A B C D E F G H I K L M N O P Q R S T U W XYZ

    
PS. m. c'est la seizieme lettre & la douzieme consonne de notre alphabet. Nous la nommons communément pé ; les Grecs l'appelloient pi, . Le système naturel de l'épellation exige qu'on la désigne plutôt par le nom pe, avec un e muet. Les anciennes langues orientales ne paroissent pas avoir fait usage de cette consonne.

L'articulation représentée par la lettre p, est labiale & forte, & l'une de celles qui exigent la réunion des deux levres. Comme labiale, elle est commuable avec toutes les autres de même organe. Voyez LABIALE. Comme formée par la réunion des deux levres, elle se change plus aisément & plus fréquemment avec les autres labiales de cette espece b & m, qu'avec les sémilabiales v & f. Voyez B & M. Enfin comme forte, elle a encore plus d'analogie avec la foible b, qu'avec toutes les autres, & même qu'avec m.

Cette derniere propriété est si marquée, que quoique l'on écrive la consonne foible, le méchanisme de la voix nous mene naturellement à la prononcer forte, souvent même sans que nous y pensions. Quintilien, inst. orat. I. vij. en fait la remarque en ces termes : Cùm dico obtinuit, secundam B litteram ratio poscit, aures magis audiunt P. L'oreille n'entend l'articulation forte que parce que la bouche la prononce en effet, & qu'elle y est contrainte par la nature de l'articulation suivante t, qui est forte elle-même ; & si l'on vouloit prononcer b, ou il faudroit insérer après b un e muet sensible, ce qui seroit ajouter une syllabe au mot obtinuit, ou il faudroit affoiblir le t & dire obdinuit, ce qui ne le défigureroit pas moins. Nous prononçons pareillement optus, optenir, apsent, apsoudre, quoique nous écrivions obtus, obtenir, absent, absoudre. C'est par une raison contraire que nous prononçons prezbytere, dizjoindre, quoique l'on écrive presbytere, disjoindre ; la seconde articulation b ou j étant foible, nous mene à affoiblir le s & à le changer en z.

M. l'abbé de Dangeau, opusc. 148. remarque que si dans quelque mot propre il y a pour finale un b ou un d, comme dans Aminadab ou David, on prononce naturellement Aminadap, Davit, parce que si l'on vouloit prononcer la finale foible, on seroit nécessité à prononcer un petit e féminin. Mais, dit M. Harduin, secrétaire perpétuel de l'académie d'Arras, Rem. div. sur la prononc. p. 120, " il me semble qu'on prononce naturellement & aisément Aminadab, David comme ils sont écrits. Si nos organes en faisant sonner le b ou le d à la fin de ces mots, y ajoutent nécessairement un e féminin, ils l'ajoutent certainement aussi après le p ou le t, & toute autre consonne articulée ". Cette remarque est exacte & vraie, & l'on peut en voir la raison article H.

Si l'on en croit un vers d'Ugution, le p étoit une lettre numérale de même valeur que c, & marquant cent.

P Similem cùm C numerum monstratur habere.

Cependant le p surmonté d'une barre horisontale, vaut, dit-on, 400000 ; c'est une inconséquence dans le système ordinaire : heureusement il importe assez peu d'éclaircir cette difficulté ; nous avons dans le système moderne de la numération, de quoi nous consoler de la perte de l'ancien.

Dans la numération des Grecs, ' signifie 80.

Les Latins employoient souvent p par abréviation. Dans les noms propres, P. veut dire Publius ; dans S. P. Q. R. c'est populus, & le tout veut dire Senatus Populusque Romanus ; R. P, c'est-à-dire Respublica ; P. C, c'est Patres conscripti, C. P, c'est Constantinopolis, &c.

La lettre P sur nos monnoies indique qu'elles ont été frappées à Dijon. (M. E. R. M.)

P P P (Ecriture) dans sa figure est le milieu de la lettre t, la 4, 5, 6, 7 & 8e parties d'o, & la queue de la premiere partie d'x. L'o italien & le coulé se forment en deux tems du mouvement simple des doigts dans leur premiere partie, & des doigts & du poignet dans leur seconde. L'o rond se fait du mouvement mixte des doigts & du poignet. Voyez le volume des Planches à la table de l'Ecriture, Pl. I. des alphabets.


Pen Musique par abréviation, signifie piano ou doux. Voyez DOUX. Le double pp signifie très-doux. (S)


Pdans le Commerce, seul ou joint à quelques autres lettres, forme plusieurs abréviations usitées parmi les banquiers, marchands, teneurs de livres, &c. Ainsi P signifie protesté, A. S. P. accepté sous protêt ; A. S. P. C. accepté sous protêt pour mettre à compte ; P pour cent. Voyez ABREVIATION. Dictionnaire de Commerce, tome III. p. 663.


PA-Y(Hist. mod.) titre que le roi de Siam confere aux principaux seigneurs de sa cour, & qui répond à celui de prince en Europe. Le roi ne donne ce titre qu'à ceux qu'il veut favoriser, car souvent les princes de son sang ne l'ont point.


PAAL-GOWAMS. m. (Hist.) douzieme mois de l'année des Indiens. Voyez l'Inde de Dapper, & la description de la côte de Malabar de Boile.


PABONSS. m. (Hist.) c'est en Perse le baiser des piés, cérémonie dont on fait remonter l'institution jusqu'à Caioumarrath, le premier roi de la Perse. C'est la marque du respect des seigneurs envers le souverain, & c'est aussi la marque de foi & hommage à l'égard des seigneurs.


PACAS. m. (Zoolog.) animal d'Amérique du genre des cochons de Guinée ; il tient des caracteres du rat, avec le poil & le cri du cochon ; il a la taille d'un petit cochon de lait, sa tête est faite comme celle d'un lapin. Sa moustache ressemble à celle du lievre, ses oreilles sont lisses, un peu pointuës, ses narines sont fort larges ; sa mâchoire supérieure est plus longue que l'inférieure. Ses piés ont chacun quatre orteils ; ses jambes de derriere sont plus grandes que celles de devant. Son poil est rude comme celui du cochon, & de couleur brune foncée. Il est tacheté en long sur les côtés ; son ventre est blanc ; il ne se sert pas de ses piés de devant en guise de mains, mais il les porte sur la terre comme le porc. Il est ordinairement fort gras, & d'une chair de très-bon goût. Ray, synops. quadruped. (D.J.)


PACAGou PASCAGE, s. m. (Jurisprud.) du latin pascere ; est un pâturage humide dont on ne fauche point l'herbe, & qui sert pour la nourriture des bestiaux. Quand le pâturage est sec, on le nomme patis ou pâquis ; il faut néanmoins avouer que dans l'usage on confond souvent les termes de prés, prairies, pâturages, pâtures, patis ou pasquis, pascage ou pâcage, pasqueirage, herbages, communes.

Quelquefois le terme de pascage est pris pour le droit de faire paître les bestiaux dans un certain lieu ; quelquefois on entend par-là l'exercice de ce droit ; quelquefois enfin c'est le terrein sur lequel ce droit s'exerce.

On distingue ordinairement les pâtures en vives ou grasses, & en vaines.

Les pâtures vives ou grasses sont les prés, les pascages ou communes, les bois, les droits de pâturage & de panage que plusieurs communautés d'habitans ont dans les forêts & autres bois dont ils sont voisins, & qui consistent à y mener paître leurs chevaux & bêtes aumailles dans le tems de la paisson, & leurs cochons dans le tems de la glandée.

L'usage des pâtures grasses ou vives n'appartient qu'au propriétaire ou à celui qui est en ses droits, tel qu'un locataire ou fermier, parce que la pâture de ces fonds est un fruit domanial.

Quand ces pâtures vives ou grasses sont des communes, c'est-à-dire des pâturages appartenans à une communauté d'habitans, l'usage n'en appartient qu'aux habitans qui ont la propriété du fonds ; du reste chaque habitant a la liberté d'y mettre tel nombre de bestiaux qu'il veut, même un troupeau étranger, pourvu qu'il soit hébergé dans le lieu auquel ces communes sont attachées. Voyez COMMUNES & TRIAGE.

Les droits de pâturage & de pacage que les riverains ont dans les forêts voisines, dépendent des titres particuliers des usagers ; & pour en jouir, il faut se conformer aux regles établies par l'ordonnance des eaux & forêts, titre XVIII. & XIX.

Les vaines pâtures sont les chemins publics, places, carrefours, les terres à grain après la dépouille, les jacheres, les guérets, les terres en friche, & généralement toutes les terres où il n'y a ni fruits ni semences.

Les prés sont aussi réputés vaines pâtures après la dépouille du foin, supposé que le pré ne soit pas clos & défendu d'ancienneté ; si l'on a coutume d'y faire du regain, ces prés ne sont réputés vaine pâture qu'après la dépouille de la seconde herbe. Voyez REGAIN.

Les landes ou patis sont aussi sujets à la vaine pâture, si ce n'est dans quelques coutumes qui les en exceptent pour le tems de l'herbe, c'est-à-dire depuis la mi-Mars jusqu'en Septembre.

Les bois taillis de trois, quatre ou cinq ans de recrûe, plus ou moins, selon la qualité du bois & l'usage du pays, pour le tems pendant lequel les bois sont défensables, les accrues de bois au-delà de leurs bornes, & les bois de haute futaie, pour les herbes qui croissent dessous, sont aussi des endroits de vaine pâture pour les propriétaires & pour leurs fermiers, à la différence de la glandée ou autre récolte de fruits sauvages, qui est toujours reservée au propriétaire, sauf les droits de pâturage & de panage pour ceux qui en ont dans les bois d'autrui.

Le droit de mener les bestiaux dans les vaines pâtures, quoique le fond appartienne à autrui, est un reste de l'ancien droit naturel & primitif, suivant lequel toutes choses étoient communes entre les hommes ; c'est une espece de droit commun que la plûpart des coutumes ont conservé pour la commodité publique, & pour maintenir l'abondance des bestiaux.

Il est pourtant libre en tout tems à celui qui est propriétaire d'une vaine pâture, de la faire clorre pour en empêcher l'usage commun, à moins que la coutume ne contienne quelque disposition contraire.

En vaine pâture, il y a dans quelques coutumes droit de parcours entre les habitans des paroisses voisines, c'est-à-dire que les habitans d'un village peuvent mener leurs bestiaux de clocher à clocher, ou jusqu'au milieu du village voisin, ou du-moins jusqu'aux clos, selon l'usage des lieux.

A l'égard des bêtes blanches, il est d'usage dans les pays où le parcours a lieu, qu'on les peut mener si loin que l'on veut, pourvu qu'elles retournent de jour à leur gîte.

Mais l'usage le plus commun & en même tems le plus naturel & le plus équitable, est que chaque paroisse a son territoire distinct & séparé de celui des paroisses voisines pour le pâturage ; il y a même des endroits où chaque village, chaque hameau, chaque cense a son triage ou canton séparé.

Il y a pourtant une exception à l'égard du propriétaire & de son fermier, lesquels peuvent faire pâturer leurs bestiaux sur toutes les terres qui leur appartiennent, quoiqu'elles soient situées en différentes paroisses ou cantons.

Dans quelques coutumes la vaine pâture suit la haute justice ; & moyennant une redevance que les justiciables payent au seigneur pour son droit de blairie ou permission de vaine pâture, ils y ont seuls droit : les étrangers sont sujets à l'amende & à la prise de leurs bestiaux.

Dans les communes tout habitant a droit de faire paître ses bestiaux, quand même il n'auroit pas dans la paroisse des terres en propriété ou à ferme ; il n'en est pas de même des terres sujettes à la vaine pâture, le droit de pacage dans ces sortes de pâtures est réel & non personnel ; & comme on n'y a droit que par une société qui se contracte tacitement pour cet objet, chacun n'a droit dans cette sorte de pâturage qu'à proportion de la quantité de terres qu'il posséde lui-même dans le lieu. Chaque propriétaire ou fermier n'a la vaine pâture sur les autres que parce que les autres l'ont sur lui : desorte que ceux qui n'ont point de terres n'ont pas le droit de mener ni envoyer leurs bestiaux en vaine pâture, tellement qu'il est passé en maxime que qui n'a labourage n'a pascage.

Suivant les arrêts du parlement de Paris, dont la jurisprudence paroît avoir été adoptée en ce point par les autres cours, on ne peut envoyer dans les vaines pâtures des moutons qu'à raison d'un par chaque arpent de terre labourable que l'on possede dans la paroisse.

Pour les chevaux & bêtes à cornes, il est de regle, suivant quelques coutumes, qu'on ne peut mettre dans les pâturages publics que les bestiaux de son crû ou ceux qui sont nécessaires à son usage, & en même quantité que l'on en a nourri pendant l'hiver précédent du produit de sa récolte.

Les regles que l'on observe pour le nombre de bestiaux que chacun peut envoyer dans les vaines pâtures, sont pour les nobles comme pour les roturiers, & pour le seigneur même du lieu, sauf son triage dans les communes.

On permet par humanité le pâturage d'une vache ou de deux chevres aux pauvres gens qui n'ont que l'habitation.

Pour jouir de la vaine pâture sur les terres d'autrui, il faut laisser le tiers de ses terres en jacheres, étant juste que chacun contribue au pâturage qui est au commun.

Les vignes, garennes & jardins clos ou non clos, sont toujours en défends, & conséquemment ne sont point sujets à la vaine pâture.

Les terres labourables sont de même en défends tant qu'il y a des grains dessus, soit en semailles, sur pié, en javelles ou en gerbes.

Pour les prés & les bois, il faut observer ce qui a été dit ci-devant.

Il est défendu de mettre dans les pâturages, soit publics ou particuliers, des bêtes attaquées de maladies contagieuses, comme gale, claveau, morve, &c.

Il en est de même des bêtes malfaisantes, telles que les boeufs sujets à frapper de la corne, les chevaux qui ruent ou qui mordent.

Il est aussi défendu de mener dans les prés ni dans les bois, les chevres, les porcs, les brebis & moutons, & les oies dans les prés ; on excepte seulement pour les porcs le tems de la glandée, pendant lequel on peut les mener dans les bois.

Dans les pâturages qui sont près de la mer, il est permis d'y envoyer les bêtes à laine, mais on observe à cet égard quelques arrangemens qui dépendent de l'usage de chaque lieu.

Le propriétaire ou fermier qui trouve des bestiaux en délit sur ses héritages, peut les saisir lui-même sans ministere d'huissier, & les mettre en fourriere, soit dans le parc du seigneur ou dans quelqu'autre lieu public ; il ne doit pas le tuer ni se les approprier ; il doit intenter son action en dommages & intérêts dans le tems prescrit par la coutume, lequel en quelques endroits est de 20 ou 30 jours, en d'autres un an. Voyez l'ordonnance des eaux & forêts, titres XVIII. XIX. XX. XXIII. XXIV. XXV. XXVI. XXVII. & les mots COMMUNAUX & COMMUNES. (A)


    
    
PACALS. m. (Botan.) grand arbre de l'Amérique ; il croît aux environs de Lima, sur les bords des eaux. On sent assez le ridicule de cette description ; il faudroit qu'il n'y eût dans toute la contrée qu'un grand arbre. On ajoute que les Indiens brûlent le bois du pacal, en mêlent les cendres avec du savon, & s'en servent contre les dartres & feux volages : ce mêlange passe pour en dissiper jusqu'aux vieilles taches.


PACALEou PACALIES, s. f. pl. (Hist. anc.) fêtes qu'on célébroit chez les anciens Romains en l'honneur de la déesse de la Paix. Voyez PAIX.

Alnhelmus, de laud. virg. parlant des fêtes & cérémonies impures des payens, les appelle poenalia. Gronovius s'est imaginé que ce passage étoit fautif, prétendant qu'il n'y avoit point de fêtes de ce nom, mais qu'apparemment il devoit y avoir en cet endroit pacalia, ou peut-être palilia. Voyez PALILIA.

Les anciens, qui personnifioient & même déifioient tout, n'avoient pas oublié la Paix : elle avoit un autel à Rome & un temple magnifique, où on l'invoquoit avec beaucoup de solemnité. Voyez PAIX.


PACAMOS. m. (Icthyolog.) nom d'un poisson du Brésil du genre des lamproies, & qu'on prend parmi les rochers. Marggrave vous en donnera la description.


PAÇAMORES(Géog. mod.) gouvernement de l'Amérique méridionale au Pérou, dans l'Audience de Quito. L'air y est tempéré, le terrein abondant en bétail, en grains & en mines. (D.J.)


PACAYS. m. (Hist. nat. Botan.) arbre du Pérou qui a la feuille du noyer, mais de grandeur inégale, rangée par paire sur une même côte, & croissant en longueur à mesure qu'elle s'éloigne de la tige ; la fleur de l'inga de Pison & du P. Plumier, mais le fruit différent, & la gousse non héxagone, mais à quatre faces, dont les deux grandes ont 16 à 18 lignes, & les deux petites 7 à 8 de longueur variable, depuis un pié jusqu'à quatre pouces, divisée en-dedans en plusieurs loges qui contiennent chacune un grain semblable à une feve plate, enveloppé dans une substance blanche & filamenteuse qu'on prendroit pour du coton, mais qui n'est qu'une espece d'huile prise qu'on mange pour se rafraîchir & qui laisse dans la bouche un petit goût musqué fort agréable, ce qui lui a fait donner le nom parmi les François de pois sucrin. Frez. pag. 155. 156.


PACCASJETTI(Hist. nat. Botan.) arbrisseau des Indes orientales, dont les feuilles pulvérisées & appliquées sur les ulceres, dissipent les excrescences & les chairs baveuses ; prises intérieurement, elles sont sudorifiques & diminuent les accès des fievres intermittentes.


PACEM(Géog. mod.) bourgade de l'île Sumatra, au royaume d'Achem. Elle étoit autrefois capitale d'un royaume dont s'est emparé le roi d'Achem. Long. 115. lat. 5. 2.


PACFou PAFI, le grand pacfi, s. m. (Marine) c'est la grande voile, la plus basse voile qui est au grand mât.

Pacfi, le petit pacfi, c'est la voile de misene. Voyez VOILE. Etre aux deux pacfis, c'est être aux deux basses voiles. (Z)


PACHA D'EGYPTE(Hist. mod.) autrement bacha d'Egypte. La partie de ce pays soumise au grand-seigneur, est gouvernée par un pacha qui a cependant très-peu de pouvoir réel, mais qui semble principalement y être envoyé pour que les ordres du divan, des beys & des ogiacs militaires, soient exécutés par leurs propres officiers. S'il afferme les terres du grand-seigneur, les taxes imposées sur les terres lors de la mort du fermier lui appartiennent. Originairement toutes les terres de l'Egypte appartenoient au grand-seigneur, & la Porte les regarde encore comme de son domaine ; mais le pouvoir du grand-seigneur étant présentement perdu dans ce pays, les terres reviennent au plus proche héritier, qui en reçoit cependant l'investiture du pacha, qui est très-aise d'en traiter avec lui à bon marché. Sa charge demande d'être fort attentif à faire avorter tous les desseins qui peuvent devenir préjudiciables à la Porte ottomane : aussi est-il souvent désagréable au pays, & déposé en conséquence ; mais il ne s'en embarrasse guere, parce que sa personne est sacrée, & que la perte de son poste lui en procure toujours un autre fort considérable. Pocock, description de l'Egypte. (D.J.)


PACHAA(Hist. nat. Botan.) plante des Indes orientales ; elle est très-aromatique, ainsi que sa fleur qui est aussi verte que la plante qui la produit.


PACHACAMACS. m. (Hist. mod.) nom que les idolâtres du Pérou donnoient au souverain être qu'ils adoroient avec le soleil & d'autres fausses divinités. Le principal temple de Pachacamac étoit situé dans une vallée à quatre lieues de Lima, & avoit été fondé par les incas ou empereurs du Pérou. Ils offroient à cette divinité ce qu'ils avoient de plus précieux, & avoient pour son idole une si grande vénération, qu'ils n'osoient la regarder. Aussi les rois & les prêtres même entroient-ils à reculons dans son temple, & en sortoient sans se retourner. Les Péruviens avoient mis dans ce temple plusieurs idoles qui, dit-on, rendoient des oracles aux prêtres qui les consultoient. Jovet, histoire des religions. Ferdinand Pizaro tira de grandes richesses du temple de Pachacamac : les ruines qui en subsistent encore donnent une grande idée de sa magnificence.

PACHACAMAC, Vallée de, (Géog. mod.) vallée de l'Amérique méridionale au Pérou, située environ à quatre lieues au sud de Lima. Cette vallée admirable par sa fertilité, étoit fameuse avant la conquête du Pérou, par le riche temple de son idole, qui lui avoit donné son nom. Les Historiens disent que Ferdinand Pizaro tira de ce temple plus de 900 mille ducats en or, sans compter le pillage de ses soldats. Cette vallée est arrosée par une riviere de son nom, qui a son embouchure dans la mer du Sud ; & les rochers de la côte qui sont tout blancs, portent aussi le nom de Pachacamac. (D.J.)


PACHACAMALIc'est le même que Pachacamac.


PACHAMAMAnom d'une déesse des habitans du Pérou.


PACHISUS(Géog. anc.) fleuve de Sicile, selon Vibius Sequester, de fluminib. qui dit que le jeune Pompeius y fut tué ; mais il y a certainement une faute dans le passage de Vibius, car outre qu'aucun auteur ancien n'a connu de fleuve nommé Pachisus, les Historiens nous apprennent que Sextus Pompeius se sauva en Asie & qu'il y fut tué.


PACHON(Chronolog.) nom que les Egyptiens donnent au neuvieme mois de l'année. Il commence le 26 Avril du calendrier Julien, & le 7 Mai du Grégorien. (D.J.)


PACHTLIS. m. (Hist. mod.) le onzieme & douzieme des dix-huit mois de 20 jours qui composent l'année des Mexicains. Ils nomment encore le onzieme Hécolti, & le douzieme Hiteipachtli.


PACHYNEO(Géogr. anc.) Pachynum promontorium ou Pachymus ; promontoire de la Sicile dans la partie orientale de cette île du côté du midi : c'est l'un des trois promontoires qui ont fait donner à la Sicile le nom de Trinacrie. Plutarque parle de ce promontoire ; on le nomme présentement le cap de Passaro. (D.J.)


PACHYNTIQUES(Médecine) de , épais, dense, &c. sont des remedes incrassans ou d'une nature épaississante, mais d'ailleurs froids. Ces remedes en se mêlant dans un suc fort délayé en joignent les parties, l'épaississent & le rendent d'une composition plus dense & plus ferme. Blancard. Voyez INCRASSANS.


PACHYSS. m. (Médecine) , épais. Hippocrate décrit dans son Traité des maladies intérieures, une indisposition ou plutôt différentes maladies, sous le nom de , maladie épaisse. On fait quatre especes de cette maladie.

On ne trouve point que nos praticiens modernes, ni même ceux d'entre nos anciens qui sont venus après lui, aient décrit aucune maladie particuliere qui fût accompagnée de tant d'accidens à-la-fois, & si peu analogues les uns aux autres, d'où quelques-uns ont inféré, ou que ces maladies ont cessé & n'attaquent plus personne aujourd'hui, ou qu'elles n'ont jamais été, & que ce sont des maladies feintes dont la description est faite à plaisir. Mais ces conjectures n'ont aucune probabilité ; il est beaucoup plus raisonnable de supposer que le livre où ces maladies sont décrites n'est point d'Hippocrate, mais que c'est l'ouvrage des Médecins cnidiens, que l'on accuse d'un défaut fort remarquable dans le livre où l'on trouve la description de la maladie épaisse. Ce défaut est de multiplier les classes de maladies sans aucune nécessité ; c'est à cette multiplication & à cette distinction inutile qu'il faut attribuer l'obscurité dans ce que nous venons de dire du pachys. Le Clerc Hist. de la Med. liv. III. chap. xj.


PACIAIRES. m. (Hist. ecclésiast.) Le concile de Montpellier de l'an 1214, & celui de Toulouse de 1229, appellent paciaires, ceux qui étoient commis par le pape pour faire observer la paix. Clement IV. conféra le nom & la dignité de paciaire dans la Toscane, à Charles I. roi de Sicile. Les échevins des villes ont été paciaires entre les bourgeois.


PACIFERE(Art numismat.) Dans une médaille de Marc-Aurele, Minerve est surnommée pacifera ; & dans une de Maximin on lit, Mars paciferus.


PACIFICATEURPACIFICATEUR

Wicquefort cependant met de la différence entre médiateur & pacificateur. La paix ayant été conclue entre l'Angleterre & la France en 1621, les actes furent remis de part & d'autre dans les mains de quelques ambassadeurs qui avoient été employés comme pacificateurs, non comme médiateurs, & ils furent chargés de garder ces actes jusqu'à l'échange des ratifications. De même l'archevêque de Pise, ambassadeur du grand duc de Toscane à Madrid, ne fut jamais regardé comme médiateur dans les conférences de la France avec l'Espagne, quoique les ambassadeurs françois lui eussent permis d'y assister, & de se porter pour pacificateur des différens qui étoient entre les deux nations. Le grand duc n'avoit point offert sa médiation, & la France d'ailleurs n'auroit pas voulu l'accepter. Wicquefort, p. 2. §. 11.


PACIFICATIONS. f. (Hist. mod.) l'action de remettre ou de rétablir la paix & la tranquillité dans un état.

Dans notre histoire, on entend par édits de pacification plusieurs ordonnances des rois de France, rendues pour pacifier les troubles de religion qui s'éleverent dans le royaume pendant le xvj. siecle.

François I. & Henri II. avoient rendu des édits très-séveres contre ceux qui feroient profession des nouvelles opinions de Luther & de Calvin. Charles IX. en 1561 suivit à cet égard les traces de ses prédécesseurs ; mais les hommes souffriront toujours impatiemment qu'on les gène sur un objet, dont ils croyent ne devoir compte qu'à Dieu ; aussi le prince fut-il obligé au mois de Janvier 1562, de révoquer son premier édit par un nouveau qui accordoit aux Prétendus Réformés le libre exercice de leur religion, excepté dans les villes & bourgs du royaume. En 1563, il donna à Amboise un second édit de pacification qui accordoit aux gentilshommes & hauts-justiciers, la permission de faire faire le prêche dans leurs maisons pour leur famille & leurs sujets seulement. On étendit même ce privilege aux villes, mais avec des restrictions qui le rendirent peu favorable aux Calvinistes ; au lieu qu'on les obligea à restituer aux Catholiques les Eglises qu'ils avoient usurpées. L'édit de Lonjumeau suivit en 1568 ; mais les deux partis qui cherchoient à s'y tromper mutuellement, étant peu de tems après rentrés en guerre, Charles IX. par un édit donné à Saint-Maur au mois de Septembre 1568, révoqua tous les précédens édits de pacification. Cependant la paix ayant été faite le 8 Août 1570, dès le 10 du même mois, ce prince rendit un nouvel édit, qui, aux privileges accordés par les précédens, ajouta celui d'avoir quatre places de sûreté ; savoir, la Rochelle, Montauban, Coignac & la Charité, pour leur servir de retraite pendant deux ans.

Le massacre de la saint Barthelemi & un édit qui le suivit de près, annulla toutes ces conditions ; mais Henri III. en 1576 donna un nouvel édit de pacification, plus favorable aux Calvinistes qu'aucun des précédens ; la ligue qui commença alors, le fit révoquer aux états de Blois sur la fin de la même année ; mais le roi se vit obligé de faire en leur faveur l'édit de Poitiers du 8 Septembre 1577, par lequel en rétablissant à certains égards, & en restraignant à d'autres les privileges accordés par les précédens édits pour le libre exercice de leur religion, il leur accorda de plus d'avoir des chambres mi-parties, & huit places de sureté pour six ans ; savoir, Montpellier, Aiguesmortes, Nyons, Seyne, la Grand'Tour, & Serres en Dauphiné ; Périgueux, la Réole, & le mas de Verdun en Guienne. Mais en 1585 & 1588, la ligue obtint de ce prince la révocation totale de ces édits.

Enfin Henri IV. en 1591, cassa les derniers édits d'Henri III. & en 1598 donna à Nantes ce fameux édit de pacification, qui entr'autres choses permettoit aux prétendus Réformés l'exercice public de leur religion dans tous les lieux où il avoit été fait publiquement pendant les années 1596 & 1597, & leur en accordoit l'exercice particulier à deux lieues des principales villes, pour chaque bailliage où on n'en pouvoit établir l'exercice public sans trouble. Louis XIII. le confirma à Nîmes en 1610, & Louis XIV. en 1652, pendant les troubles de la minorité ; mais il le révoqua en 1656, & le supprima en 1685.

Les Protestans se sont plaints avec amertume de la révocation de l'édit de Nantes, & leurs plaintes ont été fortifiées de celles de tous les gens de bien Catholiques, qui tolerent d'autant plus volontiers l'attachement d'un protestant à ses opinions, qu'ils auroient plus de peine à supporter qu'on les troublât dans la profession des leurs ; de celles de tous les philosophes, qui savent combien notre façon de penser religieuse dépend peu de nous, & qui prêchent sans cesse aux souverains la tolérance générale, & aux peuples l'amour & la concorde ; de celles de tous les bons politiques qui savent les pertes immenses que l'état a faites par cet édit de révocation, qui exila du royaume une infinité de familles, & envoya nos ouvriers & nos manufactures chez l'étranger.

Il est certain qu'on viola à l'égard des Protestans, la foi des traités & des édits donnés & confirmés par tant de rois ; & c'est ce que Bayle démontre sans réplique dans ses lettres critiques sur l'histoire du Calvinisme. Sans entrer ici dans la question, si le prince a droit ou non de ne point tolérer les sectes opposées à la religion dominante dans son état, je dis que celui qui penseroit aujourd'hui qu'un prince doit ramener par la force tous ses sujets à la même croyance, passeroit pour un homme de sang ; que graces à une infinité de sages écrivains, on a compris que rien n'est plus contraire à la saine religion, à la justice, à la bonne politique & à l'intérêt public que la tyrannie sur les ames.

On ne peut nier que l'état ne soit dans un danger imminent lorsqu'il est divisé par deux cultes opposés, & qu'il est difficile d'établir une paix solide entre ces deux cultes ; mais est-ce une raison pour exterminer les adhérans à l'un des deux ? n'en seroit-ce pas plutôt une au contraire pour affoiblir l'esprit de fanatisme, en favorisant tous les cultes indistinctement ; moyen qui appelleroit en même tems dans l'état une infinité d'étrangers, qui mettroit sans cesse un homme à portée d'en voir un autre séparé de lui par la maniere de penser sur la religion, pratiquer cependant les mêmes vertus, traiter avec la même bonne foi, exercer les mêmes actes de charité, d'humanité & de bienfaisance ; qui rapprocheroit les sujets les uns des autres ; qui leur inspireroit le respect pour la loi civile qui les protegeroit tous également ; & qui donneroit à la morale que la nature a gravée dans tous les coeurs, la préférence qu'elle mérite.

Si les premiers chrétiens mouroient en bénissant les empereurs payens, & ne leur arrachoient pas par la force des armes des édits favorables à la Religion, ils ne s'en plaignoient pas moins amèrement de la liberté qu'on leur ôtoit, de servir leur Dieu selon la lumiere de leur conscience.

En Angleterre, par édit de pacification on entend ceux que fit le roi Charles I. pour mettre fin aux troubles civils entre l'Angleterre & l'Ecosse en 1638. Voyez EDIT.

On appelle aussi pacification en Hongrie des conditions proposées par les états du royaume, & acceptées par l'archiduc Léopold en 1655 ; mais ce prince devenu empereur, ne se piqua pas de les observer exactement, ce qui causa de nouveaux troubles dans ce royaume pendant tout son regne.


PACIFICISREGLE DE, (Jurisprud.) Voyez au mot REGLE. (A)


PACIFIERv. act. (Gramm.) appaiser, rétablir la paix. Les troubles du royaume ont été pacifiés par les soins de ce ministre.

PACIFIER, SE PACIFIER, (Marine) on se sert de ce terme sur mer. La mer se pacifia ; l'air fut pacifié par un grand calme.


PACIFIQUEadj. (Gram.) qui aime la paix. On dit ce fut un prince pacifique. Le Christ dit bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appellés enfans de Dieu. Voilà un titre auquel l'auteur de l'apologie de la révocation de l'édit de Nantes doit renoncer. Un regne pacifique est celui qui n'a été troublé ni par des séditions ni par des guerres. Un possesseur pacifique est celui dont le tems de la jouissance tranquillise & assure la possession. Un bénéfice pacifique celui dont le titre n'est & ne peut être contesté.

PACIFIQUES ou PACIFICATEURS, s. m. (Hist. eccl.) est le nom qu'on donna dans le vj. siecle à ceux qui suivoient l'hénotique de l'empereur Zénon, & qui sous prétexte d'union entre les Catholiques & les Hérétiques, détruisoient la vérité de la foi, exprimée dans le concile de Chalcédoine. Evagre, liv. III. Sanderus, Haer. 103. Baronius A. C. 582. n. 25. Voyez HENOTIQUE.

PACIFIQUES, (Hist. ecclés.) on donna dans le xvj. siecle ce nom à certains anabaptistes qui courant dans les bourgs, se vantoient d'annoncer la paix, & par cet artifice trompoient les peuples. Prateole V. pacif. foedere. Haer. 232.

PACIFIQUES, (Jurisprud.) voyez LETTRES PACIFIQUES, & le mot PACIFICIS.

PACIFIQUE, adj. (Géog.) les Géographes appellent la mer du Sud mer pacifique, mare pacificum, parce qu'elle est, dit-on, beaucoup moins sujette aux tempêtes que l'Océan atlantique ou mer du Nord. Cependant quelques navigateurs assurent qu'elle ne mérite point ce nom, & qu'ils y ont essuyé des tempêtes aussi violentes que dans aucune autre mer. Mais Magellan ayant vogué sur cette vaste mer avec un vent favorable, & y ayant fait un voyage fort tranquille lorsqu'il la traversa pour la premiere fois en 1520, lui donna le nom de mer pacifique, qu'elle a toujours conservé depuis.

Les vents y sont ordinairement si réglés, que les vaisseaux peuvent aller de l'Amérique aux îles Philippines en dix semaines de tems ou environ. Voyez ALISE & VENT. Chambers.

La mer Pacifique en Géographie, s'appelle mer du Sud. Voyez MER DU SUD. L'Océan pacifique ou grande mer du Sud est située entre la côte occidentale d'Asie & d'Amérique ; elle s'étend jusqu'à la Chine & aux îles Philippines.


PACKBUYSS. m. (Commerce) on nomme ainsi en Hollande les magasins de dépôt où l'on serre les marchandises soit à leur arrivée, soit à la sortie du pays, lorsque pour quelque raison légitime on n'en peut sur-le-champ payer les droits, ou qu'elles ne peuvent être retirées par les marchands & propriétaires, ou dans quelqu'autre pareille circonstance. Diction. de Comm.


PACOS. m. (Minéralog.) c'est ainsi que les Espagnols d'Amérique nomment une substance minérale que l'on tire des mines d'argent du Pérou & du Chily. Elle est d'un rouge jaunâtre, tendre & naturellement brisée par morceaux ; elle est peu riche, c'est-à-dire qu'elle ne produit que très-peu d'argent.


PACO-CAATINGAS. m. (Botan. exot.) genre de canne conifere du Brésil qui contient quelques especes distinguées les unes par des fleurs tétrapétales rouges, les autres par des fleurs tétrapétales bleues. Ray, hist. plant.


PACOBAS. m. (Hist. nat. Botan.) petit arbre qui croît dans plusieurs provinces des Indes orientales & occidentales ; il s'appelle autrement musa. V. MUSA.


PACONIA(Géog. anc.) île sur la côte septentrionale de la Sicile. Ptolémée la place vers l'embouchure du fleuve Bathys. Cluvier juge que cette île est celle que l'on nomme aujourd'hui isola di Fimi, ou isola delle Femine.


PACOSS. m. (Zoologie) espece de chameau qui passe si communément pour être une espece de mouton, qu'on l'appelle le mouton des Indes, le mouton du Pérou. Il ressemble fort au chameau nommé glama par les Naturalistes ; mais il est beaucoup plus petit, moins traitable, & même très-revêche.

Ce qui a fait regarder cet animal comme une espece de mouton, c'est qu'il est prodigieusement couvert d'un long poil qui imite de la laine ; sa tête & son col seulement en sont plus garnis qu'il n'y a de laine sur les gros moutons d'Angleterre ; tout le reste de son corps n'est pas moins chargé de poil laineux & très-fin.

Le pacos est un animal si foible, qu'on ne peut l'employer par cette raison à porter aucun fardeau ; mais on le parque comme nos moutons, à cause de son poil laineux & de sa chair qui est délicieuse. (D.J.)


PACOSEROCAS. f. (Botan. exot.) c'est une plante du Brésil & de la Martinique, dont parlent Marggrave & Pison ; elle a le port & le feuillage du cannacorus ou de la canne d'Inde, & s'éleve à six ou sept piés. Sa principale tige est droite, spongieuse, verte, & ne produit point de fleurs ; mais il s'éleve à ses côtés & de sa racine, deux ou trois autres petites tiges à la hauteur d'un pié & demi, grosses comme le petit doigt, chargées de fleurs rouges ; il leur succede un fruit gros comme une prune, oblong, triangulaire, rempli d'une pulpe filamenteuse, succulente, de couleur safranée, d'une odeur vineuse, agréable, renfermant des semences triangulaires, jaunâtres, rassemblées en pelotons, contenant chacune une amande blanche. Le fruit de cette plante donne une teinture rouge qui s'efface avec peine ; en y mêlant du jus de citron, cette teinture fait un beau violet. La racine de cette plante bouillie dans de l'eau, fournit aussi une teinture jaune. Les Indiens employent cette plante dans leurs bains. (D.J.)


PACOTILLou PAQUOTILLE, s. f. terme de Commerce de mer, qui signifie un certain poids, volume ou quantité de marchandises qu'il est permis aux officiers, matelots & gens de l'équipage d'embarquer pour en faire commerce pour leur compte. On l'appelle aussi portée, voyez PORTEE. Dictionn. de Comm.


PACOUZIIS. m. (Botan. exot.) grand arbre du Brésil ; ses feuilles ressemblent à celles du poirier ; sa fleur est blanche, & son fruit est de la grosseur des deux poings, avec une écorce qui a environ un demi-pouce d'épaisseur. On la cuit & on en fait avec du sucre une espece de conserve. (D.J.)


PACQUINGS. m. (Ornitholog.) petit oiseau des îles Philippines, du genre des passereaux, mais d'un plumage admirable. Il ne vit que de graines, sur-tout de celles de l'herbe.


PACQUIRESS. m. pl. (Hist. natur. quadrup.) animaux qui se trouvent dans l'île de Tabago ; ce sont des especes de porcs que les Sauvages ont ainsi nommés ; ils ont le lard ferme, peu de poil, & le nombril sur le dos, à ce que l'on ajoute.


PACTA-CONVENTA(Hist. mod. politiq.) c'est ainsi que l'on nomme en Pologne les conditions que la nation polonoise impose aux rois qu'elle s'est choisi dans la diete d'élection. Le prince élu est obligé de jurer l'observation des pacta-conventa, qui renferment ses obligations envers son peuple, & sur-tout le maintien des privileges des nobles & des grands officiers de la république dont ils sont très-jaloux. Au premier coup-d'oeil on croiroit d'après cela que la Pologne jouit de la plus parfaite liberté ; mais cette liberté n'existe que pour les nobles & les seigneurs, qui lient les mains de leur monarque afin de pouvoir exercer impunément sur leurs vassaux la tyrannie la plus cruelle, tandis qu'ils jouissent eux-mêmes d'une indépendance & d'une anarchie presque toujours funeste au repos de l'état ; en un mot, par les pacta-conventa les seigneurs polonois s'assurent que le roi ne les troublera jamais dans l'exercice des droits, souvent barbares, du gouvernement féodal, qui subsiste aujourd'hui chez eux avec les mêmes inconvéniens que dans une grande partie de l'Europe, avant que les peuples indignés eussent recouvré leur liberté, ou avant que les rois, devenu plus puissans eussent opprimé les nobles ainsi que leurs vassaux.

Lorsqu'une diete polonoise est assemblée, on commence toujours par faire lecture des pacta-conventa, & chaque membre de l'assemblée est en droit d'en demander l'observation, & de faire remarquer les infractions que le roi peut y avoir faites.


PACTES. m. pactum, signifie en général un accord, une convention.

Ulpien, dans la loi I. § ff. de pactis, fait venir ce mot de pactio, dont on prétend que le mot pax a aussi pris son origine ; & en effet dans nos anciennes ordonnances le terme de paix signifie quelquefois convention.

Chez les Romains on distinguoit les contrats & obligations des simples pactes ou pactes nuds, appellés aussi pactum solum.

Le pacte nud étoit ainsi appellé quasi nudatum ab omni effectu civili ; c'étoit une simple convention naturelle, une convention sans titre, une simple promesse, qui n'étant fondée que sur la bonne foi & le consentement de ceux qui contractoient, ne produisoit qu'une obligation naturelle qui n'entraînoit avec elle aucuns effets civils. Voyez la loi 23. Cod. de pign. & hyp. & la loi 15. cod. de transact.

Le droit de propriété ne pouvoit être transmis par un simple pacte : ces sortes de conventions ne produisoient point d'action, mais seulement une exception. Voyez OBLIGATION NATURELLE.

Parmi nous on confond le terme de pacte, accord & convention. Tout pacte est obligation, pourvû qu'il soit conforme aux regles. Le terme de pacte est néanmoins encore usité pour désigner certaines conventions.

Pacte appellé in diem addictio, étoit chez les Romains une convention qui étoit quelquefois ajoutée à un contrat de vente, par laquelle les contractans convenoient que si dans un certain tems quelqu'un offroit un plus grand prix de la chose vendue, on rendroit dans un certain tems la condition de celui qui vendoit meilleure par quelque moyen que ce fût ; le vendeur pouvoit retirer la chose vendue des mains de l'acheteur. Voyez le tit. 2 du liv. XVIII. du Digeste.

Le pacte n'est point admis parmi nous pour les ventes volontaires, mais on peut le rapporter aux adjudications par decret qui se font sauf quinzaine, pendant laquelle chacun est admis à enchérir sur l'adjudicataire. Voyez DECRET & RABATTEMENT DE DECRET.

Pacte de famille, est un accord fait entre les personnes d'une même famille, & quelquefois entre plusieurs familles, pour régler entre les contractans & leurs descendans, l'ordre de succéder autrement qu'il n'est réglé par la loi.

L'usage des pactes de famille paroît être venu d'Allemagne, où il commença à s'introduire dans le xiij. siecle, en même tems que le droit romain.

Les anciennes lois des Allemands ne permettoient pas que les filles concourussent avec les mâles dans les successions allodiales.

Lorsque le Droit romain commença d'être observé en Allemagne, ce qui arriva dans le xiij. siecle, la noblesse allemande jalouse de ses anciens usages & de la splendeur de son nom, craignit que l'usage du Droit romain ne fît passer aux filles une partie des allodes : ce fut ce qui donna la naissance aux pactes de famille.

Ces pactes ne sont en effet autre chose que des protestations domestiques, par lesquelles les grandes maisons se sont engagées de suivre dans l'ordre des successions allodiales l'ancien droit de l'empire, qui affecte aux mâles tous les allodes, c'est-à-dire tous les biens patrimoniaux à l'exclusion des filles.

Il est d'usage de fixer dans ces pactes la quotité des dots qui doivent être données aux filles, & pour une plus grande précaution, la famille convient de faire en toute occasion, renoncer les filles à toutes successions en faveur des mâles : ces sortes de pactes sont très communs dans les grandes maisons d'Allemagne.

En France au contraire ils sont peu usités ; nous n'en connoissons guere d'autre exemple parmi nous que celui des différentes familles qui sont propriétaires des étaux de boucherie de l'apport Paris, & des maisons de la rue de Gêvres, entre lesquels, par un ancien pacte de famille, les mâles sont seuls habiles à succéder à ces biens, à l'exclusion des filles ; il y a même droit d'accroissement à défaut de mâles d'une famille au profit des mâles des autres familles.

Ces sortes de pactes ne peuvent produire parmi nous aucun effet, à moins qu'ils ne soient autorisés par lettres-patentes. Voyez Berengarius, Ferrandus, Francisc. Marc. & Charondas en ses réponses.

Pacte de la loi commissoire, est une convention qui se fait entre le vendeur & l'acheteur, que si le prix de la chose vendue n'est pas payé dans un certain tems, la vente sera nulle s'il plaît au vendeur.

Ce pacte est appellé loi, parce que les pactes sont les lois des contrats, & commissoire, parce que la chose vendue, venditori committitur, c'est-à-dire que dans ce cas elle lui est rendue comme si la vente n'avoit point été faite.

L'effet de ce pacte n'est pas de rendre la vente conditionnelle, mais il opere la résolution au cas que la condition prévûe arrive, savoir le défaut de payement du prix dans le tems convenu.

Il n'est pas besoin pour cela que le vendeur ait averti l'acheteur de payer, parce que, dies interpellat pro homine.

Ce pacte étant en faveur du vendeur, il est à son choix de se servir de la faculté qu'il lui donne, ou de poursuivre l'acheteur pour l'exécution de la vente ; mais quand une fois le vendeur a opté l'un ou l'autre des deux partis, il ne peut plus varier.

Le vendeur d'un héritage qui demande la résolution de la vente en vertu d'un tel pacte, peut faire condamner l'acheteur à la restitution des fruits, à moins que l'acheteur n'ait payé des arrhes, ou une partie du prix, auquel cas les jouissances se compensent jusqu'à dûe concurrence.

On ne peut pas demander la résolution de la vente faute de payement, lorsque l'acheteur a fait au vendeur, dans le tems convenu, des offres réelles du prix, ou qu'il a consigné, ou qu'il n'a pas tenu à lui de payer à cause de quelque saisie ou empêchement procédant du fait du vendeur.

Quoiqu'on n'ait pas apposé dans la vente le pacte de la loi commissoire, le vendeur ne laisse pas d'avoir la faculté de poursuivre l'acheteur pour résilier la vente faute de payement du prix convenu.

En fait de prêt sur gage, on ne peut pas opposer le pacte de la loi commissoire, c'est-à-dire stipuler que si le débiteur ne satisfait pas dans le tems convenu, la chose engagée sera acquise au créancier ; un tel pacte seroit usuraire, & comme tel il étoit réprouvé par les lois romaines, lib. ult. cod. de pact. pign. à moins que le créancier n'achetât la chose son juste prix, l. XVI. § ult. ff. de pign. & hyp. Voyez Henrys, tom. I. liv. IV. ch. vj. quest. xlj. & xlij. (A)

PACTE de quotâ litis, est une convention par laquelle le créancier d'une somme difficile à recouvrer, en promet une portion, comme le tiers ou le quart, à quelqu'un qui se charge de lui procurer son payement.

Cette convention est valable quand elle est faite en faveur de quelqu'un qui ne fait que l'office d'ami & qui veut bien avancer son argent pour la poursuite d'un procès.

Mais elle est vicieuse & illicite quand elle est faite au profit du juge ou de l'avocat ou procureur du créancier, ou de quelque solliciteur de procès, parce que l'on craint que de telles personnes n'abusent du besoin que l'on peut avoir de leur ministere pour se faire ainsi abandonner une certaine portion de la créance. Voyez Papon, l. XII. tit. 2. n °. 1. Louet & son commentateur, let. L. s. 2. & Mornac sur la loi 6. § maurus ff. mandati, & sur la loi sumptus ff. de pactis, & la loi si qui advocatorum, cod. de postulando. (A)

PACTE DE SUCCEDER, est la même chose que pacte de famille. Voyez ci-devant PACTE DE FAMILLE.


PACTIONS. f. (Jurisprud.) signifie convention. Chez les Romains on distinguoit un simple pacte ou paction d'un contrat. Voyez ci-devant PACTE.

Parmi nous le terme de paction n'est guere usité qu'en parlant de certaines conventions qui ne sont pas légitimes, & qu'on appelle pactions illicites. Voyez CONTRAT, CONVENTION. (A)


PACTOLE(Géog. anc.) Pactolus, fleuve d'Asie, dans la Lydie ; c'est le Ludon, Lydon flumen de Varron, & le Lydius amnis de Tibulle. Il prenoit sa source dans le mont Tmolus, mouilloit la ville de Sardes & se jettoit dans l'Hermus, qui va se perdre dans le golfe de Smyrne selon Ptolémée, l. V. c. ij. & Strabon, l. XI. p. 526.

Son lit est étroit & sans profondeur, son cours très borné ; mais le canton qu'il traverse est un des plus beaux de la province. Il passe aujourd'hui près des ruines de Sardes ; mais autrefois il couloit au milieu de cette ville, l'une des plus anciennes & des plus riches de l'Asie mineure.

Le Pactole, à peine remarqué de nos jours dans les lieux qu'il arrose, étoit jadis fameux par plusieurs choses, dont la plus considérable est un mêlange de parcelles d'or avec le sable qui rouloit dans son lit. Les auteurs anciens parlent de cette singularité ; les Poëtes sur-tout l'ont célébrée comme à l'envi, & les continuelles allusions que les modernes font au Pactole, lui conservent encore une réputation qu'il ne mérite plus depuis long-tems.

Le Pactole a reçu le nom de Chrysorrhoas, épithete commune autrefois à plusieurs rivieres dont les eaux bienfaisantes fertilisoient leurs bords. Le Pactole la méritoit à ce titre & par une raison plus forte, les paillettes d'or qu'il entraînoit justifioient à son égard le surnom de Chrysorrhoas, lequel pris à la lettre, désigne une riviere qui coule des flots chargés d'or.

Suivant Ovide, Hygin, & Planciades, c'est à Midas, roi de Phrygie, que le Pactole a dû ses richesses. Ce prince avoit obtenu de Bacchus, le don de convertir en or tout ce qu'il touchoit : don funeste, dont il sentit bien-tôt les affreuses conséquences. Pour s'en délivrer il implora la pitié du dieu, qui lui dit de se baigner dans le Pactole, dont les eaux en le recevant acquirent la propriété qu'il perdit. Nous rapportons cette tradition fabuleuse empruntée des Grecs par les mythologues latins, pour montrer qu'il fut un tems où le Pactole passoit pour n'avoir point roulé d'or avec ses eaux. Mais quand a-t-il commencé ? C'est ce qu'il est impossible de déterminer. Hésiode ne fait aucune mention du Pactole, quoiqu'il ait donné dans sa Théogonie une liste de la plûpart des rivieres de l'Asie mineure, dont quelques-unes n'ont qu'un cours très-peu étendu. Homere n'en parle jamais ; ce poëte étoit géographe : auroit-il ignoré que dans le voisinage des lieux où il place l'Iliade, & de ceux mêmes, où selon quelques écrivains, il avoit pris naissance, couloit un fleuve qui, pour nous servir de l'expression de Virgile, arrosoit de son or les campagnes de la Lydie ? Et s'il ne l'ignoroit pas, auroit-il pu négliger cette singularité, si susceptible des ornemens de la poésie ? Ce fut donc long-tems après que les eaux du Pactole commencerent à rouler de l'or, & nous savons seulement que Xerxès I. en tiroit de cette riviere ; elle en fournissoit encore du tems d'Hérodote ; mais enfin la source s'en tarit insensiblement, & long-tems avant Strabon qui vivoit sous Tibere, le Pactole avoit perdu cette propriété.

Si l'on demande de quelle nature étoit cet or, nous répondrons avec l'auteur du traité sur les fleuves, & le scholiaste de Licophron, que c'étoit des paillettes mêlées le plus souvent avec un sable brillant, & quelquefois attachées à des pierres que les courans d'eau enlevoient de la mine. Au rapport de quelques anciens, de Varron entr'autres, & de Dion Chrysostôme, la quantité de ces paillettes étoit comparable à celui qu'on retire des mines les plus abondantes. Le Pactole, à les entendre, fut la principale source des richesses de Crésus ; il en tira la matiere de ces briques d'or d'un si grand prix, dont il enrichit le temple d'Apollon ; mais gardons-nous de prendre au pié de la lettre ces témoignages de deux écrivains, qui n'ont consulté qu'une tradition vague des plus exagérées par les Grecs.

Ils apprirent avec admiration qu'un métal que la nature leur avoit refusé, couloit ailleurs dans les sables d'une riviere : singularité frappante, sur-tout pour des hommes épris du merveilleux. De-là vint la gloire du Pactole. Long-tems après la découverte des mines de la Thrace, le pillage du temple de Delphes, & sur-tout les conquêtes d'Alexandre, rendirent l'or plus commun dans la Grece ; mais la réputation du Pactole étoit faite, elle subsista sans s'affoiblir, & dure encore, du-moins parmi nos Poëtes, dont le langage est l'asyle de bien des faits proscrits ailleurs.

Rabattons donc infiniment du récit des anciens, pour avoir une juste idée des richesses du Pactole, qui toutefois étoient considérables. Si cette riviere n'avoit que détaché par hasard quelques parcelles d'or des mines qu'elle traversoit, elle n'auroit pas mérité l'attention de Crésus & de ses ayeux, moins encore celle des rois de Perse successeurs de Crésus. Les souverains s'attachent rarement à des entreprises dont la dépense excede le profit. Le soin avec lequel les rois de Lydie ramassoient l'or du Pactole, suffit pour montrer que la quantité en valoit la peine.

Le peu de profondeur du Pactole, & la tranquillité de son cours, facilitoient le travail nécessaire pour en retirer les parcelles de ce métal précieux ; ce que les ouvriers laissoient échapper alloit se perdre dans l'Hermus, que les anciens mirent par cette raison au nombre des fleuves qui roulent l'or, comme on y met parmi nous la Garonne, quoiqu'elle ne doive ce foible avantage qu'à l'Ariège, Aurigera, qui lui porte de tems-en-tems quelques paillettes d'or avec ses eaux.

Au reste, celui du Pactole étoit au meilleur titre, car l'auteur du traité des fleuves lui donne le nom d'or darique, monnoie des Perses qui étoit à 23 karats, d'où il résulteroit que l'or du Pactole, avant que d'être mis en oeuvre, n'avoit qu'une 24. partie de matiere hétérogène.

Ajoutons à la gloire du Pactole, que l'on trouvoit dans ses eaux argentines une espece de crystal ; que les cygnes s'y plaisoient autant que dans celles du Caystre & du Méandre ; & que ses bords étoient émaillés des plus belles fleurs. Si l'on étoit assuré que la pourpre, si connue dans l'antiquité sous le nom de pourpre sardique, se teignît à Sardes & non pas en Sardaigne, on pourroit dire encore à la louange des eaux du Pactole, qu'elles contribuoient à la perfection de ces fameuses teintures. Enfin l'on sait que les habitans de Sardes avoient sous Septime-Sévere établi des jeux publics, dont le prix paroit tout-ensemble faire allusion aux fleuves qui embellissoient les rives du Pactole, & à l'or qu'il avoit autrefois roulé dans son lit : ce prix étoit une couronne de fleurs d'or.

Tout a changé de face ; à peine le Pactole est-il connu de nos jours : Smith, Spon, Whéeler, & d'autres voyageurs modernes n'en parlent que comme d'une petite riviere, qui n'offre rien aujourd'hui de particulier, & peut-être nous serions nous borné à le dire séchement, sans les recherches de M. l'abbé Barthélemi, dont nous avons eu le plaisir de profiter. (D.J.)


PACTOLIDES(Mythol.) nymphes qui habitoient les bords du Pactole. Voyez PACTOLE.


PACTYA(Géog. anc.) ville de Thrace. Ptolémée, liv. I. ch. xj. la met dans la Propontide, & Sophian l'appelle Panido. Ce fut depuis la ville de Cardie jusqu'à celle de Pactye, que Miltiade voulant mettre à couvert des invasions ordinaires le Chersonese où il s'étoit établi avec titre de souverain, fit bâtir une muraille qui fut en divers tems tantôt abattue, tantôt relevée, & enfin rétablie par Dercyllide, général lacédémonien, que ceux du pays avoient fait venir d'Asie. (D.J.)


PACY(Géog. mod.) ville de France en Normandie, sur l'Eure, à 3 lieues de Vernon. Long. 19. 3. lat. 19. 1.


PADANS. m. (monnoie du Mogol) un padan de roupies vaut cent courons de roupies, & un couron cent lacks, un nil vaut cent padans ; le lack vaut cent mille roupies.


PADANG(Géog. mod.) ville des Indes dans l'île de Sumatra, sur la côte occidentale, au midi de Priaman. Elle est sur une riviere. Long. 113. 40. lat. 5. 10. (D.J.)


PADELIN(Verrerie) c'est le grand pot, ou le creuset où l'on met la matiere à vitrifier.


PADERBORN(Géog. mod.) ancienne ville d'Allemagne en Westphalie, capitale d'un petit état souverain possédé par son évêque suffragant de Mayence, prince de l'empire qui réside ordinairement à Neuhaus. Paderborn est sur un ruisseau nommé Pader, à 16 lieues N. O. de Cassel, 17 E. de Munster, 15. S. O. de Minden, 154 N. O. de Vienne. Long. 26. 28'. lat. 51. 46'.

L'évêché de Paderborn a été fondé par Charlemagne, & l'empereur Henri II. en a augmenté le temporel. Il est assez fertile quoique ce soit un pays de montagnes. On y trouve des mines de fer, & l'on compte plusieurs villes dans son district.

Ferdinand de Furstemberg, évêque de Munster & de Paderborn, a donné les antiquités de cette ville en 1672, sous le titre de Monumenta paderbornensia. Les allemands curieux peuvent consulter cet ouvrage, qui intéresse peu les étrangers.

Thierri de Niem, natif de Paderborn, dans le xiv. siecle, devint sous-secrétaire du pape Urbain VI. & mourut vers l'an 1417. On a de lui 1°. une histoire du schisme, qui est assez médiocre ; 2°. un journal du concile de Constance, qui est assez partial ; 3°. un traité des droits des empereurs aux investitures des évêques. Le style de cet auteur est dur & desagréable ; mais on trouve plus de fidélité dans sa narration, qu'on ne l'attendroit d'un écrivain qui s'étoit attaché à la cour de Rome. (D.J.)


PADINATES(Géog. anc.) peuples d'Italie, selon Pline. Cluvier & le P. Hardouin ont pensé qu'ils demeuroient vers l'embouchure du Panaro dans le Pô, dans l'endroit où est aujourd'hui le bourg de Bodeno.


PADISCHAHS. m. (Hist. mod.) en langue turque veut dire empereur ou grand roi. C'est le titre que le grand seigneur donne au roi de France seul, à l'exclusion de tous les autres princes de l'Europe, & même de l'empereur d'Allemagne. La raison qu'on en apporte, c'est qu'il regarde le roi de France comme son parent, & le nomme en conséquence padischah, titre qu'il prend lui-même dans les actes qu'il souscrit. Les Turcs fondent cette parenté sur ce qu'une princesse du sang de France qui alloit à Jérusalem, fut prise par des corsaires, présentée à Soliman, devint sultane favorite, & obtint du sultan qu'il qualifieroit le roi de padischah, & donneroit à ses ambassadeurs le pas sur tous les ministres étrangers.

Le prince Démétrius Cantimir qui rapporte cette histoire, ne balance pas à la traiter de fable ; & en effet il ne s'en trouve aucune trace ni dans les historiens, ni dans les généalogistes. Vican observe que ce titre, qu'il écrit podeshair, fut obtenu par surprise par les François ; mais il s'est fondé sur la tradition populaire dont nous venons de parler. Il suffit de penser que le grand seigneur accorde ce titre au roi en considération de sa puissance, du rang qu'il tient dans le monde, & de la bonne intelligence qui regne entre la cour de France & la porte Ottomane.


PADOEI(Géog. anc.) peuples de l'Inde, selon Hérodote, liv. III. ch. lxix. qui dit qu'ils se nourrissoient de chair crue. Tibulle fait aussi mention de ces peuples, liv. IV. éleg. I. v. 145.

Ultima vicinus Phaebo tenet arva Padoeus.


PADOLIM(Hist. nat. Botan.) plante des Indes orientales, qui produit une fleur blanche, ainsi qu'un fruit assez agréable qui ressemble à un concombre.


PADOUS. m. (Rubanier) espece de ruban fait de soie & de fleuret, qui sert à border des jupes, robes & autres habillemens de femmes. Les Tailleurs en employent aussi dans plusieurs ouvrages de leur métier.

Il y a des padous de toute sorte de couleurs, & même de plusieurs largeurs, qui sont distingués par des numeros 2. 3. & 5.

Le n°. 2 a 9 lignes de largeur.

Le n°. 3 est large de 15 lignes.

Le n°. 5 est d'un pouce & demi.

Le dernier numero qui n'est désigné par aucun chiffre, a au moins trois pouces & demi de largeur : c'est le plus large de tous les padous. Les padous contiennent ordinairement 24 aunes la piece.


PADOUANS. m. (Art numismat.) est le nom que les antiquaires donnent aux médailles modernes faites à l'imitation de l'antique, c'est-à-dire, aux médailles modernes qui semblent frappées au coin de l'antique, & avoir tous les caracteres de l'antiquité. Voyez MEDAILLES.

Ce mot vient d'un célebre peintre italien, qui réussissoit si bien dans la fabrique de ces sortes de médailles, que les plus habiles avoient beaucoup de peine à les distinguer des médailles antiques. Ce peintre fut appellé le Padouan, du nom de Padoue sa ville natale ; son vrai nom étoit Giovanni Carino, ou, selon d'autres, Levis Lee. Il fleurissoit dans le xvij. siecle. Gosher Rink prétend qu'il avoit un associé dans la fabrique de ses médailles, qui s'appelloit Alexander Bassianus. Son fils Octavien, quoique né à Rome, fut aussi appellé le Padouan.

Padouan s'appliqua principalement aux médailles frappées sur les matrices de l'ancien Padouan, & que l'on conserve encore. Cependant on s'en sert en général pour désigner toutes les médailles d'une espece semblable à celles-là.

Le pere Jobert observe qu'en Italie le Padouan, le Parmesan & Carteron en Hollande, ont eu le talent d'imiter parfaitement l'antique. Le Parmesan s'appelloit Laurentius Parmesanus. Il y a eu aussi un autre italien qui a excellé dans ce genre, savoir Valerius Belus Vincentinus ; mais ses médailles ne sont pas si communes que celles des autres. Voyez MONNOIE & MONNOYAGE.


PADOUE(Géog. mod.) ancienne & célebre ville d'Italie, capitale du Padouan, qui est une contrée de l'état de Venise, avec une université fondée par Charlemagne, & un évêché suffragant d'Aquilée.

Padoue se nomme en latin Patavium, & en italien Padoua. Les Romains lui accorderent le droit de bourgeoisie, & le pouvoir de choisir ses sénateurs. Elle fut ruinée par Attila. Narsès l'ayant rétablie, les Lombards la détruisirent. Cependant elle jouissoit de sa liberté du tems de Charlemagne & de ses successeurs ; mais la république de Venise s'empara de Padoue & du Padouan au commencement du xv. siecle, & depuis ce tems-là les Venitiens en sont restés les maîtres.

Quoique Padoue se trouve dans le terroir le plus fertile de l'Italie, elle est triste, sale, mal peuplée, mal bâtie, mal pavée. Elle est sur les rivieres de la Brenta & de Bachiglione, à 6 lieues S. E. de Vicence, 16 S. O. de Venise, 90 N. de Rome. Long. suivant Cassini, 29. 36. lat. 45. 28.

Cette ville toute pauvre qu'elle est, a produit de tout tems des gens de lettres illustres. Thomasini vous en instruira dans son Parnasse padouan. Il a lui-même donné deux ouvrages latins estimés, l'un sur l'hospitalité, & l'autre sur les tableaux votifs.

Il auroit bien fait de ne pas oublier dans son recueil Sperone Speroni, poëte de Padoue, mort en 1688 à l'âge de 84. ans. Il mit au jour une tragédie intitulée Canacée, qui peut passer pour une des meilleures pieces dramatiques écrites en italien. Cependant l'action de cette tragédie révolta les beaux esprits d'Italie, parce que Canacée y commet un inceste avec son frere ; mais on a été obligé de condamner la délicatesse italienne, quand on a lu la défense que l'auteur écrivit pour justifier le choix de son sujet ; car la destinée de Canacée est semblable à celle de Phedre.

L'article de Pignorius (Laurent) méritoit, dans le parnasse de Thomasini quelques détails choisis, parce qu'il se distingua, comme antiquaire, dans le xvij. siecle. Il mourut de la peste en 1631 à l'âge de 60 ans. On a de lui un traité complet de servis, eorumque apud veteres ministeriis.

Enfin pourquoi Thomasini obmet-il dans sa liste la fameuse Andreini (Isabelle), née à Padoue sur la fin du xvj. siecle ? Ce fut une des plus belles, des plus spirituelles & des meilleures comédiennes qu'ait eu l'Italie. Elle parloit bien le françois & l'espagnol, chantoit à ravir, & jouoit admirablement des instrumens. Pour complete r son éloge, elle s'illustra par de charmantes poësies imprimées plusieurs fois à Milan & à Venise, & les académiciens de Pavie se firent un honneur d'aggréger cette illustre virtuosa à leur corps. Comme belle & excellente actrice, elle charmoit sur le théâtre & les yeux & les oreilles en même tems. La France vouloit se la procurer, lorsqu'elle mourut d'une fausse couche à Lyon en 1634, dans la quarante-deuxieme année de son âge. Tout le Parnasse en fut en pleurs.

Mais Padoue tirera toujours sa plus grande gloire d'avoir été la patrie d'Asconius Pedianus & de Tite-Live.

Asconius Pedianus le jeune, excellent grammairien, vivoit sous l'empire d'Auguste, & fut ami particulier de Virgile & de Tite-Live son compatriote. C'est à lui que l'on attribue sur diverses harangues de Ciceron, plusieurs remarques qu'il avoit écrites pour ses enfans, & qui lui acquirent beaucoup d'estime. Nous avons perdu une partie de cet ouvrage. Servius expliquant dans la troisieme églogue ces vers :

Dic quibus in terris, & eris mihi magnus Apollo,

Tres pateat caeli spatium non amplius ulnas.

Asconius Pedianus, ajoute-t-il, assure avoir ouï dire à Virgile même, que ces paroles donneroient la torture à tous les grammairiens.

Pline cite Asconius entre les auteurs dont il s'étoit servi pour composer le huitieme livre de son histoire naturelle. La famille Ascania étoit illustre à Padoue, & fut surnommée Pediana. Elle avoit produit des hommes de mérite, entr'autres Asconius Gabinus Modestus, qui fut proconsul, & qui eut l'administration des finances.

Tite-Live naquit à Padoue l'an de Rome 685, & mourut l'an 770 de la fondation de cette ville. Gronovius a donné une excellente édition de ses oeuvres, Amst. 1693, trois vol. in-8 °. & M. Crevier, Paris, 1733, in-4 °. Je me propose de parler ailleurs du mérite de cet excellent historien. Cependant Asinius Pollion prétendoit que le style de Tite-Live se ressentoit de son pays, & qu'on voyoit bien qu'il étoit né à Padoue. Si ce jugement n'est point une injustice de la part de ce fameux romain, il faut avouer que nos plus fins critiques modernes seroient fort embarrassés de découvrir cette patavinité du style de Tite-Live, & qu'ils sont bien éloignés de se connoître en langue latine.

" Mais que de choses ne pourrois-je pas dire sur le mérite particulier de cet illustre auteur ! N'avez-vous jamais lu qu'un citoyen de Cadix, charmé de la réputation & de la gloire de ce grand homme, vint des extrémités du monde pour le voir, le vit, & s'en retourna. Il faut être sans goût, sans littérature, sans émulation, peu s'en faut que je n'ajoute sans honneur, pour n'être pas piqué de cette curiosité, la plus agréable, la plus belle, la plus digne d'un honnête homme ". C'est Pline le jeune qui fait cette réflexion dans une de ses lettres.

Un grand homme, philosophe stoïcien, natif de Padoue, & qui vivoit peu de tems après Tite-Live, est Paetus Thrasea qui écrivit la vie de Caton d'Utique. Cet homme d'une probité austere & intrépide, osa défendre en plein sénat le préteur Sosianus accusé de lese-majesté, & que Neron vouloit perdre. La liberté de Thrasea sauva le préteur : mais Neron fit périr le philosophe ; & sa femme Arria, à l'exemple de sa mere, voulut mourir avec son mari. Elle ne céda à ses instantes prieres, que lorsqu'il lui représenta vivement le devoir qu'elle devoit remplir d'élever Fannia leur fille commune. Il faut lire Tacite, Annal. lib. XIII. cap. lxix. lib. XIV. cap. xij. lib. XV. cap. xx. & xxiij. lib. XVI. cap. xxj. xxij. xxiv. xxxiij. xxxv. Les tableaux de Thrasea sont de la plus grande beauté.

On peut consulter sur Padoue moderne, & les gens de lettres qu'elle a produits, outre Thomasini, Ricoboni, de Gymnasio patavino. Scardeoni, de illust. patav. Patavii, 1560, in-4 °. & ses origin. di Padoua. Angelo Portenari, della felicita di Padua. Cortusio, de novit. Pad. Orsato (Sertorio) istoria di Padoua, & ses monumenta patavina. Orsato étoit né lui-même à Padoue en 1617. Il est connu par son commentaire de notis Romanorum, ouvrage rare, fort estimé, & qui se trouve dans le trésor des antiquités romaines de Graevius. (D.J.)


PADOUIRvieux terme de droit coutumier, qui signifie mener ses bestiaux paître dans des landes, ou pâturages communs.


PADRIS. m. (Botan. exot.) arbre à siliques du Malabar. Sa fleur est pentapétaloïdale ; ses siliques sont longues, étroites, quarrées & recourbées. La décoction de ses feuilles s'emploie dans les tensions du bas-ventre : son suc mêlé avec celui de limon, est un remede qu'on donne dans les maladies aiguës.


PADRON(Géog. mod.) petite ville d'Espagne dans la Galice, à l'embouchure de l'Ulla, à 4 lieues de Compostelle. Long. 9. 18. lat. 42. 40. (D.J.)


PADUS(Géog. anc.) nom latin du Pô, fleuve d'Italie. Les anciens le nomment premierement Eridanus. Lucain lib. IV. v. 427. lui donne le nom de Padus, dans ce vers :

Sic Venetus, stagnante Pado, fusoque Britannus

Navigat Oceano.


PAEANS. m. (Littérat.) , c'est-à-dire, hymne, cantique en l'honneur des dieux ou des grands hommes. Thucydide donne seulement ce nom aux hymnes que les Grecs chantoient après une victoire en l'honneur d'Apollon, ou pour détourner quelque malheur ; & cette idée est aussi fort juste : ensuite on nomma paeans, paeanes, les cantiques qui étoient chantés par de jeunes gens à la gloire de Minerve dans les panathénées. Il paroît par Zosime, qu'entre les chants séculaires, il devoit y avoir des cantiques & des paeans ; ces deux pieces ne differoient que par le style, qui devoit être plus relevé & plus pompeux dans la seconde que dans la premiere.

Le nom de paean tire son origine d'une avanture qu'Athénée nous a conservée, sur le rapport de Cléarque de Soles, disciple d'Aristote. Il dit que Latone étant partie de l'île d'Eubée avec ses deux enfans Apollon & Diane, passa auprès de l'antre où se retiroit le serpent Python ; le monstre étant sorti pour les assaillir, Latone prit Diane entre ses bras, & cria à Apollon , frappe, mon fils. En même tems les nymphes de la contrée étant accourues, pour encourager le jeune dieu, crierent, à l'imitation de Latone, , ce qui servit insensiblement de refrain à toutes les hymnes qu'on fit en l'honneur d'Apollon.

Dans la suite on fit de ces paeans ou cantiques pour le dieu Mars ; & on les chantoit au son de la flûte en marchant au combat. Il y en a divers exemples dans Thucydide & dans Xénophon ; sur quoi le scholiaste du premier observe qu'au commencement d'une action, l'on invoquoit dans ces paeans le dieu Mars ; au lieu qu'après la victoire, Apollon devenoit le seul objet du cantique. Suidas dit la même chose ; mais enfin les paeans ne furent plus renfermés dans l'invocation de ces deux divinités : ils s'étendirent à celle de quantité d'autres ; & dans Xénophon les Lacédémoniens entonnent un paean à l'honneur de Neptune.

On fit même des paeans pour illustrer les grands hommes. On en composa un où l'on célébroit les grandes actions du lacédémonien Lysandre, & qu'on chantoit à Samos. On en fit un autre qui rouloit sur les louanges de Cratère le macédonien, & qu'on chantoit à Delphes au son de la lyre. Aristote honora d'un pareil cantique l'eunuque Hermias d'Atarne son ami ; & fut, dit-on, mis en justice pour avoir prodigué à un mortel un honneur qu'on ne croyoit dû qu'aux dieux. Ce paean nous reste encore aujourd'hui, & Jules César Scaliger ne le trouve point inférieur aux odes de Pindare ; mais Athénée qui nous a conservé ce cantique d'Aristote, ne tombe point d'accord que ce soit un véritable paean, parce que l'exclamation , qui devroit le caractériser, dit-il, ne s'y rencontre en nul endroit ; au lieu qu'elle ne manque point, selon lui, dans les paeans composés en l'honneur d'Agémon corinthien, de Ptolomée fils de Lagus roi d'Egypte, d'Antigone & de Démétrius Poliorcete. Nous sommes redevables au même Athénée de la conservation d'un autre paean adressé par le poëte Ariphron sicyonien à Hygiée, ou la déesse de la santé. (D.J.)


PAEANITESou PAEONITES, (Hist. nat.) pierre connue des anciens, & entierement ignorée des modernes. On ne nous en apprend rien, sinon qu'elle facilitoit les accouchemens. Il paroît que c'est la même pierre que celle que les anciens nommoient peantides ou pheantides, que l'on croit avoir été une espece de stalactite, spathique & calcaire, produite dans les grottes de la Péonie contrée de Macédoine.


PAECILIAS. f. (Ichthyolog.) nom donné par Schomveldt & quelques autres, à une espece de cobitis ou de loche, appellée par Artedi le cobitis bleuâtre, marqué de cinq raies longitudinales sur le corps.


PAEDARTHROCACÉS. m. (terme de Chirurgie) maladie qui consiste dans une carie interne des os, & qui attaque principalement les articulations. Voyez SPINA VENTOSA M. A. Severinus a écrit un traité sur cette maladie.

Ce mot est composé de trois mots grecs, , puer, enfant, jeune personne ; , articulus, articulation ; & , malum, mal, à cause que ce mal attaque principalement les enfans & les jeunes gens, rarement ceux de 25 ou 30 ans, & parce qu'il commence presque toujours par les jointures. (Y)


PAEDEROS(Hist. nat.) nom donné par Pline, d'après les Grecs, à l'opale. Voyez cet article. Quelques auteurs ont aussi entendu par-là l'amethyste.


PAEDEROTAadj. pris subst. (Botan.) c'est dans le systême de Linnaeus, un genre distinct de plantes dont voici les caracteres. Le calice est une enveloppe de la fleur divisée en quatre segmens, droits, pointus, & qui subsistent après que la fleur est tombée. La fleur est composée d'un seul pétale qui forme un tuyau cylindrique partagé en deux levres ; la levre supérieure est longue, creuse & étroite ; l'inférieure est légérement divisée en trois parties égales : les étamines sont deux filets panchés en bas, & de la même longueur que le calice ; le pistil a un embryon arrondi, & un stile délié de la même longueur que ses étamines : le fruit est une capsule applatie, de figure ovale, fendue & pointue au sommet ; elle consiste en deux loges qui contiennent des graines nombreuses, obtuses & adhérentes aux panneaux de la capsule. (D.J.)


PAEDOTHYSIES. f. (Hist. du Paganis.) , coutume inhumaine pratiquée par quelques payens, de sacrifier aux dieux ses propres enfans pour appaiser leur colere. Nous lisons dans l'Ecriture, que le roi de Moab étant assiégé par les Israélites dans sa capitale, & réduit aux dernieres extrémités, prit son fils aîné qui devoit lui succéder, l'offrit en holocauste sur les murs de la ville, & le siege fut levé. Voyez SACRIFICE, VICTIME HUMAINE, ENFANT, &c.


PAEDOTRIBAS. m. (Hist. anc.) officier du gymnase chez les anciens, dont les fonctions se bornoient à enseigner méchaniquement aux jeunes gens les exercices du corps : c'est ce que nous appellerions un prevôt de salle. Les anciens auteurs confondent quelquefois le paedotriba avec le gymnaste, mais Galien établit entr'eux cette différence, que le gymnaste joignoit à la science des exercices un discernement exact de toutes leurs propriétés par rapport à la santé ; au lieu que le paedotriba, peu inquiet sur ce dernier article, bornoit ses connoissances au détail méchanique de ces mêmes exercices, & ses soins à former de bons athletes ; c'est pourquoi Galien compare le gymnaste à un médecin, ou à un général qui prescrivent avec connoissance de cause, & le paedotriba à un cuisinier, ou à un soldat qui se contentent d'exécuter sans rien approfondir. Mém. de l'acad. tome premier.


PAEMANI(Géog. anc.) peuples que César de bell. Gall. l. II. c. iv. place dans la Gaule belgique. Sanson croit que c'est le pays de Famene ou de Famine, où est Marche en Famine dans le duché de Luxembourg. D'autres géographes mettent les Paemani dans la forêt d'Ardenne, précisément dans le lieu où est le village de Pémont.


PAÉNOÉS. m. (Bot. exot.) grand arbre de Malabar. On tire de son tronc une gomme résineuse qu'on fait bouillir dans de l'huile en consistance de poix dure. Les Indiens en brûlent quelquefois dans leurs temples, au lieu d'encens. La même résine de cet arbre fondue dans de l'huile de sésame leur sert d'un baume médicinal.


PAENSAJIES. f. (monn. de Perse) c'est une monnoie d'argent qui vaut deux mamoudis & demi, & le mamoudi vaut environ vingt sous de France.


PAEONS. m. (Poës. lat.) mesure de la poësie latine. Les anciens versificateurs latins comptoient quatre sortes de piés qu'ils appelloient paeons. On leur donna ce nom parce qu'on les employoit particulierement dans les hymnes d'Apollon, qu'on nommoit paeans. Le premier paean est composé d'une longue & trois breves, comme colligere ; le second est composé d'une breve, une longue & deux breves, comme resolvere ; le troisieme est composé de deux longues, une breve & une longue, comme communicant ; & le quatrieme est composé de trois breves & une longue, comme temeritas. (D.J.)


PAEONIEPaeonia, (Géog. anc.) contrée de la Macédoine. Elle tira son nom, suivant Pausanias, de Paeon, fils d'Endimion, qui, vaincu à la course par son frere, en fut si désolé, qu'il abandonna sa patrie, & se retira vers le fleuve Axius. Philippe subjugua les Paeoniens, & Mégabise, qui commandoit pour Darius dans la Thrace, eut ordre d'envoyer dans l'Asie des peuplades de paeoniens aussi-tôt qu'il les eut assujettis. Voici le fait.

Les Paeoniens prétendoient descendre d'une colonie athénienne. Les hommes & les femmes étoient également forts & laborieux. Une avanture assez plaisante, racontée par Hérodote, l. V. mit Darius fils d'Hystaspe, en goût d'avoir des paeoniens & des paeoniennes dans ses états. Un jour qu'il passoit à Sardes ville de Lydie, il apperçut une femme qui en même tems filoit, portoit une cruche & menoit un cheval. La nouveauté du spectacle frappa Darius, & lui fit naître la curiosité d'apprendre le pays de cette femme. On lui dit qu'elle étoit paeonienne ; & sur l'idée avantageuse qu'il se forma d'une nation où le sexe le plus foible & le plus délicat embrassoit à la fois tant de travaux différens, il ordonna à Mégabise qui commandoit pour lui dans la Thrace, d'envoyer en Asie des peuplades de paeoniens. Dès que ce gouverneur eut assujetti ce peuple, il exécuta fidelement l'ordre de son maître.

Les Paeoniens, selon Thucydide, étoient habitués sur le bord du Strymon ; mais par la suite des tems, on confondit les Paeoniens avec les Illyriens, les Thraces & les Getes ; ensorte qu'il semble que ce nom a été une désignation vague donnée à la plûpart des peuples de la nation des Mysiens.

Strabon appelle Paeoniens, une partie des peuples de la Macédoine, & assure que les Pélagons étoient paeoniens. Dion ne veut pas que ce nom soit le même que celui des Pannoniens : cependant plusieurs écrivains les ont confondus ; & vraisemblablement il avoit la même origine, quoique les Romains eussent restraint le nom de Pannonie au pays compris entre le Danube, la Drave & la Save. En un mot, le nom de paeoniens se donnoit à des peuples très-éloignés les uns des autres. Homere joint les Paeoniens aux Léleges & aux Pélasges de l'Asie mineure, sujets de Priam. (D.J.)


PAEONIENNEadj. f. (Hist. anc.) surnom qu'on donnoit à Minerve, conservatrice de la santé.


PAESTANUS SINUS(Géog. anc.) golfe d'Italie, sur la côte du pays des Brutiens, selon Pline, l. III. c. V. Il prenoit son nom de la ville de Pastum, bâtie sur la côte ; c'est aujourd'hui le golfe de Salerne.


PAESTUM(Géog. anc.) ville de Lucanie à l'embouchure du fleuve Silaris. Elle s'appelloit anciennement Posidonia, selon Strabon, liv. I. pag. 251. & elle changea de nom lorsque les Romains y envoyerent une colonie, l'an de Rome 380.

Paestum étoit dans son origine une colonie des Grecs qu'ils consacrerent à Neptune ; & c'est pour cela que Paterculus l'appelle Neptunia. Elle étoit sur la côte du pays des Picentins.

La ville de Paestum n'est plus aujourd'hui qu'un village appellé Pierti dans la Lucanie, c'est-à-dire dans la Calabre. Ce pays étoit autrefois célebre pour ses belles roses qui croissoient deux fois dans l'année. Biferique rosaria Paesti.


PAESUS(Géog. anc.) 1. Ville de la Troade, entre Lampsaque & Parium. Strabon, liv. XIII. p. 589. dit que cette ville ayant été détruite, les habitans passerent dans celle de Lampsaque. Homere l'appelle Paesum, Iliad. l. II. v. 828. & Apaesum, l. V. v. 612.

2. Paesus, fleuve de la Troade, selon Strabon, l. XIII. p. 589.


PAETICA(Géog. anc.) contrée de la Thrace, entre les fleuves Hebrul & Melana, selon Arrien, l. I. c. xj.


PAFFENHOFFEN(Géog. mod.) petite ville de France, dans la basse Alsace, sur la pente d'une montagne, près de la Metter. Elle est à 3 lieues O. d'Haguenau. Long. 26. 20. lat. 48. 46. (D.J.)


PAG(Hist. nat.) animal quadrupede du Brésil, qui est à-peu-près de la grandeur d'un chien. Sa peau qui est tachetée de blanc, de gris & de noir, est fort belle ; sa chair a le même goût que celle d'un veau ; sa tête est d'une forme bizarre.


PAGAou PAGAE, (Géog. anc.) ville de la Mégaride en Achaïe ; ce nom donne à entendre que c'étoit dans son enceinte qu'on trouvoit les sources des eaux qui arrosoient le pays. Le mot signifie source, eau qui sort de terre. On voyoit à Paga le tombeau du héros Egialée, fils d'Adraste, qui fut tué à la seconde guerre des Argiens contre Thèbes. Cette ville s'appelle aujourd'hui Livadosta, au bord du golfe de Corinthe, près l'isthme, à 20 milles de Mégra, ou l'ancienne Mégare.


PAGALLES. f. (Marine) autre espece d'armure d'usage aux îles ; c'est une espece de pelle longue de cinq à six piés. C'est peut-être la même chose que la poignée.

PAGALLE, s. f. (Sucrerie) grande spatule de bois semblable à la pagalle ou pagaye des canots, excepté qu'elle est plus petite. On s'en sert pour remuer le sucre quand il rafraîchit afin d'en former le grain.


PAGANAou PAGO, (Géog. anc.) lieu de la Morée. Ce n'est aujourd'hui qu'un bourg, dont la côte forme un cap. Les anciens le nommoient le promontoire de Diane Dyctimne ; & le bourg s'est formé du débris de l'ancienne ville de Las, célebre par les trophées qu'on y éleva pour la défaite des Macédoniens, & par les temples que Castor & Pollux y bâtirent à leur retour de la conquête de la toison.


PAGANALESS. f. (Hist. anc.) anciennes fêtes rurales, ainsi appellées parce qu'on les célébroit dans les villages in pagis. Voyez PAYEN.

Dans les paganales, les paysans alloient solemnellement en procession autour de leur village, faisant des lustrations pour les purifier. Ils faisoient aussi des sacrifices dans lesquels ils offroient des gâteaux sur les autels de leurs dieux. Voyez FETE.

Denis d'Halicarnasse & S. Jerôme attribuent l'institution des paganales à Servius Tullius, & la rapportent à un principe de politique de ce prince : car, selon ces auteurs, tous les habitans de chaque village étoient tenus d'assister à ces fêtes, & d'y porter chacun une petite piece de monnoie de différente espece, les hommes d'une façon, les femmes d'une autre, & les enfans d'une autre encore ; ensorte qu'en mettant à part chaque espece différente de monnoie, & en les comptant, celui qui présidoit à ces sacrifices, connoissoit le nombre, l'âge & le sexe des habitans d'un canton, & en faisoit son rapport au prince. Cette maniere de compter prouveroit que l'usage de l'écriture n'étoit pas encore introduit chez les Romains. On célébroit les paganales dans le mois de Janvier, & l'argent que les habitans de la campagne y apportoient, étoit une espece de tribut ou de redevance annuelle envers l'état, à laquelle Servius les avoit assujettis.


PAGANISMES. m. (Hist. anc.) religion & discipline des payens, ou adoration des idoles & des faux dieux. Voyez PAYEN & IDOLATRIE.

Les dieux du Paganisme étoient, ou des hommes, comme Jupiter, Hercule, Bacchus, &c. ou des êtres fictifs & personnifiés, comme la Victoire, la Faim, la Fievre, &c. ou des animaux, comme en Egypte, les crocodiles, les chats ; ou des choses inanimées, comme les oignons, le feu, l'eau, &c. Voyez DIEU & ECONOMIE POLITIQUE.


PAGARANS(Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme dans l'île de Sumatra des princes particuliers, qui sont ou alliés ou tributaires du roi d'Achem, le plus puissant des souverains de l'île.


PAGARQUES. m. (Hist. anc.) nom donné dans l'antiquité aux magistrats de village, ou à ceux qui avoient quelque autorité dans le plat pays ; tels que peuvent être les baillis, & les procureurs fiscaux des jurisdictions seigneuriales à la campagne. Il en est quelquefois fait mention dans les Novelles, & leur nom vient de , village, & d', puissance, commandement.


PAGASE(Géog. anc.) Pagasa, ou Bagasae ; ville maritime de la Magnesie, selon Apollonius. Strabon dit que c'étoit autrefois le port de la ville de Pherae, qui en étoit éloignée de 90 stades. Il nous apprend que les habitans de Pagase furent transférés à Démétriade avec tout le commerce qui se faisoit auparavant dans la premiere de ces villes. On prétend que ce fut à Pagase que les Argonautes s'embarquerent pour aller à la conquête de la toison d'or. Properce le dit dans sa xx. élégie du liv. I. v. 17.

Namque ferunt olim Pagasae navalibus Argo

Egressam longè Phasidos isse viam.

Diodore de Sicile appelle cette ville Pagas. Harpocration & Pline décrivent sa situation & ses dépendances. Pour moi je crois que Volo est l'ancien Pagasa. Voyez VOLO, Géogr. (D.J.)


PAGAYES. f. il faut faire sentir le second a après le g ; c'est une espece de rame dont se servent les sauvages caraïbes pour conduire leurs canots & leurs pirogues. Cette rame, qui n'a guere que cinq piés de long en tout, est faite en forme de grande pelle, étroite & échancrée par le bas, ayant un manche long de trois piés, terminé par une petite traverse servant de poignée, à-peu-près comme on en voit aux cannes en bequilles. Les pagayes caraïbes font construites de bois dur, très-proprement travaillé & bien poli. Celles dont les negres canotiers & les pêcheurs font usage, n'ont ni la légereté ni l'élégance des précédentes, mais elles servent également, soit pour ramer, soit pour gouverner les petits canots. On donne encore le nom de pagayes à de grands couteaux de bois, especes de spatules de trois piés de longueur, servant au travail du sucre. Voyez SUCRERIE. (M. LE ROMAIN. )


PAGES. m. (Hist. mod.) c'est un enfant d'honneur qu'on met auprès du prince & des grands seigneurs, pour les servir, avec leurs livrées, & en même tems y recevoir une honnête éducation, & y apprendre leurs exercices.

On voit par les Mémoires de Philippes de Comines, que les pages qui servoient les princes & les seigneurs de son tems, étoient nobles enfans, qui par-tout suivoient leurs maîtres pour apprendre la vertu & les armes. Le chevalier d'Accily, qui ne vivoit pas de ce tems-là, a dit au contraire :

S'il est beau le fils de Climene,

Quoiqu'elle ait un homme assez laid,

Cela n'a rien qui me surprenne ;

Son page est un garçon bien fait.

Loiseau remarque, dans son traité des Ordres, qu'anciennement les jeunes gentilshommes étoient pages des seigneurs, & les jeunes demoiselles étoient filles-de-chambre des dames ; car, comme nous enseigne fort bien Ragueau, les pages sont paedagogia, sive paedagogiani pueri.

On distinguoit alors deux sortes de pages, savoir les pages d'honneur, & les communs. Les pages d'honneur n'étoient que chez les princes & les souverains, & étoient ordinairement fils de barons ou chevaliers, desquels la fonction est, pour ainsi dire, décrite par Quinte-Curce, l. VIII. haec cohors veluti seminarium ducum praefectorum est ; en effet, quand ils étoient hors de page, ils devenoient bacheliers ou damoiseaux. Bachelier signifie prétendant à chevalerie : damoiseau est le diminutif de dant, qui signifie seigneur, jusqu'à ce qu'étant devenus chefs de maison, ils soient qualifiés seigneurs tout-à-fait. Les pages communs sont issus de simple noblesse, & servent les chevaliers ou seigneurs ; car un simple gentilhomme ne doit point avoir pages, mais seulement laquais qui sont roturiers.

Lancelot dérive le mot page du grec , qui veut dire un enfant. Ménage & Caseneuve le tirent de paedagogium. Cujas & Jacques Godefroi témoignent que les enfans d'honneur étoient nommés chez les Européens paedagogiani pueri. Dans la suite on appella pages & enfans de cuisine, les petits officiers servant à la cuisine du roi. Le président Fauchet dit, que jusqu'au regne des rois Charles VI. & Charles VII. on nommoit pages de simples valets-de-pié ; & que de son tems les Tuilliers appelloient pages certains valets qui portoient sur des palettes les tuiles vertes pour les faire sécher : il ajoute, que c'étoit seulement depuis quelque tems qu'on avoit distingué les pages nobles des pages vilains servant-à-pié, qui ont été nommés naquets ou laquais.

Il est vrai que les pages du tems de l'ancienne chevalerie, se nommoient autrement varlets ou damoiseaux, & qu'ils remplissoient alors l'emploi de domestiques auprès de la personne de leurs maîtres ou de leurs maîtresses ; ils les accompagnoient à la chasse, dans leurs voyages, dans leurs visites ou promenades, faisoient leurs messages, & même les servoient à table : le célebre chevalier Bayard avoit versé à boire & fait les autres fonctions de page auprès de l'évêque de Grenoble.

C'étoit ordinairement les dames qui se chargeoient de leur apprendre leur catéchisme & la galanterie, l'amour de Dieu & des dames ; car l'un ne pouvoit aller sans l'autre, & l'amant qui entendoit à loyaument servir une dame, étoit sauvé, suivant la doctrine de la dame des belles cousines.

On prenoit grand soin de les instruire aux exercices des écuyers & chevaliers, qui étoient les grades auxquels ils devoient aspirer. Ils ne quittoient point l'état de page sans passer par une cérémonie religieuse. Le gentilhomme mis hors de page étoit présenté à l'autel par son pere & sa mere, qui chacun un cierge à la main alloient à l'offrande : le prêtre célébrant prenoit de dessus l'autel une epée & une ceinture qu'il attachoit au côté du jeune gentilhomme, après les avoir bénis. Voyez l'Histoire de la chevalerie, par M. de Saint-Palaye. (D.J.)

PAGES-MOUSSES, GARÇONS, (Marine) ce sont les jeunes gens de l'équipage, apprentis matelots, ou éleves de la navigation. Voyez MOUSSES.

Page de la chambre du ca pitaine, c'est le garçon qui sert le capitaine.


PAGÉENS(Géog. anc.) peuple dont les guerres avec les Géraniens ont donné lieu, selon quelques-uns, à la fable des Pygmées. Un savant allemand, nommé Wonderhart, en expliquant cette fable, dit qu'Homere fait allusion à l'histoire des guerres des Pagéens avec les Géraniens, en la représentant sous le symbole des grues & des Pygmées, se fondant en cela sur la ressemblance des noms. Les Poëtes, pour donner le change à leurs lectures, se servoient souvent de semblables figures, & l'artifice de la Poësie consistoit alors à transporter l'histoire des peuples connus dans des pays éloignés : on ne doit cependant pas faire beaucoup de fond sur cette opinion de Wonderhart, parce qu'il n'apporte pas de preuves pour l'établir. (D.J.)


PAGELS. m. (Hist. nat. Ichthyol.) rubellio erythrinus, poisson de mer, que l'on confond souvent avec le pagre ; on le nomme à Rome phragolino, c'est-à-dire petit pagre. Le pagel se retire en hiver dans la haute mer, & il reste sur le bord des côtes pendant l'été ; on en prend rarement quand il fait froid. Ce poisson est d'une couleur rousse tirant sur le rouge ; il a deux taches de couleur d'or & le ventre blanc, les yeux sont grands, l'ouverture de la bouche est petite, & les dents sont rondes, pointues & fort petites ; il ressemble au pagre par la forme du corps, par le nombre & la position des nageoires ; mais il en differe en ce qu'il a le museau plus pointu & plus étroit. Il change de couleur avec l'âge : il devient gris. La chair du pagel est nourrissante & d'assez bon goût ; elle se digere aisément & elle n'est pas visqueuse, comme quelques-uns l'ont dit. Rondelet, Hist. nat. des poissons, premiere part. liv. V. chap. xvij. Voyez POISSON. (I)


PAGESIES. f. (Jurisprud.) quasi tenementum paganorum, est une espece de tenure solidaire, en vertu de laquelle le seigneur peut s'adresser à celui des co-détenteurs qu'il juge à propos, & le contraindre au payement de la totalité des cens & rentes. Cette espece de tenure se trouve spécifiée dans les terriers de plusieurs seigneuries dans le Velay, le Forès, le Bourbonnois, & l'Auvergne ; c'est la même chose que ce qu'on appelle tenir en fraresche dans les pays d'Anjou, Touraine, & Maine, ou que les masures en Normandie. Voyez Henrys. (A)


PAGIAVELLES. m. (Comm.) certain compte de pieces de marchandise, dont on se sert en quelques lieux des Indes orientales, lorsque l'on vend en gros, ce qui est à proportion comme ce que nous appellons une grosse. Voyez GROSSE. Au Pégu les toiles se vendent au pagiavelle de quatre pieces. Diction. de Commerce.


PAGLION(Géog. mod.) riviere de Savoie, dans le comté de Nice. Elle a sa source dans les Alpes, & se jette dans la Méditerranée, à l'orient de la ville de Nice. (D.J.)


PAGNAS. m. (Hist. nat. Botan.) arbre des Indes orientales. Il est fort élevé, & produit une espece de coton renfermé dans une écorce fort dure, longue d'une palme, & large d'un doigt : ce coton ne se file point, mais on s'en sert pour remplir des coussins & des matelas.


PAGNEterme de Rélation, c'est un morceau de toile de coton dont les peuples de la côte de Guinée s'enveloppent le corps depuis les aisselles jusqu'aux genoux, & quelquefois jusqu'au milieu des jambes, & dont les Caraibes à leur imitation se servent aujourd'hui. La pagne fait ordinairement deux tours, & sert également aux hommes & aux femmes ; c'est un habillement de cérémonie, car les peuples de Guinée vont ordinairement tous nuds, & les Caraïbes n'ont que leur camusa. (D.J.)


PAGNONES(Art méchan.) pieces de bois qui forment la fusée ou le rouet d'un moulin, & auxquelles les fuseaux sont assemblés.


PAGO(Géog.) île de la mer d'Istrie, à une lieue de la côte de Croatie, dont elle n'est séparée que par un canal qui a 3 milles de large ; elle est sujette aux Vénitiens, & pour le spirituel à l'évêque d'Arbe. Elle a 60 milles de tour, & un château pour sa défense. L'air y est froid & le terroir stérile, mais on y trouve des salines qui font son seul revenu. Cette île a été connue de Pline sous le nom de Gissa, les Esclavons l'appellent Pagh. Venise y avoit deux de ses nobles, l'un pour la gouverner, & l'autre pour recevoir le produit. Long. 32. 40. lat. 44.


PAGODES. m. & f. (Archit. asiat.) nom général qu'on donne aux temples des Indiens & des Idolâtres ; c'est un bâtiment qui n'a qu'un seul appentis par-devant, & un autre par-derriere : il y a trois toîts, un qui domine destiné pour l'idole, & les deux autres pour le peuple.

Son principal ornement consiste en des pyramides de chaux & de briques, décorées d'ornemens fort grossiers. Il y en a de grandes, aussi hautes que nos clochers, & de petites qui n'ont que deux toises. Elles sont toutes rondes, & elles diminuent peu en grosseur, à mesure qu'elles s'élevent, desorte qu'elles se terminent comme un dôme : sur celui de celles qui sont basses s'éleve une aiguille de calin, fort pointue & assez haute, par rapport au reste de la pyramide.

On voit encore autour des pagodes d'autres especes de pyramides qui grossissent & diminuent quatre ou cinq fois dans leur hauteur, de telle sorte que leur profil est ondé ; mais ces diverses grosseurs sont moindres à mesure qu'elles sont en une partie plus élevée. Ces pyramides sont ornées en trois ou quatre endroits de leur contour, de plusieurs cannelures à angles droits, qui, diminuant peu-à-peu, à proportion de la diminution de la pyramide, vont se terminer en pointe au commencement de la grosseur immédiatement supérieure, d'où s'élevent d'autres cannelures.

Les plus beaux pagodes sont ceux des Chinois & des Siamois ; les offrandes qu'on y fait sont si considérables, qu'on en nourrit une quantité prodigieuse de pélerins.

Le pagode de Jagranate produit un revenu immense à ceux de son idole. M. de la Loubere a décrit les pagodes de Siam, & les missionnaires ceux de la Chine, qui sont quelquefois incrustés de marbre, de jaspe, de porcelaine, & de lames d'or : on trouve la représentation d'un de ces temples dans l'essai d'Architecture de Fischer.

On appelle aussi pagode l'idole qui est adoré dans le temple élevé à son honneur, & dans ce sens le mot pagode est féminin.

Ce nom pagode tire son origine des mots persans pout, qui veut dire une idole, & de gheda, un temple ; de ces deux mots pout-gheda, on en a formé en françois celui de pagode, en estropiant le nom persan.


PAGOMENS. m. (Calendrier) les Egyptiens & les Ethiopiens donnent ce nom au résidu de cinq jours de leur année, ou de six, si l'année est bissextile ; ils ajoutent ces jours à leur dernier mois, parce qu'ils ne comptent que quatre jours pour chacun.


PAGON(Géog. mod.) petite île de la mer du sud, une des îles des Larrons, ou des îles Marianes, entre celle d'Agrignan au nord oriental, & celle d'Amalagnant au midi. On lui donne 14 lieues de circuit : les Espagnols la nomment l'île de Saint-Ignace.


PAGRES. m. (Hist. nat. Ichthyol.) pagrus, poisson de mer qui ressemble à une petite dorade par la forme du corps & par le nombre & la position des nageoires ; mais il en differe par la couleur & par la queue. Voyez DORADE. Le pagre change de couleur en différentes saisons ; il est d'un roux tirant sur le rouge pendant l'été, & il devient bleu en hiver : on le confond avec le pagel quand il a sa couleur rouge ; mais on le distingue aisément en hiver, car le pagel ne change pas de couleur. Le pagre differe encore du pagel en ce qu'il a le museau plus épais, plus arrondi & plus arqué, & le corps plus large & plus rond. Ce poisson vit de petites séches, de coquillages, & d'algue : sa chair est séche, de bon goût, & fort nourrissante. Rondelet, Hist. nat. des poissons, premiere partie, liv. V. chap. xv. Voyez POISSON. (I)


PAGRIAE(Géog. anc.) 1°. ville de la Syrestique de Syrie, dans le territoire d'Antioche, près la ville Gendarum, selon Strabon, liv. XVI. p. 751. & selon Pline, l. V. c. xxiij. mais Ptolémée, liv. V. ch. xv. la met dans la Pierie, province voisine ; c'est aujourd'hui Begras, entre Alexandrette & Antioche, place à demi-déserte.

2°. Pagrae, port de la Sarmatie asiatique, sur le Pont-Euxin.

3°. Pagrae, ville de la Cilicie, selon Cédrène.


PAGURUS LAPISS. f. (Hist. nat.) nom donné par des naturalistes à une pierre qui portoit l'empreinte d'un homard ou d'une cercine de mer.


PAGUS(Géog. anc.) ce mot a divers sens, & vient lui-même de , mot dorique, pour , fontaine, parce que, dit Festus, les Pagi prennent à une même fontaine l'eau dont ils ont besoin.

Pagus differe de vicus, en ce qu'il n'exige pas une disposition en forme de rue, & qu'il suffit que les maisons aient un rapport de voisinage entr'elles, quoique dispersées & rangées confusément.

Le pagos des Grecs veut dire une colline, & par conséquent n'est point la même chose que le pagus des Latins. Ainsi, , veut dire, la colline de Mars ; c'étoit le nom qu'on donnoit à l'aréopage d'Athènes, parce qu'elle étoit sur une colline consacrée au dieu de la guerre. On peut voir dans Alde Manuce, lib. III. de quaesit. epist. vij. la différence qui distingue, selon lui les mots castellum, pagus, vicus, opidum, urbs, & villa.

Paganus dans sa signification primitive, signifie un homme qui demeure à la campagne, où il s'occupe à l'agriculture, en un mot un paysan. Comme les gens de la campagne n'ont point cette politesse qui regne dans les villes, il semble que la grossiereté soit leur partage ; c'est dans ce sens que Perse se qualifie lui-même de demi-paysan :

Ipse semi-paganus

Ad sacra vatum carmen adfero nostrum.

Varron, de lingua lat. lib. V. appelle pagantiae feriae, certaines fêtes communes aux gens de la campagne ; au-lieu que paganalia étoient des fêtes particulieres à chaque village. Pline, l. XXVIII. c. ij. nomme pagana lex, une loi par laquelle il étoit defendu aux femmes qui étoient en voyage de tourner un fuseau, ni de le porter à découvert, parce que l'on croyoit que par cette action on pouvoit jetter un maléfice sur la campagne, & nuire aux biens de la terre.

Dans les anciens tems de la république romaine, l'agriculture & l'art militaire n'étoient pas incompatibles, & on voyoit les premiers hommes de l'état conduire eux-mêmes la charrue, de la même main dont ils venoient de gagner une bataille. Mais avec le tems le luxe augmenta les possessions, & la vanité peupla les champs d'hommes serviles, que l'on chargea du travail des terres ; il ne demeura avec eux dans les villages que les pauvres gens qui n'avoient pas de quoi subsister dans les villes.

Comme ces gens-là n'étoient point enrôlés dans les armées romaines ; de-là vint ce contraste que l'on trouve entre les mots miles, un homme de guerre, & paganus, un homme qui ne va point à la guerre. Cette opposition est fréquente dans les Jurisconsultes ; mais elle est bien expressément marquée dans ces vers de Juvenal, Sat. xvj. v. 32.

Citiùs falsum producere testem

Contrà paganum posses, quam vera loquentem

Contrà fortunam armati.

" Le soldat trouvera bien plus tôt un faux témoin contre le villageois, que le villageois n'en trouvera un véritable contre le soldat ".

De paganus nous avons fait les mots de payen & de paganisme, parce que, comme les gens de la campagne, occupés d'un travail pénible, & destitués des secours de l'éducation, qui prépare l'esprit aux matieres de raisonnement, sont toujours plus attachés que les autres aux sentimens qu'ils ont sucés avec le lait, il arriva lorsque la religion chrétienne eut fait de grands progrès dans les villes, que les gens de la campagne conserverent l'idolâtrie long-tems après la conversion des villes. Les mots de paganus & d'idolâtre devinrent alors synonymes, & nous avons adopté ce mot en l'accommodant à notre langue : ainsi nous appellons payens les idolâtres, & paganisme l'idolâtrie, qui est la religion des payens.

Nous avons aussi adopté le mot pagus, mais dans un sens que les anciens lui donnoient semblablement, & nous en avons fait le mot de pays. Les Romains l'ont employé dans le sens de canton ou contrée. La Thrace & l'Arménie étoient divisées en stratégies ou préfectures militaires ; la Judée en toparchies ou seigneuries ; l'Egypte en nomes : de même la Gaule & la Germanie étoient partagées en pagi, cantons : c'est sur ce pié-là que Jules-César dit que les Sueves, peuples de Germanie, étoient divisés en cent cantons, centum pagos.

Samson divise les peuples en grands & en petits. Les grands peuples étoient ce que les anciens ont appellé civitas, & chaque civitas étoit divisée en pagi ; mais il faut aussi remarquer que les grands cantons nommés pagi étoient eux-mêmes divisés en des cantons ou pagi subalternes, qui en faisoient partie. Ainsi pagus Patavus, le Poitou, comprenoit pagus Lausdunensis, le Loudunois ; pagus Toarcensis, le pays de Thouars ; pagus Ratiatensis, le duché de Rets, &c. Ainsi les grands cantons ou pagi du premier ordre, ne sont point différens des cantons appellés civitas, c'est-à-dire des grands peuples ; mais les minores pagi, c'est-à-dire les petits cantons, en différoient beaucoup. (D.J.)


PAHAN(Géog. mod.) ville des Indes, dans la presqu'île de Malaca, capitale d'un petit royaume de même nom, qui fournit du poivre & des éléphans ; les maisons sont faites de roseaux & de paille, le seul palais du roi est bâti de bois ; les rues sont pleines de cocos & d'autres arbres. Long. 122. lat. 3. 30.


PAIANELIS. m. (Botan. exot.) arbre à siliques du Malabar ; on en compte deux especes ; l'une a la feuille faite en coeur, & le fruit oblong, plat, & contenant une semence membraneuse ; l'autre a les feuilles larges & pointues : on vante beaucoup leurs vertus en cataplasme pour la guérison des ulcères.


PAIDOPHILES. f. (Mythol.) surnom qu'on donnoit à Cérès, qui signifie qu'elle aime les enfans, & qu'elle les entretient ; c'est pourquoi on représente souvent cette déesse ayant sur son sein deux petits enfans, qui tiennent chacun une corne d'abondance, pour marquer qu'elle est comme la nourrice du genre humain. (D.J.)


PAILLASSES. f. (Architecture) on nomme ainsi dans une cuisine & près de la cheminée, un solide de brique ou de maçonnerie, de la longueur d'environ six piés, sur deux ou trois de large, & de neuf à dix pouces de hauteur, sur lequel on entretient les mets dans un degré de chaleur convenable, avant d'être servis sur la table. (P)

PAILLASSE, s. f. terme de Pailleur, ouvrage de grosse toile, creux & fendu par le milieu, qu'on remplit de paille, & qu'on met sur le bois de lit, & sous le matelas ou le lit de plume.


PAILLASSONSS. m. (Jardinage) ce sont des especes de claies faites de grande paille avec des perches posées en maille, & attachées les unes aux autres avec de l'osier pour entretenir la paille. Rien n'est si utile que les paillassons pour garantir les couches & les espaliers des vents froids. On les soutient sur les couches par le moyen de perches posées en long & en-travers de la couche en maniere de chassis. (K)

PAILLASSON, (ouvrage de Nattier) piece de natte couverte par-dehors d'une grosse toile, que le peuple en Italie & en Espagne met l'été devant les fenêtres pour se garantir de l'ardeur du soleil. On hausse & on baisse ces paillassons avec des cordes autant qu'on veut. En France on a des stores, des jalousies en bois peint en verd, qui conviennent mieux au climat. (D.J.)

PAILLASSON en terme d'Orfévre, est un amas de nattes de paille tournées en rond en commençant au centre, & finissant à sa circonférence. L'on en éleve plusieurs lits l'un sur l'autre jusqu'à la hauteur qu'on veut ; ces rangs ou lits sont cousus l'un à l'autre avec de la ficelle ; il doit avoir plus de diamêtre que le billot qu'il porte ; il sert à rompre l'effet du marteau lorsque l'on frappe sur l'enclume.


PAILLES. f. (Maréchallerie) c'est le tuyau des gros & menus grains, après qu'ils ont été battus à la grange. Il y a la paille du blé, du segle, de l'avoine. La paille hachée mêlée avec l'avoine, sert dans quelques pays de nourriture aux chevaux : on la hache avec une machine appellée hachoir ou coupe-paille ; la paille pour la litiere est communément sans épis & sans grain.

PAILLE, (Commerce) il se fait un grand commerce de paille pour l'engrais des terres, après qu'elle a été réduite en fumier, & avant ce tems-là pour la nourriture de divers animaux, ainsi que pour des ouvrages de Nattiers, & de Tourneurs-Empailleurs de chaise. On se sert aussi de paille pour les emballages de caisses de marchandises.

PAILLES DE BITTES, (Marine) ce sont de longues chevilles de fer qu'on met à la tête des bittes pour tenir le cable sujet. (Z)

PAILLE, (Métallurgie) c'est un endroit défectueux dans les métaux, qui les rend cassans & difficiles à forger ; on le dit sur-tout du fer & de l'acier.

PAILLE DE FER, (Forgerie) ce sont des especes d'écailles qui tombent de ce métal quand on le forge à chaud. Elles servent à faire le noir, & quelques autres couleurs des Peintres sur verre.

PAILLE, (Jouaillerie) ce mot désigne un défaut qui se trouve dans les pierres précieuses, particulierement dans les diamans ; c'est quelque petit endroit obscur, étroit, & un peu long, qui se trouve dans le corps de la pierre précieuse, & qui en interrompt l'éclat & le brillant. Quelques personnes confondent la paille avec la glace & la surdité ; mais ces trois défauts sont différens ; les pailles diminuent davantage le prix du diamant.

PAILLE, courir à la, (Salines) c'est hâter la cuisson du sel par une addition subite de bois ; ce qui arrive toutes les fois que la formation du sel & partant l'évaporation, a été retardée par quelque cause que ce soit.

PAILLE EN CUL, FETU EN CUL, s. m. oiseau de tropique, oiseau de mer. Il ne se rencontre jamais audelà des bornes de la Zone torride ; c'est ce qui l'a fait nommer par quelques voyageurs oiseau de tropique. Il est à-peu-près de la figure d'un pigeon, mais plus gros & plus vigoureux, ayant des aîles fort grandes lorsqu'elles sont étendues ; il a la tête menue, les yeux assez beaux, le bec bien proportionné, d'une couleur jaune tirant sur le rouge, ainsi que ses pattes qui sont un peu courtes ; son plumage est blanc mêlé quelquefois de petites plumes noires sur les aîles. Du milieu de sa queue qui s'ouvre en éventail quand il vole, sortent deux grandes plumes très-fines, longues d'environ seize à dix-huit pouces, & tellement appliquées l'une contre l'autre, qu'elles ne forment qu'un seul brin apparent ; ce qui lui a fait donner le nom de paille en cul. On en voit qui ont trois de ces plumes un peu écartées l'une de l'autre, formant trois longues queues. Les pailles en cul font leurs nids dans des trous au sommet des plus hauts rochers ; ils vivent de poisson, & prennent leur essor en haute mer, fort loin des côtes ; leur chair est maigre & médiocre au goût.


