lieues mineures en degrés de grand cercle, & vous aurez la différence en longitude cherchée.

Suivant Mercator, 1. placez le compas de variation sur la carte, comme dans le cas précédent, tirant ensuite par le point a sous le rhumb donné la ligne a b, prolongez-la jusqu'à ce qu'elle rencontre le parallele de la latitude donnée. 2. Le point d'intersection de ces deux lignes sera le lieu où le vaisseau est arrivé ; 3. il sera alors bien facile d'avoir la longitude & la distance. Voyez RHUMB.

Par les tables. Prenez, tant les longitudes que les distances qui répondent aux latitudes données ; soustrayez ensuite l'une des longitudes de l'autre, & de même pour les distances ; la premiere différence sera celle des longitudes qu'on cherche, & l'autre la distance demandée entre les lieux.

V. Les latitudes des deux lieux étant données avec leur distance, trouver le rhumb & la différence en longitude.

Pour la Navigation plane. Par la différence de latitude & par la distance, trouvez le rhumb par les mêmes élémens ; trouvez aussi les lieues mineures de longitude, ce que vous pourriez faire encore en vous servant du rhumb déja trouvé & de la différence en latitude, ou bien du rhumb & de la distance parcourue ; enfin, par les lieues mineures de longitude, trouvez la différence en longitude.

Suivant Mercator ; tirez sur la carte le parallele C D du lieu où le vaisseau est arrivé ; réduisez la distance parcourue en parties proportionnelles aux degrés de la carte. A Z étant cette distance réduite, de a décrivez un axe qui coupe le parallele C D en Z, & ce point Z sera le lieu cherché sur la carte ; vous en trouverez ensuite facilement la longitude.

Par les tables. Soustrayez les latitudes données l'une de l'autre, & cherchez dans les tables le rhumb sous lequel la distance parcourue répondroit à la différence donnée en latitude ; soustrayez ensuite l'une de l'autre, les longitudes qui répondent sont le rhumb donné ; l'une au lieu d'où l'on est parti, & l'autre au lieu où l'on est arrivé ; le reste sera la différence en longitude cherchée.

VI. La différence en longitude des deux lieux étant donnée, avec la latitude du premier & la distance parcourue, trouver le rhumb & la latitude du second lieu.

Pour la Navigation plane. Convertissez la différence de longitude en lieues mineures de longitude ; trouvez le rhumb par les lieues mineures de longitude & par la distance parcourue, & par le moyen de ces deux élémens, cherchez ensuite la différence en latitude, & vous aurez aussi-tôt par cette différence & par la premiere latitude qui est donnée, la latitude cherchée de l'autre lieu.

Suivant Mercator, par le point donné dans la carte, tirez une droite E F parallele au méridien A H, & faites F L égale à la différence des longitudes de L ; tirez LM parallele à EF & vous aurez le méridien du lieu où le vaisseau est arrivé ; ensuite du lieu donné d'où l'on est parti, & de l'intervalle qui exprime la distance parcourue, décrivez un arc qui coupe le méridien en M L, & l'intersection sera le lieu cherché. Cela fait, il ne faudra plus que placer une rose de boussole sur la carte, suivant la maniere enseignée & la ligne de rhumb cherchée sera celle qui tombe sur le lieu qu'on vient de trouver. Enfin, tirant par le lieu trouvé N O parallele à AB, N M sera la latitude demandée, en supposant que M A représentent une portion de l'équateur.

Par les tables. Cherchez dans les tables pour un rhumb pris à volonté, la longitude & la distance qui répondent à la latitude donnée ; ajoutez la distance donnée à la distance trouvée dans les tables, si le vaisseau s'éloigne de l'équateur ; & retranchez-la au contraire, si le vaisseau s'en approche. Cherchez dans les tables la longitude qui répond à cette somme ou à cette différence, & soustrayez ou ajoutez-la à celle qui a été trouvée exactement. Si alors le reste s'accorde avec la différence donnée des longitudes, le rhumb aura été bien choisi ; s'il ne s'accorde pas, il faudra choisir d'autres rhumbs plus ou moins obliques, jusqu'à ce que le reste soit la différence donnée en longitude. Aussi-tôt que cette opération sera finie, la latitude qui répondra dans la premiere colonne à la distance parcourue sera la latitude du second lieu.

VII. La différence de longitude des deux lieux, & la latitude de l'un étant données, avec le rhumb, trouver la distance parcourue & la latitude du second lieu.

Pour la navigation plane. Réduisez la différence de longitude en lieues mineures de longitude, comme dans le premier cas. Par ces lieues mineures & par le rhumb, trouvez la distance parcourue, voyez RHUMB. Et par ces deux élémens, ou par le rhumb & la distance parcourue, trouvez la différence en latitude. L'ayant trouvée, & ayant déja (Hyp.) une des latitudes, on aura aussi-tôt l'autre.

Suivant Mercator. Placez une rose de boussole sur la carte, comme ci-dessus, & par le moyen du rhumb donné, tirez la ligne de rhumb, tirez ensuite le méridien EF, qui passe par le lieu donné O, & à une distance de ce méridien, égale à la différence donnée en longitude, tirez un autre méridien qui sera celui du lieu c où le vaisseau est arrivé ; on aura donc facilement la latitude N A de ce lieu, en tirant par c la ligne NO parallele à AB. Quant à la distance parcourue, elle sera aisément réduite en lieues par le moyen de l'échelle.

Par les tables. Sous le rhumb donné, cherchez la distance parcourue & la différence de longitude pour la latitude donnée ; ajoutez ensuite cette différence en longitude à la différence en longitude donnée, si le vaisseau a cinglé vers le pole, retranchez - la au contraire, si le vaisseau a été vers l'équateur. Cela fait, si c'est le premier de ces deux cas qui a lieu, parcourez en descendant la table, jusqu'à ce que la somme des deux quantités dont on vient de parler, se trouve dans la colonne de longitude. Dans le second cas, ce sera au contraire la différence des deux mêmes quantités qu'on cherchera en remontant : dans la table, la latitude qui répondra alors à cette longitude dans la premiere colonne sera celle qu'on cherche. Et en retranchant la distance qui répond à cette latitude, de la distance trouvée par les tables, on aura la distance parcourue si le vaisseau a été au nord ; mais s'il a été au sud, il faudra faire la soustraction contraire.

Par la résolution de ces différentes questions de la Navigation, on voit que les cartes réduites sont plus commodes en plusieurs cas que les tables, & que ces mêmes cartes réduites sont préférables aux cartes planes, parce qu'elles sont beaucoup plus exactes. Voyez CARTE.

Théorie de la navigation circulaire. Quoique cette navigation ne soit plus en usage, nous en dirons un mot pour la simple curiosité.

I. Connoissant la latitude & la longitude, tant du lieu d'où l'on est parti, que du lieu où l'on est arrivé, trouver l'angle M fig. 5. sous lequel le chemin du vaisseau M O, qu'on suppose faire une course circulaire, coupe le méridien du lieu de départ.

Puisque dans le triangle P M N, l'on connoît P M & P N complémens des latitudes données H M & T N, & l'angle M P N mesuré par l'arc H T différence des longitudes données H & T ; il est clair qu'on aura facilement l'angle P M N par la trigonométrie sphérique.

II. La latitude H M & la longitude H du lieu M d'où l'on est parti étant données, ainsi que la distance parcourue, & la latitude L S du lieu où le vaisseau est arrivé en décrivant un arc de cercle, trouver la longitude du lieu L, & l'angle P L M compris entre le chemin du vaisseau & le méridien P S.

Dans le triangle P L M, P M complément de la latitude H M est connu ainsi que P L complément de la latitude L S. Donc, si on convertit le chemin M L du vaisseau en degrés de l'équateur, on aura par la trigonométrie sphérique l'angle M P L, qui est égal à la différence H S des longitudes, & par conséquent aussi l'angle P L M.

On pourroit résoudre de la même maniere plusieurs autres questions de navigation ; mais comme on parvient plus aisément à leurs solutions par les rhumbs que par les cercles, nous n'en parlerons pas davantage.

NAVIGATION DROITE, est celle par laquelle on fait voile directement vers un des quatre points cardinaux de l'horison. Voyez POINTS CARDINAUX.

Si un vaisseau fait voile sur le méridien, c'est-à-dire, s'il va droit au nord ou au sud, il ne change point du tout de longitude, mais de latitude seulement, d'autant de degrés qu'il y en a dans le chemin qu'il fait. Voyez LATITUDE.

Si un vaisseau fait voile sous l'équateur, vers l'est ou vers l'ouest, il ne change point de latitude, mais de longitude seulement, & d'autant de degrés qu'il y en a dans le chemin qu'il fait.

S'il fait voile sous un même parallele vers l'est ou vers l'ouest, sa latitude ne change point, mais sa longitude change, non pas d'autant de degrés qu'il y en a dans un arc de l'équateur égal à l'arc du parallele qu'il parcourt, mais d'autant de degrés qu'il y en a dans l'arc même du parallele ; desorte que plus le parallele est près du pole, plus le vaisseau fait de chemin en longitude, toutes choses égales d'ailleurs.

NAVIGATION, (Méd.) comme on entend ordinairement par ce terme, la maniere de voyager sur mer, il doit être question ici des effets qu'elle produit relativement à la santé.

La plûpart des personnes qui ne sont point accoutumées aux différens mouvemens d'un vaisseau, ne tardent pas d'en éprouver des incommodités, des indispositions considérables : savoir d'abord, des tournemens de tête, des vertiges ; ensuite des nausées, des vomissemens très-fatigans, qui sont des effets à-peu-près semblables à ceux qu'éprouvent bien des gens, lorsqu'ils sont portés à-rebours dans une voiture roulante, ou après avoir tourné, marché en rond ; ce qu'on ne peut attribuer qu'à la trop grande mobilité du genre nerveux, telle qu'elle se trouve dans les femmes hystériques, & dans les hommes d'un tempérament sensible, délicat. Ainsi on peut regarder ces différens accidens comme provenans d'une même cause dans tous ces cas ; on peut, par conséquent, regarder cette cause comme étant de la même nature que celle des vapeurs. Voyez VAPEURS.

La navigation (c'est-à-dire les voyages en mer) est mise au nombre des choses qui contribuent le plus à établir la disposition au scorbut. Voyez SCORBUT.

Les mauvais effets que produit souvent la navigation sont incontestables ; il n'en est pas de même des bons effets que quelques auteurs lui ont attribué pour la conservation de la santé, ou pour son rétablissement. Van Helmont prétend, Tr. blas. human. n. 36. tr. aliment. tartar. in santic. n. 15. que ceux qui ne sont pas incommodés de l'air de la mer, ou du mouvement du vaisseau, ont le double & le triple de l'appétit qui leur est ordinaire sur terre. Selon Stahl, in prop. emptico. ad disput. in augur. de fundam. pathol. practic. d'après Pline, Celse & Coelius Aurelian, les voyages par mer, & même de longs cours, sont fort utiles pour la guérison de la pthisie, de l'hectisie, du marasme ; c'est un grand remede dans ces contrées, très-vanté par les anciens, mais en faveur duquel les modernes ne rapportent rien d'assuré. Voyez Lexic. Castell.


NAVIGERv. n. (Marine) les Marins prononcent naviguer, & on dit l'un & l'autre ; cependant comme l'on écrit navigation, navigateur, navigable, il semble qu'on doit écrire naviger & non naviguer. On entend par ce terme faire route & voyager sur mer.

Naviger dans la terre, terme de pilotage ; c'est estimer avoir fait plus de chemin que le vaisseau n'en a fait réellement ; desorte que suivant son estime on devroit être arrivé à terre, lorsqu'on en est encore éloigné : desorte qu'en continuant de pointer sa route sur la carte, le point de navigation se trouve dans les terres, plus ou moins avant, suivant que l'erreur de l'estime est plus ou moins considérable. (Z)


NAVIREce nom se donne également à tout vaisseau : on dit un navire de guerre, un navire marchand, &c. Voyez VAISSEAU.

NAVIRE MARCHAND, c'est un navire qui va en mer seulement pour faire le commerce.

NAVIRE EN GUERRE ET MARCHANDISE, c'est celui qui étant marchand ne laisse pas de prendre commission pour faire la guerre.

NAVIRE EN COURSE, voyez ARMATEUR.

Navire à fret, c'est un navire que le bourgeois ou propriétaire loue à des marchands ou autres, pour transporter leurs marchandises d'un port à un autre port, & même pour des voyages de longs cours. Voyez FRET.

Navire envictuaillé, c'est un navire qui a toutes ses provisions & munitions, tant de guerre que de bouche.

Navire en charge, est un navire dans lequel on embarque actuellement des marchandises, & qui n'a pas encore sa cargaison complete . Voyez CARGAISON.

Navire chargé, est celui dont la charge est faite ou la cargaison complete .

Navire terre neuvier, c'est un navire destiné à la pêche de la morue, sur le grand banc de Terre-Neuve. On y appelle navire banqué, celui qui est placé sur le banc & qui y fait sa pêche ; & navire débanqué, celui qui a fini sa pêche, ou qui est dérivé de dessus le banc par le mauvais tems.

Navire, on donne aussi quelquefois aux navires le nom des états, provinces, villes où ils ont été construits ou équipés : ainsi l'on dit navire anglois, navire normand, navire breton, navire malouin, navire nantois, &c.

Navire de registre, on appelle ainsi en Espagne & dans l'Amérique espagnole un navire marchand à qui le conseil des Indes a accordé la permission d'y aller trafiquer, moyennant une certaine somme & sous certaines conditions. Voyez REGISTRE, dictionn. de Commerce.

NAVIRE ARGO, (Mythol.) c'est le célebre vaisseau sur lequel s'embarquerent pour la conquête de la toison d'or tout ce qu'il y avoit de héros dans la Grece, c'est-à-dire, de gens des plus distingués par la valeur, la naissance & les talens. Voyez ARGO. (D.J.)

NAVIRE D'ARGOS, (Astron.) grande constellation méridionale près du chien au-dessous de l'hydre. Elle est composée de 57 étoiles.

M. Halley se trouvant dans l'île de sainte Helene, a déterminé la longitude & la latitude de 46 de ces étoiles, qu'Hevelius a réduites à l'année 1700 dans son prodromus astronomiae, pag. 312. Le P. Noel a déterminé l'ascension & la déclinaison de ces étoiles pour l'année 1687 dans les observations mathématiques & physiques. Il a aussi donné la figure de la constellation entiere dans cet ouvrage, de même que Bayer Vranometria, Plan. q. q. & Hévelius Firmamentum sobiescianum, fig. E E e. Quelques astronomes donnoient à cette constellation le nom de l'arche de Noé. On l'appelle encore currus volitans, marea & sephina. Dictionn. de mathémat. (D.J.)

NAVIRE PROFONCIE, terme de Marine, vaisseau qui tire beaucoup d'eau, & à qui il en faut beaucoup pour le faire flotter.

NAVIRE SACRE, (Antiquit. égypt. grecq. & rom.) On appelloit navires sacrés chez les Egyptiens, les Grecs & les Romains, des bâtimens qu'on avoit dédiés aux dieux.

Tels étoient chez les Egyptiens 1°. le vaisseau qu'ils dédioient tous les ans à Isis ; 2°. celui sur lequel ils nourrissoient pendant quarante jours le boeuf Apis, avant que de le transférer de la vallée du Nil à Memphis, dans le temple de Vulcain. 3°. La nacelle nommée vulgairement la barque à Caron, & qui n'étoit employée qu'à porter les corps morts du lac Achéruse ; c'est de cet usage des Egyptiens qu'Orphée prit occasion d'imaginer le transport des ames dans les enfers au-delà de l'Achéron.

Les Grecs nommerent leurs navires sacrés, ou . Mais entre les bâtimens sacrés qu'on voyoit en différentes villes de la Grece, les auteurs parlent sur-tout de deux galeres sacrées d'Athènes, qui étoient particulierement destinées à des cérémonies de religion, ou à porter les nouvelles dans les besoins pressans de l'état.

L'une se nommoit la Parale, ou la galere Paraliene, ; elle emprunta son nom du héros Paralus, dont parle Euripide, & qui joint à Thésée, se signala contre les Thébains. Ceux qui montoient ce navire s'appelloient Paralliens, dont la paie étoit plus forte que celle des autres troupes de marine. Quand Lisandre eut battu la flotte athénienne dans l'Hellespont, l'on dépêcha la galere Paralienne, avec ordre de porter au peuple cette triste nouvelle.

L'autre vaisseau, dit le Salaminien, ou la galere Salaminienne, , prit, selon les uns, sa dénomination de la bataille de Salamine, & selon les autres, de Nausitheus, son premier pilote, natif de Salamine ; c'étoit cette célebre galere à trente rames, sur laquelle Thésée passa dans l'île de Crête, & en revint victorieux ; on la nomma depuis Déliaque, parce qu'elle fut consacrée à aller tous les ans à Délos y porter les offrandes des Athéniens, à l'acquit du voeu que Thésée avoit fait à l'Apollon Délien pour le succès de son expédition de Crete. Pausanias assure que ce navire étoit le plus grand qu'il eût jamais vu. Lorsqu'on rappella de Sicile Alcibiade, afin qu'il eût à se justifier des impiétés dont on l'accusoit, on commanda pour son transport la galere Salaminienne. L'une & l'autre de ces galeres sacrées servoit aussi à ramener les généraux déposés ; & c'est en ce sens que Pitholaüs appelloit la galere paralienne, la massue du peuple.

Les Athéniens conserverent la galere salaminienne pendant plus de mille ans, depuis Thésée jusques sous le regne de Ptolomée Philadelphe ; ils avoient un très-grand soin de remettre des planches neuves à la place de celles qui vieillissoient ; d'où vint la dispute des philosophes de ce tems-là, rapportée dans Plutarque, savoir, si ce vaisseau, dont il ne restoit plus aucune de ses premieres pieces, étoit le même que celui dont Thésée s'étoit servi : question que l'on fait encore à présent au sujet du Bucentaure, espece de galéace sacrée des Vénitiens.

Outre ces deux vaisseaux sacrés dont je viens de parler, les Athéniens en avoient encore plusieurs autres ; savoir, l'Antigone, le Démétrius, l'Ammon, & celui de Minerve. Ce dernier vaisseau étoit d'une espece singuliere, puisqu'il étoit destiné à aller non sur mer, mais sur terre. On le conservoit très religieusement près l'aréopage, ainsi que le dit Pausanias, pour ne paroître qu'à la fête des grandes panathénées, qui ne se célébroient que tous les cinq ans le 23 du mois Hécatombéon, qui, selon Potter, répondoit en partie à notre mois de Juillet. Ce navire servoit alors à porter en pompe au temple de Minerve, l'habit mystérieux de la déesse, sur lequel étoient représentées la victoire des dieux sur les géants, & les actions les plus mémorables des grands hommes d'Athènes. Mais ce qu'on admiroit le plus dans ce navire, c'est qu'il voguoit sur terre à voile & à rames, par le moyen de certaines machines que Pausanias nomme souterraines ; c'est-à-dire, qu'il y avoit à fond de cale des ressorts cachés qui faisoient mouvoir ce bâtiment, dont la voile, selon Suidas, étoit l'habit même de Minerve. (D.J.)

NAVIRE, nom d'un ordre de chevalerie, nommé autrement l'ordre d'outremer, ou du double croissant, institué l'an 1269 par S. Louis, pour encourager par cette marque de distinction, les seigneurs à le suivre dans la seconde expédition contre les infideles. Le collier de cet ordre étoit entrelacé de coquilles d'or & de doubles croissans d'argent, avec un navire qui pendoit au bout dans un ovale, où il paroissoit armé & fretté d'argent dans un champ de gueules, à la pointe ondoyée d'argent & de sinople. C'étoient, comme on voit, autant de symboles & du voyage, & des peuples contre lesquels on alloit combattre. Quoique ce prince en eût décoré ses enfans, & plusieurs grands seigneurs de son armée, cet ordre ne subsista pas long-tems en France ; mais il conserva son éclat dans les royaumes de Naples & de Sicile, où Charles de France, comte d'Anjou, frere de saint Louis, & qui en étoit roi, le prit pour ses successeurs ; & René d'Anjou, roi de Sicile, le rétablit en 1448, sous le nom d'ordre du croissant. Voyez CROISSANT. Favin, theat. d'honn. & de chevalerie.

NAVIRES, (Hist. anc.) les anciens en ont eu d'un grand nombre d'especes. Il y en avoit qu'on faisoit naviger fort vîte, par le moyen de 10, 20, 30, 50, & même 100 rames d'un & d'autre bord, naves actuariae, ou actuariolae ; ceux qui avoient le bec garni de bronze, & qui étoient employés à percer le flanc ennemi, s'appelloient aeratae, ou aeneae. Ceux qui apportoient des vivres, annotinae, ou frumentariae ; ceux qui avoient été construits dans l'année, hornotinae ; ceux qui avoient à l'arriere & à l'avant deux tillacs séparés par une ouverture ou vuide placé entre deux, apertae. Les combattans étoient sur ces tillacs ; ces bâtimens étoient communément à deux rames, ou même plus petits. Les rameurs s'appelloient thranitae. Ceux qui étoient à voiles & à rames, & qui n'alloient dans le combat qu'à rames, armatae. Ceux dont on usoit sur le Tibre, & qui étoient faits de planches épaisses, caudicariae, ou codicariae. Ceux dont le tillac occupoit tout le dessus de l'arriere à l'avant, constratae. Ceux où l'on avoit pratiqué des appartemens & toutes les autres commodités d'une maison, cubiculatae. Ceux qu'on n'employoit que sur les rivieres, lentres, pontones, fluviatiles. Ceux qui faisoient le transport des vivres, frumentanae. Ceux qui faute de tillac étoient fort legers, leves. Ceux qu'on avoit construits pour porter un grand nombre d'hommes, longae. Ils étoient tous à rame ; Ptolomée Philopator en fit construire un, qui avoit 280 piés de longueur, sur 38 de hauteur, à 40 rangs de rames. Ceux sur lesquels on se promenoit, lusoriae. Les vaisseaux appellés militares, étoient les mêmes que les vaisseaux appellés longae. Les vaisseaux de charge, ils étoient à voiles & à rames, onerariae. Les vaisseaux côtiers, orariae, trabales, littorariae. Les vaisseaux construits de bois & de cuivre, & qu'on pouvoit désassembler & porter par terre, plicatiles. Ceux qui précédoient les flottes, praecursoriae. Ceux qui étoient longs, vîtes, legers & à l'usage des pirates, praedatoriae, praedaticae. Ceux qui portoient les amiraux, praetoriae. Ils étoient grands & forts. On les discernoit à une banderole & à une lanterne particuliere. Le pavillon rouge qu'on arboroit étoit le signal du combat. Ceux sur lesquels étoient les gardes avancées de la flotte, prophulactoriae. Ceux qui se composoient & se décomposoient, prenoient différentes formes, laissoient échapper de leur flanc sur l'amphithéâtre des bêtes féroces, &c. Néron fit promener sa mere dans un vaisseau de cette espece ; le vaisseau se décomposa ; mais Agrippine s'échappa à la nage, naves solutiles. Ceux qu'on envoyoit reconnoître l'ennemi, speculatoriae. Ceux qui demeuroient fixes à l'ancre, stationariae. Ceux qui étoient tissus de fortes baguettes, & revêtus de cuir, sutiles. Ceux qui étoient legers, & qu'on détachoit de la flotte pour aller annoncer son approche, tabellariae. Ceux qui étoient creusés d'une seule piece, trabariae, lintres. Ceux qui portoient deux tours, l'une à l'avant, l'autre à l'arriere, turritae.


NAVONIUS PORTUS(Géog. anc.) aujourd'hui Porto-Navonne ; port des îles de Corse, dans la partie méridionale de cette île, & dans le voisinage du Portus Syracusanus de Ptolémée, livre III. ch. ij.


NAVRERv. act. (Jardinage) c'est faire une hoche avec la serpette à un échalas de treillage quand il est tortu.


NAXKOW(Géog.) ville de Danemarck dans l'île de Laland, sur la côte septentrionale, avec un port commode pour le commerce. Elle est à 22 lieues S. O. de Copenhague. Long. 29. 12. lat. 54. 48. (D.J.)


NAXOS(Géog. anc. & mod.) par les Grecs, Naxus par les Latins, Naxia dans le moyen âge, & Naxe par les François, île considérable située au milieu de l'Archipel, à 37d. d'élevation, & à environ 9 milles de la pointe septentrionale de Paros : son circuit est de plus de 100 milles ; c'est-à-dire, de près de 35 lieues françoises, & sa largeur est de 30 milles, qui font 10 lieues de France. C'est la plus grande, la plus fertile & la plus agréable de toutes les Cyclades. Les anciens l'appelloient Dionysia, parce qu'on disoit que Bacchus avoit été nourri dans cette île ; & les habitans prétendoient que cet honneur leur avoit attiré toutes sortes de félicités : ce qu'il y a de sûr, c'est que ce dieu étoit particulierement adoré chez les Naxiotes.

Les principales choses qui rendent Naxos célebre, sont la hauteur de ses montagnes, la quantité de marbre blanc qu'on en tire, la beauté de ses plaines, la multitude des fontaines & des ruisseaux qui arrosent ses campagnes, le grand nombre de jardins remplis de toutes sortes d'arbres fruitiers, les forêts d'oliviers, d'orangers, de limoniers & de grenadiers d'une hauteur prodigieuse. Tous ces avantages qui la distinguent de toutes les autres, lui ont acquis le nom de reine des Cyclades. Cependant cette île n'a jamais eu que peu de commerce par le défaut d'un beau port où les bâtimens pussent être en sureté.

Les pointes des falaises & des montagnes paroissent à ceux qui abordent cette île, former comme des rangées de grosses boules blanches ; & c'est peut-être pour cela, suivant l'idée du P. Sanadon, que Virgile, Enéid. liv. III. vers 125. écrit, baccatam jugis Naxon ; c'est-à-dire, cujus juga baccarum speciem referunt.

Si quelqu'un veut remonter jusqu'à l'antiquité la plus reculée, il trouvera dans Diodore de Sicile & dans Pausanias, l'origine des premiers peuples qui s'établirent dans l'île de Naxos : il y verra qu'elle fut occupée par les Cariens, & que leur roi Naxos lui donna son nom. Il eut pour successeur son fils Leucippus ; celui-ci fut pere de Smardius, sous le regne duquel Thésée, revenant de Crete avec la belle Ariadne, aborda dans l'île, où il abandonna sa maîtresse à Bacchus, dont les menaces l'avoient horriblement frappé dans un songe ; c'est-à-dire qu'il devint infidele à son amante : c'est pourquoi Racine, parlant de ce héros, nous peint

Sa foi par-tout offerte, & reçue en cent lieux ;

Ariadne aux rochers contant ses injustices ;

Phedre enlevée enfin sous des meilleurs auspices, &c.

Naxos, quoique sans port, étoit une république très-florissante, & maîtresse de la mer, dans le tems que les Perses passerent dans l'Archipel. Il est vrai qu'elle possédoit les îles de Paros & d'Andros, dont les ports sont excellens pour entretenir & recevoir les plus grandes flottes. Aristagoras tenta vainement de s'en rendre maître, quoique Darius roi de Perse, lui donnât non-seulement des troupes, mais encore une flotte de deux cent voiles. Les Perses firent une seconde descente dans cette île, où ils eurent plus de succès. Datis & Artaphernes y brûlerent jusqu'aux temples, & emmenerent un très-grand nombre de captifs. Cependant Naxos se releva de cette perte, & fournit quatre vaisseaux de guerre qui battirent celle de Xerxès à Salamine, dans le fond du golfe d'Athénes. Diodore de Sicile assure encore que les Naxiotes donnerent des marques d'une grande valeur à la bataille de Platée, où Mardonius, autre général des Perses, fut défait par Pausanias. Néanmoins dans la suite, les alliés ayant remis le commandement des troupes aux Athéniens, ceux-ci déclarerent la guerre aux Naxiotes. La ville fut donc assiégée & forcée à capituler avec ses premiers maîtres : car Hérodote, qui place Naxos dans le département de l'Ionie, & l'appelle la plus heureuse des îles, en fait une colonie d'Athénes, & prétend que Pisistrate l'avoit possédée à son tour. Voilà ce qui se passa de plus remarquable dans cette île du tems de la belle Grece.

Pendant la guerre du Péloponnèse, Naxos se déclara pour Athénes avec les autres îles de la mer Egée, excepté Milo & Théra ; ensuite elle tomba sous la puissance des Romains ; & après la bataille de Philippe, Marc-Antoine la donna aux Rhodiens. Cependant il la leur ôta quelque tems après, parce que leur gouvernement étoit trop dur. Elle fut soumise aux empereurs romains, & ensuite aux empereurs grecs jusqu'à la prise de Constantinople par les François & par les Vénitiens en 1207. Trois ans après ce grand événement, comme les François travailloient sous l'empereur Henri à la conquête des provinces & places de terre-ferme ; les Vénitiens maîtres de la mer, permirent aux sujets de la république qui voudroient équiper des navires, de s'emparer des îles de l'Archipel & d'autres places maritimes, à condition que les acquéreurs en feroient hommage à ceux à qui elles appartenoient, à raison du partage fait entre les François & les Vénitiens. Marc Sanudo, l'un des capitaines les plus accomplis qu'eût alors la république, s'empara des îles de Naxos, Paros, Antiparos, Milo, l'Argentiere, Siphanto, Policandro, Nanfio, Nio & Santorin. L'empereur Henri érigea Naxos en duché, & donna à Sanudo le titre de duc de l'Archipel & de prince de l'empire. Ses descendans regnerent dans la même qualité jusqu'à Nicolas Carceiro, neuvieme duc de Naxos, qui fut assassiné par les ordres de François Crispo, qui s'empara du duché, & le transmit à sa postérité. Elle en jouit jusqu'à Jacques Crispo, vingt-un & dernier duc de l'Archipel, dépouillé par les Turcs, sous l'empereur Selim II. & mort à Vénise accablé de chagrin.

Sous ce dernier duc de Naxos, les Grecs secouerent le joug des Latins pour subir celui de la Porte-ottomane. Le grand-seigneur y mit pendant quelque tems un officier qui gouverna cette île en son nom. Dans la suite Naxos a eu la liberté de créer des magistrats tous les ans ; ensorte qu'elle fait, sous la domination des Turcs, comme une petite république à part. Ses magistrats se nomment epitropes ; ils ont une autorité fort étendue, étant maîtres d'infliger toutes les peines, jusqu'à celle de mort qu'ils ne peuvent ordonner sans la participation de la Porte. Cette île est une des plus agréables de l'Archipel, par ses plaines, ses vallées, & des ruisseaux qui arrosent des campagnes couvertes de toutes sortes d'arbres fruitiers.

Les anciens ont eu raison de l'appeller la petite-Sicile. Archilocus dans Athénée, compare le vin de Naxos au nectar des dieux. On voit une médaille de Septime Sévere sur le revers de laquelle Bacchus est représenté le gobelet à la main droite & le tyrse à la gauche : pour légende il y a ce mot . On boit encore aujourd'hui d'excellent vin à Naxos. Les Naxiotes, qui sont les vrais enfans de Bacchus, cultivent bien la vigne, quoiqu'ils la laissent traîner par terre jusqu'à huit ou neuf piés loin de son tronc ; ce qui fait que dans les grandes chaleurs le soleil desseche trop les raisins, & que la pluie les fait pourrir.

Quoiqu'il n'y ait point à Naxos de port propre à y attirer un grand commerce, on ne laisse pas d'y faire un trafic considérable en orge, vins, figues, coton, soie, émeri & huile. Le bois & le charbon, marchandises très-rares dans les autres îles de l'Archipel, sont en abondance dans celle-ci. On y fait bonne chere, & les lievres & les perdrix y sont à grand marché.

Il y a deux archevêques dans Naxos, l'un grec & l'autre latin ; & tous deux sont fort à leur aise. Mais les villages sont fort dépeuplés ; car on assure qu'il n'y a guere plus de 8000 ames dans l'île. Les habitant payoient au commencement de ce siecle, cinq mille écus de capitation, & cinq mille cinq cent écus de taille réelle.

Les gentilshommes de Naxie se tiennent à la campagne dans leurs tours, qui sont des maisons quarrées, assez propres, & ils ne se visitent que rarement : la chasse fait leur plus grande occupation. Quand un ami vient chez eux, ils ordonnent à un de leurs domestiques de faire passer à coups de bâton sur leurs terres le premier cochon ou le premier veau qui est dans le voisinage : ces animaux pris en flagrant-délit, sont confisqués, égorgés, suivant la coutume du pays, & l'on en fait une fête. Pliki est un quartier de l'île où l'on dit qu'il y a des cerfs : les arbres n'y sont pas fort grands ; ce sont des cedres à feuilles de cyprès.

Zia, qui est la plus haute montagne de l'île, signifie le mont de Jupiter, & a retenu le nom de Dia, qui étoit autrefois celui de l'île. Corono, autre montagne de Naxie, a conservé celui de la nymphe Coronis, nourrice de Bacchus ; ce qui semble autoriser la prétention des anciens Naxiotes, qui vouloient que l'éducation de ce dieu eût été confiée dans leur île aux nymphes Coronis, Philia & Cleis, dont les noms se trouvent dans Diodore de Sicile. Fanari est encore une autre montagne de Naxie assez considérable.

Vers le bas de la montagne de Zia, à la droite du chemin de Perato, sur le chemin-même, se présente un bloc de marbre brut, large de huit piés, naturellement avancé plus que les autres d'environ deux piés & demi. On lit sous ce marbre cette ancienne inscription connue : ; c'est-à-dire, montagne de Jupiter conservateur des troupeaux.

On voit aussi la grotte où l'on veut que les bacchantes ayent célébré les orgies. A l'égard de l'histoire naturelle, on prétend qu'il y a des mines d'or & d'argent tout près du château de Naxie. Celles d'émeri sont au fond d'une vallée au-dessous de Pérato. On découvre l'émeri en labourant, & on le porte à la marine pour l'embarquer à Triangata ou à saint-Jean. Les Anglois en lestent souvent leurs vaisseaux. Il est à si bon marché sur les lieux, qu'on en donne vingt quintaux pour un écu, & chaque quintal pese 140 liv.

La ville capitale de l'île porte le même nom, & mérite l'article à part qui suit. (D.J.)

NAXOS, (Géog. anc. & mod.) ou Naxie, capitale de l'isle de même nom, située sur la côte occidentale, vis-à-vis de l'isle de Paros, avec un château. Long. 43. 26. lat. 37. 8.

Thucydide dit que la ville de Naxos a été fondée dans le tems de la premiere guerre messéniaque, par Theucles de Chalcyde en Eubée. En effet, la ville moderne de Naxie paroît avoir été bâtie sur les ruines de quelque ancienne ville du même nom, dont il semble que Ptolémée, l. III. c. xv. ait fait mention. Le château situé sur le haut de la ville est l'ouvrage de Marc Sanudo, premier duc de l'Archipel. C'est une enceinte flanquée de grosses tours, qui en renferment une plus considérable & quarrée, dont les murailles sont fort épaisses, & qui proprement étoit le palais des ducs. Des descendans des gentilshommes latins, qui s'établirent dans l'isse sous ces princes, occupent encore l'enceinte de ce château. Les Grecs, qui sont en beaucoup plus grand nombre, s'étendent depuis le château jusqu'à la mer.

La haine de la noblesse grecque & de la latine est irréconciliable. Les Latins aimeroient mieux s'allier à des paysannes, que d'épouser des demoiselles grecques ; c'est ce qui leur a fait obtenir de Rome la dispense de se marier avec leurs cousines-germaines. Les Turcs traitent tous ces gentilshommes sur un même pié. A la vue du moindre bey de galiote, les Latins & les Grecs n'oseroient paroître qu'en bonnets rouges, comme les forçats de galere, & tremblent devant les plus petits officiers. Dès que les Turcs se sont retirés, la noblesse de Naxie reprend sa premiere fierté : on ne voit que des bonnets de velours, & l'on n'entend parler que d'arbres généalogiques. Les uns se font descendre des paléologues ou des Comnenes ; les autres des Justinian, des Grimaldi, de Summaripa ou Sommerives. Le grand-seigneur n'a pas lieu d'appréhender de révolte dans cette isle. Dès qu'un Latin se remue, les Grecs en avertissent le Cadi ; & si un Grec ouvre la bouche, le Cadi sait ce qu'il a voulu dire avant qu'il l'ait fermée.

Les dames y sont d'une vanité ridicule : on les voit venir dans la campagne après les vendanges avec une suite de trente ou quarante femmes, moitié à pié, moitié sur des ânes ; l'une porte sur sa tête des serviettes de toile de coton, ou quelque jupe de sa maîtresse ; l'autre marche avec une paire de bas à la main, une marmite de grès, ou quelques plats de fayance. On étale sur le chemin tous les meubles de la maison ; & la maîtresse montée sur une méchante rosse, entre dans la ville comme en triomphe à la tête de cette troupe. Les enfans sont au milieu de la marche ; ordinairement le mari fait l'arriere-garde. Les dames latines s'habillent quelquefois à la vénitienne : l'habit des Grecs est un peu différent de celui des dames de Milo.

Il y a dans la ville de Naxie des jésuites, des capucins & des cordeliers qui exercent tous la médecine. Voilà les docteurs qui composent cette faculté, & dans la capitale, & dans le reste de l'isle. (D.J.)

NAXOS, (Géog. anc.) ou plutôt Naxus, ancienne ville de la Sicile, sur la côte orientale de cette isle. C'est aujourd'hui Cartel-Schiso. Il ne faut pas confondre, comme a fait M. Spon, cette ville de Sicile avec celle de Naxos dans l'Archipel. C'est à Naxus en Sicile que les peuples de l'isle Eubée avoient dressé un autel à Apollon.

Polybe, l. IV. c. xxxiij. parle de Naxos, ville de l'Acarnanie, que les Oetoliens enleverent aux Acarnaniens.

Enfin Suidas parle d'une ville de Naxos dans l'isle de Crete.


NAY(Géog.) ou NE, riviere de France. Elle prend sa source à Maints-Fonts en Angoumois, entre dans la Saintonge, & se jette dans la Charente, entre Cognac & Saintes.


NAYBES(Hist. mod.) c'est ainsi que dans les isles Maldives on nomme des prêtres, sur qui le roi se repose de tous les soins de la royauté. Ainsi les naybes réunissent la puissance spirituelle & temporelle, & jugent souverainement de toutes les affaires, chacun dans son gouvernement. Ils ont sous eux des magistrats nommés catibes, qui rendent la justice en leur nom, & qui sont aussi tirés de l'ordre sacerdotal. Le chef des naybes se nomme Pandiare. Il est le souverain pontife & le premier magistrat de la nation : ceux qui composent son conseil se nomment mocouris ; il est obligé de les consulter dans les affaires importantes.


NAYS(Hist. mod.) c'est ainsi qu'on nomme dans le royaume de Siam, les chefs ou officiers qui commandent aux troupes. Il y en a sept especes, distinguées par différentes dénominations, suivant le nombre des soldats qui sont sous leurs ordres. Le souverain ne leur donne point de solde, vu que tous les sujets sont ou soldats ou esclaves. Il se contente de leur fournir des armes, des esclaves, des maisons, & quelquefois des terres, qui retournent au roi après la mort d'un nays à qui il les avoit données. Ces dignités ne sont point héréditaires ; & les enfans d'un homme en place se trouvent souvent réduits aux fonctions les plus viles pour gagner leur subsistance. Les nays s'enrichissent par les extorsions qu'ils font souffrir au peuple, que le despote livre à leur avidité, sans que les opprimés aient de ressource contre leurs oppresseurs.


NAZAREAou NAZAREISME, (Hist. judaïq.) état ou condition des Nazaréites ou Nazaréens parmi les Juifs.

Le nazaréat consistoit à être distingué du reste des hommes, principalement en trois choses : 1°. à s'abstenir de vin ; 2°. à ne se point faire raser la tête, à laisser croître ses cheveux ; 3°. à éviter de toucher les morts, de peur d'en être souillé.

Il y avoit de deux sortes de nazaréat ; l'un pour un tems, qui ne duroit qu'un certain nombre de jours ; l'autre pour la vie. Les rabbins ont cherché combien duroit le nazaréat pour un tems, & l'ont déterminé d'après leurs idées cabalistiques. Il est dit dans le livre des nombres, ch. VI. v. 5. Domino sanctus erit. Or, comme le mot hébreu erit est en quatre lettres, dont la premiere & la troisieme, prises pour des lettres numerales, font chacune dix, & les deux autres chacune cinq, le tout ensemble trente, ils en ont conclu que le terme du nazaréat pour un tems, étoit trente jours. Voyez CABALE. (G)


NAZARÉENadj. & subst. (Hist. judaïq.) est un terme employé dans l'ancien Testament, pour signifier une personne distinguée & séparée des autres par quelque chose d'extraordinaire, comme par sa sainteté, par sa dignité, ou par des voeux. Voyez NAZAREAT.

Ce mot vient de l'hébreu nazar, distinguer, séparer ; aussi ce mot étoit-il distingué chez les Hébreux du mot nazaréen, habitant ou natif de Nazareth, qui vient de natzar ou netzer, sauver, préserver.

Dans le livre des nombres, ch. vj. on trouve le détail des voeux des Nazaréens, c'est-à-dire, des voeux pour lesquels un homme ou une femme se consacroient particulierement à Dieu, les conditions & suites de ces voeux, comme l'abstinence, &c.

Quand le tems du nazaréat étoit accompli, le prêtre amenoit la personne à la porte du temple, & cette personne offroit au Seigneur un mouton pour l'holocauste, une brebis pour le sacrifice d'expiation, & un bélier pour l'hostie pacifique. Il offroit aussi des pains & des gâteaux, avec le vin nécessaire pour les libations. Après que tout cela étoit immolé & offert au Seigneur, le prêtre ou quelqu'autre rasoit la tête du nazaréen à la porte du tabernacle, & brûloit les cheveux sur le feu de l'autel. Alors le prêtre mettoit entre les mains du nazaréen l'épaule cuite du bélier, un pain & un gâteau ; puis le nazaréen les remettoit sur les mains du prêtre, qui les élevoit en sa présence, & les offroit à Dieu : dès-lors le nazaréen pouvoit boire du vin, & son nazaréat étoit accompli. Mais les nazaréens perpétuels qui avoient été consacrés par leurs parens, renonçoient pour jamais à l'usage du vin.

Ceux qui faisoient le voeu du nazaréat hors de la Palestine, & qui ne pouvoient arriver au temple à la fin des jours de leur voeu, se contentoient de pratiquer les abstinences marquées par la loi, & de se couper les cheveux au lieu où ils se trouvoient, se réservant d'offrir leurs présens au temple par eux-mêmes, ou par d'autres, lorsqu'ils en auroient la commodité. C'est ainsi que saint Paul en usa à Unchée, act. xviij. v. 18.

Lorsqu'une personne ne se trouvoit pas en état de faire le voeu du nazaréat, ou n'avoit pas le loisir d'en observer les cérémonies, elle se contentoit de contribuer aux frais des offrandes & des sacrifices de ceux qui avoient fait & accompli ce voeu, & de cette sorte elle avoit part au mérite de leur nazaréat. Maimonid. in num. 6.

Nazaréens est aussi employé dans l'écriture pour marquer un homme élevé en dignité, comme il est dit du patriarche Joseph, Genes. xlix. . 26. qu'il étoit nazaréen entre ses freres. On explique ce terme diversement. Les uns croient qu'il signifie celui qui est couronné, choisi, séparé, distingué, nezer en hébreu signifiant une couronne. Les septante traduisent ce terme par un chef, ou par celui qui est couronné. Le P. Calmet croit que nazir étoit un nom de dignité dans la cour des rois d'Orient. Encore aujourd'hui dans la cour du roi de Perse, selon Chardin, le nezir est le sur-intendant de la maison du roi, le premier officier de la couronne, le grand oeconome de sa maison & de ses trésors. En ce sens Joseph étoit le nazir ou le nézir de la maison de Pharaon. Calmet dictionn. de la bibl. tom. 3. pag. 21. au mot Nazaréen. (O)


NAZAREITEou NAZAREENS, s. m. pl. (Hist. ecclés.) secte d'hérétiques qui s'éleva dans les premiers siecles de l'Eglise.

Saint Epiphane nous apprend que les Nazaréens étoient entierement conformes aux Juifs dans tout ce qui avoit rapport à la doctrine & aux cérémonies de l'ancien testament. Ils n'en différoient que par la profession du christianisme, & la croyance que Jesus-Christ étoit le Messie. Ils furent aussi appellés Peratiques, parce qu'ils étoient en grand nombre à Pera ou Pella, ville de la Décapole, & Symmachiens, parce qu'ils se servoient de la version de l'écriture faite par Symmaque.

Il y a eu de deux sortes de Nazaréites ; les uns purs, qui observoient ensemble la loi de Moïse & celle de Jesus-Christ ; les autres étoient les Ebionites. Voyez EBIONITES.

Les auteurs ecclésiastiques nous apprennent que S. Matthieu prêcha l'évangile aux Juifs à Jérusalem dans leur propre langue, & dans le reste de la Palestine, & que ce fut aussi vers ce tems qu'il écrivit son évangile en hébreu. S. Epiphane ajoute, que cet évangile fut conservé entier parmi les Nazaréens. Ce Pere doute seulement s'ils n'en avoient point retranché la généalogie de Jesus-Christ, qui ne se trouvoit point dans l'exemplaire des Ebionites. S. Jerôme qui a traduit en grec & en latin l'évangile de S. Matthieu, nous dit qu'il y avoit beaucoup de gens qui prenoient l'évangile de S. Matthieu, dont les Nazaréens & les Ebionites faisoient usage, pour le vrai évangile de cet apôtre.

C'est pour cela que Baronius dit dans ses annales, que si on avoit à réformer la vulgate, ce devroit être plutôt sur l'original hebreu que sur le grec, qui n'est qu'une copie.

Casaubon traite d'impie cette opinion de Baronius, ne concevant pas comment l'autorité de la version grecque pourroit dépendre d'un texte entierement perdu. Il ajoute que jamais cet évangile n'a été d'usage que parmi les Nazaréens, les Ebionites & d'autres hérétiques, & qu'il étoit rempli de fables, ayant été altéré & corrompu par ces hérétiques. Voyez MATTHIEU.

Ces Nazaréens, quoique zelés observateurs de la loi de Moïse, avoient un très-grand mépris pour les traditions des Pharisiens. Cette secte subsista longtems en Orient. Benschonah, auteur arabe, qui a écrit la vie de Mahomet, raconte que ce faux prophete fit l'an 4 de l'hégire, de Jesus-Christ 626, la guerre aux Nazaréens ou Nadaréens, qui étoient des Juifs établis en Arabie, & les vainquit. Le P. Calmet conjecture que ces Nazaréens pourroient bien être des descendans de ces chrétiens hébraïsans qui parurent dans les premiers siecles de l'Eglise.

Nazaréen est aussi un nom que les auteurs qui ont écrit contre le christianisme ont donné par mépris & par dérision aux disciples de Jesus - Christ, & à Jesus-Christ lui-même, parce qu'il étoit de Nazareth, petite ville de la basse Galilée. (O)


NAZARETH(Géog.) ce lieu, célebre par la demeure de Jesus-Christ jusqu'aux dernieres années de sa vie, n'est plus aujourd'hui qu'un petit village composé d'une soixantaine de maisons de pauvres gens tous habillés de toile. Il est sur le penchant d'une montagne, environnée d'autres petites collines : les religieux de saint François y ont un couvent. Long. 53. 15. lat. 32. 30.

Nazareth, du tems de Jesus-Christ, étoit une petite ville de la Palestine dans la tribu de Zabulon, au couchant du Thabor, & à l'orient de Ptolémaïde. Saint Epiphane dit que de son tems Nazareth n'étoit plus qu'une bourgade, uniquement habitée par les Juifs. Nous ne manquons pas de voyageurs qui ont eu la curiosité de s'y rendre dans le dernier siecle, & qui l'ont décrite ; tels sont le pere Nau & Doubdan dans leur voyage de la Terre-sainte. Voyez aussi Coppin, Voyage de Phénicie. (D.J.)


NAZER(Histoire mod.) c'est le nom d'un des grands officiers de la cour du roi de Perse, dont la dignité répond à celle du grand-maître de sa maison.


NAZIANCE(Géog. anc.) petite ville d'Asie dans la Cappadoce, au voisinage de Césarée, dont elle fut suffragante, & depuis érigée en métropole.

Elle est illustrée dans l'Histoire ecclésiastique par toute la famille de saint Grégoire, pere, mere, fils, & fille. Saint Grégoire le pere en fut évêque & y mourut, & sainte None sa femme y fut enterrée auprès de lui. Ils eurent pour enfans, 1°. saint Grégoire fils aîné dont nous parlerons tout-à-l'heure ; 2°. saint Césaire le puîné, qui finit ses jours à Constantinople, mais dont le corps fut rapporté dans le tombeau de la sainte famille ; 3°. sainte Gorgonie leur soeur qui mourut en Isaurie.

Saint Grégoire fils aîné, surnommé saint Grégoire de Nazianze, est regardé comme un des plus doctes, & des premiers peres de l'église grecque. Il vint au monde vers l'an 328 de Jesus-Christ, fit ses études à Athènes avec saint Basile son intime ami, s'acquit ensuite une grande célébrité par sa doctrine, & mourut en 391.

Ses Oeuvres qui composent cinquante-cinq sermons ou discours, un grand nombre de lettres, & plusieurs pieces de poésie, ont été imprimées en grec & en latin à Paris en 1609, in-fol. 2 volumes. Erasme, M. Dupin, & plusieurs autres théologiens, font de grands éloges de la piété & de l'éloquence de ce pere de l'Eglise. Ils desirent cependant qu'il eût mis plus d'ordre dans sa morale, & qu'il eût évité les antithèses & similitudes trop fréquentes, les pointes & les jeux de mots ; mais ce goût de décadence étoit celui de son tems. M. de Fenelon, archevêque de Cambray, remarque, que les écoles d'Athènes étoient entierement déchues, quand saint Basile & saint Grégoire y allerent, & qu'ayant été instruits par les mauvais rhéteurs de cette ville, ils avoient été nécessairement entraînés dans le préjugé dominant sur la maniere d'écrire.

Au reste, personne n'a mieux connu que saint Grégoire de Nazianze, les abus qui regnent dans les synodes & conciles, comme on en peut juger par sa réponse à une invitation qu'on lui fit d'assister à un concile solemnel d'évêques qui devoit se tenir à Constantinople. " S'il faut (répond-il) vous écrire la vérité, je suis dans la résolution de fuir toute assemblée d'évêques, parce que je n'ai jamais vû aucun synode qui ait eu un bon succès, & qui n'ait plutôt augmenté le mal que de le diminuer ; l'esprit de dispute & celui de domination (croyez que j'en parle sans fiel) y sont plus grands qu'on ne sauroit l'exprimer ; " mais les paroles originales valent bien mieux que ma traduction : les voici. , &c. Ep. lv. tom. I. pag. 814. B.

Il falloit que le mal fût alors bien grand dans les assemblées ecclésiastiques, car on trouve les mêmes protestations & les mêmes plaintes de S. Grégoire répétées ailleurs avec encore plus de force. " Jamais (dit-il dans une de ses poésies) je ne me trouverai dans aucun synode ; on n'y voit que division, que querelles, que mysteres honteux, qui éclatent dans un même lieu, avec des hommes que la fureur domine ".


NAZIERES. f. terme de Pêche, c'est un lieu où l'on tend des nazes pour prendre du poisson.


NAZIou NEZIR, s. m. (Hist. anc.) terme de dignité ou d'honneur parmi les anciens hébreux. Le patriarche Jacob, dans les dernieres bénédictions qu'il donne à Joseph son fils bien aimé, lui dit : que les bénédictions de votre pere viennent sur la tête de Joseph, sur la tête de celui qui est comme le nazir de ses freres. Genes. xlix. 26. Ce même mot nazir signifie une couronne, ou celui qui est couronné, honoré, séparé, choisi, distingué. Dans l'Orient, selon Chardin, nesir est un nom de dignité, il signifie le surintendant général de la maison du roi de Perse ; c'est le premier officier de sa couronne, le grand économe de son domaine, de sa maison, & de ses trésors. Il a l'inspection sur les officiers de la maison du roi, sur sa table, sa garde, ses pensions : c'est-à-peu près ce que les anciens Perses appelloient les yeux du roi, selon Xénophon Cyroped. liv. VIII. Moyse donne aussi à Joseph le nom de nazir dans le Deutéronom. xxxiij. 16. peut-être parce que ce patriarche avoit eu la principale part dans le gouvernement de l'Egypte. Calmet, Dictionnaire de la Bible, tom. III. pag. 22. (G)


NÉA(Géog. anc.) nom, 1°. d'une ville d'Egypte, au voisinage de la ville de Chemnis ; 2°. d'une ville de la Troade selon Pline, liv. II. chap. 96. 3°. d'une île de la mer Egée, entre Lemnos & l'Hélespont ; 4°. d'une ville de Sicile, que Pline & Cicéron appellent Netini : quelques-uns croient que c'est aujourd'hui Notir, & d'autres que c'est Ninir.


NEAETHUS(Géog. anc.) fleuve de la grande Grece, dans le territoire de Crotone, & qui avoit son embouchure dans le golfe de même nom : Théocrite en parle, & Ovide le surnomme Salentinum.


NÉANEou NÉYN, ou NYN, (Géog.) riviere d'Angleterre. Elle a sa source dans le Northamptonshire qu'elle traverse. Voyez NEYN. (D.J.)


NÉANTRIEN, ou NÉGATION, (Métaphys.) suivant les philosophes scholastiques, est une chose qui n'a point d'être réel, & qui ne se conçoit & ne se nomme que par une négation.

On voit des gens qui se plaignent qu'après tous les efforts imaginables pour concevoir le néant, ils n'en peuvent venir à bout. Qu'est-ce qui a précédé la création du monde ? qu'est-ce qui en tenoit la place ? Rien. Mais le moyen de se représenter ce rien ? Il est plus aisé de se représenter une matiere éternelle. Ces gens-là font des efforts là où il n'en faudroit point faire, & voilà justement ce qui les embarrasse, ils veulent former quelque idée qui leur représente le rien ; mais comme chaque idée est réelle, ce qu'elle leur représente est aussi réel. Quand nous parlons du néant, afin que nos pensées se disposent conformément à notre langage, & qu'elles y répondent, il faut s'abstenir de représenter quoi que ce soit. Avant la création Dieu existoit ; mais qu'est-ce qui existoit, qu'est-ce qui tenoit la place du monde ? Rien ; point de place ; la place a été faite avec l'univers qui est sa propre place, car il est en soi-même, & non hors de soi-même. Il n'y avoit donc rien ; mais comment le concevoir. Il ne faut rien concevoir. Qui dit rien déclare par son langage qu'il éloigne toute réalité ; il faut donc que la pensée pour répondre à ce langage écarte toute idée, & ne porte son attention sur quoi que ce soit de représentatif ; à la vérité on ne s'abstient pas de toute pensée, on pense toujours ; mais dans ce cas-là penser c'est sentir simplement soi-même, c'est sentir qu'on s'abstient de se former des représentations.

NEANT, (Jurisprud.) est un terme de pratique qui sert à exprimer qu'une procédure est rejettée ; les cours souveraines mettent l'appellation au néant quand elles confirment la sentence dont est appel ; quand elles l'infirment, elles mettent l'appellation & ce au néant. En matiere du grand criminel elles ne mettent pas au néant, elles prononcent qu'il a été bien jugé, mal & sans grief appellé ; les juges inférieurs ne peuvent pas se servir de ces termes, au néant, ils doivent seulement prononcer par bien ou mal jugé.

Au conseil du roi, quand une requête en cassation est rejettée, on met sur la requête néant. Voyez APPEL, INFIRMER, SENTENCE. (A)


NÉAPOLIS(Géog. anc.) il y a plusieurs villes de ce nom dans les anciens auteurs, 1°. Néapolis en Macédoine ; 2°. Néapolis ville de la Carie ; 3°. Néapolis ville de Grece en Ionie selon Strabon, entre Samos & Ephèse ; 4°. Néapolis ville d'Asie dans l'Isaurie selon Suidas ; 5°. Néapolis ville d'Egypte dans la Thébaïde ; 6°. Néapolis ville de la Pisidie ; 7°. Neapolis ville de l'île de Sardaigne sur la côte occidentale ; 8°. Néapolis ville de la Colchide ; 9°. Néapolis ville de la Cyrenaïque ; 10°. Néapolis ville de l'Asie propre dans la Lydie ou dans la Moeonie : voilà les principales. (D.J.)

NEAPOLIS, (Géog. anc.) ville de Macédoine où saint Paul arriva en venant de l'île de Samothrace, & alla de-là à Philippes : cette ville qui est toute voisine des frontieres de la Thrace, se nomme aujourd'hui Napoli. Voyez NAPOLI.


NÉAPOLITAINonguent, (Matiere méd.) c'est un des noms qu'on donne à l'onguent mercuriel. Voyez sous le mot MERCURE.


NÉASTRONmot barbare inventé par Paracelse, par lequel il veut exprimer le mouvement des quatre élémens dans les corps élémentés, c'est-à-dire dans les corps qui résultent de leur combinaison, d'où il arrive que les élémens s'étant répandus, divisés en rameaux & fixés dans certains endroits, il y a des parties qui sont exposées au néastron ou mouvement du feu ; d'autres au néastron de l'eau, de l'air, de la terre, &c. Paracelse a aussi employé ce mot pour signifier la maladie des élémens. Voyez la table 9e. de generat. febr. & Castell. lexic.


