A B C D E F G H I K L M N O P Q R S T U W XYZ

    
RS. f. (Gram.) C'est la dix-huitieme lettre & la quatorzieme consonne de notre alphabet. Nous l'appellons erre, nom feminin en effet ; mais le nom qui lui conviendroit pour la justesse de l'épellation est re, s. m. C'est le des Grecs, & le des Hébreux.

Cette lettre représente une articulation linguale & liquide, qui est l'effet d'un trémoussement fort vif de la langue dans toute sa longueur. Je dis dans toute sa longueur, & cela se vérifie par la maniere dont prononcent certaines gens qui ont le filet de la langue beaucoup trop court ; on entend une explosion gutturale, c'est-à-dire qui s'opere vers la racine de la langue, parce que le mouvement n'en devient sensible que vers cette région. Les enfans au contraire, pour qui, faute d'habitude, il est très-difficile d'opérer assez promtement ces vibrations longitudinales de la langue, en élevent d'abord la pointe vers les dents supérieures & ne vont pas plus loin ; delà l'articulation l au lieu de r, & ils disent mon pèle, ma mèle, mes flèles, paller pour parler, coulil pour courir, &c.

Les trois articulations l, r, n, sont commuables entr'elles, comme je l'ai montré ailleurs. (Voyez L.) Les articulations s & r sont aussi commuables entr'elles, parce que pour commencer r la langue se dispose comme pour le sifflement s ; elle n'a qu'à garder cette situation pour le produire. Delà vient, comme le remarque l'Auteur de la Méthode de P. R. (Traité des lettres, ch. xj.) que tant de noms latins se trouvent en er & en is, comme vomer & vomis, ciner & cinis, pulver & pulvis ; & des adjectifs, saluber & salubris, volucer & volucris : que d'autres sont en or & en os ; labor & labos, honor & honos. Le sçavant Vossius (de art. gramm. I. 15.) fait cette remarque : Attici pro aïunt : & veteres latini dixere, Valesii, Fusii, Papisii, Auselii ; quae posteriores per R maluerunt, Valerii, Furii, Papirii, Aurelii.

La lettre r est souvent muette dans la prononciation ordinaire de notre langue : 1°. à la fin des infinitifs en er & en ir, même quand ils sont suivis d'une voyelle, & l'on dit aimer à boire, venir à ses fins, comme s'il y avoit aimé à boire, veni à ses fins ; on prononce r dans la lecture & dans le discours soutenu. 2°. R ne se prononce pas à la fin des noms polysyllabes en ier, que l'on prononce pour ié, comme officier, sommelier, teinturier, menuisier, &c. c'est la même chose des adjectifs polysyllabes en ier, comme entier, particulier, singulier, &c. 3°. R est encore une lettre muette à la fin des noms polysyllabes en er, comme danger, berger, &c. M. l'abbé Girard (tom. ij. pag. 397.) excepte ceux où la terminaison er est immédiatement précédée de f, m ou v, comme enfer, amer, hyver.

L'usage est sur cela le principal maître qu'il faut consulter ; & c'est l'usage actuel : celui dont les décisions sont consignées dans les grammaires écrites, cesse quelquefois assez tôt d'être celui qu'il faut suivre.

La lettre R étoit chez les anciens une lettre numérale valant 80 ; & si elle étoit surmontée d'un trait horisontal, elle valoit 1000 fois 80 ; = 80000.

Dans la numération des Grecs le surmonté d'un petit trait marquoit 100 ; si le trait étoit au-dessous il valoit 1000 fois 100, & = 100000.

Dans la numération hébraïque le vaut 200 ; & s'il est surmonté de deux points disposés horisontalement, il vaut 1000 fois 200, ainsi = 200000.

Nos monnoies qui portent la lettre R, ont été frappées à Orléans. B. E. R. M.


Rcommerce, sert pour les abréviations suivantes, Rs. remises. R, reçu : Ro. recto ; RX. ou RE. richedale ou rixdale. Diction. de Com. (G)


RMédecine, est l'abregé de recipe, prenez.

RRr, (Ecriture) quant à la figure italienne, c'est la seconde partie d'i & le premier courbe d'm, dans l'r coulé & rond, c'est un accent circonflexe & la premiere moitié d'o ; ils se forment tous trois en trois tems, du mouvement mixte des doigts & du poignet. Voyez le volume des Planches.


RAABautrement JAVARIN, (Géog. mod.) ville de la basse-Hongrie, capitale du comté du même nom, au confluent du Raab & du Rabnitz qui se rendent peu après dans le Danube. C'est une place fortifiée & dont les rues ne sont point pavées. L'évêché est suffragant de Gran. Les Turcs prirent Raab sous le sultan Amurat III, mais les comtes de Schwartzenbourg & de Palfi leur reprirent cette ville en 1664. Long. 35. 40. lat. 47. 46. (D.J.)


RAAGDAERS. m. (Commerce) officier en Perse qui reçoit les droits de raagdarie. V. RAAGDARIE.

Ce sont des especes de voyers qui sont partagés par cantons, & chacun d'eux ne répond que des lieux dont il s'est chargé. En conséquence des droits qu'on leur paye, ils sont obligés de veiller à l'entretenement & à la sûreté des grands chemins & de restituer aux propriétaires la valeur des marchandises ou autres effets qu'on leur a volé, lorsqu'ils ne peuvent pas les recouvrer ; mais s'ils les recouvrent, ils en retiennent le tiers pour leur peine. Ils ont sous eux plusieurs escouades de soldats pour la sûreté des voyageurs & des marchands ; mais cet ordre si admirable en apparence est souvent mal exécuté, & les gardes des grands chemins en sont quelquefois eux-mêmes les plus déterminés voleurs. Diction. de Trév. & Chamb. (G)


RAAGDARIES. f. (Commerce) On nomme ainsi en Perse un droit qu'on exige sur toutes les marchandises pour la sûreté des grands chemins, sur-tout dans les lieux dangereux & où l'on rencontre fréquemment des voleurs. Id. ibid. (G)


RAARSA(Géog. mod.) petite île de la mer d'Ecosse, une des Westernes, au nord & près de l'île de Skie ; elle a 7 milles de long & 2 de large.


RABAISS. m. (Jurisprud.) signifie diminution & est opposé à encheres. On appelle adjudication au rabais celle où les offres se font non pas par encheres mais au rabais ; par exemple l'un a offert de faire ce dont il s'agit pour 20000 l. un autre offre de le faire pour 18000 l. un troisieme pour 15000 l. l'adjudication se fait à celui qui offre de faire la chose à meilleur compte ; c'est ce que l'on appelle adjudication au rabais. Ces sortes d'adjudications sont usitées pour les étapes, fourrages, munitions & fournitures des troupes du roi, pour l'entreprise des travaux publics, & dans certains pays, pour l'entretien des mineurs dont on fait un bail au rabais. Voyez ADJUDICATION, BAIL, BATIMENT, ETAPE, DEVIS, MARCHE, FOURNITURES, MUNITIONS, VIVRES, TUTELE.

RABAIS, (Commerce) diminution de valeur ou de quantité. Il se dit des monnoies, des marchandises, & quelquefois des grains & des liqueurs ; mais on dit plus ordinairement déchet quand il s'agit de diminution de quantité. Voyez DECHET.

Rabais se dit aussi quand on retire moins qu'on ne l'esperoit d'un fond ou d'une entreprise de commerce. Ce vaisseau devoit me rapporter 30000 livres ; mais il y a bien du rabais, par les avaries & autres frais. Voyez AVARIE.

Rabais se prend encore pour la remise dont on convient pour payer une somme avant l'échéance du payement. Voulez-vous me faire un tel rabais, je vous payerai comptant. Quelques-uns disent rabat, mais plus improprement que rabais ; le véritable terme est escompte. Voyez ESCOMPTE. Diction. de com. (G)


RABAISSERABAISSE


RABAISSERv. a. (Gram.) c'est mettre au-dessous de la valeur réelle ou prétendue. On rabaisse un homme pour s'élever soi-même ; l'occupation de l'envie est de rabaisser ; on se rabaisse quelquefois par politique.

RABAISSER, v. n. (Commerce) c'est diminuer de prix. Les blés sont bien rabaissés.

RABAISSER, v. a. (Gram.) c'est ôter du prix, de la quantité, de la qualité, ou de la hauteur. Il se dit au simple & au figuré : il faut rabaisser ce mur, ce toît, cet étage. Je rabaisserai un peu de cet orgueil, de cette hauteur qui le rend insupportable aux autres.

RABAISSER, (Jardinage) c'est diminuer de quelques piés une palissade trop haute ; c'est aussi ôter un étage de branches à un arbre, ce qui le rabaisse beaucoup.

RABAISSER, SE RABAISSER, se dit en terme de Manege, du cheval qui n'a pas assez de force pour continuer ses courbettes aussi élevées qu'il les a commencées. Voyez COURBETTE.

RABAISSER LE CARTON, (Relieure) c'est couper avec une pointe d'acier le carton qui fait la partie la plus solide de la couverture d'un livre, & le rendre de tous côtés égal à la tranche, ensorte néanmoins qu'il l'excede de quelques lignes. (D.J.)


RABANERv. a. (Marine) c'est passer des rabans dans quelque chose : ainsi rabaner une voile, c'est y passer des rabans afin de l'amarrer à la vergue. Voyez RABANS. (Q)


RABANou COMMANDES, (Marine) petites cordes faites de vieux cables dont on se sert pour garnir les voiles afin de les ferler, & à plusieurs autres amarrages, comme aussi à renfoncer les manoeuvres. Les garçons de vaisseaux sont obligés d'en porter toujours à leur ceinture sous peine de châtiment.

Rabans d'avuste, ce sont des cordages faits à la main de quatre ou six fils de carret.

Rabans de pavillon, rabans qui sont passés dans la gaîne du pavillon, pour les amarrer au bâton du pavillon.

Rabans de points, ce sont de longues & menues cordes qui servent à passer autour des voiles & des vergues pour les lier ensemble.

Rabans de sabords, rabans qui servent à fermer & à ouvrir les sabords.

Rabans de voile, rabans qui servent à amarrer les voiles aux vergues. (Q)


RABASTENS(Géog. mod.) en latin du moyen âge castrum Rabastense, ville de France dans le haut Languedoc, au diocèse & à six lieues d'Alby, sur le Tarn. C'est un siége de la judicature de l'Albigeois, qui a une collégiale ; il y avoit autrefois un prieuré de l'ordre de Cluni, qui a été uni au college des Jésuites de Toulouse. Long. 19. 22. lat. 43. 48.

Antesignan (Pierre) l'un des plus laborieux grammairiens du xvj. siecle, étoit de Rabastens. Sa grammaire de la langue grecque a été imprimée plusieurs fois ; mais sa grammaire universelle n'a point eu de succès, parce qu'elle est sans ordre & sans principes. (D.J.)


RABATS. m. (Gram.) partie du vêtement des ecclésiastiques, & de la plûpart des gens de robe, des marguilliers, des officiers de communautés, &c. c'est un morceau de toile qui fait le tour du cou, monté sur un porte-rabat, qui couvre le porte-rabat, & qui descend divisé en deux portions oblongues & ourlées, plus ou moins bas sur la poitrine. Autrefois, il bordoit le collet du pourpoint ; tous les hommes portoient le rabat ; il y en avoit à dentelle, à point, d'uni, de plissé, d'empesé. Aujourd'hui il n'est plus d'usage que dans l'église, au palais, & dans les fonctions de quelques dignités ; les ecclésiastiques l'ont court ; les gens de robe & autres, long. Il a été appellé rabat, parce qu'autrefois ce n'étoit que le col de la chemise rabattu en-dehors sur le vêtement. Lorsque le rabat n'a point de barbes ou d'aîles pendantes, mais que ce n'est qu'une simple bande de toile ourlée & attachée sur le porte-collet, on l'appelle collet ; c'est de cette bande de toile qu'on a appellé nos jeunes ecclésiastiques, des petits collets.