PAILLÉadj. en termes de Blason, se dit des fasces, peaux, & autres pieces bigarrées de différentes couleurs. Clere en Normandie, d'argent à la fasce d'azur, paillée d'or.


PAILLERDU PAILLER, (Maréchal.) c'est de la paille qui ne sert qu'à la litiere.


PAILLETS. m. (Serrurerie) petite piece de fer ou d'acier, mince, qu'on place entre la platine & le verrouil pour lui servir de ressort & le tenir en état, lorsqu'il est levé.


PAILLETTEou ÉTAMINE, (Jardinage) voyez ÉTAMINE.

PAILLETTE D'OR, s. f. (Minéralog.) petit grain d'or, qu'on trouve dans le sable des rivieres. Toutes les paillettes d'or ont des formes assez irrégulieres ; elles ont pourtant cela de constant, qu'elles sont de petites lames ; je veux dire, qu'on ne doit pas se les représenter faites comme des grains de sable ; elles ont moins en épaisseur que dans les autres sens. Selon les observations qu'on en a faites, il semble qu'elles sont arrangées par couches, par feuilles dans la mine ; quelquefois elles paroissent feuilletées à la loupe. On ne doit pas non plus les imaginer plus minces que les feuilles des Batteurs d'or ; elles ont une épaisseur qui se laisse appercevoir, & qui est capable de leur donner de la solidité. Leurs figures, malgré leurs irrégularités, tiennent toujours de la ronde ; leurs bords sont aussi arrondis ; ce sont des especes de petits gâteaux ; les frottemens ont abattu leurs angles ; pendant que l'eau les entraîne, elles rencontrent un sable qui les use.

Parmi les paillettes des rivieres de Ceze & du Gardon, on en rencontre quelquefois qui ont une ligne & demie de diamêtre ; mais il y en a davantage qui n'ont qu'une ligne, & même qu'une demi-ligne. Nous en avons de l'Ariége, qui ont deux lignes dans le sens où elles sont les plus grandes ; les paillettes du Rhin sont beaucoup plus petites, & celles du Rhône plus petites encore ; mais on trouve aux plus petites une figure approchante des plus grosses.

On assure pourtant qu'on a quelquefois ramassé dans le Rhône des paillettes grosses comme des grains de millet. Les Allemands en citent tirées de leurs rivieres grosses comme des féves ; mais ce ne sont, pour ainsi dire, que des miettes, si on les compare avec ces gros morceaux d'or trouvés dans le Pérou & le Méxique, & grossis peut-être encore par le récit des voyageurs. Cependant le pere Feuillée, à qui on peut se fier, assure avoir vu une pépite, c'est le nom qu'on donne à ces morceaux, d'une grosseur extraordinaire, du poids de soixante-six marcs & quelques onces, dans le cabinet d'Antonio Porto-Carrero : on en fit voir une en 1716 à l'académie, qui pesoit, dit-on, cinquante-six marcs. Sa figure approchoit de celle d'un coeur ; elle appartenoit à dom Juan de Mur, qui avoit été corrégidor d'Arica. M. Frézier a fait mention de cette pépite dans son voyage. Il en cite aussi une autre de soixante-quatre marcs, qui fut achetée par le comte de la Moncloa, viceroi du Pérou, pour en faire présent au roi d'Espagne. Mais ces pépites paroissent extraordinaires aux habitans des Indes, comme à nous. Ce sont des morceaux de mine entiers, qui sont détachés ou découverts par des torrens rapides ; & nous ne savons pas quelle est la grosseur des morceaux d'or qui fournissent depuis si long-tems nos rivieres de paillettes. Nous verrions peut-être des pépites chez nous, si un coup brusque, un torrent extraordinaire, détachoit à-la-fois ce qui n'est enlevé que par parcelles en plusieurs années. La nature travaille dans de grands laboratoires ; mais peut-être aussi que son laboratoire dans nos montagnes n'est pas en or ; elle en a de toutes matieres. Mém. de l'académie des Sciences, 1718. (D.J.)

PAILLETTE, (Broderie) ce mot se dit des petits grains d'or ou d'argent ronds, applatis & percés au milieu, dont on parseme quelquefois les broderies, les ornemens d'église, & les habits de théatre. On fait aussi des paillettes d'acier qu'on mêle dans les jais blancs & noirs pour des broderies du petit deuil des femmes.

PAILLETTES COMPTEES, en terme de Brodeur au métier ; ce sont des paillettes arrangées l'une sur l'autre comme de l'argent monnoyé. Pour les arrêter ainsi, on fait un point au bord de la premiere en-dehors, un autre dans le trou de cette premiere au bord de la seconde en-dehors, un autre dans le trou de cette seconde en-dedans ; ainsi des autres, en les approchant à l'aiguille l'une sur l'autre.

PAILLETTES COURONNEES, sont en terme de Brodeur au métier, celles qui sont environnées tout-autour d'ornemens ou de points de bouillon. Voyez BOUILLON.


PAILLEURS. m. (Commerce de paille) celui qui vend & fournit de la paille dans les maisons de Paris & autres villes du royaume pour la nourriture des chevaux des particuliers.


PAILLEUX METAL(Métallurgie) c'est-à-dire, métal qui a des pailles. C'est un grand défaut pour le fer & pour l'acier d'être pailleux ; car outre que ce défaut les rend cassans, ils souffrent un grand déchet à la forge.


PAILLIERS. m. il se dit 1°. de la paille fourragée par des bestiaux, qui ont mangé l'épi & le grain, & qui n'est plus bonne qu'à faire litiere & fumier ; 2°. de l'endroit où l'on nourrit les bestiaux & où l'on porte les pailles & fourrages dont on fait des meulons, pour les conserver jusqu'à ce qu'on les mette en litiere ou fumier.

PAILLIER, (Hydr.) on pratique des pailliers ou repos entre les rampes & avec tournans les escaliers de pierre ou de gazon qui accompagnent une cascade ; on en fait plusieurs de suite dans les rampes un peu longues. (K)


PAILLONSS. m. pl. (Jouaillerie) nom que l'on donne à de petites feuilles quarrées de cuivre battu, très-minces, & colorées d'un côté, que l'on met par petits morceaux au fond des chatons des pierres précieuses, & des crystaux.

PAILLON DE SOUDURE, (Orfévrerie) petit morceau de soudure, ou métal mince & allié, qui sert à souder les ouvrages d'orfévrerie. Lorsqu'on veut souder quelque chose, on coupe la soudure par paillons.

PAILLON & PAILLONNER, la vaisselle d'étain, c'est une façon qu'on donne à la vaisselle d'étain fin, après qu'elle est apprêtée avant de la tourner ; pour cela on prépare d'abord le paillon avec un lingot d'étain commun dont on fait tomber avec le fer chaud à souder, une quantité suffisante de gouttes sur une platine de cuivre ; ce qui forme des feuilles d'étain minces, rondes, grandes environ comme des pieces de vingt-quatre sols, plus ou moins. Voilà comme se fait le paillon : il faut dire en passant qu'on emploie de ce paillon dans la teinture de l'écarlate. Autrefois on se servoit d'étain en ratures, c'est-à-dire, ce que les crochets ôtent sur l'étain en le tournant.

On fait ensuite un tampon de filasse qu'on roule en long d'environ un demi-pié & gros comme le poignet pour de grands plats, & moins gros pour de plus petites pieces ; on a soin de le tenir chaud par le bout qui sert, en le mettant sur une petite plaque de fer sous laquelle il y a un petit feu ; cela se fait après avoir allumé du feu de braise de charbon dans une bassine, qui est comme le fond d'une chaudiere dont la hausse est environ de trois ou quatre pouces de haut & applatie sur le bord, & il faut disposer son feu si également, qu'il ne chauffe pas plus d'un côté que de l'autre, & qu'il chauffe plus la circonférence de la piece que son milieu. Ensuite on prend sa piece avec une tenaille à paillonner de la main gauche, & on la met chauffer sur le feu ; on a un morceau de poix-résine dont on enduit sa piece dessus & dessous en frottant par-tout, parce que la résine fond dessus à mesure que la piece s'échauffe ; on prend plusieurs feuilles de paillon qu'on met sur sa piece, & ensuite avec le tampon on promene partout cet étain fondu qui se dilate & s'étend comme un étamage, on retourne sa piece, & on en fait autant dedans comme dessous ; apres quoi on retire doucement sa piece de dessus le feu, & on remet son tampon en place, & on prend une autre piece pour faire de même jusqu'à la fin, observant de maintenir toujours son feu égal ; puis on reprend, s'il est nécessaire, ses pieces l'une après l'autre pour paillonner l'endroit des tenailles qu'on nomme le contre-jet. Ce paillon sert à boucher les gromelures, & empêche les cassures ; c'est un étamage plus subtil & plus difficile à faire que celui des Chauderonniers.


PAINS. m. (Boulangerie) les diverses especes de farine dont les Boulangers font leur pain, sont la pure fleur de farine pour le pain mollet ; la farine blanche d'après la fleur, pour le pain blanc ; les fins gruaux mêlés avec cette derniere, pour le pain bis-blanc ; les gros gruaux, avec partie de farine blanche & de fin gruau, pour le pain bis.

Le pain se fait de farine de mays dans la plus grande partie de l'Asie, de l'Afrique & de l'Amérique ; outre le mays, l'Amérique a encore la racine de cassave, dont le suc récent est un poison, mais dont la racine que l'on en tire fait un pain délicat & nourrissant.

PAIN BIS, en Boulangerie ; est le nom de la moindre espece de pain ; on le fait avec une partie de farine blanche, & des gruaux fins & gros. On y mêle aussi des recoupettes, mais ce n'est que dans les chertés.

PAIN BIS-BLANC, terme de Boulanger, qui signifie le pain au-dessous du blanc, & fait de farine blanche & de fin gruau.

PAIN BLANC, en terme de Boulanger, est le nom qu'on donne au pain fait de farine blanche, & tirée au bluteau d'après la fleur de farine.

PAIN DE BRANE, terme de Boulanger, pour dire, le pain de douze livres.

PAIN CHALAND, en Boulangerie, est un pain très-blanc, fait de pâte broyée.

PAIN CHAPELE, en Boulangerie, est un petit pain fait avec une pâte bien battue & fort légere, assaisonnée de beurre ou de lait.

PAIN CHAPELE, se dit encore parmi les Boulangers, d'une espece de petit pain dont on a enlevé la plus grosse croute avec un couteau.

PAIN DE CHAPITRE, en terme de Boulanger, est une espece de pain supérieure au pain chaland, qu'on peut regarder comme le pain mollet de ce dernier.

PAIN CORNU, nom que les Boulangers donnent à cette espece de pain qui a quatre cornes, & quelquefois plus. C'est de toutes les especes de petit pain celui qui se fait avec la pâte la plus forte & la plus ferme.

PAIN A LA REINE, est chez les Boulangers, un pain fendu, qui ne differe du pain de festin que par l'assaisonnement, qui y est moindre que dans ce dernier. On fait le pain à la reine avec une pâte qui n'est proprement ni forte, ni douce, & qu'on appelle pour cela pâte moyenne. Quelques-uns l'appellent encore pâte bâtarde.

PAIN A LA SIGOVIE, terme de Boulanger, pour signifier une sorte de pain qui a une tête au milieu. Il est fait avec une pâte d'un tiers plus forte & plus dure que celle du pain à la reine.

PAIN PETIT, en terme de Boulanger, est un pain fait avec une pâte plus ou moins légere, selon l'espece de pain, du beurre, du lait ou de levure. Le petit pain se divise en pain à la reine, pain à la sigovie, pain chapelé, pain cornu, &c. Voyez ces termes à leur article.

Quelques Boulangers de Paris font leur petit pain avec les gruaux qu'ils font remoudre : il bouffe en effet davantage ; mais n'est jamais si bon que celui de fleur de farine.

Des façons à donner aux principales sortes de pains en usage parmi nous. Pain d'avoine. Il faut que le levain soit fort ; prendre l'eau un peu chaude, & tenir le four chaud : le bien cuire & long-tems ; & le garder au four suivant la grosseur du pain, parce que le dedans en est toujours gras. Il demande un grand apprêt. La pâte doit en être bien travaillée & bien ronde.

Pain d'orge. Il ne lui faut en levain que le tiers de la masse de la pâte. Trop de levain le rend trop lourd & trop gras en-dedans. Il veut être bien travaillé. On le paîtrit à l'eau douce, parce qu'il semble porter son levain avec lui-même. Il ne lui faut pas beaucoup d'apprêt. Le four doit être chaud. Ce pain porte bien la cuisson.

Pain de seigle. Il faut faire de grands levains, à moitié de la quantité de la pâte ; prendre l'eau fraîche, & faire la pâte forte : donnez bien de l'apprêt, parce que le seigle est toujours doux. Travaillez-le beaucoup. Que votre four soit très-chaud : que le pain y reste long-tems ; cependant selon sa grosseur.

Biscuit de mer. Il faut en levain un bon tiers de la quantité de la pâte. Il faut que ce levain soit bon, naturel, bien fait, fort travaillé ; un four bien chaud, où on le laisse au moins trois heures.

Pain de blé, façon de Gonesse. Ayez de grands levains, & l'eau douce. Faites la pâte forte & bien soutenante. Travaillez-la beaucoup ; ensuite remettez-y un peu d'eau fraîche par-dessus, afin d'éclaircir ou délayer la pâte, & travaillez ensuite. Quand votre pâte sera bien travaillée, tirez-la du paîtrin, & la tournez tout de suite. Il ne faut pas qu'elle entre en levain, mais point du tout. Distribuez-la aux poids que les pains doivent avoir. Tournez les plus petits les premiers ; tournez ensuite les gros. Que les bannes ou sacs soient toujours frais. Que les couvertures soient un peu humides. Que le four soit très-chaud, afin que le milieu soit cuit. Que le four soit plus chaud au premier quartier qu'au dernier. On s'assure de la cuisson presqu'à la main.

Pain en pâte, ou quantité de pâte à employer pour avoir, après la cuisson, un pain d'un poids déterminé. Un pain de quatre livres veut quatre livres onze onces de pâte ; un pain de trois livres, trois livres & demi de pâte ; un pain de six livres, six livres & trois quarts de pâte ; un pain de huit livres, neuf livres de pâte ; un pain de douze livres, treize livres & demie de pâte : voilà à-peu-près la regle en pâte qui détermine le poids après la cuisson.

Gros pain de Paris. Faites la pâte un peu plus douce que celle de Gonesse. Il y en a qui substituent au levain, le levain de biere. Faites du reste, comme au pain précédent.

Pain demi-mollet. Il ne faut en levain qu'un quart de la pâte. Il ne le faut pas laisser trop apprêter. Quand vous le voyez à moitié prêt, vous faites un autre levain de levure de biere. Lorsque vos levains sont prêts, vous aurez votre eau un peu dégourdie, & en quantité proportionnée à la masse de votre pâte. Vous ferez votre pâte un peu ronde ; vous lui donnerez deux ou trois tours. Vous prendrez un peu d'eau fraîche, que vous jetterez par-dessus votre pâte, jusqu'à ce qu'elle vous paroisse assez douce. Vous ne la laisserez point entrer en levain avant que de la tourner. Cela fait, vous la distribuerez ; vous couvrirez vos pains avec de la toile humide, ou des couvertures de laine. Votre pâte ne prenant point l'air, le pain en viendra plus jaune au four. Que votre four ne soit pas si chaud que pour le gros pain. Regardez de tems en tems dans le four, pour voir si votre fournée a assez de couleur. Lorsqu'elle a assez de couleur, vous laissez achever la cuisson à four ouvert.

Pain fendu. Prenez les ratissures du pain demi-mollet. Renforcez-les avec de la farine. Travaillez-les bien ; & distribuez cette pâte en pains de quatre livres, de deux & d'une ; tournez toujours les plus petits les premiers. Fendez ceux-ci avec la main ; les gros avec le bras. Placez-les dans les moules, & les moules au four au premier quartier de la chaleur.

Pain mollet. Prenez de la pâte du pain demi-mollet, le quart de la pâte du pain mollet que vous voulez faire. Ayez du levain fait à la levure de biere. Laissez la pâte un peu entrer en levain ; ensuite distribuez-la. Pour le pain d'une livre cuit, il faut une livre & un quart en pâte ; pour un pain d'une demi-livre cuit, il faut dix onces en pâte. Ayez des planches & des toiles qui s'appellent couches, pour couvrir ; tournez les pains les moins gros les premiers, ensuite les autres. Que votre four ne soit point trop chaud au dernier quartier.

Pain plat, ou autrement dit pain manqué. Prenez de la pâte du pain mollet. Remettez un peu d'eau fraîche & de farine par-dessus. Retravaillez bien la pâte. Battez-la ; mettez-la dans une corbeille ; tenez-la au frais. Tournez les pains que vous en ferez les derniers de tous vos pains. Menagez-leur une place à bouche de four entre vos pains mollets. Quand ils y seront placés, donnez-leur un coup de main pardessus ; & lorsque vous aurez tiré votre premier quartier, vous enfoncerez dans le four ces pains -ci que vous y laisserez achever leur cuisson.

Pain à la reine. Faites un bon levain à levure de biere. Quand il sera prêt, façonnez votre pâte tout ensemble. Après l'avoir un peu travaillée, faites les petits pains, qu'on appelle aussi pains à caffé ; travaillez votre pâte derechef ; battez-la avec la main. Levez-la du paîtrin. Placez-la dans une sebille ; couvrez-la avec des sacs ou bannes. Renforcez le reste de votre pâte avec de la farine. Détournez ensuite une portion pour les pains de sigovie & pour les pains cornus. Cela fait, achevez votre pain à la reine avec du beurre. Le beurre mis, travaillez-le encore un peu ; ensuite tirez la pâte du paîtrin ; couvrez-la pour la faire entrer en levain. Alors revenez au sigovie. Vous en renforcerez la pâte un peu plus qu'au pain à la reine. Vous en tournerez les pains les derniers. Après quoi, de la ratissure du paîtrin, vous faites votre pain cornu avec un peu de beurre. Vous en travaillez la pâte, & vous la mettez dans une sebille. Vous ferez les artichaux de la même pâte que les pains cornus ; les pains cornus les premiers, les artichaux les seconds, les pains à caffé les troisiemes, les pains à la reine les quatriemes, les pains de sigovie les derniers. Vous enfournez les pains à caffé les premiers ; puis les pains cornus, ensuite les artichaux ; après ceux-ci les pains à la reine ; enfin les pains de sigovie qui se trouveront à la bouche du four.

Pain de festin. Ayez un bon levain de levure de biere. Faites-en le tiers de la pâte que vous avez à préparer. Quand il sera prêt, ayez du lait dégourdi seulement ; délayez votre levain avec ce lait : travaillez un peu votre pâte. Ensuite prenez votre beurre & vos oeufs. Ajoutez-les à la pâte. Que la pâte ne soit pas trop douce ; faites-la bonne & ronde. Laissez-la entrer en levain un peu ; puis tournez-la. Tournez les petits pains les premiers. Echauffez votre four doux. Le four chaud, coupez vos pains en s par-dessus ; dorez-les avec des oeufs, & les enfournez. Quand ils auront pris de la couleur, vous laisserez achever la cuisson à four ouvert.

Espiotte. Faites de grands levains ; ayez-en le tiers de la pâte. Que votre pâte soit forte. Après l'avoir un peu travaillée, jettez-y un peu d'eau fraîche. Retravaillez & tournez sur des sacs. Que le four soit bien chaud. Enfournez les pains ronds les premiers, ensuite les longs, & laissez bien cuire ; car ces pains sont toujours gras en-dedans.

Pain de blé noir ou sarrasin. Ayez du levain la moitié de ce que vous ferez de pâte. Prenez de l'eau fraîche au sortir du puits. Faites votre pâte un peu ronde. Après l'avoir un peu travaillée, vous l'arroserez un peu d'eau fraîche ; & la retravaillerez bien. Que votre four soit bien chaud. Vous tournerez vos pains tout de suite, les plus petits les premiers. Vous les couvrirez de sacs humides ; vous répandrez un peu d'eau fraîche sur ces sacs, & vous laisserez votre pâte ainsi disposée, s'apprêter. Ensuite vous enfournerez les pains ronds les premiers.

Pain de blé de Turquie. Ayez du levain le tiers de la quantité de votre pâte : que votre eau soit dégourdie. Faites votre pâte forte. Travaillez-la bien. Tirez-la du paîtrin ; tournez-la tout de suite, non sans l'avoir bien broyée sur le paîtrin ; applatissez les pains ronds. Couvrez-les tous de sacs humides. Que votre four soit bien chaud. Laissez vos pains s'apprêter ; ensuite enfournez. Laissez long-tems au four ; ce pain devient très-jaune.

La bonne façon du pain tient donc à la juste quantité du levain, à la juste quantité d'eau ; sur-tout au travail long qui distribue également le levain & l'eau dans toute la masse, & à la cuisson convenable. Sans levain le pain est matte ; avec le levain sans eau le pain est matte ; avec du levain & de l'eau sans travail, le pain est matte ; avec du levain, de l'eau & du travail, sans juste cuisson, même défaut ; il est encore matte. Ces quatre conditions sont donc nécessaires pour rendre le pain léger & plein d'yeux. Quelle est celle qui y contribue le plus ? cela peut être aussi difficile qu'inutile à décider.

PAIN, (Jurisprudence) dans cette matiere se prend quelquefois pour jouissance. Etre en pain, dans les coutumes de Hainaut & de Mons, c'est être sous la puissance de son pere ; comme être hors de pain, signifie, être hors de cette puissance, mettre hors de pain, émanciper. (A)

PAIN D'ACIER, (Comm.) c'est une sorte d'acier qui vient d'Allemagne ; il est différent de celui que l'on appelle acier en bille.

PAIN D'AFFINAGE, (Fonderie de métaux) c'est ainsi qu'on nomme la petite portion de matiére d'argent qui reste toujours dans le fond de la coupelle ; on l'appelle autrement plaque.

PAIN BENI, (Hist. ecclés.) c'est un pain que l'on bénit tous les dimanches à la messe paroissiale, & qui se distribue ensuite aux fideles.

L'usage étoit dans les premiers siecles du christianisme, que tous ceux qui assistoient à la célébration des saints mysteres participoient à la communion du pain qui avoit été consacré ; mais l'Eglise ayant trouvé de l'inconvénient dans cette pratique, à cause des mauvaises dispositions où pouvoient se trouver les chrétiens, restraignit la communion sacramentelle à ceux qui s'y étoient duement préparés. Cependant pour conserver la mémoire de l'ancienne communion, qui s'étendoit à tous, on continua la distribution d'un pain ordinaire, que l'on bénissoit, comme l'on fait de nos jours.

Au reste, le goût du luxe & d'une magnificence onéreuse à bien du monde, s'étant glissé jusque dans la pratique de la religion, l'usage s'est introduit dans les grandes villes de donner au lieu de pain, du gâteau plus ou moins délicat, & d'y joindre d'autres accompagnemens coûteux & embarrassans ; ce qui constitue les familles médiocres en des dépenses qui les incommodent, & qui seroient employées plus utilement pour de vrais besoins. On ne croiroit pas, si on ne le montroit par un calcul exact, ce qu'il en coûte à la nation tous les ans pour ce seul article.

On sait qu'il y a dans le royaume plus de quarante mille paroisses où l'on distribue du pain béni, quelquefois même à deux grand'messes en un jour, sans compter ceux des confrairies, ceux des différens corps des arts & du négoce. J'en ai vu fournir vingt-deux pour une fête par les nouveaux maîtres d'une communauté de Paris. On s'étonne qu'il y ait tant de misere parmi nous ; & moi en voyant nos extravagances & nos folies, je m'étonne bien qu'il n'y en ait pas encore davantage.

Quoi qu'il en soit, je crois qu'on peut du fort au foible, estimer la dépense du pain béni, compris les embarras & les annexes, à quarante sols environ pour chaque fois qu'on le présente. S'il en coûte un peu moins dans les campagnes, il en coûte beaucoup plus dans les villes, & bien des gens trouveront mon appréciation trop foible ; cependant quarante mille pains à 40 s. piece, font quatre-vingt mille livres, somme qui multipliée par cinquante-deux dimanches, fait plus de 4 millions par an, ci 4000000 liv.

Qui empêche qu'on n'épargne cette dépense au public ? On l'a déja dit ailleurs, le pain ne porte pas plus de bénédiction que l'eau qu'on emploie pour le bénir ; & par conséquent on peut s'en tenir à l'eau, qui ne coûte rien, & supprimer la dépense du pain laquelle devient une vraie perte.

Par la même occasion, disons un mot du luminaire. Il n'y a guere d'apparence de le supprimer tout-à-fait ; nous sommes encore trop enfans, trop esclaves de la coutume & du préjugé, pour sentir qu'il est des emplois du bien plus utiles & plus religieux, que de brûler des cierges dans une église. Néanmoins tout homme éclairé conviendra qu'on peut épargner les trois quarts du luminaire qui se prodigue aujourd'hui, & qui n'est proprement qu'une pieuse décoration. Cela posé, il y a dans le royaume plus de quarante mille églises en paroisses ; on en peut mettre un pareil nombre pour les églises collégiales, couvens, communautés, &c. ce qui fait quatre-vingt mille églises pour le tout. J'estime du plus au moins l'épargne du luminaire qu'on peut faire en chacune à 50 liv. par année ; cette somme, bien que modique multipliée par 80000 églises, produit 4 millions par an. Voilà donc avec les quatre millions ci-dessus, une perte annuelle de huit millions dans le royaume ; & cela pour de petits objets & de menus frais auxquels on n'a peut-être jamais pensé, ci.... 8000000 livres.

Combien d'autres inutilités coûteuses en ornemens superflus, en sonneries, processions, reposoirs, &c. Populus hic labiis me honorat, cor autem eorum longè est à me. Matt. xv. 8.

La religion ne consiste pas à décorer des temples, à charmer les yeux ou les oreilles ; mais à révérer sincérement le créateur, & à nous rendre conformes à Jesus-Christ. Aimons Dieu d'un amour de préférence, & craignons de lui déplaire en violant ses commandemens ; aimons notre prochain comme nous-mêmes, & soyons en conséquence toujours attentifs à lui faire du bien, ou du moins toujours en garde pour ne lui point faire de mal ; enfin remplissons le devoir de notre état : voilà précisément la religion que Dieu nous prescrit, & c'est celle-là tout juste que les hommes ne pratiquent point ; mais ils tâchent de compenser ces manquemens d'une autre maniere : ils se mettent en frais, par exemple, pour la décoration des autels, & pour la pompe des cérémonies ; les ornemens, le luminaire, le chant, la sonnerie ne sont pas épargnés ; tout cela fait proprement l'ame de leur religion, & la plûpart ne connoissent rien au-delà. Piété grossiere & trompeuse, peu conforme à l'esprit du Christianisme, qui n'inspire que la bienfaisance & la charité fraternelle !

Que de biens plus importans à faire, plus dignes des imitateurs de Jesus-Christ ! Combien de malheureux, estropiés, infirmes, sans secours & sans consolation ! Combien de pauvres honteux sans fortune & sans emploi ! Combien de pauvres ménages accablés d'enfans ! Combien enfin de misérables de toute espece, & dont le soulagement devroit être le grand objet de la commisération chrétienne ! objet par conséquent à quoi nous devrions consacrer tant de sommes que nous prodiguons ailleurs sans fruit & sans nécessité.

PAIN, en terme de Cirier, c'est un morceau de cire plat & rond, à qui il ne manque plus pour être parfaitement blanc, que d'être mis encore une fois sur les toiles. Voyez TOILES, & l'article BLANCHIR.

PAIN, (mettre en) en terme de Blanchisserie, est l'action de former des morceaux de cire plats & ronds, quand la matiere a acquis un certain degré de blancheur. Cela se fait en versant la cire fondue pour la troisieme fois sur des moules nommés pour cela planches à pain. Voyez PLANCHES A PAIN, & l'art. BLANCHIR.

PAIN DE BOUGIE, (Cirerie) c'est la bougie filée que l'on a tortillée ou pliée d'une certaine maniere, pour s'en pouvoir servir plus commodément.

PAIN A CHANTER, (Oublieur) c'est du pain sans levain qui sert à la consécration dans le sacrifice des Catholiques. Il est fait de la plus pure farine de froment entre deux plaques de fer gravées en forme de gaufrier, que l'on frotte un peu de cire blanche, pour empêcher que la pâte n'y tienne. Ce sont les Patissiers-Oublieurs qui font les pains à chanter. Il y a des maîtres qui vivent de ce métier.

PAIN DE CHAPITRE, (terme ecclésiastiq.) on lit dans la satyre Menippée : il n'est que d'avoir un roi légitime, etiam discole, pourvu qu'il nous laisse le pain de chapitre & le purgatoire. On appelle pain de chapitre celui qu'on distribue tous les jours aux chanoines dans quelques églises. Il étoit autrefois si excellent, qu'on appelloit pain de chapitre les meilleures choses. " S'il est question, dit Henri Etienne, de parler d'un pain ayant toutes les qualités d'un bon & friand pain, (voire tel que celui de la ville Eresias, pour lequel Mercure prenoit bien la peine de descendre du ciel, & en venir faire provision pour les dieux, si nous en croyons le poëte Archestrate), ne faut-il pas venir au pain de chapitre, je dis au vrai pain de chapitre, dont celui que vendent à Paris les boulangers, a retenu le nom, mais non la bonté, sinon qu'en partie ". Ainsi l'auteur de la satyre a entendu, sous le nom de pain de chapitre, les grands biens dont les ecclésiastiques sont en possession. Richelet. (D.J.)

PAIN CONJURE, étoit un pain d'épreuve fait de farine d'orge, que les Anglois, Saxons donnoient à manger à un criminel non convaincu, après que le prêtre avoit proféré des imprécations sur ce pain ; persuadés que s'il étoit innocent, le pain ne lui feroit point de mal ; mais que s'il étoit coupable, il ne pourroit l'avaler, ou qu'après l'avoir avalé il étoufferoit. Voyez PURGATION, EPREUVE, &c.

Le prêtre qui faisoit cette cérémonie, demandoit à Dieu dans une priere faite exprès, " que les mâchoires du criminel restassent roides, que son gosier s'étrecît, qu'il ne pût avaler, & qu'il rejettât le pain de sa bouche ". Voyez JUGEMENT DE DIEU, ORDALIE, &c.

PAIN A COUCOU (Botan.) voyez ALLELUIA.

PAIN A COUCOU, ou ALLELUIA, (Mat. médic.) plante. Voyez ALLELUIA, Médec. cette plante a les mêmes qualités extérieures & les mêmes vertus que l'oseille. Voyez OSEILLE, Mat. méd. & Diete.

PAIN DE CRAIE, (Amidonnier) c'est un morceau de craie de forme quarrée, arrondie, long de six pouces, & épais de trois à quatre.

PAIN D'EPICE, est un pain de miel & de farine de seigle. Avant d'employer le miel dans le pain d'épice, il faut qu'il ait bouilli long-tems, & qu'on l'ait bien écumé. On y détrempe la farine de seigle pendant qu'il est encore chaud, avec une espece de gache exprès.

Le pain d'épice peut servir utilement en Chirurgie ; il tient lieu de cataplasme maturatif dans la formation des abscès qui surviennent dans la bouche, à la racine des dents, & aux gencives entre les mâchoires & les joues. On coupe une tranche de pain d'épice, de l'épaisseur d'un écu de six livres, & de la grandeur convenable : on la trempe dans du lait chaud, & on l'applique sur les tumeurs inflammatoires disposées à suppuration. Ce topique n'a aucun désagrément ; il tient sans aucun moyen sur le lieu malade, & il remplit parfaitement les intentions de l'art en favorisant celle de la nature. Voyez MATURATIF & MATURATION, SUPPURATIF & SUPPURATION. Voyez pour le cas particulier, l'article maladies des gencives, à la suite du mot GENCIVES. (Y)

PAIN-D'EPICIER, qui fait & vend du pain d'épice. Les pains-d'épiciers composent une communauté fort ancienne à Paris. Leurs ouvrages étoient fort à la mode avant que les Pâtissiers fussent érigés en corps de jurande : mais la pâtisserie, d'invention plus moderne, & plus variée dans ses ouvrages, a prévalu sur le pain d'épice, quoiqu'il soit beaucoup plus sain que la pâtisserie qui est lourde & pesante.

PAIN FOSSILE, (Hist. nat.) artolithus, pains daemonum ; quelques auteurs ont donné ce nom à des pierres à qui la nature a donné la forme d'un pain. Il s'en trouve de fort grands ensemble dans le voisinage de la ville de Rothweil : on dit qu'il s'en trouve aussi dans les montagnes des environs de Boulogne en Italie. On en a rencontré qui pesoient plusieurs quintaux dans le voisinage d'Ilefeld, près de Nordhausen, dans le Hartz. On assure que dans la grotte de Baumann au Hartz, on voit une cavité semblable à un four, dans laquelle sont plusieurs pains ou gâteaux. Il y a encore plusieurs autres endroits où l'on a trouvé de ces prétendus pains, & même des biscuits fossiles, que quelques personnes ont eu la simplicité de regarder comme des pains pétrifiés ; qui n'ont pris cette forme que par hasard, & qui sont de vrais jeux de la nature propres à amuser ceux qui ne cherchent que le singulier & non l'instruction dans l'histoire naturelle. Voyez Bruckmanni epistolae itinerariae, Centuria I. epist. 66.

PAIN DE LIE, (Vinaigriers) c'est la lie seche que les Vinaigriers tirent de leurs presses, après en avoir exprimé tout le vin pour faire leur vinaigre. Les Chapeliers se servent aussi du pain de lie pour la fabrique de leurs chapeaux. Savary.

PAINS DE LIQUATION, (Métallurgie) ce sont les gâteaux de cuivre qui restent sur le fourneau de liquation, après que le plomb & l'argent en ont été dégagés. On les nomme aussi pieces de liquation. Voyez les articles LIQUATION & CUIVRE.

PAIN DE MUNITION, est à la guerre, le pain qu'on distribue aux troupes en campagne, & qui contient deux rations. Voyez RATION & MUNITIONS. (O)

PAIN DE POURCEAU, (Botan.) cyclamen ; genre de plante à fleur monopétale, ronde, en forme de rosette, & découpée ordinairement en cinq parties recourbées en haut. Le pistil sort du calice ; il est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur, & il devient dans la suite un fruit presque rond & membraneux, qui s'ouvre de plusieurs façons, & qui renferme des semences le plus souvent oblongues, anguleuses & attachées à un placenta. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

Il contient trente especes, dont la plus commune est nommée cyclamen orbiculato folio, infernè purpurascente, dans les I. R. H. 154.

Sa racine est sphérique, épaisse, charnue, un peu applatie, noirâtre en dehors, blanchâtre en dedans, & garnie de fibres noirâtres. Sa saveur est âcre, piquante, brûlante, désagréable, sans odeur ; ses feuilles nombreuses, presque rondes, portées sur des queues longues d'environ une palme, sont assez semblables aux feuilles de cabaret ; cependant moins épaisses, d'un verd foncé en dessus, parsemé de quelques taches blanches, de couleur de pourpre endessous, un peu sinuées à leur bord.

Ses fleurs panchées vers la terre, sont portées sur des pédicules longs & tendres ; elles sont d'une seule piece en rosette, taillées en maniere de godet, de couleur pourpre clair ou foncé, & d'une odeur suave. Leur calice est partagé en cinq quartiers ; il en sort un pistil attaché à la partie postérieure en maniere de clou ; ce pistil est porté sur un pédicule faisant plusieurs spirales. Après que la fleur est tombée, il se replie jusqu'à ce qu'il touche la terre sur laquelle il croît, & devient un fruit presque sphérique, membraneux, & qui s'ouvre en plusieurs parties. Il renferme des graines oblongues, anguleuses, d'un brun jaunâtre, attachées à un placenta.

Cette graine semée dans la terre ne germe pas, mais elle se change en un tubercule, ou en une racine qui pousse des feuilles. Dans la suite ses fleurs paroissent sur la fin de l'été, ou au commencement de l'automne ; ensuite ses feuilles ayant duré tout l'hiver, se perdent en Avril ou en Mai. On cultive cette plante dans nos jardins. Ses racines sont d'usage. (D.J.)

PAIN DE POURCEAU, (Mat. médic.) la racine de cette plante, qui est sa seule partie usuelle, est d'une saveur âcre, brûlante, désagréable lorsqu'elle est fraîche. Cette saveur disparoit presqu'entierement par la dessication. Cette racine est inodore.

Soit fraîche, soit seche, c'est un très-violent purgatif hydragogue, que les paysans les plus robustes peuvent prendre cependant jusqu'à la dose d'un gros en substance, & jusqu'à celle de demi-once en décoction ; mais même dans ces sujets très-vigoureux, elle excite souvent des inflammations à l'oesophage, & dans tout le trajet intestinal. Voyez PURGATIF.

On se sert aussi extérieurement de cette racine. Elle est comptée parmi les plus puissans résolutifs & apéritifs. Elle possede même ces vertus aussi-bien que la qualité purgative à un degré qui les rend capables de porter leur action jusques sur les parties intérieures, lorsqu'on l'applique sur les régions qui contiennent ces parties. Etant appliquée, par exemple, en forme de cataplasme sur les régions de la rate, elle passe pour en fondre les tumeurs. Si on frotte le ventre avec sa décoction ou son suc, elle lâche le ventre, tue les vers, fait revenir les regles, peut chasser le foetus mort & l'arriere-faix, & a tous les effets propres aux purgatifs violens.

C'est à cette plante que doit son nom l'onguent appellé de arthanita, qui est composé d'ailleurs de tous les purgatifs végétaux les plus violens ; savoir, la coloquinte, le concombre sauvage, le glayeul, la scammonée, le turbith, le garou, l'aloës, l'euphorbe, la maroute ; de plusieurs gommes, résines & d'aromates exotiques les plus âcres, tels que le poivre long & le gingembre ; onguent qui étant appliqué sur le creux de l'estomac, fait vomir, qui vuide puissamment les eaux des hydropiques par les selles & par les urines, si on en frotte la région ombilicale & celle des reins ; qui excite les regles, si on l'applique au pubis & à la région hypogastrique, qui est un insigne fondant des tumeurs skirrheuses, &c. & qui est, malgré toutes ces vertus, un fort mauvais remede. (b)

PAIN DE PROPOSITION, (Critiq. sac.) les pains de proposition étoient des pains qu'on offroit tous les samedis sur la table d'or posée dans le saint : pones super mensam panes propositionis in conspectu meo, Exod. 25. 30. Il devoit y en avoir douze, en mémoire des douze tribus, au nom desquelles ils étoient offerts. Ces pains se faisoient sans levain ; on les présentoit tout chauds chaque jour de sabbat, & en même tems on ôtoit les vieux, qui devoient être mangés par des prêtres, à l'exclusion des laïcs, à qui il étoit défendu d'en manger ; c'est ce qui faisoit appeller le pain de proposition panis sanctus, I. Reg. xxj. 4.

Les anciens Hébreux cuisoient leur pain sous la cendre, & quelquefois on le faisoit cuire avec de la bouse de vache allumée. Voyez encore PROPOSITION, pains de. (D.J.)

PAIN DE RHEIMS, les pains-d'épiciers donnent ce nom à des pains qu'ils font selon la maniere qu'on en fait dans la ville de Rheims, avec de la pâte d'assortiment, que l'on assaisonne d'écorce de citron, d'anis, d'épices, &c.

PAIN DE RIVE, (terme de Boulanger) c'est du pain qui n'a point de biseau, ou qui en a très-peu. Il ne manquera pas, dit Moliere dans son Bourgeois-Gentilhomme, act. IV. scène I. de vous parler d'un pain de rive, relevé de croûtes croquantes sous la dent.

PAIN DE ROSES, en Pharmacie, remede composé avec les roses, ramassées & comme paîtries en forme de pain, que l'on trempe dans le vin ou dans le vinaigre.

On s'en sert dans la diarrhée, dans la dyssenterie, dans le vomissement, & dans les épuisemens des humeurs après les remedes généraux.

On applique avec un heureux succès un pain de roses que l'on a fait tremper dans le vin rouge ; dans le cas d'une indisposition chaude, on le mettra trempé dans une liqueur composée d'oxycrat & d'une eau calmante.

Voici comme on s'en sert :

Prenez encens, mastic, roses, corail rouge ; de chacun un gros : mettez-les en poudre ; saupoudrez-en un pain de roses qui aura trempé dans l'eau-rose avec une troisieme partie de vinaigre, ou dans du vinaigre rosat : appliquez-le chaudement sur le bas-ventre.

On le laisse pendant trois heures sur la partie, que l'on frotte ensuite avec un peu d'huile de lin ou d'amandes douces, ou d'huile rosat.

PAIN DE ROSES, (Parfumeur) on le nomme aussi chapeau de roses ; c'est le marc des roses qui reste dans les alambics après qu'on en a tiré l'eau, l'huile exaltée, & le sel volatil.

PAIN, terme de Potier de terre, c'est proprement la terre en motte telle qu'elle vient chez le potier, qui ne lui a encore donné qu'une façon.

PAIN DE SAVON, (Savonnerie) on l'appelle plus ordinairement table de savon ; c'est du savon dressé dans des moules d'un pié & demi en quarré, & d'environ trois pouces de hauteur ; il y a cependant quelque différence entre la table & le pain de savon, la table s'entendant du savon au sortir du moule, & le pain lorsque la table a été coupée en morceaux. Savary.

PAIN DE SUCRE, (Raffinerie) c'est du sucre affiné, que l'on dresse dans des moules de figure conique, & que l'on vend enveloppé de gros papier bleu ou gris : les pains de sucre pesent 3, 4, 5, jusqu'à 12 livres.


PAINBOEUF(Géog. mod.) bourgade de France, dans la Bretagne, sur la rive gauche de la Loire, à 6 lieues au-dessous de Nantes ; c'est-là que les plus gros vaisseaux demeurent à la rade, ne pouvant pas aller jusqu'à Nantes : on n'y voit qu'hôtelleries & cabarets. (D.J.)


PAINES. m. (Hist. mod.) sixieme mois des Coptes, qui répond à notre mois de Juin ; ils l'appellent aussi bauna, & les Abyssins peuni & penni.


PAINESou PESNES, ou PEINES, s. f. (Art méchan.) morceaux de drap ou d'étoffe de laine, dont les Corroyeurs font leur gipon. Voyez GIPONS, Corroyeur.


PAIPAZOCAS. m. (Botan. exot.) arbrisseau du Malabar toujours verd. Il porte des baies plates, rondes, velues, contenant quatre noyaux. On fait dans le pays, de ses feuilles, de ses racines, & de son fruit, bouillis dans de l'eau, un apozeme qu'on vante contre la goutte. (D.J.)


PAIR(Arithm.) adj. c'est une des branches de la division la plus simple & la plus générale des nombres. Un nombre pair est celui qui se peut exactement diviser par 2.

Tout nombre pair est essentiellement terminé vers la droite par un chiffre pair ou par 0 ; car ceux qui précedent étant tous des multiples de 10 = 5.2, sont conséquemment divisibles par 2, & jusque-là le nombre est pair. Pour qu'il reste tel, il faut donc que le dernier chiffre ait lui-même la propriété, ou du-moins qu'il ne l'altere point, c'est-à-dire qu'il soit pair ou 0.

Un nombre pair devient impair par l'addition ou par la soustraction de l'unité ; car dès-là la division exacte par 2 ne peut plus avoir lieu.

Deux nombres sont dits de même nom, quand ils sont tous deux pairs ou tous deux impairs ; & de différent nom, quand l'un étant pair l'autre est impair. Un nombre pair étant combiné avec un autre nombre quelconque a ; si c'est par addition ou par soustraction, la somme ou la différence sont de même nom que a.

Si c'est par multiplication, le produit est toujours pair.

De-là même il suit qu'un nombre pair ne peut diviser exactement un nombre impair, car il ne peut diviser que ce qu'il a produit.

S'il s'agit d'exaltation & d'extraction, une racine exprimée par un nombre pair donne une puissance de même nom, & réciproquement.

Telles sont les principales propriétés du nombre pair pris en général.

On pourroit demander ici à quel nom il convient de rapporter.... Il est certain qu'il n'est ni nombre pair ni nombre impair, puisqu'il n'est point nombre ni grandeur ; mais à le considérer purement comme signe ou chiffre, on ne peut s'empêcher de reconnoître que tous les caracteres de pair lui conviennent parfaitement.

1°. Il détermine à être pair le nombre qu'il termine.

2°. Il devient impair, & même nombre impair par l'addition ou par la soustraction de l'unité.

3°. Il est, par lui-même, & sans être associé à d'autres chiffres, habile à figurer en certaines progressions arithmétiques, comme dans celle-ci (0. m. 2m. 3m, &c.) & il y figure toujours comme terme pair. En effet, si m est pair, les termes de la progression le sont tous, & par conséquent celui que représente 0 : si m est impair, les termes de la progression ne sont pairs que de deux-en-deux, mais 0 appartient invariablement à la suite des termes pairs.

Mais , ou l'infini, de quel nom sera-t-il ? Dans cette suite, par exemple, (0. 1. 2.... ) le nombre des termes est-il pair ou impair ? On ne peut prendre parti ni d'un ni d'autre côté, qu'on ne s'expose à des objections accablantes. On pourroit dire qu'il n'est ni l'un ni l'autre en particulier, & qu'il est tous les deux ensemble. Si cela n'est pas clair, qu'on fasse attention qu'il s'agit de l'infini.

Ce qu'on ne peut au reste déterminer pour le moins, se détermine avec la plus grande facilité pour le plus. Cette autre suite (-.... -2. -1. 0. 1. 2.... ), infinie des deux côtés, est plus grande que la premiere. Or il est évident que le nombre des termes y est impair, puisqu'elle a un terme du milieu, autour duquel deux termes quelconques, pris à égale distance chacun de son côté, donnent des sommes égales entr'elles.

Il suit que, si l'on supprime le terme 0, les termes restans seront en nombre pair ; mais on n'en peut rien conclure pour le nom particulier de chacune des deux suites opposées prises séparément, parce qu'une somme paire est tout aussi-bien celle des deux impairs que de deux pairs. Article de M. RALLIER DES OURMES.

PAIR OU NON, (Jeux d'hasard) s'il y a quelque chose qui paroisse communément contestable, c'est qu'au jeu de pair ou non, lorsqu'on vous présente une main fermée pleine de jettons, & que l'on vous demande si le nombre en est pair ou non-pair, il vaut autant répondre l'un que l'autre ; car certainement il y a autant de nombres pairs que d'impairs ; cette raison si simple déterminera tout le monde. Cependant à y regarder de plus près, cela ne se trouve plus ainsi, tant ces sortes de questions sur les probabilités sont délicates. M. de Mairan a trouvé qu'il y avoit de l'avantage à dire non-pair plutôt que pair.

Les jettons, cachés dans la main du joueur qui propose le pari, ont été pris au hasard dans un certain tas, que le joueur a pû même prendre tout entier. Supposons que ce tas ne puisse être qu'impair. S'il est 3, le joueur n'y peut prendre que 1 ou 2, ou 3 jettons ; voilà donc deux cas où il prend des nombres impairs, & un seul où il prend un nombre pair. Il y a donc 2 à parier contre 1 pour l'impair, ce qui fait un avantage de 1/2. Si le tas est 5, le joueur y peut prendre trois impairs & seulement deux pairs ; il y a 3 à parier contre 2 pour l'impair, & l'avantage est d'un tiers. De même si le tas est 7, on trouvera que l'avantage de l'impair est 1/4, desorte que tous les tas impairs, les avantages de l'impair correspondans à chaque tas, seront la suite d'1/1, 1/2, 1/3, 1/4, 1/5, où l'on voit que le tas 1 donneroit un avantage infini, y ayant 1 à parier contre 0, parce que les dénominateurs de toutes ces fractions diminuées de l'unité, expriment le sort du pair contre l'impair.

Si on suppose au contraire que les tas ne puissent être que pairs, il n'y aura aucun avantage ni pour le pair ni pour l'impair, il est visible que dans tous les tas pairs il n'y a pas plus de nombres pairs à prendre que d'impairs, ni d'impairs que de pairs.

Quand on joue, on ne sait si les jettons ont été pris dans un tas pair ou impair, si ce tas a été 2 ou 3, 4 ou 5, &c. & comme il a pu être également l'un ou l'autre, l'avantage de l'impair est diminué de moitié à cause de la possibilité que le tas ait été pair. Ainsi la suite 1/1, 1/2, 1/3, 1/4, &c. devient 1/2, 1/4, 1/6, 1/8, &c.

On peut se faire une idée plus sensible de cette petite théorie. Si on imagine un toton à 4 faces, marquées 1, 2, 3, 4, il est évident que quand il tournera, il y a autant à parier qu'il tombera sur une face paire que sur une impaire ; s'il avoit 5 faces il en auroit donc une impaire de plus, & par conséquent il y auroit de l'avantage à parier qu'il tomberoit sur une face impaire ; mais s'il est permis à un joueur de faire tourner celui de ces deux totons qu'il voudra, certainement l'avantage de l'impair, est la moitié moindre qu'il n'étoit dans le cas où le seul toton impair auroit tourné ; ce qui fait précisément le cas du jeu de pair ou non.

On voit par la suite 1/1, 1/2, 1/3, 1/4, &c. ou par l'autre 1/2, 1/4, 1/6, 1/8, que l'avantage de l'impair va toujours en diminuant, selon que les tas ou le nombre de jettons qu'on peut prendre est plus grand. La raison essentielle en est, que 1 étant toujours la différence dont le nombre des impairs excede celui des pairs dans un impair quelconque, cet 1 est toujours moindre par rapport à un plus grand nombre. Ces joueurs si raffinés, qui ont soupçonné quelque avantage pour l'impair, n'y eussent certainement pas soupçonné cette diminution.

Si l'on vouloit jouer à jeu égal, il faudroit que le joueur qui présente le pari dît si le tas où il a pris les jettons est pair ou impair ; & dans ce second cas quel impair il est. S'il est dit qu'il est pair, il n'en faut pas davantage pour savoir que le pari est égal, quelque pair que ce soit. S'il dit que le tas est impair, il faut qu'il le détermine ; par exemple 7, afin qu'on sache qu'il y a 1/4 de plus à parier pour l'impair, & que celui qui prend ce parti, mette ce 1/4 de plus que l'autre, qu'il mette 4 contre 3, alors le jeu est parfaitement égal. Nous prenons ici 1/4, avantage de l'impair, dans la premiere suite, & non dans la seconde, où il seroit 1/8, parce que cette seconde suppose que le tas puisse être également pair ou impair, ce qui n'est pas ici.

On voit donc que si au-lieu de l'alternative d'un tas pair ou impair ; on supposoit plus de possibilité à l'un qu'à l'autre, ou, ce qui revient au même, 3 tas au-lieu de 2, l'avantage du joueur qui dit non-pair, pourroit diminuer dans un cas, & augmenter dans l'autre. Il diminueroit dans le cas où il pourroit y avoir un seul des 3 tas impair contre 2 pairs ; & il augmenteroit au contraire, s'il y avoit possibilité de deux tas impairs contre un pair ; par exemple, si le joueur qui présente le pari vous disoit, que le tas sur lequel il va prendre des jettons, & où vous avez à dire pair ou non, est 6, 7, ou 8, il est évident que la seule possibilité d'un tas qui seroit 7, où l'avantage 1/4 qui s'ensuivroit à dire impair, doit être divisé par 3 à cause des trois cas possibles, ce qui donneroit 1/12 plus petit que 1/8 ; comme au contraire si les 3 tas possibles étoient 5, 6, & 7, l'avantage étant alors 1/3 dans le premier cas, 0 dans le second, & 1/4 dans le troisieme, on auroit 4/12 plus 0, plus 3/12, qui font 7/12 à diviser par 3, ce qui donneroit 7/36, avantage plus grand que 1/6, & par conséquent que 1/8.

De sorte que l'avantage qu'il y a à dire non-pair dans un nombre de tas possibles quelconques, ou pairs avec non-pairs, ou seulement impairs, sera toujours exprimé par la somme des avantages de chacun des cas possibles, divisée par le nombre des tas, en y comprenant les pairs, s'il y en a, lesquels donnent toujours 0 d'avantage : c'est-là la formule ou la regle générale.

On fait encore cette question, si le joueur qui présente le pari disoit, le tas dans lequel j'ai à prendre ne passera pas un certain nombre de jettons, par exemple 7 ou 12, &c. mais il pourra être plus petit à mon choix ; quel est l'avantage qu'il y a alors à dire non-pair ? Il est évident qu'il sera composé du sort ou de l'avantage de tous les tas possibles, depuis 7 ou 12 jusqu'à un inclusivement : ainsi dans la condition qu'il ne peut passer 7, la regle donnera 1/1, plus 0, plus 1/2, divisés par 7, ce qui fait en tout 25/84, près d'un tiers de la mise de celui qui dit impair. Si le plus grand tas possible avoit été 12, l'avantage eût été moindre, non-seulement parce que le nombre des tas possibles, où le diviseur eût été plus grand, mais encore parce qu'il auroit pû y avoir autant de tas pairs que d'impairs ; il y auroit donc 147/720, ou environ 1/5 d'avantage à dire impair dans cette supposition.

Entre toutes les objections qu'on peut faire contre l'inégalité du jeu de pair ou non, & la maniere ci donnée de l'évaluer, une des plus spécieuses est celle-ci : soit le tas de 3 jettons, selon ce qui a été dit ci-dessus, il y a deux impairs contre un pair, ou 2 contre 1 à parier pour l'impair, & partant 1/2 d'avantage. Cela est vrai, dit-on, à l'égard d'un toton à 3 faces, marquées 1, 2, 3 ; mais il n'en est pas de même du tas des 3 jettons, car je puis prendre chacun de ces jettons seul, ce qui fait trois cas, où tous les trois ensemble, ce qui fait un quatrieme cas, & toujours pour l'impair ; & parce que trois choses peuvent être prises deux-à-deux de trois manieres différentes, il y aura en même tems trois cas favorables pour le pair, ce qui donne à parier 4 contre 3, ou 1/4 d'avantage, & non 1/2, comme il avoit été trouvé.

Mais on doit prendre garde, que de ce que le joueur porte sa main sur le premier, le second, ou le troisieme des jettons du tas, il n'en résulte pas trois évenemens différens, en faveur de l'impair, comme de ce qu'il aura pris le second & le troisieme, ou le premier & le second, n'en fait pas deux en faveur du pair, mais un seul & même évenement, & une même attente pour les joueurs ; car dès que le hasard ou le caprice, ou quelque raison de prudence, a déterminé celui qui porte sa main sur le tas de 3 jettons, pour y en prendre un ou deux, il n'importe lequel des trois il prenne, cela ne change rien au jeu : & pour rendre ceci plus sensible, il n'y a qu'à remarquer que dans le cas où le joueur prendroit sur un tas de 2 jettons, & où l'on convient que le jeu est parfaitement égal, il y auroit inégalité, & 2 contre 1 pour l'impair, si l'objection avoit lieu, puisque par le même raisonnement il pourroit prendre seul l'un ou l'autre des deux jettons pour l'impair, & seulement tous les deux ensemble pour le pair. Le tas de 3 jettons ne donne donc pas quatre possibilités pour l'impair, par rapport au sort & à l'attente des joueurs, mais deux seulement. Les combinaisons, les changemens d'ordre, & les configurations des nombres, sont des spéculations applicables en tout ou en partie, aux questions du hasard & du jeu, selon l'hypothèse, & la loi qui en fait le fondement, & il est clair qu'ici la droite ou la gauche, & le premier & le second jetton, ne m'engagent pas plus l'un que l'autre à les prendre seuls ou accompagnés : ce sont donc des circonstances étrangeres au sort des joueurs dans la question présente.

Il y auroit plusieurs manieres d'introduire l'égalité dans le jeu de pair ou non ; celles qu'on pratique quelquefois se réduisent toutes au cas de 2 jettons, l'un blanc & l'autre noir, comme si le joueur qui présente le pari demandoit blanc ou noir. Hist. de l'acad. des Sciences, année 1728. (D.J.)


PAIR DE FRANCE(Jurisprudence) est la premiere dignité de l'état ; les pairs sont les grands du royaume & les premiers officiers de la couronne : ce sont eux qui composent la cour du roi, que par cette raison l'on appelle aussi la cour des pairs.

L'origine des pairs en général, est beaucoup plus ancienne que celle de la pairie, laquelle n'a commencé d'être réelle de nom & d'effet, que quand les principaux fiefs de la couronne commencerent à devenir héréditaires.

Sous la premiere & la seconde race, on entendoit par le terme pares, des gens égaux & de même condition, des confreres.

Il est parlé de pairs dans la loi des Allemands rédigée sous Clotaire.

Dagobert I. donne le nom de pair à des moines.

Le nom de pairs est aussi usité dans les formules de Marculphe, lequel vivoit en 660. On lit dans cet auteur ces mots : qui cum reliquis paribus qui eum secuti fuerant interfecit.

Godegrand évêque de Metz, du tems de Charlemagne, appelle pares, des évêques & des abbés.

Tassillon roi de Baviere, fut jugé au parlement de l'an 788, & les pairs, c'est-à-dire les seigneurs assemblés, le jugerent digne de mort ; il fut par ordre du roi enfermé dans un monastere.

Les enfans de Louis le Débonnaire s'appellerent de même pares, dans une entrevue de l'an 851.

Au x. siecle, le terme de pair commença à s'introduire dans le langage gallo-tudesque que l'on parloit en France ; les vassaux d'un même seigneur s'accoutumerent à s'appeller pairs, c'est-à-dire, qu'ils étoient égaux entr'eux, & non pas qu'ils fussent égaux à leur seigneur. C'étoit un usage chez les Francs, que chacun avoit le droit d'être jugé par ses pairs ; dans les premiers tems de la monarchie, ce droit appartenoit à tout citoyen libre ; mais il appartenoit plus particulierement aux grands de l'état, que l'on appelloit alors principes, parce qu'indépendamment de la peine capitale qui ne se prononçoit que dans une assemblée du parlement, leur sort formoit toujours une de ces causes majeures que les rois ne devoient juger qu'au parlement ; & comme le roi y présidoit, c'est de-là que dans les causes criminelles des pairs, il est encore d'usage au parlement d'inviter le roi d'y venir prendre place.

Chacun dans son état étoit jugé par des personnes de même grade ; le comte étoit jugé par d'autres comtes, le baron par des barons, un évêque par des évêques, & ainsi des autres personnes. Les bourgeois eurent aussi leurs pairs, lorsqu'ils eurent obtenu le droit de commune. La loi des Allemands, rédigée sous Clotaire I. porte chap. xlv. que pour se venger d'un homme on assemble ses pairs, si mittunt in vicino & congregant pares.

Cela s'observoit encore même pour le civil sous la seconde race.

Dans le xj. siecle Geoffroy Martel, comte d'Anjou, fit faire ainsi le procès à Guerin de Craon, parce qu'il avoit fait hommage de la baronie de Craon à Conan duc de Bretagne, & Conan fut condamné quoique absent.

Matthieu Paris, (année 1226) dit : nullus in regno Francorum debet ab aliquo jure spoliari, nisi per judicium parium.

On verra néanmoins dans la suite, que l'on ne tarda pas long-tems à mettre des bornes à ce privilege.

Les Anglois qui ont emprunté une grande partie de leurs lois & de leurs usages de notre ancien droit françois, pratiquent encore la même chose. La grande charte n°. 29. dit : nec super eum (liberum hominem) ibimus, nec super eum mittemus nisi per legale judicium parium suorum. Tous accusés y sont encore jugés par leurs pairs, c'est-à-dire, par des personnes de même état & condition, à la réserve des bourreaux & Bouchers, qui par rapport à la dureté de leur métier ne sont point juges. Cet usage ne vint pas, comme quelques-uns l'ont crû, de la police féodale qui devint universelle à la fin de la seconde race. Elle ne fit qu'affermir le droit de pairie, sur-tout au criminel ; le supérieur ne peut être jugé par l'inférieur ; c'est le principe annoncé dans les capitulaires & puisé dans la nature même.

Au commencement de la monarchie, les distinctions personnelles étoient les seules connues ; les tribunaux n'étoient pas établis ; l'administration de la justice ne formoit point un système suivi, sur lequel l'ordre du gouvernement fût distribué ; le service militaire étoit l'unique profession des Francs ; les dignités, les titres acquis par les armes, étoient les seules distinctions qui pussent déterminer entr'eux l'égalité ou la supériorité. Tel fut d'abord l'état de la pairie, ce que l'on peut appeller son premier âge.

Le choix des juges égaux en dignité à celui qui devoit être jugé, ne pouvoit être pris que sur le titre personnel ou grade de l'accusé.

L'établissement des fiefs ne fit qu'introduire une nouvelle forme dans un gouvernement, dont l'esprit général demeura toujours le même ; la valeur militaire fut toujours la base du système politique ; la distribution des terres & des possessions ; l'ordre de la transmission des biens, tout fut reglé sur le plan d'un système de guerre ; les titres militaires furent attachés aux terres mêmes, & devinrent avec ces terres la récompense de la valeur ; chacun ne pouvoit être jugé que par les seigneurs de fief du même degré.

La pairie étoit alors une dignité attachée à la possession d'un fief, qui donnoit droit d'exercer la justice conjointement avec ses pairs ou pareils dans les assises du fief dominant, soit pour les affaires contentieuses, soit par rapport à la féodalité.

Tout fief avoit ses pairies, c'est-à-dire, d'autres fiefs mouvans de lui, & les possesseurs de ces fiefs servans qui étoient censés égaux entr'eux, composoient la cour du seigneur dominant, & jugeoient avec lui ou sans lui toutes les causes dans son fief.

Il falloit quatre pairs pour rendre un jugement.

Si le seigneur en avoit moins, il en empruntoit de son seigneur suzerain.

Dans les causes où le seigneur étoit intéressé, il ne pouvoit être juge, il étoit jugé par ses pairs.

C'est de cet usage de la pairie, que viennent les hommes de fief en Hainaut, Artois, & Picardie.

On trouve dès le tems de Lothaire un jugement rendu en 929, par le vicomte de Thouars avec ses pairs, pour l'église de saint Martin de Tours.

Le comte de Champagne avoit sept pairs, celui de Vermandois six ; le comte de Ponthieu avoit aussi les siens, & il en étoit de même dans chaque seigneurie. Cette police des fiefs forme le second âge du droit de pairie, laquelle depuis cette époque, devint réelle, c'est-à-dire, que le titre de pair fut attaché à la possession d'un fief de même valeur que celui des autres vassaux.

Il se forma dans la suite trois ordres ou classes ; savoir, de la religion, des armes, & de la justice : tout officier royal devint le supérieur & le juge de tous les sujets du roi, de quelque rang qu'ils fussent ; mais dans chaque classe, les membres du tribunal supérieur conserverent le droit de ne pouvoir être jugés que par leurs confreres, & non par les tribunaux inférieurs qui ressortissent devant eux. De-là vient cette éminente prérogative qu'ont encore les pairs de France, de ne pouvoir être jugés que par la cour de parlement suffisamment garnie de pairs.

Il reste encore quelques autres vestiges de cet ancien usage des Francs, suivant lequel chacun étoit jugé par ses pairs. De-là vient le droit que la plûpart des compagnies souveraines ont de juger leurs membres : telle est aussi l'origine des conseils de guerre, du tribunal des maréchaux de France. Delà vient encore la jurisdiction des corps-de-ville, qui ont porté long-tems le nom de pairs bourgeois. Enfin, c'est aussi de-là que vient la police que tous les ordres du royaume exercent sur leurs membres ; ce qui s'étend jusques dans les communautés d'arts & métiers.

Le troisieme âge de la pairie, est celui où les pairs de France commencerent à être distingués des autres barons, & où le titre de pair du roi cessa d'être commun à tous les vassaux immédiats du roi, & fut reservé à ceux qui possédoient une terre à laquelle étoit attaché le droit de pairie.

Les pairs étoient cependant toujours compris sous le terme général de barons du royaume ; parce qu'en effet tous les pairs étoient barons du royaume ; mais les barons ne furent plus tous qualifiés de pairs : le premier acte authentique où l'on voye la distinction des pairs d'avec les autres barons, est une certification d'arrêt fait à Melun l'an 1216, au mois de Juillet. Les pairs nommés sont l'archevêque de Rheims, l'évêque de Langres, l'évêque de Châlons, celui de Beauvais : l'évêque de Noyon, & Eudes duc de Bourgogne ; ensuite sont nommés plusieurs autres évêques & barons.

Anciens pairs. Dans l'origine tous les Francs étoient pairs ; sous Charlemagne tous les seigneurs & tous les grands l'étoient encore. La pairie dépendant de la noblesse du sang étoit personnelle ; l'introduction des grands fiefs fit les pairies réelles, & les arriere-fiefs formerent des pairies subordonnées ; il n'y eut plus de pairs relativement à la couronne du roi, que les barons du roi, nommés barons du royaume, ou pairs de France : mais il y en avoit bien plus de douze, & chaque baron, comme on l'a dit, avoit lui-même ses pairs.

Les plus anciens pairs sont donc ceux auxquels on donnoit cette qualité du tems de la premiere & de la seconde race, & même encore au commencement de la troisieme ; tems auquel la pairie étoit encore personnelle : on les appelloit alors principes, ou primates, magnates, proceres, barones ; ces différentes dénominations se trouvent employées indifféremment dans plusieurs chartes & anciennes ordonnances, notamment dans un acte où Eudes, comte de Chartres, se plaignant au roi Robert de Richard duc de Normandie, se sert des termes de pair & de prince en un même sens. Boulainvilliers, de la Pairie.

L'origine de la pairie réelle remonte aussi loin que celle des fiefs ; mais les pairies ne devinrent héréditaires, que comme les fiefs auxquels elles étoient attachées ; ce qui n'arriva que vers la fin de la seconde race, & au commencement de la troisieme.

M. de Boulainvilliers, en son histoire de la Pairie, prétend que du tems de Hugues Capet, ceux que l'on appelloit pairs de France, n'étoient pas pairs du roi ; que c'étoient les pairs de Hugues Capet, comme duc de France ; qu'ils étoient pairs de fiefs, & ne se mêloient que du domaine du roi & non du reste de l'état ; le duc de Bourgogne, les comtes de Flandres & de Champagne, ayant de même leurs pairs.

Quoi qu'il en soit de cette opinion, on entend communément par le terme d'anciens pairs de France, les douze barons auxquels seuls le titre de pairs de France, appartenoit du tems de Louis VII. dit le Jeune.

L'institution de ces douze anciens pairs ne doit point être attribuée à Charlemagne ; c'est une fable qui ne mérite pas d'être refutée sérieusement.

Viguier dit qu'avant Louis le Begue, presque toutes les terres du royaume étoient du domaine royal ; le roi en faisant la part à ses sujets comme bon lui sembloit ; mais sous Charles III. dit le Simple, le royaume fut distribué en sept grandes & principales provinces, & en plusieurs moindres & petites comtés, qui dépendoient des grandes seigneuries.

Ces sept principales seigneuries furent données aux maisons les plus puissantes de l'état.

Tel étoit encore l'état du royaume à l'avenement de Hugues Capet à la couronne ; il n'y avoit en tout que sept pairies qui étoient toutes laïques ; savoir, le duché de France, qui étoit le domaine de Hugues Capet, les duchés de Bourgogne, de Normandie, & de Guyenne, & les comtés de Champagne, de Flandres, & de Toulouse. La pairie de France ayant été réunie à la couronne, il ne resta plus que les six autres pairs.

Favin & quelques autres pensent que la pairie fut instituée par le roi Robert, lequel établit un conseil secret d'état, composé de six ecclésiastiques & de six laics qu'il honora du titre de pairs. Il fixe cette époque à l'an 1020, qui étoit la vingt-quatrieme année du regne de ce prince ; mais cet auteur ne s'appuie d'aucune autorité ; il n'a pas fait attention qu'il n'y avoit pas alors six pairs ecclésiastiques : en effet, l'évêque de Langres relevoit encore du duc de Bourgogne sous Louis VII. lequel engagea le duc de Bourgogne à unir le comté de Langres à l'évêché, afin que l'évêque relevât du roi ; ce prince étant alors dans le dessein de faire sacrer son fils Philippe-Auguste, & de rendre cette cérémonie mémorable par la convocation des douze pairs.

Ainsi l'évêque de Langres n'étant devenu propriétaire du comté de Langres qu'en l'année 1179 il est certain que l'époque où on le comptoit pair, ne peut être antérieure à cette époque, soit que Louis VII. ait institué les douze anciens pairs, ou qu'il ait seulement réduit le nombre des pairs, à douze.

Plusieurs tiennent que ce fut Louis VII. qui institua les douze anciens pairs ; ce qui n'est fondé que sur ce que les douze plus anciens pairs connus, sont ceux qui assisterent sous Louis VII. au sacre de Philippe-Auguste, le premier Novembre 1179, & qui sont qualifiés de pairs ; savoir Hugues III. duc de Bourgogne ; Henri le jeune roi d'Angleterre, duc de Normandie ; Richard d'Angleterre son frere, duc de Guyenne, Henri I. comte de Champagne ; Philippe d'Alsace, comte de Flandres ; Raymond vicomte de Toulouse ; Guillaume de Champagne, archevêque duc de Rheims, Roger de Rosay, évêque duc de Laon ; Manassés de Bar, évêque duc de Langres ; Barthélemi de Montcornet, évêque comte de Beauvais ; Gui de Joinville, évêque comte de Châlons ; Baudouin, évêque & comte de Noyon.

Mais on ne peut pas prétendre que ce fut Louis VII. qui eût institué ces douze pairs ; en effet, toutes les anciennes pairies laïques avoient été données en fief long-tems avant le regne de Louis VII. savoir le comté de Toulouse en 802, le duché d'Aquitaine en 844, le comté de Flandres en 864, le duché de Bourgogne en 890, celui de Normandie en 912, le comte de Champagne en 999. Il ne faut pas croire non plus que Louis le jeune eût fixé ou réduit les pairs au nombre de douze, si ce n'est que l'on entende par-là qu'aux onze pairs qui existoient de son tems, il ajoûta l'évêque de Langres qui fit le douzieme ; mais le nombre des pairs n'étoit pas pour cela fixé ; il y en avoit autant que de vassaux immédiats de la couronne ; la raison pour laquelle il ne se trouvoit alors que douze pairs, est toute naturelle ; c'est qu'il n'y avoit dans le domaine de nos rois que six grands vassaux laïques, & six évêques aussi vassaux immédiats de la couronne, à cause de leurs baronies.

Lorsque dans la suite il revint à nos rois d'autres vassaux directs, ils les admirent aussi dans les conseils & au parlement, sans d'autre distinction que du rang & de la qualité de pair, qui appartenoit primitivement aux anciens. Traité de la Pairie de Boulainvilliers.

Quoi qu'il en soit, ces anciennes pairies parurent avec éclat sous Philippe-Auguste ; mais bien-tôt la plûpart furent réunies à la couronne ; ensorte que ceux qui attribuent l'institution des douze pairs à Louis VII. ne donnent à ces douze pairs qu'une existence pour ainsi dire momentanée. En effet, la Normandie fut confisquée sur Jean sans Terre, par Philippe-Auguste ; ensuite usurpée par les Anglois sous Charles VI. & reconquise par Charles VII.

L'Aquitaine fut aussi confisquée en 1202, sur Jean sans Terre, & en 1259, saint Louis en donna une partie à Henri roi d'Angleterre, sous le titre de duché de Guyenne. Le comté de Toulouse fut aussi réuni à la couronne sous saint Louis en 1270, par le décès d'Alphonse son frere sans enfans ; le comté de Champagne fut réuni à la couronne en 1284, par le mariage de Philippe le Bel, avec Jeanne reine de Navarre & comtesse de Champagne.

Lettres d'érection. Les anciens pairs n'avoient point de lettres d'érection de leur terre en pairie, soit parce que les uns se firent pairs eux-mêmes, soit parce que l'on observoit alors peu de formalités dans la concession des titres & dignités ; on se passa même encore long-tems de lettres, après que la pairie eut été rendue réelle. Les premieres lettres que l'on trouve d'érection en pairie sont celles qui furent données en 1002 à Philippe le Hardi, chef de la seconde maison de Bourgogne. Le roi Jean son pere le créa pair de ce duché.

Plusieurs des anciennes pairies laïques étant réunies à la couronne, telles que le comté de Toulouse, le duché de Normandie, & le comté de Champagne, on en créa de nouvelles, mais par lettres-patentes.

Ces nouvelles érections de pairies ne furent d'abord faites qu'en faveur des princes du sang. Les deux premieres nouvelles pairies furent le comté d'Artois & le duché de Bretagne, auxquels Philippe le Bel attribua le titre de pairie en 1297, en faveur de Robert d'Artois, & de Jean duc de Bretagne.

Ce qui est remarquable dans l'érection du duché de Bretagne en pairie, c'est que la Bretagne n'étoit pas contente de cette érection, craignant que ce ne fût une occasion au roi de s'emparer de ce pays ; tellement que le roi donna une déclaration à Yolande de Dreux, veuve du duc Artus, que l'érection en pairie ne préjudicieroit à elle, ni à ses enfans, ni aux pays & coutumes. Boulainv. Hist. des parlemens, tom. I. p. 226.

On érigea dans la suite plusieurs autres nouvelles pairies en faveur des princes du sang, notamment le duché de Normandie, qui fut rétabli par le roi Jean en 1355, en faveur de Charles son fils, dauphin de France, qui fut depuis le roi Charles V.

On érigea de même successivement en pairies pour divers princes de la maison de France, le duché d'Alençon en 1268, celui de Bourbon en 1308, celui d'Orléans en 1345, celui de Normandie, qui fut rétabli en 1355. Il y en eut encore d'autres par la suite. Les princes du sang ne jouissoient point alors du titre ni des prérogatives de la pairie, à moins qu'ils ne possédassent quelque terre érigée en pairie. Les princes non pairs étoient précédés par les pairs, soit que ceux-ci fussent princes ou non, & les princes mêmes qui avoient une pairie, n'avoient à la cour & au parlement d'autre rang que celui de leur pairie ; mais présentement tous les princes sont pairs nés, sans qu'ils ayent besoin de posséder de pairie ; ils précédent tous les autres pairs, ils jouissent tous du titre de pair & des prérogatives qui y sont attachées, quoiqu'ils ne possédent point de terre érigée en pairie ; ce fut Henri III. qui leur donna ce titre de pair né. Ce sont les seuls pairs nés que l'on connoisse parmi nous. Voyez l'hist. de la pairie par Boulainv. tom. I. pag. 58.

Lorsque l'on érigea de nouvelles pairies pour des princes du sang, il subsistoit encore quatre des anciennes pairies laïques ; mais sous Charles VII. il y en eut trois qui furent réunies à la couronne ; savoir, le duché de Normandie en 1465, celui de Bourgogne en 1467, & celui de Guienne en 1468 ; desorte qu'il ne resta plus que le comté de Flandres qui dans la suite des tems a été partagé entre plusieurs souverains, & la portion qui en est demeurée à la France, a été réunie à la couronne ; c'est pourquoi lors du second procès qui fut fait au duc d'Alençon, Louis XI. créa de nouveaux pairs pour représenter la pairie de France assemblée.

Il ne subsiste plus présentement aucune des six anciennes pairies laïques, & conséquemment les six pairies ecclésiastiques sont sans contredit les plus anciennes de toutes les pairies qui subsistent présentement.

Long-tems après les nouvelles créations de pairies faites pour des princes du sang, on en fit aussi en faveur de princes étrangers ; le premier qui obtint cette faveur fut le duc de Nevers en 1549.

Enfin on en créa aussi en faveur d'autres seigneurs, qui n'étoient ni princes du sang, ni princes étrangers.

La premiere qui fut érigée pour un autre qu'un prince, fut celle de Roannes par François I. en Avril 1519, pour Artus de Gouffier, seigneur de Boissy ; mais comme il mourut au mois de Mai suivant, l'érection n'eut pas lieu ; ce qui a fait dire à plusieurs que Guise étoit la premiere terre érigée en pairie en faveur d'un autre que d'un prince du sang, quoique son élection ne soit que de 1527. Mais l'érection du duché de Guise en pairie étoit en faveur d'un prince étranger, & même issu originairement du sang de France. La premiere érection de pairie qui eut lieu en faveur d'un simple seigneur non prince, fut, selon quelques-uns, celle de la baronie de Montmorency en 1551 (Henault) ; mais il s'en trouve une plus ancienne, qui est celle du duché de Nemours, en faveur de Jacques d'Armagnac en 1462. Le parlement n'enregistra ses lettres qu'après plusieurs jussions. Duclos, hist. de Louis XI.

Depuis ce tems, les érections de duchés-pairies en faveur de simples seigneurs non princes, ont été multipliées à mesure que nos rois ont voulu illustrer quelques-uns des seigneurs de leur cour.

Présentement les pairs de France sont :

1°. Les princes du sang, lesquels sont pairs nés lorsqu'ils ont atteint l'âge de 20 ans, qui est la majorité féodale.

2°. Les princes légitimés, lesquels sont aussi pairs nés.

3°. Les pairs ecclésiastiques, qui sont présentement au nombre de sept ; savoir, les six anciens pairs, & l'archevêque de Paris, duc de S. Cloud ; mais le rang de cette pairie se regle par celui de son érection, qui n'est que de 1622.

4°. Les ducs & pairs laïques : ces pairs, suivant la date de leur érection, & l'ordre de leur séance au parlement, sont :

Il y a en outre quelques ducs héréditaires vérifiés au parlement, & quelques ducs par simple brevet, mais les uns & les autres n'ont point le titre de pair, ni aucune des prérogatives attachées à la pairie.

Pairs ecclésiastiques, sont des archevêques & évêques qui possedent une terre érigée en pairie, & attachée à leur bénéfice. Le roi est le seul en France qui ait jamais eu des pairs ecclésiastiques ; les autres seigneurs avoient chacun leurs pairs, mais tous ces pairs étoient laïcs.

Les six anciens pairs ecclésiastiques sont présentement les plus anciens de tous les pairs : il n'y a eu aucun changement à leur égard, soit pour le titre de leurs pairies, soit pour le nombre.

L'article 45. de l'édit de 1695 maintient les pairs ecclésiastiques dans le rang qui leur a été donné jusqu'à présent auprès de la personne du roi dans le conseil, & dans les parlemens.

Pairie mâle, est celle qui ne peut être possédée que par des mâles, à la différence de la pairie femelle, qui est érigée en faveur de quelque femme ou fille, ou qui est créée avec faculté de pouvoir être possédée par les femelles au défaut des mâles.

Pair femelle. Anciennement les femelles étoient exclues des fiefs par les mâles, mais elles y succédoient à leur défaut, ou lorsqu'elles étoient rappellées à la succession par leurs pere & mere ; elles succédoient même ainsi aux plus grands fiefs, & en exerçoient toutes les fonctions.

En effet, dans une charte de l'an 1199, qui est au trésor des chartes, donnée par Alienor reine d'Angleterre, pour la confirmation des immunités de l'abbaye de Xaintes, cette princesse prend aussi la qualité de duchesse de Normandie & d'Aquitaine, & de comtesse d'Anjou.

Blanche, comtesse de Troyes, prenoit aussi la qualité de comtesse palatine.

Mahault ou Mathilde, comtesse d'Artois, nouvellement créée pair de France, signa en cette qualité l'ordonnance du 3 Octobre 1303 ; elle assista en personne au parlement en 1314, & y eut séance & voix délibérative comme les autres pairs de France, dans le procès criminel fait à Robert, comte de Flandres ; elle fit aussi en 1316, les fonctions de pair au sacre de Philippe le Long, où elle soutint avec les autres pairs la couronne du roi son gendre.

Une autre comtesse d'Artois fit fonction de pair en 1364, au sacre de Charles V.

Jeanne, fille de Raimond comte de Toulouse, prêta le serment, & fit la foi & hommage au roi de cette pairie.

Jeanne, fille de Baudouin, fit le serment de fidélité pour la pairie de Flandres ; Marguerite sa soeur en hérita, & assista, comme pair, au célebre jugement des pairs de France donné pour le comte de Clermont en Beauvoisis.

Au parlement tenu le 9. Decembre 1378, pour le duc de Bretagne, la duchesse d'Orléans s'excusa par lettres, de ce qu'elle ne s'y trouvoit pas. Traité de la pairie, pag. 131.

Mais depuis long-tems les pairs femelles n'ont plus entrée au parlement. On a distingué avec raison la possession d'une pairie, d'avec l'exercice des fonctions de pairs : une femme peut posséder une pairie, mais elle ne peut exercer l'office de pair, qui est un office civil, dont la principale fonction consiste en l'administration de la justice.

Ainsi mademoiselle de Montpensier, Anne-Marie-Louise, duchesse de Montpensier, comtesse d'Eu, &c. prenoit le titre de premier pair de France, mais elle ne siégeoit point au parlement. Voyez le Gendre, des moeurs des François ; lettres historiques sur le parlement.

En Angleterre il y a des pairies femelles, mais les femmes qui les possédent n'ont pas non plus entrée au parlement. Voy. le traité de la pairie d'Angleterre, pag. 343.

Premier pair de France. Avant que les princes du sang eussent été déclarés pairs nés, c'étoit le premier pair ecclésiastique qui se disoit premier pair de France. On voit qu'en 1360, l'archevêque de Rheims se qualifiant premier pair de France, présenta requête au parlement de Paris ; le duc de Bourgogne se qualifioit doyen des pairs de France au mois d'Octobre 1380 ; il eut en cette qualité la préséance au sacre de Charles VI. sur son frere aîné duc d'Anjou. On conserve au trésor des chartes un hommage par lui fait au roi le 23 Mai 1404, où il est dit qu'il a fait foi & hommage lige de la pairie & doyenné des pairs de France, à cause dudit duché. Il prit la même qualité de doyen des pairs dans un autre hommage de 1419. Chassanée, en son ouvrage intitulé, catalogus gloriae mundi, lui donne le titre de primus par regni Franciae ; & en effet, dans des lettres de Louis XI. du 14. Octobre 1468, il est dit que le duché de Bourgogne est la premiere pairie, & qu'au moyen d'icelle, le duc de Bourgogne est le premier pair & doyen des pairs ; dans d'autres du même jour, il est dit que, comme premier pair & doyen des pairs de France, il a une chancellerie dans son duché, & un scel authentique en sa chancellerie pour ses contrats, & le roi veut que ce scel emporte garnison de mairs ; mais depuis par une déclaration donnée à Blois par Henri III. au mois de Décembre 1576, registrée le 8 Janvier 1577, il a été réglé que les princes précéderont tous les pairs, soit que ces princes ne soient pas pairs, soit que leurs pairies soient postérieures à celles des autres pairs ; au moyen de quoi le premier prince du sang, autre que ceux de la famille royale, a présentement seul droit de se qualifier premier pair de France : une princesse du sang peut prendre cette qualité, lorsqu'elle a le premier rang entre les princes. C'est ainsi que mademoiselle de Montpensier se qualifioit premier pair de France. Cependant l'archevêque de Rheims, qui est le premier pair ecclésiastique, se qualifie encore premier duc & pair de France. Anselme, tom. II. p. 1. & 47.

Doyen des pairs. C'étoit autrefois le duc de Bourgogne qui étoit le doyen des pairs. Il joignoit cette qualité de doyen avec celle de premier pair, parce que son duché étoit le plus ancien, ayant été institué dès le tems de Charles le Chauve, au festin qui suivit le sacre de Charles VI. encore mineur. Le duc de Bourgogne, doyen des pairs, se mit de fait & de force en possession de la premiere place au-dessous du roi, avant le duc d'Anjou son frere aîné, qui étoit régent du royaume. Hist. de la pairie par Boulainv. tom. I. pag. 103.

Hommage. Les pairs faisoient autrefois deux hommages au roi, un pour le fief auquel étoit attaché la pairie, à cause du royaume, l'autre pour la pairie, & qui avoit rapport à la royauté. Il y a de ces anciens hommages à la chambre des comptes ; mais depuis long-tems le fief & la pairie sont unis, & les pairs ne font plus qu'un seul hommage pour l'un & l'autre. Boulainv. Les rois & autres princes étrangers ne sont pas dispensés de l'hommage pour les pairies qu'ils possedent en France.

Jean Sans-Terre, roi d'Angleterre & duc de Normandie & de Guienne, & à cause de ces deux duchés pair de France, refusant de prêter la foi & hommage à Philippe-Auguste, & étant accusé d'avoir fait perdre la vie à Artus, comte de Bretagne son neveu, ayant été ajourné plusieurs fois, sans qu'il eût aucunement comparu, fut en 1202 condamné à mort par jugement des pairs de France, qui déclarent la Guyenne & la Normandie confisquées sur lui.

Le duché de Guyenne étant retourné depuis au pouvoir du roi d'Angleterre, celui-ci en fit hommage lige & serment de fidélité au roi saint Louis en 1259. Edouard fit pareillement hommage en 1282 pour ce duché, lequel fut confisqué sur lui en 1286. Edouard étant rentré dans ce duché en 1303, fut poursuivi pour la foi & hommage ; on lui donna pour cet effet un sauf-conduit en 1319. Il fit la foi à Amiens la même année, & le 30 Mars 1331 il reconnut que la foi & hommage qu'il devoit à cause de son duché-pairie de Guyenne, étoit un hommage lige ; enfin la Guyenne ayant encore été confisquée en 1378, & donnée à Louis de France, dauphin de Viennois, il en fit hommage au roi le dernier Février 1401.

On voit dans la chronique de Flandre, la forme de l'hommage que le comte de Flandre rendoit au roi ; ce prince s'asseyoit dans sa chaise royale, il étoit autrefois accompagné des pairs de France, & depuis de tels que bon lui sembloit ; le comte marchoit vers lui la tête nue & déceint, & se mettoit un genou en terre si le roi le permettoit ; le roi assis mettoit ses mains en celles du comte, & le chancelier, ou autre que le roi, à ces fins ordonnoit, s'adressant au comte lui parloit de cette sorte : " Vous devenez homme lige du roi votre souverain seigneur, pour raison de la pairie & comté de Flandre, & de tout ce que vous levez & tenez de la couronne de France, & lui promettez foi & hommage, & service contre tous jusqu'à la mort inclusivement, sauf au roi ses droits en autre chose, & l'autrui en toutes ". Le comte répondoit, oui sire, je le promets. Ainsi cela dit, il se levoit & baisoit le roi en la joue ; le comte ne donnoit rien pour relief, mais les hérauts & sergens à marche du roi butinoient la robe du comte, son chapeau & bonnet, sa ceinture, sa bourse, son épée, &c.

On doit sur-tout voir le procès-verbal de l'hommage fait à Louis XII. en 1499 par Philippe, archiduc d'Autriche, pour son comté de Flandre ; l'archiduc vint jusqu'à Arras, où le chancelier de France vint pour recevoir son hommage. Le chancelier étant assis dans une chaise à bras, l'archiduc nue tête se présente à lui disant : " Monseigneur, je suis venu devers vous pour faire l'hommage que tenu suis faire à monseigneur le roi touchant mes pairies de Flandre, comtés d'Artois & de Charolois, lesquelles tiens de monseigneur le roi à cause de sa couronne ". M. le chancelier assis & couvert lui demanda, s'il avoit ceinture, bague ou autre bague ; l'archiduc en levant sa robe qui étoit sans ceinture, dit que non. Cela fait, M. le chancelier mit les deux mains entre les siennes, & les tenant ainsi jointes, l'archiduc voulut s'incliner, le chancelier ne le voulant souffrir, & le soulevant par ses mains qu'il tenoit, lui dit ces mots : il suffit de votre bon vouloir ; puis M. le chancelier lui tenant toujours les mains jointes, & l'archiduc ayant la tête nue, & s'efforçant toujours de se mettre à genoux, le chancelier lui dit : " Vous devenez homme du roi votre souverain seigneur, & lui faites foi & hommage lige pour raison des pairie & comté de Flandre & aussi des comtés d'Artois & de Charolois, & de toutes autres terres que tenez & qui sont mouvans & tenus du roi à cause de sa couronne, lui promettez de la servir jusqu'à la mort inclusivement, envers & contre tous ceux qui peuvent vivre & mourir sans nul réserver, de procurer son bien & éviter son dommage, & vous conduire & acquiter envers lui comme envers votre souverain seigneur, " A quoi fut par l'archiduc répondu : " Par ma foi ainsi le promets & ainsi le ferai ". Ensuite M. le chancelier lui dit : " Je vous y reçois, sauf le droit du roi en autre chose & l'autrui en toutes " ; puis l'archiduc tendit la joue en laquelle M. le chancelier le baisa, & il demanda à M. le chancelier lettres de cet hommage.

Réception des Pairs. Depuis l'arrêt du 30 Avril 1643, qui fut rendu les chambres assemblées, pour être reçu en l'office de pair, il faut être âgé au-moins de 25 ans.

Il faut aussi faire profession de la foi & religion catholique, apostolique & romaine.

Un ecclésiastique peut posséder une pairie laïque, mais un religieux ne peut être pair.

On voit dans les registres du parlement, sous la date du 11 Septembre 1557, que les grand-chambre & tournelle assemblées firent difficulté de recevoir l'évêque de Laon pair de France, parce qu'il avoit fait profession monastique en l'ordre de saint Benoît, il fut néanmoins reçu suivant que le roi le desiroit.

Le nouveau pair n'est reçu qu'après information de ses vie & moeurs.

Il est reçu par la grand-chambre seule ; mais lorsqu'il s'agit d'enregistrer des lettres d'érection d'une nouvelle pairie, elles doivent être vérifiées toutes les chambres assemblées.

Le récipiendaire est obligé de quitter son épée pour prêter serment ; il la remet entre les mains du premier huissier, lequel la lui remet après la prêtation de serment.

Serment des Pairs. Il paroît qu'anciennement le serment des pairs n'étoit que conditionnel, & relatif aux engagemens réciproques du seigneur & du vassal. En effet dans un traité fait au mois d'Avril 1225, entre le roi saint Louis & Ferrand, comte de Flandre, ce comte promet au roi de lui être fidele tant que le roi lui fera droit en sa cour par jugement de ses pairs, quamdiu dominus rex velit facere nobis jus in curiâ suâ per judicium parium nostrorum ; mais il y a apparence qu'à mesure qu'on est venu plus éclairé, on a senti qu'il ne convenoit pas à un sujet d'apposer une telle restriction vis-à-vis de son souverain. On trouve des exemples du serment des pairs dès l'an 1407, dans les registres du parlement, où il est dit, que le 9 Septembre de ladite année, Jean duc de Bourgogne, prêta serment comme pair. La forme du serment qu'ils prêtoient autrefois au parlement, est exprimée dans celui qu'y fit Charles de Genlis, évêque & comte de Noyon, le 16 Janvier 1502 ; il est dit qu'il a fait avec la cour de céans le serment qu'il est tenu de faire à cause de sa dignité de pair, à savoir de s'acquiter en sa conscience ès jugemens des procès où il se trouvera en ladite cour sans acception de personne, ni révéler les secrets de ladite cour, obéir & porter honneur à icelle.

Pierre de Gondy, évêque & duc de Langres, prêta serment le 13 Août 1566 ; mais les registres du parlement disent seulement, que la main mise au pis (id est ad pectus comme ecclésiastique), il a fait & prêté le serment accoûtumé de pair de France.

Pendant long-tems la plûpart des pairs ont prêté serment comme conseillers de la cour. François de Bourbon, roi de Navarre, dit qu'il étoit conseiller né au parlement.

Ce ne fut que du tems de M. le premier président de Harlay que l'on établit une formule particuliere pour le serment des pairs.

Jusqu'au tems de M. de Harlay, premier président, il y a la moitié des sermens des pairs qui sont conçus dans les mêmes termes que ceux des conseillers.

Présentement ils jurent de se comporter comme un sage & magnanime duc & pair, d'être fidele au roi, & de le servir dans ses très-hautes & très-puissantes affaires.

Ils prêtent serment derriere le premier barreau, après avoir ôté leur épée, qui reste pendant cette cérémonie entre les mains du premier huissier.

Présentation des roses. Anciennement les pairs présentoient chacun en leur rang des roses & chapeaux à Mrs. du parlement ; cette présentation se faisoit dans les mois de Mai & de Juin ; chaque pair avoit son jour pour cette cérémonie suivant son ancienneté. Il est fait mention de ces présentations de roses dans les registres du parlement jusqu'en 1586. Voyez aussi le Recueil du pere Anselme, tom. III. p. 525. & 536.

Fonctions des pairs. Les pairs de France ont été créés pour soutenir la couronne, comme les électeurs furent établis pour le soutien de l'empire ; c'est ainsi que le procureur général s'en expliqua les 19 & 26 Fevrier 1410, en la cause des archevêque & archidiacre de Rheims.

Aussi dans une cause plaidée au parlement contre l'évêque de Châlons le 3 Février 1364, le procureur général dit que, " plus les pairs de France sont près du roi, & plus ils sont grands dessous lui de tant ils sont tenus & plus astraints de garder les droits & l'honneur de leur roi & de la couronne de France, & de ce ils font serment de fidélité plus espéciale que les autres sujets du roi ; & s'ils font ou attentent à faire au contraire, de tant sont-ils plus à punir ".

Au sacre du roi les pairs font une fonction royale, ils y représentent la monarchie, & y paroissent avec l'habit royal & la couronne en tête, ils soutiennent tous ensemble la couronne du roi, & ce sont eux qui reçoivent le serment qu'il fait d'être le protecteur de l'Eglise & de ses droits, & de tout son peuple. Boulainv. tom. I. on a même conservé dans cette cérémonie, suivant l'ancien usage, la forme & les termes d'une élection, ainsi qu'on le peut voir dans du Tillet ; mais aussi-tôt après cette action les pairs rentrent dans le devoir de véritables sujets ; ensorte que leur fonction au sacre est plus élevée que celle des électeurs, lesquels font simplement la fonction de sujets au couronnement de l'empereur. Boulainv.

Outre ces fonctions qui sont communes à tous les pairs, ils en ont encore chacun de particulieres au sacre.

L'archevêque de Rheims a la prérogative d'oindre, sacrer, & couronner le roi ; ce privilege a été confirmé aux archevêques de Rheims par le pape Sylvestre II. & par Alexandre III. l'évêque de Laon & celui de Beauvais accompagnent l'archevêque de Rheims lorsqu'il va recevoir sa majesté à la porte de l'église la veille de la cérémonie ; & le lendemain ces deux évêques sont toujours députés, l'un comme duc, & l'autre comme premier comte ecclésiastique, pour aller querir le roi au palais archiépiscopal, le lever de dessus son lit & l'amener à l'église, enfin d'accompagner sa majesté dans toute la cérémonie de l'onction sacrée ; & dans la cérémonie l'évêque de Laon porte la sainte ampoule, celui de Langres le sceptre, & il a la prérogative de sacrer le roi en l'absence de l'archevêque de Rheims ; celui de Beauvais porte & présente le manteau royal ; l'évêque de Châlons porte l'anneau royal ; l'évêque de Noyon la ceinture ou baudrier. Les six anciens pairs laïcs sont représentés dans cette cérémonie par d'autres pairs que le roi commet à cet effet ; le duc de Bourgogne porte la couronne royale & ceint l'épée au roi ; le duc de Guyenne porte la premiere banniere quarrée ; le duc de Normandie porte la seconde ; le comte de Toulouse les éperons ; le comte de Champagne la banniere royale où est l'étendart de la guerre ; le comte de Flandres l'épée du roi.

Anciennement les pairs étoient appellés aux actes publics de leur seigneur pour les rendre plus authentiques par leur souscription, & c'étoit comme pairs de fief, & comme gardiens du droit des fiefs que leur présence y étoit requise, afin que le seigneur ne le dissipât point ; tellement que pour rendre valable une aliénation, un seigneur empruntoit quelquefois des pairs d'un autre seigneur pour l'assister en cette occasion.

Le roi faisoit de même signer des chartes & ordonnances par ses pairs, soit pour les rendre plus authentiques, soit pour avoir leur consentement aux dispositions qu'il faisoit de son domaine, & aux réglemens qu'il faisoit, lorsque son intention étoit que ces réglemens eussent aussi leur exécution dans les terres de ses barons ou pairs.

Ce fut sans doute par une suite de cet ancien usage, qu'au traité d'Arras en 1482, l'empereur Maximilien demanda à Louis XI. pour garantie de ce traité l'engagement des princes du sang, subrogés, est-il dit, au lieu des pairs.

Les pairs sont aussi près du roi lorsqu'il tient ses états-généraux.

Mais la principale cause pour laquelle les pairs de France ont été institués, a été pour assister le roi de leurs conseils dans ses affaires les plus difficiles, & pour lui aider à rendre la justice dans sa cour, de même que les autres pairs de fiefs y étoient obligés envers leur seigneur : les pairs de France étoient juges naturels des nobles du royaume en toutes leurs causes réelles & personnelles.

Charles V. dans des lettres de 1359, portant érection du comté de Mâcon en pairie, ad consilium & juramentum rei publicae duodecim pares qui regni Franciae in arduis consiliis & judiciis assisterint & statuerint.

Tous les pairs en général étoient obligés de juger dans la cour du seigneur, sous peine de saisie de leurs fiefs, & d'établissement de garde, se ainsi n'étoit (disent les assises de Jérusalem) le seigneur ne pourroit cour tenir telle comme il doit, ne les gens avoir leur raison, &c.

Ces pairs de fiefs étoient les juges du seigneur ; il en falloit au moins deux avec lui pour juger, Henault. C'est peut-être de-là que quand le parlement eut été rendu sédentaire à Paris, & que le roi eut commis des gens de loi pour tenir ordinairement le parlement, il fut néanmoins ordonné qu'il y auroit toujours au moins deux barons ou pairs au parlement.

Personne, dit Beaumanoir, pour tel service qu'il eût, n'étoit excusé de faire jugement en la cour ; mais s'il avoit loyale exoine, il pouvoit envoyer un homme qui, selon son état, pût le représenter.

Mais ce que dit ici Beaumanoir des pairs de fief, n'a jamais eu lieu pour les pairs de France, lesquels ne peuvent envoyer personne pour les représenter, ni pour siéger & opiner en leur place, ainsi qu'il fut déclaré dans un arrêt du parlement du 20 Avril 1458.

Séance au parlement. Les pairs étant les plus anciens & les principaux membres de la cour, ont entrée, séance & voix délibérative en la grand'chambre du parlement & aux chambres assemblées, toutes les fois qu'ils jugent à propos d'y venir, n'ayant pas besoin pour cela de convocation ni d'invitation.

La place des pairs aux audiences de la grand'chambre est sur les hauts sieges, à la droite du premier président ; les princes occupent les premieres places ; après eux sont les pairs ecclésiastiques, ensuite les pairs laïcs, suivant l'ordre de l'érection de leurs pairies.

Lorsque le premier banc ne suffit pas pour contenir tous les pairs, on forme pour eux un second rang avec des banquettes couvertes de fleurs-de-lis.

Le doyen des conseillers laïcs, ou autre plus ancien, en son absence, doit être assis sur le premier banc des pairs, pour marquer l'égalité de leurs fonctions ; le surplus des conseillers laïcs se place après le dernier des pairs laïcs.

Lorsque la cour est au conseil, ou que les chambres sont assemblées, les pairs sont sur les bas siéges.

Aux lits de justice, les pairs laïcs précédent les évêques pairs ; les laïcs ont la droite : les ecclésiastiques furent obligés au lit de justice de 1610, de la laisser aux laïcs. M. de Boulainv. croit que cela vient de ce que les laïcs avoient entrée aux grandes assemblées avant que les évêques y fussent admis.

Aux séances ordinaires du parlement, les pairs n'opinent qu'après les présidens & les conseillers clercs, mais aux lits de justice ils opinent les premiers.

Autrefois les pairs quittoient leur épée pour entrer au parlement ; ce ne fut qu'en 1551 qu'ils commencerent à en user autrement malgré les rémontrances du parlement, qui représenta au roi que de toute antiquité cela étoit reservé au roi seul, en signe de spéciale prérogative de sa dignité royale, & que le feu roi François I. étant dauphin, & messire Charles de Bourbon y étoient venus laissant leur épée à la porte. Voyez le président Henault, à l'an 1551.

Cour des pairs, appellée aussi la cour de France, ou la cour du roi, est le tribunal où le roi, assisté des pairs, juge les causes qui concernent l'état des pairs, ou les droits de leurs pairies.

Dès le commencement de la monarchie, le roi avoit sa cour qui étoit composée de tous les francs qui étoient pairs ; dans la suite ces assemblées devenant trop nombreuses, furent réduites à ceux qui étoient chargés de quelque partie du gouvernement ou administration de l'état, lesquels furent alors considérés comme les plus grands du royaume ; ce qui demeura dans cet état jusques vers la fin de la seconde race de nos rois, auquel tems le gouvernement féodal ayant été introduit, les vassaux immédiats du roi furent obligés de se trouver en la cour du roi pour y rendre la justice avec lui, ou en son nom : ce fut une des principales conditions de ces inféodations ; la cour du roi ne fut donc plus composée que des vassaux immédiats de la couronne, qui prirent le nom de barons & de pairs de France, & la cour de France, ou cour du roi prit aussi le nom de cour des pairs ; non pas que ce fut la cour particuliere de ces pairs, mais parce que cette cour étoit composée des pairs de France.

Cette cour du roi étoit au commencement distincte des parlemens généraux, auxquels tous les grands du royaume avoient entrée ; mais depuis l'institution de la police féodale, les parlemens généraux ayant été réduits aux seuls barons & pairs, la cour du roi ou des pairs & le parlement furent unis & confondus ensemble, & ne firent plus qu'un seul & même tribunal ; c'est pourquoi le parlement a depuis ce tems été qualifié de cour de France, cour du roi, ou cour des pairs.

Quelque tems après se firent plusieurs réunions à la couronne, par le moyen desquelles les arriere-vassaux du roi devenant barons & pairs du royaume, eurent entrée à la cour du roi comme les autres pairs.

C'étoit donc la qualité de vassal immédiat du roi qui donnoit aussi la qualité de baron ou pair, & qui donnoit conséquemment l'entrée à la cour du roi, ou cour des pairs ; tellement que sous Lothaire en 964, Thibaud le Trichard, comte de Blois, de Chartres & de Tours, fut exclu d'un parlement, quelque considérables que fussent les terres qu'il possédoit, parce qu'il n'étoit plus vassal du roi, mais de Hugues duc de France.

La cour des pairs fut plus ou moins nombreuse, selon que le nombre des pairs fut restraint ou multiplié ; ainsi lorsque le nombre des pairs fut réduit aux six anciens pairs laïques, & aux six pairs ecclésiastiques, eux seuls eurent alors entrée, comme pairs à la cour du roi ou parlement, avec les autres personnes qui étoient nommées pour tenir le parlement.

Depuis que le parlement & la cour du roi ont été unis ensemble, le parlement a toujours été considéré comme la cour des pairs, c'est-à-dire, comme le tribunal où ils ont entrée, séance & voix délibérative ; ils sont toujours censés y être présens avec le roi dans toutes les causes qui s'y jugent ; c'est aussi le tribunal dans lequel ils ont droit d'être jugés, & auquel ressortit l'appel de leurs justices pairies lorsqu'elles sont situées dans le ressort du parlement.

Le parlement est ainsi qualifié de cour des pairs dans plusieurs ordonnances, édits & déclarations, notamment dans l'édit du mois de Juillet 1644, registré le 9 Août suivant, " laquelle cour, porte cet édit, a rendu de tout tems de grands & signalés services aux rois, dont elle fait regner les lois, & reconnoître l'autorité & la puissance légitime.

Il est encore qualifié de même dans la déclaration du 28 Décembre 1724, registrée le 29 qui porte telle que le parlement est encore aujourd'hui, la cour des pairs, & la premiere & la principale du royaume.

Anciennement les pairs avoient le privilege de ne répondre qu'au parlement pour toutes leurs causes civiles ou criminelles ; mais depuis ce privilege a été restraint aux causes où il s'agit de leur état, ou de la dignité & des droits de leur pairie.

Les pairs ayant eu de tout tems le privilege de ne pouvoir être jugés que par leurs pairs ; c'est sur-tout lorsqu'il s'agit de juger un pair, que le parlement est considéré comme la cour des pairs, c'est-à-dire le tribunal seul compétent pour le juger.

C'est sur-tout dans ces occasions que le parlement est qualifié de cour des pairs.

Le pere Labbé en ses mémoires rapporte un arrêt de 1224, rendu en la cour des pairs contre une comtesse de Flandres ; le chancelier, les grands bouteiller & chambellan, le connétable & autres officiers de l'hôtel du roi y étoient.

Froissard, ch. cclxvij., dit que le prince de Galles, fils d'Edouard III. roi d'Angleterre, ayant voulu exiger du Languedoc un subside considérable, la province en appella à la cour des pairs, où le prince fut cité ; & que n'étant point comparu, il fut réassigné : il y eut en 1370 un arrêt rendu contre lui par défaut, qui confisqua la Guyenne & toutes les terres que la maison d'Angleterre possédoit en France.

Un autre exemple plus récent où il est fait mention de la cour des pairs, est celui d'Henri IV. lequel s'opposant à l'excommunication qui avoit été prononcée contre lui, en appella comme d'abus à la cour des pairs de France, desquels il avoit, disoit-il, cet honneur d'être le premier.

On peut voir dans le recueil du pere Anselme, tome III. les différens exemples de la jurisdiction exercée par la cour des pairs sur ses membres, & ses prérogatives expliquées ci-après au mot PARLEMENT.

Il ne faut pas confondre la cour des pairs, ou cour commune des pairs, avec la cour particuliere de chaque pair : en effet, chaque pair avoit anciennement sa cour qui étoit composée de ses vassaux, ou pairs appellés pares, parce qu'ils étoient égaux entr'eux : on appelloit aussi quelquefois simplement franci, francs, les juges qui tenoient la cour d'un pair, comme il se voit en l'ordonnance de Philippe de Valois, du mois de Décembre 1344.

Présentement ces cours particulieres des pairs sont ce que l'on appelle les justices des pairies ; voyez ci-après l'art. JUSTICE DES PAIRIES.

Cour suffisamment garnie de pairs, n'est autre chose que le parlement ou la cour des pairs, lorsqu'il s'y trouve au moins douze pairs, qui est le nombre nécessaire pour juger un pair, lorsqu'il s'agit de son état.

On en trouve des exemples dès le xj. siecle.

Richard, comte de Normandie, dit, en parlant du différend d'Eudes de Chartres avec le roi Robert, en 1025, que le roi ne pouvoit juger cette affaire, sine consensu parium suorum.

Le comte de Flandres revendiqua de même en 1109 le droit d'être jugé par ses pairs, disant que le roi devoit le faire juger par eux, & hoc per pares suos qui eum judicare debent.

Jean sans Terre, roi d'Angleterre, fut jugé en 1202, par arrêt du parlement suffisamment garni de pairs. Du Tillet, Matthieu Paris, à l'an 1216, dit, en parlant du jugement rendu contre ce prince, pro quo facto condemnatus fuit ad mortem in curiâ regis Francorum per judicium parium suorum.

On voit dans les registres du parlement, que quand on convoquoit les pairs, cela s'appelloit fortifier la cour de pairs, ou garnir la cour de pairs : curiam vestram parisius Franciae vultis habere munitam, 1312 ; curia est sufficienter munita, 1315.

Au procès de Robert d'Artois en 1331, Philippe VI. émancipa son fils Jean, duc de Normandie, & le fit pair, afin que la cour fût suffisamment garnie de pairs ; ce qui prouve que les pairs n'étoient pas seuls juges de leurs pairs, mais qu'ils étoient jugés par la cour, & conséquemment par tous les membres dont elle étoit composée, & qu'il falloit seulement qu'il y eut un certain nombre de pairs ; en effet, dans un arrêt solemnel rendu en 1224, par le roi en sa cour des pairs en faveur des grands officiers contre les pairs de France, il est dit " que, suivant l'ancien usage & les coutumes observées dès long-tems, les grands officiers de la couronne, savoir les chancelier, bouteillier, chambrier, &c. devoient se trouver au procès qui se feroit contre un des pairs, pour le juger avec les autres pairs, & en conséquence ils assisterent au jugement de la comtesse de Flandres. " Henault.

Les pairs ont quelquefois prétendu juger seuls leurs pairs, & que le roi ne devoit pas y être présent, surtout lorsqu'il y avoit intérêt pour la confiscation. Ils firent des protestations à ce sujet en 1378 & 1386 ; mais cette prétention n'a jamais été admise : car quant au jugement unique de 1247, où trois pairs paroissent juger seuls, du Tillet remarque que ce fut par convention expresse portée dans le traité du comte de Flandres ; en effet la regle, l'usage constant s'y opposoient.

Il a toujours été pareillement d'usage d'inviter le roi à venir présider au parlement pour les procès des pairs, au moins quand il s'agit d'affaires criminelles, & nos rois y ont toujours assisté jusqu'à celui du maréchal de Biron, auquel Henri IV. ne voulut pas se trouver. Lettres historiques sur le parlement, tome II. On observe encore la même chose présentement, & dans ce cas le dispositif de l'arrêt qui intervient, est conçu en ces termes : la cour suffisamment garnie de pairs ; au lieu que dans d'autres affaires où la présence des pairs n'est pas absolument nécessaire, lorsque l'on fait mention qu'ils ont assisté au jugement, on met seulement dans le dispositif, la cour, les princes & les pairs présens, &c.

L'origine de cette forme qui s'observe pour juger la personne d'un pair, vient de ce qu'avant l'institution des fiefs, il falloit au moins douze échevins dans les grandes causes ; l'inféodation des terres ayant rendu la justice féodale, on conserva le même usage pour le nombre des juges dans les causes majeures ; ainsi comme c'étoient alors les pairs ou barons qui jugeoient ordinairement, il fallut douze pairs pour juger un pair, & la cour n'étoit pas réputée suffisamment garnie de pairs, quand ils n'étoient pas au moins douze.

Lors du différend entre le roi Louis Hutin & Robert, comte de Flandres, les pairs de France assemblés ; savoir, l'archevêque de Rheims, Charles, comte de Valois & d'Anjou, & Mahaut, comtesse d'Artois, firent savoir qu'à jour assigné ils tiendroient cour avec douze autres personnes, ou prélats, ou autres grands ou hauts hommes. Voyez du Cange, verbo pares, & M. Bouque, tome I. p. 183.

Robert d'Artois, en présence du roi, de plusieurs prélats, barons & autres suffisans conseillers, dit contre Mahaut, comtesse de Flandres, qu'il n'étoit pas tenu de faire ses demandes, que la cour ne fût suffisamment garnie de pairs ; il fut dit par arrêt qu'elle l'étoit, quod absque vocatione parium Franciae, quantum ad praesens, curia parlamenti, maxime domino rege ibidem existente cum suis praelatis, baronibus & aliis ejus consiliariis, sufficienter erat munita. Robert d'Artois n'ayant pas voulu procéder, Mahaut obtint congé. Voyez les registres olim.

Mais pour juger un pair il suffit que les autres pairs soient appellés ; quand même ils n'y seroient pas tous, ou même qu'il n'y en auroit aucun qui fut présent, en ce cas les pairs sont représentés par le parlement qui est toujours la cour des pairs, soit que les pairs soient présens ou absens.

Causes des pairs. Anciennement les pairs avoient le droit de ne plaider, s'ils vouloient, qu'au parlement, soit dans les procès qu'ils avoient en leur nom, soit dans ceux où leur procureur fiscal se vouloit adjoindre à eux, se rendre partie, ou prendre l'aveu, garantie & défense : il est fait mention de cette jurisprudence dans les ordonnances du Louvre, tom. VII. p. 30.