NÉATH(Géog.) petite ville ou bourg d'Angleterre dans le Glamorganshire, sur la riviere de même nom à la gauche, & près de Landaff : quelques savans croient que c'est l'ancienne Nidum, cité des Silures. Long. 14. 25. lat. 51. 22.

NEATH, (Géog.) riviere d'Angleterre ; elle a sa source dans le South-Walles, traverse Glamorganshire, mouille la ville de Néath, & va se jetter un peu au-dessous dans le canal de saint George.


NÉBAHAS(Histoire de l'Idolâtr.) idole des Hévéens, dont il est parlé au liv. IV. des Rois xvij. 31. Porro Hevoei fecerunt Nebahae & Tarthoe ; les rabbins croient que cette idole étoit taillée comme l'Anubis des Egyptiens. (D.J.)


NEBELS. m. (Hist. anc.) mesure hébraïque qui contenoit trois bathes, c'est-à-dire quatre-vingt-sept pintes, chopine, demi-septier, deux pouces cubes & cette fraction 15536/704969 de pouces, mesure de Paris ; suivant l'évaluation qu'en donne le pere Calmet, à la tête de son Dictionnaire de la Bible. (G)


NEBELLOCH(Hist. nat.) ce mot est allemand, il signifie trou des brouillards. On nomme ainsi une caverne fameuse située dans le duché de Wirtemberg, près de la ville de Pfullingen ; on y voit un grand nombre de stalactites & de concrétions pierreuses, à qui l'imagination fait attribuer des formes que la nature n'a fait qu'ébaucher grossierement. Cette caverne a beaucoup d'étendue & ressemble beaucoup à celle de Baumann & aux autres grottes remplies de concrétions. Voyez GROTTE. (-)


NÉBOvoyez NABO.


NÉBOUZAN LE(Géog.) petit pays du gouvernement de Guienne dans la Gascogne, le long du pays de Comminges ; Saint-Gaudens en est la capitale, les états du pays s'y tiennent.


NÉBRISSou NABRISSA, (Géog. anc.) ville d'Espagne dans la Betique, sur la branche orientale du Betis ; mais cette branche s'étant bouchée avec le tems, Nébrissa se trouve aujourd'hui à deux lieues du fleuve Guadalquivir ; on la nomme maintenant Lébrixa. Voyez ce mot. (D.J.)


NEBRITESS. f. (Hist. nat.) nom que les anciens donnoient à une pierre dont on ne connoît point la nature ; on nous apprend seulement qu'elle étoit rougeâtre ou d'un jaune brun comme la peau de faunes ou satyres, & qu'elle étoit consacrée à Bacchus : cependant Pline dit que cette pierre étoit noire.


NÉBRODES(Géog. anc.) montagne de la Sicile ; Strabon écrit Neurodes. Silius Italicus fait mention de cette montagne en ces termes :

Nebrodes gemini nutrit divortia fontis,

Quo mons Sicaniae non surgit ditior umbrae.

(D.J.)


NÉBULÉadj. en terme de Blason, se dit d'un écusson chargé de plusieurs petites figures en forme de nuées qui passent les unes dans les autres, ou quand la ligne extérieure d'une bordure ou d'une piece est dentelée ou ondée.

Girolami à Florence, coupé nébulé d'argent & de gueules.


NÉBULEUXadj. il se dit du ciel lorsqu'il est obscurci par des nuages.

NEBULEUX, s. m. (Astronom.) terme qu'on applique dans l'Astronomie à quelques étoiles fixes, d'une lumiere pâle & obscure ; elles sont plus petites que celles de la sixieme grandeur, & par conséquent difficiles à distinguer à la vûe simple ; tout-au-plus on les voit comme de petits nuages, ou de petites taches obscures.

Avec un médiocre télescope ces nébuleuses se voient facilement ; elles paroissent d'une matiere à peu-près semblable à la voie lactée ou galaxie. Voyez ÉTOILE & GALAXIE.

Dans la nébuleuse appellée praesepe, qui est à la poitrine du cancer, on a compté jusqu'à trente-six petites étoiles, dont il y en a trois que M. Flamsteed a mis dans son catalogue. Voyez CANCER.

Dans la nébuleuse d'orion on en a compté vingt-une. Le pere le Comte ajoute, que dans la constellation des pleïades il y en a quarante ; douze dans l'étoile du milieu de l'épée d'orion ; cinq cent dans l'étendue de deux degrés de la même constellation, & deux mille cinq cent dans la constellation entiere. Chambers.

En se servant de lunettes plus fortes que les lunettes ordinaires, on a découvert que du-moins plusieurs de ces apparences, non-seulement n'étoient point causées par ces amas d'étoiles qu'on avoit imaginés, mais même n'en renfermoient aucune, & ne paroissoient être que de grandes aires ovales, lumineuses, ou d'une lumiere plus claire que celle du ciel. Hevelius a donné une table des nébuleuses, ou taches répandues dans le ciel. M. de Maupertuis, dans son discours sur les différentes figures des astres, a proposé une nouvelle conjecture sur ce sujet. Selon lui, il peut y avoir dans les cieux des masses de matiere, soit lumineuses, soit réfléchissant la lumiere, dont les formes sont des sphéroïdes de toutes especes, les uns approchant de la sphéricité, les autres fort applatis. De tels astres, dit-il, doivent causer des apparences semblables à celles dont il s'agit. Il ne décide point si la matiere dont ces corps sont formés est aussi lumineuse que celle des étoiles, & si elle ne brille moins que parce qu'elle est plus éloignée. On ne peut pas non plus s'assurer si les astres, qui forment ces taches, sont plus ou moins éloignés que les étoiles fixes. L'immensité des cieux offre, & offrira encore dans la suite des siecles, matiere à des observations perpétuelles, & à des conjectures sans fin. Mais il y aura toujours une infinité de choses qu'on ne pourra pousser au-delà de la conjecture. L'éloignement prodigieux de tout ce qui est au-delà des planetes, ne sera probablement jamais surmonté par aucun instrument, & toute l'industrie des hommes ne viendra pas à bout de rapprocher les étoiles fixes, & les objets qui sont à-peu-près dans la même région, au point de déterminer quelque chose de précis sur leur grandeur, leur figure, & leur éloignement. Au fond, à n'envisager les découvertes que du côté de l'utilité, le malheur n'est pas grand. Ce qui est le plus à notre portée en tout genre, est en même tems, par une sage disposition, ce qui est le plus intéressant, & nos lumieres sont reglées sur nos besoins. On ne sauroit pourtant trop estimer ces hommes, qui s'élevant audessus de notre sphere, semblent vouloir embrasser tout l'univers. Article de M. FORMEY.


NEBULGENmot arabe, ou de la composition de Paracelse, par lequel il désignoit un sel concret formé de l'humidité du brouillard qui tomboit & se ramassoit sur une pierre, & qui étoit condensé ensuite par la chaleur du soleil. Paracels. schol. in libr. de grad. & compos. Castell. lexic. Cette espece de sel, supposé que c'en fût réellement une, est aujourd'hui dans l'oubli ; & l'on ne voit plus les pierres chargées de pareilles crystallisations : Paracelse nous en a laissé ignorer la nature, les qualités, & les usages.


NÉCANÉESS. f. pl. (Comm. des Indes) ce sont des toiles rayées de bleu & blanc, qui se fabriquent dans les Indes orientales ; il y en a de larges & d'étroites. Les larges qu'on nomme nécanées-brouard, ont onze aunes de long sur trois quarts de large. Les étroites qu'on appelle nécanées-naron, ont dix aunes sur deux tiers. Dict. du Comm. (D.J.)


NÉCAUS(Géog.) ancienne ville d'Afrique au royaume d'Alger, dans la province de Bugie sur les confins de la Numidie. Ptolémée, l. IV. c. iij. la nomme Vaga ; elle est à 20 lieues de Tetztéza, 50 de Constantine. Long. 21. 45. lat. 35. 20. (D.J.)


NÉCESSAIREadj. (Métaphysiq.) nécessaire, ce dont le contraire est impossible & implique contradiction. L'être en général & considéré par abstraction est nécessaire ; car les essences ne sauroient cesser d'être possibles, & elles sont immuables. Tout ce que l'on démontre des nombres dans l'Arithmétique, & des figures dans la Géométrie, convient nécessairement aux nombres & aux figures. La source de cette nécessité se trouve dans l'unique déterminabilité dont les choses nécessaires sont susceptibles. Voici ce qu'il faut entendre par cette expression : une chose nécessaire, qui est d'une certaine maniere, ne peut jamais être d'une maniere opposée ; toute détermination contraire à sa détermination actuelle implique. Un triangle rectiligne a ses trois angles égaux à deux droits ; cela est vrai aujourd'hui, cela le sera éternellement, & le contraire n'aura jamais lieu. Au lieu qu'une chose contingente est déterminée à-présent d'une maniere, un instant après d'une autre, & passe par de continuels changemens.

Il faut bien prendre garde à ne pas confondre la nécessité d'essence avec celle d'existence. Pour que la derniere ait lieu, il faut que l'être nécessaire ait en soi-même la raison suffisante de son existence. La possibilité nécessaire des essences n'influe en rien sur leur actualité. Un homme n'existe pas, parce qu'il répugneroit à l'homme de ne pas exister ; mais l'être nécessaire, c'est-à-dire Dieu, existe, parce qu'il est Dieu, & qu'il impliqueroit qu'il n'existât pas.


NÉCESSITANTadj. (Théologie) terme dogmatique qui contraint & qui ôte la liberté. Ainsi, s'il y avoit une grace nécessitante, la créature n'auroit plus de mérite ; si la grace pouvoit manquer son effet, elle ne seroit plus efficace : c'est par quelque tour de main particulier, que nous n'avons pas encore bien saisi, que l'action de Dieu sur la créature a son effet assuré sans nuire à la liberté.


NÉCESSITÉS. f. (Métaphysiq.) Nécessité, c'est en général ce qui rend le contraire d'une chose impossible, quelle que soit la cause de cette impossibilité. Or, comme l'impossibilité ne vient pas toûjours de la même source, la nécessité n'est pas non plus partout la même. On peut considérer les choses, ou absolument en elles-mêmes, & en ne faisant attention qu'à leur essence ; ou bien on peut les envisager sous quelque condition donnée qui, outre l'essence, suppose d'autres déterminations qui ne sont pas un résultat inséparable de l'essence, mais aussi qui ne lui répugnent point. De ce double point de vûe résulte une double nécessité ; l'une absolue, dont le contraire implique contradiction en vertu de l'essence même du sujet ; l'autre hypothétique, qui ne fonde l'impossibilité que sur une certaine condition. Il est absolument nécessaire que le parallélograme ait quatre côtés, & qu'il soit divisible par la diagonale en deux parties égales : le contraire implique en tout tems, aucune condition ne sauroit le rendre possible. Mais si ce parallélograme est tracé sur du papier, il est hypothétiquement nécessaire qu'il soit tracé, la condition requise pour cet effet ayant eu lieu : cependant il n'impliqueroit pas qu'il eût été tracé sur du parchemin, ou même qu'il ne l'eût point été du-tout. La certitude, l'infaillibilité de l'événement suivent de la nécessité hypothétique, tout comme de la nécessité absolue.

On confond d'ordinaire la nécessité avec la contrainte : néanmoins la nécessité d'être homme n'est point en Dieu une contrainte, mais une perfection. En effet la nécessité, selon M. de la Rochefoucault, differe de la contrainte, en ce que la premiere est accompagnée du plaisir & du penchant de la volonté, & que la contrainte leur est opposée. On distingue encore dans l'école, nécessité physique & nécessité morale, nécessité simple & nécessité relative.

La Nécessité physique est le défaut de principes ou de moyens naturels nécessaires à un acte, on l'appelle autrement impuissance physique ou naturelle.

Nécessité morale signifie seulement une grande difficulté, comme celle de se défaire d'une longue habitude. Ainsi on nomme moralement nécessaire ce dont le contraire est moralement impossible, c'est-à-dire, sauf la rectitude de l'action ; au lieu que la nécessité physique est fondée sur les facultés & sur les forces du corps. Un enfant, par exemple, ne sauroit lever un poids de deux cent livres, cela est physiquement impossible ; au lieu que la nécessité morale n'empêche point qu'on ne puisse agir physiquement d'une maniere contraire. Elle n'est déterminée que par les idées de la rectitude des actions. Un homme à son aise entend les gémissemens d'un pauvre qui implore son assistance. Si le riche a l'idée de la bonne action qu'il fera en lui donnant l'aumône, je dis qu'il est moralement impossible qu'il la lui refuse, ou moralement nécessaire qu'il la lui donne.

Nécessité simple est celle qui ne dépend point d'un certain état, d'une conjoncture, ou d'une situation particuliere des choses, mais qui a lieu par-tout & dans toutes les circonstances dans lesquelles un agent peut se trouver. Ainsi c'est une nécessité pour un aveugle de ne pouvoir distinguer les couleurs.

Nécessité relative est celle qui met un homme dans l'incapacité d'agir ou de ne pas agir en certaines circonstances ou situations dans lesquelles il se trouve, quoiqu'il fût capable d'agir ou de ne pas agir dans une situation différente.

Telle est, dans le système des Jansénistes, la nécessité où se trouve un homme de faire le mal lorsqu'il n'a qu'une foible grace pour y résister, ou la nécessité de faire le bien dans un homme qui, ayant sept ou huit degrés de grace, n'en a que deux ou trois de concupiscence.

NECESSITE, (Mythol.) divinité allégorique qui tenoit tout l'univers, les dieux, & Jupiter même asservis sous son empire. De-là vient qu'elle est souvent prise chez les poëtes pour le destin à qui tout obéit ; c'est en ce sens qu'ils ont dit que les Parques étoient les filles de la fatale Nécessité. Pausanias rapporte qu'il y avoit dans la citadelle de Corinthe un petit temple dédié à la Nécessité & à la Violence, dans lequel il n'étoit permis à personne d'entrer qu'aux prêtres de ces déesses. On représentoit la Nécessité accompagnée de la fortune, ayant des mains de bronze dans lesquelles elle tenoit des chevilles & des coins. (D.J.)


NECHIASEN(Médecine) C'est un terme paracelsique dont la signification n'est pas bien déterminée : le sentiment le plus reçu est que Paracelse donnoit ce nom à des particules salines, corrosives, & qui s'étendoient en rongeant. Il paroît qu'il l'emploie dans ce sens : de ulcer. apostem. sironib. & nod. lib. I. cap. v. On trouve assez souvent dans cet auteur de ces termes ou nouveaux, ou étrangers dans sa langue, par le moyen desquels il se rend inintelligible. C'est un reste de langage mystérieux familier aux Alchimistes ; les commentateurs sont fort embarrassés à deviner le sens de la plûpart de ces mots bisarres, tels que nesder, necro-astral, nedeon, &c. &c. Dornaeus, un des plus célebres, avoue ingénuement là-dessus son insuffisance. Voyez ses notes sur le Dictionnaire de Roland. Castellus croit que le mot nedeon signifie dans Paracelse la propriété essentielle, spécifique de chaque être naturel.


NECHILOTH(Critiq. sacrée) ce terme hébreu signifie danse. Il se trouve à la tête du cinquieme pseaume. Il est adressé au maître qui présidoit ou sur les danses qu'on faisoit chez les Juifs dans certaines cérémonies religieuses, ou à la bande des musiciens qui jouoient de la flûte. (D.J.)


NECIUM(Géog. anc.) c'est un des noms latins que l'on donne à la ville d'Anneci dans les états du roi de Sardaigne, en Savoye.


NECKEou NECKAR, (Géog.) les François disent Nècre ; grande riviere d'Allemagne qui en reçoit plusieurs autres dans son cours : elle a sa source dans la Forêt-noire, & se jette dans le Rhin au-dessous de Manheim.


NECKERS-GÉMUND(Géog.) petite ville d'Allemagne dans le Palatinat du Rhin, sur le Necker. Long. 27. 30. lat. 49. 26.


NECKERS-ULM(Géog.) petite ville d'Allemagne en Franconie, sur le Necker, entre Hailbron & Wimpfen. Elle appartient au grand maître de l'ordre teutonique. Long. 26. 40. lat. 49. 26. (D.J.)


NECROLOGES. m. (Hist. mod.) livre mortuaire dans lequel on écrit les noms des morts. Ce mot est formé du grec , mort, & de , discours. Les premiers chrétiens avoient dans chaque église leur necrologe, où ils marquoient soigneusement le jour de la mort de leurs évêques. Les moines en ont eu & en ont encore dans leur monastere. On a donné aussi le nom de necrologe aux catalogues des saints, où le jour de leur mort & de leur mémoire est marqué ; &, à parler exactement, ce nom leur convient mieux que celui de martyrologe qu'on donne communément à ces sortes de recueils, puisque tous ceux dont il y est fait mention ne sont pas morts martyrs. Il faut cependant croire que la dénomination de martyrologe a prévalu, parce que dans les premiers tems les Chrétiens n'inscrivoient sur ces registres que les noms de ceux qui étoient morts pour la foi ; & que, dans la collection qui en a été faite depuis, on y a ajouté ceux des autres personnages qui s'étoient distingués par la sainteté de leur vie. (G)


NÉCROMANCIES. f. sorte de divination, par laquelle on prétendoit évoquer les morts pour les consulter sur l'avenir, par le ministere des démons qui faisoient rentrer les ames des morts dans leurs cadavres, ou faisoient apparoître à ceux qui les consultoient leur ombre ou simulacre. L'histoire de Saül si connue prouve l'existence & la réalité de la nécromancie. Elle étoit fort en usage chez les Grecs & surtout chez les Thessaliens. Ils arrosoient de sang chaud le cadavre d'un mort, & prétendoient qu'ensuite il leur donnoit des réponses certaines sur l'avenir. Ceux qui les consultoient devoient auparavant avoir fait les expiations prescrites par le magicien qui présidoit à cette cérémonie, & sur-tout avoir appaisé par quelque sacrifice les mânes du defunt qui, sans ces préparatifs, demeuroit constamment sourd à toutes les questions qu'on pouvoit lui faire. On sent assez par tous ces préliminaires combien de ressources & de subterfuges se préparoient les imposteurs qui abusoient de la crédulité du peuple.

Delrio qui a traité fort au long de cette matiere, distingue deux sortes de nécromancie. L'une qui étoit en usage chez les Thébains, & qui consistoit simplement dans un sacrifice & un charme, ou enchantement, incantatio. On en attribue l'origine à Tirésias. L'autre étoit pratiquée par les Thessaliens avec des ossemens, des cadavres, & un appareil tout-à-fait formidable. Lucain, liv. VI. en a donné une description fort étendue, dans laquelle on compte trente-deux cérémonies requises pour l'évocation d'un mort. Les anciens ne condamnoient d'abord qu'à l'exil ceux qui exerçoient cette partie de la magie ; mais Constantin décerna contre eux peine de mort. Tertullien, dans son livre de l'ame, dit qu'il ne faut pas s'imaginer que les magiciens évoquâssent réellement les ames des morts, mais qu'ils faisoient voir à ceux qui les consultoient des spectres ou des prestiges, ce qui se faisoit par la seule invocation ; ou que les démons paroissoient sous la forme des personnes qu'on desiroit de voir, & cette sorte de nécromancie ne se faisoit point sans effusion de sang. D'autres ajoutent que ce que les magiciens & les prêtres des temples des mânes évoquoient n'étoit proprement ni le corps ni l'ame des défunts, mais quelque chose qui tenoit le milieu entre le corps & l'ame, que les Grecs appelloient , les Latins simulacrum, imago, umbra tenuis. Ainsi quand Patrocle prie Achille de le faire enterrer, c'est afin que les images légeres des morts, , ne l'empêchent pas de passer le fleuve fatal. Ce n'étoient ni l'ame ni le corps qui descendoient dans les champs Elysées, mais ces idoles. Ulysse voit l'ombre d'Hercule dans les champs Elysées, pendant que ce héros est lui-même dans l'olympe avec les dieux immortels. Delrio, lib. IV. pag. 540. & 542. Mém. de l'acad. des Belles-Lettres, tom. VII. pag. 30.

Delrio remarque encore qu'on entend de la nécromancie ce passage du Psalmiste, pseaume cv. v. 28. comederunt sacrificia mortuorum. Un auteur moderne en tire l'origine de cette espece de divination. Nous transcrirons ce qu'il en dit de principal, en renvoyant pour le reste le lecteur à l'histoire du ciel, tome premier, pag. 492, 494, &c.

" Dans les anciennes cérémonies des funérailles, dit M. Pluche, on s'assembloit sur un lieu élevé & remarquable. On y faisoit une petite fosse pour consumer par le feu les entrailles des victimes. On faisoit couler le sang dans la même fosse. Une partie des chairs étoit présentée aux ministres des sacrifices. On faisoit cuire & on mangeoit le reste des chairs immolées en s'asseyant autour du foyer. Dans le paganisme, tout ce cérémonial s'augmenta, & fut surchargé d'une infinité de cérémonies dans toutes les fêtes de religion ; mais pour les assemblées mortuaires rien n'y changea. Les familles, en enterrant leurs morts, étoient accoutumées à une rubrique commune qui se perpétua. On continua dans le sacrifice des funérailles à faire une fosse, à y verser du vin, de l'huile, ou du miel, ou du lait, ou d'autres liqueurs d'usage, à y faire couler ensuite le sang des victimes, & à les manger ensemble en s'asseyant autour de la fosse, & en s'entretenant des vertus de celui qu'on regrettoit.

La facilité étrange avec laquelle on divinisoit les moindres parties de l'univers, donne lieu de concevoir comment on prit l'habitude d'adresser des prieres, des voeux, & un culte religieux à des morts qu'on avoit aimés, dont on célébroit les louanges, & qu'on croyoit jouir des lumieres les plus pures après s'être dépouillés avec le corps des foiblesses de l'humanité. Tous les peuples, en sacrifiant soit aux dieux qu'ils s'étoient faits, soit aux morts dont la mémoire leur étoit chere, croyoient faire alliance avec eux, s'entretenir avec eux, manger avec eux familierement. Mais cette familiarité les occupoit sur-tout dans les assemblées mortuaires, où ils étoient encore pleins du souvenir des personnes qu'ils avoient tendrement aimées, & qu'ils croyoient toûjours sensibles aux intérêts de leur famille & de leur patrie.

La persuasion où l'on étoit que par les sacrifices on consultoit les dieux, on les interrogeoit sur l'avenir, entraîna celle que dans les sacrifices des funérailles on consultoit aussi les morts. Les cérémonies de ces sacrifices mortuaires, quoiqu'elles ne fussent que la simple pratique des assemblées des premiers tems, se trouvant en tout point différentes de celles qu'on observoit dans les autres fêtes, parurent être autant de façons particulieres de converser avec les morts, & d'obtenir d'eux les connoissances qu'on desiroit. Qui pouvoit douter, par exemple, que ce ne fût pour converser familierement avec ses anciens amis, qu'on s'asseyoit autour de la fosse, où l'on avoit jetté l'huile, la farine, & le sang de la victime immolée en leur honneur ? Pouvoit-on douter que cette fosse, si différente des autels élevés vers le ciel, ne fût une cérémonie convenable & particulierement affectée aux morts ? Après le repas pris en commun & auquel on supposoit que les ames participoient, venoit l'interrogation ou l'évocation particuliere de l'ame pour qui étoit le sacrifice, & qui devoit s'expliquer : mais comment s'expliquoit-elle ?

Les prêtres, continue le même auteur, parvinrent aisément à entendre les morts & à être leurs interpretes. Ils en firent un art dont l'article le plus nécessaire comme le plus conforme à l'état des morts, étoient le silence & les ténebres. Ils se retiroient dans des antres profonds, ils jeûnoient & se couchoient sur des peaux des bêtes immolées, de cette maniere & de plusieurs autres, ils s'imaginoient apprendre de la bouche même des morts les choses cachées ou futures ; & ces folles pratiques répandirent par-tout cette folle persuasion qui s'entretient encore parmi le peuple, qu'on peut converser avec les morts, & qu'ils viennent souvent nous donner des avis : & de-là la nécromancie, mot tiré du grec, & formé de , un mort, & de , divination.

C'est ainsi, conclut le même auteur, que l'opinion des hommes sur les morts & sur les réponses qu'on en peut recevoir, ne sont qu'une interprétation littérale & grossiere qu'on a donnée à des signes très-simples, & à des cérémonies encore plus simples qui tendoient à s'acquiter des derniers devoirs envers les morts ". Hist. du ciel, tome premier, pag. 492, 494, 495, 496, 498, 500 & 502. (G)


NÉCROPOLIS(Géog. anc.) c'est-à-dire, la ville des cadavres. Ce nom, selon Strabon, liv. XVII. fut donné à une espece de fauxbourg de la ville d'Alexandrie en Egypte. Il y avoit dans cet endroit quantité de tombeaux & de maisons, où l'on trouvoit les choses propres pour embaumer les corps morts.


NÉCROPYLA SINUS(Géog. anc.) golfe qui borde à l'occident la Chersonese taurique, dans la côte septentrionale du Pont-Euxin ; le Boristhène, le Bogu, & le Damastris s'y jettent.


NECROSES. f. en Médecine, mortification complete de quelque partie. C'est la même chose que sidération & sphacele. Voyez GANGRENE & SPHACELE.

Ce mot est tout grec, , qui signifie mortification, parce que la partie sphacelée est corrompue & privée de vie. (Y)


NÉCROTHALASSA(Géog. anc.) golfe ou port que la mer fait sur la côte de l'île de Corfou, du côté de l'ouest, dans la vallée des Saints. Ce port étoit autrefois fort profond, & capable de contenir 200 galeres ; mais à-présent il est rempli de sable, & par conséquent inutile. Son nom grec Nécrotalassa, qui veut dire mer-morte, lui convient parfaitement, car il ne sert plus que d'étang où l'on tient quantité de poisson.


NECTARS. m. (Mythol.) c'est la boisson des dieux, quoiqu'en dise Sapho, qui la prend pour le manger de la cour céleste ; mais Homere mieux instruit sur ce sujet que la muse de Lesbos, fait toujours du nectar le breuvage des déités. Il donne d'ordinaire l'épithete de rouge à celui que Ganymede versoit au maître du tonnerre. Hébé en servoit aux autres divinités. Festus l'appelle murrhina potio ; il falloit bien que ce fût un breuvage délicieux, car ce mot a été ensuite employé métaphoriquement par les Poëtes de toutes les nations, pour désigner les plus excellentes liqueurs. Quand on faisoit à Rome l'apothéose de quelqu'un, on disoit qu'il buvoit déja le nectar dans la coupe des dieux. Enfin je ne sais pas ce que c'est que cette liqueur délicate, ce vinum pigmentatum, & pour mieux dire ce nectar que buvoient autrefois au réfectoire les moines de l'ordre des Chartreux ; mais je trouve que les statuts de l'an 1368, part. II. ch. 5. §. 30, leur en défendent l'usage à l'avenir ; & en effet ils ne le connoissent plus. (D.J.)


NECTARIUM(Botan.) ce terme désigne ordinairement une partie de la couronne de la fleur corollae, & très-rarement toute la couronne de la fleur. C'est la partie destinée à recevoir le suc mielleux de la plante ; elle est quelquefois faite en fossette, en tube, en écaille ou en tubercule.


NÉCUNES. f. (Comm.) monnoie qui a cours sur les côtes des Indes orientales, entre l'île à Vache & celle du Tigre. 30 nécunes valent 420 piastres d'Espagne.


NÉCUSIESS. f. pl. (Antiq. grecq.) ou ; fête solemnelle qu'on célébroit à Athènes & dans plusieurs autres villes de la Grece, en l'honneur des morts, pendant le mois Antistérion. Les Romains emprunterent des Grecs le culte qu'ils rendirent aux morts, & ce culte a passé dans d'autres religions. (D.J.)


NÉCYOMANTIES. f. (Magie) divination par les évocations des ames des morts. On ne peut douter que ces évocations n'eussent un rit & des cérémonies religieuses qui leur étoient propres. Les anciens ne les ont point décrites, mais il est probable qu'elles ressembloient à celles qu'Ulysse emploie dans la nécyomantie de l'Odyssée. Homere, si attentif à se conformer aux usages anciens, n'aura pas violé le costume dans cette seule occasion.

On peut encore supposer que les cérémonies usitées dans ces évocations, ressembloient à celles qui s'observoient aux sacrifices funebres, & dans ceux qui étoient destinés à honorer les héros : car les uns & les autres étoient désignés par un même mot.

Il y avoit un oracle des morts, , établi dans la Thesprotie, sur les bords du fleuve Acheron : c'est cet oracle de la Thesprotie qui avoit donné à Homere l'idée de la nécyomantie de l'Odyssée, & c'étoit de là qu'il prit le nom des fleuves infernaux. Plutarque nous a fourni quatre exemples d'évocations des ames des morts, faites avec une certaine authenticité ; mais il n'accompagne ce qu'il en dit d'aucune réflexion qui fasse présumer que l'usage subsistoit encore lorsqu'il écrivoit.

Il seroit très-possible que les premiers habitans de la Grece eussent imaginé l'espece de divination dans laquelle on évoquoit les ames des morts ; car on l'a trouvée établie chez diverses nations sauvages de l'Afrique ; cependant il est vraisemblable qu'elle avoit été portée dans la Grece par les mêmes colonies orientales qui établirent dans ce pays le dogme du partage de l'administration de l'univers entre différentes divinités à qui l'on donnoit des attributs distingués, & qu'on invoquoit en particulier par un culte & par des cérémonies différentes. Hérodote nous apprend qu'avant l'arrivée des colonies orientales ce partage n'avoit point lieu dans la religion des anciens Pélasges ; ils reconnoissoient à la vérité plusieurs divinités qu'ils nommoient , ou auteurs de l'arrangement de l'univers ; mais ils les adoroient & les invoquoient tous-à-la-fois, & sans les séparer. Voyez les observations de M. Freret sur cet article, dans les Mem. de Littérat. tome XXIII. in -4° (D.J.)


NEDA(Géog. anc.) en grec , fleuve qui, selon Pausanias liv. IV. ch. xx. prend la source au mont Lycée, traverse l'Arcadie, & sépare les Messéniens des Eléens du côté de la mer. Cet historien ajoute que la jeunesse de Phigadée alloit dans certains jours se couper les cheveux sur les bords du Néda, pour les lui consacrer, car c'étoit un usage assez commun en Grece de vouer ses cheveux à quelque fleuve, Une coutume bien plus singuliere, étoit celle que les jeunes filles de Troie & des environs faisoient de leur virginité au fleuve Scamandre, en venant se baigner dans ses eaux la veille de leurs noces. Si vous en doutez, voyez l'article SCAMANDRE. (D.J.)


NEDIUM-SCHETTIS. m. (Hist. nat. Botan.) nom d'un arbrisseau baccifere qui croît aux Indes orientales ; on le fait bouillir dans de l'huile, & l'on en prépare ainsi un onguent qu'on dit être bienfaisant dans les maladies prurigineuses.


NÉDROMA(Géog.) ou Ned-roma ; ancienne ville d'Afrique au royaume de Trémécen, bâtie par les Romains dans une plaine, à deux grandes lieues du mont Atlas, & à quatre de la mer. Les interpretes de Ptolémée, liv. IV. ch. ij. disent que c'est l'ancienne Célama, & la mettent à 12d. 10'. de longit. sous les 33d. 20'. de lat. (D.J.)


NÉEHETE(Géog.) ou Nèthe, riviere des Pays-Bas dans le Brabant. Elle se divise en grande & en petite, qui se joignent ensemble depuis Liere, & ne forment alors qu'une même riviere qui se perd dans la Dyle.


NÉERE(Géog.) ou Nerre, petite riviere de France qui arrose la Sologne, & qui va se joindre à la grande Saude, un peu au-dessous du bourg de Clermont.


NÉETOou NÉETHO, (Géog. anc. & mod.) en latin Néthus ; riviere d'Italie dans le royaume de Naples. Elle coule sur les confins des deux Calabres, du couchant au levant, passe à San-Severino, & va se jetter dans la mer Ionienne entre le cap de Lisse & le cap delle Colonne.

Strabon, l. VI. remarque qu'une bande de grecs au retour de l'expédition de Troie, s'arrêta à l'embouchure du Néethe ; & que pendant qu'ils couroient le pays pour le reconnoître, leurs captives ennuyées de la mer brûlerent leurs vaisseaux, & les obligerent par-là de s'arrêter dans cette partie de l'Italie. signifie embrasement de vaisseaux.

Théocrite dans sa 4. idylle, a chanté les prérogatives de cette riviere ; il décrit même trois sortes de plantes qui rendoient ses paturages supérieurs à tout autre. La premiere de ces plantes est l', qui selon un des scholiastes, étoit bonne pour arrêter l'inflammation des plaies ; la seconde plante, que Théocrite appelle , avoit la propriété de conserver les femmes dans l'esprit de chasteté que la religion exigeoit d'elles pendant la célébration des mysteres de Cérès. Elles faisoient des jonchées de cette herbe, sur lesquelles elles couchoient tant que duroit la fête. La troisieme plante est la mélisse, , qui nous est aussi connue que les deux autres le sont peu. (D.J.)


NEFS. f. (Architect.) c'est dans une église la premiere & la plus grande partie qui se présente en entrant par la principale porte, qui est destinée pour le peuple, & séparée du choeur par un jubé ou par une simple clôture. Ce mot vient du latin navis, vais seau. (D.J.)


NEFASTEJOUR NEFASTE, dies nefastus, (Hist. anc.) Les Romains appelloient dies nefasti les jours où il n'étoit pas permis de rendre la justice ou de tenir des assemblées, & où le préteur ne pouvoit prononcer les trois mots ou formules de justice, do, dico, addico, je donne, j'appointe, j'adjuge. Voyez FASTUS.

Ces jours étoient marqués dans le calendrier par la lettre N, & quelquefois par les deux lettres N. P. nefastus primo, qui signifioit qu'un tel jour n'étoit nefastus que le matin. Voyez JOURS HEUREUX & MALHEUREUX. (O)


NEFFLIERmespilus, s. m. (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond. Le calice est formé par des feuilles, & devient dans la suite un fruit presque rond, terminé par une sorte de couronne, charnu & mou. Ce fruit n'a qu'une capsule, & il renferme de petits noyaux, qui contiennent une amande oblongue. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.

NEFFLIER, mespilus ; petit arbre qui se trouve dans la partie méridionale de l'Europe, & que l'on cultive à cause de son fruit. Cet arbre est tortu, noueux, mal fait ; sa tête se garnit de beaucoup de rameaux, qui s'écartent, s'inclinent & ne s'élevent que par contrainte, ensorte qu'on ne voit guere de neffliers qui aient plus de dix à douze piés de hauteur. Il jette de longues racines fort tenaces & difficiles à arracher. Sa feuille est longue, étroite, pointue, veloutée, d'un verd tendre, & en tout assez ressemblante à la feuille du laurier. L'arbre donne ses fleurs au mois de Mai ; elles sont blanches & assez grandes. La neffle, qui est le fruit de cet arbre, est ronde, charnue, & applatie par le bout, elle contient cinq semences osseuses. Cet arbre est très-robuste ; il se multiplie aisément, & il n'exige aucune culture : il se contente de la plus mauvaise exposition ; il réussit facilement à la transplantation, & il vient dans presque tous les terreins. Cependant son fruit sera plus gros dans une terre forte plus humide que seche ; mais il sera de meilleur goût dans un terrein médiocre. Cet arbre aime l'humidité, & il se plaît à l'ombre : d'ailleurs il ne faut pas l'exposer au grand soleil, dont l'impression trop vive altere son écorce, qui est mince & seche.

On peut multiplier le nefflier de semence ou par la greffe. On ne fait guere usage de la premiere méthode, parce qu'elle est trop longue : la graine est souvent un an sans lever, & on ne peut par ce moyen avoir du fruit qu'au bout de six ans ; il n'en faut que deux ou trois au contraire pour en avoir par la greffe, qui est d'autant plus expéditive, qu'on la peut faire sur plusieurs sujets, tels que le poirier, qui lui fait prendre plus de hauteur ; le pommier, qui retarde le fruit ; le coignassier, qui abaisse l'arbre, & l'aubépin, qui donne des neffles en plus grande quantité & de meilleur goût. La greffe en fente réussit mieux au nefflier, & accélere davantage le fruit que celle en écusson. On peut faire venir cet arbre ou à plein vent ou en espalier ; en lui donnant cette derniere forme il produira de plus grosses neffles ; mais il faut avoir soin en le taillant de ne pas accourcir les branches à fruit, parce qu'il vient à leur extrêmité. Les cendres sont le meilleur amendement qu'on puisse donner au nefflier. Les greffes de trois ans sont les plus convenables pour la transplantation. Il arrive rarement que cet arbre manque à rapporter du fruit.

La neffle est un fruit d'une qualité très-médiocre ; elle n'est bonne à manger que quand la fermentation en a dégradé l'âcreté par un commencement de pourriture. Ce fruit ne craint point la gelée, & il ne tombe de l'arbre que quand on l'abat. Le mois d'Octobre est le tems propre à cueillir les neffles, lorsque la seve est passée & que les feuilles commencent à tomber. On les dépose à la cave pour les laisser mollir : on peut les avancer en les mettant sur la paille ; on ne les sert sur les bonnes tables qu'après qu'elles ont été glacées au sucre. Ce fruit est aussi astringent & a les mêmes propriétés que la corme.

Le bois du nefflier est dur, ferme, compacte & massif ; il est propre aux ouvrages de fatigue & de durée, sur-tout pour les menus bois qui entrent dans la construction des moulins. Les Menuisiers s'en servent pour la monture de leurs outils.

On connoît trois especes de cet arbre.

Le nefflier sauvage. Son fruit, quoique petit & un peu sec, est de bon goût.

Le nefflier d'Hollande. Son bois est plus fort, sa feuille plus grande & son fruit plus gros que dans l'espece qui précede.

Et le nefflier sans noyaux. Son fruit est le plus petit de tous & de moindre qualité. On n'admet les neffliers dans un fruitier ou un verger que quand on veut avoir de tout ce qui peut y entrer.

NEFFLIER, (Diete & Mat. med.) Les fruits du nefflier ou les neffles lorsqu'elles ne sont point encore mûres, sont d'un goût très-acerbe ou plutôt austere, qui les fait compter avec raison parmi les styptiques les plus forts que fournisse le regne végétal : c'est à ce titre qu'elles entrent dans le sirop de myrte composé, qui est très astringent. Ces fruits perdent leur austerité en mûrissant, & prennent un goût aigrelet & légerement âpre ; ils sont encore regardés dans cet état comme foiblement astringens, & de plus, comme rafraîchissans ; ils sont recommandés dans les cours de ventre bilieux ou accompagnés d'ardeur d'entrailles, & dans la dyssenterie. L'observation prouve qu'ils sont en effet souvent utiles dans le premier cas, sur-tout après les évacuations convenables ; mais elle ne leur est pas aussi favorable dans le dernier.

On a aussi recommandé dans le même cas la décoction des branches tendres de nefflier : celles des neffles non-mûres ou des feuilles de l'arbre employées en gargarisme contre les inflammations de la gorge & les fluxions de la bouche ; la semence infusée dans du vin contre la gravelle, &c. tous ces remedes sont peu usités : la vertu du dernier paroît absolument imaginaire. On retire une eau distillée des neffles, qui est une préparation inutile & ridicule. (b)


NEFTA(Géog.) ville d'Afrique au royaume de Tunis, dans la province de Zeb, entre la Barbarie & le pays des Negres. Long. 26. lat. 33.


NÉGAPATAN(Géogr.) ville des Indes, avec un fort sur la côte de Coromandel, au royaume de Tanjaour, bâtie par les Portugais, qui en ont joui jusqu'en 1558. Elle est à 23 lieues S. de Pondichéri. Long. 97. 45. lat. 11.


NÉGATIFadj. (Algeb.) quantités négatives, en Algebre, sont celles qui sont affectées du signe -, & qui sont regardées par plusieurs mathématiciens, comme plus petites que zéro. Cette derniere idée n'est cependant pas juste, comme on le verra dans un moment. Voyez QUANTITE.

Les quantités négatives sont le contraire des positives : où le positif finit, le négatif commence. Voyez POSITIF.

Il faut avouer qu'il n'est pas facile de fixer l'idée des quantités négatives, & que quelques habiles gens ont même contribué à l'embrouiller par les notions peu exactes qu'ils en ont données. Dire que la quantité négative est au-dessous du rien, c'est avancer une chose qui ne se peut pas concevoir. Ceux qui prétendent que 1 n'est pas comparable à - 1, & que le rapport entre 1 & - 1 est différent du rapport entre - 1 & 1, sont dans une double erreur : 1°. parce qu'on divise tous les jours dans les opérations algébriques, 1 par - 1 : 2°. l'égalité du produit de - 1 par - 1, & de + 1 par + 1, fait voir que 1 est à - 1 comme - 1 à 1.

Quand on considere l'exactitude & la simplicité des opérations algébriques sur les quantités négatives, on est bien tenté de croire que l'idée précise que l'on doit attacher aux quantités négatives doit être une idée simple, & n'être point déduite d'une métaphysique alambiquée. Pour tâcher d'en découvrir la vraie notion, on doit d'abord remarquer que les quantités qu'on appelle négatives, & qu'on regarde faussement comme au-dessous du zéro, sont très-souvent représentées par des quantités réelles, comme dans la Géométrie, où les lignes négatives ne different des positives que par leur situation à l'égard de quelque ligne au point commun. Voyez COURBE. De-là il est assez naturel de conclure que les quantités négatives que l'on rencontre dans le calcul, sont en effet des quantités réelles ; mais des quantités réelles auxquelles il faut attacher une idée autre que celle qu'on avoit supposée. Imaginons, par exemple, qu'on cherche la valeur d'un nombre x, qui ajouté à 100 fasse 50, on aura par les regles de l'Algebre, x + 100 = 50, & x = - 50 ; ce qui fait voir que la quantité x est égale à 50, & qu'au lieu d'être ajoutée à 100, elle doit en être retranchée ; desorte qu'on auroit dû énoncer le problème ainsi : trouver une quantité x qui étant retranchée de 100, il reste 50 ; en énonçant le problème ainsi, on auroit 100 - x = 50, & x = 50 ; & la forme négative de x ne subsisteroit plus. Ainsi les quantités négatives indiquent réellement dans le calcul des quantités positives, mais qu'on a supposées dans une fausse position. Le signe = que l'on trouve avant une quantité sert à redresser & à corriger une erreur que l'on a faite dans l'hypothese, comme l'exemple ci-dessus le fait voir très-clairement. Voy. EQUATION.

Remarquez que nous ne parlons ici que des quantités négatives isolées, comme - a, ou des quantités a - b, dans lesquelles b est plus grand que a ; car pour celles où a - b est positif, c'est-à-dire où b est plus petit que a, le signe ne fait aucune difficulté.

Il n'y a donc point réellement & absolument de quantité négative isolée : - 3 pris abstraitement ne présente à l'esprit aucune idée ; mais si je dis qu'un homme a donné à un autre - 3 écus, cela veut dire en langage intelligible, qu'il lui a ôté 3 écus.

Voilà pourquoi le produit de - a par - b, donne + a b : car a & b étant précédés du signe - par la supposition, c'est une marque que ces quantités a, b, se trouvent mêlées & combinées avec d'autres à qui on les compare, puisque si elles étoient considérées comme seules & isolées, les signes - dont elles sont précédées, ne présenteroient rien de net à l'esprit. Donc ces quantités - a & - b ne se trouvent précédées du signe -, que parce qu'il y a quelque erreur tacite dans l'hypothese du problême ou de l'opération : si le problême étoit bien énoncé, ces quantités - a, - b, devroient se trouver chacune avec le signe +, & alors leur produit seroit + a b ; car que signifie la multiplication de - a par - b, c'est qu'on retranche b de fois la quantité négative - a : or par l'idée que nous avons donnée ci-dessus des quantités négatives, ajouter ou poser une quantité négative, c'est en retrancher une positive ; donc par la même raison en retrancher une négative, c'est en ajouter une positive ; & l'énonciation simple & naturelle du problême doit être, non de multiplier - a par - b, mais + a par + b ; ce qui donne le produit + a b. Il n'est pas possible dans un ouvrage de la nature de celui-ci, de développer davantage cette idée, mais elle est si simple, que je doute qu'on puisse lui en substituer une plus nette & plus exacte ; & je crois pouvoir assurer que si on l'applique à tous les problêmes que l'on peut résoudre, & qui renferment des quantités négatives, on ne la trouvera jamais en défaut. Quoi qu'il en soit, les regles des opérations algébriques sur les quantités négatives, sont admises par tout le monde, & reçues généralement comme exactes, quelque idée qu'on attache d'ailleurs à ces quantités sur les ordonnées négatives d'une courbe, & leur situation par rapport aux ordonnées positives. Voyez COURBE.

Nous ajouterons seulement à ce que nous avons dit dans cet article, que dans la solution d'un problême géométrique, les quantités négatives ne sont pas toujours d'un côté opposé aux positives ; mais d'un côté opposé à celui où l'on les a supposées dans le calcul. Je suppose par exemple, que l'on ait l'équation d'une courbe entre les rayons partant d'un centre ou pole, que j'appelle y, & les angles correspondans que je nomme z ; ensorte que y, par exemple, = , il est évident que lorsque cos. z sera = - 1, alors si a est > b, y sera dans une position directement contraire à celle qu'elle avoit lorsque cos. z = 1, cependant l'une & l'autre valeur de y seront sous une forme positive dans l'équation. Mais si a est < b, alors la valeur algébrique de y sera négative, & y devra être prise du même côté que quand cos. z = 1, c'est-à-dire du côté contraire à celui vers lequel on a supposé qu'elle devoit être prise. Il se présente encore d'autres cas en Géométrie, où les quantités négatives paroissent se trouver du côté où elles ne devroient pas être ; mais les principes que nous venons d'établir, & ceux que nous avons posés ou indiqués à l'article EQUATION, suffiront pour résoudre ces sortes de difficultés. Nous avons expliqué dans cet article en quoi les racines négatives des équations différoient des racines imaginaires ; c'est que les premieres donnent une solution au problême envisagé sous un aspect un peu différent, & qui ne differe point même dans le fond de la question proposée ; mais les imaginaires ne donnent aucune solution possible au problême de quelque maniere qu'on l'envisage. C'est que les racines négatives, avec de legers changemens à la question, peuvent devenir positives, au lieu que les imaginaires ne le peuvent jamais. Je suppose, que j'aye b b y = x 3 - a 3, ou en faisant b = 1, y = x 3 - a 3 ; lorsque x est < a, y devient négative, & doit être prise de l'autre côté (voyez COURBE) ; pourquoi cela ? c'est que si on avoit reculé l'axe d'une quantité c, ce qui est absolument arbitraire, ensorte qu'au lieu des co-ordonnées x, y, on eût eu les co-ordonnées x & z, telles que z fût = y + c, alors on auroit eu z = c + x 3 - a 3, & en faisant x < a, zn'auroit plus été négative, ou plutôt auroit continué à être encore positive pendant un certain tems : d'où l'on voit que la valeur négative de y + x 3 - a 3, appartient aussi-bien à la courbe que les valeurs positives ; ce qui a été développé plus au long au mot COURBE. Au contraire, si on avoit y = , & que x fût < a, alors on auroit beau transporter l'axe, la valeur de y resteroit imaginaire ; ainsi les racines négatives indiquent des solutions réelles, parce que ces racines deviennent positives par de legers changemens dans la solution ; mais les racines imaginaires indiquent des solutions impossibles, parce que ces racines ne deviennent jamais ni positives ni réelles par ces mêmes changemens. Voyez EQUATION & RACINE.

Quand on a dit plus haut que le négatif commence où le positif finit, cela doit s'entendre avec cette restriction, que le positif ne devienne pas imaginaire. Par exemple, soit y = x x = a a, il est visible que si x est > a, y sera positif, que si x = a, y sera = 0, & que si x < a, ysera négatif. Ainsi dans ce cas, le positif finit où y = 0, & le négatif commence alors ; mais si on avoit y = , alors x > a donne y positif, & x = a donne y = 0 ; mais x < adonne y imaginaire.

Le passage du positif au négatif, se fait toujours par zéro ou par l'infini. Soit, par exemple, y = x - a, on aura y positif tant que x > a, y négatif lorsque x < a,& y = 0 lorsque x = a ; dans ce cas le passage se fait par zéro. Mais si y = , on aura y positif tant que x est > a, y négatif lorsque x est < a, & y = lorsque x = a ; le passage se fait alors par l'infini.

Ce n'est pourtant pas à dire qu'une quantité qui passe par l'infini ou par le zéro, devienne nécessairement de positive, négative ; car elle peut rester positive. Par exemple, soit y = 2 ou y = ; lorsque a = x, y est = 0 dans le premier cas, & = dans le second ; mais soit que a soit > x, ou que a soit < x, y demeure toujours positive. Voy. MAXIMUM. (O)


NÉGATIONS. f. (Logique, Grammaire) les Métaphysiciens distinguent entre négation & privation. Ils appellent négation l'absence d'un attribut qui ne sauroit se trouver dans le sujet, parce qu'il est incompatible avec la nature du sujet : c'est ainsi que l'on nie que le monde soit l'ouvrage du hasard. Ils appellent privation, l'absence d'un attribut qui non-seulement peut se trouver, mais se trouve même ordinairement dans le sujet, parce qu'il est compatible avec la nature du sujet, & qu'il en est un accompagnement ordinaire : c'est ainsi qu'un aveugle est privé de la vûe.

Les Grammairiens sont moins circonspects, parce que cette distinction est inutile aux vûes de la parole : l'absence de tout attribut est pour eux négation. Mais ils donnent particulierement ce nom à la particule destinée à désigner cette absence, comme non, ne, en françois ; no, en italien, en espagnol & en anglois ; nein, nicht, en allemand ; ', , en grec, &c. sur quoi il est important d'observer que la négation désigne l'absence d'un attribut, non comme conçue par celui qui parle, mais comme un mode propre à sa pensée actuelle ; en un mot la négation ne présente point à l'esprit l'idée de cette absence comme pouvant être sujet de quelques attributs, c'est l'absence elle-même qu'elle indique immédiatement comme l'un des caracteres propres au jugement actuellement énoncé. Si je dis, par exemple, la négation est contradictoire à l'affirmation ; le nom négation en désigne l'idée comme sujet de l'attribut contradictoire, mais ce nom n'est point la négation elle-même : la voici dans cette phrase, Dieu NE peut être injuste, parce que ne désigne l'absence du pouvoir d'être injuste, qui ne sauroit se trouver dans le sujet qui est Dieu.

La distinction philosophique entre négation & privation n'est pourtant pas tout-à-fait perdue pour la Grammaire ; & l'on y distingue des mots négatifs & des mots privatifs.

Les mots négatifs sont ceux qui ajoûtent à l'idée caractéristique de leur espece, & à l'idée propre qui les individualise l'idée particuliere de la négation grammaticale. Les noms généraux nemo, nihil ; les adjectifs neuter, nullus ; les verbes nolo, nescis ; les adverbes numquam, nusquam, nullibi ; les conjonctions nec, neque, nisi, quin, sont des mots négatifs. Les mots privatifs sont ceux qui expriment directement l'absence de l'idée individuelle qui en constitue la signification propre ; ce qui est communément indiqué par une particule composante, mise à la tête du mot positif. Les Grecs se servoient sur-tout de l'alpha, que les Grammairiens nomment pour cela privatif ; ; d'où , avec & un euphonique ; , d'où . La particule in, étoit souvent privative en latin ; dignus, mot positif, indignus, mot privatif ; decorus, indecorus ; sanus, insanus ; violatus, inviolatus ; felix, felicitas & feliciter, d'où infelix, infelicitas & infeliciter : quelquefois le n final de in, se change en l & en r, quand le mot positif commence par l'une de ces liquides, & d'autres fois en m, si le mot commence par les labiales b, p & m ; legitimus, de-là illegitimus pour inlegitimus ; regularis, de-là irregularis pour inregularis ; bellum, & de-là imbellis pour inbellis ; probè, d'où improbè pour inprobè ; mortalis, d'où immortalis pour inmortalis. Nous avons transporté dans notre langue les mots privatifs grecs & latins, avec les particules de ces langues ; nous disons anomal, abîme, indigne, indécent, insensé, inviolable, infortune, illégitime, irrégulier, &c. mais si nous introduisons quelques mots privatifs nouveaux, nous suivons la méthode latine & nous nous servons de in.

Ainsi la principale différence entre les mots négatifs & les mots privatifs, c'est que la négation renfermée dans la signification des premiers, tombe sur la proposition entiere dont ils font partie & la rendent négative ; au-lieu que celle qui constitue les mots privatifs, tombe sur l'idée individuelle de leur signification, sans influer sur la nature de la proposition.

A l'égard de nos négations, non & ne, il y a dans notre langue quelques usages qui lui sont propres, & dont je pourrois grossir cet article ; mais je l'ai déjà dit, ce qui est propre à certaines langues, n'est nullement encyclopédique : & je ne puis ici, en faveur de la nôtre, qu'indiquer les remarques 389 & 506 de Vaugelas, celle du P. Bouhours sur je ne l'aime, ni ne l'estime, tom. I. p. 89. & l'art de bien parler françois, tom. II. p. 355. remarque sur ne. (B. E. R. M.)


NÉGINOTH(Critiq. sacrée) ce terme hébreu qui se trouve à la tête de quelques pseaumes, signifie ou des instrumens à corde que l'on touchoit avec les doigts, ou des joueurs d'instrumens. (D.J.)


NÉGLIGERv. act. (Alg.) on emploie ce mot dans certains calculs, pour désigner l'omission de plusieurs termes, qui étant fort petits par rapport à ceux dont on tient compte, ne peuvent donner un résultat sensiblement différent de celui auquel on arrive en omettant ces termes.

Cette méthode est principalement d'usage dans les calculs d'approximation, voyez APPROXIMATION. Et elle est en général fondée sur ce principe, que si on a une quantité très-petite x, les termes où entrera le quarré x x de cette quantité seront très-petits par rapport à ceux où entrera la quantité simple x ; en effet x x est incomparablement plus petit que x, puisque x x est à x : : comme x est à 1, & que x est supposée une très-petite partie limitée. A plus forte raison les termes où se trouveroit x 3, x 4, sont très-petits par rapport à ceux qui contiennent x. Ainsi on néglige tous ces termes, ou au moins ceux qui contiennent les puissances les plus hautes de x.

Cette methode a été employée avec succès par les Géometres, pour la solution approchée d'un grand nombre de problêmes ; cependant on ne doit l'employer qu'avec précaution : car si, par exemple, le coefficient du terme qui renferme x x, étoit fort grand par rapport à celui du terme qui renferme x, il est visible qu'on ne pourroit négliger le terme où est x x, sans s'exposer à une erreur considérable. Il est de même certaines questions où une très-petite quantité négligée mal-à-propos, peut produire une erreur considérable. Par exemple, une très-petite erreur dans le rayon vecteur d'une planete, peut en produire une fort sensible dans la position de l'apogée ou du périgée de cette même planete, parce que près de l'apogée ou du périgée les rayons vecteurs sont sensiblement égaux. Une autre erreur qu'il faut éviter, c'est de supposer mal-à-propos dans le calcul, qu'une quantité doit être fort petite ; par exemple, si on avoit , z étant une quantité fort petite, il est clair qu'on ne devroit traiter 2 comme très-petite par rapport à 2 ax - xx, que tant que 2ax - xx a une valeur considérable ; car si x est presque = 2a, alors 2ax - xx, est presque = 0, & alors z bien loin d'être très-petite par rapport à 2ax - xx, peut être beaucoup plus grande. De même si un corps est attiré vers un point, par une force qui soit en raison inverse du quarré de la distance, & qu'à cette force il s'en ajoûte une autre dans la même direction, que j'appellerai , & qui soit très-petite par rapport à la premiere, on auroit tort de supposer en général, que le rayon vecteur differe peu de ce qu'il seroit s'il n'y avoit que la premiere force ; car la seconde force peut être telle qu'elle donne un mouvement à l'apogée, & que par conséquent au bout de plusieurs révolutions l'orbite change considérablement de position & de forme. Au reste, l'usage & la lecture des grands Géometres en apprendront plus sur ce sujet que toutes les leçons & tous les exemples. (O)

NEGLIGER, (Jardinage) on dit un jardin négligé, un gazon négligé, un oranger négligé.

NEGLIGER son corps à cheval, c'est ne s'y pas tenir en belle posture.


NÉGOAS(Géog.) ou l'île des Negres ; île d'Asie, l'une des Philippines, entre celles de Luçon au nord, & celle de Mindanoa au midi. Long. 139. 35-141. lat. 8. 50-10. 35. (D.J.)


NÉGOCES. m. (Commerce) ou trafic de marchandises ou d'argent. Voyez COMMERCE.

Le négoce est une profession très-honorable en Orient, où elle est exercée non-seulement par les roturiers, mais encore par les plus grands seigneurs, & même par les rois quelquefois en personne, mais toûjours par leurs commis.

C'est sur-tout en Perse que la qualité de marchand a des honneurs & des prérogatives extraordinaires ; aussi ce nom ne se donne-t-il point aux gens qui tiennent boutique ou qui trafiquent de menues denrées, mais seulement à ceux qui entretiennent des commis & des facteurs dans les pays les plus éloignés. Ces personnes sont souvent élevées aux plus grandes charges, & c'est parmi elles que le roi de Perse choisit ses ambassadeurs. Le nom de marchand en persan est saudaguet, qui signifie faiseur de profit.

Le négoce se fait en Orient par courtiers, que les Persans nomment delal, c'est-à-dire grands parleurs, à cause de leur maniere singuliere de traiter. Voyez COURTIERS. Et ils appellent vikils, ceux qu'ils tiennent dans les pays étrangers. Diction. de Com.