RABAT, (Géog. mod.) ville d'Afrique, dans la province de Trémecen, au royaume de Fez, entre la ville de Fez & celle de Tanger, à l'embouchure de la riviere de Burregreg, du côté du couchant, bâtie par Jacob Almanzor. Du vivant de ce prince, elle étoit très-brillante ; on y voyoit plusieurs mosquées, & quelques palais ; à peine y a-t-il aujourd'hui 400 feux ; son château n'est bon que pour un coup de main ; le port est à demi-lieue de la ville, en remontant le fleuve. Long. 11. 28. latit. 33. 42. (D.J.)

RABAT, terme de Commerce, fort usité à Amsterdam : c'est un escompte ou diminution que l'on fait sur le prix de certaines marchandises, lorsque l'acheteur avance le payement de la somme dont il étoit convenu avec le vendeur. Voyez ESCOMPTE.

Le rabat s'estime par mois, & s'accorde seulement pour certaines sortes de marchandises, qui, suivant l'usage d'Amsterdam sont,

C'est-à-dire, que ces marchandises se vendent à payer comptant, en déduisant ou rabattant l'intérêt de l'argent qu'on ne devroit payer qu'au bout de quinze, de dix-huit, de vingt-un, ou de trente-trois mois.

Cet intérêt qu'on appelle rabat, est pour l'ordinaire reglé à huit pour cent par an, qui sont incorporés dans le prix de la marchandise par le vendeur, lequel pouvant donner sa marchandise pour cent florins argent comptant, la vend cent-huit florins, s'il la vend à un an de terme.

Les Marchands n'étant pas toujours en état de payer comptant les marchandises qu'ils achetent, ont imaginé le rabat, tant pour donner le moyen à ceux qui le font de payer comptant, que pour engager les autres à se libérer le plus tôt qu'ils peuvent, en vûe de cet escompte. Dictionnaire de Commerce, Trévoux & Chambers.

RABAT, (Outil de Charron) cet outil est une petite planche quarrée de la grandeur de trois à quatre pouces, qui est percée au milieu d'un trou quarré dans lequel passe un morceau de bois long d'un pié & demi, & de la grosseur en quarré du trou qui est à la planche ; de façon cependant qu'en cognant, l'on peut faire reculer ou avancer le morceau de bois quarré ; le long de ce morceau de bois sont placées de petites pointes qui marquent, quand on les passe sur un autre morceau de bois.

Les Charrons se servent de cet outil pour tracer des lignes droites, de même que les Menuisiers se servent du trusquin dont le rabat est une espece. Voyez TRUSQUIN.

RABAT, (Cirerie) les Blanchisseurs de cire nomment de la sorte, un morceau de grosse toile qu'on met sur le tour ou tourillon de la greloire à quelque distance, pour rabattre ce qui s'éleve de la baignoire en tournant. Savary. (D.J.)

RABATS, (Jardinage) est un terme chez les Fleuristes, qui exprime les feuilles d'une fleur qui tombant à côté des feuilles supérieures, forment comme une espece de rabat ; les balsamines, les iris ont des rabats.

RABAT, (Lutherie) c'est dans les soufflets d'orgue une piece de peau triangulaire & parée sur tous les bords, qui assemble les éclisses par leur bout étroit les unes avec les autres. Voyez a b c, fig. 23. Planche d'orgue, & l'article SOUFFLETS D'ORGUE. Cette peau, comme toutes les autres pieces, est collée avec de bonne colle forte de Menuisier.

RABAT, (Manufacture en soie) lisse sous la maille de laquelle les fils de chaîne sont passés ; elle sert à les faire baisser.

RABAT, terme de Teinturier ; c'est une légere façon de teinture qu'on donne aux étoffes de peu de valeur ; on dit aussi donner un rabat dessiné aux couleurs brunes, comme celle d'olive passée en verd.

RABAT, terme de Vannier, c'est le dessus d'une cage.

RABAT, on appelle chasse au rabat, celle où on va la nuit avec des filets pour rabattre sur le gibier qu'on pousse dedans par le moyen des chiens secrets.

RABAT, (Jeu de paume) c'est le toît d'un ou de deux des côtés du jeu de paume, qui couvre la galerie & forme les dedans.

RABAT, (au jeu de quille) le coup de rabat, est celui qu'on joue de l'endroit où la boule s'est arrêtée après avoir été poussée vers les quilles dressées au coup précédent. Il y a deux coups ; le premier qu'on joue d'une distance marquée, c'est le coup de boule ; le second qu'on joue de la distance à laquelle la boule s'arrête au premier coup, c'est le coup de rabat. On joue autant de coups de rabat, qu'on a abattu de quilles au premier coup de boule, & tous ces coups de rabats se jouent tous de la distance à laquelle la boule s'éloigne du quillier. Il faut donc ménager son premier coup & les coups de rabat, de maniere qu'on abatte le plus de quille possible, & que la boule s'éloigne le moins du quillier. Si en rabattant, on abat plus de quilles qu'il n'en faut, on perd la partie.


RABATAGES. m. (Commerce) on nomme ainsi à Bordeaux ce qu'ailleurs, & sur-tout à Amsterdam, on appelle rabat, c'est-à-dire une espece d'escompte qui s'accorde par le vendeur à l'acheteur en faveur du promt payement. Rabatage signifie aussi quelquefois la même chose que tare. Voyez RABAT & TARE. Diction. de commerce.


RABATEAUS. m. (Couteliers & autres ouvriers qui se servent de la meule) c'est un morceau ou de semelle ou de vieux chapeau qu'on tient appliqué contre la meule, au dessus de l'auge plein d'eau, où elle trempe par sa partie inférieure. La fonction du rabateau est d'arrêter l'eau qui suivroit la meule dans son mouvement circulaire, & qui seroit porté au visage de l'ouvrier couché sur la planche. Il y a un petit morceau de carte placé devant la polissoire pour une fin toute semblable ; elle sépare le superflu de l'émeril dont la polissoire s'enduit, à mesure que l'on polit, & l'empêche de moucheter l'ouvrier beaucoup plus qu'il ne l'est.


RABATTEMENTRABATTEMENT

RABATTEMENT DE DECRET, (Jurisprud.) est une espece de regrès ou rachat dont use celui qui a été évincé de ses biens au moyen d'une adjudication par decret, le droit romain accordoit deux ans à la partie évincée pour exercer ce rachat, & regardoit cette faculté comme très-favorable, comme on voit en la loi derniere au code de jure dominii impetrando.

Cette restitution contre les decrets n'est pourtant point généralement admise, il y a même trois de nos coutumes qui la rejettent formellement ; savoir Auvergne, la Marche & Bourbonnois ; & dans le droit commun, la lésion d'outre-moitié, ni même la lésion énorme, ne font point un moyen de restitution contre un decret.

Quelques auteurs, tels que Dumolin, Gouget & Brodeau, ont prétendu qu'il seroit de l'équité dans ces cas d'admettre la restitution, mais la jurisprudence est contraire.

L'ordonnance de 1629 a fait une exception pour les mineurs, & sa disposition est suivie au parlement de Dijon & dans quelques autres parlemens, dans lesquels on juge même qu'une lésion considérable suffit pour faire restituer le mineur, mais cela n'a pas lieu au parlement de Paris.

Les statuts de Bresse donnent aux parties saisies six mois pour rentrer dans leurs biens subhastés, en remboursant à l'acquéreur le prix principal & les frais.

Mais le rabattement de decret, proprement dit, n'a lieu que dans le Languedoc : ce rachat ou regrès y est fondé sur le droit romain, mais le parlement de Toulouse en a prorogé la durée jusqu'à dix ans.

Quand le bien avoit été adjugé par un arrêt, & quand sur la demande en rabattement il étoit intervenu un arrêt qui permettoit à la partie d'exercer l'action en rabattement, cette action pouvoit être exercée pendant trente années, comme étant personnelle : la jurisprudence n'étoit pas bien certaine sur cette matiere, mais elle a été fixée par une déclaration du roi du 16 Janvier 1736.

Suivant cette déclaration, il n'y a que les propriétaires des biens decrétés ou leurs descendans qui puissent se pourvoir en rabattement de decret. Cette action ne dure que dix ans, en quelque jurisdiction que le decret ait été fait ; le délai ne court que du jour de la mise en possession ; il court contre les pupilles & les mineurs, sauf leur recours, s'il y échoit, contre les tuteurs ou curateurs. La demande en rabattement ne peut être formée qu'au parlement de Toulouse ou à la cour des aydes de Montpellier chacun pour ce qui les concerne : quoique les decrets ayent été faits devant les juges inférieurs, le demandeur doit faire des offres réelles à l'adjudicataire, & en cas de refus, consigner au greffe, les loyaux-coûts se remboursant suivant la liquidation reçue. Les fruits des biens decrétés appartiennent à celui qui a obtenu le rabattement du decret du jour que le prix a été reçu par l'adjudicataire, ou qu'il a été consigné, mais il doit aussi payer les intérêts des loyaux-coûts : l'adjudicataire ne peut même être dépossedé qu'en lui payant la somme liquidée pour les loyaux-coûts & les intérêts, à-moins qu'il n'y eût retardement affecté de la part de l'adjudicataire, auquel cas on peut se pourvoir pour faire cesser les intérêts, & même condamner l'adjudicataire au délaissement, sauf à lui à se pourvoir pour la liquidation. Voyez le traité de la vente des immeubles par decret de M. de Héricourt, chap. xij. n. 6. & les mots ADJUDICATION, CRIEES, DECRET, SAISIE REELLE.


RABATTREv. act. (Gramm.) c'est abattre pour la seconde fois. Il a fallu rabattre plusieurs fois ce pan de muraille.

Il signifie aussi retrancher, diminuer, déduire. On rabattroit beaucoup de l'estime qu'on porte à certains personnages, si on connoissoit leur conduite particuliere & secrette. Je vous rabattrai de vos gages. On n'en veut rien rabattre, c'est un prix fait. Il m'a donné un à-compte, en rabattant sur ce qu'il me doit. Le vent rabat la fumée dans mon appartement. J'ai rabattu les coups. Dans ces dernieres acceptions, rabattre, c'est déterminer en-bas. Se rabattre se dit encore de la derniere course qu'on fait, & de l'endroit où l'on l'arrête. La perdrix s'est rabattue dans ce taillis. Après avoir fait mes visites, je me rabattrai chez moi. Poussé dans ce retranchement, il s'est rabattu sur cette question, &c.

RABATTRE, (Jurisprud.) en terme de palais signifie lever, supprimer : ce terme n'est usité qu'en parlant d'un défaut ou sentence par défaut prise à l'audience, lorsque le défaillant ou son défenseur se présente avant que l'audience soit levée, il peut demander à celui qui préside de rabattre le défaut, & ordinairement on prononce en ces termes le défaut rabattu : mais s'il y avoit de l'affectation de la part du défaillant, & qu'il laissât toujours prendre un défaut, & vînt ensuite à la fin de l'audience seulement pour faire rabattre le défaut, & par ce moyen éluder de plaider contradictoirement ; il dépend de la prudence du juge, dans ce cas, de ne point rabattre le défaut, & en ce cas on ordonne que le défaut tiendra, ou, s'il est encore tems, les parties plaideront.