Ce privilege avoit lieu tant en matiere civile que criminelle ; on en trouve des exemples dès le tems de la seconde race : les plus mémorables sont le jugement rendu par la cour des pairs contre Tassillon, roi de Baviere en 788. Le jugement rendu contre un bâtard de Charlemagne en 792. Celui de Bernard, roi d'Italie en 818. Celui de Carloman, auquel on fit le procès en 871, pour cause de rebellion. Celui de Jean sans Terre, roi d'Angleterre, lequel en 1202 fut déclaré criminel de leze-majesté, & sujet à la loi du royaume. Le jugement rendu contre le roi Philippe le Hardi, & Charles, roi des deux Siciles, pour la succession d'Alphonse, comte de Poitiers. Celui qui intervint entre Charles le Bel, & Eudes, duc de Bourgogne, au sujet de l'apanage de Philippe le Long, dont Eudes prétendoit que sa femme, fille de ce roi, devoit hériter en 1316 & en 1328, pour la succession à la couronne, en faveur de Philippe le Long & de Philippe de Valois. Le jugement de Robert d'Artois en 1331. Celui de Charles, roi de Navarre, en 1349. Celui qui intervint entre Charles V. & Philippe, duc d'Orléans.

Jean, duc d'Alençon, fut condamné deux fois à mort par les pairs, pour crime de leze-majesté, savoir le 10 Octobre 1458, & le 14 Juillet 1474 ; l'exécution fut chaque fois remise à la volonté du roi, lequel usa de clémence par respect pour le sang royal.

Il seroit facile d'en rapporter un grand nombre d'autres : on les peut voir dans le recueil du pere Anselme ; mais depuis on y a mis quelques restrictions.

On trouve dans les registres olim, qu'en 1259 l'archevêque de Rheims demanda au parlement, où le roi étoit présent, d'être jugé par ses pairs ; ce qui lui fut refusé. Il y a apparence que l'on jugea qu'il ne s'agissoit pas de la dignité de sa pairie, & que dès lors les pairs, même de France, n'avoient plus le droit de plaider au parlement dans toutes sortes de cas ; mais seulement dans les causes qui intéressoient l'honneur & les droits de la pairie.

En matiere civile, les causes des pairs, quant au domaine ou patrimoine de leurs pairies, doivent être portées au parlement, comme il fut dit par le procureur-général le 25 Mai 1394, en la cause du duc d'Orléans ; ils y ont toujours plaidé pour ces sortes de matieres, lors même qu'ils plaidoient tous en corps, témoin l'arrêt rendu contr'eux en 1224, dont on a déja parlé ci-devant.

A l'égard de leurs causes en matiere criminelle, toutes celles qui peuvent toucher la personne des pairs, comme quand un pair est accusé de quelque cas criminel qui touche ou peut toucher son corps, sa personne, son état, doivent être jugées la cour suffisamment garnie de pairs.

Les pairs ont toujours regardé ce privilege comme un des principaux attributs de la pairie : en effet, au lit de justice du 2 Mars 1386, ils ne réclamerent d'autre droit que celui de juger leurs pairs ; ce qui leur fut octroyé de bouche, & les lettres commandées, mais non expédiées.

Il est dit dans les registres du parlement, que le duc de Bourgogne, comme doyen des pairs, remontra à Charles VI. au sujet du procès criminel qu'on faisoit au roi de Navarre, qu'il n'appartenoit qu'aux seuls pairs de France d'être jugés des pairs leurs pareils. Il prouva en plein parlement, par le témoignage d'un chancelier, & d'un premier & second président au même parlement, que le feu roi avoit reconnu ce privilege ; & l'affaire mise en délibération, il lui en fut décerné acte, & ordonné qu'il en seroit fait registre.

Le premier Décembre 1373, l'évêque de Laon requit d'être renvoyé en parlement, selon le privilege de sa pairie ; ce privilege fut reconnu par l'évêque de Langres le 19 Novembre 1484.

Ce privilege est d'ailleurs confirmé par l'ordonnance du mois de Décembre 1365 ; par celle de 1366 ; celle du mois d'Avril 1453, art. 6. & encore plus récemment par l'édit du mois de Septembre 1610, art. 7. où en parlant des pairs, il est dit que c'est de leur nature & droit que les causes dans lesquelles leur état est intéressé doivent y être introduites & traitées.

Convocation des Pairs. Quoique les pairs aient droit de venir prendre leur place au parlement lorsqu'ils le jugent à propos, néanmoins comme ils y sont moins assidus que les magistrats, il arrive de tems en tems qu'on les convoque, soit pour juger un pair, soit pour quelqu'autre affaire qui intéresse l'honneur & la dignité de la pairie, ou autre affaire majeure pour laquelle il paroît à propos de réunir le suffrage de tous les membres de la compagnie.

L'usage de convoquer les pairs est fort ancien, puisqu'ils furent convoqués dès l'an 1202 contre Jean sans Terre, roi d'Angleterre, duc de Normandie & de Guyenne.

Ils furent aussi convoqués à Melun en 1216 sous Philippe-Auguste, pour décider le différend au sujet du comte de Champagne, entre le jeune Thibaut & Erard de Brienne ; les pairs étoient dèslors distingués des autres barons.

Dans le xiv. siecle, ils furent convoqués deux fois pour le procès du duc d'Alençon : en 1378, pour le duc de Bretagne, quoique la pairie lui fût contestée : en 1386, pour faire le procès au roi de Navarre sous Charles VII : en 1458, pour le procès du duc d'Alençon.

On peut voir dans le pere Anselme plusieurs exemples de ces convocations ou semonces des pairs faites en divers tems, selon que les occasions se sont présentées.

Une des dernieres est celle qui fut faite en 1727 pour le procès du duc de la Force.

Cette convocation des pairs ne se fait plus en matiere civile, même pour leur pairie ; mais elle se fait toujours pour leurs affaires criminelles.

Jusqu'au procès du maréchal de Biron, sous Henri IV. les rois ont assisté au jugement des procès criminels des pairs ; c'est pourquoi il est encore d'usage d'inviter le roi de venir prendre place au parlement lorsque l'on convoque les pairs.

Le cérémonial que l'on observe pour convoquer ou semoncer les pairs, est que pour inviter les princes du sang, lesquels sont pairs nés, on envoie un des greffiers de la grand'chambre, qui parle au prince ou à quelque officier principal de sa maison, sans laisser de billet ; à l'égard des autres pairs, le greffier y va la premiere fois, & s'il ne les trouve pas chez eux, il laisse un billet qui contient la semonce ; quand l'affaire dure plusieurs séances, c'est un autre que le greffier qui porte les billets aux pairs. C'est ainsi que l'on en usa dans l'affaire du duc de la Force ; les pairs furent priés de trouver bon qu'on ne fît que leur envoyer les billets, parce que les greffiers ne pouvoient suffire à tant de courses, sur-tout lorsque les affaires pressoient, ce qui fut agréé par les pairs.

Il y a des occasions, où sans convocation judiciaire, tous les pairs se réunissent avec les autres membres du parlement, comme ils firent le lendemain de la mort de Louis XIV. pour statuer sur le testament de ce prince & sur l'administration du royaume. Lett. hist. sur le parlement.

Ajournement des pairs. C'étoit autrefois un privilege des pairs de ne pouvoir être ajournés que par deux autres pairs, ce que l'on appelloit faire un ajournement en pairie. On tient que cette maniere d'ajourner étoit originairement commune à tous les Francs, qu'elle se conserva ensuite pour les personnes de distinction ; elle subsistoit encore au xiij. siecle en Normandie pour les nobles & pour les évêques.

A l'égard des pairs, cela fut pratiqué diversement en plusieurs occasions.

Sous le roi Robert, par exemple, le comte de Chartres fut cité par celui de Normandie.

Sous Louis le Jeune en 1153, les derniers ajournemens furent faits au duc de Bourgogne per nuntium ; mais il n'est pas dit quelle étoit la qualité de ce député.

Lors du différend que Blanche, comtesse de Champagne, & Thibaut son fils, eurent avec Erard de Brienne & Philippe sa femme, au sujet du comté de Champagne, la comtesse Blanche fut ajournée par le duc de Bourgogne & par deux chevaliers.

Dans un arrêt donné en 1224 contre la comtesse de Flandres, il est dit que c'étoit un privilege des pairs de ne pouvoir être ajournés que par deux chevaliers.

Ducange dit qu'en 1258 on jugea nécessaire un certain cérémonial, pour assigner un évêque, baron du royaume, quand il s'agissoit de sa baronie.

Philippe le Bel fit en 1292 ajourner Edouard I. roi d'Angleterre, à la cour des pairs, par les évêques de Beauvais & de Noyon, tous deux pairs de France.

Ce même Edouard ayant été ajourné en 1295, comme duc de Guyenne, pour assister en personne au procès d'entre Robert, duc de Bourgogne, & Robert, comte de Nevers, touchant le duché de Bourgogne, la publication de l'ajournement fut faite par le sénéchal de Périgord & par deux chevaliers.

Robert d'Artois fut ajourné en 1331 par des chevaliers & conseillers ; cependant l'ordonnance de Philippe VI. du mois de Décembre 1344, porte que quand un pair en ajournoit un autre, c'étoit par deux pairs, comme cela s'étoit déja pratiqué ; mais il paroît aussi qu'au lieu de pairs, on commettoit souvent des chevaliers & conseillers pour ajourner.

En effet, le prince de Galles fut ajourné en 1368, par un clerc de Droit, moult bien enlangagé, & par un moult noble chevalier.

Dans une cause pour l'évêque de Beauvais, le 23 Mars 1373, il fut dit que, suivant les ordonnances & style de la cour, les pairs avoient le privilege de ne pouvoir être ajournés que par deux pairs de lettres ; on entendoit apparemment par-là deux chevaliers en lois.

Ces formalités que l'on observoit pour ajourner un pair, avoient lieu même dans les affaires civiles des pairs ; mais peu-à-peu elles ne furent pratiquées que pour les causes criminelles des pairs ; encore pour ces causes criminelles les ajournemens en pairie ont paru si peu nécessaires, que sous Louis XI. en 1470, le duc de Bourgogne accusé de crime d'état, fut assigné en la cour des pairs par un simple huissier du parlement, d'où est venu le proverbe que sergent du roi est pair à comte ; c'est-à-dire qu'un sergent royal peut ajourner un pair de même que l'auroit fait un comte- pair.

Les pairs sont ajournés en vertu de lettres-patentes, lesquelles sont publiées par cri public : lorsqu'ils font défaut sur le premier ajournement, ils sont réassignés en vertu d'autres lettres ; l'ajournement doit être à long terme, c'est-à-dire que le délai doit être de trois mois, ainsi qu'il est dit dans un traité fait entre le roi Philippe le Bel, & les enfans de Guy, comte de Flandres, & les Flamans.

Rangs des pairs. Autrefois les pairs précédoient les princes non pairs, & entre les simples pairs & les princes qui étoient en même tems pairs, le rang se régloit selon l'ancienneté de leur pairie ; mais par une déclaration donnée à Blois en 1576, en réformant l'ancien usage, il fut ordonné que les princes précéderoient tous les pairs, soit que ces princes ne fussent pas pairs, ou que leurs pairies fussent postérieures à celles des autres pairs, & que le rang des princes qui sont les premiers pairs, se réglât suivant leur proximité à la couronne.

Les nouveaux pairs ont les mêmes droits que les anciens, ainsi que la cour l'observa à Charles VII. en 1458, lors du procès du duc d'Alençon ; & le rang se regle entr'eux, non pas suivant l'ordre de leur réception, mais suivant la date de l'érection de leurs pairies.

L'avocat d'un pair qui plaide en la grand'chambre doit être in loco majorum, c'est-à-dire à la place de l'appellant, quand même le pair pour lequel il plaide seroit intimé ou défendeur.

Les ambassadeurs du duc de Bourgogne, premier pair de France, eurent la préséance sur les électeurs de l'Empire au concile de Basle ; l'évêque & duc de Langres, comme pair, obtint la préséance sur l'archevêque de Lyon, par un arrêt du 16 Avril 1152, auquel l'archevêque de Lyon se conforma ; & à l'occasion d'une cause plaidée au parlement le 16 Janvier 1552, il est dit dans les régistres que les évêques pairs de France doivent précéder au parlement les nonces du pape.

Pair, alimens. Les auteurs qui ont parlé des pairs, tiennent que le Roi seroit obligé de nourrir un pair s'il n'avoit pas d'ailleurs de quoi vivre, mais on ne trouve pas d'exemple qu'aucun pair ait été réduit à cette extrémité.

Douaire des veuves des pairs. En 1306 Marguerite de Hainaut, veuve de Robert, comte d'Artois, demanda contre Mahaut, qui étoit alors comtesse d'Artois, que son douaire fût assigné sur les biens de ce comté, suivant la coutume qu'elle alléguoit être observée en pareil cas entre les pairs de France, au cas que l'on pût vérifier ladite coutume, sinon selon les conventions qui avoient été faites entre les parties ; après bien des faits proposés de part & d'autre, par arrêt donné ès enquêtes, des octaves de la Toussaint 1306, il fut jugé qu'il n'y avoit point de preuve suffisante d'aucune loi ni coutume pour les douaires des veuves des pairs, & il fut dit que ladite Marguerite auroit pour son douaire dans les biens du comté d'Artois, 3500 liv. tournois ; ce qui avoit été convenu entre les conjoints.

Amortissement. Par une ordonnance faite au parlement, de l'Epiphanie en 1277, il fut permis à l'archevêque de Rheims, & autres évêques pairs de France, d'amortir non pas leur domaine ni les fiefs qui étoient tenus d'eux immédiatement, mais seulement leurs arriere-fiefs ; au lieu qu'il fut défendu aux évêques non pairs d'accorder aucun amortissement.

Mais dans les vrais principes, le roi a seul vraiment le pouvoir d'amortir des héritages dans son royaume ; desorte que quand d'autres seigneurs, & les pairs même amortissent des héritages pour ce qui les touche, cet amortissement ne doit pas avoir d'effet ; & les gens d'église acquéreurs, ne sont vraiment propriétaires que quand le Roi leur a donné ses lettres d'amortissement, ainsi qu'il résulte de l'ordonnance de Charles V. du 8 Mai 1372.

Extinction de pairie. Lorsqu'il ne se trouve plus de mâles, ou autres personnes habiles à succéder au titre de la pairie, le titre de la pairie demeure éteint ; du reste la seigneurie qui avoit été érigée en pairie se regle à l'ordinaire pour l'ordre des successions.

Continuation de pairie. Quoiqu'une pairie soit éteinte, le roi accorde quelquefois des lettres de continuation de pairie en faveur d'une personne qui n'étoit pas appellée au titre de la pairie ; ces lettres different d'une nouvelle érection en ce qu'elles conservent à la pairie le même rang qu'elle avoit suivant son érection.

Justices des pairies. Suivant un arrêt du 6 Avril 1419, l'archevêque de Rheims avoit droit de donner des lettres de committimus dans l'étendue de sa justice.

Les pairs ont droit d'établir des notaires dans tous les lieux dépendans de leur duché.

Suivant la déclaration du 26 Janvier 1680, les juges des pairs doivent être licenciés en Droit, & avoir prêté le serment d'avocat.

Ressort des pairies au parlement. Autrefois toutes les affaires concernant les pairies ressortissoient au parlement de Paris, comme les causes personnelles des pairs y sont encore portées ; & même par une espece de connexité, l'appel de toutes les autres sentences de leurs juges, qui ne concernoient pas la pairie, y étoit aussi relevé sans que les officiers royaux ou autres, dont le ressort étoit diminué, pussent se plaindre. Ce ressort immédiat au parlement causoit de grands frais aux justiciables ; mais François I. pour y remédier, ordonna en 1527 que désormais les appels des juges des pairies, en ce qui ne concernoit pas la pairie, seroient relevés au parlement du ressort du parlement où la pairie seroit située, & tel est l'usage qui s'observe encore présentement.

Mouvance des pairies. L'érection d'une terre en pairie faisoit autrefois cesser la féodalité de l'ancien seigneur supérieur, sans que ce seigneur pût se plaindre de l'extinction de la féodalité ; la raison que l'on en donnoit, étoit que ces érections se faisoient pour l'ornement de la couronne ; mais ces graces étant devenues plus fréquentes, elles n'ont plus été accordées qu'à condition d'indemniser les seigneurs de la diminution de leur mouvance.

Sieges royaux ès pairies. Anciennement dans les villes des pairs, tant d'église que laïcs, il n'y avoit point de siege de bailliages royaux. Le roi Charles VI. en donna déclaration à l'évêque de Beauvais le 22 Avril 1422 ; & le 10 Janvier 1453, l'archevêque de Rheims, plaidant contre le roi, allégua que l'évêque de Laon, pour endurer audit Laon un siege du Bailli de Vermandois, avoit 60 liv. chacun an sur le roi ; mais cela n'a pas continué, & plusieurs des pairs l'ont souffert pour l'avantage de leurs villes. Il y eut difficultés pour savoir s'ils étoient obligés d'y admettre les officiers du grand maître des eaux & forêts, comme le procureur du roi le soutint le dernier Janvier 1459 ; cependant le 29 Novembre 1460, ces officiers furent par arrêt condamnés envers l'évêque de Noyon, pour les entreprises de jurisdiction qu'ils avoient faites en la ville de Noyon, où l'évêque avoit toute justice comme pair de France. Dutillet & Anselme. (A)

PAIRS, (Hist. d'Anglet.) le mot pairs, veut dire citoyens du même ordre. On doit remarquer qu'en Angleterre, il n'y a que deux ordres de sujets, savoir, les pairs du royaume & les communes. Les ducs, les marquis, les comtes, les vicomtes, les barons, les deux archevêques, les évêques, sont pairs du royaume, & pairs entr'eux ; de telle sorte, que le dernier des barons ne laisse pas d'être pair du premier duc. Tout le reste du peuple est rangé dans la classe des communes. Ainsi à cet égard, le moindre artisan est pair de tout gentilhomme qui est audessous du rang de baron. Quand donc on dit que chacun est jugé par les pairs, cela signifie que les pairs du royaume sont jugés par ceux de leur ordre, c'est-à-dire par les autres seigneurs, qui sont, comme eux, pairs du royaume. Tout de même un homme du peuple est jugé par des gens de l'ordre des communes, qui sont ses pairs à cet égard, quelque distance qu'il y ait entr'eux par rapport aux biens, ou à la naissance.

Il y a pourtant cette différence entre les pairs du royaume & les gens des communes ; c'est que tout pair du royaume a droit de donner sa voix au jugement d'un autre pair ; au lieu que les gens des communes ne sont jugés que par douze personnes de leur ordre. Au reste, ce jugement ne regarde que le fait : ces douze personnes, après avoir été témoins de l'examen public que le juge a fait des preuves produites pour & contre l'accusé, prononcent seulement qu'il est coupable ou innocent du crime dont on l'accuse : après quoi le juge le condamne ou l'absout, selon les lois. Telle est la prérogative des citoyens anglois depuis le tems du roi Alfred. Peut-être même que ce prince ne fit que renouveller & rectifier une coutume établie parmi les Saxons depuis un tems immémorial.

Le chevalier Temple prétend qu'il y a suffisamment de traces de cette coutume depuis les constitutions mêmes d'Odin, le premier conducteur des Goths asiatiques ou Getes en Europe, & fondateur de ce grand royaume qui fait le tour de la mer Baltique, d'où tous les gouvernemens gothiques de nos parties de l'Europe, qui sont entre le nord & l'ouest, ont été tirés. C'est la raison pourquoi cet usage est aussi ancien en Suede, qu'aucune tradition que l'on y ait ; & il subsiste encore dans quelques provinces. Les Normands introduisirent les termes de juré & de verdict, de même que plusieurs autres termes judiciaires ; mais les jugemens de douze hommes sont mentionnés expressément dans les lois d'Alfred & d'Ethelred.

Comme le premier n'ignoroit pas que l'esprit de domination, dont l'oppression est une suite naturelle, s'empare aisément de ceux qui sont en autorité, il chercha les moyens de prévenir cet inconvénient. Pour cet effet, il ordonne que dans tous les procès criminels, on prendroit douze personnes d'un même ordre, pour décider de la certitude du fait, & que les juges ne prononceroient leur sentence que sur la décision de ces douze.

Ce droit des sujets anglois, dont ils jouissent encore aujourd'hui, est sans doute un des plus beaux & des plus estimables qu'une nation puisse avoir. Un anglois accusé de quelque crime, ne peut être jugé que par ses pairs, c'est-à-dire par des personnes de son rang. Par cet auguste privilége, il se met hors de danger d'être opprimé, quelque grand que soit le crédit de ses ennemis. Ces douze hommes ou pairs, choisis avec l'approbation de l'accusé entre un grand nombre d'autres, sont appellés du nom collectif de jury. (D.J.)

PAIRS BOURGEOIS. Lorsque les villes eurent acquis le droit de commune, & de rendre elles-mêmes la justice à leurs citoyens, elles qualifierent leurs juges de pairs bourgeois, apparemment à l'instar des pairs de fief, qui y rendoient auparavant la justice pour les seigneurs.

PAIRS DE CHAMPAGNE. L'arrêt du parlement de 1388, rendu entre la reine Blanche & le comte de Joigny, fait mention que le comté de Champagne étoit décoré de sept comtes pairs & principaux membres de Champagne, lesquels siégeoient avec le comte de Champagne en son palais pour le conseiller. Ces sept pairs étoient les comtes de Joigny, de Rhetel, Brienne, Portier, Grandpré, Roucy, & Brairé, Traité de la Pairie, page 63.

PAIRS DES ECCLESIASTIQUES ; les cardinaux sont les pairs du pape, soit comme évêque de Rome, ou comme souverain.

Les évêques avoient autrefois pour pairs les dignités de leurs chapitres, qui souscrivoient leurs actes, tant pour les statuts de l'Eglise, que pour les graces qu'ils accordoient.

Pour ce qui regardoit le domaine de l'Eglise & les fiefs qui en dépendoient, les évêques avoient d'autres pairs qu'on appelloit les barons de l'évêque, ou de l'évêché, lesquels étoient les pairs & les juges des causes des fiefs des autres vassaux laïques des évêques. Voyez l'hist. de la Pairie, par Boulainvilliers : on peut voir aussi l'hist. de Verdun, aux preuves, page 88, où il est parlé des pairs ou barons de l'évêché de Verdun, qui étoient au nombre de quatre.

PAIRS DE HAINAULT. Dumées, titre 6, de sa Jurisprudence du Hainault, dit que leur origine est assez incertaine. L'auteur des annales de la province, tient que ces pairs & autres officiers héréditaires, furent institués par la comtesse Richilde & son fils Baudouin, après l'an 1076, lorsque se voyant dépossédés par Robert le Frison, du comté de Flandres où il y avoit des pairs, & voulant faire marcher en même rang leur comté de Hainault, ils instituerent douze pairs, qui étoient les seigneurs d'Avesnes, Lens, Roeux, Chimay, Barbençon, Rebaix, Longueville, Silly, Walincourt, Baudour, Chievres, & Quevy. Il y eut dans la suite d'autres terres érigées en pairies, telle que celle de Berlaymont, qui appartient aujourd'hui au comte d'Egmond.

Les princes rendoient autrefois la justice eux-mêmes ; les pairs étoient leur conseil, auquel on associa les prélats, barons & chevaliers.

Les guerres presque continuelles ne permettant pas aux princes & aux seigneurs de vaquer exactement à rendre la justice, on institua certain nombre de conseillers de robe choisis du corps des Avocats.

Cependant les pairs, prélats, barons, & chevaliers, n'ont pas cessé d'être membres du conseil de Hainault, auquel on donna le titre de noble & souveraine cour de Hainault.

C'est de-là que l'art. 30 de la coutume générale de Hainault, dit qu'en matiere de grande importance, si les parties plaidantes ou l'une d'elles, insistent au renforcement de cour, & qu'il soit jugé nécessaire, les pairs, prélats, nobles, & autres féodaux, seront convoqués pour y assister & donner leur avis.

PAIR DES MONNOIES REELLES, est le rapport qu'il y a entre les especes d'or & d'argent d'un état, & celles des états étrangers, ou le résultat de la comparaison faite de leur poids, titre & valeur intrinseque. Toutes les monnoies en général n'ont point de valeur réelle ; leur valeur est de convention, & dépend de la volonté du souverain : on appelle monnoie réelle, la valeur que la monnoie a par rapport à celle d'un autre pays, & ce rapport est le pair des monnoies.

PAIRS ou PRUDHOMMES, quelques coutumes se servent du terme de pairs, pour exprimer des prudhommes ou gentilshommes choisis à l'effet de faire des estimations. Voyez les Institutes, cout. de Loisel, liv. IV. tit. 3. nomb. 13. & les observations de Lauriere.

PAIRS DE VERMANDOIS ; les chanoines de Saint-Quentin sont appellés pares Viromandiae, & leur doyen est le douzieme des prélats appellés à la consécration de l'archevêque de Rheims.

PAIRS DES VILLES, ce sont les échevins ; ces officiers étant choisis entre les plus notables bourgeois pour être juges de leurs concitoyens, au-moins c'étoient eux qui rendoient autrefois la justice avec les comtes dont ils étoient comme les pairs ou les assesseurs ; & encore actuellement dans plusieurs villes, ils ont conservé quelque portion de l'administration de la justice. Voyez ECHEVINS, & Loiseau, en son Traité des Offices. (A)


PAIRES. f. (Gram.) ce mot signifie deux choses semblables, dont l'une ne se vend guere sans l'autre ; comme une paire de pendans d'oreilles, de bas, de gants, de jarretieres, de souliers, de manchettes, &c. Ce mot se dit aussi de certaines marchandises composées de deux parties pareilles, encore qu'elles ne soient point divisées : on dit en ce sens une paire de lunettes, de ciseaux, de mouchettes, &c. Enfin, ce mot se dit par extension d'une chose seule qui n'est point appareillée. Ainsi on dit une paire de tablettes, une paire de vergettes, pour dire, des tablettes, des vergettes. (D.J.)

PAIRE, en Anatomie, signifie un assemblage de deux nerfs qui ont tiré origine commune de la moëlle allongée, ou de la moëlle de l'épine, & qui se distribuent de-là dans toutes les parties du corps, l'un d'un côté, & l'autre de l'autre. Voyez NERF.

C'est dans ce sens que nous disons les dix paires de nerfs de la moëlle allongée, la premiere, la seconde, la troisieme, &c. les sept paires de nerfs cervicaux, la premiere, la seconde, la troisieme, &c. les douze paires dorsales, la premiere, la seconde, &c. les cinq paires lombaires, &c. Voyez CERVICAL, DORSAL, MBAIREAIRE.

PAIRE VAGUE, ou la huitieme paire, est une très-considérable conjugaison des nerfs de la moëlle allongée ; ils sont ainsi appellés à cause de leur distribution large & étendue dans plusieurs parties du corps. Voyez leur origine, leur cours, leur distribution, sous l'article VAGUE.


PAIREMENTadv. (Arithmétique) un nombre pairement pair, est celui qu'un nombre pair mesure par un nombre pair ; ainsi 16 est un nombre pairement pair, parce que le nombre pair huit le mesure par le nombre pair deux, qui est aussi un nombre pair.

Au contraire, un nombre pairement impair, ou impairement pair, est celui qu'un nombre pair mesure par un nombre impair ; tel est le nombre pair 18, que le nombre pair 2, mesure par le nombre impair 9. Voyez NOMBRE & PAIR.

Le nombre pairement pair est divisible exactement par quatre, c'est-à-dire, peut se diviser en quatre nombres entiers égaux ; le nombre pairement impair, ou impairement pair ne l'est point, & n'est divisible exactement que par deux, c'est-à-dire, n'est divisible qu'en deux nombres entiers égaux. (E)


PAIRIEvoyez l'article PAIR.


PAIRLES. m. (Blason) figure composée de trois latis mouvans des deux angles du chef & de la pointe, & qui se joignent au fort de l'écu, en forme d'y grec, ou espece de pal qui, mouvant du pié de l'écu, se divise en arrivant au milieu en deux parties égales, qui vont aboutir aux deux angles du chef. On dérive le mot pairle, les uns de palirum, parce qu'il en a la figure, n'étant représenté qu'à moitié ; d'autres ou de pergula, perche fourchue dont on se servoit autrefois pour suspendre les lampes & étendre les habits sacrés dans les sacristies ; ou de pariles, parce qu'il est fait de trois branches de longueur égale. Issoudun porte d'azur au pairle d'or, accompagné de trois fleurs de lis mal ordonnées de même.


PAISVoyez PAYS.


PAISAGEVoyez PAYSAGE.


PAISAGISTESVoyez PAYSAGISTES.


PAISANVoyez PAYSAN.


PAISIBLEadj. (Gram.) qui aime le repos & la paix. Il se dit des personnes ; un homme paisible ; une vie paisible.

PAISIBLE POSSESSION, (Jurisprud.) Voyez POSSESSION PAISIBLE.

PAISIBLE, (Maréchal) un cheval paisible est celui qui n'a aucune ardeur.


PAISSANTadj. en terme de Blason, se dit des vaches & des brebis qui ont la tête baissée pour paître. Berbisay en Bourgogne, d'azur à une brebis paissante d'argent sur une terrasse de sinople.


PAISSEVoyez MOINEAU.

PAISSE DE BOIS. Voyez PINÇON-MONTAIN.


PAISSEAUS. f. (Sergerie) c'est une étoffe de laine croisée, une espece de serge qui se fabrique en Languedoc, particulierement à Sommieres, & aux environs.

PAISSEAU, s. m. PAISSELER, v. act. (Gram. écon. rustique) c'est en quelques provinces un synonyme d'échalat. On dit dans ces endroits paisseler la vigne, pour la garnir d'échalats ; & on appelle paisselure, les brins menus de chanvre dont on se sert pour attacher l'échalat au sep.


PAISSOMMES. m. (Marine) c'est un bas-fond où il y a peu d'eau.


PAISSONS. m. (Jurisprud.) terme ancien, qui vient du latin pascere, & qui est encore usité en matiere d'eaux & forêts, pour exprimer le droit de pacage, ou l'exercice même de ce droit, c'est-à-dire l'acte même de faire paître les bestiaux ; il signifie aussi quelquefois les herbes & fruits que les bestiaux paissent dans les forêts & dans la campagne.

Le réglement général pour les eaux & forêts fait par Henri IV. au mois de Mai 1597, pour éviter les fraudes & les abus qui se commettoient par le passé sous couleur de délivrance d'arbres faite aux marchands adjudicataires de la paisson & glandée pour leur chauffage, ordonne qu'à l'avenir les paissons & glandées soient adjugées, sans qu'aux marchands paissonniens soient délivrés aucuns arbres pour leur chauffage ; mais seulement que ceux qui auront en garde les porcs à leur loge de bois traînant ès forêts ou de bois sec abattu au crochet.

L'article suivant porte, que dans les publications qui se feront des paissons & glandées avant l'adjudication d'icelles, sera comprise la quantité de porcs que pourra porter la glandée de la forêt, suivant l'estimation qui en aura été faite, & que le nombre des officiers usagers, & autres privilégiés ayant droit de paisson, sera restraint à proportion de ladite estimation.

Enfin l'article 35 défend aux usagers, officiers & autres ayant droit de paisson, d'y mettre d'autres porcs que de leur nourriture, sans qu'ils puissent vendre leur droit (de paisson) aux marchands paissonniers, ni que les marchands les puissent acheter d'eux, sous peine d'amende arbitraire & confiscation des porcs, & privation desdits droits & offices pour les usagers, officiers & privilégiés, & contre les marchands, sur peine d'amende arbitraire.

Le titre xviij. de l'ordonnance des eaux & forêts est intitulé, des ventes & adjudication des pascages, glandées & paissons ; il n'est cependant point parlé de paisson nommément dans le corps du titre, mais seulement du cas où il y aura assez de glands & de feines pour faire vente de glandée, & que l'on reglera le nombre des porcs qui seront mis en pacage ou glandée, tant pour les usagers que pour les officiers, ce qui fait connoître que paisson & pacage sont quelquefois synonymes ; & que la glandée est aussi prise le plus souvent pour paisson, parce que le gland est le fruit qui se trouve le plus communément dans les bois, propre à la nourriture des porcs. Voyez PACAGE.

Dans les bois de haute futaye la glandée n'est ouverte que depuis le premier Octobre jusqu'au premier Février ; il n'y a pendant ce tems-là que les propriétaires ou leurs fermiers, & les usagers, qui puissent envoyer des bestiaux dans la futaye. Voyez le titre xviij. de l'Ordonnance de 1669. (A)

PAISSON, s. m. terme de Gantier & de Peaussier, morceau de fer ou d'acier délié qui ne coupe pas, fait en maniere de cercle, large d'un demi-pié ou environ, & monté sur un pié de bois, servant à déborder & à ouvrir le cuir pour le rendre plus doux : les Gantiers disent paissonner, pour signifier étendre & tirer une peau sur le paisson. (D.J.)


PAITA(Géog. mod.) petite ville de l'Amérique méridionale, au Pérou, dans l'audience de Quito, avec un port qui ne peut guère passer que pour une baie. Long. 296. 56. lat. 5. 12.

La ville de Paita est située dans un canton fort stérile, dont le terrein n'est composé que de sable & d'ardoise. Elle ne contient qu'environ deux cent familles ; les maisons n'y sont que d'un étage, & n'ont que des murs de roseaux refendus & d'argille, & des toits de feuilles séches : cette maniere de bâtir, toute légere qu'elle paroît, est assez solide pour un pays où la pluie est un phénomène rare.

L'amiral Anson prit cette ville en 1741, avec cinquante soldats, la brûla, & partit avec un butin considérable qu'il enleva aux Espagnols. (D.J.)


PAITREv. act. (Gramm.) il se dit des animaux, c'est l'action de se nourrir des substances végétales éparses dans les campagnes. Les moutons paissent aux prés, les chevres aux collines, les cochons aux forêts.

PAITRE L'OISEAU, (Fauconnerie) la maniere de le faire est de le laisser manger par poses, & lui cacher quelquefois la chair de peur qu'il ne se débatte ; on lui fait plumer de petits oiseaux comme il faisoit aux bois ; la bonne chair est un peu de la cuisse ou du cou d'une vieille geline ; les entrailles aussi lui dilatent le boyau.


PAITRINS. m. (Boulang.) vaisseau dans lequel on pêtrit & l'on fait la pâte. Les paitrins des Boulangers sont des especes de huches ou coffres de bois à quatre ou six piés, suivant sa grandeur ; car il y en a où l'on peut paitrir jusqu'à vingt & vingt-quatre boisseaux de farine à-la-fois. Dans les petits paitrins, c'est-à-dire dans ceux qui ne peuvent contenir que sept ou huit boisseaux, le couvercle est attaché avec des couplets, & se leve sur le derriere comme aux bahus. Pour les grands, ils ont un couvercle coupé en deux, qui se tire à coulisse, par le moyen d'une piece de bois à rainure qui traverse la largeur du paitrin, & qui étant mobile, s'ôte & se remet à volonté ; près du paitrin se placent deux tables, l'une qu'on appelle le tour, ou table à tourner, & l'autre la table à coucher. (D.J.)


PAITRIRou PETRIR, v. n. (Boulang.) faire de la pâte pour en former ensuite du pain ou des pâtisseries, en les mettant cuire au four ; l'on commence toujours à paitrir la pâte destinée à faire du pain avec les mains ; mais souvent, lorsque l'ouvrage est difficile, & qu'il y a beaucoup de farine, on l'acheve avec les piés, quelquefois nuds, & quelquefois pour plus de propreté, enfermés dans un sac. Cette maniere de paitrir aux piés se fait assez souvent dans les paitrins même s'ils sont grands & solides, mais plus souvent encore sur une table placée à terre, où l'on étend la pâte qu'on veut achever aux piés. Les Pâtissiers en France paitrissent sur une espece de dessus de table mobile, qui a des bords de trois côtés, qu'ils appellent un tour, & quelquefois sur une table ordinaire. Savary. (D.J.)


PAITRISSEURou PETRISSEUR s. m. (Boulang.) celui qui paitrit dans la boulangerie où l'on fait du biscuit de mer. Les Boulangers sont pour ainsi dire de deux ordres, savoir les paitrisseurs & les gindres ou maîtres de pelle ; ceux-ci sont seuls chargés d'enfourner les galettes ; les autres ne font seulement que pêtrir la pâte & de la dresser en galettes : dans chaque boulangerie il y a deux paitrisseurs & un gindre.


PAIXS. f. (Droit nat. politique & moral) c'est la tranquillité dont une société politique jouit ; soit au-dedans, par le bon ordre qui regne entre ses membres, soit au-dehors, par la bonne intelligence dans laquelle elle vit avec les autres peuples.

Hobbes a prétendu que les hommes étoient sans cesse dans un état de guerre de tous contre tous ; le sentiment de ce philosophe atrabilaire ne paroît pas mieux fondé que s'il eût dit, que l'état de la douleur & de la maladie est naturel à l'homme. Ainsi que les corps physiques, les corps politiques sont sujets à des révolutions cruelles & dangereuses ; quoique ces infirmités soient des suites nécessaires de la foiblesse humaine, elles ne peuvent être appellées un état naturel. La guerre est un fruit de la dépravation des hommes ; c'est une maladie convulsive & violente du corps politique, il n'est en santé, c'est-à-dire dans son état naturel que lorsqu'il jouit de la paix ; c'est elle qui donne de la vigueur aux empires ; elle maintient l'ordre parmi les citoyens ; elle laisse aux lois la force qui leur est nécessaire ; elle favorise la population, l'agriculture & le commerce ; en un mot elle procure aux peuples le bonheur qui est le but de toute société. La guerre au contraire dépeuple les états ; elle y fait regner le désordre ; les lois sont forcées de se taire à la vûe de la licence qu'elle introduit ; elle rend incertaines la liberté & la propriété des citoyens ; elle trouble & fait négliger le commerce ; les terres deviennent incultes & abandonnées. Jamais les triomphes les plus éclatans ne peuvent dédommager une nation de la perte d'une multitude de ses membres que la guerre sacrifie ; ses victoires mêmes lui font des plaies profondes que la paix seule peut guérir.

Si la raison gouvernoit les hommes ; si elle avoit sur les chefs des nations l'empire qui lui est dû, on ne les verroit point se livrer inconsidérément aux fureurs de la guerre, ils ne marqueroient point cet acharnement qui caractérise les bêtes féroces. Attentifs à conserver une tranquillité de qui dépend leur bonheur, ils ne saisiroient point toutes les occasions de troubler celle des autres ; satisfaits des biens que la nature a distribués à tous ses enfans, ils ne regarderoient point avec envie ceux qu'elle a accordés à d'autres peuples ; les souverains sentiroient que des conquêtes payées du sang de leurs sujets, ne valent jamais le prix qu'elles ont coûté. Mais par une fatalité déplorable, les nations vivent entr'elles dans une défiance réciproque ; perpétuellement occupées à repousser les entreprises injustes des autres, ou à en former elles-mêmes, les prétextes les plus frivoles leur mettent les armes à la main, & l'on croiroit qu'elles ont une volonté permanente de se priver des avantages que la Providence ou l'industrie leur ont procurés. Les passions aveugles des princes les portent à étendre les bornes de leurs états ; peu occupés du bien de leurs sujets, ils ne cherchent qu'à grossir le nombre des hommes qu'ils rendent malheureux. Ces passions allumées ou entretenues par des ministres ambitieux, ou par des guerriers dont la profession est incompatible avec le repos, ont eu dans tous les âges les effets les plus funestes pour l'humanité. L'histoire ne nous fournit que des exemples de paix violées, de guerres injustes & cruelles, de champs dévastés, de villes réduites en cendres. L'épuisement seul semble forcer les princes à la paix ; ils s'apperçoivent toujours trop tard que le sang du citoyen s'est mêlé à celui de l'ennemi ; ce carnage inutile n'a servi qu'à cimenter l'édifice chimérique de la gloire du conquérant, & de ses guerriers turbulens ; le bonheur de ses peuples est la premiere victime qui est immolée à son caprice ou aux vûes intéressées de ses courtisans.

Dans ces empires, établis autrefois par la force des armes, ou par un reste de barbarie, la guerre seule mene aux honneurs, à la considération, à la gloire ; des princes ou des ministres pacifiques sont sans cesse exposés aux censures, au ridicule, à la haine d'un tas d'hommes de sang, que leur état intéresse au desordre. Probus guerrier doux & humain, est massacré par ses soldats pour avoir décelé ses dispositions pacifiques. Dans un gouvernement militaire le repos est pour trop de gens un état violent & incommode ; il faut dans le souverain une fermeté inaltérable, un amour invincible de l'ordre & du bien public, pour résister aux clameurs des guerriers qui l'environnent. Leur voix tumultueuse étouffe sans cesse le cri de la nation, dont le seul intérêt se trouve dans la tranquillité. Les partisans de la guerre ne manquent point de prétextes pour exciter le desordre & pour faire écouter leurs voeux intéressés : " c'est par la guerre, disent-ils, que les états s'affermissent ; une nation s'amollit, se dégrade dans la paix ; sa gloire l'engage à prendre part aux querelles des nations voisines, le parti du repos n'est celui que des foibles ". Les souverains trompés par ces raisons spécieuses, sont forcés d'y céder ; ils sacrifient à des craintes, à des vûes chimériques la tranquillité, le sang & les trésors de leurs sujets. Quoique l'ambition, l'avarice, la jalousie, & la mauvaise foi des peuples voisins ne fournissent que trop de raisons légitimes pour recourir aux armes, la guerre seroit beaucoup moins fréquente, si on n'attendoit que des motifs réels ou une nécessité absolue de la faire ; les princes qui aiment leurs peuples, savent que la guerre la plus nécessaire est toujours funeste, & que jamais elle n'est utile qu'autant qu'elle assure la paix. On disoit au grand Gustave, que par ses glorieux succès il paroissoit que la Providence l'avoit fait naître pour le salut des hommes ; que son courage étoit un don de la toute-puissance, & un effet visible de sa bonté. Dites plûtôt de sa colere, répartit le conquérant ; si la guerre que je fais est un remede, il est plus insupportable que vos maux.

PAIX, TRAITE DE, (Droit Politique) Les conventions qui mettent fin à la guerre, sont ou principales ou accessoires. Les conventions principales sont celles qui terminent la guerre, ou par elles-mêmes comme un traité de paix, ou par une suite de ce dont on est convenu, comme quand on a remis la fin de la guerre à la décision du sort, ou au succès d'un combat, ou au jugement d'un arbitre. Les conventions accessoires sont celles qu'on ajoute quelquefois aux conventions principales pour les confirmer & en rendre plus sûre l'exécution. Tels sont les ôtages, les gages, les garanties.

La premiere question qui se présente ici, c'est, si les conventions publiques, les traités de paix sont celles que les peuples doivent regarder comme les plus sacrées & les plus inviolables, rien n'est plus important au repos & à la tranquillité du genre humain. Les princes & les nations n'ayant point de juge commun qui puisse connoître & décider de la justice de la guerre, on ne pourroit jamais compter sur un traité de paix, si l'exception d'une crainte injuste avoit ici lieu ordinairement : je dis ordinairement, car dans les cas où l'injustice des conditions d'un traité de paix est de la derniere évidence, & que le vainqueur injuste abuse de sa victoire, au point d'imposer au vaincu les conditions les plus dures, les plus cruelles, & les plus insupportables, le droit des nations ne sauroit autoriser de semblables traités, ni imposer aux vaincus l'obligation de s'y soumettre soigneusement. Ajoutons encore, que bien que le droit ordonne qu'à l'exception du cas dont nous venons de parler, les traités de paix soient observés fidelement, & ne puissent pas être annullés sous le prétexte d'une contrainte injuste, il est néanmoins incontestable que le vainqueur ne peut pas profiter en conscience des avantages d'un tel traité, & qu'il est obligé par la justice intérieure, de restituer tout ce qu'il peut avoir acquis dans une guerre injuste.

Une autre question, c'est de savoir si un souverain ou un état doit tenir les traités de paix & d'accommodement qu'il a faits avec des sujets rébelles. Je réponds,

1°. Que lorsqu'un souverain a réduit par les armes les sujets rébelles, c'est à lui à voir comment il les traitera.

2°. Mais s'il est entré avec eux dans quelque accommodement, il est censé par cela seul leur avoir pardonné tout le passé ; desorte qu'il ne sauroit légitimement se dispenser de tenir sa parole, sous prétexte qu'il l'avoit donnée à des sujets rébelles. Cette obligation est d'autant plus inviolable, que les souverains sont sujets à traiter de rébellion une désobéissance ou une résistance, par laquelle on ne fait que maintenir ses justes droits, & s'opposer à la violation des engagemens les plus essentiels des souverains ; l'histoire n'en fournit que trop d'exemples.

Il n'y a que celui qui a droit de faire la guerre, qui ait le droit de la terminer par un traité de paix : en un mot, c'est ici une partie essentielle de la souveraineté. Mais un Roi prisonnier pourroit-il conclure un traité de paix valable & obligatoire pour la nation ? Je ne le pense pas : car il n'y a nulle apparence, & l'on ne sauroit présumer raisonnablement, que le peuple ait voulu conférer la souveraineté à quelqu'un, avec pouvoir de l'exercer sur les choses les plus importantes, dans le tems qu'il ne seroit pas maître de sa propre personne ; mais à l'égard des conventions qu'un roi prisonnier auroit faites, touchant ce qui lui appartient en particulier, elles sont valides sans contredit. Que dirons-nous d'un roi chassé de ses états ? S'il n'est dans aucune dépendance de personne, il peut sans doute faire la paix.

Pour connoître sûrement de quelles choses un roi peut disposer par un traité de paix, il ne faut que faire attention à la nature de la souveraineté, & à la maniere dont il la possede.

Dans les royaumes patrimoniaux, à les considérer en eux-mêmes, rien n'empêche que le roi n'aliene la souveraineté, ou une partie.

Mais les rois qui ne possedent la souveraineté qu'à titre d'usufruit, ne peuvent par aucun traité aliéner de leur chef, ni la souveraineté entiere, ni aucune de ses parties : pour valider de telles aliénations, il faut le consentement de tout le peuple, ou des états du royaume.

3°. A l'égard du domaine de la couronne, il n'est pas non plus pour l'ordinaire au pouvoir du souverain de l'aliéner.

4°. Pour ce qui est des biens des particuliers, le Souverain a, comme tel, un droit éminent sur les biens des sujets, & par conséquent il peut en disposer, & les aliéner par un traité, toutes les fois que l'utilité publique ou la nécessité la demandent, bien entendu que l'état doit dans ce cas là dédommager les particuliers du dommage qu'ils souffrent au-delà de leur quote-part.

Pour bien interprêter les clauses d'un traité de paix, & pour en bien déterminer les effets, il ne faut que faire attention aux regles générales de l'interprétation, & à l'intention des parties contractantes.

1°. Dans tout traité de paix, s'il n'y a point de clause au contraire, on présume que l'on se tient réciproquement quittes de tous les dommages causés par la guerre ; ainsi les clauses d'amnistie générale ne sont que pour une plus grande précaution.

2°. Mais les dettes des particuliers à particuliers déja contractées avant la guerre, & dont on n'avoit pas pu pendant la guerre exiger le payement, ne sont point censées éteintes par le traité de paix.

3°. Les choses mêmes que l'on ignore avoir été commises, soit qu'elles l'ayent été avant ou pendant la guerre, sont censées comprises dans les termes généraux, par lesquelles on tient quitte l'ennemi de tout le mal qu'il nous a fait.

4°. Il faut rendre tout ce qui peut avoir été pris depuis la paix conclue, cela n'a point de difficulté.

5°. Si dans un traité de paix on fixe un certain terme pour l'accomplissement des conditions dont on est convenu, ce terme doit s'entendre à la derniere rigueur ; ensorte que lorsqu'il est expiré, le moindre retardement n'est pas excusable, à moins qu'il ne provînt d'une force majeure, ou qu'il ne paroisse manifestement que ce délai ne vient d'aucune mauvaise intention.

6°. Enfin il faut remarquer que tout traité de paix est par lui-même perpétuel, & pour parler ainsi, éternel de sa nature, c'est-à-dire, que l'on est censé de part & d'autre être convenu de ne prendre jamais plus les armes au sujet des démêlés qui avoient allumé la guerre, & de les tenir désormais pour entiérement terminés.

Je crois, (c'est M. de Montesquieu qui me fournit cette derniere observation) " Je crois, dit-il, que le plus beau traité de paix dont l'histoire ait parlé, est celui que Gélon, roi de Syracuse, fit avec les Carthaginois. Il voulut qu'ils abolissent la coutume d'immoler leurs enfans. Chose admirable ! Après avoir défait trois cent mille Carthaginois, il exigeoit une condition qui n'étoit utile qu'à eux, ou plutôt il stipuloit pour le genre humain. " (D.J.)

PAIX RELIGIEUSE, (Hist. mod. Politique) pax religiosa ; c'est ainsi qu'on nomme en Allemagne une convention ou traité conclu en 1555, entre l'empereur Charles - Quint & les princes & états Protestans, par lequel l'exercice de la religion Luthérienne ou confession d'Augsbourg étoit permis dans tout l'Empire. Les princes Protestans demeuroient en possession des biens ecclésiastiques dont ils s'étoient emparés, sans cependant pouvoir s'en approprier de nouveaux ; tous les Protestans étoient soustraits à la jurisdiction du pape. Cet acte est encore regardé comme faisant une des loix fondamentales de l'empire d'Allemagne. En 1629 l'empereur Ferdinand II. poussé par un zele aveugle, ou peut-être par l'envie d'exercer un pouvoir absolu dans l'Empire, sans avoir égard à la paix religieuse, publia un édit, par lequel il ordonnoit aux Protestans de l'Empire, de restituer aux ecclésiastiques catholiques les biens qui leur avoient été enlevés durant les troubles précédens. Les princes protestans, comme il étoit facile de le prévoir, ne voulurent point se soumettre à une loi qui leur paroissoit si dure, ce qui donna lieu à une guerre civile qui désola toute l'Allemagne pendant 30 ans, & qui ne fut terminée que par la paix de Westphalie en 1648.

PAIX, (Critiq. sacrée) ce mot a dans l'Ecriture une signification fort étendue, & toujours favorable. Il se prend pour alliance, amitié, concorde, bonheur, prospérité. La justice & la paix sont étroitement liées ensemble, dit David, Ps. lxxxiv. 11. en parlant d'un heureux gouvernement. L'Evangile de paix, Eph. ij. 17. c'est l'Evangile de J. C. Etre enséveli en paix, c'est mourir dans la sécurité d'une bonne conscience. On lit dans les Juges vj. 23. ces paroles, que la paix soit avec vous, ne craignez point, vous ne mourrez point ; c'est que c'étoit une opinion commune chez les Juifs, que quiconque avoit vu un ange, devoit s'attendre à mourir bien-tôt.

Ce qui est ferme & stable, est encore appellé du nom de paix ; do ei pacem foederis, Nomb. xxv. 12. c'est-à-dire, je lui fais une promesse irrévocable. Enfin la paix de l'Evangile, signifie le bonheur à venir que J. C. le prince de la paix, promet à tous les fideles. (D.J.)

PAIX, LE BAISER DE, (Hist. eccles.) Le baiser de paix se donnoit dans la liturgie gallicane après la lecture des diptyques, & de la priere qu'on nommoit la collecte. Ce baiser ou cette action de s'embrasser & de se baiser alors, s'appelle aussi paix. L'archidiacre donnoit la paix au premier évêque qui la donnoit au suivant, & ainsi successivement par ordre. Le peuple en faisoit de même, les hommes & les femmes séparément. L'eglise Romaine ne donnoit la paix qu'après la consécration. Le pape Innocent I. reprend ceux qui donnoient la paix auparavant.

PAIX, (Mythol. & Littérat.) Les Grecs & les Romains honoroient la paix comme une grande déesse. Les Athéniens lui dresserent des statues sous le nom d' ; mais elle fut encore plus célébrée chez les Romains qui lui érigerent dans la rue sacrée le plus grand & le plus magnifique temple qui fût dans Rome. Ce temple dont les ruines, & même une partie des voûtes restent encore sur pié, fut commencé par Agrippine, & depuis achevé par Vespasien. Josephe dit que les empereurs Vespasien & Titus y déposerent les riches dépouilles qu'ils avoient enlevées au temple de Jerusalem.

C'étoit dans le temple de la paix que s'assembloient ceux qui professoient les beaux Arts, pour y discuter leurs prérogatives, afin qu'en présence de la divinité, toute aigreur fût bannie de leurs disputes. Ce temple fut ruiné par un incendie sous le regne de l'empereur Commode.

Baronius a raison, de soutenir qu'il n'y a jamais eu à Rome d'autre temple de la paix, & que ce que quelques modernes débitent de celui qui vint à tomber à la naissance de Jesus-Christ, est une pure fable. Il est vrai cependant que cette déesse eut à Rome, avant Vespasien, des autels, un culte & des statues. Ovide dit au I. livre des fastes :

Ipsum nos carmen deduxit pacis ad aram,

Frondibus Actiacis comtos redimita capillos

Pax ades, & toto mitis in orbe mane.

Nous voyons là un autel de la paix ; voici des statues de cette déesse. Dion nous apprend que le peuple Romain ayant fourni une somme d'argent considérable pour ériger une statue en l'honneur d'Auguste, ce prince aima mieux employer cette somme à faire élever des statues au salut du public, à la concorde & à la paix.

La légende pax Augusti, est fréquente sur les médailles de Galba. A la mort de Néron, diverses parties de l'empire s'ébranlerent : Nymphidius Sabinus à Rome, Fonteius Capito en Germanie, Clodius Macer en Afrique, étoient sur le point de causer de grands troubles qui furent prévenus par la mort des rebelles ; ces heureux commencemens donnerent occasion de représenter la paix, brûlant d'une main les instrumens de la guerre, & portant de l'autre les fruits de la tranquillité. (D.J.)

PAIX, (Iconol. & Monum. antiq.) Chez les Grecs la paix étoit figurée par une déesse qui porte à bras ouverts le dieu Plutus, enfant. Chez les Romains on trouve ordinairement la paix représentée avec un rameau d'olivier, quelquefois avec des aîles, tenant un caducée, & ayant un serpent à ses piés. On lui donne aussi une corne d'abondance. L'olivier est le symbole de la paix. Le caducée est le symbole du négociateur Mercure, pour marquer la négociation qui a procuré la paix. Dans une médaille d'Antonin le Pieux, la paix tient de la main droite une branche d'olivier, & brûle de la gauche des boucliers & des cuirasses. Cette idée n'étoit pas nouvelle, mais elle étoit ingénieuse. (D.J.)

PAIX, (Jurisprud.) du latin pacisci. Dans les anciennes ordonnances ce terme est quelquefois pris pour convention. Voyez l'ordonnance de Charles V. du mois de Janvier 1364, tome IV. page 527, & le mot PACTE. (A)

PAIX, ou tréve de Dieu, étoit une cessation d'armes, depuis le soir du mercredi de chaque semaine, jusqu'au lundi matin, que les ecclésiastiques & les princes religieux firent observer dans le tems où il étoit permis aux particuliers de tuer le meurtrier de leur parent, ou de se venger par leurs mains en tel autre cas que ce fût. Voyez FAIDE.


PAJOMIRIOBAS. f. (Botan. exot.) nom donné par Pison à un petit arbrisseau légumineux du Brésil, que Tournefort appelle cassia americana foetida, foliis oblongis glabris, en françois le cassier puant, sena occidentalis, odore opii viroso, orobi pannonici foliis mucronatis, glabra. Hort. Lugd. Bat.

Il pousse de sa racine plusieurs tiges, longues d'environ trois piés, ligneuses, vertes, noueuses, divisées chacune en beaucoup de rameaux, & chaque rameau portant huit à neuf feuilles rangées vis-à-vis l'une de l'autre, par paires sur une côte, assez longues, pointues ; ses fleurs naissent au sommet des rameaux, petites, composées chacune de cinq feuilles semblables à celles de la casse, mais plus petites & tout-à-fait jaunes : à ces fleurs succedent des gousses longues de cinq ou six pouces, rondes, un peu applaties, courbées ; elles prennent en mûrissant une couleur brune ; la racine de la plante est longue, grosse de deux pouces, ligneuse, droite, de couleur jaunâtre en-dehors, blanche en-dedans, sans odeur ni goût apparent : ce cassier fleurit toute l'année ; ses feuilles sont purgatives & d'un goût très-desagréable. (D.J.)


PAJONISTESS. m. (Hist. ecclés.) nom que les Protestans ont donné aux sectateurs de Pajon : ce Pajon parut parmi les Calvinistes ; il raffina sur l'Arminianisme. Ceux d'entre les ministres que la diversité des sentimens de Calvin sur la grace efficace & la prédestination avoit révoltés, embrasserent ses sentimens, qui furent condamnés à Rotterdam en 1686, dans un synode appellé le synode Wallon.


PAKS. m. (Hist. nat. Zoolog.) paca, animal quadrupede, qui a environ un pié de longueur, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue. La tête est grosse ; il a les oreilles petites & pointues, la queue courte & cinq doigts à chaque pié. Le poil est court & rude ; le dessous du corps a une couleur fauve foncée, & le dessous est d'un blanc jaunâtre. Il y a sur les côtés trois bandes étroites & longitudinales d'un blanc jaunâtre. Cet animal se trouve dans la Guyane & au Brésil. On l'a rapporté au genre du lapin. M. Brisson, regn. anim. Le pak est très bon à manger. Voyez Pison, hist. nat. lib. III. (I)


PAKLAKENSS. m. (draperie étrang.) sorte de draps qui se fabriquent en Angleterre ; ils s'envoient ordinairement en blanc & non teints ; les pieces sont de trente-sept à trente-huit aunes.


PALvoyez MILANDRE.

PAL, s. m. (Charpent.) ou pieux ; c'est une piece de bois longue & taillée en pointe, que l'on fiche en terre pour servir de défense ou de barriere, & pour fermer ou servir de clôture. (D.J.)

PAL, s. m. (Terme de Blason) piece honorable de l'écu ; c'est la représentation du pal ou pieu posé debout qui comprend toute la hauteur de l'écu, depuis le dessus du chef jusqu'à la pointe. Quand il est seul il doit contenir le tiers de la largeur de l'écu ; quand il est nombre impair, on le rétrécit de façon, que si l'on en met deux, ils comprennent deux cinquiemes de l'écu ; si l'on en met trois, ils comprennent les trois septiemes ; & alors on spécifie le nombre des pieces, aussi-bien que celles dont ils sont accotés & chargés.

Il y a aussi des pals cometés & flamboyans qui sont pointus & en ondes. Les cometés sont mouvans du chef, les flamboyans de la pointe. Les pals dans les armoiries sont des marques de jurisdiction. On appelle un écu palé, quand il est chargé également de pals, de métal & de couleur. Contrepalé se dit lorsque l'écu est coupé, & que les demi pals du chef, quoique d'émaux semblables à ceux de la pointe, sont néanmoins différens en leur rencontre ; ensorte que si le premier du chef est de métal, celui qui lui répond au-dessous, doit être de couleur. On l'appelle palissé, quand il y a des pals aiguisés, dont on fait les palissades pour la défense des places. Ducange croit que ce mot vient de pallea, qui signifioit un tapis, ou une piece d'étoffe de soie ; & que les anciens appelloient pales les tapisseries qui couvroient les murailles, & disoient paler, pour dire, tapisser. Ménetrier.


PAL-A-PLANCHES. m. (Arch. hydraul.) dosse affutée par un bout pour être pilotée, & entretenir une fondation, un batardeau, &c. Cet affutement est tantôt à moitié de la planche, tantôt en écharpe, & toujours d'un même sens afin qu'il soit plus solide. On coupe ces dosses en onglet, & à chanfrin, pour mieux couler dans la rainure les unes dans les autres.

On appelle vannes les pal-à-planches, quand on les couche en long du bâtardeau. Voyez le traité des ponts & chaussées, p. 184. Daviler.


PALAS. m. (Botan. exot.) grand arbre du Malabar, qui porte des siliques à cinq pieces fort étroites, fort longues, & pleines d'un suc laiteux. Son écorce réduite en décoction, passe pour relâcher le ventre. On la prescrit avec du sel & du poivre pour fortifier l'estomac ; mais elle doit plutôt l'enflammer. (D.J.)


PALABRES. f. (Commerce) On appelle ainsi sur les côtes d'Afrique, particuliérement à Loango de Boirie, à Melindo & à Cabindo, situés sur celles d'Angola, ce qu'on nomme avanie dans le levant, c'est-à-dire, un présent qu'il faut faire aux petits rois & aux capitaines negres, sur le moindre sujet de plainte qu'ils ont réellement, ou qu'ils feignent d'avoir contre les Européens qui font la traite, sur-tout lorsqu'ils se croient les plus forts. Ces palabres se payent en marchandises, en eau-de-vie & autres choses semblables, suivant la qualité de l'offense, ou plutôt la volonté de ces Barbares. Voyez AVANIE, Diction. de commerce. (G)


PALACIOS(Géog. mod.) ville ou bourg d'Espagne dans l'Andalousie, sur la route de Séville à Cadix. Long. 12. 24. lat. 37. 4. (D.J.)


PALADES. f. (Marine) mouvement des pales des rames, par lequel, en entrant dans l'eau, elles font avancer le bâtiment. Chaque palade ne fait avancer la meilleure de nos galeres que de dix-huit piés.


PALADINS. f. (Hist. de la Chevalerie) On appelloit autrefois paladins, ces fameux chevaliers errans, qui cherchoient des occasions pour signaler leur valeur & leur galanterie. Les combats & l'amour étoient leur unique occupation ; & pour justifier qu'ils n'étoient pas des hommes vulgaires, ils publioient de toutes parts, que leurs maîtresses étoient les plus belles personnes qui fussent au monde, & qu'ils obligeoient ceux qui n'en conviendroient pas volontairement, de l'avouer, ou de perdre la vie.

On dit que cette manie commença dans la cour d'Artus, Roi d'Angleterre, qui recevoit avec beaucoup de politesse & de bonté les chevaliers de son royaume & ceux des pays étrangers, lorsqu'ils s'étoient acquis par leur défi, la réputation de braves & de galans chevaliers. Lancelot étant arrivé à la cour de ce prince, devint amoureux de la reine Genevre, & se déclara son chevalier ; il parcourut toute l'île ; il livra divers combats dont il sortit victorieux, & se rendant ainsi fameux par ses faits guerriers, il publia la beauté de sa maîtresse, & la fit reconnoître pour être infiniment au-dessus de toutes les autres beautés de la terre. Tristan, d'un autre côté, amoureux de la reine Issorte publioit de même la beauté & les graces de sa maîtresse, avec un défi à tous ceux qui ne le reconnoîtroient pas.

L'amour qui est fondé sur le bonheur attaché au plaisir des sens, sur le charme d'aimer & d'être aimé, & encore sur le desir de plaire aux femmes, se porte plus vers une de ces trois choses, que vers les deux autres, selon les circonstances différentes dans chaque nation & dans chaque siecle. Or dans le tems des combats établis par la loi des Lombards, ce fut, dit M. de Montesquieu, l'esprit de galanterie qui dut prendre des forces. Des paladins, toujours armés dans une partie du monde pleine de châteaux, de forteresses & de brigands, trouvoient de l'honneur à punir l'injustice, & à défendre la foiblesse. De-là encore, dans nos romans, la galanterie fondée sur l'idée de l'amour, jointe à celle de force & de protection. Ainsi naquit la galanterie, lorsqu'on imagina des hommes extraordinaires, qui, voyant la vertu jointe à la beauté & à la foiblesse, furent portés à s'exposer pour elle dans les dangers, & à lui plaire dans les actions ordinaires de la vie. Nos romans de chevalerie flatterent ce desir de plaire, & donnerent à une partie de l'Europe cet esprit de galanterie, que l'on peut dire avoir été peu connu par les anciens.

Le luxe prodigieux de cette immense ville de Rome flatta l'idée des plaisirs des sens. Une certaine idée de tranquillité dans les campagnes de la Grece, fit décrire les sentimens de l'amour, comme on peut le voir dans les romans grecs du moyen âge. L'idée des paladins, protecteurs de la vertu & de la beauté des femmes, conduisit à celle de galanterie. Cet esprit se perpétua par l'usage des Tournois, qui, unissant ensemble les droits de la valeur & de l'amour, donnerent encore à la galanterie une grande importance. Esprit des lois. (D.J.)


PALAEA(Géog. anc.) ville de l'île de Cypre, Strabon la place entre Citium & Amathus. Lusignan dit qu'elle se nomme aujourd'hui Pélandre.


PALAEAPOLIou PALAEOPOLIS, (Géog. anc.) ville d'Italie dans la Campanie, & au même endroit où est aujourd'hui la ville de Naples. Palaeapolis étoit, à ce qu'on croit, une partie de l'ancienne Parthénope. On lui donne le nom de Palaeapolis, c'est-à-dire vieille ville, pour la distinguer de Naples, dont le nom vouloit dire nouvelle ville, & qui étoit bâtie tout auprès. C'étoit le même peuple qui habitoit les deux villes, & c'étoit une colonie de Cumes. L'auteur des Délices d'Italie parle de Palaeapolis comme d'une ville détruite, dont le terrein est aujourd'hui renfermé dans Naples. Il dit qu'il falloit que Palaeapolis fût bien grande, puisque depuis l'archevêché jusqu'à S. Pierre à Mazella on voit encore beaucoup de masures, que les antiquaires prétendent être des restes de cette ancienne Palaeapolis. (D.J.)


PALAEOCHORI(Géog. mod.) nom moderne de l'ancien Rhus, bourg de l'Attique, dont parle Pausanias. MM. Spon & Whéeler disent qu'on y voit d'anciennes inscriptions, & cela est si vrai, que M. Fourmont y en a encore trouvé de son côté en 1729, une entr'autres fort singuliere, à l'occasion de ces tonnerres qui se firent entendre aux Perses, lorsqu'ils voulurent descendre dans la plaine, quelque tems avant la bataille de Platée. Le prêtre grec à la priere duquel on crut que ces tonnerres avoient grondés, & la patrie des troupes pour lesquelles il prioit, y sont désignées. (D.J.)


PALAESCEPSIS(Géog. anc.) ville de la Troade, auprès d'Adramyte. Pline, l. V. c. xxx. & Ptolomée, l. V. c. ij. parlent de cette ville. Strabon, l. XIII. dit qu'elle étoit bâtie au-dessus de Cébrene, auprès de la plus haute partie du mont Ida, & qu'elle avoit reçu ce nom à cause qu'on la pouvoit voir de loin ; il ajoute qu'elle fut depuis transférée 40 stades plus bas, & que la nouvelle ville fut nommée Scepsis, Palaescepsis s'appelle maintenant Elmachini.


PALAESTINA-AQUA(Géog. anc.) on trouve ce mot dans un vers d'Ovide, Frastor. l. II. v. 464.

Inque Palaestinae margine sedit aquae.

Il s'agit ici des eaux du Tigre dans l'endroit où il mouille la Sittacene, contrée nommée Palestine par Pline, l. XII. c. xvij. (D.J.)


PALAISS. m. en Anatomie, est la chair qui compose le dedans, c'est-à-dire la partie supérieure & intérieure de la bouche. Voyez BOUCHE.

Du Laurens dit que ce mot vient du latin pali, parce que le palais est enfermé par deux rangs de dents, semblables à de petits pieux, que les Latins nommoient pali.

Le palais est une espece de petite voûte ou ceintre ; il est tapissé d'une tunique glanduleuse, sous laquelle sont un grand nombre de petites glandes visibles, conglomérées, de la grosseur d'un grain de millet à la partie antérieure, avec quantité de petits interstices, dont les conduits excrétoires perçant la membrane, s'ouvrent dans la bouche, mais sont beaucoup plus drues vers le fond, & forment un amas si considérable vers la racine de la luette, que toutes ensemble elles paroissent former une grosse glande conglomérée, que Verheyen appelle en effet glandula conglomerata palatina.

Vers le fond du palais derriere la luette, il y a un grand trou qui tout près de son origine se partage en deux, dont chacun des deux va aboutir à l'une des deux narines. Plusieurs prétendent que le palais est l'organe du goût. Voyez GOUT.

L'os du palais est un petit os quarré, qui forme la partie enfoncée du palais, & se joint à la partie de l'os maxillaire, qui forme le devant du palais. Voyez MACHOIRE SUPERIEURE.

Les os du palais sont au nombre de deux, situés aux parties latérales & postérieures des narines.

On distingue dans ces os deux plans, un petit horisontal, qui fait portion de la voûte du palais des fosses nasales, & est appellée portion palatine ; l'autre grand vertical, qui fait partie des fosses nasales : dans le plan horisontal deux faces ; une supérieure légerement concave dans sa longueur ; une inférieure plate & raboteuse : quatre bords, un latéral interne épais & un peu élevé en-dedans des fosses nasales ; un latéral externe rencontré à angle droit par le plan vertical ; un antérieur déchiré ; un postérieur tranchant légerement échancré, & se terminant à sa partie latérale interne en une pointe.

On remarque dans le plan vertical deux faces ; une latérale interne unie & divisée vers sa partie inférieure par une petite ligne saillante transversale, sur laquelle s'appuie l'extrémité postérieure des cornets intérieurs du nez ; une latérale interne raboteuse & creusée dans sa longueur en forme de gouttiere, qui se termine quelquefois au milieu du bord de rencontre des deux plans par un creux ; d'autres fois ce trou est formé en partie par l'os maxillaire avec lequel il est joint, on l'appelle trou palatin postérieur : quatre bords, un bord inférieur qui rencontre le bord latéral externe du plan horisontal ; à l'angle postérieur de rencontre une grosse éminence, appellée portion ptérygoïdienne ; dans la partie postérieure de cette éminence deux fossettes pour recevoir l'extrémité inférieure antérieure des aîles de l'apophyse ptérygoïde ; dans sa partie antérieure une petite apophyse qui s'engrene dans l'os maxillaire ; au bord supérieur sur la partie antérieure duquel on remarque une apophyse, nommée portion orbitaire, qui est unie à sa face supérieure & postérieur cellulaire, à sa face latérale interne, à la partie postérieure de cette apophyse ; une échancrure qui, avec l'os sphénoïde, forme le trou sphéno-palatin ou ptérygo-palatin ; un bord postérieur terminé par la portion ptérygoïdienne ; un bord antérieur mince, en forme d'angle, & quelquefois replié en dehors, & qui forme la partie postérieure de l'ouverture du sinus maxillaire.

Cet os est articulé avec son pareil, avec l'os sphénoïde, l'os éthmoïde, l'os maxillaire, le vomer & le cornet inférieur du nez. Voyez SPHENOÏDE, ÉTHMOÏDE, &c.

PALAIS, s. m. (Botan.) dans les fleurs, le palais est cette partie qui se trouve entre deux autres, semblables aux mâchoires ; ainsi l'espace qui est compris entre les deux mâchoires de la fleur du mélampyrum, s'appelle son palais.

PALAIS, (Géograph. mod.) petite place forte de France en Bretagne, capitale de l'île de Belle-Isle. Long. 14. 20. lat. 47. 20.

Il ne faut pas confondre ce Palais, capitale de Belle-Isle, avec Palais, village à 4 lieues de Nantes en Bretagne. Ce village, quoique pauvre village, est bien célebre dans l'histoire, pour avoir donné le jour à Pierre Abélard, que sur de fausses apparences d'infidélité les parens d'Héloïse firent cruellement mutiler ; lui qui n'aimoit au monde que cette savante fille, & qui l'aima jusqu'au tombeau ; lui qui étoit un des plus fameux & des plus habiles docteurs du xij. siecle, le plus grand dialecticien, & le plus subtil esprit de son tems.

Ce n'est pas tout, il eut encore à essuyer coup sur coup malheurs sur malheurs, par la jalousie de ses rivaux, & quelquefois par son imprudence. C'est ainsi qu'il lui échappa de dire étant au couvent de S. Denis, qu'il ne pensoit pas que leur S. Denis fût Denis l'Aréopagite, dont il est parlé dans l'Ecriture. L'abbé étant instruit de ces discours hors de saison, déclara qu'il livreroit à la justice du roi celui qui avoit l'audace de renverser la gloire & la couronne du royaume. Abélard se sauva de nuit en Champagne, & se crut trop heureux d'obtenir après la mort de l'abbé de S. Denis la permission de vivre monastiquement loin de Paris.

Il vint au Paraclet, des écoliers l'y suivirent en foule ; & ses ennemis en plus grand nombre lui rendirent dans cet hermitage même la vie tellement amere, qu'il fut sur le point de se retirer hors de la chrétienté ; mais son étoile ne lui permit pas de se procurer ce repos.

On lui fit un procès d'hérésie devant l'archevêque de Sens, & l'on convoqua sur cette affaire l'an 1140 un concile provincial, auquel le roi Louis VIII. voulut assister en personne. S. Bernard étoit l'accusateur, Abélard fut bientôt condamné. Le pape Innocent II. confirma la condamnation, en ordonnant que les livres de l'hérétique seroient brûlés, qu'il ne pourroit plus enseigner, & qu'on l'emprisonnât.

Il étoit perdu sans Pierre le Vénérable, qui, touché de son triste sort & de la beauté de son génie, le reçut favorablement dans son abbaye de Clugny, & lui réconcilia S. Bernard, le promoteur de l'oppression que l'innocence avoit soufferte dans le concile de Sens & à Rome. Mais de si longs malheurs consécutifs avoient tellement délabré la santé d'Abélard, qu'il n'étoit plus tems d'y porter remede. Envain l'abbé de Clugny l'envoya pour le rétablir dans le prieuré de S. Marcel, lieu pur & agréable, situé sur la Saône auprès de Châlons ; il y mourut bientôt après le 21 Avril 1142, à l'âge de 63 ans. Voyez dans Bayle son article, joignez-y les articles Héloïse, Berenger de Poitiers, Amboise, (François), Foulques, & vous aurez dans le même dictionnaire l'histoire complete d'Abélard. (D.J.)

PALAIS, s. m. (Architect.) bâtiment magnifique, propre à loger un roi ou un prince. On distingue les palais en palais impérial, royal, pontifical, épiscopal, cardinal, ducal, &c. selon la dignité des personnes qui l'occupent.

On appelle aussi palais le lieu où une cour souveraine rend la justice au nom du roi, parce qu'anciennement on la rendoit dans les palais des rois.

Selon Procope, le mot palais vient d'un certain grec, nommé Pallas, lequel donna son nom à une maison magnifique qu'il avoit fait bâtir. Auguste fut le premier qui nomma palais la demeure des empereurs à Rome sur le mont qu'on nomme à cause de cela le mont palatin. (D.J.)

PALAIS, (Antiq. rom.) le nom de palais vient du mont palatin à Rome, sur lequel étoit assise la maison des empereurs. De-là les hôtels ou maisons des rois, princes & grands seigneurs, prirent le nom de palais : Nam quia imperii sedes in eo constituta fuit, cujusvis principis aulam, aut splendidi hominis domum, palatium dicimus. Auguste fut le premier qui se logea au mont palatin, faisant son palais de la maison de l'orateur Hortensius, qui n'étoit ni des plus grandes, ni des mieux ornées de Rome. Suétone nous la dépeint, quand il dit : Habitavit posteà in palatio, sed aedibus modicis Hortensianis, neque cultis, neque conspicuis.

Ce palais fut ensuite augmenté par Tibere, Caligula, Alexandre fils de Mammée, & autres. Il subsista jusqu'au regne de Valentinien III. sous lequel n'étant ni habité, ni entretenu, il vint à tomber en ruine. Les seigneurs romains avoient leurs palais, ou plutôt leurs hôtels sous le nom de domus, qui ressembloient par leur grandeur à de petites villes, domos cognoveris, dit Salluste, in urbium modum aedificatas. Ce sont ces maisons que Séneque appelle, aedificia privata, laxitatem urbium magnarum vincentia. Le grand-seigneur de Rome s'estimoit être logé à l'étroit, si sa maison n'occupoit autant de place que les terres labourables de Cincinnatus. Pline dit plus, lorsqu'il assûre que quelques-uns y avoient des vergers, des étangs, des viviers & des caves si vastes, qu'elles passoient en étendue les terres de ces premiers citoyens de Rome que l'on tiroit de la charrue à la dictature. Ces palais contenoient divers édifices, qui formoient autant d'appartemens d'été & d'hiver, ornés chacun de galeries, salles, chambres, cabinets, bains, tous enrichis de peintures, dorures, statues, bronzes, marbres, & de pavés superbes de marqueterie & de mosaïque. (D.J.)

PALAIS GALIENNE, (Antiq.) nom d'un reste d'amphithéâtre que l'on voit près de Bordeaux à la distance d'environ quatre cent pas. Il est le moins bien conservé de tous ceux qui sont en France, si l'on en excepte celui de Lyon ; & ce qui a été détruit, faisoit près de trois quarts de l'édifice : ce qui reste, peut cependant faire juger de son ancienne beauté. Il étoit bâti de petites pierres fort dures toutes taillées, de trois pouces de haut & autant de large sur le parement de la muraille, & rentrant en-dedans d'environ cinq à six pouces. Ce parement étoit entrecoupé d'un rang de trois grosses briques qui regnoit tout à l'entour de chaque côté. Les arceaux des portes étoient aussi entrecoupés de brique, ce qui, pour la couleur, contrastoit agréablement avec la pierre ordinaire, & présentoit un coup - d'oeil symmétrique & varié. Ces matériaux étoient si fortement unis ensemble par leur assemblage & par une certaine espece de ciment, que depuis près de douze siecles il ne s'est détaché aucune pierre de tout ce qui reste d'entier. La solidité, dont on juge que cet édifice devoit être, fait croire que nous l'aurions encore dans son premier état, si l'on n'eût travaillé tout exprès à le détruire. Sa forme étoit elliptique ou ovale. Il y avoit six enceintes, en y comprenant l'arène, c'est-à-dire le lieu où se faisoient les combats d'hommes ou d'animaux. On a trouvé que sa longueur devoit être de 226 piés, & sa largeur de 166.

Comme on n'a découvert aucune inscription qui puisse fixer l'époque de l'érection de ce monument, on ne peut assûrer rien de positif à ce sujet. Le nom de palais galienne qui lui est resté pourroit donner lieu de croire qu'il fut élevé sous le regne de cet empereur.

Une fable, conservée par Rodéric de Tolede, attribue la construction de ce prétendu palais à Charlemagne, qui le destina, dit-il, à Galienne son épouse, fille de Galastre, roi de Tolede : mais l'ignorance seule des derniers siecles a pu accréditer ce conte. La forme du monument ne laisse aucun lieu de douter que ce ne soit un amphithéâtre. Outre cela de vieux titres latins de l'église de S. Severin qui en est voisine, & qui ont plus de 500 ans d'antiquité, lui donnent le nom d'arènes, que la tradition lui avoit sans doute conservé. Voyez le recueil de littérat. tome XII. in -4°. (D.J.)

PALAIS, comte du, (Hist. de France) charge éminente sous la seconde race des rois de France : sous la premiere race, le comte du Palais étoit fort inférieur au maire, quoiqu'il fût cependant le juge de tous les officiers de la maison du roi, & qu'il confondît dans sa personne tous les autres offices que l'on a vû depuis, tels que le bouteiller, le chambrier, &c. Cette charge s'éleva sous la deuxieme race, tandis que celle de maire fut anéantie ; & sous les rois de la troisieme, celle de sénéchal anéantit celle de comte du palais, dont l'idée nous est restée dans le grand-prevôt de l'hôtel. Le connétable, qui ne marchoit qu'après le comte du palais sous la deuxieme race, devint le premier homme de l'état sous la troisieme, & la charge de sénéchal finit en 1191. P. Henaut. (D.J.)

PALAIS, (Jurisprud.) est une maison dans laquelle un roi ou autre prince souverain fait sa demeure ordinaire.

Le palais qui est à Paris dans la cité & dans lequel le parlement & plusieurs autres cours & tribunaux tiennent leurs séances est ainsi appellé, parce que c'étoit la demeure de plusieurs de nos rois jusqu'au tems de Louis Hutin, qui l'abandonna entierement pour y faire rendre la justice.

A l'imitation de ce palais de Paris, on a aussi dans plusieurs grandes villes donné le titre de palais à l'édifice dans lequel se rend la principale justice royale, parce que ces sortes d'édifices où l'on rend la justice au nom du roi sont censés sa demeure.

Les maisons des cardinaux sont aussi qualifiées de palais, témoin le palais cardinal à Paris, appellé vulgairement le palais royal.

Les maisons des archevêques & évêques n'étoient autrefois qualifiées que d'hôtel, aussi-bien que la demeure du roi, présentement on dit palais archiépiscopal, palais épiscopal.

Du reste aucune personne quelque qualifiée qu'elle soit, ne peut faire mettre sur la porte de sa maison le titre de palais, mais seulement celui d'hôtel. (A)

PALAIS, terme de Pêche, usité dans le ressort de l'amirauté de Marennes. La description en est faite à l'article SALICOTS.

PALAIS, Saint, (Géog. mod.) petite ville de France dans la basse Navarre, au diocese de Bayonne, sur la Bidouse, à 5 lieues de S. Jean Pié-de-Port, à qui elle dispute l'honneur d'être la capitale de la Navarre. Long. 16. 35. latit. 43. 20.


PALALACAS. m. (Ornithol.) oiseau des îles Philippines, qui tient de la hupe, & qui est de la grosseur de nos poules. Le P. Camelli l'a décrit ainsi : Son cri est rude & désagréable : sa tête est brune & hupée ; son bec est assez fort pour percer les arbres, les creuser & y faire son nid. Sa couleur est d'un beau verd, quelquefois nuancé d'autres couleurs. Cet oiseau est, selon les apparences, une espece de grimpereau.


PALAMOS(Géog. mod.) petite, mais forte ville d'Espagne, dans la Catalogne, avec un port. Les François la prirent en 1694, & la rendirent en 1697 par la paix de Riswick ; elle est sur la méditerranée à 5 lieues S. E. de Girone, 19 N. E. de Barcelone. Long. 20. 46. latit. 41. 48. (D.J.)


PALAN(Marine & Méchan.) assemblage de poulies jointes ensemble de maniere qu'elles soient les unes à côté des autres, ou les unes au-dessus des autres dans la même boîte ou moufle : cet assemblage de poulies avec leur cordage est ce qu'on appelle palan ou caliorne. Pour savoir combien la force est multipliée dans le palan, il n'y a qu'à compter le nombre de branches de la corde qui soutient le fardeau ; car il est aisé de voir que si cette corde a par exemple quatre branches, chacune soutiendra le quart du poids, & que par conséquent la puissance appliquée à l'extrémité d'une de ces branches soutiendra ce même quart. Voyez la manoeuvre des vaisseaux de M. Bouguer, p. 7 ; voyez aussi p. 78 du même ouvrage l'évaluation de l'effet d'un palan lorsque le frottement & la roideur des cordes sont fort considérables. (O)

On se sert du palan pour embarquer & pour débarquer des marchandises & autres pesans fardeaux. Une de ces cordes s'appelle étague, mantel ; & l'autre garant. Le palan, dit un autre auteur, est la corde qu'on attache à l'étai, ou à la grande vergue, ou à la vergue de misene pour tirer quelque fardeau, ou pour bander les étais. Il est composé de trois cordes ; savoir, celle du palan, l'étague & la drisse. Il a des pattes de fer au bout qui descendent en bas. Il a trois poulies, l'une desquelles est double. Celui du mât de misene ne s'en détache jamais, comme étant du service ordinaire.

Grands palans. Ce sont ceux qui tiennent au grand mât.

Palan simple, palan de misene ; ce sont ceux qui sont attachés au mât de misene, & qui servent à haler à abord les ancres & la chaloupe, à rider les haubans, &c.

Palan à caliorne ; c'est la caliorne entiere. Voyez CALIORNE.

Palan à candelette. Voyez CANDELETTE.

Palan d'étai. On entend ceux qui sont amarrés à l'étai.

Palan de surpente.

Palan d'amure ; c'est un petit palan dont l'usage est d'amurer la grande voile par un gros vent.

Palans de bout ; ce sont des petits palans frappés à la tête du mât de beaupré par-dessus, dont l'usage est de tenir la vergue de civadiere en son lieu, & d'aider à la hisser lorsqu'on la met à la place.

Palans pour rider les haubans.

Palans de retraite ; ce sont aussi de petits palans dont les canonniers se servent pour remettre le canon dedans, quand il a tiré, lorsque le vaisseau est à la bande.

Palans de canon. Voyez DROSSE ou TRISSE. (Z)


PALANCHES. f. termes de Porteurs d'eau ; c'est un instrument de bois, long d'environ trois piés, un peu concave dans le milieu, au bout duquel il y a deux entaillures pour y accrocher deux sceaux d'eau, qu'on porte ainsi sur l'épaule. En d'autres endroits on appelle cet instrument chamblon, mot qui, selon les apparences, dérive de celui de chambriere, instrument à porter l'eau. (D.J.)


PALANÇONSS. m. pl. (Archit.) morceaux de bois qui retiennent le torchis. Voyez TORCHIS.


PALANDEAUXS. m. (Marine) bouts de planches que l'on couvre de bourre & de goudron pour boucher les écubiers & les trous du bordage.


PALANGRESS. f. terme de Pêche, usité dans le ressort de l'amirauté de Brest ; ce sont les moyennes & petites lignes garnies de moyens hameçons entraînées ou cordées à la mer avec lesquelles les pêcheurs prennent diverses especes de poissons saxatiles.


PALANKA(Géog. mod.) petite ville de la haute Hongrie, au comté de Novigrad, sur la riviere d'Ibola, à 7 lieues N. de Novigrad, 15 N. de Bude. Long. 36. 58. lat. 48. 3.


PALANQUE(Marine) c'est un commandement pour faire servir ou tirer sur le palan.


PALANQUERv. a. (Commerce) se servir des palans pour charger les marchandises dans les navires, ou pour les en décharger.

Il y a des especes de marchandises que les matelots des navires marchands sont tenus de palanquer, c'est-à-dire, de charger & décharger, sans qu'ils en puissent demander de salaire au maître ou au marchand. Tels sont, par exemple, les planches, le mairain, & le poisson verd & sec ; ce qui se comprend tout sous le terme de maléage. Ils sont aussi tenus de la décharge des grains, des sels, &c. ce qui s'appelle paléage.


PALANQUINESVoyez BALANCINES.


PALANQUINSou PALANKINS, ou PALEKIS, (Hist. mod.) espece de voiture portée par des hommes, fort en usage dans les différentes parties de l'Indostan. Le palankin est une espece de brancard terminé des deux côtés par une petite balustrade de cinq à six pouces de hauteur. Il y a un dossier semblable à celui du berceau d'un enfant. Au-lieu d'être porté par deux brancards, comme nos litieres, ou chaises-à-porteurs, le palankin est suspendu par des cordes à un long morceau de bois de bambou, qui a cinq à six pouces de diamêtre, & qui est courbé par le milieu, & porté sur les épaules de deux ou d'un plus grand nombre d'hommes. Ces voitures portatives sont plus ou moins ornées, suivant la qualité & les facultés des personnes à qui elles appartiennent. Lorsque le tems est mauvais, le palankin se recouvre de toile cirée. Ceux que l'on porte sont couchés sur des coussins & sur des tapis plus ou moins riches. Quand c'est une femme, elle est cachée par des rideaux de toile, ou de quelque étoffe de soie. Ces voitures sont fort cheres ; le bâton de bambou auquel le palankin est attaché, coûte quelquefois jusqu'à 5 ou 600 liv. mais les porteurs se contentent du prix modique de 10 à 12 francs par mois. Les meilleurs palankins se font à Tatta, dans la province d'Azmir, dépendant du grand-mogol.

PALANQUIN, (Marine) c'est un petit palan qui sert à lever de médiocres fardeaux. Il y en a de doubles & de simples.

Palanquins de ris ; ce sont des palanquins que l'on met au bout des vergues des huniers, par le moyen desquels on y amene les bouts des ris, quand on les veut prendre.

Palanquins simples de racage ; on s'en sert pour guinder ou amener le racage de la grande vergue, lorsqu'il faut guinder ou amener la vergue.


PALANTIUou PALLANTIUM, (Géog. anc.) ville de l'Arcadie, selon Etienne le géographe & Trogue Pompée. Elle avoit été premierement ville, elle fut ensuite réduite en village ; mais l'empereur Antonin lui rendit, selon Pausanias, le titre de ville, avec la liberté & la franchise, la regardant comme la mere de Pallanchium ; ville d'Italie, qui devint une partie de la ville de Rome. Tite-Live écrit Palanteum, & Virgile dit Pallanteum.

Pallantis proavi de nomine Pallanteum.

(D.J.)


PALAPARIJAS. m. (Ophyologie) espece de serpent de l'île de Ceylan, qui vit sous terre. Il est très-gros, marqué de belles couleurs, entre lesquelles le rouge domine. Ray.


PALAPOLI(Géog. mod.) petite ville de la Natolie, dans la Caramanie, sur la côte au nord de l'île de Chypre, presque à l'embouchure d'une petite riviere. Long. 51. 1. lat. 36. 52.


PALARDEAUXS. m. (Marine) ce sont des bouts de planches que les calfateurs couvrent de goudron & de bourre, pour boucher les trous qui se font dans le bordage. Quelques-uns appellent aussi palardeaux des tampons qui servent à boucher les écubiers. (Z)


PALARIAS. f. (Gymnast. milit.) espece d'exercice militaire en usage chez les Romains ; ils plantoient un poteau en terre, & les jeunes soldats, étant à six pas de distance, s'avançoient vers ce poteau avec un bâton au-lieu d'épée, faisant toutes les évolutions d'attaque ou de défense, comme s'ils étoient réellement engagés avec un ennemi. On peut traduire palaria par palaries. Les pieux enfoncés en terre, s'en élevoient dehors environ de la hauteur de six piés. Chaque soldat muni d'une épée de bois & d'un bouclier tressé d'osier, entreprenant un de ses pieux, l'attaquoit comme un ennemi, lui portoit des coups sur toutes les parties, tantôt avançant, tantôt reculant, tantôt sautant. Ils le perçoient aussi avec le javelot. Il y avoit des femmes qui prenoient quelquefois l'épée de bois & le bouclier d'osier, & qui se battoient contre les pieux. Mais on avoit meilleure opinion de leur courage & de leur vigueur que de leur honnêteté.


PALATINNE, adj. en Anatomie, qui appartient au palais. On remarque trois trous palatins dans les fosses palatines, un à la partie moyenne & antérieure formé par l'union des deux os maxillaires & nommé trou incisif, à cause de sa situation ; deux aux parties latérales externes, formés par l'union des os maxillaires & des os du palais ; on les appelle aussi gustatifs. Voyez MAXILLAIRE, PALAIS, &c.

Portion palatine de l'os du palais. Voyez PALAIS.

Les fosses palatines, ou la voute du palais est formée par la face inférieure des os maxillaires, & celle de la partie inférieure du plan horisontal, de l'os du palais, au moyen de l'union de ces quatre os. Voyez MAXILLAIRE & PALAIS.

L'artere palatine est une branche de la carotide externe.

PALATIN, adj. (Hist. anc.) nom donné à Apollon par Auguste, qui ayant fait bâtir sur le mont Palatin un temple consacré à ce dieu, lui donna le surnom d'Apollo Palatinus, parce que les augures lui avoient déclaré, que telle étoit la volonté d'Apollon. Ce temple fut enrichi par le même empereur d'une bibliotheque nombreuse & choisie, qui devint le rendez-vous des savans. Lorsque l'académie françoise fut placée au louvre, elle fit allusion à cet événement, en faisant frapper une médaille où l'on voit Apollon tenant sa lyre, appuyé sur le trépié, d'où sortoient ses oracles ; dans le fond paroît la principale façade du louvre, avec cette légende, Apollo Palatinus, Apollon dans le palais d'Auguste.

PALATIN, MONT, Palatinus mons, (Géog. anc.) montagne d'Italie, l'une des sept sur lesquelles la ville de Rome étoit bâtie. C'étoit celle que Romulus environna de murailles pour faire la premiere enceinte de la ville. Il choisit ce lieu, parce qu'il y avoit été apporté avec son frere Remus par le berger Faustulus, qui les avoit trouvés sur les bords du Tibre, & qu'il vit d'ailleurs douze vautours qui voloient sur cette montagne, au lieu que Remus n'en vit que six sur le mont Aventin.

Les uns veulent que ce mont fût appellé Palatin, de Palès, déesse des bergers, qu'on y adoroit : d'autres le dérivent de Palatia, femme de Latinus ; & d'autres des Pallantes, originaires de la ville de Pallantium, dans le Péloponnèse, & qui vinrent s'habituer en cet endroit avec Evander.

La maison des rois, qu'on a appellée de-là palatium, c'est-à-dire palais, étoit sur cette montagne. Pausanias, l. VIII. p. 525. dit que les lettres L & N. ayant été ôtées du mot pallantium, on forma le nom de cette maison.

L'empereur Héliogabale fit faire une galerie soutenue de piliers de marbre, qui joignoient le mont Palatin, avec le mont Capitolin. On y a vu dix temples magnifiques, seize autres petits, & quantité de superbes bâtimens, dont on admiroit l'architecture, entr'autres celle du palais d'Auguste ; mais ce quartier de la ville n'a plus aujourd'hui que quelques jardins, qui sont assez beaux. (D.J.)

PALATIN, TEMPLE, (Antiq. rom.) Voyez TEMPLE D'APOLLON.

PALATIN, ELECTEUR, PALATINAT, s. m. (Gram. Hist. mod. Droit public) on appelle en Allemagne électeur palatin, ou comte palatin du Rhin, un prince feudataire de l'empire, dont le domaine s'appelle Palatinat. Voyez PALATINAT. Ce prince jouit de très-grandes prérogatives, dont la plus éminente est celle de faire les fonctions de vicaire de l'empire pendant la vacance du trône impérial dans les contrées du Rhin, de la Souabe & de la Franconie. Ce droit lui a été quelquefois disputé par l'électeur de Baviere ; mais enfin l'électeur palatin d'aujourd'hui a consenti à le partager avec lui. Dans la bulle d'or l'électeur palatin est appellé le juge de l'empereur. Il porte aussi le titre de grand-trésorier de l'empire, il a le droit d'annoblir, & il jouit d'un droit singulier, appellé wildfangiat. Voyez cet article.

Les comtes palatins étoient autrefois des officiers attachés aux palais des empereurs ; ils avoient un chef à qui ils étoient subordonnés ; & les empereurs lui avoient accordé de très-grandes prérogatives, afin de rendre sa dignité plus éminente. On comptoit plusieurs comtes palatins ; il y avoit celui du Rhin, celui de Baviere, celui de Franconie, celui de Saxe & celui de Souabe. Aujourd'hui le titre de comte palatin, en allemand pfalzgraff, ne se prend que par les princes de Sultzbach, de Deuxponts, & de Birckenfeld, qui sont de trois différentes branches d'une même maison. C'est un prince de la premiere de ces branches, qui est actuellement électeur palatins. (-)

PALATIN DE HONGRIE, (Hist. mod.) c'est le titre qu'on donne en Hongrie à un seigneur qui possede la plus éminente dignité de l'état. Les états du pays élisent le palatin ; c'est lui qui a droit de les convoquer ; il est le tuteur des mineurs ; il commande les troupes en tems de guerre. En un mot, il est l'administrateur du royaume. Cette dignité n'est point héréditaire, & elle se perd par mort.

En Pologne les gouverneurs des provinces nommés par le roi, prennent aussi le titre de palatin. (-)

PALATINS, JEUX, (Antiq. rom.) ces jeux furent institués par l'impératrice Livie, pour être célebrés sur le mont palatin, en l'honneur d'Auguste. Les douze prêtres de Mars, ou saliens, furent aussi surnommés palatins. (D.J.)


PALATINATVoyez PALATIN.

PALATINAT, (Géog. mod.) province considérable d'Allemagne, divisée en haut & en bas Palatinat.

Le haut-Palatinat, appellé aussi le Palatinat de Baviere, est entre la Baviere, la Franconie & la Bohème, & appartient au duc de Baviere ; Amberg en est la capitale.

Le bas Palatinat, ou Palatinat du Rhin, ou l'électorat, est borné par l'archevêché de Mayence, le haut-comté de Catzenellebogen, le comté d'Erpach, le duché de Wirtemberg, l'Alsace, le Marquisat de Bade & l'archevêché de Trèves. L'électeur palatin fait tantôt sa résidence à Manheim, tantôt à Heidelberg, & tantôt à Dusseldorff. Il possede encore les duchés de Neubourg, de Berg & de Juliers, la principauté de Sultzbach, & la seigneurie de Ravestein. Le terroir du bas-Palatinat est fertile, arrosé par le Rhin & le Necker. Il y a plusieurs petits états renfermés dans le Palatinat, qui ont leurs souverains particuliers, & indépendans de l'électeur palatin.

Scioppius (Gaspard), l'un des plus redoutables critiques du xvij. siecle, naquit dans le Palatinat, en 1576, & mourut à Padoue en 1649, à 74 ans. Il ne se contenta pas d'écrire avec passion contre des particuliers, il attaqua même le roi Jacques I. & la personne d'Henri IV. Il fit d'autres ouvrages où regne beaucoup d'esprit, de critique & de littérature, mais la bile avec laquelle il déchira tout le monde, rendit sa mémoire odieuse. (D.J.)


PALATINES. f. terme de Marchand de mode ; c'est un ornement qui sert aux femmes pour couvrir leur poitrine, & qu'elles se mettent sur le col. L'on en fait de blonde, de ruban & de dentelle, de chenille, de souci d'hanneton, de nompareil & de fil.

Cet ornement différe selon les modes ; aujourd'hui ce sont plusieurs blondes qui sont montées sur un ruban large d'un doigt, & qui forment plusieurs plis, cela peut avoir trois quarts de long sur quatre doigts de large.


PALATITEou PALATINS, (Hist. nat.) nom donné par quelques auteurs à l'espece de rubis que l'on appelle rubis balais. Voyez RUBIS.


PALATO-PHARYNGIENen Anatomie, nom de deux muscles du pharynx. Voyez PERISTAPHILO-PHARYNGIEN.


PALATO-STAPHYLINen Anatomie ; nom d'une paire de muscles qui viennent de part & d'autre du bord postérieur du plan inférieur des os du palais, & qui vont en formant un angle s'insérer à la luette.


PALATRES. f. (Serrur.) c'est la piece de fer qui couvre toutes les garnitures d'une serrure, & contre laquelle sont montés & attachés tous les ressorts nécessaires pour une fermeture. (D.J.)


PALATUA(Mythol.) déesse qui présidoit au mont Palatin, & qui gardoit sous sa tutele le palais des empereurs. Elle avoit un prêtre particulier nommé Palatinalis, & les sacrifices qu'on lui offroit s'appelloient palatualia.


PALAZZUOLou PALAZOLO, (Géog. mod.) petite ville de Sicile, dans le val de Noto, sur le bord de la riviere Bufaro, à 20 lieues O. de Syracuse. Long. 32. 40. lat. 37. 3. (D.J.)


PALEVoyez PALETTE.

PALE, s. f. (Hydr.) est une petite vanne qui sert à ouvrir & fermer la chaussée d'un moulin ou d'un étang pour le mettre en cours. Quand on veut donner l'eau à la roue d'un moulin, on leve une pale qui est différente du déversoir d'un moulin. (K)

PALE D'AVIRON ; c'est le bout plat de l'aviron qui entre dans l'eau.

PALE, s. f. carton quarré couvert d'un côté ordinairement d'une toile de lin, de l'autre de la même étoffe que le reste des ornemens, & qui est alors chargé d'une croix. Il sert à couvrir le calice. On l'appelle aussi volet. On leve la pale ou le volet pour découvrir le calice à la consécration.

PALE, adj. PALEUR, s. f. (Gram.) la pâleur est une nuance de la blancheur. On l'attribue à tout ce qui est blanc, à tout ce qui tient à cette couleur, & qui ne devroit pas l'être, ou qui devroit l'être, ou en tenir moins. Des roses pâles ; un rouge pâle ; un visage pâle ; le soleil est pâle ; ce bleu est pâle. La pâleur est donc presque toujours la marque d'un défaut, excepté en amour, s'il en faut croire M. de Montcrif. On lit dans une de ses romances :

En lui toute fleur de jeunesse

Apparoissoit ;

Mais longue barbe, air de tristesse,

Les ternissoit.

Si de jeunesse on doit attendre

Beau coloris,

Pâleur qui marque une ame tendre

A bien son prix.


PALÉadj. terme de Blason ; on dit qu'un écu est pâlé, quand il est chargé également de pals, de métal & de couleur ; & qu'il est contre-pâlé lorsqu'il est coupé, & que les deux demi-pals du chef, quoique de couleurs semblables à ceux de la pointe, sont néanmoins différens à l'endroit où ils se rencontrent ; ensorte que, si le premier du chef est de métal, celui qui y répond au-dessous est de couleur.

On dit que l'écu est palissé, quand les pals sont aiguisés, & semblables à ceux dont on fait usage dans la défense des places. Briqueville en Normandie, pâlé d'or & de gueules.


PALÉAGES. m. (Marine) c'est l'action de mettre hors d'un vaisseau les grains, les sels & autres marchandises qui se remuent avec la pelle, & l'obligation où les matelots sont de les décharger. Les matelots n'ont point de salaire pour le paléage & le maléage, mais ils en ont pour le guindage & le remuage. (Z)


PALÉES. f. (Hydr.) est un rang de pieux espacés assez près les uns des autres, liernés, moisés, boulonnés de chevilles de fer, & enfoncés avec le mouton, suivant le fil de l'eau, pour porter quelque fardeau de maçonnerie, ou les travées d'un pont de bois. (K)


PALÉES. f. (Marine) c'est l'extrémité plate de la rame ou de l'aviron ; celle qui entre dans l'eau lorsqu'on s'en sert.


PALEFRENIERS. m. (Maréchall.) On appelle ainsi un domestique destiné à panser & entretenir les chevaux. Les instrumens propres à son usage sont l'étrille, la brosse, le peigne de corne, l'éponge, l'époussette, le couteau de chaleur, les ciseaux ou le rasoir, le sceau, la pelle, la fourche de bois, le balai de bouleau, le balai de jonc, la fourche de fer, la pince à poil, le bouchon de foin, le cure pié, le couteau à poinçon, &c. Voyez la description & la figure de ces instrumens aux lettres & aux figures qui leur conviennent.


PALEFROIS. m. (Maréchall.) cheval de parade & de pompe sur lequel les princes & les grands seigneurs faisoient autrefois leur entrée. Ce mot n'est plus usité. On distinguoit trois sortes de chevaux ; les destruis ou chevaux de bataille, les palefrois ou chevaux de parade, & les roussins ou chevaux de bagage.


PALEMENTES. f. (Marine) nom collectif ; il se dit des rames d'une galere. Quand on veut armer le caiq, les matelots passent sur la palemente en sautant d'une rame à l'autre.


PALÉMONS. m. (Mythol.) c'est le Mélicerte des Phéniciens, & le Portumnus des Latins. Les Corinthiens signalant leur zele envers Mélicerte, dit Pausanias, lui changerent son nom en celui de Palémon, & instituerent les jeux isthmiques en son honneur. Il eut une chapelle dans le temple de Neptune, avec une statue ; & sous cette chapelle il y en avoit une autre où l'on descendoit par un escalier dérobé. Palémon y étoit couché, disoit-on ; & quiconque osoit faire un faux serment dans le temple, soit citoyen ou étranger, étoit aussi-tôt puni de son parjure. (D.J.)


PALEMPUREZS. m. (Toile peinte) tapis de toile peinte qui viennent des Indes ; ils portent ordinairement deux aunes & un quart.


PALENCIA(Géog. mod.) ville d'Espagne au royaume de Léon, avec un riche évêché suffragant de Burgos. Elle fut bâtie par le roi Sanche le grand dans un terroir fertile, aux frontieres de la Castille, à 17 lieues S. O. de Burgos, 25 S. E. de Léon, 46 N. de Madrid. Long. 13. 26. lat. 42. 11.

Vela, (Joseph) jurisconsulte espagnol naquit dans cette ville en 1588. Quoique ses ouvrages soient très-médiocres, ils ont été imprimés plusieurs fois, & ont un grand débit en Espagne, parce qu'ils roulent principalement sur des matieres ecclésiastiques qu'il a étayées des décisions de la rote de Rome. Les dernieres éditions ont été faites à Genève en 1726 & 1740. Vela mourut à Grenade en 1643, âgé de 55 ans. (D.J.)


PALÉOCASTRO(Géogr. mod.) , ville ruinée de l'île de Crete dans les terres, à quelques milles au midi du port de Chisamo. Il est vraisemblable que c'étoit la ville d'Aptere, près de laquelle on voyoit ce fameux champ où les sirenes vaincues par les muses dans un défi de musique, perdirent leurs aîles.

Paleocastrodi Sitia est encore le nom italien d'une forteresse de l'île de Candie.

C'est aussi le nom d'une ville ruinée dans l'ile de Thermie, une des cyclades, à 40 milles de Serfanto. (D.J.)


PALÉOPOLIS(Géog. anc. & mod.) ville ruinée de l'île d'Andros dans l'Archipel, une des cyclades, au S. E. de Negrepont.

Les ruines de Paléopolis sont à deux milles d'Arna vers le S. S. O. au-delà du port Gaurio : cette ville qui portoit le nom de l'île, comme l'assurent Hérodote & Galien, étoit fort grande, & située avantageusement sur le penchant d'une montagne qui domine toute la plage ; il en reste encore des quartiers de muraille très-solides, sur-tout dans un endroit remarquable, où, suivant les apparences, étoit la citadelle dont Tite-Live fait mention.

Outre les vieux marbres renversés dans ces ruines, on y trouvoit encore dans le dernier siecle, de belles colomnes, des chapiteaux, des bases, & quelques inscriptions, qui ne sauroient être presque d'aucun usage. Nous tirâmes, dit Tournefort, ce que nous pûmes de celle qui nous parut la moins effacée ; il y est parlé du sénat du peuple d'Andros & des prêtres de Bacchus, ce qui fait conjecturer qu'elle avoit été placée sur les murailles, ou dans le fameux temple de ce dieu, & que conséquemment elle pouvoit marquer la situation de ce bâtiment.

En avançant dans ces ruines, le hasard nous fit découvrir, continue-t-il, une figure de marbre sans tête & sans bras, le tronc avoit trois piés dix pouces de haut, & la draperie en étoit fort belle. Le long d'un petit ruisseau qui fournit de l'eau à la ville, nous remarquâmes deux autres troncs de marbre où le grand goût du sculpteur paroissoit encore. Ce ruisseau fait souvenir de la fontaine appellée le présent de Jupiter ; mais elle s'est perdue dans ces ruines, ou c'est le ruisseau même à qui on avoit donné ce nom.

Quoi qu'il en soit, cette fontaine, au rapport de Mutianus, avoit le goût du vin dans le mois de Janvier, & ne devoit pas être loin de l'endroit des ruines de nos jours, puisque Pline la place proche le temple de Bacchus, mentionné dans l'inscription dont on vient de parler. Le même auteur dit que ce miracle duroit sept jours de suite, & que ce vin devenoit de l'eau si on l'emportoit hors de la vue du temple. Pausanias ne parle point de ce changement ; mais il avance que l'on croyoit que tous les ans pendant les fêtes de Bacchus, il couloit du vin du temple consacré à ce dieu dans l'île d'Andros. Les prêtres sans doute ne manquoient pas d'entretenir cette croyance en vuidant quelques muids de vin par des canaux cachés. (D.J.)


PALERME(Géogr. mod.) en latin Panormus ; ville détruite de la Sicile, dans le val de Mazara, avec un archevêché & un petit port. Palerme avant sa destruction par un tremblement de terre, disputoit à Messine le rang de capitale.

Elle étoit sur la côte septentrionale de l'île, au fond du golfe de même nom, dans une belle plaine, à 44 lieues O. de Messine, 68 S. O. de Naples, 96 S. de Rome. Long. 31. 15. lat. 38. 10.

Cette ville s'est glorifiée d'avoir produit sainte Agathe, saint Agathon, religieux bénédictin, élu pape le 11 Avril 679. Giberti (Jean-Matthieu), évêque de Vérone, mort le 30 Décembre 1543. Ce dernier prélat aimoit les lettres, & avoit chez lui une imprimerie, d'où sortit en 1529, une belle édition grecque des homélies de saint Jean Chrisostôme sur les épitres de saint Paul. Antoine dit Palerme, vendit sa maison pour un manuscrit de Tite-Live. Je supprime les noms d'une foule de jésuites & autres moines nés à Palerme, & qui pendant deux siecles ont inondé l'Europe d'ouvrages aujourd'hui ignorés, sur le droit canon, la théologie scholastique, & autres sujets semblables.

Mais Palerme a été la patrie de quelques vrais savans, cités dans la bibliotheca sicula de Mongitore. Je me contenterai de remarquer que quoique l'un d'eux, j'entends Ingrassia (Jean-Philippe), célebre médecin du xvj. siecle, se dise de Palerme dans un endroit de ses ouvrages, c'est apparemment parce qu'on lui avoit donné la bourgeoisie dans cette ville ; car il naquit réellement en 1510 à Rochalbuto, bourgade de la vallée de Demona.

Il a découvert en Anatomie l'étrier, stapedem, petit os de l'oreille, & a décrit la structure de l'os cribreux beaucoup mieux qu'on ne l'avoit fait avant lui. Il s'est encore acquis une haute réputation en Anatomie & en Médecine par divers ouvrages, entr'autres par son commentarium in Galeni librum de ossibus, qui vit le jour après sa mort, Panormi, 1603, & Venetiis, 1604, in-fol.

Il a aussi publié pendant sa vie un livre de tumoribus praeter naturam, tom. I. Neapoli 1553, in-fol. Il promettoit dans ce volume six autres tomes sur cette matiere, mais qui n'ont pas vu le jour. Galien n'a distingué que soixante-une especes de tumeurs, & Ingrassia a presque triplé ce nombre. Il seroit trop long de citer tous les autres ouvrages de ce savant médecin, car il a prodigieusement écrit.

En 1563, Philippe II. roi d'Espagne, le nomma premier médecin de la Sicile & des îles adjacentes, poste qu'il remplit avec honneur : il donna de grandes preuves de son habileté & de son zele pour le bien public en l'année 1575, qu'une furieuse peste affligea la ville de Palerme, & une grande partie de la Sicile. Le sénat de Palerme, pour lui marquer sa reconnoissance, lui assigna 250 ducats aurea par mois ; mais il n'accepta qu'une modique somme pour embellir une chapelle du couvent des dominicains. Il cultivoit les belles-lettres & la poësie dans ses momens de loisir, & mourut fort regretté en 1580, âgé de 70 ans.

On peut consulter sur Palerme, l'ouvrage de Inveges (Augustino), intitulé Palermo antiquo, sacro & nobile, in Palermo 1649, 1650 & 1651, 3. vol. in-fol. complet. (D.J.)


PALERNODES. f. sorte de vers ecclésiastiques, où plusieurs nombres se rejettent au corps principal ; définition qui n'est pas claire.


PALERONS. m. (terme de Chaircutier.) c'est la partie du porc qui est jointe au jambon de devant.


PALÉSS. f. (Mythol.) divinité des bergers, qui avoit les troupeaux sous sa garde & sous sa protection ; aussi les villageois célébroient à la campagne en son honneur une grande fête qu'on nommoit palilies. Voyez PALILIES.


PALESTES. f. (Mesure anc.) , mesure grecque, que les Latins, au rapport de saint Jerôme, nommoient palmus. Pollux nous apprend que la paleste étoit composée des quatre doigts de la main joints ensemble, & qu'en y ajoutant le pouce dans son état naturel, on avoit la spitame, autre mesure que saint Jerôme nomme en latin palma ; en deux mots, la paleste équivaloit à quatre travers de doigts, & c'étoit la même mesure de longueur que le dochme ou le doron. Voyez MESURES DES GRECS. (D.J.)


PALESTÉS(Mythol.) surnom donné à Jupiter, parce qu'Hercule s'étant présenté au combat de la lutte, & n'ayant trouvé personne qui osât se mesurer avec lui, pria son pere de lutter contre lui ; & le dieu eut la complaisance d'accepter le combat, & de se laisser vaincre pour accroître la gloire de son fils.