Le moyen le plus sûr de ruiner le négoce dans un royaume, est d'autoriser la Finance à son préjudice. L'embarras des formalités, les droits des fermiers, des commis, les charges, les visites, les procès-verbaux, le retard des expéditions, les saisies, les discussions qui en résultent, &c. détruisent en peu d'années dans les provinces, le négoce le plus lucratif & le mieux accrédité. Aussi la pernicieuse liberté accordée au fermier de la douanne de Lyon, d'établir des bureaux où bon lui sembleroit, fut si bien employée dans le dernier siecle, qu'en moins de cinquante ans il s'en trouva cent soixante-sept dans le Lyonnois, le Dauphiné, la Provence & le Languedoc ; & par-là tout le négoce des denrées à l'étranger se trouva culbuté. C'est au grand crédit des favoris & des Financiers, sous le regne d'Henri III. que l'on doit rapporter la plûpart des établissemens funestes au négoce du royaume. (D.J.)


NÉGOCIANTS. m. banquier ou marchand qui fait négoce. Voyez BANQUIER, MARCHAND, COMMERCE, NEGOCE, TRAFIC.


NÉGOCIATEURS. m. (Politique) ministre chargé de traiter de paix, de guerre, d'alliance & de toute autre affaire d'état, plus ou moins importante.

Le négociateur ou le plénipotentiaire, dit la Bruyere, est un prothée qui prend toutes sortes de formes : semblable quelquefois à un joueur habile, il ne montre ni humeur, ni complexion, soit pour ne point donner lieu aux conjectures, ou se laisser pénétrer, soit pour ne rien laisser échapper de son secret par passion, ou par foiblesse. Quelquefois aussi il sait feindre le caractere le plus conforme aux vûes qu'il a, & aux besoins où il se trouve, & paroître tel qu'il a intérêt que les autres croient qu'il est en effet.... Il parle quelquefois en termes clairs & formels : il sait encore mieux parler ambiguement, d'une maniere enveloppée ; user de tours ou de mots équivoques qu'il peut faire valoir ou diminuer dans les occasions & selon ses intérêts. Il demande peu quand il ne veut pas donner beaucoup ; il demande beaucoup, pour avoir peu & l'avoir plus sûrement ; il demande trop, pour être refusé ; mais dans le dessein de se faire un droit ou une bienséance de refuser lui-même ce qu'il sait bien qu'on lui demandera, & qu'il ne veut pas octroyer.... Il prend directement ou indirectement l'intérêt d'un allié, s'il y trouve son utilité ou l'avancement de ses prétentions. Il ne parle que de paix, que d'alliance, que d'intérêts publics ; & en effet il ne songe qu'aux siens, c'est-à-dire à ceux de son maître.... Il a son fait digéré par la cour, toutes ses démarches sont mesurées, les moindres avances qu'il fait lui sont prescrites ; & il agit néanmoins dans les points difficiles, & dans les articles contestés, comme s'il se relâchoit de lui-même sur le champ, par un esprit d'accommodement & de déférence, promettant qu'il fera de son mieux pour n'être pas désavoué par sa cour. Il ne tend par ses intrigues qu'au solide & à l'essentiel, toûjours prêt de leur sacrifier les points d'honneur imaginaires.... Il prend conseil du tems, du lieu, des occasions, de sa puissance ou de sa foiblesse, du génie des nations avec qui il traite, du tempérament & caractere des personnes avec qui il négocie. Toutes ses vûes, toutes ses maximes, tous les raffinemens de sa politique tendent à une seule fin, qui est de n'être point trompé, & de tromper les autres. (D.J.)

NEGOCIATEUR, s. m. dans le Commerce, celui qui se mêle de quelque négociation, traité ou marché entre les Commerçans. Les agens de banque & courtiers sont les négociateurs des marchands & banquiers. Dict. de commerce. (G)


NÉGOCIATIONS. f. (Société civile) conduite d'affaires & de traités entre particuliers.

Le but de toutes négociations est de découvrir ou d'obtenir quelque chose. Les hommes se découvrent ou par confiance, ou par colere, ou par surprise, ou par nécessité, c'est-à-dire lorsqu'on met quelqu'un dans l'impossibilité de trouver des faux-fuyans, ni d'aller à ses fins sans se laisser voir à découvert.

Pour gagner un homme, il faut connoître son naturel & ses manieres ; pour le persuader, il faut savoir la fin où il bute, ou gagner les personnes qui ont le plus de pouvoir sur son esprit : pour lui faire peur, il faut connoître ses foiblesses & ses désavantages. Avec les gens adroits, consultez plutôt leurs desseins que leurs paroles, vous connoîtrez leurs vûes par leurs intérêts : la ruse décele moins d'esprit que de foiblesse ; mais la finesse permise est le chemin couvert de la prudence.

Les négociations importantes ont besoin de tems pour mûrir. La précipitation fait de grands maux dans les affaires, ainsi qu'une digestion trop hâtée détruit l'équilibre des humeurs, & que la crudité des sucs devient le germe des maladies. On avance beaucoup plus à marcher d'un pas égal & soutenu, qu'à courir à perte d'haleine. La vanité de paroître expéditif fait perdre beaucoup de tems ; allez plus sensément, vous aurez plus tôt fait.

La hardiesse tient mal la place des talens réels ; quelquefois cependant dans les négociations elle ne manque pas d'avoir de l'empire sur les hommes.

Il vaut mieux généralement négocier de bouche que par lettres ; & plutôt par personne tierce, que par soi-même. Les lettres sont bonnes, lorsqu'on veut s'attirer une réponse par écrit, ou quand il est utile de garder par-devers soi les copies de celles qu'on a écrites, pour les représenter en tems & lieu, ou bien lorsqu'on peut craindre d'être interrompu dans son discours. Au contraire quand la présence de celui qui négocie imprime du respect & qu'il traite avec son inférieur, il vaut beaucoup mieux qu'il parle. Il est encore bon que celui qui desire qu'on lise dans ses yeux ce qu'il ne veut pas dire, négocie par lui-même ; enfin il doit se conduire ainsi, lorsqu'il projette de se réserver la liberté de dire & d'interprêter ce qu'il a dit.

Quand on négocie par un tiers, il vaut mieux choisir quelqu'un d'un esprit simple, qui exécutera vraisemblablement les ordres qu'il aura reçus, & qui rendra fidelement la conversation, que de se servir de personnes adroites à s'attirer l'honneur ou le profit par les affaires des autres, ou qui dans leurs réponses ajouteront pour se faire valoir, ce qu'ils jugeront pouvoir plaire davantage. Mais prenez par préférence à tout autre ceux qui souhaitent le succès de l'affaire pour laquelle ils sont employés. Les passions aiguisent puissamment le zèle & l'industrie. Cherchez encore avec soin ceux de qui le caractere convient le plus pour la chose dont vous les voulez charger, comme un audacieux pour faire des plaintes & des reproches, un homme doux pour persuader, un homme subtil pour découvrir & pour observer, un homme fier pour une affaire qui a quelque chose de déraisonnable & d'injuste. Employez par choix ceux qui ont déja réussi dans vos affaires, ils auront plus de confiance & feront tout leur possible pour soutenir l'opinion déja établie de leur capacité.

Quant aux négociations politiques, voyez NEGOCIATEUR, MINISTRE, PLENIPOTENTIAIRE. (D.J.)

NEGOCIATION, s. f. (Comm.) se dit du commerce des billets & lettres de change, qui se font dans les bourses & sur les places de change par l'entremise des courtiers ou agens de change, ou par les marchands & banquiers eux-mêmes. Voyez LETTRES DE CHANGE, BOURSES, PLACE DE CHANGE, AGENT DE CHANGE, COURTIER, BANQUIER, MARCHAND, Dict. de com. (G)


NÉGOCIERv. act. & neut. trafiquer, commercer, les marchands négocient en différentes marchandises, les banquiers négocient en argent, en billets, en lettres de change. Voyez NEGOCE & COMMERCE. (G)

NEGOCIER une lettre de change, c'est la céder ou la transporter à un autre moyennant la valeur que l'acheteur en donne au cédant ou vendeur, ce qui se peut faire en trois manieres, au pair, avec profit ou avec perte.

On négocie au pair quand on reçoit précisément la somme contenue dans la lettre de change ; la négociation se fait avec profit, quand le cédant reçoit plus que ne porte la lettre ; & elle se fait avec perte, quand on cede une lettre de change pour une somme moindre que celle qui y est exprimée.

Quand le tireur d'une lettre de change reçoit plus que le pair, cela s'appelle avance pour le tireur, on nomme au contraire avance pour le donneur d'argent & perte pour le tireur lorsque le donneur donne moins que le pair. Dict. de comm. (G)


NEGOMBO(Géog.) forteresse de l'île de Ceylan sur la côte occidentale du pays de la Canelle. Elle fut bâtie par les Portugais, à qui les Hollandois l'enleverent en 1640. Long. 98. lat. 7. 30.


NEGORES(Hist. mod.) c'est le nom que l'on donne au Japon à un ordre de bonzes ou de moines militaires, institué comme les chevaliers de Malte, pour défendre la religion. Le P. Charlevoix nous apprend qu'il n'est point de soldats plus aguerris & mieux disciplinés que les negores. Ils font voeu de continence, & l'entrée de leur couvent est interdite aux femmes.


NEGRES. m. (Hist. nat.) homme qui habite différentes parties de la terre. Depuis le tropique du cancer jusqu'à celui du capricorne l'Afrique n'a que des habitans noirs. Non-seulement leur couleur les distingue, mais ils different des autres hommes par tous les traits de leur visage, des nez larges & plats, de grosses levres, & de la laine au lieu de cheveux, paroissent constituer une nouvelle espece d'hommes.

Si l'on s'éloigne de l'équateur vers le pole antarctique, le noir s'éclaircit, mais la laideur demeure : on trouve ce vilain peuple qui habite la pointe méridionale d'Afrique.

Qu'on remonte vers l'orient, on verra des peuples dont les traits se radoucissent & deviennent plus réguliers, mais dont la couleur est aussi noire que celle qu'on trouve en Afrique.

Après ceux-là un grand peuple basané est distingué des autres peuples par des yeux longs, étroits & placés obliquement.

Si l'on passe dans cette vaste partie du monde qui paroît séparée de l'Europe, de l'Afrique & de l'Asie, on trouve, comme on peut croire, bien de nouvelles variétés. Il n'y a point d'hommes blancs : cette terre peuplée de nations rougeâtres & basanées de mille nuances, se termine vers le pole antarctique par un cap & des îles habitées, dit-on, par des géans. Si l'on en croit des relations de plusieurs voyageurs, on trouve à cette extrêmité de l'Amérique une race d'hommes dont la hauteur est presque double de la nôtre.

Avant que de sortir de notre continent, nous aurions pû parler d'une autre espece d'hommes bien différens de ceux-ci. Les habitans de l'extrêmité septentrionale de l'Europe sont les plus petits de tous ceux qui nous sont connus. Les Lapons du côté du nord, les Patagons du côté du midi paroissent les termes extrêmes de la race des hommes.

Je ne finirois point si je parlois des habitans des îles que l'on rencontre dans la mer des Indes, & de celles qui sont dans ce vaste Océan, qui remplit l'intervalle entre l'Asie & l'Amérique. Chaque peuple, chaque nation a sa forme comme sa langue ; & la forme n'est-elle pas une espece de langue elle-même, & celle de toutes qui se fait le mieux entendre ?

Si l'on parcouroit toutes ces îles, on trouveroit peut-être dans quelques-unes des habitans bien plus embarrassans pour nous que les noirs, auxquels nous aurions bien de la peine à refuser ou à donner le nom d'hommes. Les habitans des forêts de Bornéo dont parlent quelques voyageurs, si ressemblans d'ailleurs aux hommes, en pensent-ils moins pour avoir des queues de singes ? Et ce qu'on n'a fait dépendre ni du blanc ni du noir dépendra-t-il du nombre des vertebres ?

Dans cet isthme qui sépare la mer du Nord avec la mer Pacifique, on dit qu'on trouve des hommes plus blancs que tous ceux que nous connoissons : leurs cheveux seroient pris pour de la laine la plus blanche, leurs yeux trop foibles pour la lumiere du jour, ne s'ouvrent que dans l'obscurité de la nuit : ils sont dans le genre des hommes ce que sont parmi les oiseaux les chauve-souris & les hibous.

Le phénomene le plus remarquable & la loi la plus constante sur la couleur des habitans de la terre, c'est que toute cette large bande qui ceint le globe d'orient en occident, qu'on appelle la zone torride, n'est habitée que par des peuples noirs, ou fort basanés : malgré les interruptions que la mer y cause, qu'on la suive à-travers l'Afrique, l'Asie & l'Amérique ; soit dans les îles, soit dans les continens, on n'y trouve que des nations noires ; car ces hommes nocturnes dont nous venons de parler, & quelques blancs qui naissent quelquefois, ne méritent pas qu'on fasse ici d'exception.

En s'éloignant de l'équateur, la couleur des peuples s'éclaircit par nuances ; elle est encore fort brune au-delà du Tropique, & l'on ne la trouve tout-à-fait blanche que lorsque l'on avance dans la zone tempérée. C'est aux extrêmités de cette zone qu'on trouve les peuples les plus blancs. La danoise aux cheveux blonds éblouit par sa blancheur le voyageur étonné : il ne sauroit croire que l'objet qu'il voit & l'Afriquaine qu'il vient de voir soient deux femmes.

Plus loin encore vers le nord & jusque dans la zone glacée, dans ce pays que le soleil ne daigne pas éclairer en hiver, où la terre plus dure que le soc ne porte aucune des productions des autres pays ; dans ces affreux climats, on trouve des teints de lis & de roses. Riches contrées du midi, terres du Pérou & du Potosi, formez l'or dans vos mines, je n'irai point l'en tirer ; Golconde, filtrez le suc précieux qui forme les diamans & les rubis, ils n'embelliront point vos femmes, & sont inutiles aux nôtres. Qu'ils ne servent qu'à marquer tous les ans le poids & la valeur d'un monarque imbecille, qui, pendant qu'il est dans cette ridicule balance, perd ses états & sa liberté.

Mais dans ces contrées extrêmes où tout est blanc & où tout est noir, n'y a-t-il pas trop d'uniformité, & le mêlange ne produiroit-il pas des beautés nouvelles ? C'est sur les bords de la Seine qu'on trouve cette heureuse variété dans les jardins du Louvre ; un beau jour de l'été, vous verrez tout ce que la terre peut produire de merveilles.

Tous ces peuples que nous venons de parcourir, tant d'hommes divers sont-ils sortis d'une même mere ? Il ne nous est pas permis d'en douter.

Ce qui nous reste à examiner, c'est comment d'un seul individu il a pu naître tant d'especes si différentes ? Je vais hasarder sur cela quelques conjectures.

Si les hommes ont été d'abord tous formés d'oeuf en oeuf, il y auroit eu dans la premiere mere des oeufs de différentes couleurs qui contenoient des suites innombrables d'oeufs de la même espece, mais qui ne devoient éclorre que dans leur ordre de développement après un certain nombre de générations, & dans les tems que la providence avoit marqués pour l'origine des peuples qui y étoient contenus ; il ne seroit pas impossible qu'un jour la suite des oeufs blancs qui peuplent nos régions venant à manquer, toutes les nations européennes changeassent de couleur ; comme il ne seroit pas impossible aussi que la source des oeufs noirs étant épuisée, l'Ethiopie n'eût plus que des habitans blancs. C'est ainsi que dans une carriere profonde, lorsque la veine de marbre blanc est épuisée, l'on ne trouve plus que des pierres de différentes couleurs qui se succedent les unes aux autres. C'est ainsi que des races nouvelles d'hommes peuvent paroître sur la terre, & que les anciennes peuvent s'éteindre.

Si l'on admettoit le systême des vers, si tous les hommes avoient d'abord été contenus dans ces animaux qui nageoient dans la semence du premier homme, on diroit des vers ce que nous venons de dire des oeufs : le ver, pere des negres, contenoit de vers en vers tous les habitans d'Ethiopie ; le ver Darien, le ver Hottentot & le ver Patagon avec tous leurs descendans étoient déja tous formés, & devoient peupler un jour les parties de la terre où l'on trouve ces peuples. Venus Physique.

D'autres physiciens ont recherché avec beaucoup de soin la cause de la noirceur des negres ; les principales conjectures qu'ils ont formées sur ce sujet se réduisent à deux, dont l'une attribue la cause de la noirceur à la bile, & l'autre à l'humeur renfermée dans les vaisseaux dont le corps muqueux est rempli. Voyez CORPS MUQUEUX.

Malpighi, Ruysch, Litre, Sanctorini, Heister & Albinus ont fait des recherches curieuses sur la peau des negres.

Le premier sentiment sur la noirceur des negres est appuyé de toutes ces preuves dans un ouvrage intitulé, Dissertation sur la cause physique de la couleur des negres, &c. par M. Barrere. Paris 1741. in -12. Voici comment il déduit son hypothese.

Si après une longue macération de la peau d'un negre dans l'eau, on en détache l'épiderme ou surpeau, & que l'on l'examine attentivement, on le trouve noir, très-mince, & il paroît transparent quand on le regarde-à-travers le jour. C'est ainsi que je l'ai vû en Amérique, & que l'a remarqué aussi un des plus savans anatomistes de nos jours, M. Winslou... On trouve par la dissection du cuir, proprement dit, ou la peau avec tout l'appareil, comme les mamelons cutanés & le corps réticulaire d'un rouge noirâtre. Il est donc évidemment démontré que la couleur des negres n'est pas, pour ainsi dire, une couleur d'emprunt, & par conséquent la couleur apparente de l'épiderme n'est pas en eux celle du corps muqueux, selon le langage de quelques-uns, ou du corps réticulaire, ainsi qu'on l'avoit cru jusqu'ici, c'est donc de son propre tissu que l'épiderme ou la surpeau dans les negres tient immédiatement de la couleur noire. Disons de plus que l'épiderme dans les negres étant naturellement d'un noir transparent, sa couleur doit devenir encore plus foncée par la peau qui est placée au-dessous, qui est d'un rouge brun approchant du noir. Mais l'épiderme des mores, comme celui des blancs, étant un tissu de vaisseaux, ils doivent nécessairement renfermer un suc, dont l'examen appartient à la question présente. On peut dire avec quelque fondement que ce suc est analogue à la bile, & l'observation paroît appuyer ce sentiment ; 1°. j'ai remarqué dans les cadavres des negres que j'ai eu occasion de disséquer à Cayenne, la bile toujours noire comme de l'encre ; 2°. qu'elle étoit le plus ou moins noire à proportion de la couleur des negres ; 3°. que leur sang étoit d'un rouge noirâtre, selon le plus ou moins de noirceur du teint des negres ; 4°. il est certain que la bile rentre avec le chyle dans le sang, qu'elle roule avec lui dans toutes les parties du corps, qu'elle se filtre dans le foie, & que plusieurs de ses parties s'échappent à-travers les reins, & les autres parties du corps. Pourquoi donc ne se peut-il pas faire aussi que cette même bile dans les negres se sépare dans le tissu de l'épiderme ? Or l'expérience prouve que la bile se sépare en effet dans l'épiderme des negres dans les petits tuyaux particuliers, puisque si l'on applique le bout du doigt sur la surface de la peau d'un negre, il s'y attache une humeur grasse, onctueuse & comme savonneuse, d'une odeur désagréable, qui donne sans doute ce luisant & cette douceur que l'on remarque à la peau ; que si l'on frotte cette même surpeau avec un linge blanc, elle le salit d'une couleur brune ; toutes qualités affectées à la bile des negres.... On juge que la bile est naturellement abondante dans le sang des negres par la force & la célérité du pouls, par l'extrême subtilité & les autres passions fougueuses, & sur-tout par la chaleur considérable de la peau qu'on remarque en eux. L'expérience montre d'ailleurs que la chaleur du sang est propre à former beaucoup de bile, puisqu'on voit jaunir le lait parmi les blanches quand une nourrice a la fievre. Enfin ne pourroit-on pas regarder en quelque façon la couleur des negres comme un ictere noir naturel.

1°. Par ce que nous venons de dire, on voit que l'humeur qui forme la couleur des negres, semble être la même que la bile : peut-être que celle qui se filtre dans le foie ne differe que du plus ou du moins ; 2°. qu'il est plus que probable que la bile se sépare non-seulement dans le foie des negres, mais encore dans des vaisseaux presque imperceptibles de l'épiderme, où dégagée des parties rouges du sang, elle doit reprendre sans doute sa premiere forme, & se montrer par conséquent dans sa noirceur naturelle ; 3°. que les parties grossieres de cette bile, par leur séjour dans le tissu de l'épiderme, doivent leur donner une couleur noire ; tandis que les parties les plus tenues, pour une décharge particuliere du sang, s'exhalent en-dehors par les pores de la peau comme une espece de vapeur nullement noire, & sans presque pas d'amertume, s'amassent insensiblement sur l'épiderme, s'y épaississent, & y répandent une odeur désagréable. Il arrive quelque chose tout-à-fait semblable, lorsqu'après avoir fait un peu chauffer la bile d'un negre, dans un petit vaisseau couvert de parchemin percé de plusieurs petits trous, on remarque les parois du vaisseau teintes en noir, dans le tems que l'on voit sortir à-travers les petits trous du couvercle, une espece de fumée qui se condense en des gouttes sensibles (lorsqu'on adapte un couvercle au gobelet en maniere de cône) qui n'ont aucunement ni la couleur ni le goût de la bile.

Telles sont les principales preuves sur lesquelles M. Barrere se fonde pour placer dans la bile le principe de la couleur des negres. On sera peut-être bien-aise de trouver ici les difficultés auxquelles ce sentiment est exposé. Elles sont prises des observations suivantes : 1°. Les corps des negres qui ont péri dans l'eau prennent, dit-on, une couleur blanche ; on ne peut les distinguer des blancs que par les cheveux. 2°. La petite vérole est blanche dans les negres, & cette blancheur a souvent trompé les Médecins. 3°. Les negres vomissent de la bile qui est jaune, c'est un fait constant. 4°. Les negres sont sujets à l'ictere, & la conjonctive devient jaune de même que les parties internes. 3°. La bile noirâtre qu'on trouve dans la vésicule des hommes blancs, paroît presque toujours jaune dès qu'elle est étendue. 6°. Quand on distille la bile des hommes blancs, elle passe par diverses couleurs, & enfin elle laisse un fond noir qui donne aux vaisseaux qui le contiennent une couleur noirâtre. La bile des negres peut donc paroître noirâtre, quand elle est amassée, & elle peut être jaune quand elle est étendue ; ou bien la noirceur de cette bile, dans les cadavres des negres, peut avoir pris cette couleur dans les maladies & par divers accidens. 7°. Les entrailles des negres & leur peau ont la même couleur que dans les hommes qui sont blancs. 8°. Enfin, il y a des maladies qui noircissent la bile, sans qu'il en paroisse aucune trace sur le corps. Dans les hommes qui sont morts de la rage, on trouve la bile entierement noire, tandis que la surface de la peau est parfaitement blanche. De tous ces faits on conclut que la couleur des negres ne sauroit être attribuée à la bile. Cette liqueur est jaune dans les negres ; elle ne donne aucune teinture aux parties externes dans l'état naturel ; elle jaunit les yeux dès qu'elle se répand par le corps ; elle teindroit en noir les parties internes si elle étoit véritablement noire, & si elle étoit portée dans ces parties. Ajoutez que les urines prendroient la même teinture dont les vaisseaux du corps muqueux sont remplis.

Les vaisseaux du corps muqueux, suivant les observations de Malpighi, la peau & la cuticule des negres sont blancs, la noirceur ne vient que du corps muqueux ou du corps réticulaire qui est entre l'épiderme & la peau. Les injections de Ruysch ont confirmé en partie cette découverte, & l'ont mise dans un plus grand jour. La surpeau n'est pas blanche dans les negres, selon cet anatomiste, elle n'a que la blancheur de la corne, qui a toujours un mêlange noir. Ruysch envoya à Heister une portion de la peau d'un negre. Elle étoit parfaitement blanche ; mais la surface externe de l'épiderme étoit noirâtre, & la face interne étoit couverte d'une teinture noire & foncée. Sanctorini, dans ses Remarques anatomiques, nous a donné des observations qui établissent la cause de la couleur des negres dans le corps muqueux. Ces recherches prouvent que, lorsqu'on enleve l'épiderme, il reste une portion du corps muqueux sur la peau ou le tissu vasculeux, d'une couleur extrêmement noire ; qu'il communique sa teinture aux doigts auxquels il s'attache souvent lorsqu'on enleve l'épiderme ; que par conséquent il y a un réservoir particulier de cette teinture entre l'épiderme & la peau. Le corps muqueux, tissu presqu'inconnu, paroît fort inégal en diverses parties du corps. Il est étroitement attaché à l'épiderme ; on ne sauroit l'en séparer entierement ; c'est pour cela que la couleur noirâtre ne peut s'effacer dans la surpeau, & qu'elle est plus foncée dans la surface interne de ce tégument. Les vaisseaux du corps réticulaire sont pleins d'une liqueur noirâtre. On demande où elle se forme. Sanctorini n'a pas cru qu'on pût décider sur la source de cette matiere qui teint le corps réticulaire des negres ; mais il a soupçonné que le foie pouvoit fournir la teinture de la peau dans cette espece d'hommes. La couleur rouge du foie d'un poisson, diverses sortes d'icteres auxquels les hommes sont sujets, & la noirceur qu'on trouve quelquefois dans la bile de la vésicule du fiel, l'avoient conduit à cette conjecture. D'ailleurs on trouve des sources d'une liqueur noire dans quelques parties du corps. Entre les bronches il y a des glandes qui versent une liqueur noire dans le foetus ; sur les yeux des animaux l'on a remarqué des glandes noires d'où découle sans doute le suc qui noircit la coroïde. Il peut donc se filtrer des sucs noirs dans diverses parties du corps : il y a même des fluides qui, en perdant leur couleur naturelle, passent par diverses gradations. La bile devient noirâtre dans la vésicule du fiel ; l'urine elle-même prend cette couleur dans diverses maladies. Il me paroît résulter des deux opinions que j'ai exposées dans cette note & dans la précédente, que le problême physique est encore fort indécis.

Pourquoi les negres ont les cheveux crêpés ? écoutons encore M. Barrere sur ces questions. Il est déja avoué dans le monde savant, & c'est l'opinion généralement reçue, que dans le germe du corps des animaux se trouvent comme concentrées toutes les parties qui les composent avec leur couleur & leur figure déterminée ; que ces parties se développent, s'étendent & s'épanouissent dès qu'elles sont mises en jeu & pénétrées par un fluide très-fin & spiritueux, c'est-à-dire par la semence du mâle ; que cette liqueur séminale imprime son caractere à ce point de matiere qui concentre toutes ces parties dans leur germe. Suivant ces principes, qui paroissent très-véritables, l'on conçoit : 1°. que, puisque le germe des corps des animaux dans la formation tient du mâle & de la femelle, il faut qu'il reçoive des traits de l'un & de l'autre ; 2°. qu'il y a beaucoup d'apparence que le germe renfermé dans le sein de la femelle contient naturellement tous les traits de ressemblance, & qu'il ne reçoit la ressemblance du mâle que par l'intrusion de la liqueur séminale qui détermine les parties du germe à recevoir un mouvement ; 3°. que le mouvement qui arrive aux parties du germe dans les animaux de la même espece, doit être presque toujours uniforme, & comme au même degré ; cependant moins grand, en comparaison de celui qui survient dans l'accouplement des animaux de diverses especes ; il faut même que dans ces derniers le mouvement soit violent & comme forcé, ensorte que les fluides doivent sortir de la ligne de leur direction naturelle, & se fourvoyer, pour ainsi parler : on le juge ainsi par le dérangement considérable qui arrive dans les parties originaires du germe ; 4°. que la production des monstres est une preuve des plus convainquantes de ce dérangement si surprenant. 5°. Il suit aussi, qu'une negresse qui aura commercé, par exemple, avec un blanc ou européen, doit faire un mulâtre, qui par la nouvelle modification que cet enfant aura reçue dans le sein de sa mere dans la couleur originaire de sa peau & de ses cheveux, doit paroître différent d'un negre ; 6°. que cette nouvelle modification dans le mulâtre suppose nécessairement l'humeur qui se filtre à-travers l'épiderme moins noire, une dilatation dans les vaisseaux insensibles des cheveux moins tortueux : aussi voit-on tous les jours en Amérique non-seulement dans les mulâtres, mais encore dans les différens mêlanges du sang la couleur de la peau devenir plus ou moins foncée, & les cheveux plus droits & plus longs selon la gradation ou le différent éloignement du teint naturel des negres ; 7°. qu'enfin l'on doit conclure que la cause de la dégénération de la couleur des negres & de la qualité de leurs cheveux doit être vraisemblablement rapportée à l'action & au plus ou moins de disconvenance du fluide séminal avec le germe qui pénétre dans les premiers momens de l'évolution des parties. Article de M. FORMEY.

NEGRES BLANCS. (Hist. nat.) Les Voyageurs qui ont été en Afrique, parlent d'une espece de negres, qui, quoique nés de parens noirs, ne laissent pas d'être blancs comme les Européens, & de conserver cette couleur toute leur vie. Il est vrai que tous les negres sont blancs en venant au monde, mais peu de jours après leur naissance ils deviennent noirs, au-lieu que ceux dont nous parlons conservent toujours leur blancheur. On dit que ces negres blancs sont d'un blanc livide comme les corps morts ; leurs yeux sont gris, très-peu vifs, & paroissent immobiles ; ils ne voient, dit-on, qu'au clair de la lune, comme les hibous ; leurs cheveux sont ou blonds, ou roux, ou blancs & crêpus. On trouve un assez grand nombre de ces negres blancs dans le royaume de Loango ; les habitans du pays les nomment dondos, & les Portugais albinos ; les noirs de Loango les détestent, & sont perpétuellement en guerre avec eux ; ils ont soin de prendre leurs avantages avec eux & de les combattre en plein jour. Mais ceux-ci prennent leur revanche pendant la nuit. Les negres ordinaires du pays appellent les negres blancs mokissos ou diables des bois. Cependant on nous dit que les rois de Loango ont toujours un grand nombre de ces negres blancs à leur cour ; ils y occupent les premieres places de l'état, & remplissent les fonctions de prêtres ou de sorciers, auxquelles on les éleve dès la plus tendre enfance. Ils reconnoissent, dit-on, un Dieu ; mais ils ne lui rendent aucun culte, & ne paroissent avoir aucune idée de ses attributs. Ils n'adressent leurs voeux & leurs prieres qu'à des démons, de qui ils croient que dépendent tous les événemens heureux ou malheureux ; ils les invoquent & les consultent sur toutes les entreprises, & les représentent sous des formes humaines, de bois, de terre, de différentes grandeurs, & très-grossierement travaillées.

Les savans ont été très-embarrassés de savoir d'où provenoit la couleur des negres blancs. L'expérience a fait connoître que ce ne pouvoit être du commerce des blancs avec les negresses, puisqu'il ne produit que des mulâtres. Quelques-uns ont cru que cette bisarrerie de la nature étoit dûe à l'imagination frappée des femmes grosses. D'autres se sont imaginé que la couleur de ces negres venoit d'une espece de lepre dont eux & leurs parens étoient infectés ; mais cela n'est point probable, vu que l'on nous dépeint les negres blancs comme des hommes très-robustes, ce qui ne conviendroit point à des gens affligés d'une maladie telle que la lepre. Les Portugais ont essayé d'en faire passer quelques-uns dans leurs colonies d'Amérique pour les y faire travailler aux mines, mais ils ont mieux aimé mourir de faim que de se soumettre à ces travaux.

Quelques-uns ont cru que les negres blancs venoient du commerce monstrueux des gros singes du pays avec des negresses ; mais ce sentiment ne paroît pas probable, vû qu'on assure que ces negres blancs sont capables de se propager.

Quoi qu'il en soit, il paroît que l'on ne connoît pas toutes les variétés & les bisarreries de la nature ; peut-être que l'intérieur de l'Afrique, si peu connu des Européens, renferme des peuples nombreux d'une espece entierement ignorée de nous.

On prétend que l'on a trouvé pareillement des negres blancs dans différentes parties des Indes orientales, dans l'île de Borneo, & dans la nouvelle Guinée. Il y a quelques années que l'on montroit à Paris un negre blanc, qui vraisemblablement, étoit de l'espece dont on vient de parler. Voyez the modern part. of an universal History vol. XVI pag. 293 de l'édition in-8 °. Un homme digne de foi a vu en 1740 à Carthagène en Amérique, un negre & une negresse dont tous les enfans étoient blancs, comme ceux qui viennent d'être décrits, à l'exception d'un seul qui étoit blanc & noir ou pie : les jésuites qui en étoient propriétaires, le destinoient à la reine d'Espagne.

NEGRES, (Commerce) Les Européens font depuis quelques siecles commerce de ces negres, qu'ils tirent de Guinée & des autres côtes de l'Afrique, pour soutenir les colonies qu'ils ont établies dans plusieurs endroits de l'Amérique & dans les Iles Antilles. On tâche de justifier ce que ce commerce a d'odieux & de contraire au droit naturel, en disant que ces esclaves trouvent ordinairement le salut de leur ame dans la perte de leur liberté ; que l'instruction chrétienne qu'on leur donne, jointe au besoin indispensable qu'on a d'eux pour la culture des sucres, des tabacs, des indigos, &c. adoucissent ce qui paroît d'inhumain dans un commerce où des hommes en achetent & en vendent d'autres, comme on fe roit des bestiaux pour la culture des terres.

Le commerce des negres est fait par toutes les nations qui ont des établissemens dans les indes occidentales, & particulierement par les François, les Anglois, les Portugais, les Hollandois, les Suédois & les Danois. Les Espagnols, quoique possesseurs de la plus grande partie des continens de l'Amérique, n'ont guere les negres de la premiere main ; mais les tirent des autres nations, qui ont fait des traités avec eux pour leur en fournir, comme ont fait long-tems la compagnie des grilles, établie à Gènes, celle de l'assiente en France, & maintenant la compagnie du sud en Angleterre, depuis le traité d'Utrecht en 1713. Voyez ASSIENTE & l'article COMPAGNIE.

Ce n'est qu'assez long-tems après l'établissement des colonies françoises dans les isles Antilles qu'on a vu des vaisseaux françois sur les côtes de Guinée, pour y faire le trafic des negres, qui commença à devenir un peu commun, lorsque la compagnie des Indes occidentales eut été établie en 1664, & que les côtes d'Afrique, depuis le cap Verd jusqu'au cap de Bonne-Espérance, eurent été comprises dans cette concession.

La compagnie du Sénégal lui succéda pour ce commerce. Quelques années après la concession de cette derniere, comme trop étendue, fut partagée ; & ce qu'on lui ôta, fut donné à la compagnie de Guinée, qui prit ensuite le nom de compagnie de l'assiente.

De ces deux compagnies françoises, celle du Sénégal subsiste toujours, mais celle de l'assiente a fini après le traité d'Utrecht, & la liberté du commerce dans tous les lieux qui lui avoient été cédés, soit pour les negres, soit pour les autres marchandises, a été rétablie dans la premiere année du regne de Louis XV.

Les meilleurs negres se tirent du cap Verd, d'Angola, du Sénégal, du royaume des Jaloffes, de celui de Galland, de Damel, de la riviere de Gambie, de Majugard, de Bar, &c.

Un negre piece d'Inde (comme on les nomme), depuis 17 à 18 ans jusqu'à 30 ans, ne revenoit autrefois qu'à trente ou trente-deux livres en marchandises propres au pays, qui sont des eaux-de-vie, du fer, de la toile, du papier, des masses ou rassades de toutes couleurs, des chaudieres & bassins de cuivre & autres semblables, que ces peuples estiment beaucoup ; mais depuis que les Européens ont, pour ainsi dire, enchéri les uns sur les autres, ces barbares ont su profiter de leur jalousie, & il est rare qu'on traite encore de beaux negres pour 60 livres, la compagnie de l'assiente en ayant acheté jusqu'à 100 liv. la piece.

Ces esclaves se font de plusieurs manieres ; les uns, pour éviter la famine & la misere, se vendent eux-mêmes, leurs enfans & leurs femmes aux rois & aux plus puissans d'entr'eux, qui ont de quoi les nourrir : car quoiqu'en général les negres soient très-sobres, la stérilité est quelquefois si extraordinaire dans certains endroits de l'Afrique, sur-tout quand il y a passé quelque nuage de sauterelles, qui est un accident assez commun, qu'on n'y peut faire aucune récolte de mil, ni de ris, ni d'autres légumes dont ils ont coutume de subsister. Les autres sont des prisonniers faits en guerre & dans les incursions que ces roitelets font sur les terres de leurs voisins, souvent sans autre raison que de faire des esclaves qu'ils emmenent, jeunes, vieux, femmes, filles, jusqu'aux enfans à la mamelle.

Il y a des negres qui se surprennent les uns les autres, tandis que les vaisseaux européens sont à l'ancre, y amenant ceux qu'ils ont pris pour les y vendre & les y embarquer malgré eux ; ensorte qu'on y voit des fils vendre leurs peres, & des peres leurs enfans, & plus souvent encore ceux qui ne sont liés d'aucune parenté, mettre la liberté les uns des autres, à prix de quelques bouteilles d'eau-de-vie, ou de quelques barres de fer.

Ceux qui font ce commerce, outre les victuailles pour l'équipage du vaisseau, portent du gruau, des pois gris & blancs, des feves, du vinaigre, de l'eau-de-vie, pour la nourriture des negres qu'ils esperent avoir de leur traite.

Aussi-tôt que la traite est finie, il faut mettre à la voile sans perdre de tems, l'expérience ayant fait connoître que tant que ces malheureux sont encore à la vue de leur patrie, la tristesse les accable, ou le désespoir les saisit. L'une leur cause des maladies qui en font périr un grand nombre pendant la traversée ; l'autre les porte à s'ôter eux-mêmes la vie, soit en se refusant la nourriture, soit en se bouchant la respiration, par une maniere dont ils savent se plier & se contourner la langue, qui, à coup sûr, les étouffe ; soit en se brisant la tête contre le vaisseau, ou en se précipitant dans la mer, s'ils en trouvent l'occasion.

Cet amour si vif pour la patrie semble diminuer à mesure qu'ils s'en éloignent : la gaieté succede à leur tristesse ; & c'est un moyen presqu' immanquable pour la leur ôter, & pour les conserver jusqu'au lieu de leur destination, que de leur faire entendre quelque instrument de musique, ne fût-ce qu'une vielle ou une musette.

A leur arrivée aux isles, chaque tête de negre se vend depuis trois jusqu'à cinq cent livres, suivant leur jeunesse, leur vigueur & leur santé. On ne les paie pas pour l'ordinaire en argent, mais en marchandises du pays.

Les negres sont la principale richesse des habitans des îles. Quiconque en a une douzaine, peut être estimé riche. Comme ils multiplient beaucoup dans les pays chauds, leurs maîtres, pour peu qu'ils les traitent avec douceur, voient croître insensiblement cette famille, chez laquelle l'esclavage est héréditaire.

Leur naturel dur exige qu'on n'ait pas trop d'indulgence pour eux, ni aussi trop de sévérité ; car si un châtiment modéré les rend souples & les anime au travail, une rigueur excessive les rebute & les porte à se jetter parmi les negres marons ou sauvages qui habitent des endroits inaccessibles dans ces îles, où ils préferent la vie la plus misérable à l'esclavage.

Nous avons un édit donné à Versailles au mois de Mars 1724, appellé communément le code noir, & qui sert de réglement pour l'administration de la justice, police, discipline, & le commerce des esclaves negres dans la province de la Louisiane. Dictionn. de Commerce.

NEGRES, considérés comme esclaves dans les colonies de l'Amérique. L'excessive chaleur de la zone torride, le changement de nourriture, & la foiblesse de tempérament des hommes blancs ne leur permettant pas de résister dans ce climat à des travaux pénibles, les terres de l'Amérique, occupées par les Européens, seroient encore incultes, sans le secours des negres que l'on y a fait passer de presque toutes les parties de la Guinée. Ces hommes noirs, nés vigoureux & accoutumés à une nourriture grossiere, trouvent en Amérique des douceurs qui leur rendent la vie animale beaucoup meilleure que dans leur pays. Ce changement en bien les met en état de résister au travail, & de multiplier abondamment. Leurs enfans sont appellés negres créols, pour les distinguer des negres dandas, bossals ou étrangers.

La majeure partie des negres qui enrichissent les colonies françoises se tire directement de la côte d'Afrique par la voie de la compagnie des Indes (qui s'est réservé exclusivement à tous les autres la traite du Sénégal), ou par les navires de différens armateurs françois, à qui l'on permet de commercer chez les autres nations de la côte de Guinée. Ces vaisseaux transportent dans les colonies les negres qu'ils ont trafiqués, soit que ces negres ayent été pris en guerre ou enlevés par des brigands, ou livrés à prix d'argent par des parens dénaturés, ou bien vendus par ordre de leur roi, en punition de quelque crime commis.

De tous ces différens esclaves, ceux du cap Verd ou Sénégalais sont regardés comme les plus beaux de toute l'Afrique. Ils sont grands, bien constitués, ayant la peau unie sans aucune marque artificielle : ils ont le nez bien fait, les yeux grands, les dents blanches, & la levre inférieure plus noire que le reste du visage ; ce qu'ils font par art, en piquant cette partie avec des épines, & introduisant dans les piquures de la poussiere de charbon pilé.

Ces negres sont idolâtres ; leur langue est difficile à prononcer, la plûpart des sons sortant de la gorge avec effort. Plusieurs d'entr'eux parlent arabe, & paroissent suivre la religion de Mahomet ; mais tous les Sénégalais sont circoncis. On les emploie dans les habitations au soin des chevaux & des bestiaux, au jardinage & au service des maisons.

Les Aradas, les Fonds, les Fouéda, & tous les negres de la côte de Juda sont idolâtres, & pratiquent la circoncision par un motif de propreté. Ces negres, quoique sous différentes dominations, parlent tous à-peu-près la même langue. Leur peau est d'un noir-rougeâtre. Ils ont le nez écrasé, les dents très blanches, & le tour du visage assez beau. Ils se font des incisions sur la peau qui laissent des marques ineffaçables, au moyen desquelles ils se distinguent entr'eux. Les Aradas se les placent sur le gros des joues, au-dessous des yeux ; elles ressemblent à des verrues de la grosseur d'un pois. Les negres Fonds se scarifient les tempes, & les Fouéda (principalement les femmes) se font cizeler le visage, & même tout le corps, formant des desseins de fleurs, des mosaïques & des compartimens très réguliers. Il semble à les voir qu'on leur ait appliqué sur la peau une étoffe brune, travaillée en piquure de Marseille. Ces negres sont estimés les meilleurs pour le travail des habitations : plusieurs connoissent parfaitement les propriétés bonnes ou mauvaises de plusieurs plantes inconnues en Europe. Les Aradas principalement en composent avec le venin de certains insectes, un poison auquel on n'a point encore trouvé de remede certain. Les effets en sont si singuliers, que ceux qui l'emploient passent constamment pour sorciers parmi les habitans du pays.

Les negres Mines sont vigoureux & fort adroits pour apprendre des métiers. Quelques-uns d'entr'eux travaillent l'or & l'argent, fabriquant grossierement des especes de pendans d'oreille, des bagues & autres petits ornemens. Ils se font deux ou trois balaffres en long sur les joues. Ils sont courageux ; mais leur orgueil les porte à se détruire eux-mêmes pour peu qu'on leur donne du chagrin.

La côte d'Angol, les royaumes de Loango & de Congo fournissent abondamment de très-beaux negres, passablement noirs, sans aucune marque sur la peau. Les Congos en général sont grands railleurs, bruyans, pantomimes, contrefaisant plaisamment leurs camarades, & imitant très-bien les allures & le cri de différens animaux. Un seul Congo suffit pour mettre en bonne humeur tous les negres d'une habitation. Leur inclination pour les plaisirs les rend peu propres aux occupations laborieuses, étant d'ailleurs paresseux, poltrons, & fort adonnés à la gourmandise ; qualité qui leur donne beaucoup de disposition pour apprendre facilement les détails de la cuisine. On les emploie au service des maisons, étant pour l'ordinaire d'une figure revenante.

Les Portugais qui ont introduit une idée du christianisme dans le royaume de Congo, y ont aboli la circoncision, fort en usage parmi les autres peuples de l'Afrique.

Les moins estimés de tous les negres sont les Bambaras ; leur mal propreté, ainsi que plusieurs grandes balaffres qu'ils se font transversalement sur les joues depuis le nez jusqu'aux oreilles, les rendent hideux. Ils sont paresseux, ivrognes, gourmands & grands voleurs.

On fait assez peu de cas des negres Mandingues, Congres & Mondongues. Ceux-ci ont les dents limées en pointe, & passent pour antropophages chez les autres peuples.

Il n'est pas possible, dans cet article, de détailler les nations des Calbaris, des Caplahons, des Anans, des Tiambas, des Poulards & nombre d'autres, dont plusieurs habitent assez avant dans les terres, ce qui en rend la traite difficile & peu abondante.

Traitement des negres lorsqu'ils arrivent dans les colonies. L'humanité & l'intérêt des particuliers ne leur permettent pas de faire conduire leurs esclaves au travail aussi-tôt qu'ils sont sortis du vaisseau. Ces malheureux ont ordinairement souffert pendant leur voyage, ils ont besoin de repos & de rafraîchissemens ; huit à dix jours de bains pris matin & soir dans l'eau de la mer leur font beaucoup de bien ; une ou deux saignées, quelques purgations, & sur-tout une bonne nourriture, les mettent bientôt en état de servir leur maître.

Leurs anciens compatriotes les adoptent par inclination : ils les retirent dans leurs cazes, les soignent comme leurs enfans, en les instruisant de ce qu'ils ont à faire, & leur faisant entendre qu'ils ont été achetés pour travailler, & non pas pour être mangés, ainsi que quelques-uns se l'imaginent, lorsqu'ils se voient bien nourris. Leurs patrons les conduisent ensuite au travail : ils les châtient quand ils manquent ; & ces hommes faits se soumettent à leurs semblables avec une grande résignation.

Les maîtres qui ont acquis de nouveaux esclaves, sont obligés de les faire instruire dans la religion catholique. Ce fut le motif qui détermina Louis XIII à permettre ce commerce de chair humaine.

Travaux des negres sur les habitations. Les terres produisant les cannes à sucre, celles où l'on cultive le caffé, le cacao, le manioc, le coton, l'indigo & le rocou, ont besoin d'un nombre d'esclaves proportionné à leur étendue pour la culture des plantations. Plusieurs de ces esclaves sont instruits dans le genre de travail propre à mettre ces productions en valeur : tous sont sous la discipline d'un commandeur en chef, blanc ou noir, lequel dans les grands établissemens est subordonné à un oeconome.

Les negres destinés aux principales opérations qui se font dans les sucreries s'appellent raffineurs. Ce n'est pas sans peine qu'ils acquierent une connoissance exacte de leur art, qui exige beaucoup d'application dans un apprentissage de plusieurs années. Leur travail est d'autant plus fatigant, qu'ils sont continuellement exposés à la chaleur des chaudieres où l'on fabrique le sucre. Les charpentiers & scieurs de long ont soin de réparer le moulin, & d'entretenir conjointement avec les maçons, les différens bâtimens de la sucrerie. Les charrons sont fort nécessaires : on ne peut guere se passer de tonneliers ; & dans les grands établissemens un forgeron ne manque pas d'occupation. Tous les autres esclaves, excepté les domestiques de la maison, sont employés journellement à la culture des terres, à l'entretien des plantations, à sarcler les savanes ou pâturages, & à couper les cannes à sucre, que les cabrouettiers & les muletiers transportent au moulin, où d'ordinaire il y a des négresses, dont l'office est de faire passer ces cannes entre les rouleaux ou gros cylindres de métal, qui en expriment le suc dont on fait le sucre. Les negres les moins bien conformés & peu propres aux travaux difficiles, sont partagés pour l'entretien du feu dans les fourneaux de la sucrerie & de l'etuve, pour soigner les malades dans les infirmeries, & pour garder les bestiaux dans les savanes. On occupe aussi les négrillons & les négrites à des détails proportionnés à leurs forces, tellement que sur quelque habitation que ce puisse être, les maîtres & les oeconomes ne peuvent trop s'appliquer à bien étudier le caractere, les forces, les dispositions, les talens des esclaves pour les employer utilement..

Caractere des negres en général. Si par hasard on rencontre d'honnêtes gens parmi les negres de la Guinée, (le plus grand nombre est toujours vicieux) ils sont pour la plûpart enclins au libertinage, à la vengeance, au vol & au mensonge. Leur opiniatreté est telle qu'ils n'avouent jamais leurs fautes, quelque châtiment qu'on leur fasse subir ; la crainte même de la mort ne les émeut point. Malgré cette espece de fermeté, leur bravoure naturelle ne les garantit pas de la peur des sorciers & des esprits, qu'ils appellent zambys.

Quant aux negres créols, les préjugés de l'éducation les rendent un peu meilleurs ; cependant ils participent toujours un peu de leur origine ; ils sont vains, méprisans, orgueilleux, aimant la parure, le jeu, & sur toutes choses les femmes ; celles-ci ne le cedent en rien aux hommes, suivant sans reserve l'ardeur de leur tempérament ; elles sont d'ailleurs susceptibles de passions vives, de tendresse & d'attachement. Les défauts des negres ne sont pas si universellement répandus qu'il ne se rencontre de très-bons sujets ; plusieurs habitans possédent des familles entieres composées de fort honnêtes gens, très-attachés à leurs maîtres, & dont la conduite feroit honte à beaucoup de blancs.

Tous en général sont communément braves, courageux, compatissans, charitables, soumis à leurs parens, surtout à leurs parrains & maraines, & très-respectueux à l'égard des vieillards.

Logemens des negres, leur nourriture & leurs usages. Les cazes ou maisons des negres sont quelquefois construites de maçonnerie, mais plus ordinairement de bois couvert d'un torchis, de terre franche préparée avec de la bouze de vache ; un cours de chevrons élevés sur ces especes de murailles & brandis le long de la piece qui forme le faîte, compose le toît, lequel est couvert avec des feuilles de cannes, de roseaux ou de palmiers ; ces cazes n'ont qu'un rez-de-chaussée, long d'environ 20 à 25 piés sur 14 à 15 de largeur, partagé par des cloisons de roseaux, en deux ou trois petites chambres fort obscures, ne recevant de jour que par la porte, & quelquefois par une petite fenêtre ouverte dans l'un des pignons.

Les meubles dont se servent les negres correspondent parfaitement à la simplicité de leurs maisons, deux ou trois planches élevées sur quatre petits pieux, enfoncés en terre & couvertes d'une natte forment leur lit ; un tonneau défoncé par l'un des bouts servant à renfermer des bananes & des racines, quelques grands pots à mettre de l'eau, un banc ou deux ; une mauvaise table, un coffre, plusieurs couis & grosses calebasses dans lesquelles ils serrent leurs provisions, composent tout l'attirail du ménage.

Les commandeurs, les ouvriers & ceux qui sont anciens dans le pays se procurent beaucoup de petites commodités, au moyen des jardins qu'on leur permet de cultiver pour leur compte particulier dans les lieux écartés de l'habitation ; ils élevent aussi des volailles & des cochons, dont le produit les met en état de se vêtir très-proprement & de bien entretenir leur famille. Outre ces douceurs, ils sont nourris & habillés par leur maître, ainsi qu'il est ordonné par le code noir, édit dont on parlera ci-après.

Leur principale nourriture consiste en farine de manioc, Voyez l'art. MANIOC, &c. racines de plusieurs especes, mays, bananes & boeuf salé ; le poisson, les crabes, les grenouilles, les gros lésards, les agoutis, rats de cannes & tatous servent à varier leurs mets dans les endroits où ces animaux abondent ; ils composent différentes boissons avec des fruits, des racines, des citrons, du gros syrop de sucre & de l'eau, & l'eau-de-vie de canne ne leur manque pas ; ils se régalent de tems en tems les jours de fêtes ; leurs grands festins, principalement ceux de nôces, sont nombreux, tous ceux qui veulent en être étant admis, pourvû qu'ils apportent de quoi payer leur écot : ces repas tumultueux où les commandeurs veillent pour prévenir le désordre, sont toujours suivis de danses, que les negres aiment passionnément ; ceux de chaque nation se rassemblent & dansent à la mode de leur pays, au bruit cadencé d'une espece de tambour, accompagné de chants bruyants, de frappemens de main mesurés, & souvent d'une sorte de guittare à 4 cordes, qu'ils appellent banza.

La danse que les créols aiment le mieux, & qui par cette raison est fort en usage, même parmi les Nations naturalisées, c'est le calenda dont on a parlé à la lettre C.

Les negres & negresses d'une même habitation peuvent, du consentement de leur maître, se marier, suivant nos usages ; on ne doit pas exiger de cette espece d'hommes plus de vertus, qu'il n'en existe parmi les blancs ; cependant on voit chez eux des ménages fort unis, vivant bien, aimant leurs enfans, & les maintenant dans un grand respect.

Châtimens des negres, police & réglement à cet effet. Lorsqu'un negre commet une faute legere, le commandeur peut de son chef le châtier de quelques coups de fouet ; mais si le cas est grave, le maître après avoir fait mettre le malfaiteur aux fers, ordonne le nombre de coups dont il doit être châtié ; si les hommes étoient également justes, ces punitions nécessaires auroient des bornes, mais il arrive souvent que certains maîtres abusent de leur prétendue autorité, en infligeant des peines trop rigoureuses aux malheureux ; qu'ils ont peut-être mis eux-mêmes dans le cas de leur manquer. Pour arrêter les cruautés de ces hommes barbares, qui par avarice, laisseroient manquer leurs esclaves des choses les plus nécessaires à la vie, en exigeant d'eux un travail forcé, les officiers de Sa Majesté, établis dans les colonies, sont chargés de tenir la main à l'exécution de l'édit du roi, nommé code noir, servant de reglement pour le gouvernement & l'administration de la justice & de la police, & pour la discipline & le commerce des esclaves dans les îles françoises de l'Amérique.

La longueur de cet édit ne permettant pas de le rapporter dans son entier, on ne fera mention que des principaux articles qui ont rapport à la police des negres, & aux obligations des maîtres à leur égard.

Par le second article du code noir, il est ordonné aux maîtres de faire instruire leurs esclaves dans la religion Catholique, &c. à peine d'amende arbitraire.

Le sixieme défend aux maîtres, de les faire travailler les jours de repos ordonnés par l'église.

Le neuvieme impose une amende de deux mille livres de sucre aux maîtres, qui par concubinage auront des enfans de leur esclave ; en outre, ladite esclave & ses enfans confisqués au profit de l'hôpital, sans jamais pouvoir être affranchis. Cet article n'a point lieu, si le maître veut épouser dans les formes observées par l'église, son esclave, qui par ce moyen est affranchie, & ses enfans rendus libres & légitimes.

Par le dixieme article, la célébration du mariage des negres & negresses peut s'exécuter, sans qu'il soit besoin du consentement des parens, celui du maître étant suffisant, pourvû toutefois qu'il n'emploie aucune contrainte pour les marier contre leur gré.

Le douzieme article porte que les enfans qui naîtront de mariages entre esclaves, seront esclaves, & lesdits enfans appartiendront aux maîtres des femmes esclaves, si le mari & la femme ont des maîtres différens. Ces alliances ne sont pas ordinaires, les negres & negresses d'une même habitation se marient entre eux, & les maîtres ne peuvent vendre ni acheter le mari & la femme séparément.

Par le treizieme article, un homme esclave épousant une femme libre, les enfans suivent la condition de leur mere, & le pere étant libre & la mere esclave, les enfans sont esclaves.

Le quinzieme article défend aux esclaves de porter pour leur usage particulier des armes, même de gros bâtons, sous peine du fouet & de confiscation desdites armes.

Le seizieme défend aux negres, de s'attrouper de jour & de nuit, sous peine de punition corporelle, qui ne pourra être moindre que du fouet & de la fleur-de-lis, même de mort, en cas de fréquentes récidives ou autres circonstances agravantes.

Les articles 22, 23, 24 & 25, portent en substance, que les maîtres seront tenus de fournir par chacune semaine à leurs esclaves, âgés de dix ans & au-dessus, pour leur nourriture, deux pots & demi de farine de manioc, ou trois cassaves pesant deux livres & demie chacune, ou choses équivalentes (le pot contient deux pintes mesure de Paris), avec deux livres de boeuf salé, ou trois de poisson ou autre chose à proportion ; & aux enfans depuis qu'ils sont sevrés jusqu'à l'âge de dix ans, la moitié des vivres ci-dessus. Les maîtres ne peuvent donner à leurs esclaves de l'eau-de-vie de canne, nommée guildive, pour leur tenir lieu des subsistances mentionnées ci-dessus.

Il est aussi expressément défendu aux maîtres, de se décharger de la nourriture de leurs esclaves, en leur permettant de travailler certains jours de la semaine pour leur compte particulier.

Sont tenus les maîtres de fournir à chacun de leurs esclaves par chacun an, deux habits de taille ou quatre aunes de toile.

Par le vingt-sixieme article, il est permis aux negres qui ne seront pas entretenus, selon ce qui est ordonné, d'en donner avis au procureur du roi, afin que les maîtres soient poursuivis à sa requête & sans frais.

Le vingt-septieme, est au sujet des negres infirmes par vieillesse ou autrement, que les maîtres doivent nourrir & entretenir ; & en cas d'abandon de leur part, lesdits esclaves sont adjugés à l'hôpital, & les maîtres obligés de payer six sols par jour pour l'entretien de chaque esclave.