Quand le défaut n'est pas rabattu, il n'y a plus que la voie d'opposition, si le défaut n'est pas fatal ; ou s'il est fatal, la voie d'appel.

Il est parlé du rabattement des défauts dans quelques anciennes ordonnances, telles que celle de Louis XII. en 1498, & celle de François I. en 1539. Voyez le glossaire de Lauriere aux mots Rabat, Rabattre, Défaut, Opposition, Appel, &c.

RABATTRE, (Comm.) ôter, diminuer, déduire, retrancher du prix d'une marchandise. Je vous rabattrai quatre pour cent, si vous payez comptant. Dict. du Commerce.

RABATTRE, en terme de Boutonnier, c'est l'action de couper en biseau avec une langue de serpent la sertissure d'un bouton ; opération par laquelle on enterre, pour ainsi dire, la calotte dans le moule, pour qu'elle y tienne plus solidement, ce qui se fait sur le tour. Voyez TOUR.

RABATTRE, v. n. (Coutellerie) c'est une des façons qu'on donne sur l'enclume à la forge & au marteau à une piece de coutellerie, qui doit être tranchante. Voyez l'article RASOIR.

RABATTRE, v. act. terme de Laboureur, c'est rouler, adoucir & applanir la terre lorsqu'elle est mouillée & que les avoines sont levées. (D.J.)

RABATTRE, en terme de Manege, se dit d'un cheval qui manie à courbette ; & on dit qu'il les rabat bien, lorsqu'il porte à terre les deux jambes de derriere à la fois, lorsque ses deux jambes touchent terre ensemble, & que le cheval suit tous les tems avec la même justesse. Un cheval qui harpe des deux jarrets & qui a les jambes basses en maniant, rabat bien ses courbettes & avec beaucoup de grace.

RABATTRE, en terme d'Orfévre, c'est abaisser & rendre insensibles les côtes trop vives & trop marquées que le traçoir ou le perloir ont faites sur un champ, ce qui se fait avec un planoir. Voyez PLANOIR.

RABATTRE, terme de Serrurerie, il est commun à tous les Forgerons ; c'est la même chose que réparer, ce qui se fait après que les Forgerons ont fini de forger une piece ; alors ils effacent à petits coups toutes les inégalités que les grands coups de marteau ont pu laisser.

RABATTRE, terme de Tailleur & de Couturiere, c'est prendre un morceau de l'étoffe, la remplir & la coudre. On dit aussi rabattre une couture lorsqu'on l'affaisse en la pressant, soit du dé, soit du fer à repasser ; c'est dans le même sens qu'on rabat un pli.

RABATTRE, terme de Tannerie, qui signifie jetter les cuirs dans un vieux plain, après les avoir tirés de l'eau. Voyez TANNER.

RABATTRE, (Teinture) ce mot se dit pour corriger une couleur trop vive. Par les statuts des Teinturiers, il est porté, article xxij. que les verds-bruns seront alunés & gaudés avec gaude ou sarrette, puis rabattus avec le verdet & le bois d'Inde, & couperose. Les feuilles mortes ne sont rabattues qu'avec la seule couperose ; c'est l'article xxiij. qui étoit aussi inutile que le précédent. Tous les reglemens de M. Colbert sur les Teinturiers ne font pas un grand honneur à ses lumieres.

RABATTRE, terme de Tireur d'or, c'est, par le moyen d'un rouet, faire passer sur la rochette le trait qui est autour de la bobine ; rabattre du trait ; trait rabattu. Diction. du comm. (D.J.)

RABATTRE, se dit, en terme de Chasse, lorsqu'un limier ou un chien-courant tombe sur les voies d'une bête qui va de tems qu'il s'en rabat, & rencontre & en donne la connoissance à celui qui le mene.

RABATTRE, c'est, à la longue Paume, renvoyer de bas, en rasant la terre de plus près possible, à sa partie adverse, la balle qu'il doit servir.

RABATTRE, au jeu de quille, c'est jouer un second coup sur les quilles de l'endroit où la boule a été après le premier jet ; ceux qui font choux-blanc, ne rabattent point. Voyez l'article RABAT.


RABBANI(Hist. des Arabes) le mot de rabbani ou de rabbana signifie en arabe, aussi-bien qu'en hébreu, notre maître, notre docteur. Les Mahométans appellent aussi rabbanian ou rabbaniou, au pluriel, ceux de leurs docteurs qu'ils estiment les plus savans & les plus dévots.


RABBANITES. m. (Hist. des Juifs) on appelle rabbanites les Juifs qui suivent la doctrine de leurs ancêtres, appellés rabbanim ; & ce sont proprement ceux qui ont adopté les traditions des pharisiens qui sont ainsi nommés. On les distingue par-là de la secte des Caraïtes qui s'attachent principalement à l'Ecriture. (D.J.)


RABBou RABBIN, s. m. (Hist. des Juifs) nom des docteurs juifs que les Hébreux appellent rab, rabbi & rabboni, qui dans leur langue signifie maître ou docteur. Quoique tous ces mots aient la même signification, on s'en sert néanmoins différemment. Quand on parle en général & sans appliquer ce terme à aucun nom propre, on dit un rabbin, les rabbins : par exemple, les rabbins ont débité beaucoup de RÊVeries. Mais quand on dénote particulierement un docteur juif, on dit rabbi, comme rabbi Salomon Jarchi, rabbi Manassès ont pensé telle & telle chose ; mais en les nommant plusieurs ensemble, on dit, les rabbins Juda Ching & Juda Ben Chabin sont les auteurs de deux anciennes grammaires hébraïques.

Quelques-uns ont remarqué que rab étoit un titre d'honneur pour ceux qui avoient été reçus docteurs dans la Chaldée ; que rabbi étoit propre aux israélites de la Terre-sainte, & que rabboni ne s'attribuoit qu'aux sages qui étoient de la maison de David. Selden dit que rabbi étoit le titre de celui qu'on avoit ordonné juge ou sénateur de sanhedrin, dans la Terre-sainte, & qu'on donnoit celui de rhab à tout docteur ordonné dans un pays de captivité. Quoiqu'il en soit, il y avoit plusieurs degrés pour parvenir à cette qualité de rabbi ; le premier étoit de ceux que les Juifs appelloient bachur, c'est-à-dire élu au nombre des disciples ; le second étoit de ceux qu'on nommoit chaber ou collegue de rabbins qu'on élevoit à ce grade par l'imposition des mains, dans une cérémonie qu'on appelloit semichach. Enfin lorsqu'on jugeoit ces postulans capables d'élever les autres, on les qualifioit de rabbi. Dans les assemblées publiques, les rabbins étoient assis sur des chaises élevées, les collegues sur des bancs, & les disciples aux piés de leurs maîtres.

Les rabbins modernes sont fort respectés parmi les Juifs ; ils occupent les premieres places dans les synagogues, prononcent sur les matieres de religion, & décident même des affaires civiles ; ils célebrent aussi les mariages, jugent les causes de divorce, prêchent, s'ils en ont le talent, reprennent & excommunient les désobéissans. Les écrits de leurs prédécesseurs, & leurs propres commentaires, contiennent un nombre infini de traditions singulieres, & presque toutes extravagantes, qu'ils observent néanmoins aussi scrupuleusement que le fond de la loi. Ils sont divisés en plusieurs sectes, dont les principales sont les Cabalistes, les Caraïtes, les Talmudistes, & les Massorethes. Voyez ces noms en leur lieu, suivant l'ordre alphabétique.

Les anciens rabbins donnoient fort dans les allégories, dont leurs commentaires sur l'Ecriture ne sont qu'un tissu ; & les modernes n'ont fait qu'enchérir sur eux. On leur attribue aussi un grand nombre de regles & de manieres d'interpreter & de citer les écritures, qu'on prétend que les apôtres ont suivies dans leurs citations & interprétations des prophéties de l'ancien Testament. Stanhope & Jenkius se plaignent beaucoup de la perte de ces regles, par lesquelles, disoient-ils, on rétabliroit les discordances qui se trouvent entre l'ancien & le nouveau Testament.

Surenhusius, professeur en hébreu à Amsterdam, a cru les avoir trouvées dans les anciens écrits des Juifs ; & il observe que les rabbins interpretoient l'Ecriture en changeant le sens littéral en un sens plus noble & plus spirituel. Et pour cela, selon lui, tantôt ils changeoient les points & les lettres, ou ils transposoient les mots, ou les divisoient, ou en ajoutoient : ce qu'il prétend confirmer par la maniere dont les apôtres ont expliqué & cité les prophéties.

Mais qui ne voit que tout ceci n'est qu'un artifice pour rendre moins odieuse la pratique des Sociniens, qui au moyen de quelques points ou virgules ajoutés ou transposés dans les livres saints, y forment des textes favorables à leurs erreurs ? Mais, après tout, l'exemple des rabbins ne les autoriseroit jamais dans cette innovation, ni eux ni leurs semblables, puisque Jesus-Christ a formellement reproché à ces faux docteurs qu'ils corrompoient le texte & pervertissoient le sens des Ecritures. Les apôtres n'ont point eu d'autre maître que l'esprit saint ; & si l'application qu'ils ont quelquefois faite des anciennes écritures au Messie a quelque trait de conformité avec celles qu'on attribue aux rabbins, c'est qu'il arrive souvent à l'erreur de copier la vérité, & que les rabbins ont imité les apôtres, mais avec cette différence qu'ils n'étoient pas inspirés comme eux, & que suivant uniquement les lumieres de la raison, ils ont donné dans des égaremens qui ne peuvent jamais devenir des regles en matiere de religion révélée, où tout doit se décider par autorité.

Mais ce qu'on doit principalement aux rabbins, c'est l'astrologie judiciaire ; car malgré les défenses si souvent réitérées dans leur loi de se servir d'augures & de divinations, ou d'ajouter foi aux prédictions tirées de l'observation des astres, leurs plus fameux docteurs ont approuvé cette superstition, & en ont composé des livres qui l'ont répandue dans tout l'univers, & sur-tout en Europe durant les siecles d'ignorance, au sentiment de M. l'abbé Renaudot, qui connoissoit à fond toute la science rabbinique. Voyez CABALE.


RABBINIQUEadj. (Gram.) qui est des rabbins. On dit le caractere rabbinique, une interprétation, une vision rabbinique.


RABBINISMES. m. (Gramm.) doctrine des rabbins.


RABBINISTES. m. (Gram.) qui suit la doctrine rabbinique.


RABBOTHS. m. (Histoire des Juifs.) Les Juifs donnent ce nom à certains commentaires allégoriques sur les cinq livres de Moïse. Ces commentaires sont d'une grande autorité chez eux, & sont considérés comme très-anciens. Les Juifs prétendent qu'ils ont été composés vers l'an 30 de Jesus-Christ. Ils contiennent un recueil d'explications allégoriques des docteurs hébreux, où il y a quantité de fables & de contes faits à plaisir. On peut prouver aisément que ces livres n'ont pas l'antiquité que les rabbins leur attribuent : c'est ce que le P. Morin a montré évidemment dans la seconde partie de ses exercitations sur la Bible. Quand ils veulent citer ces livres, ils les marquent par le premier mot de chaque livre de Moïse : par exemple ils nomment la Genese Bereschit rabba ; l'Exode ; Scemot rabba ; les Nombres, Bammidbar rabba, & ainsi des autres ; & ils les nomment au pluriel rabboth, comme qui diroit grandes gloses. Il y en a eu diverses éditions, tant en Italie que dans le Levant. M. Simon témoigne s'être servi d'une édition de Salonique.