PALESTINE(Géogr. mod.) la Palestine, ou la Terre-sainte, ou le pays de-Chanaan, est un pays d'Asie, aujourd'hui soumis à la Porte Ottomane ; il est sec, désert, entierement dépeuplé, & d'ailleurs couvert par-tout de rochers arides : sans doute qu'il étoit aussi cultivé qu'il peut l'être, quand les Juifs le possédoient. Ils avoient des palmiers, des oliviers, des ruches de miel ; ils avoient porté de la terre sur les rochers pour y planter des vignes, qui donnoient du bon vin ; cette terre liée avec des éclats de rocher, étoit soutenue par de petits murs. Cependant malgré tous les efforts des anciens Juifs, la Palestine n'eut jamais de quoi nourrir ses habitans ; de-là vint qu'ils se répandoient par-tout ; & alors, comme de nos jours, ils alloient faire le métier de courtiers en Asie & en Afrique ; à peine Alexandrie fut bâtie, qu'ils y étoient établis. Il y en avoit huit mille à Rome du tems d'Auguste.

L'état actuel de la Palestine est plus misérable que jamais : on n'y voit que des petites bourgades, villages dépeuplés, & quelques vieux châteaux délabrés. Le plat-pays est la proie des Arabes, qui le courent de toutes parts ; & comme il n'est cultivé & semé qu'en peu de lieux, ils attaquent le voyageur & les étrangers pour en tirer quelque chose. Les garnisons turques sont trop foibles & trop écartées les unes des autres pour réprimer ces brigandages.

Le peu de chrétiens qui se trouvent en Palestine, sont ramassés dans les vallées du Liban, sous leurs évêques maronites. Ils dépendent pour le temporel d'un seigneur arabe, qui se dit emir de Tripoli, & qui est tributaire du Turc. L'anti-Liban est habité par les Druses, gens qui ont une religion différente des Chrétiens, des Turcs, & de tous les autres peuples de la terre.

Toute la Palestine peut avoir 70 lieues d'étendue du midi au nord, sous les trois degrés paralleles 31. 32. & 33. Sa largeur peut être de 30 lieues.

Les pélerins la divisent en trois provinces ; la Judée, la Samarie & la Galilée, gouvernées chacune par un émir, sous le bon plaisir du grand-seigneur, qui, outre cet émir, y entretient deux sangiacs subordonnés au bacha de Damas.

Ces trois émirs sont l'émir de Seide, l'émir de Caesair & l'émir de Gaza ; les deux sangiacs prennent les noms de leur résidence, Jérusalem & Naplouse. Au-delà du Jourdain est ce qu'on appelle le royaume des Arabes ; ce royaume consiste en des déserts immenses, dont le roi est un souverain indépendant, qui ne reconnoît point l'autorité de la Porte.

Suivant le pere Nau, la Palestine comprend aujourd'hui le pays de Gaza, le pays d'Elkahill, ou d'Hébron, le pays d'Elkolds, ou de Jérusalem, le pays de Naplos, ou Naplouse, le pays de Harcté, le pays de Jouret-Cafre-Kanna, ou de Nazareth, le pays de Sapheth, & enfin le pays au-dessus du Jourdain, où il est dangereux de voyager à cause des Arabes qui l'occupent. Il ajoute que ces divers pays forment autant de gouvernemens, dont cependant le nombre n'est point fixe, parce que le grand-seigneur partage quelquefois un gouvernement en deux, & quelquefois il en unit deux en un.

Il faut bien se défier de la description des lieux que l'Ecriture-sainte a rendus mémorables. On nous en a donné des descriptions circonstanciées très-suspectes. Que ne prétend-on point faire voir à ceux qui entreprennent le voyage de la Palestine, & que ne leur produit-on point pour les dédommager de leurs fatigues ? On leur montre d'imagination le lieu où saint Epiphane, né en Palestine vers l'an 320, fonda lui-même un monastere. Ce pere de l'Eglise mourut en 403, âgé de plus de 80 ans. La meilleure édition de ses oeuvres est celle que le pere Petau publia en 1622, in-fol. en grec & en latin avec des savantes notes ; mais dans lesquelles il n'a pu rectifier & les erreurs, & le peu d'exactitude de saint Epiphane dans les faits qu'il rapporte. (D.J.)

PALESTINE, s. f. (Fondeur de caracteres d'Imprimerie) quatorzieme corps des caracteres d'imprimerie. Sa proportion est de quatre lignes mesure de l'échelle ; voyez proportions des caracteres d'Imprimerie, & l'exemple à l'article CARACTERES.


PALESTRES. f. (Art. gymnast.) palaestra ; lieu où les anciens s'exerçoient pour la gymnastique médicinale & athlétique, à la lutte, au palet, au disque, au jeu du dard & autres jeux semblables ; ce lieu d'exercice s'appelloit palaestra, du mot , la lutte.

Le terrein chez les Grecs & les Romains destiné à cet usage, étoit couvert de sable & de boue, pour empêcher que les athletes ne se tuassent en se renversant par terre. La longueur de la palestre étoit réglée par stades, qui valoient chacun 125 pas géométriques, & le nom de stade s'appliquoit à l'arene sur laquelle on couroit. Vitruve nous a donné dans son architecture, liv. V. ch. xj. la description & le plan d'une palestre.

Les combats même où l'on disputoit de la course & de l'adresse à lancer un dard, ont été nommés palestrae par Virgile dans son Aeneid. lib. V.

Pars in gramineis exercent membra palaestris.

Et quand il veut dépeindre dans ses Géorg. lib. II. v. 531. les jeux de ceux qui habitent la campagne, il dit que le laboureur propose au berger un combat de fleches ; qu'on tire contre un but attaché à un orme, & que chacun d'eux quitte ses habits pour être plus propre à cette palestre :

Pecorisque magistris

Velocis jaculi certamina ponit in ulmo,

Corporaque agresti nudat praedura palaestrâ.

Mais ce qui n'est point une fiction poëtique, & ce qui étoit particulier à Lacédémone, c'est que les filles s'exerçoient dans la palestre aussi-bien que les hommes. Si vous en voulez voir une belle description en vers, Properce vous la donnera dans une de ses élégies du troisieme livre. Cependant vous n'en trouverez point de peinture plus élégante en prose, que celle qu'en fait Ciceron dans ses Tusculanes, où après avoir parlé de la mollesse avec laquelle les autres nations élevoient les filles, il peint les occupations de celles de Sparte. Il leur est bien plus doux, dit-il, de s'exercer dans la palestre, de nager dans l'Eurotas, de s'exposer au soleil, à la poussiere, à la fatigue des gens de guerre, qu'il ne leur seroit flatteur de ressembler aux filles barbares. Il se mêle à la vérité de la douleur dans la violence de leurs exercices ; on les choque, on les frappe, on les repousse, mais ce travail même est un remede contre la douleur.

Pyrrhus a une fois employé bien heureusement le mot palestre au figuré. Comme il ne pouvoit se rendre maître de la Sicile, il s'embarqua pour l'Italie ; & tournant la vue vers cette île, il dit à ceux qui l'accompagnoient : " Mes amis, quelle palestre nous laissons-là aux Carthaginois & aux Romains ! " (D.J.)


PALESTRINE(Géog. mod.) autrefois Praeneste, petite ville d'Italie dans la campagne de Rome, avec un évêché, dont l'évêque est un des anciens cardinaux. Elle est sur la pente d'une montagne, à 8 lieues de Rome. Long. 30. 28. lat. 41. 50.


PALESTRIQUEEXERCICE (Gymnastiq.) les exercices palestriques sont au nombre de neut ; savoir, la lutte, le pugilat, le pancrace, la course, l'hoplomachie, le saut, l'exercice du disque, celui du trait & celui du cerceau, trochus. On les nommoit palestriques, à cause qu'ils avoient presque tous pour scène cette partie des gymnases appellée palestre, & qui tiroit son nom de la lutte, en grec , l'un des plus anciens de ces exercices. Voyez LUTTE, PALESTRE, & les autres exercices palestriques que je viens de nommer. (D.J.)


PALESTROPHYLACES. m. (Hist. anc.) officier subalterne des palestres ou gymnases, qu'on a mal-à-propos confondu avec le chef ou directeur du gymnase, qui dans les anciens n'est jamais appellé que gymnasiarque ou xystarque. Le palestrophylace ne peut donc être exactement rendu en notre langue que par concierge de la palestre, comme le porte le mot , dont son nom est composé, & qui à la lettre signifie garde, ou gardien, titre que les anciens n'auroient pas donné au gymnasiarque, qu'ils regardoient comme un personnage important, & dont les fonctions passoient pour très-honorables.


PALET(terme de Pêche) sorte de pêcherie sédentaire que l'on peut rapporter à l'espece des bas-parcs ou cibaudieres. Ce terme est usité dans le ressort de l'amirauté de Bordeaux.

Les pêcheurs, pour faire cette pêche, choisissent une espece de petite anse dont les deux extrémités forment une hauteur, & laissent un fond plus bas dans le milieu ; autour de cette anse ils plantent des perches ou piquets éloignés les uns des autres de deux brasses en deux brasses, de la longueur d'environ huit ou dix piés, ensorte qu'ils sortent du terrein de six à sept piés au plus. Ils sont placés en demi-cercle, & embrassent un espace de quatre à cinq cent brasses de long ou environ : ces perches ou pieux ne changent point, & restent toujours placés de même, au contraire de ceux qui forment la petite pêcherie du palicot, comme nous l'expliquerons ci-après.

Avant d'étendre le rets pour faire la pêche du palet, les maîtres des pêcheurs qui y sont de parc, & qui pour cet effet fournissent chacun les filets nécessaires à former le contour du palet, viennent visiter le fond du terrein de l'enceinte de la pêcherie, pour voir par les traces qui y restent, si le poisson y fréquente ; ce qu'ils reconnoissent très-bien aux empreintes qui paroissent encore sur le fond après que la mer s'est retirée, distinguant même aisément les diverses especes de poisson qui y peuvent venir paître.

Quand le maître a reconnu qu'on peut y faire la pêche avec succès, les pêcheurs alors font de basse-mer un sillon ou petit fossé d'environ deux piés de largeur sur un au plus de profondeur le long du contour des perches : ils y étendent le rets du palet qui a environ une demi-brasse de hauteur, ordinairement le même que celui de la Seine à la côte, à la différence qu'il n'est ni flotté, ni plombé ou pierré ; le bas du filet est arrêté au moyen de petits crochets de bois d'environ deux piés de long, placés à demi-brasse l'un de l'autre ; ensuite ils ramassent le filet dans le creux de la fosse, & le recouvrent du sable ou de la vase sur laquelle la tente du palet est placée : d'espace en espace on frappe sur la tête de la tente, qui reste libre & posée en-dedans des perches, sept à huit petites lignes que l'on arrête sur le haut d'autant de pieux. Tout ce travail se fait avant que la marée ait commencé à monter dans la tente du palet : à mesure qu'elle monte, elle recouvre ou plutôt efface le sillon qui a été fait, ensorte que le poisson qui est accoutumé d'y venir, ne trouve aucun obstacle pour y entrer, ni aucun changement sur les fonds qui le puisse effaroucher. Pendant que la marée monte, & amene avec elle le poisson, les pinasses des pêcheurs restent un peu éloignées du palet ; & d'abord qu'on a jugé que le poisson a monté, & qu'il est prêt à retourner, ce qui arrive immédiatement au plein de la marée ; autant de pinasse ou de tillolles qu'on a amarré de lignes à la tête du rets, viennent le relever & arrêter le filet de la tente en-haut de toutes les perches, ce qui ferme exactement toute l'enceinte, dont aucun poisson ne peut plus sortir, excepté les petits qui s'échappent au travers des mailles. Pendant que la marée se retire, le poisson se tient dans le fond du palet, où il y a plus d'eau qu'aux côtés qui sont élevés, jusqu'à ce qu'elle soit entierement écoulée : pour lors les pêcheurs ramassent tous les poissons qui se trouvent dans l'enceinte du palet.

Cette pêche est quelquefois si abondante, qu'on a vu prendre d'une seule tente de palet, jusqu'à cent charges de cheval de poisson de diverses especes : on y pêche des bars, des loubines, des sardines, des mulets & de toutes les autres especes de poissons, tant plats que ronds, qui viennent terrer à la côte, surtout durant l'été, & même jusqu'à des marsouins.

Avec des rets ayant les mailles de deux pouces en quarré, comme l'ordonnance l'a déterminé pour les bas-parcs, ces pêcheurs n'en feront pas moins une bonne pêche, & ne détruiront point le frai, ni les petits poissons, comme il arrive souvent.

Il y a autour du bassin d'Arcasson six tentes de palet, où l'on fait la pêche de la même maniere. Trois de ces tentes appartiennent aux pêcheurs de la tête, & sont placées au pié des dunes qui sont vers le cap Ferret, & à la bande du nord de la baie ; les trois autres sont au Pila à l'ouest du Ferret. Ceux qui veulent fournir des filets pour la tente, le peuvent faire, & y sont reçus à part : ces pêcheries sont libres & non exclusives. Il faut un tems calme pour faire cette pêche avec succès, parce qu'alors le poisson de tous genres monte en abondance & en troupe à la côte.

Avec ces rets à larges mailles, cette tente, comme nous venons de l'observer, ne peut être que très-lucrative & avantageuse à ces pêcheurs, parce que les fonds de cette baie sont excellens, ainsi que la qualité des poissons qui s'y prennent.

PALET, à la longue paume, ce sont des battoirs qui ont la queue plus courte que les autres, dont les tiers se servent pour mieux rabattre la bale. Voy. TIERS.

PALET, jeu du, s. m. ce jeu se joue à plusieurs personnes : on ne s'associe point ensemble ordinairement, quoique cela se puisse à la rigueur ; mais chacun est pour soi. On a chacun une pierre assez grande, platte, & ronde, ou un morceau de fer. Quand on a vu à qui joueroit le premier, ce qui se fait ou en jettant une piece de monnoie vers une brique, ou son palet même, le plus près de cette brique est le premier ; les autres selon qu'ils en sont plus près, ont leur rang qu'ils observent toute la partie. Le plus loin d'elle est le dernier & met le but. Quand cela est fait, chacun met la même piece de monnoie sur une autre pierre, qu'on appelle brique dans de certains pays, peut-être parce qu'étant de brique elle est plus commode, & dreu dans d'autres, & chacun joue à son tour. Il faut pour gagner renverser la brique avec son palet, & les liards ou autres pieces qui sont plus près du palet du joueur, ou de ceux qui ont été joués devant lui, que de la brique, appartiennent aux joueurs à qui sont ces palets. Quand tout ce qui n'est point à la brique est ramassé, les choses restent en cet état, & le suivant va jouer son coup ; s'il place son palet plus près des pieces qu'elles ne le sont de la brique, il les gagne ; & s'il en a envoyé quelqu'une vers les autres palets, les maîtres du palet de qui elle est la plus proche, les ramassent, & on rejoue jusqu'à ce que toutes les pieces soient gagnées de cette sorte. Si elles n'ont pas été renversées toutes ensemble de la brique, on y remet celles qui l'ont été. Si le vent, ou l'ébranlement de la terre les en avoient fait tomber, & non le palet, on les y remet encore. Si étant tombées elles touchent la brique toutes ou en partie, on ne peut gagner celles qui y sont appuyées qu'en la chassant. Un palet soutenu par la brique ne peut rien gagner, quand il couvriroit toutes les pieces. Quand deux palets se touchent, ce qu'on appelle vulgairement brûler, ils ne valent plus, & on les releve. Quand l'un de ces deux palets tient à la brique, on ne les releve point ; mais si le joueur dont le palet touche à la brique est à jouer devant l'autre, celui-ci avance son palet à la place du premier. Si les pieces sont l'une sur l'autre, la premiere qui est du côté des palets est plus près d'eux que de la brique, on la ramasse, & toutes celles qui sont trop loin de la brique ; les autres restent. On perd son coup lorsqu'on le joue devant son tour, parce que cela est de conséquence, le jeu pouvant être découvert alors, & les pieces sont plus aisées à gagner.

Le jeu du petit palet se joue avec des écus ou des morceaux de plomb ou de fer applatis, de leur grandeur. Il y a diverses manieres de jouer le jeu du petit palet : à but fixe, quand les joueurs ne changent point ce but de place : à but courant, quand on est convenu de le changer ; au clou, sur le bord d'une table, &c. Le but courant est d'autant plus amusant, qu'on semble ne faire que se promener ; il est même d'un avantage plus égal pour les joueurs ; puisque chacun ayant un jeu différent & une certaine portée où il joue mieux qu'à une distance plus ou moins grande, il peut jetter le but dans cette portée quand il a gagné le coup. Et d'ailleurs, ce but qu'il a jetté peut lui servir de regle pour mesurer son coup, qu'il joue tout de suite : au lieu qu'il est moins aisé de se regler au but fixe, où il y a toujours beaucoup d'intervalles entre les coups, & où l'on ne peut guere se ressouvenir du degré de force qu'on a donné à son palet le coup précédent ; l'habitude & le juste mouvement du bras dépendant moins d'une action fréquente & mécanique, que d'une considération réfléchie de l'effet qu'a produit cette action, il est clair que plus cet effet est éloigné de sa cause, plus il doit être difficile à connoître.

Au clou. Cette maniere est difficile, & demande beaucoup d'adresse : on plante un clou, ou quelque chose semblable, sur une table, sur un coffre, &c. celui qui en approche le plus près avec son palet gagne le coup.

Sur le bord d'une table. C'est sans contredit la maniere de jouer au petit palet la plus difficile ; puisqu'il faut toujours tâcher à mettre le plus près du bord qu'il est possible, & qu'on jette souvent son petit palet à bas.

Dans toutes ces manieres de jouer au petit palet, on peut être plusieurs : il n'y a guere de regles que celles qu'on établit sur les circonstances ; les rangs se prennent quelquefois au gré des joueurs, & quelquefois ils sont déterminés par le plus ou le moins d'éloignement qu'il y a du palet d'un joueur au but. On entend sans doute que ce sont toujours ceux qui mettent leur petit palet plus près de ce but, qui gagnent un, ou plusieurs points, s'ils y ont plusieurs palets. C'est aux joueurs à fixer le nombre des points qu'il faut pour faire une partie.


PALETOTS. m. (Ouvrage de Tailleur) c'est un juste-au-corps d'étoffe grossiere & sans manches, qui ne vient que jusqu'au genou, & dont sont vétus les paysans, principalement en Espagne. (D.J.)


PALETTES. f. POCHE, CUILLIER, BEC A CUILLIER, PLAT, PALE, PALE PAUCHE, CUILLIER TRUBLE, POCHE, platea, leucorodius, albardeola, (Hist. nat. Ornithologie) Willughbi, (Pl. XI. figure 3.) oiseau qu'on ne peut confondre avec aucun autre par la forme singuliere de son bec, qui est plat dans toute sa longueur ; il s'élargit à son extrémité, où il a une figure presque ronde à-peu-près comme une cuillier ; ce qui a fait donner à cet oiseau le nom de bec à cuillier. La palette est en entier d'une belle couleur blanche, comme celle du cygne, à l'exception d'un peu de noir qui est sur les premieres des grandes plumes extérieures de l'aîle, & sur les premieres du second rang. On trouve cet oiseau en Europe ; il se perche & niche sur le sommet des arbres qui sont près de la mer ou de quelque fleuve ; il vit de poisson ; ses oeufs ressemblent à ceux de la poule ; ils sont blancs, & ils ont quelques taches de couleur de sang, ou d'un cendré roussâtre. Willughbi, Ornith. Voyez OISEAU. (I)

PALETTE DU MEXIQUE, platea mexicana, Tlauhquechul, oiseau qui ressemble beaucoup au précédent, & qui n'en differe qu'en ce qu'il est d'une belle couleur rouge ou d'un blanc rougeâtre ; le bec a une couleur cendrée ; la tête, le cou, & une partie de la poitrine, sont dégarnis de plumes & blancs ; il y a un large trait noir entre la tête & le cou. On trouve cet oiseau au Méxique sur le bord de la mer ou des fleuves. Willughbi, Ornith. Voyez OISEAU. (I)

PALETTE DU GENOU, voyez ROTULE.

PALETTE, terme de Chirurgie, petit vaisseau d'étain ou d'argent, qui reçoit le sang qu'on tire dans l'opération de la saignée.

On dit que ce mot vient de poëlette ou petite poële, & qu'on le trouve écrit ainsi dans Villon. Dionis écrit poilette, contre l'ancien usage, puisque Paré appelloit palette, l'espece de petite écuelle à une oreille, dont on s'est toujours servi pour mesurer le sang qu'on tire dans la saignée.

Chaque palette doit tenir trois onces, afin qu'on sache au juste la quantité de sang qu'on a tiré. La mesure ordinaire est de trois palettes dans les saignées communes ; on les met sur trois assiettes différentes, ou sur un plat où elles puissent être de niveau.

Il y a des circonstances qui exigent une saignée plus forte, & d'autres où l'on ne tire que deux palettes, & quelquefois une seulement.

Au rapport de Dionis, quand on saigne le roi ou quelqu'un de la famille royale, c'est le premier médecin qui tient la bougie ; il se fait un honneur de rendre ce service, aussi-bien que le premier apoticaire de tenir les palettes. S'il y avoit quelqu'un dans la chambre que le chirurgien ne crût pas de ses amis, il pourroit le faire sortir, parce qu'il ne faut point qu'il ait pour spectateurs des gens qui pourroient l'inquiéter & le chagriner par leur présence : aujourd'hui, continue l'auteur, on n'use plus de ce privilége. Toutes les fois, dit-il, que j'ai saigné madame la dauphine, ou quelqu'un des princes, la chambre étoit pleine de monde, & même monseigneur & les princes se mettoient sous le rideau du lit sans que cela m'embarrassât.

On est dans l'usage d'avoir des palettes numérotées ; ou bien le chirurgien les marque, en mettant un morceau de papier sur la premiere, deux sur la seconde, & trois sur la troisieme.

Dans les saignées du pié on ne se sert point de palettes ; on juge de la quantité du sang tiré, par le tems qu'il y a qu'il sort, comparé avec la grosseur du jet ; par la couleur plus ou moins rouge que l'eau reçoit, & par la teinture que cette eau communique à une serviette qu'on y trempe. Quelques chirurgiens mesurent avec un bâton la hauteur de l'eau, lorsque le pié y trempe. Ils retirent autant d'eau qu'ils veulent tirer de sang ; & après avoir ouvert la veine, ils en laissent sortir jusqu'à ce que l'eau soit au niveau de la marque faite au bâton. Voyez SAIGNEE. (Y)

PALETTE, (Méch.) est la même chose qu'aube dans les moulins à eau. Voyez AUBE.

PALETTE, (Peint.) la palette est une planche de bois qui est ordinairement de figure ovale. On y fait vers le bord un trou de figure ovale, assez grand pour pouvoir y passer tout le pouce de la main gauche, & un peu plus. Le bois de sa palette est d'ordinaire de pommier ou de noyer : on enduit le dessus de la palette, quand elle est neuve, d'huile de noix seccative à plusieurs reprises, jusqu'à ce que l'huile ne s'imbibe plus dans le bois. La palette supporte les couleurs broyées à l'huile qu'on arrange au bord d'en-haut par petits tas ; le milieu & le bas de la palette servent à faire les teintes & le mélange des couleurs avec le couteau qui doit être pour cet effet d'une lame extrêmement mince. Ceux qui travaillent à détrempe ont aussi une palette, mais elle est de fer blanc, pour pouvoir la mettre sur le feu lorsque la colle se fige sur la palette en travaillant.

On dit de certains tableaux, & on l'a dit de ceux de M. le Brun, qu'ils sentent la palette ; ces mots signifient que les couleurs n'en sont point assez vraies, que la nature y est mal caractérisée, & qu'on n'y trouve point cette parfaite imitation, seule capable de séduire & de tromper les yeux ; ce qui doit être un des premiers soins des maîtres de l'art. (D.J.)

PALETTE DU PEINTRE EN EMAIL, c'est un morceau d'agathe ou de verre, sur lequel il fait ses teintes avec son couteau à couleur.

PALETTE, en terme de Doreur sur bois, est une peau à longs poils montée en demi-cercle sur une petite planche de bois, qui entre dans un manche fendu à un bout, & garni à l'autre d'un pinceau. C'est avec cette peau qu'on a mouillée legerement avec la langue, qu'on prend les feuilles d'or, & qu'on les pose sur l'ouvrage. Voyez nos explications & nos Planches du Doreur, où l'on a représenté un ouvrier qui pose de l'or avec la palette sur une bordure montée sur le chevalet.

La palette du Doreur se définit encore un instrument fait de la queue de l'animal qu'on appelle petit-gris. Il sert à prendre les feuilles d'or de dessus le coussinet pour les placer & les étendre sur l'or couleur, si l'on dore en huile, ou sur l'assiette, si c'est en détrempe. (D.J.)

PALETTE, terme dont les Horlogers se servent pour désigner une petite aîle que la roue de rencontre pousse, & par laquelle elle entretient les vibrations du régulateur. Dans l'échappement ordinaire des montres, il y a deux palettes réservées sur la verge du balancier ; elles forment entr'elles un angle droit. Dans l'échappement à levier des pendules, les deux palettes sont sur deux tiges différentes. Voyez ÉCHAPPEMENT, VERGE, & nos Planches d'Horlogerie. (P)

PALETTE, (Imprimerie) les Imprimeurs nomment ainsi l'ustencile avec lequel ils relevent & rassemblent en un tas l'encre sur leur encrier, après qu'ils l'ont broyée, comme le bon usage l'exige. C'est une petite plaque de fer taillée en triangle, montée sur un manche de bois rond : elle sert aussi à prendre l'encre dans le barril en telle quantité qu'on en a besoin, & à la transporter dans l'encrier. Voyez nos Pl. d'Imprimerie & leur explication.

PALETTE, (Instrum. de jeu) petit battoir, ou instrument de bois, qui sert aux enfans à jouer. C'est de cette palette, que plusieurs outils ou instrumens qui servent à divers artisans & ouvriers, ont pris leur nom : quoiqu'il y en ait plusieurs qui n'y ont guere de rapport, soit pour la matiere, soit pour la figure. Savary. (D.J.)

PALETTE, (Poterie) les Potiers de terre fournalistes, c'est-à-dire, ceux qui ont été reçus à la cour des monnoies, pour faire exclusivement tous les fourneaux & creusets qu'on emploie à la fonte des métaux, ont diverses palettes de bois, qui sont presque leurs seuls instrumens pour dresser, battre, & arrondir leur ouvrage.

Les plus grandes de ces palettes sont ovales avec un manche, en tout parfaitement semblables à la palette des enfans ; les autres sont rondes ou échancrées en forme triangulaire ; d'autres enfin sont faites à la maniere d'un grand couteau, & ont une espece de tranchant ; ces dernieres servent à ôter & ratisser ce qu'il y a de trop sur les moules, ou aux ouvrages que les potiers font à la main, comme les fourneaux & les réchaux à blanchisseuses. Savary. (D.J.)

PALETTE, (chez les Potiers, les Faiseurs de creusets, &c.) est un instrument de bois, presque l'unique dont ils se servent pour former, battre, & arrondir leurs ouvrages. Voyez POTIER.

Ils en ont de plusieurs especes ; les plus larges sont de figure ovale avec un manche ; d'autres sont arrondies ou creusées triangulairement ; d'autres enfin ressemblent à deux couteaux larges ; elles servent à couper tout ce qu'il y a de superflu dans les moules de leurs ouvrages.

PALETTE, (Reliure) les Relieurs ont deux instrumens de ce nom : l'un & l'autre sont de petits fers qui servent à dorer.

La palette simple doit être de cuivre ; on l'appelle simple, parce qu'elle n'a qu'un filet : elle est emmanchée de bois. Voyez cet outil dans nos Planches. Il sert à côté des nerfs dans les entre-nerfs.

La palette à queue & des nerfs, est plus large que la palette simple : on l'emploie pour pousser au bas du dos des livres le dessein qui termine l'ornement, & quelquefois à la tête des volumes sur le dos ; c'est pourquoi on la nomme palette à queue ; on s'en sert aussi sur les nerfs. Voyez nos Planches de Reliure.

PALETTE A FORER, (Serrurerie) c'est un instrument qui sert aux Serruriers & autres ouvriers en fer, lorsqu'ils veulent percer ou forer quelque piece. La palette est de bois, de forme ovale, d'un pouce d'épais, avec un manche & quelquefois deux ; le tout d'un pié ou environ de long. Une bande ou morceau de fer de quatre à cinq pouces de longueur, & de quatre à cinq lignes d'épaisseur, percée de quelques trous qui ne la traversent pas tout-à-fait, est attachée dans le milieu de la palette. Lorsque l'ouvrier veut forer, il appuie la palette sur son estomac, & mettant la tête du foret dans l'un des trous de la bande de fer, il le fait tourner par le moyen de l'arçon ou archet, dont la corde passe sur la boîte du foret. (D.J.)


PALEURS. f. (Médec.) obstacle quelconque, qui ne permet pas au sang de passer dans les arteres cutanées, où il passe ordinairement dans la circulation libre ; la nature & les causes de cet obstacle, en font une maladie plus ou moins grave.

La couleur des humeurs & des parties visibles qui est naturellement blanche, & d'un rouge vif & brillant, semblable à celle de la rose, dégénere en pâleur, par le défaut de préparation des humeurs, par le manquement des globules rouges, & par un commencement de corruption. Le changement de couleur s'observe dans le sang, les crachats, le pus, l'urine, & les autres humeurs, soit qu'elles s'écoulent, ou qu'elles croupissent dans leurs vaisseaux.

De-là naît la pâleur, qui accompagne les maladies de l'estomac, des intestins, des visceres, des poûmons. Le relâchement des parties, la foiblesse, la crudité des humeurs, le repos excessif du corps, les inquiétudes de l'esprit, le chagrin, le rallentissement de la circulation, les évacuations trop abondantes, soit des excrémens, soit de l'urine, les fleurs blanches, la gonorrhée, la salivation, causent aussi la pâleur. On observe encore la pâleur dans les femmes qui alaitent trop ; mais la pâleur disparoît dès qu'on a guéri les maladies qu'on vient de nommer par le secours des corroborans, & par l'exercice du corps.

Un commencement de corruption dans les humeurs, produit une plus grande pâleur, comme on le remarque dans le scorbut, la cachexie, le catarrhe, les pâles-couleurs, l'hydropisie, la leucophlegmatie, la passion hystérique, la suppression des mois, la vérole, & dans une longue maladie ; car il n'est guere possible de corriger toute la corruption. Outre les spécifiques propres à ces maladies, il faut employer les antiseptiques corroborans.

La pâleur produite par une trop grande évacuation du sang, qu'on a une fois arrêtée, doit être traitée par des alimens bien nourrissans pris en petite quantité, en même tems que par les stomachiques, & ensuite par les corroborans ; mais celle qui arrive dans la syncope, & qui est causée par un paroxysme fébrile, dont l'accès arrête sur le champ la circulation du sang dans les petits vaisseaux, se dissipe naturellement, ou à la faveur des frictions & des stimulans, si elle duroit trop long-tems. (D.J.)

PALEUR, (Mythol.) les Romains avoient fait un dieu de la pâleur, parce qu'en latin pallor est masculin. Tullus Hostilius, roi de Rome, dans un combat où ses troupes prénoient la fuite, fit voeu d'élever un temple à la Crainte & à la Pâleur ; ce temple fut en effet élevé hors de la ville. On lui donna des prêtres qui furent appellés palloriens, & on lui offrit en sacrifice un chien & une brebis. (D.J.)


PALIS. m. terme de Pêche, usité dans le ressort de l'amirauté d'Abbeville ; c'est une sorte de rets ou filet tendu en maniere de haut parc.

Les rets de hauts parcs ou pali, sont de deux sortes ; les plus serrés ont neuf lignes & un pouce en quarré pour la pêche des maquereaux ou roblots, des harengs & autres poissons passagers ; les plus larges mailles ont dix-huit à dix-neuf lignes, & servent à la pêche des soles & autres poissons plats ; c'est plutôt une espece de cibaudiere non flottée ou montée sur piquets ; le pié du rets est enfoui dans le sable, sans quoi il seroit impossible d'arrêter aucun poisson autre que ceux qui se maillent ; ce qui n'arrive point au poisson plat, mais seulement au poisson rond, les premiers ne se prenant qu'au pié du filet, où ils restent à sec de basse marée.

Les rets de bas parcs commencent à être en regle par le soin & la vigilance des officiers du ressort, qui ont fait brûler à Berclk un grand nombre de filets abusifs par leur usage, & par la petitesse de leurs mailles ; ces rets ont leurs mailles de dix-neuf, vingt-une à vingt-trois lignes en quarré ; ces dernieres approchent fort de la police ordonnée par la déclaration de sa majesté du 18 Mars 1727.


PALIACATE(Géogr. mod.) autrement Palicat, Palicate, Paléacate, ville des Indes, sur la côte de Coromandel, au royaume de Carnate, sur la route de Masulipatan à Gaudicote, au nord de Madras, dans une plaine sablonneuse & stérile. Les Hollandois y ont un comptoir & un petit fort appellé le fort de Gueldres. Cette ville est peuplée de maures & de gentils. Long. 98. 8. lat. sept. 136. 30.


PALIBOTHRA(Géog. anc.) ville de l'Inde, en-deçà du Gange, suivant Ptolémée, liv. VII. ch. iv. cette ville est vraisemblablement la même que la Polibothra de Diodore de Sicile, liv. II. terme qui veut dire une ville dans un fond. (D.J.)


PALIBOTRES. m. (Hist. anc.) nom que les rois de Perse ont long-tems porté dans l'antiquité ; ce nom venoit d'un roi persan très-révéré, dont il étoit le nom propre. Un souverain est bien vain d'oser prendre le nom d'un prédécesseur illustre ; conçoit-il la tâche qu'il s'impose ? la comparaison continuelle qu'on fera de lui avec celui dont il porte le nom ? Mais ce n'est pas la vanité des rois qui leur fait prendre un titre si incommode, & qui leur prescrit leur devoir chaque fois qu'on leur prononce, ou qu'on leur reproche d'y manquer ; c'est la bassesse des peuples qui le leur donne ; ou si ce n'est pas leur bassesse, mais une invitation honnête faite au prince de leur restituer l'homme chéri, le bon maître qu'ils ont perdu ; je les loue de ce moyen, quoiqu'il leur réussisse assez mal. Ce qui me fâche, c'est que l'avenir projettant les siecles les uns sur les autres, réduisant à rien la distance qui les sépare, le nom célebre d'un homme de bien se trouve deshonoré par la multitude des méchans qui l'ont osé prendre après lui ; un seul homme est chargé de l'iniquité d'une infinité d'autres. Les rois de Perse s'appelloient palibotres, comme les rois d'Egypte Pharaon, comme les rois de France aujourd'hui Louis.


PALICA(Géog. anc.) ville de Sicile selon Diodore & Etienne le Géographe. On en voit les ruines sur une hauteur au nord oriental du lac appellé Palicinus Fons, & Palicorum lacus ; c'est ce lac que les anciens nommoient stagnum Palicorum ; ils éprouvoient la vérité des sermens, en jettant dans ce lac des tablettes sur lesquelles le serment de celui qui juroit, étoit écrit ; si les tablettes s'enfonçoient, on le regardoit comme un parjure ; & si elles surnageoient, son serment passoit pour véritable. La ville Palica prit son nom d'un temple bâti dans le voisinage, & dans lequel on rendoit un culte aux dieux Palices.


PALICELA (Géog. mod.) petite ville de France dans le Bourbonnois, sur la Besbre, entre Paris & Lyon. Il s'y tient plusieurs foires & marchés ; mais on n'y compte pas 400 habitans. Long. 20. 57. lat. 46. 33.

PALICES, DIEUX, (Mythol.) Palici dii, ces dieux Palices sont fort inconnus. Ils étoient fils de Jupiter & de la nymphe Thalie. Ce maître des dieux, dit la fable, craignant tout des emportemens de Junon, cacha sous terre son amante pendant le tems de sa grossesse. Elle ne reparut qu'après l'avoir fait pere de deux jumeaux. Dans la suite, les habitans de la Sicile les choisirent pour leurs dieux, & leur bâtirent auprès de la ville de Palica un temple magnifique qui en avoit pris son nom. Leur autel devint l'asyle des malheureux, & en particulier des esclaves fugitifs.

Diodore dit que dans le temple de ces dieux, on prêtoit les sermens qui regardoient les affaires les plus importantes, & que la punition suivoit toujours le parjure. La persuasion, ajoute-t-il, où l'on est de la sévérité des divinités qui l'habitent, fait qu'on termine les plus grands procès par la voie seule du serment, & qu'il n'y a point d'exemple que ces sermens aient été violés. Quelquefois on écrivoit son serment, qu'on jettoit dans un bassin d'eau, & le serment surnageant, l'accusé étoit absous. Il y avoit dans le voisinage de Palice, un lac appellé Palicorum stagnum, où l'on imagina d'éprouver de la même maniere la vérité des sermens. Le temple de Trézoene étoit aussi fameux par de pareilles épreuves. On trouve encore au bout de l'orient, dans le Japon, des usages semblables, fondés sur la simplicité des premiers tems, & sur la superstition commune à tous les peuples.

Enfin on juroit en Sicile, le long du fleuve Symethe, par les dieux Palices.

Symaethia circùm,

Flumina, pinguis ubi & placabilis ara Palici.

Aeneid. lib. IX. v. 584.


PALICOTou PETIT PALET, s. m. terme de pêche, usité dans le ressort de l'amirauté de Bordeaux, est proprement une espece de cibaudiere, ou bas parcs. Voyez CIBAUDIERE, BAS PARCS, LETALET.

La pêche du palicot est la diminutive de celle du palet, dont on a fait la description à l'article PALET ; elle n'en differe qu'en ce que les lieux & les fonds du terrein où les pêcheurs la pratiquent, sont variables, & que ceux qui la font, plantent leurs petits pieux à chaque fois qu'ils veulent tendre leurs filets ; pour cet effet, ils embarquent dans une tillole ou pinasse, avec les filets qui doivent servir à la tessure du palicot, les pieux qui leur sont nécessaires. Cette petite tente se fait le long des bords des canaux ou cheneaux, dans les crassats ou petites gorges, dont la baie est toute bordée. Quand les pêcheurs ont reconnu par les traces du poisson, les lieux qu'il fréquente, ils plantent leurs pieux ou petits paux en demi-cercle ; & comme c'est toujours dans des lieux unis & plats, ils forment aux bouts de la tente plusieurs tours de rets qui sont amarrés à la tête des pieux, & arrêtés par le bas avec des crochets de bois de distance en distance, comme le filet du grand palet ; le poisson qui s'en retourneroit par les bouts de la tente se trouve ainsi retenu, parce qu'en suivant toujours le filet pour sortir & rencontrer un passage, il y est insensiblement arrêté jusqu'à la basse mer, qu'il reste alors à sec dans la pêcherie.

Cette pêche avec des rets d'une maille de deux pouces en quarré, ne pourroit faire aucun tort ; mais avec de petites mailles & très-serrées, il est certain qu'elle sera du-moins aussi nuisible que la seine & le coleret. Comme elle se fait sur les fonds plats, soit de sable, soit de vase, qui sont dans les fonds des gorges & des canaux, elle y détruit tout le fretin & le poisson du premier âge qui y éclôt & s'y multiplie d'autant mieux, que les côtes de la grande mer & de la baie ont les bords en talus, & les eaux si profondes, que le petit poisson n'y peut sejourner, en est même chassé & contraint de se réfugier dans le fond du bassin, où les vents ne levent jamais les lames, comme à la côte & à l'entrée des passes, où les tentes du palicot ne se peuvent aucunement pratiquer.

La tente du palicot est la même que les cibaudieres non flottées, ou montées sur piquets des pêcheurs flamands & picards, & les tessures & tessons des pêcheurs bretons. Les uns & les autres font à-peu-près leurs pêches de même, à la différence que les premiers ne se servent point de bateaux, qu'ils font pêche à pié, & qu'ils ne tendent leurs rets qu'aux bords de la grande côte, & souvent même plus à la basse eau, que ne sont placées les pêcheries exclusives construites sur les greves & les sables de la mer.


PALICOURSLES (Géogr. mod.) peuples sauvages de la France équinoxiale, entre les rivieres Epicouli & Agairi. Ils sont bien faits & affables envers les étrangers, que la traite du Lamentin attire chez eux.


PALIERou REPOS, s. m. (Archit.) c'est un espace ou une sorte de grande marche entre les rampes & aux tournans d'un escalier. Les paliers doivent avoir au moins la largeur de deux marches dans les grands perrons, & ils doivent être aussi longs que larges, quand ils sont dans le retour des rampes des escaliers.

On appelle demi-palier, un palier qui est quarré sur la longueur des marches. Philibert Delorme nomme double marche, un palier triangulaire dans un escalier à vis.

Palier de communication ; on appelle ainsi le palier qui sépare & communique deux appartemens de plein pié.

Palier circulaire ; c'est le palier de la cage ronde ou ovale, d'un escalier en limace.


PALIFICATIONS. f. (Archit. hydraul.) c'est l'action de fortifier un sol avec des pilotis. Dans les endroits humides ou marécageux, on enfonce ces pilotis avec un mouton, afin qu'on puisse bâtir dessus en toute sureté.


PALILICIUMS. m. (Astronom.) est le nom d'une étoile fixe de la premiere grandeur dans l'oeil du taureau. On l'appelle aussi aldebaran, & ce dernier nom est aujourd'hui plus en usage. Voyez ALDEBARAN & TAUREAU. Voyez aussi ASCENSION & DECLINAISON, vous y trouverez l'ascension droite & la déclinaison de cette étoile pour le milieu de ce siecle.

Pline donne le nom de palilicium aux hyades, dont palilicium est une étoile. Voyez HYADES. Chambers. (O)


PALILIESS. f. (Mythol.) fêtes célébrées en l'honneur de la déesse Palès, que les bergers prenoient pour leur divinité tutelaire, & celle de leurs troupeaux chez les Romains. On célébroit tous les ans le 19 Avril ces fêtes dans les campagnes. Ce jour-là les paysans avoient soin de se purifier avec des parfums mêlés de sang de cheval, de cendres d'un jeune veau qu'on avoit consumé dans le feu & de tiges de feves. On purifioit aussi les bergeries & les troupeaux avec de la fumée de sabine & de soufre ; ensuite on offroit en sacrifice à la déesse du lait, du vin cuit & du millet. La fête se terminoit par des feux de paille, & les jeunes gens sautoient par-dessus au son des flûtes, des timbales & des tambours. Ovide qui décrit au long toutes ces cérémonies, liv. IV. des fastes, ajoute qu'à pareil jour, Remus & Romulus avoient jetté les premiers fondemens de Rome. Cependant Manilius & Solin assurent que la premiere construction de cette ville se fit en automne. Quoi qu'il en soit, les palilies étoient fixées au mois d'Avril, & l'on en faisoit aussi la solemnité dans les villes, mais avec moins d'appareil qu'à la campagne, où on les croyoit très-salutaires pour écarter loin des bestiaux les loups & les maladies.


PALIMBUANou PALEMBAN, (Géograph. mod.) ville capitale d'un royaume de même nom, dans l'île de Sumatra, sur sa côte orientale. Long. 122. 45. lat. mérid. 3. 8.


PALINDROMES. m. (Belles Lettres) sorte de vers ou de discours qui se trouve toujours le même, soit qu'on le lise de gauche à droite, soit qu'on le lise de droite à gauche. Voyez RETROGRADE.

Ce mot est grec, , retro currens, courant en arriere, formé des mots , de nouveau, & , course.

On en cite pour exemple un vers attribué au diable.

Signa te, signa temerè me tangis & angis

Roma tibi subitò motibus ibit amor.

Mais des gens oisifs ont raffiné sur lui en composant des vers dont les mots séparés, & sans enjamber les uns sur les autres, sont toujours les mêmes de gauche à droite, ou de droite à gauche. Tel est l'exemple que nous en fournit Cambden.

Odo tenet mulum, madidam mappam tenet anna,

Anna tenet mappam madidam, mulum tenet odo.


PALINDROMIES. f. (Médec. anc.) , de , derechef, & , courir, terme employé par Hippocrate & autres médecins grecs, pour signifier le retour ou reflux contre nature, des humeurs morbifiques, vers les parties intérieures & nobles du corps. Le remede est de les attirer de nouveau aux parties extérieures, d'en corriger la nature, & de les évacuer. (D.J.)


PALINGENESEsecret pour ramener des choses détruites à leur premier état ; on s'en sert non-seulement à l'égard des corps destitués d'organes, mais encore à l'égard des plantes, & même des animaux.

A l'égard des corps destitués d'organes, les Chimistes prétendent que par leur art, on peut faire revenir un corps qu'on a détruit par le feu, & lui rendre sa premiere forme. Olaüs Borrichius dit que du vif-argent, qu'il avoit tourmenté durant un an entier par plusieurs feux, jusqu'à le réduire en eau, turbith, cendre, reprit sa premiere forme par l'attraction du sel de tartre. Il assure encore que le plomb étant reverberé en mercure, fondu en verre, réduit en ceruse, brûlé en litarge, reprend pareillement sa premiere forme dans un moment, quand on lui applique avec adresse un sel lixiviel. Cela ne peut se faire par ce moyen, mais bien par toute matiere grasse. M. Boyle a reconnu que le nitre se restitue, & se révivifie de maniere qu'après l'avoir fait passer par une longue suite d'opérations, il s'est à la fin retrouvé en son entier poids pour poids.

A l'égard des Plantes, écoutons M. Digby, (De la végét. des Plantes, part. II. p. 64.) grand admirateur des miracles de la palingénésie. " Nous pouvons, dit-il, ressusciter une plante morte, la rendre immortelle, & en la faisant revivre du milieu de ses cendres, lui donner une espece de corps glorifié, & tel, pour ainsi dire, que nous espérons voir le nôtre après la résurrection. Quercetan, médecin du roi Henri IV. nous raconte une histoire admirable d'un certain polonois, qui lui faisoit voir douze vaisseaux de verre, scellés hermétiquement, dans chacun desquels étoit contenue la substance d'une plante différente ; savoir dans l'un étoit une rose ; dans l'autre une tulipe, & ainsi du reste. Or il faut observer qu'en montrant chaque vaisseau, on n'y pouvoit remarquer autre chose, sinon un petit amas de cendres qui se voyoit dans le fond ; mais aussitôt qu'il l'exposoit sur une douce & médiocre chaleur, à cet instant même il apparoissoit peu-à-peu l'image d'une plante qui sortoit de son tombeau ou de sa cendre ; & dans chaque vaisseau les plantes & les fleurs se voyoient ressuscitées en leur entier, selon la nature de la cendre, dans laquelle leur image étoit invisiblement ensevelie. Chaque plante ou fleur croissoit de toutes parts en une juste & visible grandeur, sur laquelle étoient dépeintes ombratiquement leurs propres couleurs, figures, grandeurs, & autres accidens pareils ; mais avec telle exactitude & naïveté, que le sens auroit pû ici tromper la raison, pour croire que c'étoit des plantes & des fleurs substantielles & véritables. Or dès qu'il venoit à retirer le vaisseau de la chaleur, & qu'il l'exposoit à l'air, il arrivoit que la matiere & le vaisseau venant à se refroidir, l'on voyoit sensiblement que ces plantes ou fleurs commençoient à diminuer peu-à-peu, tellement que leur teint éclatant & vif, venant à pâlir, leur figure alors n'étoit plus qu'une ombre de la mort, qui disparoissoit soudain, & s'enveloppoit derechef sous les cendres. Tout cela, quand il vouloit approcher les vaisseaux, se réitéroit avec les mêmes circonstances. Athanase Kircher à Rome m'a souvent assuré pour certain qu'il avoit fait cette même expérience, & me communiqua le secret de la faire, quoique je n'aye jamais pû y parvenir, après beaucoup de travail ". Voici ce secret, qu'on nomme secret impérial, à cause que l'empereur Ferdinand III. qui l'avoit acheté d'un chimiste, le donna au P. Kircher, qui en a publié le procédé dans son mundus subterraneus. Lib. XII. sect. 4. c. v. exper. 1.

1. Prenez quatre livres de graines de la plante que vous desirez faire renaître de ses cendres ; cette graine doit être bien mûre. Pilez-la dans un mortier ; mettez le tout dans un vaisseau de verre, qui soit bien propre, & de la hauteur de la plante dont vous avez pris la graine ; bouchez exactement le vaisseau, & le gardez dans un lieu tempéré.

2. Choisissez un soir, où le ciel soit bien pur & bien serein, & exposez votre graine pilée à la rosée de la nuit dans un large plat, afin que la graine s'impregne fortement de la vertu vivifiante qui est dans la rosée.

3. Avec un grand linge bien net, attaché à quatre pieux dans un pré, ramassez huit pintes de cette même rosée, & la versez dans un vaisseau de verre qui soit propre.

4. Remettez vos graines imbibées de la rosée dans leur vaisseau, avant que le soleil se leve, parce qu'il feroit évaporer la rosée ; posez ce vaisseau, comme auparavant, dans un lieu tempéré.

5. Quand vous aurez amassé assez de rosée, il faut la filtrer, & puis la distiller, afin qu'il n'y reste rien d'impur. Les feces qui restent seront calcinées pour en tirer un sel qui fait plaisir à voir.

6. Versez la rosée distillée & imbue de ce sel sur les graines, & puis rebouchez le vaisseau avec du verre pilé & du borax. Le vaisseau en cet état est mis pour un mois dans du fumier neuf de cheval.

7. Retirez le vaisseau, vous verrez au fond la graine qui sera devenue comme de la gelée ; l'esprit sera comme une petite peau de diverses couleurs, qui surnage au-dessus de toute la matiere. Entre la peau & la substance limoneuse du fond, on remarque une espece de rosée verdâtre, qui représente une moisson.

8. Exposez durant l'été ce vaisseau bien bouché de jour au soleil, & de nuit à la lune. Lorsque le tems est brouillé & pluvieux, il faut le garder en un lieu sec & chaud, jusqu'au retour du beau tems. Il arrive quelquefois que cet ouvrage se perfectionne en deux mois, & quelquefois il y faut un an. Les marques du succès, c'est quand on voit que la substance limoneuse s'enfle & s'éleve, que la petite peau ou l'esprit diminue tous les jours, & que toute la matiere s'épaissit. Lorsqu'on voit dans le vaisseau, par la réflexion du soleil, naître des exhalaisons subtiles, & se former de legers nuages, ce sont les premiers rudimens de la plante naissante.

9. Enfin de toute cette matiere, il doit se former une poussiere bleue ; de cette poussiere, lorsqu'elle est élevée par la chaleur, il se forme un tronc, des feuilles, des fleurs, & en un mot on apperçoit l'apparition d'une plante qui sort du milieu de ses cendres. Dès que la chaleur cesse, tout le spectacle s'évanouit, toute la matiere se dérange & se précipite dans le fond du vaisseau pour y former un nouveau chaos. Le retour d'une nouvelle chaleur ressuscite toujours ce phénix végétal caché sous les cendres.

Pour les animaux, rapportons d'abord à ce sujet un passage de Gaffarel, dans ses curiosités inouies, pag. 100. " M. du Chêne (c'est le même qu'on vient de citer sous le nom de Quercetan), dit-il, un des meilleurs chimistes de notre siecle, rapporte qu'il a vû un très-habile polonois, médecin de Cracovie, qui conservoit dans des phioles la cendre de presque toutes les plantes ; de façon que, lorsque quelqu'un par curiosité, vouloit voir par exemple, une rose dans ces phioles, il prenoit celle dans laquelle la cendre du rosier étoit gardée, & la mettant sur une chandelle allumée, &c.... A présent, continue-t-il, ce secret n'est plus si rare, car M. de Claves, un des excellens chimistes de notre tems, le fait voir tous les jours. D'ici on peut tirer cette conséquence, que les ombres des trépassés, qu'on voit souvent paroître aux cimetieres, sont naturelles, étant la forme des corps enterrés en ces lieux, ou leur figure extérieure, non pas l'ame, ni des fantômes bâtis par les démons, ni des génies, comme quelques-uns ont cru. Il est certain que ces apparitions peuvent être fréquentes aux lieux où il s'est donné des batailles ; & ces ombres ne sont que les figures des corps morts, que la chaleur ou un petit vent doux, excite & éleve en l'air ". Voici quelque chose de plus réel, si tant est qu'on puisse compter sur la vérité du fait. C'est ce que le S. Schot rapporte du chimiste françois, qu'on a déja nommé, de Claves, qui faisoit voir à qui vouloit, la résurrection non-seulement des végétaux, mais celle d'un moineau. Non solum in vegetalibus se praestitisse, sed etiam in passerculo se vidisse, pro certo quidam mihi narravit. Et sunt qui publico scripto confirmarunt, quod hoc ipsum Claveus Gallus, quasi publicè pluribus demonstraverit. M. Digby a fait encore davantage : d'animaux morts, broyés, pilés, il en a tiré de vivans de la même espece. Voici comment il s'y prenoit, & c'est la derniere sorte de palingénésie dont nous ferons mention. " Qu'on lave des écrevisses pour en ôter la terre fretée, qu'on les cuise durant deux heures dans une suffisante quantité d'eau de pluie ; gardez cette décoction ; mettez les écrevisses dans un alambic de terre, & les distillez jusqu'à ce qu'il ne monte plus rien ; conservez cette liqueur, calcinez ce qui reste au fond de l'alambic, & le réduisez en cendres par le réverbératoire, desquelles cendres vous tirerez le sel avec votre premiere décoction ; filtrez ce sel, & lui ôtez toute son humidité superflue ; sur ce sel, qui vous restera fixe, versez la liqueur que vous avez tiré par distillation, & mettez cela dans un lieu humide, comme dans du fumier, afin qu'il pourrisse, & dans peu de jours vous verrez dans cette liqueur de petites écrevisses se mouvoir, & qui ne seront pas plus grosses que des grains de millet. Il les faut nourrir avec du sang de boeuf jusqu'à ce qu'elles soient devenues grosses comme une noisette ; il les faut mettre ensuite dans une auge de bois remplie d'eau de riviere avec du sang de boeuf, & renouveller l'eau tous les trois jours. De cette maniere, vous aurez des écrevisses de la grandeur que vous voudrez " Recueil des secrets, pag. 74, 76. Voilà bien des expériences ; mais peut-on s'en promettre une réussite constante, ou même fréquente ? C'est ce que j'ai peine à croire ; je juge même que la derniere est absolument impossible.

PALINGENESIE, (Critiq. sacrée) régénération ; ce mot est grec, , ne se trouve que dans deux endroits de l'Ecriture, savoir dans saint Mat. ch. xix. v. 28. & dans l'épître à Tite, ch. iij. v. 5. Dans saint Matthieu il signifie la résurrection, & rien n'empêche de prendre ce mot en ce sens ; dans Tite l'ablution de la régénération, , est la purification par le baptême, qui peut être regardé comme le sceau de la résurrection des morts. Dans les écrivains ecclésiastiques, Eusebe, Polycarpe, Théodoret, , veut dire aussi la résurrection. Hésiode appelle , l'âge où tout est renouvellé, c'est l'âge d'or. Le renouvellement de vie du chrétien, est aussi ce que l'on entend par régénération, espece de résurrection dans un sens figuré. (D.J.)


PALINODS. m. (Poësie) espece de poësie, chant royal, & ballade, qu'on faisoit autrefois en l'honneur de la vierge à Caen, à Rouen, & à Dieppe ; mais il n'y a plus que les écoliers & les poëtes médiocres qui fassent des palinods.


PALINODIES. f. (Belles Lettres) discours par lequel on rétracte ce que l'on avoit avancé dans un discours précédent. De-là vient cette phrase, palinodiam canere, chanter la palinodie, c'est-à-dire faire une rétractation. Voyez RETRACTATION.

Ce mot vient du grec , de nouveau, de rechef, & , chanter, ou , chant, en latin recantatio, ce qui signifie proprement un désaveu de ce qu'on avoit dit : c'est pourquoi tout poëme, & en général toute piece qui contient une rétractation de quelque offense faite par un poëte à qui que ce soit, s'appelle palinodie.

On en attribue l'origine au poëte Stesichore & à cette occasion. Il avoit maltraité Hélene dans un poëme fait à dessein contr'elle. Castor & Pollux, au rapport de Platon, vengerent leur soeur outragée en frappant d'aveuglement le poëte satyrique ; & pour recouvrer la vûe, Stesichore fut obligé de chanter la palinodie. Il composa en effet un autre poëme, en soutenant qu'Hélene n'avoit jamais abordé en Phrygie. Il louoit également ses charmes & sa vertu, & félicitoit Menélas d'avoir obtenu la préférence sur ses rivaux.

Les premiers défenseurs de la religion chrétienne, saint Justin, saint Clément, & Eusebe, ont cité sous ce titre une hymne qu'ils attribuent à Orphée : elle est fort belle pour le fond des choses & pour la grandeur des images ; le lecteur en va juger, même par une foible traduction.

" Tel est l'Etre suprême que le ciel tout entier ne fait que sa couronne ; il est assis sur un trône d'or, & entouré d'anges infatigables ; ses piés touchent la terre ; de sa droite il atteint jusqu'aux extrémités de l'Océan, à son aspect les plus hautes montagnes tremblent, & les mers frissonnent dans leurs plus profonds abîmes. "

Mais il est difficile de se persuader qu'Orphée qui avoit établi dans la Grece jusqu'à trois cent divinités, ait pû changer ainsi de sentiment, chanter une semblable palinodie ; aussi la critique range celle-ci parmi les fraudes pieuses qui ne furent pas inconnues aux premiers siecles du christianisme.

La sixieme ode du premier livre des Odes d'Horace, qui commence par ces mots, ô matre pulchra filia pulchrior, est une vraie palinodie, mais la plus mignone & la plus délicate.


PALINTOCIES. m. (Mytholog.) nom tiré du grec , de nouveau, & , du verbe , je mets au monde, par lequel les anciens exprimoient la renaissance, ou la seconde naissance d'un enfant. Il n'y a guere que la fable de Bacchus tiré des entrailles de sa mere expirante, renfermé ensuite dans la cuisse de Jupiter, d'où il sortit à terme, à laquelle on puisse ajouter une pareille expression.

Palintocie est aussi en usage pour signifier la restitution d'une usure, ou le remboursement des intérêts. Les habitans de Mégare, après avoir chassé leur tyran, ordonnerent la palintocie, c'est-à-dire qu'ils obligerent par une loi tous les créanciers à rembourser à leurs débiteurs les intérêts qu'ils avoient reçus de ceux-ci pour toutes les sommes prêtées. Voyez INTERET & USURE.


PALINURUS(Géog. anc.) promontoire d'Italie, à l'extrémité du golfe Paestanus, aujourd'hui le cap Palinure, Palenudo, ou Palmiro. Virgile raconte que ce cap a pris son nom de Palinure, pilote d'Enée, qui étant accablé de sommeil, se laissa tomber dans la mer avec son gouvernail. Les flots ayant porté son corps jusqu'au port de Velia, les habitans le dépouillerent & le rejetterent dans la mer, ce qui leur attira une grande peste : peu de tems après, ayant consulté sur ce fléau l'oracle d'Apollon, il leur fut répondu d'appaiser les manes de Palinure ; après cette réponse ils lui dédierent un bois sacré, & lui éleverent un tombeau sur le promontoire voisin, qui a retenu le nom de Palinure.

Et statuent tumulum, & tumulo solemnia mittent,

Aeternumque locus Palinuri nomen habebit.

Aenéid. l. VI. v. 380.

Pline, Mela, Paterculus en parlent ; mais Denis d'Halicarnasse est le seul qui y joigne un port de même nom. (D.J.)


PALIQUESS. m. pl. (Mythol.) c'est ainsi que l'on a nommé deux enfans jumeaux que Jupiter eut de la nymphe Thalie. Thalie craignit tellement la colere de Junon, qu'elle pria la Terre de l'engloutir. Elle fut exaucée. Elle accoucha dans le sein de la Terre de deux enfans qui en sortirent un jour par une seconde ouverture. Ces deux enfans appellés paliques de leur renaissance, furent adorés comme des dieux. Il se forma sur la seconde ouverture une fontaine qu'on nomma paliune, & qui étoit en telle vénération, qu'elle servoit à l'épreuve des parjures. L'accusé écrivoit sur des tablettes ce qu'il prétendoit être vrai, & les jettoit dans l'eau ; si elles demeuroient suspendues à la surface, il étoit innocent, si elles alloient au fond, il étoit coupable. On sacrifioit aux dieux paliques des victimes humaines ; toutes ces merveilles se passerent en Sicile, où la coûtume barbare de répandre le sang humain aux autels des paliques, fut abolie avec le tems. Voyez PALICES.


PALIRVoyez PALE & PALEUR. Les passions qui viennent presque toutes se répandre sur le visage, y produisent des effets si différens, qu'il ne nous manque que plus d'expérience & de meilleurs yeux pour les y reconnoître comme dans un miroir fidele, & lire sur le front de l'homme l'histoire de son ame, à mesure qu'elle se forme, ses desirs, ses haines, ses aversions, la colere, la peur, l'incertitude, &c. La honte fait rougir ; la crainte fait pâlir.


PALISS. m. (Charpenterie) c'est un petit pal pointu, dont plusieurs arrangés ensemble, font une clôture ou séparation dans des cours, ou dans des jardins. (D.J.)


PALISSADESS. f. pl. en terme de Fortification, sont des pieux de chêne épointés, d'environ neuf piés de hauteur, qu'on enfonce de trois dans les terres. On en met sur la banquette du chemin couvert, & on s'en sert aussi pour faire des retranchemens dans les ouvrages qu'on veut disputer à l'ennemi ; on les met à deux pouces ou deux pouces & demi les uns des autres ; les pieux des palissades sont quarrés & rangés en losange, c'est-à-dire qu'ils ont deux angles sur la ligne, un angle du côté de la campagne, & l'autre angle du côté de la place. Les palissades sont debout ou à-peu-près perpendiculaires à l'horison, en quoi elles different des fraises dont les pieux sont posés presque horisontalement. Voyez FRAISE.

Les palissades servent à fortifier les avenues des postes ouverts, des gorges, des demi-lunes, le fond des fossés, les parapets des chemins couverts, & en général tous les postes où l'on craint des surprises & dont les approches sont faciles.

Il y a différens sentimens sur la maniere de planter les palissades. M. le maréchal de Vauban a fait une dissertation sur ce sujet dont on croit devoir donner ici l'extrait.

" On plante les palissades des chemins couverts de quatre manieres différentes.

La premiere & la plus ancienne est celle qui les établit sur le haut du parapet, à deux piés près du bord qu'elle surmonte ordinairement de trois piés & demi ; les meilleures qualités de ces palissades sont d'empêcher les bestiaux d'entrer dans le chemin couvert, & de faire obstacle à ceux qui voudroient insulter les chemins couverts avant l'ouverture des tranchées ; les mauvaises sont, 1°. de servir de mantelet à l'ennemi, & de lui rompre la plus grande partie du feu de la place, quand il est appuyé contre ; 2°. d'être aisée à couper, parce qu'elle se peut aborder de plain pié ; 3°. de ne pouvoir remplacer les rompues dans une attaque sans se mettre à découvert ; 4° d'être fort sujets aux éclats de canon quand l'ennemi vient attaquer le chemin couvert, il en fait rompre ce qu'il lui plaît par ses batteries, pour lui faire des ouvertures sans que les assiégés y puissent remédier ; c'est pourquoi on ne s'en sert plus ".

M. Blondel les avoit condamnés avant M. de Vauban, parce que, dit-il, il est facile d'en rompre avec le canon, telle quantité que l'on veut, & d'en garder ce qu'on juge à propos pour s'en servir à appuyer les fascines & autres matieres que l'on porte pour se couvrir. Les Espagnols les plantoient autrefois de cette maniere, selon que leur reproche M. Coulon : voici ce qu'il dit dans ses Mémoires pour l'attaque & pour la défense.

" De la maniere que les Espagnols mettent leurs palissades, qui étant sur le parapet du chemin couvert, ôtent la moitié du feu de la place, & donnent aux travailleurs la faculté de faire le logement ; quoique naturellement bêtes, les soldats ne savent ce qu'ils font ni où on les mene ; mais dans cette rencontre n'étant question que d'aller en avant, ils marchent avec les ingénieurs & après leurs officiers, jusqu'à ce que la palissade leur donne contre la tête ou contre l'estomac, les oblige à laisser tomber la fascine à leurs piés, ce qui trace le logement, lequel se perfectionne sans peine par le savoir faire des ingénieurs.

La deuxieme, est celle où l'on les plante en dedans le chemin couvert, & joignant le parapet contre lequel elles sont appuyées, & le surmontent de trois piés & demi. Les bonnes qualités de cette deuxieme espece de palissades, sont de pouvoir remplir les rompues à couvert, & d'empêcher les bestiaux & l'insulte prématurée du chemin couvert, comme à la précédente ; du surplus, elle en a tous les autres défauts, c'est pourquoi on ne s'en sert point présentement.

La troisieme, est celles qui sont plantées sur les banquettes, près du bas du parapet, à la distance d'un pié & demi de haut, à mesurer de l'intérieur du linteau au sommet dudit parapet, la pointe surmontant d'un pié ; les bonnes qualités de cette troisieme espece sont, 1°. de ne pouvoir être coupée ; 2°. de ne pouvoir être enlevée que très-difficilement & avec grand péril ; 3°. de ne pouvoir être presque point endommagée du canon, parce que ne pouvant en toucher que les pointes, il n'y fait pas grand éclat, ne déplace jamais les corps des palissades, & ne plonge que très-rarement jusqu'au linteau ; 4°. de pouvoir remplacer & ôter en sureté celles qui viennent à manquer, parce que l'on peut le faire à couvert ; 5°. de ne faire nul embarras dans le chemin couvert, étant jointe au parapet, à qui elle fait même un bel ornement. Elle a pour défaut, 1°. l'arrangement des sacs à terre, qu'on ne sauroit placer qu'en se mettant à découvert, ou en les soutenant avec des especes de chevalets par-derriere ; l'un est difficile & embarrassant & l'autre trop dangereux ; 2°. supposant les sacs à terre arrangés sur le haut du parapet, on ne peut tirer que directement devant soi, parce que l'entre-deux des palissades & les creneaux de sacs à terre ne permettent pas le biaisement du mousquet à droite ou à gauche ; 3°. on lui reproche encore que les barrieres, qui obligent à défiler les gens commandés pour sortir, les font trop découvrir, & empêchent que les sorties ne soient d'un si grand effet, ce qui n'exclut pas cependant les barrieres, puisqu'il est nécessaire d'en avoir, non-seulement pour les entrées & les sorties de la cavalerie, mais encore pour l'infanterie ; ainsi ce défaut ne peut être considéré que comme un défaut mêlé de bonnes qualités : cette maniere de planter les palissades est en usage dans toutes nos places.

La quatrieme maniere est nouvelle, & n'a été pratiquée que dans trois ou quatre sieges, où l'on prétend s'en être bien trouvé. On plante la palissade à quatre piés & demi ou cinq piés près du parapet, dont elle égale la hauteur ; on la coupe par les barrieres & des petits passages de trois piés & demi d'ouverture, de dix toises en dix toises. Cette espece de palissade a pour bonnes qualités, 1°. d'être encore moins sujette aux éclats du canon que la précédente, parce qu'il ne la voit point du tout ; 2°. de ne pouvoir être sautée ni coupée lorsque les assiégés la défendront de pié ferme, car autrement elle seroit plus aisée à couper que la précédente, parce que l'ennemi en se jettant entre la palissade & le parapet, peut y être à demi-couvert par la palissade même ; 3°. la facilité de remplacer les parties rompues à couvert ; 4°. la commodité de l'arrangement des sacs à terre qui se fait aussi à couvert ; 5°. celles des sorties à l'improviste qui peuvent passer par-dessus le parapet & y rentrer de même en s'y jettant ; 6°. le moyen de pouvoir mieux défendre le chemin couvert de pié ferme en se tenant collé contre le derriere de la palissade ; celui-ci est très-hasardeux & peu pratiquable. Ses défauts sont, 1°. d'être fort plongé de front & par les côtés du feu de l'ennemi quand il gagne le haut du parapet ; 2°. d'exposer les gens qui défendent le chemin couvert de pié ferme au feu hasardé du rampart & des demi-lunes qui les protegent ; donc les parapets étant fort en desordre dans le tems des attaques, il est presque impossible que ceux de la place n'en échappent beaucoup sur les leurs quand elle se fait de jour, & à plus forte raison quand elle se fait de nuit, ce qui joint à la quantité de grenades qui tombent là de la part des assiégeans, rendent cette défense extraordinairement dangereuse pendant le jour, & absolument insoutenable pendant la nuit ; 3°. elle expose beaucoup les soldats qui sont entre le parapet & la palissade, tant à l'éclat des grenades qu'au péril de ne pouvoir se retirer à tems, quand l'ennemi sort de ses places d'armes pour l'attaquer ; 4°. les bords du parapet sont en peu de tems étrangement ébranlés par les sorties & la rentrée des troupes qui s'y précipitent plutôt qu'ils ne s'y jettent ; ce défaut est médiocre & facile à réparer. "

M. de Vauban dit avoir vû une autre espece de palissade la campagne d'Hollande, au chemin couvert de Nimegue, sur le haut du parapet : " ce n'étoit, dit-il, que des piés d'arbres branchus, plantés par la tige avec les principales branches, aiguisées comme elles se trouvoient, de trois ou quatre piés de long, recroisés & embarrassés l'une dans l'autre ; elle a cela de commun avec celle des lignes d'Alesia. Elle seroit plus propre à de semblables retranchemens qu'à border un chemin couvert ; elle a tous les défauts de la premiere & seconde espece, c'est pourquoi elle ne mérite pas de tenir place ici.

Il y a des ingénieurs qui doublent les palissades des places d'armes sur les angles rentrans suivant la méthode des troisiemes & quatriemes especes, pour les pouvoir défendre de pié ferme : on prétend s'en être bien trouvé à Grave, Mayence, & en dernier lieu à Keisevert.

Il est sans difficulté que les palissades de la troisieme & quatrieme especes sont les meilleures, mais l'une & l'autre ont de très-grands défauts ; la derniere est à préférer à l'autre, parce qu'on hasarde moins à défendre le chemin couvert de pié ferme à celle-ci ; la place pouvant en certains cas, & en plein jour, hasarder de tirer par-dessus la tête de ceux qui la défendent, parce qu'ils sont plus bas, mais non à l'autre où on est plus élevé. La meilleure défense des chemins couverts n'est pas à mon sens celle de pié ferme, il en coûte trop, & tôt ou tard vous en êtes chassés avec perte : j'aimerois mieux la défendre en cédant les parties plus à portée de l'ennemi, & y revenant après lui avoir fait essuyer une demi-heure ou trois quarts d'heure le feu de la place & des dehors, dont les défenses étant bien bordées & non contraintes, doivent pour-lors faire un grand effet : on pourroit au plus soutenir les places d'armes de pié ferme au moyen des doubles palissades, pendant que le feu de la place agissant à droite & à gauche sur les angles saillans, ne laisseroit pas d'être encore fort dangereux, même de jour, parce que le soldat est maladroit & ne prend pas assez garde où il tire ; c'est pourquoi je tiens que le meilleur parti à prendre, du-moins le plus sûr, est de ne tenir que peu de monde dans le chemin couvert, avec ordre de se retirer aux places d'armes plus voisines de la gauche des attaques, où il faudroit tenir de forts détachemens prêts pour revenir de part & d'autre, les uns par-dessus le glacis, & les autres par le chemin couvert, ce qui sera bon à répéter diversement, tant qu'elles réussiront.

Le vrai parti à prendre en ce fait, est de planter la haute palissade, quand on gasonne le parapet du chemin couvert tout autour de la place, de l'entretenir à perpétuité, & de tenir la basse en reserve dans des magasins ou en piles de charbonnier couvertes de paille, pour ne la planter que dans le tems d'un siege, & seulement quand les attaques seront déclarées, & sur le long du front ; il n'en faudra pas pour cela mettre en provision davantage, je serois même d'avis de ne doubler la palissade qu'aux places d'armes des angles rentrans, comme les seules parties qu'on peut soutenir de pié ferme, ne me paroissant pas qu'il y en ait d'autres que celle-là qui le puisse être ; & quant à la haute palissade, on peut la corriger & la planter en espaçant, tant plein que vuide, un clou coudé avec une pointe élevée de trois pouces, occupant le milieu du vuide, & tenant dans le bois par une autre pointe à-peu-près de pareille grandeur, bien ébarbilée & enfoncée à force dans le linteau, après avoir été précédée d'un petit trou de vilebrequin & battu jusqu'à ce que tout le coude soit entré dans le bois, pour lequel faciliter, il y faut une petite coche avec un fermoir ou ciseau ; la pointe dudit clou s'alignant avec la palissade dont le linteau doit être chevillé à un pié ou cinq pouces plus bas que le sommet du parapet, lequel sommet sera surmonté de neuf pouces par la pointe de la palissade qui sera aussi aiguisée de douze de long, & plantée de six ou huit pouces près du pié du parapet, ensorte que de ladite palissade au sommet, il y ait un pié & demi de distance mesuré horisontalement, l'épaisseur de la palissade non compris ; ce qui fera deux piés d'éloignement du soldat qui tire au sommet du parapet, supposant après que les sacs à terre un peu applatis occupent un pié de large ; le fusil qui en a trois & huit pouces de canon, passera de huit pouces au-delà des sacs à terre, ce qui est ce que l'on peut desirer de mieux en cas pareil ". Dissertation de M. de Vauban, sur la maniere de planter les palissades.

Il est incontestable qu'en ouvrant davantage l'entre-deux des palissades, en aiguisant les pointes de plus loin, & en ne les faisant surmonter le parapet que de neuf pouces, on remédie, ainsi que dit M. de Vauban, aux éclats, au défaut de ne pouvoir assez biaiser du mousquet, & à la difficulté d'arranger les sacs à terre ; cependant dans les dernieres défenses des places, cette méthode n'a pas entierement été suivie ; on a supprimé le clou coudé & on a rapproché les palissades à la distance de quatre pouces les unes des autres.

M. de Coëhorn a donné une nouvelle maniere de palissades, faites ensorte qu'on les peut mettre debout & les baisser quand on veut. Elles sont attachées le long d'un arbre tournant, long environ de deux toises, & enclavé dans les têtes de deux pieux plantés en terre. Il fait grand cas de ces sortes de palissades ; premierement, pour l'épargne, parce qu'on ne les met qu'au tems d'attaque ; secondement, pour ne pouvoir être ruinées par le canon, parce qu'elles ne sont vûes des assiégeans pendant le jour que lorsqu'on donne l'assaut au chemin couvert. Tout ce qu'on peut dire contre ces palissades, c'est que si un poteau ou un pieux vient à être renversé par une bombe, l'espace de quatre toises se trouve sans palissades pendant un certain tems. Traité de la sureté des états par le moyen de forteresses. (Q)

PALISSADES TOURNANTES, sont celles de l'invention de M. Coëhorn, qui se tournent de haut en bas. Voyez PALISSADES.

PALISSADE, s. f. (Jardin) espece de barriere de pieux fichés en terre à claire voie, qu'on fait au lieu d'un petit fossé, aux bouts d'une avenue nouvellement plantée, pour empêcher que les charrois n'endommagent les jeunes arbres.

Palissade de jardin, c'est un rang d'arbres feuillus par le pié, & taillés en maniere de mur le long des allées, ou contre les murailles d'un jardin. Les palissades de charme sont celles qui viennent les plus hautes, & qui s'unissent le mieux. On fait de petites palissades avec de la charmille, des ifs, des buis, &c. pour les allées ; & des palissades à hauteur d'appui, avec du jasmin, des grenadiers, & sur-tout du filaria, qui est très-propre pour les palissades de moyenne hauteur. Il y a aussi des palissades à banquettes, qui n'excedent jamais trois piés & demi. Elles servent à borner les allées lorsqu'on ne veut plus borner toutes les vues d'un jardin. On y met des arbres d'espace en espace, & quand on veut les décorer, on y enclave des ormes à tête ronde.

La hauteur d'une palissade en général, doit être les deux tiers de la largeur de l'allée. Les palissades plus hautes font paroître les allées étroites, & les rendent tristes. Leur beauté consiste à être bien garnies par le bas ; lorsqu'elles se dégarnissent, on y rémedie avec des ifs soutenus d'un petit treillage : on les tond ordinairement des deux côtés à-plomb.

Les utilités des palissades consistent, 1°. à couvrir les murs de clôture, pour boucher en des endroits des vûes désagréables, & en ouvrir d'autres : 2°. à corriger & à racheter les biais qui souvent se trouvent dans un terrein, & les coudes que forment certains murs : 3°. à servir de clôture aux bosquets, cloitres & autres compartimens qui doivent être séparés, & où l'on pratique d'espace en espace des renforcemens le long des allées : 4°. à revêtir le mur d'appui d'une terrasse : 5°. à former des niches qui décorent des jets d'eau, des figures, ou des vases : 6°. enfin à dresser des portiques, & à former des galeries & des arcades.

On appelle palissades crénelées les palissades qui sont couvertes d'espace en espace en maniere de créneaux au-dessus d'une hauteur d'appui, comme il y en a, par exemple, autour de la piece d'eau appellée l'île royale, à Versailles.

Tondre une palissade, c'est la dresser avec le croissant, qui est une espece de faulx. Daviler. (D.J.)

PALISSADE, ARBRE DE, (Hist. nat.) arbre de l'Amérique méridionale, qui se trouve sur-tout à Surinam. Les Indiens s'en servent pour construire leurs cabanes. Il porte des fleurs en si grande abondance, que ses rameaux s'affaissent sous son poids ; ces rameaux ressemblent à des balais de bouleau. Les gousses que produit cet arbre contiennent une graine semblable à du millet.


PALISSAIREPALISSAIRE


PALISSEadj. en terme de Blason, se dit d'un rang de palissades représentées sur une fasce, qui s'élevent d'une hauteur considérable, & qui sont aiguisées par le bout d'en-haut, à-travers lesquelles on apperçoit le champ. Voyez nos Pl. hérald.

Il se dit aussi chez nous des pieces à paux au fasce, aiguisées & enclavées les unes dans les autres.

Die Mystinkofe à Lubeck, d'azur à trois troncs écotés d'or, enclos dans une enceinte ronde palissée de même.


PALISSERPALISSAGE, (Jardinage) le palissage est l'art de placer & d'attacher sur des murailles, ou sur des treillages, dans un certain ordre, les branches des arbres qui sont plantés à leur pié.

Ce travail se fait au printems, durant la taille & suivant les divers bourgeons qui ont poussé depuis cette taille ; on recommence en été d'attacher chaque branche & chaque bourgeon au treillage, qui couvre le mur, ou à la loque qu'on y a mise.

Le palissage n'est pas plus dans l'ordre de la nature, que la transplantation, la taille & l'ébourgeonnement ; cette opération demande que les arbres soient dans leur liberté, dardant en avant leurs rameaux pour suivre la direction & l'impression de l'air. En effet, on a beau retenir, arrêter, attacher avec du jonc ou de l'osier les bourgeons, ils s'écartent toujours du mur par leurs extrémités. L'air est autant l'élement des branches & des rameaux, que la terre est celui des racines. Les arbres en plein vent ne cherchent qu'à s'étendre ; on les voit passer horisontalement leurs rameaux allongés, en même tems qu'ils élevent leurs cimes vers le ciel, quelques efforts même que l'on fasse, la nature revient à son premier principe. Juvenal, Satyre xiij. v. 239. tamen ad mores natura recurrit. Si vous laissez une année les arbres d'un espalier sans les tailler, les ébourgeonner & les palisser, ils deviendront aussitôt des buissons, ou des arbres de haute tige.

On a deux objets dans le palissage ; le premier, l'utilité ; le second, l'agrément de plaire aux yeux.

L'utilité se tire d'une bonne taille, & procure sûrement l'abondance, une plus prompte maturité, & une fécondité successive & perpétuée dans un arbre.

On n'a d'autre vûe dans le second objet, que de bien étendre les branches d'un arbre, de maniere qu'il couvre exactement toutes les parties d'un mur ; rien ne cause plus de plaisir aux yeux, que de voir la verdure mêlée avec le coloris charmant que prennent les fruits quand ils sont bien gouvernés.

Le palissage contribue à une plus prompte maturité des fruits, la branche étant plus exposée à l'air, aux rosées, & aux pluies fécondes. Au lieu que dans les arbres en buisson, ou à plein vent, l'air passe & traverse de toutes parts ; mais aux espaliers il est brisé, & il n'a point le même jeu ni la même action : ainsi le mur arrête la réverbération du soleil & en fixe la chaleur sur les fruits, qui prennent du goût & de la saveur pour peu qu'ils soient dégagés des touffes de feuilles & de bourgeons : si au contraire ces fruits étoient offusqués par un palissage trop garni, ils ne recevroient pas du soleil cette teinte brillante dont lui seul est capable de les peindre & de les colorer. Il est certain que plus le fruit approche de la muraille, plus il a de goût, & qu'il mûrit plus promptement.

On palisse les arbres ordinairement avec de l'osier ou du jonc, sur des treillages de bois, ou de fil-de-fer, en étendant les branches pour couvrir le mur où elles sont liées ; mais si le mur est enduit de plâtre, on se sert de clous où l'on arrête la branche passée dans un petit morceau d'étoffe appellé loque. De cette maniere le bois ni le fil-de-fer ne blessent point la chair des fruits ; outre que par cet enduit du mur on ne voit point manger les fruits par les lésards, limaçons, perce-oreilles, courcillieres, qui se retirent dans les trous & joints des pierres, inévitables dans les murs qui ne sont point gobetés.

On trouvera la maniere de palisser & d'arranger les branches d'un arbre en espalier à l'article de la TAILLE, où cette méthode sera traitée à fond, suivant les nouvelles découvertes. Voyez TAILLE. (K)


PALISSOou PAISSON, s. m. est un instrument à l'usage des Mégissiers & des Peaussiers. C'est un outil de fer assujetti sur un montant de bois de la hauteur de deux piés & demi. Le fer du palisson est une plaque presque quarrée, d'environ 6 pouces de hauteur & de largeur, mais cependant un peu arrondie par enhaut ; il est aussi un peu aiguisé par en-haut, mais le tranchant en est bien émoussé pour ne point couper les peaux qu'on travaille dessus. Le bois du palisson consiste en un montant un peu massif afin qu'il soit plus solide, & une espece de banquette qui le rend encore plus ferme, en lui donnant plus de base : le palisson est quelquefois même maçonné en terre.

Il y a des palissons doubles auxquels deux ouvriers peuvent travailler à la fois, ils sont même plus solides que les autres, parce qu'ils ont plus de base. Ce sont des especes de bancs, d'environ quatre piés de longueur, des deux extrémités desquels s'élevent deux montans forts, qui sont armés par en-haut d'un palisson chacun.

La maniere de se servir du palisson est de tenir des deux mains les deux bouts de la peau que l'on façonne, & de la frotter fortement de tous côtés sur le taillant du palisson. Voyez la fig.


PALIURES. m. (Hist. nat. Botan.) paliurus ; genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond. Le pistil sort du calice, & devient dans la suite un fruit en forme de bouclier, qui renferme un noyau presque rond ; ce noyau se divise en trois loges dans lesquelles il y a une amande de la même forme. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

Cet arbrisseau nommé en latin paliurus, & en anglois the christ-thorn, s'éleve quelquefois à la hauteur d'un homme. Sa racine est dure, ligneuse, d'un bois très-ferme ; ses rameaux sont longs & épineux, mais les épines qui se rencontrent proche des feuilles sont plus petites & moins nuisibles que celles des autres endroits ; ses feuilles sont petites, presque rondes, pointues, de couleur verte obscure, & comme rougeâtres ; ses fleurs sont petites, jaunes, ramassées au sommet des branches, composées chacune de 5 petales, disposées en rond dans la rainure d'une rosette qui se trouve au milieu du calice. Cette rosette devient par la suite un fruit fait en forme de bouclier, relevé au milieu, délié sur les bords, & comme entouré d'un feuillet membraneux. On trouve au centre de ce fruit un noyau sphéroïde, divisé en 3 loges, qui contiennent pour l'ordinaire chacune une semence presque ronde, qui a la couleur, le poli luisant & la douceur de la graine de lin.

Cet arbrisseau croît naturellement dans les haies, en Italie, en Provence, en Languedoc ; il se plait aux lieux champêtres, incultes, humides ; il fleurit en Mai & Juin ; son fruit mûrit en autonne, & tient à l'arbre tout l'hiver.

Jean Bauhin & Ray ne sont pas éloignés de penser que notre paliure ne soit le paliure de Théophraste & de Dioscoride. Il n'est guere d'usage dans la médecine ; mais comme il n'y a peut-être aucune espece de rhamnus ou d'arbrisseau armé d'épines plus roides & plus pointues, l'on en fait des haies vives, bonnes pour empêcher les incursions des hommes & des animaux. (D.J.)


PALIXANDRES. m. (Marqueterie) espece de bois violet, propre au tour & à la marqueterie. Ce sont les Hollandois qui envoient cette sorte de bois aux marchands épiciers & droguistes de Paris. Il est ordinairement débité en grosses bûches : le plus beau est celui qui est le plus plein de veines, tant dehors que dedans, & qui a le moins d'aubier.


PALLAS. f. (Hist. anc.) c'étoit chez les anciens romains, un manteau que les femmes portoient pardessus la robe appellée stola. Voyez STOLA.

Horace, dans l'art poétique, dit qu'Eschile habilla le premier ses acteurs d'un long manteau qu'il nomme palla. C'étoit un manteau de théâtre, fort long & fort ample, inventé pour donner un air plus noble & plus majestueux à ceux qui jouoient les premiers rôles, soit en hommes, soit en femmes. Mais à Rome, cet habillement ne passa qu'assez tard au théâtre, & lorsque les femmes de condition s'en furent dégoûtées. Voyez MANTE.

On portoit ce manteau sur l'épaule gauche, & le faisant passer de l'autre côté sous le bras droit, on en attachoit les deux bouts sous le bras gauche, sans couvrir la poitrine ni le bras.

Il faisoit beaucoup de plis & de replis, c'est de-là que lui est venu son nom, au sentiment de Varron ; c'est-à-dire qu'il vient du mot , vibro, je frémis, je tremble.

Parmi les Gaulois, les hommes portoient aussi une espece de palla, appellée gallica palla.


PALLADESS. f. pl. (Littérat.) jeunes filles que l'on consacroit à Jupiter dans la ville de Thebes en Egypte. On les choisissoit dans les plus nobles familles de la ville, du nombre des plus belles ; & la consécration qu'on en faisoit étoit honteuse, au rapport de Strabon.

Parmi les pallades consacrées par les Thébains à Jupiter ; on distinguoit une jeune fille vierge, des plus nobles & des plus belles, à laquelle il étoit libre d'accorder ses dernieres faveurs à qui elle vouloit jusqu'à-ce qu'elle fût nubile ; alors on la marioit : mais jusqu'à son mariage, on la pleuroit comme si elle eût été morte. (D.J.)


PALLADIUMS. m. (Littérature) le mot est grec, latin & françois. C'étoit une statue de Minerve, taillée dans la posture d'une personne qui marche. Elle tenoit une pique levée dans sa main droite, & avoit une quenouille dans sa main gauche ; c'est la description qu'en fait Apollodore : Tzetzès & Eustathe, en parlent à-peu-près de même. On dit qu'elle étoit descendue du ciel près de la tente d'Ilus, dans le tems qu'il bâtissoit la forteresse d'Ilium, & que l'oracle, consulté sur cette statue, ordonna qu'on élevât un temple à Pallas dans la citadelle, & qu'on y gardât soigneusement cette statue ; parce que la ville de Troyes seroit imprenable tant qu'elle conserveroit ce précieux dépôt. Aussi les Grecs instruits de cet oracle, se vanterent d'avoir enlevé le palladium ; cependant Enée éveillé par un songe, dans lequel Hector lui conseilla de chercher un asyle, l'assurant qu'il seroit fondateur d'un grand empire, se rendit à la citadelle, prit le palladium & la déesse Vesta d'une main, & tenant de l'autre son cher Ascagne, il se sauva au-travers des flammes jusqu'au bord de la mer. Là il s'embarqua avec ces tristes dépouilles, & aborda après mille traverses au port de Lavinie. Dès qu'il y fut arrivé, il y déposa dans un temple le palladium & le feu sacré ; l'un & l'autre furent ensuite transportés à Albe, & finalement à Rome, où l'on établit les Vestales, pour garder avec soin des choses si précieuses. La ruine de Troyes sembloit être une bonne preuve de leur foiblesse ; mais pour cacher au peuple l'impuissance du feu sacré & du palladium, on en défendit la vûe :

Nullique adspecta virorum

Pallas in abstruso pignus memorabile templo.

Denis d'Halicarnasse confirme que les Grecs n'emporterent de Troyes qu'un faux palladium, fait par Dardanus sur le modele du véritable. Aussi les Romains étoient si persuadés qu'ils possédoient le vrai simulacre de Pallas, auquel ils attachoient le destin de Rome, que dans la crainte qu'on ne le leur enlevât, ils firent à l'exemple de Dardanus, plusieurs statues toutes semblables, qui furent déposées dans le temple de Vesta ; & l'original fut caché dans un lieu qui n'étoit connu que des ministres du temple & des prêtresses. Clément d'Alexandrie a embrassé ce sentiment dans des recherches assez curieuses qu'il a mises au jour sur le palladium, & qu'il seroit trop long de transcrire ici.

Quoique les Romains se vantassent d'avoir la statue de Pallas tombée du ciel, & qu'ils la regardassent comme le gage de la durée de leur empire, fatale pignus imperii, plusieurs villes leur contestoient la gloire de posséder ce même palladium. La premiere étoit Liris, ancienne ville de la Lucanie, que Strabon croit avoir été une colonie de Troyens, par la raison qu'on y voyoit la statue de la Minerve iliade, . Lavinie, Luccrie, Daulis, Argos, Sparte, & plusieurs autres villes, se glorifioient du même avantage ; mais les Iliens le leur disputerent toujours. Ils prétendoient que le palladium n'avoit jamais été enlevé de Troyes ; & que s'il étoit vrai qu'Enée pour le garantir de l'incendie, l'eût porté à Palaescepsis, il l'avoit bientôt après remis en sa place. Enfin lorsqu'on leur objectoit que suivant Homere, Diomede & Ulysse l'avoient enlevé, ils répondoient que ces deux capitaines n'avoient trouvé dans le temple de Minerve qu'un faux palladium, qu'on avoit mis à la place du véritable, qui dès le commencement du siege de Troyes, avoit été caché dans un lieu inconnu.

Mais une chose fort curieuse sur le palladium, c'est le fait qui est rapporté par Appien d'Alexandrie, par Servius, par Julius Obsequens, & par S. Augustin, qui cite à ce sujet un passage de Tite-Live, qu'on ne trouve plus dans ce qui nous reste de ses ouvrages. Ce fait est que, sous le consulat de L. Sylla, & de L. Pompeius, Fimbria lieutenant de L. Valerius Flaccus, ayant pris & brûlé Ilion sans aucun respect pour ses dieux, on trouva dans les cendres du temple de Minerve, le palladium sain & entier ; prodige dont les Iliens charmés conserverent long-tems le souvenir sur leurs médailles.

Le palladium étoit encore un lieu d'Athènes, où l'on jugeoit les meurtres fortuits & involontaires ; le nombre des juges se montoit à cent. Tout le monde convient que Démophon y fut jugé le premier ; mais on ignore pour quel crime. (D.J.)


PALLAGou PELLAGE, s. m. (Jurisprud.) est un droit dû à quelques seigneurs pour chaque bateau qui aborde en leur seigneurie : quelques-uns veulent que ce droit ait été appellé pellage, quasi appellage du latin, ad litus appellere ; mais il paroît plus naturel que pallage vient de palus, qui signifie un poteau, un pieu, parce que les bateaux qui abordent dans un port, sont attachés à de gros pieux. Voyez ci-après PELLAGE, & le gloss. de Lauriere, au mot pallage. (A)


PALLANTEUM(Géog. anc.) ville du Latium, dont les habitans avoient appris d'Evandre leur fondateur à renfermer leur année dans trois mois selon Macrobe, l. I. ch. xij. & Pline l. VII. ch. xlix. & dans quatre mois, selon Plutarque, dans la vie de Numa. (D.J.)


PALLANTIDESS. m. pl. (Myth.) les fils de Pallas, frere d'Egée, qui contraignirent Thesée d'abandonner Athènes.


PALLANTIUS(Myth.) surnom que l'on donnoit à Jupiter dans la ville de Trapésunte en Arcadie.


PALLASS. f. (Mythol.) Pallas, Minerve, Athenée, sont trois noms d'une même divinité, à ce que prétendent plusieurs mythologistes, tandis que d'autres distinguent Pallas la guerriere, de Pallas déesse de la sagesse, des sciences & des arts. Quoi qu'il en soit, la fable de cette déesse est fort connue. Il y a sans doute un grand intervalle entre Jupiter & Pallas, mais il n'y a personne entre deux ; & de tous les enfans de ce dieu, elle est la premiere par la singularité de sa naissance, étant née de Jupiter seul, sans le secours d'une mere. Aussi Pallas n'étoit-elle autre chose que la vertu, la sagesse, le conseil de Jupiter.

L'antiquité la regardoit comme la divinité tutelaire des villes, où on plaçoit sa statue au haut des forteresses & des temples ; l'histoire compte cinq déesses de ce nom. (D.J.)


PALLEVoyez PAL & PALLE, Blason.

PALLE, s. f. (Litur.) Voyez PALE. C'étoit un tapis ou une toilette de soie dont on couvroit l'autel. Après que le prêtre avoit placé sur l'autel ce qu'il avoit à y mettre, il étendoit par-dessus la palle, qui étoit assez grande pour couvrir l'autel entier.

PALLE, PANCHE, (Hist. nat.) Voyez PALETTE.


PALLENE(Géog. anc.) 1°. Peninsule de la Macédoine. Elle avance dans la mer Egée entre les golfes Thermaïque & Toronique. Elle s'appelloit anciennement Phlegra. Ptolomée la nomme Patalena.

2°. Pallene étoit un ville de la Macédoine, dans la péninsule de ce nom.

3°. Pallene, montagne de la Macédoine, située dans la même péninsule.

4°. Pallene, étoit un municipe de la tribu d'Antioche dans l'Attique.

5°. Pallene est dans Ovide (Métam. l. XV. fab. 26.) le nom d'une contrée des pays septentrionaux. (D.J.)


PALLou BALLI, (Hist. mod.) c'est le nom que les Siamois donnent à une langue savante, dans laquelle sont écrits les livres de leur théologie, & qui n'est connue que des talapoins ou prêtres siamois. C'est Sommona-Kodom leur législateur, qui passe pour être l'auteur du principal de ces livres ; il est rempli des extravagances les plus grossieres & des contes les plus ridicules.


PALLIANO(Géog. mod.) petite ville d'Italie, dans la campagne de Rome, au nord occidental d'Anagni, & à 20 milles au levant de Rome.


PALLIATIFSAdj. (Médec.) ce sont les remedes qui assoupissent & calment les douleurs sans en ôter la cause. Tels sont les narcotiques. Ces palliatifs sont d'usage sur-tout dans les maladies incurables. Le lait est palliatif dans la pleurésie pulmonaire.


PALLIATIONS. f. est l'action d'excuser, d'adoucir ou de déguiser une chose.

C'est pourquoi par palliation on entend en Médecine, l'adoucissement & la modération de la douleur & des symptomes les plus violens ; à quoi on se borne quand on ne peut pas découvrir la cause radicale de la maladie. Voyez PALLIATIF.


PALLIATIVECURE, (Chirurgie) la cure palliative en terme de médecine & de Chirurgie ne désigne point une véritable guérison, mais seulement un soulagement qu'on procure aux malades par des remedes convenables dans un état désesperé. Ces remedes temperent la douleur, moderent les symptomes, mais ne déracinent point la cause ; tel est le cas malheureux des cancers ulcérés.

On met en usage la cure palliative dans plusieurs occasions chirurgicales.

1°. Quand on ne court aucun danger pour la vie du malade, ni pour l'augmentation du mal, en retardant le traitement parfait d'une maladie ; on peut se servir des remedes palliatifs. Par exemple, on remplit le trou d'une dent cariée de feuilles de plomb, pour conserver la dent & empêcher la douleur ; dans une hydrocele par épanchement, on y fait la ponction de tems en tems, ce qui soulage le malade, mais ne le guérit pas : on peut différer d'emporter les skirrhes simples des mammelles, & des autres parties, pourvu qu'on soutienne la partie skirrheuse, qu'on la tienne chaudement, qu'on empêche les progrès du skirrhe, & qu'on purge de tems en tems le malade.

2°. Si la guérison d'une maladie pouvoit causer un mal plus grand, on doit se contenter des remedes palliatifs. Par exemple, les vieux ulceres, les hémorrhoïdes anciennes, & certaines évacuations périodiques, causeroient un très-grand désordre dans l'économie animale, & même la mort, si on guérissoit ces sortes de maladies. C'est pourquoi on se contente d'adoucir le mal par quelques topiques convenables, d'empêcher qu'il ne fasse du progrès, & d'évacuer de tems en tems par la saignée & par les purgatifs une partie de l'humeur.

3°. S'il est possible d'emporter tout le vice local, ou de détruire la cause du mal, il faut employer les remedes palliatifs propres à calmer les accidens, ou à arrêter les progrès de la maladie.

Les fistules à l'anus, qu'on ne peut emporter totalement, celles de la poitrine, & d'autres endroits, où l'on ne peut opérer sans intéresser certaines parties essentielles, sont de cette espece. On se contente d'y faire quelques injections adoucissantes & détersives pour empêcher le séjour du pus, & d'y appliquer un emplâtre de Nuremberg, &c.

Les tumeurs & les ulcères cancéreux ou carcinomateux, dont le vice est dans le sang, ou qui sont adhérens à des parties qu'on doit respecter, ne demandent assurément qu'une cure palliative ; on met sur la tumeur un cataplasme anodin, qu'on fait avec les feuilles de morelle, joubarbe, &c. & on panse souvent les ulcères avec des linges trempés dans l'eau ou le suc de ces plantes, &c.

On panse les scrophules invétérés, la gangrene qui vient d'une cause interne qu'on ne peut détruire, les unes avec l'emplâtre de la mere, celui de Nuremberg, de manus Dei, &c. & l'autre avec le styrax, les spiritueux.

Par tous ces différens moyens, on enleve toujours quelques portions de la cause, on calme les accidens urgens, on s'oppose au progrès du mal ; & comme il n'est pas possible de le guérir, on prolonge au-moins les jours du malade. La Faye. (D.J.)


PALLIERv. act. (Gram.) affoiblir, déguiser, excuser, couvrir. Il se dit, dans l'usage ordinaire, des fautes qu'on a commises. Il a pallié sa méprise avec beaucoup d'adresse. Il est dit en médecine d'une maladie dont on a fait cesser les symptomes apparens, sans détruire la cause. Voyez PALLIATIVE CURE.


PALLIou PAILLO, s. m. (Marine) la chambre d'un écrivain sur une galere.


PALLIOLUMS. m. (Littérat.) étoit proprement un capuchon qui couvroit la tête & toutes les épaules jusqu'au coude. C'étoit l'ornement des efféminés & des débauchés, comme de Trimalcion dans Pétrone : adrasum pallio incluserat caput. Rutilius Lupus a dit, dans le caractere qu'il a fait d'un homme ivre : palliolo à capite defendens. Il a couvert sa tête d'un capuchon pour se garantir du froid. Les malades s'en servoient aussi ordinairement : c'est pourquoi Séneque écrit à la fin du IV. liv. des questions naturelles : Videbis quosdam graciles, & palliolo focalique circundatos, &c. Vous verrez des gens maigres & exténués de maladies qui portent le capuchon, & qui ont le cou environné de linges, &c.


PALLITRUMS. m. (Astron.) étoile de la premiere grandeur, qu'on appelle autrement l'oeil du taureau ou aldebaran. Voyez ces mots.


PALLIUMS. m. (Hist. ecclésiast. Jurisprud.) terme emprunté du latin, qui signifie ordinairement un manteau ; il signifie en matiere canonique un ornement que certains prélats ont droit de porter, & qui a probablement pris la place d'un manteau qu'on leur donnoit en cérémonie. C'est apparemment aussi delà qu'il a conservé le nom de pallium.

Cet ornement est formé de deux bandes larges chacune de trois doigts, pendantes devant & derriere les épaules jusqu'à la ceinture, en forme de cercle, enchâssées par les extrémités en des lames de plomb, & tissue avec du fil & de la laine de deux agneaux blancs qui sont bénis sur l'autel dans l'église de sainte Agnès de Rome, le jour de la fête de cette sainte ; il est posé pendant une nuit sur les châsses de S. Pierre & S. Paul, & consacré ensuite sur l'autel de S. Pierre, où les métropolitains, & ceux des évêques qui en ont le privilège doivent le prendre, en prêtant le serment accoutumé.

Le pallium est regardé communément comme la marque de la dignité archiépiscopale ; & en effet le pape Innocent III. dit que le nom d'archevêque est conféré par le pallium, dans le chapitre nisi aux decretales, de autoritate & usu pallii : non tamen, dit-il, deberet se archiepiscopum appellare priusquam à nobis pallium suscepisset, in quo pontificalis officii plenitudo cum archiepiscopalis nominis appellatione confertur.

Le pape Grégoire VII. dans une lettre à l'archevêque de Rouen, se plaint de ce qu'il ne demande pas le pallium ; lui représentant que les archevêques, trois mois après leur consécration, sont obligés, selon le droit, d'en faire la réquisition au saint siege, & leur enjoint que dans la suite il n'ordonne plus d'évêques ni de prêtres, & qu'il n'entreprenne point de consacrer des églises jusqu'à-ce qu'il ait obtenu du saint siege le pallium.

Ce même pape écrivant à un évêque de Vérone, qui lui avoit demandé le pallium, déclare qu'il ne pouvoit lui accorder sa requête, parce que les decrets de ses prédécesseurs papes vouloient que les archevêques allassent en personne à Rome recevoir cet honneur.

Enfin, le concile tenu à Tours en 1583, défend aux archevêques l'administration de leur évêché, avant d'avoir demandé ou obtenu le pallium.

Cependant M. l'archevêque d'Ausch dans l'assemblée du clergé en 1665, au sujet du différend qu'il eut avec M. de Perefixe, archevêque de Paris, prouve, par beaucoup de raisons, que le pallium n'est point la marque essentielle de l'archiépiscopat, qu'il ne distingue point les rangs entre les métropolitains, & ne donne point la perfection ni la derniere main à leur autorité : le pallium, dit ce prélat, n'appartenoit originairement qu'au pape seul ; selon plusieurs auteurs, il a pris son origine des empereurs ; il n'étoit point en usage avant le jv. siecle : il y a six cent ans & plus, que tous les évêques grecs en usent communément en tous les offices de l'église, comme d'un autre ornement.

Les papes en ont accordé l'usage & l'honneur à quelques évêques ; savoir, au cardinal évêque d'Ostie, parce que c'est lui qui consacre le pape élu ; à celui de Pavie, en Lombardie ; à celui de Lucques, en Toscane ; à celui de Bamberg, en Allemagne ; aux évêques de cinq églises de Hongrie, & à celui de Messine, en Sicile ; & en France aux évêques d'Autun & du Puy en Auvergne : ce dernier est appellé en latin Aniciensis episcopus, ce qui a fait croire à quelques uns, que c'étoit un évêque d'Annecy.

A la fin d'un consistoire tenu par le pape, S. S. par une grace particuliere accorda le pallium à l'évêque de Marseille, le 3 Septembre 1731.

Baronius rapporte, qu'en l'an 893, le pape Formosus fut admonesté par Foulques, archevêque de Rheims, de ne plus r'avilir l'honneur & la dignité du pallium, en le communiquant trop librement nonseulement aux primats & archevêques, mais aux premiers évêques qui le lui demandoient.

Le concile de Basle & la pragmatique-sanction défendent aux papes de rien prendre pour le manteau ou pallium, qu'ils avoient coutume de vendre bien chérement aux archevêques métropolitains, ce que quelques-uns n'ont pas laissé de faire encore nonobstant ces decrets.

Le premier évêque de France qui eut le pallium fut Vigile, archevêque d'Arles ; il lui fut accordé par saint Grégoire, à la priere de Childebert ; le pape n'envoyoit alors le pallium aux archevêques du royaume de Bourgogne, que du consentement des empereurs d'Orient ; c'est ce que l'on apprend d'une lettre du pape Vigile à Auxonne, archevêque d'Arles, auquel il dit qu'il doit en informer l'empereur, ainsi que la raison, la fidélité & le respect qu'il lui doit le demandent. Mém. ms. de Dombes par M. Aubret.

Le pape n'accorde pas l'usage du pallium à tous les archevêques ; Alexandre VII. ne voulut jamais accorder cet honneur au cardinal Antoine Barberin, neveu d'Urbain VIII. qui étoit archevêque de Rheims, & qui ne l'eut que du tems de Clément IX. aussi n'a-t-il jamais fait aucune consécration d'aucun évêque son suffragant.

Le droit de pallium n'est pas réel, mais personnel ; un archevêque ou évêque ne peut le céder à un autre, tellement que le pallium doit être enseveli à la mort du prélat qui en jouissoit.

Le pape peut porter le pallium dans toutes les églises où il se trouve.

Il n'en est pas de même des autres évêques ; les primats ne reçoivent le pallium que comme métropolitains, & non comme primats, c'est pourquoi ils ne peuvent porter le pallium hors de leur diocèse, de même que les métropolitains ou autres évêques qui ont droit de pallium par privilege ; ils ne peuvent le porter dans la province d'un autre évêque, à moins que ce ne soit de son consentement.

Le pape peut porter le pallium tous les jours, aulieu que les archevêques & évêques qui ont l'usage du pallium n'en peuvent user qu'en certains jours de l'année ; savoir les jours de Noël & de S. Jean, de S. Etienne, de la Circoncision, de l'Epiphanie, le jour des Rameaux, le Jeudi-saint in coena Domini, le Samedi-saint, les trois fêtes de Pâques & de la Pentecôte, le jour de S. Jean-Baptiste & de tous les apôtres, les trois fêtes de la Vierge, le jour de la Toussaints, celui de la dédicace de l'église, & les principales fêtes propres à chaque église, les jours de l'ordination des clercs, au sacre des évêques, & au jour de l'anniversaire de sa consécration.

L'archevêque ou évêque qui a l'usage du pallium, ne peut dire la sainte messe sans être revêtu du pallium, suivant le canon 4 d'un concile de Mâcon, ce qui ne doit néanmoins s'entendre que des fêtes & autres jours où il a droit de porter le pallium.

Les prélats qui ont le pallium ne peuvent le porter hors le service divin ; ils ne peuvent même le porter à une procession qui sort hors de l'église, quoiqu'ils y assistent vétus pontificalement. S. Grégoire le grand, écrivant à Jean de Ravenne, qui s'attribuoit le droit de porter le pallium hors le service divin, lui représente qu'aucun autre métropolitain ne s'arrogeoit un tel droit, & qu'il doit se conformer à cet égard à la coutume générale, ou produire quelque privilege particulier qui l'en dispense.

Voyez aux decret. le tit. de autor. & usu pallii. La bibliot. canon. t. II. p. 160. Pasquier, recherches de la Fr. liv. III. ch. ix. Fevret, liv. III. ch. iij. art. 16. les lois ecclésiastiques, les mémoires du clergé, & ici les mots ARCHEVEQUES, ÉVEQUES, CONSECRATION. (A)

PALLIUM, dans le Blason, ce mot signifie une espece de croix, qui représente le pallium ou l'ornement archiépiscopal que l'on envoie de Rome aux métropolitains. Voyez sa figure dans nos Planches héraldiq. où il est ainsi blasonné, de gueules au pallium croisé d'argent.


PALLORIENS. m. (Mythologie) espece de prêtres saliens, voyez SALIENS. Les Saliens palloriens servoient le dieu Pâleur : en général les Saliens étoient consacrés à Mars que la pâleur accompagne.


PALMA CHRISTI(Jardinage) voyez RICINUS.

PALMA, (Géog. anc.) ville de la plus grande des îles Baléares, selon Ptolomée, l. II. c. vj. Pline, l. III. c. v. & Méla, l. II. c. vij. qui lui donne le titre de colonie. Ambroise Morales dit qu'elle retient son ancien nom, & le P. Hardouin prétend qu'on l'appelle aujourd'hui Mallorca.

PALMA, (Géog. mod.) ville forte d'Italie, dans l'état de Venise au Frioul, avec un port. Cette place est importante pour la défense des Vénitiens contre les Turcs & les Autrichiens. Elle est sur la mer à 3 lieues S. E. d'Udine, 4 N. O. d'Aquilée, 20 N. E. de Venise. Long. 31. latit. 46. 2.

PALMA, golfe de, (Géog. mod.) golfe qui est entre l'île S. Antioche & la terre ferme de Sardaigne. Latit. observée & déterminée par le P. Feuillée, 38d. 59'. 24''. (D.J.)


PALMAIREadj. terme d'Anatomie, est le nom de deux muscles, dont l'un est appellé le long palmaire, & l'autre le court palmaire.

Le long palmaire est situé à la partie interne de l'avant-bras, il prend son origine du condile interne de l'humerus, & s'allongeant en un tendon délié, & passant par-dessus le ligament annulaire, il va s'insérer à la paume de la main, où il forme une large aponévrose, laquelle s'attache fortement à la peau en-dessus & aux parties latérales & inférieures des os du métacarpe en-dessous, & à la premiere phalange des doigts, formant des especes d'étuis par où passent les tendons des doigts.

Le court palmaire ou palmaire cutané est un muscle qui est situé sur la partie supérieure de l'aponévrose du précédent ; il prend son origine de l'os du métacarpe qui soutient le petit doigt, & de celui du carpe qui est au-dessus de tous les autres, & va en passant par la partie supérieure de l'hypothenar, se perdre dans la peau.


PALMARIA(Géog. anc.) île sur la côte d'Italie, aux environs de l'embouchure du Tibre, selon Pline, l. III. c. vj. & Pomponius Mela, l. II. c. vij. son nom moderne est Palmerola.


PALMATI LAPIDES(Hist. nat.) pierres qui, suivant les anciens Naturalistes, avoient la forme de la paume de la main. On dit qu'il s'en trouvoit en Espagne & en Afrique ; ces dernieres étoient noires & semblables à du marbre. Voyez Plinii Hist. nat. lib. XXXVI. cap. xviij.


PALMELA(Géog. mod.) petite ville de Portugal dans l'Estramadure, avec un château bâti sur le roc. Elle est à 2 lieues N. de Sétubal, 7 S. E. de Lisbonne. Long. 9. 27. latit. 38. 30.


PALMÉOLE, (Commerce) droit qui se perçoit par le roi d'Espagne sur les balles de marchandises destinées pour l'Amérique, leur volume réduit en palme cubique. Le droit est de 5 réaux & demi par palme cube, & c'est de cette mesure que la taxe a pris le nom de palméo. (D.J.)


PALMERS. m. (Hist. mod.) nom anglois qui dans les anciens écrivains en cette langue signifie un pelerin, & quelquefois un croisé, par rapport aux bâtons ou branches de palmier qu'ils portoient après leur retour de la Terre sainte en signe de dévotion. Voyez PELERIN, CROISE, CROISADE.

Il y a à Paris dans l'église des grands Cordeliers une confrairie de Jérusalem, dont on nomme les confreres palmiers, parce que dans les processions ils portent une palme à la main.

PALMER LES AIGUILLES, (Epinglier) c'est les applatir avec un marteau sur l'enclume par le bout opposé à la pointe, pour commencer à en former le chas ou le cul.


PALMESen Botanique, bourgeons blancs qui sortent des saules avant la feuille, & de l'expansion desquels les feuilles se forment. Voyez BOURGEON.