Le roi déclare, par le vingt-huitieme article, que les negres esclaves ne peuvent rien posséder qui ne soit à leur maître, leurs enfans & parens, soit libres ou esclaves, ne pouvant rien prétendre par succession, disposition, &c. Il est rare que les maîtres abusent de leur privilege : ceux qui se piquent de penser, font distribuer les effets & même l'argent des esclaves défunts à leurs parens ; & s'ils n'en ont point, les autres negres de l'habitation en profitent.

Les negres sont exclus par l'article trente, de la possession des offices & commissions ayant fonctions publiques.

Ils ne peuvent par l'article trente-un, être partie, ni en jugement, ni en matiere civile, tant en demandant qu'en défendant, ni être partie civile en matiere criminelle, &c.

Suivant l'article trente-deux, les esclaves peuvent être poursuivis criminellement avec les formalités ordinaires, sans qu'il soit besoin de rendre leur maître partie, sinon en cas de complicité.

Par les articles 33 & 34, l'esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou leurs enfans avec effusion de sang, ou au visage, sera puni de mort ; & quant aux excès & voies de fait, commis par les esclaves, contre les personnes libres ; Sa Majesté entend qu'ils soient séverement punis, même de mort, si le cas y échet.

Le 35 & 36 inflige des peines afflictives proportionnées, suivant la nature des vols commis par les esclaves, comme de bêtes cavalines, de boeufs ou moutons, chevres, cochons, ou de plantes, légumes, &c.

Le trente-sept porte, que les maîtres seront tenus, en cas de vol ou autrement, des dommages causés par leurs esclaves, outre la peine corporelle desdits esclaves, de réparer les vols en leur nom, s'ils n'aiment mieux abandonner l'esclave à celui auquel le tort a été fait.

Par les articles 38 & 39, l'esclave fugitif qui se sera absenté pendant un mois, à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées, & sera marqué d'un fer chaud sur une épaule ; s'il récidive pendant un autre mois, il aura le jarret coupé & sera marqué sur une autre épaule, & la troisieme fois, il sera puni de mort.

Les affranchis qui auront retiré lesdits esclaves fugitifs, payeront une amende de trois cent livres de sucre par chaque jour de rétention.

L'article quarante porte, que l'esclave puni de mort, sur la dénonciation de son maître, non complice, sera estimé avant l'exécution par deux principaux habitans du pays, nommés d'office par le premier juge, & le prix de l'estimation sera payé au maître ; pourquoi satisfaire, il sera imposé par l'intendant sur chacune tête de negre, payant droits, la somme portée par l'estimation, laquelle sera payée par tous les habitans, & perçue par les fermiers du domaine royal d'occident pour éviter à frais.

Par l'article 42 & 43, quoiqu'il soit permis aux maîtres de faire enchaîner & battre de verge les esclaves qui seront en faute ; il est expressément défendu auxdits maîtres, de leur donner la torture, ni de leur faire aucune mutilation, à peine de confiscation des esclaves & d'être procédé contre les maîtres extraordinairement ; & il est enjoint aux officiers de justice, de poursuivre criminellement les maîtres & commandeurs qui auront tué un esclave, sous leur puissance ou sous leur direction.

L'article 44, déclare les esclaves être meubles, & comme tels entrer en la communauté, pouvant être partagés également entre les cohéritiers, &c.

Par l'article quarante-sept, le mari & la femme esclaves, & leurs enfans impuberes, ne peuvent être saisis, ni vendus séparément, &c.

L'article cinquante-huit, regarde les negres affranchis, auxquels il est octroyé par l'article cinquante-neuf, les privileges & immunités, dont jouissent les personnes nées libres, &c.

L'article soixante, traite des amendes & termine cet édit. Donné à Versailles au mois de Mars 1685. M. LE ROMAIN.

NEGRES, MAIGRES ou MAIGROTS, (Pêche) espece de poisson que les pêcheurs de Saint-Palaci, dans le ressort de l'amirauté de Marennes, sur la côte du Ponant, prennent d'une maniere particuliere ; ils se servent des mêmes chaloupes qui chargent les passagers ; ils ont un filet qu'on peut regarder comme une espece de folle. Il en a le calibre ; il est de trente-cinq à quarante brasses de long, sur trois brasses de chûte ou environ. Les pêcheurs qui font cette pêche se succédent & font la garde, ou courent des bordées, soit à la voile, soit à la nage, suivant les tems ; ils les continuent jusqu'à ce qu'ils entendent le chant, le bruit, le bourdonnement que les maigres font. Les pêcheurs ne s'y trompent point ; le poisson fût-il à vingt brasses de profondeur sous l'eau, pourvû que la chaloupe soit au-dessus de l'endroit que les maigres parcourent. Quand ils l'ont entendu ; ils jettent leurs rêts à l'aventure, de maniere cependant, qu'ils croisent la riviere en coupant la marée : le bout qui est soutenu d'une bouée, amarrée sur un cordage de plusieurs brasses, va à la derive ; l'autre bout reste amarré au bateau par une autre corde que les pêcheurs nomment mouvant. Si la pêche est bonne, le negre ou maigre s'engage dans les mailles, qui sont assez larges & y reste pris : le bas du filet qu'il faut regarder comme un ret dérivant, est chargé de plomb qui le cale bas ; les pêcheurs le relevent aussi-tôt qu'il a coulé à fond.

Cette pêche est très-fortuite & très-ingrate, quand on dit que les maigres chantent ou grondent, c'est pour se servir de l'expression des pêcheurs. Ils ont observé que ce poisson pris faisoit encore le même bruit, hors de l'eau & dans la chaloupe, & ils affirment que sans ce son extraordinaire qui les détermine dans le jet du filet, ils ne prendroient jamais de maigres ou negres.

Les rets ou filets à negres ont les mailles de cinq pouces en quarré ; ils sont faits de grosses cordes formées de plusieurs fils.

NEGRES CARTES, s. f. plur. (Jouaillerie) c'est ce qu'on appelle autrement émeraudes brutes de la premiere couleur ; elles sont fort estimées, & passent pour les plus belles de ces sortes de pierres. (D.J.)

NEGREPELISSE, (Géog.) petite ville de France dans le Querci, à 4 lieues N. E. de Montauban, sur Vetveirou. Les calvinistes l'avoient fortifiée, mais Louis XIII. l'ayant prise d'assaut en 1622, la livra au feu & au pillage ; desorte qu'il n'y reste plus que des masures.


NÉGREPONTISLE DE, (Géog.) île de Grèce, appellée par les anciens Euboe, & qui est après Candie, la plus belle de toutes les îles de l'Archipel. Elle a 360 milles de tour, & s'étend le long de la Béotie, dont elle n'est séparée que par le fameux canal de l'Euripe, & l'on croit qu'elle en a été anciennement détachée par un coup de mer. On y voyoit autrefois dans les beaux jours de la Grèce, trois villes considérables, célébres dans l'histoire ; Carysthe, Chalcis & Eretrie. Les jeux qui s'y célébroient appellés gérestiens, avoient été institués par Géreste, en l'honneur de Neptune, qui l'avoit sauvé d'une tempête.

Le nom moderne de Négrepont, Négroponte, ou comme disent les Italiens Nigroponte, vient de celui d'Egripos que les grecs lui donnent. Les premiers françois qui passerent dans cette île, entendant dire aux gens du pays eis ton Egripont, ce qui signifie à Egripos, crurent qu'on appelloit ce lieu Négripont, confondant la derniere lettre de l'article ton avec Egripont. Cette origine du nom nous ressemble si fort, qu'il n'en faut point aller chercher d'autre, ni l'attribuer à l'erreur des Italiens, qui l'appellent Nigroponte, comme s'il y avoit quelque pont de pierre noire qui passe de la Béotie dans l'île. Quoi qu'il en soit, le nom de Négrepont est commun à l'île, à la ville & au détroit.

On compte dans cette île, quatre principaux promontoires, dont l'un se nomme le cap d'Oro ; c'est sur la croupe de ce promontoire, que Nauplius, roi de Négrepont, fit allumer des feux, afin qu'à la faveur de cette lumiere, l'armée des grecs qui revenoit de Troie pût arriver à bon port. C'est dans le voisinage du cap Zittar, autre promontoire de l'île du côté du nord, qu'étoit la côte d'Artémisia, ainsi nommée du temple qui y avoit été élevé ; & c'est-là que les grecs mirent leur armée navale à l'abri, durant les guerres que leur firent les Perses.

Après la prise de Constantinople par les Croisés, les François & les Vénitiens s'emparerent de l'île de Négrepont. On vit naître alors des seigneurs de Négrepont, des ducs de Naxie, des marquis de Monferrat, rois de Thessalie, &c. enfin les Vénitiens devinrent peu-à-peu maîtres de l'île, qu'ils gouvernerent par un baile jusqu'à l'année 1469, que les Turcs la leur enleverent.

La terre de Négrepont est très-fertile en pâturages, en blé, en vin, en coton & en huile. Il y avoit autrefois plusieurs villes peuplées, & grand nombre de gros bourgs & de villages ; mais depuis que cette île est passée sous la domination du grand seigneur, tout y est tombé dans un dépérissement incroyable. Long. 41. 32-42. 55. lat. 38. 38. 16. (D.J.)

NEGREPONT, (Géogr.) forte ville de Grece, capitale de l'île de même nom. Elle est habitée par des turcs & des juifs ; & les Chrétiens demeurent dans les fauxbourgs, qui sont plus grands que la ville. Il y a un capitan pacha qui commande à toute l'île ; Mahomet II. la prit en 1469, après six mois de siége, & une perte de plus de 40 mille hommes. Les Vénitiens l'assiégerent inutilement en 1688. Elle est à 12 lieues N. E. d'Athènes, 45 S. E. de Larisse, 104 S. O. de Constantinople. Longit. 42. 3. latit. 38. 30.

La ville de Négrepont est l'ancienne Chalcis ; elle est sur la côte occidentale de l'île, dans le fameux détroit de l'Euripe, aujourd'hui le détroit de Négrepont. Le serrail du capitan-pacha qui commande toute l'île & une partie de la Béotie, est bâti sur ce détroit. Dans l'endroit où le détroit est le plus resserré, on traverse de la Béotie dans l'île par un pont de pierres de cinq petites arcades, & qui n'a guere que trente pas de long. Voyez de plus grands détails dans Spon, voyage de Négrepont, & dans Corneille, description de la Morée.

NEGREPONT, DETROIT DE, (Géog.) petit bras de mer qui sépare l'île de Négrepont de la Livadie en terre ferme. Voyez EURIPE. (D.J.)


NEGRERIES. f. (Commerce d'Afrique) lieu où ceux qui font le commerce des Negres, ont coutume d'enfermer leurs esclaves, soit sur les côtes d'Afrique, jusqu'à ce qu'ils puissent les embarquer, soit dans les îles Antilles & autres endroits où ils les débarquent, jusqu'à ce qu'ils ayent trouvé marchand ; d'autres disent captiverie.


NEGRIERS. m. (Commerce) on appelle navires negriers, vaisseaux negriers, bâtimens negriers, ceux qui servent au commerce des Negres, & avec lesquels les nations européennes qui font ce négoce sur les côtes d'Afrique, font la traite de ces esclaves pour les transporter & les aller vendre aux îles Antilles, & dans quelques endroits du continent de l'Amérique espagnole. Voyez NEGRES, Dictionnaire de Commerce. (G)


NEGRILLOS. m. (Minéralogie) c'est ainsi que les Espagnols de l'Amérique nomment une substance minérale que l'on tire de quelques mines d'argent du Chily ; il est noir & assez semblable à du mâche-fer ; quand il est mêlé de plomb, on le nomme plomoronco.


NEGRILLONS. m. (Commerce d'Afrique) on nomme negrillons dans le commerce des esclaves, les petits negres de l'un ou de l'autre sexe qui n'ont pas encore passé dix ans : trois enfans de dix ans font deux pieces d'Inde, & l'on compte deux enfans de cinq ans pour une piece.


NEGRO(Géog.) en latin Niger, ou Tanager, riviere du royaume de Naples, dans la principauté citérieure. Elle a sa source aux frontieres de la Basilicate, à quelques milles de Policastro, & finit par se jetter dans la riviere de Selo. (D.J.)


NEGUNDOsub. m. (Hist. nat. Botan. exot.) arbre des Indes orientales, dont on distingue deux especes ; l'une est appellée mâle, & l'autre femelle. Le mâle est de la hauteur d'un amandier ; ses feuilles sont faites comme celles du sureau, dentelées sur les bords, & fort velues. La femelle croît à la même hauteur que le mâle ; mais ses feuilles sont plus rondes, sans dentelure, semblables à celles du peuplier blanc : les feuilles des deux especes ont l'odeur & le goût de la sauge, avec plus d'âcreté & d'amertume. Il suinte pendant la nuit sur ces feuilles une seve ou suc blanc, qui s'évapore au lever du soleil. Leurs fleurs ressemblent à celles du romarin ; & les fruits qui leur succedent, ressemblent au poivre noir, excepté que leur goût n'est point si âcre, ni si brûlant. (D.J.)


NEGUS(Hist.) c'est le nom que les Ethiopiens & les Abyssins donnent à leur souverain : ce mot signifie roi dans la langue de ces peuples. Ce prince prend lui-même le titre de negusa nagast zaitiopia, c'est-à-dire, rois des rois d'Ethiopie. Les Abyssins croient que les rois qui les gouvernent descendent de la reine de Saba, qui étant allée à Jérusalem pour admirer la sagesse de Salomon, eut, diton, de ce prince un fils appellé Menilehech, de qui sont venus les negus, ou rois d'Ethiopie, qui occupent aujourd'hui le trône. Ce prince fut, dit-on, élevé à la cour du roi Salomon son pere, d'où il amena plusieurs docteurs juifs, qui apporterent la loi de Moïse dans ses états : les rois d'Ethiopie ont depuis embrassé le Christianisme. Les anciens rois d'Ethiopie fournissent un exemple frappant de l'abus du pouvoir sacerdotal ; Diodore de Sicile nous apprend que les prêtres de Meroe, les plus révérés de toute l'Ethiopie, ordonnoient quelquefois à leurs rois de se tuer eux-mêmes ; & que ces princes dociles ne manquoient point de se conformer à cet ordre qui leur étoit signifié de la part des dieux. Le même auteur dit que ce pouvoir exorbitant des prêtres dura jusqu'au regne d'Ergamenes, qui étant un prince guerrier, marcha à la tête d'une armée, pour réduire les pontifes impérieux qui avoient fait la loi à ses prédécesseurs.


NEHALENNIAS. f. (Mythol.) cette déesse adorée dans le fond septentrional de la Germanie, étoit tout-à-fait inconnue, lorsque le 5 de Janvier 1646, un vent d'est soufflant avec violence vers la Zélande, le rivage de la mer se trouva à sec proche Doesbourg, dans l'île de Valcheren, & on y apperçut des masures que l'eau couvroit auparavant. Parmi ces masures étoient des autels, des vases, des urnes, & des statues ; & entr'autres plusieurs qui représentoient la déesse Néhalennia, avec des inscriptions qui apprenoient son nom. Ce trésor d'antiquités fut bien-tôt connu des Savans ; & Urcé, dans son histoire des comtes de Flandres, tome I. page 51. a fait graver quatorze de ces statues, qui toutes portent le nom de cette déesse, à l'exception d'une seule. Dom Bernard de Montfaucon ne les a pas négligées ; & on en trouve sept à la fin du second tome de son antiquité expliquée par les figures.

Dom Jacques Martin, dans son histoire de la religion des Gaulois, tome II. cap. xvii. s'est donné la peine de nous marquer toutes les attitudes qu'a cette déesse sur ces différentes statues, tantôt assise, tantôt debout ; un air toûjours jeune, & un habillement qui la couvre depuis les piés jusqu'à la tête, la caractérisent par tout : & les symboles qui l'environnent, sont ordinairement une corne d'abondance, des fruits qu'elle porte sur son giron, un panier, un chien, &c.

Comme une découverte est souvent favorable pour en amener d'autres, M. Keisler dans ses antiquités septentrionales, dit qu'en examinant avec soin les idoles qu'on voit encore dans la Zélande, on en remarque quelques-unes qui avoient tout l'air de Néhalennia, quoiqu'on ne se fût pas avisé de le soupçonner : du-moins est-il sûr que ce n'étoit pas dans cette province seule, qu'étoit connue & honorée cette déesse, puisque Gruter rapporte une inscription trouvée ailleurs, qui est consacrée à cette divinité par Eriattius fils de Jucundus : deae Nehal. Eriattius Jucundi pro se & suis votum solvit libens merito ; car il n'est pas douteux que ce ne soit le nom de Nehalennia en abrégé. Mais quand on voudroit n'en pas convenir, il est sûr du-moins que cette déesse étoit honorée en Angleterre, puisqu'on y a trouvé une inscription où son nom est tout du long. On prétend encore qu'une image en mosaïque déterrée à Nîmes, la représente ; mais la chose n'est rien moins que certaine.

Comme Neptune se trouve trois fois joint aux figures de Néhalennia, on pense que cette déesse étoit aussi invoquée pour la navigation ; & cette opinion est confirmée par une inscription d'Angleterre, dans laquelle Secundus Sylvanus déclare qu'il a accompli le voeu qu'il avoit adressé à cette déesse pour l'heureux succès du commerce de craie qu'il faisoit.

On ignore cependant ce qu'étoit la déesse Néhalennia ; les uns la prennent pour la lune ou la nouvelle lune ; d'autres pour une des déesses meres ; dumoins les symboles dont nous avons parlé, lui conviennent assez bien. Comme on a découvert des monumens de ces déesses champêtres en France, en Angleterre, en Italie, & en Allemagne, il ne seroit pas étonnant qu'on en ait trouvé dans la Zélande : toutes ces réflexions sont de M. l'abbé Banier, Mythol. tome II. (D.J.)


NEHAVEND(Géog.) ancienne ville de Perse dans le Couhestan, sur une montagne, à 14 lieues au midi de Hancédan, célebre par la victoire que les Arabes y remporterent sur les Persans en 638. Long. 83. 48. lat. 34. 12. (D.J.)


NEHÉMIELIVRE DE, (Critiq. sacrée) ce livre sacré est nommé plus communément le second livre d'Esdras, quoiqu'il commence ainsi, ce sont ici les paroles de Néhémie, & que l'auteur y parle presque toûjours en premiere personne ; mais cet auteur n'est point Néhémie, parce qu'il se trouve dans son livre bien des choses qui ne peuvent être de sa main. Il est visible, par exemple, que ce n'est point Néhémie qui a écrit le douzieme chapitre depuis le verset premier jusqu'au vingt-septieme : c'est une addition qui a été faite par ceux qui ont reçu le livre dans le canon de l'Ecriture. Esdras en avoit montré l'exemple, en mettant çà & là dans son recueil des livres sacrés, les insertions qui lui parurent nécessaires. Ceux qui dans la suite continuerent le recueil, firent la même chose aux livres qu'ils ajouterent, jusqu'à ce que ce recueil parût complet à Simon le Juste, qui travailla le dernier à former le canon de l'ancien-Testament. Or, comme le livre de Néhémie étoit le dernier écrit, Simon le mit au nombre des livres sacrés. Ce fut alors sans doute, que se fit l'addition du douzieme chapitre, ou par Simon, ou par ceux qui travaillerent avec lui à la clôture du canon. Cette addition ou interpolation est palpable ; car elle interrompt le sens & la liaison entre ce qui précede & ce qui suit ; aussi les meilleurs critiques le reconnoissent. Voyez Vossius, in chronic. sacra, cap. x. & la chronique angloise de Cary, II. part. lib. II. cap. vj. (D.J.)


NEIÉ(Marine) voyez NOIE.


NEIGES. f. (Physique) eau congelée, qui dans certaines constitutions de l'athmosphère, tombe des nuées sur la terre sous la forme d'une multitude de flocons séparés les uns des autres pendant leur chûte, & qui sont tous d'une extrême blancheur. Un flocon de neige n'est qu'un amas de très-petits glaçons pour la plûpart de figure oblongue, de filamens d'eau congelée, rameux, assemblés en différentes manieres, & formant quelquefois autour d'un centre des especes d'étoiles à six pointes. Voyez GLACE & CONGELATION.

Descartes & d'autres philosophes modernes en assez grand nombre, qui n'ont guere pensé que d'après lui, ont cru que les nuées étoient composées de particules de neige & de glace. Il devoit donc, selon eux, tomber de la neige toutes les fois que les parcelles condensées d'une nuë se précipitoient vers la terre & arrivoient à sa superficie, avant que d'être entierement fondues. On est aujourd'hui détrompé de cette fausse opinion. Les nuées sont des brouillards élevés dans l'athmosphère, c'est-à-dire, des amas de vapeurs & d'exhalaisons assez grossieres pour troubler la transparence de l'air, où elles sont suspendues à diverses hauteurs plus ou moins considérables. Nous parlerons dans un autre article des principales causes qui, forçant les vapeurs aqueuses de se réunir, les convertissent en petites gouttes de pluie. Ces gouttes venant à tomber, il arrive souvent que la froideur de l'air qu'elles traversent est assez considérable pour les geler : elles se changent alors en autant de petits glaçons. D'autres gouttes qui les suivent se joignant à elles, se gelent aussi ; & de cette maniere, il se forme une multitude de flocons, qui ne peuvent être que fort rares & fort légers ; l'union des petits glaçons qui les composent, étant toûjours très-imparfaite. Voyez PLUIE.

On voit qu'il est absolument nécessaire pour la formation de la neige, que la congélation saisisse les particules d'eau répandues dans l'air, avant qu'elles se soient réunies en grosses gouttes. Si les gouttes de pluie, lorsqu'elles perdent leur liquidité, sont déja d'une certaine grosseur : si elles ont, par exemple, deux ou trois lignes de diamêtre, elles se changent en grêle & non en neige : nous l'avons remarqué ailleurs. La grêle, dont le tissu est nécessairement compacte & serré, est parfaitement semblable à la glace ordinaire. La neige au contraire est de même nature que la gelée blanche : rien ne distingue essentiellement ces deux sortes de congélations : l'une se forme dans l'air ; l'autre sur la surface des corps terrestres : voilà leur principale différence. Voyez GRELE, GELEE BLANCHE, VREIVRE.

La figure des flocons de neige est susceptible d'un grand nombre de variétés ; elle est réguliere ou irréguliere. Ces flocons ne sont quelquefois que comme de petites aiguilles. Quelquefois ce sont de petites étoiles héxagonales, qui finissent en pointes fort aiguës, & qui forment ensemble des angles de 60 degrés, après que trois aiguilles sont tombées les unes sur les autres, & se sont congelées. Il arrive aussi que le milieu du corps de l'étoile est plus épais, & se termine en pointes aiguës. Quelques-unes de ces étoiles ont un globule à leur centre ou aux extrêmités de leurs rayons, ou en même tems au centre & à l'extrêmité des rayons. D'autres ont à leur centre une autre étoile pleine ou vuide. M. Musschenbroeck a vu tomber des flocons sous la forme de fleurs à six pétales. Dans une autre occasion il a observé des étoiles hexagonales, composées de rayons fort minces, d'où partoient un grand nombre de petites branches ; desorte qu'ils imitoient assez bien les branches d'un arbre. Deux autres sortes d'étoiles que M. Cassini observa dans la neige en 1692, ne différent de celles de M. Musschenbroeck, qu'en ce qu'au lieu de simples branches, qui se fourchent en plusieurs autres, ce sont comme des rameaux garnis de leurs feuilles. Erasme Bartholin assure qu'il a vu dans la neige des étoiles pentagonales, & même il ajoute que quelques-uns en ont vu d'octangulaires. Voyez nos Planches de Physique.

Cette neige réguliere ne tombe pas souvent ; les flocons sont ordinairement de figure irréguliere, & de grandeur inégale. Ce qui est bien digne de remarque, c'est que les différentes especes de flocons réguliers, dont on vient de parler, ne sont presque jamais confondues dans la même neige ; il n'en tombe que d'une espece à-la-fois, soit en différens jours, soit à différentes heures d'un même jour.

Dans toutes les figures de flocons de neige qui ont été décrites, on apperçoit malgré la diversité qui y regne, quelque chose d'assez constant, de longs filamens d'eau glacée, quelquefois entierement séparés les uns des autres, mais d'ordinaire assemblés sous différens angles, principalement sous des angles de 60 degrés. C'est ce qu'on remarque dans toutes les autres congélations ; & ce qui paroît dépendre de la figure, quelle qu'elle soit, des parties intégrantes de l'eau, & de la maniere dont la force de cohésion agit sur ces particules pour leur faire prendre un certain arrangement déterminé. La congélation a beaucoup de rapport avec la crystallisation. Or les sels n'affectent-ils pas de même dans leurs crystallisations différentes figures ? Enfin le degré du froid, sa lenteur ou son accroissement rapide, la direction & la violence du vent, le lieu de l'athmosphère où se forme la neige, la différente nature des exhalaisons qui se mêlent avec les molécules d'eau converties en petits glaçons ; tout cela peut contribuer à faire tomber dans un certain tems de la neige réguliere, & une espece de cette neige plutôt qu'une autre. Nous n'en dirons pas davantage sur les causes de la diversité dont il s'agit. C'est assez d'appercevoir la liaison des phénomenes, & de faire envisager en gros & confusément dans les opérations de la nature, les agens & le méchanisme qu'elle a pu employer.

La neige est beaucoup plus rare & plus légere que la glace ordinaire. Le volume de celle-ci ne surpasse que d'un dixieme ou d'un neuvieme tout-au-plus celui de l'eau dont elle est formée ; au lieu que la neige qui vient de tomber a dix ou douze fois plus de volume que l'eau qu'elle fournit étant fondue. Quelquefois même cette rareté est beaucoup plus grande ; car M. Musschenbroeck ayant mesuré à Utrecht de la neige qui étoit en forme d'étoiles, elle se trouva vingt-quatre fois plus rare que l'eau.

L'évaporation de la neige est très-considérable : lorsqu'il n'en est tombé qu'un ou deux pouces, on la voit disparoître en moins de deux jours de dessus la terre par un vent sec & au plus fort de la gelée ; il est aisé de comprendre qu'étant composée d'un grand nombre de particules de glace assez désunies, elle doit présenter une infinité de surfaces à la cause de l'évaporation.

D'un autre côté, elle ne sauroit faire le même effort que la glace pour se dilater ; elle ne rompt point les vaisseaux qui la contiennent ; elle cede à la compression, & l'on peut aisément la réduire à un volume presque égal à celui de la glace ordinaire. Les pelotes qu'on en forme en la pressant fortement avec les mains, sont d'une très-grande dureté ; c'est que les parties qui les composent étant plus rapprochées, & se touchant par un plus grand nombre de points, adherent plus fortement entr'elles ; ajoutons que la chaleur de la main fondant la neige en partie, l'eau qui se répand dans tout le composé en lie mieux les différentes portions, & augmente leur adhésion mutuelle : tout cela est assez connu.

La neige ne sauroit être fortement comprimée sans perdre au moins en partie son opacité & sa blancheur ; c'est qu'elle n'est blanche & opaque que dans sa totalité. Chacun des petits glaçons qui la composent, lorsqu'on l'examine de près, est transparent ; mais les intervalles peu réguliers que laissent entr'eux ces petits glaçons, donnant lieu à une multitude de réflexions des rayons de lumiere, le tout doit être opaque & blanc. Ce que nous avons dit à l'article GELEE BLANCHE, du verre le plus transparent, qui est blanc lorsqu'on le réduit en poudre, trouve ici son application.

Comme la neige réfléchit la lumiere avec force, il n'est pas surprenant, lorsque tout en est couvert, que ceux qui ont la vue foible n'en puissent pas supporter l'éclat. Il n'est même personne qui se promenant long-tems dans la neige pendant le jour, n'en devienne comme aveugle. Xenophon rapporte que l'armée de Cyrus ayant marché quelques jours à travers des montagnes couvertes de neige, plusieurs soldats furent attaqués d'inflammations aux yeux, tandis que d'autres perdirent entierement la vue. La blancheur de la neige guide suffisamment ceux qui vont de nuit dans les rues, lors même qu'il ne fait pas clair de lune. Olaüs magnus nous apprend que dans les pays septentrionaux, lorsque la lune luit, & que la neige en réfléchit la lumiere, on peut fort bien voir & voyager sans peine, & même découvrir de loin les ours & les autres animaux féroces.

La froideur de la neige n'a rien de particulier ; c'est sans fondement que quelques auteurs l'ont crue inférieure à celle de la glace. Toutes les observations & les expériences prouvent le contraire. La neige & la glace sont également froides, soit dans l'instant de leur formation, soit après qu'elles sont formées, toutes les autres circonstances étant d'ailleurs les mêmes.

Quant au goût de la neige, il n'offre non plus rien de remarquable. Celle qui tombe actuellement n'a aucune saveur ; il est vrai que long-tems après, lorsqu'elle a séjourné sur la terre, & qu'elle s'y est tassée, elle y contracte quelque chose de mordicant qui se fait sentir sur la langue. On peut croire que selon les climats & les circonstances du tems & du sol, la neige a quelquefois des qualités que l'eau commune n'a pas. On prétend par exemple que les habitans des Alpes & des environs ne sont sujets aux goëtres, que parce qu'ils boivent en hiver de l'eau de neige fondue. Cependant la plûpart des habitans de la Norwege, qui, comme les premiers, n'en ont pas d'autre pendant l'hiver, sont exempts de cette incommodité.

Des essais chimiques faits avec soin donneroient sans doute bien des lumieres sur la nature des exhalaisons terrestres & des corps hétérogenes dont la neige peut être chargée. M. Marggraf a trouvé un peu de nitre dans la pluie & dans la neige qui tombent à Berlin.

La quantité de neige qui tombe dans certains pays, mérite d'être remarquée. M. Léopold rapporte dans son voyage de Suede, qu'en 1707 il neigea en une seule nuit dans la partie montueuse de Smalande, de la hauteur de trois piés. On observa en 1729, sur les frontieres de Suede & de Norwege, près du village de Villaras, qu'il y tomba subitement une si affreuse quantité de neige, que quarante maisons en furent couvertes, & que tous ceux qui étoient dedans en furent étouffés. M. Wolf nous apprend qu'on a vu arriver la même chose en Silésie & en Bohème. M. de Maupertuis nous parle de certaines tempêtes de neige qui s'élevent tout-à-coup en Laponie. " Il semble alors, dit-il, que le vent souffle de tous les côtés à la fois, & il lance la neige avec une telle impétuosité, qu'en un moment tous les chemins sont perdus. Celui qui est pris d'un tel orage à la campagne, voudroit en vain se retrouver par la connoissance des lieux ou des marques faites aux arbres, il est aveuglé par la neige, & s'y abyme s'il fait un pas ".

La neige n'étant que de l'eau congelée ne peut se former que dans un air refroidi au degré de la congélation ou au-delà : si en tombant elle traverse un air chaud, elle sera fondue avant que d'arriver sur la terre ; c'est la raison pour laquelle on ne voit point de neige dans la zone torride, ni en été dans nos climats, si ce n'est sur les hautes montagnes. A Montpellier, où j'écris, je n'ai jamais vu neiger lorsque le thermometre a marqué plus de 5 degrés au-dessus du terme de la glace.

La neige survenant après quelques jours de forte gelée, on observe que le froid, quoique toujours voisin de la congélation, diminue sensiblement ; c'est que d'une part le tems doit être couvert pour qu'il neige, & que de l'autre les vents de sud, d'ouest, &c. qui couvrent le ciel de nuages, diminuent presque toujours la violence du froid, & souvent amenent le dégel.

C'est ce qui arrive pour l'ordinaire ; car tout le monde sait qu'il neige aussi quelquefois par un froid très-vif & très-piquant, qui augmente lorsque la neige a cessé de tomber. M. Musschenbroeck a observé que la neige qui tomboit en forme d'aiguilles étoit toujours suivie d'un froid considérable : celle qui tombe par un tems doux, & qui est mêlée avec la pluie, a des gros flocons ; ce qui est aisé à comprendre, plusieurs flocons se fondant alors en partie, & s'unissant entr'eux. Essais de Physique.

En Provence & dans tout le bas Languedoc, le vent de nord-est, qu'on y appelle communément le vent grec, est celui qui amene le plus souvent la neige ; c'est qu'il y est froid & humide, & très-souvent pluvieux, par les raisons que nous exposerons ailleurs. Voyez PLUIE.

Comme la neige tombe pour l'ordinaire en hiver, & toujours par un tems assez froid ; il n'est pas surprenant que plusieurs physiciens ayent cru qu'elle n'étoit jamais accompagnée de tonnerre ; ils se trompoient certainement. Le 1 Janvier 1715, il éclaira & il tonna à Montpellier dans le tems même qu'il neigeoit. Il faut pourtant avouer que cela n'arrive que très-rarement. Dans le dernier siecle, il y eut à Senlis, à Châlons, & dans les villes voisines, un orage des plus violens, au milieu de l'hiver : la foudre tomba en plusieurs endroits & fit d'effroyables ravages, pendant une neige fort grosse & fort épaisse. Le P. le Bossu, dans son traité du Poëme épique, oppose ce fait remarquable à la critique de Scaliger, qui a repris Homere d'avoir représenté les éclairs se suivant sans relâche & traversant les cieux, pendant que le maître du tonnerre se prépare à couvrir la terre de grêle ou de monceaux de neige. Madame Dacier, après avoir rapporté ce fait, d'après le P. le Bossu, ne manque pas de dire qu'Homere avoit sans doute vû la même chose, & que les connoissances philosophiques de ce pere des poëtes étoient supérieures à celles de Scaliger. Iliad. liv. X. Notes de Madame Dacier sur ce livre.

Si la neige, comme on n'en sauroit douter, dépend dans sa formation de la constitution présente de l'athmosphère, il n'est pas moins certain qu'étant tombée, elle influe à son tour sur cette même constitution. Les vents qui ont passé sur des montagnes couvertes de neige, refroidissent toujours les plaines voisines où ils se font sentir : c'est la raison pour laquelle certains pays sont plus froids ou moins chauds qu'ils ne devroient être par leur situation sur notre globe. Les neiges qui couvrent perpétuellement les sommets des plus hautes montagnes de la chaîne des Cordilieres, moderent beaucoup les chaleurs qu'on ressent au Pérou, qui sans cela pourroient être excessives. Il en est de même de plusieurs autres pays situés dans la zone torride, ou, hors de cette zone, dans le voisinage des tropiques. Par la même raison certains pays, comme l'Arménie, sont très-froids, quoique sous la latitude de 40 degrés. M. Arbuthnot, dans son Essai des effets de l'air sur le corps humain, remarque que la neige des Alpes influe sur le tems qu'il fait en Angleterre. On observe dans le bas-Languedoc que lorsque les montagnes d'Auvergne & de Dauphiné, dont les premieres sont au nord, & les autres à l'est de cette province, sont également couvertes de neige, le vent de sud ne souffle presque jamais ; ensorte qu'on jouit au milieu de l'hiver du tems le plus serein. La raison en est que la froideur de la neige condensant l'air qui est autour de ces montagnes, cet air devenu plus pesant tend vers le sud, où il se raréfie, & fait par conséquent un vent de nord. La même chose arrive par la même raison quand les montagnes d'Auvergne sont plus chargées de neige que celles de Dauphiné ; mais si ces dernieres sont couvertes de neige pendant que celles d'Auvergne en sont déchargées, le vent du sud pourra souffler avec violence, l'air qui est au nord lui résistant alors trop foiblement. Physique de Regis, liv. V. chap. xj.

La neige se formant dans l'air, & n'étant que de l'eau congelée, doit être mise au nombre des météores aqueux. Voyez METEORE.

Tout le monde fait que la neige en se fondant fournit une grande quantité d'eau aux ruisseaux & aux fleuves, & que sa fonte trop subite cause souvent des inondations considérables.

Un très-grand nombre de plantes se conservent ensevelies dans la neige pendant l'hiver, & on les voit pousser au printems avec rapidité, pourvu que la neige qui les couvroit, se soit fondue lentement & peu-à-peu ; car en fondant subitement, elle pourroit détruire l'organisation & le tissu des végétaux. Rien n'est sur-tout plus pernicieux aux arbres & aux plantes qu'une neige, qui séjournant sur la terre, se fond en partie pendant le jour pour se geler de nouveau la nuit suivante. C'est ce qui fit mourir dans plusieurs contrées du bas-Languedoc & de la Provence quantité d'oliviers, de figuiers & d'autres arbres fruitiers pendant l'hiver de 1755, où l'on vit se renouveller en partie ce qu'on avoit éprouvé en 1709.

La neige peut être employée au défaut de la glace, dans la préparation d'une infinité de boissons rafraîchissantes nécessaires pour les délices de la vie, que la Philosophie même ne doit pas toujours négliger. Ces mêmes boissons sont d'usage en Médecine. Je ne dirai rien ici de plusieurs vertus attribuées à la neige assez gratuitement, non plus que de la propriété qu'elle a de guérir les membres gelés sur lesquels elle est appliquée. J'ai parlé ailleurs de cette propriété, & j'ai fait voir que la neige ne faisoit en pareil cas que ce qu'auroit fait de l'eau médiocrement froide. Voyez GELEE & GLACE. Cet article est de M. DE RATTE, secrétaire perpétuel de la société royale des Sciences de Montpellier.

NEIGE, (Mat. méd. & Diete.) c'est une des matieres que l'on emploie pour appliquer un degré de froid considérable, le froid glacial aux corps humains, ou à différentes substances destinées à fournir aux hommes des alimens & des boissons, ou des remedes. Les considérations qu'on a fait sur la glace, dans ce point de vue, conviennent pareillement & très-exactement à la neige. (Voyez GLACE, Médecine.) Nous remarquerons seulement ici que c'est la neige spécialement que le peuple du nord emploie, d'après un très-ancien usage de leur pays, pour rappeller la chaleur & la vie dans les membres gelés. C'est communément sous forme de frictions que la neige s'emploie dans ces cas ; mais la simple application peut suffire. Agricola (Chirurgiae parer. tract. 5.) assure que les engelures du nez ou des oreilles sont guéries dans un quart-d'heure par l'application de la neige. Barclai rapporte dans son Euphormion, part. IV. chap. viij. qu'un roi d'Angleterre fut guéri en très - peu de tems d'une engelure au doigt, l'ayant plongé dans la neige par le conseil de certains habitans de Norvege.

Il y a dans l'art un usage fort bizarre qui paroît avoir été peu suivi, & qui enfin paroît entierement abandonné avec raison ; c'est d'éteindre le sentiment par l'application de la neige dans une partie sur laquelle on est sur le point d'exécuter une opération chirurgicale ; cependant ce moyen singulier pourroit absolument être employé peut - être avec avantage dans quelque cas singulier. (b)

NEIGE, eau de, (Chimie) Voyez à l'article EAU, Chimie.

NEIGE, OISEAU DE, (Hist. nat.) c'est un oiseau semblable à la linote par la figure, le bec & la couleur, qui se trouve à Spitzberg. Son nom lui vient de ce qu'il ne se voit jamais que sur la neige glacée. Il est de la grosseur d'un moineau. Il a le bec court & pointu, & la tête aussi grosse que le cou. Ses jambes sont celles de la linote, mais ses piés sont divisés en trois doigts armés d'ongles longs & crochus : il est blanc depuis la tête jusqu'à la queue, ainsi que sous le ventre ; les plumes du dos & des aîles sont grises. Ces oiseaux sont si familiers qu'ils se laissent prendre à la main ; ce qui est produit par la faim qu'ils éprouvent dans ce climat glacé. Leur chair est d'un assez bon goût.

NEIGE ou NAGE, terme de riviere, espece d'oreillons qui se fabriquent aux deux extrêmités d'un train, qui servent à porter les avirons pour nager, & qui sont faits d'un fort chantier chacun.

NEIGE, s. f. (terme de Confiseur) composition de sucre & de jus de certains fruits, comme de framboise, de groseille ou de cerise qu'on fait glacer, & qu'on sert sur la table.

NEIGE, (Bout. Passement.) petite dentelle faite au métier, & qui est de peu de valeur.


NEILLES. f. terme de Tonnelier, qui signifie du chanvre ou de la ficelle décordée dont ces ouvriers se servent pour étouper une piece de vin qui suinte par le fonds à l'endroit du jable. Pour cet effet ils enfoncent ce chanvre dans le jable, à l'endroit par où le vin sort, avec un petit instrument de fer appellé le clouet.


NEISCHABOUR(Géog.) Voyez NICHABOUR.


NEISou NEISSE, (Géogr.) ville d'Allemagne dans la basse Silésie, proche d'une riviere dont elle a pris le nom, & arrosée d'une autre riviere nommée Biélan. Elle est la résidence ordinaire de l'évêque de Breslau, & ne le cede point à Lignitz. Elle fut bombardée par le roi de Prusse en 1741. Sa situation est à 14 lieues S. E. de Breslau, 11 N. E. de Glatz. Long. 36. 10. lat. 50. 32.

La riviere de Neiss prend sa source dans la montagne du côté de Glatz, & va se perdre dans l'Oder à quelque distance de Brigg.


NEITH(Mythol. égypt.) divinité que les Egyptiens adoroient. Elle est la même que l'Athénée des Grecs, & elle étoit la divinité de Laïs, comme Phtha (nom égyptien de Vulcain) étoit celle de Memphis. Le mot neith, dans la langue cophte, signifie encore déesse.


NEIVA(Géog.) petite ville de Portugal dans la province d'Entre - Minho & Douro, sur la côte occidentale, à l'embouchure de la riviere qui lui donne son nom. Cette riviere s'appelloit anciennement Naebis.


NEKIRou NEKER, s. m. (Hist. mod.) nom de l'un des anges inquisiteurs qui examinent le mort dans le sepulchre, selon la doctrine de l'alcoran. Voyez ALCORAN.

Quelques-uns l'ont nommé Gnanekir, trompés par la particule arabe gna, qui signifie et, dans ce passage, Munkir gna Nekir, c'est-à-dire Munkir & Nekir, qui sont les noms de ces deux prétendus anges.

Selon Mahomet, les ames & les corps sont dans le sepulchre jusqu'au jour du jugement, & d'abord après la sépulture, Munkir & Nekir se présentent aux morts, & leur font ces quatre demandes. " Quel est ton Dieu, ton prophete, ta créance, le lieu de ton adoration " ? Les musulmans ne manquent pas de répondre avec confiance : " mon Dieu est celui qui t'a créé aussi-bien que moi ; mon prophete est Mahomet ; ma créance est islam, c'est-à-dire, la créance salutaire ; & le lieu de ma dévotion est Kaaba, ou le temple de la Mecque ". En conséquence ils reposent en paix dans leurs tombeaux, & par une petite fenêtre qu'on y suppose pratiquée, ils voyent ce qui se passe dans le ciel. Au contraire ceux qui ne sont pas morts musulmans, frappés de la stature extraordinaire de l'ange, le prennent pour Dieu, veulent l'adorer, mais il les renfonce à coups de massue dans leur sépulchre, où ils demeurent sans être favorisés des visions accordées aux fideles croyans. Ricaut, de l'empire ottoman.


NEKSHCHEB(Géog.) ville de la Transoxane, c'est-à-dire du pays qui est au-delà du fleuve Gihon ou Amou, l'Oxus des anciens. Elle est située dans une grande plaine fertile, à deux journées du mont Imaüs. Le Canoun de Baïnouri donne à cette ville 88d. de long. & 39. de lat. sept.


NELLENBOURG(Géog.) petite ville d'Allemagne, capitale du landgraviat de même nom, dans la Souabe autrichienne, entre Constance, le canton de Schaffhouse, & la principauté de Furstemberg. Elle est à 8 lieues N. E. de Schaffhouse, 9 S. de Constance. Long. 26. 40. lat. 47. 54.

Le landgraviat de Nellenbourg s'appelloit autrefois le Hegow, & avoit une étendue beaucoup plus grande qu'il n'a présentement ; car il comprenoit la ville de Schaffhouse, & plusieurs terres qui appartiennent à la ville de Constance, & à la maison de Furstemberg.


NELSONLE PORT (Géog.) port de l'Amérique septentrionale, avec un fort sur la côte méridionale de la baie d'Hudson. Les Anglois donnerent le nom de Nelson au port & au fort que les François appelloient le fort Bourbon. Le port est une petite baie dans laquelle se déchargent la riviere de sainte Therese, & celle de Bourbon. Le fort a été pris & repris plusieurs fois, mais il est resté aux Anglois par la paix d'Utrecht. Il est situé au 57d. 30'. de lat. nord. C'est la derniere place de l'Amérique de ce côté-là ; & l'endroit où l'on fait la traite des meilleures pelletteries du nouveau-monde, & de la maniere la plus avantageuse. Le pays y est prodigieusement froid ; cependant les rivieres y sont fort poissonneuses, & la chasse abondante. Tous les bords de la riviere de sainte Therese sont couverts au printems & en automne d'outardes & d'oies sauvages. Les perdrix y sont toutes blanches, & en quantité prodigieuse. Le caribou, dont la chair est très-délicate, s'y trouve presque toute l'année. Les pelletteries fines qu'on y apporte, sont des martes & des renards fort noirs, des loutres, des ours, des loups, dont le poil est fort fin, & principalement du castor, qui est le plus beau du Canada. (D.J.)


NELUMBOS. m. (Hist. natur. Bot.) genre de plante qui ne differe du nénuphar que par le fruit. Les semences sont renfermées éparses dans le fruit du nelumbo, au lieu que le fruit du nénuphar est divisé par loges. Voyez NENUPHAR. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)


NEMALONI(Géog. anc.) peuple des Alpes ; Pline, liv. III. ch. xx. les met au nombre de ceux qui furent subjugués par Auguste. M. Bouche croit que c'est aujourd'hui Miolans, au voisinage d'Embrun, mais dans les états du duc de Savoye.


NEMAUSUS(Géog. anc.) ville des Gaules chez les Volcae Arecomici ; Pline & Pomponius Méla la mettent au nombre des villes les plus riches de la Gaule narbonnoise. D'anciennes médailles lui donnent le titre de colonie romaine : col. Nem. c'est-à-dire, colonia Nemausus. Col. Aug. Nem. Colonia Augusta Nemausus. Dans les anciennes notices des villes des Gaules, on lit ordinairement civitas Nemausiensium. Grégoire de Tours, liv. VIII. ch. xxx. la met dans la Septimanie. C'est aujourd'hui la ville de Nismes. Voyez NISMES.

NEMAUSUS, (Géog. anc.) fontaine de France, qui, selon les apparences, a donné le nom à la ville de Nismes dans le bas Languedoc. C'est de cette fontaine dont parle Ausone, clarae urbes, . 214. en ces termes.

.... Vitreâ non luce Nemausus

Purior.

Elle s'appelle aujourd'hui le Vistre ; c'est un petit ruisseau qui passe au-travers de Nismes, & va se jetter dans l'étang du Tau, au voisinage d'Aigue-Mortes. Comme les eaux de cette riviere sont extrêmement claires, on lui donna dans le moyen âge le nom de Vitreus, d'où l'on a fait le mot françois Vistre, en ajoutant une s. Voyez Hadr. Valesii, not. Galliar. p. 618. (D.J.)


NEMBROSIS. m. (Droguer.) espece de safran qui croît en Egypte, & qui est fort estimé ; on le vend douze piastres les cent dix rotols. Il y en a un autre que l'on nomme saïd, qui ne vaut que six piastres.


NEMEA(Géog. anc.) nom 1°. d'une contrée du Péloponnèse dans l'Elide ; 2°. d'une ville du Péloponnèse dans l'Argie ; 3°. d'un fleuve du Péloponnèse ; 4°. d'un rocher dans le voisinage de Thébes, dont Virgile parle au liv. VIII. de son Enéide. (D.J.)


NÉMÉENSJEUX (Hist. anc.) c'étoit une des quatre sortes de grands jeux ou combats qui se célebroient parmi les anciens grecs. Voyez JEUX.

Quelques-uns disent qu'Hercule les institua, après avoir tué le lion qui ravageoit la forêt de Némée, où on célebra depuis ces deux jeux en mémoire de la victoire de ce héros.

D'autres rapportent, que les sept chefs qui marcherent contre Thébes sous la conduite de Polynice ; étant extrêmement pressés de la soif, rencontrerent Hypsipile de Lemnos, qui tenoit dans ses bras Opheltes, fils de Lycurgue, prêtre de Jupiter & d'Euridice. L'ayant prié de leur enseigner un endroit où ils pussent trouver de l'eau, Hypsipile mit l'enfant sur l'herbe, & les mena vers une fontaine ; pendant son absence un serpent tua l'enfant ; sa nourrice fut accablée de désespoir. Les chefs, au retour de leur expédition, tuerent le serpent, brûlerent le corps d'Opheltes, & pour dissiper la douleur d'Hypsipile, instituerent les jeux néméens.

Elien dit, que ces jeux furent à la vérité institués par les sept chefs envoyés pour assiéger Thèbes, mais que ce fut en faveur de Phronax.

Pausanias en attribue l'institution à Adraste, & le rétablissement à ses descendans.

Enfin, Hercule, après sa victoire sur le lion de Némée, augmenta ces jeux, & les consacra à Jupiter Néméen, dans la lj. olympiade.

L'ouverture des jeux néméens se faisoit par un sacrifice, que l'on offroit à Jupiter ; on lui nommoit un prêtre, & on proposoit des récompenses pour ceux qui seroient vainqueurs dans ces jeux.

On les célebroit tous les trois ans, dans le mois appellé par les Corinthiens, panemos, & par les Athéniens boedromion.

Les argiens en étoient les juges, & étoient vêtus de noir pour marquer l'origine des jeux. Comme ils avoient été institués par des guerriers, on n'y admettoit d'abord que des gens de guerre, & les jeux n'étoient que des combats équestres ou gymniques. Dans la suite, on y admit indifféremment toutes sortes de gens, & toutes sortes d'exercices gymnastiques.

Les vainqueurs furent couronnés d'olivier jusqu'au tems de la guerre des Grecs contre les Medes : un échec qu'ils reçurent dans cette guerre, leur fit changer l'olivier en ache, plante funebre ; d'autres croyent cependant que la couronne étoit originairement d'ache à cause de la mort d'Opheltes, autrement appellé Archemore : on supposoit que cette plante avoit reçu le sang qui couloit de la blessure que le serpent lui avoit faite.


NÉMENTURIou NÉMÉTURI, (Géogr. anc.) peuples des Alpes ; Pline, liv. III. ch. xx. les met au nombre de ceux qu'Auguste subjugua, & n'en dit rien de plus.


NÉMÉONIQUES. m. (Littérat. greq.) , vainqueur dans les jeux néméens ; leur prix étoit une simple couronne d'ache ; mais Pindare a immortalisé leurs noms dans son III. liv. des Néméoniques ; ce mot est composé de , Némée, & , victoire. (D.J.)


NÉMÉSÉESS. f. pl. (Antiq. greq. & rom.) fêtes en l'honneur de Némésis : elles étoient funebres, parce qu'on croyoit que Némésis prenoit aussi sous sa protection les morts, & qu'elle vengeoit les injures qu'on faisoit à leurs tombeaux.


NÉMÈSESS. f. pl. (Mythol.) divinités adorées chez les Payens, & qui avoient un temple sur le mont Pagus. Il faut dire les Némèses, puisqu'on en reconnoissoit plus d'une : on doit les mettre au nombre des Euménides, car elles en portent le caractere. Filles de la Nuit & de l'Océan, elles étoient préposées pour examiner les actions des hommes, pour punir les méchans, & récompenser les bons, & afin qu'il ne leur manquât rien de l'équipage des furies, les habitans de Smyrne qui les honoroient d'un culte particulier, les représentoient avec des aîles, si nous en croyons Pausanias. (D.J.)


NÉMÉSISS. f. (Mythol.) fille de Jupiter & de la Nécessité, ou plutôt, selon Hésiode, de l'Océan & de la Nuit, étoit préposée pour venger les crimes que la justice humaine laisse impunis, l'arrogance, la présomption, l'oubli de soi-même dans la prospérité, l'ingratitude, &c.

Ses attributs sont dignes de remarque : elle avoit une roue pour symbole, des aîles, une couronne, tenoit la lance d'une main, & de l'autre une bouteille. Elle étoit montée sur un cerf, & son nom signifioit la fatalité.

Les vicissitudes de la fortune, dit le chancelier Bacon,& les desseins secrets de la providence, sont représentés par l'Océan & la Nuit. Némésis a des aîles, ainsi qu'une roue ; car la fortune court le monde, arrive, & disparoît d'un jour à l'autre. On ne peut prévoir ses faveurs, ni détourner ses disgraces ; sa couronne est sur la tête du peuple, quand il triomphe de l'abaissement des grands. Sa lance frappe & renverse ceux qu'elle veut châtier. La bouteille qu'elle tient de l'autre main, est le miroir qu'elle présente sans cesse aux yeux de ceux qu'elle ménage. Eh ! quel est l'homme à qui la mort, les maladies, les trahisons, & mille accidens ne retracent à l'esprit d'affreuses images ; comme si les mortels ne pouvoient être admis à la table des dieux, que pour leur servir de jouets ? Quand on rassemble tous les chagrins domestiques qui traverserent la prospérité d'Auguste, il faut bien adorer le pouvoir d'une divinité qui frappe sur les rois, comme sur des victimes ordinaires. Le cerf que monte Némésis, est le symbole d'une longue vie : la jeunesse qui meurt avant le tems, échappe seule aux révolutions du sort ; mais le vieillard ne finit point sa carriere sans avoir essuyé quelque revers.

Platon nous dit, que cette déesse, ministre de la vengeance divine, a une inspection spéciale sur les offenses faites aux peres par leurs enfans. C'est parlà que Platon avertit les hommes, qu'ils n'ont point dans leurs sanctuaires domestiques de divinités plus respectables, qu'un pere ou une mere accablés sous le poids des années. Je crois pour moi que le trouble d'une conscience agitée par l'horreur de ses crimes, & par les remords qui la suivent, a donné en partie la naissance à cette divinité du paganisme.

Elle fut nommée Adrastée, à cause d'Adraste, qui le premier lui dédia un temple ; & Rhamnusie, parce qu'elle étoit adorée à Rhamuse, bourg de l'Attique, où elle avoit une statue de la main d'Agoracrite, disciple de Phidias. Quand les Romains partoient pour la guerre, ils avoient coutume d'offrir un sacrifice à cette déesse ; mais alors Némésis étoit prise pour la Fortune, qui doit accompagner & favoriser les armes pour leur procurer du succès. (D.J.)


NEMESTRINUS(Mythol.) divinité qui présidoit aux forêts ; mais comme Arnobe est le seul des anciens qui parle de ce dieu, il pourroit bien en être le pere.


NÉMÈTES(Géog. anc.) peuple du diocese de Spire, puisque leur ville capitale est Noviomagus, selon Ptolémée, & que cette Noviomagus répond à Spire, suivant les itinéraires romains. Il paroît par les commentaires de César, que ces peuples, de même que les Vaugions & Triboques, étoient naturels Germains d'au-delà du Rhin, & qu'ils s'étoient habitués dans cette partie de la Gaule belgique, un peu auparavant l'entrée de César dans les Gaules.


NÉMÉTOBRIGA(Géog. anc.) ville des Tiburs dans l'Espagne tarragonoise, selon Ptolomée, l. II. ch. vj. Quelques savans pensent que c'est aujourd'hui Val-de-Nebro.


NEMETOCENNAou NEMETOCERNA, (Géog. anc.) Sanson prétend avoir prouvé par César, que cette ville est dans le Belgium ; que c'est la même que les itinéraires romains appellent Nemetacum, & qu'ils placent entre Teruana, Samarobriva, & Bagacum, entre Térouenne, Amiens, & Bavay, ce qui ne peut répondre qu'à Arras.


NÉMISCO(Géog.) grande riviere de l'Amérique septentrionale, elle se jette dans le fond de la baie d'Hudson, après un cours d'environ 60 lieues à-travers des montagnes.


NÉMORALESS. f. pl. (Mythol.) fêtes qui se célebroient dans la forêt d'Aricie, en l'honneur de Diane, déesse des bois.


NÉMOSSUS(Géogr. anc.) ancienne ville des Gaules sur la Loire, & la capitale des Arverni, Auvergnats, selon Strabon, liv. IV. p. 191. Lucain, Pharsale, liv. I. vers. 419. parle aussi de cette ville, on croit communément que c'est l'Augusto-Nemetum de Ptolémée, liv. II. ch. vij.


NEMOURS(Géog.) ville de l'île de France dans le Gatinois, avec titre de duché. Elle est sur le Loing, à 4 lieues de Fontainebleau, 18 de Paris. Long. 20. 20. lat. 48. 15.

Son nom latin est Nemus : on la nomma anciennement Nemox & Nemoux, & de ce dernier mot on a fait le nom moderne Nemours. Le nom de Nemus lui avoit été donné, parce qu'elle étoit située dans la forêt de Bièvre ou de Fontainebleau : aujourd'hui que l'on a coupé une partie de cette forêt, Nemours se trouve entre la même forêt, & celle de Montargis. Elle est entre deux collines, dans l'endroit où étoit la ville de Grex du tems de César. Elle a commencé par un château, qu'on appelloit Nemus ; & elle se forma peu-à-peu, quand la terre eut été érigée en duché. Il y a dans cette petite ville un bailliage royal établi par François I. en 1524. Il est régi par la coutume de Larris, rédigée en 1531.

Nemours a eu autrefois ses seigneurs particuliers, qui se nommoient simplement chevaliers ; & ce fut d'eux que le roi Philippe le Hardi, fils de S. Louis, l'acquit vers l'an 1272. Louis XII. donna Nemours à Gaston de Foix, & l'érigea en duché-pairie, l'an 1507, la premiere érection que Charles VI. en avoit faite ayant été supprimée. Enfin Louis XIV. donna ce duché à son frere Philippe ; & de-là vient qu'il est possédé aujourd'hui par M. le duc d'Orléans.