RABDOIDou RHABDOIDE, suture, (Anatomie) c'est la seconde vraie suture du crâne : on l'appelle aussi sagittale. Rabdoïde vient de , verge.


RABDOLOGIES. f. (Arith.) maniere d'exécuter facilement les deux opérations les plus compliquées de l'Arithmétique, la multiplication & la division, par la voie de l'addition & de la soustraction, & cela au moyen de bâtons, verges ou languettes séparés, & marqués de nombres. C'est une des inventions de Neper. Voyez BATONS DE NEPER.


RABDOMANCIES. f. (Divination) art de deviner par des verges ou bâtons, comme l'indique son nom, composé du grec , baguette, & , divination.

La rabdomancie se pratiquoit en différentes manieres. On croit, par exemple, la trouver dans ce qui est rapporté au chap. xxj. d'Ezéchiel, d'une superstition du roi de Babylone, qui se trouvant à l'entrée de deux chemins, dont l'un alloit à Jérusalem, métropole de la Judée, & l'autre vers Rabbath, métropole des Ammonites, & ne sachant lequel il devoit prendre il voulut que le sort décidât la chose. C'est pourquoi il mêla ses fleches, pour voir de quel côté elles tomberoient. Stetit rex Babylonis in bivio, in capite duarum viarum, divinationem quaerens, commiscens sagittas.... ad dexteram ejus facta est divinatio super Jerusalem. . 21. & 22.

On prétend aussi la trouver dans ces paroles du prophete Osée, où Dieu dit de son peuple adonné à l'idolâtrie, populus meus in ligno suo interrogavit & baculus ejus annuntiavit ei. chap. jv. . 12. S. Jérome croit que dans l'un & l'autre passage il s'agit de la bélomancie, voyez BELOMANCIE.

Mais Theophylacte semble d'abord entendre celui d'Osée de la rabdomancie proprement dite, & voici, selon lui, comme elle se pratiquoit : Virgas duas statuentes, carmina & incantationes quasdam submurmurabant : Deinde virgis, daemonum operatione aut effectu, cadentibus, considerabant, quoniam utraque earum caderet, antrorsum ne an retrorsum, ad dexteram vel sinistram. Sicque tandem responsa dabant insipientibus, virgarum casu pro signis usi. Mais ce qu'il ajoute ensuite fait connoître qu'il la confond, aussi-bien que S. Jérome, avec la bélomancie : Eundem ad modum, dit-il, Nabuchodonosor vaticinabatur ut Ezechiel habet.

On confond assez ordinairement ces deux sortes de divination, car les septante traduisent le d'Ezéchiel par le mot grec , quoique le mot hébreu signifie une fleche. Il est cependant certain que les instrumens de divination dont Osée fait mention, sont différens de ceux dont parle Ezéchiel ; car le premier dit etso, maklo, bois, bâton ; & le dernier écrit hhitsim, fleche. Au reste il se peut faire qu'on se servît de baguettes ou de fleches indifféremment, les gens de guerre de fleches, & les autres de baguettes.

Rabbi Moïse Samson, dans l'explication du cinquante-deuxieme précepte négatif, explique ainsi la divination par les bâtons dont il est parlé dans le ch. jv. d'Osée. " On écorçoit, dit-il, seulement d'un côté & dans toute sa longueur une baguette qu'on lançoit en l'air ; si en retombant elle présentoit à la vue sa partie écorcée, & qu'en la jettant une seconde fois elle montrât le côté qui n'étoit pas dépouillé de son écorce, on en tiroit un heureux présage. Au contraire il passoit pour funeste quand à la premiere chûte la baguette montroit le côté écorcé ; mais quand à toutes les deux fois elle présentoit la même face, soit couverte, soit dépouillée, on en auguroit que le succès seroit mêlé de bonheur & de malheur ". Apud Delrio, lib. IV. cap. ij. sect. 3. quaest. 7. pag. 561. Or ce n'étoit point-là la bélomancie, dans laquelle on se contentoit de marquer deux fleches de certains caracteres relatifs à l'événement qu'on méditoit ; on les lançoit en l'air, & selon qu'elles retomboient à droite ou à gauche, en avant ou en arriere, on en auguroit bien ou mal pour l'entreprise en question. Quoiqu'il en soit, toutes ces pratiques étoient également condamnables.

Ce n'étoit pas chez les Hébreux seuls qu'elles étoient en vogue. Strabon, liv. XIV. rapporte celle dont se servoient les Perses ; & selon Caelius Rhodiginus, leurs mages employoient à cet effet des branches de laurier, de myrte, & des brins de bruyere. Les Scythes se servoient de baguettes de saule ; & les Tartares, qui en sont descendus, ont aussi une espece de rabdomancie, si on en croit Paul Vénitien, l. I. c. xliij. Les Algériens dans la Barbarie en ont encore une autre espece.

Elle a été également connue en occident. Voici comment Tacite s'exprime sur celle des Germains, dans ce qu'il a écrit des moeurs de ces peuples. " Ils sont, dit-il, fort adonnés aux augures & aux sorts, & n'y observent pas grande cérémonie. Ils coupent une branche de quelque arbre fruitier en plusieurs morceaux, & les marquent de certains caracteres, puis les jettent à l'aventure sur un drap blanc : alors le prêtre ou le pere de famille leve chaque brin trois fois, après avoir prié les dieux, & les interpretes selon les marques qu'il y a faites ". Ammien Marcellin, l. XXXI. représente ainsi la rabdomancie des Alains : " Ils devinent, dit-il, l'avenir d'une maniere merveilleuse : les femmes coupent des baguettes bien droites, ce qu'elles font avec des enchantemens secrets & à certains jours marqués exactement. Ils connoissent par ces baguettes ce qui doit arriver ".

On peut rapporter à cette espece de divination, la fameuse fleche d'Abaris, sur laquelle les anciens ont débité tant de fables qu'on peut voir dans Bayle, & la baguette divinatoire qui a fait tant de bruit sur la fin du siecle dernier.

On entend communément par la baguette divinatoire, une petite branche de quelque arbre que ce soit, qui tourne sur tout ce qu'on veut découvrir, quand on vient à passer par-dessus ou à s'en approcher. Dans les premiers tems de l'usage de cette baguette, on se servoit d'une petite houssine de coudre ou d'amandier ; mais dans la suite on a employé des baguettes de toute sorte de bois : on s'est même servi de verges de fer, d'argent, de fil-d'archal, &c. Les gens à baguettes se sont servi de baguettes figurées de trois différentes manieres : 1°. les uns se sont servi de baguettes fourchues par le milieu, qu'ils tenoient des deux mains la pointe en haut ou en bas, ou parallele à l'horison. Voyez la fig. A.

A

2°. D'autres se servoient d'une baguette toute droite, ou fourchue au bout, comme dans les fig. B. C. qu'ils tenoient d'une main, ou qu'ils mettoient sur le dessus ou sur le dedans de la main dans une ligne parallele à l'horison.

B

C

3°. D'autres enfin se servoient d'une baguette coupée en deux parties, dont l'une étoit pointue par un bout pour entrer dans l'autre, dont le bout étoit creux, telle qu'on la voit dans la fig. D. & ils tenoient cette baguette par l'extrêmité des doigts de différente main.

D

La baguette tourne dès qu'on passe sur quelque chose qu'on veut découvrir, soit eaux, soit métaux, soit voleurs, soit bornes de champs, soit reliques de saint, &c. Ce mouvement est quelquefois si violent, que la baguette se brise quand on ne la laisse pas libre.

Dès 1671 on avoit écrit sur la baguette divinatoire, & les effets en étoient connus ; mais rien ne la mit plus en vogue que les découvertes que fit ou prétendit faire par ce moyen Jacques Aymar, paysan né en Dauphiné le 8 Septembre 1622. C'étoit par elle, disoit-on, qu'il avoit découvert les auteurs d'un assassinat commis à Lyon : sa baguette avoit remué sur la serpe qui avoit servi à l'un d'eux ; elle avoit encore remué sur la table d'une hôtellerie où ils avoient mangé ; enfin elle l'avoit conduit dans les prisons de Beaucaire, où ils étoient détenus. Ce phénomene excita bien-tôt l'attention du public : Aymar vint à Paris, & en imposa d'abord aux yeux les moins clairvoyans ; mais ses ruses n'échapperent pas à ceux du prince de Condé, qui fit cacher de l'or & de l'argent en plusieurs trous de son jardin, que ce faux devin ne trouva pas. Il avoua même au prince de Condé que par un mouvement insensible du poignet il faisoit tourner la baguette.

Mais l'imposture d'Aymar ne prouve pas qu'il y en ait dans toutes les autres personnes qui ont fait usage de la baguette, puisque le P. le Brun, dans son histoire critique des superstitions, tome II. p. 332 & 333, atteste, comme témoin oculaire, qu'un président du parlement de Grenoble lui ayant dit que la baguette avoit tourné plusieurs fois entre ses mains, & le P. le Brun ne pouvant le croire, l'occasion se présenta peu de jours après d'en faire l'expérience au Villars, près de Tencin, l'une des terres du président. " Je tins, dit le P. le Brun, la main droite du président avec mes deux mains ; une autre personne lui tint la gauche, dans une allée du jardin sous laquelle il y avoit un tuyau qui conduisoit de l'eau dans un bassin ; en un instant la baguette se tordit si fort entre ses mains, que M. le président demanda quartier, parce qu'elle lui blessoit les doigts ". M. le Royer, avocat à Rouen, & juge des gabelles, & M. le Gentil, religieux prémontré, prieur de Dorenie, près de Guisex, & plusieurs autres personnes fort au-dessus de tout soupçon d'imposture, ont fait usage de la baguette divinatoire qui tournoit de son propre mouvement, sans effort ni secours de la part de la personne qui la tenoit. L'effet est certain, constaté par des expériences sans nombre. D'où ce tournoyement provient-il ? est-il naturel ? est-il surnaturel ?

C'est à ces deux questions que se réduit tout ce qu'on a écrit pour ou contre la baguette. Parmi les savans, les uns en ont regardé le mouvement comme naturel, & par conséquent explicable par les lois de la physique : les autres l'ont regardé comme surnaturel, inexpliquable & produit par des intelligences supérieures à l'homme. Nous allons donner au lecteur l'analyse de l'un & de l'autre sentiment, d'après M. l'abbé de la Chambre dans son traité de la religion, tome II. troisieme part. ch. x. p. 473. & suiv.

Ceux qui ont regardé comme naturel le tournoyement de la baguette, ont pris différentes routes pour en développer la cause & le principe.

1°. Willenius & Frommann croyent que le tournoyement de la baguette vient de la communication du mouvement à l'occasion de la rencontre & du choc des corps, quoiqu'ils ne puissent absolument expliquer le méchanisme de ce phénomene ; & aux objections qu'on leur fait que la baguette ne tourne pas entre les mains de toutes sortes de personnes, & qu'elle ne tourne pas toujours dans les mains de la même personne, ils répondent 1°. qu'il faut que la vertu de la baguette soit aidée de celle du tempérament qui est différent dans tous les hommes. 2°. Que la variation du mouvement de la baguette vient ou de ce que la même personne n'est pas toujours dans les mêmes circonstances pour le sang & les humeurs, ou de ce que les influences des astres s'unissent & se fortifient quelquefois, & quelquefois se combattent. Traité de la baguette imprimé en 1671 ; traité de la fascination, en 1674.