PALMES, (Théol.) le dimanche des palmes ou des rameaux, dominica palmarum, c'est le dimanche qui précede immédiatement celui de pâques, & qui est le dernier du carême. Voyez CAREME.

On l'a ainsi appellé dès les premiers tems, à cause de la pieuse cérémonie que les fideles y pratiquoient alors, de porter des palmes en mémoire du triomphe de Jesus-Christ quand il entra en Jérusalem huit jours avant la fête de Paques, lequel est décrit dans S. Matth. chap. xxj. dans S. Marc, chap. xj. & dans S. Luc, chap. xix.

Les anciens ont donné d'autres noms à ce jour ; car 1° on l'a appellé dominica competentium, le dimanche des compétans, parce que ce jour-là les catéchumenes venoient demander à l'évêque la grace d'être admis au baptême, qui se conféroit le dimanche suivant. Voyez BAPTEME & CATECHUMENE.

On leur donnoit aussi alors le symbole, afin qu'ils l'apprissent par coeur, & le récitassent à l'évêque dans la cérémonie du baptème. Voyez SYMBOLE.

2°. On l'appella capitalivium, le dimanche du lavement de tête, parce qu'en ces jours-là on préparoit, en lavant la tête, ceux qui devoient être baptisés à Pâque.

Quelquefois après on l'appella le dimanche d'indulgence, parce que c'étoit la coûtume des empereurs & des patriarches de distribuer des dons ce jour-là. Voyez INDULGENCE.

PALME, l'île de, (Géog. mod.) île d'Afrique, l'une des Canaries & extrêmement fertile. Les Espagnols en firent la conquête en 1460. Elle souffrit beaucoup d'un tremblement de terre en 1677. Long. suivant le P. Noël, 358. 6'. 30''. latit. septent. 27. 35.

PALME, (Littérat. médailles) branche ou rameau du palmier. La palme étoit le symbole de la fécondité, parce que le palmier fructifie continuellement jusqu'à sa mort. C'est pourquoi nous en voyons sur des médailles d'empereurs qui ont procuré l'abondance dans l'empire. La palme étoit aussi le symbole de la durée de l'empire, parce que cet arbre dure long-tems. Enfin la palme étoit le symbole de la victoire, parce qu'aux jours de triomphe on mettoit une palme à la main du victorieux. On dit que César étant sur le point de livrer bataille à Pompée, apprit qu'il étoit sorti tout-à-coup une palme du pié de la statue qu'on lui avoit dédiée au temple de la victoire, ce qu'il prit pour un heureux présage.

PALME, s. m. (Mesure anc. & mod.) mesure dont on fait encore usage en certains lieux. Les Romains en avoient de deux sortes. Le grand palme étoit de la longueur de la main, & contenoit douze doigts ou neuf pouces de roi ; & le petit palme du travers de la main étoit de quatre doigts ou trois pouces. Selon Maggi, le palme antique romain n'étoit que de huit pouces six lignes & demie. Les Grecs distinguoient un palme grand & un palme petit. Le premier comprenoit cinq doigts, & le petit quatre doigts valant trois pouces. Il y avoit outre cela le double palme grec, qui comprenoit huit doigts.

Le palme est différent aujourd'hui, selon les lieux où il est en usage : tels sont ces lieux & ces mesures rapportées au pié du roi.

Palme, appellé pan ou empan. Palme, dont on se sert en plusieurs endroits du Languedoc & de la Provence, qui est de 9 pouces 9 lignes.

Palme de Gènes, palme de 9 pouces 9 lignes.

Palme de Naples, palme de 8 pouces 7 lignes.

Palme de Palerme, palme de 8 pouces 5 lignes.

Palme romaine moderne, palme de 12 onces, qui font 8 pouces 3 lignes & demie.

Il ne faut pas confondre palmus & palma ; ce sont deux choses différentes, palmus, comme nous venons de le dire, est de 4 doigts, & répondoit à la paleste des Grecs : palma est le double, c'est-à-dire de 8 doigts. Voyez Greaver, on the roman foot. (D.J.)

PALME, s. f. (Architect. Décorat.) branche de palmier qui entre dans les ornemens d'Architecture, & qui sert d'attribut à la victoire & au martyre.


PALMETTES. f. (Jardinage) est un petit feuillage à deux traits de buis très-simple, & moins crochu dans son contour que le bec de corbin ; il est très-employé dans les parterres de broderie. Voyez PARTERRE. (K)

PALMETTES, s. m. pl. (Archit. Décorat.) petits ornemens en maniere de feuilles de palmier, qui se taillent sur quelques montures. (D.J.)


PALMIERS. m. (Hist. nat. Bot.) palma (Planche XXVIII. fig. 3.) genre de plante. Il y a de grandes différences entre les diverses especes de palmiers, soit pour les fleurs soit pour les fruits ; les unes ont les fleurs monopétales, dans d'autres elles sont polypétales, & parmi celles-ci les unes sont stériles, & les autres fertiles : il se trouve quelquefois dans la même gaîne des fleurs fertiles & des fleurs stériles, mais séparées les unes des autres : il y a aussi des fleurs stériles & des fleurs fertiles qui ont séparément chacune une gaîne : enfin on voit des especes dont les fleurs sont tout-à-fait stériles ; les embryons sont nuds & séparés des fleurs sur la même plante. Les fruits n'ont pas moins de variétés, car dans quelques especes le fruit est mou, charnu, & renferme un noyau très-dur ; dans d'autres especes, les fruits sont secs, durs ou en forme de coques osseuses, revêtues d'une écorce molle ou fibreuse ; ces coques renferment une amande solide ou une amande creuse, qui est remplie d'une liqueur aqueuse.

Le palmier est un genre de plante qui a un tronc droit dépourvû de branches, & dont la racine ne pousse point de rejettons, il est garni au sommet de côtes disposées en rond qui portent de petites feuilles ; ces côtes se dessechent ou tombent par vétusté. Au milieu de ce qui en reste, il en renaît de nouvelles, entre lesquelles s'élevent des gaines qui s'ouvrent de bas en-haut, & qui contiennent des fleurs & des embryons disposés en forme de grappe.

Le palmier differe par ce dernier caractere de certaines especes de fougere en arbre qui ont comme le palmier le tronc simple, qui ne poussent ni branches ni rejettons, & dont le sommet est garni de côtes qui tombent par vétusté, & qui se renouvellent toujours entre celles qui sont restées. Il y a des especes de bananier ou musa, qui ressemblent aussi au palmier, car elles ont le tronc simple & garni au sommet de feuilles disposées en rond, & elles portent des gaines qui renferment des fleurs & des embryons disposés en grappes ; mais le palmier differe de ces especes en ce qu'elles se multiplient toutes par des rejettons qui viennent de la racine. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE.

Les principales especes de palmiers sont 1° le palmier dattier ; c'est le palmier par excellence, dont on trouvera par conséquent la description détaillée, qui peut suffire pour les autres especes de palmiers, & abréger cet article. Voyez donc PALMIER DATTIER.

2°. Le palmier nain épineux, palma minor, C. B. P.

3°. Le latanier, nommé par Ray, palma brasiliensis prunifera, folio plicatili, seu flabelliformi, caulice squammato. Voyez LATANIER.

4°. Le chou palmiste, en anglois, the cabbage-tree ; en botanique, palma altissima, non spinosa, fructu pruniformi, minore, racemoso sparso, Sloane, Cat. Jamaïc.

5°. Le palmier oléagineux, palma foliorum pediculis spinosis fructu pruniformi, lacteo, oleoso, Sloane, Cat. Jamaïc. 175. en anglois, the oily palm-tree.

6°. Le grand palmier tout épineux, palma tota spinosa, major, fructu pruniformi, Sloane, Cat. Jamaïc. en anglois, the great maccaw-tree.

7°. Le palmier nain sans épines, à feuilles en éventail & à racines multipliantes, palma humilis, radice repentissimâ, soboliferâ, folio flabelliformi, pedunculo vix spinoso, Boerh. Ind. alt.

8°. Le palmier sang-dragon, palma prunifera, foliis yuccae, è quâ sanguis-draconis, Com. Hort. Amstael. en anglois, the dragon-tree. On le décrira au mot SANG-DRAGON.

9°. Le palmier du Japon, épineux, à feuilles de polypodes, palma japonica, spinosis pediculis, polypodii folio ; Parad. Batav. Boerh. Ind. alt. 270. C'est le palmier dont la fécule desséchée se nomme sagou. Voyez SAGOU.

10°. Le cocotier, palma indica coccigera angulosa, C. B. P. 108. Voyez COCOTIER.

11°. Le palmier vinifere de Thevet, palma vinifera Theveti, J. B. & C. B. P.

12°. Le palmiste franc, ou le palmier royal de Rochefort, palma nobilis, seu regalis, jamaïcensis & barbadensis, Sloane, Cat. Jamaïc. Il y a quantité de palmiers de cette espece.

13°. Le palmier de Malabar, qui ne porte qu'une fois du fruit, & qui est ombragé de feuilles en éventail, pliantes & très-larges, palma montana, Malabarica, semel tantùm frugifera, folio plicatili, flabelliformi, maximo, Hort. Malab.

Toutes les especes de palmiers peuvent être élevées de graînes qu'on semera dans des pots remplis de terre légere : on plongera ces mêmes pots dans un lit de tan ; & quand les jeunes plantes auront poussé, on les transplantera dans d'autres pots, qu'on tiendra dans une serre chaude jusqu'à ce que les plantes ayent acquis quelque force. Il est vrai que ces arbres viennent très-lentement dans nos climats, mais ils ne viennent guere plus vîte dans leur pays natal.

Le palmier nain épineux croît rarement dans sa patrie au-dessus de quatre ou cinq piés, mais il étend ses racines fort loin, & les multiplie si facilement, qu'un grand pays qui n'est pas cultivé en est couvert au bout de vingt ans. Ses feuilles servent à faire des balais de jonc. Cet arbre n'est pas rare en Espagne & en Portugal.

Le chou palmiste croît au contraire à une hauteur prodigieuse, & pousse quantité de feuilles qui s'entrelacent les unes dans les autres. On met ses jeunes tiges en saumure, & on les envoye en Angleterre sous le nom de chou-palmiste.

Le palmier oléagineux abonde sur la côte de Guinée, & dans les îles du Cap-verd, où il s'éleve jusqu'à la hauteur d'un mât de vaisseau. Cet arbre a merveilleusement réussi à la Jamaïque & aux Barbades. Les negres tirent de son tronc une liqueur enivrante, une espece d'huile ou de beurre de la pulpe du fruit, & employent l'écorce du tronc à en faire des nattes pour se coucher dessus.

Le grand palmier épineux pullule dans les îles Caraïbes. Les negres font de son bois leurs javelines & leurs fleches ; ils tirent aussi de son fruit une liqueur qu'ils aiment passionnément.

Le vrai palmier sang-dragon, ainsi nommé, parce qu'on en tire par incision le suc résineux de ce nom, n'est connu qu'à Madere & dans les îles Canaries. Il est vrai que dans nos climats on peut l'élever de graine, mais il ne parvient pas à une grande hauteur, & ne donne point de résine.

Le palmier vinifere de Thevet est célebre par sa verdure perpétuelle, & est cher aux Ethiopiens qui percent son tronc à deux piés de terre, & en tirent une liqueur qui a le goût du vin d'Anjou.

Le palmier royal contient dans la partie supérieure de son tronc une substance médullaire, blanche, tendre, savoureuse, & qui fait un des mets délicats des habitans des îles sous-le-vent.

Le palmier de Malabar a de très-grandes feuilles visqueuses, molles, propres à être pliées comme un éventail, & resserrées dans un très-petit espace.

Tous les palmiers qu'on peut élever dans nos climats méritent de se trouver dans les jardins de plantes exotiques, à cause de leur structure singuliere & de la beauté de leurs feuilles.

Rien n'est plus commun dans les recueils de voyageurs anglois, françois, hollandois, que d'y trouver des descriptions de palmiers d'Asie, d'Afrique & d'Amérique ; mais elles sont ou peu fideles, ou merveilleuses. (D.J.)

PALMIER-DATTIER, (Botan.) arbre célebre par bien des endroits, & peut-être celui dont les auteurs sacrés & profanes ont le plus parlé. Les Poëtes l'ont consacré aux héros & à la victoire. Il sert d'un des plus heureux symboles pour le blason, pour les emblèmes, pour les médailles, & pour les devises. Il est regardé comme le type de l'amour conjugal, de la santé, de la fécondité, & de la conservation des empires. On connoît une médaille d'Adrien, sur le revers de laquelle, Sabine debout, tient une palme de la main droite, & de l'autre une corne d'abondance, accompagnée de deux petits enfans, l'un mâle & l'autre femelle, avec cette inscription, hilaritas populi romani, " le bonheur du peuple romain ". Personne n'ignore que marie Stuart, cette princesse malheureuse, qui ne fut jamais plus digne de grace qu'au moment qu'elle reçut l'arrêt de sa mort, avoit pris pour devise dans sa prison une palme courbée sous le faix, & se relevant, avec ces mots : ponderibus virtus innata resistit, " la vertu sous le poids, ne peut être accablée ".

Si l'on osoit ici mêler quelque chose de plus sérieux à ces idées poétiques, il semble qu'on pourroit dire que le palmier a reçu un nouveau lustre pour nous, depuis qu'il a fourni des vêtemens, de la nourriture, & des remedes à tant de chrétiens & de solitaires, qui ont si long-tems habité les deserts de l'Egypte où il croît en abondance.

Enfin quand l'on examine le palmier en naturaliste, l'on s'apperçoit qu'il mérite à tous égards l'attention du physicien. Son tronc sans écorce, garanti par des queues de branches feuillées, placées symmétriquement ; ce même tronc dans sa vieillesse, portant au sommet des boutons pleins d'une substance médullaire qui, étant enlevée, fait périr l'arbre ; ses grappes branchues sortant des aisselles feuillées, & ayant chacune leur enveloppe ; ses côtes, ses épines, ses fleurs servant à féconder le palmier femelle ; l'ordre de leur production, le fruit qui en vient, ses degrés d'accroissement & de maturité ; tout cela, dis-je, est extrêmement digne de notre curiosité. Mais plus ce qui regarde le palmier-dattier est intéressant, & plus on est avide de le connoître avec exactitude, & de démêler le vrai du faux dans les relations qu'on en a faites. Kaempfer est presque le seul qui ait décrit cette plante avec intelligence, avec fidélité, & en homme du métier ; c'est aussi dans ses mémoires que j'en puiserai la description.

Cet arbre est nommé par les Botanistes, palma ; par excellence, palma major, palma dactilifera ; en anglois, the greater palm ou date-tree ; en allemand, dattel-baum. Il pousse une racine simple, épaisse, ligneuse, & quelquefois deux, selon que le terrein le permet. Elle est environnée vers son collet de menues branches, dont les unes sont tortueuses, simples, nues le plus souvent, & se répandant au loin sur la surface de la terre ; les autres sont garnies de fibres très-courtes, le bois est fibré, ferme & pliant, de couleur rousse foncée, d'une saveur acerbe.

Le tronc de cet arbre est droit, simple, sans branches, cylindrique, un peu moins épais vers le sommet, de grosseur & de longueur différentes selon son âge, desorte cependant que le plus haut surpasse à-peine huit brasses. Il n'a point d'écorce, mais il est garanti, lorsqu'il est jeune, par des queues de branches feuillées, qui restent après qu'on les a coupées, & que l'on appelle chicots. Ils sont placés symmétriquement, au nombre de six, autour du tronc. Lorsque la vieillesse, ou l'injure du tems, les fait tomber, la superficie du tronc est nue, rude au toucher, de couleur fauve, & encore marquée des impressions de l'origine des branches feuillées, de la même maniere que la tige du choux pommé, lorsque ses feuilles sont tombées.

La substance intérieure depuis le sommet jusqu'à la racine, est composée de fibres longitudinales, épaisses, ligneuses, fermes, & cependant si peu unies ensemble par le moyen d'une matiere fongueuse, qu'on peut les séparer avec les doigts. C'est pourquoi le tronc de cet arbre est difficile à couper, par le défaut de solidité. Les troncs d'un an n'ont point de moëlle, mais seulement une espece de nerf ligneux qui se trouve au milieu.

Dans les jeunes troncs, toute la partie intérieure est molle, bonne à manger ; dans ceux qui sont plus avancés, il n'y a que le sommet ; & dans les vieux troncs, il n'y a que les boutons du sommet où se trouve cette moëlle, dont la substance est blanche, tendre, charnue, cassante, douçâtre & savoureuse. Dioscoride l'appelle , terme qui signifie moëlle : Théophraste & Galien la nomment , c'est-à-dire, cerveau. Lorsqu'on coupe cette moëlle, l'arbre meurt, car elle est le germe des nouvelles productions, & le principe des branches qui doivent naître.

Le palmier-dattier est terminé par une seule tête, quoique Théophraste assure, H. Pl. l. II. c. viij. que dans l'Egypte il y en a quelquefois plusieurs ; mais c'est seulement lorsqu' autour de cette tête, il croît un ou deux rejettons, qui grossissent & se fortifient par la négligence du propriétaire.

La tête, selon les différens états de l'arbre, est composée au-moins de quarante branches feuillées, qui font un bel effet, & qui sont placées circulairement ; car au sommet du tronc, il se trouve un grand bourgeon conique, de deux coudées de longueur, grêle, terminé en pointe, & composé de branches feuillées prêtes à se développer ; celles de l'intérieur, & qui ne sont pas encore totalement épanouies, l'entourent immédiatement.

Des aisselles des branches feuillées, sortent des grappes branchues, qui ont chacune leur spathe ou enveloppe, & qui portent des fleurs dans le palmier mâle, & des fruits dans le palmier femelle ; la branche feuillée est longue d'environ trois brasses, composée de feuilles semblables à celles du roseau, disposées sur une côte de chaque côté dans toute la longueur.

Cette côte est applatie vers son origine, & diminue insensiblement jusqu'à son extrémité ; elle est verte, lisse, luisante & jaunâtre à sa base ; elle est de même substance que le tronc, mais moins compacte, entremêlée de fibres plus blanches & plus déliées.

On peut considérer dans la côte trois parties ; l'une en est la base, l'autre qui est nue, & la derniere qui est chargée de feuilles. La base est la partie inférieure de la côte ; elle est attachée & posée sur le tronc en maniere d'écaille, de figure à-peu-près triangulaire, concave intérieurement, mince sur les bords, terminée par un grand nombre de fibres, entrelacées en maniere de tissu, qui sert à réunir les deux bases des côtes intermédiaires du rang supérieur.

La partie nue, qui s'étend depuis la base jusqu'aux premieres feuilles, est cette portion qui reste après la premiere coupe, & qui dans la seconde est retranchée par ceux qui cultivent les palmiers avec soin, de peur qu'elle ne retienne l'eau de la pluie. Pline appelle cette partie du nom de pollex, qui signifie chicot.

La derniere partie de la côte est bordée d'épines des deux côtés, & chargée de feuilles dans toute sa longueur.

Les épines sont les jeunes feuilles qui sortent de chaque côté de la côte : les premieres sont courtes & plus écartées ; les autres sont plus longues & plus près les unes des autres, jusqu'à-ce qu'ayant acquis la longueur d'une coudée, elles prennent peu-à-peu la forme de feuilles. Ces épines sont de la figure d'un cône irrégulier & anguleux, épaisses, dures, en quelque façon ligneuses ; leur superficie est luisante, & d'un verd tirant sur le jaune pâle, creusée en gouttiere à la face supérieure ; leur pointe est arrondie & de couleur brune ; enfin elles s'étendent, & se changent peu-à-peu en feuilles.

Ces feuilles durent toujours ; elles sont aîlées, de la figure de celle du roseau, en très-grand nombre, courtes d'abord, ensuite longues d'un empan, & bien-tôt après beaucoup davantage, placées jusqu'à l'extrémité de la côte, qui est terminée par une pointe. Elles sont soutenues sur des especes de queues ligneuses, épaisses, de la longueur d'environ un pouce, de figure irréguliere & presque quarrée, fortement attachées à la côte, dont on ne peut les arracher qu'avec violence.

Ces feuilles sont situées obliquement sur une même ligne, & alternativement ; elles sont longues d'environ une coudée, larges de deux pouces, de la figure de celles du roseau, fort pointues, pliées en-dessus par le milieu dans toute leur longueur, & d'un verd-pâle des deux côtés. De plus, elles sont dures, tendues, roides, ayant de grosses nervures dans toute leur longueur.

L'enveloppe faite en forme de réseau, est rude, grossiere, composée de fils inégaux, épais, anguleux, un peu applatis, roides. Dans les jeunes palmiers, & sur-tout autour des branches feuillées du sommet, cette enveloppe est épaisse, d'un jaune-foncé & large d'un empan : dans les vieux palmiers, & sur-tout autour des vieilles branches feuillées, elle est d'un roux-noirâtre.

Le palmier qui vient de lui-même des racines d'un autre, comme dans son sein maternel, commence à donner des fruits quatre ans après qu'on l'a transplanté lorsque le terroir est fertile ; & six ou sept ans après, s'il se trouve dans un lieu stérile : mais celui qui vient d'un noyau, est bien plus long-tems à donner du fruit. Le palmier ne porte son fruit qu'au haut de son tronc, & aux aisselles des branches feuillées, qui sont garnies de grandes grappes en forme de balais, lesquelles étant encore jeunes, sont renfermées chacune dans une gaîne presque coriace.

Les Romains donnoient le nom de spadix à ces grappes, & celui de spathae à leurs enveloppes : mots qu'ils ont empruntés de la langue grecque. On ne sauroit distinguer par l'extérieur les grappes du palmier femelle, lorsqu'elles sont encore cachées dans leurs gaînes.

Les palmiers-dattiers, soit mâle, soit femelle, gardent l'ordre suivant dans la production de leurs différentes fleurs. Au commencement du mois de Février, & peut-être plutôt, ces arbres font éclorre leurs boutons dans les aisselles des branches feuillées. Les spathes croissent peu-à-peu, & grossissent tellement, par la quantité de fleurs qu'elles portent, que le mois suivant elles s'entr'ouvrent dans leur longueur, & laissent sortir un corps solide, semblable à une truffe. Ce corps solide, étant dégagé de son enveloppe, prend la figure d'une grappe composée d'un grand nombre de pédicules, qui soutiennent de petites fleurs dans le palmier mâle, & des especes de petites prunes dans le palmier femelle.

Les fleurs servent à féconder le palmier femelle, dont les fruits mûrissent lentement, & seulement dans l'espace de cinq mois. Les spathes durent peu de tems, se fanent, se sechent, & doivent être retranchées par ceux qui cultivent soigneusement ces arbres.

La spathe a la figure d'une masse ligneuse, sa surface externe est couverte d'un duvet mollet, épais, très-court, de couleur rousse-foncée ; sa surface intérieure est blanche, lisse, humide, & en quelque façon muqueuse ; sa substance est semblable à celle d'une écorce sillonnée, fibreuse. Elle est pliante, lorsqu'elle est seche, & semblable à du cuir.

Le tuyau qui recouvre la queue de la grappe, est applati, recourbé, de la figure d'un fourreau de cimeterre, long d'une coudée, gros d'un pouce, large de trois. Le ventre a une coudée de longueur, une palme de largeur, & trois pouces d'épaisseur, lorsqu'il est prêt à s'ouvrir.

La grappe mâle est parsemée de petites fleurs en grand nombre. Elle porte deux cent pédicules, dont les plus courts soutiennent quarante petites fleurs, les moyens soixante, les plus longs quatre-vingt. Ces petites fleurs moins grandes que celles du muguet, sont à trois pétales, d'une couleur blanchâtre, tirant sur le jaune-pâle, & d'une odeur desagréable ; les pétales de ces petites fleurs, sont droits, charnus, fermes ; les étamines sont velues, roides, très-courtes, blanchâtres, terminées par des petits sommets, remplis de poussiere très-fine.

Sur la fin du mois de Février, & au commencement du mois de Mars, les spathes se rompent, les grappes femelles paroissent ; & peu de jours après, ayant quitté leurs enveloppes, elles sont nues, portant les embryons des fruits, enveloppés de deux petits calices, dont l'un est extérieur & plus court, & l'autre qui est intérieur, enveloppe immédiatement le fruit presque tout entier.

Ces embryons sont en très-grand nombre sur une grappe ; ils ressemblent aux grains de poivre pour la grosseur & la rondeur ; leur superficie est luisante & blanche, leur goût est acerbe. Dans le mois de Mai, ces fruits acquierent la grosseur de nos cerises, & ils sont d'une couleur herbacée. Au commencement de Juin, ils ressemblent à des olives pour la figure & la grosseur ; leurs osselets se durcissent, leur chair perd de son humidité, & devient plus solide. Ils mûrissent dans le mois d'Août ; ils ne s'amollissent pas dans toute leur substance, mais ils acquierent d'abord une tache molle comme celle d'une pomme qui se pourrit ; cette tache s'étend peu-à-peu, & toute sa substance qui étoit verte, se change en une pulpe fort douce & d'un goût vineux dans la maturité. On nomme ces fruits dattes. Voyez DATTES.

Le noyau est solide comme de la corne, dur & ferme ; sa superficie est de la couleur des pepins de raisins, & d'un gris plus ou moins délayé ; sa substance interne est panachée à-peu-près comme la noix muscade, de figure longue, & quelquefois en toupie recourbée, convexe d'un côté, & partagée de l'autre dans sa longueur par un sillon. La moëlle qui est dans ce noyau, n'est pas telle que Ray l'a crû, ni telle qu'il s'est persuadé qu'on pouvoit la retirer, lorsqu'on l'a amollie dans la terre.

Le palmier-dattier se plaît dans les pays brûlans, & aime une terre sablonneuse, légere & nitreuse. Il s'éleve du noyau, ou des racines d'un autre palmier. Lorsqu'on seme des noyaux, il en vient des palmiers mâles & femelles : mais lorsqu'on plante des racines, les palmiers qui naissent suivent le sexe de leurs meres-racines.

On plante dans la terre au printems, ou dans toute autre saison, les jeunes pousses de deux ou de trois ans, & on les arrose pendant l'été : on extirpe celles qui pullulent autour du tronc du palmier : on a grand soin d'en ôter les teignes, les fourmis & les sauterelles, insectes fort nuisibles à ces arbres.

Lorsqu'ils sont en état de porter des fleurs, ceux qui les cultivent, doivent travailler à les rendre féconds, & en retirer beaucoup de fruit. C'est pourquoi, sur la fin de Février, ils cueillent au sommet de l'arbre les spathes mâles remplies de leurs fleurs, propres à féconder les grappes femelles. Ils ouvrent ces spathes mâles dans leur longueur, ils en ôtent les grappes, dont les fleurs ne sont pas encore épanouies ; ils partagent ces grappes en de petites baguettes fourchues, & ils les placent sur les grappes femelles.

Les uns employent ces baguettes encore vertes, & les mettent aussi-tôt sur les grappes femelles qui commencent à paroître : d'autres sechent auparavant ces baguettes, & les gardent jusqu'au mois de Mars, tems auquel les matrices sont toutes ouvertes, & deviennent fécondes par une seule & même opération. Ils placent transversalement ces baguettes fourchues au milieu de la grappe femelle, ou bien ils les attachent de façon que les vents ne puissent pas les emporter, mais desorte qu'elles y restent quelque tems, jusqu'à ce que les jeunes embryons aient acquis de la vigueur, étant couverts de la poussiere séminale des petites fleurs, dont sont chargées les baguettes fourchues. Les habitans des déserts réiterent quelquefois cette opération, mais les Perses & les Arabes se contentent d'en faire une seule avec soin.

Les grappes femelles deviennent encore fécondes sans le secours de l'homme, par le moyen de l'air qui transporte la poussiere féconde du palmier mâle sur le palmier femelle : ainsi, quoique les personnes qui cultivent les palmiers, distribuent ces baguettes sur tous les palmiers femelles, ceux qui sont autour des palmiers mâles, reçoivent encore, sans le secours de l'art, la poussiere des fleurs.

Les paysans qui habitent les lieux abondans en palmiers, employent leur tronc, à la place de pieux & de poutres, pour soutenir leurs toits, & servir de charpente à leurs chaumieres ; ils ferment tout le reste grossierement avec des branches feuillées de palmier, sans clous, sans regle, sans art, & sans industrie. Le palmier leur fournit encore quelques meubles nécessaires ; ils font des fagots avec des branches feuillées, des balais avec les grappes, des vases, & des plats avec les spathes ou enveloppes, auxquelles ils donnent la figure qu'ils veulent ; ils font des chaussures & des cordes très-fortes pour leur marine avec les hampes des grappes. Ils se nourrissent de la moëlle du sommet, & tirent grand parti des dattes.

Le palmier-dattier vient de lui-même en plusieurs pays ; il est cultivé dans l'Afrique, où il produit beaucoup d'excellens fruits, aussi-bien que dans la Syrie & la Perse. On le cultive en Grece, en Italie, & dans les provinces méridionales de la France ; mais il y produit rarement des fruits, & ceux qu'il y produit ne mûrissent jamais. Cela ne viendroit-il point de ce qu'il n'y a pas de palmier mâle !

Du-moins Pline, Théophraste, ont dit autrefois, ensuite Prosper Alpin, & Kaempfer, qui par eux-mêmes ont pû faire ces observations, ont confirmé que si un palmier femelle n'a point de mâle dans son voisinage, il ne porte point de fruits, ou que s'il en porte, ils ne viennent jamais à maturité ; ils sont âpres, de mauvais goût, sans noyau, & par conséquent sans germe : aussi, pour faire mûrir ces fruits, & pour les féconder, on a soin ou de planter un palmier mâle dans le voisinage, ou de couper des branches du palmier mâle chargées de sommets épanouis, & de les attacher au-dessous du palmier femelle ; pour lors il produit de bons fruits, féconds, & en abondance.

Ce fait avoit déja été dit à M. Tournefort, en 1697, par Adgi Mustapha, homme d'esprit & curieux. Mais ce ne sont pas les seuls palmiers, sur lesquels cette observation se vérifie. La chose est encore très-sensible sur la plûpart des plantes qui portent les fleurs & les fruits sur différens piés, ou sur différens endroits du même pié, pourvû que l'on ait un très-grand soin de couper les étamines, avant qu'elles aient commencé à se développer ; ou pourvû que l'on tienne les plantes femelles dans des endroits où la poussiere des étamines ne puisse avoir aucun accès.

Je sai qu'on peut objecter ce que dit M. de Tournefort dans la préface de ses institutions botaniques, qu'il a vû un pié femelle de houblon produire des graines dans le jardin du roi, où il n'y avoit point de pié mâle, ni même dans le voisinage, ensorte que les poussieres ne pouvoient être apportées par le vent, que des îles qui sont vers Charenton, où se trouvoient les piés à fleurs les plus proches. Je ne contesterai point l'éloignement, mais je répondrai que quel que soit cet éloignement, il ne nuit en rien, pourvû que le vent puisse apporter les poussieres ; or cela n'est pas impossible. Nous en avons un bel exemple allégué par Jovianus Pontanus, précepteur d'Alphonse, roi de Naples : il raconte que l'on vit de son tems deux palmiers, l'un mâle cultivé à Brindes, & l'autre femelle élevé dans les bois d'Otrante ; que ce dernier fut plusieurs années sans porter du fruit, jusqu'à ce qu'enfin s'étant élevé au-dessus des autres arbres de la forêt, il put appercevoir, dit le poëte, le palmier mâle de Brindes, quoiqu'il en fût éloigné de plus de quinze lieues, car alors il commença à porter des fruits en abondance, & de fort bons ; si donc il ne commença qu'alors à porter des fruits, c'est vraisemblablement parce qu'il commença seulement pour-lors à recevoir sur ses branches, & sur les embryons de ses fruits, la poussiere des étamines, que le vent enlevoit de dessus le palmier mâle. Voilà la seule explication tolérable d'un phénomene qui a bien embarrassé les anciens. Ils ne comprenoient point comment le palmier femelle pouvoit être fécondé par le palmier mâle : ils en attribuoient la cause à la sympathie de ces arbres, sans expliquer comment cette sympathie produisoit des fruits. La Fontaine eût dit aux anciens :

Les mystères de leur amour

Sont des objets d'expérience,

Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour

Que d'épuiser cette science. (D.J.)


PALMIPEDES. m. (Ornitholog.) on appelle ainsi dans l'Ornithologie tout oiseau à pié plat, dont les doigts sont joints par une membrane, comme dans les oies. C'est un genre d'oiseaux qui vivent dans l'eau, & dont les pattes sont faites par la nature pour nager. Les caracteres génériques de ce genre d'oiseaux, sont les suivans : outre la membrane dont je viens de parler, ils ont presque tous les jambes courtes, les cuisses couvertes de plumes à la jointure, les orteils de derriere courts, le croupion moins élevé que les autres oiseaux, le bec large avec une espece d'appendice qui pend par-dessous. (D.J.)


PALMISTES. m. (Botan.) c'est le nom que les Américains des îles Antilles donnent au palmier dont le pays produit différentes especes, parmi lesquelles sont compris le cocotier, le grougrou, le grigri, le dattier & le latanier. On peut consulter sur cette matiere l'ouvrage du pere Plumier minime, qui traite des plantes d'Amérique. Le plus grand & le plus fort de tous les palmiers s'appelle palmiste franc ; il s'éleve droit comme un mât de vaisseau jusqu'à la hauteur de plus de 40 piés, ayant une racine médiocre, peu profonde en terre, mais fortifiée par une multitude de filamens entrelacés les uns dans les autres, formant une motte élevée comme un gros bourrelet autour du pié de l'arbre. Le bois du palmiste est brun, pesant, compacte, plus dur que de l'ébene : il se fend aisément dans sa longueur ; mais ce n'est pas sans rompre des outils qu'on parvient à le couper en-travers. Cette extrème dureté n'existe qu'extérieurement d'environ un pouce & demi dans toute la circonférence de l'arbre, dont l'intérieur n'est qu'un tissu grossier de longues fibres, fermes, souples, serrées & mêlées comme de la filasse, parmi une sorte de moëlle coriace, fort humide, qui devient plus tendre & même très-délicate en s'éloignant du pié de la tige.

Le sommet du palmiste se termine par un faisceau de branches, ou plutôt de fortes côtes disposées en gerbe épanouie, longues de dix à onze piés, diminuant insensiblement de grosseur jusqu'à leur extrémité, un peu courbées en arc, & couvertes d'une pellicule très-lisse ; elles sont soutenues à leur naissance par une espece de réseau composé de longs filets croisés en forme de gros canevas, qu'on croiroit être tissu de mains d'homme ; ces longues côtes sont garnies sur leurs côtés d'un grand nombre de feuilles vertes, longues d'environ deux piés, fort étroites, pointues, partagées d'une seule nervure, & ressemblant à des grandes lames d'épée.

Du milieu des branches & du réseau dont elles sont enlacées, sort une très-grosse & longue gaîne pointue & renflée dans son milieu comme un fuseau, laquelle venant à s'ouvrir, laisse paroître une parfaitement belle gerbe d'une extrème blancheur, composée de plusieurs branches déliées, assez fortes, & chargées de petites fleurs de même couleur, auxquelles succedent des fruits durs de la grosseur d'une noix, & rassemblés en grappe : on n'en fait point d'usage dans les îles.

Le coeur du palmiste renferme dans sa partie la plus voisine des branches, une substance d'une extrème blancheur, tendre, délicate, composée de feuillets minces, plissés comme les plis d'un éventail c'est ce qu'on appelle le chou du palmiste, dont les amateurs de bonne-chere font beaucoup de cas ; ce chou peut se manger crud, comme les artichaux à la poivrade, ou cuit à la sausse blanche, ou au jus ; on le préfere au cardon d'Espagne, & étant frit à la poële, on en fait des bignets délicieux. Voyez CHOU PALMISTE.

Le tronc du palmiste étant fendu en six ou huit parties, & l'intérieur étant bien nettoyé, on en forme des planches grossieres, un peu convexes d'un côté, servant à faire des fortes palissades, à clorre des engards, des magasins & des cases ; & si l'on a besoin de longues gouttieres pour conduire de l'eau, on fend un palmiste en deux, on en sépare avec un outil la partie mollasse, & l'ouvrage se trouve fait.

Les feuilles du palmier s'emploient à couvrir les cases, à faire des nattes, des sacs, des especes de paniers & d'autres petites commodités de ménage.

L'espece de palmier dont on tire une liqueur appellée vin de palme, est particuliere à la côte d'Afrique ; on en trouve cependant quelques arbres dans les îles de l'Amérique.

L'arbre qu'on appelle palmiste épineux, croît beaucoup moins haut que le précédent ; il est aussi plus renflé à son sommet vers la naissance des branches : cette partie & l'entre-deux des feuilles, sont hérissés d'épines longues de trois ou quatre pouces, déliées comme de grosses aiguilles, noires & très-lisses. Le chou que produit ce palmiste est d'une couleur un peu jaune, appétissante ; il a le goût de noisette, & est incomparablement meilleur que celui du palmiste franc.

Presque tous ces arbres, lorsqu'ils sont abattus, attirent de fort loin une multitude de gros scarabées noirs qui s'introduisent sous l'écorce dans la partie la moins dure, y déposent leurs oeufs, & produisent des vers gros comme le pouce, dont les créoles & les habitans se régalent, après les avoir fait rôtir dans des brochettes de bois. Voyez VER PALMISTE.


PALMULAIRESou plutôt PARMULAIRES, s. m. (Hist. anc.) parmularii ; espece de gladiateurs, ainsi nommés, parce qu'outre le poignard dont ils étoient armés, ils portoient au bras gauche un petit bouclier rond, appellé par les Latins parma. Voyez GLADIATEURS & PARMA.


PALMYRE(Géog. anc. & mod.) ville de Syrie dans un désert de la Syrie, sur les confins de l'Arabie déserte en tirant vers l'Euphrate. Son nom hébreu est Tadmor, Thamor, ou Tedmor, selon Josephe, antiq. liv. VIII. ch. ij. qui la place à deux journées de la haute Syrie, à un jour de l'Euphrate, & à six de Babylone.

Ptolomée, liv. V. ch. xv. la met dans la Palmyrene, province de Syrie, & Procope aedif. liv. II. ch. xj. la place dans la Phénicie ; ce qui revient au même : car il parle de la Phénicie proche du Liban, qui est plus à l'orient que la Phénicie maritime. Il ajoute que Palmyre, qui avoit autrefois été bâtie dans un désert, se trouvant dans une situation fort commode pour observer les Sarrasins, & pour découvrir les courses qu'ils faisoient sur les terres de l'empire, Justinien la répara, y mit une puissante garnison, la pourvut d'eau, & réprima par ce moyen les irruptions de ces peuples. Cette ville eut le titre de colonie romaine, & Etienne le géographe dit qu'on la nomma quelquefois Hadrianopolis.

Il reste encore de superbes ruines de cette ville, élevée dans un désert, possédée par les rois de Babylone, ensuite devenue capitale d'un état célebre par ses richesses, par la puissance d'Odenat, & par le courage de Zénobie sa femme. Il n'est pas probable que la curiosité du lecteur en demeure-là : les ruines de cette ville sont trop intéressantes pour ne le pas porter à rechercher ce qu'elle a été, quand & par qui elle a été fondée, d'où vient qu'elle se trouve située si singulierement, séparée du reste du genre humain par un désert inhabitable, & quelle a dû être la source des richesses nécessaires pour soutenir sa magnificence. Voilà bien des motifs de curiosité.

L'Ecriture, I. Rois, ix. v. 18. & II. liv. Chron. viij. v. 4. nous apprend que Salomon fit bâtir Tadmor ou Tedmor dans le désert, après qu'il eut fait la conquête du pays d'Hamath-Zoba ; & Josephe nous assure que c'est la même ville que les Grecs & les Romains appellerent par la suite Palmyre, quoique les Syriens conservassent toujours le premier nom. Saint Jérôme pense que Tadmor & Palmyre ne sont que les noms syriens & grecs de la même ville. Ce qui semble fortifier cette opinion, c'est qu'à présent les arabes du pays l'appellent Tadmor. Mais il y a long-tems que tous les édifices que Salomon a pu élever dans ce lieu ne sont plus, puisque Nabuchodonozor détruisit cette Tadmor avant que d'assiéger Jérusalem.

On ne sauroit raisonnablement se persuader que des édifices dans le goût de ceux de Palmyre, soient antérieurs à ceux que les Grecs établirent en Syrie ; aussi n'en est-il point parlé dans l'expédition de Cyrus le jeune, ni dans celle d'Alexandre le grand, ni dans celle du regne de Séleucus Nicanor, qui fit bâtir & réparer tant de lieux en Syrie. L'importance de cette ville, en qualité de place frontiere, a dû être considérable même du tems de Séleucus Callinicus ; cependant l'histoire des Séleucides n'en dit mot.

Si nous examinons à présent l'histoire romaine, nous verrons qu'il n'en est pas encore fait mention quand Pompée fit la conquête de ce pays-là ; ce n'est que du tems de Marc-Antoine qu'il en est parlé pour la premiere fois dans cette histoire. Ce capitaine romain se voyant épuisé d'argent par les dépenses excessives qu'il faisoit en Syrie, & n'ayant pas de quoi payer ses troupes, imagina de donner le pillage de Palmyre à sa cavalerie au lieu de paye, & elle s'y rendit dans l'espérance de s'y enrichir ; mais les Palmyréniens ayant été avertis de bonne heure des desseins d'Antoine, mirent à couvert leurs familles & leurs meilleurs effets de l'autre côté de l'Euphrate, dont ils défendirent si bien le passage avec leurs archers, que l'armée d'Antoine s'en retourna sans succès. Cependant les Palmyréniens outrés du projet du triumvir, prirent le parti de s'unir avec les Parthes, pour se mettre à couvert de l'avarice des Romains.

Les Palmyréniens étoient alors un peuple riche, commerçant & libre. Ptolomée marque les noms des différentes villes de l'état palmyrénien ; mais Pline, l. V. cap. 25. a ramassé en peu de lignes les circonstances les plus frappantes de Palmyre, excepté qu'il ne parle pas des édifices. " Cette ville, dit-il, est remarquable par sa situation, son riche terroir & ses ruisseaux agréables. Elle est environnée de tous côtés d'un vaste désert sablonneux qui la sépare totalement du reste du monde ; & elle a conservé son indépendance entre les deux grands empires de Rome & des Parthes, dont le soin principal est, quand ils sont en guerre, de l'engager dans leurs intérêts. "

Palmyre dans son état florissant, ne pouvoit qu'absolument répondre à cette description. La situation en est belle, cette ville étant au pié d'une chaîne de montagnes à l'occident, & s'élevant un peu au-dessus du niveau d'une vaste plaine qu'elle commande à l'orient. Ces montagnes étoient chargées de monumens funebres, dont plusieurs subsistent encore presqu'en entier, & ont un air vénérable. Elles étoient aussi couvertes de palmiers, de même qu'une partie du désert ; car les palmiers croissent dans les déserts sablonneux les plus arides. Abulfeda fait mention des palmiers aussi-bien que des figuiers de Palmyre, & les négocians anglois qui y allerent d'Alep en 1691, rapportent y en avoir vu plusieurs.

Il n'est point parlé de Palmyre dans le voyage que fit Trajan en cette partie de l'orient, ni dans celui d'Adrien, quoiqu'ils ayent dû passer près de cette ville. On caractérise Palmyre de colonie romaine sur la monnoie de Caracalla. On trouve par les inscriptions qu'elle se joignit à Alexandre Severe dans son expédition contre les Perses. Elle se distingua sous Galien par la politique & les vertus d'Odenat palmyrénien, que l'empereur déclara Auguste, & associa à l'empire. Odenat laissa après lui sa femme Zénobie, si célebre par sa beauté mâle, sa science & ses conquêtes. On sait qu'Aurélien ayant pris Palmyre & fait cette princesse prisonniere, il l'amena à Rome pour orner son triomphe.

Sans doute que Palmyre, après avoir perdu sa liberté, eut un gouverneur romain. Justinien la fit réparer, & depuis lors, on n'apprend plus rien de Palmyre dans l'histoire romaine. On ne sait pas davantage ce qui est arrivé à Palmyre depuis Mahomet. Abulfeda, qui écrivoit vers l'an 1321, est presque le seul qui en parle ; encore fait-il une mention très-succincte de sa situation, de son terroir, de ses palmiers, de ses figuiers, des colomnes anciennes & en assez grand nombre qu'on y voyoit de son tems, de ses murs & de son château. Il est vraisemblable qu'il ignoroit & le nom grec, & l'histoire de cette ville ; il ne l'appelle que Tedmor.

Enfin on connoissoit si peu ses ruines avant la fin du dernier siecle, que si on en eût employé les matériaux à fortifier la place, ce qui auroit pû naturellement arriver, en conséquence d'une guerre entre la Turquie & la Perse, on sauroit à peine aujourd'hui que Palmyre a existé : exemple frappant du fort précaire auquel sont sujets les plus grands monumens de l'industrie & de la puissance humaine !

Mais en 1691 des négocians anglois eurent la curiosité d'aller voir ses ruines. On a publié dans les Transactions philosophiques la relation qu'ils en ont faite avec toute la candeur & la vérité possible. C'est ce que reconnoissent les gens de lettres également habiles & curieux, qui entreprirent en 1751 le voyage exprès de Palmyre : je parle de MM. Dawkins, Wood & Bouvery.

Ces hommes illustres, riches, unis par l'amour qu'ils avoient pour les antiquités & pour les beaux arts, l'habitude où ils étoient de voyager, savans dans le dessein & dans l'art de lever des plans, freterent un vaisseau à leurs dépens, parcoururent les îles de l'Archipel, pénétrerent dans l'Asie mineure, dans la Syrie, dans la Phénicie, dans la Palestine & l'Egypte, pour en voir les endroits les plus remarquables, moins encore pour connoître l'état présent de ce pays, que l'état ancien. Ils se pourvurent de livres, d'instrumens de mathématiques, de présens convenables pour les turcs de distinction, & autres auxquels ils se trouveroient obligés de s'adresser dans le cours de leur voyage.

Ces savans ont copié toutes les inscriptions qu'ils ont rencontrées sur leur route : ils ont plus fait, ils ont même emporté les marbres en Angleterre, toutes les fois qu'ils l'ont pu. Ils ont eu soin de se pourvoir d'instrumens pour creuser la terre ; & ils ont quelquefois employé les paysans à ce travail pendant plusieurs jours avec succès. Enfin de retour dans leur pays, ils nous ont donné les ruines de Palmyre, que le public desiroit avec empressement. Cet ouvrage magnifique publié à Londres en 1753, en anglois & en françois, contient 57 planches de forme d'Atlas, & qui sont admirablement gravées.

Il semble qu'on peut conclure par tout ce qu'ils nous en rapportent, qu'on a dû connoître les sources abondantes & continuelles des richesses de Palmyre, tout aussi-tôt qu'on a trouvé le passage du désert, & que dès le tems auquel le commerce a commencé d'attirer l'attention des hommes, on a dû faire cas de la situation d'une telle ville, qui étoit nécessaire pour entretenir la communication entre l'Euphrate & la Méditerranée, Palmyre n'étant qu'à environ 20 lieues de cette riviere, & à environ 50 de Tyr & de Sidon sur la côte.

Il est probable que les Phéniciens commercerent à Palmyre, & que ses richesses sont dues au commerce des Indes, commerce qui doit avoir considérablement fleuri dans cette ville avant la naissance de Jesus-Christ ; car on trouve par les inscriptions, que vers ce tems-là les Palmyréniens étoient opulens, & donnoient dans le luxe. Aussi Appien les appelle expressément commerçans en marchandises des Indes, du tems de Marc Antoine.

Ainsi les Palmyréniens ont été en état de faire la dépense magnifique de leurs édifices, que les écrivains ont jusqu'ici attribué sans aucune preuve aux successeurs d'Alexandre, ou aux empereurs romains. En effet, le commerce donnoit à Palmyre les richesses de l'orient & de l'occident ; car les caravanes de Perse & des Indes, qui viennent se décharger à Alep, s'arrêtoient alors à Palmyre ; de-là on portoit les marchandises de l'orient qui lui venoient par terre dans les ports de la Méditerranée, d'où elles se répandoient dans tout l'occident ; & les marchandises d'occident lui revenoient de la même maniere. Les caravanes de l'orient les portoient ici par terre en s'en retournant ; desorte que comme Tyr & ensuite Alexandrie avoient eu autrefois tout le négoce de l'orient qui se faisoit par mer, Palmyre eut aussi pendant quelque tems, & seule, tout le commerce qui se faisoit par terre. D'ailleurs ce pays ne pouvoit subsister que par le négoce ; mais la perte de la liberté de ses habitans ayant entraîné celle de leur commerce, la ruine de leur ville a été prompte.

Il est difficile de deviner le siecle des édifices dont on voit les ruines par monceaux, & qui sont gravées dans le bel ouvrage dont nous avons parlé ; mais il est évident qu'ils sont d'une plus grande antiquité, que ceux dont les ruines sont encore élevées en partie. Si ces ruines sont les restes les plus considérables & les plus complete s de l'antiquité que l'on connoisse, cela vient sans doute de ce que le climat est sec, de ce qu'il y a peu d'habitans dans le pays pour les gâter, & de ce qu'étant éloignée des autres villes, on n'a pas pu en employer les matériaux à d'autres usages.

On sait que la religion des Palmyréniens étoit la payenne ; & il paroît par la magnificence extraordinaire du temple du soleil, qu'ils rendoient un grand honneur à cette divinité, ainsi que les peuples de la Syrie dont ils étoient voisins.

On voit par l'histoire & par les inscriptions, que leur gouvernement étoit républicain ; mais il ne reste rien du tout de leurs lois & de leur police. On sait très-peu de choses de leurs coutumes ; leur méthode d'embaumer les corps étoit la même que celle des Egyptiens, & vraisemblablement ils avoient emprunté plusieurs autres coutumes de l'Egypte. Ils tenoient de ce pays-là la pompe extraordinaire des monumens pour leurs morts.

Enfin les Palmyréniens imitoient de grands modeles dans leurs manieres, dans leurs vices & dans leurs vertus. Les coutumes qu'ils observoient dans leurs funérailles venoient d'Egypte, leur luxe de Perse, leurs lettres & leurs arts de Grece ; situés au milieu de ces trois grandes nations, on peut raisonnablement supposer qu'ils en avoient adopté plusieurs autres choses. Qu'il est fâcheux de n'en pas savoir davantage d'un pays qui a laissé des monumens splendides, qui eut pour reine Zénobie, & Longin pour son premier ministre !

Il faut compter entre les monumens de Palmyre, le temple du soleil. Tout son enclos étoit un espace quarré, fermé de chaque côté d'une haute & belle muraille, & orné de pilastres par-dedans & par-dehors. Cet enclos renfermoit le temple environné de plusieurs rangs de colonnes de différens ordres, & d'environ cinquante piés de hauteur. Il n'en reste plus que seize : ces colomnes soutenoient la couverture d'une galerie ; le temple avoit 92 piés de longueur, & 40 de largeur. Ce lieu est changé en une mosquée, avec des ornemens à la mode des Turcs ; c'est-à-dire quelques inscriptions arabes, & des sentences tirées de l'alcoran, entrelacées de quelques feuillages. Tout l'espace de l'enclos est aujourd'hui rempli de méchantes huttes qui servent de demeure à des habitans également pauvres & misérables. Il n'y a peut-être pas de lieu au monde où l'on voie tout ensemble & plus de restes d'une ancienne grandeur, & plus de marques d'une désolation présente.

A la sortie de ce temple, on trouve dans l'espace d'un mille, une prodigieuse quantité de colonnes de marbre, dont quelques-unes sont debout, & les autres renversées dans la derniere confusion. Plus loin on apperçoit un grand nombre de ruines, mais parmi lesquelles on voit encore tant de grandeur, qu'on ne peut douter que Palmyre n'ait été une des plus belles villes de toute l'Asie.

En continuant à marcher du côté du nord, on découvre un obélisque considérable ; c'est une colomne composée de sept grandes pierres, outre son couronnement qui est au-dessus. La sculpture en est fort belle, ainsi que celle de tous les autres endroits. Sa hauteur est de plus de cinquante piés ; & apparemment il y avoit sur le sommet une statue que les Turcs ont mise en pieces. Sa grosseur au-dessus de son piédestal, est de douze piés & demi.

A l'orient & à l'occident de cet obélisque, on voit deux autres colonnes, qui en sont éloignées chacune d'environ un quart de mille. Elles semblent se répondre l'une à l'autre ; & auprès de celle qui est du côté de l'orient, il y en a une autre rompue, d'où l'on juge qu'on en avoit mis un rang tout du long dans cet endroit-là. On a mesuré celle qui est à l'orient, & l'on a trouvé qu'elle avoit plus de 42 piés de haut. Elle est grosse à proportion, & on y lit une inscription en langue grecque.

Cette inscription apprend que ceux qui avoient fait dresser cette colonne, étoient une nation libre, gouvernée par un sénat & par le peuple, & peut-être sous la protection de quelque puissant empire, tel que fut premierement celui des Parthes, & ensuite celui des Romains, qui ont souvent disputé aux Parthes la domination de ce pays-là. Cette forme de gouvernement des Palmyréniens avoit duré jusqu'au tems d'Aurélien qui prit cette ville en 272, sur la célebre Zénobie, la seconde femme du grand Odenat, chef ou prince des Palmyréniens, & qui ne rendit pas son nom moins recommandable.

Odenat avoit vengé sur les Perses la prise de l'empereur Valérien ; il avoit vaincu la plûpart des lieutenans de Sapor, & chassé de la Mésopotamie ce roi victorieux. Ces beaux exploits engagerent Galien à lui conférer la qualité d'Auguste dans les provinces romaines, en-deçà & au-delà de l'Euphrate ; mais ses victoires furent bornées par sa mort. Le perfide Méonius son parent, l'assassina dans un festin l'an 267 ; & l'on soupçonna Zénobie d'avoir consenti à cette action, indignée de la tendresse qu'Odenat témoignoit à son fils Hérode qu'il avoit eu d'une autre femme.

Sans ce crime de cruelle marâtre, dont l'accuse Trebellius Pollion, on pourroit mettre Zénobie au nombre des plus grandes raretés qu'on ait vues sur la terre. Ce fut une belle femme, chaste, savante, courageuse, sobre, & sachant par politique boire beaucoup de vin dans certaines occasions. Voici son portrait : Mulierum omnium nobilissima orientalium foeminarum, & ut Cornelius Capitolinus asserit, expeditissima, vultu subaquilo, fusci coloris, oculis suprà modum vigentibus, nigris, spiritus divini, venustatis incredibilis : tantus candor in dentibus, ut margaritas eam plerique putarent habere, non dentes.

Elle avoit beaucoup contribué aux victoires qu'Odenat remporta sur les Perses, & qui conserverent l'orient aux Romains. Aussi fut-elle honorée de la qualité d'Auguste par le même Galien. Après la mort de son mari, elle se maintint dans l'autorité, & regna d'une maniere très-vigoureuse & très-glorieuse. Elle se mit à la tête de ses troupes, força les Perses d'accepter la paix, & devint la terreur de toute l'Asie. Elle ne put souffrir que les Romains y tinssent aucune place que sous sa protection ; & les barbares ayant fait irruption de tous côtés dans leurs provinces, elle étendit ses conquêtes depuis les bords du Tigre jusqu'à ceux de l'Hellespont, prit le superbe nom de reine d'Orient, après que Zaba, l'un de ses plus grands capitaines, eut achevé de lui assujettir l'Egypte.

Cette princesse dont la valeur soutenue d'une prudence extraordinaire, avoit subjugué tant de provinces de l'Asie, fut enfin obligée de céder aux armes romaines. Aurélien, qui avoit défait les Sarmates, les Marcomans, & chassé tous les Barbares hors de l'empire romain, eut honte qu'une femme usurpât sur lui tant de pays : il se prépara à humilier cette reine ambitieuse. Il n'ignoroit pas sa réputation ni ses exploits. Il savoit qu'elle étoit aimée de ses soldats, respectée de ses voisins & redoutée de ses ennemis, & qu'elle égaloit Odenat en mérite & en courage.

Il marcha donc contr'elle avec toutes les forces de l'empire. Il la vainquit auprès de la ville d'Emese ; mais il lui en coûta ses meilleures troupes. Il mit ensuite le siege devant Palmyre, où cette princesse s'étoit retirée, & où il trouva plus de résistance qu'il ne l'imaginoit. Fatigué de la longueur du siege, & redoutant toujours les événemens que pouvoit amener le courage de Zénobie, il lui écrivit une lettre dans laquelle il lui marquoit que si elle se remettoit entre ses mains, il lui offroit la vie, un état honnête, & un lieu de retraite convenable à son rang. Cette illustre reine avoit trop de coeur pour écouter de pareilles conditions. Voici la réponse qu'elle fit à Aurélien.

" Zénobie, reine de l'Orient, à l'empereur Aurélien. Personne jusqu'ici n'a fait une demande pareille à la tienne. C'est la vertu, Aurélien, qui doit agir dans la guerre. Tu me mandes de me remettre entre tes mains : comme si tu ne savois pas que Cléopatre aima mieux mourir avec le titre de reine, que de vivre dans toute autre dignité. Nous attendons le secours des Perses. Les Sarrasins arment pour nous. Les Arméniens se sont déclarés en notre faveur. Une troupe de voleurs dans la Syrie a défait ton armée. Juge ce que tu dois attendre, quand toutes ces forces seront jointes. Tu rabattras de cet orgueil avec lequel, comme maître absolu de toutes choses, tu m'ordonnes de me rendre ".

Cette lettre n'inspira que de la colere à Aurélien ; il poussa le siege de Palmyre avec vigueur, & Zénobie n'ayant plus d'espérance d'empêcher la prise de sa capitale, en sortit secrettement. Aurélien en fut averti, & la fit suivre avec tant de diligence, qu'on l'atteignit lorsqu'elle étoit déja dans le bac pour passer l'Euphrate : ce fut en 272, & la ville de Palmyre fut prise peu de jours après.

Quoique toute l'armée demandât la mort de Zénobie, Aurélien aima mieux la reserver pour servir d'ornement à son triomphe. Elle fut menée à Rome deux ans après, chargée de pierreries, de fers d'or aux piés, & de chaînes d'or aux mains ; ensuite l'empereur lui permit de passer le reste de ses jours avec ses enfans en personne privée dans une maison qu'il lui donna, & dont on voit encore les ruines près de Tibur.

Mais Aurélien fit mourir les ministres qui avoient assisté Zénobie de leurs conseils. Entre ceux-là, Longin fut extrêmement regretté. On le soupçonna d'être l'auteur de la lettre dont nous avons donné la copie, & sa mort fut aussi glorieuse pour lui qu'honteuse pour l'empereur, dont elle a pour jamais flétri la mémoire. Longin mourut en philosophe, avec une constance admirable, consolant lui-même tous ceux que son malheur touchoit de pitié & d'indignation. Je vais donc achever de faire connoître ce grand personnage.

Il se nommoit Dionysius Longinus Cassius. On ignore le nom & la qualité de son pere ; sa mere étoit soeur du fameux orateur Cornelius Fronto, petit-fils du philosophe Plutarque. Fronton enseigna long-tems l'éloquence dans Athènes avec beaucoup de réputation. Il y mourut, après avoir institué pour héritier son neveu Longin, qui étoit vraisemblablement syrien & natif d'Emèse : c'est pour cela que Zénobie le fit venir à sa cour, & l'admit dans son conseil.

Ce qui donne encore du poids à l'opinion que Longin étoit natif de Syrie, c'est une inscription que le savant Hudson a trouvée dans le comté de Chester, & qui prouve que les Longins étoient citoyens de Samosate en Syrie. Voici cette inscription : Flavius Longinus Trib. Mil. Leg. XX. Longinus filius ejus domo samosata.

Longin employa, comme il nous l'apprend lui-même, dans un fragment conservé par Porphyre, sa jeunesse à voyager avec ses parens, pour s'instruire de plus en plus dans les belles lettres & dans la philologie, en étudiant sous tous les hommes de son tems les plus célebres. Son traité du sublime lui acquit la plus grande réputation, & fut cause qu'on lui donna le droit de revoir & de juger souverainement les ouvrages des anciens. C'est dommage que ce traité du sublime ne soit pas parvenu à nous tout entier, & qu'il s'y trouve même plusieurs endroits défectueux. Néanmoins tout défiguré qu'il est, il nous en reste encore assez pour nous faire concevoir une grande idée de son auteur, & pour nous donner du regret de la perte de ses autres ouvrages de critique. Le nombre n'en étoit pas médiocre. Suidas en compte jusqu'à neuf, dont il ne nous reste plus que le titre assez confus. Zénobie, après l'avoir appellé auprès d'elle pour s'instruire dans la langue grecque, en fit un de ses principaux ministres, & ce rang éminent lui coûta la vie.

Il est vraisemblable que ce fut lui qui engagea la reine de Palmyre à protéger Paul de Samosate, qui avoit été condamné au concile d'Antioche ; & cette protection puissante empêchoit pour lors qu'il ne fût chassé de son église. Il n'en a pas fallu davantage à S. Athanase pour assurer que Zénobie étoit juive de religion. Mais par quelle raison une princesse payenne n'auroit-elle pas protégé un savant qu'on lui recommandoit comme malheureux & opprimé ?

Les anglois qui furent aux ruines de Palmyre en 1691, y recueillirent dès-lors plusieurs inscriptions grecques, & quelques-unes en langue palmyrénienne. On les a communiquées au public, & elles ont été imprimées à Utrecht en 1698, sous le titre de Inscriptiones graecae Palmyrenorum. On y en joignit en même tems quelques-unes en caracteres du pays, dans l'espérance qu'on pourroit déchiffrer ces caracteres pour en faire un alphabet ; mais personne n'a pu encore remplir ce desir, & peut-être que cette recherche doit être mise au nombre des curiosités inutiles.

Il n'en est pas de même de la médaille de la reine Zénobie, trouvée en 1690 dans les ruines de Palmyre, & que M. Vaillant le pere a expliquée dans les mémoires de littérature, tom. II. in -4°.

Cette médaille est de bronze, & de petit moule ; mais quoique le métal n'en soit pas considérable, non plus que la grandeur, la rareté en récompense bien le prix & le mérite. Elle a d'un côté une tête de femme avec cette inscription : CEPT ZHNOBIA CEB. Sa coëffure est à la romaine, comme celles du tems de Salonine, femme de l'empereur Galien ; & quoique cette princesse soit étrangere, elle ne porte pas le nom de reine, ni le diadème. Elle prend le titre d'Auguste qui avoit été accordé à son mari.

M. Seguin est le premier qui nous a donné le portrait de cette illustre conquérante, qu'il a mis dans ses médailles choisies au nombre des plus rares, avec le type de l'espérance au revers. Patin, dans son livre du moyen bronze, y a ajouté un second type de l'image de l'abondance. Tristan avant eux avoit écrit une partie de la vie de Zénobie, quoiqu'il n'eût donné aucun monument de cette héroïne. (D.J.)


PALMYRÈNE(Géog. anc.) contrée de la Syrie. Elle étoit grande & peuplée d'un assez grand nombre de villes inconnues pourtant dans l'histoire, à la réserve de Palmyre, qui étoit la capitale, & qui donnoit le nom à la contrée. Ptolomée est le seul des anciens qui nous ait donné le nom des villes de la Palmyrène. Pline, liv. V. chap. xxiv. parle d'un grand désert, qu'il nomme le désert de Palmyrène, Palmyrena solitudo ; ce désert joignoit celui de l'Arabie déserte, & se continuoit jusqu'à l'Arabie heureuse. (D.J.)


PALO DE LUZ(Hist. nat. Bot.) Ce mot signifie bois de lumiere. Les Espagnols donnent ce nom à une plante qui s'éleve ordinairement de la hauteur de deux piés. Elle est composée de plusieurs tiges qui sortent d'une racine commune ; ces tiges sont droites & unies jusqu'au sommet, où elles poussent de petits rameaux garnis de feuilles très-menues ; ces tiges sont à-peu-près égales, elles ont environ trois lignes de diametre. Lorsqu'on a coupé cette plante, elle s'allume, quoique toute verte, & donne une lumiere aussi forte que celle d'un flambeau. On trouve cette plante dans le Pérou ; elle croît dans quelques terreins qui se trouvent au haut des cordilieres, & que l'on nomme paramos. Voyez cet article.


PALOMA-TORCAZ(Hist. nat.) oiseau des îles Philippines, qui est à-peu-près de la grosseur d'une grive. Son plumage est mêlé de verd, de gris, de rouge & de blanc. Il a une tache d'un rouge vif sur l'estomac ; son bec & ses piés sont de la même couleur.


PALOMBE(Diete & Mat. méd.) voyez PIGEON.

PALOMBES ou HELINGUES, s. f. (terme de Cord.) ce sont des bouts de corde qu'on attache par un bout à chaque manivelle, où ils sont retenus par des clavettes, & par l'autre extrémité aux fils de la corde qu'on veut commettre.

L'épaisseur du toupin, l'embarras du chariot, l'intervalle qui est nécessairement entre chaque manivelle, & plusieurs autres raisons, font que les cordages ne peuvent pas être commis jusqu'auprès du chantier. On perdroit donc toutes les fois qu'on commet un cordage, une longueur assez considérable de fils, si on les accrochoit immédiatement à l'extrémité des manivelles ; c'est pour éviter ce déchet inutile qu'on se sert des palombes.

Ces palombes servent très-long-tems, & économisent des bouts de cordage, qui, dans le courant de l'année, feroient une consommation inutile, & néanmoins fort considérable. Voyez l'article CORDERIE.


PALOMERA(Géog. mod.) petite ville d'Espagne dans l'île de Majorque, au Nord-est de l'île. Les anciens appelloient cette petite ville Palumbaria. Long. 20. 15. lat. 29. 30.


PALONIERterme de Charron. Ce sont deux morceaux de bois rond, de la longueur de deux piés, qui sont attachés avec de gros liens de cuir aux extrémités de la volée, & qui servent pour atteler les chevaux. Voyez les Planches du Charron.


PALONNEAUS. m. (Charpenterie) C'est un morceau de bois plané, long de deux piés & demi, au bout duquel on met des traits pour tirer le carrosse ou quelque affût d'artillerie. (D.J.)


PALOS(Géog. mod.) petite ville d'Espagne dans l'Andalousie, avec un méchant port, à l'embouchure du Rio-Tinto, à 20 lieues S. O. de Séville. Long. 11. 32. lat. 37. 8.

C'est de ce méchant port de Palos, que partit Colomb pour la découverte du nouveau monde, le 23 Août 1492, avec une patente de la cour d'Espagne, & trois petits vaisseaux, dont le prieur Pérez, & deux négocians nommés Pinzono, avancerent les frais de l'armement montant à dix-sept mille ducats. (D.J.)

PALOS, CAP DE, (Géog. mod.) cap dans la mer Méditerranée, & sur la côte du royaume de Murcie. Sur le bout de la pointe de ce cap il y a une tour quarrée, & aux environs de la pointe quelques écueils, tant hors de l'eau qu'à fleur d'eau.


PALOTTES. f. (Jurisprud.) est un nom que l'on donna à la paulette, ou annuel, du nom d'un certain Palot qui en fut le second fermier ; mais on l'appelle plus communément paulette. Voyez ANNUEL & PAULETTE. (A)


PALOURDES. f. (Conchyliol.) par Rousselet pelourde ; coquille bivalve, qui n'est point béante. C'est une sorte de came à réseaux fins & serrés, d'un gris clair, rayonnée du centre à la circonférence, traversée de cercles, avec de grandes taches sombres plus foncées que la couleur principale. Ses valves sont ordinairement dentelées & cannelées, parce que l'animal l'est aussi.

Il fait sortir comme la boucarde du côté le plus allongé de sa coquille, un corps membraneux & lisse, qui se divise en sortant en deux tuyaux faits en croissant, minces & blancs, à l'exception de leur extrémité qui est jaune, avec une ouverture garnie de petits poils blancs, qui en se repliant sur eux-mêmes, servent à sceller la bouche de l'animal, & à retenir l'eau dont il est rempli. Ces deux tuyaux, quoique séparés dans toute leur longueur extérieure, se communiquent intérieurement ; de maniere que l'eau de la mer qui s'insinue, soit par le canal inférieur ou par le supérieur, se vuide tout d'un coup, quand l'animal veut se remplir de nouvelle eau. Au moyen de cette opération réitérée, l'animal peut jetter l'eau à près d'un pié de sa coquille. Tout son mouvement consiste à porter en ligne droite une jambe triangulaire de couleur blanche, dans l'endroit où la coquille est située, & à l'opposite des deux tuyaux, sans la replier sur elle-même.

Comme la came est ordinairement dans un fond vaseux, elle ne tend qu'à s'ensevelir & à se cacher dans la vase ; elle tâte d'abord le terrein à droite & à gauche, & à force de mouvement elle s'y enfonce, en repliant sa jambe sous la valve qui touche à la terre.

Si cette opération qui la fait pénétrer un peu avant dans la petite fosse qu'elle a creusée, ne suffit pas, elle fait incliner le côté de sa coquille qui lui répond, & la dresse sur le tranchant des valves ; la jambe n'y peut parvenir qu'à force de s'enfoncer & de tirer à soi sa maison. Un quart-d'heure suffit à peine à cette opération ; il lui faut ensuite peu de tems par son propre poids pour se cacher entiérement. Voyez Dargenville, Conchyl. & les Mem. de l'acad. des Scienc. année 1710. (D.J.)


PALPABLEadj. ce qui se peut appercevoir par le sens du toucher. Voyez SENS, UCHERCHER.

Ce mot se dit aussi dans le sens métaphorique. Ainsi on dit : tel raisonnement est palpable, pour dire qu'il est facile à l'esprit de le saisir.


PALPITATIONS. f. (Médec.) Toute action qui produit un mouvement déréglé involontaire, un peu plus fort que le tremblement, dans un organe animal, vital & particulier, s'appelle palpitation.

Il faut chercher les causes de ce phénomene, ou dans les parties solides, ou dans les fluides, ou dans l'action unanime des uns & des autres.

Les causes organiques qui empêchent le sang de circuler librement dans le coeur, comme l'ossification de ce viscere, la callosité, le calcul, l'excroissance, la tumeur, l'induration, le grumeau, l'ulcere, la concrétion avec le péricarde. Les mêmes maladies des arteres aorte & pulmonaire, les anévrismes & les varices causent aussi une palpitation de longue durée, qui augmente fortement en même proportion que le mouvement musculaire avec un pouls inégal, & une respiration suffoquante. Souvent il est facile d'entendre le mouvement du coeur, & de le sentir extérieurement à la faveur du toucher. Il n'y a guere de remèdes qui puissent guérir cette espece de palpitation ; ceux qui y sont sujets, doivent éviter tout ce qui peut augmenter le mouvement musculaire, de crainte qu'ils ne soient suffoqués par une trop grande quantité de sang amassé dans le coeur.

Mais si dans les fievres aiguës, inflammatoires, érésipélateuses, ou rhumatismales, soit que les parties en question soient attaquées de ces maladies, soit que la fievre y produise une métastase, la palpitation qui y survient est dangereuse, & doit être traitée comme une maladie aiguë.

Les corps trop mobiles, comme ceux des hystériques & des hypochondriaques, pour peu qu'ils s'abandonnent a une seule passion de l'ame, qu'on trouble leur sommeil dans le tems des regles, dans leur suppression & dans les pâles couleurs, tombent dans la palpitation, qui cesse dès qu'on a remédié à leur excessive mobilité.

Les vers qui se trouvent attachés à quelque endroit du corps, sur-tout au péricarde, produisent par leur mouvement déréglé & leur picotement, une palpitation qu'il faut, suivant les auteurs, traiter par le secours des amers.

Le trop grand épaississement d'une humeur qui l'empêche de circuler librement, & qui tend à acquérir un caractere de lenteur, qu'on connoît par la présence d'une fievre aiguë, ou par les marques de celle qui a précédé, cause une très-dangereuse palpitation, dont le traitement consiste dans l'usage des antiphlogistiques.

A l'égard de l'épaississement crud, visqueux, cacochyme, il produit de la même maniere la palpitation par sa trop grande difficulté à circuler ; mais on le connoît aisément aux autres marques dont on a fait mention, & il se dissipe en même tems que ces maladies se trouvent guéries.

Souvent les parties picotées par quelqu'acrimonie, comme dans le scorbut, la goutte, le catarrhe erratique ou repoussé à l'intérieur du corps, tombent dans la palpitation, qu'on doit traiter conséquemment à la connoissance de l'acrimonie.

La palpitation qui suit l'ordre des fievres intermittentes, demande l'usage des fébrifuges ; mais celle qui dure après la guérison de la fievre, & qui provient de foiblesse, ou d'un grumeau laissé dans quelque partie (à quoi il faut avoir égard dans la curation), ne cede point aux fébrifuges ; il faut donc découvrir sa cause, & y appliquer les remedes convenables.

Dans l'affoiblissement des forces, & les évacuations trop abondantes, on a vû naître des palpitations qui ont trouvé leur guérison dans les alimens de facile digestion, & les corroborans.

Souvent aussi la palpitation du coeur & des autres parties, est causée par une sérosité ou une pituite amassée dans la tête ; elle se guérit, dès qu'il se fait quelqu'évacuation par les oreilles ou par le nez.

Presque toutes les évacuations naturelles ou morbifiques supprimées, font naître une palpitation qui se dissipe aussi-tôt par le relâchement du ventre, par la saignée, ou quelqu'autre évacuation artificielle.

La plus dangereuse de toutes les palpitations, est celle qui arrive dans ces sortes de fievres aiguës, qui après l'épuisement des forces, tendent au sphacele. (D.J.)


PALPLANCHESS. f. Voyez PAL-A-PLANCHE. On lit, Science des Ing. liv. III. p. 57, que quand on veut garnir les devans des fondemens par des pilots de bordage, on y fait quelquefois des rainures qui se répondent diamétralement, & l'on introduit des palplanches. La largeur des rainures se proportionne à l'épaisseur des palplanches.


PALSEY(Géog. mod.) ville d'Ecosse dans la province de Cleydsdale ; elle étoit autrefois renommée par une abbaye de l'ordre de Clugny. Elle est sur le Carl, à 15 lieues d'Edimbourg, 133 de Londres. Long. 12. 40. lat. 56. 30.


PALTAS. f. (Hist. nat. Bot.) fruit qui croît au Pérou. Les Espagnols l'appellent poire, les Sauvages palta, de la province où il croît. Il est plus gros que notre poire. Il a la peau mince & unie, & la chair épaisse d'un travers de doigt. Au centre il y a un noyau de la même force que le fruit. La chair est saine & de bon goût. On la permet aux malades avec du sucre. L'arbre qui porte la palta, est désigné par les Botanistes sous le nom de palsifera arbor. Frézier dit que la palta est également grosse par les deux bouts ; que la chair & la peau en sont verdâtres, & qu'on la mange avec du sel & du sucre. Au reste c'est la même chose que l'aguacates. Le noyau rond ou un peu pointu, est de la grosseur d'une châtaigne. La pulpe est molle comme le beurre, & elle en a un goût mêlé de celui de noisette. On la bat pour la manger avec le sucre & le jus de citron : c'est la meilleure maniere de l'apprêter.


PALUDAMENTUMS. f. (Antiq. Rom.) C'étoit l'habit militaire du général des armées romaines. Il ne prenoit cet habit qu'en partant de la ville, lorsqu'il avoit reçu la qualité de général d'armée ; & pendant deux siecles & demi les empereurs n'oserent point le porter dans Rome. Galien est le premier qui l'ait porté dans la ville.

Les uns font de cet habillement une cote d'armes, chlamys ; les autres une sorte de manteau qui couvroit l'épaule gauche, & s'attachoit sur la droite avec une agraffe d'or. Peut-être est-il possible de tout concilier, en disant que le paludamentum comprenoit & la cote d'armes, & cette espece de manteau. Quoi qu'il en soit, le paludamentum étoit écarlate & pourpre ; mais il paroît que l'écarlate y dominoit.

Vitellius étant prêt d'entrer dans Rome avec cet habillement, ses amis ne manquerent pas de lui représenter, que ce seroit traiter la capitale de l'empire comme une ville prise d'assaut. Sur leur remontrance, il quitta le paludamentum, pour revêtir la robe consulaire. Ipse Vitellius à ponte Milvio, insigni equo, paludatus, accinctusque, senatum & populum ante se agens, quominus ut captam urbem ingrederetur, amicorum consilio deterritus, sumptâ pretextâ, & composito agmine incessit. Plus de six-vingt ans après, le même cérémonial fut observé lors de la magnifique entrée de Severe, qui se trouve décrite dans l'abrégé de Dion. Ce prince étant venu jusqu'à la porte de la ville en habit de guerre, descendit de cheval, prit la toge, & fit à pié le reste du chemin.

Lucullus si connu par le luxe qu'il introduisit le premier à Rome, où la magnificence de ses bâtimens, de ses équipages, & de sa table, donna l'exemple, avoit tant de paludamenta, qu'il en ignoroit la quantité. Horace lui en donne cinq mille destinés à être apprêtés pour des représentations de théâtre. Les cinq mille sont sans doute une exagération que demandoit le vers ; mais enfin Plutarque lui en donne deux cent, & c'est assez pour qu'on puisse dire avec le poëte, que Lucullus n'en savoit pas le nombre. (D.J.)


PALUDE(Géog. mod.) ville d'Asie dans les états du Turc, au gouvernement d'Erzerom, près de l'Euphrate. Elle est située sur une montagne escarpée de tous côtés, & cependant habitée par des mahométans & des chrétiens. Long. 57. lat. 38. 35.


PALUS-MÉOTIDELE, (Géog. anc.) en latin Palus-Maetis, grand golfe ou mer, entre l'Europe & l'Asie, au nord de la mer noire ; avec laquelle le Palus-Maeotide communique, par le moyen d'une embouchure appellée anciennement le bosphore Cimmérien. Les anciens lui ont donné tantôt le nom de lac, tantôt celui de marais. Pline, l. II. c. lxvij. l. V. c. xxij. & Pomponius Mela, l. I. c. i. & ij. se servent indifféremment des mots lacus & palus, pour désigner cette mer. En effet, on pourroit ne la considérer que comme un grand marais, attendu le peu d'eau qu'on y trouve en plusieurs endroits. Lucain dit, l. II. v. 641.

Pigra Palus scythici patiens Maeotica plaustri.

Les Grecs, comme Strabon, l. II. p. 125. le Périple de Scylax & Ptolomée, l. V. c. ix. désignent cette mer par le mot de , qui veut dire un marais.

Depuis l'isthme qui joint la Chersonese Taurique au continent, jusqu'à l'embouchure du Tanaïs, aujourd'hui le Don, le Palus-méotide s'étend du Sud-Ouest au Nord-Est. Strabon lui donne neuf mille stades de circonférence, & le Périple de Scylax juge que sa grandeur répond à la moitié de celle du Pont-Euxin ; mais ni l'un ni l'autre n'ont touché le but, & il ne leur étoit guere aisé de marquer au juste l'étendue d'un endroit peu connu, & habité par des nations barbares, puisqu'aujourd'hui même, tous les Géographes ne sont pas encore d'accord sur la véritable grandeur du Palus-Maeotide. Les peuples qui habitoient sur ses bords, étoient appellés anciennement Maeotae, Maeotici & Maeotidae. Ptolomée en a décrit la côte.

Aujourd'hui le Palus-Maeotide qui se trouve avoir conservé son ancien nom, & qu'on appelle aussi la mer de Zabache, est habité au nord par les petits Tartares, à l'Orient & au Midi, en partie par les Circassiens, & à l'Occident méridional par les Tartares Crimées.

Ce grand golfe ou mer, est situé vers le 60 degré de longitude, & le 46. de lat. septent. On lui donne 200 lieues de circuit. (D.J.)


PAMBONS. m. (Hist. nat. Ophyolog.) serpent des Indes, sur lequel on ne lit que des choses vagues dans les lettres édifiantes ; que le venin en est vif ; que les murailles de terre dont les pauvres maisons des missionnaires sont construites, l'attirent ; qu'il est plus commun à Maduré qu'ailleurs, parce qu'il est sacré ; qu'on le revere ; qu'on le nourrit à la porte des temples, & qu'on le reçoit dans les maisons ; qu'on a un remede contre sa morsure, &c. voilà ce qu'on appelle faire l'histoire en voyageur ignorant, & non en naturaliste.


PAMÉadj. m. Terme de Blason, c'est-à-dire, à gueule béante & comme évanouie ; ce mot s'employe particulierement du dauphin d'Auvergne sans langue, & la levre ouverte, pour le distinguer du dauphin de Viennois, qui est représenté vif. Il se dit aussi de l'aigle qui n'a point d'yeux, & qui a le bec si crochu & si long, qu'elle ne peut plus rien prendre pour se nourrir.


PAMÉEterme de Brasserie ; il se dit d'une piece qui ne jette plus de guillage.


PAMERSE PAMER, v. neut. Voyez PAMOISON.


PAMIERou PAMIEZ, (Géog. mod.) en latin moderne Apamia ; ville de France dans le haut Languedoc, au pays de Foix, avec un évêché suffragant de Toulouse, érigé en 1296. Cette ville a souvent été saccagée, & ne contient gueres aujourd'hui que trois mille ames. Elle est sur l'Auriegue, à 3 lieues N. de Foix, 15 S. de Toulouse, 195 S. O. de Paris. Long. 19. 56. lat. 44. 7.


PAMISUS(Géog. anc.) il y a trois fleuves qui portent ce nom ; le premier étoit situé dans le Péloponnèse, ayant son embouchure au fond du golfe de Messénie, il se joignoit avec l'Alphée ; le second étoit un fleuve de Thessalie ; le troisieme étoit dans la basse Moesie. Ptolomée, qui l'appelle Panysus, en met l'embouchure entre Odessus & Mesembria. (D.J.)


PAMMELISS. f. (Mythol.) nom que l'on donnoit à Osiris ; il est formé de , tout, & de , il a soin. Le Dieu qui veille à tout, la nature.


PAMMETREVERS (Poésie) c'étoit une espece de poésie latine fort semblable à nos pieces françoises de vers irréguliers, où l'on employoit des vers de toutes sortes de grandeur, sans aucun retour régulier, & sans aucune combinaison uniforme. Ces vers s'appelloient aussi saturniens, d'une ancienne ville de Toscane nommée Saturnia. (D.J.)


PAMMILIEou PAMYLIES, s. f. pl. (Mythol.) pammilia sacra, fêtes en l'honneur d'Osiris. La fable raconte qu'une femme de Thèbes en Egypte, étant sortie du temple de Jupiter pour aller chercher de l'eau, entendit une voix qui lui ordonnoit de publier qu'Osiris étoit né, qu'il seroit un jour un grand prince, & feroit le bonheur de l'Egypte. Pamila, c'étoit le nom de cette femme, flattée de cette espérance, nourrit & éleva Osiris. En mémoire de la nourrice, on institua une fête, qui de son nom fut appellée Pamylie. On y portoit une figure d'Osiris assez semblable à celle de Priape, parce qu'Osiris étoit regardé comme le dieu de la génération.

L'auteur de l'histoire du Ciel donne à cette fête une origine bien plus simple : le nom des Pamylies, dit-il, ne signifie que l'usage moderé de la langue. Delà là vint la coutume que les Grecs avoient dans les sacrifices, de faire crier & adresser au peuple ces paroles , favete linguis, parcite verbis, abstenez-vous de parler, reglez votre langue ; mais par la suite on prit pour une cérémonie relative au sacrifice, ce qui étoit originairement une excellente leçon de discrétion & de conduite, adressée à tous les assistans : & c'est, ajoute-t-il, parce que les pamylies ou phamylies étoient une leçon propre à rendre les hommes sociables & heureux, que toutes les petites troupes de parens ou d'autres personnes qui vivent en société ont pris en occident le nom de familles.


PAMOISONsorte de lipothymie ou de défaillance, dans laquelle le malade perd la force, le sentiment & la connoissance. Voyez LIPOTHYMIE, DEFAILLANCE, &c.

La pamoison peut être occasionnée par tout ce qui altere, corrompt ou dissipe les esprits vitaux ; comme les longues veilles, les douleurs violentes, les grandes & soudaines évacuations, les vapeurs putrides qui s'exhalent des abscès dans les parties nobles, comme il arrive dans la rupture d'une vomique, dans l'ouverture de quelque abscès interne, & qui est un peu considérable.

La pamoison est sur-tout ordinaire dans les malades, qui sont sujets à l'affection hypochondriaque & hystérique. Les spasmes & les irritations du genre nerveux sont la cause de cette espece de pamoison, & les narcotiques joints aux antispasmodiques y produisent des effets salutaires.

La pamoison survient aussi dans les inflammations des visceres ; tels que l'estomac, la matrice, ce qui est occasionné par la trop grande sensibilité de ces parties. La saignée y est alors un remede, mais elle doit être petite & souvent répétée.

Au contraire, lorsque la pamoison est produite par les évacuations immodérées, on doit employer des cordiaux ; tels que la confection d'alkermès, l'orviétan & autres semblables ; le repos & les remedes volatils sont sur-tout utiles, joints aux alimens restaurans ; cette maladie on ce symptome attaque souvent les convalescens.


PAMPANGA(Géog. mod.) province de l'île de Luçon, la principale des Philippines, dans la partie méridionale de l'île. Les Zambales, peuples féroces, & les noirs aux cheveux crêpus, comme ceux d'Angola, demeurent dans les montagnes de cette province.


PAMPES. f. (Botan.) partie herbacée, roulée, en forme d'un petit ruban, qui vient attaché au tuyau de la plûpart des grains, lorsqu'un tuyau est pendant par les racines, & qu'il se forme en épi. On dit la pampe du blé, de l'orge, de l'avoine.


PAMPELONNE(Géog. mod.) petite ville de France en Languedoc, à 5 lieues d'Alby. Longit. 19. 56. lat. 44. 7.


PAMPELUNE(Géog. mod.) en latin Pompeiopolis, ville considérable d'Espagne, capitale de la Navarre, près des Pyrénées, avec une forte citadelle & un riche évêché, suffragant de Burgos ; S. Firmin en est regardé comme le premier évêque. On dit que cette ville fut bâtie par Pompée ; c'est la résidence d'un viceroi. Elle est dans une plaine fertile sur l'Arga, à 17 lieues S. de Bayonne, 35 S. E. de Bilbao, 65 N. E. de Madrid, 30 N. O. de Sarragosse. Long. 16. 10. lat. 42. 40.

Ici mourut en 1253 Thibaut, comte de Champagne, roi de Navarre, si célebre par son amour pour la reine Blanche, mere de S. Louis, par ses poésies & par ses chansons ; M. l'Evêque de la Ravalliere en a donné une édition en 1742. en 2 vol. in -12.

PAMPELUNE, (Géog. mod.) ville de l'Amérique méridionale, au nouveau royaume de Grenade ; elle est à 60 lieues de Santa-Fé. Long. 308. 55. lat. 6. 30. (D.J.)


PAMPHIS. m. (Hist. mod.) nom du second mois de l'année des Egyptiens ; il se nomme aussi phaopsi, paothi, pampsi & parphi ; il répond à notre mois d'Octobre.


PAMPHYLIA(Géog. anc.) contrée de l'Asie mineure ; bornée au nord, par la Pisidie & l'Isaurie ; à l'orient, par la Cilicie ; au midi, par la mer de Pamphylie ; & à l'occident, par la Lycie, selon Cellarius.


PAMPINIFORMEVAISSEAU (Anatom.) On entend par vaisseaux pampiniformes, les veines & les artères spermatiques, contenues sous une enveloppe commune ; on leur a donné ce nom, parce qu'elles forment un grand nombre de circonvolutions qui paroissent entortillées comme les tendrons de la vigne. (D.J.)


PAMPRES. f. (Arch. décorat.) feston de feuilles de vigne & de grappes de raisin, ou ornement en maniere de seps de vigne, qui sert à décorer la colonne torse ; il y a des colonnes corinthiennes ainsi ornées à la porte du choeur de Notre-Dame de Paris. Daviler.


PAMPRÉadj. (Blason) il se dit de la grappe du raisin attachée à sa branche. Ollier à trois grappes de raisins d'azur pamprées de synople.


PANS. m. (Mythol.) le dieu des bergers, des chasseurs & de tous les habitans des champs ; il étoit fils de Mercure & de Pénélope. Mercure se métamorphosa en bouc pour plaire à Pénélope. Voilà l'origine de ses cornes & de son pié fourchu ; & la naissance du chef de toute la famille des faunes & des satyres. L'accouplement de l'homme avec la chevre ne produit rien ; il n'y a pas d'apparence que celui du bouc avec la femme soit moins stérile : ainsi il est à présumer que tout ceci est purement fabuleux. Il s'appella Pan, à ce que dit un ancien mythologue, parce que Pénélope, moins chaste qu'on ne la fait, rendit heureux tous ses amans dans l'absence d'Ulysse, & que cet enfant fut le fruit de ce libertinage. Epimenide fait naître Pan de Jupiter & de Caliste, & lui donne Arcas pour frere jumeau ; d'autres le croient fils ou de l'air & d'une néréide, ou du ciel & de la terre. Ce dieu n'est pas beau : mais s'il n'est pas le symbole de la beauté ; barbu, chevelu, velu, cornu, fourchu ; il l'est bien de la force, de l'agilité & de la lasciveté. On le représente communément avec la houlette & la flûte à plusieurs tuyaux. On le regarde comme le dieu des chasseurs, quoique son histoire nous le montre plus âpre à la poursuite des nymphes que des animaux. Les Arcadiens le révéroient particulierement ; il rendit parmi eux des oracles. Ils lui offroient du lait de chevre & du miel ; ils célébroient en son honneur les lupercales. Evandre l'Arcadien porta son culte & ses fêtes en Italie. Les Egyptiens ont eu des idées toutes différentes de Pan. Selon eux, ce fut un des généraux d'Osiris ; il combattit Typhon. Son armée ayant été enfermée dans une vallée, dont les avenues étoient gardées ; il ordonna pendant la nuit à ses soldats de marcher en poussant de grands cris, que les échos multiplierent encore. L'horreur de ce bruit inopiné saisit l'ennemi, qui prit la fuite ; de-là vient ce qu'on appelle terreur panique. Polyen attribue à Pan l'invention de l'ordre de bataille, de la phalange, de la distribution d'une armée en aîle droite, en aîle gauche ou cornes, & prétend que c'est de-là que ses cornes lui viennent. Hygien dit que ce fut Pan qui conseilla aux dieux dispersés par les géans, de se métamorphoser en animaux, & qu'il leur en donna l'exemple en prenant la forme de la chevre. Il ajoute que les dieux le récompenserent de son avis en le plaçant au ciel, où il fut la constellation du capricorne. On l'honora tellement en Egypte, qu'on lui bâtit dans la Thébaïde la ville appellée Chemnis ou ville de Pan. On voyoit sa statue dans tous les temples. Le nom de Pan, qui signifie tout, donna lieu à l'allégorie où ce dieu est pris pour le symbole de la nature. Ses cornes sont les rayons du soleil ; l'éclat de son teint désigne celui du ciel ; la peau de chevre étoilée dont sa poitrine est couverte, le firmament ; le poil de ses jambes & de ses cuisses, la terre, les arbres, les animaux, &c. Quant à la fable du grand Pan, voici ce qu'on en lit dans l'ouvrage de Plutarque, intitulé des oracles qui ont cessé : le vaisseau du pilote Thamus étant un soir vers certaines îles de la mer Egée, le vent cessa tout à coup. L'équipage étoit bien éveillé, partie buvoit, partie s'entretenoit, lorsqu'on entendit une voix qui venoit des îles, & qui appelloit Thamus : Thamus ne répondit qu'à la troisieme fois, & la voix lui commanda, lorsqu'il seroit entré à un certain lieu, de crier que le grand Pan étoit mort. On fut saisi de frayeur ; on délibéra si l'on obéiroit à la voix. Thamus conclut que s'il faisoit assez de vent pour passer l'endroit indiqué, il se tairoit ; mais que si le vent venoit à cesser, il s'acquiteroit de l'ordre qu'il avoit reçu. Il fut surpris d'un calme au lieu où il devoit crier ; il le fit, & aussi-tôt le calme cessa, & l'on entendit de tout côté des plaintes & des gémissemens, comme d'un grand nombre de personnes affligées & surprises. Cette aventure eut pour témoins tous les gens du vaisseau ; bien-tôt le bruit s'en répandit à Rome. Tibere voulut voir Thamus ; il assembla les savans dans la théologie payenne ; ils répondirent au souverain, que ce grand Pan étoit le fils de Mercure & de Pénélope. Celui qui fait ce conte dans Plutarque, ajoute qu'il le tient d'Epithersès, son maître d'école, qui étoit dans le vaisseau de Thamus quand la chose arriva. Je dis, ce conte ; car si ce Pan étoit un démon, quel besoin avoit-on de Thamus pour porter la nouvelle de sa mort à d'autres démons ? Pourquoi ces mal-avisés révelent-ils leurs foiblesses à un homme ? Dieu les y forçoit. Dieu avoit donc un dessein ! Quel ? De désabuser le monde par la mort du grand Pan ? ce qui n'eût pas lieu : d'annoncer la mort de J. C ? personne n'entendit la chose en ce sens : au second siecle de l'église, on n'avoit pas encore imaginé de prendre Pan pour J. C. Les payens crurent que le petit Pan étoit mort, & ils ne s'en mirent guere en peine.


PANS. m. (Arch.) c'est le côté d'une figure, rectiligne, réguliere ou irréguliere. C'est aussi le nom d'une mesure du Languedoc & de Provence. Voyez PALME.

Pan coupé. C'est l'encoignure rabattue d'une maison pour y placer une ou deux bornes, & faciliter le tournant des charrois. C'est aussi dans une église à dôme, la face de chaque pilier de sa croisée où sont les pilastres ébrasés, & d'où prennent naissance les pendentifs.

Pan de bois. Assemblage de charpente qui sert de mur de face à un bâtiment ; on le fait de plusieurs manieres, parmi lesquelles la plus ordinaire est de sablieres, de poteaux à plomb, & d'autres inclinés & posés en décharge.

Il y a deux assemblages qu'on appelle pan de bois. L'un qu'on nomme assemblage à brins de fougere, est une disposition de petits potelets assemblés diagonalement à tenons & mortoises, dans les intervalles de plusieurs poteaux à plomb, laquelle ressemble à des branches de fougere, dont les brins font cet effet. L'autre assemblage est dit à losanges entrelacés. C'est une disposition de pieces d'un pan de bois, ou d'une cloison posées en diagonales, entaillées de leur demi-épaisseur & chevillées. Les panneaux des uns & des autres sont remplis ou de briques, ou de maçonnerie enduite d'après les poteaux, ou recouverte & lambrissée sur un lattis.

On arrête les pans de bois, des médiocres bâtimens, avec des tirans, ancres, équerres, & liens de fer à chaque étage. On appelloit autrefois les pans de bois cloisonnages & colombages. Voyez l'art de la Charpenterie de Mathurin Jousse.

Pan de comble. C'est l'un des côtés de la couverture d'un comble. On appelle long pan le plus long côté.

Pan de mur. C'est une partie de la continuité d'un mur. Ainsi, on dit, quand quelque partie d'un mur est tombée, qu'il n'y a qu'un pan de mur de tant de toises, à construire ou à reparer. (D.J.)


PANACÉE(Pharmacie) en grec , mot composé de , tout, & d', remede, remede universel, remede à tous maux. Nom fastueux donné à plusieurs remedes tant anciens que modernes, & sur-tout à des préparations chimiques. Parmi le grand nombre de remedes qui portent le nom de panacée, & qui ne sont employés pour la plûpart qu'à titre d'arcane par leurs inventeurs, il y en a deux qui l'ont retenu par préférence, qui sont les panacées par excellence, qui sont des médicamens officinaux, généralement adoptés ; savoir, la panacée antimoniale & la panacée mercurielle. Il y a d'ailleurs des remedes très-ordinaires, très-usuels qui portent le nom de panacée, mais qui sont beaucoup plus connus sous un autre nom ; tels sont la panacée angloise, & la panacée holsatique. Nous allons faire connoître en peu de mots ces quatre panacées dans les articles suivans. Voyez ci-après PANACEE MERCURIELLE.

PANACEE ANGLOISE. C'est un des noms de la magnésie blanche. Voyez MAGNESIE BLANCHE.

PANACEE ANTIMONIALE. Il y a un grand nombre de préparations antimoniales, la plûpart fort mal entendues, qui portent ce nom. On doit mettre dans cette classe celle qui est décrite dans la pharmacopée de Paris, & dans le cours de chimie de Lemery, de laquelle l'intelligent commentateur a porté un jugement aussi sévere que le nôtre.

La panacée antimoniale la plus simple, & qui mérite le titre exclusif, au-moins par la réputation de son auteur ; savoir, la panacée antimoniale de Glauber, n'est autre chose qu'une espece de soufre doré, précipité de la lessive ordinaire d'Hepar antimonii, ou de celle des scories du régule appellé simple ou vulgaire, par la crême de tartre, au-lieu de l'esprit de vinaigre. Des observations suffisantes n'ont pas encore constaté si ce précipité differe dans l'usage du précipité analogue obtenu par le vinaigre distillé.

PANACEE HOLSATIQUE. C'est un des noms du tartre vitriolé. Voyez TARTRE VITRIOLE, sous le mot VITRIOL.

PANACEE MERCURIELLE. Voyez MERCURE, Chimie, & l'article MERCURE & MERCURIAUX, Mat. méd. (b)


PANACHEon a donné ce nom à la femelle du paon. Voyez PAON.

PANACHE DE MER, espece de lithophyte. Voyez LITHOPHYTE. La panache de mer ne differe des autres lithophytes, qu'en ce qu'elle forme une sorte de réseau : ses branches latérales au-lieu de sortir de tous les côtés de la tige, ne se trouvent que sur deux côtés opposés l'un à l'autre ; elles se réunissent comme des vaisseaux sanguins qui s'anastomosent ; ensuite elles se séparent & se réunissent plus loin, &c. C'est ainsi qu'elles forment des mailles de réseau qui ont peu d'étendue. (I)

PANACHE, s. f. (Commerce) mesure dont on se sert dans l'île de Samos pour les grains & les légumes secs. La panache pese ving-cinq livres, c'est-à-dire huit ocques ; il faut trois panaches pour faire le quillot, qui pese 75 livres. Voyez QUILLOT, diction. de commerce.

PANACHE, (Archit.) c'est une voute en saillie ouverte par-devant, comme les trompes ; élevée sur un ou deux angles rentrans, pour porter en l'air une portion de tour creuse. C'est ainsi que les dômes des églises modernes sont portées sur quatre panaches élevés sur les angles de la croisée de l'église. Le panache est ordinairement un triangle sphérique terminé par trois arcs, dont deux C B, C A (fig. 21.) sont les arcs doubleaux des travées, & le troisieme A B une corniche, qui sert d'empatement à la tour du dôme. Tous les joints de la panache doivent concourir au centre de la sphère, dont elle fait partie. Ce centre est le point d'intersection des deux diagonales menées des sommets C de l'angle inférieur des quatre panaches. Les joints de lit doivent être paralleles à la corniche A B, & en coupe vers le centre de la sphère. Voyez VOUTE SPHERIQUE. (D)

PANACHE, s. m. terme de Sculpture ; c'est un ornement de plumes d'autruche, qu'on introduit dans le chapiteau de l'ordre françois, & qu'on mettoit au lieu des feuilles d'un chapiteau composé. Cet usage, qui avoit pris d'abord par la singularité, ne s'est pas soutenu. Il est à souhaiter que la bisarrerie des artistes ne le fasse jamais revivre, car c'est un ornement vraiment gothique. (D.J.)

PANACHE, en terme de Chauderonnier ; c'est une espece de fond qui sépare une fontaine sablée en plus ou moins de parties, selon qu'il est plus ou moins répété. Ce fond est percé à son centre, & recouvert d'un couvercle qui le ferme tellement, qu'il n'y a que l'eau qui puisse passer. Voyez nos Pl. du Chauderonnier & leur explic. Une figure montre le couvercle ; une autre montre un autre diaphragme, dont l'usage est de garantir le sable dont la panache est couverte de la chûte de l'eau qui tombe dessus. Voyez la fig. qui représente la coupe d'une fontaine sablée.

PANACHE, PANACHE, (Jardinage) ce sont des rayeures de différentes couleurs qui se mêlent à la couleur principale d'une fleur, & qui la rendent bariolée.

Les anemones, les renoncules, les oeillets, les roses, les tulipes pour être belles, doivent être panachées. On dit cette fleur se panache.

Panache se dit encore de certain feuillage d'un parterre.

PANACHE, terme d'Orfévre & de Potier d'étain ; partie de la tige ou de la branche du flambeau qui est élevée au-dessus du pié, & qui s'étend en forme de petite aîle autour de la tige ou de la branche du flambeau.

Panache, c'est parmi les orfévres en grosserie, la partie qui se voit immédiatement sous le premier quarré d'un bassinet. Voyez BASSINET & QUARRE.

Le panache ne differe du noeud qu'en ce qu'il est quarré par-dessous, & peut être considéré comme la moitié d'un noeud.

PANACHE, s. m. (Plumassier) espece de bouquet de plume qui n'est plus en usage. Les hommes de guerre en portoient sur leurs casques, les courtisans sur leurs chapeaux, & les dames sur leurs coëffures. Ces bouquets ne se mettoient que d'un côté de la tête au-dessus de l'oreille, & étoient relevés avec des aigrettes de héron : c'est d'eux que les maîtres plumassiers de Paris ont pris le nom de maîtres panachers-bouquetiers. (D.J.)


PANACHRANTEadj. f. (Hist. ecclésiast.) immaculée. Les Grecs ont donné de tout tems ce titre à la Vierge. Veccus se retira au monastere dédié à la Vierge Panachrante. Fleuri, hist. ecclésiast.


PANACTUM(Géog. anc.) lieu fortifié dans l'Attique, selon Pausanias & Thucydide, entre l'Attique & la Boeotie.


PANADES. f. (Diete) pain cuit & imbibé de jus de viande ou de bouillon. On donne le même nom à une tisane faite d'une croute de pain brûlée, & mise à tremper dans l'eau. La premiere panade est une soupe. La seconde une tisane. Ceux qui sauront avec quelle facilité la panade doit entrer en fermentation, & par conséquent se corrompre dans l'estomac, seront très-circonspects sur son usage.


PANAGES. m. (Jurisprud.) dans la basse latinité panagium, est le droit de mener paître des porcs dans les bois & forêts pour y paître le gland. L'ordonnance des eaux & forêts contient un titre des ventes & adjudications des panages, glandées & paissons, & un autre des droits de pâturage & de panage. Ce n'est pas que ces termes panage & pâturage soient synonymes. Celui de pâturage est plus général ; il comprend toutes sortes de paisson, soit dans les champs ou dans les bois, au-lieu que le terme de panage ne se prend que pour la paisson dans les bois & forêts, & singulierement pour la paisson des fruits sauvages : la glandée est une des especes de fruits qui servent au panage des porcs, & les feines en sont une autre. Voyez PAISSON. (A)


PANAGÉES. f. (Mythol.) surnom donné à Diane, parce qu'elle ne faisoit que courir de montagnes en montagnes, & de forêts en forêts : qu'elle étoit tantôt au ciel, & tantôt sur la terre, ou dans les enfers ; & parce qu'enfin elle changeoit sans cesse de forme & de figure ; Panagée signifie celle qui voit tout.


PANAGIES. f. (Hist. ecclésiast. des Grecs) c'est une cérémonie qui se pratique chez les Grecs, dont on voit la description dans Codin, Ducange & Allatius. Quand les moines vont se mettre à table, celui qui sert prend un pain, qu'il coupe en quatre parties ; d'une de ces portions il en coupe encore un morceau en forme de coin, depuis le centre jusqu'à la circonférence ; il remet ce morceau à sa place. Quand on se leve de table, le servant découvre ce pain, le présente à l'abbé, & ensuite aux autres moines qui en prennent chacun un petit morceau. Après cela l'abbé & les moines boivent chacun un coup de vin, rendent graces, & se retirent. Voilà ce que c'est que la panagie dont il est parlé dans les auteurs ecclésiastiques. Cette cérémonie se pratiquoit aussi à la table de l'empereur de Constantinople, comme le rapporte Codin. Dict. de Trevoux. (D.J.)


PANAIRES. m. (Soierie) instrument du métier d'étoffe de soie. C'est une peau de bazanne qui couvre l'envers de l'étoffe. Le panaire sert à garantir l'étoffe à mesure qu'on la roule sur l'ensuple de devant le métier ; il est de veau sans couleur, plié en double ; on l'attache à chaque bout avec une ficelle, à l'un desquels pend un contrepoids afin que l'ouvrier puisse le lever quand il veut.


PANAISS. m. pastinaca, (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur en rose & en ombelle composée de plusieurs pétales disposés en rond, & soutenus par un calice, qui devient dans la suite un fruit composé de deux semences ovoïdes, amples, minces & frangées, qui quittent aisément leur enveloppe. Ajoutez aux caracteres de ce genre que les feuilles sont grandes & aîlées. Tournefort, instit. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

On compte deux especes de ce genre de plante, le cultivé & le sauvage ; le panais cultivé, pastinaca sativa latifolia, I. R. H. a la racine longue, plus grosse que le pouce, charnue, jaunâtre ou rougeâtre, nervée au milieu d'un nerf dans sa longueur ; l'odeur de cette racine n'est point désagréable, & est d'un bon goût ; elle pousse une tige à la hauteur de trois ou quatre piés, & davantage, grosse, droite, ferme, cannelée, rameuse, vuide ou creuse.

Ses feuilles sont amples, composées d'autres feuilles assez semblables à celles du frêne, ou du térébinthe, oblongues, larges de deux doigts, dentelées en leurs bords, velues, d'un verd brun, rangées comme par paires le long d'une côte simple, qui est terminée par une seule feuille, d'un goût agréable, & un peu aromatique. Les sommités de la tige & des branches portent de grandes ombelles ou parasols, qui soutiennent de petites fleurs à cinq pétales, jaunes, disposées en rose. Lorsque les fleurs sont passées, il leur succede des semences jointes deux à deux, grandes, ovales, applaties, minces, légerement cannelées, bordées d'un petit feuillet membraneux, ressemblantes à celles de l'angelique. Cette plante est fort en usage pour la cuisine.

Le panais sauvage, pastinaca sylvestris latifolia, differe du précédent, en ce que ses feuilles sont plus petites, sa racine plus menue, plus dure, plus ligneuse, & moins bonne à manger ; il croît aux lieux incultes, dans les prés secs, sur les collines, & ailleurs, parmi les plantes champêtres.

Il faut prendre garde de confondre les racines de panais avec celle de la ciguë ou cicutaire, auxquelles elles sont semblables tant par la figure, que par le goût douçâtre qui leur est commun. On ne peut éviter surement la méprise, qu'en les levant de terre au printems, lorsque le panais commence à se faire reconnoître par la tige & par les feuilles. (D.J.)

PANAIS, (Diéte & Mat. médic.) panais ordinaire des jardins ou cultivé, & panais sauvage ou petit panais. On n'emploie presque que le premier pour les usages de la cuisine. Cependant les gens de campagne mangent aussi assez communément le second.

Ce n'est que la racine qui est d'usage comme aliment, & presque que la semence dont on se sert comme médicament.

La racine de panais est un de ces alimens qui est à-peu-près indifférent de sa nature, ou qui le devient par l'usage. Il ne manque cependant pas de personnes qui ne sauroient s'accommoder de son goût ni de son odeur. Mais celles-là n'ont pas besoin des préceptes de la médecine pour s'en interdire l'usage. Il faut prendre garde lorsqu'on cueille des racines de panais, & sur-tout de panais sauvage, de ne pas le confondre avec les racines de ciguë, avec lesquelles elles ont beaucoup de rapport, tant par la figure que par le goût. Cette méprise a été souvent funeste ; & il y a quelque apparence que l'observation de J. Ray, & que celle de J. P. Albrecht (éphém. d'Allemagne dec. 3. ann. ij. obs. 206.) qui assurent que les racines de panais qui ont resté en terre plusieurs années sont devenues un poison, qui cause des délires fâcheux & opiniâtres, &c. que ces observations, dis-je, ont été faites sur des vieilles racines de ciguë, que les gens auront mangées pour des racines de panais.

Les semences de panais sont diurétiques, emménagogues & hystériques. On en a fait un secret contre les fievres intermittentes, sur lequel M. Garnier, médecin de Lyon, a publié, il y a quelques années des expériences qui lui ont prouvé que ces semences possédoient en effet une vertu fébrifuge très-marquée. (b)


PANAMAISTHME DE, (Géog. mod.) cet isthme qui resserre entre deux mers le continent de l'Amérique, n'est pas de 25 lieues communes. On voit du haut d'une montagne, près de Nombres de Dios, d'un côté la mer du nord, & de l'autre celle du sud. On tenta dès l'an 1513, de chercher par cette mer du sud de nouveaux pays à soumettre, & l'on en vint à bout. Long. 293d. 33'. 0''. lat. 8d. 58'. 50''. (D.J.)


PANANVoyez PLUMET.


PANANE(Géog. mod.) & par M. Delisle Bagani, ville d'Asie dans les Indes, sur la côte de Malabar, au royaume de Calicut, avec un port : elle est entre Calicut au nord & Cranganor au midi. Long. 94. 30. latit. 11. (D.J.)


PANAPANA(Hist. nat.) poisson qui se trouve dans les rivieres du Brésil ; il a la peau dure & raboteuse, comme celle du chien de mer. Sa tête est platte & difforme, & comme divisée en deux cornes ou trompes, au bout desquelles ses yeux sont placés. Il paroît que c'est une espece de zigéne.


PANARA(Géog. anc.) ville de l'Arabie heureuse, dans l'île de Panchée, selon Diodore de Sicile, l. V. ch. xlij. Il peint les habitans de cette ville comme les plus heureux hommes du monde, & comme les seuls de toute l'île qui vécussent suivant leurs loix, sans reconnoître aucun roi. Ils choisissoient tous les ans trois princes, entre les mains desquels étoit remis le gouvernement de la ville, mais qui n'avoient pas le pouvoir de punir de mort, & qui même étoient tenus de porter les affaires les plus importantes devant le college des prêtres. Les habitans de cette ville se nommoient les supplians de Jupiter Triphylien, dont le temple étoit à 60 stades de Panara. Diodore de Sicile rapporte aussi des merveilles de ce temple. Par malheur l'île Panchée, Panara, la beauté de son gouvernement, le bonheur de ses habitans, & la magnificence du temple de Jupiter étoient également imaginaires, comme nous le verrons au mot PANCHEE. (D.J.)


PANARÈTES. m. (Hist. ecclés.) nom que les Grecs donnent également à trois livres de l'Ecriture, les proverbes de Salomon, la sagesse & l'ecclésiaste. Ce mot est fait de , tout, & de , vertu. Ainsi le panarète ou le livre qui enseigne toute vertu, c'est la même chose.


PANARISS. m. (Chirurgie) tumeur phlegmoneuse, accompagnée d'une douleur très-vive, qui vient à l'extrémité des doigts, ou à la racine & aux côtés des ongles ; ce mot vient du terme grec, . Voyez PARONYCHIE.

Les chirurgiens modernes ont distingué quatre especes de panaris qu'il est à propos de ne pas confondre, parce que chacune d'elles demande un traitement particulier.

La premiere espece a son siége sous l'épiderme ; elle commence par former au coin de l'ongle une petite tumeur qui en fait le tour, & qui pour cela est appellée vulgairement tourniole ; quand il s'y forme du pus on lui donne issue en coupant l'épiderme avec des ciseaux ; cette opération n'est point-du-tout douloureuse, & n'a aucune suite fâcheuse : quelquefois l'inflammation détruit les adhérences naturelles de la racine de l'ongle, qui ne recevant plus de nourriture, est chassé au-dehors par un autre ongle que la nature produit.