François Hédelin, connu sous le nom d'abbé d'Aubignac, étoit de Nemours. Après avoir exercé quelque tems la profession d'avocat, il embrassa l'état ecclésiastique, & s'étant attaché au cardinal de Richelieu, il prit parti contre Corneille, & devint précepteur du neveu du Cardinal. Il gagna les bonnes graces de son éminence & de son éleve. Son Térence justifié est tombé dans l'oubli. Sa pratique du théâtre est encore lue ; mais, dit M. de Voltaire, il prouva par sa tragédie de Zénobie, que les connoissances ne donnent pas les talens. Il mourut à Nemours, en 1676, à 72 ans. (D.J.)


NEN(Hist. mod.) c'est ainsi qu'on nomme dans le royaume de Siam de jeunes enfans, que leurs parens consacrent au service des talapoins ou prêtres, & qui demeurent auprès d'eux dans leurs couvens, & vieillissent dans cet état. Ils ont des écoles où ils vont prendre les leçons des moines leurs maîtres ; ils reçoivent les aumônes pour eux, parce qu'il ne leur est pas permis de toucher de l'argent. Enfin, les nens arrachent les mauvaises herbes du jardin du couvent, ce que les talapoins ne pourroient faire eux-mêmes sans pécher.


NENIESS. f. (Hist. anc.) chants lugubres qu'on avoit accoutumé de faire aux funérailles, ainsi nommés de la déesse Naenia, qui présidoit à ces sortes de lamentations. On croit que ces chants étoient les louanges de la personne qui venoit de mourir, mises en vers & chantées d'un son triste, avec un accompagnement de flûtes, par des femmes gagées à cet effet, & que l'on appelloit praeficae. Il falloit qu'elles eussent un protocole & des lieux communs applicables, suivant l'âge, le sexe, la condition des personnes ; & comme tout cela se réduisoit le plus souvent à des puérilités & des bagatelles, on emploie ce mot en latin pour signifier des niaiseries. Ceux qui ont attribué l'origine des nénies à Simonides, ont pris ce mot dans un sens trop étendu, & l'ont confondu avec l'élégie, genre noble, sérieux & délicat, dont on attribue l'invention à ce poëte. Ovide fait venir le mot de nénies du grec , dernier, parce que ces chants étoient les derniers qu'on faisoit en l'honneur du mort. Mais Acron prétend que ce mot naenia fut inventé pour exprimer, par sa prosodie longue & traînante, le son triste & dolent, soit des chanteuses, soit des flûtes qui servoient non-seulement à accompagner les voix, mais encore à marquer les tems où les pleureuses publiques devoient se frapper la poitrine en cadence.

Ce mot vient du grec , sur quoi Scaliger observe qu'il devroit s'écrire en latin nenia & non naenia. Guichard remarque qu'on entendoit autrefois par naenia une espece de chant dont les nourrices se servoient pour bercer & pour endormir les enfans ; & il conjecture que ce mot pourroit venir de l'hébreu nin, enfant.

La déesse Naenia, qui présidoit aux funérailles, étoit particulierement honorée à celles des vieillards. On ne commençoit à l'invoquer que lorsque le malade entroit à l'agonie. Elle avoit un petit temple hors des murs de Rome.


NÉNUPHARnymphaea, s. m. (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleurs en rose, composée de plusieurs petales disposés en rond. Le pistil sort du calice & devient dans la suite un fruit rond ou conique, qui est divisé en plusieurs loges, & qui renferme des semences le plus souvent oblongues. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

Nous ne connoissons en Europe que deux especes de ce genre de plante aquatique, le nénuphar à fleur blanche, & le nénuphar à fleur jaune.

Le nénuphar à fleur blanche, nymphaea alba major, I. R. H. 260, a la racine vivace, longue, grosse comme le bras, garnie de noeuds de couleur brune en dehors, blanche en-dedans, charnue, fongueuse, empreinte de beaucoup de suc visqueux, attachée au fond de l'eau dans la terre par plusieurs fibres ; elle pousse des feuilles grandes, larges, la plûpart orbiculaires, échancrées en coeur ou en fer à cheval, épaisses, charnues, nageant sur la surface de l'eau, veineuses, d'un verd blanchâtre sur le dos, d'un verd brun en dessous, ayant chacune deux petites oreilles obtuses, d'un goût herbeux assez fade : ces feuilles sont soutenues par des queues longues, grosses comme le doigt d'un enfant, cylindriques, rougeâtres, tendres, succulentes, fongueuses.

Ses fleurs sont grandes, grosses, larges quand elles sont épanouies, à plusieurs pétales disposés en rose, belles, blanches comme celles du lis, presque sans odeur ; elles sont renfermées dans un calice ordinairement à cinq pétales blanchâtres, rangés en rose & à fleurons : leur milieu est occupé par des étamines nombreuses qui partent de la jointure circulaire & extérieure de l'ovaire & du placenta.

Lorsque la fleur est passée, il paroît un fruit sphérique ressemblant à une tête de pavot, partagé dans sa longueur en plusieurs loges remplies de semences oblongues, noirâtres, luisantes, un peu plus grandes que du millet.

Cette plante est toute d'usage en Médecine ; il paroît qu'elle est d'une nature nitreuse, parégorique, apéritive & rafraîchissante. On ne la cultive point dans les jardins ; elle croît naturellement dans les marais, dans les eaux croupissantes, ou dans les ruisseaux qui coulent lentement, & dans les grandes pieces d'eau ; elle fleurit en Mai & en Juin, quelquefois jusqu'en automne. Ray pense que le nénuphar du Brésil à fleur blanche, décrit par Marggrave, ne fait pas une espece différente du nôtre.

Le nénuphar à fleur jaune, nymphaea lutea major, I. R. H. 261, ne differe presque du blanc que par la fleur, qui est jaune & plus petite.

Quant aux nymphaea étrangers, des savans éclairés dans la Botanique, & la connoissance des monumens antiques, ont découvert que la plante qu'on voit sur quelques médailles d'Egypte, n'est autre chose que la nymphaea, qui est fort commune dans les campagnes arrosées par le Nil. La fleur de cette plante est de toutes ses parties celle qui se remarque le plus ordinairement sur les monumens égyptiens, ce qui vient du rapport que ces peuples croyoient qu'elle avoit avec le soleil, à l'apparition duquel elle se montroit d'abord sur la surface de l'eau, & s'y replongeoit dès qu'il étoit couché ; phénomene commun à toutes les especes de nymphaea.

C'étoit là l'origine de la consécration que les Egyptiens avoient faite de cette fleur à cet astre, le premier & le plus grand des dieux qu'ils aient adorés. Delà vient la coutume de la représenter sur la tête de leur Osiris, sur celle de leurs autres dieux, sur celle même des prêtres qui étoient à leur service. Les rois d'Egypte affectant les symboles de la divinité, se sont fait des couronnes de cette fleur ; elle est aussi représentée sur leurs monnoies, tantôt naissante, tantôt épanouie & environnant son fruit : on voit avec la tige comme un sceptre royal dans la main de quelques idoles. (D.J.)

NENUPHAR, (Pharm. & Mat. med.) la racine & les fleurs du nénuphar sont les seules parties de cette plante qui soient en usage en Medecine : on y emploie indifféremment la racine du nénuphar à fleurs blanches ou nénuphar blanc, & celles de nénuphar jaune ; mais on ne se sert presqu'absolument que des fleurs du nénuphar blanc.

La racine du nénuphar est mucilagineuse, gluante, amere ; les fleurs contiennent à-peu-près les mêmes substances, mais en beaucoup moins grande quantité.

La racine de nénuphar fait la base des tisanes regardées comme éminemment rafraîchissantes, adoucissantes, relâchantes, qui s'ordonnent communément dans l'ardeur d'urine, sur-tout celle qui accompagne les gonorrhées virulentes ; dans les affections inflammatoires des intestins, des reins & des voies urinaires. L'infusion des fleurs est ordonnée plus rarement dans les mêmes cas, & est aussi très-inférieure en vertu à la décoction de la racine. Cette infusion est regardée comme légerement narcotique ; mais cette vertu, presque généralement avouée, n'est rien moins que démontrée.

Le sirop de nénuphar qui se prépare avec l'infusion des fleurs, est plus usité que cette infusion, & contient les principes médicamenteux de ces fleurs en moindre quantité encore. On peut avancer que c'est-là un assez pauvre remede. On prépare aussi dans quelques boutiques un sirop de nénuphar avec la décoction de la racine : celui-ci est plus chargé de parties mucilagineuses, & c'est apparemment à cause de cela qu'on le prépare moins communément, parce que les mucilages sont éminemment sujets à s'altérer, à moisir dans toutes les préparations liquides, même malgré la cuite & l'assaisonnement du sucre. Voyez MUCILAGE. Le sirop de nénuphar ordinaire, c'est-à-dire préparé avec les fleurs, n'est pas exempt de cette altération ; pour la prévenir autant qu'il est possible, il faut, si l'on n'aime mieux bannir ce remede des boutiques, lui donner une forte cuite, & la renouveller de tems en tems.

Tous ces remedes tirés du nénuphar ont l'inconvénient grave d'affadir, de refroidir, d'embourber l'estomac, & par-là de faire perdre l'appétit & d'abattre les forces, & cela d'autant plus qu'ils sont plus mucilagineux. La tisane ou décoction des racines, qui est le plus ordinaire de ce remede, est aussi le plus mauvais.

Nous n'avons guere meilleure opinion d'une conserve qu'on prépare avec les fleurs, & qu'heureusement on emploie rarement pour elle-même, mais seulement pour servir d'excipient dans les opiates & les bols narcotiques.

On garde dans les boutiques une eau distillée des fleurs de nénuphar qui n'est bonne à rien, & une huile par infusion & par décoction de ces mêmes fleurs, qui ne vaut pas davantage.

Les fleurs de nénuphar entrent dans le sirop de tortue, la poudre diamargariti frigidi ; le sirop entre dans les pilules hypnotiques, & l'huile dans le baume hypnotique.

On prépare un miel de nénuphar avec les fleurs non mondées, ou même avec les calices & les étamines dont on a mondé les fleurs destinées à la préparation du sirop. Le miel de nénuphar s'ordonne depuis deux jusqu'à quatre onces dans les lavemens rafraîchissans & relâchans. (b)


NÉOCASTRO(Géog.) forteresse de la Romanie, à trois lieues au nord de Constantinople, sur le promontoire Hermaeus, dans l'endroit le plus étroit du Bosphore. Il y a une bonne garnison, & les Turcs y tiennent les prisonniers de conséquence qu'ils font sur les chrétiens pendant la guerre. Voyez Gyllius de Bosphore Thracico. Long. 46. 30. lat. 41. 16.


NÉOCESARÉE(Géogr. anc.) ville de la province de Pont, comprise assez souvent dans la Cappadoce, située sur la riviere de Lyque, & appellée par divers auteurs Hadrianopolis. Les Grecs la nomment aujourd'hui Nixar, & les Turcs Tocat. Elle fut érigée en évêché en 240, à ce que dit Baillet.

Les Auteurs parlent encore d'une Néocésarée, ville de la Bithynie ; 2°. d'une Néocésarée, ville de Syrie, sur le bord de l'Euphrate ; 3°. d'une Néocésarée, ville de Mauritanie. (D.J.)


NÉOCORATS. m. ou NÉOCORIE, (Art. numismatique) époque qu'on trouve sur les médailles des villes greques soumises à l'empire Romain. Ces villes étoient jalouses de l'honneur d'avoir été qualifiées néocores, ou si l'on veut du titre de néocorat, c'est-à-dire d'avoir eu des temples où s'étoient faits les sacrifices solemnels d'une province en l'honneur des dieux ou des empereurs. Cette qualification étoit en même tems accompagnée de plusieurs priviléges, & c'étoit là vraisemblablement ce qui les touchoit davantage.

En effet, le néocorat des empereurs étoit accordé aux villes par un decret du sénat. On lit sur les marbres d'Oxford que la ville de Smyrne avoit été trois fois néocore des empereurs par les decrets du sacré senat ; & sur un médaillon, les Laodicéens de Phrygie se disent néocores de Commode & de Caracalla, par decret du sénat. Le néocorat étoit donc une grace & un titre honorifique. Les Smyrnéens rappellent sur un monument le bienfait de l'empereur Adrien, qui leur avoit accordé par un senatus-consulte le second néocorat. Aussi les villes marquoient avec soin les néocorats qu'elles avoient obtenues : . Elles se glorifioient même d'en avoir obtenu le plus grand nombre. Voyez NEOCORE. (D.J.)


NÉOCORES. m. (Antiq. grecq.) Peu de gens de lettres ignorent qu'on appelloit néocores chez les Grecs ceux qui étoient chargés de la garde & surtout de la propreté des temples, comme l'explique le nom même de , composé de , templum, & de , verro. On sait encore que cet emploi bas & servile dans son origine, se releva insensiblement & devint enfin très-considérable, lorsque la richesse des offrandes demanda des dépositaires distingués ; que la dépense des fêtes & des jeux publics intéressa des nations entieres, & que l'adulation des Grecs pour les empereurs romains leurs nouveaux maîtres, les porta à leur élever des temples & à s'honorer du titre de néocores de ces mêmes temples. Ils ne furent plus de simples valets des temples, ou même des sacristains ordinaires, on en fit des ministres du premier ordre, à qui seul appartenoit le droit d'offrir les sacrifices dans les temples consacrés à la divinité tutélaire du pays, ou dans ceux qu'on avoit élevés non-seulement aux empereurs romains déja mis au rang des dieux, mais encore en l'honneur de ceux qui regnoient actuellement.

Tant d'auteurs ont écrit sur les néocores, qu'on se croyoit parfaitement instruit de leurs différentes fonctions, & qu'il sembloit que la seule difficulté qui restoit parmi les Savans étoit réduite à ce point, savoir comment on doit entendre & expliquer le nombre des néocorats attribués sur les médailles à une même ville ; si les peuples qui s'y disent néocores pour la seconde, pour la troisieme & pour la quatrieme fois, ont été revêtus de cette dignité par un même prince, ou s'ils ne l'ont reçue que successivement par différens empereurs ?

M. Vaillant le pere, qui avoit particulierement étudié cette matiere, donna en 1703 une dissertation sur les néocores, où après avoir discuté les différentes opinions des antiquaires qui l'ont précédé, il établit que les villes grecques se disoient sur leurs médailles néocores des empereurs romains, autant de fois qu'elles avoient obtenu de nouveaux decrets du sénat pour pouvoir bâtir des temples à leur honneur. Nous nous dispensons d'entrer dans le détail des preuves du système de M. Vaillant, parce qu'on trouvera sa piece imprimée en entier dans un volume des mémoires de l'académie des Inscriptions ; mais nous devons dire quelque chose d'une autre dissertation sur le même sujet, donnée en 1706 par M. de Valois, qui n'avoit aucune connoissance de celle de M. Vaillant.

Ces deux auteurs se sont rencontrés dans la difficulté principale ; ils rapportent l'un & l'autre différens néocorats des villes greques à différens senatus-consultes qui leur en avoient accordé la prérogative ; ils prouvent par les mêmes autorités & à-peu-près par les mêmes opérations, que les villes ou les peuples qui sur les médailles se qualifient du titre de néocores pour la seconde, pour la troisieme & pour la quatrieme fois, ne l'ont fait que successivement & sous différens empereurs.

Mais la dissertation de M. de Valois a cela de particulier, qu'elle nous apprend deux fonctions des néocores, qui avoient jusqu'à-présent échappé aux recherches des critiques.

La premiere de ces fonctions des néocores étoit de jetter de l'eau lustrale sur ceux qui entroient dans le temple. La seconde étoit de faire l'aspersion de cette même eau lustrale sur les viandes qu'on servoit sur la table du prince, & de lui tenir en quelque sorte lieu d'aumôniers.

J'ai dit ci-dessus que plusieurs villes grecques prirent souvent la qualité de néocores, mais c'est Smyrne, Ephese, Pergame, Magnésie, &c. qui portent le plus souvent ce titre dans les médailles. Smyrne, par exemple, fut faite néocore sous Tibere avec beaucoup de distinction ; elle le fut encore pour la seconde fois sous Adrien, comme le marquent les marbres d'Oxford : enfin elle eut encore le même honneur, & prit le titre de premiere ville d'Asie sous Caracalla. (D.J.)


NÉODAMODESS. m. pl. (Hist. anc.) c'étoient à Lacédémone des esclaves à qui l'on avoit accordé la liberté, en récompense de quelque action héroïque.


NÉOÉNIESS. f. pl. (Antiq. grecques) en grec ; fête qu'on célébroit en l'honneur de Bacchus, quand on goûtoit pour la premiere fois le vin nouveau de chaque année. Voyez Potter, Archaeol. tit. I. p. 416. (D.J.)


NÉOGRAPHEadj. pris substantivement. On nomme ainsi celui qui affecte une maniere d'écrire nouvelle & contraire à l'orthographe reçue. L'orthographe ordinaire nous fait écrire françois, anglois, j'étois, ils aimeroient (voyez I.) ; M. de Voltaire écrit français, anglais, j'étais, ils aimeraient, en mettant ai pour oi dans ces exemples, & partout où l'oi est le signe d'un e ouvert. Nous employons des lettres majuscules à la tête de chaque phrase qui commence après un point, à la tête de chaque nom propre, &c. Voyez INITIAL. M. de Voltaire avoit supprimé toutes ces capitales dans la premiere édition de son siecle de Louis XIV. publié sous le nom de M. de Francheville. M. du Marsais a supprimé sans restriction toutes les lettres doubles qui ne se prononcent point, & qui ne sont point autorisées par l'étymologie, & il a écrit home, come, arêter, doner, anciène, condânez, &c. M. Duclos n'a pas même égard à celles que l'étymologie ou l'analogie semblent autoriser ; il supprime toutes les lettres muettes, & il écrit diférentes, lètres, admètent, èle, téâtre, il ut (au subjonctif pour il eût) cète, indépendament, &c. il change ph en f, orthografe, filosofique, diftongue, &c. Ainsi M. de Voltaire, M. du Marsais, M. Duclos, sont des néographes modernes.


NÉOGRAPHISMES. m. c'est une maniere d'écrire nouvelle & contraire à l'orthographe reçue. Ce terme vient de l'adjectif grec , nouveau, & du verbe , j'écris. Le néographisme de M. de Voltaire, en ce qui concerne le changement d'oi en ai pour représenter l'e ouvert, a trouvé parmi les gens de lettres quelques imitateurs.

" Si l'on établit pour maxime générale, dit l'abbé Desfontaines, observ. sur les écrits mod. tom. XXX. pag. 255, que la prononciation doit être le modele de l'orthographe ; le normand, le picard, le bourguignon, le provençal écriront comme ils prononcent : car dans le système du néographisme, cette liberté doit conséquemment leur être accordée ". Il me semble que l'abbé Desfontaines ne combat ici qu'un phantôme, & qu'il prend dans un sens trop étendu le principe fondamental du néographisme. Ce n'est point toute prononciation que les Néographes prennent pour regle de leur maniere d'écrire, ce seroit proprement écrire sans regle ; ils ne considerent que la prononciation autorisée par le même usage qui est reconnu pour législateur exclusif dans les langues, relativement au choix des mots, au sens qui doit y être attaché, aux tropes qui peuvent en changer la signification, aux alliances, pour ainsi dire, qu'il leur est permis ou défendu de contracter, &c. Ainsi le picard n'a pas plus de droit d'écrire gambe pour jambe, ni le gascon d'écrire hure pour heure, sous prétexte que l'on prononce ainsi dans leurs provinces.

Mais on peut faire aux Néographes un reproche mieux fondé ; c'est qu'ils violent les lois de l'usage dans le tems même qu'ils affectent d'en consulter les décisions & d'en reconnoître l'autorité. C'est à l'usage légitime qu'ils s'en rapportent sur la prononciation, & ils font très-bien ; mais c'est au même usage qu'ils doivent s'en rapporter pour l'orthographe : son autorité est la même de part & d'autre ; de part & d'autre elle est fondée sur les mêmes titres, & l'on court le même risque à s'y soustraire dans les deux points, le risque d'être ou ridicule ou inintelligible.

Les lettres, peut-on dire, étant instituées pour représenter les élémens de la voix, l'écriture doit se conformer à la prononciation : c'est-là le fondement de la véritable orthographe & le prétexte du néographisme ; mais il est aisé d'en abuser. Les lettres, il est vrai, sont établies pour représenter les élémens de la voix ; mais comme elles n'en sont pas les signes naturels, elles ne peuvent les signifier qu'en vertu de la convention la plus unanime, qui ne peut jamais se reconnoître que par l'usage le plus général de la plus nombreuse partie des gens de lettres. Il y aura, si vous voulez, plusieurs articles de cette convention qui auroient pu être plus généraux, plus conséquens, plus faciles à saisir, mais enfin ils ne le sont pas, & il faut s'en tenir aux termes de la convention : irez-vous écrire kek abil ome ke vous soiïez, pour quelque habile homme que vous soyez ? on ne saura ce que vous voulez dire, ou si on le devine, vous apprêterez à rire.

On repliquera qu'un néographe sage ne s'avisera point de fronder si généralement l'usage, & qu'il se contentera d'introduire quelque léger changement, qui étant suivi d'un autre quelque tems après, amenera successivement la réforme entiere sans révolter personne. Mais en premier lieu, si l'on est bien persuadé de la vérité du principe sur lequel on établit son néographisme, je ne vois pas qu'il y ait plus de sagesse à n'en tirer qu'une conséquence qu'à en tirer mille ; rien de raisonnable n'est contraire à la sagesse, & je ne tiendrai jamais M. Duclos pour moins sage que M. de Voltaire. J'ajoute que cette circonspection prétendue plus sage est un aveu qu'on n'a pas le droit d'innover contre l'usage reçu, & une imitation de cette espece de prudence qui fait que l'on cherche à surprendre un homme que l'on veut perdre, pour ne pas s'exposer aux risques que l'on pourroit courir en l'attaquant de front.

Au reste, c'est se faire illusion que de croire que l'honneur de notre langue soit intéressé au succès de toutes les réformes qu'on imagine. Il n'y en a peut-être pas une seule qui n'ait dans sa maniere d'écrire quelques-unes de ces irrégularités apparentes dont le néographisme fait un crime à la nôtre : les lettres quiescentes des Hébreux ne sont que des caracteres écrits dans l'orthographe, & muets dans la prononciation ; les Grecs écrivoient , & prononçoient comme nous ferions ; on n'a qu'à lire Priscien sur les lettres romaines, pour voir que l'orthographe latine avoit autant d'anomalies que la nôtre ; l'italien & l'espagnol n'en ont pas moins, & en ont quelques-unes de communes avec nous ; il y en a en allemand d'aussi choquantes pour ceux qui veulent par-tout la précision géométrique ; & l'anglois qui est pourtant en quelque sorte la langue des Géometres, en a plus qu'aucune autre. Par quelle fatalité l'honneur de notre langue seroit-il plus compromis par les inconséquences de son orthographe, & plus intéressé au succès de tous les systèmes que l'on propose pour la réformer ? Sa gloire n'est véritablement intéressée qu'au maintien de ses usages, parce que ses usages font ses lois, ses richesses & ses beautés ; semblable en cela à tous les autres idiomes, parce que chaque langue est la totalité des usages propres à la nation qui la parle, pour exprimer les pensées par la voix. Voyez LANGUE, (B. E. R. M.)


NÉOLOGIQUEadj. qui est relatif au néologisme. Voyez NEOLOGISME. Le célebre abbé Desfontaines publia en 1726 un Dictionnaire néologique, c'est à-dire une liste alphabétique de mots nouveaux, d'expressions extraordinaires, de phrases insolites, qu'il avoit pris dans les ouvrages modernes les plus célebres publiés depuis quelques dix ans. Ce dictionnaire est suivi de l'éloge historique de Pantalon-Phébus, plaisanterie pleine d'art, où ce critique a fait usage de la plûpart des locutions nouvelles qui étoient l'objet de sa censure : le tour ingénieux qu'il donne à ses expressions, en fait mieux sentir le défaut, & le ridicule qu'il y attache en les accumulant, n'a pas peu contribué à tenir sur leurs gardes bien des écrivains, qui apparemment auroient suivi & imité ceux que cette contre-vérité a notés comme répréhensibles.

Il y auroit, je crois, quelque utilité à donner tous les cinquante ans le dictionnaire néologique du demi siecle. Cette censure périodique, en réprimant l'audace des néologues, arrêteroit d'autant la corruption du langage qui est l'effet ordinaire d'un néologisme imperceptible dans ses progrès : d'ailleurs la suite de ces dictionnaires deviendroit comme le mémorial des révolutions de la langue, puisqu'on y verroit le tems où les locutions se seroient introduites, & celles qu'elles auroient remplacées. Car telle expression fut autrefois néologique, qui est aujourd'hui du bel usage : & il n'y a qu'à comparer l'usage présent de la langue, avec les remarques du P. Bouhours sur les écrits de P. R. (II. Entretien d'Arist. & d'Eug. pag. 168.) pour reconnoître que plusieurs des expressions risquées par ces auteurs ont reçu le sceau de l'autorité publique, & peuvent être employées aujourd'hui par les puristes les plus scrupuleux. (B. E. R. M.)


NÉOLOGISMES. m. ce mot est tiré du grec, , nouveau, & , parole, discours, & l'on appelle ainsi l'affectation de certaines personnes à se servir d'expressions nouvelles & éloignées de celles que l'usage autorise. Le néologisme ne consiste pas seulement à introduire dans le langage des mots nouveaux qui y sont inutiles ; c'est le tour affecté des phrases, c'est la jonction téméraire des mots, c'est la bisarrerie des figures qui caractérisent surtout le néologisme. Pour en prendre une idée convenable, on n'a qu'à lire le second entretien d'Ariste & d'Eugène sur la langue françoise (depuis la pag. 168. jusqu'à la pag. 185.) le pere Bouhours y releve avec beaucoup de justesse, quoique peut-être avec un peu trop d'affectation, le néologisme des écrivains de P. R. & il le montre dans un grand nombre d'exemples, dont la plûpart sont tirés de la traduction de l'Imitation de Jesus-Christ, donnée par ces solitaires.

Un auteur qui connoit les droits & les décisions de l'usage ne se sert que des mots reçus, ou ne se résout à en introduire de nouveaux que quand il y est forcé par une disette absolue & un besoin indispensable : simple & sans affectation dans ses tours, il ne rejette point les expressions figurées qui s'adaptent naturellement à son sujet, mais il ne les recherche point, & n'a garde de se laisser éblouir par le faux éclat de certains traits plus hardis que solides, en un mot il connoît la maxime d'Horace (Art poët. 309.), & il s'y conforme avec scrupule :

Scribendi rectè sapere est & principium & fons.

Voyez USAGE & STYLE.

Il ne faut pourtant pas inférer des reproches raisonnables que l'on peut faire au néologisme, qu'il ne faille rien oser dans le style. On risque quelquefois avec succès un terme nouveau, un tour extraordinaire, une figure inusitée ; & le poëte des graces semble lui-même en donner le conseil, lorsqu'il dit, ib. 48.

Dixeris egregiè, notum si callida verbum

Reddiderit junctura novum. Si fortè necesse est

Indiciis monstrare recentibus abdita rerum ;

Fingere cinctutis non exaudita cethegis

Continget, dabiturque licentia sumpta pudenter.

Mais en montrant une ressource au génie, Horace lui assigne tout-à-la fois comment il doit en user ; c'est avec circonspection & avec retenue, licentia sumpta pudenter ; & il faut y être comme forcé par un besoin réel, si fortè necesse est.

Dans ce cas, le néologisme change de nature ; & au lieu d'être un vice du style, c'est une figure qui est en quelque maniere opposée à l'archaïsme.

L'archaïsme est une imitation de la maniere de parler des anciens, soit que l'on en revivifie quelques termes qui ne sont plus usités, soit que l'on fasse usage de quelques tours qui leur étoient familiers & qu'on a depuis abandonnés : les pieces du grand Rousseau en style marotique sont pleines d'archaïsmes. Ce mot vient du grec , ancien, auquel en ajoutant la terminaison , qui est le symbole de l'imitation, on a , qui veut dire antiquorum imitatio.

Le néologisme, envisagé comme le pendant de l'archaïsme, est une figure par laquelle on introduit un terme, un tour, ou une association de termes dont on n'a pas encore fait usage jusques-là ; ce qui ne doit se faire que par un principe réel ou très-apparent de nécessité, & avec toute la retenue & la discrétion possibles. Rien ne seroit plus dangereux que de passer les bornes ; la figure est sur les frontieres, pour ainsi dire, du vice, & ce vice même ne change pas de nom ; il n'y a que l'abus qui en fait la différence.


NÉOLOGUES. m. celui qui affecte un langage nouveau, des expressions bisarres, des tours recherchés, des figures extraordinaires. Voyez NEOLOGIQUE & NEOLOGISME. (B. E. R. M.)


NÉOMAGUS(Géog. anc.) ce mot hybride est composé du grec & du gaulois, & a été donné à diverses villes ou bourgs de France, des Pays-bas, d'Allemagne, même en Angleterre à la ville de Chichester, & à d'autres.

En effet, 1°. Néomagus, ou Noviomagus dans Ptolémée, est une ville des Regni, peuples de l'île d'Albion. Cambden croit que c'est aujourd'hui Woodcôte, & diverses raisons appuyent ce sentiment, qui a le suffrage de M. Gale.

2°. Néomagus, ou Noviomagus Batavorum, est une ancienne ville de la seconde Germanie, sous la rive gauche du Wahal, à l'extrêmité de la Gaule. On ne doute point que ce ne soit aujourd'hui Nimègue, capitale de la Gueldre hollandoise. (D.J.)


NÉOMÉNIASTE(Antiq. grecq.) ; on appelloit chez les Grecs néoméniastes, ceux qui célébroient la fête des néoménies, ou de chaque mois lunaire.


NÉOMÉNIES. f. (Chronol.) c'est le jour de la nouvelle lune. Les néoménies sont d'un usage indispensable dans le calcul du calendrier des Juifs, qui leur donnent le nom de tolad.


NÉOMÉNIES(Antiq. & Litt.) en grec , ou , c'est-à-dire nouvelle lune, de , nouveau, & , lune, fête qui se célébroit chez les anciens à chaque nouvelle lune.

Le desir d'avoir des mois heureux, introduisit la fête des néoménies chez tous les peuples du monde. Les Egyptiens pratiquerent cet usage long-tems avant la promulgation de la loi de Moïse ; il fut prescrit aux Hébreux ; il passa de l'Orient chez les Grecs, chez les Romains, ensuite chez les premiers chrétiens avec les abus qui s'étoient glissés dans cette fête, ce qui la fit condamner par saint Paul, mais il en reste encore quelques vestiges parmi nous.

La néoménie étoit un jour solemnel chez les Juifs, buccinate in neomeniâ tubâ, Ps. lxxx. . 4. Sonnez de la trompette au premier jour du mois. Les Hébreux avoient une vénération particuliere pour le premier de la lune. Ils le célébroient avec des sacrifices au nom de la nation, & chaque particulier en offroit aussi de dévotion. C'étoit au sanhédrin à déterminer le jour de la nouvelle lune, parce qu'il étoit de sa jurisdiction de fixer les jours de fête. Les juges de ce tribunal envoyoient ordinairement deux hommes pour découvrir la lune ; & sur leur rapport ils faisoient publier que le mois étoit commencé ce jour-là. Cette publication se faisoit au son des trompettes, qui étoit accompagné du sacrifice solemnel ; il n'étoit cependant pas défendu de travailler ou de vaquer à ses affaires, excepté à la néoménie du commencement de l'année civile au mois de Tizri. Ce jour étoit sacré & solemnel, & il n'étoit permis de faire aucune oeuvre servile. 2. Paral. ij. 4. judic. vij. 6. Os. ij. 11. Col. ij. 16.

Les Egyptiens célébroient aussi les néoménies avec beaucoup d'appareil ; on sait que tous les mois de leur année étoient représentés par des symboles, & que le premier jour de chaque mois ils conduisoient les animaux qui répondoient aux signes célestes dans lesquels le soleil & la lune alloient entrer.

Les Grecs solemnisoient les néoménies au commencement de chaque mois lunaire en l'honneur de tous les dieux, mais particulierement d'Apollon, nommé Néoménius, parce que tous les astres empruntent leur lumiere du soleil. On trouvera dans Potter, Archoeol. tom. I. pag. 416. les détails des cérémonies de cette fête.

Elle passa des Grecs chez les Romains avec l'idée du culte qui y étoit attaché. Ils appellerent calendes ce que les Grecs appelloient néoménies. Au commencement de chaque mois ils faisoient des prieres & des sacrifices aux dieux en reconnoissance de leurs bienfaits, & la religion obligeoit les femmes de se baigner ; mais les calendes de Mars étoient les plus solemnelles, parce que ce mois ouvroit l'année des Romains. (D.J.)


NÉON(Géog. anc.) ville de Grece, dans la Phocide, auprès du Parnasse. Hérodote, Pausanias, & Etienne le géographe en parlent.


NÉONTICHOSnom commun, 1°. à une ville de l'Eolide, selon Pline ; 2°. à une ville de la Phocide selon Ortélius ; 3°. à une ville de Thrace sur la Propontide ; 4°. à une ville de la Carie.


NÉOPHYTESS. m. pl. (Hist. ecclesiast.) se disoit dans la primitive Eglise, des nouveaux chrétiens, ou des payens nouvellement convertis à la foi. Voyez CATHECUMENE.

Ce mot signifie nouvelle plante ; il vient du grec , nouveau, & , je produis, comme qui diroit nouvellement né ; le baptême que les Néophytes recevoient étoit regardé comme une nouvelle naissance. Voyez BAPTEME.

On ne découvroit point aux Néophytes les mysteres de la religion. Voyez MYSTERE.

Le mot de Néophytes s'applique aussi aux proselytes que font les missionnaires chez les infideles. Les néophytes du Japon, sur la fin du xvj. & au commencement du xvij. siecle, ont montré, dit-on, un courage & une fermeté de foi dignes des premiers siecles de l'Eglise.

Néophyte étoit aussi en usage autrefois pour signifier de nouveaux prêtres, ou ceux qu'on admettoit aux ordres sacrés ; comme aussi les novices dans les monasteres. Voyez NOVICE.

Saint Paul ne veut pas qu'on éleve les Néophytes aux ordres sacrés, de peur que l'orgueil n'ébranle leur vertu mal affermie. On a pourtant dans l'Histoire ecclésiastique quelques exemples du contraire, comme la promotion de saint Ambroise à l'épiscopat, mais ils sont rares.


NÉOPTOLÉMÉESS. f. (Antiq. greq.) , fête annuelle célébrée par les habitans de Delphes avec beaucoup de pompe, en mémoire de Néoptolème fils d'Achille, qui périt dans son entreprise de piller le temple d'Apollon, à dessein de venger la mort de son pere, dont ce dieu avoit été cause au siege de Troye. Les Delphiens ayant tué Néoptolème dans le temple même, ils crurent devoir fonder une fête à sa gloire, & honorer ce prince comme un héros. Potter, Archaeol. graec. tom. I. pag. 417.


NÉORITIDE(Géog. anc.) pays d'Asie au-delà du Caucase, dans l'intérieur des terres. Alexandre, après avoir jetté sur les bords de l'Océan les fondemens d'une nouvelle Alexandrie, entra par différens chemins dans le pays des Néorites, qu'il soumit aisément par cette entreprise. Les Néorites, dit Diodore de Sicile, lib. XVII. §. 57. ressemblent en général aux autres peuples des Indes ; mais ils se distinguent d'eux par une circonstance très-particuliere. Tous les parens d'un mort l'accompagnent nus & armés de lances ; & après avoir fait porter son corps dans un bois, ils le dépouillent eux-mêmes de tous ses vêtemens, & le laissent en proie aux animaux de la forêt. Ils brûlent ensuite tout ce qui le couvroit en l'honneur des génies du lieu, & terminent toute la cérémonie par un grand festin qu'ils donnent à leurs amis. (D.J.)


NÉOTÉRAS. f. (Littérat.) c'est-à-dire la nouvelle déesse. Dès que Marc-Antoine maître de l'Asie, vint en Egypte au sein de la mollesse, oublier sa gloire entre les bras de Cléopatre, on l'appella le nouveau Bacchus ; alors cette reine ne cherchant qu'à lui plaire, prit l'habit sacré d'Isis, & fut surnommée la nouvelle déesse : une de ses médailles fait foi de ce titre flatteur dont ses sujets l'honorerent.


NÉPENTHÈSS. m. (Botan. moderne) genre de plante dont voici les caracteres, selon Linneus. Le calice particulier de la fleur est partagé en quatre quartiers arrondis ; il n'y a point de pétales, & à peine quelques étamines : mais il y a quatre bossettes attachées au style près du sommet. Le pistil a un germe extrêmement délié ; le stile est pointu & de la longueur du calice ; le stygma est obtus ; le fruit est une capsule oblongue, en forme de colonne tronquée ; il est composé de quatre valvules & de quatre loges : les graines sont nombreuses, pointues, & plus courtes que leurs capsules. (D.J.)


NÉPENTHÈS(Littérature) , ce terme grec signifie un remede contre la tristesse, de , négation, & de , deuil, affliction. C'étoit je ne sai quoi d'excellente vertu, dont Homere, Odiss. liv. IV. v. 220. dit qu'Helène fit usage pour charmer la mélancholie de Télémaque. Ce prince inquiet de n'avoir point de nouvelles de son pere, vint trouver Nestor, qui ne put lui apprendre ce qu'il étoit devenu. De-là continuant son voyage, il se rendit chez Ménélas où il vit Hélène, & soupa avec elle : cependant il étoit fort triste ; & comme cette princesse en eut pitié, elle usa d'un charme pour dissiper son chagrin. Elle mêla dans le vin qu'on devoit servir à table, une drogue qui séchoit les larmes, calmoit la colere, & dissipoit tous les déplaisirs dès le moment qu'on en avoit goûté. Elle tenoit cette excellente drogue de Polydamna, femme de Théonis roi d'Egypte. Tous ses hôtes bûrent de ce breuvage, & en éprouverent les merveilleux effets.

Pline & Théophraste parlent du népenthès, comme d'une plante d'Egypte, dont le prince des poëtes grecs a seulement exagéré les vertus. Diodore dit que de son tems, c'est-à-dire du tems d'Auguste, les femmes de Thèbes en Egypte, se vantoient d'avoir seules la recette d'Hélène ; & il ajoute qu'elles l'employoient avec succès : mais Plutarque, Athénée & Philostrate, prétendent que le népenthès d'Homere n'étoit autre chose que les charmes de la conversation d'Hélène. Plusieurs savans modernes ont à leur tour choisi le népenthès de l'Odyssée, pour le sujet de leurs conjectures & de leurs hypothèses ; & l'on ne sauroit croire jusqu'où leur imagination s'est égarée pour découvrir le secret de la belle lacédemonienne. Mais ce reproche ne doit pas tomber sur la dissertation de Pierre Petit, intitulée Homeri nepentes, & imprimée à Utrecht en 1689 in 8 °. On y découvrira beaucoup d'esprit & de science, si on se donne la peine de la lire. (D.J.)


NEPERBAGUETTES ou BATONS DE, ossa Neperi, (Arithmét.) sont un instrument par le moyen duquel on peut faire promptement & avec facilité la multiplication & la division des grands nombres : on l'a appellé ainsi du nom de son inventeur Neper, qui l'est aussi des logarithmes. Voyez LOGARITHMES.

Construction de cet instrument. On prend dix petits bâtons, ou petites lames oblongues faites avec du bois, ou du métal, ou de la corne, ou du carton, ou quelqu'autre matiere semblable : on les divise chacune en neuf petits quarrés, & chacun de ces petits quarrés en deux triangles par sa diagonale. Pl. alg. fig. 11. Dans ces petits quarrés on écrit les nombres de la table de multiplication, autrement appellé abaque ou table de Pythagore ; de maniere que les unités de ces nombres soient dans le triangle le plus à droite de chaque quarré, & les dixaines dans l'autre.

Usage des baguettes de Neper pour la multiplication. Pour multiplier un nombre donné par un autre, disposez les bâtons entr'eux, de telle maniere que les chiffres d'en-haut représentent le multiplicande ; ensuite joignez-y à gauche le bâton ou la baguette des unités : dans ce bâton vous chercherez le chiffre le plus à la droite du multiplicateur, & vous écrirez de suite les nombres qui y répondent horisontalement, dans les quarrés des autres lames, en ajoutant toujours ensemble les différens nombres qui se trouveront dans le même rhombe. Vous ferez la même opération sur les autres chiffres du multiplicateur ; ensuite vous mettrez tous les produits les uns sous les autres, comme dans la multiplication ordinaire ; enfin vous les ajouterez ensemble pour avoir le produit total. Exemple,

Supposons que le multiplicande soit 5978, & le multiplicateur 937 ; on prendra le nombre 56, qui (figure 12. Pl. alg.) se trouve au - dessous du dernier chiffre & du multiplicande, & vis-à-vis du dernier chiffre 7 du multiplicateur, on écrira 6 ; on ajoutera 5 avec 9 qui se trouve dans le même rhombe à côté ; la somme est 14 : on écrira 4, & on retiendra 1, qu'on ajoutera avec 3 & 4 qui se trouvent au rhombe suivant ; on aura 8, qu'on écrira : ensuite on ajoutera 5 & 6, qui se trouvent dans le rhombe suivant, & qui font 11 ; on écrira 1, & on retiendra 1, qui ajouté avec le 3 du triangle suivant, fait 4, qu'on écrira. On aura ainsi 41846 pour le produit du multiplicande par 7 ; on trouvera de même les produits du multiplicande par les autres chiffres du multiplicateur, & la somme de ces produits, disposés comme il convient, sera le produit cherché. (E)

Cette opération n'a pas besoin d'être démontrée : si on y fait la plus légere attention, on verra qu'elle n'est autre chose que la multiplication ordinaire, dont la pratique est un peu facilitée, parce qu'on est dispensé de savoir par coeur la table de multiplication, & de se servir des chiffres qu'on retient à chaque nombre que l'on écrit ; en un mot, la multiplication est ici réduite à des additions. (O)

Usage des bâtons de Neper pour la division. Disposez les petits bâtons l'un auprès de l'autre, de maniere que les chiffres d'en - haut représentent le diviseur : ajoutez-y à gauche le bâton des unités ; ensuite descendez au-dessous du diviseur, jusqu'à ce que vous trouviez une branche horisontale dont les chiffres ajoutés ensemble, comme on a fait dans la multiplication, puissent donner la partie du dividende dans laquelle on doit chercher d'abord combien le diviseur est contenu, ou puissent donner au-moins le nombre qui en soit le plus proche, quoique plus petits ; retranchez ce nombre de la partie du dividende que vous avez pris, & écrivez au quotient le nombre qui est à gauche dans la branche horisontale ; continuez ensuite à déterminer de la même maniere les autres chiffres du quotient, & le problème sera resolu. Exemple,

Supposons qu'on veuille diviser 5601386 par 5978 : on sait qu'il faut d'abord savoir combien de fois 5978 est contenu dans 56013. Descendez (fig. 12. alg.) au-dessous du diviseur jusqu'à ce que vous soyez arrivé à la derniere tranche horisontale, dont les nombres étant ajoutés comme dans la multiplication, de rhombe en rhombe, donnent 53802, qui est le plus grand nombre au-dessous de 56013 ; écrivez 9 au quotient, & retranchez 53802 de 56013, le reste sera 2211 : descendez 8, & opérez sur le nombre 22118, comme vous avez fait sur 56013, vous trouverez dans la troisieme tranche horisontale le nombre 17934, qui est le plus grand au-dessous de 22118 ; écrivez 3 au quotient, & opérez sur le second reste, comme vous avez fait sur le premier, vous trouverez encore le chiffre 7, que vous écrirez au quotient, qui par conséquent sera 937 sans reste. Chambers. (E)

On trouve dans l'histoire de l'académie de 1738, une méthode présentée par M. Rauslain, pour faire les multiplications & divisions par de nouvelles baguettes différentes de celles de Neper. Nous y renvoyons le lecteur, en ajoutant que toutes ces opérations sont plus curieuses dans la théorie, qu'utiles & commodes dans la pratique : il est bien plus court de savoir par coeur la table de multiplication ou table de Pythagore, que d'avoir recours, pour chaque multiplication qu'on veut faire, à des baguettes qu'on n'a pas toujours sous la main, & dont l'arrangement demande d'ailleurs un peu de tems & d'attention. (O)


NEPETA(Géogr. anc.) ville d'Italie dans la Toscane, dont Tite-Live & Ptolémée parlent ; c'est aujourd'hui la ville de Népi, entre Rome & Viterbe. Voyez NEPI.


NÉPHALIESS. f. pl. (Antiq. grecq.) solemnités des Grecs nommées la fête des gens sobres ; ce que marque le mot même qui signifie sobriété. Les Athéniens célébroient cette fête en offrant une simple boisson d'hydromel au Soleil, à la Lune, à l'Aurore & à Venus : ils brûloient à cette occasion sur leurs autels toutes sortes de bois, excepté celui de la vigne & du figuier. (D.J.)


NÉPHÉLIONS. m. (Chirurg.) petite tache blanche sur les yeux produite par la cicatrice d'un ulcere. Cette cicatrice incommode la vue lorsqu'elle se trouve sur la cornée transparente vis-à-vis la prunelle. Nos anciens l'appelloient nuage. Voyez NUBECULA. On donne aussi le nom de néphélion à ces especes de petits nuages qui nagent au milieu de l'urine, & aux petites taches blanches sur la surface des ongles qui ressemblent à des petits nuages. (Y)


NÉPHÉLIS(Géog. anc.) ville de Cilicie bâtie sur le promontoire Néphélida, qui, selon Tite-Live, étoit célebre par une ancienne alliance des Athéniens.


NÉPHÉRIS(Géog. anc.) ville de l'Afrique propre, bâtie sur un rocher, à 120 stades de Carthage. Scipion la prit après 22 jours de siege.


NEPHES-OGLI(terme de Relation) ce nom signifie parmi les Turcs, Fils du Saint-Esprit, & on le donne à certaines gens qui naissent d'une mere vierge. Il y a des filles turques qui, dit-on, se tiennent dans certains lieux à l'écart, où elles ne voient aucun homme ; elles ne vont aux mosquées que rarement, & lorsqu'elles s'y rendent, elles y demeurent depuis neuf heures du soir jusqu'à minuit, & y joignent à leurs prieres tant de contorsions de corps, & tant de cris, qu'elles épuisent leurs forces, & qu'il leur arrive souvent de tomber par terre évanouies. Si elles deviennent grosses depuis ce tems-là, elles disent qu'elles le sont par la grace du Saint-Esprit, & les enfans dont elles accouchent sont appellés nephes-ogli. On les considere comme devant un jour avoir le don des miracles. (D.J.)


NEPHIRI(Hist. nat.) nom générique donné par quelques auteurs aux marbres qui contiennent des coquilles, des madrépores & d'autres corps marins.


NÉPHRÉTIQUES. f. (Méd.) dans le sens le plus étendu que l'on donne ici à la néphrétique, elle signifie ici toutes sortes de douleurs des lombes, dans l'endroit où sont placés les reins. Les auteurs ne décident point unanimement si l'on doit appeller néphrétique vraie, celle qui vient du calcul ou de l'inflammation des reins. Les autres especes sont nommées fausses néphrétiques.

Non-seulement les reins & les ureteres douloureux, mais encore les lombes, la moëlle épiniere, le mesentere, l'estomac, la rate, le foie, la vésicule du fiel, les intestins, la matrice & les vertebres des lombes attaqués de douleur, se rapportent souvent à ce titre.

De-là naît grand nombre de maladies générales qui peuvent attaquer une partie en particulier, & produire la néphrétique : ces maladies ont leurs caracteres propres, à la faveur desquels on doit les distinguer avec soin les unes des autres.

Ainsi dans la fievre, le scorbut, le catarrhe, le rhumatisme, la goutte, la cacochymie, les spasmes, les maladies érésipélateuses, la passion hystérique, l'affection hypocondriaque, la mélancholie, l'acrimonie du suc nerveux, la suppression d'un ulcere, si la matiere vient à se porter aux reins ou aux lombes, & qu'il se fasse une métastase dans ces parties, il résulte des néphrétiques de différentes especes.

Quelquefois il en arrive aussi par sympathie dans la cardialgie, la colique, la cacochylie, la constipation, la dyssenterie, les hémorrhoïdes, l'hernie, les fleurs blanches. La néphrétique attaque encore les femmes grosses, celles qui sont en mal d'enfant, les nouvelles accouchées, celles qui avortent, celles qui ont leurs regles. De plus cette maladie survient à la suppression des mois & à leur flux immodéré, à la tympanite, à la douleur des lombes ; on doit alors la traiter suivant le titre général de la sympathie.

Mais à proprement parler, la néphrétique doit sa naissance à l'inflammation des reins qui contiennent le calcul, à l'acrimonie de leur mucosité & à celle de l'urine qui est devenue plus considérable. Il n'est pas possible de rapporter tous les accidens qui peuvent suivre la néphrétique, parce que les parties qu'elle attaque & les causes qui la produisent varient à l'infini. Quand donc on aura découvert la cause de la néphrétique, on se conduira conséquemment pour tâcher de la guérir. (D.J.)

NEPHRETIQUES, se dit en matiere médicinale, de remedes indiqués dans les maladies des reins, de la vessie ; ce sont des diurétiques doux, adoucissans, tels que le nitre, la guimauve, la graine du lin, l'alkekengi, &c. Voyez DIURETIQUE & NEPHRETIQUE.

NEPHRETIQUE, BOIS. Voyez BOIS NEPHRETIQUE.

NEPHRETIQUE PIERRE, (Hist. nat. Minéral.) lapis nephreticus, les Naturalistes ne sont point d'accord sur la pierre à laquelle ils donnent le nom de néphrétique. Wallerius dit dans sa Minéralogie, que c'est une pierre gypseuse, verte, & demi-transparente. D'autres ont donné ce nom à une espece de jaspe verd ; d'autres à une agate verdâtre ; d'autres à la malachite ; d'autres enfin ont donné ce nom par excellence à la pierre appellée jade. Voyez cet article. Ce nom lui vient du préjugé où l'on a été que cette pierre portée sur les reins, étoit propre à calmer les douleurs que l'on sentoit dans cette partie. Ceux qui auront assez de foi pour recourir à ce remede, ne risqueront rien de prendre pour cela celle de toutes ces pierres qui leur conviendra le mieux ; elles paroissent toutes également incapables de donner du soulagement, à moins que l'imagination seule ne fût attaquée. (-)

NEPHROTOMIE, terme de Chirurgie, opération par laquelle on tire la pierre du rein.

Ce mot est grec ; il vient du mot , ren, rein, & , sectio, incision.

Plusieurs auteurs ont prétendu prouver la possibilité de cette opération, en rapportant des observations par lesquelles ils démontrent que les plaies des reins ne sont point mortelles ; mais cet argument est peu concluant, n'y ayant aucune comparaison entre un coup d'épée ou de couteau, qui a blessé un rein par hasard, & dans un point indéterminé, & la plaie qu'il faudroit faire, dans la vue de tirer une pierre qui occupe un lieu fixe dans ce viscere. Cette opération peut être pratiquée lorsque le rein sera en suppuration, & que l'on appercevra une tumeur circonscrite à la région lombaire avec fluctuation. Voyez FLUCTUATION. M. de la Fitte, maître en Chirurgie à Paris, a communiqué à l'académie royale de chirurgie une observation sur l'extraction d'une pierre à la suite d'un abscès au rein, dont il a fait l'ouverture avec succès, ayant guéri radicalement le malade. On trouve quelques cas semblables dans les auteurs. Hippocrate même qui détournoit ses disciples de l'opération de la taille, recommande en trois endroits de ses ouvrages la section du rein, lorsqu'il forme abscès & tumeur à côté de l'épine.

Les observations de M. de Lafitte sont insérées dans le second tome des mémoires de l'académie royale de Chirurgie, & M. Hevin, dans le troisieme tome, a donné un mémoire fort étendu, qui a pour titre : recherches historiques & critiques sur la néphrotomie ou taille du rein. (Y)


NEPI(Géog.) ancienne petite ville dépeuplée d'Italie, au patrimoine de S. Pierre, sur la riviere de Triglia, qui se jette dans le Tibre, avec un évêché suffragant du Pape, à 8 lieues N. de Rome, 4 S. O. de Magliano. Long. 30. 2. lat. 42. 12.


NEPISSING(Géog.) lac de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle France, à 24 lieues de celui des Hurons. Il a environ 30 lieues de longueur, sur 3 à 4 de large.


NEPOTISMES. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que les Italiens appellent le crédit & le pouvoir que les papes accordent à leurs neveux & à leurs parens. Ils sont communément revêtus des emplois les plus importans de l'état ecclésiastique ; & l'histoire fournit des exemples qui prouvent que souvent ils ont fait l'abus le plus étrange de leur autorité, qu'ils employoient à s'enrichir par toutes sortes de voies, & à faire les extorsions les plus cruelles & les plus inouies sur les sujets du souverain pontife, qu'ils traitoient en ennemis.


NEPTRECUM(Géog.) ou Neptricum, nom latin de la Neustrie ancienne, partie des Gaules qui formoit un royaume. M. l'abbé le Boeuf croit que Neptrecum ou Nemptrich signifioit en langage des Francs le royaume principal. Voyez NEUSTRIE.


NEPTUNALESS. f. pl. (Fêtes rom.) Neptunalia, fêtes qui se célébroient à Rome le 23 Juillet en l'honneur de Neptune. Elles étoient différentes des consuales, quoique celles-ci fussent aussi en l'honneur de ce dieu ; mais dans le cours des unes & des autres, les chevaux & les mulets couronnés de fleurs demeuroient sans travailler & jouissoient d'un repos tranquille, que personne n'osoit troubler. (D.J.)


NEPTUNES. m. (Mytholog.) fils de Saturne & de Rhée, & frere de Jupiter & de Pluton. Les poëtes lui donnent une infinité de maîtresses & quantité de noms : non-seulement ils lui attribuent le pouvoir d'ébranler la terre, mais encore de l'entrouvrir. Tous les gens de lettres connoissent ce bel endroit de l'iliade, Rabsod 5. v. 6. où Neptune en courroux répand l'épouvante jusque dans les enfers ; endroit dont M. Despreaux a donné une traduction admirable, & qui peut-être ne cede à l'original qu'en ce qu'elle est plus longue de trois vers.

L'enfer s'émeut au bruit de Neptune en furie ;

Pluton sort de son trône, il pâlit, il s'écrie ;

Il a peur que ce dieu, dans cet affreux séjour,

D'un coup de son trident, ne fasse entrer le jour ;

Et par le centre ouvert de la terre ébranlée,

Ne fasse voir du Styx la rive désolée,

Ne découvre aux vivans cet empire odieux,

Abhorré des mortels, & craint même des dieux.

Cette fiction de la poësie est peut-être fondée sur les violentes secousses que la mer donne à la terre, & sur les passages qu'elle se creuse au-travers des rochers les plus durs.

Les poëtes disent encore que Neptune présidoit particulierement aux courses, soit de chevaux, soit de chars. Ils ajoutent que c'étoit lui qui frappant la terre d'un coup de trident, en avoit fait sortir le cheval.

... Tuque ô, cui prima frementem

Fudit equum magno tellus percussa tridenti,

Neptune....

Neptune a été un des dieux du paganisme des plus honorés. Il eut en Grece & en Italie, sur-tout dans les lieux maritimes, un grand nombre de temples élevés en son honneur, des fêtes & des jeux. Les Isthmiens & ceux du cirque à Rome lui furent spécialement consacrés sous le nom d'Hippius, parce qu'il y avoit des courses de chevaux. On célébroit les neptunales en son honneur, & même les Romains lui avoient consacré tout le mois de Février, pour le prier d'avance d'être favorable aux navigateurs, qui, dès le commencement du printems, se disposoient aux voyages de mer.

Platon nous apprend qu'il avoit un temple magnifique dans l'île Atlantique, où les métaux les plus précieux brilloient par-tout. Des figures d'or représentoient le dieu sur un char, trainé par des chevaux aîlés. Hérodote parle aussi d'une statue d'airain, haute de 7 coudées, que Neptune avoit près de l'isthme de Corinthe.

Enfin nous remarquerons que les poëtes ont donné le nom de Neptune à la plûpart des princes inconnus, qui venoient par mer s'établir dans quelques nouveaux pays, ou qui regnoient sur des îles, ou qui s'étoient rendus célebres sur la mer par leurs victoires ou par l'établissement du commerce. De-là tant d'histoires sur le compte de Neptune, tant de femmes, tant de maîtresses & d'enfans qu'on donne à ce dieu, tant de métamorphoses, tant d'enlevemens qu'on lui attribue.

Je me garderai bien de chercher à deviner l'origine de son nom, depuis que je connois l'étymologie qu'en donnoit l'épicurien Balbus, Neptunus à naudo, sur laquelle Cotta le raille si plaisamment dans Ciceron, en lui disant qu'il n'y a point de nom qu'on ne puisse faire venir de la façon qu'on le voudra, & que dans l'extraction de celui-ci, magis sibi natare visus est quàm ipse Neptunus. (D.J.)

NEPTUNE, TEMPLE DE, (Archit. antiq.) Voyez TEMPLE DE NEPTUNE.

NEPTUNE, s. m. (Antiq. grecq. & rom.) On trouve ce dieu représenté ordinairement tout nud & barbu, tenant un trident, son symbole le plus commun, & sans lequel on ne le voit guere. Il paroît tantôt assis, tantôt debout sur les flots de la mer, souvent sur un char traîné par deux ou quatre chevaux. Ce sont quelquefois des chevaux ordinaires, quelquefois des chevaux marins, qui ont la partie supérieure de cet animal, pendant que tout le bas se termine en queue de poisson.