2°. M. de S. Romain explique le mouvement de la baguette par le mouvement des corpuscules qui sortent des corps qu'on cherche, & qui viennent agraffer la baguette. Si la baguette ne tourne pas entre les mains de tout le monde, c'est qu'il y a, dit cet auteur, des tempéramens qui ralentissent la force de ces corpuscules ; & si elle ne tourne pas toujours entre les mains de la même personne, c'est que le tempérament n'est pas toujours dans la même situation & le même état. Traité de la science naturelle dégagée des chican. de l'école 1679.

3°. D'autres disent que les particules qui s'exhalent des sources d'eaux & des métaux empreignent la verge de coudrier, & la déterminent à se baisser pour la rendre parallele aux lignes verticales qu'elles décrivent en se levant. Ces particules d'eau sont poussées au-dehors par le feu central, & par les fermentations qui se font dans les entrailles de la terre. Or, la baguette étant d'un bois poreux, il donne aisément passage à ces corpuscules, qui sont extrêmement subtils & déliés. Ces vapeurs pressées par celles qui les suivent, & pressées par l'air qui pese dessus, sont forcées d'entrer dans les petits intervalles de la baguette, & par cet effort elles la contraignent à s'incliner perpendiculairement, afin de se rendre parallele avec les colomnes que forment ces vapeurs en s'élevant. Les objections ne sont pas moins difficiles à résoudre dans ce sentiment que dans les deux précédens.

4°. L'abbé de Vallemont dans le traité qu'il a donné sur cette matiere, édit. de 1696, p. 379, s'efforce de prouver que cette baguette n'a rien de commun avec toutes les especes de divinations comprises sous le nom de rabdomanie, & que ses effets sont purement physiques. " On conjecture, dit-il, par son mouvement, qu'il y a de l'eau dans la terre, comme on juge par le mouvement d'un hygrometre qu'il y a des vapeurs aqueuses dans l'air, & que conséquemment il y aura de la pluie ". Mais cette raison qui satisfait pour un phénomene, ne satisfait pas pour tous, & ne leve point les difficultés ci-dessus proposées.

5°. M. le Royer prétendoit expliquer le mouvement de la baguette par l'antipathie & la sympathie des Péripatéticiens ; si la baguette ne remue pas entre les mains de tout le monde, c'est qu'il y a, dit-il, des personnes qui ont une antipathie à la vertu de la baguette, & qui en arrêtent l'effet. Si elle ne remue pas toujours entre les mains de la même personne, c'est qu'il y a, ajoute-t-il, auprès de la baguette un corps qui lui ôte toute sa force. L'aimant, par exemple, perd sa vertu quand il y a de l'ail ou un diamant auprès de lui. Mais outre que cet exemple est faux, on sent que ces grands mots d'antipathie & de sympathie sont vuides de raison, & aussi peu propres à expliquer le point en question, que l'opinion de Peucer sur la même matiere ; elle est conçue en ces termes : ad seu divinationem ex plantis, pertinent certae in plantis aliquibus notae indicantes initia, finesve aut conditiones quatuor universalium anni temporum. Eodem divinationes pertinent metallariis usitatae quae fiunt sciotericis & virgulâ divinâ. Ea est ex corylo decisus bifidus surculus, quo venas illi auri argentive feraces explorant, inclinante sese eo virgula quà sub terrâ venae feruntur atque incedunt. Qua vi id soli corylorum praestant surculi, & non item caeterarum arborum quae in iisdem proveniunt locis, eodem terrae altae refectaeque succo obscurum est : nisi quod conjicio habere corylos ad metalla connatam & occultam, &c. Solution merveilleuse qui suppose faux & ne débrouille rien.

Ceux, au contraire, qui rejettent le mouvement de la baguette sur des êtres intelligens, supérieurs à l'homme, l'attribuent au démon. C'est le sentiment de Tollius, de M. Hennin & du P. Malebranche.

Ils avancent 1°. que la baguette ne tourne naturellement ni sur l'eau, ni sur les métaux, ni sur quelqu'autre chose que ce soit : car elle tourne souvent où il n'y a rien, & ne tourne pas toujours où il y a quelque chose ; on a des exemples de l'un & de l'autre. D'ailleurs, elle ne remue que sur ce qu'on a envie de trouver ; or une pensée, un desir ne peuvent faire remuer un bâton. 2°. Que le mouvement de la baguette ne vient point d'un tour de poignet, ni d'une certaine pression de doigts, puisqu'elle tourne sans art entre les mains de plusieurs personnes, & même malgré elles. L'exemple du président de Grenoble que cite le P. le Brun en est une preuve. 3°. Que le mouvement de la baguette doit être rejetté sur l'action des intelligences supérieures à l'homme, & ces intelligences ne pouvant être ni Dieu, ni les anges, parce que le mouvement de la baguette est équivoque, & qu'il est quelquefois fautif dans son opération, ils en concluent que ces intelligences supérieures sont les démons, à qui Dieu permet quelquefois de séduire les hommes, & qui agissent quelquefois par notre ministere, sans que nous ayons fait aucun pacte avec eux. Si ces raisons ne paroissent pas évidentes, on conviendra que les systèmes des Physiciens ne sont pas plus satisfaisans. Traité de la religion, t. II. troisieme partie, chapitre x. p. 473 & suiv.

N. B. Cet article est tiré en partie des mémoires de M. Formey, historiographe de l'académie royale de Prusse.


    
    
RABES DE MORUE(Commerce) ce sont les oeufs de la morue que l'on sale, & qu'on met en barriques. Ce terme n'est en usage qu'à la Rochelle ; ailleurs on dit des raves.


RABETTE(Com.) on dit huile & graine de rabette. La rabette est une espece de choux, dont la graine donne une huile par expression, qu'on emploie dans la pharmacie & dans la draperie.


RABIA POSTERIOR(Chronolog.) nom du quatrieme mois de l'année arabique. Il a 29 jours.


RABIA PRIOR(Chronolog.) nom du troisieme mois de l'année arabique. Il a 30 jours.


RABIHS. m. (Hist. nat. Bot.) espece de fruit qui se trouve dans le royaume de Fez. Il ressemble à la cerise, & a le goût de la jujube.


RABILLAGou RHABILLAGE, s. m. terme de Pêcheur ; c'est le raccommodage des filets.


RABILLEou RHABILLER, (Soierie) se dit d'une corde de semple, d'une corde de rame, d'une arcade, &c. C'est substituer une corde neuve à celle qui s'est cassée.


RABLES. m. (Gram.) c'est dans les animaux quadrupédes la partie située vers les reins, & comprise entre les épaules & les cuisses. Il se dit particulierement des lievres & des lapins ; & quelquefois des hommes. Un homme bien rablé.

RABLES, terme de riviere ; pieces de bois rangées comme des solives, qui traversent le fond des bateaux, & sur lesquelles on attache les semelles, les planches & les bordages du fond. (Q)

RABLE, (Pâtisserie & Boulangerie) instrument à douelle & à long manche de bois, au bout duquel il y a un fer plat recourbé en forme de crosse ou de rateau, pour remuer facilement les tisons & manier la braise dans le four.

Le rable est à l'usage de beaucoup d'autres ouvriers. Il y a des atteliers où il est tout de fer, comme dans les grosses forges, les verreries, les salines, &c. Voyez les articles suivans & les articles FORGES, VERRERIE & SALINES.

RABLE, sorte de boîte sans fond dont les facteurs d'orgues se servent pour couler le plomb ou l'étain fondu, & en faire des tables pour fabriquer les tuyaux d'orgue. Voyez la fig. 60. Pl. d'orgue qui représente le rable & la fig. 59. même Planche, qui représente le rable en situation sur la table. Voyez ORGUE, où le travail du plomb & de l'étain est expliqué, & l'article suivant RABLE, Plomberie.

RABLE, (Plomberie) instrument de bois dont les Plombiers se servent pour couler les tables de plomb & les rendre par-tout égales.

Les Plombiers ont deux rables fort différens, & qui n'ont rien de commun que leur nom & leur usage. L'un sert pour les grandes tables, & l'autre pour les petites.

Le rable pour les grandes tables est une piece de bois épaisse d'un pouce, haute de quatre, & qui occupe toute la largeur des moules ou tables à jetter le plomb. Ce rable porte sur les éponges ou bordures, & y est comme enchâssé par les deux bouts au moyen de deux entailles qu'on y pratique, (fig. 10. Pl. du Plombier.) Il y a au milieu du rable un long manche de bois, au moyen duquel on le conduit. Quand on a levé la poële à verser, & que le plomb fondu commence à se répandre sur le moule, les compagnons poussent le rable, & le conduisent par le manche jusqu'au bout. Voyez PLOMBIER.

Le rable dont on se sert pour les petites tables est une espece de caisse de bois sans fond, & seulement fermée de trois côtés. La piece principale qui communique aux deux autres est haute de six pouces, & de la longueur qu'on veut donner aux petites tables de plomb. Les deux pieces paralleles sont faites en triangle, & vont en diminuant depuis l'endroit où elles sont jointes à la grande, & se terminent en pointe. On verse le plomb fondu dans cette caisse pour couler les petites tables de plomb. Voyez l'usage de cet instrument à l'article PLOMBIER.


RABLURES. f. (Marine) cannelure ou entaille que le charpentier fait le long de la quille du vaisseau, pour emboîter les gabords, & à l'étrave & à l'étambord, pour placer les bouts des bordages & des ceintes. (Q)


RABOTS. m. (Archit.) sorte de liais rustique dont on se sert pour paver certains lieux, pour faire les bordures des chaussées, & pour paver les églises, les jeux de paume, & autres lieux publics. Les Latins l'appelloient rudus novum, quand il étoit neuf, & rudus redivivum, lorsqu'il étoit manié à-bout, & qu'on le faisoit reservir. Daviler. (D.J.)

RABOT, terme d'ouvrier en bois ; c'est un outil à courroyer le bois, & à le rendre uni. Il y en a de plusieurs sortes, de différentes grandeurs, & à divers usages, mais qui tous ont leurs noms particuliers.

L'instrument que l'on nomme proprement rabot, est composé de trois pieces, deux de bois & une de fer ; de celles qui sont de bois, la principale s'appelle le fust ; c'est une espece de billot de dix à douze pouces de longueur, & de deux pouces ou deux pouces & demi d'équarrissage. La face de dessous est fort polie pour couler plus aisément sur le bois ; au milieu de ce billot est une entaille diagonale, qu'on appelle la lumiere, plus ou moins large, suivant la qualité du fer qu'on y veut placer : elle traverse de la partie supérieure du fust à la partie inférieure. Le coin est la seconde piece de bois ; elle est échancrée par le bas, & coupée en chanfrain ; elle sert a arrêter le fer dans la lumiere à la hauteur convenable. Le rabot n'est que pour polir l'ouvrage après qu'on l'a courroyé & dégrossi avec la varlope, ou la demi-varlope, &c.

Les autres sortes de rabots qui servent aux menuisiers, sont le riflard, la grande & petite varlope, la varlope à onglet, divers guillaumes, les deux mouchettes, le bonnet, le bouvet, le bec-de-canne & le feuilleret.

Les Menuisiers-Ebénistes, c'est-à-dire, ceux qui travaillent en placage & en marqueterie, ont tous les rabots des Menuisiers ordinaires ; & outre ceux-là, ils en ont d'autres dont les fers sont différens, & qu'ils taillent, ou font tailler suivant la dureté des bois qu'ils emploient. Les uns ont le fer demi-couché, d'autres où il est debout, & quelques autres qui ont des dents en façon de limes, ou en maniere de truelles brettées : ceux-là servent à dégrossir leur bois. Ils ont aussi des rabots de fer, c'est-à-dire, dont le fust est garni par-dessous d'une plaque de fer fort unie : ceux-ci servent à raboter l'ouvrage quand les pieces de rapport ont été collées, afin de courir moins de risque d'en emporter quelqu'une.