La seconde espece de panaris a son siége dans le corps graisseux qui entoure le doigt ; c'est un véritable phlegmon qui commence par une tumeur dure & peu douloureuse ; elle s'échauffe ensuite, s'enflamme, devient fort rouge, & excite une douleur pulsative très-aiguë qui se termine par la suppuration.

La troisieme espece de panaris a son siége dans la gaîne des tendons fléchisseurs des doigts ; en recherchant la structure naturelle des organes affectés, on verra que tout y est un appareil de douleur par la quantité de nerfs qui s'y distribuent. Le pus se manifeste quelquefois près les articulations, & même dans la main par une fluctuation (voyez FLUCTUATION), qu'on ne sent point dans la longueur des phalanges, parce que la gaîne des tendons & les bandes ligamenteuses sont d'un tissu fort serré. La douleur est très-violente & se fait sentir au principe du muscle ; par cette raison, lorsque le pouce est affecté, la douleur ne passe pas la moitié de l'avant-bras ; & quand cette espece de panaris arrive aux quatre derniers doigts, on ressent de la douleur au condile interne de l'humerus, à l'attache fixe des muscles fléchisseurs de ces doigts. L'inflammation se communique fort souvent & forme des abscès au-dessus du ligament annulaire dans les cellules graisseuses qui sont sous les tendons des muscles profond & sublime, & qui recouvrent le muscle quarré pronateur, quelquefois même la continuité de la douleur & les accidens produisent des abscès à l'avant-bras, au bras, & même jusqu'au-dessous de l'aisselle.

La quatrieme espece de panaris est une maladie de l'os & du périoste ; on la reconnoît à une douleur profonde & vive, accompagnée d'une tension & d'un gonflement inflammatoire, qui se borne assez communément à la phalange affectée, & qui ne passe guère le doigt. La fievre, les insomnies, les agitations, & le délire accompagnent plus particulierement la troisieme & la quatrieme espece de panaris.

Les causes des panaris sont externes & internes, une piquure, un petit éclat de bois qui sera entré dans le doigt, une contusion, une brûlure, l'irritation de quelques fibres qu'on aura tiraillés en arrachant quelques-unes des excroissances appellées vulgairement envies, sont les causes externes des panaris ; le virus vénérien, le scrophuleux, & le cancéreux, en sont quelquefois les causes internes.

Quoique les panaris different par leurs sieges & par leurs symptomes, ils présentent les mêmes indications curatives dans le commencement ; la saignée réitérée à proportion de la violence des accidens, la diète, les cataplasmes anodins, émolliens & résolutifs, & tout ce qui est propre à calmer l'inflammation, convient lorsque le mal n'a pas fait encore de progrès considérables : quelques personnes ont été guéries en trempant plusieurs fois le doigt dans de l'eau chaude, & l'y tenant aussi long-tems qu'il est possible. Riviere rapporte dans ses Observations deux cas assez singuliers de personnes attaquées de panaris, qui en furent guéris, l'une par résolution, & l'autre par suppuration en tenant le doigt dans l'oreille d'un chat. La chaleur modérée de cette partie, & la qualité de l'humeur cérumineuse qui exude des glandes peuvent ouvrir les pores du doigt, en relâcher les parties trop tendues par la constriction inflammatoire, & dissiper l'humeur qui y est arrêtée, ou bien en procurer une bonne & louable suppuration, si par l'état des choses la tumeur est disposée à cette terminaison.

Après avoir employé inutilement les remedes anodins & résolutifs, on a recours aux maturatifs. Voyez MATURATIFS. Quand le panaris est de la seconde espece, le pus se manifeste bien-tôt par une petite tumeur avec fluctuation, il faut en faire l'ouverture avec le bistouri ou la lancette. Voyez ABSCES. Quand le panaris est de la troisieme espece, il ne faut pas attendre que le pus se fasse appercevoir ; les accidens sont trop violens, & on risque beaucoup en différant l'ouverture. Il faut y déterminer le malade & le mettre en bonne situation, de maniere qu'il ait le coude appuyé contre quelque chose de ferme : le malade ne pourra retirer sa main si le coude ne peut reculer. Alors on prend un bistouri avec lequel on fend le doigt & la gaîne ; dès qu'on a pénétré jusqu'au tendon, on se sert d'une sonde cannelée fort déliée, qu'on introduit dans la gaîne pour conduire le bistouri qui doit la débrider dans toute son étendue, tant supérieurement qu'inférieurement : l'ouverture qui suffit pour donner issue à la matiere, n'est pas suffisante pour le traitement : il faut en outre couper les deux levres de l'incision pour que les pansemens soient plus commodes & moins douloureux ; on panse la plaie en premier appareil avec de la charpie séche ; on applique des cataplasmes pour procurer la détente des parties & soulager le malade, & l'on en continue l'usage jusqu'à ce que les accidens soient passés & que la suppuration soit bien établie.

On se sert dans la suite des pansemens d'un petit plumaceau trempé dans l'esprit de térébenthine qui s'applique immédiatement sur le tendon, & on fait suppurer les tégumens par les remedes digestifs. Il se fait souvent exfoliation du tendon, & le malade perd la flexion du doigt ; c'est un inconvénient de la maladie, & non la faute de l'opération ni de l'opérateur.

Lorsque l'on fait l'opération à tems, l'ouverture de la gaîne arrête le progrès du mal ; mais si l'étranglement causé par les bandes ligamenteuses qui entrent dans la structure de cette partie n'a pas été détruit avant la formation du pus, il faut prolonger l'incision jusque dans le creux de la main quand il s'y est fait un abscès. S'il y avoit du pus sur le muscle quarré pronateur, il faudroit pour donner issue à la matiere faire fléchir le poignet, & introduire sous le ligament annulaire, par l'ouverture de l'intérieur de la main, une sonde cannelée, au moyen de laquelle on fera une incision qui pénétrera entre les tendons fléchisseurs des doigts, jusqu'au foyer de l'abscès. On passe ensuite un seton de la main au poignet ; c'étoit la pratique de M. Thibaut, premier chirurgien de l'hôtel-dieu de Paris. Si les accidens continuoient & qu'on jugeât qu'ils vinssent de l'étranglement causé par le ligament annulaire commun, il faudroit le couper ; le chirurgien doit avoir dans ce cas la prudence d'avertir que le malade en demeurera estropié, & qu'il ne se détermine à faire cette opération que pour lui sauver la vie. Si les accidens venoient du tendon, on pourroit l'emporter entierement. M. Petit a pratiqué cette opération avec succès, en coupant d'abord l'attache du tendon à la phalange, il le tiroit ensuite de dessous le ligament annulaire, & le coupoit dans son corps charnu.

Lorsque l'affection de la gaîne & du tendon forme un panaris de la troisieme espece, ces parties sont quelquefois affectées consécutivement dans le panaris de la seconde espece, lorsque l'ouverture n'en a pas été faite à propos. Si l'on tarde trop, le pus qui est sous la peau comme dans un abscès ordinaire, la perce ; la partie la plus séreuse dilacere & souleve l'épiderme, & forme une tumeur transparente qui ressemble au panaris de la premiere espece. Lorsqu'on a enlevé l'épiderme, on apperçoit à la peau un petit trou par où le pus sort. Il faut y introduire une sonde cannelée, & à sa faveur ouvrir la tumeur dans toute son étendue, avec les attentions que nous avons décrites. Le séjour du pus a souvent altéré la gaîne & le tendon, & il y a des panaris de la seconde espece dont la matiere est de si mauvais caractere qu'elle altere les os, d'où s'ensuit la perte des doigts.

Pour la quatrieme espece de panaris, on doit mettre en usage dans le commencement les secours indiqués généralement pour calmer l'inflammation ; si la tumeur suppure, on en fait l'ouverture ; on est souvent obligé de faire une incision de chaque côté du doigt ; il est bien rare que le malade conserve la phalange : cet os est si spongieux qu'il est presque toujours altéré jusque dans son centre ; il se sépare par la suppuration des ligamens, après quoi la plaie ne tarde pas à guérir ; pour abréger la cure, on peut faire l'amputation de la phalange ; mais cela étant un peu douloureux, la plûpart des malades préferent la chûte naturelle de l'os ; pour l'accélerer on panse avec la teinture de myrrhe & d'aloës, ou d'autres médicamens exfoliatifs. Voyez EXFOLIATION.

L'appareil après l'opération du panaris se fait en appliquant par-dessus de la charpie, dont on remplit & couvre l'incision, une petite compresse circulaire, une autre en croix de Malthe, compresse dont le plein est posé sur le bout du doigt, & dont les quatre chefs entourent le doigt en-dessus, en-dessous, & aux parties latérales ; on maintient le tout avec une petite bandelette roulée circulairement sur la partie en doloire. Voyez DOLOIRE. Dans les premiers tems on met le bras en écharpe, voyez ECHARPE, & sur la fin de la cure on met le doigt dans une espece d'étui de peau ou de taffetas qu'on appelle un doigtier.

M. Astruc, auteur d'un traité des tumeurs & des ulcères, imprimé à Paris en 1759, chez Cavelier, prétend que les auteurs qui ont multiplié les especes de panaris, n'ont connu ni la nature ni le siége de cette maladie. Il restraint cette dénomination au dépôt d'une très-petite quantité de lymphe roussâtre ou sanguinolente, qui se forme entre la racine de l'ongle & la couche cartilagineuse qui recouvre le périoste, & contre laquelle l'ongle est attaché ; ce léger commencement peut avoir les suites les plus dangereuses, par les accidens qui surviennent, si on ne les prévient pas à tems par la méthode de Fabricius Hildanus. Cet auteur rapporte dans ses Observations, qu'ayant été plusieurs fois appellé dans le commencement du panaris, il se hâtoit de faire sur-le-champ une incision à la peau qui couvre la racine de l'ongle où étoit le mal ; qu'il y découvroit, après avoir raclé la racine de l'ongle, un ou deux petits points ou taches sur l'ongle, & que les ayant ouverts avec la pointe du bistouri, il en sortoit une ou deux gouttes d'une lymphe rousse, ce qui procuroit sur-le-champ la guérison du malade. Gui de Chauliac & Jean de Vigo regardoient le panaris comme une maladie mortelle. Celui-ci dit qu'il n'y connoit point de plus grand remede que d'ouvrir le doigt promptement avant la parfaite maturation de l'abscès. Ambroise Paré s'applaudit d'avoir suivi ce précepte. Après avoir laissé couler le sang, il faisoit tremper le doigt dans du vinaigre chaud, où l'on avoit fait dissoudre de la thériaque. Il regardoit le panaris comme une maladie causée par une humeur vénéneuse. M. Astruc dit que le panaris n'arrive jamais qu'aux gens de travail qui sont exposés à se piquer ou à se coigner les doigts, ensorte que la cause est toujours externe. En n'admettant pour vrai panaris que la tumeur aux environs de l'ongle, suivant la définition, on ne détruit point la vérité des faits & l'existence des maladies qui ont fait établir les différentes especes que nous avons décrites dans cet article, & qu'il est indispensable de connoître & de savoir traiter. (Y)


PANARUCAN(Géog. mod.) ville des Indes, capitale d'un petit royaume de même nom, dans l'île de Java, à 10 lieues nord de Palambuan ; le roi du lieu est payen ainsi que ses sujets. Long. 128. 10. lat. 7. 30. (D.J.)


PANATHÉNÉESS. f. pl. (Antiq. grecq.) anciennement athénées. Les panathénées, , étoient des fêtes célébrées à Athènes en l'honneur de Minerve, elles furent d'abord instituées en Grece par Erictonius, fils de Vulcain, ou comme d'autres le prétendent, par Orphée.

Divers peuples depuis Cécrops & ses successeurs jusqu'à Thésée, habitoient les différentes bourgades de l'Attique ; chaque bourgade avoit ses magistrats, & dans chaque endroit la police & la justice s'administroient sans nulle dépendance réciproque ; on ne reconnoissoit Athènes pour ville principale qu'en tems de guerre. Thésée parvenu à la royauté, entreprit de lier ces parcelles de gouvernement, jusques-là fort détachées ; il réussit dans son projet ; les villes subalternes s'incorporerent en une seule, & l'auteur de cette réunion mémorable résolut d'en éterniser la mémoire en rétablissant les panathénées ; quelques auteurs même assurent que ce fut lui qui les institua.

Quoi qu'il en soit, on recevoit à ces fêtes, suivant l'intention de Thésée, tous les peuples de l'Attique dans la vûe de les habituer à reconnoître Athènes, où elles se célébroient, pour la patrie commune. Ces fêtes dans leur simplicité & dans leur premiere origine ne duroient qu'un jour ; mais ensuite leur pompe s'accrut, & on leur donna un terme plus long.

On établit alors de grandes & de petites panathénées ; les grandes se célébroient tous les cinq ans, le 23 du mois Hécatombeon, & les petites se solemnisoient tous les trois ans, ou plutôt tous les ans le 20 du mois Thurgelion ; chaque ville de l'Attique, chaque colonie athénienne, dans ces occasions, devoit en forme de tribut un boeuf à Minerve ; la déesse avoit l'honneur de l'hécatombe, & le peuple en avoit le profit : la chair des victimes servoit à régaler les spectateurs.

On proposoit à ces fêtes des prix pour trois sortes de combats ; le premier qui se faisoit le soir, & dans lequel les athletes portoient des flambeaux, étoit originairement une course à pié ; mais depuis elle devint une course équestre, & c'est ainsi qu'elle se pratiquoit du tems de Platon. Le second combat étoit gymnique, c'est-à-dire que les athletes y combattoient nuds, & il avoit son stade particulier, construit d'abord par Lycurgue le rhéteur, puis rétabli magnifiquement par Hérodes Atticus. Le troisieme combat institué par Périclès, étoit destiné à la poésie & à la musique.

On y voyoit disputer à l'envi d'excellens chanteurs, qu'accompagnoient des joueurs de flûte & de cithare ; ils chantoient les louanges d'Harmodius, d'Aristogiton, & de Thrasybule. Des poëtes y faisoient représenter des pieces de théâtre jusqu'au nombre de quatre chacun, & cet assemblage de poëmes s'appelloit tétralogie ; le prix de ce combat étoit une couronne d'olivier & un barril d'huile exquise, que les vainqueurs, par une grace particuliere accordée à eux seuls, pouvoient faire transporter où il leur plaisoit hors du territoire d'Athènes ; ces combats, comme on vient de le dire, étoient suivis de festins publics & de sacrifices qui terminoient la fête.

Telle étoit en général la maniere dont se célébroient les panathénées, mais les grandes l'emportoient sur les petites par leur magnificence, par le concours du peuple, & parce que dans cette fête seule, on conduisoit en grande & magnifique pompe un navire orné du voile ou du peplus de Minerve, & après que ce navire, accompagné du plus nombreux cortége, & qui n'alloit en avant que par des machines, avoit fait plusieurs stations sur la route, on le ramenoit au même lieu d'où il étoit parti, c'est-à-dire au céramique.

On sait que le peplus de Minerve étoit une robe blanche sans manches, brochée d'or, où étoient représentées, non-seulement les mémorables actions de cette déesse, mais encore celles de Jupiter, des héros, & même de ceux qui avoient rendu de grands services à la république. A cette procession assistoient toutes sortes de gens vieux & jeunes, de l'un & de l'autre sexe, portant tous à la main une branche d'olivier pour honorer la déesse, à qui le pays étoit redevable de cet art utile. Tous les peuples de l'Attique se faisoient un point de religion de se trouver à cette fête ; de-là vient son nom de panathénées, comme si l'on disoit les athènes de toute l'Attique. Les Romains les célébrerent à leur tour, mais leur imitation ne servit qu'à relever davantage l'éclat des vraies panathénées. (D.J.)


PANAY(Géog. mod.) île d'Asie, d'environ 100 lieues de tour, c'est la mieux peuplée & la plus fertile des Philippines ; elle appartient aux Espagnols. Long. 137. 40-139. lat. 10. 11-30.


PANBÉOTIESS. f. (Antiq. grecq.) en grec , fête qui se célebroit dans toute la Béotie. On s'assembloit près de Chéronée au temple de Minerve Ionienne. Potter, Archaeol. graec. l. II. c. xxij. tom. I. p. 444.


PANCALou PANCALIER, (Géog. mod.) bourgade de Piémont, dont quelques-uns font une ville, & qui est située à un mille du Pô, à 3 lieues au-dessus de Turin.


PANCARPE(Gymnast. athlétiq.) spectacle des Romains où certains hommes forts, hardis & exercés combattoient contre toutes sortes de bêtes moyennant une somme d'argent. Le mot pancarpe signifie proprement un composé de toute sorte de fruits, du grec , tout, & , fruit ; ensuite on l'a donné à ce qui contenoit toutes sortes de fleurs, puis à ce qui étoit composé de diverses choses, enfin par métaphore à ce combat public, où l'on faisoit paroître des animaux de différentes especes. Le lieu de ce spectacle étoit l'amphithéâtre de Rome ; & ces sortes de jeux ont duré jusqu'au tems de l'empereur Justinien, qui régnoit dans le sixieme siecle.

Quelques auteurs confondent le pancarpe avec la sylve ; mais il y a cette différence entre ces deux divertissemens publics, que le pancarpe étoit un combat contre les bêtes qui se faisoit dans l'amphithéâtre ; & que la sylve étoit une espece de chasse, que l'on représentoit dans le cirque. Dans le pancarpe, c'étoient des hommes gagés qui combattoient ; & dans la sylve, c'étoit le peuple qui chassoit au milieu d'une forêt artificielle. (D.J.)


PANCARTES. f. AFFICHE, (Gramm. & Comm.) on le dit plus particulierement de celles qu'on met à la porte des bureaux des douannes & autres lieux & passages où l'on leve quelques droits ou impositions sur les marchandises. Elles doivent contenir la taxe qui en est faite, & souvent le titre en vertu duquel on leve les droits. On appelle fermier de la pancarte celui qui afferme les droits taxés par la pancarte. Diction. de commerce.


PANCERNES(Hist. militaire de Pologne) gendarmerie de Pologne. La Pologne est aujourd'hui le seul pays où l'on voie une cavalerie toute composée de gentilshommes, dont le grand duché de Lithuanie fournit un quart ; & cette cavalerie fait la principale force de l'état ; car à peine l'infanterie est-elle comptée. Elle se divise en houssarts & en pancernes : les uns & les autres compris sous le nom commun de towarisz, c'est-à-dire camarades. C'est ainsi que les généraux & le roi lui-même les traite. Un mot produit souvent de grands effets.

Les houssarts sont formés de l'élite de la noblesse qui doit passer par ce service pour monter aux charges & aux dignités. Les pancernes, composés aussi de noblesse, ne different des houssarts que par la chemise de maille en place de cuirasse ; & on ne les examine pas aussi rigoureusement sur leur généalogie. Ce ne sont point des régimens, mais des compagnies de deux cent maîtres appartenantes aux grands de l'état, sans excepter les évêques qui ne faisant pas le service par eux-mêmes, donnent de fortes pensions à leurs lieutenans. L'abbé Coyer. (D.J.)


PANCHÉE(Géog. anc.) Panchaea, Panchaïa, île de l'Océan proche de l'Arabie. Diodore de Sicile, l. V. c. xlij. dit qu'elle étoit habitée de naturels du pays, appellés Panchaei, & d'étrangers océanites, Indiens, Crétois & Scythes. Il donne à cette île une ville célebre, nommée Panara, dont les habitans étoient les plus heureux hommes du monde. Voyez PANARA.

Par malheur Panara, le bonheur de ses habitans, & l'île même de Panchée, ainsi que le temple magnifique de Jupiter Triphylien, ont été forgés par l'ingénieux Echemere, que Diodore de Sicile a copié. Echemere peignit cette île comme une terre délicieuse, un paradis terrestre, où se trouvoient des richesses immenses, & qui n'exhaloit que des parfums.

Callimaque presque contemporain du philosophe Messénien ou Tégéates, & sur-tout Eratosthène, mirent eux-mêmes la Panchée au nombre des fables, & prouverent que c'étoit une pure fiction. Polybe en étoit pleinement convaincu. Plutarque déclare que l'île Panchée avoit échappé jusqu'à son tems aux recherches des navigateurs grecs & barbares.

Mais les poëtes n'ont pas cru devoir manquer d'orner leurs ouvrages de cette région imaginaire ; j'en ai pour témoins ces beaux vers de Virgile dans ses Georgiques :

Sed neque Medorum silvae ditissima terra,

Nec pulcher Ganges, atque auro turbidus Hermon,

Laudibus Italiae certent, non Bactra, neque Indi,

Totaque thuriferis Panchaïa dives arenis.

" Cependant ni l'opulente Médie, ni le pays arrosé par le fleuve du Gange, ni les bords de l'Hermus dont les flots roulent de l'or, ni l'Inde, ni le pays des Bactriens, ni la fertile Panchaïe, où croît l'encens, n'approchent pas de nos campagnes d'Italie ". (D.J.)


PANCHRESTES. m. en Médecine, panacée ou remede propre à toutes sortes de maladies. Voyez PANACEE.


PANCHRISTAINS. m. nom que l'on donnoit chez les anciens aux pâtissiers qui faisoient des gâteaux avec le miel, & autres substances douces & sucrées.


PANCHRUSS. m. (Hist. nat.) nom donné par quelques anciens auteurs à une pierre, dont il ne nous apprennent rien, sinon qu'on y voyoit toutes les couleurs. Peut-être ont-ils voulu désigner l'opale sous ce nom.


PANCHYMAGOGUES. m. (Médecine) de , tout, , humeur, & , expulser ; nom que l'on donne à quelques extraits cathartiques, qui passent pour avoir la vertu de purger toutes les humeurs : mais ces compositions sont peu fréquentes chez nos Apothicaires. Voyez Hartman in Crollium. Schroder Pharmacop.

Nos hydragogues, le syrop des cinq racines de nos boutiques, l'opiate mésentérique, les pilules aloétiques, les pilules cochices sont aussi efficaces & plus sûres que ces remedes panchymagogues.

PANCHYMAGOGUE, extrait, (Pharmacie) prenez pulpe seche de coloquinte séparée & mondée des semences, une once & demie ; feuilles de sené mondé, d'hellebore noir, de chacun deux onces ; agaric, une once : pilez-les ensemble, ajoutez-y eau de pluie, quantité suffisante ; faites-les macérer pendant deux jours ; passez-les après les avoir fait bouillir légerement ; exprimez le marc ; décantez cette décoction après qu'elle sera reposée ; évaporez-la ensuite au bain marie, à consistance d'extrait : ajoutez-y résine de scammonée d'Alep, une once ; extrait d'aloës, deux onces ; especes diarrhodon abatis, une once ; épaississez le tout au bain marie à consistance d'extrait.

Ce remede est un excellent hydragogue. La dose sera d'un scrupule jusqu'à deux & plus, selon les cas & les circonstances. Ce remede est violent, il demande extrêmement de prudence.


PANCLADIES. f. (Antiq. grecq.) , fête que les Rhodiens célebroient au tems de la taille de leurs vignes. Potter, Archaeol. graec. t. I. p. 419.


PANCRACES. m. (Art gymnast.) exercice gymnique, formé de la lutte simple & de la lutte composée. Dans cet exercice, l'on faisoit effort de tout son corps, comme l'indique le mot grec. Ainsi la lutte & le pugilat réunis formoient le pancrace. Il empruntoit les secours & les contorsions de la lutte, & prenoit du pugilat l'art de porter les coups avec succès & celui de les éviter. Dans la lutte, il n'étoit pas permis de jouer des poings, ni dans le pugilat de se colleter. Dans le pancrace au contraire, si l'on avoit droit d'employer toutes les secousses & toutes les ruses pratiquées dans la lutte, on pouvoit encore y ajouter pour vaincre le secours des poings & des piés, même des dents & des ongles, & l'on sent que ce combat n'étoit ni moins dangereux, ni moins terrible que les deux autres.

Arrichion ou Arrachion, pancratiaste aux jeux olympiques, se sentant prêt à être suffoqué par son adversaire qui l'avoit saisi à la gorge, mais dont il avoit attrapé le pié, lui cassa un des orteils ; & par l'extrême douleur qu'il lui fit, l'obligea à demander quartier. Dans cet instant même, Arrachion expira. Les Agonothetes le couronnerent, & on le proclama vainqueur tout mort qu'il étoit. Philostrate a fait la description d'un tableau qui représentoit cette avanture.

Le combat du pancrace fut admis aux jeux olympiques dans la xxviij. olympiade ; & le premier qui en mérita le prix, fut le syracusain Lygdanius, que ses compatriotes mettoient en parallele avec Hercule pour la taille.

Pausanias parle dans ses éliaques d'un fameux pancratiaste, nommé Sostrate, qui avoit été couronné douze fois, tant aux jeux néméens qu'aux isthmiques, deux fois aux pythiens, & trois fois à Olympie, où l'on voyoit sa statue du tems de cet historien. (D.J.)


PANCRAINS(Marine) voyez MANOEUVRES.


PANCRATIASTESS. m. pl. (Hist. anc. gymn.) athletes qui s'adonnoient sur-tout à l'exercice du pancrace. On donnoit quelquefois ce nom à ceux qui réussissoient dans les cinq sortes de combats compris sous le titre général de pentathle, qu'on appelloit aussi pancratie, parce que les athletes y déployoient toutes leurs forces.


PANCRATIES. f. (Littérat.) nom que les Grecs donnoient aux cinq exercices gymniques, qui se pratiquoient dans les fêtes & les jeux ; savoir le combat à coups de poings, la lutte, le disque, la course & la danse. Ceux qui faisoient tous ces exercices, étoient nommés pancratiastes, ainsi que ceux qui y remportoient la victoire. Potter, Archaeol. graec. tom. I. pag. 444.


PANCRATIENVERS, (Littérat.) nom d'une sorte de vers grec, composé de deux trochées & d'une syllabe surnuméraire, comme


PANCRATIUM(Botan.) grand narcisse de mer, narcissus maritimus de C. B. & de Tournefort ; c'est une grosse racine bulbeuse, charnue, semblable à la scille, & qui croît au bord de la mer. Elle pousse des feuilles faites comme celles du narcisse, plus longues & plus grosses, du milieu desquelles s'éleve une tige à la hauteur d'environ un pié, anguleuse, portant en sa sommité des fleurs longues, blanchâtres, disposées en étoiles, & d'une odeur douce. Après ces fleurs naissent de petites pommes anguleuses, remplies de semences menues ; cette plante a les vertus de l'oignon de scille, mais beaucoup moindres. (D.J.)


PANCRÉASsubs. masc. en Anatomie, nom d'une glande conglomerée, située dans le bas-ventre derriere la partie supérieure de l'estomac, depuis la rate à laquelle elle est attachée par l'épiploon jusqu'au duodenum ; elle reçoit une infinité d'artérioles de la caeliaque, & elle sépare une humeur qui se rend dans un conduit commun, lequel s'ouvre dans le duodenum. Voyez DUODENUM ; voyez aussi Planches anat.

Le pancréas a été ainsi nommé par des anciens, parce qu'il leur a paru n'être composé que de chair, . Suivant Boerhaave, le pancréas est long de près de six pouces, large de deux, & pese quatre onces ; mais toutes ces mesures varient dans différens auteurs. Heister donne au pancréas le poids de trois onces, Warthon de cinq, le D. Haller dit que ce poids peut être plus grand ; au reste tout varie tellement dans divers sujets, qu'il est absolument impossible d'assigner une mesure juste. Le pancréas est situé transversalement, & il a sa grosse extrémité placée derriere la partie supérieure de l'estomac transversalement, par rapport à la rate à laquelle l'épiploon lie ce corps glanduleux ; desorte que sa partie moyenne est très-antérieure, & descend de l'estomac jusqu'au duodenum, où il se prolonge un peu devant cet intestin, jusques-là d'autant plus épais qu'il tient plus la droite. Mais de l'endroit où cette grosse extrémité s'attache à la courbure du duodenum, elle se dilate quelquefois de quelques pouces pour former le petit pancréas de M. Winslow, qu'Eustache & bien d'autres ont vû & représenté non-seulement dans l'homme, mais dans le chien & dans le castor, &c. En général cette glande, la plus considérable du bas-ventre & de tout le corps, est couverte par l'estomac & par la substance cellulaire du mesocolon qui recouvre en même tems le duodenum ; desorte qu'engagé dans sa duplicature, il a le mesocolon & dessous & dessus lui : cette structure s'observe très-bien dans l'homme où le pancréas est d'une grosseur médiocre ; car il est si considérable & d'une étendue si énorme dans les poissons & autres petits animaux, qu'il occupe presque toute la capacité de l'abdomen. Le pancréas d'Asellius n'est point celui-ci ; il a été découvert par Wirsung, & mérite seul le nom de pancréas ; l'autre n'est qu'un amas des glandes conglobées mésentériques.

Le pancréas a plusieurs arteres dont le nombre varie, mais qui viennent toutes de l'artere splénique, continuant leur chemin sous le pancréas vers la rate : il en a encore d'autres où il est voisin du duodenum, de la duodenale, de la gastroépiploïque & de la mésentérique supérieure. Les veines ont une semblable origine ; elles partent de la veine splénique ; de plus il en vient de la duodenale, de la pylorique & de la gastroépiploïque droite.

Les nerfs viennent du plexus sémilunaire du bas-ventre, du plexus mésentérique, des nerfs hépatiques, des spléniques ; ils rampent avec les vaisseaux dans la membrane cellulaire par la propre substance du pancréas, dont chaque grain a son petit faisceau. Les vaisseaux lymphatiques n'y sont pas rares. Ils ont été vûs par Marchettis & par Pecquet. Il ne faut pas les confondre avec les vaisseaux lactés, semés dans le centre du mésentere, comme ont fait Asellius & Veslingius, depuis les anciens qui donnent tous ces vaisseaux lactés au pancréas. Voyez LACTE.

Le pancréas a un conduit formé par tous les rameaux qui partent de tous les petits grains qui le composent ; situé dans la partie moyenne, il en suit presque la direction ; il reçoit un autre rameau de la partie du pancréas, qui descend le long du duodenum, & s'ouvre avec lui dans le canal cholédoque, après avoir traversé toutes les membranes de l'intestin duodenum : ce conduit est quelquefois double ; Hérophile & Eudeme le connoissoient : Maurice Hoffman le fit voir double à Wirsung, dans le poulet-d'inde en 1641 ; & Wirsung l'ayant démontré le premier publiquement, son nom est resté à ce conduit. Voyez WIRSUNG.

C'est par ce conduit que le suc pancréatique est porté dans le duodenum. Voyez PANCREATIQUE & DUODENUM.

Les auteurs praticiens font mention d'abscès au pancréas, mais on ne les a jamais découverts qu'après la mort des malades, & l'on s'en est douté fortement par quelques symptomes du mal, & le pus rendu par les selles. Les tumeurs de cette glande ne peuvent guere s'appercevoir au toucher, à cause de la position de l'estomac qui couvre le pancréas ; cependant on soupçonne l'existence du mal par la difficulté de respirer, par des vomissemens, & par une diarrhée bilieuse, accompagnée de douleurs à la région lombaire.

Au reste, l'Anatomie comparée fournit aux curieux une grande variété sur la forme, la structure, la grosseur, & l'insertion du pancréas dans les divers animaux. Il est d'une étendue si énorme dans quelques poissons, qu'il occupe presque toute la capacité de l'abdomen. Le poisson que M. Perrault appelle lieu, a 440 pancréas, & cinq ouvertures dans l'intestin qui répondent à cinq branches, dont il y en a trois qui ont chacune 80 pancréas, & deux qui en ont chacune 100. (D.J.)


PANCRÉATIQUECONDUIT, (Anatomie) conduit particulier qui se trouve le long du milieu de la largeur du pancréas ; il est très-mince, blanc, & presque transparent. Il s'ouvre par l'extrémité de son tronc dans l'extrémité du conduit cholédoque. De-là le diamêtre de ce trou diminue peu-à-peu, & se termine en pointe du côté de la rate. Les petites branches collatérales sont aussi à proportion un peu grosses vers le tronc, fort déliées vers les bords du pancréas, & toutes situées sur un même plan à-peu-près comme les petites branches de la plante appellée fougere ; ce conduit ressemble à une veine vuide ; sa grosseur approche de celle d'un tuyau de paille.

Maurice Hoffman a découvert le premier à Padoue en 1641 le conduit pancréatique dans un coq-d'inde ; & l'année suivante en 1642, Wirsung l'a découvert dans l'homme ; c'est le témoignage de Thomas Bartholin qui étoit présent ; & son témoignage est si précis, que le conduit pancréatique a été nommé depuis par les Anatomistes conduit de Wirsung.

Ce conduit se trouve quelquefois double dans l'homme, ce qui est commun aux oies, aux canards, aux coqs d'Afrique, aux faisans ; il est triple dans nos coqs, dans les pigeons, dans l'aigle, &c. il n'est pas toujours également étendu selon sa longueur : il traverse les tuniques du duodenum, & s'ouvre dans le canal cholédoque pour l'ordinaire un peu au-dessus de la pointe saillante de l'ouverture de ce canal ; quelquefois il s'ouvre immédiatement dans le duodenum.

Ceux qui se mêlent d'injections anatomiques nous ont appris que c'est par ce canal que tous les points du pancréas, pourvû qu'on ait eu soin de le bien laver auparavant, peuvent être parfaitement remplis de matiere céracée. Formé par la derniere réunion de tous les émissaires qui partent de chaque grain glanduleux, il rampe par la membrane cellulaire dans la circonférence externe du duodenum ; il perce ensuite la tunique musculeuse, & s'ouvre dans la cavité de l'intestin. Son obliquité doit conséquemment empêcher toutes les liqueurs des intestins d'entrer dans le pancréas ; c'est par le conduit de Wirsung que le pancréas souffrant quelque extravasation de sang peut s'en décharger par les selles ; il en faut dire autant de son abscès, aussi-bien que de ceux du foie, dont le pus peut s'évacuer par la même route. (D.J.)

PANCREATIQUE, suc, (Physiolog.) suc lymphatique qui découle du pancréas par le canal de Wirsung dans le duodenum.

Cette liqueur toute simple qu'elle est a produit sur la fin du dernier siecle une hypothèse qui a fait de grands ravages en Médecine, je veux parler de l'hypothèse de Van-Helmont, adoptée & vivement défendue par Sylvius de le Boé, sur l'acidité du suc pancréatique, & sa fermentation avec la bile ; source, à ce qu'ils croyoient, de toutes les maladies aigues & chroniques. La Physiologie & la Pathologie ont longtems porté sur cette chimere que le suffrage, l'éloquence, les leçons & les écrits du fameux professeur de Leyde n'avoient que trop accréditée. Heureusement on est aujourd'hui revenu de son opinion, que je qualifierois de risible, si elle n'avoit été le fondement de pratiques fatales au genre humain.

Le suc pancréatique est réellement une lymphe insipide, claire, abondante, très-semblable à la salive par son origine, sa transparence, son goût, sa nature & les organes qui la filtrent sans cesse ; ce sont de très-petites glandes conglomerées, lesquelles de plusieurs n'en forment qu'une seule. Cette lymphe confondue avec la bile dans le vivant, séjournant dans le même tuyau, se mêlant également avec elle, ou même coulant seulement dans les intestins vuides, n'a aucun mouvement d'effervescence. C'est donc sans raison qu'on a distingué ce suc de la salive, du suc stomacal, & du suc intestinal ; ces liqueurs sont les mêmes ; elles ne sont qu'une eau jointe à une huile fort atténuée & au sel salé.

Le suc pancréatique, que nous venons de décrire, sert beaucoup à la digestion. Son usage est de dissoudre les matieres gommeuses, salines, mucilagineuses, de délayer celles qui sont trop épaisses, de rendre le chyle miscible au sang, de le mettre en état de passer par les vaisseaux lactés, de corriger les matieres âcres, de changer la viscosité, l'amertume & la couleur de la bile, d'adoucir son acrimonie, & de la mêler intimement au chyle : son usage est encore de lubrifier par son onctuosité la partie interne des intestins, de faire les fonctions de menstrue & de véhicule, & finalement de changer les goûts, les odeurs, les qualités particulieres des alimens de façon qu'ils n'acquierent presque qu'une seule & même nature. Il ne s'agit plus maintenant que de dire un mot de la force qui fait couler le suc pancréatique.

1°. Comme l'artere qui porte le sang dans le corps glanduleux du pancréas est près du coeur, l'impulsion du sang est fort considérable ; ainsi comme le sang fournit toujours de nouveaux sucs qui se filtrent, le premier qui a été filtré doit couler nécessairement. 2° Ce suc coulant des petites glandes par des petits tuyaux qui vont aboutir au grand canal du milieu, est exprimé dans le duodenum par le mouvement du diaphragme, par la pression du ventricule quand il est rempli, par la force des muscles de l'abdomen, & finalement par l'action du corps.

On a tâché de calculer par des expériences sur des animaux la quantité de la secrétion de ce suc dans le duodenum pendant un certain espace de tems, afin d'appliquer ensuite à l'homme le même calcul proportionnel. Graaf ayant percé le duodenum d'un dogue, insinua une petite phiole dans le canal pancréatique, expérience très-difficile, & dans huit heures, il y coula une once entiere de liqueur. Schuyl en eut deux onces en trois heures, & Nuck trois onces en vingt-quatre heures ; mais les expériences faites sur des bêtes ne décident de rien, parce que le bas-ventre étant ouvert, les muscles abdominaux ne compriment plus les parties internes, les visceres n'ont plus leur même jeu, les vaisseaux excréteurs sont resserrés par le froid ; en un mot, toute l'économie est troublée par les tourmens de l'animal.

On a donc formé un autre calcul tiré de la grosseur du pancréas de l'homme, relativement aux autres glandes salivaires, qui toutes ensemble sont moins considérables que lui, & cependant suffisent à une secrétion d'environ 12 onces en 24 heures. Il faut en même tems mettre en ligne de compte 1° l'agitation & les secousses que le diaphragme, le ventricule & les muscles du bas-ventre doivent causer au pancréas à cause de leur situation & de leurs mouvemens continuels, au lieu que les glandes salivaires ne sont soumises qu'à la foible action des muscles de la respiration & de la déglutition, qui ne sont pas toujours en jeu : 2° Ajouter au calcul le produit des vapeurs chaudes du bas-ventre, de même que le diamêtre du canal excrétoire du pancréas, qui a communément près d'une ligne dans l'état sain. Il résultera de ces considérations qu'il se doit faire une plus abondante secrétion dans le pancréas, que dans les glandes salivaires réunies toute proportion gardée, desorte que cette secrétion pourroit bien aller à 20 onces en 24 heures.

Mais que devient cette lymphe ? En effet, de 20 onces de suc pancréatique il n'en sort pas deux dragmes par les selles dans l'état naturel, comme le prouvent les excrémens qui sont secs quand on se porte bien ; il faut donc que cette quantité soit reprise ou dans les veines lactées qui charrient toujours une humeur lymphatique, ou dans les veines mésenteriques ; & comme le chemin de la circulation est ici très-court par les arteres, cette humeur sera repompée plusieurs fois en peu d'heures, reportée au coeur, séparée de l'artere coeliaque, & coulera de nouveau dans le duodenum.

De cette abondance du suc pancréatique dans l'état naturel, & de la nécessité dont il est pour la digestion & l'élaboration du chyle, il s'ensuit qu'il peut causer des dérangemens, s'il péche en défaut de qualité ou de quantité. En effet, s'il est trop abondant, les tuyaux excrétoires ne permettant point à la liqueur pancréatique de sortir, les vaisseaux seront plus remplis dans le reste du pancréas, lequel, par cette plénitude, deviendra susceptible d'inflammation. D'un autre côté si le suc pancréatique péche en défaut de quantité, le duodenum ne recevra point la liqueur qui lui est nécessaire pour délayer le chyle, & pour précipiter les excrémens. De plus, la bile sera trop âcre, & pourra causer des diarrhées & des especes de dyssenteries. Enfin, si ce suc séjourne trop dans le pancréas, il tendra à s'alkaliser comme toutes les liqueurs du corps humain. (D.J.)

PANCREATICO-DUODENALE, en Anatomie, nom d'une artere qui se distribue au pancréas & au duodenum, & qui vient de la grande gastrique. Haller, Icon. anat. fasc. II. Voyez PANCREAS GASTRIQUE, &c.


PANDAS. f. (Mythol.) déesse qui procure la liberté des chemins. Tatius voulant se rendre maître du capitole, invoqua la divinité qui pouvoit lui en ouvrir la route : lorsqu'il y fut arrivé, il rendit graces à cette divinité ; & ne sachant quel nom lui donner, il l'honora sous celui de Panda. Elle devint la protectrice des voyageurs. La déesse de la paix fut aussi appellée Panda, parce qu'elle ouvroit les portes des villes, que la guerre tenoit fermées : cependant Varron croit que Panda n'est qu'un surnom de Cérès, qui vient à panne dando, celle qui donne le pain aux hommes.


PANDAEA(Géog. anc.) contrée de l'Inde en-deçà du Gange. Les femmes y avoient la souveraineté depuis qu'Hercule avoit donné ce pays à sa fille Pandée, qui y étoit née, selon Arrien, in Indicis, p. 321. Ptolomée place quatre villes dans cette contrée. (D.J.)


PANDALÉONS. m. (Pharm.) est parmi les Médecins modernes la même chose qu'un électuaire solide, sinon qu'il reste entier ; car le sucre ayant bouilli comme il faut, on le laisse durcir. En l'enfermant dans une boîte, le malade en prend un morceau comme un lambitif. Cette espece de sucre ne differe des bâtons & des tablettes que par sa figure. Blancard.

Ce remede est semblable à un gâteau qui prend la forme de la boîte dans laquelle il est contenu ; il est composé de poudres, de conserves pectorales, de l'orange, de sucre ; on le donne dans le même dessein que le looch. Morelli.

Il paroît qu'on peut faire de ces tablettes plus épaisses que les ordinaires de nos boutiques, dans le dessein de remplir un nombre infini d'indications. Voyez TABLETTES & MEDICAMENS.


PANDATARIE(Géog. anc.) île d'Italie dans la mer Tyrrhène, selon Pline, l. III. c. vj. Strabon, l. V. C'étoit autrefois un lieu d'exil où Auguste fit renfermer sa fille Julie. Agrippine y fut aussi reléguée par Tibere, & y mourut. D. Mattheo Egitio prétend que cette île se nomme aujourd'hui Ventotene. (D.J.)


PANDECTESS. f. pl. (Jurisprud.) est un nom que Justinien a donné au corps du Digeste, pour exprimer que cette collection renferme toutes les questions controversées, & les décisions, & tout ce qui avoit été extrait des livres des Jurisconsultes. Voyez le titre premier du Digeste, §. 1, à la fin & au mot DIGESTES. (A)

PANDECTES FLORENTINES, sont une édition du Digeste faite à Florence sur un manuscrit célebre & ancien qui est dans cette ville.

Cette édition nous a appris plusieurs choses qui rendent inutile une bonne partie de ce qu'avoient écrit les anciens interprêtes. Voyez ce qui en a été dit au mot Digeste de l'hist. de la Jurisprudence Romaine, par M. Terrasson. (A)


PANDÉMIE(Mythol.) surnom de Vénus qui signifie la populaire, ou la déesse après laquelle tout le monde court.


PANDÉMON(Antiq. Grecq.) ; c'étoit la même fête que les Athenées. Elle avoit pris ce nom du grand concours de peuple qui se rassembloit pour la célébrer. Potter, Archaeol. graec. l. II. c. xx. tom. I. p. 422. (D.J.)


PANDICULATIONS. f. (Médecine) Pandiculation dans un sens général, c'est un violent mouvement des solides qui accompagne ordinairement l'action du bâillement, & qu'on appelle aussi autrement extension. Voyez BAILLEMENT.

Pandiculation, se dit aussi dans un sens plus particulier, de cette inquiétude, de cette extension & malaise, qui accompagne ordinairement le frisson d'une fievre intermittente. Voyez FIEVRE INTERMITTENTE.

On suppose qu'il provient d'une dilatation convulsive des muscles, par laquelle la nature tâche de rejetter quelque chose qui la gêne.


PANDIES. f. (Antiq. Grecq.) , fête des Athéniens en l'honneur de Jupiter. Vous trouverez l'origine de cette fête dans Potter, Archaeol. graec. l. II. c. xx. tome I. p. 422. (D.J.)


PANDIONIDES. f. une des douze tribus d'Athènes, ainsi nommée du roi Pandion. La tribu pandionide étoit composée de dix peuples ou communautés.


PANDORES. f. (Mythol.) nom de la premiere femme, selon Hésiode. On ne lit point sans plaisir dans sa théogonie, & dans son traité des oeuvres & des jours, tout ce que son imagination lui a suggéré sur les graces de cette premiere femme, & les maux qu'elle a causés dans le monde.

Jupiter, dit-il, voulant se venger du vol que Prométhée avoit fait du feu, résolut d'envoyer aux hommes un mal qu'ils aimassent, & auquel ils fussent inséparablement attachés. Tous les dieux seconderent son dessein. Vulcain forma avec de la terre & de l'eau, paîtris ensemble, une femme semblable aux déesses immortelles ; Minerve la vêtit, & lui apprit les arts qui conviennent à son sexe, celui entr'autres de faire de la toile ; Vénus répandit l'agrément autour de sa tête, avec le desir inquiet & les soins fatigans. Les Graces & la déesse de la Persuasion ornerent sa gorge d'un collier d'or, les Heures lui mirent sur sa tête des couronnes de fleurs ; Mercure lui donna la parole avec l'art des mensonges, & celui d'engager les coeurs par des discours insinuans & perfides. Enfin toutes les divinités de l'Olympe lui ayant fait des dons pour le malheur des hommes, elle reçut le nom de pandore ; composé du mot , qui signifie tout, & de celui de , qui veut dire présent.

Le poëte ajoute, que Jupiter dit à Mercure d'aller présenter Pandore à Epimethée, qui la vit avec des transports d'admiration. En vain Prométhée lui avoit recommandé de ne point recevoir de présens de la part de Jupiter, de crainte qu'il n'y eût caché quelque chose de funeste aux hommes. La vue de cette beauté lui fit oublier un avis de cette importance, & quand il s'en ressouvint, il n'étoit plus tems. Jusques-là les mortels avoient vécu exempts des inquiétudes, & des maladies qui amenent la vieillesse ; mais Pandore ayant levé le couvercle du vase où étoient renfermés les présens des dieux, tous les maux en sortirent en foule, & se répandirent sur la face de la terre. A la vue de ce terrible spectacle, elle se hâta de refermer le vase ; mais il étoit trop tard, & elle ne put y retenir que la seule espérance, qui elle-même étoit prête à s'envoler, & qui demeura sur les bords. C'est donc là le seul bien qui reste aux malheureux mortels ? (D.J.)

PANDORE, s. f. (Luth.) instrument de musique, dont les anciens se servoient, & qui ressemble à un luth. Voyez LUTH.

Isidore fait venir ce nom de son inventeur Pandore ; d'autres de Pan, à qui ils en attribuent l'invention, aussi-bien que celle de la flute.

Il a le même nombre de cordes que le luth ; avec cette différence qu'elles sont de cuivre, & que par cette raison elles donnent un son plus agréable que celles du luth. Ses touches sont de cuivre, comme celles du cistre ; son dos est plat comme celui de la guittare, & les bords de sa table, aussi-bien que les côtés, sont taillés en plusieurs figures de demi-cercle. Ducange observe que Varron, Isidore, & d'autres anciens, en parlent comme d'un instrument de musique qui ne contient que trois cordes, & qui fait qu'il est nommé quelquefois sous le nom de trichordum.


PANDOSIE(Géog. anc.) ville grecque fondée par les Eléens dans la Cassopie. Luc d'Holstein dans ses remarques sur l'Italie ancienne de Cluvier, est de l'avis de ceux qui croient que l'ancienne Pandosie étoit au même endroit où se trouve aujourd'hui Mendocino auprès de Cosence. (D.J.)


PANDOURSS. f. (Milice mod.) Les pandours sont des sclavons qui habitent les bords de la Drave & de la Save ; ils ont un habit long ; ils portent plusieurs pistolets à la ceinture, un sabre & un poignard.


PANDROSEPANDROSE


PANDYSIES. f. (Antiq. Grecq.) , réjouissance chez les Grecs, quand le froid ou l'intempérie de la saison obligeoit les marins de ne pas mettre à la voile ; on juge bien que cette réjouissance ne regardoit que quelques particuliers. Voyez Potter, tome 1. pag. 423.


PANÉAS(Géog. anc.) ou Panéade, ville de Syrie, appellée autrefois Lacsem ; puis Dan, depuis la conquête qu'en firent quelques Israëlites de la tribu de Dan ; ensuite Panéas à cause du mont Panius, au pié duquel elle étoit située ; puis Césarée de Philippe, en l'honneur de l'empereur Auguste, à qui Philippe, fils du grand Hérode la consacra. Hérode son pere y avoit fait bâtir, assez long-tems auparavant, un temple magnifique à l'honneur d'Auguste. Enfin le jeune Agrippa changea son nom de Césarée en celui de Hérodiane en l'honneur de Néron. Du tems de Guillaume de Tyr, on l'appelloit Belinas. Elle étoit située à l'endroit où le Jourdain commence à sortir de terre, après avoir coulé quelque espace par des canaux souterrains.

Comme Pline ne connoît point de ville nommée Panéas, mais seulement une contrée ou tétrarchie qui avoit pris son nom de la fontaine Panéas, d'où le Jourdain prend sa source, & qui l'avoit communiqué à la ville de Césarée, le P. Hardouin conclud que Panéas est le nom de la contrée dans laquelle étoit bâtie la ville appellée Césarée de Philippe. Il convient pourtant que cette ville fut nommée Césarée Panéas, du nom de la fontaine Panéas ; & il rapporte à cette occasion l'inscription d'une médaille de Marc-Aurele, où on lit :


PANÉGYRIARQUES. m. (Hist. anc.) magistrats des villes grecques qui présidoient aux fêtes solemnelles & jeux panégyriques. Les panégyriarques étoient aussi des assemblées, fêtes ou especes de foires qui se tenoient à Athènes de cinq en cinq ans.


PANÉGYRIQUES. m. (Belles-Lettres) discours public à la louange d'une personne illustre, d'une vertu signalée, ou d'une grande action. Voyez DISCOURS.

Ce mot est grec, , formé de , tout & d', assemblée, parce qu'autrefois chez les Grecs on prononçoit les panégyriques dans les cérémonies publiques & solemnelles, à l'occasion de quelques jeux ou de quelques fêtes qui attiroient toujours un grand concours de peuples.

Le panégyrique appartient au genre d'éloquence, qu'on nomme en Rhétorique démonstratif. Voyez DEMONSTRATIF.

Pour rendre les anciens panégyriques plus solemnels, on avoit coutume de les commencer par l'éloge de la divinité, en l'honneur de laquelle on célébroit les fêtes ou les jeux. On passoit ensuite aux louanges du peuple ou du pays qui les célébroit, puis à celles des princes ou des magistrats qui y présidoient ; & enfin l'orateur prononçoit les athletes, & les vainqueurs qui avoient remporté le prix dans les exercices du corps.

Le P. de Colonia fait mention de deux méthodes qu'on a suivies dans les panégyriques ; l'une artificielle, suivant laquelle, sans avoir égard à l'ordre des tems ou des faits, on ramenoit toutes les parties de l'éloge à certains chefs généraux. C'est ainsi que dans son oraison pro lege maniliâ, Ciceron rapporte tout l'éloge de Pompée à son habileté dans l'art militaire, à sa vertu, à son pouvoir, & au bonheur qui l'accompagnoit dans toutes ses entreprises.

L'autre méthode qu'il nomme naturelle, est celle où l'on observe l'ordre des tems, ou l'ordre historique. En suivant cette derniere marche, le panégyrique se divise en trois périodes. Le tems qui a précédé la naissance de la personne dont on fait l'éloge, celui dans lequel elle a vécu, & si elle est morte, celui qui s'est écoulé après sa mort. On pourroit ajouter que cette sorte de division paroît plus propre à l'oraison funebre, qui est une espece de panégyrique, qu'au panégyrique proprement dit. Quoi qu'il en soit, elle demande moins de génie, & est beaucoup moins susceptible de variété que la premiere. Aussi voyons-nous que les grands orateurs modernes fondent leurs panégyriques des saints, des rois, des héros sur une ou deux vertus principales, auxquelles ils rapportent, comme à leur centre, toutes leurs autres vertus, & les circonstances glorieuses de leur vie ou de leurs actions. D'ailleurs il faut se garder d'entasser trop de faits dans un panégyrique. Ils doivent être comme fondus dans les réflexions & dans les tours oratoires, ce qui est comme impossible en suivant historiquement l'ordre des tems.

Les lieux communs d'où l'on peut tirer des éloges ou des matériaux pour le panégyrique, sont la famille, le pays, la naissance de la personne qu'on loue, les présages qui ont précédé cette naissance, ses vertus, ses avantages corporels, les qualités de son esprit & de son coeur, ses dignités, son autorité, son opulence, c'est-à-dire, l'usage noble & vertueux qu'elle en a fait, ses grandes actions, la maniere dont elle est morte, & les conséquences qu'on en peut tirer.

Le panégyrique est, dit-on, l'écueil des orateurs ; ceux qui ne roulent que sur des matieres profanes, ou des sujets imaginés, tels que ces déclamations qu'on prononce dans les colleges, ou les discours académiques, comportent toutes sortes d'ornemens : cependant ils ne doivent encore être embellis que jusqu'à une certaine mesure, & la grande difficulté est de s'arrêter à ce point fixe. On surcharge ordinairement son sujet de fleurs qui ne couvrent souvent que du vuide. Dans l'éloquence de la chaire, les sujets sont grands, respectables, féconds par eux-mêmes : cependant la trop grande abondance d'ornemens peut les défigurer, & leur faire perdre de leur majesté naturelle. D'un autre côté le défaut d'ornemens les desseche pour ainsi dire, & cesse de les rendre aussi intéressans qu'ils le seroient, s'ils en étoient revêtus avec mesure & avec discrétion.

Nous avons un recueil d'harangues latines, intitulé, panegyrici veteres, qui renferment les panégyriques de plusieurs empereurs romains. On trouve à la tête celui de Trajan, par Pline, qui le composa par ordre du sénat, & au nom de tout l'empire. L'orateur y adresse toujours la parole au prince, comme s'il étoit présent ; & s'il le fut en effet, (car on en doute), il en couta beaucoup à la modestie de cet empereur, de s'entendre ainsi louer en face & pendant long-tems.... Le style de ce discours est élégant, fleuri, lumineux, tel que doit être celui d'un panégyrique, où il est permis d'étaler avec pompe tout ce que l'éloquence a de plus brillant. Les pensées y sont belles, solides, en grand nombre, & souvent paroissent toutes neuves. Les expressions, quoiqu'assez simples, n'ont rien de bas, rien qui ne convienne au sujet, & qui n'en soutienne la dignité. Les descriptions sont vives, naturelles, circonstanciées, pleines d'images naïves, qui mettent l'objet sous les yeux & le rendent sensible. Tout le discours est rempli de maximes & de sentimens dignes du prince qu'on y loue. M. de Sacy nous en a donné une fort belle traduction.

Dans ce même recueil, dont nous avons parlé, suivent onze autres pieces du même genre ; cette collection, outre qu'elle contient beaucoup de faits qui ne se trouvent point ailleurs, peut être fort utile pour ceux qui sont chargés de faire des panégyriques. La bonne antiquité latine ne fournit point de ces sortes de discours, excepté la harangue de Ciceron pour la loi manilia, & quelques endroits de ses autres harangues, qui sont des chefs-d'oeuvres dans le genre démonstratif, comme dans celles pour Marcellus & pour le poëte Archias. Il ne faut pas s'attendre à trouver la même beauté, ni la même délicatesse dans ces autres panégyriques. L'éloignement du siecle d'Auguste avoit fait déchoir beaucoup l'éloquence, qui n'avoit plus cette ancienne pureté de langage, cette finesse d'expression, cette sobriété d'ornemens, cet air simple & naïf, mais relevé, quand il le falloit, par une grandeur & une noblesse de style admirable. Mais on trouve dans ce discours beaucoup d'esprit, de fort belles pensées, des tours heureux, des descriptions vives, & des louanges très-solides. Rollin, hist. anc. tome 12. pag. 502. & 504.

Parmi nos Panégyristes modernes, M. Flechier est brillant, ingénieux ; Bourdaloue moins orné, mais plus grave & plus majestueux ; le caractere des panégyriques de Massillon sont un mêlange de ce qui domine dans les deux autres.

PANEGYRIQUE est aussi le nom d'un livre ecclésiastique à l'usage des Grecs. On l'appelle ainsi, parce qu'il contient plusieurs panégyriques composés à la louange de Jesus-Christ & de ses saints. On le trouve en manuscrit dans la plupart des églises grecques, mais il n'est pas le même dans toutes ; chaque église ayant des saints qu'elle revere particuliérement, ou les compilateurs de ces sortes d'ouvrages, ayant fait ces recueils selon leur dévotion. Ils sont disposés selon l'ordre des mois, ensorte qu'ils contiennent souvent douze volumes qui répondent chacun à un des mois de l'année.


PANEGYRISS. f. (Antiq. grecq.) , assemblée des Grecs, qui répondoit exactement aux foires des Romains.


PANEGYRISTES. m. (Gram. & Hist. anc. & mod.) magistrat dans les villes grecques, qui célébroit au nom des peuples convoqués & assemblés, les fêtes & les jeux ordonnés en l'honneur des dieux & des empereurs, & qui en faisoit les harangues & les éloges devant l'assemblée.

Il se dit aujourd'hui de cette sorte d'orateurs qui consacrent particulierement leurs talens à immortaliser par leurs éloges les vertus des grands hommes.


PANELLES. f. (Blason) c'est le nom qu'on donne aux feuilles de peuplier. La maison de Schreisbergdorf en Silésie porte de gueules à trois panelles ou feuilles de peuplier d'argent, posées en perle, les queues aboutées en coeur. Menétrier. (D.J.)


PANELLENES(Géog. anc.) & Panchaei. Strabon, liv. VIII. pag. 176. & Etienne le géographe, donnent ces noms à tous les Grecs pris en général.


PANEMUSS. m. (Calendrier grec) nom donné chez les Grecs à des mois différens.

1°. Panémus étoit, chez les Corinthiens, un mois qui répondoit au mois attique Boédromion, & selon le pere Pétau, à notre mois de Novembre.

2°. Panémus étoit, dans l'ancien calendrier macédonien, le neuvieme mois de l'année : après la conquête de l'Arabie on donna ce nom au sixieme mois.

3°. Panémus étoit le nom béotien du mois athénien, nommé Métagitnion, qui étoit le second de leur année, & qui répondoit en partie au mois de Juillet, & en partie au mois d'Août, selon Potter. Voyez MOIS DES GRECS.


PANERverbe act. (Cuis.) c'est couvrir de pain émié seul, ou haché avec de la graisse, des herbes, des épices, une viande qu'on fait cuire sur le gril : on panne des piés de cochon, des côtelettes, une volaille.


PANEROSou PAUSEBASTOS, (Hist. nat.) pierre dont Pline ne nous a transmis que le nom.


PANESS. m. pl. (Littérat.) ce sont les mêmes que les satyres, qui reconnoissoient Pan pour leur chef, & qu'on confondoit quelquefois avec lui, comme on peut le justifier par ce vers d'Ausone :

Capripedes agitat cùm laetat protervia Panes.

c'étoient les dieux des chasseurs, des bois, & des champs ; mais souvent on les prenoit pour le symbole de l'effronterie & de l'impudicité. (D.J.)


PANETERIES. f. (Architecture) c'est, dans le palais d'un grand seigneur, le lieu où l'on distribue le pain, & qui est ordinairement au rez-de-chaussée, & accompagnée d'une aide.


PANETIERGRAND, s. m. (Hist. de France) le grand panetier de France, étoit autrefois un officier de la maison du roi qui recevoit les maîtres Boulangers, avoit sur eux droit de visite & de confiscation, avec une jurisdiction dans l'enclos du palais nommé la paneterie, laquelle étoit exercée par un lieutenant-général. Les boulangers de Paris lui devoient un certain droit qu'on nommoit bon denier & le pot de romarin.

Cet office du grand panetier étoit possédé par un homme du premier rang ; il jouissoit de prérogatives qui le relevoient au-dessus de ses fonctions ; on voit dans les preuves de l'histoire de Montmorency, qu'en 1333, Burchard de Montmorency étoit panetarius Franciae, & qu'en cette qualité il eut un grand procès avec le prevôt des marchands & les échevins de la ville de Paris, qui soutenant les intérêts des boulangers de cette ville & des fauxbourgs, ne pouvoient souffrir qu'il exerçât la jurisdiction du panetier, ni l'inspection qu'il prétendoit avoir sur eux ; mais il fut maintenu dans tous ses droits.

Du Tillet a fait mention, dans ses recherches, du grand panetier de France, & des seigneurs qui ont possédé cet office ; & après avoir rapporté l'arrêt rendu en 1333, il ajoûte qu'il y en a eu plusieurs autres, entr'autres un provisionel du 2 Mai 1406, par lequel il fut permis au grand panetier d'avoir sa petite justice, &c. à condition de porter au châtelet les contraventions qu'il découvriroit dans les visites, pour punir les coupables : cette charge fut supprimée par Charles VII. ainsi que celle du grand bouteillier. (D.J.)


PANETIEREsubst. f. sac de berger, espece de grande poche ou de sac de cuir, dans lequel les Bergers mettent leur pain. Panetiere est le mot noble employé par les auteurs dans les églogues & les bergeries ; car les bergers des environs de Paris appellent ce sac gibeciere.


PANGA(Géog. mod.) ville d'Afrique, au royaume de Congo, capitale de la province de Bamba, à 36 lieues de la côte. Long. 32. lat. mérid. 6. 30.


PANGAEUS(Géog. anc.) montagne de la Thrace aux confins de la Macédoine, on la nommoit auparavant Caramanius.


PANGFILSS. m. (Comm. d'ourdis.) étoffes de soie qui se fabriquent à la Chine, sur-tout dans la province de Nanquin. Elles se vendent presque par assortiment pour l'usage du pays, & le trafic au Japon.


PANGO(Géog. mod.) province de l'Afrique au royaume de Congo, bornée N. par le pays de Simdi, E. par le fleuve Barbola, les montagnes du soleil, S. par le pays de Dembo, O. par le pays de Batta.


PANHELLÉNIEN(Mythol.) surnom de Jupiter ; il signifie le protecteur de tous les peuples de la Grece. L'empereur Hadrien fit bâtir à Athènes un temple à Jupiter panhellénien, & c'étoit lui-même qu'il prétendoit désigner sous ce nom. Il institua en même tems des fêtes & des jeux appellés panhellénies, de , tout, & de , un grec, que toute la Grece devoit célebrer en commun. Lorsque l'Attique fut affligée d'une grande sécheresse, en punition de la mort d'Androgée, Eaque intercéda pour les Grecs, en offrant des sacrifices à Jupiter panhellénien, dit Pausanias ; d'où il paroît que ce nom est beaucoup plus ancien qu'Hadrien, & que ce prince ne fit que le renouveller, & rebâtir un temple qui avoit autrefois subsisté à Athènes. (D.J.)


PANICS. m. (Botan.) Linnaeus caractérise ainsi le panic, dont il fait un genre distinct de plante graminée. Le calice est composé de plusieurs feuilles, & contient une seule fleur ; les feuilles sont chevelues & inégales dans leurs insertions. La base est formée de deux battans ovales, pointus & très-petits ; la fleur est aussi formée de deux valvules ovales & pointues : les étamines sont trois courts filets capillaires ; les bossettes des étamines sont oblongues, le germe du pistil est arrondi, les stiles sont au nombre de deux très-déliés ; la fleur environne la graine, & ne s'ouvre jamais pour la laisser sortir : la graine est unique, arrondie, & en quelque maniere applatie.

On compte neuf especes de panic ou panis, la plus commune est le panic d'Allemagne, panicum Germanicum, de C. B. P. 27, & I. R. H. 515. Sa racine est forte & fibreuse : elle pousse plusieurs tiges ordinairement à la hauteur de 2 coudées, & plus dans un bon terrein, rondes, solides, garnies de plusieurs noeuds. Ces tiges diminuent insensiblement de grosseur, & leurs sommités viennent à pancher languissamment. Ses feuilles sortent des noeuds, sont arondinacées, plus rudes & plus pointues que celles du millet, plus larges que celles du froment. Au sommet de la tige, est un épi long de 8 à 10 pouces, rond, gros, non divisé comme dans le millet, mais compacte & serré ; composé de grains plus nombreux, mais plus petits que ceux du millet, plus ronds, luisans, enveloppés de follicules blancs, jaunâtres ou purpurins. Dioscoride & Galien ont beaucoup parlé du panic. Les Grecs le nommoient & ; on s'en nourrit en Hongrie & en Bohème, où l'on fait de sa semence mondée des bouillies, des gâteaux & d'autres alimens.

On séme cette plante dans les champs en Allemagne & en Italie : elle demande une terre légere & sablonneuse, & pourtant humide. (D.J.)


PANICAULTvoyez CHARDON ROLAND.


PANICAUT DE MER(Botan.) espece d'éryngium, nommé éryngium maritimum, par C. B. P. 386, I. R. H.

Ses racines sont très-longues, éparses de tous côtés, de la grosseur du doigt ou du pouce, noueuses par intervalle, blanchâtres, douces & agréables, un peu odorantes. Ses feuilles sont très-nombreuses, portées sur de longues queues, quelquefois larges d'une palme, arrondies, presque semblables à celles de la mauve, mais anguleuses à leur bord, & garnies tout autour d'épines dures, épaisses, bleuâtres, d'un goût aromatique. Sa tige est épaisse, haute d'une coudée, fort branchue, un peu rougeâtre à sa partie inférieure, & portant à son sommet des petites têtes sphériques & épineuses, presque de la grosseur d'une noix, entourées ordinairement à leur base de 6 petites feuilles épineuses, de couleur d'un beau bleu, aussi-bien que les têtes : ces fleurs sont semblables à celles du chardon-rolland, & blanchâtres. Cette plante est très-fréquente sur les côtes septentrionales & méridionales. (D.J.)

PANICAUT DE MER, (Mat. med.) quoique les racines du panicaut de mer soient peu en usage dans ce pays, cependant plusieurs personnes les préferent à celles du panicaut vulgaire ou chardon-rolland. Outre les vertus qu'elles ont de commun avec cette derniere plante, J. Rai les croit utiles contre la peste & contre la contagion de l'air, prises le matin à jeun, confites au sucre. Il dit de plus qu'elles sont utiles aux personnes maigres & desséchées, & qu'elles guérissent la vérole. Geoffroi, Mat. med. Voilà bien les Botanistes. (b)


PANICULE(Anat.) Voyez PANNICULE.


PANIERS. m. (terme génériq.) vaisseau d'osier propre à contenir plusieurs choses, comme diverses marchandises, des fruits, des légumes, du poisson, &c. il se dit aussi de la chose qui y est contenue : un panier de pommes, un panier de cerises, pour dire un panier plein de ces fruits ; ce qu'on nomme aussi une panerée.

Les paniers, suivant leurs usages, sont faits de différentes matieres, & de différentes façons, & ont des formes & des noms qui leur sont propres.

Il y en a à claire-voie, & d'autres pleins, la plupart d'osier ou avec son écorce, ou sans son écorce ; quelques-uns de châtaignier refendu & plat, les uns ronds, les autres longs ; ceux-ci quarrés, plusieurs profonds, d'autres très-plats : enfin il y en a à fond pointu, à fond rond, à fond applati à anse, sans anses, ou avec deux anses ; de fort grands & de très-petits.

Les paniers dont les marchands Merciers se servent pour emballer plusieurs de leurs marchandises, les Epiciers quelques drogues, & les Chapeliers leurs chapeaux, s'appellent des mannes & des mannettes : on appelle aussi manne, le panier quarré que les marchandes de petit-métier portent devant elles.

On nomme dans le négoce des fruits, des cueilloirs, des noguets, des verveux, trois sortes de paniers qu'on y emploie. Le noguet sert aussi aux laitieres à porter sur leur tête la crême & le lait caillé qu'elles vendent en été.

La torquette, le maniveau, & une sorte de panier en forme de manequin, ou comme on disoit autrefois de mannequis, servent dans le commerce du poisson de mer frais.

Le corbillon est le panier des oublieux.

L'inventaire celui des regratieres & petites marchandes, qui portent & crient leurs marchandises par les rues de Paris.

Enfin on appelle des desserts, ces paniers ou corbeilles d'osier fin qu'on employoit autrefois à servir sur table les fruits frais ou confits, & autres ouvrages de sucre, inventés par ces domestiques confiseurs, que dans les grandes maisons on nomme des officiers.

Tous les différens paniers qui ont des noms particuliers, & qui sont de quelque usage dans le commerce, sont expliqués à leurs propres articles.

Quelques artisans se servent de paniers pour porter ou leurs outils, ou leurs ouvrages. Les Serruriers ne vont jamais sans le leur, & les Boulangers de petits pains de Paris, en ont de très-grands à claire-voie, dans lesquels les garçons portent les petits pains dont ils fournissent les tables délicates de la ville. On appelle aussi paniers ou corbeilles, des paniers ronds & plats, dans lesquels les mêmes boulangers dressent leurs grands pains. Savary. (D.J.)

PANIER DE MINERVE, (Littérat. grecq. & rom.) calathus Minervae, comme disoient les Latins. Les Poëtes n'ont pas moins célébré le panier de Minerve, que sa quenouille. C'étoit-là, disent-ils, que la déesse mettoit les pelotons de laine qu'elle avoit filés de ses mains immortelles. Virgile, parlant de Camille reine des Volsques, dit :

Non illa colo, calathisve Minervae,

Foemineas assueta manus.

Cette espece de panier que Pline, lib. XXI. chap. v. compare à la fleur de lys, dont les feuilles vont en s'évasant à mesure qu'elles s'élevent, & qui étoit fait ordinairement de jonc, ou de bois fort léger, servoit aux ouvrieres à mettre leurs laines, & il étoit spécialement consacré à Minerve déesse des arts, sous la protection de qui les Troyens se croyoient destinés à les cultiver dans une profonde paix.

PANIER, (Hist. mod.) bureau de la chancellerie d'Angleterre, qui répond au fisc des romains. Voyez CHANCELLERIE & FISC.

Clerc du panier, qu'on appelle aussi quelquefois garde du panier, est un officier de la chancellerie qui reçoit tous les deniers que l'on paye au roi pour les sceaux des chartres, lettres patentes, commissions & écrits ou ordres. Il accompagne le garde des sceaux dans les tems que se font les paiemens, & il a la garde de toutes les expéditions scellées, qu'il reçoit aujourd'hui dans un sac, mais qui se mettoient autrefois dans un panier, d'où vient l'étymologie de cette charge. Il y a aussi un contrôleur du panier. Voyez CONTROLEUR.

PANIER A OUVRAGE, les paniers à ouvrage ne sont pas nouveaux. Les dames romaines en avoient comme les nôtres ; elles y tenoient leurs fuseaux, leur cannevas, leurs laines : mais leurs paniers n'étoient que d'osier, on les appelloit qualum, mot dérivé du grec , calathus, panier de Minerve. Voyez PANIER DE MINERVE.

Horace dit à Néobule :

Tibi qualum Cythereae puer ales aufert.

" le fils de Cythérée nous a fait perdre le goût de vos toiles & de votre tapisserie ". Nous ne manquons pas de Néobules. (D.J.)

PANIER, (Minéralogie) c'est ainsi qu'on nomme dans les mines de charbon de terre de France, un baquet ovale, garni de cercles de fer, & de quatre chaînes avec leurs boucles, dont on se sert pour tirer le charbon de terre du fond de la mine.

PANIER, (Architec.) morceau de sculpture, différent de la corbeille, en ce qu'il est plus étroit & plus haut, & qui étant rempli de fleurs & de fruits, sert d'amortissement sur les colonnes ou les piliers de la clôture d'un jardin. Les termes, les persans, les caryatides, voyez ces mots, & autres figures propres à soutenir quelque chose, portent de ces paniers. On voit dans la cour du palais della Valle à Rome, deux satyres antiques de marbre, d'une singuliere beauté, qui portent aussi de ces paniers remplis de fruits. Le mot panier vient du latin panis, pain, ou de panarium, parce que le premier usage des paniers fut de porter du pain. (D.J.)

PANIER DE MASSON, est une espece de vase d'osier à claire-voie qui sert à passer le plâtre en gros.

PANIER, (Mode) espece de jupon fait de toile, cousue sur des cerceaux de baleine, placés au-dessus les uns des autres, de maniere que celui d'en-bas est le plus étendu, & que les autres vont en diminuant à mesure qu'ils s'approchent du milieu du corps. Ce vêtement a scandalisé dans les commencemens : les ministres de l'Eglise l'ont regardé comme un encouragement à la débauche, par la facilité qu'on avoit au moyen de cet ajustement, d'en dérober les suites. Ils ont beaucoup prêché ; on les a laissé dire, on a porté des paniers, & à la fin ils ont laissé faire. Cette mode grotesque qui donne à la figure d'une femme l'air de deux éventails opposés, a duré long-tems, & n'est pas encore passée : elle tombe. On va aujourd'hui en ville & au spectacle sans panier, & on n'en porte plus sur la scene, on revient à la simplicité & à l'élégance ; on laisse un vêtement incommode à porter, & dispendieux par la quantité énorme d'étoffe qu'il emploie.

PANIER D'ARBALETE, terme d'Arbalêtier, c'est le milieu de la corde de l'arbalête à jalet, qui est fait en creux & où l'on met la bale ou le jalet lorsqu'on veut tirer.

PANIER, terme de Chandelier, les paniers des chandeliers sont quarrés, afin que les chandelles qu'ils y arrangent, soit pesées en livres, ou autrement, s'y placent plus aisément, qu'il y en tienne une plus grande quantité, & qu'elles se cassent moins. Ils sont ordinairement d'osier blanc, faits par les Vanniers-mandriers, c'est-à-dire ceux qui font les ouvrages de vannerie, clos & non à claire-voie : ces paniers ont des anses comme des paniers communs.

PANIER A CIRE, (Cirerie) on nomme ainsi dans les manufactures pour le blanchissage des cires, de grandes corbeilles rondes à deux anses, qui servent à transporter la cire en grain des magasins à la fonderie : ils sont d'osier blanc, doublés de toile. Chaque panier contient 25 livres de cire.

PANIER, (Econ. rustiq.) il se dit d'une ruche de mouches à miel, pleine de ses mouches.

PANIER DE COCHES, (Messagerie) les coches, carrosses, & autres voitures qui servent à transporter par terre les personnes, les hardes & les marchandises, ont ordinairement quelques paniers, le plus souvent deux, l'un à l'avant & l'autre au derriere de leurs coches & carrosses, où ils enferment les paquets & marchandises qu'on leur confie : on les nomme des magasins.

PANIER DE MAREE, (Chasse-marée) c'est une espece de manequin, de près de 2 piés de hauteur, de 10 à 12 pouces de diamêtre, dans lequel les chasses-marée apportent à la halle de Paris, la marée pour la provision de la ville. Chaque panier, suivant la qualité & grosseur du poisson, est composé d'un certain nombre de chaque espece. Ce sont des paniers que les vendeurs de marée en titre d'office publient, & délivrent au plus offrant & dernier enchérisseur, & sur lesquels ils ont un certain droit réglé par les déclarations du Roi. Savary. (D.J.)

PANIER DE MESSAGER, terme de Cocquetier, les messagers qui font leurs voitures sur des chevaux de somme, appellent paniers deux grandes & profondes corbeilles d'osier, qui pendent des deux côtés des bâts de leurs chevaux, dans lesquelles ils enferment les boëtes & petits paquets de marchandises.

PANIER, (Pêche marine) c'est une espece de manequin d'osier, dont l'on se sert à prendre sur la grève, à basse eau, des crevettes, grenades ou salicots, sortes de petites écrevisses.

PANIER DE VERRE, (Commerce de verre) l'on nomme ainsi dans le commerce du verre à vitre, nonseulement le panier dans lequel se transporte cette marchandise, mais encore la marchandise même qui y est contenue. Chaque panier, qu'on appelle aussi une somme, est composé de 24 pieces ou plats de verre.

PANIER, ANSE DE, terme de Maçon, ils disent qu'une arcade est faite en anse de panier, lorsque le dessus est un peu abaissé, & qu'elle n'est pas faite en plein ceintre, c'est-à-dire qu'elle est en demi-ellipse sur le grand diametre.

PANIER, ANSES DE, (Serrur.) ornemens de serrurerie, formés de deux enroulemens opposés, qui forment un anse de panier dont ils ont pris le nom.

PANIER A CLAIREE, en terme de Raffineur de sucre, est un tissu d'osier, de figure quarrée. Il est environné dans tout son contour, par haut & par bas, de deux cercles de fer, qui sont eux-mêmes soutenus aux milieu du panier par une traverse sur chaque face. Il est suspendu au-dessus de la chaudiere à clairée, sur un brancard de fer qui pose sur ses bords, & recouvert du blanchet. Voyez BLANCHET.

PANIER A ECUME, est un grand panier de deux pieces, dont le tour s'appuie sur le fond qui l'environne par un bord de 8 à 9 pouces de haut. C'est dans ces paniers que l'on passe les écumes. Voyez PASSER LES ECUMES. Il y en a qui sont tout d'une piece avec leur fond. Ceux qui en sont séparés sont plus aisés à transporter & à manier.

PANIER ROND, se dit encore d'un panier rond à deux petites anses, dans lequel on jette les petits morceaux de terre que l'on a grattés avec le couteau au bord des formes en plamotant. Voyez PLAMOTER.

PANIER A TERRE, est un ustensile d'osier à deux poignées : il contient environ cent livres pesant, & sert à porter la terre tremper. Voyez TREMPER LA TERRE.

PANIER, en terme de Vannier, c'est un vase de diverses grandeurs, & qu'on met à différens usages. Il y a des paniers à anses, & d'autres qui n'en ont point, mais seulement une espece de poignée à chaque bout. On appelle plus communément ces derniers mannes. Voyez MANNES. Il y a des paniers à chevaux, des paniers à laitiere, des paniers à bouteilles. Voyez ces mots à leur article.

PANIER A BOUTEILLES, ce sont des paniers dans lesquels le vannier a pratiqué des especes de chambrettes ou séparations, de grandeur à pouvoir tenir une bouteille.

PANIER A CHEVAL. Les Vanniers donnent ce nom à de grands paniers plus longs que larges, & fort profonds, que les chevaux ou autres bêtes de somme portent attachés à leur bât, de chaque côté de leur ventre.

PANIER DE FAISSERIE, ce sont des paniers à jour. On les divise en trois especes : les uns à fond plein ; les autres à fond à jour ; & les derniers à fond plein ou à jour, mais qui sont garnis d'une petite aire seulement par en-bas.

PANIER A LAITIERE, ce sont des paniers quarrés dont les Laitieres se servent pour transporter leurs pots de lait.


PANIONIESS. f. pl. (Antiq. grecq.) fête de toute l'Ionie en l'honneur de Neptune. Une armée de jeunes Ioniens qui étoient partis du territoire d'Athènes, ayant chassé les Cariens, les Myliens & les Leleges, de la côte maritime d'Asie qu'ils habitoient, prit possession de tout ce pays, y établit des colonies, bâtit le temple de Diane à Ephèse, & institua la fête appellée , sur le mont Mycalé, en l'honneur de Neptune héliconien. Mycalé est un promontoire de l'Ionie qui regarde Samos du côté du vent du zéphire. C'est en ce lieu que s'assembloient les Ioniens pour offrir un sacrifice, & célébrer cette fête qu'ils appellerent panionies, c'est-à-dire, fête de toute l'Ionie. Une chose remarquable dans cette fête, c'est que si le taureau destiné à être immolé, venoit à meugler avant le sacrifice, ce mugissement passoit pour être un présage de la faveur spéciale de Neptune. Potter, Archaeol. graec. tom. I. pag. 423. (D.J.)


PANIONIUM(Géog. anc.) ville de l'Ionie, sur le bord de la mer, près d'Ephèse & de Samos. C'est à Panionium que s'assembloient les douze principales villes de l'Asie mineure, auxquelles Smyrne fut ensuite ajoutée, qui faisoit la treizieme. En voici les noms : Ephèse, maintenant Ajasalouk ; Milet, aujourd'hui Palatscha ; Myus & Lebedos, détruites depuis long-tems ; Teos, village nommé Segest ; Colophon & Priene, qui ne paroissent plus ; Phocée, à-présent Paloea Foja ; Erythres, à-présent le village de Gesmé ; Clazomènes, village de Vourla ou de Kelisman ; Chios, Samos & Smyrne, qui retiennent leur ancien nom.

L'assemblée de ces villes d'Ionie s'appelloit aussi panionium, qui est un mot composé de , tout, & , Ionie, comme qui diroit assemblée de tous les Ioniens. On y célébroit une fête en l'honneur de Neptune héliconien, & les sacrifices qu'on y faisoit à ce dieu, étoient aussi nommés panionies. Cette fête, & par conséquent l'union des treize villes qu'on vient de nommer, subsistoit encore au tems de l'Empereur Trébonianus Gallus, c'est-à-dire, l'an 251 de Jesus-Christ. On a une médaille grecque de ce prince, où la fête est représentée par un autel, auprès duquel est le taureau qui doit être immolé, & qui est environné de treize figures qui paroissent tenir chacune un flambeau. (D.J.)


PANIQUETERREUR, (Littérat.) c'est ainsi, dit Pausanias, qu'on appelle ces frayeurs qui n'ont aucun fondement réel, parce qu'on les croit inspirées par le dieu Pan. Brennus ayant fait une irruption dans la Grece à la tête d'une nombreuse armée de Gaulois, la seconde année de la cent-vingtieme olympiade, s'avança jusqu'à Delphes ; les habitans consternés recoururent à l'oracle ; le dieu leur déclara qu'ils n'avoient rien à craindre, & les assura de sa puissante protection. En effet, continue l'historien, on vit tout-à-coup des signes évidens de la vengeance du ciel contre les barbares : le terrein qu'occupoit leur armée, fut agité de violens tremblemens de terre ; des tonnerres & des éclairs continuels, nonseulement les effrayoient sans cesse, & les empêchoient d'entendre les ordres de leurs généraux. La foudre tomboit sur leurs têtes, & des exhalaisons enflammées les réduisoient en poudre eux & leurs armes.... Mais la nuit leur fut encore plus funeste, car l'horreur des ténébres les agita d'une terreur panique, & leur fit prendre de fausses allarmes. La crainte s'empara de tous leurs sens, & l'épouvante fut si grande, que se divisant en plusieurs pelotons, ils s'entretuoient les uns les autres, croyant se battre contre des Grecs. Cette erreur qui ne pouvoit être qu'un effet de la colere des dieux, dit encore Pausanias, dura jusqu'au jour, & causa à ces barbares une perte de plus de dix mille hommes ; le reste périt en se sauvant. (D.J.)


PANISS. m. panicum, (Hist. nat. Botan.) genre de plante qui ne differe du millet que par l'arrangement des fleurs & des semences qui forment des épis fort serrés. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE & PANIC. (I)

PANIS, (Diete) La semence de cette plante qui est farineuse, a beaucoup d'analogie avec le millet. (Voyez MILLET, & l'art. FARINE, FARINEUX, & PANIC.) La farine qu'elle fournit & qui est mangée dans quelques contrées, comme celle du petit-millet, lui est encore inférieure en beauté. Au rapport de Clusius, on cultive cette plante en Bohème & dans quelques autres provinces d'Allemagne, en Hongrie, &c. où elle fournit un mauvais pain, & des bouillies aux habitans de la campagne ; mais ce n'est là qu'une ressource pour les pays malheureux où on ne peut avoir mieux. (b)


PANIUM(Géog. anc.) promontoire d'Europe, sur la côte du Bosphore de Thrace, parallele, selon Pierre Gilles, aux îles Cyanées. Ortelius dit qu'on le nomme aujourd'hui vulgairement Phanorion. Il y a aussi une caverne de Syrie, qui porte le nom de Panium. Elle est située dans la montagne Panéus, près la source du Jourdain ; c'est-là qu'Hérode le Grand fit bâtir un temple de marbre blanc en l'honneur d'Auguste, selon le récit de Josephe, antiq. jud. liv. V. chap. xiij. (D.J.)


PANMACHIONS. m. (Art gymn.) , nom donné par quelques auteurs à l'exercice du pancrace. Ils ont appellé en conséquence les combattans, . Potter, Archaeol. graec. l. II. c. xxij. tome I. p. 444. (D.J.)


PANNES. f. (Architect.) c'est dans un bâtiment une piece de bois, qui portée sur les tasseaux & chantignoles des forces d'un comble, sert à en soutenir les chevrons. Il y a des pannes qui s'assemblent dans les forces, lorsque les fermes sont doubles. On nomme panne de brisis celle qui est au droit du brisis d'un comble à la mansarde. Voyez PANNE DE BRISIS. Les pannes sont appellées templa par Vitruve.

PANNE, (Blanchiss.) c'est, en Anjou, une espece de cuvier de bois, dont on se sert pour lessiver les toiles que l'on veut mettre au blanchiment.

PANNE, terme de Chaircutier, graisse de porc qui n'est ni battue ni fondue, mais que l'on bat, & que l'on fond quand on veut faire du sain-doux.

PANNE, (Charpenterie) piece de bois, de six ou sept pouces en quarré, entre deux jambes de force, & entre le faîte & l'entablement, sur laquelle posent les bouts des chevrons qui ne pourroient pas être assez longs, pour aller du haut du toît jusqu'en-bas ; ou assez forts, pour soutenir les lattes & l'ardoise, ou les tuiles.

Comme les pannes sont des pieces de bois posées horisontalement le long des demi-toîts, ensorte que les chevrons supérieurs & inférieurs s'appuient sur elles, chacun par une de leurs extrémités, elles doivent s'opposer à l'effort que fait le toît pour perdre sa rectitude & se fléchir. Mais le plus souvent elles s'y opposent inutilement, & d'autant moins qu'elles tendent elles-mêmes à se fléchir par leur propre poids. Aussi est-il très-commun de voir des toîts qui se démentent & se courbent, d'où s'ensuit la ruine du faîte, & tout ce qu'il est aisé d'imaginer d'inconvénient.

On pourroit faire les pannes plus fortes & d'un plus gros équarrissage ; mais ce remede seroit cher, & chargeroit beaucoup le toît ; il y auroit peut-être encore d'autres remedes que nous obmettons, pour en venir à celui qu'a proposé M. Couplet.

Il faut, selon lui, faire ensorte que la panne ait peu à travailler, que même elle ne travaille point du tout, auquel cas on pourroit absolument s'en passer ; & ce ne sera plus qu'une sûreté de surcroît, qui par conséquent pourra être aussi petite & couter aussi peu qu'on voudra.

Cela se trouvera, si le toît est composé de deux parties distinctes qui soient parfaitement en équilibre, c'est-à-dire, telles que tout l'effort de l'une soit soutenu & contrebalancé par l'autre.

Pour cet effet, on voit d'abord qu'il faut que le toît soit brisé, ou en mansarde. Deux chevrons du même demi-toît, l'un supérieur, l'autre inférieur, qu'on suppose égaux, s'appuieront l'un contre l'autre à l'endroit où le toît est brisé, & on fera la panne qu'on appelle alors panne de brisis. Le chevron supérieur s'appuie par son extrémité supérieure contre un chevron de l'autre demi-toît ; & l'inférieur s'appuie par son extrémité inférieure contre la sabliere. Dans cet état, les deux chevrons s'arcboutent l'un contre l'autre, & il s'agit de les mettre en équilibre.

L'effort vertical du chevron supérieur pour tomber, étant soutenu par le chevron de l'autre côté qui en a un pareil, il ne lui reste que l'effort horisontal, par lequel il tend à faire tourner le chevron inférieur sur son point d'appui de la sabliere, & par conséquent à la renverser de dedans en-dehors ; cet effort est horisontal, & comme il agit sur ce point fixe de la sabliere, il agit d'autant plus puissamment qu'il en est à une plus grande distance ; ce qui se détermine par le lieu où est le centre de gravité du chevron à l'égard de ce point fixe. C'est-là un bras de levier par lequel il faut multiplier l'effort pour avoir l'énergie du chevron supérieur : d'un autre côté, l'inférieur résiste par sa pesanteur à l'effort du supérieur, il a aussi son bras de levier par rapport au même point fixe ; car son centre de gravité, où réside toute sa force pour résister, lui donne aussi une distance à l'égard de ce point, & par conséquent une énergie de même nature que l'autre ; après cela, ce n'est plus l'affaire que de l'algèbre & du calcul, de trouver les expressions des efforts & de leurs bras de leviers, & de prendre les deux énergies pour égales, puisqu'elles doivent l'être dans le cas de l'équilibre cherché. Hist. de l'acad. des Scienc. année 1731. (D.J.)

PANNE DE BRISIS, (Charp.) est celle qui soutient le pié des chevrons à l'endroit où le comble est brisé, & qui reçoit les chevrons du brisis, comme dans les combles en mansarde ou combles brisés. Voyez nos Pl. de Charpente.

PANNES, (Charp.) sont des pieces de bois qui portent par les bouts sur les Arbalêtriers, & qui y sont soutenues, pour les empêcher de glisser, par le tasseau & la chantignole. On les fait porter l'une sur l'autre en les coupant en délardement à demi-bois, pour qu'elles ne fassent qu'une même grosseur. Voyez nos Pl. de Charpente.

PANNE, AILE, BRAS, terme de pêche, usités dans le ressort de l'Amirauté de Marennes. Ce sont les côtés des pêcheries tendues, flottées, ou montées sur piquets.

PANNE, METTRE EN PANNE, (Marine) c'est virer le vaisseau vent devant, & mettre le vent sur toutes les voiles, ou sur une partie, afin de ne pas tenir ni prendre le vent, ce qui se fait quand on veut retarder le cours du vaisseau pour attendre quelque chose, ou laisser passer les vaisseaux qui doivent aller devant ; mais cela ne se fait que de beau tems. Nous mîmes nos voiles d'avant en panne, & notre grand hunier à porter, pour laisser les vaisseaux qui avoient ordre de chasser l'avant.

Etre en panne, c'est ne pas tenir ni prendre le vent.

Etre mis sur panne. Mettre un vaisseau en panne, c'est faire pancher un vaisseau en mettant le vent sur ses voiles sans qu'il fasse de chemin, & cela se fait afin d'étancher une voie d'eau qui se trouve de l'autre bord du vaisseau, du côté que le vent vient.

PANNE, (Manufact.) étoffe de soie veloutée qui tient le milieu entre le velours & la pluche, ayant le poil plus long que celui-là, & moins long que celui-ci. Il se fabrique à-peu-près de même que le velours, & son poil provient d'une partie de la chaîne coupée sur la regle de cuivre. La chaîne & la trame sont de laine, & le poil est de soie.

PANNE, terme d'ouvrier, se dit chez les artisans qui se servent du marteau, de la partie de la masse qui est opposée à la tête & qui va en diminuant.

PANNE, terme de Serrurier & de Taillandier, & autres ouvriers en fer, commandement du maître forgeron. C'est comme s'il disoit : frappez de la panne, ce qui arrive lorsqu'il faut allonger ou élargir le fer.


PANNEAUS. m. (Architect.) c'est l'une des faces d'une pierre taillée. On appelle panneau de douelle, un panneau qui fait en-dedans ou en-dehors la curvité d'un voussoir ; panneau de tête, celui qui est au-devant ; & panneau de lit, celui qui est caché dans les joints. On appelle encore panneau ou moule, un morceau de fer-blanc ou de carton, levé ou coupé sur l'épure pour tracer une pierre.

Panneau de fer, morceau d'ornement de fer forgé ou fondu, & renfermé dans un chassis, pour une rampe, un balcon, une porte, &c. Il se fait aussi de ces panneaux par simples compartimens.

Panneau de glace. C'est dans un placard un compartiment de miroirs pour réfléchir la lumiere & les objets, & pour faire paroître un appartement plus long.

Panneau de maçonnerie ; c'est entre les pieces d'un pan de bois ou d'une cloison, la maçonnerie enduite d'après les poteaux. C'est aussi dans les ravalemens des murs de maçonnerie, toute table qui est entre des naissances, plates-bandes & cadres.

Panneau de menuiserie ou de remplage ; c'est une table d'ais minces, collés ensemble, dont plusieurs remplissent le bâti d'un lambris ou d'une porte d'assemblage de menuiserie. On appelle panneau recouvert, le panneau qui excede le bâti, & qui est ordinairement moulé d'un quart de rond, comme on en voit à quelques portes cocheres.

On nomme encore panneaux du bois de chêne fendu & débité en planches de différentes grandeurs, de 6 à 8 lignes d'épaisseur, dont on fait les moindres panneaux de menuiserie.

Panneaux de sculpture ; c'est un morceau d'ornement taillé en bas-relief, où sont quelquefois représentés des attributs ou des trophées, pour enrichir les lambris & placards de menuiserie. On fait de ces panneaux à jour pour les clôtures de choeur, dossiers d'oeuvre d'église, &c. & pour servir de jalousies à des tribunes.

Panneau de vitre ; c'est un compartiment de pieces de verre, dont les plus ordinaires sont quarrées, & les autres sont en tranchoirs ou octogones, en tringlettes, chaînons, &c. On fait aussi des compartimens de pieces de verre distingués par des plates-bandes de verre blanc. Voyez les principes d'architecture &c. par M. Felibien, liv. I. ch. xxj.

Panneau d'ornemens ; espece de tableau de grotesque, de fleurs, de fruits, &c. peint ordinairement à fond d'or, pour enrichir un lambris, un plafond, &c. Daviler. (D.J.)

PANNEAU FLEXIBLE, (Architect.) c'est celui qui est fait sur du carton, du fer-blanc, ou avec une lame de plomb, pour pouvoir être plié & appliqué sur une surface concave ou convexe, cylindrique ou conique.

PANNEAU, terme de Bourrelier ; piece de cuir qui embrasse le dos du cheval ou de la bête de somme, où il y a un lit de paille ou de bourre, & sur quoi sont posés les fûts du bât. (D.J.)

PANNEAU, (Chapelier) c'est une espece de chevalet qui soutient une des extrémités de la corde de l'arçon des chapeliers, & sur lequel pose la chanterelle qui sert à la bander, & à lui donner pour ainsi dire le ton qui fait connoître qu'elle est assez tendue pour faire voguer l'étoffe. Diction. de Commerce.

PANNEAU, terme de chasse, c'est un filet qui, lorsqu'il est tendu, paroît comme un pan de muraille, & dont on se sert pour prendre des lapins, des lievres, des chats, des blaireaux, des renards. On fait des panneaux simples, des doubles & des contremaillés. (D.J.)

PANNEAUX, en terme de Friseur d'étoffes, sont des roues de champ qui ne different du rouet du manege, que parce qu'ils sont placés verticalement. La machine à friser a deux de ces panneaux qui donnent le mouvement aux deux petites lanternes des fers à friser. L'un est à gauche hors le chassis, & à droite dans ce chassis près des traverses ; & tous deux sont montés sur l'arbre de couche. Voyez F E, fig. 3. & 4 de la machine à friser, Pl. de la Draperie.

PANNEAUX, (Marine) c'est l'assemblage des planches qui servent de trappes ou mantelets qui ferment les écoutilles d'un vaisseau. Les panneaux communs s'appellent panneaux à vassoles.

Panneaux à boîte ; ce sont des panneaux qui s'emboîtent avec une bordure qu'on met autour de ces sortes d'écoutilles, au-lieu que les panneaux à vassoles tombent dans les feuillures des vassoles. Voyez ECOUTILLES.

Le grand panneau, c'est la trappe ou mantelet qui ferme la plus grande écoutille, laquelle est toujours en avant du grand mât.

PANNEAU, terme de Sellier ; ce sont deux coussinets pleins de bourre ou de crin qu'on met sous la selle pour empêcher qu'elle ne blesse le cheval. (D.J.)

PANNEAU, terme de Vitrier ; c'est un assemblage de plusieurs morceaux de verre taillés de diverses figures, & attachés les uns aux autres par des plombs à rainures tirés dans le tire-plomb. Les vitrages des églises sont composés de divers panneaux.


PANNELLESS. f. (Blason) feuilles de peupliers peintes sur l'écu.


PANNERv. act. en terme d'ouvrier en fer ; se dit de l'action de creuser une piece à coups de marteau, dont la panne laisse la forme sur la piece.


PANNETONS. m. terme de Serrurerie ; c'est la partie de la clé où sont les dents. Il se dit aussi dans le blason de la même chose.

Il y a des pannetons fendus en roue, en S & en pleine croix ; des pannetons fendus à fond de cuve, avec pleine croix & bâton-rompu.

Il y a le panneton de l'espagnolette. C'est une partie saillante sur le corps de l'espagnolette, qui entre dans l'agrafe posée sur le guichet droit des croisées lorsqu'on ferme. Il sert aussi à fermer le guichet gauche, parce qu'en tournant le poignet de l'espagnolette pour la fermer, il va poser sur ce guichet.


PANNICULEPANNICULE

On trouve bien le pannicule charnu dans les quadrupedes, mais non pas dans les hommes, dont les muscles cutanés sont en fort petit nombre, & pour la plûpart d'une fort petite étendue, excepté celui que M. Winslou appelle muscle cutané en particulier ; mais ce muscle même ne sauroit être vraisemblablement regardé comme un tégument commun.

Il n'y a point de membrane commune des muscles qui couvre le corps comme un tégument, attendu que ce ne sont que des expansions particulieres des membranes de quelque muscle, ou des expansions aponévrotiques procédant d'autres muscles.

Les allongemens de la lame de la membrane adipeuse ou cellulaire, peuvent aussi avoir donné occasion à cette méprise, sur-tout dans les endroits où cette membrane est étroitement unie à la membrane propre des muscles. (D.J.)


PANNOMIE(Droit ecclésiastiq.) c'est ainsi que s'appelle un recueil des lois ecclésiastiques, dressé par Yves de Chartres, vers l'an 1100. Ce nom est composé de , qui signifie tout, & de , qui veut dire loi ; comme qui diroit collection de toutes les lois ecclésiastiques. (D.J.)


PANNONS. m. (Art milit.) étendard à longue queue, qui appartenoit autrefois à un simple gentilhomme. C'est proprement un guidon à placer sur une tente. La banniere étoit quarrée, & quand on faisoit quelqu'un banneret, on coupoit la queue de son pannon, d'où est venu l'ancien proverbe, faire de pannons banniere, pour s'élever d'une dignité à une dignité supérieure. Il y a encore à Lyon des capitaines de quartier, qu'on appelle pannons, & leurs compagnies pannonages. Ce mot vient de pannus, drap.

PANNON GENEALOGIQUE, (Blason) écu chargé des diverses alliances des maisons dont un noble est descendu. Il sert à faire ses preuves. Il comprend les armes du pere & de la mere, de l'ayeul & de l'ayeule, du bisayeul & de la bisayeule. Il est composé de huit, de seize, de trente-deux quartiers, sur lesquels on dresse l'arbre généalogique.


PANNONIE(Géog. anc.) Pannonia, ancienne contrée de l'Europe, & qui a toujours été regardée comme une de ses principales parties. Pline liv. III. ch. xxv. dit qu'elle avoit le Danube au nord, & la Dalmatie au midi ; il faut ajoûter qu'elle avoit la haute Moësie à l'orient, & le Norique au couchant. Les Pannoniens habitoient sur le bord du Danube.

Philippe roi de Macédoine, fit de ce pays une de ses premieres conquêtes ; mais les Pannoniens s'étant révoltés, Alexandre le grand les assujettit de nouveau avec l'Illyrie & l'Esclavonie. Les Gaulois conduits par Brennus & Belgius, conquirent depuis la Pannonie sur Ptolomée, surnommé le foudroyant ; mais Jules César enleva une partie de la Pannonie aux Gaulois ; & les Alpes pannoniques par lesquelles il s'en ouvrit le chemin, furent appellées Julies, de son nom. Auguste & Tibere acheverent de soumettre le reste du pays. Les Pannoniens depuis ce tems-là demeurerent tributaires des Romains, jusqu'à la décadence de l'empire, qu'ils furent assujettis par les Goths, & ensuite par les Huns, peuples de la Scythie asiatique, qui ayant passé dans la Sarmatie européenne, ravagerent la plus grande partie de l'Europe sous Valentinien. Quelques auteurs prétendent que ce fut de ces Huns, que la Pannonie reçut le nom de Hongrie, lorsqu'ils s'y furent retirés, après la défaite de leur roi Attila, dans la plaine de Châlons-sur-Marne.

On compte quatre empereurs venus de la Pannonie ; savoir, M. Aurelius Probus, Cn. Messius Decius, surnommé Trajan, Flave Jovien, & Flave Valentinien, fils d'un Gratien, qui vendoit des cordes à Gibale.

La Pannonie fut d'abord divisée par les Romains en haute & basse Pannonie. Ptolomée vous indiquera les bornes & les villes de chacune de ces provinces ; c'est assez pour moi d'ajouter ici, que dans la suite des tems, la haute- Pannonie fut appellée premiere consulaire, & la basse fut nommée seconde consulaire. (D.J.)


PANNUSterme de Chirurgie ; maladie de l'oeil, qui consiste en la formation d'une membrane contre nature, qui s'étend sur la partie antérieure de l'oeil, & qui quelquefois couvre la cornée transparente. Voyez ONGLET.

La pannus est une espece d'ongle entrelacé de veines & d'arteres assez grosses. On le nomme ongle variqueux & panniculus ; c'est le sebel des Arabes. (Y)


PANOMA(Hist. nat. Bot.) arbre des Indes orientales qui vient de la grandeur d'un coignassier. Sa feuille est semblable à celle de la mauve, & son fruit à une aveline. Son bois est très-purgatif, il est un excellent antidote contre toutes sortes de poisons. On le vante aussi pour les fievres, les coliques, la gravelle & l'hydropisie, &c. Sa dose est depuis un grain jusqu'à un demi-scrupule, que l'on prend dans du bouillon ; les Indiens qui cultivent cet arbre le cachent soigneusement aux Européens.


PANOMPHÉEadj. m. & f. (Ant. grecq.) , surnom que les Grecs donnoient à Jupiter, non pas seulement parce qu'il étoit adoré de toutes les nations, ou, pour m'exprimer avec Eustathe, parce que les voix de tous les peuples se tournoient vers lui ; mais sur-tout parce qu'il étoit l'auteur de toutes les divinations, ayant entre les mains les livres du destin, dont il reveloit plus ou moins selon son plaisir, aux prophetes qui parloient par sa voix. Voyez Potter, t. I. p. 263.


PANONCEAUS. f. (Arch.) c'est ainsi qu'on nomme une girouette qui a des armes peintes ou évuidées à jour ; c'étoit autrefois une marque de noblesse. (D.J.)

PANONCEAUX, s. m. pl. (Jurisprud.) que l'on appelloit aussi par corruption pénonceaux ou pénoncels, vient du latin pannum, qui signifie un drapeau, un pan, morceau ou lambeau de drap ou de lange qui sert de marque pour désigner quelque chose.

L'usage des panonceaux paroît tirer son origine des brandons ou marques que les Grecs & les Romains mettoient sur les héritages pour annoncer qu'ils étoient hypothéqués.

En France on n'use pas de brandons ni de panonceaux pour marquer qu'un héritage est hypothéqué ; on met des brandons pour marque de saisie.

Les panonceaux royaux sont des placards, affiches ou tableaux, sur lesquels sont représentées les armes du roi.

On appose ces panonceaux sur la porte ou entrée d'une maison ou autre héritage, pour marquer que ce lieu est sous la sauvegarde ou protection du roi, ou bien pour signifier que l'héritage est sous la main de la justice, c'est-à-dire qu'il est saisi réellement.

Les panonceaux royaux sont aussi appellés bâtons royaux, parce que les bâtons royaux sont passés en sautoir derriere l'écu, ou parce qu'on se contente de représenter dans le tableau les bâtons royaux.

Dans plusieurs lettres de sauvegarde les armes du roi étoient peintes.

On mettoit de ces panonceaux sur les lieux qui étoient en la sauve-garde du roi dans les pays de droit écrit.

On en mettoit aussi quelquefois, & en cas de péril imminent, sur les maisons de ceux qui étoient en la sauve-garde du roi, quoiqu'elles ne fussent pas situées dans le pays de droit écrit ; il y a plusieurs exemples de sauve-gardes pareilles, dont les lettres sont rapportées dans le quatrieme volume des ordonnances de la troisieme race.

Présentement l'on ne fait plus à cet égard aucune distinction entre les pays coutumiers & les pays de droit écrit.

Suivant une ordonnance de Louis X. du 17 Mai 1315, & une de Philippe le Long, du mois de Juin 1319, les panonceaux royaux ne doivent être apposés dans les lieux de jurisdiction seigneuriale que dans les cas qui sont réservés au roi, & avec connoissance de cause.

Bacquet dans son traité des droits de justice, ch. 26. n. 11. dit qu'en matiere de saisie-réelle & de criées ; les sergens royaux sont les seuls qui puissent apposer les panonceaux. Voyez le glossaire de M. de Lauriere, au mot panonceaux.


PANOPES. f. (Mythol.) fille de Nérée & de Doris, étoit une des divinités marines, que les matelots invoquoient le plus fréquemment pendant la tempête, avec Glaucus & Mélicerte ; son nom signifie celle qui donne toutes sortes de secours. (D.J.)

PANOPE, (Géog. anc.) ville de la Phocide, à laquelle Homere dans son Odyssée, A, v. 580, donne le surnom d'agréable pour ses danses.


PANOPLIES. f. (Hist. ecclésiast.) exposition de toutes les hérésies, avec leur réfutation tirée des peres. Euthimius Zigabene, moine, fut l'auteur de la panoplie. Ce fut l'empereur Alexis qui lui ordonna cet ouvrage. Panoplie armure complete de doctrine.


PANOPOLIS(Géog. anc.) ville d'Egypte dans la Thébaïde, remarquable par la naissance du poëte grec Nonnus, qui florissoit dans le cinquieme siecle ; on a de lui un poëme intitulé Dionysia.

Horus-Apollon étoit aussi natif de Panopolis. Il enseigna la grammaire à Alexandrie, & ensuite à Constantinople sous l'empire de Théodose. La meilleure édition de ses hiéroglyphes, est celle d'Utrecht, en 1727, in-4 °. en grec & en latin, avec des notes par Jean Corneille de Pauw. (D.J.)


PANORMIES. f. (Hist. mod.) recueil de toutes les loix, de , tout, & de , loi. C'est le titre d'un decret attribué à Yves de Chartres, mais qui n'est pas de lui. Sigebert prétend que Hugues de Châlon en est auteur.


PANORMUS(Géog. anc.) nom commun à plusieurs lieux ; 1°. ville de Sicile, sur la côte septentrionale de l'île, dont les Phéniciens passent pour être les fondateurs. De l'aveu de tout le monde, elle est la même que celle que nous nommons aujourd'hui Palerme.

2°. Panormus, ville de l'île de Crete, sur la côte septentrionale, selon Ptolomée, l. III. c. xvij.

3°. Ville de la Macédoine, dans la Chalcidie, selon le même Ptolomée, l. III. c. xiij.

4°. Port & ville de l'Achaïe propre, selon Pausanias, l. VII. c. xxij. Thucydide, l. II. Pline, l. IV. c. xj. Polybe, l. V. p. 102.

5°. Port de l'Attique, près du promontoire Sunium.

6°. Port d'Afrique, dans la Marmarique.

7°. Port de la ville Oricum, sur la mer Ionienne, selon Strabon, l. VII. p. 316, &c. (D.J.)


PANOS(Géog. anc.) nom commun à plusieurs lieux ; 1°. à un promontoire de l'île de Rhodes ; 2°. à une ville d'Egypte nommée par Ptolomée, Panopolis ; 3°. à une montagne de l'Attique ; 4°. à un bois sacré, près de l'île de Méroé, & que les Gymnosophistes habitoient.


PANOSSAKESS. m. pl. (Comm. d'Afriq.) ce sont des pagnes dont se servent les negres sur la plûpart des côtes d'Afrique : les Européens qui trafiquent sur la riviere de Gambie, en tirent beaucoup du royaume de Cantor, où se font les meilleures ; elles sont rayées de couleur de feu.


PANOU(Hist. nat.) oiseau du Brésil, qui est de la grosseur d'un merle, & dont le plumage est noir ; à l'exception de celui qui couvre son estomac, qui est d'un rouge foncé ou sang de boeuf.


PANQUES. f. (Botan. exot.) plante qui croît au Chily, grande contrée de l'Amérique dans la mer du Sud : on se sert de sa tige bouillie, avec le maki & le gonthion, autres arbrisseaux du pays, pour teindre en noir, & sa teinture ne brûle point les étoffes, comme le noir de l'Europe ; cette plante ne se trouve que dans les lieux marécageux ; la feuille est ronde, tissue, comme celle de l'acanthe, & n'a guere moins de deux ou trois piés de diametre : les voyageurs ne nous disent rien de ses fleurs & de ses graines.


PANQUÉCALUZIS. m. (Hist. mod.) quatorzieme des dix-huit mois chacun de vingt jours, qui composent l'année des Méxicains.


PANS-COUPÉS(Archit.) il y a des escaliers qu'on appelle à pans-coupés à cause que les angles sont coupés, & que la cherche a huit pans.

On appelle aussi pans-coupés toutes figures dont les angles sont coupés.

PAN DE BASTION, (Fortificat.) c'est la partie du bastion terminée par l'angle de l'épaule & par l'angle flanqué.

PAN, mesure de Languedoc & de Provence. Voyez PALME.

PAN DE BOIS, (Charpenterie) clôture de charpenterie, qui sert à séparer des chambres, & à faire des retranchemens.

PANS en terme de Diamantaires, sont les facettes d'un diamant. Ces pans se nomment bizeaux ou pavillons, selon qu'ils sont sur la table ou sur la culasse du diamant.

PAN, s. m. terme de Tapissier & de Menuisier ; ce mot se dit en parlant de lit ; c'est une piece de bois large de quatre pouces, épaisse de deux, & longue conformément au lit. Il y a dans un bois de lit quatre pans : deux de longueur & deux de largeur.

PAN DE RETS, terme de Chasse ; ce sont les filets avec lesquels on prend les grandes bêtes.


PANSARDvoyez BARBUE.


PANSES. f. (Gram.) il se dit du ventre, lorsqu'il est gros, rond & trop élevé.

C'est aussi le premier des ventricules des animaux ruminants ; il est fort grand.

Il est couvert intérieurement d'une infinité de petites éminences serrées, fermes & solides ; c'est-là que se fait la premiere coction des herbes.

Panse se dit de la partie gonflée d'une lettre, une panse d'a.

PANSE, (Maréchal) les Maréchaux appellent ainsi l'estomac des chevaux.

PANSE, terme de Fondeur de cloches ; on appelle les panses d'une cloche, les endroits où le battant frappe quand elle est en branle. Voyez FONTE DES CLOCHES.

La panse se nomme aussi bord ; c'est pour l'ordinaire l'épaisseur de la panse ou du bord, qui regle l'épaisseur, la hauteur & le diametre d'une cloche.


PANSELENES. m. signifie dans l'Astronomie grecque & dans quelques anciens Astronomes la pleine lune ; ce mot vient des mots grecs , tout, & , lune, parce que dans la pleine lune, on voit toute la partie de cette planete qui est tournée vers la terre. Voyez LUNE. (O)


PANSEMENTS. m. PANSER, v. act. terme relatifs à la Chirurgie ; application d'un appareil propre à maintenir une partie en situation, & à contenir les remedes qui lui sont convenables. Voyez APPAREIL.

Les regles générales qu'il faut observer en appliquant les appareils, se réduisent à panser doucement, pour exciter le moins de douleur qu'il est possible ; mollement, c'est-à-dire en n'introduisant point sans nécessité dans les plaies, des tentes, des bourdonnets & autres corps dilatans, dont l'application empêche la réunion & peut occasionner plusieurs autres accidens. Voyez BOURDONNETS.