Dans un ancien monument, Neptune est assis sur une mer tranquille, avec deux dauphins qui nagent sur la superficie de l'eau, ayant près de lui une proue de navire chargé de grains & de marchandises ; ce qui marquoit l'abondance que procure une heureuse navigation.

Dans un autre monument, on le voit assis sur une mer agitée, avec le trident planté devant lui, & un oiseau monstrueux, à tête de dragon, qui semble faire effort pour se jetter sur lui, pendant que Neptune demeure tranquille, & paroît même détourner la tête. C'étoit pour exprimer que ce dieu triomphe également des tempêtes & des monstres de la mer.

Mais un monument plus durable que tous ceux de pierre ou d'airain, c'est la belle description que Virgile nous fait du cortege de ce dieu, quand il va sur l'élément qui lui est soumis.

Jungit aequos auro genitor, spumantiaque addit

Fraena feris, manibusque omnes effundit habenas.

Coeruleo per summa leves volat aequora curru.

Subsidunt undae, tumidumque sub axe tonanti

Sternitur aequor aquis : fugiunt vasto aethere nimbi.

Tum variae comitum facies ; immania cette,

Et senior Glauci chorus, Inousque Palaemon,

Tritonesque citi, Phorcique exercitus omnis.

Laeva tenent Thetis & Melite, Panopeaque virgo

Nesaee, Spioque, Thaliaque, Cymodoceque.

Aen. lib. V. v. 817.

" Neptune fait atteler ses chevaux à son char doré ; & leur abandonnant les renes, il vole sur la surface de l'onde. A sa présence les flots s'applanissent, & les nuages fuient. Cent monstres de la mer se rassemblent autour de son char : à sa droite la vieille suite de Glaucus, Palémon, les légers tritons : à sa gauche, Thétis & les Néréides. " (D.J.)

NEPTUNE, BONNET DE, (Botan.) nom donné par les Botanistes à une espece remarquable de champignon de mer, qu'on ne trouve jamais attaché à aucun corps solide, mais qui est toujours lâche & en mouvement au fond de la mer.

Ce champignon a cinq pouces & demi de hauteur, sur sept pouces de large à sa base, qui s'éleve insensiblement, & s'arrondit enfin en maniere de calotte ou de dôme feuilleté en-dehors par bouquets, dont les lames sont coupées en crête de coq, & qui représente en quelque façon une tête naissante & moutonnée. Sa structure intérieure est différente ; il est cannelé légerement, & parsemé de petits grains & de quelques pointes obtuses, la plus grande n'a pas plus d'une ligne de long.

On trouve plusieurs champignons de mer de pareille structure dans la mer Rouge & dans le sein Persique ; mais ils sont ordinairement fort petits, & n'approchent pas du bonnet de neptune. Celui que Clusius a nommé fungus saxeus Nili major, est beaucoup plus applati, & ressemble à nos champignons ordinaires, si ce n'est qu'il est feuilleté en-dehors. On en trouve quelques-uns, mais rarement, qui ont un petit pédicule qui les soutient. Ce pédicule est fort cassant ; cependant il est à croire que dans leur naissance ils étoient attachés au fond de la mer par quelque chose de semblable ; & suivant toutes les apparences, lorsqu'ils n'ont plus de pédicules, ils se nourrissent par le secours de quelque suc, que l'eau de la mer où ils trempent laisse insinuer dans leurs pores. (D.J.)

NEPTUNE, TEMPLE DE, (Géog.) ce dieu avoit en plusieurs lieux de la Grece des temples élevés en son honneur, qui donnoient le nom à ces mêmes lieux Neptuni templum. Strabon dit qu'il y avoit un temple de Neptune dans le Péloponnèse, un autre dans l'Elide, un autre dans la Messenie, un sur l'isthme de Corinthe, un dans l'Achaïe, un à Géreste dans l'Eubée, un dans l'île de Ténos, l'une des Cyclades, un dans l'île de Samos, un dans l'île de Calaurie, un à Oncheste dans la Béotie, un à Possidium sur la côte d'Egypte, &c. car il seroit trop long de les nommer tous.

NEPTUNIUS MONS, (Géog. anc.) montagne de Sicile qui s'étend depuis les racines de l'Etna, jusqu'à la pointe de Messine. Solin en parle, & dit qu'au sommet il avoit une guéritte, d'où l'on pouvoit voir la mer de Toscane & la mer Adriatique. On nomme aujourd'hui cette montagne Spreverio monte.


NERA(Géog.) ou Nécro, ou autrement Banda, île d'Asie dans les Indes, la seconde des îles de Banda, à 24 lieues d'Amboine. Les Hollandois y ont le fort Nassau. Elle s'étend du N. au S. l'espace de trois lieues en fer à cheval. Néra située dans la partie occidentale de l'île en est la capitale & la seule ville. Long. 146. 50. lat. méridionale 4. 30.

NERA LA, (Géog.) riviere d'Italie, ou plutôt torrent, qui a sa source dans l'Apennin, un peu au-dessus de Montaglioni, & qui, après un cours de 40 à 50 milles, va se perdre dans le Tibre à Guastanello, un peu au-dessus d'Orta. (D.J.)


NERAC(Géog.) ville de France en Gascogne, dans le Condomois, avec un grand château bâti par les Anglois. La Baise la sépare en deux parties, appellées le grand & le petit Nérac. Il y a dans cette ville un petit présidial, dont le siege fut établi en 1639. Ses habitans embrasserent le calvinisme dans le seizieme siecle ; ils s'attachent aujourd'hui au commerce. Nérac est à 3 lieues de Condom, 2 de la Garonne, 4 d'Agen, 153 S. O. de Paris. Long. 17. 58. lat. 44. 10. (D.J.)


NERES. m. (Chronograph.) espace de tems dont les Chaldéens faisoient usage dans leur chronologie. Ils divisoient le tems en sares, en neres & soses. Le sare, suivant Syncelles, marquoit un espace de trois mille six cent ans ; le nere en marquoit six cent, & le sose soixante. Cette maniere de compter donne à la durée des premiers regnes un nombre fabuleux d'années ; mais lorsqu'on ne regarde les sares que comme des années de jours, & les neres comme de simples heures, le calcul des anciens auteurs ne quadre pas mal au nombre d'années que Moïse donne aux premiers patriarches ; c'est du moins l'opinion de Scaliger, de Petau & des auteurs anglois de l'histoire universelle. (D.J.)


NERÉES. m. (Mytholog.) dieu marin, un peu plus ancien que Neptune. Il étoit fils de l'Océan & de Thétis, époux de Doris sa soeur, & pere des Néréïdes. Hésiode le représente comme un des plus anciens dieux de la mer & des plus véridiques, plein de douceur, de modération & d'amour pour la justice : à ces belles qualités, il joignoit celle d'exceller dans l'art de prédire l'avenir. C'est lui, dit Horace, ode xv. l. I. qui força les vents à lui prêter silence, pour annoncer au ravisseur d'Hélene les funestes suites de ses feux illégitimes. Apollodore nous assure qu'il faisoit son séjour ordinaire dans la mer Egée au milieu de ses filles, toutes occupées du soin de lui plaire par leurs chants & leurs danses. La plûpart de nos mythologistes imaginent que ce dieu peut avoir été quelque prince célebre dans l'art de la navigation, & qu'on venoit le consulter de toutes parts sur cette matiere. Mais l'illustre Cumberland ne doute point que Nérée ne soit Japhet. On peut voir les raisons savantes qu'il en donne dans une note des auteurs anglois qui ont publié l'histoire universelle, tom. I. pag. 247. (D.J.)


NÉRÉIDESS. f. pl. (Mythol.) divinités marines, filles de Nérée & de Doris. Hésiode en compte cinquante, dont je suis d'autant moins obligé de transcrire ici les noms qu'Homere les rapporte un peu différemment, & qu'il n'en nomme que trente-trois. Ces noms, au reste, que ces deux poëtes donnent aux Néréides & qui sont presque tous tirés de la langue grecque, conviennent fort à des divinités de la mer puisqu'ils expriment les flots, les vagues, les tempêtes, la bonace, les rades, les îles, les ports, &c.

Faut-il donc regarder les Néréides comme des personnages métaphoriques, ainsi que leurs noms le signifient, ou comme des personnes réelles ? J'avoue que les Néréides que nomment Hésiode & Homere, ne sont la plûpart que des êtres poëtiques, mais il y en a qui ont existé véritablement, telle que Cassiopée mere d'Andromede, Psammathé mere de Phoque, laquelle, selon Pausanias, étant allée dans le pays voisin du Parnasse, lui donna son nom (ce pays, en effet, a depuis été appellé la Phocide), Thétis mere d'Achille, & quelques autres. Il faut convenir aussi qu'on a donné le nom de Néréides à des princesses qui habitoient ou dans quelques îles, ou sur les bords de la mer, ou qui se rendirent fameuses par l'établissement du commerce ou de la navigation. On le transporta ensuite non-seulement à quelques personnages poëtiques, & dont l'existence n'est dûe qu'à des étymologies conformes aux qualités de leurs noms, mais aussi à certains poissons qui ont la partie supérieure du corps un peu ressemblante à celui d'une femme.

Les Néréides avoient des bois sacrés & des autels en plusieurs endroits de la Grece, sur-tout sur les bords de la mer. On leur offroit en sacrifice du lait, du miel, de l'huile, & quelquefois on leur immoloit des chevres. La néréide Dato, dit Pausanias dans ses corinthiaques, avoit un temple célébre à Gabala.

Pline, l. IX. c. v, raconte que du tems de Tibere on vit sur le rivage de la mer une néréide, & qu'un ambassadeur des Gaules avoit dit à Auguste qu'on avoit aussi trouvé dans son pays sur les bords de la mer plusieurs Néréides mortes ; mais dans les Néréides de Pline & de l'ambassadeur des Gaules à Rome, nos Naturalistes n'auroient vû que des poissons.

Les anciens monumens, de même que les médailles, s'accordent à représenter les Néréides comme de jeunes filles portées sur des dauphins ou sur des chevaux marins, tenant ordinairement d'une main le trident de Neptune, de l'autre un dauphin, & quelquefois une victoire ou une couronne. On les trouve cependant quelquefois moitié femmes & moitié poissons, conformément à ce vers d'Horace,

Desinit in piscem mulier formosa supernè,

Art poët.

telles qu'on les voit sur une médaille de Marseille, ou sur quelques autres encore. (D.J.)


NÉRÉTINI(Géogr. anc.) peuples d'Italie dans le pays des Salentins. Ptolémée, l. III. c. j, nomme leur ville , & la place dans les terres ; c'est aujourd'hui Nardo.


NERFS. m. en Anatomie, corps rond, blanc & long, semblable à une corde composée de différens fils ou fibres, qui prend son origine ou du cerveau, ou du cervelet, moyennant la moëlle allongée, & de la moëlle épiniere, qui se distribue dans toutes les parties du corps, qui sert à y porter un suc particulier que quelques physiciens appellent esprits animaux, qui est l'organe des sensations, & sert à l'execution des différens mouvemens. Voyez SENSATION, MOUVEMENT MUSCULAIRE, &c.

Origine des nerfs. De chaque point de la substance corticale du cerveau partent de petites fibres médullaires qui s'unissant ensemble dans leur progrès, deviennent enfin sensibles & forment ainsi la moëlle du cerveau & l'épine. Voyez CERVEAU & MOELLE, &c.

De-là elles se prolongent, & peu après elles deviennent distinctes & séparées au moyen de différentes enveloppes que leur fournit la dure-mere & la pie-mere, & forment par-là différens faisceaux ou nerfs qui ressemblent, eu égard à la position de leurs fibrilles composantes, à autant de queues de cheval enveloppées dans deux tuniques. Voyez FIBRE.

Il est probable que les fibres médullaires du cervelet partent des environs des parties antérieures de la moëlle allongée, se joignent en partie aux nerfs qui en sortent, mais de maniere à retenir toujours leur origine, leur cours & leur fonction particuliere. Le reste des fibres du cervelet se mêle si intimement avec celles du cerveau, qu'il n'y a peut-être pas dans toute la moëlle allongée de l'épine une seule partie où il ne se trouve des fibres de chacune de ces deux especes, & ainsi ces deux especes de fibres contribuent l'une l'autre à former le corps de chaque nerf, quoique leur fonction & leurs effets particuliers soient fort différens. Voyez CERVELET, &c.

Ces nerfs qui se forment de cette sorte & que la moëlle allongée, envoie sont au nombre de dix paires ; quoique ce soit mal-à-propos qu'on les appelle de la sorte, puisque la plûpart sont composés de plusieurs nerfs distincts & très-gros. Il en part de la même maniere trente paires de la moëlle épiniere, à quoi on peut ajouter les deux nerfs intercostaux.

Tandis que les nerfs sont dans la moëlle, ils ne présentent qu'une espece de pulpe ; mais en la quittant, ils prennent une gaine qui leur est fournie par la pie-mere ; sous cette enveloppe ils avancent jusqu'à la dure-mere, qui leur fournit encore une autre tunique. Voyez DURE-MERE & PIE-MERE.

La substance des nerfs renfermée dans ces deux membranes n'est pas différente de la substance du cerveau, elle n'est qu'une moëlle qui se répand dans toute l'étendue des tuyaux nerveux, & qui est sans doute envoyée du cerveau ; mais y est-elle renfermée dans des petits vaisseaux de la longueur du nerf ? Ou est-elle contenue dans des cellules ? C'est ce qu'on ne sauroit déterminer.

Les enveloppes de ces nerfs sont par-tout garnies de vaisseaux sanguins, lymphatiques & d'autres vésicules d'une texture très-fine qui servent à ramasser, à renforcer & à resserrer les fibrilles, & d'où on doit tirer l'explication de la plûpart des phénomenes, maladies des nerfs, &c.

Lorsque les extrêmités des nerfs se distribuent dans les parties auxquelles elles appartiennent, ils se dégagent alors de leur enveloppe, ils s'épanouissent en une espece de membrane, ou se réduisent en une pulpe molle. Voyez MEMBRANE & PULPE.

Or si l'on considere 1°. que toute la substance vasculaire du cerveau contribue à la formation des fibrilles des nerfs, quoiqu'elle s'y continue même totalement, & qu'elle y finit. 2°. Que lorsque la moëlle allongée est comprimée, tiraillée, & qu'elle tombe en pourriture, toutes les actions qui dépendoient des nerfs qui en sortent, cessent immédiatement après, quoique les nerfs restent entiers & intactes. 3°. Que les nerfs exécutent par-tout presque dans un instant leurs opérations, tant celles qui ont rapport aux mouvemens que celles qui ont rapport aux sensations, & cela soit qu'ils soient lâches, courbes, crasses, rétrogrades & obliques. 4°. Que quand ils sont entierement liés ou comprimés, quoiqu'à tous autres égards ils restent entiers, ils perdent alors toute leur action dans les parties comprises entre la ligature & les extrêmités auxquelles ils tendent, sans en perdre cependant dans les parties comprises entre la ligature & la moëlle du cerveau ou le cervelet, il paroîtra évidemment que les fibres nerveuses tirent continuellement de la moëlle du cerveau un suc qu'elles transmettent par autant de canaux distincts à chacun des points de tout le corps, & que ce n'est que par le moyen de ce suc qu'elles exécutent toutes leurs fonctions dans les sensations & le mouvement musculaire, &c. cette humeur est ce qu'on appelle proprement, esprits animaux ou suc nerveux. Voyez ANIMAL, ESPRIT, &c.

On a supposé, il y a long-tems, que les nerfs sont des petits tuyaux, mais on a eu bien de la peine à découvrir leurs cavités ; enfin on a cru que M. Leuwenhoeck étoit venu à bout de rendre sensibles les cavités qui sont dans les nerfs, mais cette découverte souffre encore quelque difficulté.

Il ne paroît pas qu'il y ait la moindre probabilité dans cette opinion (qui a cependant ses partisans), que les nerfs exécutent leurs opérations par la vibration des fibrilles tendues ; en effet c'est un sentiment contraire à la nature des nerfs, dont la substance est molle, pulpeuse, flasque, croisée & ondée, & suivant lequel on ne sauroit expliquer cette distinction, avec laquelle les objets de nos sensations nous sont représentés, & avec laquelle s'exécutent les mouvemens musculaires.

Or de même que le sang artériel est porté continuellement dans toutes les parties du corps qui sont garnies de vaisseaux sanguins, de même aussi on conçoit qu'un suc préparé dans la substance corticale du cerveau & dans le cervelet, se porte de-là continuellement à chaque point du corps à-travers les nerfs. La petitesse des vaisseaux de la substance corticale, telle que les injections de Ruysch la font connoître, quoique cependant ces injections ne démontrent que des vaisseaux artériels beaucoup plus gros, par conséquent, que les moindres vaisseaux sécrétoires, prouvent combien ces vaisseaux nerveux doivent être déliés, & d'un autre côté la grosseur du volume du cerveau comparée à la petitesse de chaque fibrille, fait voir que leur nombre peut être au-delà de toutes les bornes que l'imagination paroît lui donner. Voyez FILAMENT.

De plus la grande quantité de suc qui s'y porte constamment & qui y est agitée d'un mouvement violent, y remplira continuellement ces petits canaux, les ouvrira & mettra toujours en action ; mais comme il se prépare à chaque moment de nouveaux sucs & que le dernier chasse continuellement le premier, il semble aussi-tôt qu'il a fait sa derniere fonction être chassé hors des derniers filamens dans des vaisseaux quelconques, desorte qu'il fait ainsi sa circulation dans le corps comme toutes les autres liqueurs. Voyez CIRCULATION.

M. Vieussens a cru avoir trouvé des tuyaux qu'il a nommés nevro-lymphatiques, mais sa découverte n'est pas confirmée.

Si nous considérons sur-tout la grandeur du volume du cerveau, du cervelet, de la moëlle allongée & de la moëlle de l'épine, eu égard au volume des autres solides du corps ; le grand nombre de nerfs qui se distribuent de-là dans tout le corps ; que le cerveau & la moëlle de l'épine sont la base d'un embryon, de laquelle, selon le grand Malpighi, se forment ensuite les autres parties ; enfin qu'il n'y a à peine aucune partie dans le corps qui ne sente & qui ne se remue, il paroîtra très-probable que toutes les parties solides du corps sont tissues de fibres nerveuses, & ne sont composées d'autres choses. Voyez FILAMENS & SOLIDES.

Les anciens ne comptoient que sept paires de nerfs qui partent du cerveau, dont ils marquent les usages dans ces deux vers latins,

Optica prima, oculos movet altera, tertia gustat,

Quarta & quinta audit, vaga sexta est, septima linguae.

mais les modernes, comme nous l'avons déja observé, en comptent un plus grand nombre.

Selon eux, les nerfs de la moëlle allongée sont au nombre de dix paires, dont la premiere se nomme nerfs olfactifs ; la seconde, nerfs optiques ; la troisieme, nerfs moteurs des yeux, moteurs communs, oculaires communs ; la quatrieme, nerfs trochléateurs, musculaires obliques supérieurs, communément nommés nerfs pathétiques ; la cinquieme, nerfs innominés, nerfs trijumaux ; la sixieme, moteurs externes, oculaires externes, musculaires externes, oculo-musculaires externes ; la septieme paire, nerfs auditifs ; la huitieme paire, la petite vague, nerf sympathique moyen ; la neuvieme paire, nerfs hypoglosses, nerfs gustatifs, nerfs linguaux ; la dixieme paire, nerfs sous-occipitaux. Voyez OLFACTIF, OPTIQUE, VAGUE, &c.

Les nerfs de la moëlle épiniere sont 1°. une paire de nerfs accessoires ou associés de la huitieme paire de la moëlle allongée ; 2°. une paire de nerfs intercostaux ou grands nerfs sympathiques ; 3°. sept paires de nerfs intervertebaux du col ou nerfs cervicaux ; 4°. douze paires de nerfs intervertebaux du dos, ou nerfs dorsaux, costaux, vrais intercostaux ; 5°. cinq paires de nerfs intervertebaux des lombes, ou nerfs lombaires ; 6°. cinq ou six paires de nerfs sacrés. Voyez ACCESSOIRES & INTERCOSTAUX.

Les autres nerfs qui ont des noms particuliers sont 1°. les branches des nerfs de la moëlle allongée ; comme sont 1°. les trois branches de la cinquieme paire, dont l'une a été nommée nerf orbitaire supérieur, l'autre nerf maxillaire supérieur, & la troisieme nerf maxillaire inférieur ; 2°. les deux branches ou portions du nerf auditif, dont l'une se nomme portion molle & l'autre portion dure. Voyez ORBITAIRE, MAXILLAIRE, AUDITIF, &c.

2°. Les branches des nerfs de la moëlle épiniere, tels sont 1°. les nerfs diaphragmatiques ; 2°. les nerfs brachiaux, dont les six branches différentes ont toutes différens noms, savoir le nerf musculo-cutané, le nerf median, le nerf cubital, le nerf cutané interne, le nerf radial, le nerf axillaire ou articulaire ; 3°. les nerfs cruraux, que l'on divise en trois portions, savoir le nerf crural du fémur ou nerf crural supérieur, le nerf crural du tibia ou nerf crural jambier, le nerf crural du pié ou nerf crural pédieux ; 4°. les nerfs sciatiques qui produisent le nerf sciatique crural, le nerf sciatique poplité, le nerf sciatique tibial, le nerf sciatique peronier, le nerf plantaire interne, le nerf plantaire externe. Voyez DIAPHRAGMATIQUE, BRACHIAL, CRURAL, &c.

3°. Les rameaux de quelques-unes des branches dont nous avons fait mention, ont aussi des noms particuliers ; tels sont les canaux des branches de la cinquieme paire, par exemple, le rameau frontal, le rameau nasal, & le rameau lacrymal de la premiere branche, &c. Voyez FRONTAL, NASAL & LACRYMAL.

Vieussens, Willis & Beretini nous ont particulierement donné des Planches sur les nerfs ; l'ouvrage de ce dernier est intitulé : Beretini tabulae anatomicae, &c. Romae 1741, in-fol. Voyez NEVROGRAPHIE & NEVROLOGIE.

NERFS, jeux de la nature sur les (Physiol.) les nerfs, de même que les vaisseaux sanguins, se répandent dans toutes les parties, quoique d'une maniere fort différente. Le diamêtre des vaisseaux sanguins est toujours proportionné au nombre de leurs divisions, & à leur éloignement du coeur. Il n'en est pas de même des nerfs qui grossissent en plusieurs endroits, & forment des tumeurs qu'on nomme ganglions. Les vaisseaux sanguins ne communiquent ensemble que dans leurs rameaux ; les nerfs se rencontrent à la sortie du crâne, du canal de l'épine, ou dans ses cavités. Leur exilité, leurs entrelacemens, leurs engagemens dans les membranes, & les ligamens qu'ils trouvent sur le passage, en rendent la poursuite très-difficile ; ils se dérobent pour lors aux recherches des mains & des yeux des meilleurs Anatomistes, & avant que de se cacher, ils ne fournissent pas moins de jeux de la nature dans leurs détours, que les vaisseaux sanguins qu'ils accompagnent ; mais il nous doit presque suffire d'en faire la remarque, & d'en citer quelques exemples pour preuve : un détail étendu seroit plus ennuyeux que profitable, & les réflexions que nous avons faites ailleurs sur cette matiere en général, trouvent ici leur application. Nous ajouterons encore qu'il ne faut compter en observations réelles de jeux des nerfs, que sur celles des grands maîtres de l'art ; telles sont les tables névrologiques d'Eustachius.

La division générale du nerf maxillaire en trois, n'est pas toujours constante ; car le premier de ces rameaux sous-orbitaires, donne quelquefois un filet aux dents molaires supérieures.

Le nerf moteur externe donne quelquefois un filet nerveux double, & le nerf de la sixieme paire est quelquefois réellement double, ou fendu en deux avant son engagement dans la dure-mere.

Les filets postérieurs du tronc gauche du pléxus pulmonaire sont quelquefois plus considérables que les filets antérieurs du tronc droit.

Les deux nerfs accessoires de la huitieme paire jettent quelquefois des filets sans communication avec le ganglion, ni avec le plan antérieur.

L'union & le mêlange plexiforme des cinq gros nerfs vertébraux, varient souvent dans les cadavres, ainsi que les six nerfs brachiaux qui en naissent, varient dans leur origine. Le nerf médian est dans quelques sujets formé par l'union de deux seules branches, au lieu de trois.

Les nerfs de l'os sacrum se comptent par paires, dont le nombre augmente quelquefois. L'entrelacement de la troisieme paire souffre aussi ses jeux.

Le nerf de la huitieme paire que Winslow appelle sympathique moyen, & d'autres la paire vague, donne comme on sait, une branche qui communique avec la neuvieme paire ; mais on a vû dans quelques sujets, cette branche communiquer avec le ganglion supérieur du nerf intercostal.

La paire occipitale, nommée la dixieme paire de Willis, a une origine différente dans plusieurs sujets ; quelquefois cette origine est double, & perce la dure-mere avec l'artere vertébrale, comme Eustachi l'a dépeinte. Tab. 17. fig. 2.

L'origine du nerf intercostal est encore une question. On peut, peut-être, regarder le filet qui vient de la sixieme paire, comme son principe, parce qu'on observe quelquefois par un jeu de la nature, que les filets du nerf ophthalmique, nommé par M. Winslow nerf orbitaire, ne s'y joignent pas. Ce nerf intercostal forme dans le bas ventre un ganglion très-considérable, qu'on a nommé mal-à-propos sémi-lunaire, puisque sa forme varie autant que sa grosseur. Le ganglion sémi-lunaire droit & gauche, sont quelquefois réunis en un seul ; quelquefois on en rencontre trois, quatre, & davantage.

Au reste, tous les pléxus hépatiques, spléniques, mésentériques, rénal, hypogastriques, qui viennent des filets du tronc de l'intercostal, varient si fort dans leur distribution, leur grosseur & leur nombre, que ceux qu'on observe d'un côté, sont pour l'ordinaire très-différens de ceux qu'on observe de l'autre ; de sorte qu'il n'est pas possible de décrire de telles variétés, qui sont peut-être la cause de plusieurs mouvemens sympathiques particuliers à certaines personnes, & que d'autres n'éprouvent point au même degré.

Ajoutez que tous les nerfs de la moëlle épiniere, qu'on nomme cervicaux, au nombre de sept paires, grossissent après avoir percé la premiere enveloppe, & forment comme le nerf intercostal, des ganglions qui sont plus ou moins remarquables dans les différens sujets.

Enfin l'histoire des nerfs intestinaux est si composée, qu'il n'est pas possible de la donner ; car ils ont des origines & des distributions différentes presque dans chaque sujet. (D.J.)

NERF, ou NERVURE, par analogie aux nerfs des animaux, (Coupes des pierres) est une arcade de pierre en saillie sur le nud des voûtes gothiques, pour en appuyer & orner les angles saillans par des moulures, & fortifier les pendentifs. Plusieurs églises gothiques ont des morceaux curieux en ce genre. L'église de saint Eustache à Paris, quoique bâtie vers le tems de la renaissance de l'Architecture, a sur la croisée des deux nerfs, un pendentif fort bien exécuté.

On donne différens noms aux nervures par rapport à leur situation ; celles qui traversent perpendiculairement, s'appellent arcs doubleaux, comme a a, b b, fig. 18 ; celles qui traversent diagonalement, s'appellent arcs d'ogives, comme b, a b ; celles qui traversent obliquement entre les arcs doubleaux & les ogives, s'appellent liernes & tiercerons, comme bo, bo, mo. (D)

NERFS, (Jardinage) les nerfs d'un végétal sont les tuyaux longitudinaux qui portent le suc nourricier dans les parties les plus élevées.

NERF, (Maréchallerie) on appelle improprement ainsi un tendon qui coule derriere les os des jambes. Ses bonnes qualités sont d'être gros & bien détaché, c'est-à-dire apparent à la vue, & détaché de l'os. Le nerf failli est celui qui va si fort en diminuant vers le pli du genou, qu'à peine le sent-on en cet endroit ; ce qui est un mauvais prognostic pour la force du cheval.

NERF FERRURE, en termes de Manege ; signifie une entorse, une enflure douloureuse, ou une atteinte violente, que le cheval se donne aux nerfs des jambes de devant avec la pince des piés de derriere.

NERF DE CERF, (Venerie) c'est le membre qui sert à la génération.

NERFS, s. m. pl. (Terme de Relieurs) les Relieurs appellent de la sorte les ficelles ou petites cordes qu'ils mettent au dos de leurs livres, & sur lesquelles se cousent & s'arrêtent les cahiers dont ils sont composés.

NERF DE BOEUF, (Terme de Sellier) c'est le nerf séché qui se tire de la partie génitale de cet animal. Quand ce nerf est réduit en matiere de filasse longue de huit à dix pouces, par le moyen de certaines grosses cardes de fer, il s'emploie par les Selliers à nerver avec la colle forte, les arçons des selles & les panneaux des chaises & carosses ; il entre aussi dans la fabrique des batoirs propres à jouer à la paume. A Paris ce sont ces ouvriers qui le préparent, qui le portent vendre aux marchands merciers quincailliers, par paquets du poids d'une livre ; & c'est chez ces marchands, que les artisans qui en ont besoin les vont acheter. (D.J.)


NERGELou NERGAL, (Critiq. sacrée) voyez Buxtorf, dans son grand dictionnaire écon. 1396 & 1397. divinité des Cuthéens, peuples d'Assyrie, comme il paroît par un passage du II. liv. des Rois, ch. xvij. v. 30. cette divinité étoit apparemment le soleil ou le feu qu'adoroient les anciens Perses, dumoins ce sentiment est conforme à l'étymologie du nom nergel, qui veut dire une fontaine de feu. Au reste les Samaritains furent appellés Cuthéens depuis que Salmanassar eut envoyé des Cuthéens & d'autres nations peupler les provinces des dix tribus.


NERGHS(Géogr.) ville de Géorgie, à 77 d. de long. & à 43 d. de lat.


NÉRICIE(Géogr.) province de Suede dans les terres à l'extrêmité du lac Vater. Elle a des mines de fer, d'alun & de soufre. On ne compte qu'une ville dans la Néricie, savoir Orébro, ou Oréborg, ou Orébroa, comme on voudra la nommer.


NÉRINDE(Toilerie de coton) toile de coton blanche qui vient des Indes orientales ; c'est une sorte de taffetas étroit & assez grossier.


NÉRIS(Géogr. anc.) nom commun à une ville de Messénie, selon Etienne le géographe, & à une ville de Grece dans l'Argie, selon Pausanias, qui la met aux confins de la Laconie.

NERIS, (Géogr. anc.) ou Nerus, Nerea Nerensis vicus ; ville d'une ancienneté gauloise, qui n'est aujourd'hui qu'un bourg aux confins du Bourbonnois & de l'Auvergne, sur un côteau, ou plutôt sur des rochers. Il y a quelques restes d'antiquité, & des eaux minérales insipides, que les anciens ont connues, & qu'ils nommoient aquae Neriae.


NÉRITES. f. (Conchyliol.) genre de coquillage dont voici le caractere générique. Les nérites, autrement dites limaçons à bouche demi-ronde ou ceintrée, sont des coquilles univalves, dont le corps est ramassé, la bouche plate, garnie de dents, quelquefois sans dents du côté du fut. Il y en a dont le sommet est élevé, & d'autres dont le sommet est très-applati.

La famille de ce genre de coquillage a plusieurs caracteres spécifiques, qui forment sous chaque genre des especes considérables, qu'on distingue généralement en nérites & en limaçons.

Les nérites, outre le caractere générique d'avoir la bouche demi-ronde, ont les unes des gencives, & les autres sont ombiliquées.

Les limaçons à bouche demi-ronde ou ceintrée, différent des nérites, en ce qu'ils n'ont jamais ni dents ni gencives, ni palais. Bonanni dérive nérite des néréides ; pour justifier son étymologie, il nomme cette coquille, la fleur, la reine de la mer, & en conséquence il l'a confondue avec les trompes & les porcelaines. Ce qu'il y a de sûr, c'est que les nérites naissent dans les cavernes & sur les rochers auxquels elles sont adhérentes. On n'en trouve point de terrestres vivantes.

Le caractere générique de la famille des limaçons, est d'avoir la bouche demi-ronde, peu de contours, & l'extrêmité de la volute très-peu saillante.

Les especes de nérites sont les suivantes, rangées sous les deux divisions générales de nérites garnies de dents, & de limaçons ombiliqués.

1°. La nérite garnie de dents ; 2°. la nérite appellée la quenotte, ou à dent sanguine ; 3°. la nérite nommée le palais de boeuf ; 4°. la nérite striée & pointillée ; cette espece, quand elle est dépouillée de sa coque externe, & qu'elle est bien polie, présente une coquille très-belle, & recherchée par les curieux : 5°. la nérite cannelée ; 6°. la nérite rayée de sillons marbrés ; 7°. la nérite appellée la grive, à cause de sa robe cannelée, semée de taches blanches & noires ; 8°. la nérite qu'on nomme la perdrix.

Parmi les nérites qui n'ont point de dents, on connoît les especes suivantes : 1°. la nérite jaspée avec un bec ; 2°. la nérite jaspée avec un couvercle ; 3°. la nérite nommée le pois de mer, citronnée ; 4°. le pois de mer jaune ; 5°. la nérite piquante ; 6°. la nérite à reseau ; 7°. la nérite à taches noires ; 8°. la nérite à bandes rouges & jaunes ; 9°. la nérite à stries légeres & verdâtres ; 10°. à ondes en zig-zag.

Entre les limaçons ou nérites ombiliquées, on distingue les especes suivantes : 1°. le limaçon à long ombilic ; 2°. le limaçon à sommet élevé ; 3°. le limaçon à sommet applati ; 4°. le limaçon testiculé ; 5°. le limaçon dit bernard l'hermite ; 6°. le limaçon mamelu ; 7°. le limaçon à petit mamelon ; 8°. le limaçon dit l'écorce d'orange. Il y a d'autres limaçons ou nérites en grand nombre, qu'il seroit inutile de détailler, parce qu'ils ne différent que par la couleur du fond, les bandelettes, les zônes ou le pointillage. Hist. natur. éclaircie. Voyez cette coquille, Pl. XXI. fig. 21. (D.J.)


NERIUM(Botan.) Voyez LAURIER-ROSE.


NÉRONDES(Géog.) petite ville de France dans le Forez, élection de Roanne, avec une chatellenie royale. Long. 22. 10. lat. 45. 20.

C'est la patrie du P. Coton (Pierre), jésuite, dont le P. Daniel parle trop dans son histoire, tandis qu'il parle trop peu d'Henri IV. Le P. Coton fut confesseur de ce prince, & mourut à Paris en 1626, à 63 ans. Les ouvrages qu'il a mis au jour n'ont pas passé jusqu'à nous. (D.J.)


NÉRONIENSJEUX (Jeux romains) jeux littéraires institués par Néron l'an 813 de Rome. Cet empereur qui aspiroit à la gloire frivole d'être tout ensemble poëte & orateur, crut signaler son regne par l'établissement d'un combat littéraire. Dans les jeux qui de son nom furent appellés néroniens, neronia certamina, & qui devoient avoir lieu tous les cinq ans, mais qu'il fit célébrer beaucoup plus fréquemment ; dans ces jeux, dis-je, il y avoit entr'autres, à la maniere des Grecs, un combat de musique, musicum certamen. Par ce mot de musique, musicum, on doit entendre un combat poëtique ; ce qui prouve cette interprétation, c'est qu'on lit dans Suétone, ch. xij. que cet empereur par le suffrage des juges qu'il avoit établis pour présider à ce combat, y reçut la couronne du vainqueur en poësie & en éloquence, quoique cette couronne fût l'objet de l'émulation de tout ce qu'il y avoit alors de gens distingués par leurs talens en ces deux parties. (D.J.)


NERPRUNrhamnus, s. m. (Hist. nat. Botan.) genre de plante à fleur monopétale, en forme d'entonnoir divisée en quatre parties. Il s'éleve du fond de cette fleur des étamines avec le pistil qui devient dans la suite une baie molle & pleine de suc ; elle renferme le plus souvent quatre semences calleuses, relevées en bosse d'un côté, & applaties de l'autre. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

NERPRUN, rhamnus, arbrisseau qui se trouve communément dans les haies des pays temperés de l'Europe. Il peut s'élever à dix-huit ou vingt piés, mais ordinairement on ne le voit que sous la figure d'un buisson, de dix ou douze piés de hauteur. Cet arbrisseau fait rarement de lui-même une tige un peu droite ; il se garnit de quantité de rameaux qui s'écartent, se croisent, & prennent une forme irréguliere. Ses branches sont garnies de quelques épines assez semblables à celles du poirier sauvage. Sa feuille est assez petite, unie, luisante, légerement dentelée & d'un verd brun. Sa fleur qui paroit au mois de Juin est petite, d'une couleur herbacée qui n'a nulle apparence. Le fruit qui la remplace est une baie molle, de la grosseur d'un pois, remplie d'un suc noir, verdâtre, qui contient en même-tems plusieurs semences : elles sont en maturité au commencement de l'automne. Cet arbrisseau est agreste & très-robuste : il se plait dans une terre franche & grasse ; il aime l'ombre, l'humidité & le voisinage des eaux ; cependant on peut le faire venir partout. Si on veut le multiplier, le plus court sera d'en semer la graine au moment de sa maturité ; elle levera au printems, & les jeunes plants seront en état d'être transplantés l'automne suivant. On n'en fait nul usage pour l'agrément, il n'est propre qu'à faire des haies qui se garnissent bien & assez promptement. Son feuillage est assez joli : les insectes ne s'y attachent point.

Les baies du nerprun sont de quelqu'utilité : les oiseaux s'en nourrissent par préférence & ne les laissent pas long-tems sur l'arbrisseau. Elles sont très-purgatives ; on en fait un syrop qui est d'un grand usage en Médecine. Ses baies sont aussi de quelque ressource dans les arts : on en fait une couleur que l'on nomme verd de vessie qui sert aux Peintres & aux Enlumineurs.

Le nerprun a si généralement une vertu purgative, qu'on prétend que les fruits qui ont été greffés sur cet arbrisseau purgent violemment lorsqu'on en mange. Quelques auteurs, comme Simon Pauli & Garidel, assurent qu'on a greffé avec succès le prunier & le cerisier sur cet arbrisseau ; ce sont apparement des hasards qu'il est difficile de rencontrer. On a tenté quantité de fois ces greffes sans qu'elles ayent réussi.

Le bois du nerprun est excellent pour faire des échalas : ils sont d'aussi longue durée que ceux que l'on fait de bois de chêne.

Il y a plusieurs especes de nerprun.

1°. Le nerprun purgatif ordinaire. C'est à cette espece qu'on doit appliquer ce qui a été dit ci-dessus.

2°. Le petit nerprun purgatif, ou la graine d'Avignon. Cet arbrisseau vient assez communément en Provence ; il ne s'éleve guere qu'à quatre ou cinq piés, on peut aisément le multiplier de branche couchée, ou de semence comme le précédent, & il est presqu'aussi robuste ; son feuillage a quelqu'agrément de plus, mais sa fleur n'a pas meilleure apparence, elle vient un mois plus tôt, & ses baies sont en maturité dès le mois de Juillet, on en fait usage pour les Arts. Ce fruit étant cueilli verd se nomme graine d'Avignon ; on en fait une couleur jaune pour la teinture des étoffes ; il sert aussi à faire ce qu'on appelle le stil de grain pour l'usage des peintres à l'huile & en miniature.

3°. Le petit nerprun purgatif à feuille longue.

4°. Le nerprun d'Espagne à fruit noir.

5°. Le nerprun d'Espagne à feuille de buis.

6°. Le nerprun d'Espagne à feuille d'olivier.

7°. Le nerprun d'Espagne à feuille de millepertuis.

Ces quatre dernieres especes se trouvent dans les bois en Espagne, en Portugal, en Italie & dans les provinces méridionales de France. Ce sont de petits arbrisseaux de six ou huit piés de hauteur qui sont assez robustes pour passer l'hyver en pleine terre dans les autres provinces du Royaume, mais elles ne sont pas plus de ressource pour l'agrément que pour l'utilité.

8°. Le nerprun à feuilles d'amandier.

9°. Le nerprun du levant à petites feuilles d'amandier.

10°. Le nerprun du levant à feuilles d'alaterne.

11°. Le nerprun de Candie à petites feuilles de buis. Ces quatre dernieres especes sont d'aussi grands arbrisseaux que le nerprun commun ; elles sont presqu'aussi robustes, mais peu intéressantes quoique rares.

12°. Le petit nerprun d'Espagne à feuilles de buis. Ce petit arbrisseau est de fort belle apparence. De toutes les especes du nerprun, c'est celle qui a le plus d'agrément.

13°. Le nerprun à feuilles de saule. Cet arbrisseau est toujours verd, il se trouve sur les bords du Rhône & du Rhin, il s'éleve à cinq ou six piés, il donne au mois de Juin une grande quantité de fleurs herbacées qui n'ont nul agrément, elles sont remplacées par des baies jaunes, qui restent sur l'arbrisseau pendant tout l'hyver.

14°. Le nerprun de Montpellier. C'est un grand arbrisseau tout hérissé d'épines extrêmement longues ; il donne dès le mois de Mars de petites fleurs blanches qui ressemblent à celles du bois joli ou mezereon, & en automne l'arbrisseau se renouvelle en donnant de secondes fleurs & même d'autres feuilles. On peut les manger en salade dans leur nouveauté ainsi que la cime des jeunes rejettons.

15°. Le nerprun d'Espagne à feuilles capillaires. C'est un petit arbrisseau de l'orangerie pour ce climat, il n'a que le mérite de la singularité, par rapport à sa feuille qui est aussi menue qu'un fil, il se garnit d'une grande quantité de rameaux flexibles qui s'inclinent jusqu'à terre. On se sert de ses baies pour teindre en verd & en jaune. Cet arbrisseau se plait parmi les pierres & même sur les rochers.

NERPRUN, (Pharmacie & Matiere médicale) noirprun, bougépine. Les baies de cet arbrisseau sont la seule partie dont on se sert en Médecine ; elles sont très-purgatives & de l'ordre de ces évacuans que les anciens ont appellés hydragogues, voyez PURGATIFS. Aussi fournissent-elles un des purgatifs des plus usités dans l'hydropisie, la cachexie, les bouffissures édemateuses, &c. Ce remede convenablement réitéré a souvent réussi, lors même que les malades avoient une quantité d'eau considérable épanchée dans le ventre. Les différentes préparations de ces baies évacuent ces eaux très-puissamment.

Ces préparations sont un rob & un sirop préparés avec les baies récentes, c'est-à-dire avec leur suc ; ce sirop est surtout très-usité ; il se donne à la dose d'une once jusqu'à deux, soit seul soit avec de la manne dans une décoction appropriée, soit mêlé dans les potions purgatives ordinaires ; on peut donner aussi ces baies mures, desséchées & réduites en poudre ou bien en décoction dans de l'eau ou du bouillon, mais ces formes ne sont point usitées.

Le sirop de nerprun entre dans la composition des pilules cochées. (b)


NERTOBRIGA(Géog. anc.) ancienne ville de l'Espagne Tarragonoise selon Ptolémée, liv. II. ch. vj. qui la place chez les Celtibères, entre Turtasso & Biblis ; elle étoit considérable, & fut détruite dans le tems de l'invasion des barbares. De ses ruines qui sont auprès de Mérida, on en a bâti trois ou quatre bourgades. (D.J.)


NERULUM(Géog. anc.) l'itinéraire d'Antonin la met sur la route de Milan à la Colomne. Tite-Live, liv. IX. ch. xx. dit que le consul Emilius la prit d'emblée.


NERVÉadj. terme de Blason. Il se dit de la fougere & autres feuilles dont les fibres & les nerfs paroissent d'un autre émail. Les anciens princes d'Antioche, d'argent à la branche ou feuille de fougere de synople, nervée d'or.


NERVER UN LIVRE(terme de Relieur) C'est en dresser les nerfs sur le dos & les fortifier avec bonne colle & parchemin, ce qu'on appelle autrement endosser un livre.

NERVER, v. a. (terme d'ouvriers) Ce mot se dit aussi de divers ouvrages sur lesquels pour les fortifier, on applique avec de la colle des nerfs de boeufs battus & réduits en une espece de filasse. On nerve des panneaux de carrosse, des arçons de selle, des battoirs de longue & courte paume, &c. (D.J.)


NERVEUXadj. (Anatomie) tout ce qui a rapport avec les nerfs.

NERVEUX, DEMI, s. m. (Anatomie) C'est un des muscles fléchisseurs de la jambe, ainsi appellé parce que son tendon inférieur est long & ressemblant à un nerf ; il s'attache à la tubérosité de l'os ischium & s'unit avec la longue tête du biceps & va se terminer par un tendon long & grêle à la partie antérieure & supérieure du tibia, après avoir passé par-dessus la partie latérale du condyle interne. (L )

NERVEUX, adj. (Maréchal.) un cheval nerveux, est celui qui a beaucoup de force. Javart nerveux, voyez JAVART.

NERVEUSES, maladies, l'on peut appeller de ce nom, toutes les affections morbifiques, qui dépendent sur-tout d'une trop grande irritabilité dans les solides du corps humain, d'une trop grande sensibilité du genre nerveux, d'où s'ensuivent différens désordres, plus ou moins considérables dans l'économie animale, qui influent sur toutes les fonctions, ensorte que l'esprit en est ordinairement aussi affecté que le corps. Telles sont la mélancolie, la passion hypocondriaque, la passion hystérique, les vapeurs, la consomption angloise, qui n'est autre chose qu'une fievre lente nerveuse ; les affections spasmodiques, convulsives, épileptiques, qui sont idiopathiques, c'est-à-dire qui sont produites par une disposition habituelle à l'érétisme du cerveau, & de ses productions, avec beaucoup d'irrégularité dans les effets qui en sont les suites. Voyez les articles de ces différentes especes de maladies du même genre chacune en son lieu. Voyez IRRITABILITE, SENSIBILITE, NERFS, VAPEURS.


NERVIENSNervii, (Géog. anc.) anciens peuples de la Gaule Belgique. Ils tiroient leur origine des Germains, selon Strabon, liv. IV. p. 194. qui les place au voisinage des Treviri. César, liv. II. c. iv. en parle comme d'un peuple considérable qui pouvoit fournir jusqu'à 50 mille hommes pour une guerre commune. En effet, leur cité étoit d'une si grande étendue, qu'elle prenoit depuis les Treviri jusqu'aux Bellovaci. César s'étend beaucoup sur leur compte & sur leur valeur. Ils lui donnerent une bataille dont il parle comme de la plus sanglante & de la plus périlleuse où il se soit trouvé en sa vie. Il semble que Cameracum, Cambrai, devoit être la capitale des Nerviens. Le P. Briet, ainsi que Cluvier, leur donne Turnacum, Tournay, Bagacum, Bavay en Hainault, Pons Scaldis, Condé, & Ventinianae, Valenciennes. Il paroît donc que la cité des Nerviens comprenoit le Hainault, le Cambrésis, & la Flandre Françoise. (D.J.)


NERVIN(Méd. thérap.) c'est un des noms par lesquels les Médecins ont désigné une des propriétés générales des remedes qu'ils ont aussi appellés toniques & roborans. Voyez TONIQUE.


NERVIO(Géog.) riviere d'Espagne dans la Biscaye, & la plus considérable de la province. Les Biscayens l'appellent en leur langue Ybay-Cabal, ce qui signifie une large riviere. Elle traverse le milieu du pays du midi au septentrion, passe à Bilbao, capitale de la province ; & à deux milles au-dessous de cette ville, elle va se jetter dans l'Océan. Les anciens l'ont appellée Chalybs. Son eau est excellente pour la trempe des armes. De-là venoit que les Cantabres n'estimoient que celles dont le fer avoit été trempé dans le Chalybs.


NERVURESS. f. pl. (Archit.) ce sont dans les feuillages des rinceaux d'ornemens, les côtes élevées de chaque feuille qui représentent les tiges des plantes naturelles. Ce sont aussi des moulures rondes sur le contour des consoles.

NERVURE, en terme de broderie au métier, est la côte médiante d'une fleur imitée par des points fendus. Voyez POINTS FENDUS.

NERVURE, s. f. terme de Librairie ; l'art d'appliquer des nerfs. On le dit aussi des nerfs mêmes quand ils sont appliqués. On appelle dans la Librairie la nervure d'un livre, ces parties élevées qui paroissent sur le dos des livres, & qui sont formées par les nerfs ou cordes qui servent à le relier. (D.J.)

NERVURE, s. f. terme de Tissutiers-Rubaniers ; c'est aussi un petit passe-poil d'or, d'argent, de soie ou d'autre matiere que les Tissutiers-Rubaniers font, & que les marchands Merciers vendent pour mettre sur les coutures des habits, ce qui y fait une sorte d'ornement. Savari.


NERZINSKOI(Géog.) ville des états du grand duc de Moscovie en Sibérie, capitale de la province de Daousi sur la Nerza. Elle est fortifiée, munie d'une bonne garnison, & habitée par des payens qui y vivent sous la protection du czar. Long. 136. 20. lat. 51. 30.


NÉSA(Géog.) ville d'Asie dans la Perse, au désert de Kirac, entre Khorassan & le Carezem, à 93. deg. 20 de long. & 48. 45. de lat.


NESACTIUM(Géog. anc.) Ptolémée écrit Nesactum, & Tite-Live Nesartium. Il faut lire dans cet historien la description qu'il fait, liv. xlj. chap. xv. du siege & de la prise de cette ville de l'Istrie, par M. Junius & A. Manlius, l'an 575. de la fondation de Rome. Les habitans manquant d'eau, égorgerent leurs femmes & leurs enfans & jetterent leurs corps par-dessus les murailles, afin que les Romains eussent horreur de l'extrêmité à laquelle ils les réduisoient. Mais les assiégeans escaladerent les murs, entrerent dans la ville, & firent esclaves ou passerent au fil de l'épée le reste des habitans. Le roi Apulo qui s'y étoit renfermé pour la défendre, se tua pour s'épargner l'ignominie de la captivité. Nesactium est aujourd'hui Castel-nuovo, à l'embouchure de l'Arsias. (D.J.)


NESAEA(Géog. anc.) en grec ; nom que Strabon donne à une partie de l'Hircanie, au travers de laquelle coule le fleuve Ochus.


NÉSIS(Géog. anc.) petite ville d'Italie sur les côtes de la Campanie, auprès de Pouzzol. Ciceron en parle dans ses lettres à Atticus, & dit que plusieurs romains y avoient des maisons de plaisance. Pline vante la beauté des asperges qui y croissoient. C'est aujourd'hui l'île Nesita.

Nésis est encore le nom d'une ville ou lieu de la Sarmatie asiatique, selon Arrien dans son Périplée. (D.J.)


NESLES. f. (Monnoie) petite monnoie de billon dont on se servoit encore en France vers le milieu du xvij. siecle ; elle valoit quinze deniers. Il y avoit aussi des doubles nesles qui avoient cours pour six blancs ou 30 deniers. Les unes & les autres furent décriées & ne furent plus reçues que pour douzains.

On leur avoit donné le nom de nesle, de la tour de Nesle où s'en étoit faite la fabrication. Cette tour étoit vers le fauxbourg S. Germain, où l'on a bâti depuis le college Mazarin, vulgairement appellé college des Quatre Nations, vis-à-vis l'ancienne tour du louvre.

NESLE, (Géog.) ou Nelle, en latin Nigella ; petite ville de France dans la Picardie, avec titre de marquisat qui est le premier de France. Charles dernier duc de Bourgogne, la prit en 1472. Il s'y est tenu un concile l'an 1200. Elle est sur l'Ingon, à 3 lieues N. E. de Roye, 26 N. E. de Paris, 7 S. O. de Saint-Quentin. Long. 20. 34. 25. lat. 49. 45. 30. (D.J.)


NESSLAC, (Géog.) en anglois Loch-Ness, lac d'Ecosse dans la province de Murray. Ce lac est un grand reservoir d'eau douce ; il forme un bassin de vingt-quatre milles de long, sur environ un mille de large, renfermé entre deux paralleles produites par des chaînes de montagnes, ce qui lui donne l'air d'un long & vaste canal. Mais ce qui rend ce lac très-remarquable, c'est qu'il est d'une grande profondeur & qu'il ne gele jamais ; la sonde va depuis 116 jusqu'à 120 toises, & dans un endroit jusqu'à 135. Il abonde en gros & excellent poisson : son eau est douce, & dissout promptement le savon.

On cherche avec empressement la cause qui l'empêche de se geler ; car il paroît qu'il ne faut pas songer ni à des minéraux, ni à des sources chaudes. Je croirois donc qu'il faut l'attribuer à la grande profondeur de ce lac. Le comte de Marsigli a observé que la mer à la profondeur de 100 jusqu'à 120 toises, est du même degré de chaleur, depuis le mois de Décembre jusqu'au commencement d'Avril ; & il conjecture qu'elle reste ainsi toute l'année. Or il est raisonnable de penser que la grande profondeur de l'eau du lac Ness n'est guere plus affectée que celle de la mer ne l'est de la chaleur & du froid de l'air ; ainsi la surface du lac Ness peut-être préservée de la gelée par la vaste quantité d'eau qui est audessous, & dont le degré de chaleur est fort au-dessus du degré de froid qui gele l'eau.

Une autre chose peut encore concourir à empêcher le lac Ness de se geler, c'est qu'il ne regne jamais de calme parfait sur ce lac ; le vent soufflant toûjours d'un bout à l'autre, y fait une ondulation assez considérable pour empêcher que l'eau qui est sans cesse agitée, ne se prenne par la gelée. Cette derniere raison semble être confirmée par une observation qu'on fait communément dans le voisinage ; c'est que lorsqu'on tire de l'eau de ce lac en hiver, & qu'on la laisse reposer, elle gele tout aussi vîte qu'une autre eau. (D.J.)


NESSA(Géog. anc. & mod.) nom commun à plusieurs villes : 1° à une ville de Sicile dont parle Thucidide : 2° à une ville de l'Arabie heureuse que Pline, liv. vj. chap. xxviij. met sur la côte de la mer : 3° à une ville de Perse dans la partie méridionale du Schirvan. Les Géographes du pays mettent cette derniere à 84. deg. 45. de long. & à 38. deg. 40. de lat.


NESTE(Géog.) petite riviere de France ; elle prend sa source vers le haut Cominge, coule dans la vallée d'Auge, & se jette enfin dans la Garonne à Montréal.


NESTÉESS. f. pl. (Littérat.) , de , qui est à jeun ; c'étoit un jeûne établi à Tarente, en mémoire de ce que leur ville étant assiegée par les Romains, les habitans de Rhégio pour leur fournir des vivres, s'abstinrent généreusement de manger tous les dixiemes jours, ravitaillerent ainsi sur l'épargne de leur subsistance, la ville de Tarente, & l'empêcherent d'être prise. Les Tarentins voulant laisser un monument de l'extrêmité à laquelle ils avoient été réduits, & du service signalé que leur avoient rendu les Rhégiens, instituerent ce jeûne mémorable. (D.J.)


NESTORIENSS. m. (Théolog.) anciens hérétiques, dont on prétend que la secte subsiste encore aujourd'hui dans une grande partie du Levant, & dont la principale doctrine est que Marie n'est point mere de Dieu. Voyez MERE DE DIEU.

Ils ont pris leur nom de Nestorius, qui de moine devint clerc, prêtre & fameux prédicateur, & fut enfin élevé par Théodose au siege de Constantinople après la mort de Sisinnius, l'an 428.

Il fit paroître d'abord beaucoup de zele contre les hérétiques dans les sermons qu'il prononçoit en présence de l'empereur ; mais s'étant émancipé jusqu'à dire qu'il trouvoit bien dans l'Ecriture que la Vierge étoit mere de J. C. mais qu'il n'y trouvoit pas qu'elle fût mere de Dieu, tout son auditoire fut choqué de ses paroles, & une grande partie se sépara de sa communion.

Ses écrits se répandirent bientôt après dans la Syrie & en Egypte, où ils séduisirent beaucoup de monde malgré les oppositions de S. Cyrille.

Il soutenoit qu'il y avoit deux personnes en J. C. que la Vierge n'étoit point mere de Dieu, mais seulement de J. C. comme homme. Voyez PERSONNE. Sa doctrine fut condamnée dans le concile d'Ephese, où assisterent 274 évêques : Nestorius y fut anathématisé & déposé de son siege.

Nestorius n'étoit pas le premier auteur de cette hérésie ; il l'avoit apprise à Antioche où il avoit étudié. Théodore de Mopsueste avoit enseigné la même chose avant lui.

Il est difficile de savoir si les chrétiens chaldéens, qui font encore aujourd'hui profession du nestorianisme, sont dans les mêmes sentimens que Nestorius, qu'ils regardent comme leur patriarche. Ils ont fait diverses réunions avec l'Eglise romaine ; mais il ne paroît pas qu'elles aient subsisté long-tems. La plus considérable est celle qui arriva sous le pontificat de Paul V.

Jusqu'au tems de Jules III. les Nestoriens n'avoient reconnu qu'un patriarche, qui prenoit la qualité de patriarche de Babylone. Mais une division qui survint entr'eux fut cause que le patriarchat fut divisé, au-moins pour quelque tems. Le pape Jules leur en donna un autre qui établit sa résidence à Carémit en Mésopotamie ; mais ses successeurs incapables de balancer le pouvoir de celui de Babylone, furent obligés de se retirer en Perse. Les affaires demeurerent dans cet état jusqu'au pontificat de Paul V. sous lequel il se fit une réunion solemnelle avec l'Eglise romaine. Leur patriarche reconnut qu'elle étoit la mere & la maîtresse de toutes les autres Eglises du monde, & dépêcha vers le pape des personnes habiles pour négocier cette réunion, & composer ensemble une explication des articles de leurs religions, prétendant que leurs disputes avec l'Eglise romaine n'étoient que des disputes de nom.