Les rabots des Charpentiers sont le rabot rond, semblable à celui des Menuisiers, & la galere. Le rabot des Serruriers, sert à planir le fer, & à y pousser des filets & des moulures. Voyez l'article MENUISERIE & les Pl. (D.J.)

RABOT A BAGUETTE, (outil d'Arquebusier) ce rabot est long & plat, la face de dessous est faite en moulure creuse, & sert aux Arquebusiers pour polir & tourner en rond les baguettes de fusil. Voyez la figure.

Leur rabot à canon est un rabot long d'un pié, plat & épais de deux pouces, dont la face de dessous est arrondie, & sert aux Arquebusiers pour former la moulure dessus le bois de fusil pour y placer le canon de fusil.

Le rabot plat est fait comme la demi-varlope des Menuisiers, & sert aux Arquebusiers pour diminuer d'épaisseur les bois de fusil avant de les sculpter.

RABOT, (bas au métier & métier à bas) ceux qui travaillent les métiers à bas ont un si grand nombre de pieces à égaliser, qu'ils ont besoin de rabots. Ils en ont sur-tout pour les verges. Voyez l'article BAS AU METIER, & l'article RABOT, fondeur en caracteres d'Imprimerie.

RABOT, (terme de Boueur) outil de bois au bout duquel il y a une petite douve dont les Boueurs se servent sur les ports de Paris pour pousser la boue à l'écart.

RABOT, (Fondeurs de gros ouvrages) les fondeurs de gros ouvrages appellent un rabot une bande ou plaque de fer plate, en forme de douve de tonneau, de douze ou quinze pouces de longueur, & de cinq ou six de hauteur, qui a un long manche en partie de fer, en partie de bois ; elle sert à ces ouvriers comme d'écumoire, pour ôter les scories qui s'élevent sur le métal fondu. Savary. (D.J.)

RABOT, outil servant aux fondeurs de caracteres d'Imprimerie, pour couper, ébarber & donner les dernieres façons aux lettres lorsqu'elles sont serrées dans le justifieur ; sa figure est relative au coupoir dans lequel il coule, & est composé de plusieurs pieces de fer & de cuivre. On arrête au bout de ce rabot, avec des vis, un fer tranchant, taillé exprès pour enlever les parties qu'il doit couper. Voyez COUPOIR, JUSTIFIEUR, & nos Planches.

RABOT, (outil de Gaînier en gros ouvrages) ce rabot est un peu plus long que large, & sert aux Gaîniers en gros ouvrages, pour polir les planches dont ils font leurs coffres ou caisses. Cet outil est semblable à celui des Menuisiers. Voyez MENUISERIE.

RABOT, (terme de Jardinier) le rabot des Jardiniers est simplement une des douves du fond d'une futaille, qui est la plus ceintrée & percée au milieu d'un trou de tariere, pour y attacher la perche qui lui sert de manche. Les Jardiniers s'en servent pour unir les allées de leurs jardins, après qu'ils ont employé le rateau.

RABOT, en terme de Layetier, est un outil composé d'un fût percé à jour & garni d'une poignée. Dans le trou pratiqué environ vers le milieu de ce fût, entre un fer tranchant qui déborde tant-soit-peu le fût afin qu'il puisse enlever toutes les inégalités du bois sur lequel on promene le rabot. Voyez la fig. Planches du Layetier.

RABOT, (Lutherie) les Luthiers ont aussi leurs rabots ; mais ils ne different pas assez des rabots des autres ouvriers en bois pour en faire des articles séparés. Voyez nos Planches de Lutherie.

RABOT, (instrument des Maçons & des Paveurs) instrument dont se servent les Maçons, Limousins, Paveurs, &c. pour éteindre la chaux, & pour la courroyer avec le ciment ou le sable qu'ils emploient au lieu de plâtre dans plusieurs de leurs ouvrages ; c'est un billot de bois de huit à dix pouces de longueur & de deux ou trois pouces de grosseur, emmanché par le milieu d'une longue perche. Dictionnaire du Commerce. (D.J.)

RABOT, on donne en général ce nom à un outil avec lequel les Menuisiers & les Charpentiers dressent les bois ; mais les Menuisiers appellent rabot un petit outil fait d'un morceau de bois de sept à huit pouces de long sur deux pouces de large & trois de haut. Au milieu est une ouverture qu'on nomme lumiere, où se met le fer qui est en pente, & forme un angle de 45 degrés qui serre ledit fer. Le bois de rabot se nomme le fût, ainsi que tous les outils de la même espece qui sont pour l'usage de la menuiserie. L'on se sert du rabot pour planir l'ouvrage lorsque les bois ont été dressés à la varlope, & assemblés ensemble.

Le rabot ceintré sert à planir dans les parties courbes des ceintres où le rabot plat ne peut aller.

Le rabot debout est celui dont le fer n'a aucune inclinaison, & sert pour les bois de racine & des Indes, & autres bois durs.

Le rabot denté est celui dont le fer est cannelé & aussi debout ; il a le même usage que le rabot debout.

Le rabot ceintré & rond est d'usage aux voussures ou culs-de-lampe des niches.

Le rabot rond differe des précédens en ce que son fer est posé dans une entaille faite de côté à moitié de l'épaisseur du fût, & serre avec un coin qui a un épaulement par le haut qui sert à le faire sortir plus facilement de son entaille, comme les autres outils à moulure.

Le rabot rond à joue est celui à qui on a laissé une joue pour soutenir la main lorsqu'on s'en sert pour faire quelque gorge aux bords d'une piece d'ouvrage. Voyez à l'article MENUISERIE le détail de tous ces instrumens.

RABOT, diamant à, (Miroiterie) le diamant à rabot est un instrument dont se servent les Miroitiers pour équarrir leurs glaces, & les vitriers pour couper les verres épais, comme celui qu'on nomme verre de Lorraine. On l'appelle diamant, parce que véritablement la principale piece consiste en une piece de diamant fin. Dict. du Comm.

RABOT, terme de Plombier, est la même chose que l'instrument appellé plus communément rable. Voyez RABLE.

RABOT, (Soierie) outil dont l'usage est de couper plus sûrement le poil du velours. Voyez l'article VELOURS.

RABOT, (outil de Manufact. de glaces) c'est un outil dont on se sert aux verreries de S. Gobin pour couler les glaces de grand volume ; le rabot des Plombiers pour faire ce qu'ils appellent les tables de plomb, est de bois ; mais on le nomme plus ordinairement un rable. Voyez RABLE.

RABOT, (terme de Vinaigrier) bâton au bout duquel il y a une petite douve dont le vinaigrier se sert pour remuer la lie.


RABOTERv. act. c'est en général travailler au rabot.


RABOTEURS. m. (Charpent.) c'est un compagnon de chantier, qui pousse les moulures sur les bois apparens, comme les huisseries des portes, les noyaux, limons, sabots, marches d'escalier, &c. Daviler.


RABOTEUXadj. (Gramm.) il se dit des corps & des chemins dont la surface est inégale.


RABOTIERS. m. (terme d'ancien monnoyage) lorsque l'on monnoyoit au marteau, le rabotier étoit une grande table cannelée en sillons, dans lesquels on plaçoit les quarrés sur la tranche les uns à côté des autres, afin de les prendre plus facilement avec de longues tenailles pour les rechausser.


RABOUGRIR(terme de Forestier) le forestier se sert de ce mot grossier pour désigner des bois qui ne sont pas de belle venue, qui sont ébranchés, qui ne profitent point, qui ont le tronc court, noueux & raboteux. L'ordonnance défend d'étêter les arbres parce que cet étêtement les rabougrit. (D.J.)


RABOUILLIERESS. f. (Chasse) ce sont des creux à l'écart où la lapine fait ses petits afin d'empêcher qu'ils ne soient mangés par les gros lapins.


RABRIRANIO, RAMAI, (Hist. nat.) noms barbares par lesquels on a voulu désigner le bol d'Arménie.


RACAadj. (Critique sacrée) mot syriaque en usage du tems de Jesus-Christ, & qui renfermoit une injure pleine de mépris. Celui qui dira à son frere raca, sera punissable par le conseil, Matt. v. 22. c'est-à-dire, sera puni, . Ainsi I. Macchab. xjv. 45. quiconque aura violé quelqu'une de ces ordonnances, sera puni, . L'interprête grec de S. Matthieu a conservé ce mot syriaque qui étoit dans l'original, parce qu'il étoit fort usité chez les Juifs. La version angloise, celle de Luther, de Genève, de Louvain, de Port-Royal, du P. Amelotte, ont toutes conservé le même mot ; mais le P. Bouhours a mieux aimé en exprimer l'idée, & traduire : celui qui dira à son frere homme de peu de sens, méritera d'être condamné par le tribunal du conseil ; mais le pere Bouhours n'a pas vu que sa traduction péchoit en ce que raca désignoit une injure des plus méprisantes, & que ce reproche homme de peu de sens, ne renferme rien de pareil. Raca signifioit tout ensemble une tête vuide, un homme vain, un imbécille, un sot. (D.J.)


RACAGES. f. (Marine) assemblage de petites boules enfilées l'une avec l'autre, comme les grains d'un chapelet, qu'on met autour du mât, vers le milieu de la vergue, pour accoler l'une & l'autre, afin que le mouvement de cette verge soit plus facile, & qu'on puisse par conséquent l'amener plus promtement. La vergue de civadiere n'a point de racages, parce qu'on ne l'amene point. (Q)


RACAH(Géog. mod.) ville de l'Iraque babylonienne ou Chaldée, que quelques-uns mettent en Mésopotamie. Elle est située au 73 degré 15 de longitude, & à 36 de latitude septentrionale. C'est la même qui a été appellée Aracta, d'où étoit natif Albathani, célebre astronome, qui est ordinairement nommé par les Latins Albategnius aractensis. (D.J.)


RACAILLES. f. terme de mépris, qui se dit de ce qui est de moindre valeur en chaque chose. Ainsi on appelle racaille, de la marchandise de rebut. Payer en racaille, c'est faire des payemens en especes de cuivre ou de billon. Diction. de com. Il se dit aussi de la partie la plus vile du peuple.


RACAMBEAUS. m. (Marine) anneau de fer fort menu, par le moyen duquel la vergue d'une chaloupe est assujettie au mât ; il lui tient lieu de racage. (Q)


RACANELLOLE, (Géog. mod.) fleuve d'Italie, dans la Calabre citérieure ; il a sa source dans l'Apennin, & se jette dans le golfe de Venise. Magin dit que le Racanello est le Cylistarnus des anciens. (D.J.)


RACAXIPE-VELITZLI(Hist. mod.) c'est le nom que les Mexicains donnoient à des sacrifices affreux qu'ils faisoient à leurs dieux, dans de certaines fêtes ; ils consistoient à écorcher plusieurs captifs. Cette cérémonie étoit faite par des prêtres qui se revêtoient de la peau de la victime, & couroient de cette maniere dans les rues de Mexique, pour obtenir des libéralités du peuple. Ils continuoient à courir ainsi jusqu'à ce que la peau commençât à se pourrir. Cette coutume barbare leur produisoit un revenu immense, vû que les prêtres frappoient impunément ceux qui refusoient de les récompenser de leur sacrifice infâme.