La troisieme regle prescrit de panser promptement, pour ne pas laisser la partie trop long-tems exposée aux injures de l'air, dont l'impression peut coaguler les sucs & retrécir le diametre des vaisseaux. Il faut pour cette raison, fermer les rideaux du lit du malade pendant qu'on le panse, & tenir auprès de lui du feu dans un réchaud.

Nous allons rapporter, d'après M. de la Faye, ce qu'il dit dans ses principes de Chirurgie, sur la maniere dont on doit exécuter ces regles.... On met d'abord le malade & la partie malade dans une situation commode, pour lui & pour le chirurgien ; on leve les bandes ou bandages & les compresses, sans remuer la partie ; quand le pus ou le sang les ont collés à la partie, on les imbibe d'eau tiéde ou de quelqu'autre liqueur pour les détacher ; si c'est une plaie qu'on panse, on en nettoye les bords avec la feuille de myrthe & avec un petit linge ; on ôte ensuite les plumaceaux, les bourdonnets & les tentes avec les pincettes ; on essuie légerement la plaie avec une fausse tente ou un bourdonnet mollet, ou du linge fin, pour ne causer que le moins de douleur qu'il est possible, & pour ne point emporter les sucs nourriciers ; on a toujours soin de tenir sur la partie ou sur l'ulcère un linge pour les garantir des impressions de l'air ; on fait les injections, les lotions, les fomentations nécessaires ; on applique ensuite le plus doucement, le plus mollement & le plus promptement qu'il est possible, un appareil nouveau, couvert des médicamens convenables ; on fait ensuite le bandage approprié. Voyez BANDAGE.

Les intervalles qu'on doit mettre entre les pansemens doivent être déterminés par l'espece de la maladie, par son état, par les accidens auxquels il faut remédier, & par la nature des médicamens appliqués.

Le premier pansement ou la levée du premier appareil, ne doit se faire à la suite des grandes opérations, qu'après trois ou quatre jours ; à moins que quelque accident, une hémorragie par exemple, n'oblige à le faire plus tôt. Ce premier pansement seroit fort douloureux, si l'on n'attendoit pas que l'appareil, humecté par le suintement ichoreux qui précede la suppuration, puisse se détacher aisément. On panse ordinairement les ulcères tous les vingt-quatre heures, lorsqu'ils sont en bonne suppuration ; si le pus étoit de mauvaise qualité ou s'il se formoit en trop grande abondance, il seroit à-propos de multiplier les pansemens. Dans les plaies simples, les fractures, les hernies, les luxations où la nature doit agir avec tranquillité, il faut panser rarement ; il ne faut pas que le chirurgien qui est l'aide & le ministre de la nature, vienne la troubler dans ses opérations par une curiosité mal placée. Les tumeurs & autres maladies sur lesquelles on applique des cataplasmes doivent être pansés fréquemment, afin de renouveller les médicamens, qui s'alterent ou se corrompent plus ou moins promptement, suivant leur nature. Les maladies qui n'exigent que des fomentations, ne doivent être découvertes des compresses qui les enveloppent, que pour voir les progrès ou la diminution des accidens ; dans ce cas, on renouvelle souvent les fomentations, mais on ne touche point chaque fois à l'appareil, puisqu'il suffit d'entretenir la partie chaude & humide ; la fomentation ayant l'usage d'un bain local. Voyez FOMENTATION.

L'académie royale de Chirurgie avoit proposé pour le prix qu'elle distribueroit en 1734, de déterminer dans chaque genre de maladies chirurgicales, les cas où il convient de panser fréquemment, & ceux où il convient de panser rarement. On trouve sur cette proposition deux mémoires imprimés dans le premier tome des pieces qui ont concouru pour le prix de l'académie royale de Chirurgie, publié en 1753. (Y)

PANSEMENS, (Maréchallerie) c'est le soin qu'on a des chevaux, pour leurs besoins & leur propreté.


PANSEROTESCHou PALUCHE, s. f. épée longue & menue que les hussards portent quelquefois le long du cheval, depuis le poitrail jusqu'à la croupe au défaut de la selle. Ils se servent de cette arme pour piquer, ou comme dit le pere Daniel, embrocher l'ennemi ; il se sert de ce terme, dit cet auteur, parce que cette épée est une espece de broche ; quand ils en usent, ils l'appuient sur le genouil. Ils ne se servent guere de cette arme en France, mais elle fait partie de leur armement dans les troupes de l'empereur. Hist. de la Milice françoise, tome II. p. 518. (Q)


PANT-SÉE(Hist. des supplices) nom de l'instrument dont on punit les coupables à la Chine. C'est une grosse canne de bambou, bois dur & massif, fendue à-demi, plate, & de quelques piés de longueur. Elle a par le bas la largeur de la main, & est par le haut polie & déliée.

Lorsque le mandarin tient son audience, il est assis gravement devant une table, sur laquelle est un étui rempli de petits bâtons longs d'un demi-pié, & larges de deux doigts. Plusieurs huissiers armés de pant-sée l'environnent. Au signe qu'il donne, en tirant & jettant ces bâtons, on saisit le coupable, on l'étend ventre contre terre, on lui abaisse le haut-de-chausse jusqu'aux talons ; & autant de petits bâtons que le mandarin tire de son étui, & qu'il jette par terre, autant d'huissiers se succedent, qui appliquent les uns après les autres chacun cinq coups de pant-sée sur la chair nue du coupable. On change l'exécuteur de cinq coups en cinq coups, ou plutôt deux exécuteurs frappent alternativement chacun cinq coups, afin qu'ils soient plus pesans & que le châtiment soit plus rude. Il faut néanmoins remarquer que quatre coups sont réputés cinq ; & c'est ce qu'on appelle la grace de l'empereur, qui comme pere, par compassion pour son peuple, diminue toujours quelque chose de la peine.

Ce n'est pas seulement en siégeant au tribunal qu'un mandarin a le droit de faire donner la bastonnade, il a le même privilege en quelque endroit qu'il se trouve, même hors de son district : c'est pourquoi quand il sort, il est toujours accompagné d'officiers de justice qui portent des pant-sée. Il suffit à un homme du petit peuple qui est à cheval, de n'avoir pas mis pié à terre, ou d'avoir traversé la rue en présence d'un mandarin pour recevoir quatre coups de bâton par son ordre. L'exécution est si prompte, qu'elle est souvent faite avant que ceux qui sont présens s'en soient apperçus. Les maîtres usent du même châtiment envers leurs disciples, les peres envers leurs enfans, & les seigneurs envers leurs domestiques ; avec cette différence, que le pant-sée dont ils se servent, est moins long, & moins large, que celui des huissiers d'un mandarin. (D.J.)


PANTACHATESS. f. (Hist. nat.) nom dont quelques auteurs se sont servis pour désigner une agate mouchetée, comme la peau d'une panthere.


PANTACHUS(Géog. anc.) Pantagias, Pantacias ou Pantagies, fleuve de Sicile. Ptolomée, l. III. c. iv. place son embouchure sur la côte orientale de l'île, entre le promontoire & la ville de Catane ; & Pline, l. III. c. viij. la met entre Mégaris & Syracuse. Ils se trompent tous deux, selon Cluvier, l. I. c. xj. qui prétend que Virgile a donné la véritable situation de l'embouchure de ce fleuve ; savoir, entre les cavernes des Cyclopes & le golfe de Mégare. L'extrême exactitude qu'a eue Virgile, à marquer la véritable position des lieux de l'Italie & de la Sicile, est cause que Cluvier préfere son sentiment dans cette occasion ; d'ailleurs, on ne peut douter que le Pantagia ne soit la riviere, qui a son embouchure à la gauche du cap de S. Croce, & que les habitans du pays appellent Porcari. La preuve s'en trouve dans ce passage de Virgile.

.... Vivo praeter vehor ostia Saxo

Pantagiae.

En effet, les deux côtés du Porcari sont hérissés de rochers d'environ vingt coudées de hauteur ; la mer remonte dans cette embouchure jusqu'à mille pas, & forme un port propre pour les petits bâtimens.

La qualité que Claudien donne à ce fleuve, qu'il appelle Saxa rotantem, convient aussi au Porcari ; car quoique son cours soit très-petit, cependant lorsqu'en hiver il se trouve grossi par les pluies & par les torrens, qui tombent des collines voisines, il court avec une telle rapidité, qu'il entraîne avec lui une grande quantité de pierres. (D.J.)


PANTALERIE(Géog. mod.) autrement dite, Pentelleria ou Pantalaria ; petite île de la mer d'Afrique, située entre la Sicile & la côte du royaume de Tunis ; c'est l'ancienne Cossura dont nous avons quelques médailles, & que les Arabes du voisinage appellent encore Kosra. Cette île qui est d'environ sept lieues de tour, passa de la domination des Carthaginois sous celle des Romains : elle porte des fruits, du vin & du coton, mais elle tire son blé de la Sicile. Long. 30. 5. lat. 36. 50.


PANTALOOou PANTALON, s. m. est le nom d'un ancien habillement dont nos ancêtres se servoient fréquemment, & qui consistoit en des culottes & des bas tout d'une piece. Ce nom vient des Vénitiens, qui introduisirent les premiers cet habit, & qui furent appellés pantaloni de S. Pantaleon, qui fut autrefois leur patron.

Pantalon sur le théâtre est un bouffon ou personnage masqué qui forme des danses grotesques, & qui fait des gestes violents & des postures extravagantes ; ce mot s'emploie aussi pour désigner l'habillement que portent ordinairement ces bouffons, qui est taillé sur la forme de leur corps précisément, & qui est tout d'une piece de la tête aux piés.

C'est pour cela qu'on appelle pantalons de Venise, ceux qui pour leur commodité portent un habit de cette sorte par-dessous d'autres habillemens. Delà on fait pantalonnade, qui se dit ou d'une danse burlesque ou d'un geste ridicule du corps.

PANTALON, terme de Papeterie ; c'est une des moyennes sortes de papier qui se fabrique du côté d'Angoulême. Il est marqué pour l'ordinaire aux armes d'Amsterdam, parce qu'il est presque tout destiné pour être vendu à des marchands hollandois. Voyez PAPIER.


PANTANUS LACUS(Géog. anc.) lac d'Italie, dans la Pouille daunienne, dont parle Pline, liv. III. ch. xj. & qu'on croit être présentement Lago di Lesina.


PANTARBES. f. (Hist. nat.) pierre fabuleuse à qui quelques auteurs ont attribué la propriété d'attirer l'or, de la même maniere que l'aimant attire le fer. Ce qui lui a aussi fait donner le nom de magnes aureus. Pline parle d'une pierre nommée amphitane, à qui il attribue la même vertu : l'une & l'autre est entierement inconnue des modernes.


PANTES. f. (Commerce) c'est ainsi qu'on appelle une espece de chapelet composé de plusieurs de ces petites coquilles blanches qu'on nomme porcelaine, qui servent de monnoie dans plusieurs endroits de l'Asie, de l'Afrique, & de l'Amérique.

PANTE, ou PENTE, terme de Tapissier, c'est un morceau d'étoffe qui entoure le lit, & qui a ordinairement de la frange. Il y a trois pantes dans chaque lit : le mot de pante se dit aussi en parlant de dais ; mais dans chaque dais il y a quatre pantes ; car la pante du dais est un morceau d'étoffe qui environne le dais. On dit en parlant des pantes de lit & de dais, la pante de dehors, la pante de dedans, la pante de longueur, la pante de largeur. (D.J.)

PANTES, (Brasserie) ce sont des toiles de crin qu'on attache autour des costieres de la touraille, & qui en recouvrent l'aire.


PANTENNE(Marine) voile en pantenne. Voyez VOILE.


PANTERv. act. en terme de Cardier, c'est l'action d'arrêter les feuillets dans le panteur, en les accrochant aux pointes dont il est garni par distance dans toute sa longueur. Voyez PANTEUR.


PANTEURS. m. en terme de Cardier ; c'est une espece de métier à-peu-près quarré, dont les deux maîtres brins sont garnis de distance en distance de petits crochets sans pointes, auxquels on arrête les peaux qu'on a percées pour cet effet avec le poinçon. Voyez POINÇON. Ces maîtres brins sont traversés à chaque bout d'un ais de bois qui les approche ou les écarte tant qu'on veut ; ce qui bande plus ou moins la peau. Cet instrument contient le feuillet intérieurement, & on ne l'en ôte point que pour poser la carde sur son bois. Voyez les Planches.


PANTHÉESS. m. pl. (Antiq. & Médailles) en latin signa panthea : on appelloit ainsi des têtes ou des statues ornées de symboles de plusieurs divinités réunies ensemble. Les statues de Junon avoient souvent rapport à plusieurs déesses : elles tenoient quelque chose de celles de Pallas, de Vénus, de Diane, de Nemésis, des Parques, &c.

On voit dans les anciens monumens une Fortune aîlée, qui tient de la main droite le timon, & de la gauche la corne d'abondance ; tandis que le bas finit en tête de bélier ; l'ornement de sa tête est une fleur de lotus, qui s'éleve entre des rayons, marque d'Iris & d'Osiris. Elle a sur l'épaule la trousse de Diane, sur la poitrine l'égide de Minerve, sur la corne d'abondance le coq symbole de Mercure, & sur la tête de bélier, un corbeau symbole d'Apollon. On trouve beaucoup d'autres figures panthées parmi les antiques.

Ces dieux étoient peut-être aussi représentés ensemble, pour servir à la dévotion des particuliers qui vouloient honorer plusieurs dieux à-la-fois. Peut-être y a-t-il quelques autres raisons inconnues de ce culte, selon la signification du mot panthée, de , tout, & , dieu. Ces figures devroient en effet représenter les symboles de tous les dieux ; mais on n'en connoît point qui les réunissent tous.

Les médailles nous offrent aussi des panthées, ou des têtes ornées des symboles de plusieurs déïtés. Telle est celle qui se trouve sur la médaille d'Antonin Pie, & de la jeune Faustine, qui est tout ensemble Sérapis par le boisseau qu'elle porte : le soleil par la couleur des rayons : Jupiter Hammon par les deux cornes de bélier : Pluton par la grosse barbe : Neptune par le trident : Esculape par le serpent entortillé autour du manche.

M. Baudelot dans sa dissertation sur les dieux Lares, croit que les panthées doivent leur origine à la superstition de ceux, qui ayant pris pour protecteurs de leurs maisons plusieurs dieux, les réunissoient tous dans une même statue, qu'ils ornoient des différens symboles de chacune de ces déïtés. Il en a fait graver plusieurs pour servir d'exemple & de preuve. Voyez aussi sur les figures qu'on appelle panthées, la dissertation de l'abbé Nicaise, de nummo pantheo Hadriani Augusti, Lugd. 1694. in -4°. (D.J.)


PANTHEIUM(Géog. anc.) lieu de l'Attique, à 60 stades d'Ilissus ; c'est ici que croissoit l'olivier nommé callistéphane, & dont on se servoit pour couronner les vainqueurs des jeux olympiques.


PANTHÉONS. m. (Antiq. rom.) ce mot veut dire un temple en l'honneur de tous les dieux. Le plus fameux panthéon des Romains, fut celui qu'éleva M. Agrippa gendre d'Auguste, & qui subsiste encore à présent sous le nom de la Rotonde. Ce superbe édifice faisoit un des plus grands ornemens de Rome ; & la description qu'en ont donnée grand nombre d'auteurs anciens & modernes, sert encore d'embellissement à leurs ouvrages. Je ne m'y arrêterai pas par cette raison ; je remarquerai seulement qu'il est de figure ronde, ne recevant le jour que par un trou qui est au milieu de la voute. Il y avoit autour de ce temple six grandes niches qui étoient destinées aux principales divinités. Et afin qu'il n'y eût point de jalousie entr'elles pour la préséance, dit Lucien, on donna au temple la figure ronde. Pline en allegue une meilleure raison ; c'est parce que le convexe de sa voute représente le ciel, la véritable demeure des dieux. Le portique qu'il y avoit devant ce temple, étoit plus surprenant que le temple même : il étoit composé de seize colonnes de marbre granit, d'une énorme grandeur, & toutes d'une pierre. Chacune a près de cinq piés de diametre, sur trente-sept piés de haut, sans la base & le chapiteau. Agrippa ne se contenta pas de faire dorer son panthéon par dedans, mais il le couvrit d'or en-dehors ; desorte que le satyrique avoit raison de s'écrier :

At vos

Dicite pontifices, in sancto quid facit aurum ?

La couverture de cet édifice fut emportée par Constantin dans sa nouvelle capitale ; mais le panthéon a été consacré par les pontifes romains en l'honneur de la Vierge & des martyrs. Il mérite assurément l'admiration des connoisseurs : ceux qui l'ont vu, n'ont qu'à réfléchir sur l'état où leur esprit s'est trouvé la premiere fois qu'ils y sont entrés ; & sans doute, ils se souviendront qu'ils ont été frappés de quelque chose de grand & de majestueux ; au lieu que la vue d'une église gothique, cinq ou six fois plus vaste que le panthéon, ne frappe personne. Cette différence ne peut procéder que de la grandeur de maniere observée dans l'une, & de la médiocrité ou de la petitesse de maniere qui se trouve dans l'autre.

Mais est-il bien certain qu'Agrippa ait fait le panthéon en entier ? On le dit communément ; néanmoins Dion se sert d'une expression qui ne signifie qu'achever, , & l'on remarque encore aujourd'hui, que l'ordre de la corniche ne s'accorde pas avec celui du temple ; qu'elle ne s'enchâsse pas dans le mur par ses extrémités ; mais qu'elle s'en approche à peine comme d'un édifice différent. On trouve encore que l'architecture du portail est mieux entendue que celle du temple, & par conséquent d'un autre tems.

Il est toujours sûr que ce temple a souffert bien des changemens ; Xiphilin le met au nombre des édifices brûlés sous le regne de Titus : Cassiodore le fait réparer par Trajan. Selon la chronique d'Eusebe, il fut encore brûlé par le tonnerre l'an de J. C. 111, le treizieme du regne de Trajan. Les premiers successeurs de ce prince se sont fait à l'envi un honneur d'y travailler. On le trouve réparé par Adrien, par Antonin Pie, par Marc-Aurele, & par Sévere. Il y a apparence que ce dernier fit effacer le nom de tous les autres, pour n'y laisser que le sien, & celui de son fils, avec le nom du fondateur.

Je ne dois pas oublier de remarquer qu'il entroit dans le dessein des portes du panthéon l'arrangement d'une sorte de cloux, qui par la beauté des ornemens de leur tête, contribuoient infiniment à sa magnificence ; l'avarice des hommes les a portés à s'en emparer ; il en reste quelques-uns encore qui sont attachés aux deux ventaux de la porte du panthéon ; & M. de Caylus en a quatre en sa possession ; ils sont de bronze ainsi que les ventaux.

Au reste, il y avoit à Rome un autre panthéon dédié particulierement à Minerve médecine, Minervae medicae. Ce panthéon étoit en-dedans de figure décagone, ou a dix angles bien distingués. Il y avoit vingt-deux piés & demi d'un angle à l'autre ; ce qui donne en tout deux cent vingt-cinq piés. Entre les angles il y avoit par-tout des chapelles rondes en voûte, excepté d'un côté où étoit la porte : ces neuf chapelles étoient pour autant de divinités ; la statue de Minerve étoit en face de la porte, & occupoit la place d'honneur.

On croit que le temple de Nîmes, qu'on dit être de Diane, étoit un panthéon : il y avoit douze niches, dont six restent encore sur pié. C'étoit un temple consacré aux douze grands dieux, que quelques-uns ont appellé pour cela dodécathéon. (D.J.)

PANTHEON D'ATHENES, (Antiq. grecq.) le panthéon d'Athènes ne le cédoit guere en plusieurs points au panthéon de Rome, bâti par Agrippa. Celui d'Athènes a été relevé environ 120 ans après, par l'empereur Adrien. Les chrétiens grecs en firent ensuite une église consacrée à la Vierge, sous le nom de Panegia. Enfin, les Turcs ont changé cette église en mosquée : les chevaux de la main de Praxitele, très-gâtés malheureusement par l'injure des tems, s'y voient encore : Adrien les y fit placer ; mais ils sont réellement de Praxitele, c'est tout dire. (D.J.)


PANTHERES. f. panthera seu pardallis, (Pl. III. fig. 2.) animal quadrupede très-féroce, qui differe du tigre & du léopard par les taches qui sont sur son poil ; au lieu d'avoir sur tout le corps des taches rondes comme le léopard, ou des taches longues comme le tigre, il a sur le dos des taches rondes, & sur le ventre des taches longues. Voyez le regne animal, par M. Brisson, qui donne à cet animal le nom de léopard. (I)

PANTHERE, (Littérat.) c'est l'animal favori de Bacchus, & qu'on trouve souvent représenté sur ses monumens, parce que, dit Philostrate, des nourrices de ce dieu avoient été changées en pantheres, ou selon d'autres, parce que cet animal aime les raisins. La panthere est aussi un symbole de Pan : on croit même que son nom en a été formé. (D.J.)

PANTHERE PIERRE DE, (Hist. nat.) espece de jaspe ou d'agate, remplie de taches noires, rouges, jaunes, vertes, &c. les anciens lui attribuent beaucoup de vertus fabuleuses.


PANTICAPÉEPanticapaea, (Géog. anc.) ville de la Chersonese taurique, selon Strabon, liv. VII. p. 309. & Ptolomée, liv. III. c. vj. Pline, l. XVII. c. xxxiij. dit qu'on la nommoit aussi Bosphorium ; ce n'est pas sans raison, puisqu'on la regardoit comme la capitale du Bosphore Cimmérien. Niger veut qu'elle s'appelle aujourd'hui Vospero.


PANTICAPES(Géog. anc.) fleuve de la Scythie européenne, qui faisoit la séparation entre les Nomades & les Géorgiens. Peucer dit que c'est présentement le Przypietz dans la Lithuanie. (D.J.)


PANTIERES. f. (Chasse) est un filet qui sert à prendre les oiseaux, principalement les bécasses ; ceux qui s'occupent à cette sorte de chasse, ont soin de faire ébrancher dans une clairiere deux arbres, & d'y ajuster deux branches de maniere qu'elles puissent soutenir la pantiere ; ces branches doivent être garnies de deux poulies ou boucles qui servent à passer les cordes, afin de pouvoir laisser tomber commodément la pantiere suspendue à ces cordes, lorsque quelque oiseau se sera jetté dedans.

On appelle aussi pantiere, certain sac à mailles qui sert aux chasseurs à mettre leur provision de bouche, & pour rapporter le gibier qu'ils ont pris. On la porte ordinairement en écharpe : panteine est la même chose que pantiere.


PANTINES. f. (Soie & Laine) c'est un assemblage plus ou moins considérable d'échevaux, à proportion de leur grosseur. De pantine on a fait pantener. Pantener, c'est attacher des bouts de fil aux pantines, pour empêcher qu'elles ne se mêlent.

PANTINE, (Rubanier) se dit aussi d'un gros écheveau qui en contient lui-même plusieurs petits, qu'il faut avoir soin de séparer pour rendre le poids plus léger, & par conséquent plus facile à tourner pour le dévidage ; il y a plus ou moins de pantines à la balle, le nombre n'en est pas limité.


PANTINS(Hist. mod.) petites figures peintes sur du carton, qui par le moyen de petits fils que l'on tire, font toutes sortes de petites contorsions propres à amuser des enfans. La posterité aura peine à croire qu'en France, des personnes d'un âge mûr ayent pû dans un accès de vertige assez long, s'occuper de ces jouets ridicules, & les rechercher avec un empressement, que dans d'autres pays l'on pardonneroit à peine à l'âge le plus tendre.


PANTOGONIES. f. (Géom.) nom donné par M. Bernoulli, à une espece de trajectoire réciproque, qui pour chaque différente position de son axe se coupe toujours elle-même sous un angle constant. Voyez TRAJECTOIRE, voyez aussi les Oeuvres de Jean Bernoulli, tom. II. pag. 600. (O)


PANTOGRAPHES. m. (Art du Dessein) le pantographe ou singe, est un instrument qui sert à copier le trait de toutes sortes de desseins & de tableaux, & à les réduire, si l'on veut, en grand ou en petit ; il est composé de quatre regles mobiles ajustées ensemble sur quatre pivots, & qui forment entr'elles un parallélogramme. A l'extrémité d'une de ces regles prolongées est une pointe qui parcourt tous les traits du tableau, tandis qu'un crayon fixé à l'extrémité d'une autre branche semblable, trace légerement ces traits de même grandeur, en petit ou en grand, sur le papier ou plan quelconque, sur lequel on veut les rapporter.

Cet instrument n'est pas seulement utile aux personnes qui ne savent pas dessiner, il est encore très-commode pour les plus habiles, qui se procurent par-là promptement des copies fideles du premier trait, & des réductions qu'ils ne pourroient avoir sans cela qu'en beaucoup de tems, avec bien de la peine, & vraisemblablement avec moins de fidélité.

Cependant de la maniere dont le pantographe avoit été construit jusques-ici, il étoit sujet à bien des inconvéniens, qui en faisoient négliger l'usage. Le crayon porté à l'extrémité de l'une des branches, ne pouvoit pas toujours suivre les inégalités du plan sur lequel on dessinoit ; souvent il cessoit de marquer le trait, & plus souvent encore sa pointe venant à se briser, gâtoit une copie déjà fort avancée : lorsqu'il falloit quitter un trait achevé, pour en commencer un autre, on étoit obligé de déplacer les regles, ce qui arrivoit à tous momens.

M. Langlois, ingénieur du roi, a très-heureusement corrigé tous ces défauts dans le nouveau pantographe qu'il a présenté à l'académie des Sciences en 1743, & c'est principalement par le moyen d'un canon de métal dans lequel il place un porte-crayon, qui pressant seulement par son poids, & autant qu'il le faut le plan sur lequel on copie, cede aisément & de lui-même en s'élevant & s'abaissant, aux inégalités qu'il rencontre sur ce plan ; à la tête du porte-crayon s'attache un fil, avec lequel on le souleve à volonté, pour quitter un trait & en commencer un autre, sans interrompre le mouvement des regles, & sans les déplacer.

Outre ces corrections, M. Langlois ajuste la pointe à calquer de son pantographe, le porte-crayon, & le pivot des regles, sur des especes de boîtes ou coulisses, qui peuvent se combiner différemment sur ces regles, selon qu'on veut copier en grand ou en petit, plus ou moins, & il rend enfin tous ces mouvemens beaucoup plus aisés en faisant soutenir les regles par de petits piliers garnis de roulettes excentriques. Le pantographe ainsi rectifié est un instrument propre à réduire en grand & en petit toutes sortes de figures, de plans, de cartes, d'ornemens, &c. très-commodément & avec beaucoup de précision & de promptitude. Voyez nos Pl. de Dessein & leur explic.


PANTOIMENTS. m. (Fauconnerie) c'est le nom que l'on donne à une maladie qui vient à un oiseau de proie, qu'on appelle asthme, elle lui rend le poumon enflé.


PANTOIou PANTOISE, s. m. & f. (Fauconn.) maladie de trois sortes, l'une qui survient à la gorge des oiseaux de proie, l'autre qui leur vient de froideur, l'autre qui se congrege aux reins & aux roignons ; on dit ce faucon a le pantois ou la pantoise. Ce mal est causé par des humeurs âcres qui tombent du cerveau sur le poumon, le desséchent & alterent les organes de la respiration ; pour y remédier il faut purger l'oiseau avec de l'huile battue & blanchie dans une ou deux eaux, ce qui se fait ainsi : vous prenez une écuelle, ou quelque autre vaisseau percé, vous bouchez le trou avec le doigt, vous versez dans ce vaisseau de l'eau nette, & ensuite de l'huile, & après avoir bien remué & battu les deux liqueurs avec une spatule jusqu'à-ce que l'eau paroisse chargée de ce que l'huile a de plus grossier, vous retirerez le doigt & laisserez couler l'eau, ayant soin de retenir l'huile dans le vaisseau, vous en faites prendre à l'oiseau, & vous le portez sur le poing jusqu'à-ce qu'il ait rendu son remede avec ses émeus ; une heure ou une heure & demie après vous lui donnerez du coeur de veau ou du foie de poule mouillé ; si l'oiseau est bien à la chair, on peut lui faire macérer sa viande dans l'eau de rhubarbe, & lui en donner après l'avoir bien nettoyé, vous continuerez ainsi pendant six ou sept jours, observant de le purger avec une cure de filasse ou de coton le quatrieme jour.

Le pantois se connoit particulierement à ces signes, 1°. si l'oiseau a des fréquens battemens de poitrine ; 2°. lorsqu'il fait mouvoir son balai tantôt haut tantôt bas ; 3°. s'il ne peut émeuter, ou si ses émeus sont petits, ronds & secs ; 4°. si l'oiseau a le bec ouvert, s'il bâille, & s'il ferme le bec en haut ; ce dernier signe est mortel.


PANTOMATRIUM(Géog. anc.) promontoire de l'île de Crete, qui selon Niger & Pinel, porte à-présent le nom de Milopotamo. (D.J.)


PANTOMETRES. m. (Géom.) instrument propre à mesurer toutes sortes d'angles, de longueur ou de hauteur. Voyez HOLOMETRE.


PANTOMIMES. m. (Jeux scéniq. des Romains) on appelloit pantomimes, chez les Romains, des acteurs qui, par des mouvemens, des signes, des gestes, & sans s'aider de discours, exprimoient des passions, des caracteres, & des évenemens.

Le nom de pantomime, qui signifie imitateur de toutes choses, fut donné à cette espece de comédiens, qui jouoient toutes sortes de pieces de théâtre sans rien prononcer ; mais en imitant & expliquant toutes sortes de sujets avec leurs gestes, soit naturels, soit d'institution. On peut bien croire que les pantomimes se servoient des uns & des autres, & qu'ils n'avoient pas encore trop de moyens pour se faire entendre. En effet, plusieurs gestes d'institution étant de signification arbitraire, il falloit être habitué au théâtre pour ne rien perdre de ce qu'ils vouloient dire. Ceux qui n'étoient pas initiés aux mysteres de ces spectacles, avoient besoin d'un maître qui leur en donnât l'explication ; l'usage apprenoit aux autres à deviner insensiblement ce langage muet. Les pantomimes vinrent à bout de donner à entendre par le geste, non-seulement les mots pris dans le sens propre, mais même les mots pris dans le sens figuré ; leur jeu muet rendoit des poëmes en entier, à la différence des mimes qui n'étoient que des bouffons inconséquens.

Je n'entreprendrai point de fixer l'origine des pantomimes ; Zozime, Suidas, & plusieurs autres la rapportent au tems d'Auguste, peut-être par la raison que les deux plus fameux pantomimes, Pylade & Bathylle, parurent sous le regne de ce prince, qui aimoit passionnément ce genre de spectacle. Je n'ignore pas que les danses des Grecs avoient des mouvemens expressifs ; mais les Romains furent les premiers qui rendirent par de seuls gestes, le sens d'une fable réguliere d'une certaine étendue. Le mime ne s'étoit jamais fait accompagner que d'une flûte ; Pylade y ajouta plusieurs instrumens, même des voix & des chants, & rendit ainsi les fables régulieres. Au bruit d'un choeur composé de musique vocale & instrumentale, il exprimoit avec vérité le sens de toutes sortes de poëmes. Il excelloit dans la danse tragique, s'occupoit même de la comique & de la satyrique, & se distingua dans tous les genres. Bathylle son éleve & son rival, n'eut sur Pylade que la prééminence dans les danses comiques.

L'émulation étoit si grande entre ces deux acteurs, qu'Auguste à qui elle donnoit quelquefois de l'embarras, crut qu'il devoit en parler à Pylade, & l'exhorter à bien vivre avec son concurrent que Mécénas protégeoit : Pylade se contenta de lui répondre, " que ce qui pouvoit arriver de mieux à l'empereur, c'étoit que le peuple s'occupât de Bathylle & de Pylade ". On croit bien qu'Auguste ne trouva point à propos de repliquer à cette réponse. En effet, tel étoit alors le goût des plaisirs, que lui seul pouvoit faire perdre aux Romains cette idée de liberté si chere à leurs ancêtres.

Il falloit que ce peuple se fût mis en tête que l'opération qu'on feroit à leurs pantomimes pour les rendre eunuques, leur conserveroit dans tout le corps une souplesse que des hommes ne peuvent point avoir. Cette idée, ou si l'on veut le caprice, faisoit exercer sur les enfans qu'on destinoit à ce métier, la même cruauté qu'on exerce dans quelques pays sur les enfans dont on ne veut point que la voix mue.

Lucien observe que rien n'étoit plus difficile que de trouver un bon sujet pour en former un pantomime. Après avoir parlé de la taille, de la souplesse, de la légereté, & de l'oreille qu'il doit avoir, il ajoûte, qu'il n'est pas plus difficile de trouver un visage à-la-fois doux & majestueux. Il veut ensuite qu'on enseigne à cet acteur la musique, l'histoire, & je ne sais combien d'autres choses capables de faire mériter le nom d'homme de lettres à celui qui les auroit apprises.

Nous avons nommé pour les deux premiers instituteurs de l'art des pantomimes Pylade & Bathylle sous l'empire d'Auguste ; ils ont rendu leurs noms aussi célebres dans l'histoire romaine, que le peut être dans l'histoire moderne le nom du fondateur de quelque établissement que ce soit. Pylade, ai-je dit, excelloit dans les sujets tragiques, & Bathylle dans les sujets comiques. Ce qui paroîtra surprenant, c'est que ces comédiens qui entreprenoient de représenter des pieces sans parler, ne pouvoient pas s'aider du mouvement du visage dans leur déclamation, ils jouoient masqués, ainsi que les autres comédiens ; la seule différence étoit, que leurs masques n'avoient pas une bouche béante, comme les masques des comédiens ordinaires, & qu'ils étoient beaucoup plus agréables. Macrobe raconte que Pylade se fâcha un jour qu'il jouoit le rôle d'Hercule furieux, de ce que les spectateurs trouvoient à redire à son geste trop outré, suivant leurs sentimens. Il leur cria donc, après avoir ôté son masque : " foux que vous êtes, je représente un plus grand fou que vous ".

Après la mort d'Auguste, l'art des pantomimes reçut de nouvelles perfections. Sous l'empereur Néron il y en eut un qui dansa sans musique instrumentale ni vocale, les amours de Mars & de Vénus. D'abord un seul pantomime représentoit plusieurs personnages dans une même piece ; mais on vit bien-tôt des troupes complete s, qui exécutoient également toutes sortes de sujets tragiques & comiques.

Ce fut peut-être du tems de Lucien que se formerent ces troupes complete s de pantomimes, & qu'ils commencerent à jouer des pieces suivies. Apulée nous rend un compte exact de la représentation du jugement de Paris faite par une troupe de ces pantomimes. Comme ils n'avoient que des gestes à faire, on conçoit aisément que toutes leurs actions étoient vives & animées ; aussi Cassiodore les appelle des hommes dont les mains disertes avoient pour ainsi dire une langue au bout de chaque doigt ; des hommes qui parloient en gardant le silence, & qui savoient faire un récit entier sans ouvrir la bouche ; enfin des hommes que Polymnie, muse qui présidoit à la musique, avoit formés afin de montrer qu'il n'étoit pas besoin d'articuler des mots pour faire entendre sa pensée.

Ces sortes de comédiens faisoient des impressions prodigieuses sur les spectateurs. Séneque le pere, qui exerçoit une profession des plus graves, confesse que son goût pour les représentations des pantomimes, étoit une véritable passion. Lucien qui se déclare aussi zélé partisan de l'art des pantomimes, dit qu'on pleuroit à leur représentation comme à celle des autres comédiens. Saint Augustin & Tertullien font aussi l'éloge de leurs talens.

Cet art auroit eu sans doute beaucoup plus de peine à réussir parmi les nations septentrionales de l'Europe, que chez des Romains, dont la vivacité est si fertile en gestes, qui signifient presque autant que des phrases entieres. Nous ne sommes peut-être pas capables de décider sur le mérite de gens que nous n'avons pas vû représenter, mais nous ne pouvons pas révoquer en doute le témoignage de tant d'auteurs de l'antiquité, qui parlent de l'excellence & du succès de leur art.

Cependant on a vû en Angleterre, & sur le théâtre de l'opéra comique à Paris, quelques-uns de ces comédiens jouer des scenes muettes que tout le monde entendoit. Je sai bien que Roger & ses confreres, ne doivent pas entrer en comparaison avec les pantomimes de Rome ; mais le théâtre de Londres ne possede-t-il pas à présent un pantomime qu'on pourroit opposer à Pylade & à Bathylle ? le fameux Garrick est un acteur d'autant plus merveilleux, qu'il exécute également toutes sortes de sujets tragiques & comiques. Nous savons aussi que les Chinois ont des especes de pantomimes qui jouent chez eux sans parler ; les danses des Persans ne sont-elles pas des pantomimes ?

Enfin il est certain que leur art charma les Romains dans sa naissance, qu'il passa bien-tôt dans les provinces de l'empire les plus éloignées de la capitale, & qu'il subsista aussi long-tems que l'empire même. L'histoire des empereurs romains fait plus souvent mention des pantomimes fameux que des orateurs célebres. Auguste se plaisoit extrêmement à leurs pieces, & Bathylle enchantoit Mécénas. Les Romains épris de tous les spectacles du théâtre, préféroient celui-ci aux représentations des autres comédiens. Dès les premieres années du regne de Tibere, le sénat fut obligé de faire un réglement pour défendre aux sénateurs de fréquenter les écoles des pantomimes, & aux chevaliers romains de leur faire cortége en public : ne domos pantomimorum senator introïret, ne egredientes in publicum equites romani cingerent. Tacit. Annal. l. I. Ce decret prouve assez que les professions chéries dans les pays de luxe sont bien-tôt honorées, & que le préjugé ne tient pas contre le plaisir.

L'extrême passion que le peuple & les personnes du plus haut rang avoient pour ce spectacle, donna lieu de tramer des cabales pour faire applaudir les uns plutôt que les autres, & ces cabales devinrent des factions. Il arriva que les pantomimes prirent des livrées différentes, à l'imitation de ceux qui conduisoient les chariots dans les courses du cirque. Les uns s'appellerent les bleus, & les autres les verts, &c. Le peuple se partagea donc aussi de son côté, & toutes les factions du cirque, dont il est parlé si souvent dans l'histoire romaine, épouserent des troupes de pantomimes.

Ces factions dégénéroient quelquefois en partis aussi échauffés les uns contre les autres, que les Guelfes & les Gibelins peuvent l'avoir été sous les empereurs d'Allemagne. Il falloit avoir recours à un expédient triste pour le gouvernement, qui ne cherchoit que les moyens d'amuser le peuple, en lui fournissant du pain, & en lui donnant des spectacles ; mais cet expédient devenu nécessaire, étoit de faire sortir de Rome tous les pantomimes.

Cependant les écoles de Pylade & de Bathylle subsisterent toujours, conduites par leurs éleves, dont la succession ne fut point interrompue. Rome étoit pleine de professeurs qui enseignoient cet art à une foule de disciples, & qui trouvoient des théâtres dans toutes les maisons. Non-seulement les femmes les recherchoient pour leurs jeux, mais encore par des motifs d'une passion effrénée : illis foeminae, simulque viri, animas & corpora substituunt, dit Tertullien. La plûpart des passages des Poëtes sont tels sur ce sujet, qu'on n'ose même les citer en latin. Galien ayant été appellé pour voir une femme de condition attaquée d'une maladie extraordinaire, il découvrit par les altérations qui survinrent dans la malade, quand on parla d'un certain pantomime devant elle, que son mal venoit uniquement de la passion qu'elle avoit conçue pour lui.

Il est vrai que les pantomimes furent chassés de Rome sous Tibere, sous Néron, & sous quelques-autres empereurs, mais leur exil ne duroit pas longtems : la politique qui les avoit chassés, les rappelloit bien-tôt pour plaire au peuple, ou pour faire diversion à des factions plus à craindre pour l'empire. Domitien, par exemple, les ayant chassés, Néron les fit revenir, & Trajan les chassa encore. Il arrivoit même que le peuple, fatigué de ses propres désordres, demandoit l'expulsion des pantomimes ; mais il demandoit bien-tôt leur rappel avec plus d'ardeur.

Ce qui acheve de prouver à quel point leur nombre s'augmenta, & combien les Romains les croyoient nécessaires, est ce qu'on lit dans Ammien Marcellin, l'an cxc. Rome étant menacée de la famine, on prit la précaution d'en faire sortir tous les étrangers, ceux-mêmes qui professoient les arts libéraux ; mais on laissa tranquilles les gens de théâtre, & il resta dans la ville trois mille danseuses, & autant d'hommes qui jouoient dans les choeurs, sans compter les comédiens : les Historiens assurent que ce nombre prodigieux augmenta encore dans la suite.

Il est aisé de juger que l'ardeur des Romains pour les jeux des pantomimes dut leur faire négliger la bonne comédie. En effet, on vit depuis le vrai genre dramatique décheoir insensiblement, & bien-tôt il fut presque absolument oublié. Cette nation guerriere qui s'étoit vouée au dieu Mars, & qui avoit méprisé les arts & les sciences, perdit avec la liberté toute son ancienne vertu. Les Romains ayant long-tems méconnu ce qu'il y avoit de plus naturel & de plus agréable dans les occupations de l'ame, n'en acquirent que de plus grandes dispositions à passer à des excès opposés. Aussi ne doit-on pas s'étonner, si sentant trop tard la nécessité des beaux-arts, les erreurs de leur esprit s'opposerent souvent à la distinction exacte qu'ils auroient dû faire des expressions les plus essentielles, les plus vraies, & les plus heureuses, d'avec celles qui ne pourroient avoir le même avantage. Cette ignorance de la délicatesse du sentiment, fit sans doute la réputation des pantomimes.

On négligea les expressions de l'organe de la voix, pour ne s'appliquer qu'à celles que pouvoient rendre les mouvemens & les gestes du corps. Ces expressions qui ne pouvoient admettre toutes les nuances de celles des sons, & avec lesquelles on n'eût jamais inventé les sciences spéculatives, firent sous les empereurs une partie de l'éducation de la jeunesse romaine. Les maîtres de cet art frivole recevoient, comme je l'ai dit, des attentions très-marquées du peuple, des chevaliers, des sénateurs & des dames romaines. Les personnes les plus respectables leur rendoient des visites de devoir, & les accompagnoient par-tout. Si cette bonne fortune eut des intervalles de disgraces, ils s'en relevoient avec plus d'éclat. L'empereur Antonin s'étant apperçu que les pantomimes étoient cause qu'on négligeoit le commerce, l'éloquence, & la philosophie, voulut réduire leurs jeux à des jours marqués ; mais le peuple murmura, & il fallut lui rendre en entier ces amusemens, malgré toute l'indécence qui marchoit à leur suite. Pline le jeune loue son siecle d'avoir abandonné ce goût efféminé qui avoit tant amolli le courage du peuple romain ; mais Pline s'abusa dans ses louanges. Rome étoit trop riche, trop puissante, & trop plongée dans la mollesse, pour redevenir vertueuse ; l'art des pantomimes, qui s'étoit introduit si brillamment sous Auguste, & qui fut une des causes de la corruption des moeurs, ne finit qu'avec la destruction de l'empire.

Je me suis bien gardé de tout dire sur cette matiere, je n'en ai pris que la fleur ; mais ceux qui seront curieux de plus grands détails, peuvent lire Plutarque, Lucien, les Mémoires de littérature, l'abbé du Bos, & le traité plein d'érudition de Calliacchi, de ludis scenicis, imprimé à Padoue en 1714, in-4(D.J.)


PANTOQUIERESS. f. pl. (Marine) cordes de moyenne grosseur, qui font entrelacement entre les haubans de tribord & de basbord, pour les tenir plus fermes & assurer le mât dans une tempête, sur-tout lorsque les rides ont molli : elles traversent les haubans d'un bord à l'autre.


PANTOUFLES. f. (Ouvrage de Cordonnier) espece de soulier sans quartier, qui n'a ni garniture ni autre enrichissement ; car lorsqu'il y en a, ou qu'au-lieu d'empeigne de cuir ou de peau il y a du velours, du galon, & que le dessus est d'étoffe, on ne l'appelle plus pantoufle, mais mule. (D.J.)

PANTOUFLE, en Chirurgie, instrument ou bandage, de l'invention de M. Petit, pour contenir le tendon d'Achille lorsqu'il est cassé. Voyez rupture du tendon d'Achille, au mot RUPTURE.

Cette pantoufle est de maroquin, fig. premiere, Pl. XXXII. le quartier en est coupé à l'exception d'une bande de deux pouces de largeur au milieu de la partie postérieure. A ce bout de quartier est cousue une courroie de cuir de roussi d'environ 15 lignes de largeur, & de longueur convenable pour s'attacher à la jarretiere.

La jarretiere, fig. 2. est d'une seule piece, mais elle forme deux circulaires de quatre travers de doigt chacun. L'un est pour entourer la partie inférieure de la cuisse ; & l'autre la partie supérieure de la jambe. Chaque circulaire porte extérieurement à une de ses extrémités deux boucles, & est terminé à l'autre par deux petites courroies. Cette jarretiere est de cuir de roussi, & est garnie intérieurement de chamois.

Au milieu de la partie extérieure du circulaire inférieur de la jarretiere, il y a un passant de cuir pour contenir la courroie attachée par un bout au talon de la pantoufle.

Sur le milieu de la partie extérieure du circulaire supérieur de cette jarretiere, est attachée fixement une platine de cuivre, de laquelle s'élevent parallelement deux montans, terminés par deux plaques circulaires, percées pour laisser passer l'essieu d'un treuil. Il y a sur le milieu de ce treuil deux crochets ou boutons, pour retenir l'extrémité libre de la courroie cousue au talon de la pantoufle. Ce treuil a une roue à rochet, dont les dents sont arrêtées par un petit ressort à cri ou à clapette, fig. 3 & 4. On peut, au moyen d'un petit mentonnet, dégager le ressort d'avec les dents de la roue, lorsqu'il est nécessaire de relâcher le pié. Le treuil est percé quarrément dans toute son étendue. En conséquence la manivelle, fig. 5. qui le fait mouvoir, est une tige d'acier quarrée, terminée par une plaque ou tête applatie ; c'est en quelque sorte la clé de l'instrument. Cette clé est mobile & ne reste point à l'instrument.

La fig. 1. Pl. XXXIII. montre cette machine en situation. Son usage est de tenir le pié en extension & la jambe en flexion au degré qu'on le juge convenable. Le circulaire inférieur de la jarretiere, en comprimant les têtes des muscles auxquels le tendon d'Achille appartient, empêche la retraction de ces muscles ; ce qui est important pour la cure. De plus, ce bandage en contenant de la maniere la plus efficace la jambe fléchie & le pié étendu pour les raisons que nous avons déduites en parlant de la rupture du tendon ; ce bandage, dis-je, a l'avantage de laisser la jambe & le talon libres, ensorte qu'on peut appliquer les compresses & autres pieces d'appareil convenables aux accidens & complications de cette rupture, & panser journellement le malade, si le cas le requiert, sans causer le moindre dérangement à la machine contentive : ce qu'on ne peut obtenir dans l'usage du bandage décrit au mot RUPTURE, quoique quelques personnes s'obstinent à le préférer à la pantoufle ; on peut consulter à ce sujet le Traité des maladies des os de feu M. Petit, & le Discours préliminaire de la derniere édition, publiée en 1758, chez Cavelier. (Y)

PANTOUFLE, fer à pantoufle, (Maréchallerie) espece de fer à cheval, forgé de façon qu'il est beaucoup plus épais en-dedans des éponges qu'en-dehors, & qu'il va en talus du côté qu'il s'applique contre la corne, afin que son épaisseur en-dedans chasse le talon & le pousse en-dehors. Il sert à rétablir les talons serrés & encastelés. La ferrure à pantoufle est bonne aussi pour les chevaux qui ont les seimes. Voyez SEIME.


PANTOUFLIERS. m. nom que l'on donne en Amérique au marteau. Voyez MARTEAU.


PANTUNvoyez PENTUN.


PANUCO(Géog. mod.) grande province de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, au nord de Mexico, avec un évêché suffragant de Mexico. On y trouve des veines d'or & des salines ; Panuco, sa capitale, est à quelques lieues du golfe du Mexique. Long. 277. 30. lat. 24. (D.J.)


PANUNGIAN(Hist. nat.) grand arbre des îles Philippines. Il produit un fruit rouge de la grosseur d'un oeuf de pigeon ; il a la forme d'une pomme de pin ; sa chair est transparente & fort saine.


PANYASUS(Géog. anc.) fleuve de la Macédoine. Ptolémée en place l'embouchure chez les Tulantii, entre Dyrrachium & l'embouchure du fleuve Apsus. Le Panyasus des anciens, est le Siomini d'aujourd'hui ; & l'Apsus, est le Chrevesta des modernes.


PANYSUS(Géog. anc.) fleuve de la basse-Moesie, dont le nom moderne est Laniza, selon Niger. (D.J.)


PAONS. m. (Hist. nat. Ornith.) pavo, oiseau très-beau par ses couleurs : on dit qu'il a été apporté de la Chine en Europe où il est très-commun ; il égale en grosseur un dindon de six mois, il a trois piés huit pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue, & deux piés onze pouces jusqu'au bout des ongles. Les paons, & sur-tout les mâles, ont un caractere qui les distingue de tous les autres oiseaux ; c'est la longueur des plumes qui recouvrent la queue ; elles sont beaucoup plus longues que les plumes de la queue, même celles du milieu, c'est-à-dire, les plus grandes, ont quatre piés quatre pouces de longueur ; les autres de chaque côté diminuent successivement de longueur jusqu'à la derniere qui est la plus courte ; elles forment plusieurs rangées, & elles sont couchées les unes sur les autres ; celles du milieu de chaque rangée ont toujours plus de longueur que les autres. Le tuyau de toutes ces plumes est blanc, & garni dans toute sa longueur de longues barbes détachées les unes des autres, qui sont d'un beau verd doré, cette couleur change à différens aspects. Les barbes de l'extrémité de ces plumes sont réunies les unes contre les autres, & ont une grande tache que l'on a appellée oeil ; ces taches sont arrondies & ont de très-belles couleurs ; le centre est d'un beau noir luisant, en forme de coeur, entouré d'une couleur verte changeante, qui, à certains aspects, paroît être d'un beau violet ou d'un bleu éclatant ; ce cercle est aussi entouré de deux autres cercles de couleur d'or & de différentes teintes : quelques-unes des plus longues de ces plumes n'ont pas de taches à l'extrémité, & paroissent comme coupées quarrément. Le paon porte ordinairement ces plumes couchées sur celles de la queue, il les éleve souvent perpendiculairement, & les étale en rond de façon qu'elles présentent toutes en-devant les taches dont il vient d'être fait mention. Le bec a un pouce six lignes de longueur depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche ; la longueur de la queue est d'un pié sept pouces ; les aîles étant pliées s'étendent à environ cinq pouces au-delà de l'origine de la queue. La tête, la gorge, le cou & la poitrine, sont d'un verd brillant mêlé d'une teinte de couleur d'or ; ce verd paroît bleu à certains aspects. Il y a de chaque côté de la tête deux longues taches blanches, dont l'une s'étend au-dessus de l'oeil, l'autre qui est la plus courte & la plus large passe pardessous. Cet oiseau a sur le sommet de la tête une hupe composée de vingt-quatre petites plumes, longues de deux pouces, & dont les tuyaux sont blanchâtres & garnis, depuis leur origine jusque vers l'extrémité, de barbes noirâtres & très-éloignées les unes des autres ; l'extrémité de ces plumes est conformée à l'ordinaire, & du même verd doré que la tête ; les plumes du dos & du croupion sont d'un beau verd doré éclatant qui change à certains aspects, & elles ont les bords d'un beau noir luisant ; le ventre & les côtés sont d'une couleur noirâtre mêlée d'un peu de verd doré ; les jambes sont d'un fauve clair. Il y a vingt-quatre grandes plumes dans chaque aîle : les dix premieres sont rousses ; la onzieme a le côté extérieur de couleur noirâtre, mêlée d'un peu de verd doré, le côté intérieur est roux & a des taches noirâtres ; les neuf qui suivent sont noirâtres, & ont un peu de verd doré seulement sur le côté extérieur du tuyau ; les autres sont mêlées de fauve & de noir. Les petites plumes des aîles & les grandes plumes des épaules ont les mêmes couleurs que les quatre grandes plumes intérieures de l'aîle ; il y a seulement une légere teinte de verd doré sur les petites plumes des aîles qui n'est pas sur celles des épaules ; les moyennes plumes de l'aîle sont d'un bleu foncé, qui se change en verd doré à certains aspects ; la queue est composée de dix-huit plumes d'un gris brun, qui ont des taches d'un gris roussâtre sur les barbes extérieures, & sur le bord des barbes intérieures ; les deux plumes du milieu sont les plus longues, les autres diminuent successivement de longueur. Le mâle a sur la partie postérieure de chaque pié un ergot très-gros, fort pointu, & long de neuf lignes.

La femelle differe beaucoup du mâle par les couleurs, elle est aussi plus petite, & elle a les plumes du dessus de la queue beaucoup plus courtes, car elles ne sont pas à-beaucoup-près aussi longues que celles de la queue. Le dos, le croupion, le ventre, les côtés du corps, les jambes, les aîles en entier, & la queue ont une couleur tirant sur le cendré ; le sommet de la tête & la hupe sont de la même couleur, & ont de très-petites taches d'un beau verd brillant ; les deux taches blanches des côtés de la tête sont beaucoup plus grandes que dans le mâle ; la gorge est blanche ; les plumes du cou sont vertes, celles de la poitrine ont la même couleur, à l'exception de l'extrémité qui est blanche. Ornit. de M. Brisson, tom. I. Voyez OISEAU. (I)

PAON, (Diete, Mat. méd.) Les paons ne sont que médiocrement estimés à titre d'aliment : on sert pourtant sur nos tables le jeune paon, qu'on appelle communément paoneau. Il est dit dans la premiere addition au chapitre COQ D'INDE, du Traité des alimens de Lemery, qu'on ne laisse pas que d'en manger aux îles de l'Amérique, où on les éleve fort aisément, & où bien des gens les estiment plus que les faisans.

Il paroît par ce qu'en disent les auteurs latins, que cette nourriture étoit inconnue aux anciens Romains, & qu'ils la servirent pour la premiere fois dans leurs festins d'apparat plutôt à titre de mets extraordinaire & recherché, qu'à titre d'aliment agréable. Galien dit que la chair du paon est dure, fibreuse, & de difficile digestion.

On trouve dans les auteurs d'Histoire naturelle & de Diete, un préjugé singulier sur la chair du paon : ils disent qu'elle se conserve pendant un tems très-considérable, sans subir la moindre putréfaction. Aldrovande a écrit qu'on lui avoit présenté, en 1598, un morceau de chair de paon, qui avoit été cuit en 1592, & qui avoit une odeur agréable approchant de celle du fenouil, quoiqu'elle fût un peu vermoulue.

La chair de paon a été louée contre les vertiges, & le bouillon de cette chair contre la pleurésie ; sa langue est vantée contre l'épilepsie ; son fiel est mis par Dioscoride au rang des ophthalmiques ; ses oeufs sont recommandés contre la goutte ; & enfin la fiente de paon est le principal remede qu'on retire de cet animal. Elle est comptée parmi les antiépileptiques les plus éprouvés, soit prise en substance à la dose d'un gros, soit délayée dans du vin, observant soigneusement pendant l'usage les nouvelles lunes, les pleines lunes ; choisissant de la fiente d'un paon mâle pour un épileptique mâle, & celle d'une femelle pour une femme épileptique. Voyez Etmuler & Jean Boacler. (b)

PAON BLANC, pavo albus, c'est une variété du paon ordinaire, dont il ne differe qu'en ce qu'il est entierement blanc.

PAON DE LA CHINE, pavo sinensis, oiseau qui est plus grand que notre faisan : il a les plumes du sommet de la tête d'un brun obscur ; leur extrémité est un peu recourbée en-avant, & cet oiseau les dresse en forme de hupe : il y a entre les yeux & le bec un petit espace dégarni de plumes ; on y voit seulement quelques poils noirs : les côtés de la tête sont blancs ; le cou est brun, & il a des bandes transversales d'un brun plus foncé. Les grandes plumes des épaules, celles de la partie antérieure du dos, & les petites des aîles sont d'un brun obscur, & ont beaucoup de petites taches, semblables à de petits points d'un brun clair & jaunâtre ; chacune de ces plumes a près de son extrémité une tache ronde, d'une belle couleur pourprée qui paroît bleue, verte, &c. à différens aspects, & qui est entourée d'un cercle noir. La partie inférieure du dos & le croupion sont d'une couleur brune avec de petits points d'un brun plus clair ; la poitrine, le ventre & les côtés, ont une couleur brune, obscure, & sont rayés transversalement de noir. Les grandes plumes des aîles sont d'un brun très-foncé, ou noirâtres ; les plumes du dessus de la queue excedent de beaucoup celles de la queue, leur couleur est brune, parsemée de petits points d'un brun clair ; elles ont chacune près de l'extrémité deux taches ovales, une de chaque côté du tuyau, colorées comme les taches du dos, & entourées d'un cercle noir qui est aussi entouré d'une couleur orangée obscure ; les plus longues plumes se trouvent au milieu, les autres diminuent successivement de longueur jusqu'à la premiere qui est la plus courte. Le mâle a deux ergots à chaque pié ; le plus long est placé environ à la moitié de la longueur du pié ; l'autre se trouve plus bas.

La femelle est d'un tiers plus petite que le mâle, elle en differe aussi par les couleurs. La tête, le cou, la poitrine, le ventre, les côtés du corps, les jambes & les plumes du dessous de la queue, sont en entier d'un brun obscur. Les plumes de la partie antérieure du dos, celles des épaules, & les petites des aîles ont la même couleur ; & chaque plume a près de son extrémité une tache ronde, d'un bleu obscur, entourée d'un cercle de couleur orangée obscure : la partie inférieure du dos & le croupion sont d'un brun obscur, parsemé de petits points d'un brun plus clair. Les plumes du dessus de la queue ont à-peu-près les mêmes couleurs que celles du mâle. On trouve cet oiseau à la Chine. Ornit. de M. Brisson, tom. I. Voyez OISEAU.

PAON DU JAPON, pavo japonensis Aldrovandi, oiseau à-peu-près de la grandeur de notre paon ; il a sur le sommet de la tête une hupe en forme d'épi, en partie verte & en partie bleue, & longue d'environ quatre pouces ; le sommet de la tête & la partie supérieure du cou sont d'un verd semé de petites taches bleues, qui ont dans leur milieu de petites lignes blanches transversales ; le dos est en partie verd & en partie bleu ; la poitrine a les mêmes couleurs que le dos, mais elles sont mêlées d'un beau jaune couleur d'or : toutes ces couleurs changent à différens aspects. Le ventre, les côtés du corps & les jambes, sont d'une couleur cendrée mêlée de taches noires ; les taches du ventre ont de petites lignes blanches ; la couleur des grandes plumes de l'aîle est verte & traversée de lignes noires depuis la racine jusqu'au milieu de leur longueur, ensuite elles sont jaunâtres avec les mêmes lignes noires, enfin l'extrémité est entierement noire. Les plumes du dessus de la queue ne sont pas en aussi grand nombre que dans notre paon ; elles excedent de beaucoup les plumes de la queue ; elles ont le tuyau blanc, & les barbes d'un brun tirant sur la couleur de marron : il y a près de l'extrémité de chacune de ces plumes une tache plus grande que celles de notre paon. Chacune de ces taches a le milieu de couleur d'or, entourée de bleu, & les bords verds.

La femelle differe du mâle en ce qu'elle est plus petite, & qu'elle a le ventre entierement noir & les plumes du dessus de la queue beaucoup plus courtes que celles du mâle. Les plumes de la queue sont vertes, elles ont les bords bleus, & le tuyau blanc. On trouve cet oiseau au Japon. Ornit. de M. Brisson, tom. I. Voyez OISEAU.

PAON DE MER, avis pugnax, oiseau qui pese à-peu-près cinq onces ; il a environ un pié deux pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité des doigts. La tête est d'un brun cendré, & elle a des taches noirâtres ; le cou est cendré ; les longues plumes des épaules & celles du dos sont en partie brunes ou noires, & en partie blanches ; le ventre & la poitrine sont blancs sans mêlange d'autres couleurs ; la gorge est d'un blanc mêlé de cendré ; les dix grandes plumes extérieures des aîles sont noires, la pointe des autres est blanchâtre ; les plumes du second rang sont de la même couleur que le dos, à l'exception de la pointe qui est blanche ; les autres petites plumes des aîles sont blanches en entier ; les plumes de la queue ont près de trois pouces de longueur.

Cette description a été faite d'après les couleurs des femelles, qui ne varient pas comme celles des mâles.

On a donné à cet oiseau le nom d'avis pugnax, parce que les mâles se battent continuellement les uns les autres, lorsqu'ils sont en amour ; ils font aussi la guerre aux autres oiseaux dans ce tems-là. Les femelles sont plus petites que les mâles, elles se battent rarement. Les mâles ont au cou de longues plumes qui forment une sorte de collier autour de la gorge ; la couleur de ce collier varie, on en voit de blancs, de jaunes, de noirs, de cendrés, & quelquefois de bleus noirâtres. On trouve rarement au printems deux mâles qui soient exactement semblables pour les couleurs ; on dit au contraire qu'ils se ressemblent tous parfaitement en automne après la mue. Ils n'ont plus alors de collier. Willughby, Ornit. Voyez OISEAU.

PAON, PETIT, ou PAON DE JOUR, papillon diurne de moyenne grandeur, qui a sur les aîles des taches rondes comme le grand paon, dont il ne differe qu'en ce qu'il est beaucoup plus petit.

PAON, GRAND, ou PAON DE NUIT. On a donné ces noms à une phalene, parce qu'elle a sur les aîles des taches rondes, semblables à celles que l'on voit sur les plumes du dessus de la queue du paon ; elle est la plus grande de toutes les phalenes de ce pays-ci. La chenille qui donne cette phalene, se trouve sur le poirier ; elle est verte, & elle a sur le corps plusieurs rangées de tubercules qui sont d'un très-beau bleu.

PAON DU TIBET, pavo tibetanus, oiseau qui est à-peu-près de la grosseur de la pintade ; il a environ deux piés un pouce & demi de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue, & deux piés un pouce jusqu'au bout des doigts ; la longueur du bec est d'un pouce sept lignes depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche ; les aîles étant pliées ne s'étendent pas au-delà de l'origine de la queue. Le mâle a deux ergots à la partie postérieure de chaque pié ; le supérieur est le plus petit. Les plumes de la tête, de la gorge, du cou, de la poitrine, du ventre, des côtés du corps, celles des jambes & du dessous de la queue sont grises, & ont de petites lignes noirâtres ; la partie postérieure du dos & le croupion sont de la même couleur grise, & ils ont de très-petites taches blanchâtres ; les plumes de la partie antérieure du dos, celles des épaules & les petites des aîles, sont de couleur grise mêlée de lignes noirâtres & de petites taches blanchâtres ; elles ont toutes aussi de grandes taches rondes d'un bleu éclatant, qui paroît à certains aspects violet ou d'une belle couleur d'or ; les plumes de l'aîle & celles qui recouvrent le dessus de la queue sont du même gris que la partie inférieure du dos ; celles des aîles ont deux taches de même bleu changeant dont il a déja été fait mention, ces taches sont placées l'une au-dessus de l'autre près de l'extrémité de chaque plume ; les plumes du dessus de la queue ont quatre taches de la même couleur bleue, deux de chaque côté du tuyau ; les plumes du milieu de celles du dessus de la queue sont les plus longues ; les autres de chaque côté diminuent successivement de longueur jusqu'à l'extérieure qui est la plus courte ; l'iris des yeux est jaune. On trouve cet oiseau dans le royaume du Tibet. Ornit. de M. Brisson, tom. I. Voyez OISEAU.

PAON, (Hist. nat. Ichthyolog.) poisson de mer. On a donné ce nom à une espece de tourd, parce qu'il est d'une belle couleur verte, mêlée de bleu, semblable à celle du cou de l'oiseau qui porte le même nom. Ce poisson ressemble aux autres especes de tourds par le nombre & la position des nageoires. Sa chair est molle, tendre, & un peu visqueuse. Voyez TOURD. Rondelet, Hist. nat. des poissons, premiere partie, liv. VI. chap. vj. Voyez POISSON.

PAON, en Astronomie, c'est une constellation de l'hémisphere méridional, inconnue aux anciens, & qui n'est point visible dans nos contrées septentrionales. Voyez CONSTELLATION. Chambers.

PAON, (Littérat.) c'est l'oiseau consacré à Junon ; & les Poëtes ont feint qu'elle avoit transporté les yeux d'Argus sur sa queue. Le portrait de cet oiseau a été tracé par Lucien, par Phèdre, & par la Fontaine. Le paon, dit le premier, étale d'un air magnifique l'or & l'azur de son plumage, & dispute avec le printems, à qui produira de plus belles choses. Il fait la roue, il se mire dans sa beauté, dont l'éclat est multiplié par celui de la lumiere. Les cercles d'or qui couronnent l'émail de sa queue, imitent parfaitement l'arc-en-ciel, qui change ses couleurs, selon qu'on le regarde sous divers aspects.

Phèdre fait adresser au paon les louanges les plus flatteuses, par Junon même :

Sed formâ vincis, vincis magnitudine.

Nitor smaragdi collo praefulget tuo,

Pictisque gemmis gemmeam caudam explicas.

La Fontaine enchérit encore sur la cajolerie de la déesse : est-ce à toi, lui dit-elle,

Est-ce à toi d'envier la voix du rossignol ?

Toi que l'on voit porter à l'entour de ton col

Un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies ;

Qui te panades, qui déploies

Une si riche queue, & qui semble à nos yeux

La boutique d'un lapidaire ?

Est-il quelque oiseau sous les cieux

Plus que toi capable de plaire ?

Les Hébreux ont connu les paons sous le nom de thuchim ; du-moins les interpretes s'accordent assez sur la signification de ce mot. La flotte de Salomon qui alloit à Ophir, a pû en rapporter à ce prince.

Ils étoient d'un grand prix chez les Grecs au rapport d'Athénée, l. XIV. c. xx. & le reproche qu'on fait à Périclès d'en nourrir, prouve assez leur rareté dans la Grece. Hortensius, le rival de Ciceron dans la carriere du barreau, homme magnifique dans ses dépenses, fut le premier, au rapport de Pline, qui fit apprêter des paons à Rome, dans un repas qu'il donna au college des augures.

Enfin, c'est l'oiseau favori des rois d'Angola & de Congo. Il n'appartient qu'à eux d'en entretenir ; & quiconque de leurs sujets en voleroit des plumes, seroit puni par l'esclavage.

Le paon d'Afrique ou de Guinée est nommé par les Naturalistes avis afra ou pavo africanus, & par les François demoiselle de Numidie : c'est un nom fort impropre que les dames lui donnerent sous le regne de Louis XIV. & MM. de l'acad. des Scienc. se crurent obligés de l'adopter.

Saint Augustin s'est imaginé que la chair de cet oiseau ne se corrompt qu'au bout d'un an ; mais dans le pays de sa naissance, elle doit déja se corrompre au bout d'un jour. Il y a dans les écrits de ce pere de l'Eglise plus d'une erreur en physique. (D.J.)

PAON, voeu du, (Hist. de la Chevaler.) les entreprises de guerre & de chevalerie, sur-tout celles des croisades, étoient annoncées & publiées avec un appareil capable d'inspirer à tous les guerriers l'ardeur d'y concourir, & de partager la gloire qui devoit en être le prix. L'engagement en étoit scellé par des actes de religion, & par des voeux dont rien ne pouvoit dispenser.

Le plus authentique de tous les voeux étoit celui que l'on appelloit le voeu du paon ou du faisan. Ces nobles oiseaux, car on les qualifioit ainsi, représentoient par l'éclat & la variété de leurs couleurs, la majesté de leurs rois, & les superbes habillemens dont ces monarques étoient parés pour tenir ce que l'on nommoit tinel ou cour pléniere. La chair du paon ou du faisan étoit, si l'on en croit nos vieux romanciers, la nourriture particuliere des preux & des amoureux. Enfin, selon Matthieu Paris, une figure de paon servoit de but aux chevaliers qui s'exerçoient à la course des chevaux & au maniement de la lance.

Le jour donc que l'on devoit prendre l'engagement solemnel, un paon ou bien un faisan quelquefois rôti, mais toujours paré de ses plus belles plumes, étoit apporté majestueusement par des dames ou par des demoiselles dans un grand bassin d'or ou d'argent, au milieu de la nombreuse assemblée de chevaliers convoqués. On le présentoit à chacun d'eux, & chacun faisoit son voeu sur l'oiseau : ensuite on le reportoit sur une table, pour être enfin distribué à tous les assistans. L'habileté de celui qui tranchoit consistoit à le partager, de maniere que tous pussent en avoir. Les dames ou demoiselles choisissoient un des plus braves de l'assemblée, pour aller avec elles porter le paon au chevalier qu'il estimoit le plus preux. Le chevalier choisi mettoit le plat devant celui qu'il croyoit mériter la préférence, coupoit néanmoins l'oiseau, & le distribuoit sous ses yeux ; & cette distinction si glorieuse, attachée à la plus éminente valeur, ne s'acceptoit qu'après une longue & modeste résistance. Mém. de l'acad. des Inscript. tome XX. (D.J.)


PAONNEc'est la femelle du paon. Voyez PAON.


PAONNEAUon a donné ce nom aux jeunes paons. Voyez PAON.


PAOPHI(Chronol. égypt.) c'est le second mois de l'année égyptienne. Il commence le 28 Septembre de la période julienne. (D.J.)


PAOUAOUCI(Hist. mod. superstition) c'est le nom que les habitans sauvages de la Virginie donnent à leurs enchantemens ou conjurations, au moyen desquels quelques Européens mêmes ont été assez simples pour croire que leurs devins pouvoient faire paroître des nuages, & faire tomber de la pluie.


PAPA(Géog. mod.) petite ville de la basse Hongrie, au comté de Vesprin. L'archiduc Matthias la prit sur Mahomet III. en 1597. Elle est sur une montagne à 10 lieues S. de Raab, 18 O. de Bude. Long. 35. 45. latit. 47. 20.


PAPANS. m. (Hist. nat. Ornithol.) nom donné par les habitans des îles Philippines à une grande espece de canard, fort commun sur leurs lacs & leurs marais ; il est si beau, que le P. Camelli l'appelle le canard royal ; cependant on n'en fait pas autant de cas que du canard des mêmes îles, nommé salagasir, & qui n'est pas plus gros que le poing. (D.J.)


PAPAS(Hist. ecclés.) nom que les Grecs schismatiques donnent à leurs prêtres, & quelquefois à leurs patriarches ou évêques.

Ce mot signifie pere. Le P. Goar met une distinction & . Il dit que le premier titre est propre au souverain pontife, & que le second convient aux prêtres & même aux clercs d'un rang inférieur. Les Grecs appellent protopapas le premier d'entre les prêtres. Il y a encore aujourd'hui dans l'église de Messine en Sicile une dignité sous le nom de protopapas, que les Grecs y introduisirent probablement lorsque cette île étoit sous la domination des empereurs d'Orient. Le prélat de l'île de Corfou prend aussi le titre de protopapas. Scaliger remarque sur ce sujet que les Ethiopiens appellent les prêtres papasath, & les évêques épiscopasath. Acosta rapporte aussi que les Indiens du Pérou nomment leur grand-prêtre papas. Ducange, Glossar. latinit.


PAPAUTÉS. f. (Jurisprud.) est la dignité de souverain pontife ; on entend aussi quelquefois par le terme papauté le tems pendant lequel un pape a rempli le saint siege, comme quand on dit du pape Prosper Lambertini " que pendant sa papauté il a gouverné paisiblement toute l'Eglise ". (A)


PAPAYou PAPAU, s. m. (Hist. anc. Bot. exot.) genre de plante qui a deux sortes de fleurs ; l'une est un tuyau en forme d'étoile & stérile ; l'autre est en rose, composée de plusieurs pétales. Le pistil sort du calice, & devient dans la suite un fruit charnu qui a la forme d'un melon, & qui renferme des semences le plus souvent striées & recouvertes d'une coëffe. Tournefort, Inst. rei herb. app. Voyez PLANTE.

Son tronc est simple, nud ou sans branches, il n'en part que des pédicules pour les feuilles qui sont découpées, comme celles du ris simple ; sa fleur est mâle, nue, tubulée, divisée en plusieurs endroits, composée de cinq longs segmens étroits, étendus en forme d'étoiles, garnis d'une multitude d'étamines ; elle croît séparément sur une plante mâle.

Il y a une autre plante femelle, où l'extrémité du pédicule s'ouvre, & forme un petit calice dentelé, où l'on remarque la figure pentapétale, ou plutôt celle d'une gousse ou d'une enveloppe sans étamine. Au fond de cette fleur ou de cette enveloppe est placé un ovaire, garni d'un tube ouvert, divisé en cinq endroits, chaque segment forme une espece de branche feuillue qui dégénere en un fruit charnu, cannelé, semblable au melon, dont l'écorce est épaisse, & dont la pulpe couverte par-tout d'une enveloppe contient quantité de semences blanches & striées.

Il y a une grande abondance de papaya à la Chine, dans les provinces de Canton & de Focien : cet arbre y porte beaucoup de fruits attachés à son tronc, & ses fruits sont presque aussi gros que des melons ; la chair en est rousse, molle, & d'un goût agréable. L'on voit quelquefois sur le même arbre des fleurs ouvertes semblables à nos lys, des boutons, des fruits encore verts, & d'autres qui sont jaunes & mûrs. Le papaya sauvage se multiplie de la semence de son fruit lorsqu'il tombe : on en peut voir la figure dans Boym, Flora sinensis. (D.J.)


PAPES. m. (Hist. ecclésiast.) nom grec, qui signifie ayeul ou pere des peres. Il a été commun à tous les prêtres, & on l'a donné aux évêques & aux patriarches. Il est enfin devenu le titre distinctif de l'évêque de Rome. Dans le viij. concile oecuménique tenu à Constantinople en 869, & qui étoit composé de 300 évêques, tous les patriarches y furent appellés papes, & le patriarche de Rome Jean VIII. donna même, par ses lettres & par ses légats, le titre de votre sainteté au patriarche Photius. Saint Augustin écrivant à sa soeur, lui dit : Je crois que vous avez les ouvrages du saint pape Ambroise. Saint Jérôme écrivant à saint Augustin, l'appelle le bienheureux pape Augustin ; & saint Augustin dans une lettre adressée à l'évêque Aurele, le qualifie de très-saint pape & de très-honoré seigneur Aurele. On appella donc ainsi tous les évêques qui pendant long-tems s'intitulerent eux-mêmes papes, peres, pontifes, serviteurs des serviteurs de Dieu, apostoliques, &c. Ce ne fut que vers la fin du xj. siecle que Gregoire VII. évêque de Rome, dans un concile tenu à Rome fit ordonner que le nom de pape demeureroit au seul évêque de Rome, ce que l'usage a autorisé en Occident ; car en Orient on donne encore ce même nom aux simples prêtres.

Constantin donna, non au seul évêque de Rome, mais à la cathédrale qui étoit l'église de S. Jean, mille marcs d'or, & trente mille marcs d'argent, avec mille sols de rente, & des terres dans la Calabre. Chaque empereur augmenta ensuite ce patrimoine. Les évêques de Rome en avoient besoin. Les missions qu'ils envoyerent bientôt dans l'Europe payenne, les évêques chassés de leurs sieges auxquels ils donnerent asyle, les pauvres qu'ils nourrirent, les mettoient dans la nécessité d'être très-riches. Le crédit de la place supérieure aux richesses fit bientôt du pasteur des chrétiens de Rome, l'homme le plus considérable de l'Occident. La piété avoit toujours accepté ce ministere ; l'ambition le brigua. On se disputa la chaire. Il y eut deux anti-papes dès le milieu du quatrieme siecle, & le consul Prétextat, idolâtre, disoit en 466 : Faites-moi évêque de Rome, & je me fais chrétien.

Cependant cet évêque n'avoit d'autre pouvoir que celui que peut donner la vertu, le crédit, ou l'intrigue dans des circonstances favorables. Jamais aucun pasteur de l'Eglise n'eut la jurisdiction contentieuse, encore moins les droits régaliens. Aucun n'eut ce qu'on appelle jus terrendi, ni droit de territoire, ni droit de prononcer do, dico, addico. Les empereurs resterent les Juges suprêmes de tout hors du dogme. Ils convoquerent les conciles. Constantin, à Nicée, reçut & jugea les accusations que les évêques porterent les uns contre les autres, le titre de souverain pontife resta même attaché à l'empire. Quand Théodoric eut établi le siege de son empire à Ravenne, deux papes se disputerent la chaire épiscopale ; il nomma le pape Simmaque ; & ce pape Simmaque étant accusé, il le fit juger par ses missi dominici.

Atalaric son fils régla les élections des papes & de tous les autres métropolitains de ses royaumes par un édit qui fut observé ; édit rédigé par Cassiodore son ministre, qui depuis se retira au mont Cassin, & embrassa la regle de S. Benoît ; édit auquel le pape Jean II. se soumit sans difficulté. Quand Bélisaire vint en Italie, & qu'il la remit sous le pouvoir impérial, on sait qu'il exila le pape Silverius, & qu'en cela il ne passa point les bornes de son autorité, s'il passa celles de la justice.

Dans la déplorable situation où se trouvoit la ville de Rome aux vij. & viij. siecles, cette ville malheureuse, qui mal défendue par les exarques & continuellement menacée par les Lombards, reconnoissoit toujours l'empereur pour son maître, le crédit des papes augmentoit au milieu de la désolation de la ville. Ils en étoient souvent les consolateurs & les peres ; mais toujours sujets, ils ne pouvoient être consacrés qu'avec la permission expresse de l'Exarque. Les formules par lesquelles cette permission étoit demandée & accordée, subsistent encore. Le clergé romain écrivoit au métropolitain de Ravenne, & demandoit la protection de sa béatitude auprès du gouverneur, ensuite le pape envoyoit à ce métropolitain sa profession de foi.

Astolphe, roi des Lombards, prétendit avoir Rome par le droit de sa conquête de l'exarcat de Ravenne, dont le duché de Rome dépendoit. Le pape Etienne II. seul défenseur des malheureux Romains, envoya demander du secours à l'empereur Constantin, surnommé Copronyme. Ce misérable empereur envoya pour tout secours un officier du palais avec une lettre pour le roi Lombard. C'est cette foiblesse des empereurs grecs, qui fut l'origine du nouvel empire d'Occident & de la grandeur pontificale.

Rome tant de fois saccagée par les Barbares, abandonnée des empereurs, pressée par les Lombards, incapable de rétablir l'ancienne république, ne pouvoit plus prétendre à la grandeur. Il lui fallut du repos. Elle l'auroit goûté, si elle avoit pu dès-lors être gouvernée par son évêque, comme le furent depuis tant de villes d'Allemagne, & l'anarchie eût au-moins produit ce bien ; mais il n'étoit pas encore reçu dans l'opinion des chrétiens qu'un évêque pût être souverain, quoiqu'on eût dans l'histoire du monde tant d'exemples de l'union du sacerdoce & de l'empire dans d'autres religions. Le pape Gregoire III. recourut le premier à la protection des Francs contre les Lombards & contre les empereurs. Zacharie son successeur animé du même esprit, reconnut Pepin, usurpateur du royaume de France, pour roi légitime.

On a prétendu que Pepin, qui n'étoit que premier ministre, fit demander d'abord au pape quel étoit le vrai roi, ou de celui qui n'en avoit que le droit & le nom, ou de celui qui en avoit l'autorité & le mérite ? & que le pape décida que le ministre devoit être roi. Il n'a jamais été prouvé qu'on ait joué cette comédie ; mais ce qui est vrai, c'est que le pape Etienne III. appella Pepin à son secours contre les Lombards ; qu'il vint en France, & qu'il donna dans S. Denis l'onction royale à Pepin, premier roi consacré en Europe. Non-seulement ce premier usurpateur reçut l'onction sacrée du pape, après l'avoir reçue de S. Boniface, qu'on appelloit l'apôtre d'Allemagne ; mais Etienne III. défendit sous peine d'excommunication aux François de se donner des rois d'une autre race. Tandis que cet évêque, chassé de sa patrie & suppliant dans une terre étrangere, avoit le courage de donner des lois, sa politique prenoit une autorité qui assûroit celle de Pepin ; & ce prince, pour mieux jouir de ce qui ne lui étoit pas du, laissoit au pape des droits qui ne lui appartenoient pas. Hugues Capet en France, & Conrad en Allemagne firent voir depuis qu'une telle excommunication n'est pas une loi fondamentale.

Cependant l'opinion qui gouverne le monde imprima d'abord dans les esprits un si grand respect pour la cérémonie faite par le pape à S. Denis, qu'Eginhart, secrétaire de Charlemagne, dit en termes exprès, que le roi Hilderic fut déposé par ordre du pape Etienne. On croiroit que c'est une contradiction que ce pape fût venu en France se prosterner aux piés de Pepin & disposer ensuite de la couronne : mais, non ; ces prosternemens n'étoient regardés alors que comme le sont aujourd'hui nos révérences. C'étoit l'ancien usage de l'Orient. On saluoit les évêques à genoux ; les évêques saluoient de même les gouverneurs de leurs diocèses. Charles, fils de Pepin, avoit embrassé les piés du pape Etienne à S. Maurice en Vallais. Etienne embrassa ceux de Pepin. Tout cela étoit sans conséquence ; mais peu-à-peu les papes attribuerent à eux seuls cette marque de respect.

On prétend que le pape Adrien I. fut celui qui exigea qu'on ne parût jamais devant lui sans lui baiser les piés. Les empereurs & les rois se soumirent depuis, comme les autres, à cette cérémonie, qui rendoit la religion romaine plus vénérable aux peuples. On nous dit que Pepin passa les monts en 754 ; que le Lombard Astolphe, intimidé par la seule présence du Franc, céda aussi-tôt au pape tout l'exarcat de Ravenne ; que Pepin repassa les monts, & qu'à peine s'en fut-il retourné, qu'Astolphe, au lieu de donner Ravenne au pape, mit le siege devant Rome. Toutes les démarches de ces tems-là étoient si irrégulieres, qu'il se pourroit faire à toute force que Pepin eût donné aux papes l'exarcat de Ravenne qui ne lui appartenoit point, & qu'il eût même fait cette donation singuliere, sans prendre aucune mesure pour la faire exécuter. Cependant il est bien peu vraisemblable qu'un homme tel que Pepin qui avoit détrôné son roi, n'ait passé en Italie avec une armée que pour y aller faire des présens. Rien n'est plus douteux que cette donation citée dans tant de livres. Le bibliothecaire Anastase, qui écrivit 140 ans après l'expédition de Pepin, est le premier qui parle de cette donation ; mille auteurs l'ont citée, mais les meilleurs publicistes d'Allemagne la refutent aujourd'hui.

Il regnoit alors dans les esprits un mêlange bizarre de politique & de simplicité, de grossiereté & d'artifice, qui caractérise bien la décadence générale. Etienne feignit une lettre de S. Pierre, adressée du ciel à Pepin & à ses enfans ; elle mérite d'être rapportée : la voici : " Pierre, appellé apôtre par Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, &c. comme par moi toute l'Eglise catholique-apostolique romaine, mere de toutes les autres églises, est fondée sur la pierre, & afin qu'Etienne, évêque de cette douce Eglise romaine, & que la grace & la vertu soit pleinement accordée du Seigneur notre Dieu, pour arracher l'Eglise de Dieu des mains des persécuteurs. A vous, excellens Pepin, Charles & Carloman trois rois, & à tous saints évêques & abbés, prêtres & moines, & même aux ducs, aux comtes & aux peuples, moi, Pierre apôtre, &c.... je vous conjure, & la Vierge Marie qui vous aura obligation, vous avertit & vous commande aussi-bien que les trônes, les dominations.... Si vous ne combattez pour moi, je vous déclare par la sainte Trinité, & par mon apostolat, que vous n'aurez jamais de part au paradis ".

La lettre eut son effet. Pepin passa les Alpes pour la seconde fois. Il assiégea Pavie, & fit encore la paix avec Astolphe. Mais est-il probable qu'il ait passé deux fois les monts uniquement pour donner des villes au pape Etienne ? Pourquoi S. Pierre, dans sa lettre, ne parle-t-il pas d'un fait si important ? Pourquoi ne se plaint-il pas à Pepin de n'être pas en possession de l'exarcat ? Pourquoi ne le redemande-t-il pas expressément ? Le titre primordial de cette donation n'a jamais paru. On est donc réduit à douter. C'est le parti qu'il faut prendre souvent en histoire, comme en philosophie. Le saint siege d'ailleurs n'a pas besoin de ces titres équivoques ; il a des droits aussi incontestables sur ses états que les autres souverains d'Europe en ont sur les leurs.

Il est certain que les pontifes de Rome avoient dès-lors de grands patrimoines dans plus d'un pays, que ces patrimoines étoient respectés, qu'ils étoient exemts de tribut. Ils en avoient dans les Alpes, en Toscane, à Spolete, dans les Gaules, en Sicile, & jusque dans la Corse, avant que les Arabes se fussent rendus maîtres de cette île au viij. siecle. Il est à croire que Pepin fit augmenter beaucoup ce patrimoine dans le pays de la Romagne, & qu'on l'appella le patrimoine de l'exarcat. C'est probablement ce mot de patrimoine qui fut la source de la méprise. Les auteurs postérieurs supposerent dans des tems de ténébres que les papes avoient regné dans tous les pays où ils avoient seulement possédé des villes & des territoires.

Si quelque pape, sur la fin du viij. siecle, prétendit être au rang des princes, il paroît que c'est Adrien I. La monnoie qui fut frappée en son nom, si cette monnoie fut en effet fabriquée de son tems, fait voir qu'il eut les droits régaliens ; & l'usage qu'il introduisit de se faire baiser les piés, fortifie encore cette conjecture. Cependant il reconnut toujours l'empereur grec pour son souverain. On pouvoit très-bien rendre à ce souverain éloigné un vain hommage, & s'attribuer une indépendance réelle, appuyée de l'autorité du saint ministere.

On a écrit, on écrit encore que Charlemagne, avant même d'être empereur, avoit confirmé la donation de l'exarcat de Ravenne, qu'il y avoit ajouté la Corse, la Sardaigne, la Ligurie, Parme, Mantoue, les duchés de Spolete, de Bénévent, la Sicile, Venise, & qu'il déposa l'acte de cette donation sur le tombeau dans lequel on prétend que reposent les cendres de saint Pierre & de saint Paul. On pourroit mettre cette donation à côté de celle de Constantin, dont il sera parlé ci-après. On ne voit point que jamais les papes ayent possédé aucun de ces pays jusqu'au tems d'Innocent III. s'ils avoient eu l'exarcat, ils auroient été souverains de Ravenne & de Rome ; mais dans le testament de Charlemagne qu'Eginhart nous a conservé, ce monarque nomme à la tête des villes métropolitaines qui lui appartiennent, Rome & Ravenne auxquelles il fait des présens. Il ne put donner ni la Sicile, ni la Corse, ni la Sardaigne qu'il ne possédoit pas, ni le duché de Bénévent dont il avoit à peine la suzeraineté, encore moins Venise qui ne le connoissoit pas pour empereur. Le duc de Venise reconnoissoit alors pour la forme l'empereur d'Orient, & en recevoit le titre d'hippatos. Les lettres du pape Adrien parlent du patrimoine de Spolete & de Bénévent ; mais ces patrimoines ne se peuvent entendre que des domaines que les papes possédoient dans ces deux duchés. Grégoire VII. lui-même avoue dans ses lettres que Charlemagne donnoit 1200 livres de pension au saint siege. Il n'est guere vraisemblable qu'il eût donné un tel secours à celui qui auroit possédé tant de belles provinces. Le saint siege n'eut Bénévent que long-tems après la donation de l'empereur Henri le Noir vers l'an 1047. Cette concession se réduisit à la ville, & ne s'étendit point jusqu'au duché. Il ne fut point question de confirmer le don de Charlemagne.

Ce qu'on peut recueillir de plus probable au milieu de tant de doutes, c'est que du tems de Charlemagne les papes obtinrent en propriété la marche d'Ancone, outre les villes, les châteaux & les bourgs qu'ils avoient dans les autres pays. Voici sur quoi l'on pourroit se fonder. Lorsque l'empire d'Occident se renouvella dans la famille des Othons au x. siecle, Othon III. assigna particulierement au saint siege la Marche d'Ancone, en confirmant toutes les concessions faites à cette Eglise. Il paroît donc que Charlemagne avoit donné cette Marche, & que les troubles survenus depuis en Italie avoient empêché les papes d'en jouir. Ils perdirent ensuite le domaine utile de ce petit pays sous l'empire de la maison de Souabe.

Dans le xj. siecle, le pape Gregoire VII. prévalut tellement sur l'esprit de Mathilde, comtesse de Toscane, qu'elle fit une donation authentique de ses états au saint siege, s'en réservant seulement l'usufruit sa vie durant. On ne sait s'il y eut un acte, un contrat de cette concession. La coûtume étoit de mettre sur l'autel une motte de terre, quand on donnoit ses biens à l'Eglise. Des témoins tenoient lieu de contrat. On prétend que Mathilde donna deux fois tous ses biens au saint siege. La vérité de cette donation confirmée depuis par son testament, ne fut point révoquée en doute par l'empereur Henri IV. c'est le titre le plus authentique que les papes ayent réclamé : mais ce titre même fut un nouveau sujet de querelles.

La comtesse Mathilde possédoit la Toscane, Mantoue, Parme, Reggio, Plaisance, Ferrare, Modene, une partie de l'Ombrie & du duché de Spolete, Vérone, presque tout ce qui est appellé aujourd'hui le patrimoine de S. Pierre, depuis Viterbe jusqu'à Orviette, avec une partie de la Marche d'Ancone. Henri III. avoit donné cette Marche d'Ancone aux papes, mais cette concession n'avoit pas empêché la mere de la comtesse Mathilde de se mettre en possession des villes qu'elle avoit cru lui appartenir. Il semble que Mathilde voulut réparer, après sa mort, le tort qu'elle faisoit au saint siege pendant sa vie. Mais elle ne pouvoit donner les fiefs qui étoient inaliénables, & les empereurs prétendirent que tout son patrimoine étoit fief de l'empire. C'étoit donner des terres à conquérir, & laisser des guerres après elle. Henri IV. comme héritier & comme seigneur suzerain ne vit dans une telle donation que la violation des droits de l'empire. Cependant, à la longue, il a fallu céder au saint siege une partie de ces états.

Les papes ont éprouvé le sort de plusieurs autres souverains. Ils ont été tantôt grands terriens, & tantôt dépouillés presque de tout. Qu'il nous suffise de savoir qu'ils possedent aujourd'hui la souveraineté reconnue d'un pays de 180 milles d'Italie en longueur, depuis les portes de Mantoue aux confins de l'Abruze le long de la mer Adriatique, & qu'ils en ont plus de 100 milles en largeur, depuis Civita-Vecchia jusqu'au rivage d'Ancone d'une mer à l'autre. Il a fallu négocier toujours, & souvent combattre pour s'assûrer cette domination.

Les papes prétendoient aussi qu'ils avoient eu la souveraineté du comté Venaissin depuis le tems du comte Raymond de S. Gilles, quoique les empereurs, comme rois d'Arles, eussent joui de ce droit, & eussent exercé dans ce comté des actes de souverain. L'empereur Fréderic II. donna l'an 1234 à Raymond le jeune les droits qui appartenoient à l'empire dans les villes & autres lieux de ce comté ; & le pape se vit obligé de le remettre à Raymond le jeune, qui le laissa à sa fille Jeanne & à son gendre Alphonse ; Philippe le Hardi, roi de France, qui fut leur héritier, remit l'an 1273 au pape Gregoire X. le comté Venaissin comme étant un propre de l'Eglise romaine. Depuis ce tems, les papes jouissent de ce comté, ainsi que de celui d'Avignon que Clément VI. acheta 75 ans après, c'est-à-dire l'an 1348 de Jeanne, reine de Sicile, comtesse de Provence, du consentement de Louis de Tarente son mari, pour la somme de 80 mille florins.

Il est à propos de ne pas finir cet article, sans dire un mot de cette célebre donation qu'on dit avoir été faite par Constantin au pape Sylvestre, de la ville de Rome & de plusieurs provinces d'Italie. Hincmar, archevêque de Rheims, qui florissoit vers l'an 850, est le premier qui en ait fait mention. Le pape Léon IX. rapporte cette donation dans une lettre qu'il écrivit en 1053 à Michel, patriarche de Constantinople. Pierre Damien la cite. Anselme évêque de Luques, Yves évêque de Chartres, & Gratien l'ont insérée dans leurs collections.

Il est néanmoins certain que c'est une piece supposée. 1°. Aucun des anciens n'en a fait mention. 2°. Les papes qui ont parlé des bienfaits que les empereurs avoient faits au saint siege de Rome, ou qui ont défendu leur patrimoine temporel, ne l'ont jamais alléguée. 3°. La date de cet acte est fausse, car il est daté de l'an 315 ; & dans l'acte il est parlé du baptême de l'empereur, qui n'étoit pas encore baptisé, même suivant l'avis de ceux qui croient qu'il a été baptisé à Rome. 4°. Le style en est barbare & bien différent de celui des édits véritables de Constantin, & il y a des termes qui n'étoient point en usage de son tems. 5°. Il y a une infinité de faussetés & d'absurdités dans cet édit. Il y est permis au pape de se servir d'une couronne d'or, semblable à celle des rois & des empereurs : or en ce tems-là les empereurs ne se servoient point de couronne, mais de diadême. L'histoire fabuleuse du baptême de Constantin par saint Sylvestre, & sa guérison miraculeuse de la lepre, y sont rapportées comme une chose certaine. Enfin tant de raisons concourent à décrier cette piece, que l'on ne finiroit point si l'on vouloit les exposer toutes.

Il sera plus agréable de rappeller au lecteur la réponse adroite que Jerôme Donato, ambassadeur de Venise à Rome, fit au pape Jules II. Ce pape lui ayant demandé à voir le titre du droit que la république de Venise avoit sur le golfe Adriatique, il lui répondit que s'il plaisoit à sa sainteté de faire apporter l'original de la donation que Constantin avoit faite au pape Sylvestre de la ville de Rome & des autres terres de l'état ecclésiastique, il y verroit au dos la concession faite aux Vénitiens de la mer Adriatique.

Dans les premiers siecles de l'Eglise, les peuples & le clergé conjointement, & quelquefois le clergé seul du consentement du peuple firent librement l'élection du pape à la pluralité des voix. Les empereurs depuis s'attribuerent le droit de confirmer ces élections. Ce droit fut aboli au quatrieme concile de Rome du consentement de Théodoric qui fut, sur la fin de ses jours, usurper lui-même le pouvoir de créer les papes. Les rois goths qui lui succéderent se contenterent de confirmer les élections. Justinien ensuite contraignit l'élu de payer une somme d'argent, pour obtenir la confirmation de son élection ; Constantin Pogonat délivra l'Eglise de cette servitude. Néanmoins les empereurs se conserverent toujours quelque autorité dans l'élection des papes, qu'on ne consacroit pas sans leur approbation ; Louis le Débonnaire & ses successeurs rétablirent les anciennes coûtumes pour la liberté des élections.

Pendant les desordres du x. siecle sous la tyrannie des marquis d'Etrurie & des comtes de Toscanelle, ces hommes puissans créoient & déposoient les papes comme il leur plaisoit. L'empereur Othon, ses fils & petit-fils soumirent de nouveau à leur autorité l'élection des papes, qui dépendoient absolument d'eux. Henri, duc de Baviere, leur successeur à l'empire, laissa la liberté de cette élection au clergé & au peuple romain, à l'exemple des empereurs françois. Conrard le Salique ne changea rien ; mais Henri III. son fils & Henri IV. son petit-fils, se remirent en possession du pouvoir de choisir eux-mêmes, ou de faire élire celui qu'ils voudroient pour papes : ce qui alluma d'horribles troubles dans l'Eglise, fit naître le schisme, & causa la guerre entre les papes & les empereurs au sujet des investitures.

Enfin l'Eglise ayant encore été troublée pendant l'espace d'un siecle par les anti- papes, la liberté des élections fut rétablie sous Innocent II. car, après que le schisme de Pierre de Léon, dit Anaclet, & de Victor IV. eut été éteint, tous les cardinaux réunis sous l'obéissance d'Innocent, & fortifiés des principaux membres du clergé de Rome, acquirent tant d'autorité, qu'après sa mort ils firent seuls l'élection du pape Célestin II. en 1143. Depuis ce tems-là ils se sont toujours maintenus dans la possession de ce droit ; le sénat, le peuple, & le reste du clergé ayant enfin cessé d'y prendre part. Honorius III. en 1216, ou, selon d'autres, Gregoire X. en 1274, ordonna que l'élection se fît dans un conclave, c'est-à-dire un lieu fermé.

Le pape peut être considéré sous quatre sortes de titres : 1°. comme chef de l'Eglise romaine ; 2°. comme patriarche ; 3°. comme évêque de Rome ; 4°. comme prince temporel.

PAPE, ELECTION DU, l'élection des papes a toujours été retenue dans l'Eglise ; mais elle a reçu divers changemens dans sa forme.

Anciennement elle se faisoit par le clergé, les empereurs, & par tout le peuple : au même tems que le pape étoit élu on le consacroit.

Telle fut la forme que l'on pratiqua jusqu'au viij. siecle, vers la fin duquel, si l'on en croit le canon Adrianus (mais qui est tenu pour apocryphe), le pape Adrien I. avec 150 évêques, & le peuple romain, accorda à Charlemagne la faculté de nommer & d'élire seul le souverain pontife.

Charlemagne ordonna que l'élection seroit faite par le clergé & le peuple, que le decret seroit envoyé à l'empereur, & que le nouveau pape élu seroit sacré si l'empereur l'approuvoit.

L'empereur Louis le débonnaire remit l'élection aux Romains, à condition seulement que quand le pape seroit élu & consacré, il enverroit ses légats en France.

Leon VII. remit ce même droit d'élire les papes à l'empereur Othon, & Nicolas II. dans un concile tenu à Rome l'an 1059, confirma le droit que les empereurs avoient d'élire les papes. Mais les empereurs ne jouirent pas long-tems de ce droit, sous prétexte de quelques inconvéniens que l'on prétendoit qui se rencontroient dans ces sortes d'élections. L'empereur Lothaire pour éviter les séditions qui arrivoient fréquemment dans ces occasions, fit une célebre ordonnance, portant que le pape ne seroit plus élu par le peuple ; mais cette ordonnance ne fut point observée.

Les empereurs perdirent donc seuls le droit d'élire le pape. Les papes réserverent au clergé, au sénat, & au peuple de Rome le droit de faire conjointement cette élection, & ils réglerent qu'après l'élection, le pape seroit consacré en présence des ambassadeurs de l'Empire : ce changement arriva sous le pontificat d'Etienne X.

Vers l'an 1126, le clergé de Rome fut déclaré avoir seul droit d'élire les papes, sans le consentement ni la confirmation de l'empereur.

Innocent II. s'étant brouillé avec les Romains qui le chasserent de la ville, les priva à son tour du droit d'élire les papes. Le clergé & le peuple de Rome furent donc exclus de cette élection ; mais ce changement ne fut entierement affermi que sous Alexandre III.

Ce pape en 1160, donna aux cardinaux seuls le droit de faire cette élection, & voulut qu'elle ne fût reputée valable qu'en cas que les deux parts des cardinaux fussent concordantes.

Le concile général de Lyon, tenu sous Grégoire X. & celui de Vienne, tenu sous Clément V. confirment cette forme d'élection, & c'est la même qui se pratique encore présentement.

Elle se fait donc par les cardinaux assemblés à cet effet dans le conclave. Voyez CONCLAVE.

Aussi-tôt après l'élection du pape, il est exalté, c'est-à-dire porté sur les épaules. Etienne III. fut le premier pour qui cela fut pratiqué en 752, & depuis cette coutume a été suivie.

Le second concile de Lyon veut que les cardinaux laissent passer 10 jours après la mort du pape, avant que de procéder à l'élection : après ces 10 jours, les cardinaux présens doivent entrer au conclave, sans attendre les absens. Voyez CONCLAVE.

Ce même concile déclare qu'ils ne sont tenus d'observer aucune des conventions particulieres qu'ils auroient pu faire, même avec serment, pour l'élection d'un pape, attendu qu'ils ne doivent avoir d'autre objet que de donner à l'Eglise celui qui est le plus digne d'en être le chef.

L'élection se fait ordinairement par la voie du scrutin, en mettant des billets dans un calice qui est sur l'autel de la chapelle du conclave.

Pour qu'un pape soit légitimement élu, il faut qu'il ait au moins les deux tiers des voix, autrement on doit recommencer à prendre les suffrages : cela fut ainsi ordonné dès 1179.

Quand les voix sont trop long-tems partagées, il arrive quelquefois que plusieurs cardinaux conviennent d'un sujet, & sortent de leur cellule en publiant son nom. Si tous les autres nomment le même sujet, l'élection est canonique ; mais si quelqu'un des cardinaux garde le silence, on procéde de nouveau par la voie du scrutin.

Quelquefois on a nommé des compromissaires, auxquels on donne pouvoir d'élire un pape.

En 1314 les cardinaux assemblés à Lyon, après la mort de Clément V. étant embarrassés sur le choix d'un pape, déférerent l'élection à la voix de Jacques d'Ossat cardinal, qui se nomma lui-même, en disant, ego sum papa. Il fut appellé Jean XXII.

Depuis Sergius II. qui changea son nom en devenant pape, les successeurs ont coutume de faire la même chose.

La promotion d'un évêque à la papauté fait ouverture à la régale.

Confirmation. Dans tous les tems, les papes ont eu le pouvoir de gouverner l'Eglise aussi-tôt après leur élection ; en conséquence ils ont de ce moment, le droit de conférer tous les bénéfices qui sont à leur collation : ils sont même obligés de le faire dans les collations forcées, lorsqu'ils en sont requis.

Le pouvoir que le pape a dès le moment de son élection, est établi par deux textes précis.

L'un est dans une constitution d'un concile tenu à Rome en 1059, où il est dit que le siege apostolique ayant la prééminence sur toutes les Eglises de la terre, ne peut avoir de métropolitain au-dessus de lui, & que les cardinaux en font la fonction ; qu'ainsi le pape ne peut être confirmé par d'autres : les cardinaux le confirment en l'élisant. La cérémonie de l'élection, & celle de la confirmation, qui sont distinctes & séparées dans les autres évêques, ne sont qu'une seule & même chose à l'égard du pape.

Le second texte qui établit que le pape n'a pas besoin d'autre pouvoir que son élection même, & qu'elle emporte aussi la confirmation, est aux décrétales, cap. licet de elect. & electi potestate.

On trouve cependant qu'après Constantin, les empereurs s'attribuerent insensiblement le droit de confirmer l'élection des papes, & que cela eut lieu pendant plusieurs siecles ; tellement que les papes n'étoient point consacrés avant cette confirmation : pour l'obtenir, ils envoyoient des légats à Constantinople aussi-tôt après leur élection.

L'empereur Justinien fit faire un décret par Virgilius, par lequel il étoit défendu de consacrer le pape élu, que premierement il n'eût obtenu des lettres patentes de confirmation de Justinien, ou de ses successeurs empereurs. Cette coutume fut constamment observée pendant plus de 120 ans, & jusqu'à Benoît II. Durant ce tems il y eut toujours une distance entre l'élection & la consécration des papes, parce qu'il falloit attendre les lettres de confirmation qui étoient octroyées ou par les empereurs, ou par leurs exarques & lieutenans généraux en Italie, avant lesquelles il n'étoit pas permis au pape élu de se faire consacrer, ni de prendre possession de cette dignité ; tellement même que pour cette permission, il falloit que le pape élu donnât à l'empereur 20 liv. d'or.

L'Empire ayant passé aux allemands, quelques empereurs de cette nation jouirent encore de ce droit. Charlemagne ordonna que le pape élu seroit sacré si l'empereur l'approuvoit.

Sous ses descendans plusieurs papes n'attendirent pas cette confirmation, notamment Paschal avec Louis le Débonnaire, auquel Paschal s'en excusa ensuite.

Quelques-uns prétendent que Louis le Débonnaire renonça à ce droit, suivant le canon, ego Ludovicus ; mais ce canon est apocryphe. En effet, Lothaire & Louis II. fils de Louis le Débonnaire, jouirent encore de ce droit, non pourtant sans quelque contradiction ; car le pape Eugène, en 824, refusa de prendre de l'empereur la confirmation de son élection : Lothaire s'en plaignit hautement. Grégoire IV. qui tint le saint-siege peu de tems après, demanda à l'empereur la confirmation de son exaltation.

Mais les empereurs suivans ayant voulu abuser de ce droit, & se rendre maîtres des élections, ils en furent bientôt privés. Adrien III. en 884, ordonna que les papes seroient désormais sacrés sans l'approbation des empereurs. Nicolas II. aida beaucoup à affranchir les papes de la nécessité de cette confirmation. Enfin dans le xij. siecle le clergé de Rome fut déclaré avoir seul le droit d'élire les papes, sans le consentement ni la confirmation de l'empereur.

Couronnement. Le couronnement des papes est une cérémonie qui n'est pas fort ancienne, & qui est plutôt relative à la qualité de prince temporel, qu'à celle de vicaire de J. C. & de successeur de saint Pierre.

Quelques auteurs ont prétendu qu'outre l'élection, il y avoit une cérémonie dont le couronnement est l'image, & que sans cette formalité ceux qui étoient élus ne se disoient point papes, & n'étoient point reconnus pour tels dans l'Eglise.

Quoi qu'il en soit, il est certain qu'Urbain II. se fit couronner à Tours. Ils ne portoient d'abord qu'une seule couronne ; Benoît XII. fut le premier qui porta la triple couronne.

Les Jurisconsultes d'Italie ont introduit l'usage de dater les actes après le couronnement, à l'exemple des empereurs ; cependant on ne laisse pas d'expédier & de dater des provisions avant le couronnement, avec cette différence seulement qu'au lieu de dater ab anno pontificatûs, on met, à die suscepti nobis apostolatûs officii.

Crosse. Anciennement le pape portoit une crosse, comme les autres évêques ; mais sous l'empereur Othon, Benoît renonçant au pontificat auquel il avoit été appellé sans le consentement de l'empereur, remit sa crosse entre les mains de Leon VIII. pape légitime, qui la rompit en présence de l'empereur, des prélats & du peuple.

On remarque aussi qu'Innocent III. trouvoit audessous de sa dignité de porter une crosse qui le confondoit avec les évêques. Cependant on ne peut douter, suivant ce qui vient d'être dit dans l'article précédent, que les papes ne l'eussent toujours portée.

Le pape pour marque de sa jurisdiction supérieure, fait porter devant lui la croix à triple croisillon.

Jurisdiction. Le pape en qualité de chef de l'Eglise a certaines prérogatives, comme de présider aux conciles écuméniques : tous les évêques doivent être en communion avec lui.

Il est nécessaire qu'il intervienne aux décisions qui regardent la foi, attendu l'intendance générale qu'il a sur toute l'Eglise ; c'est à lui de veiller à sa conservation & à son accroissement.

C'est à lui qu'est dévolu le droit de pourvoir à ce que l'évêque, le métropolitain & le primat, refusent ou négligent de faire.

Les papes ont prétendu sur le fondement des fausses décrétales, qu'eux seuls avoient droit de juger même en premiere instance, les causes majeures, entre lesquelles ils ont mis les affaires criminelles des évêques. Mais les parlemens & les évêques de France ont toujours tenu pour regle, que les causes des evêques doivent être jugées en premiere instance par le concile de la province, qu'après ce premier jugement il est permis d'appeller au pape, conformément au concile de Sardique ; & que le pape doit commettre le jugement à un nouveau concile, jusqu'à ce qu'il y ait trois sentences conformes : la regle présente de l'Eglise étant que les jugemens ecclésiastiques qui n'ont pas été rendus par l'Eglise universelle, ne sont regardés comme souverains que quand il y a trois sentences conformes.

Dans les derniers siecles les papes ont aussi voulu mettre au nombre des causes majeures, celles qui regardent la foi, & prétendoient en avoir seuls la connoissance ; mais les évêques de France se sont maintenus dans le droit du juger ces sortes de causes, soit par eux-mêmes, soit dans le concile de la province, à la charge de l'appel au saint siege.

Lorsque le pape fait des decrets sur des affaires qui concernent la foi, nées dans un autre pays, ou même sur des affaires de France, qui ont été portées directement à Rome, contre la discipline de l'église de France, au cas que les évêques de France trouvent ces decrets conformes à la doctrine de l'église gallicane, ils les acceptent par forme de jugement : c'est ainsi qu'en userent les peres du concile de Calcédoine pour la lettre de S. Leon.

Le pape ne peut exercer une jurisdiction immédiate dans les dioceses des autres évêques, il ne peut établir des délégués qui fassent, sans le consentement des évêques, leurs fonctions.

Il est vrai que le concile de Trente approuve que le pape évoque à soi les causes qu'il lui plaira de juger, ou qu'il commette des juges qui en connoissent en premiere instance ; mais cette discipline qui dépouille les évêques de l'exercice de leur jurisdiction, & les métropolitains de leur prérogative de juge d'appel, n'est point reçue en France : les papes n'y sont point juges en premiere instance des causes concernant la foi & la discipline. Il faut observer les degrés de jurisdiction : on appelle de l'évêque au métropolitain, de celui-ci au primat, & du primat au pape.

Il y a seulement certains cas dont la connoissance lui est attribuée directement par un ancien usage : tels que le droit d'accorder certaines dispenses, la collation des bénéfices par prévention, &c. Hors ces cas, & quelques autres semblables qui sont remarqués en leur lieu, si le pape entreprenoit quelque chose sur la jurisdiction volontaire ou contentieuse des évêques, ce qu'il feroit seroit déclaré abusif.

Les papes ont des officiers ecclésiastiques qu'on appelle légats du saint siege, qu'ils envoyent dans les différens pays catholiques, lorsque le cas le réquiert, pour les représenter, & exercer leur jurisdiction dans les lieux où ils ne peuvent se trouver. Ces légats sont de trois sortes ; savoir, des légats à latere, qui sont des cardinaux : le pouvoir de ceux-ci est le plus étendu, ils ont d'autres légats qui ne sont pas à latere ni cardinaux, & qu'on appelle legati missi ; & enfin il y a des légats nés.

Dès que le légat prend connoissance d'une affaire, le pape ne peut plus en connoître. Voyez LEGAT.

Outre les légats, les papes ont des nonces & des internonces, qui dans quelques pays exercent aussi une certaine jurisdiction ; mais en France ils ne sont considerés que comme les ambassadeurs des autres princes souverains. Voyez NONCE & INTERNONCE.

Ce que l'on appelle consistoire est le conseil du pape : il est composé de tous les cardinaux, le pape y préside en personne. C'est dans ce conseil qu'il nomme les cardinaux, & qu'il confere les évêchés & autres bénéfices qu'on appelle consistoriaux. Nous reconnoissons en France l'autorité du consistoire, mais seulement pour ce qui regarde la collation des bénéfices consistoriaux. Voyez CONSISTOIRE.

Les lettres patentes des papes qu'on appelle bulles, sont expédiées dans leur chancellerie qui est composée de divers officiers.

Le pape a encore d'autres officiers pour la daterie, & pour les lettres qui s'accordent à la pénitencerie.

Les brefs des papes sont des lettres moins solemnelles que les bulles, par lesquelles ils accordent les graces ordinaires & peu importantes ; telles que les dispenses des interstices pour les ordres sacrés, &c. Voyez BREF.