De-là quelques savans prétendent qu'il n'y a plus de véritable hérésie nestorienne, ce qu'ils prouvent par les actes que les Nestoriens mêmes ont produit à Rome sous le pape Paul V. & qui ont été imprimés dans la même ville, dans le recueil de Strozza, l'an 1617. Elie qui étoit alors patriarche des Nestoriens, joignit à la lettre qu'il écrivit au pape, une confession de foi de son église, où il témoigne avoir des sentimens orthodoxes sur le mystere de l'incarnation, quoique les expressions ne soient pas toûjours les mêmes que celles des Latins. Voici quelle est selon ces auteurs, la croyance des Nestoriens sur ce mystere. Ils assurent que J. C. a pris un corps de la sainte Vierge, qu'il est parfait tant en l'ame qu'en l'entendement, & en tout ce qui appartient à l'homme : que le verbe étant descendu en une vierge, s'est uni avec l'homme, & qu'il est devenu une même chose avec lui : que cette unité est sans mêlange & sans confusion, & que c'est pour cela que les propriétés de chaque nature ne peuvent être détruites après l'union. Pour ce qui est du reproche qu'on leur fait qu'ils n'appellent point la Vierge mere de Dieu, mais mere de J. C. le patriarche Elie répond, qu'ils en usent ainsi pour condamner les Appollinaristes qui prétendent que la divinité est en J. C. sans l'humanité, & pour confondre Themisthius qui assûroit que le Christ n'étoit que l'humanité sans la divinité. Il réduit ensuite les points de créance dans lesquels on dit que les Nestoriens ne conviennent point avec l'Eglise romaine, à cinq chefs : savoir en ce que les Nestoriens n'appellent point la sainte Vierge mere de Dieu, mais mere de J. C. 2° en ce qu'ils reconnoissent en J. C. deux personnes 3° en ce qu'ils n'admettent en lui qu'une puissance & une volonté. 4° en ce qu'ils disent simplement que le S. Esprit procede du Pere. 5°. en ce qu'ils croient que la lumiere qu'on fait le jour du Samedi saint au sépulchre de notre Seigneur, est une lumiere véritablement miraculeuse. L'abbé Adam, un des députés du patriarche, expliqua ainsi les trois premiers articles ; car pour les deux autres, tous les Orientaux les soutiennent aussi-bien que les Nestoriens. Il dit donc pour la justification des siens : 1°. qu'il est facile de concilier l'Eglise romaine, qui appelle la Vierge mere de Dieu, avec la nestorienne qui l'appelle mere de Christ, parce que c'est un principe reçu des deux églises, que la divinité n'engendre point, ni n'est point engendrée ; qu'il est vrai que la Vierge a engendré Jésus-Christ, qui est Dieu & Homme tout ensemble ; que néanmoins ce ne sont pas deux fils, mais un seul & véritable fils. Il ajoute que les Nestoriens ne nient pas qu'on ne puisse appeller la Vierge mere de Dieu, parce que Jésus-Christ est véritablement Dieu. Mais conformément à leurs anciens préjugés ils s'abstiennent de ces expressions, & ne se conforment pas au langage de l'Eglise romaine. 2° Il est constant que les Latins reconnoissent en J. C. deux natures & une seule personne, au lieu que les Nestoriens disent qu'il y a en lui deux personnes & une prosopa ou personne visible, & outre cela qu'il n'y a en J. C. qu'une puissance ou vertu. L'Abbé Adam concilie ces deux sentimens qui paroissent opposés, par l'explication qu'il donne de ce mystere. Les Nestoriens, selon lui, distinguent per mentem, ou dans leur entendement, deux personnes conformément aux deux natures qui sont en J. C. & ne voient de leurs yeux qu'un seul J. C. qui n'a que la prosopa, ou apparence d'une seule filiation ; & c'est en ce sens qu'ils ne reconnoissent qu'une puissance ou vertu en lui, parce qu'ils ne le considerent que comme un prosopa ou personne visible. Mais dans l'Eglise romaine, on distingue ces puissances ou vertus, en divinité & humanité, parce qu'on les considere par rapport aux deux natures. Et ainsi cette diversité de sentimens n'est qu'apparente, puisque les Nestoriens avouent avec les Latins, qu'il y a deux natures en J. C. & que chaque nature a sa puissance & sa vertu. 3° Enfin, il concilie le sentiment des Nestoriens sur le troisieme article avec celui de l'Eglise romaine, par le même principe, s'appuyant sur ce qu'il n'y a qu'une filiation ; & comme cette filiation ne fait qu'un J. C. les Nestoriens disent par rapport à cela, qu'il n'y a en lui qu'une volonté & une opération, parce qu'il est un en effet & non pas deux J. C. ce qui ne les empêche pas de reconnoître en lui deux volontés & deux opérations par rapport aux deux natures, & de la même maniere que les Latins.

Mais on croit que ce député ne représentoit pas sincérement la créance de ceux de sa secte. Car il est certain que ces chrétiens d'Orient sont encore aujourd'hui dans les sentimens de Nestorius sur l'incarnation. Leur patriarche seul n'est point marié ; mais leurs prêtres ne gardent point le célibat, même après la mort de leur premiere épouse, contre la coutume des autres sectes chrétiennes d'Orient. Ils font l'office en langue chaldaïque, quoiqu'ils parlent grec, arabe ou curde, selon les lieux qu'ils habitent. Strozza, de dogmatib. Chaldeor. M. Simon, l'abbé Renaudot, tom. IV. de la perpét. de la foi. Moreri, diction. tom. IV. lettre N au mot Nestorius.


NETadj. (Gram.) qui n'est souillé d'aucune ordure. La police a soin de tenir les rues nettes. Il se dit au simple & au figuré : des idées nettes, un esprit net, un style net. Voyez les articles suivans.

NET, dans le Commerce, signifie quelque chose de pur, & qui n'a point été altéré par le mêlange de rien d'étranger.

Ainsi on dit que le vin est net, quand il n'est point falsifié ou mêlé avec d'autres matieres ; on dit que le café, le riz, le poivre, &c. sont nets, quand on en a ôté toutes les ordures & les saletés.

On dit d'un diamant qu'il est net, quand il n'a point de tache ni de paille ; d'un crystal, qu'il est net, lorsqu'il est transparent en tous sens.

Net se dit aussi de ce qui reste de profit sur une marchandise, après en avoir payé tous les impôts, en un mot, du profit clair qui en revient.

Ainsi nous disons : le barril de cochenille coûte 450 liv. le droit est de 50 l. reste donc 400 l. net.

Net se dit pareillement dans les affaires qui sont claires, sans difficultés, qui ne sont point embrouillées. Les affaires de ce négociant sont nettes, sans embarras.

Net se dit aussi du poids d'une marchandise toute seule, abstraction faite du sac, de l'étui, de l'emballage, & même de l'ordure dont elle est mêlée. On dit en ce sens : cette balle de café pese cinq cent livres ; il y a de tare cinquante livres, partant reste net quatre cent cinquante livres.

Net provenu, expression dont se servent les Négocians pour marquer ce qu'un effet a rendu, toutes tares & frais déduits. Le net provenu de la vente de vos laines se monte à 2500 liv. On se sert quelquefois dans le négoce de ces mots étrangers, netto procedido, pour dire net provenu. Dict. de Commerce. (G)

NET ou PROPRE, se dit, dans l'Ecriture, d'un caractere dont les traits sont dans leur plénitude naturelle, point chargés d'encre, ou de majuscules trop grandes ou en trop grand nombre, ce qui le rend agréable à lire.

NET, terme de Jouailliers, ce mot se dit aussi de ce qui est sans tache, sans défaut. Les marchands-Jouailliers disent qu'un diamant est net, quand il n'a ni pailles, ni gendarmes. On dit des pierres précieuses, qu'elles sont glaceuses ou cassidoineuses, quand il y a des taches, des nuées qui font qu'elles ne sont pas tout-à-fait nettes. Du crystal net est celui qui est tout à fait transparent.


NETEadj. , (Musique) C'est ainsi que s'appelloit chez les Grecs, la plus aiguë ou la quatrieme corde du troisieme & du quatrieme tétracorde.

Quand le troisieme tétracorde étoit conjoint avec le second, c'étoit le tétracorde synnemenon, & sa nete s'appelloit nete synnemenon.

Ce troisieme tétracorde portoit le nom de diezeugmenon, quand il étoit disjoint d'avec le second, & sa nete s'appelloit aussi nete diezeugmenon.

Enfin, le quatrieme tétracorde portant toujours le nom d'hyperboleon, sa nete s'appelloit aussi toujours nete hyperboleon. Voyez SYSTEME, TETRACORDE.

Nete, dit Boëce, quasi neate, id-est, inferior. Car les anciens dans leurs diagrames mettoient en bas les sons aigus & les graves en-haut. (S)


NETOÏDESen Musique, sons aigus. Voy. LEPSIS.


NÉTOPION(Hist. des drogues) en grec , nom donné par les anciens à un oignement ou onguent précieux & très-odoriférant, composé d'un mêlange de fines épices, comme le spicatum, le comagenum & le susinum ; les dames romaines en usoient par luxe. Hippocrate le prescrit assez fréquemment dans les maladies de la matrice ; il le conseille aussi contre la surdité, quand elle est causée par des humeurs grossieres & visqueuses rassemblées dans la premiere chambre de l'oreille. Le mot nétopion désigne quelquefois l'onguent égyptiaque, & quelquefois aussi l'huile d'amandes douces. (D.J.)


NETOTILITZE(Hist. mod.) espece de danse que l'on faisoit en présence du roi du Mexique, dans les cours de son palais. Cette danse se faisoit au son de deux especes de tambours, d'un son tout différent, ce qui produisoit une musique peu agréable pour les Espagnols qui en furent témoins. Les principaux seigneurs, parés de leurs plus beaux ornemens & de plumes de différentes couleurs, étoient les acteurs de cette comédie. Dans les grandes occasions, les danseurs étoient quelquefois au nombre de dix mille : la danse n'en étoit pas plus confuse pour cela ; elle étoit accompagnée de chants que le peuple répétoit en choeur, & de mascarades.


NETTOYERv. act. (Gram.) c'est ôter les ordures. Il se dit des choses matérielles : comme nettoyer un habit, un verre ; &c. & des choses intellectuelles, nettoyer ses idées, &c.

NETTOYER LES EPICES, LES DROGUES, &c. en Pharmacie, c'est en ôter les immondices, les ordures & la poussiere qui y sont mêlées, & séparer le bon du mauvais : c'est la même chose que monder. Voyez MONDER.

NETTOYER, (Fortific.) terme dont on se sert quelquefois dans la guerre des sieges, pour exprimer l'action d'une sortie, lorsqu'elle a comblé la tranchée, & qu'elle en a chassé l'ennemi. Ainsi nettoyer la tranchée, c'est en chasser l'ennemi, & la détruire ou combler. (R)

NETTOYER, RECTIFIER, (Jardinage) se dit d'une tulipe panachée, qui n'étant pas bien nette la premiere année, se nettoye & se rectifie la seconde. Si elle continue à être brouillée, il la faut rejetter de la plate-bande. Quand la fleur est de belle forme & bien taillée, & que la couleur domine le panaché, on a quelqu'espérance qu'elle se rectifiera. (K)


NETTUNO(Géog.) petite ville d'Italie, misérable & mal peuplée, dans la campagne de Rome, à l'embouchure de la riviere Loracina sur la rive droite, & à l'est du cap d'Augir. Elle a essuyé en 1757, un affreux ouragan qui a emporté tous les toits des maisons. Cellarius & la plûpart des géographes modernes s'accordent à dire que Nettuno ou Neptunium est située dans l'endroit où étoit la petite ville Ceno, appellée Navale antiatium, que les Romains enleverent aux Antiates, dans leurs premieres expéditions. Cette ville est à 7 lieues S. O. de Véletri, & à 10 S. E. de Rome. Long. 30. 25. lat. 41. 30. (D.J.)


NEUBOURG(Géog.) ce mot signifie nouvelle ville. Nous parlerons des principales qui portent ce nom. 1°. Neubourg est une ville d'Allemagne, capitale du duché de même nom, dans les états de l'électeur palatin sur le Danube, à 5 lieues N. E. de Donavert, 2 S. O. d'Ingolstad, 8. N. E. d'Augsbourg, 18 N. O. de Munich. Long. 28. 40. lat. 48. 40. (D.J.)

NEUBOURG, (Géog.) petite ville d'Allemagne, au duché de Wirtemberg, sur l'éno, au-dessus de Pfortzheim. Long. 27. 11. lat. 48. 50.

NEUBOURG, (Géog.) ville d'Allemagne, dans le Brisgaw, près du Rhin, entre Basle & Brisach. Le duc de Saxe-Weimar la prit en 1638, & y mourut l'année suivante. Long. suivant Cassini, 28. 22. 15. lat. 49. 39.

NEUBOURG, (Géog.) ville de la basse Autriche, sur le Danube, à 2 lieues de Vienne, avec un monastere qui fait donner à la ville le nom de Closter-Neubourg. Matthias Corvin roi de Hongrie la prit en 1477. Maximilien I. la reprit en 1490. Long. 34. 22. lat. 48. 20.

NEUBOURG, ou NYBORG, (Géog.) ville forte de Danemarck, sur la côte orientale de l'île de Funen, fondée en 1175. C'est dans le port de cette ville qu'on s'embarque pour traverser le Belt, & passer de l'île de Funen dans celle de Sélande. Les Suédois y furent défaits par les troupes de l'Empereur & de ses alliés en 1549. Cette victoire procura toute l'île de Funen aux Danois. Neubourg est à 21 lieues S. O. de Copenhague. Long. 28. 36. lat. 55. 30. (D.J.)

NEUBOURG, (Géog.) bourg de France, en Normandie, entre la Rille & la Seine, au milieu d'une belle plaine, à 6 lieues de Rouen, & à 4 d'Elbeuf. Il a donné le nom à un très-petit pays fertile en grains. Long. 18. 36. lat. 49. 14.


NEUC-NUM(Cuisine) c'est le nom que l'on donne au Tunquin à une sauce assez singuliere dont les Tunquinois font communément usage dans leurs ragoûts. Pour la faire ils mettent des petits poissons, & sur-tout des crevettes, en macération dans une eau fort salée. Lorsque le tout est réduit en une espece de bouillie, on la passe par un linge, & la partie liquide est le neuch-num. On dit que les Européens s'accoutument assez à cette espece de sauce.


NEUCAN(Géog.) ville de Perse, dans le Khorassan. Long. 82. 41. lat. sept. 38. 8.


NEUCHATELpetit état en Suisse, avec titre de principauté, est situé dans le mont Ima, au 47 d. de lat. septentrionale, & au 23 d. de long. Il peut avoir 12 lieues de long, sur 5 dans sa plus grande largeur. Il comprend le comté de Neuchâtel, & la seigneurie de Valengin, réunis depuis près de deux siecles sous une même domination. Ses bornes sont au nord, l'évêché de Bâle ; à l'orient, le canton de Berne ; au midi, un lac qui le sépare de ce canton & de celui de Fribourg, & à l'occident, la Franche-comté. Son étendue étoit plus considérable autrefois. Des terres données en apanage aux cadets de la maison souveraine, & l'acquisition qu'en ont fait les états voisins ont resserré ses anciennes limites. Mais quelque peu spacieux que soit le terrein qu'il occupe, ses productions naturelles, l'histoire de ses souverains, la forme singuliere de son gouvernement, & les droits extraordinaires dont jouissent les peuples qui l'habitent, tous ces objets fournissent matiere à la curiosité, & méritent quelques détails.

On distingue aisément trois régions dans le pays de Neuchâtel ; l'inférieure, qui s'étend en amphithéâtre, le long du bord septentrional du lac ; la moyenne, séparée de l'autre par une chaîne de montagnes ; & la supérieure, au nord des deux précédentes. La premiere offre un vignoble presque continuel. Les vins rouges qu'il produit sont très-estimés, & osent quelquefois disputer le prix aux vins de Bourgogne. La seconde est fertile en grains, en pâturages. Elle comprend deux vallons, appellés le val de Ruz, & le val de Travers : ce dernier est connu par la salubrité de l'air qu'on y respire, & qui influe sur l'humeur de ses habitans. La partie supérieure enfin, qu'on appelle communément les montagnes, présente un spectacle digne de la curiosité d'un philosophe, & de la sensibilité d'un ami des hommes. Aussi n'a-t-il pas échappé à un citoyen de Genève, qui a publié quelques écrits dignes d'un rhéteur athénien. Rien de plus aride ni de plus ingrat que cette partie de l'état de Neuchâtel. C'est un vallon étroit placé dans un climat très-rude. L'hyver y est la plus longue saison de l'année ; le printems & l'automne y sont presque inconnus. Aux frimats, aux neiges dont la hauteur surpasse souvent celle des maisons, & enfouit les habitans, succede un été très-chaud, mais très-court. La terre n'y produit que de l'avoine. Les pâturages sont la seule ressource que la nature y fournisse. Qui s'attendroit à trouver dans un tel pays le génie, l'industrie, les graces, la politesse réunies avec l'abondance ; à y voir les sciences en honneur, & divers arts utiles ou agréables cultivés avec le plus grand succès, par le peuple immense qui l'habite ? L'Horlogerie en particulier dans toutes ses branches, la Coutellerie, la Gravure, la Peinture en émail, ont rendu ce pays célébre dans toute l'Europe. On y perfectionne les découvertes, on en fait de nouvelles. Un de ces montagnards posséde seul le secret des moulins guimpiers, nécessaires aux fabriques de galons. Un autre s'est fait la plus grande réputation dans la méchanique ; il a osé marcher dans une carriere que M. de Vaucanson a illustrée. Le roi d'Espagne Ferdinand VI. l'ayant appellé auprès de lui, il y fit transporter une pendule admirable de son invention, qui orne actuellement le palais royal de Madrid. Rien ne manquera sans doute au bonheur de ce peuple désavantageusement placé, il est vrai ; mais éclairé, libre & jouissant d'une paix profonde, aussi long-tems que le luxe, l'humeur processive, & l'envie de disputer, même sur des questions théologiques, ne banniront pas de son sein la simplicité de moeurs, la candeur naïve, & l'union qui caractérisent ordinairement les habitans des montagnes.

Outre le Doux, qui coule le long d'une partie du Ima, & sépare la principauté de Neuchâtel de la Franche-comté, les principales rivieres de cet état sont la Thiéle, la Reuze & la Serriere. La Thiéle a sa source dans le pays de Vaud ; elle entre auprès d'Yverdun dans le lac de Neuchâtel, le traverse en toute sa longueur, arrose la partie orientale du pays, la sépare du canton de Berne, traverse de même le lac de Bienne, en sort sans changer de nom, & se jette enfin dans l'Aar, auprès de la ville de Buren. La source de la Reuze est dans la partie occidentale du val de Travers. Elle le baigne en entier, se précipite ensuite dans des abîmes profonds, reprend un cours plus tranquille, & se jette dans le lac. On ne feroit pas mention ici de la Serriere, si elle ne présentoit pas une singularité assez rare. Sa source n'est pas éloignée de plus de deux portées de fusil du lac où est son embouchure. Elle sort avec impétuosité du pié d'une montagne, & roule assez d'eau pour mettre en mouvement à 20 pas de-là des rouages considérables. Son cours en est couvert ; on y voit des tireries de fer, des papeteries, des martinets pour les fonderies de cuivre, des moulins à blé & à planche.

Le comté de Neuchâtel est divisé en plusieurs jurisdictions, dont les unes portent le titre de châtellenies, & les autres celui de mairies. Les premieres sont au nombre de quatre, celles de Landeron, de Boudry, du val de Travers, & de Thiéle. Il y a dix mairies ; celle de la capitale, de la Côte, de Rochefort, de Boudevilliers, de Colombier, de Costaillods, de Bevaix, de Linieres, de Verrieres, & de la Bréoine. Le comté de Valengin en a cinq ; celles de Valengin, du Locle, de la Sagne, de Brenets & de la Chaux-de-fond. Les chefs de toutes ces jurisdictions sont à la nomination du prince ; les vassaux qui possédent les baronies de Travers, de Gorgier, & de Vaux-Marcus, ont aussi leurs officiers particuliers. Les lieux les plus remarquables du pays, sont Neuchâtel, capitale, dont on parlera séparément ; le Landeron & Boudry, petites villes, le bourg de Valengin, capitale de la seigneurie de ce nom, & Motiers, le plus considérable des villages du val de Travers. On voit près de chacun de ces lieux d'anciens châteaux qui servent aujourd'hui de prison. Les principaux villages des montagnes sont le Locle, & la Chaux-de-fond. Chacun d'eux contient plus de 2000 ames. Les maisons qui les composent sont pour la plûpart éloignées les unes des autres, & dispersées sur un terrein d'environ deux lieues de long. Près du Locle est un rocher au-travers duquel une source d'eau assez abondante s'étant frayé un passage, deux paysans ont su pratiquer dans les cavités intérieures trois moulins perpendiculaires, dont le plus profond est à 300 piés au-dessous du niveau du terrein. On conjecture avec assez de vraisemblance, que cette source, après avoir coulé sous terre l'espace de plusieurs lieues, en sort pour former la Serriere dont on a parlé.

L'histoire naturelle de la principauté de Neuchâtel fournit divers objets intéressans pour tous ceux à qui cette étude est chere. Les montagnes sont couvertes de simples dont on fait le thé suisse & l'eau vulnéraire, il y en a des especes très-rares. M. le docteur d'Yvernois, médecin du roi dans cette souveraineté, & botaniste célébre, en a donné une savante description dans le journal helvétique, qui s'imprime à Neuchâtel. Le pays abonde en eaux minérales, que leurs vertus font rechercher. Celles de la Brévine sont martiales & ochreuses ; celles de Motiers, marneuses, savonneuses, & sulphureuses ; celles de Couvet, spiritueuses & ferrugineuses. Il n'est peut-être aucun lieu dans l'Europe où sur un terrein aussi peu étendu, l'on trouve une si grande quantité de coquillages fossilles & de plantes marines pétrifiées. Ces curiosités naturelles remplissent les rochers & les terres marneuses, dont le pays abonde. On en découvre à toutes hauteurs depuis le bord du lac jusqu'au sommet des montagnes les plus élevées. Au haut de celle qui sépare la capitale du bourg de Valengin, se voit un rocher d'une étendue considérable, & qui n'est qu'un assemblage de turbinites placés en tout sens, & liés par une espece de tuf crystallisé. On distingue dans d'autres lieux des pierres jaunes qui, par la quantité immense de petits coquillages & de plantes marines qui s'y découvrent à l'oeil & avec le secours de la loupe, donnent lieu de croire que ce n'est peut-être autre chose, sinon de ce limon qui couvre le fond de la mer, & qui s'est pétrifié. Il seroit difficile d'épuiser la liste de cette multitude innombrable de testacées, univalves, bivalves, multivalves, de lithophytes, de zoophytes, de glossopetres, & de corps marins de toutes especes, dont ce pays-là est rempli. On pourra en prendre une idée dans le traité des pétrifications du savant M. Bourguet, mort professeur de Philosophie à Neuchâtel. Les dendrites, les échinites à mamelons, les cornes d'Ammon de toutes les especes, & dont quelques-uns sont d'une grosseur prodigieuse, ornent principalement les cabinets des curieux. Enfin divers lieux de la principauté présentent des gypses singuliers, lisses & à stries, & des cavernes ornées de stalactites, dont la plus remarquable est près de la ville de Boudry.

Le principal produit du pays de Neuchâtel consiste en vins ; on nourrit un grand nombre de bestiaux dans la partie supérieure. Les terres marneuses servent d'engrais pour les prairies. Le lac qui porte le nom de cette principauté est extrêmement poissonneux. La pêche des truites, qui en automne remontent la riviere de Reuze, forme un revenu pour le prince, & un objet de commerce pour les particuliers. Le gibier des montagnes est excellent, mais assez rare aujourd'hui, parce que les habitans qui, jusqu'au dernier, ont le privilége de chasser en tous lieux & dans toutes les saisons, en abusent, & le rendront illusoire s'ils continuent à l'exercer avec aussi peu de prudence qu'ils le font actuellement. Ce petit état est très-peuplé proportionnément à son étendue ; & quoique plusieurs Neuchâtelois s'expatrient volontairement pour un tems en vue de travailler plus aisément à leur fortune dans l'étranger, on y compte encore plus de 32000 ames. Les simples villages sont pour la plûpart grands & bien bâtis. Tout annonce l'aisance dans laquelle vivent les habitans. On n'en sera point surpris, si l'on considere que ces peuples jouissent d'une paix qui n'a point été troublée depuis plusieurs siecles, qu'ils vivent dans une liberté raisonnable pour le spirituel, comme pour le temporel, & qu'ils ne payent ni tailles, ni impôts.

Les maisons de Neuchâtel, de Fribourg, de Hochberg, d'Orléans-Longueville, & de Brandebourg, ont possédé successivement la principauté dont il est question. L'origine de la premiere est très-ancienne ; sa généalogie suit de pere en fils depuis Hulderic, qui épousa Berthe, en 1179. Louis, dernier prince de cette maison, ne laissa que deux filles ; Isabelle, l'aînée, mourut sans enfans ; Varenne, la cadette, apporta le comté de Neuchâtel en dot à Egon, comte de Fribourg, qu'elle épousa en 1397. Ce comté passa ensuite dans la maison de Hochberg, par le testament de Jean de Fribourg, en 1457, & de même dans celle d'Orléans, par le mariage de Jeanne, fille & héritiere de Philippe, marquis de Hochberg, avec Louis d'Orléans, duc de Longueville, en 1504. Pendant plus de deux siecles les Neuchâtelois ont été soumis à des princes de cette maison. Henri II. duc de Longueville, & premier plénipotentiaire de la France à la paix de Westphalie, en 1648, eut deux fils. L'ainé Jean-Louis-Charles prit d'abord le parti de l'Eglise, & céda tous ses droits au comte de S. Pol son cadet ; mais il les recouvra par la mort de ce dernier, qui fut tué au passage du Rhin, en 1672. Comme ni l'un, ni l'autre de ces princes n'avoit été marié, la souveraineté de Neuchâtel parvint à Marie d'Orléans leur soeur, épouse de Henri de Savoie, duc de Nemours ; & cette princesse, la derniere de sa maison, mourut en 1707, sans avoir eu d'enfans de ce mariage. Alors cette souveraineté fut reclamée par un grand nombre de prétendans. Quelques-uns fondoient leurs droits sur ceux de la maison de Châlons, dont les anciens comtes de Neuchâtel étoient les vassaux. Tels étoient le roi de Prusse, le comte de Montbelliard, les princes de la maison de Nassau, le marquis d'Alégre, madame de Mailly. D'autres, comme le marggrave de Bade-Dourlach, les tiroient de ceux de la maison de Hochberg. Les troisiemes demandoient la préférence en qualité d'héritiers de la maison de Longueville. Le prince de Carignan, madame de Lesdiguieres, M. de Villeroi, M. de Matignon prétendoient chacun être le plus proche héritier ab intestat. Le prince de Conty s'appuyoit sur un testament de l'abbé d'Orléans, & le chevalier de Soissons sur une donation de la duchesse de Nemours. Tous ces princes se rendirent en personne, ou envoyerent des réprésentans à Neuchâtel. Ils établirent leurs droits respectifs, & plaiderent contradictoirement sous les yeux du tribunal souverain des états du pays, qui, par sa sentence rendue le 3 Novembre 1707, adjugea la principauté à Fréderic I. roi de Prusse, comme au plus proche héritier de la maison de Châlons. Depuis lors cet état a appartenu à la maison de Brandebourg, & reconnoît pour son souverain Fréderic II. petit-fils de Fréderic I. qui regne si glorieusement aujourd'hui.

La seigneurie de Valengin faisoit anciennement partie du comté de Neuchâtel, elle en fut séparée au xiij. siecle. Ulderich, frere du comte Berchtold, eut dans un partage les pays de Nidau & d'Arberg, la montagne de Diesse & Valengin. Rodolphe, comte de Neuchâtel obligea Jean d'Arberg, seigneur de Valengin à se reconnoître son vassal. Ses prétentions à cet égard furent confirmées par la sentence que les cantons Suisses rendirent en 1584. Enfin Marie de Bourbon, veuve de Léonor d'Orléans, acheta, en 1592, du comte de Montbéliard, la seigneurie de Valengin, qui, depuis lors, a toujours été unie au comté de Neuchâtel, mais en conservant ses privileges particuliers dont elle jouissoit auparavant.

Cet état fut d'abord compris dans le royaume de Bourgogne, fondé par Rodolphe de Stratlingue, en 888. Ses comtes se mirent sous la protection de la maison de Châlons à titre de vassaux. Rodolphe de Habsbourg, parvenu à l'empire en 1273, obligea tous les seigneurs bourguignons à reconnoître son autorité. Jean de Châlons prétendit qu'Isabelle, comtesse de Neuchâtel, n'avoit pas été en droit de disposer de son fief en faveur de Conrard, comte de Fribourg, son neveu, & cependant admit ce dernier à lui prêter foi & hommage en 1397. Le même différend entre le seigneur suzerain & son vassal se renouvella lorsque le comté de Neuchâtel passa dans la maison de Hochberg qui aspiroit à se rendre indépendante. Il y eut procès à ce sujet, & l'hommage ne fut pas prêté. En 1512 les Suisses irrités de ce que Louis de Longueville, prince de Neuchâtel, avoit suivi le roi de France dans ses guerres en Italie, contre le duc de Milan leur allié, s'emparerent de cet état, & ne le rendirent qu'en 1529 à Jeanne de Hochberg & à ses enfans. René de Nassau, neveu & héritier de Philibert de Châlons, dernier seigneur de cette maison, demanda à celle de Longueville la restitution du comté de Neuchâtel. Cette derniere la refusa, prétendant être elle-même héritiere universelle de la maison de Châlons-Orange. Il en naquit un second procès qui n'a jamais été jugé. Mais c'est depuis cette époque que les comtes qui possédoient ce petit état se sont qualifiés, par la grace de Dieu, princes souverains de Neuchâtel, & la sentence de 1707 ayant reconnu le roi de Prusse, comme le vrai héritier de la maison de Châlons, a réuni par cela même le domaine utile à la seigneurie directe. Quant aux prétentions que l'empereur & l'empire pourroient former sur la souveraineté de cet état, elles ont été anéanties par la paix de Bâle en 1499, comme par celle de Westphalie en 1648, qui assurent l'une & l'autre une indépendance absolue, nonseulement aux cantons Suisses, mais encore à tous leurs alliés, membres du corps helvétique ; & dans ces derniers est essentiellement compris le pays de Neuchâtel. Ce petit état est donc aujourd'hui une souveraineté indépendante, héréditaire aux filles, à défaut d'enfans mâles, inaliénable sans le consentement des peuples, & indivisible. Elle ne peut même être donnée en apanage à aucun prince cadet de la maison de Brandebourg. L'autorité souveraine est limitée par les droits des peuples. Les revenus du prince, qui consistent en censes foncieres, lods, dîmes, & quelques domaines, ne vont pas au-delà de 5100000 liv. de France, & ne peuvent être augmentés aux dépens des sujets. Le prince, lors de son avénement, jure le premier d'observer inviolablement les us & coutumes, écrites & non écrites, de maintenir les corps & les particuliers de l'état dans la pleine jouissance des libertés spirituelles & temporelles, franchises & privileges à eux concédés par les anciens comtes, & leurs successeurs ; après quoi les sujets prêtent le serment de fidélité ordinaire. L'état de Neuchâtel a des alliances très-anciennes avec le canton de Berne, de Lucerne, de Fribourg & de Soleurre. Le premier, par ses traités particuliers de combourgeoisie avec le prince & les peuples, est établi & reconnu juge souverain de tous les différends qui peuvent s'élever entr'eux par rapport à leurs droits respectifs.

La religion qui domine dans la principauté de Neuchâtel est la protestante. Farel y prêcha le premier la réformation qui, en 1530, fut embrassée par la plus grande partie des peuples à la pluralité des voix. Ceux qui habitoient la châtellenie du Landeron, conserverent seuls la religion catholique qu'ils exercent librement depuis lors. On assure qu'un seul suffrage en décida. Mais il faut observer que ce changement se fit contre les desirs du prince qui ne donna point à cet égard l'exemple à ses sujets. C'est le seul pays actuellement protestant où cette singularité ait eu lieu ; & elle a valu aux ecclésiastiques réformés de cet état des droits beaucoup plus étendus que ceux dont ils jouissent ailleurs. Les peuples, devenus réformés sans le concours de l'autorité souveraine, se virent chargés seuls du soin de régler toutes les affaires qui concernoient la nouvelle religion de l'état, & acquirent conséquemment tous les droits qui leur étoient nécessaires pour remplir une obligation aussi essentielle. Les chefs des corps du pays dresserent donc des constitutions ecclésiastiques, auxquelles le prince n'eut d'autre part que la sanction pour leur donner force de lois. Ils fixerent la doctrine en adoptant la confession des églises réformées de la Suisse. Leurs nouveaux pasteurs commencerent à former un corps à qui les peuples confierent le dépôt de la prédication & de la discipline. Ce corps, qu'on appelle la classe, examine les candidats pour le saint ministere, leur donne les ordres sacrés, élit les pasteurs pour les églises de la campagne, suspend, dépose, dégrade même ses membres sans que l'autorité civile y intervienne. Personne n'assiste de la part du prince dans ces assemblées. Un pasteur, nouvellement élu, est simplement présenté au gouverneur du pays, qui ne peut se dispenser de le confirmer & de l'invêtir du temporel de son bénéfice à moins qu'il n'en ait des raisons très-fortes. Les seules cures des villages catholiques sont à la nomination du souverain. Lorsqu'il en vaque une dans la capitale, la classe nomme & présente trois sujets au conseil de ville qui en choisit un.

On a déja insinué que les peuples de la souveraineté de Neuchâtel jouissent de divers droits qui, par rapport à eux, restreignent l'autorité du prince plus qu'elle ne l'est peut-être dans aucun des états de l'Europe. Les anciens comtes, possesseurs d'un pays inculte, couvert de rochers & de forêts, habité par un petit nombre de serfs, selon la coutume barbare du gouvernement féodal, comprirent aisément que le plus sûr moyen de peupler leur état, & conséquemment d'augmenter leur puissance, étoit d'un côté d'en affranchir les habitans actuels, & de l'autre d'accorder de grands privileges à ceux qui viendroient s'y établir. Ils en firent même un asyle & promirent leur protection à quiconque s'y réfugieroit. Le succès répondit à leur attente. Les habitans de la capitale, devenus plus nombreux, formerent un corps, prirent le nom de bourgeois de Neuchâtel, qualité que six semaines de résidence en ville procuroient alors à tout étranger, & obtinrent de leurs souverains ces concessions précieuses dont les titres & les effets subsistent encore aujourd'hui. On voit par le texte même de ces actes, qu'ils ne furent autre chose sinon des contrats, des conventions entre le prince & les sujets. Ceux-ci eurent soin d'en exiger la confirmation solemnelle à chaque changement de maître. Plusieurs souverains les amplifierent encore successivement tant en privileges ou exemptions qu'en droits utiles. A mesure que le pays se peupla, il s'y forma sur le modele de la capitale de nouveaux corps de bourgeoisies, tels sont ceux de Landeron, de Boudry & de Valengin, qui tous obtinrent des concessions de leurs princes communs. Les habitans de chaque village furent aussi érigés en communautés, à qui l'on donna des terres & des forêts pour les mettre en état de se soutenir dans leurs nouveaux établissemens. On observera ici que, selon la Jurisprudence féodale, toutes les terres étoient censées appartenir au seigneur qui, pour favoriser la population, en céda la plus grande partie à ses nouveaux sujets moyennant de légeres redevances. On remarquera encore que, soit par la faveur des princes, soit par l'usage, la plus sacrée de toutes les lois dans un pays de coutume tel que celui de Neuchâtel, plusieurs privileges accordés originairement à des corps particuliers, sont devenus communs à tous les sujets qui en jouissent également aujourd'hui. Les bourgeois de Neuchâtel n'habitoient pas tous dans la capitale, on les partagea en deux classes, les internes & les externes ; distinction locale dans son origine, mais devenue réelle depuis que les princes ont, en faveur de la résidence en ville, accordé aux premiers certains droits utiles dont les seconds ne jouissent pas. Toutes ces bourgeoisies dont on a parlé, ont leurs chefs, leurs magistrats, leurs conseils particuliers, avec le droit de s'assembler librement dans tous les tems pour délibérer sur leurs affaires de police intérieure & de finances, & sur les moyens de s'assurer la conservation de leurs privileges respectifs. Le gouvernement de ces corps est purement populaire. Les chefs subordonnés à l'assemblée générale ne peuvent se dispenser de lui communiquer les affaires importantes & de prendre ses ordres. La bourgeoisie de Neuchâtel élit un magistrat particulier, appellé le banneret, qui, par son emploi, est le protecteur des bourgeois & le défenseur de leurs privileges.

L'époque de 1707 fut essentielle pour le droit public de l'état de Neuchâtel. Les peuples avoient eu quelquefois des différends avec leurs souverains touchant certains droits qu'on leur contestoit. Pour se les assurer irrévocablement, ils profiterent d'un événement qui leur procuroit une sorte d'indépendance ; & se trouvant par la mort de Made. la duchesse de Nemours sans souverain reconnu, ils résolurent de travailler à fixer pour toûjours la juste étendue de leurs divers privileges, & à en obtenir une confirmation solemnelle. On réduisit donc tous ces privileges sous certains chefs généraux, on en forma un code abrégé de droit public. L'ouvrage fut approuvé par les corps & les communautés de l'état, qui s'unirent alors par un acte exprès d'association générale pour la défense de leurs droits. Ce code fut présenté à tous ceux des prétendans à la souveraineté que la sentence éventuelle pouvoit regarder, on le leur fit envisager comme un préliminaire essentiel, comme une condition sans laquelle les peuples ne se soumettroient point à leur nouveau maître. Tous se hâterent de le signer & promirent d'en observer exactement les articles, au cas que la sentence souveraine leur adjugeât la principauté. Cet engagement fut confirmé publiquement par M. le comte de Meternich, plénipotentiaire de S. M. le roi de Prusse, après que les trois états eurent prononcé en faveur de ce monarque. Ce code qu'on peut appeller les pacta conventa des peuples de l'état de Neuchâtel avec leurs souverains, est divisé en articles généraux qui comprennent les droits communs à tous les sujets, & en articles particuliers qui intéressent uniquement les bourgeois de Neuchâtel & ceux de Valengin. Sans entrer dans un détail qui meneroit trop loin, on se contentera de présenter les droits qui influent le plus directement sur la liberté des peuples, après avoir fait quelques observations sur les principes du gouvernement du pays en général.

La puissance du prince de Neuchâtel se trouvant, comme on vient de le dire, limitée par ses engagemens avec ses sujets, les divers droits qui appartiennent à tout souverain doivent être divisés en deux classes : l'une comprend ceux que le prince s'est réservé ; l'autre, ceux dont il s'est dépouillé en faveur des peuples. Par rapport à ces derniers, la constitution fondamentale est que la souveraineté de l'état est toûjours censée résider dans l'état même ; c'est-à-dire, que le conseil d'état du pays qui le gouverne au nom du prince, & auquel le gouverneur préside, est autorisé, dans tous les cas qui se présentent & sans avoir besoin de prendre de nouveaux ordres, à conserver aux peuples l'exercice des privileges dont ils jouissent, & à faire observer tout ce que contiennent les articles généraux & particuliers. C'est même le principal objet du serment que prêtent tous ceux qui, par leurs emplois, sont appellés à prendre part aux affaires publiques. On comprend aisément que cette précaution étoit indispensable pour un pays où le souverain ne fait pas sa résidence ordinaire, & pour des peuples qui jouissent de divers droits précieux. Ils ne peuvent avoir les yeux trop ouverts à cet égard ; aussi toutes les fois qu'ils ont eu lieu de s'appercevoir que le conseil d'état se dirigeoit par les ordres de la cour de Berlin aux dépens des lois dont l'observation leur est commise, leur premier soin a été de recourir au juge reconnu, à L L. E E. de Berne, de qui ils ont toûjours obtenu des sentences favorables. Mais le principe dont on vient de parler s'étend encore aux affaires civiles, à l'égard desquelles le tribunal des trois états est souverain & absolu. Douze juges le composent : quatre gentilshommes, conseillers d'état, quatre châtelains, & quatre membres du conseil de ville. Il reçoit & ouït de tous les appels qu'on y porte des tribunaux inférieurs, & ses sentences ne peuvent être infirmées par le prince, qui même est obligé de le faire convoquer chaque année à Neuchâtel & à Valengin. Le gouverneur qui y préside ne peut se dispenser de signer les sentences qui en émanent, ni le conseil d'état de les faire exécuter sans délai. Ce tribunal possede encore le pouvoir législatif, il examine les articles que l'on veut faire passer en loi de l'état ; & s'il les approuve, il les présente au gouverneur qui leur donne la sanction au nom du prince.

Par le premier des articles généraux, les peuples exigent que la religion soit inviolablement maintenue dans son état actuel, & que le prince ne puisse y faire aucune innovation sans leur consentement. Les droits du corps des pasteurs y sont aussi reservés, ce qui exclud manifestement tout droit de suprématie en faveur du souverain.

Quoique ce dernier ait la nomination des emplois civils & militaires qui ont rapport au gouvernement ou à la police générale de l'état, il ne peut cependant en conférer aucun, excepté celui de gouverneur, à d'autres qu'à des sujets de l'état, & qui y sont domiciliés. Ceux qui en ont été une fois revêtus, ne peuvent les perdre qu'après avoir été convaincus de malversation. Les brevets même qui ont ces emplois pour objet, ne sont effectués que lorsqu'ils ont été entérinés au conseil d'état.

Tout sujet de l'état est libre de sortir du pays, de voyager dans tous les tems, & même de prendre parti au service des puissances étrangeres, pourvû qu'elles n'ayent point guerre avec son souverain, comme prince de Neuchâtel, & pour les intérêts de cette principauté. Dans toute autre circonstance l'état garde une exacte neutralité, à-moins que le corps helvétique dont il est membre, ne s'y trouve intéressé. C'est sous cette derniere relation, que les Neuchâtelois ont des compagnies au service de la France & des Etats-généraux. Elles sont avouées de l'état, se recrutent librement dans le pays, font partie des régimens suisses, & servent sur le même pié. Par l'effet de ce droit, des sujets se sont souvent trouvés portant les armes contre leur propre souverain. Un capitaine aux gardes suisses, sujet en qualité de neuchâtelois, de Henri, duc de Longueville, monta la garde à son tour au château de Vincennes, où ce prince fut mis en 1650. Un officier, & quelques soldats du même pays, qui servoient dans l'armée de France à la bataille de Rosbach, furent pris par les Prussiens, & traités non en sujets rebelles, mais en prisonniers de guerre. La cour de Berlin en porta, il est vrai, des plaintes aux corps de l'état ; mais elle s'est éclairée depuis lors sur ses vrais intérêts par rapport à cette souveraineté, & les choses subsistent sur l'ancien pié à cet égard. Il y auroit évidemment plus à perdre qu'à gagner pour S. M. le roi de Prusse, si les Neuchâtelois abandonnoient ou suspendoient l'exercice d'un droit qui dans des circonstances telles que celles qui affligent aujourd'hui l'Europe, est la sauvegarde de leur pays. Quoique le goût pour le commerce ait affoibli chez eux celui qui les portoit généralement autrefois à prendre le parti des armes, ils ont cependant encore un nombre considérable d'officiers qui servent avec distinction. On en voit à la vérité, très-peu dans les troupes de leur souverain ; l'habitude qu'ils ont de la liberté pourroit en être la cause. Les milices du pays sont sur le même pié que toutes celles de la Suisse ; elles sont divisées en quatre départemens, à la tête de chacun desquels est un lieutenant colonel, nommé par le prince. Il est inutile de dire que les enrôlemens forcés sont inconnus dans cet état ; les peuples ne sont pas moins libres à cet égard qu'à tout autre. On a déja annoncé que les Neuchâtelois sont absolument exempts de toutes charges, impôts, ou contributions. Le prince ne peut rien exiger d'eux à ce titre, sous quelque prétexte que ce soit ; les redevances annuelles dont leurs terres sont affectées, se réduisent à peu de chose ; celles qu'on paye en argent, sont proportionnées à la rareté du métal dans le pays lorsqu'on les établit. Il y a par rapport à toutes les autres une appréciation invariable & très-avantageuse, principalement pour les bourgeois de Neuchâtel, & pour ceux de Valengin. Les peuples jouissent de la liberté du commerce le plus étendu ; rien n'est de contrebande dans leur pays, excepté, selon le texte des anciennes concessions, la farine non moulue dans les moulins du prince. Toute marchandise appartenant à un sujet de l'état ne paye aucun droit d'entrée ni de sortie.

Enfin, les Neuchâtelois n'ont pas négligé de prendre les précautions les plus exactes contre leurs anciens souverains, par rapport à la judicature criminelle. D'abord la punition d'aucun délit ne dépend du prince ou de ceux qui le représentent. Dans tous les cas, même dans ceux qu'on regarde comme minimes, les chefs des jurisdictions sont obligés d'intenter action aux coupables juridiquement, selon des formalités invariables, & d'instruire une procédure sous les yeux des tribunaux ordinaires, qui prononcent définitivement sur le démérite & sur la peine. Les fautes legeres sont punies par des amendes dont aucune n'est arbitraire, & qui ne peuvent qu'être très-modiques, puisqu'elles n'ont pas haussé depuis trois siecles. Lorsqu'il est question de cas plus graves, & qui méritent la prison, les châtelains ou maires ne peuvent faire incarcérer le prévenu, sans avoir demandé aux juges un decret de prise de corps, qui ne s'accorde jamais légerement. Ces mêmes juges sont présens à l'instruction de toute la procédure ; leurs sentences d'absolution ou de condamnation sont souveraines ; le prince a le pouvoir de les adoucir, & même de faire grace au coupable, mais il n'a pas celui de les aggraver. Les bourgeois de Neuchâtel ont à cet égard un privilége particulier ; celui de ne pouvoir être incarcérés que dans les prisons de la capitale, & sur une sentence rendue par les chefs de leur corps.

C'est ainsi que les droits des peuples de la principauté de Neuchâtel fixent ceux de leur souverain par rapport à la finance, comme pour la judicature, tant civile que criminelle. La conservation de ces droits leur est assurée par un contrat solemnel, & par leur qualité de suisses, qui ne peut appartenir qu'à un peuple libre. La forme singuliere de leur gouvernement est une suite nécessaire de leurs relations étroites avec le roi de Prusse, comme prince de Neuchâtel, & avec le corps helvétique dont ils sont membres. Placés au milieu d'un peuple célébre par son amour pour la liberté, les Neuchâtelois pourroient-ils ne pas connoître le prix de ce bien précieux, comme ils savent rendre ce qu'ils doivent au grand prince qui les gouverne ? Mais l'exercice de ces mêmes droits, qui en les distinguant si honorablement de tant d'autres peuples, assure leur bonheur, n'est pas moins avantageux à leur souverain. Habitant un pays ingrat, qui ne produit qu'à force de soins, qui présente peu de ressources pour la fortune, quelle raison plus forte pourroit les déterminer à y rester, que la certitude d'y jouir tranquillement du fruit de leurs travaux dans le sein d'une paix constante, & sous la protection des loix les plus équitables ? Vouloir étendre les droits du prince aux dépens de ceux des peuples, c'est donc travailler également contre des intérêts toûjours inséparables, procurer la dépopulation du pays, & anéantir la condition essentielle portée dans la sentence souveraine qui en 1707, fixa le sort de cette principauté.

On accorde généralement aux Neuchâtelois de l'esprit, de la vivacité, des talens : leurs moeurs sont douces & polies ; ils se piquent d'imiter celles des François. Il en est peu, principalement parmi les gens d'un certain ordre, qui n'ayent voyagé ; aussi s'empressent-ils de rendre aux étrangers qui les visitent, les devoirs dont l'expérience leur a fait connoître le prix. Ce pays a produit des savans dans divers genres ; le célebre Ostervald, pasteur de l'église de Neuchâtel, connu par ses excellens ouvrages de piété & de morale, & mort en 1747, a été l'un des théologiens les plus profonds, & des orateurs les plus distingués que les protestans ayent eû. Depuis quelques années le commerce fleurit dans ce pays-là & dans sa capitale en particulier ; ses environs présentent un nombre considérable de fabriques de toiles peintes ; on y en fait annuellement 40 à 50 mille pieces. Les vins qui se font aujourd'hui avec beaucoup de soin acquierent la plus grande réputation, & se répandent dans les provinces voisines qui fournissent à leur tour aux Neuchâtelois le grain dont ils ont besoin. En un mot, l'industrie animée par la liberté, & soutenue par une paix continuelle, fait chaque jour des progrès marqués. Ce n'est pas non plus un médiocre avantage pour ces peuples, que celui de reconnoître pour leur souverain un roi dont les vertus, les talens, les exploits, fixent aujourd'hui les regards de l'Europe étonnée. L'admiration est chez eux un nouveau garant de la fidélité inviolable qu'ils ont vouée à ce grand prince, quoique par la position de leur pays, ils soient éloignés de sa cour, & privés de son auguste présence, o felices si sua bona norint !

NEUCHATEL, en allemand Newembourg, & en latin Neocomum, ou Novum castrum, capitale du petit état dont on vient de parler, est une ville médiocre & bien bâtie. Elle s'éleve en amphithéatre sur les bords du lac qui porte son nom : on y compte environ 3000 ames. Son origine est très-ancienne ; le nom de Novum castrum qu'elle porte dans tous les anciens actes, semble annoncer que les Romains en ont été les fondateurs, & que ce fut d'abord une forteresse destinée à assurer leurs conquêtes dans cette partie des Gaules.

Neuchâtel n'avoit autrefois qu'une rue fermée par deux portes ; les bourgeois obtinrent de leurs princes dans la suite la permission de bâtir hors de cette enceinte, mais à condition que dans les tems de guerre, ils défendroient le château qui y étoit renfermé. C'est depuis lors qu'ils en ont seuls la garde, & que le prince ne peut y mettre aucune garnison étrangere, non plus que dans le reste du pays. Pour perpétuer ce droit, les bourgeois ont conservé l'usage d'endosser la cuirasse un certain jour de l'année, & d'aller avec cet ancien équipage de guerre saluer dans le château le prince ou son gouverneur, qui ne peut se dispenser de les recevoir. Ce château est le lieu où ce dernier réside, où s'assemble le conseil d'état, où siége le tribunal souverain. Il occupe avec l'église cathédrale bâtie dans le xij. siecle, toute la partie supérieure de la ville. Les annales portent qu'en 1033, cette ville fut assiégée, prise, & presque entierement ruinée par l'empereur Conrard, & qu'elle a essuyé divers incendies, dont le dernier arriva en 1714. Le Seyon, riviere ou torrent qui a sa source dans le val de Buz, & divise la capitale en deux parties, lui a causé plus d'une fois des dommages considérables par ses débordemens, dont les plus fameux datent de 1579 & de 1750. Neuchâtel est une ville municipale ; sa magistrature est composée de deux conseils, dont l'un a 24 membres, & l'autre 40. Le premier forme en même tems le tribunal inférieur de judicature ; les chefs de ces conseils sont quatre maître bourgeois, qu'on appelle les quatre ministraux. Cette magistrature a seule le droit de police dans la capitale & sa banlieue, de la même maniere que le conseil d'état l'exerce dans le reste du pays. Elle a le port d'armes sur les bourgeois qui ne marchent que par ses ordres & sous sa banniere. Elle jouit enfin de plusieurs droits utiles, tels que le débit du sel dans la ville, le tiers des péages sur les marchandises appartenant à des étrangers, les halles, & le four banal. Le fauxbourg oriental qui s'aggrandit chaque jour, renferme plusieurs maisons bien bâties, fruits du commerce, & de l'abondance qui le suit. On y remarque une maison d'instruction gratuite & de correction, fondée par un négociant. A quelque distance de la ville & sur la hauteur, est l'abbaye de Fontaine-André, occupée autrefois par des Bernardins, mais que la réformation a rendue deserte, & dont les revenus font aujourd'hui partie de ceux du prince.

NEUCHATEL, LAC DE, (Géogr.) autrement nommé lac d'Yverdun ; il a plus de sept lieues de longueur depuis Yverdun jusqu'à Saint-Blaise, mais il n'a guere que deux lieues dans sa plus grande largeur, qui est de la ville de Neuchâtel à Cudefrin. Ce lac sépare la souveraineté de Neuchâtel & le bailliage de Grandson en partie, des terres des deux cantons de Berne & de Fribourg. Il y a beaucoup d'apparence qu'il étoit autrefois plus étendu du côté d'Yverdun & de Saint Blaise ; il n'est pas profond, & il se gele quelquefois, comme en 1695, cependant il ne se gela point dans le rude hiver de 1709. (D.J.)


NEUFadj. ce qui n'a point ou peu servi. Une étoffe neuve, une toile neuve, un habit neuf.

Dans le commerce de bois de chauffage, on appelle bois neuf celui qui vient par bateau & qui n'a pas flotté. Voyez BOIS. Dictionnaire de Comm. (G)

NEUF, (Maréchall.) On appelle cheval neuf celui qui n'a été ni monté ni attelé. Pié & quartier neuf, Voyez PIE & QUARTIER.

1. NEUF, (Arithmétique) c'est le dernier ou le plus grand des nombres exprimés par un seul chiffre. On peut le concevoir ou comme le produit de 3 multiplié par lui-même, ou comme la somme des trois premiers termes de la suite des impairs : d'où il résulte également (Voyez IMPAIR) qu'il est un quarré dont 3 est la racine.

Deux propriétés l'ont rendu célebre, & font encore l'admiration de ceux qui n'en pénetrent pas le mystere.

2. Premiere propriété. La somme des chiffres qui expriment un multiple quelconque de 9, est elle-même un multiple de 9.... Comme réciproquement tout nombre dont la somme des chiffres est un multiple de 9, exprime lui-même un multiple de 9. 63, par exemple (multiple de 9) donne pour la somme de ses chiffres 6 + 3 = 9... 378 (autre multiple de 9) donne 3 + 7 + 8 = 18 = 9 x 2.. &c.

Pareillement si on écrit au hasard une suite de chiffres en nombre quelconque, pourvu seulement que leur somme soit 9 ou l'un de ses multiples, comme 1107, 882, 11115, &c. on est assuré que le nombre résultant se divise exactement par 9.

3. Seconde propriété. Si l'on renverse l'ordre des chiffres qui expriment un nombre quelconque, la différence du nombre direct au nombre renversé, est toujours un multiple de 9.

Par exemple, 73 - 37 = 36 = 9 x 4.... 826 - 628 = 198 = 9 x 22.., &c.

4. Comme le nombre 9 ne tire ses propriétés que du rang qu'il occupe dans notre système de numération, où il précede immédiatement la racine 10 de notre échelle arithmétique, pour rendre la démonstration générale & applicable à tout autre nombre qui tienne respectivement le même rang dans son échelle particuliere, nommant r la racine d'une échelle quelconque, nous démontrerons les deux propriétés pour un nombre r - 1 pris indéterminément ; mais avant que d'y procéder, il est bon de rappeller à l'esprit quelques propositions ou claires par elles-mêmes, ou prouvées ailleurs, desquelles dépend la démonstration.

Lemme I. 5. Soient deux nombres avec leur différence, ce qui en fait trois ; de ces 3 nombres si deux pris comme on voudra sont multiples d'un quatrieme nombre quelconque, le troisieme l'est aussi.... qu'on nomme les deux nombres par des lettres, conformément à l'hypothèse, & l'on sentira l'évidence de la proposition.

Lemme II. 6. La différence de deux puissances quelconques de la même racine, est un multiple de cette racine diminuée de l'unité, c'est-à-dire que rm - rn, & par une suite (faisant l'exposant n = o) rm - 1 sont multiples de r - 1... pour la preuve, voyez EXPOSANT.

Corollaire. 7. La différence d'un chiffre a pris suivant une valeur relative quelconque au même chiffre pris, suivant toute autre valeur relative, ou suivant sa valeur absolue, est un multiple de r - 1.

Cette différence (voy. ECHELLE ARITHMETIQUE) peut être représentée généralement par.. a. rm - a. rn = a x rm - rn ; mais la quantité qui multiplie a est (lemme II.) un multiple de r - 1 : donc le produit même, ou la différence qu'il représente, l'est aussi.

Et ce qu'on dit d'un chiffre pris solitairement s'applique de soi-même à un nombre composé de tant de chiffres qu'on voudra ; il est clair que la différence totale aura la même propriété qu'affectent toutes & chacune des différences partiales dont elle est la somme.

8. Cela posé, revenons aux propriétés citées du nombre r - 1.

Premiere propriété. (Voyez -la n°. 2.) On peut l'énoncer ainsi ; si plusieurs chiffres en nombre quelconque, pris suivant leur valeur relative, donnent un multiple de r - 1, ces mêmes chiffres pris suivant leur valeur absolue, donneront aussi un multiple de r - 1.

Démonstration. La différence des deux résultats est (coroll.) un multiple de r - ; mais (par supposition) le premier l'est aussi : donc (lemme I.) le second l'est pareillement.

Au reste cette démonstration est telle que sans y rien changer elle prouve également l'inverse de la proposition.

Seconde propriété. Voyez le n°. 3.

Démonstration. En renversant l'ordre des chiffres on ne fait qu'échanger leur valeur relative ; mais (coroll.) la différence qui résulte de cet échange est un multiple de r - 1 : donc, &c.