RACCOMMODERv. act. (Gramm.) il se dit en général de l'action de remettre en état tout ce qui est dérangé. On raccommode un habit déchiré, une montre dérangée, un discours mal fait, un propos indiscrétement tenu, une affaire mal commencée, des amis, des amans, des parens brouillés. Il est difficile que l'attachement reste le même après des raccommodemens multipliés.


RACCORDEMENTS. m. (Archit.) c'est la réunion de deux corps à un même niveau, ou à une même superficie, ou d'un vieux ouvrage avec un neuf, comme il a été pratiqué avec beaucoup d'intelligence, par François Mansard, à l'hôtel de Carnavalet, rue Couture Sainte Catherine, à Paris, pour conserver la sculpture de la porte, faite par Jean Gougeon, où la façade neuve, qui est un bel ouvrage d'architecture, se raccorde extrêmement bien, tant au-dedans qu'au dehors, avec le reste de cette ancienne maison, qu'on dit être de Jean Bulan, architecte. On appelle encore raccordement, la jonction de deux terreins inégaux, par pentes ou perrons, dans un jardin. (D.J.)

RACCORDEMENT, (Hydr.) est la réunion de deux corps à un même niveau ou superficie, comme de deux montagnes d'inégale hauteur, où on doit faire passer des conduits d'eau. C'est encore la jonction de tuyaux inégaux de diametre, par un tambour de plomb, réunissant les différentes grosseurs qui se distribuent aux fontaines que l'on a à fournir. (K)


RACCOURCIS. m. (Peinture) il se dit de certains aspects de figures d'animaux, ou de quelqu'une de leurs parties dans un tableau. Par exemple, si une figure assise sur un plan horisontal, est représentée par la plante des piés, ses jambes & ses cuisses seront ce qu'on appelle un raccourci. Si la figure étoit couchée, & qu'on la vît de la même maniere, elle seroit toute entiere en raccourci, & ainsi des autres parties.

On dit voilà un raccourci bien entendu, de beaux raccourcis.

Ce seroit parler improprement en Peinture, que d'employer le terme de raccourci en parlant des bâtimens qui cependant sont raccourcis ; on ne dit point le raccourci de ce bâtiment.

RACCOURCI, adj. terme de Blason, ce mot se dit des pieces honorables qui ne touchent point les bords de l'écu ; c'est la même chose que coupé, alaisé ou alisé. (D.J.)


RACCOURCIRv. act. (Gram.) c'est diminuer de longueur. On raccourcit une perche, un mur, un ouvrage, une corde.

RACCOURCIR, (Jardinage) une branche, c'est la rapprocher du corps de l'arbre.

RACCOURCIR, en terme de Raffinerie, n'est autre chose que de faire bouillir les syrops exprimés des écumes, pour en évaporer l'eau de chaux qu'on y avoit mise.


RACCROCHERv. act. (Gram.) c'est rattacher à un crochet ce qui s'en étoit séparé. Raccrocher une tapisserie. Se raccrocher à quelqu'un, & à quelque chose ; on se raccroche à un magistrat, quand on a perdu la protection d'un autre. On se raccroche à tout ce qu'on trouve sous sa main, quand on se noye, ou quand on est dans la misere.


RACES. f. (Généalog.) extraction, lignée, lignage ; ce qui se dit tant des ascendans que des descendans d'une même famille : quand elle est noble, ce mot est synonyme à naissance. Voyez NAISSANCE, NOBLESSE, &c.

Madame de Lambert dit dans ce dernier sens, que vanter sa race, c'est louer le mérite d'autrui. Si le mérite des peres rehausse la gloire des enfans qui les imitent, il est leur honte quand ils dégénerent : il éclaire également leurs vertus & leurs vices. C'est un heureux présent de la fortune qu'un beau nom, mais il faut savoir le porter. " Je serai le premier de ma race, & toi peut-être le dernier de la tienne ", répondit Iphicrate à Hermodius, qui lui reprochoit la bassesse de sa naissance. Iphicrate tint parole ; il commanda en chef les armées d'Athènes, battit les Thraces, rétablit la ville de Seuthée, & tailla en pieces une bande de lacédémoniens. (D.J.)

RACE, (Maréchal.) se dit des especes particulieres de quelques animaux, & sur-tout des chevaux. Les Anglois ne souffrent pas qu'on ait de la race de leurs guilledins. Pour faire race, il faut choisir de bonnes cavales. Cheval de premiere race, est celui qui vient d'un cheval étranger connu pour excellent.


RACHALANDERv. act. (Comm.) remettre une boutique en chalandise, faire revenir les chalands. Voyez CHALANDS.


RACHATS. m. (Jurisprud.) signifie en général, l'action de racheter quelque chose. Il y a plusieurs sortes de rachats.

Rachat ou remeré, en cas de vente d'un héritage ou autre immeuble, est l'action par laquelle le vendeur rentre dans le bien qu'il avoit vendu, en vertu de la faculté de rachat, qui étoit stipulée dans la vente.

Le domaine du roi, lorsqu'il est aliéné, est sujet à rachat ; cette faculté est toujours sousentendue, & est imprescriptible, de même que le domaine.

Dans les contrats de vente des biens des particuliers, la faculté de rachat n'a point lieu si elle est stipulée par cette clause ; le vendeur se réserve le droit de rentrer dans l'héritage vendu, en remboursant à l'acheteur le prix qu'il en a reçu.

La condition du rachat fait que l'acquéreur n'est point propriétaire incommutable tant que dure la faculté de rachat ; dans ce cas la vente n'est que conditionnelle ; c'est pourquoi l'acquéreur d'une maison ne peut expulser les locataires : il peut néanmoins dès le moment de son contrat, commencer à prescrire les hypotheques de son vendeur, & elle est entierement résolue & comme non faite, lorsque le vendeur rentre dans la chose en payant le prix ; c'est pourquoi il la reprend libre & franche de toutes charges que l'acheteur auroit pu y imposer.

Quand le tems de faculté de rachat n'est pas déterminé par le contrat, elle se prescrit comme toute action personnelle par 30 ans.

Il en est de même lorsque la faculté de rachat est stipulée indéfiniment, elle ne dure toujours que 30 ans.

Lorsque le délai du rachat est fixé par le contrat, il faut se conformer à la convention, néanmoins lorsque ce délai est fixé au-dessous de 30 ans, si à l'expiration du terme l'acquéreur ne fait pas déchoir le vendeur de la faculté de rachat, elle se proroge jusqu'à 30 ans. Pour empêcher cette prorogation, & purger le rachat, il faut obtenir un jugement qui déclare le vendeur déchu de la faculté de rachat, c'est ce que l'on appelle un jugement de purification.

Cette prorogation de la faculté de rachat, n'a pas lieu néanmoins, quand la faculté est stipulée par contrat de mariage, en donnant en dot une maison ou autre immeuble.

Le tems du rachat ayant commencé contre le vendeur majeur, continue à courir contre le mineur, sans espérance de restitution, sauf son recours contre son tuteur.

En cas d'exercice de la faculté de rachat, le vendeur gagne les fruits du jour de la demande.

Lorsque le rachat ou remeré est exercé dans le tems porté par le contrat, la vente ne produit point de droits au profit du seigneur.

Voyez Dumoulin de contr. usur. quaest. 52, n. 372, Henrys, tome I. liv. IV, quest. 76. Bretonn. eod. Coquille, sur Nivernois, ch. iv, art. 23, & quest. 260. Recueil de la Combe, & les mots FACULTE, REMERE, VENTE.

Rachat, ou remboursement d'une rente ou pension, est l'acte par lequel on éteint cette rente ou pension en remboursant le sort principal de cette rente ou pension.

Le rachat n'a pas lieu ordinairement pour les rentes ou pensions viageres, à moins que cela ne soit reglé autrement par le titre, ou par convention entre les parties intéressées.

Mais on peut toujours racheter les rentes constituées à prix d'argent ; cette faculté de rachat ne se prescrit point.

A l'égard des rentes foncieres, elles sont non-rachetables de leur nature, à moins que le contraire ne soit stipulé.

Mais la faculté qui est donnée par le contrat, de racheter des rentes de bail d'héritage, assises sur des maisons de la ville & fauxbourgs de Paris ou autres villes, est imprescriptible ; ce qui a été ainsi établi pour la décoration des villes, & afin que les maisons ne soyent pas abandonnées ; on excepte néanmoins de cette regle les rentes, qui sont les premieres après le cens. Voyez Paris, art. 121 ; Orleans, 271, & les commentateurs. Voyez aussi les mots, OFFRES, PRINCIPAL, REMBOURSEMENT, RENTE.

Rachat ou relief, en matiere féodale, pris dans son véritable sens, signifie l'action de racheter du seigneur un fief qui étoit éteint, mais dans l'usage présent, il signifie le droit que le nouveau vassal paye au Seigneur pour les mutations qui sont sujettes à ce droit.

Dans quelques coutumes singulieres, telles que la rue d'Indre, art. 9, le droit de vente en héritage s'appelle aussi rachat, & est de 20 deniers pour livre ; mais communément quand on parle de rachat, ou relief, cela ne s'entend qu'en matiere féodale.

L'origine & l'étymologie du mot rachat, vient de ce que les fiefs dans leur premiere institution, n'étoient point héréditaires, mais seulement pour la vie de celui qui en avoit été investi ; de maniere qu'à la mort du vassal, le fief servant étoit éteint à son égard, & retournoit au seigneur dominant, à moins qu'il n'en fît une nouvelle inféodation en faveur de quelqu'un des héritiers.

Le fief ainsi éteint, étoit censé tombé en la main du seigneur ; & c'est pourquoi, lorsque le seigneur dominant le rétablissoit en faveur d'un nouveau vassal, cela s'appelloit relever le fief, & l'acte, par lequel on le rétablissoit ainsi, s'appelloit le relief, ou comme qui diroit le relévement du fief qui étoit tombé ou devenu caduc : le terme de relief est employé en ce sens dans plusieurs coutumes, telles que Péronne, Auxerre, Hesdin, &c.

Pour obtenir du seigneur ce relief ou relevement du fief, on composoit avec lui à une certaine somme pour laquelle on rachetoit de lui le fief, & cette composition s'appelloit le rachat, ou droit de rachat, c'est-à-dire, ce que l'on payoit pour le rachat. De sorte qu'anciennement le rachat étoit différent du relief. On entendoit par relief, le rétablissement du fief ; & par le terme de rachat, l'on entendoit la finance qui se payoit pour ce rétablissement.

Mais bien-tôt on confondit le rachat avec le relief, de maniere que ces deux termes furent reputés synonymes, quoiqu'ils ne le soyent pas en effet ; car le relief du fief est constamment différent du rachat, ou droit qui se paye pour le relief, ou pour relever le fief. Néanmoins dans l'usage on confond tous ces termes, relief, droit de relief, rachat, droit de rachat ; & l'on se sert indifféremment, des termes relief & rachat, tant pour exprimer l'investiture accordée au nouveau vassal, que pour désigner la finance qui se paye en ce cas au seigneur pour le relief du fief, c'est-à-dire pour en obtenir la prorogation.

Les fiefs étant devenus héréditaires, ce qui n'étoit d'abord qu'une grace de la part du seigneur, passa en coutume, & devint un droit. Il ne dépendit plus des seigneurs d'accorder ou refuser le relief du fief ; ils conserverent seulement le droit d'exiger le rachat pour ce relief dans les mutations sujettes au rachat.