Pouvoir du pape. Le pape a incontestablement le droit de décider sur les questions de foi : les decrets qu'il fait sur ce sujet regardent toutes les églises ; mais comme ce n'est point au pape, mais au corps des pasteurs que J. C. a promis l'infaillibilité, ils ne font regles de foi que quand ils sont confirmés par le consentement de l'Eglise. Telle est la teneur de la iv. proposition du clergé, en 1682.

En qualité de chef de l'Eglise le pape préside aux conciles écuméniques, & il est seul en possession de les convoquer, depuis la division de l'empire romain entre différens souverains.

Le pape est soumis aux décisions du concile écuménique, non seulement pour ce qui regarde la foi, mais encore pour tout ce qui regarde le schisme & la réformation générale de l'Eglise. C'est encore un des quatre articles de 1682 : ce qui est conforme aux conciles de Constance & de Basle.

Le pouvoir des papes n'a pas toujours été aussi étendu qu'il l'est présentement.

Les papes doivent à la piété de nos rois de la seconde race les grands domaines qu'ils tiennent en toute souveraineté, ce qui doit les engager à donner de leur part à nos rois, des marques de reconnoissance, & à avoir des considérations particulieres pour l'église gallicane.

Les papes n'avoient au commencement aucun droit sur la disposition des bénéfices, autres que ceux de leur diocèse. Ce ne fut que depuis le xij. siecle qu'ils commencerent à se réserver la collation de certains bénéfices. D'abord, ils prioient les ordinaires par leurs lettres monitoires de ne pas conférer ces bénéfices ; plus souvent ils recommandoient de les conférer à certaines personnes. Ils envoyerent ensuite des lettres préceptoriales pour obliger les ordinaires, sous quelque peine, à obéir ; & comme cela ne suffisoit pas encore pour annuler la collation des ordinaires, ils renvoyoient des lettres exécutoires pour punir la contumace de l'ordinaire, & annuller sa collation. Les lettres compulsoires étoient à même fin.

L'usage a enfin prévalu, & en vertu de cet usage qui est aujourd'hui fort ancien, le pape jouit de plusieurs prérogatives pour la disposition des bénéfices : c'est ainsi qu'il confere les bénéfices vacans en cour de Rome ; qu'il admet les résignations en faveur ; qu'il prévient les collateurs ordinaires ; qu'il confere pendant 8 mois dans les pays d'obédience, suivant la regle des mois établie dans la chancellerie romaine ; qu'il admet seul les réserves des pensions sur les bénéfices.

Les fausses décrétales, composées par Isidore de Séville, contribuerent aussi beaucoup à augmenter le pouvoir du pape sur le spirituel.

Suivant le concordat, le pape confere sur la nomination du roi, les archevêchés & évêchés de France, les abbayes & autres bénéfices qui étoient auparavant électifs par les chapitres séculiers ou réguliers : le pape doit accorder des bulles à celui qui est nommé par le roi, quand le présenté a les qualités réquises pour posséder le bénéfice.

Le roi doit nommer au pape un sujet dans les 6 mois de la vacance ; & si celui qu'il a nommé n'a pas les qualités réquises, il doit dans les 3 mois du refus des bulles en nommer un autre ; si dans ces 3 mois le roi ne nomme pas une personne capable, le pape peut y pourvoir de plein droit, sans attendre la nomination royale. Mais comme en ce cas il tient la place du chapitre dont l'élu étoit obligé d'obtenir l'agrément du roi, il faut qu'il fasse part au roi de la personne qu'il veut nommer, & qu'il obtienne son agrément.

Le concordat attribue aussi au pape le droit de pouvoir conférer, sans attendre la nomination du roi, les bénéfices consistoriaux qui vaquent par le décès des titulaires en cour de Rome ; plusieurs personnes ont prétendu que cette réserve qui n'avoit point lieu autrefois pour les bénéfices électifs, avoit été inserée par inadvertance dans le concordat, & qu'elle ne faisoit point une loi. Néanmoins Louis XIII. s'y est soumis, & il est à présumer que ses successeurs s'y soumettront : bien entendu que les papes en usent comme Urbain VIII. lequel ne conféra l'archevêché de Lyon qui étoit vacant en cour de Rome, qu'après avoir sçu de Louis XIII. que M. Miron qu'il en vouloit pourvoir, lui étoit agréable.

Pour prévenir les difficultés auxquelles les vacances en cour de Rome pourroient donner lieu, le pape accorde des indults, quand ceux qui ont des bénéfices consistoriaux vont résider à Rome. Il déclare par ces indults qu'il n'usera pas du droit de la vacance in curiâ, au cas que les bénéficiers décédent à Rome.

Lorsque le pape refuse sans cause légitime des bulles à celui qui est nommé par le roi, le nominataire peut se pourvoir devant les juges séculiers, qui commettent l'évêque diocésain pour donner des provisions, lesquelles ont en ce cas la même force que des bulles. Ou bien celui qui est nommé obtient un arrêt, en vertu duquel il jouit du revenu, & confere les bénéfices dépendans de la prélature. Cette derniere voie est la seule qui soit usitée depuis plusieurs années : on ne voit pas que l'on ait employé la premiere pour les évêchés depuis le concordat ; cependant si le pape refusoit sans raison d'exécuter la loi qu'il s'est lui-même imposée, rien n'empêcheroit d'avoir recours à l'ancien droit de faire sacrer les évêques par le métropolitain sans le consentement du pape.

Dans les premiers siecles de l'Eglise, toutes les causes ecclésiastiques étoient jugées en dernier ressort par les évêques de la province dans laquelle elles étoient nées. Dans la suite, les papes prétendirent qu'en qualité de chefs de l'Eglise, ils devoient connoître de toutes les affaires, en cas d'appel au saint siege. Après bien des contestations, tous les évêques d'occident ont condescendu au desir des papes, lesquels jugent présentement les appellations interjettées des sentences rendues par les primats, ou par les métropolitains qui relévent immédiatement du saint siege. A l'égard de la France, le pape doit nommer des délégués pour juger sur les lieux des appellations qui sont portées à Rome ; & il ne peut en connoître, même par ses délégués, que quand on a épuisé tous les degrés inférieurs de la jurisdiction ecclésiastique.

Les canonistes ultramontains attribuent aux papes plusieurs autres prérogatives, telles que l'infaillibilité dans leurs décisions sur les matieres qui regardent la foi, la supériorité au-dessus des conciles généraux, & une autorité sans bornes pour dispenser des canons & des regles de la discipline ; mais l'église gallicane, toujours attentive à conserver la doctrine qu'elle a reçue par tradition des hommes apostoliques, en rendant au successeur de S. Pierre tout le respect qui lui est dû suivant les canons, a eu soin d'écarter toutes les prétentions qui n'étoient pas fondées.

On tient en France, que quelque grande que puisse être l'autorité du pape sur les affaires ecclésiastiques, elle ne peut jamais s'étendre directement, ni indirectement sur le temporel des rois ; il ne peut délier leurs sujets du serment de fidélité ; ni abandonner les états des princes souverains au premier occupant, ou en disposer autrement.

Par une suite du même principe, que le pape n'a aucun pouvoir sur le temporel des rois, il ne peut faire aucune levée de deniers en France, même sur le temporel des bénéfices du royaume, à moins que ce ne soit par permission du roi. C'est ce qui est dit dans une ordonnance de S. Louis, du mois de Mars 1268, que le pape ne peut lever aucuns deniers en France sans un exprès consentement du roi & de l'église gallicane ; on voit aussi par un mandement de Charles IV. dit le Bel, du 12 Octobre 1326, que ce prince fit cesser la levée d'un subside que quelques personnes exigeoient au nom du pape pour la guerre qu'il avoit en Lombardie.

Néanmoins pendant un tems les papes ont pris sur les biens ecclésiastiques de France des fruits & émolumens à l'occasion des vacans (ou annates), des procurations, dixmes ou subventions & des biens-meubles des ecclésiastiques décédés ; mais ces levées ne se faisoient que par la permission de nos rois ou de leur consentement, & il y a long-tems qu'il ne s'est rien vu de semblable.

Les papes ont aussi souvent cherché à se rendre nécessaires pour la levée des deniers que nos rois faisoient sur le clergé ; ils ont plusieurs fois donné des permissions au clergé en France de payer les droits d'aide au roi ; mais nos rois n'ont jamais reconnu qu'ils eussent besoin du consentement du pape pour faire quelque levée de deniers sur le clergé, & depuis long-tems les papes ne se sont plus mêlés de ces sortes d'affaires.

Le pape ne peut excommunier les officiers royaux pour ce qui dépend de l'exercice de la jurisdiction séculiere.

Il ne peut pas non plus restituer de l'infamie, remettre l'amende-honorable, proroger le tems pour l'exécution des testamens, convertir les legs, permettre aux clercs de tester au préjudice des ordonnances & des coutumes, donner pouvoir de posséder des biens dans le royaume contre la disposition des ordonnances, ni connoître en aucun cas des affaires civiles ou criminelles des laïcs.

Quoique le pape soit le chef visible de l'église, & qu'il y ait la principale autorité pour tout ce qui regarde le spirituel ; on a toujours tenu pour maxime en France, que son pouvoir n'est pas absolu ni infini, & que sa puissance doit être bornée par les saints canons, par les regles des conciles qui sont reçus dans le royaume, & par les decrets de ses prédécesseurs, qui ont été approuvés parmi nous.

Le pape ne peut donner aucune atteinte aux anciennes coutumes des églises, qui ne sont pas contraires aux regles de la foi & aux bonnes moeurs, & notamment il ne peut déroger aux coutumes & usages de l'église gallicane, pour lesquels les plus grands papes ont toujours témoigné une attention particuliere.

Le pape peut accorder des dispenses d'âge pour certains bénéfices tels que les abbayes & les prieurés conventuels ; mais quand l'âge est fixé par la fondation, le pape ne peut y déroger, sur-tout si le bénéfice est de fondation laïque.

Il n'y a que le pape & ceux qui en ont reçu de lui le pouvoir par quelque indult, qui puissent conférer les bénéfices en commande.

Le pape jouit encore en vertu de l'usage de plusieurs autres droits.

C'est à lui seul qu'il appartient de résoudre le mariage spirituel qu'un prélat a contracté avec son église ; desorte que le siege épiscopal n'est censé vacant que du jour qu'on connoît que la démission, la résignation ou la permutation ont été admises en cour de Rome.

C'est aussi le pape qui accorde des dispenses pour contracter mariage dans les degrés prohibés.

Il dispense ceux dont la naissance est illégitime pour recevoir les ordres sacrés, & pour tenir les bénéfices-cures & les canonicats dans les églises cathédrales, mais cette légitimation n'a point d'effet pour le temporel.

Il se réserve l'absolution de quelques crimes les plus énormes ; mais il y a certaines bulles qui ne sont point reçues en France, telles que la bulle in caenâ Domini, par laquelle les papes se sont réservé le pouvoir d'absoudre de l'hérésie publique.

En France le pape ne peut pas déroger en patronage laïc. Libertés de l'église gallicane, art. 30.

Cependant si le pape accordoit par privilege à un particulier le droit de patronage sur une église, cette concession seroit valable, pourvu que ce privilege eût une cause légitime, & qu'on y eût observé toutes les formalités requises pour l'aliénation des biens ecclésiastiques.

Lorsque le pape ne déroge pas au patronage laïc par sa provision dans les tems accordés au patron laïc, il n'est pas contraire aux maximes du royaume d'y avoir égard, lorsque le patron néglige d'user de son droit. Louet & Solier sur Pastor.

L'autorité du pape pour l'érection d'une fondation en titre de bénéfice n'est pas reçue en France ; l'évêque seul a ce pouvoir. A son refus, on se pourvoit au métropolitain.

Pour ce qui concerne la puissance temporelle du pape, pendant plus de sept siecles le pape n'étoit simplement que l'évêque de Rome, sans aucun droit de souveraineté : la translation du siege de l'empire à Constantinople put bien donner occasion au pape d'accroître son pouvoir dans Rome ; mais la véritable époque de la puissance temporelle des papes est sous Grégoire III. lequel en 740 proposa à Charles Martel de se soustraire à la domination de l'empereur, & de le proclamer consul.

Pepin, fils de Charles Martel, donna au pape l'exarcat de Ravenne, il ne lui donna pas la ville de Rome : le peuple alors ne l'eût pas souffert ; c'est apparemment cette donation de Pepin qui a donné lieu à la fable de la donation prétendue faite au pape Sylvestre par l'empereur Constantin le Grand. Celle de Pepin fut faite du tems de Constantin Copronyme, mais sans son consentement ; il paroît pourtant que c'est cette équivoque de nom qui a servi de fondement à la prétendue donation de Constantin, que l'on imagina dans le xe. siecle.

Sous Charlemagne le pape n'avoit encore qu'une autorité précaire & chancelante dans Rome : le préfet, le peuple & le sénat, dont l'ombre subsistoit encore, s'élevoient souvent contre lui.

Adrien I. reconnut Charlemagne roi d'Italie & patrice de Rome. Charlemagne reconnut les donations faites au saint siege, en se réservant la suzeraineté, ce qui se prouve par les monnoies qu'il fit frapper à Rome en qualité de souverain, & parce que les actes étoient datés de l'année du regne de l'empereur, imperante domino nostro Carolo ; & l'on voit par une lettre du pape Léon III. à Charlemagne, que le pape rendoit hommage de toutes ses possessions au roi de France.

Ce ne fut que long-tems après que les papes devinrent souverains dans Rome, soit par la cession que Charles le Chauve leur fit de ses droits, soit par la décadence de l'empire, depuis qu'il fut renfermé dans l'Allemagne ; ce fut sur-tout vers le commencement du xij. siecle que les papes acheverent de se soustraire de la dépendance de l'empereur.

Boniface VIII. porta les choses encore plus loin ; il parut en public l'épée au côté & la couronne sur la tête, & s'écria : je suis empereur & pontife.

Plusieurs empereurs s'étant fait couronner par le pape, pour rendre cette action plus sainte & plus solemnelle, les papes ont pris de-là occasion de prétendre que le nouvel empereur étoit obligé de venir en Italie se faire couronner ; c'est pourquoi autrefois après l'élection, & en attendant le couronnement, on envoyoit à Rome pour en donner avis au pape, & en obtenir la confirmation. Le pape faisoit expédier des lettres qui dispensoient l'empereur de se rendre en Italie pour y être couronné à Milan & à Rome, ainsi que les papes prétendoient que les empereurs y étoient obligés.

Ces deux couronnemens furent abolis par les états de l'empire en 1338 & 1339 : il fut décidé que l'élection des électeurs suffisoit ; & que quand l'empereur avoit prêté serment à l'empire, il avoit toute puissance.

Cependant les papes veulent toujours que l'empereur vienne à Rome recevoir la couronne impériale, & dans leurs bulles & brefs, ils ne le qualifient que d'empereur élu.

Quelques papes ont même prétendu avoir le droit de disposer des couronnes.

Sylvestre II. érigea le duché de Hongrie en royaume en faveur du duc Etienne, c'est le premier exemple d'une semblable érection faite par le pape.

Léon IX. donna aux Normands toutes les terres qu'ils avoient conquises, & qu'ils prendroient sur les Grecs & sur les Sarrasins.

Urbain II. prétendit que toutes les îles lui appartenoient.

D'autres encore plus ambitieux, tels que Grégoire VII. & Boniface VIII. ont voulu entreprendre sur le temporel des souverains, délier leurs sujets du serment de fidélité, & disposer de leurs états ; mais en France on a toujours été en garde contre ces sortes d'entreprises ; & toutes les fois qu'il a paru quelques actes tendant à attenter sur le temporel de nos rois, le ministere public en a interjetté appel comme d'abus, & les parlemens n'ont jamais manqué par leurs arrêts de prendre toutes les précautions convenables pour prévenir les troubles que de pareilles entreprises pourroient causer.

Voyez les libertés de l'église gallicane, les mémoires du clergé, les loix ecclésiastiques, l'histoire du droit public ecclésiastique, le tableau de l'empire germanique, le traité des mat. bénéf. de Fuet, le recueil de jurisprud. can. de la Combe, la bibliotheque canonique, les définitions canoniques.

Voyez aussi les mots BENEFICES, CHANCELLERIE ROMAINE, CARDINAUX, COUR DE ROME, LEGAT, NONCE. (A)


PAPECHIENvoyez VANNEAU.


PAPEGAIPAPEGAUT, voyez PERROQUET.

PAPEGAI, s. m. usage, le papegai ou papegaut, comme l'on parle en quelques provinces, est proprement un but, ou, pour mieux dire, un oiseau de bois garni de plaques de fer, & que les habitans d'une ville ou bourgade se proposent d'abattre à coup de fusil : c'est ce qu'on nomme ordinairement l'exercice de l'arquebuse. Le vainqueur ou le roi, c'est-à-dire celui qui abat l'oiseau a, dans plusieurs contrées du royaume, des attributions assignées sur le produit des aides.

Sur quoi j'observe que cet exercice n'étant plus nécessaire, comme il pouvoit l'être autrefois, il conviendroit de le supprimer tout-à-fait ; d'autant plus qu'il est dangereux, à bien des égards, & qu'on en voit souvent arriver des malheurs ; outre que la chasse étant communément défendue aux bourgeois & aux peuples, il leur est inutile, ou même nuisible de contracter une habitude qui peut devenir vicieuse. Cela posé, les attributions faites aux rois de l'arquebuse pourroient devenir beaucoup plus utiles, si l'on en faisoit un encouragement pour les opérations champêtres, que notre ministere s'empresse d'aider & de perfectionner.

Dans cette vue, on pourroit fonder pour prix annuel de l'économie rustique en chaque arrondissement de la campagne, une médaille d'or de cinquante francs, au moins, à prendre sur le produit des aides, ou sur les autres fonds destinés à l'arquebuse ; & cela en faveur des laboureurs & menagers qui au jugement de leurs pareils seront reconnus les plus laborieux & les plus habiles ; & que l'on estimera tant par les productions & les récoltes, que par les entreprises & les inventions nouvelles. Chaque laureat portera sa médaille, comme une marque d'honneur, & cette distinction l'exemptera pendant l'année, lui & toute sa famille, de la milice, des collectes & des corvées. Ceux qui rendront leur médaille, recevront la valeur en argent. Ce genre de récompense paroîtroit mieux employé qu'à l'exercice de l'arquebuse.


PAPELINES. f. (Manufacture) ainsi nommée, à ce que croit Furetiere, de ce qu'elle a d'abord été fabriquée à Avignon, & autres lieux du Comtat, qu'on appelle terre papale ; parce qu'il appartient au pape.

La papeline est une étoffe très-légere, dont la chaîne est de soie, & la trame de fleuret ou filoselle. Il s'en fait de pleines, de figurées & de toutes couleurs. La plûpart de ce que l'on appelle en France des grisettes, ne sont que de véritables papelines. Elles se font à deux, à quatre fils, & même au-dessus ; mais toutes, quelque nom qu'on leur donne, & à tel nombre de fils qu'elles soient travaillées, doivent avoir de largeur ou une demi-aune entiere, ou une demi-aune demi-quart ; & pour les discerner des étoffes de fine & pure soie, elles doivent avoir d'un seul côté une lisiere de différente couleur à la chaîne. Savary. (D.J.)


PAPELONNÉadj. terme de Blason ; ce mot se dit d'une représentation en forme d'écaille ou de demi-cercle qu'on met sur un écu. Le plein de ces écailles tient lieu de champ, & les bords de pieces & d'ornemens.


PAPESSE JEANNE(Hist. des papes) c'est après Léon IV. qui mourut en 855, que l'on place la fausse papesse Jeanne. Dans le songe du vieux Pélerin, écrit par Philippe de Maiziere en 1389, la reine Vérité rapporte au ch. lj. du I. liv. qu'une vieille lui dit un jour. En cette cour de Rome je vis regner une femme qui étoit d'Angleterre ; selon M. Lenfant, Jeanne nâquit à Mayence, où elle étoit connue sous le nom de Jean l'Anglois, soit qu'elle fût de famille angloise, soit pour d'autres raisons que nous ignorons. Au reste, la vieille s'adressa mal pour débiter son conte, & la reine Vérité ne dut pas y ajouter foi, non plus qu'à une autre histoire de la même vieille, touchant un évêque de Besançon, lequel, dit-elle, à Rome fut transporté du diable.


PAPETERIES. f. (Archit.) grand bâtiment situé à la chûte d'un torrent, ou d'une riviere rapide où l'on fabrique le papier. Ce bâtiment est distribué en différentes pieces destinées aux usages suivans. D'abord c'est un pourrissoir, lieu où se corrompent & pourrissent les vieux linges dont on fait le papier. Les autres pieces contiennent la batterie, dont l'eau fait agir les maillets armés de tranchans, pour hacher & réduire en bouillie les vieux linges, ce qui forme le moulin à papier ; la cuve où l'on fige les papiers dans les chassis ; l'étendoir où on les fait sécher, & les magasins où on les emballe, & où on les plie. Il y a aussi dans une papeterie des hangars & des fourneaux pour le bois & le charbon, & des logemens pour les ouvriers. Les plus belles papeteries de France sont en Auvergne. (D.J.)

PAPETERIE ; ce mot a deux acceptions, 1°. il signifie l'assemblage de bâtimens & de machines nécessaires pour une manufacture où l'on fabrique le papier ; 2°. il signifie l'art de le fabriquer. C'est dans ce dernier sens qu'il est pris dans cet article.

Les chiffons dont le papier est formé, qu'on appelle aussi drapeaux, passent par un grand nombre d'opérations avant d'être convertis en cette singuliere étoffe que tout le monde connoît, & dont aussi-bien que de celle des chapeaux, presque personne ne connoît la tissure. C'est à expliquer cette formation que cet article est destiné. Nous allons suivre les opérations dans l'ordre où elles se succedent dans les manufactures les plus accréditées. Celle de Langlée près Montargis, qui a des moulins à la hollandoise, est très-considérable par ses bâtimens & sa fabrication. Nous devons à M. Prevost, directeur de cette manufacture, les éclaircissemens qui nous ont mis en état de composer cet article.

Premiere opération. Le chiffon qui doit être de toile, soit lin ou chanvre, & non de laine ou de coton, est recueilli par un grand nombre de personnes qui l'emmagasinent pour le vendre aux manufacturiers ; étant arrivé dans la manufacture, il y subit une premiere préparation, qui est le délissage. Délisser le chiffon, c'est en faire le triage, le séparer en différentes sortes, qu'on appelle superfin, fin, coutures fines, moyen, coutures moyennes, bulle ; une derniere sorte qu'on appelle traces, contient les toiles de plusieurs couleurs dont on ne fait que du papier gris. Pour délisser le chiffon, les femmes chargées de cet ouvrage, s'asseyent sur des bancs, comme la vignette, Pl. I. de Papeterie, qui représente l'attelier des délisseuses, le fait voir, fig. 1 & 2. Elles ont chacune à côté d'elles un crochet a, b, c ; c'est une espece de serpette tranchante par sa partie concave & fixée sur le banc où elles sont assises. Elles se servent de ce crochet pour découdre les différentes pieces de chiffon de différentes qualités qu'elles distribuent dans les caisses A, B, C qu'elles ont devant elles. Chaque caisse, longue d'environ six piés, large de trois, & haute de deux & demi, est divisée en quatre parties par des cloisons ; dans une partie elles mettent le chiffon le plus fin, & qui se trouve sans couture ; dans l'autre le chiffon fin qui a des coutures ; dans une troisieme le chiffon de qualité moyenne ; dans la quatrieme celui de menue qualité, mais qui a des coutures ; quant à la moindre qualité, qu'on appelle bulle, elles le jettent dans des mannes ou paniers qui sont autour des places qu'elles occupent. Pour les traces, qui sont les chiffons dont le tissu est de différentes couleurs, il reste sur le plancher, d'où on le releve pour le porter au dépôt qui contient les chiffons dont on fabrique le papier gris ou lombard. Les ouvrieres qui prennent les chiffons dans les tas du brut, livrent au poids les différentes sortes, superfin, fin, sans coutures, coutures fines, moyen sans coutures, coutures moyennes, bulle, pour être portés dans des cases ou chambres particulieres E entourées de planches. Cet arrangement sert à faire connoître combien ces cases en contiennent en faisant un total de ce qui y est entré chaque jour, & aussi à régler le salaire de ces ouvrieres. C'est pour cela que l'on voit dans le même attelier des balances & des poids.

Comme il arrive que les délisseuses trouvent quelquefois des chiffons dont les différentes pieces sont très-fortement cousues ensemble, ensorte qu'étant assises elles ne pourroient venir à bout de les rompre sur les petits crochets a, b, c de leurs bancs, il y en a un plus grand F fixé solidement à un des poteaux qui soutient le plancher, où travaillant debout, elles sont mieux en état d'employer leurs forces.

Seconde opération. L'attelier que nous venons de décrire est placé au-dessus d'un autre qu'on appelle pourrissoir ; c'est un endroit voûté & d'une grandeur proportionnée à l'exploitation ; on y descend par cinq ou six marches E, ensorte que les fenêtres que l'on voit dans la vignette Pl. II. de Papeterie, sont à l'extérieur presque au niveau du terrein. Cette salle ou cave est divisée en deux parties par une muraille de cinq piés d'élevation ; la plus petite partie K qu'on appelle bacha, dans laquelle on met tremper le chiffon, a vers le fond une ouverture fermée d'une pelle A, par laquelle on laisse écouler l'eau qui a servi à tremper le chiffon, quand il a été suffisamment submergé, & le laisser à sec pour pouvoir le sortir du bacha & le porter dans quelques coins G ou H de la même cave, où on le laisse fermenter pendant deux ou trois mois plus ou moins, suivant la saison, observant de le remuer de tems à autre, pour que tout le chiffon s'échauffe également. On jette le chiffon dans le bacha par une ouverture L pratiquée au haut de la voûte, & qui répond aux cases où il a été mis en dépôt après avoir été délissé. L'eau est portée dans le bacha par un tuyau soûterrein D C, dont on voit le robinet C dans la figure. C'est à celui qui conduit cet attelier à juger du degré de fermentation convenable à la sorte de chiffon, & à la sorte d'ouvrage que l'on en veut faire ; le chiffon trop fermenté ou fusé, comme disent les ouvriers, souffre un déchet considérable dans le moulin.

Troisieme opération. A l'opération de laisser pourrir le chiffon, succede celle de le dérompre ; ce qui se fait dans une salle voûtée ordinairement de plain pié au pourrissoir, à laquelle on donne le nom de dérompoir, & que la vignette de la Pl. III. de Papeterie représente. Ceux qui font cet ouvrage sont des petits garçons ; il sont placés devant des tables ou caisses c c c posées sur des treteaux solides, qui sont aussi fixées aux murailles de la salle ; la planche de devant de cette caisse, a une échancrure demi-circulaire, vis-à-vis de laquelle est plantée verticalement & solidement une faux a, ou plutôt ce n'est que la plus large partie de la lame d'une faux, dont le dos & non le tranchant, est tourné du côté du dérompeur (fig. 1, 2 & 3), qui prend dans un coin de la caisse vis-à-vis de laquelle il est placé, une poignée de chiffons tels qu'ils sortent du pourrissoir, d'où on les apporte dans des mannes (fig. 4 & 5) ; & ayant un peu tordu cette poignée, qu'il tient à deux mains (fig. 1), il l'applique contre le bas du tranchant de la faux, & coulant vers le haut, il parvient à couper cette poignée en plusieurs tronçons qu'il jette dans un autre coin de la même caisse. Comme cette opération dépure en même tems le chiffon d'une partie des ordures qu'il contient, on a la précaution de mettre sur la table une claie d'osier b (fig. 3.) à claire voye, élevée d'un pouce environ sur la table ; sans cela les ordures resteroient dans le chiffon dérompu, c'est-à-dire haché en petits morceaux, comme dans celui d'où elles sont sorties.

Comme on emploie à cet ouvrage des enfans de différentes tailles, le dérompoir doit être fourni de différens billots & planches de bois d d de différentes épaisseurs, pour qu'ils puissent s'exhausser & travailler commodément.

Chaque dérompeur doit être pourvû d'une pierre à aiguiser pour affiler sa faux ; dans le même lieu il y a aussi une enclume f de faucheur, & son marteau e pour servir à battre les faux, dont le tranchant est bientôt émoussé par la rencontre des corps hétérogenes que le chiffon contient.

Description du moulin à maillets. Cette machine représentée dans les Pl. III. IV. V. de la Papeterie, savoir en plan au bas de la Pl. III ; en profil au bas de la Pl. IV, & en perspective dans la vignette de la Pl. V ; est composée d'un arbre A B garni de levées C C C C, qui passant successivement sous les manches des maillets, les élevent pour les laisser retomber ensuite sur le chiffon dont les piles sont remplies. Par cette trituration continuée autant de tems qu'il est nécessaire, le chiffon se trouve atténué au point convenable pour en faire du papier.

Sur l'arbre est fixée une roue à augets E, sur laquelle l'eau est amenée par le coursier F D ; la grandeur de cette roue, qui est variable, dépend de la hauteur de la chûte d'eau ; car si on n'en a pas une suffisante, on construit une roue à aubes, à laquelle le coursier fournit l'eau par-dessous ; on construit aussi dans ce cas, une ou plusieurs pompes, pour fournir aux piles l'eau nécessaire, laquelle y doit être perpétuellement renouvellée.

Les piles sont des creux M M pratiqués dans une forte piece de bois de chêne ou d'orme de 26 pouces de haut sur 24 de large, qu'on appelle aussi la pile ; on pratique autant de ces creux qu'il y a de place pour en former, ou que la quantité d'eau dont on peut disposer pour faire tourner la roue du moulin le comporte ; chacun de ces creux, qu'on appelle proprement pile, a 16 pouces de large & autant de profondeur ; les extrémités qui sont éloignées l'une de l'autre de 3 piés 8 pouces, sont arrondies, & le fond est occupé par une platine de fer fondu ou de fer forgé de 9 pouces de large, 32 de long, sur 2 pouces d'épaisseur, encastrée dans le fond de la pile. C'est entre cette platine représentée séparément (fig. 6. Pl. V.), & la ferrure dont les maillets sont armés, que le chiffon est broyé.

La pile qui est solidement affermie sur les soles G G G est entaillée à sa face inférieure d'environ 3 pouces, pour recevoir les soles qui sont elles-mêmes entaillées de la même quantité pour recevoir la pile ; les soles répondant vis-à-vis des cloisons qui séparent les piles l'une de l'autre, sont espacées à la distance de 4 piés de milieu en milieu ; elles ont 15 pouces de haut, 12 de large, & environ 6 piés de longueur ; elles sont scellées sur un massif de maçonnerie ; & les intervalles qui les séparent sont pavés en pente pour rejetter les eaux qui sortent des piles pendant la trituration.

Sur l'autre extrémité des soles, & parallélement à la pile, est établie une piece de bois L nommée sabliere, à la face supérieure de laquelle sont assemblées des pieces de bois H (Pl. III.) appellées grippes, dans lesquelles les queues des maillets sont assemblées par un boulon qui les traverse, & dont une est représentée séparément, fig. 4. Pl. V. Ces grippes, qui sont accollées deux à deux, ont 27 pouces de long non compris les tenons e e qui entrent dans la sabliere : elles ont 7 pouces d'épais ; & les deux qui répondent vis-à-vis une pile occupent sur la sabliere une longueur de 2 piés 9 pouces. Elles ont chacune à leur partie supérieure deux entailles c c de 3 pouces de large sur 9 ou 10 de longueur, destinées à recevoir les queues des maillets ; elles sont de plus affermies chacune dans la situation verticale par une cheville k, visible dans les trois Planches citées, qui traverse l'épaisseur de la grippe passant par le trou a, & va s'implanter dans la face opposée de la pile. On a donné à ces chevilles le nom de chevilles bastieres. La distance des grippes à la pile est de 22 pouces.

Les queues des maillets ont six piés de longueur, 7 pouces de large & trois pouces d'épais du côté de l'arbre ; trois pouces & demi du côté de la grippe ; les extrémités en sont garnies de frettes de fer ; celle cotée F fig. 2. Pl. V. garantit cette partie de l'usure que le frottement des levées pourroit y occasionner ; & celle cotée H sert à empêcher la queue de se fendre, principalement lorsqu'on fait usage de l'engin, fig. 2. pour relever les maillets.

Le maillet A G, fig. 2. est un morceau de bois de 6 pouces d'équarrissage, & 2 piés 8 pouces de long, y compris la ferrure qui a 5 pouces ; il est percé d'une longue mortaise visible dans la fig. 3, pour recevoir la queue ou manche du marteau, & le coin B qui sert à le fixer sur le manche. La distance de l'extrémité inférieure de la mortaise à l'extrémité E de la ferrure, est de 17 pouces ; ensorte que les maillets reposant sur la platine que nous avons dit être au fond de la pile, il reste encore un pouce de vuide entre la queue du manche du maillet, & le bord supérieur de la même pile.

La ferrure d'un maillet pese environ 25 livres, & est composée d'une frette de fer D de 2 pouces & demi de large & 6 lignes d'épaisseur, & d'un grand nombre de clous tranchans E, dont les extérieurs sont à un seul biseau, & les intérieurs E fig. 3. à deux biseaux. Ils ont 7 ou 8 pouces de long, & sont posés en liaison comme le plan fig. 3. le fait voir ; leur saillie au-dessous de la frette est de trois pouces, & ils sont placés dans des traits de scie que l'on a fait à l'extrémité du maillet avant d'y monter la frette D qui empêche le maillet de fendre.

Chacune des grippes fig. 4. Pl. V. est garnie de deux crochets d, dont les pitons b répondent audessous des entailles c qui reçoivent les queues des maillets. C'est par le moyen de ces crochets que l'on tient les maillets élevés en faisant passer le crochet d sur la queue du maillet, que l'on éleve au moyen du levier ou engin, fig. 5. dont l'étrier M reçoit la partie entaillée L de la queue du maillet. La partie N de l'engin s'applique sous la frette H, & on appuie sur l'extrémité o pour élever le maillet, & retirer par ce moyen les matieres contenues dans la pile.

La fig. 7. est une coupe de la pelle, suivant sa longueur ; A B, la platine ; D E, D E, deux coulisses qui servent de guides au kas, fig. 8. dont on voit le plan en b b au bas de la Pl. III. C, deux ouvertures quarrées par où l'eau s'écoule après avoir traversé le kas ; F E, parties de bois reservées qui séparent les piles les unes des autres ; G G, entailles qui reçoivent les soles : la fig. 8. représente le kas, dont le plan est coté 7. Pl. III. c'est une planche dont la longueur est égale à la profondeur de la pile, & dont la largeur, y compris les deux languettes, est égale à la distance que laissent entr'elles les coulisses D E de la fig. 7. ensorte que le kas puisse y couler à frottement : le kas est percé de deux trous A & B, qui doivent répondre vis-à-vis des ouvertures C de la fig. 7. dans lesquels on a reservé des croisillons pour porter la toile de crin à-travers laquelle l'eau s'écoule ; on voit ces croisillons en A, & la toile de crin en B ; on peut aussi substituer quelques morceaux de forme.

La fig. 9. est une coupe transversale de la pile ; D E est une des coulisses ; m est une des ouvertures C fig. 7. par laquelle l'eau sort après avoir traversé le kas ; cette ouverture est inclinée pour en favoriser l'écoulement.

Les maillets sont dirigés dans leur chûte par des pieces de bois 12, 13, 14, 15, 16, Pl. III. & V. que l'on appelle guides ou grippes de devant, assemblés sur la face supérieure de la pile du côté de l'arbre : les vuides que les pieces laissent entr'elles sont de 3 pouces ; c'est l'épaisseur des queues des maillets en cet endroit ; par cette construction les queues des maillets sont toujours dirigées vers les levées de l'arbre.

L'eau qui vient du coursier F D, Pl. III. & V. est distribuée dans les piles par le canal ou gouttiere de bois, 1, 2, 3, 4, 5, que l'on nomme le grand échenal, qui communique par les gouttieres inclinées 3 4, 3 4, aux fontaines ou bachassons 4, 4, qui communiquent par un trou percé obliquement avec l'intérieur de la pile, comme on peut voir en profil, Pl. IV. ces fontaines ne sont autre chose qu'un creux quarré d'environ demi-pouce de profondeur, dans le milieu duquel on a recreusé une autre cavité aussi d'un demi-pouce de profondeur ; c'est du fond de cette derniere cavité & d'un des angles que part le trou qui conduit l'eau dans la pile : le bord de la cavité supérieure du côté de l'arbre est entaillé pour laisser écouler l'eau superflue hors de la fontaine, qui ne doit être pleine que jusqu'au niveau de la retraite qui distingue les deux cavités.

Le jeu de cette machine est aisé à entendre : l'eau étant lâchée sur la roue, les leviers de son arbre rencontrent en tournant les queues des maillets, les élevent jusqu'à ce que venant à échapper, les maillets retombent par leur propre pesanteur sur le chiffon qui est dans la pile ; le chiffon ainsi trituré pendant une heure ou deux, & dépuré de ses crasses par l'eau continuellement renouvellée des fontaines, laquelle remplit la pile, & sort en traversant le kas, devient enfin la matiere dont on forme le papier.

Un moulin a ordinairement quatre piles, dont une sert pour effilocher le chiffon ; deux autres pour affiner, & la quatrieme dont les maillets ne sont point ferrés, ni la pile garnie de platine, pour détremper la matiere quand on la retire des caisses de dépôt où on la fait passer en sortant des piles à affiner, pour y rester jusqu'à ce qu'elle passe dans la cuve à ouvrer.

Il y a un art à bien disposer les levées sur l'arbre, ensorte que la roue soit chargée le moins qu'il est possible à-la-fois ; il faut que les maillets levent les uns après les autres pour cela : si l'arbre est destiné à un moulin à quatre piles, comme celui dont nous faisons la description (on a représenté seulement trois piles dans les figures), & chaque pile a quatre maillets, ce qui fait seize en tout, & que de plus chaque maillet doive battre deux fois à chaque révolution de la roue ; il faudra, après avoir tracé les cercles qui répondent vis-à-vis des maillets, diviser la circonférence d'un de ces cercles, ou la base du cylindre de l'arbre en seize parties égales, tirer par les points de division des lignes paralleles à l'axe, les intersections de ces lignes & des cercles qui répondent vis-à-vis des maillets, seront les points où il faut placer les levées que l'on discernera en cette sorte ; une des lignes paralleles à l'axe étant prise pour fondamentale, & ayant placé la premiere levée à son intersection avec le cercle qui répond au premier maillet de l'un ou de l'autre côté de l'arbre ; la levée du cinquieme maillet, premiere de la seconde, devra être placée à l'intersection de la seconde ligne & du cinquieme cercle : celle du neuvieme maillet, premier de la troisieme pile, à l'intersection de son cercle & de la troisieme parallele, ainsi de suite, dans l'ordre de la table suivante, où la premiere rangée de chiffres indique les cercles qui répondent aux maillets, & la seconde les paralleles à l'axe, à compter de celle qu'on aura regardée comme la premiere.

Description du moulin à la hollandoise, ou moulin à cylindre. Il y a deux de ces moulins dans la manufacture de Langlée, & désignés dans le plan général, Pl. I. l'un par les lettres E F, & l'autre par les lettres K L ; ils font chacun tourner six cylindres : l'eau leur est fournie par le bassin B G, qui la reçoit par le canal A, qui communique au canal de Loing : elle entre dans les coursiers B D G H, qui traversent le grand bâtiment P R de 64 toises de longueur sur 8 toises de largeur, pour sortir par D & H, qui sont les parties d'aval des coursiers. Voyez l'explication de la Pl. I. des deux moulins dont on vient de parler. L'un est destiné à effilocher les chiffons sortant du dérompoir, & l'autre à les raffiner. On entend par effilocher, le premier broyement des chiffons ; mais comme ces deux moulins ne different ni en construction, ni dans la maniere d'agir, la description que l'on va faire de l'un des deux suffira pour en donner une parfaite connoissance. Ce moulin est représenté dans les Pl. V. VI. VII. VIII. dans lesquelles on a eu l'attention de mettre les mêmes lettres aux parties semblables. La Planche V. est le plan d'un moulin & de ses six cuves à cylindres ; A D la grande roue à aubes, formée de deux cours de courbes de 5 pouces sur 7 de gros, dont on voit l'élévation, Pl. VII. est placée dans son coursier, où l'eau entre du côté de G ; elle a 18 piés de diametre, non compris les coyaux qui supportent les aubes qui sont au nombre de trente-deux ; elles ont 26 pouces de long & 20 de hauteur. Au-devant de la roue est placée en A la pelle par le moyen de laquelle on ferme le coursier lorsqu'on veut arrêter la machine, ainsi que l'élévation, Pl. VI. & le profil, Pl. VII. le fait voir. L'arbre ou axe B C de cette roue a 18 piés de long sur 27 pouces de gros, non compris les renforts dans lesquels s'assemblent les bras des rouets verticaux R r, de 8 piés de diametre : ils font chacun garnis de 49 alluchons ; les courbes dont ils sont formés ont 9 à 10 pouces de gros ; les alluchons de ces rouets engrenent entre les fuseaux des lanternes S S de 5 piés & demi de diametre, chacune garnie de 32 fuseaux ; ces lanternes, y compris les tourtes qui les forment, ont 18 pouces d'épaisseur : les arbres verticaux Y Z, Pl. VI. qui les portent, ont chacun 8 piés de long sur 2 piés d'équarrissage ; ils portent aussi chacun un rouet horisontal de 10 piés de diametre, dont les alluchons au nombre de 72, regardent en en-bas, & engrenent dans les lanternes de fer à sept fuseaux chacune, qui sont fixées sur les arbres de trois des cylindres I, K N, ou M, L, P ; les courbes de ces rouets assemblées les unes aux autres par le trait nommé de Jupiter, ont 8 à 9 pouces de grosseur.

Les arbres verticaux & les rouets horisontaux T t sont maintenus dans la situation convenable par une cage ou beffroi de charpente qui les environne : on voit en F F F F le plan des quatre poteaux qui soutiennent le plancher du beffroi, & de l'autre côté le même beffroi vu par-dessus, où l'on peut remarquer les moises qui embrassent en Y le tourillon supérieur de l'arbre vertical ; on voit aussi en E E E E E E E E E le plan de quelques-uns des poteaux qui soutiennent de fond le plancher & les étages supérieurs qui servent d'étendoir : tous les poteaux & ceux des aîles sont marqués dans le plan général de la manufacture, Pl. I. Autour de chaque beffroi sont rangées trois cuves à cylindres O I H, H K O, H N O, O P H, O L H, H M O, qui ont chacune 11 piés de long de dehors en-dehors, & 6 piés de large aussi de dehors en-dehors posées sur un massif de maçonnerie, ou fort grillage de charpente ; elles sont arrondies intérieurement par différentes mises de bois, comme on voit fig. 8. Pl. VIII. qui contient en grand le développement d'une caisse ; elles sont aussi divisées en deux parties égales par une cloison longitudinale 2 3, &c. de 5 piés 4 pouces de long, 2 pouces d'épaisseur, & 20 ou 22 de profondeur ; tout l'intérieur de chaque cuve à cylindre, le renfort de la cloison, celui de la face extérieure de la cuve, les plans inclinés sont revêtus de lames de laiton cousues ou soudées les unes aux autres, & clouées sur le bois de la cuve.

Le plan incliné ascendant a, & le plan incliné descendant b, dont on voit l'inclinaison marquée par des lignes ponctuées a N b, Pl. VI. se joignent l'un à l'autre par une surface N 2 cylindrique, concave, concentrique à l'axe du cylindre N ; on voit au-dessous de N un espace quadrangulaire qui est l'emplacement de la platine cannelée qu'on voit en perspective, fig. 5. Pl. VIII. & en profil en b x d fig. 10. même Pl. On voit Pl. V, dans les trois cuves I, N, L, le cylindre en place & à découvert ; on voit comment le rouet horisontal T engrene dans les lanternes de fer 4, 4, fixées sur l'arbre des mêmes cylindres, & en P & en M deux cuves dont les cylindres sont recouverts de leurs chapiteaux, & enfin en K une cuve dont le cylindre est ôté pour laisser voir la platine cannelée, dont on a déja parlé, entre les dents de laquelle & celles des couteaux du cylindre, se fait l'effilochage ou affinage du chiffon, qui passe entre la platine & le cylindre en montant par le plan le moins incliné a, descendant ensuite par le plan le plus incliné b, d'où en flottant dans l'eau dont la caisse est toujours remplie, & côtoyant la cloison en 3, il va par c & 2 remonter sur le plan incliné a, & passe un grand nombre de fois entre la platine & le cylindre, qui tourne suivant l'ordre des lettres N 23.

On voit aussi en V le plan d'une des caisses de dépôt, revêtue intérieurement de marbre noir, & en X le plan de la couverture d'une de ces caisses dont on voit l'élévation en V, Pl. VII. d e sont des fosses de 18 pouces environ de profondeur dans lesquelles l'ouvrier descend pour puiser les matieres que les fosses contiennent ; elles répondent vis-à-vis les portes ou volets par lesquels on met ou l'on retire les matieres dans ces caisses, où elles égouttent leur eau par des canaux souterreins, fermées à leur entrée par une grille de fil de laiton, ou un chassis de crin.

Les tourillons des arbres des cylindres roulent sur des palliers de cuivre encastrés dans le milieu de longues pieces de bois O H, qu'on appelle leviers, de 11 piés de long sur 5 & 12 pouces de gros ; chaque cuve en a deux disposés parallelement l'un à l'autre, & appliqués contre les longs côtés de la cuve ; ces leviers sont assemblés à charniere en O, Pl. V & VIII, & soutenus par l'autre extrémité H par un cric, par le moyen duquel on peut élever ou abaisser à volonté l'axe du cylindre pour faire approcher ou éloigner sa surface de la platine cannelée qui est au-dessous, à laquelle il doit être parallele.

La vîtesse de la roue A D qui tourne dans le coursier, & dont on voit l'élévation, Pl. VII. est telle qu'elle fait environ douze tours par minute, ce qui donne par le calcul du rouage que les cylindres font dans le même tems 166 93/343 révolutions sur eux-mêmes, & en une heure 9976 272/343, & en environ cinq heures que dure le broyement 49884 22/343 révolutions.

Description détaillée d'une cuve à cylindre, Planche VIII. La figure 1. est le chapiteau qui recouvre le cylindre ; il a 4 piés 3 pouces de long, 2 piés 8 pouces de large ; sa partie supérieure est percée de deux ouvertures transversales 12, 34, dans lesquelles on fait entrer les chassis, fig. 6. & 7. Le premier est de fil de fer, & entre dans l'ouverture 34 ; le second est de crin, & entre dans l'ouverture 12, & est soutenu par quatre ou cinq pontusaux ou traverses de bois : il sert à retenir les petites parties de chiffon que le premier a laissées passer, & à empêcher qu'elles ne se perdent par la gouttiere du dalot, fig. 2. Il y a aussi une porte 56, que l'on ouvre pour regarder dans le dalot, & qui est tenue fermée par le tourniquet 7. Le dalot, fig. 2. se place en travers de la cuve, fig. 8. l'extrémité f sur la cloison 23 entre 2 & c au-dessus de a, ensorte que sa longueur soit parallele à l'axe du cylindre ; la partie 9 entre dans l'entaille c du chapiteau, & l'autre extrémité h entre dans l'ouverture k du dalot ou entonnoir k l, fig. 3. par lequel l'eau qui est lancée à-travers les chassis à chaque révolution du cylindre dans le canal f h, s'écoule & se perd par des rigoles souterreines.

La figure 4. est le cylindre vu en perspective, à laquelle les fig. 9. & 10. sont relatives. Ce cylindre a 2 piés de diamêtre & 2 piés 3 pouces de long, y compris les rondelles de fer qui terminent ses bases, lesquelles ont 8 lignes d'épaisseur, & sont percées au centre de la croisée d'un trou quarré de 4 pouces de gros pour recevoir l'axe de l'arbre A B, commun au cylindre & à la lanterne de fer A de 16 pouces de diamêtre & 8 d'épaisseur garnie de sept fuseaux aussi de fer. Les tourtes ou platines de cette lanterne sont de fer, & ont 1 pouce d'épaisseur ; les fuseaux y sont fixés par des écrous qui reçoivent l'extrémité des boulons taraudés en vis qui terminent de chaque côté de la lanterne les sept fuseaux dont elle est garnie. Il en est de même des lames ou couteaux qui environnent la surface des cylindres.

Ces lames ou couteaux, au nombre de 27 sur chaque cylindre, sont encastrés de la moitié de leur épaisseur dans le bois qui forme le corps du cylindre, & parallelement à son axe, sont d'une grosseur, & disposés desorte qu'il reste autant de vuide que de plein ; les surfaces extérieures de ces lames qui doivent être concentriques à l'axe du cylindre, sont partagées en deux parties par une gravure longitudinale, comme on voit au profil en a a a, fig. 10.

L'arbre ou essieu a, axe A B du cylindre, fig. 4. & 9. a deux parties parfaitement arrondies, A & B qui sont les tourillons ; ces tourillons sont reçus dans les coussinets A & B, fixés sur le milieu des leviers O A H postérieur, & O B H antérieur, par le moyen desquels & des crics qui soutiennent les extrémités H H de ces leviers, on peut à volonté élever ou abaisser l'axe du cylindre pour disposer sa surface parallelement, & à telle proximité que l'on veut de la platine de cuivre cannelée qui occupe le fond de la cuve, & que la fig. 5. représente en perspective, & dont on voit le profil en b x d, fig. 10. au sujet de laquelle il faut remarquer que les gravures x d sont tournées d'un sens opposé à celles x b ; aussi ne servent-elles pas toutes à-la-fois ; ce seront seulement les gravures x d, si on fait entrer la platine, fig. 5. dans l'ouverture d, fig. 8. savoir la partie e la premiere ; & ce sera entre les gravures du cylindre & les autres gravures x b de la platine que se fera le broyement du chiffon, si on fait entrer l'extrémité d de cette platine la premiere dans l'emplacement du fond de la cuve destinée à la recevoir. Ces platines ont 7 pouces de large & 2 pouces d'épaisseur, & 2 piés 4 pouces de longueur, & ont de chaque côté x d, x b, 6 ou 8 cannelures. Enfin chaque levier est encore retenu près de la cuve par des bandes de fer N N m n, entre lesquelles ils peuvent se mouvoir de haut en bas & de bas en haut, suivant le mouvement du cric H qui soutient une de leurs extrémités ; on insere quelques coins N, que l'on arrête avec un clou pour fixer les leviers & le cylindre à une hauteur convenable & très-près des platines. Chaque cuve a aussi une pelle L, que l'on leve par la poignée K, pour laisser écouler l'eau & la pâte qu'elle contient dans les caisses de dépôt, par des dalots ou rigoles de bois d'une longueur convenable.

Jeu d'une des cuves. Si on conçoit que la platine, fig. 5. est placée dans la cuve, fig. 8. & que le cylindre, fig. 4. soit placé au-dessus, ensorte que ses tourillons reposent sur les paliers ou coussinets des leviers ; que le dalot, fig. 2. soit mis en place, & le chapiteau, fig. 1. par-dessus sa face postérieure sur la cloison, & l'antérieure sur la face antérieure de la cuve, remplie d'eau & chargée d'environ 150 livres de chiffons, que de plus il y ait un robinet qui verse continuellement l'eau du reservoir dans un des angles de la cuve, comme en P, & qu'on le voit dans la Pl. VI. en cet état, le cylindre tournant avec rapidité, suivant l'ordre des lettres a N 2 3, entraînera l'eau & les chiffons par le plan le moins incliné a, & les fera passer entre la platine & le cylindre, pour remonter vers 2, où ils seront lancés vers la voûte du chapiteau, d'où ils retomberont dans la cuve par le plan le plus incliné b, pour rentrer dans la circulation qui se fait autour de la cloison 3 c 2 ; la cause de cette circulation, outre la rotation du cylindre, est la perte d'eau dans une partie, & l'affluence dans une autre.

Mais comme tous les chiffons ne sont pas jettés vers la partie B d du chapiteau qui répond au-dessus du plan incliné b, Pl. VI. d'où ils peuvent retomber dans la cuve, & qu'une partie continue à se mouvoir avec le cylindre, c'est pour les arrêter que l'on met dans l'ouverture 3 4 le chassis de fil de fer, fig. 6. qui laisse passer l'eau qui y est lancée avec les chiffons, & les retient ; ils s'y accumulent, jusqu'à-ce que tombant par leur propre poids vers 3, entre le chassis & le cylindre, ils rentrent ainsi dans la circulation ; le second chassis, fig. 7. retient les petites parties des chiffons que le premier a laissées échapper, & laisse passer l'eau dans le dalot, fig. 2. d'où elle s'écoule & se perd en passant dans le tuyau, fig. 3. par des canaux souterreins, ainsi qu'il a été remarqué ci-dessus. C'est pour suppléer à l'eau qui se perd continuellement, & dont le renouvellement opere le parfait blanchissage du chiffon, que l'on en laisse entrer vers P, où est un robinet par le moyen duquel on peut facilement égaler l'eau qui entre à celle qui sort ; c'est cette eau continuellement remplacée qui, avec la rotation du cylindre, est la cause de la circulation que l'on voit dans les cuves, où le chiffon qui y flotte tourne sans cesse autour de la cloison 2 3, Pl. V. entrant par a sous le cylindre, d'où il sort par b, pour aller par 3 c & 2 rentrer de nouveau sous le cylindre, où il est broyé ou haché à chaque passage entre les dents ou gravures de la platine & celles du cylindre.

La même quantité de chiffons qui ont été cinq ou six heures à être effilochés, demeurent aussi six ou sept heures sous les cylindres raffineurs.

Les ouvriers qui veillent à la conduite des moulins, & qu'on appelle gouvernaux, ont soin de charger les cuves à cylindres, d'y laisser entrer la quantité d'eau convenable ; on fait l'essai de la pâte en en délayant ou étendant une certaine quantité dans un bassin à moitié plein d'eau : on la bat avec un bâton fendu en quatre par une de ses extrémités.

Voici la matiere dont le papier doit être formé parvenue à son point de perfection, soit en se servant de l'un ou l'autre moulin ; ils ont chacun leurs avantages particuliers : car si d'un côté les moulins à cylindres expédient cinq ou six fois plus vîte l'ouvrage, il arrive que les noeuds de fil des coutures échappent fort souvent à l'action des gravures du cylindre & de la platine, ce qui forme des grains sur le papier, & augmente le travail des éplucheuses ; au lieu que dans les moulins à maillets, ces mêmes noeuds sont écrasés, ensorte qu'ils ne forment point d'éminences sensibles sur la surface du papier, où alors on les laisse.

Mais avant d'expliquer comment on ouvre le papier, il faut expliquer l'art de fabriquer les formes sur lesquelles on le leve ; c'est l'ouvrage du formaire qui a emprunté son nom de ses ouvrages. Ce travail est représenté, & une forme de grand raisin dans la Pl. IX. de papeterie.

Une forme, fig. 6. & 8. est composée d'un chassis E F G A, e f g h de bois de chêne que l'on a laissé tremper long-tems dans l'eau, après avoir été débité & séché à plusieurs reprises, pour lui faire perdre entierement sa seve, & faire qu'il soit moins sujet à se déjetter. La grandeur de ce chassis prise en dedans est d'environ deux lignes plus grande sur toutes les faces que la grandeur du papier à la fabrication duquel on le destine, & dont la grandeur est fixée par le tarif que l'on trouvera à la fin de cet article. Ainsi dans l'exemple de la fig. 6. qui est une forme pour le papier dénommé grand raisin, dont les réglemens fixent la grandeur E F à 22 pouces 8 lignes, & la hauteur G E à 17 pouces, le chassis, non compris l'épaisseur des bois, aura 2 lignes de plus sur chaque face, ce qui fera pour la largeur mesurée en-dedans, 23 pouces, & pour la hauteur aussi mesurée en-dedans 17 pouces 4 lignes. Les bois qui forment ce chassis ont environ 8 lignes de large sur 4 lignes d'épaisseur ; les longs côtés G H, E F, sont un peu convexes dans leur milieu, & les petits côtés E G, F H, au contraire un peu concaves.

Les longs côtés du chassis sont percés de vingt trous pour recevoir les extrémités d'autant de barres de sapin M N, m n, fig. 8. dont les extrémités terminées en boulon, comme on voit en F, fig. 3. entrent dans les trous dont on a parlé. Ces barres E de sapin qu'on appelle pontusaux, sont formées à leur partie supérieure en vive arrête C D, comme le tranchant d'un couteau ; c'est sur le tranchant des pontusaux que reposent les fils de laiton qui forment le tamis ou le grillage de la forme, & dont on voit l'empreinte sur tous les papiers en regardant le jour à-travers. Il n'entre aucune sorte de colle dans la fabrication d'une forme ; mais toutes les pieces en sont assemblées & clouées les unes aux autres, soit avec de petites chevilles de bois, ou avec des clous d'épingles de laiton : le fer à cause de la rouille doit en être banni. Pour tisser le tamis ou toile de la forme ; l'ouvrier, après avoir choisi la sorte de fil de laiton dont elle doit être formée, l'avoir fait recuire & couper par tronces aussi longues que le chassis, travaille à les redresser par un moyen fort simple & ingénieux, & qui, s'il étoit plus connu, seroit pratiqué dans d'autres professions que celle du formaire. C'est cette opération que fait l'ouvrier, fig. 2. de la vignette : il tient de la main droite le dressoir c, ou a b c, fig. 2. au bas de la planche, c'est un morceau de bois dont la longueur a b est d'environ 5 ou 6 pouces ; & la largeur de deux ou trois, formé, comme la figure le fait voir, pour pouvoir le tenir commodément. Le dessous du dressoir qui s'applique sur la table, doit être imperceptiblement convexe plutôt que d'être concave, afin que le fil que le dresseur presse entre cet instrument & l'établi, y soit comprimé : alors tenant le fil de laiton de la main gauche qu'il conduit le long de ce fil en l'éloignant de la droite, avec laquelle il promene en long le dressoir sur le fil c d qu'il veut dresser, & qui sert au dressoir comme de rouleau ; il imprime à ce fil un mouvement de rotation qui tord & détord le fil alternativement, & auquel la main gauche doit céder insensiblement, en sorte que l'on sent tourner le fil entre les doigts à mesure qu'ils glissent vers d en s'éloignant de l'établi, au plan duquel le fil doit être tenu parallele. Par cette opération toutes les parties du fil se remettent dans la direction de l'axe vrai, & il est redressé ; ce qu'on connoît lorsqu'étant posé librement sur un plan qu'il déborde d'un pouce ou deux ; si on fait tourner cette partie entre les doigts, le reste du fil qui pose sur la table, tourne sur lui-même sans déplacer, ce qui est la marque d'une parfaite rectification.

Les longs côtés du chassis sont percés dans leur face supérieure d'autant de trous qu'il y a de pontuseaux dans la forme, & deux de plus. Les premiers répondent vis-à-vis les tranchans des pontuseaux, & servent à fixer avec de petites chevilles de bois les extrémités des chaînettes qui regnent le long des vives arêtes des pontuseaux, & qui lient ensemble tous les fils qui composent la trame ou tamis de la forme. Ces petites chevilles traversent aussi les tenons des pontuseaux ; ce qui affermit leur assemblage. Les quatre autres trous qui sont vers les extrémités des longs côtés, servent de même à fixer par une petite cheville de bois un fil de laiton O P o p, qu'on appelle transfil, qui est fortement tendu dans le milieu du vuide qui est entre un des petits côtés & le pontuseau le plus prochain.

Pour tisser la forme, le chassis étant préparé, comme il vient d'être expliqué, le formaire prend un nombre de petites bobines ou fuseaux A B, fig. 3, de la grandeur que la figure fait voir ; chacun de ces fuseaux est chargé d'une quantité de fil de laiton recuit, convenable, & beaucoup plus fin que celui qui forme la toile de la forme, & ayant tordu ou commis ensemble les extrémités de ces fils, comme on voit en C, il fait entrer cette partie dans un des trous N, fig. 6, qui sont à l'extrémité des pontuseaux, où il arrête ce commencement de chaînette avec une cheville de bois ; il en fait autant aux extrémités de chaque pontuseau, le long du côté G H du chassis. Ainsi il faut 40 fuseaux seulement pour les chaînettes qui regnent le long des pontuseaux. Il en faut encore deux autres pour chaque transfil O P, qui sont fixées en P : on voit tous ces fuseaux fig. 6, le long de la ligne K L.

Le formaire, fig. prem. vignette, place le chassis de la forme dans une situation inclinée ; il le tient en cet état par le moyen de deux vis, fourchettes ou mains de fer a b, que la figure 4, fait voir plus en grand ; l'extrémité inférieure terminée en vis entre dans des trous pratiqués à l'établi, & une des fourches supérieures est taraudée pour recevoir une vis, par le moyen de laquelle il comprime entre les fourchettes les petits côtés du chassis qu'il incline à volonté : les choses en cet état, les trans-fils tendus, & tous les fuseaux attachés le long du côté inférieur G H de la forme, & les fils de ces fuseaux écartés l'un de l'autre en forme d'V consonne ; savoir le fuseau A, fig. 3, entre deux pontuseaux postérieurement au plan de la toile, & l'autre B antérieurement au même plan ; le formaire alors prend un des fils de la dressée, & le couche de toute sa longueur dans les V que forment les fils des fuseaux. Ensuite commençant par une des extrémités, il fait faire au fuseau dont le fil est fixé en P, un tour par-dessous le transfil O P, fig. 6, en sorte que le fil de dressée ou de trame demeure lié au transfil ; il prend ensuite de chaque main un des fuseaux A B, fig. 3, & tord l'un sur l'autre par un demi-tour les fils dont les fuseaux sont chargés ; ensorte que le fuseau B, prend la place du fuseau A, & forme un nouvel V destiné à recevoir un nouveau fil de trame m m ; il continue de faire la même opération le long du fil de trame, vis-à-vis de la vive arrête de chaque pontuseau, & finit par faire au transfil qui est à l'autre extrémité, la même opération qu'il a faite au premier. Alors il prend un nouveau fil de dressée, & l'étend dans les nouveaux V que les fils des fuseaux forment, & continue comme il vient d'être expliqué, en étendant parallelement les uns aux autres de nouveaux fils de dressées K L, jusqu'à-ce que la toile ou tamis soit entierement formé.

Il y a environ 28 ou 30 fils de dressées paralleles les uns aux autres dans l'étendue d'un pouce ; ce qui fait en tout 520 fils de dressée pour la forme de grand raisin, haute de 17 pouces 4 lignes, en supposant 30 fils par pouce.

Pour achever la forme, il ne reste plus qu'à tendre fortement les chaînettes le long des vives arêtes des pontuseaux, & de fixer par de petites chevilles de bois leurs extrémités, après que les fils qui les forment ont été commis ensemble, dans les trous du côté supérieur E F de la forme, & à coudre le tamis sur les pontuseaux par un fil de laiton très-délié, qui passant sur les chaînettes, repasse dans les trous dont chaque pontuseau est percé, lesquels sont éloignés l'un de l'autre d'environ six lignes. Ensuite, tant pour recouvrir les extrémités K & L des fils de trame ou de dressée, le long des petits côtés ou de la hauteur de la forme, que pour contenir les chevilles qui assurent les chaînettes aux extrémités des pontuseaux ; on attache avec des clous d'épingle de laiton de petites lames de laiton connu sous le nom de laiton gratté, le long du pourtour du chassis H G E F : on voit en K cette bande de laiton non encore clouée sur toute la longueur du côté G E de la forme. Ces lames embrassent les côtés du chassis qui sont perpendiculaires à ceux sur lesquels elles sont clouées ; ce qui en fortifie l'assemblage, & en cet état la forme est achevée. La figure 6 est la forme vue par-dessus du côté de la vive arrête des pontuseaux, & la fig. 8, la forme vue par-dessous du côté des pontuseaux dont on voit toute l'épaisseur.

A chaque paire de formes (car on travaille avec deux, comme il sera dit plus bas), on adapte un chassis, fig. 5 & 7, dont les feuillures reçoivent la forme, comme le cadre d'un tableau en reçoit la toile. Ce chassis est nommé couverte, & doit s'emboîter avec facilité sur les deux formes égales ; le bois dont les chassis sont formés à environ 8 à 9 lignes de large sur 4 ou 5 d'épaisseur, refeuillé comme le profil m l k, m l k, fig. 3, le fait voir : la partie l m l m, qui s'applique sur le dessus de la forme, recouvre intérieurement d'environ deux lignes, le vuide du chassis de la forme ; ce qui fait que la feuille de papier que l'on y fabrique est de la grandeur fixée par les reglemens, quoique le tamis de la forme soit de 4 lignes plus long & plus large que les dimensions marquées par le tarif ; ensorte que la largeur de la couverte mesurée intérieurement de A à B, est de 22 pouces 8 lignes, & sa hauteur de A en C, aussi mesurée intérieurement, est de 17 pouces, qui sont les dimensions fixées par le tarif pour le papier grand raisin, dont la forme nous sert d'exemple. La figure 5 est la couverte vue par-dessus, & la fig. 7, la même couverte vue par-dessous.

Comme les reglemens prescrivent aux fabriquans de mettre une marque particuliere à leurs papiers, & que d'ailleurs il est d'usage de marquer les papiers, soit d'une aigle éployée, d'une couronne ou grappe de raisin, &c. & même outre le nom du fabriquant, d'y ajouter le millésime : voici comment ces marques se forment.

On prend du fil de laiton ou d'argent de la grosseur de celui des dressées ; on le ploye & contourne de maniere qu'il suive exactement les contours du dessein ou des caracteres que l'on veut représenter. On soude ensemble avec la soudure d'argent & au chalumeau les parties de ces contours qui se touchent, on en fait la ligature avec du fil plus fin, on applique ensuite ces filigrames sur la forme, ensorte que les empreintes se trouvent sur le milieu de chaque demi-feuille de papier où elles paroissent aussi-bien que l'impression des chaînettes & trans-fils, fils de dressées, en regardant le jour à-travers ; on attache toutes ces marques sur le tamis ou toile de la forme, avec des crins de cheval ou du fil de laiton ou d'argent très-délié.

Passons maintenant à l'attelier de la fabrication du papier que la Planche X. représente. La matiere que nous avons laissée dans les caisses de dépôt est transportée dans les cuves à ouvrer par les manouvriers de la manufacture : pour cela ils se servent de brouettes de fer, sur lesquelles sont posés des vaisseaux de bois, tels que celui que la fig. 6, Pl. XII. représente, que l'on nomme bacholle. La cuve à ouvrer, fig. 1. & fig. 6. est de bois ; elle a 5 piés de diamêtre, deux & demi de profondeur, reliée avec deux ou trois bandes de fer, & posée sur des chantiers. Elle est percée en H h d'un trou circulaire de 10 pouces de diamêtre, auquel on adapte en-dedans de la cuve une espece de chauderon de cuivre rouge, dont les rebords sont cloués en-dehors d'environ 20 ou 24 pouces de longueur, sur 15 ou 18 de diamêtre vers la culasse X : dans le chauderon qui sert de fourneau, & où on fait un feu de charbon suffisant ; on fait entrer une grille de fer H h, fig. 6., sur laquelle on fait le feu. Le dessous de cette grille sert de cendrier ; ainsi cette sorte de fourneau que les ouvriers nomment pistolet, est entierement submergé par l'eau que la cuve contient, & qu'il échauffe au point convenable. La partie de la grille qui déborde hors la cuve, est soutenue par une barre de fer K, comme on voit dans la vignette. On voit aussi auprès de la cuve la pelle arrondie qui sert à dégager le cendrier, & à porter le charbon dans le fourneau ; on voit aussi à côté un crochet ou fourgon servant au même usage.

Chaque cuve qui est ronde, est entourée de planches G L D B E K, fig. 6, qui la rendent presque quarrée à sa partie supérieure. Ces planches qui sont un peu inclinées vers la cuve pour y rejetter l'eau qui y tombe, sont rebordées par des tringles de bois de deux pouces de haut, qui empêchent la pâte de se répandre dehors. La place B où se met l'ouvrier fig. prem. est appellée la nageoire de l'ouvrier ; elle a environ 20 pouces de large ; les côtés ont six pouces ; les planches qui forment cette espece de caisse, descendent jusqu'au rez-de-chaussée ; leur sommet se trouve un peu plus haut que la ceinture de l'ouvreur, fig. prem. chaque cuve est traversée par une planche M d, percée de trous, dont l'extrémité M repose sur les rebords des planches qui entourent la cuve. Cette planche qu'on nomme drapeau de cuve, est un peu convexe sur le milieu de sa largeur ; elle a aussi en e une entaille pour recevoir l'extrémité e de la regle a e qu'on nomme planchette, qui est élégie en e, de la moitié de son épaisseur, tant pour que sa surface supérieure affleure celle du drapeau, que pour qu'elle ait un point d'appui qui l'empêche de glisser de a vers e. L'extrémité a de la planchette est soutenue par un petit chevalet a dans l'entaille supérieure duquel elle entre de toute son épaisseur. Enfin, il y a en F un morceau de bois cloué au-dedans de la chaudiere & percé de plusieurs trous, dans l'un desquels on plante un petit morceau de bois f e. fig. prem. qu'on appelle égouttoir, sur lequel un des longs côtés de la forme repose dans une situation inclinée ; l'eau retombe à-travers les trous du drapeau dans la cuve. On voit à côté en A B la presse en profil, que la fig. 5. représente en perspective, & dont on voit le plan en A A, fig. 6.

Chaque presse (il y en a autant que de cuves à ouvrer) sont éloignées de trois piés du bord L D de la cuve, avec laquelle un des montans ou jumelles est joint par des planches L A ou m, fig. prem. qui entrent à coulisse dans la rainure du poteau l qui soutient un des angles des planches qui entourent la cuve, & entre deux tasseaux cloués sur la face d'un des montans de la presse, comme on voit en M b, fig. 6. Ces planches forment ce que l'on appelle la nageoire du coucheur élevée d'environ deux piés audessus du rez-de-chaussée. Ces presses sont composées de deux montans ou jumelles A b, a b, de 12 piés de long, éloignées l'une de l'autre de trois piés & demi, qu'on élégit quarrément sur onze pouces de gros, environ huit piés de long, laissant le bois en grume par les deux extrémités : ce qui forme des renforts qui servent d'embrevement au seuil & à l'écrou. Le seuil c d e a deux piés de large, sur 15 ou 18 pouces d'épaisseur ; sa surface supérieure n'est élevée au-dessus du terrein que d'environ 2 ou 3 pouces ; il est entouré de pierre de taille, dans lesquelles on a pratiqué des gouttieres pour écouler les eaux qui sortent du papier lorsqu'on le presse. L'écrou de bois d'orme a 18 pouces de gros & 5 piés 4 pouces de long, & est assemblé avec les jumelles avec tenons à renfort & boulons à vis C, D. Il y a depuis la face inférieure de l'écrou, jusqu'à la face supérieure du seuil, 5 piés 4 pouces.

Aux faces intérieures opposées des montans, sont pratiquées deux rainures, dont on voit le plan fig. 6, en A A. Ces rainures reçoivent les tenons du plateau G H, suspendu à la tête de la vis P X, par un boulon de fer qu'on appelle moine, dont la tête appuie sous la planche N de bois de cormier, ou autre bois dur, sur laquelle lors de la pression, se fait le frottement de la vis qui est de noyer, & dont la tête a 14 pouces de gros. Cette tête P, est entourée de deux frettes de fer, dont l'inférieure porte une rondelle dentée en rochet, dans les dents de laquelle s'engage le pié de biche 3, 4, qu'on appelle acotay, dont l'usage est d'empêcher la vis de rétrograder lorsqu'on fait une pressée ; l'extrémité 4 de l'acotay est entaillée pour embrasser l'arrête de la jumelle a b, sur laquelle il appuie ; cette jumelle est revétue d'une bande de fer L 5, pour la conserver, & le long de laquelle l'acotay descend à mesure que la vis fait baisser le plateau G H ; l'autre extrémité 3 de l'acotay ou pié de biche est fourchue pour embrasser dessus & dessous l'épaisseur de la rondelle dentée ; ce qui empêche le pié de biche de manquer l'engrenage ; l'acotay est porté dans son milieu sur un morceau de bois K cloué sur le plateau qu'on nomme par cette raison porte-acotay. Il est aussi percé en 2 d'un trou, dans lequel passe la corde 2, 1, qui embrasse l'extrémité 1, du ressort. Ce ressort n'est autre chose qu'un bâton fléxible cloué sur le milieu de la face postérieure du plateau. Enfin, il y a un autre trou vers l'extrémité 4, dans lequel passe la corde par laquelle l'acotay est suspendu au piton L.

Sur le seuil c d de la presse, est un chantier V où posent de niveau deux ou trois pieces de bois Tu, Tu, Tu, qu'on nomme poulains, sur lesquels on pose une forte planche Q qu'on appelle drapan, sur laquelle on couche entre des étoffes de laine les feuilles de papier, à mesure qu'elles sont fabriquées.

Fabrique de papier. Les bras nuds jusqu'au coude, l'ouvreur, figure 1. Pl. X. après avoir brassé & délayé dans l'eau chaude de sa cuve, la quantité de matiere & de qualité convenable à la sorte de papier qu'il veut faire, & dont il a toujours une provision en réserve dans la bachole g qui est à côté de lui ; prend une des deux formes, garnie de sa couverte, par le milieu des petits côtés, & appuyant avec les pouces il fait joindre la couverte sur la forme, il la plonge obliquement à quatre ou cinq pouces de profondeur dans la cuve, en commençant par le long côté qui est tourné vers lui ; après l'immersion il la releve de niveau, par ce moyen il prend sur sa forme comme dans un filet de pêcheur, un grand nombre des parties de la matiere qui flotte & est délayée dans la cuve ; l'eau s'écoule à-travers le tamis de la forme, le superflu de la pâte pardessus les bords de la couverte, & la feuille de papier est faite. C'est de la quantité de matiere que la cuve contient relativement à la même quantité d'eau & de la quantité qu'il en laisse sur sa forme, que dépend le plus ou le moins d'épaisseur de papier ; les parties fibreuses de la matiere s'arrangent sur le tamis de la forme à mesure que l'eau s'écoule à-travers, & l'ouvreur favorise cet arrangement par de petites secousses en long & en large de la forme, pour faire souder les unes aux autres les parties de cette pâte ; ensuite ayant posé sa forme sur la planchette a e, ensorte qu'elle y soit en équilibre, les longs côtés croisés en angles droits par la planchette, il ôte la couverte ou cadre volant, & lance en glissant cette forme du côté du coucheur, qui ayant étendu auparavant sur le drapan Q une piece d'étoffe de laine qu'on appelle flautre qui est de serge, leve de la main gauche cette forme pour en faire reposer un des longs côtés sur l'égouttoir f ; pendant cette opération, l'ouvreur, fig. 1. applique sa couverte ou cadre volant sur une autre forme, & recommence à lever dans la cuve une autre feuille de papier ; le coucheur prend la forme qui est appuyée sur l'égouttoir, & l'ayant retournée c'en-dessus-dessous de la main gauche & amenée devant lui, il la reprend de la main droite par le milieu du long côté qui s'applique sur l'égouttoir, & avec la main gauche qu'il met sur le milieu du côté opposé, il s'incline, applique & appuie la feuille de papier sur la flautre ou étoffe de laine qui couvre le drapan Q. S'étant relevé & ayant retourné la forme, il la glisse & lance le long du drapan de la cuve M d, fig. 6. ensorte qu'elle arrive vis-à-vis de la nageoire de l'ouvreur, qui la reprend & y applique la couverte, après avoir lancé le long de la planchette la seconde forme du côté du coucheur, qui du même tems la releve sur l'égouttoir pour la laisser égoutter.

Pendant que cette forme égoutte, & que l'ouvreur leve une nouvelle feuille de papier sur la forme que le coucheur lui a renvoyé ; celui-ci prend une flautre F sur la planche B C qui est entre les jumelles de la presse & l'étend sur la feuille de papier qu'il a couchée sur la premiere flautre ; c'est cet instant que la vignette représente. L'ouvreur leve sur la seconde forme la premiere qui est sur l'égouttoir, & le coucheur étend une flautre : ces différentes opérations qui s'exécutent avec beaucoup de célérité se réiterent, jusqu'à-ce que toutes les flautres au nombre de deux cent soixante soient employées, ce qui compose une porce ou demi rame.

La porce est composée de dix quais, le quai toujours de vingt-six flautres ; mais quand les papiers sont d'une certaine grandeur, la porce est composée de moins de quais ou quarterons de feuilles de papier, car il en tient vingt-cinq entre vingt-six flautres.

Après que la porce qui est empilée sur le drapan Q, fig. 6. est remplie & qu'il ne reste plus de flautres F sur la planche B E, fig. 6. & que la derniere feuille de papier est couverte du dernier flautre ; les ouvriers après avoir ôté la planche B E, tirent le drapan Q par les poignées qu'on y voit & l'amenent sous le plateau de la presse, en le faisant glisser sur les poulains Tu, Tu, & la porce dont il est chargé. Là, ils mettent dessus un autre drapan q, fig. 3. & par-dessus, la piece de bois p qu'on appelle mise, sur laquelle en abaissant le plateau de la presse au moyen de la vis, & battant fortement à trois, & en dernier lieu avec le tour ou cabestan x y z, dont la corde z s'attache à l'extrémité du levier de 15 piés de long qui entre dans les trous qui sont à la tête de la vis ; ils compriment fortement la porce, ce qui en exprime l'eau & donne plus de solidité au papier, qu'un troisieme ouvrier appellé leveur retire d'entre les flautres.

Le leveur, fig. 3. après avoir avec le coucheur desserré la porce, remis la mise p sur le billot o, scellé en terre vis-à-vis le milieu de la presse ; & après que le coucheur à l'aide de l'ouvreur, a mis le drapan q qui couvre la porce à la place du drapan Q, fig. 5. vis-à-vis de la nageoire du coucheur ; le leveur, disje, aidé du coucheur, prend le drapan qui porte la porce r qui est sous la presse & le place comme on voit en q sur la mise p ; alors ayant remis entre les jumelles de la presse la Planche D E qui repose sur des tasseaux, & dont les extrémités faites en tenons entrent dans les rainures des jumelles ; & cet ouvrier ayant mis devant lui une espece de chevalet de peintre t u qu'on appelle piquet, de 14 pouces de large & de 2 piés & demi de long, dont on voit la partie postérieure, fig. 4. sur les chevilles duquel il place une planche dont il mouille l'extrémité supérieure ; alors ayant levé la premiere flautre & l'ayant jettée sur la Planche D E de la presse, il leve de dessus la seconde flautre la feuille de papier qu'il étend sur la planche à lever, où l'adhérence que l'humidité occasionne la fait tenir ; il continue cette manoeuvre & à placer des feuilles de papier s jusqu'à-ce qu'il ait entierement levé la porce r & qu'il en ait rejetté toutes les flautres sur la planche de la presse, où le coucheur les prend à mesure que l'ouvreur lui donne occasion de les employer pour couvrir les nouvelles feuilles de papier qu'il fabrique, & former par ce moyen une nouvelle porce avec les mêmes flautres qui ont servi à former la premiere. Les opérations des deux premiers ouvriers sont nécessairement liées ensemble ; mais le leveur peut sans inconvénient aller plus vîte que les deux autres, dont la célérité est telle, qu'ils font par jour seize porces, ce qui fait huit rames de papier, composées chacune de cinq cent feuilles ; total 4000 feuilles, non compris dix feuilles qui sont surnuméraires dans chaque porce, ce qui fait 4160 feuilles en tout.

Après que huit porces sont faites, on les presse ensemble, ce qu'on appelle presser en porce blanche M : pour cela on a d'autres presses, dont le seuil K & le sommier P R de 8 piés de long sur 12 pouces de gros, contient deux écroux, ce qui forme deux presses accollées ensemble, les deux montans E F des extrémités, dont on ne voit qu'un seul dans la figure, sont élégis sur 8 pouces de gros, avec renforts audessus & au-dessous du sommier & du seuil, le montant du milieu R H est assemblé haut & bas à queue d'aronde, & avec des coins G ; la table de ces presses de deux piés de large & à deux piés d'élévation au-dessus du rez-de-chaussée, est soutenue par une mise ou bloc de bois L vis-à-vis de la vis M N, à laquelle un plateau est également suspendu : un seul ouvrier suffit pour serrer ces presses, le degré de compression n'étant pas considérable & suffisant seulement pour redresser les porces blanches, c'est-à-dire séparées des flautres par le leveur. Après que les porces ont été pressées, des ouvriers qu'on appelle étendeurs de porces, les étendent sur des cordes dans l'étendoir supérieur qui regne au-dessus du grand bâtiment, & dont on voit l'élévation & le profil, Pl. VI. & VII. c'est ce que fait l'ouvrier, fig. 1. vignette Pl. XII. qui représente les deux étendoirs, supposés de plain-pié ; D D la sellette sur laquelle pose le drapan léger sur lequel la porce est posée ; C C poteaux garnis de morceaux de bois dans les entailles desquels on place les extrémités des perches, dans les trous desquels les cordes sont passées & tendues. Là l'étendeur de porce prend 3 ou 4, ou 5 feuilles à la fois sur son ferlet, outil de bois que la fig. 5. même Planche représente, avec lequel il place sur les cordes les feuilles de papier, ce qu'on appelle étendre en page. On fait état que dans l'étendoir supérieur, on peut y étendre à la fois en page la quantité de 3660 rames, & dans l'étendoir inférieur & les deux aîles qui servent de supplément, la quantité de 1213 rames, feuille à feuille au sortir de la colle, comme nous dirons plus bas.

Après que le papier en page est sec, & qu'il a été recueilli & remis en porces, on le porte à la colle ; c'est la manoeuvre & l'attelier des colleurs que la Pl. XI. représente. F porte du fourneau ou du cendrier ; L fourneau de maçonnerie, sur lequel est montée la cuve K, de 5 piés de diamêtre & 3 de profondeur dans lequel on fait cuire la colle, que l'on met dans le panier E suspendu à une corde par quatre chaînes de fer. La corde est, après avoir traversé la voûte, entortillée sur le treuil horisontal M N, placé dans l'étage supérieur qui sert de magasin pour les colles & autres ustensiles. Ce treuil a comme une espece de devidoir semblable à l'engin des moulins à vent, sur lequel s'enroule une autre corde par le moyen de laquelle on enleve avec facilité le panier E pour le placer ou le déplacer dans la chaudiere K.

Après que la colle, qui est faite avec les rognures des peaux que les Tanneurs-Mégissiers & Parcheminiers, préparent ou employent, que l'on jette dans le panier, fig. 7. on la laisse couler par le robinet G dans la cuve ou bassine H, d'où l'ouvrier, fig. 1. la retire avec les bassins C pour la filtrer à-travers la passoire qui est une piece d'étoffe de laine, posée sur un chassis 1, 2, 3, 4, garni de cordes lâches, ce qui forme une espece de chausse à-travers de laquelle se fait la filtration ; on voit en D ce chassis qu'on appelle couloir, dont la largeur est de 18 pouces & la longueur entre les deux traverses de deux piés, & les cordes sur lesquelles repose la passoire dans laquelle on exprime le résidu à la fin de la filtration.

La colle est reçue dans un grand vaisseau A de cuivre rouge (ainsi que tous les autres vaisseaux de cet attelier), & auquel on a donné le nom de poissonnerie, la longueur est d'environ six piés, la largeur de trois, & la profondeur de deux ; il est posé sur une grille de fer, & ceint par deux ou trois bandes du même métal.

La colle, avant d'être employée à coller le papier, est encore filtrée de même, pour entrer dans les cuves ou mouilloirs u, fig. 2, de cuivre rouge, ayant trois piés de diamêtre, & environ 20 pouces de profondeur, posé sur un trépié de fer de huit pouces d'élevation, sur lequel on place le couloir & la passoire, que l'on ôte ensuite, & sous lequel on met une poëllée de charbon allumé t, pour entretenir la colle dans un degré convenable. Le mouilloir est placé à côté d'une presse a b, ensorte que la colle superflue qui s'écoule des porces collées f sur la table de la presse, coule dans la gouttiere ou cannelure qui environne cette table, & rentre dans le mouilloir par le goulot s, vers lequel toutes les parties de la rigole sont inclinées.

La presse des colleurs est composée de deux montans comme a b ou A B, A B, fig. 4, qui est l'élevation de la presse : les montans des jumelles de 10 piés de long sont élargis sur 7 1/2 piés, & équarris à 10 pouces, ce qui forme des renforts où le seuil C & l'écrou P, trouvent un point d'appui fixe : le seuil a 1 pié d'épaisseur sur 15 pouces de large : l'écrou a 15 pouces de gros ; l'un & l'autre 5 piés 2 pouces de long, ce qui fait que les jumelles sont éloignées l'une de l'autre de trois piés & demi : sur le seuil C de la presse pose un tasseau D qui soutient la table E de la presse, de 8 pouces d'épaisseur, dont la surface supérieure est élevée au-dessus du rez-de-chaussée d'environ deux piés & demi : cette table est assemblée à fourchette & doubles tenons embrevés dans les jumelles, & est entourée d'une rainure d'un demi pouce de large, sur environ autant de profondeur ; l'espace renfermé en-dedans de la rainure a 18 pouces de large, & 27 ou 28 pouces de long. C'est sur cette table que l'on pose les porces F au sortir du mouilloir : on met entre les porces, vers un des angles, de petits morceaux de bois 3, 6, 9 ; on colle ordinairement 12 porces à la fois ; & c'est pour pouvoir les reconnoître & les séparer que l'on met les petits morceaux de bois. Sur les 12 porces on pose un drapan G H, sur lequel, par le moyen de la vis N R, on fait descendre le plateau K L, qui est suspendu en M, à la tête de la vis que l'on tourne avec un levier, comme la figure 3 le fait voir.

Avant de plonger les porces dans la colle contenue dans le mouilloir, on y fait fondre une certaine quantité d'alun & de couperose, & le colleur, fig. 2, ayant pris une des porces en page x, telle qu'elle a été retirée de l'étendoir, & apportée sur la sellette y, & la tenant de la main gauche, une des trois palettes, fig. 6, en-dessous, il plonge cette porce dans la colle, que le mouilloir u contient, observant d'écarter avec la main droite les pages de cette porce, afin que la colle puisse s'introduire entr'elles, & il submerge entierement le côté 3 de la porce, en plongeant sa main dans la colle. Ensuite il enleve cette porce de la main gauche 2, & la tient suspendue verticalement sur le mouilloir, où elle s'égoutte un peu, ce qui fait rassembler les pages ; alors il présente l'extrémité 3 de la porce sur une des palettes, fig. 6, de bois de sapin, capables, par conséquent, de flotter sur la colle ; il laisse porter la porce sur cette palette, & prenant la troisieme, il l'applique sur la porce, qui se trouve saisie entre deux palettes, qu'il comprime de la main droite, & ayant lâché l'extrémité 2 de la porce qu'il tient de la main gauche, il en écarte les pages, & plonge la main dans la colle, comme il a fait de la main droite sur l'autre extrémité ; il releve ensuite de la main droite la porce qu'il tient entre deux palettes, comme fait voir la fig. 5, & l'ayant suspendue pour laisser égoutter & rassembler les pages qu'il avoit écartées pour y laisser introduire la colle, il prend de la main gauche la troisieme palette, avec laquelle & les deux autres il transporte la porce collée sur la table de la presse, & continue de la même maniere jusqu'à-ce qu'il ait passé dans le mouilloir 12 porces ; alors en pressant, comme fait l'ouvrier, fig. 3., il fait sortir le superflu de la colle, qui retombe dans le mouilloir par le goulot s, ainsi qu'il a été dit ci-dessus. Cette opération demande beaucoup d'attention ; car par une trop forte compression, on feroit sortir presque toute la colle. Une rame de grand raisin double, qui pese 35 à 38 livres, prend environ deux livres & demie de colle, c'est-à-dire, qu'elle pese cette quantité de plus après avoir été collée & sechée, qu'avant de passer par cette opération.

La figure 7 de la même Planche fait voir plus en grand le panier que l'on met dans la chaudiere, & dans lequel on fait cuire la colle, par le moyen duquel on retire de la chaudiere les parties inutiles de la colle qui n'ont pas pu fondre. Ce panier, qui est d'osier, entre dans une cage de fer suspendue à la corde du treuil par quatre chaînes ; on y voit aussi la croix de fer qui contient les parties de cette cage, & les empêche de se rapprocher du centre lorsque le papier est suspendu.

Après l'opération de coller le papier, succede celle de l'étendre feuille à feuille, que la Pl. XII. déja citée, représente : pour cela les femmes employées à cet ouvrage, portent aux étendoirs les porces que les coleurs leur délivrent, & les étendent feuille à feuille sur les cordes en cette maniere ; l'ouvriere, fig. 2, tient un ferlet ou T de bois, fig. 5, dont la traverse est aussi longue que le papier a de hauteur, & appliquant cette traverse sur le milieu de la largeur de la feuille de papier, une autre ouvriere, fig. 3, leve une demi-feuille, qu'elle jette sur le ferlet où elle se trouve ployée en deux parties égales, & avec lequel l'ouvriere, fig. 2, l'enleve de dessus la porce, & la place sur une des cordes de l'étendoir.

Comme les perches dans les trous desquelles les cordes sont placées sont à différentes élevations, cet attelier doit être pourvu de bancs, selles, sellettes de différente élevation, tant pour poser les drapans ou ais, sur lesquels les porces sont apportées, que pour exhausser les ouvrieres.

La fig. 4 de la même planche fait voir l'élevation, le plan & le profil d'une des croisées des grilles qui ferment les fenêtres des étendoirs ; A C K E, chassis dormant, dont les côtés G K A C, ainsi que la traverse dormante D F ont une rainure dans laquelle glissent les quatre guichets, comme on voit par le profil qui est à côté : le chassis dormant a aussi des barreaux fixes, assemblés dans les trois traverses, & espacés tant plein que vuide, comme on voit par le plan ; la moitié G H B A de la croisée est fermée, c'est-à-dire, que l'on a poussé les guichets mobiles auprès du montant du milieu, comme le fait voir la partie A B du plan, ensorte que les barreaux des guichets répondent vis-à-vis des intervalles de ceux du chassis dormant : la partie supérieure K H E F de l'autre moitié est ouverte, c'est-à-dire, que les barreaux & les vuides du guichet & du chassis dormant, répondent vis-à-vis les uns des autres, comme la partie B C du plan le fait voir : enfin la partie inférieure du même côté est aussi ouverte, le guichet ayant été ôté pour laisser voir les barreaux f c, f c, du chassis dormant à découvert ; ces barreaux, qui sont en deux parties, sont assemblés dans une entre-toise e, qui est elle-même assemblée dans les montans du chassis dormant ; on voit à côté le guichet séparé composé de deux emboîtures f f, c c, de deux montans f c, f c, d'une entretoise e, de deux barreaux qui s'assemblent dans les emboîtures & l'entretoise. Les emboîtures reçoivent aussi les extrémités des montans dans lesquels l'entretoise est assemblée ; on voit à côté le profil ou la coupe du guichet.

Après que le papier est séché feuille à feuille dans l'étendoir ; on le recueille & on le porte à la salle, où il reçoit les dernieres préparations, qui sont de l'éplucher, le lisser, ployer, compter & mettre en presse, battre & couper. Ce n'est pas que toutes les sortes de papiers passent par toutes ces opérations ; mais toutes se pratiquent dans la salle que la Pl. XII. représente : la fig. 1. est une papetiere qui épluche le papier, c'est-à-dire, qui ôte avec un grattoir les noeuds, bosses, fils, ou autres corps hétérogenes qui peuvent s'y trouver : elle se sert pour cela d'un grattoir a, qu'on voit par terre en b, & forme différentes piles du papier sain, & des papiers cassés, ridés ou autrement défectueux. La fig. 2. est une ouvriere papetiere qui lisse une feuille de papier ; elle est debout devant une table, qu'on appelle tholier ou lissoire, le long du bord de laquelle est attachée avec une tringle de bois une peau de basanne, que l'on voit pendre en f, comme un tablier, & qu'elle releve & étend sur la table. C'est sur cette peau qu'elle étend la feuille de papier, qu'elle frotte ou lisse en tout sens avec un caillou, dont on voit la figure en a à ses piés, & forme deux piles d e, l'une des papiers lissés, & l'autre des papiers qui n'ont pas encore eu cette préparation. La fig. 3. est une petite fille occupée à ployer le papier en deux : elle se sert d'un morceau de bois dur, formé à-peu-près comme la pierre de la liseuse, fig. 2, que l'on appelle aussi pierre, avec laquelle en passant le long du milieu de la feuille dont elle a mis les deux extrémités l'une sur l'autre, elle forme le pli : elle a devant elle deux piles e d de papier ; la premiere, de papier étendu, & la seconde d, de papier ployé, qui passe ensuite entre les mains de l'ouvriere, fig. 4, qui compte les feuilles de papier par 25, pour en former ce qu'on appelle une main ; 20 mains font une rame, qui contient par conséquent 500 feuilles.

La fig. 5 est un ouvrier nommé saleran, qui presse les papiers, soit avant d'être ployés ou après qu'ils le sont, met les mains en rames, qu'il enveloppe de maculatures ou papier grossier, faites avec le frasin ou traces, qui sont les balayures de différens atteliers, par-dessus lesquelles il passe une ficelle en croix ; le papier est alors en état d'être livré & envoyé à sa destination.

Les presses de cet attelier sont très-fortes & sont doubles, c'est-à-dire que le seuil & l'écrou sont communs à deux presses, comme on voit dans la vignette, & la fig. 5. le fait voir. Il y a deux doubles presses accolées parallelement l'une & l'autre, & isolées au milieu de la salle : les deux montans A B, a b, des extrémités de chacune de ces presses ont 12 piés de long, & sont élegis & équarris à 11 pouces sur 9 piés de long, avec renforts, bossages, embrevement dessus l'écrou D d, & sous le seuil, dont la surface supérieure affleure presque le rez-de-chaussée, où il est scellé, aussi-bien que les bossages des extrémités inférieures des montans ou jumelles : le seuil de deux piés de large & de 18 pouces d'épaisseur, aussi-bien que l'écrou D d, 8 piés 9 pouces de long ; l'écrou de bois d'orme a 18 pouces de haut sur 21 de large ; il est percé de trois trous, deux qui sont taraudés pour recevoir les vis qui compriment les piles de papier F f : le troisieme, qui est une mortaise, est entre les deux autres au milieu de la longueur du sommier ; elle reçoit le tenon supérieur en queue d'aronde, qui termine le montant du milieu, où il est arrêté par des clés : le tenon inférieur est de même fixé au seuil par des clés qui entrent par-dessous le seuil, & il y a 6 piés de distance depuis sa surface supérieure jusqu'à la surface inférieure de l'écrou, & 3 piés de distance d'un montant à l'autre : les faces opposées des montans sont à rainure, pour recevoir & servir de guides aux plateaux des presses, entre lesquels & le seuil se fait la compression du papier F f qui y est placé : on ne voit dans la figure qu'un seul montant C E des trois qui composent l'autre double presse parallele.

Le bas de la même Planche, fig. 6 & 7, est le profil & le plan d'une machine, par le moyen de laquelle on fait lever un très-gros marteau, qui sert à battre le papier. Cette machine ou marteau est renfermée dans une cage de charpente, dont les bois ont 6 pouces sur 3 d'épaisseur, & consiste en un arbre, sur lequel est fixée une lanterne A de 12 fuseaux. Cette lanterne, sur l'axe de laquelle est la manivelle, engrène dans une roue B de 96 dents : cette roue en conduit une autre C, & porte aussi un volant 1, 2, 3, qui a 36 dents : l'axe de cette derniere roue porte une noix de cuivre G, qui a trois levées, qui venant successivement à passer, comme les levées de moulins à pilons, sur le rouleau qui est à l'extrémité de la fourchette du manche C D E du marteau, font baisser cette partie, & par conséquent lever le marteau E, mobile au point D, qui en retombant lorsque les levées de la noix G laissent échapper le rouleau, bat le papier posé sur le marbre F, sur lequel on promene le papier pour faire tomber le marteau sur les différens points de la surface, ce qui le rend beaucoup plus uni qu'aucune autre préparation. Le marteau a 6 pouces en quarré à sa base, & 7 pouces de haut : le marbre en a 20, & 18 de haut : il est encastré dans un billot de bois où on peut le caler, pour que la surface soit parallele à celle du marteau : elle est élevée au-dessus du rez-de-chaussée d'environ 3 piés.

Il ne reste plus pour finir cet article, déja fort étendu, qu'à donner le tarif qui fixe la largeur, la hauteur & le poids des différentes sortes de papier qu'on fabrique dans le royaume.

TARIF des grandeurs & des poids des différentes sortes de Papiers qui se fabriquent dans le Royaume, fixé par arrêt du conseil d'état du 18 Septembre 1741.

Le poids fixé pour les rames est le même pour les différentes qualités d'une même sorte, soit fin, moyen, bulle, vanant, ou gros bon, à la livre de seize onces poids de marc.

Toutes les différentes sortes de papiers, dont la hauteur est moindre que neuf pouces & demi, n'ont point de largeur ni de hauteur, ni de poids fixés par les réglemens ; il en est de même des papiers dénommés trasse ou tresse, ou main-brune, le papier brouillard ou à la demoiselle, les papiers gris & de couleur, la serpente, qui seront des largeur, hauteur & poids qu'ils seront demandés. (Article de M. GOUSSIER.)

PAPETERIE, se dit aussi du commerce du papier ; dans ce sens on dit, un tel marchand ne fait que la papeterie : la papeterie est un fort bon commerce.

PAPETIER COLLEUR DE FEUILLES, (Papeterie) c'est un artisan qui fait & fabrique des cartes & cartons de toutes sortes, en collant plusieurs feuilles de papier les unes sur les autres.

On l'appelle aussi papetier travaillant en cuves, à-peu-près de la maniere qu'on fait pour la fabrique du papier ; il se sert ensuite de ces chiffons bien consommés & réduits en une espece de bouillie assez épaisse pour en dresser des cartons de toute grandeur & épaisseur, suivant les ouvrages auxquels ils sont destinés. Il y a à Paris une communauté de maîtres de ce métier.


PAPHIENNEadj. (Mythol.) épithete donnée à Vénus, à cause de la ville de Paphos qui lui étoit particulierement consacrée. Elle y avoit un temple magnifique, où cent autels lui sont dressés, dit Virgile, & sur lesquels fume un éternel encens. (D.J.)


PAPHLAGONIE(Géog. anc.) Paphlagonia, province de l'Asie mineure ; elle s'étend d'occident en orient, depuis le fleuve Parthenius, qui la séparoit de la Bithynie, jusqu'au fleuve Halys. Au nord elle étoit bornée par le Pont-Euxin, & au midi par la Galatie.

La Paphlagonie, selon Strabon, l. IV. p. 195. étoit le pays de Henetes ou Venetes, d'où l'on croit que sont venus les Vénitiens ; & les Chalybes, selon Pomponius Mela, y habitoient les villes de Synope & d'Amyse. Sous les derniers empereurs de la Grèce on appella cette province, le thème des Paphlagons. Si on la considere dans la main des Turcs, il faut faire attention qu'étant échue aux enfans d'Amur ou d'Omer, qui s'appelloient Spenders ou Spenderes, elle fut nommée Pendérachie, comme si l'on eût voulu dire Spenderachie.


PAPHLAGONIUS(Géog. anc.) ruisseau qui coule au pié du mont Ida ; les Poëtes l'ont donné pour un fleuve qui s'étoit formé du sang de Memnon tué par Achille.


PAPHOS(Géog. anc.) ville de l'île de Cypre, à l'extrémité occidentale. Ptolomée & Pline connoissent deux villes de ce nom, savoir palaea Paphos, & nea Paphos, la vieille Paphos, & la nouvelle Paphos. Strabon dit qu'elles étoient éloignées l'une de l'autre de soixante stades, & Ptolomée place la nouvelle Paphos entre les promontoires Adamas & Drepanum : il met la vieille Paphos entre les promontoires Drepanum & Zephirium. Cette derniere étoit dans les terres, à dix stades de la mer ; elle avoit cependant un port, & un temple dédié à Vénus paphienne. La nouvelle Paphos avoit été bâtie par Agapenor, & elle avoit pareillement un port & un temple ; ces deux villes étoient dédiées à Vénus, & quand les Poëtes font mention de Paphos, ils ne distinguent point si c'est de la vieille ou de la nouvelle qu'ils entendent parler ; par exemple, Virgile, l. X. vers 86. dit :

Est Paphos, Idaliumque tibi, sunt alta Cythera.

& Horace, liv. I. ode xxx.

O Venus regina Cnidi Paphique,

Sperne dilectam Cypron.

La plûpart du tems néanmoins quand on ne distingue point les villes par leur surnom, on entend la nouvelle Paphos. C'est dans cette derniere que saint Paul convertit à la religion chrétienne le proconsul Sergius Paulus. L'on dit que la prison de cet apôtre étoit aux environs de cette ville, qui porte aujourd'hui le nom de Baffo, ou de Baffa.

La nouvelle Paphos ayant beaucoup souffert d'un tremblement de terre, Auguste la répara, & la nomma de son nom Augusta. Il n'est pas sûr qu'elle ait conservé long-tems ce nom, du-moins aucun ancien monument n'en fait foi. Paphos étoit la patrie de Sopater de Paphos, poëte comique, qui vivoit sous Alexandre, & sous ses deux successeurs, les Ptolomées.

Cette ville étoit plus particulierement consacrée à Vénus que le reste de l'île. Le temple qui y étoit bâti en son honneur, étoit de la plus grande magnificence. La vénération qui y étoit attachée s'étendoit même jusqu'au prêtre, qui en faisoit les fonctions. Plutarque rapporte que Caton fit offrir au roi Ptolomée la grande prêtrise du temple de Vénus à Paphos, s'il vouloit céder Cypre aux Romains, regardant cette dignité comme le dédommagement d'un royaume.

Les ministres des temples de Vénus n'immoloient jamais de victimes, le sang ne couloit jamais sur leurs autels ; on n'y brûloit que de l'encens, & la déesse n'y respiroit que l'odeur des parfums. Elle y étoit représentée sur un char conduit par des amours, & tiré par des cygnes & des colombes. L'or & l'azur brilloient en vain dans le temple de Paphos, leur éclat y cédoit à l'éclat des arts. Les chef-d'oeuvres que des mains immortelles y avoient tracés, attiroient seuls toute l'attention. Ici le ciseau délicat d'un artiste supérieur représentoit la déesse qui vivifie tous les êtres, & qui féconde la nature ; là le pinceau voluptueux inspiroit les feux de l'amour.

La délicieuse situation & les charmes du climat, avoient sans doute contribué à établir l'opinion de ceux qui y avoient fixé l'empire de Vénus, & le séjour des plaisirs.

" On y jouissoit d'un printems éternel ; la terre heureusement fertile y prévenoit tous les souhaits ; les troupeaux y paissoient sans nombre ; les vents sembloient n'y regner que pour répandre par-tout l'esprit des fleurs ; les oiseaux y chantoient sans cesse ; les bois y sembloient harmonieux ; les ruisseaux murmuroient dans les plaines ; une chaleur douce faisoit tout éclorre ; l'air ne s'y respiroit qu'avec la volupté ". (D.J.)


PAPIERS. m. (Arts) merveilleuse invention, qui est d'un si grand usage dans la vie, qui fixe la mémoire des faits, & immortalise les hommes ! Cependant ce papier admirable par son utilité, est le simple produit d'une substance végétale, inutile d'ailleurs, pourrie par l'art, broyée, réduite en pâte dans de l'eau, ensuite moulée en feuilles quarrées de différentes grandeurs, minces, flexibles, collées, séchées, mises à la presse, & servant dans cet état à écrire ses pensées, & à les faire passer à la postérité. Voyez l'article PAPETERIE.

Ce mot papier vient du grec , papyrus, nom de cette plante célebre d'Egypte, dont les anciens ont fait un si grand usage pour l'écriture ; nous décrirons cette plante au mot PAPYRUS.

Il seroit trop long de spécifier ici toutes les différentes matieres sur lesquelles les hommes, en divers tems & en divers lieux, ont imaginé d'écrire leurs pensées ; c'est assez de dire que l'écriture une fois trouvée, a été pratiquée sur tout ce qui pouvoit la recevoir ; on l'a mise en usage sur les pierres, les briques, les feuilles, les pellicules, l'écorce, le liber des arbres ; on l'a employée sur des plaques de plomb, des tablettes de bois, de cire, & d'ivoire ; enfin on inventa le papier égyptien, le parchemin, le papier de coton, le papier d'écorce, & dans ces derniers siecles le papier qui est fait de vieux linge ou de chiffons. Voyez Maffei, Hist. diplom. lib. II. Bibl. ital. tom. II. Leonis Allati, Antiq. etrusc. Hug. de Scripturae origine, Alexand. ab Alexand. l. II. c. xxx. Barthol Dissert. de libris legendis.

Dans certains siecles barbares, & dans certains lieux, on a écrit sur des peaux de poissons, sur des boyaux d'animaux, sur des écailles de tortues. Voyez Mabillon de re diplom. l. I. c. viij. Fabricii Biblioth. antiq. c. xxj. &c.

Mais ce sont principalement les plantes dont on s'est servi pour écrire ; c'est de-là que sont venus les différens termes de biblos, liber, folium, filura, scheda, &c. A Ceylan on écrivoit sur des feuilles de tallipot, avant que les Hollandois se fussent rendus maîtres de cette île. Le manuscrit bramin en langue tulingienne envoyé à Oxford du fort saint Georges, est écrit sur des feuilles d'un palmier de Malabar. Herman parle d'un autre palmier des montagnes de ce pays-là, qui porte des feuilles pliées, & larges de quelques piés ; les habitans écrivent entre les plis de ces feuilles en enlevant la superficie de la peau. Voyez Knox, Hist. de Ceylan, l. III. Philosoph. Trans. n °. 155. & 246. Hort. ind. Malab. &c.

Aux îles Maldives, les habitans écrivent aussi sur les feuilles d'un arbre appellé macaraquean, qui sont longues de trois piés, & larges d'un demi-pié. Dans différentes contrées des Indes orientales, les feuilles du musa ou bananier servoient à l'écriture, avant que les nations commerçantes de l'Europe leur eussent enseigné l'usage du papier.

Ray, Hist. plant. tom. II. lib. XXXII. nomme quelques arbres des Indes & d'Amérique, dont les feuilles sont très-propres à l'écriture : de la substance intérieure de ces feuilles on tire une membrane blanchâtre, large & fine comme la pellicule d'un oeuf, & sur laquelle on écrit passablement ; cependant le papier fait par art, même le papier grossier, est beaucoup plus commode.

Les Siamois, par exemple, font de l'écorce d'un arbre qu'ils nomment pliokkloi, deux sortes de papiers, l'un noir, & l'autre blanc, tous deux rudes & mal fabriqués, mais qu'ils plient en livre, à-peu-près comme on plie les éventails ; ils écrivent des deux côtés sur ces papiers, avec un poinçon de terre grasse.

Les nations qui sont au delà du Gange, font leur papier de l'écorce de plusieurs arbres. Les autres peuples asiatiques de-deçà le Gange, hormis les noirs qui habitent le plus au midi, le font de vieux haillons d'étoffe de coton, mais faute d'intelligence, de méthode, & d'instrumens, leur papier est fort lourd & fort grossier. Je ne tiendrai pas le même langage des papiers de la Chine & du Japon, car ils méritent tous nos regards par leur finesse, leur beauté, & leur variété.

On garde encore dans de vieux cloîtres quelques sortes de papiers irréguliers manuscrits, dont les critiques sont fort embarrassés de déterminer la matiere ; tel est celui de deux bulles des antipapes, Romanus & Formose, de l'an 891 & 895, qui sont dans les archives de l'église de Girone. Ces bulles ont près de deux aunes de long, sur environ une aune de large ; elles paroissent composées de feuilles ou pellicules collées ensemble transversalement, & l'écriture se lit encore en beaucoup d'endroits. Les savans de France ont hasardé plusieurs conjectures sur la nature de ce papier, dont l'abbé Hiraut de Belmont a fait un traité exprès. Les uns prétendent que c'est du papier fait d'algue marine, d'autres de feuilles d'un jonc appellé la bogua, qui croît dans les marais du Roussillon, d'autres de papyrus, d'autres de coton, & d'autres d'écorce. Voyez les Mém. de Trévoux, Septembre 1711.

Enfin l'Europe en se civilisant, a trouvé l'art ingénieux de faire du papier avec du vieux linge de chanvre ou de lin ; & depuis le tems de cette découverte, on a tellement perfectionné cette fabrique du papier de chiffons, qu'il ne reste plus rien à desirer à cet égard.

De-là vient que depuis peu, quelques physiciens ont tâché d'étendre les vûes que l'on pouvoit avoir sur le papier, en examinant si avec l'écorce de certains arbres de nos climats, ou même avec du bois, qui auroit acquis un certain degré de pourriture, on ne pourroit pas parvenir à faire du papier, & c'est ce dont quelques tentatives ont confirmé l'espérance. Il étoit assez naturel de soupçonner cette possibilité, puisque long-tems avant l'invention du papier européen, on en faisoit en Egypte avec le papyrus, espece de souchet du Nil, en orient avec le chiffon de toile de coton, & avec le liber de plusieurs plantes. Les Japonois fabriquent aussi différentes especes de papiers, avec l'écorce, & autres parties de leurs arbres ; les Chinois avec leur bambou, avec du chanvre, de la laine blanche, du coton, & de la soie, &c. Busbec nous apprend encore qu'on en fait au Cathay avec des coques de vers à soie. Voyez la lettre iv. de son ambassade en Turquie.

Le chiffon de toile de chanvre ou de lin, n'est qu'un tissu de fibres ligneuses de l'écorce de ces deux plantes, que les lessives & les blanchissages ont débarrassées de plus-en-plus de la partie spongieuse, que les Botanistes appellent parenchyme. M. Guettard a d'abord examiné si ces fibres ligneuses, n'étant encore que dans l'état où elles portent le nom de filasse, ne donneroient pas du papier ; car par-là on rendroit utiles les chenevottes mêmes, ou le tuyau de la plante dont la filasse a été séparée, & il est plus que probable que les filasses d'aloès, d'ananas, de palmiers, d'orties, & d'une infinité d'autres arbres ou plantes, seroient susceptibles de la même préparation. La filasse de chanvre, simplement battue, a produit une pâte dont on a formé un papier assez fin, & qui pourroit se perfectionner.

Mais il faut avouer que nous ne sommes pas aussi riches en arbres & en plantes, dont on puisse aisément détacher les fibres ligneuses, que le sont les Indiens de l'un & de l'autre hémisphere. Nous avons cependant l'aloès sur certaines côtes : en Espagne on a une espece de sparte ou de genêt qu'on fait rouir pour en tirer la filasse, & dont on fabrique ces cordages que les Romains appellent sparton ; on en pourroit donc tirer du papier. M. Guettard en a fait avec nos orties & nos guimauves des bords de la mer, & il ne desespere pas qu'on n'en puisse faire avec plusieurs autres de nos plantes, ou de nos arbres mêmes, sans les réduire en filasse.

Le raisonnement qui l'avoit conduit à fabriquer du papier immédiatement avec la filasse, lui a fait essayer d'en tirer de même du coton, & il y a réussi. Il vouloit s'assurer par-là si le duvet des plantes étrangeres pouvoit donner par lui-même une pâte bien conditionnée, pour travailler avec plus de sureté sur les duvets de celles qui croissent chez nous, telles par exemple, que les chardons ; ou sur celles qui quoiqu' étrangeres, viennent fort bien dans notre climat, comme l'apocyn de Syrte, &c.

La soie de nos vers à soie, est d'un usage trop précieux, & n'est pas à beaucoup près assez abondante chez nous pour être employée immédiatement à la fabrique du papier ; mais nous avons une espece de chenille qu'on nomme commune, & qui ne mérite que trop ce nom, qui file une très-grande quantité de soie. C'est sur cette soie, tout au moins inutile jusqu'à ce jour, que M. Guettard a fait ses expériences, & avec plus de succès qu'il n'e