Observez que l'objet de cette seconde démonstration n'est qu'un cas très-particulier de ce qui résulte du corollaire ci-dessus ; il établit la propriété nonseulement pour le cas du simple renversement des chiffres, mais généralement pour toute perturbation d'ordre quelconque, entiere ou partiale, qu'on peut supposer entr'eux.

9. Il est clair que tout sous-multiple de r - 1 participera aux mêmes propriétés qu'on vient de démontrer pour r - 1 même.... aussi 3 en notre échelle en jouit-il aussi pleinement que 9 ; 2 & 3 aussi pleinement que 6 dans l'échelle septénaire, & 1 dans toutes les échelles, parce que 1 est sous-multiple de tous les nombres.

10. Mais le nombre 9 (& ceci doit s'entendre de tout autre r - 1) a encore une autre propriété qui jusqu'ici n'avoit point été remarquée... c'est que la division par 9 de tout multiple de 9 peut se réduire à une simple soustraction : en voici la pratique.

Soit 3852 (multiple de 9) proposé à diviser par 9.

Ecrivez 0 au-dessus du chiffre qui exprime les unités, & dites, qui de 0 ou (en empruntant sur tel chiffre qu'il appartiendra)

reste 8 ; écrivez 8 à la gauche du 0 avec un point au-dessus, pour marquer qu'il en a été emprunté une unité, & qu'il ne doit plus être pris que pour 7.

Puis dites, qui de 7 paie 5, reste 2 ; écrivez 2 à la gauche du 8.

Enfin dites, qui de 2 ou (en empruntant) qui de 12 paye 8, reste 4, écrivez 4 à la gauche du 2 avec un point au-dessus.... & tout est fait : car 3 - 3 = 0, montre que l'opération est consommée ; ensorte que négligeant le 0 final, le reste 428 est le quotient cherché.

On voit que cette soustraction est plus simple même que l'ordinaire, qui exige trois rangs de chiffres, tandis que celle-ci n'en a que deux : au reste elle porte aussi sa preuve avec elle ; car si l'on ajoute (en biaisant un peu) le dernier chiffre du nombre inférieur avec le pénultieme du supérieur, le pénultieme de celui-là avec l'antépénultieme de celui-ci, & ainsi de suite, la somme vous rendra le nombre supérieur même, s'il ne s'est point glissé d'erreur dans l'opération.

11. La raison de cette pratique deviendra sensible, si l'on fait attention que tout multiple de 9 peut lui-même être conçu comme le résultat d'une soustraction. En effet, 428x9 = 428x = 4280-428,

nommant s le nombre supérieur, m celui du milieu, j l'inférieur. Il suit de la disposition des chiffres que le dernier de m est le même que le pénultieme de s, le pénultieme de m le même que l'antépénultieme de s, &c.

Maintenant le nombre j étant proposé à diviser par 9, il est clair (construction) que le quotient cherché est le nombre m, mais (encore par constr.) j = s - m ; d'où m = s - j, & voilà la soustraction qu'il est question de faire ; mais comment y procéder, puisque s, élément nécessaire, n'est point connu ?

Au-moins en connoît-on le dernier chiffre, qui est toujours 0 : on peut donc commencer la soustraction. Cette premiere opération donnera le dernier chiffre de m = (suprà) au pénultieme de s ; celui-ci fera trouver le pénultieme de m = à l'antépénultieme de s, & ainsi de l'un en l'autre, le chiffre dernier trouvé de m étant celui dont on a besoin dans s pour continuer l'opération.

Dans l'addition qui sert de preuve à la regle, c'est le nombre j qu'on ajoute au nombre m, ce qui évidemment doit donner le nombre s ; car puisque j = s - m, il suit que j + m = s.

12. Observez (derniere figure) que dans la soustraction employée pour multiplier 428 par 9, il se fait deux emprunts, l'un sur le 8, l'autre sur le 4, & que d'un autre côté la somme des chiffres du multiple 3852 est 18, ou 9 pris deux fois, ce qui n'est point un hasard, mais l'effet d'une loi générale. La somme des chiffres du multiple contient 9 autant de fois qu'il y a eu d'emprunts dans la soustraction qui a servi à le former. On en verra plus bas la raison.

13. Il suit que si la soustraction s'exécutoit sans faire d'emprunt, la somme des chiffres du multiple seroit = 0, conséquence révoltante par l'imagination, mais qui, entendue comme il faut, malgré la contradiction qu'elle semble renfermer, ne laisse pas d'être exactement vraie.

Pour s'en convaincre, que dans le même exemple aux chiffres on substitue des lettres, ou simplement que laissant subsister les chiffres, on procede à la soustraction par la méthode algébrique, on aura

Le résultat qui représente le multiple contient quatre termes, distingués entr'eux par des points, nommant (relativement au rang) pairs les second & quatrieme, & impairs les premier & troisieme ; si l'on fait séparément la somme des termes pairs & celle des impairs, la premiere sera + 2 - 4. - 8, & la seconde + 4. + 8 - 2 : où l'on voit que les mêmes chiffres sont contenus dans l'une & dans l'autre somme ; mais avec des signes contraires ; ensorte que si l'on vient à ajouter les deux sommes ensemble, tous ces chiffres se détruisant mutuellement, le résultat sera 0.

Et c'est en effet ce qui devroit toujours arriver, sans que pour cela il y eût contradiction, ni que le multiple qu'on devoit trouver fût réellement anéanti ; car il faut bien prendre garde que ses chiffres ne se détruisent mutuellement, que parce qu'en faisant leur somme on ne les prend que suivant leur valeur absolue, & qu'on ne les doit prendre que sur ce pié là. Si l'on avoit égard à leur valeur relative, dès-lors - 8, par exemple, ne seroit plus propre à faire évanouir + 8, parce que celui-ci seroit 80, tandis que l'autre ne seroit encore que 8, & ainsi des autres chiffres.

14. Mais, demandera-t-on, pourquoi ce qui devroit toûjours arriver n'arrive-t-il jamais ? c'est que suivant notre méthode particuliere de faire les opérations de l'Arithmétique dans la soustraction proposée (où la quantité excédante est terminée par un 0) il y a nécessairement & dès le premier pas un emprunt à faire, car quel est l'effet de cet emprunt ? c'est, de deux termes consécutifs, de diminuer l'un d'une unité, & d'augmenter l'autre de 10. Voilà donc deux nouveaux termes (10 & - 1) à introduire dans la somme de ceux du multiple, & qui resteront après que les autres se seront détruits par la contrariété de leurs signes. Cette somme ne sera donc plus 0, comme auparavant, mais 10 - 1 ou 9, répété autant de fois qu'il se sera fait d'emprunts ; car ces nouveaux chiffres ayant par-tout le même signe, ne se détruiront pas (comme font les autres) par l'addition de deux sommes.

15. Cela même fournit une nouvelle démonstration de la premiere propriété, & qui semble mieux entrer dans la nature de la chose. On voit non-seulement que la somme des chiffres qui expriment un multiple de 9, doit elle-même être un multiple de 9 ; on est même en état de déterminer ce multiple, qui se regle sur le nombre des emprunts faits dans la soustraction qui a servi à le former ; nombre aisé lui-même à déterminer par l'inspection seule de celui qu'il s'agit de multiplier par 9. En effet, si tous les chiffres du nombre proposé sont croissans de droite à gauche, il y aura autant d'emprunts que le nombre même contient de chiffres, & autant de moins que cet ordre se trouvera de fois troublé. Ainsi pour 842 il y en aura trois, au lieu que pour 428 (formé des mêmes chiffres) il n'y en a que deux, parce que la loi d'accroissement n'a pas lieu du 8 au 2... Si deux chiffres consécutifs sont semblables, quand il y a eu emprunt sur le premier, il y en a aussi sur le second, parce que la diminution causée par le premier emprunt les range sous la loi d'accroissement ; mais s'il n'y en a point sur le premier, il n'y en aura point non plus sur le second. Par exemple, pour 33 il y en aura deux ; mais pour 338 il n'y en aura qu'un, qui tombera sur le 8. La somme des chiffres qui expriment 33 x 9, sera donc 18, tandis que celle des chiffres qui expriment 338 x 9 (nombre cependant beaucoup plus grand que le premier) ne sera que 9.

Cet Article est de M. RALLIER DES OURMES, conseiller d'honneur au présidial de Rennes, à qui l'Encyclopédie est redevable de beaucoup d'autres morceaux.


NEUFCHATEAU(Géog.) ville de France en Lorraine, capitale de la châtellenie de Châtenoi. Il en est parlé dans l'itinéraire d'Antonin, sous le nom de Neomagus, changé depuis en celui de Neocastrum, dont on a fait le nom moderne Neufchâteau. Elle est sur la riviere de Mouzon, qui se jette dans la Meuse, à 10 lieues S. O. de Nanci, 7 S. O. de Toul, 60 S. E. de Paris. Long. 33. 20. lat. 48. 20. (D.J.)


NEUFCHATELNEUFCHATEL


NEUFMES. m. (Jurisprud.) dans la basse latinité nonagium nona, est un droit singulier que les curés perçoivent dans certains pays sur les biens de leurs paroissiens décédés, pour leur donner la sépulture ecclésiastique ; c'est pourquoi ce droit est aussi appellé mortuage.

Ce droit tire son origine de ce qu'anciennement on regardoit comme un crime de ne pas donner par testament au-moins la neuvieme partie de son bien à l'Eglise. Voyez le Glossaire de Ducange, au mot nonagium.

C'est principalement en Bretagne que ce droit est connu : M. Hevin prétend que ce droit fut établi pour procurer aux recteurs des paroisses un dédommagement de la perte de leurs dixmes usurpées par la noblesse, ou de leur procurer leur subsistance nécessaire : desorte que ce motif cessant, soit par la restitution des dixmes, soit par la jouissance de la portion congrue, le droit de neufme, suivant cet auteur, a dû s'éteindre.

Au commencement ce droit s'appelloit tiersage, parce qu'il consistoit dans le tiers des meubles de celui qui étoit décédé sans rien léguer à l'Eglise.

On regardoit ce droit comme si odieux, qu'en 1225, Pierre duc de Bretagne fit de fortes remontrances à ce sujet ; il y joignit même les reproches, & l'on en vint à la sédition.

En 1285, le duc Jean II. son fils, refusa avec vigueur la confirmation de ce droit qui étoit poursuivie par les Ecclésiastiques.

Artus II. son fils, consentit que l'affaire fut remise à l'arbitrage de Clément V. lequel siégeoit à Avignon. Ce pape donna sa sentence en 1309, laquelle est contenue dans une bulle appellée la Clémentine. Il réduisoit le tiersage au neuvieme, appellé neufme. Ce droit fut même restraint sur les roturiers, parce que les ecclésiastiques, pour gagner plus aisément les députés de la noblesse, auxquels on avoit confié la défense de la cause, consentirent que les nobles en fussent déchargés.

En 1330, Philippe de Cugnieres fit des remontrances à ce sujet au roi Philippe de Valois.

Cependant les recteurs de Bretagne se sont maintenus en possession de ce droit sur les roturiers dans la plûpart des villes de Bretagne.

Mais, par arrêt du parlement de Bretagne, du 16 Mars 1559, ce droit de neufme fut réduit à la neuvieme partie en un tiers des meubles de la communauté du décédé, les obseques, funérailles, & tiers des dettes préalablement payés.

Ceux dont les meubles valent moins de 40 livres, ne doivent point le neufme.

Ce droit n'est autorisé que pour tenir lieu des dixmes, tellement que les recteurs ou vicaires perpétuels qui jouissent des dixmes, ou qui ont la portion congrue, ne peuvent exiger le droit de neufme ou mortuage, ainsi qu'il fut décidé par un arrêt de reglement du parlement de Bretagne, du 13 Décembre 1676. Voyez d'Argentré, Hist. de Bretagne, livre IV. chap. v. xxix. & xxxv. Bellondeau, Observ. liv. III. part. ij. art. 2. & let. N. controv. 13. Dufail, liv. II. chap. xlviij. & cxvj. liv. III. chap. xcix. Brillon, au mot neufme. (A)


NEUHAUS(Géogr.) autrement Ilradetz, en Bohémien, ville de Bohème, dans le cercle de Béchyn : les Suédois la prirent en 1645. Long. 32. 56. lat. 48. 8.


NEUHAUSEL(Géog.) en latin Neoselium, & par quelques-uns Ovaria. Les Hongrois l'appellent Ouvar, c'est-à-dire château ; petite, mais forte ville de la haute Hongrie, prise par les Turcs en 1663, & reprise par les Impériaux en 1685, qui passerent tout au fil de l'épée sans faire grace ni à l'âge, ni au sexe. Elle est sur la riviere de Neytzach, dans une plaine marécageuse, à une lieue du confluent du Vag avec le Danube, à cinq lieues N. de Komore, 5. S. E. de Leopolstadt, 12 S. E. de Presbourg, 33 S. E. de Vienne. Long. 36. 10. lat. 48. 4.


NEUILLYNEUILLY


NEUMARCK(Géog.) petite ville d'Allemagne en Silésie, dans la principauté de Breslau, à 10 lieues S. E. de Lignitz, six O. de Breslau. Long. 34. 24. lat. 51. 6.

Il y a quelques autres bourgs ou petites villes d'Allemagne nommés Neumarck, qui ne méritent aucune mention. (D.J.)


NEUNAUGES. m. (Hist. nat.) nom allemand d'un poisson, qui est une espece de lamproie que l'on trouve communément dans des eaux marécageuses : les Allemands le nomment aussi schlamnn-beisser, mordeur de limon. Ce poisson peut servir de thermometre, & annoncer les changemens de la température de l'air : pour cet effet, on le met dans un bocal avec un peu de sable & de l'eau de riviere ou de pluie ; & la veille du changement, ou une demi-journée auparavant, on le voit s'agiter fortement dans son bocal : il avertit même par un petit sifflement d'une tempête subite ou du tonnerre. Neunauge signifie poisson à neuf yeux. Voyez Ephemerides natur. curiosor. année 1687.


NEURADES. f. (Botan.) nom donné par Linnaeus au genre de plante appellé par M. Jussieu tribulastrum : en voici les caracteres. Le calice particulier de la fleur est composé d'une feuille découpée en cinq segmens ; la fleur est formée de cinq pétales égaux, plus larges que les feuilles du calice ; les étamines sont dix filets de la longueur du calice ; les sommités ou bossettes sont simples ; le germe du pistil porte sur le calice ; les stiles sont au nombre de dix, & de la longueur des stygmates, qui sont simples ; le fruit est une capsule orbiculaire, applatie par-dessus, convexe par-dessous, & toute hérissée de pointes ; la partie intérieure du fruit est partagée en dix loges, dont chacune contient une seule semence. (D.J.)


NEURES. f. (Marine) c'est une espece de petite flûte, dont les Hollandois se servent pour la pêche du hareng : elle est d'environ soixante tonneaux. Quelques-uns disent que c'est la même chose que ce qu'on appelle buche. Voyez BUCHE. (Z)


NEURIou NEURAEI, (Géog. anc.) peuples de la Sarmatie en Europe, dont Hérodote, Pline, & Pomponius Méla font mention.


NEURITIQUESou NERVINS, adj. terme de Médecine, qualification qu'on donne à des remedes propres pour les maladies des nerfs & des parties nerveuses, comme les membranes, les ligamens, &c. Ce mot vient du grec , nerf.

Tels sont la bétoine, la lavande, le romarin, la sauge, le laurier, la marjolaine, & plusieurs autres d'entre les céphaliques. Voyez CEPHALIQUE, ANTISPASMODIQUE, CALMANT, RCOTIQUEIQUE.


NEUROGRAPHIES. f. terme d'Anatomie, signifie la description des nerfs. Voyez NERF.

Raim. Vieussens, médecin de Montpellier, a fait un excellent traité latin, intitulé Neurographia universalis, où il fait voir qu'il y a plus de ramifications de nerfs dans la peau, que dans les muscles & toutes les autres parties. Voyez PEAU.

Duncan, autre médecin de la même université, en a fait un autre fort estimé aussi, intitulé Neurographia rationalis. Voyez NEUROLOGIE.


NEUROLOGIES. f. discours sur les nerfs. Voyez NERF. Le mot neurologie paroît avoir une signification moins étendue que neurographie ; en ce que ce dernier comprend non-seulement les discours sur les nerfs, mais aussi les estampes & les figures qui les représentent ; au lieu que neurologie ne s'entend que des discours seulement. Willis nous a donné une belle neurologie dans le traité particulier qu'il nous en a laissé. Il a pour titre, cerebri anatome, nervorumque descriptio & usus, &c. c'est-à-dire, anatomie du cerveau, & description & usage des nerfs.


NEUROSPATIQUENEUROSPATIQUE


NEUSIDLERZÉE(Géog. mod.) lac de la basse-Hongrie, aux frontieres de l'Autriche, près d'Oedunbourg, entre Javarin à l'orient, & Vienne à l'occident.


NEUSTADT(Géog.) petite ville d'Allemagne, au cercle de la basse Saxe au duché de Meckelbourg, sur une petite riviere qui tombe dans l'Elbe à Domitz. Long. 29. 35. lat. 53. 38.

NEUSTADT, (Géog.) petite ville d'Allemagne, dans la Wagrie, sur la mer Baltique. Les Suédois la prirent en 1644. Long. 28. 38. lat. 54. 10.

NEUSTADT, (Géog.) ville forte & épiscopale d'Allemagne, dans la basse Autriche, dont l'évêque est le seul suffragant de Vienne. Matthias Corvin la prit en 1485 : les Autrichiens la reprirent ensuite. Elle est à huit lieues S. de Vienne, 22 N. E. de Gratz. Long. 24. 35. lat. 47. 48.

NEUSTADT, (Géog.) ville d'Allemagne en Franconie, dans l'évêché de Wurtzbourg, sur la Saale, près de Koening Sehoffen, Long. 28. 10. lat. 49. 34.

NEUSTADT, (Géog.) ville d'Allemagne, dans le duché de Brunswick-Lunebourg, à quatre lieues N. O. d'Hanover, sur la riviere de Leyne. Long. 27. 24. lat. 52. 34.

NEUSTADT, (Géog.) petite ville d'Allemagne, dans le Holstein, sur un golfe que forme la mer Baltique, sur la côte de la Wagrie. Elle est située à quatre milles d'Oldembourg, & à environ pareille distance de Lubec. Long. 28. 24. lat. 53. 56.

NEUSTADT AN DER HART, (Géog.) ville d'Allemagne au Palatinat du Rhin, située sur une petite chaîne de montagnes appellée la Hart, à quatre milles de Landau. Comme son territoire fait partie du Speyrgow, on la nomme en latin Neapolis-Nemetum. Jean Casimir s'en rendit maître par artifice en 1579. Long. 26. 48. lat. 29. 22.


NEUSTATT(Géog.) l'Allemagne a plusieurs bourgs ou petites villes, ainsi nommées, mais qui ne méritent aucun détail. Il y a trois Neustatt en Franconie ; une dans le landgraviat de Hesse, une au comté de la Marck, une dans la haute Baviere, sur l'Abenz, une dans la Moravie, à trois lieues N. d'Olmutz, une dans la Souabe, à trois lieues de Hailbron, sur le Kocker, &c. (D.J.)


NEUSTÉou NEUVETé, s. f. termes de Riviere, droit que paye un bateau la premiere fois qu'il vient à Paris.


NEUSTRÉS. m. terme de Courtepointiers, artisan qui fait & qui vend des meubles. Cet ancien terme se trouve dans les statuts des Courtepointiers, qui composoient autrefois une des communautés de Paris, réunie en 1636 à celle des Tapissiers. Ces derniers, parmi leurs autres qualités, conservent celle de Courtepointiers-Neustrés.


NEUSTRIE(Géog.) c'est le nom qu'on imposa après la mort de Clovis, ou un peu auparavant, à une des parties principales de la France, qui comprenoit toutes les terres renfermées entre la Meuse & la Loire. On l'appella en latin Neustria, Neustrasia, ou Neuster, & quelquefois Neptricum, ou Neptria ; il n'est pas facile de deviner l'origine de ces deux derniers mots.

Vers le tems de Charlemagne, la Neustrie se trouva renfermée entre la Seine & la Loire : enfin, elle fut de nouveau resserrée dans les bornes où elle est aujourd'hui. Charles le Simple ayant été obligé de céder en 912 la Neustrie à Rollon, le plus illustre des barbares du Nord, elle perdit son nom, & prit celui de Normandie.

NEUSTRIE, (Géog.) centre de l'Italie, entre la Ligurie & l'Emilie : les Lombards s'étant rendus maîtres d'une partie de l'Italie, donnerent à l'imitation des François, les noms de Neustrie & d'Austrasie à une portion de leurs conquêtes. Ils appellerent Austrasie la partie qui étoit à l'orient, & Neustrie ou Hespérie, celle qui étoit à l'occident, & laisserent à la Toscane son ancien nom. (D.J.)


NEUTRALITÉS. f. (Droit polit.) état dans lequel une puissance ne prend aucun parti entre celles qui sont en guerre.

Pour donner quelque idée de cette matiere, il faut distinguer deux sortes de neutralité, la neutralité générale, & la neutralité particuliere.

La neutralité générale, c'est lorsque sans être allié d'aucun des deux ennemis qui se font la guerre, on est tout prêt de rendre également à l'un & à l'autre, les devoirs auxquels chaque peuple est naturellement tenu envers les autres.

La neutralité particuliere, c'est lorsqu'on s'est particulierement engagé à être neutre par quelque convention, ou expresse ou tacite. La derniere sorte de neutralité, est ou pleine & entiere, lorsque l'on agit également à tous égards, envers l'une & l'autre partie ; ou limitée, ensorte que l'on favorise une partie plus que l'autre, à l'égard de certaines choses & de certaines actions.

On ne sauroit légitimement contraindre personne à entrer dans une neutralité particuliere, parce qu'il est libre à chacun de faire ou de ne pas faire des traités & des alliances, ou qu'on ne peut du-moins y être tenu, qu'en vertu d'une obligation imparfaite. Mais celui qui a entrepris une guerre juste, peut obliger les autres peuples à garder exactement la neutralité générale, c'est-à-dire, à ne pas favoriser son ennemi plus que lui-même. Voici donc à quoi se réduisent les devoirs des peuples neutres.

Ils sont obligés de pratiquer également envers l'un & l'autre de ceux qui sont en guerre, les lois du droit naturel, tant absolues que conditionnelles, soit qu'elles imposent une obligation parfaite ou seulement imparfaite ; s'ils rendent à l'un d'eux quelque service d'humanité, ils ne doivent pas le refuser à l'autre ; à moins qu'il n'y ait quelque raison manifeste qui les engage à faire en faveur de l'un quelque chose que l'autre n'avoit d'ailleurs aucun droit d'exiger. Mais ils ne sont tenus de rendre les services de l'humanité à aucune des deux parties, lorsqu'ils s'exposeroient à de grands dangers en les refusant à l'autre, qui a autant de droit de les exiger. Ils ne doivent fournir ni à l'un ni à l'autre les choses qui servent à exercer les actes d'hostilité, à-moins qu'ils n'y soyent autorisés par quelque engagement particulier ; & pour celles qui ne sont d'aucun usage à la guerre, si on les fournit à l'un, il faut aussi les fournir à l'autre. Ils doivent travailler de tout leur possible à faire ensorte qu'on en vienne à un accommodement, que la partie lésée obtienne satisfaction, & que la guerre finisse au plus tôt. Que s'ils se sont engagés en particulier à quelque chose, ils doivent l'exécuter ponctuellement.

D'autre côté, il faut que ceux qui sont en guerre observent exactement envers les peuples neutres, les lois de la sociabilité, qu'ils n'exercent contr'eux aucun acte d'hostilité, & qu'ils ne souffrent pas qu'on les pille ou qu'on ravage leur pays. Ils peuvent pourtant dans une extrême nécessité, s'emparer d'une place située en pays neutre ; bien entendu, qu'aussi-tôt que le péril sera passé on la rendra à son maître, en lui payant le dommage qu'il en aura reçu. Voyez Budée, Elementa Philosophiae practicae. Puffendorf, liv. II. ch. vj. & Grotius, liv. III. ch. j. & xvij. (D.J.)


NEUTREadj. ce mot nous vient du latin neuter, qui veut dire ni l'un ni l'autre : en le transportant dans notre langue avec un léger changement dans la terminaison, nous en avons conservé la signification originelle, mais avec quelque extension ; neutre veut dire, qui n'est ni de l'un ni de l'autre, ni à l'un ni à l'autre, ni pour l'un ni pour l'autre, indépendant de tous deux, indifférent ou impartial entre les deux : & c'est dans ce sens qu'un état peut demeurer neutre entre deux puissances belligérantes, un savant entre deux opinions contraires, un citoyen entre deux partis opposés, &c.

Le mot neutre est aussi un terme propre à la grammaire, & il y est employé dans deux sens différens.

1. Dans plusieurs langues, comme le grec, le latin, l'allemand, qui ont admis trois genres ; le premier est le genre masculin, le second est le genre féminin, & le troisieme qui n'est ni l'un ni l'autre de ces deux premiers, c'est le genre neutre. Si la distinction des genres avoit été introduite dans l'intention de favoriser les vûes de la Métaphysique ou de la Cosmologie, on auroit rapporté au genre neutre tous les noms des êtres inanimés, & même les noms des animaux, quand on les auroit employés dans un sens général & avec abstraction des sexes, comme les Allemands ont fait du nom kind (enfant) pris dans le sens indéfini : mais d'autres vûes & d'autres principes ont fixé sur cela les usages des langues, & il faut s'y conformer sans réserve, Voyez GENRE. Dans celles qui ont admis ce troisieme genre, les adjectifs ont reçu des terminaisons qui marquent l'application & la relation de ces adjectifs à des noms de cette classe ; & on les appelle de même des terminaisons neutres : ainsi bon se dit en latin bonus pour le genre masculin, bona pour le genre féminin, & bonum pour le genre neutre.

II. On distingue les verbes adjectifs ou concrets en trois especes générales, caractérisées par les différences de l'attribut déterminé qui est renfermé dans la signification concrete de ces verbes ; & ces verbes sont actifs, passifs ou neutres, selon que l'attribut individuel de leur signification est une action du sujet, ou une impression produite dans le sujet sans concours de sa part ou un simple état qui n'est dans le sujet, ni action ni passion. Ainsi aimer, battre, courir, sont des verbes actifs, parce qu'ils expriment l'existence sous des attributs qui sont des actions du sujet : être aimé, être battu, (qui se disent en latin amari, verberari,) tomber, mourir, sont des verbes passifs, parce qu'ils expriment l'existence, sous des attributs qui sont des impressions produites dans le sujet sans concours de sa part, & quelquefois même malgré lui : demeurer, exister, sont des verbes neutres, qui ne sont ni actifs ni passifs, parce que les attributs qu'ils expriment sont de simples états, qui à l'égard du sujet ne sont ni action ni passion.

Sanctius (Minerv. III. 2.) ne veut reconnoître que des verbes actifs & des verbes passifs, & rejette entierement les verbes neutres. L'autorité de ce grammairien est si grande qu'il n'est pas possible d'abandonner sa doctrine, sans examiner & réfuter ses raisons. Philosophia, dit-il, id est, recta & incorrupta judicandi ratio nullum concedit medium inter Agere & Pati : omnis namque motus aut actio est aut passio... Quare quod in rerum naturâ non est, ne nomen quidem habebit... Quid igitur agent verba neutra, si nec activa nec passiva sunt ? Nam si agit, aliquid agit ; cur enim concedas rem agentem in verbis quae neutra vocas, si tollis quid agant ? An nescis omnem causam efficientem debere necessario effectum producere ; deinde etiam effectum non posse consistere sine causâ ? Itaque verba neutra neque ulla sunt, neque naturâ esse possunt, quoniam illorum nulla potest demonstrari definitio. Sanctius a regardé ce raisonnement comme concluant, parce qu'en effet la conclusion est bien déduite du principe ; mais le principe est-il incontestable ?

Il me semble en premier lieu, qu'il n'est rien moins que démontré que la Philosophie ne connoisse point de milieu entre agir & pâtir. On peut au moins par abstraction, concevoir un être dans une inaction entiere & sur lequel aucune cause n'agisse actuellement : dans cette hypothèse qui est du ressort de la Philosophie, parce que son domaine s'étend sur tous les possibles, on ne peut pas dire de cet être ni qu'il agisse, ni qu'il pâtisse, sans contredire l'hypothèse même ; & l'on ne peut pas rejetter l'hypothèse sous prétexte qu'elle implique contradiction, puisqu'il est évident que ni l'une ni l'autre des deux parties de la supposition ne renferme rien de contradictoire, & qu'elles ne le sont point entr'elles : il y a donc un état concevable, qui n'est ni agir ni pâtir ; & cet état est dans la nature telle que la Philosophie l'envisage, c'est-à-dire, dans l'ordre des possibles.

Mais quand on ne permettroit à la Philosophie que l'examen des réalités, on ne pourroit jamais disputer à notre intelligence la faculté de faire des abstractions, & de parcourir les immenses régions du pur possible. Or, les langues sont faites pour rendre les opérations de notre intelligence, & par conséquent ses abstractions mêmes, ainsi elles doivent fournir à l'expression des attributs qui seront des états mitoyens entre agir & pâtir ; & de-là la nécessité des verbes neutres dans les idiomes qui admettront des verbes adjectifs ou concrets.

Le sens grammatical, si je puis parler ainsi, du verbe exister, par exemple, est un & invariable ; & les différences que la Métaphysique pourroit y trouver, selon la diversité des sujets auxquels on en feroit l'application, tiennent si peu à la signification intrinseque de ce verbe, qu'elles sortent nécessairement de la nature même des sujets. Or, l'existence en Dieu n'est point une passion, puisqu'il ne l'a reçue d'aucune cause ; dans les créatures ce n'est point une action, puisqu'elles la tiennent de Dieu : c'est donc dans le verbe exister, un attribut qui fait abstraction d'action & de passion ; car il ne peut y avoir que ce sens abstrait & général qui rende possible l'application du verbe à un sujet agissant ou pâtissant, selon l'occurrence : ainsi le verbe exister est véritablement neutre, & on en trouve plusieurs autres dans toutes les langues, dont on peut porter le même jugement, parce qu'ils renferment dans leur signification concrete un attribut qui n'est qu'un état du sujet, & qui n'est en lui ni action ni passion.

J'observe en second lieu, que quand il seroit vrai qu'il n'y a point de milieu entre agir & pâtir, par la raison qu'allegue Sanctius, que omnis motus aut actio est aut passio ; on ne pourroit jamais en conclure qu'il n'y ait point de verbes neutres, renfermant dans leur signification concrete, l'idée d'un attribut qui ne soit ni action ni passion : sinon il faudroit supposer encore que l'essence du verbe consiste à exprimer les mouvemens des êtres, motus. Or, il est visible que cette supposition est inadmissible, parce qu'il y a quantité de verbes comme existere, stare, quiescere, &c. qui n'expriment aucun mouvement, ni actif, ni passif, & que l'idée générale du verbe doit comprendre sans exception, les idées individuelles de chacun. D'ailleurs, il paroît que le grammairien espagnol n'avoit pas même pensé à cette notion générale, puisqu'il parle ainsi du verbe (Min. 1. 12.), verbum est vox particeps numeri personalis cum tempore ; & il ajoute d'un ton un peu trop décidé : haec definitio vera est & perfecta, reliquae omnes grammaticorum ineptae. Quelque jugement qu'il faille porter de cette définition, il est difficile d'y voir l'idée de mouvement, à moins qu'on ne la conclue de celle du tems, selon le système de S. Augustin (Confess. XI.) ; mais cela même mérite encore quelque examen, malgré l'autorité du saint docteur, parce que les vérités naturelles sont soumises à notre discussion & ne se décident point par l'autorité.

Je remarque en troisieme lieu, que les Grammairiens ont coutume d'entendre par les verbes neutres, non-seulement ceux qui renferment dans leur signification concrete l'idée d'un attribut, qui, sans être action ni passion, n'est qu'un simple état du sujet ; mais encore ceux dont l'attribut est, si vous voulez, une action, mais une action qu'ils nomment intransitive ou permanente, parce qu'elle n'opere point sur un autre sujet que celui qui la produit ; comme dormire, sedere, currere, ambulare, &c. Ils n'appellent au contraire verbes actifs, que ceux dont l'attribut est une action transitive, c'est-à-dire, qui opere ou qui peut operer sur un sujet différent de celui qui la produit, comme battre, porter, aimer, instruire, &c. Or, c'est contre ces verbes neutres que Sanctius se déclare, non pour se plaindre qu'on ait réuni dans une même classe des verbes qui ont des caracteres si opposés, ce qui est effectivement un vice ; mais pour nier qu'il y ait des verbes qui énoncent des actions intransitives : cur enim concedas, dit-il, rem agentem in verbis quae neutra vocas, si tollis quid agant ?

Je réponds à cette question, qui paroît faire le principal argument de Sanctius ; 1°. que si par son quid agant, il entend l'idée même de l'action, c'est supposer faux que de la croire exclue de la signification des verbes que les Grammairiens appellent neutres ; c'est au contraire cette idée qui en constitue la signification individuelle, & ce n'est point dans l'abstraction que l'on en pourroit faire que consiste la neutralité de ces verbes : 2°. que si par quid agant, il entend l'objet sur lequel tombe cette action, il est inutile de l'exprimer autrement que comme sujet du verbe, puisqu'il est constant que le sujet est en même tems l'objet : 3°. qu'enfin, s'il entend l'effet même de l'action, il a tort encore de prétendre que cet effet ne soit point exprimé dans le verbe, puisque tous les verbes actifs ne le sont que par l'expression de l'effet qui suppose nécessairement l'action, & non pas par l'expression de l'action même avec abstraction de l'effet ; autrement il ne pourroit y avoir qu'un seul verbe actif, parce qu'il ne peut y avoir qu'une seule idée de l'action en général, abstraction faite de l'effet, & qu'on ne peut concevoir de différence entre action & action, que par la différence des effets.

Il paroît au reste que c'est de l'effet de l'action que Sanctius prétend parler ici, puisqu'il supplée le nom abstrait de cet effet, comme complément nécessaire des verbes qu'il ne veut pas reconnoître pour neutres : ainsi, dit-il, utor & abutor, c'est utor usum, ou abutor usum ; ambulare, c'est ambulare viam, & si l'on trouve ambulare per viam, c'est alors ambulare ambulationem per viam ; &c. il pousse son zele pour cette maniere d'interpreter, jusqu'à reprendre Quintilien d'avoir trouvé qu'il y avoit solécisme dans ambulare viam.

Il me semble qu'il est assez singulier qu'un espagnol, pour qui le latin n'est qu'une langue morte, prétende mieux juger du degré de faute qu'il y a dans une phrase latine, qu'un habile homme dont cet idiome étoit le langage naturel : mais il me paroît encore plus surprenant qu'il prenne la défense de cette phrase, sous prétexte que ce n'est pas un solécisme mais un pléonasme ; comme si le pléonasme n'étoit pas un véritable écart par rapport aux lois de la Grammaire aussi bien que le solécisme. Car enfin si l'on trouve quelques pléonasmes autorisés dans les langues sous le nom de figure, l'usage de la nôtre n'a-t-il pas autorisé de même le solécisme mon ame, ton épée, son humeur ? Cela empêche-t-il les autres solécismes non autorisés d'être des fautes très-graves, & pourroit-on soutenir sérieusement qu'à l'imitation des exemples précédens, on peut dire mon femme, ton fille, son hauteur ? C'est la même chose du pléonasme : les exemples que l'on en trouve dans les meilleurs auteurs ne prouvent point qu'un autre soit admissible, & ne doivent point empêcher de regarder comme vicieuses toutes les locutions où l'on en feroit un usage non autorisé : tels sont tous les exemples que Sanctius fabrique pour la justification de son système contre les verbes neutres.

Il faut pourtant avouer que Priscien semble avoir autorisé les modernes à imaginer ce complément qu'il appelle cognatae significationis ; mais comme Priscien lui-même l'avoit imaginé pour ses vues particulieres, sans s'appuyer de l'autorité des bons écrivains, la sienne n'est pas plus recevable en ce cas, que si le latin eût été pour lui une langue morte.

J'ai remarqué un peu plus haut que c'étoit un vice d'avoir réuni sous la même dénomination de neutres, les verbes qui ne sont en effet ni actifs ni passifs, avec ceux qui sont actifs intransitifs ; & cela me paroît évident ; si ceux-ci sont actifs, on ne doit pas faire entendre qu'ils ne le sont pas, en les appellant neutres ; car ce mot, quand on l'applique aux verbes, veut dire qui n'est ni actif ni passif, & c'est dans le cas présent une contradiction manifeste. Sans y prendre trop garde, on a encore réuni sous la même cathégorie des verbes véritablement passifs, comme tomber, pâlir, mourir, &c. C'est le même vice, & il vient de la même cause.

Ces verbes passifs réputés neutres, & les verbes actifs intransitifs ont été envisagés sous le même aspect que ceux qui sont effectivement neutres ; parce que ni les uns ni les autres n'exigent jamais de complément pour présenter un sens fini : ainsi comme on dit sans complément, Dieu existe, on dit sans complément au sens actif, ce livre couroit, & au sens passif, tu mourras. Mais cette propriété d'exiger ou de ne pas exiger un complément pour la plénitude du sens, n'est point du tout ce qui doit faire les verbes actifs, passifs ou neutres : car comment auroit-on trouvé trois membres de division dans un principe qui n'admet que deux parties contradictoires ?

La vérité est donc qu'on a confondu les idées, & qu'il falloit envisager les verbes concrets sous deux aspects généraux qui en auroient fourni deux divisions différentes.

La premiere division, fondée sur la nature générale de l'attribut auroit donné les verbes actifs, les verbes passifs, & les verbes neutres : la seconde, fondée sur la maniere dont l'attribut peut être énoncé dans le verbe, auroit donné des verbes absolus & des verbes relatifs, selon que le sens en auroit été complet en soi, ou qu'il auroit exigé un complément.

Ainsi amo & curro sont des verbes actifs, parce que l'attribut qui y est énoncé est une action du sujet : mais amo est relatif, parce que la plénitude du sens exige un complément, puisque quand on aime, on aime quelqu'un ou quelque chose ; au contraire curro est absolu parce que le sens en est complet, par la raison que l'action exprimée dans ce verbe ne porte son effet sur aucun sujet différent de celui qui la produit.

Amor & pereo sont des verbes passifs, parce que les attributs qui y sont énoncés sont dans le sujet des impressions indépendantes de son concours : mais amor est relatif parce que la plénitude du sens exige un complément qui énonce par qui l'on est aimé ; au contraire pereo est absolu, par la raison que l'attribut passif exprimé dans ce verbe est suffisamment connu indépendamment de la cause de l'impression. Voyez RELATIF.

Les verbes neutres sont essentiellement absolus, parce qu'exprimant quelque état du sujet, il n'y a rien à chercher pour cela hors du sujet.

Les Grammairiens ont encore porté bien plus loin l'abus de la qualification de neutre à l'égard des verbes, puisqu'on a même distingué des verbes neutres-actifs & des verbes neutres-passifs ; ce qui est une véritable antilogie. Il est vrai que les Grammairiens n'ont pas prétendu par ces dénominations désigner la nature des verbes, mais indiquer simplement quelques caracteres marqués de leur conjugaison.

" De ces verbes neutres, dit l'abbé de Dangeau (opusc. pag. 187.), il y en a quelques-uns qui forment leurs parties composées... par le moyen du verbe auxiliaire avoir : par exemple, j'ai couru, nous avons dormi. Il y a d'autres verbes neutres qui forment leurs parties composées par le moyen du verbe auxiliaire être ; par exemple, les verbes venir, arriver ; car on dit, je suis venu, & non pas, j'ai venu ; ils sont arrivés, & non pas, ils ont arrivé. Et comme ces verbes sont neutres de leur nature, & qu'ils se servent de l'auxiliaire être qui marque ordinairement le passif, je les nomme des verbes neutres-passifs... Quelques gens même sont allés plus loin, & ont donné le nom de neutres-actifs, aux verbes neutres qui forment leurs tems composés par le moyen du verbe avoir, parce que ce verbe avoir est celui par le moyen duquel les verbes actifs, comme chanter, battre, forment leur tems composés. C'est pourquoi ils disent que dormir, qui fait j'ai dormi ; éternuer, qui fait j'ai éternué, sont des verbes neutres-actifs ".

Sur les mêmes principes on a établi la même distinction dans la grammaire latine, si ce n'est même de-là qu'elle a passé dans la grammaire françoise : on y appelle verbes neutres-actifs ceux qui se conjuguent à leurs prétérits comme les verbes actifs, dormio, dormivi, comme audio, audivi : & l'on appelle au contraire neutres-passifs ceux qui se conjuguent à leurs prétérits comme les verbes passifs, c'est-à-dire, avec l'auxiliaire sum & le prétérit du participe ; gaudeo, gavisus sum ou fui. Voyez PARTICIPE.

Mais outre la contradiction qui se trouve entre les deux termes réunis dans la même dénomination, ces termes ayant leur fondement dans la nature intrinseque des verbes, ne peuvent servir, sans inconséquence & sans équivoque, à désigner la différence des accidens de leur conjugaison. S'il est important dans notre langue de distinguer ces différentes especes, il me semble qu'il suffiroit de réduire les verbes à deux conjugaisons générales, l'une où les prétérits se formeroient par l'auxiliaire avoir, & l'autre où ils prendroient l'auxiliaire être : chacune de ces conjugaisons pourroit se diviser, par rapport à la formation des tems simples, en d'autres especes subalternes. M. l'abbé de Dangeau n'étoit pas éloigné de cette voie, quand il exposoit la conjugaison des verbes par section ; & je ne doute pas qu'un partage fondé sur ce principe ne jettât quelque lumiere sur nos conjugaisons. Voyez PARADIGME.

Au reste, il est important d'observer que nous avons plusieurs verbes qui forment leurs prétérits ou par l'auxiliaire avoir, ou par l'auxiliaire être ; tels sont convenir, demeurer, descendre, monter, passer, repartir : & la plûpart dans ce cas changent de sens en changeant d'auxiliaire.

Convenir se conjuguant avec l'auxiliaire avoir, signifie être convenable : si cela m'AVOIT CONVENU, je l'aurois fait ; c'est-à-dire, si cela m'avoit été convenable. Lorsqu'il se conjugue avec l'auxiliaire être, il signifie avouer ou consentir : vous ETES CONVENU de cette premiere vérité, c'est-à-dire, vous avez avoué cette premiere vérité ; ils SONT CONVENUS de le faire, c'est-à-dire, ils ont consenti à le faire.

Demeurer se conjugue avec l'auxiliaire avoir, quand on veut faire entendre que le sujet n'est plus au lieu dont il est question, qu'il n'y étoit plus, ou qu'il n'y sera plus dans le tems de l'époque dont il s'agit : il A DEMEURE long-tems à Paris, veut dire qu'il n'y est plus ; J'AVOIS DEMEURE six ans à Paris lorsque je retournai en province, il est clair qu'alors je n'y étois plus. Quand il se conjugue avec l'auxiliaire être, il signifie que le sujet est en un autre lieu dont il est question, qu'il y étoit, ou qu'il y sera encore dans le tems de l'époque dont il s'agit : mon frere EST DEMEURE à Paris pour finir ses études, c'est-à-dire qu'il y est encore ; ma soeur ETOIT DEMEUREE à Rheims pendant les vacances, c'est-à-dire qu'elle y étoit encore.

Les trois verbes de mouvement descendre, monter, passer, prennent l'auxiliaire avoir, quand on exprime le lieu par où se fait le mouvement : nous AVONS MONTE ou DESCENDU les degrés ; nous AVONS PASSE par la Champagne après AVOIR PASSE la Meuse. Ces mêmes verbes prennent l'auxiliaire être, si l'on n'exprime pas le nom du lieu par où se fait le mouvement, quand même on exprimeroit le lieu du départ ou le terme du mouvement : votre fils ETOIT DESCENDU quand vous ETES MONTE dans ma chambre ; notre armée ETOIT PASSEE de Flandre en Alsace.

Repartir signifie répondre, ou partir une seconde fois ; les circonstances les font entendre : mais dans le premier sens il forme ses prétérits avec l'auxiliaire avoir ; il A REPARTI avec esprit, c'est-à-dire, il a répondu : dans le second sens il prend à ses prétérits l'auxiliaire être ; il EST REPARTI promptement, c'est-à-dire, il s'en est allé.

Le verbe périr se conjugue assez indifféremment avec l'un ou l'autre des deux auxiliaires : tous ceux qui étoient sur ce vaisseau ONT PE'RI, ou SONT PE'RIS.

On croit assez communément que le verbe aller prend quelquefois l'auxiliaire avoir, & qu'alors il emprunte été du verbe être ; l'abbé Regnier le donne à entendre de cette sorte (Gramm. fr. in -12. pag. 389.) Mais c'est une erreur : dans cette phrase, j'ai été à Rome, on ne fait aucune mention du verbe aller, & elle signifie littéralement en latin fui Romae ; si elle rappelle l'idée d'aller, c'est en vertu d'une métonymie, ou si vous voulez, d'une métalepse du conséquent qui réveille l'idée de l'antécédent, parce qu'il faut antecédemment aller à Rome pour y être, & y être allé pour y avoir été. Ce n'est donc pas en parlant de la conjugaison, qu'un grammairien doit traiter du choix de l'un de ces tours pour l'autre ; c'est au traité des tropes qu'il doit en faire mention. (B. E. R. M.)

NEUTRE, sel, (Chimie) voyez sous le mot SEL.


NEUVAINES. f. (Théol.) prieres continuées pendant neuf jours dans une église en l'honneur de quelque saint, pour implorer son secours en quelque nécessité.

NEUVAINE, s. f. (mesure de grains) mesure des blés dont on se sert dans quelques endroits du Lyonnois, particulierement depuis Trevoux jusqu'à Montmerle, & de Traverse jusqu'à S. Trivier. Cent neuvaines font cent douze ânées de Lyon.


NEUVIEMES. m. (Arithmét.) c'est la partie d'un tout divisé en neuf portions égales.

En fait de fractions ou nombres rompus, de quelque tout que ce soit, un neuvieme, trois neuviemes, cinq neuviemes, sept neuviemes, s'écrivent ainsi, 1/9 3/9 5/9 7/9 ; la verge ou yard d'Angleterre ; qui est une mesure des longueurs, contient sept neuviemes d'aunes de Paris.

NEUVIEME, adj. en Musique, est l'octave de la seconde. Cet intervalle porte le nom de neuvieme, parce qu'il faut former neuf sons pour passer diatoniquement d'un de ces termes à l'autre.

Il y a un accord par supposition qui s'appelle accord de neuvieme, pour le distinguer de l'accord de seconde qui se prépare, s'accompagne & se sauve différemment. L'accord de neuvieme est formé par un son ajouté à la basse une tierce au-dessous de l'accord de septieme ; ensorte que la septieme même fait neuvieme sur ce nouveau son. La neuvieme s'accompagne par conséquent de tierce & quinte, & quelquefois de septieme. La quatrieme note du ton est généralement celle sur laquelle cet accord convient le mieux ; la basse y doit toujours arriver en montant, & le dessus doit syncoper. Voyez SYNCOPE, SUPPOSITION, ACCORD.


NEUVILLER(Géog.) petite ville de France en Alsace, au pié d'une haute montagne. Long. 25, 4. lat. 48. 20.


NEUVY(Géog.) ce mot a été formé du latin Novus vicus, ou de Noviacus, Noviacum, mots corrompus de Novus vicus. Tous les lieux en France appellés Neuvy, ont cette origine ; c'est pourquoi le village en Berry nommé Neuvy-sur-Barangeon ne peut pas être la ville Noviodunum, que l'armée de César trouva sur son chemin dans le pays des Bituriges (le Berry), lorsqu'elle s'approcha de l'armée de Vercingentorix. M. Lancelot l'a prouvé contre l'opinion de M. de Valois.


NEVELS. m. (Comm.) petite monnoie de bas aloi dont on se sert le long de la côte de Coromandel. Le nevel vaut depuis trois cassers jusqu'à six.


NEVERS(Géog.) ville de France, capitale du Nivernois, avec titre de duché, un ancien château, & un évêché suffragant de Sens. Elle est bâtie en forme d'amphithéâtre sur la Loire, qui y passe sous un pont au bout duquel est une levée du côté de Moulins. Nevers est à 12 lieues N. O. de Moulins, 10 S. E. de Bourges, 30 S. E. d'Orléans, 34 S. O. de Dijon, 55 S. E. de Paris. Long. 20. 49'. 25''. latit. 53. 13.

Nevers n'est point la Noviodunum de César, située dans le pays des Eduens ; son plus ancien nom est celui de Nivernum, qui a été formé à cause de la riviere de Nievre, qui se jette en cet endroit dans la Loire.

Après l'irruption des Barbares, Nevers resta sous la domination de ceux auxquels Autun appartenoit, & ce ne fut qu'ensuite qu'il fut érigé en cité & en ville épiscopale depuis le regne de Clovis. Après le déclin de la race de Charlemagne, les gouverneurs s'étant rendu absolus dans les villes où ils commandoient, le comte Guillaume devint propriétaire du comté de Nevers vers le milieu du x. siecle, sous le regne de Lothaire.

François de Cleves fut le premier duc de Nevers, après que cette ville eut été érigée en duché par François I. Le comté de Nevers est la premiere pairie créée en faveur d'un prince étranger.

On ne compte dans Nevers qu'environ 7000 ames, & son principal commerce consiste en verrerie & en fayance.

Cette ville a produit au xvj. siecle un célebre avocat du parlement de Paris, Marion (Simon), qui devint président aux enquêtes, puis avocat général. M. de Thou & les autres savans de son tems, en font les plus grands éloges. Les plaidoyers qu'il mit au jour en 1594, ne sont point tombés dans l'oubli. Il mourut à Paris en 1605, âgé de 65 ans.

Marigny (Jacques Carpentier de), poëte françois du xvij. siecle, étoit de Nevers ; il avoit beaucoup voyagé, & embrassa le parti de M. le prince de Condé. Son poëme du pain-beni renferme une satyre assez délicate contre les marguilliers de Saint Paul, qui vouloient le forcer à rendre le pain-beni. Gui-Patin s'est trompé en lui attribuant le traité politique contre les tyrans, vindiciae contra tyrannos. Il mourut à Paris en 1670.

Ravisius-Textor, grammairien françois du xv. siecle, étoit aussi natif de Nevers. On estimoit encore ses ouvrages au commencement du siecle suivant, parce que la France sortoit à peine de la barbarie. Il mourut à Paris en 1522.

Mais il ne faut pas oublier Billaut (Adam), connu sous le nom de maître Adam, menuisier de Nevers sa patrie, vivant sur la fin du regne de Louis XIII. Cet homme singulier, sans lettres & sans études, devint poëte dans sa boutique. On l'appelloit de son tems le Virgile au rabot. En effet, ses principaux ouvrages sont le rabot, les chevilles, le vilebrequin, & les autres outils de son métier. Enfin, dit M. de Voltaire, on ne peut s'empêcher de citer de lui le rondeau suivant, qui vaut mieux que beaucoup de rondeaux de Benserade.

Pour te guérir de cette sciatique,

Qui te retient comme un paralitique

Entre deux draps sans aucun mouvement ;

Prends-moi deux brocs d'un fin jus de sarment ;

Puis lis comment on les met en pratique :

Prends-en deux doigts & bien chaud les applique

Sur l'épiderme où la douleur te pique,

Et tu boiras le reste promptement

Pour te guérir.

Sur cet avis ne sois point hérétique ;

Car je te fais un serment autentique

Que si tu crains ce doux médicament,

Ton médecin, pour ton soulagement,

Fera l'essai de ce qu'il communique

Pour te guérir.

Maître Adam étant venu à Paris pour un procès, au lieu de plaider, fit des vers à la louange du cardinal de Richelieu, dont il obtint une pension. Gaston, frere de Louis XIII. répandit aussi sur lui ses liberalités. Il mourut en 1662. (D.J.)


NEVEUS. m. (Jurispr.) fratris ou sororis filius ; est le fils du frere ou de la soeur de celui dont on parle ; de même la niece est la fille du frere ou de la soeur. Les neveux & nieces sont parens de leurs oncles & tantes au troisieme degré, selon le droit civil, & au deuxieme, selon le droit canon. L'oncle & la niece, la tante & le neveu, ne peuvent se marier ensemble sans dispense, laquelle s'accorde même difficilement.

Suivant le droit romain, les neveux enfans des freres germains concourent dans la succession avec leurs oncles, freres germains du défunt ; ils excluent même leurs oncles qui sont seulement consanguins ou utérins. Nov. 118. cap. iij.

Dans la coutume de Paris, & beaucoup d'autres semblables, l'oncle & le neveu d'un défunt succedent également, comme étant en même degré. Coutume de Paris, art. 339. (A)


NEVOLI(Mat. méd.) c'est le nom que les Italiens donnent à l'huile essentielle des fleurs d'orange. Voyez au mot ORANGE.


NEVROTOMIES. f. dissection des nerfs.


NEW-JERSEou NOUVELLE-JERSEY, (Géog.) province de la nouvelle Albion, divisée en Est-Jersey, ou Jersey-orientale, & en Ouest-Jersey, ou Jersey-occidentale.

La province d'Est-Jersey est située entre le 39 & le 41d de latitude septentrionale. Elle est bornée au S. E. par la mer Océane, & à l'est par un gros torrent navigable, appellé la riviere de Hudson. La commodité de la situation, & la bonté de l'air, ont engagé les Anglois à y élever quatre ou cinq villes considérables. Tous les avantages s'y trouvent pour la navigation ; les bâtimens peuvent demeurer en sureté dans la baie de Sand-Hoock, au fort des plus grandes tempêtes ; l'on peut les expédier de tous les vents, & entrer & sortir en été comme en hiver. Il y a quantité de bois propre pour la construction des navires. La pêche y est abondante ; la terre y produit les especes de grains qui croissent en Angleterre, de bon lin, & des chanvres.

La province d'Ouest-Jersey s'étend sur la mer, & ne le cede point à celle d'Est-Jersey. C'est une des meilleures colonies de toute l'Amérique. On y trouve des fourrures de castors, de renards noirs, de loutres, &c. Le tabac y vient à merveille, & la pêche de la morue y est abondante. (D.J.)


NEW-ZO(Géog.) ville de la haute Hongrie, la troisieme des sept villes des montagnes, avec titre de comté. Il y a dans cette ville & aux environs les plus belles mines de cuivre qui soient en Hongrie, mais comme il est fort attaché à la pierre qui est dans la mine, on a bien de la peine à l'en tirer. Quand on en est venu à bout, on le fait brûler & fondre quatorze fois avant qu'on puisse s'en servir. New-zol est située sur la riviere de Grau, à 14 lieues N. E. de Léopolistad. Long. 37. 24. lat. 48. 40.


NEWCASTLE(Géog.) ville d'Angleterre, capitale du Northumberland, avec titre de duché. Elle est grande, bien peuplée, négociante, riche & bâtie sur le penchant d'une colline avec un quai sur la riviere pour la commodité des vaisseaux qui y abordent.

On nommoit anciennement le lieu où l'on a bâti Newcastle, Girviorum regio. Cambden dit qu'elle s'appelloit autrefois Monkester, & qu'elle ne prit le nom de Newcastle, qui signifie château neuf, que d'un château qui y fut élevé pour sa défense par le prince Robert, fils de Guillaume le Conquérant. On en voit encore quelques pans de murailles.

C'est à Newcastle que se fait le grand négoce du charbon-de-terre, cette ville étant presque toute environnée de mines de charbon qu'on y prend pour l'usage. Londres seule en consomme 600 mille chaldrons par année à 26 boisseaux le chaldron. De-là vient qu'on voit presque toujours à Newcastle des flottes de vaisseaux charbonniers, dont le rendez-vous est à Shelas, à l'embouchure de la Tyne. C'est en particulier ce négoce qui rend Newcastle opulente.

Elle jouit d'ailleurs de grands privileges, qu'elle obtint sous la reine Elisabeth. Elle est du nombre de celles qui se gouvernent elles-mêmes (couunti-towns), indépendamment du lieutenant de la province. Elle est sur la Tyne, à 7 milles de la mer & 212 N. O. de Londres. Long. selon Street, 20. 11. 15. lat. 55. 3.

Newcastle est la patrie du vénérable Bede, qui y naquit en 672, & mourut en 735 à 63 ans, après avoir été l'ornement de l'Angleterre, & l'un des plus savans hommes de son siecle. Il s'appliqua également à l'étude des sciences sacrées & profanes. Ses ouvrages ont été imprimés à Bâle & à Cologne en 8. vol. infol. Le plus précieux de tous est l'histoire ecclésiastique d'Angleterre ; car ses commentaires ne sont que des passages des Peres liés ensemble dans un style plus simple qu'élégant. (D.J.)


NEWFIDLERZÉE(Géog.) lac situé dans la basse Autriche, à quelques milles du Danube, & au midi de ce fleuve. Les Allemands ne lui donnent le nom de mer Zée, qu'à cause de la quantité de poisson qu'on y prend. Pline, liv. III. chap. xxiv. l'appelle Peiso. Il a 7 milles d'Allemagne de longueur, & 3 milles de largeur. (D.J.)


NEWMARKET(Géog.) grande plaine d'Angleterre, sur les frontieres de Suffolk & de Cambridge. Elle est fameuse par les courses à cheval qui s'y font ordinairement après la saint Michel & au mois d'Avril : le roi Charles II. y a bâti une maison royale.


NEWPLYMOUTH(Géogr.) ville & colonie angloise dans l'Amérique septentrionale sur la côte de la nouvelle Angleterre, où elle est la capitale d'une prov