Le droit de rachat ou relief est inconnu dans la plûpart des pays de droit écrit. Les fiefs y sont simplement d'honneur ; mais il y a des lods & mi-lods, qui sont une espece de rachat ou relief pour les rotures.

En Lorraine, ce droit se nomme reprise du fief ; en Dauphiné, placitum vel placimentum ; en Poitou, rachat ou plect, qui est un droit moins fort que le rachat, mais qui a lieu à toute mutation de vassal. En d'autres pays on l'appelle mutagium ; en Languedoc on l'appelle à capto, arriere-capte ; & en Bourbonnois, mariage, une espece de rachat, qui se paye pour les rotures ; celle d'Orleans appelle ce rachat des rotures, relevaisons à plaisir ; & celle de Rheims, essoignes.

On ne connoît point le rachat ou relief en Bourgogne.

Quelques coutumes ne l'admettent que de convention ; telles sont les coutumes de Nevers, la Rochelle, Aunis & Auvergne.

Le droit de relief ou rachat n'a pas toujours été fixé ; les seigneurs l'exigeoient, suivant leur autorité ou leurs besoins, ainsi que l'observe Galand, en son traité du franc-aleu, chap. vj. Presque toutes les coutumes n'étoient encore que des usages non écrits & fort incertains ; mais Charles VII. ayant ordonné en 1453, qu'elles seroient mises par écrit, la rédaction des coutumes mit un frein aux exactions des seigneurs, en fixant ce qu'ils pourroient prétendre pour les profits de fief.

La plûpart des coutumes fixent le relief ou rachat au revenu d'un an, les unes donnent le revenu de la premiere année qui suit la foi & hommage ; d'autres une année prise dans les trois précédentes ; d'autres, comme Paris, article 47, donnent au seigneur le choix de trois choses ; savoir le revenu d'un an, ou une somme offerte par le vassal, ou le dire de prudhommes ; d'autres coutumes ont fixé le rachat, suivant la qualité du fief ; d'autres enfin, suivant le nombre des mesures de terre qu'il contient ; mais le droit le plus général pour le rachat ou relief, est le revenu d'un an ; c'est pourquoi anciennement on l'appelloit aussi annate, ainsi que l'observe Galand, du franc-aleu, p. 170.

Le rachat ou relief féodal, n'a lieu en général que dans les mutations qui arrivent autrement que par vente ou autre acte équipollent à vente.

Quelques coutumes dans lesquelles il n'est jamais dû de quint, donnent le relief ou rachat à toutes mutations ; tel est l'usage pour les fiefs qui se gouvernent suivant la coutume du Vexin françois.

Le droit de relief ou rachat n'est pas acquis du moment que le fief est ouvert ; il faut qu'il y ait mutation de propriétaire, c'est-à-dire, un nouveau vassal.

Le droit est dû aux mutations de vassal, mais toute mutation de vassal ne donne pas ouverture au rachat ou relief. En effet, suivant le droit commun, les mutations en directe en sont exemptes.

La mutation par la succession collatérale, est le cas le plus ordinaire du rachat ou relief. Il est pareillement dû pour démission de biens & donation en collatérale, ou à un étranger : le curateur créé à une succession vacante par la renonciation de l'héritier, doit aussi le relief. Il en est dû pareillement en cas de substitution, lorsque celui qui est appellé est simplement collatéral du dernier possesseur.

Le mari ni la femme ne doivent rien, pour ce qui leur demeure de la communauté, soit jusqu'à concurrence de leur moitié, ou même au-delà, à cause du droit indivis que chacun d'eux a en la totalité.

Le don en usufruit ne produit point de rachat, ni le don mutuel en propriété, lorsque les biens compris dans ce don sont de la communauté.

Quoique le relief ne soit dû communément que pour la mutation de propriétaire, néanmoins lorsqu'une fille, propriétaire d'un fief, vient à se marier, son mari doit la foi & le rachat ou relief, qu'on appelle relief de mariage, le mari est considéré en ce cas comme un nouveau vassal ; mais la coutume de Paris & plusieurs autres, exemptent de ce droit le premier mariage des filles, & cette jurisprudence a été étendue aux autres coutumes qui ne distinguent point.

La mort du bénéficier donne aussi ouverture au rachat ; & pour les chapitres, colleges ou communautés, c'est la mort de l'homme vivant & mourant, mais cela n'a lieu qu'au profit des seigneurs particuliers, nos rois ayant affranchi de ces droits les bénéficiers qui ont des fiefs dans leur mouvance.

On appelle rachat abonné ou ameté, celui par lequel le seigneur est convenu à perpétuité à une certaine somme.

Enfin on appelle rachat rencontré, lorsque deux causes de rachat concourent en même tems, ou que pen dant le cours du premier il y a ouverture à un second.

Le seigneur qui a le choix d'une des trois choses dont on a parlé pour le relief ou rachat, doit consommer son option dans les 40 jours, après les offres du vassal.

Lorsque le seigneur opte le revenu d'une année, il doit jouir en bon pere de famille, & comme auroit fait le vassal ; il a tous les fruits naturels, civils & industriaux, même les profits casuels du fief ; il ne peut pas déloger le vassal, sa femme, ni ses enfans : il doit se contenter des lieux nécessaires pour serrer les fruits.

Le seigneur qui jouit du fief de son vassal pour le rachat, doit pendant cette année acquiter les charges du fief qui sont inféodées.

Quand le fief du vassal se trouve affermi sans fraude, le seigneur doit se contenter de la redevance portée par le bail.

Si le fief ne consiste qu'en une maison occupée par le vassal, celui-ci doit en payer le loyer, à dire d'experts.

Sur le rachat, ou relief, voyez les coutumes au titre des fiefs, & leurs commentateurs, les traités des fiefs, notamment celui de Guyot, titre du relief. Voyez aussi les mots FIEF, MUTATION, PROFITS DE FIEF, RELIEF. (A)

RACHAT DES AUTELS, (Hist. ecclés.) droit que s'arrogerent les moines, dans le neuf, dix & onzieme siecles, de faire le service divin, en succédant aux vicaires des églises. Les évêques à la mort des vicaires, avoient le droit incontestable de pourvoir aux autels ; mais dans ces tems malheureux, les moines avides, souffrant avec peine d'être privés de l'administration des autels, userent de leur crédit pour retirer le culte divin des mains des évêques, moyennant une certaine somme que l'on appella pour lors le rachat des autels, redemptio altarium ; ce fut-là la principale plainte d'Yves de Chartres dans la lettre qu'il écrivit au pape Urbain, qui tint en 1094 le concile de Clermont, où par le septieme canon, les évêques furent rétablis dans leur ancien droit, mais le rachat des autels ne laissa pas que de subsister encore long-tems. (D.J.)


RACHES. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme à la cour du roi d'Ethiopie & d'Abyssinie, le principal de ses ministres, qui est en même tems généralissime de ses troupes ; il a sous lui deux inspecteurs, dont l'un s'appelle bellatinoche-gouta, c'est-à-dire seigneur des esclaves, qui fait les fonctions de grand maître de la maison du roi, & qui commande aux vicerois, gouverneurs, & même aux magistrats du royaume. Le second s'appelle takak, ou zekase bellatinoche-gouta ou seigneur des moindres esclaves.

RACHE DE GOUDRON, (Marine) c'est la lie du mauvais goudron.


RACHETABLEadj. (Jurisprud.) se dit de ce qui est sujet au rachat, comme le domaine du roi ou un domaine particulier : en vertu de la faculté de rachat, une rente constituée est rachetable de sa nature, & la rente fonciere l'est par convention. Voyez RACHAT, REMERE, DOMAINE, RENTE. (A)


RACHETERv. act. (Jurisprud.) signifie quelquefois reprendre, comme racheter un fief, ou payer le droit de rachat ou relief ; on dit aussi racheter une rente, une pension, c'est-à-dire la rembourser. Voyez REMBOURSEMENT.

RACHETER, (Archit.) c'est corriger un biais par une figure réguliere, comme une plate-bande qui n'étant pas parallele, raccorde un angle hors d'équerre avec un angle droit dans un compartiment. Ce mot signifie encore, dans la coupe des pierres, joindre par raccordement deux voûtes de différentes especes ; ainsi on dit qu'un cul-de-lampe rachette un berceau, lorsque le berceau y vient faire lunette ; que quatre pendentifs rachettent une voûte sphérique, ou la tour ronde d'un dôme, parce qu'ils se raccordent avec leur plan circulaire, &c. Voyez Daviler. (D.J.)


RACHITIou RHACHITIS, (Médec. prat.) maladie ainsi appellée de , épine du dos, parce que la cause & les principaux symptomes paroissent resider dans cette partie du corps ; elle n'a point été connue avant le milieu du seizieme siecle, où elle commença ses ravages par les provinces occidentales de l'Angleterre, d'où elle se répandit avec beaucoup de promtitude dans tous les pays septentrionaux de l'Europe. Les enfans sont les seules victimes que le rachitis immole à ses fureurs ; elle les prend au berceau depuis le sixieme mois environ de leur naissance, jusqu'à l'âge d'un an & demi, & plus rarement jusqu'à ce qu'ils ayent atteint la moitié de leur premier lustre ; son invasion est marquée par les signes suivans.

La proportion de grosseur qui se trouve entre les différentes parties du corps, commence à cesser de façon que les parties musculeuses, les extrêmités, le col s'amincissent, deviennent grêles & décharnés, cependant la tête grossit, le visage se boursouffle, le ventre se porte en-dehors & présente au toucher une enflure mollasse, la peau perd sa force & son coloris ; elle est d'une blancheur fade, lâche & flasque ; les jointures des os ressortent davantage, leurs épiphyses augmentent en volume, tandis que le corps de l'os est délié & diversement recourbé ; ce vice très-considérable dans l'épine du dos & dans les côtés, retrécit la poitrine par derriere, & la porte en pointe sur le devant, les carotides & les jugulaires dans qui le mouvement du sang est sans-doute gêné par cette disposition vicieuse de la poitrine, paroissent au col très-amples & très-dilatées ; on remarque enfin dans ces malades un développement plus promt de l'esprit, & beaucoup plus de vivacité qu'à l'ordinaire ; à mesure que ces enfans grandissent & que le mal s'invétère, de nouvelles facultés découvrent en eux de nouveaux maux ; dans le tems où suivant l'ordre de la nature & les lois de l'éducation, l'usage des piés leur est accordé, à peine peuvent-ils en profiter, quelques pas les fatiguent ; leurs jambes énervées, engourdies au moindre mouvement, ne leur permettent pas de courir, de sauter, d'aller & de venir, jeux & occupations de leur âge ; on les voit aussi en choisir auxquels ils puissent vaquer étant assis ; leurs bras n'ont pas plus de force, ils ne sauroient vaincre la plus petite résistance, & leur col délié ne soutient qu'avec peine le poids considérable de leur tête grossie, qui chancelle de côté & d'autre ; à ces symptomes propres au rachitis, se joignent en divers tems la dentition difficile, des dévoyemens presque continuels, des sueurs fréquentes, difficulté de respirer, digestion laborieuse, &c. & enfin survient la fievre lente qui hâte le funeste coup d'une mort prématurée.

Parmi les causes, qui, suivant une observation repetée, donnent le plus communément naissance au rachitis, on n'en voit point à qui l'on puisse attribuer l'origine de cette maladie, il n'y en a point qui n'agît avant le seizieme siecle ; cependant, ou elle ne produisoit pas cet effet, ou cet effet produit n'étoit pas observé, ce qui n'est guere vraisemblable ; car le silence des auteurs antérieurs est général sur ce sujet, & tous ceux qui sont venus après s'accordent à en reconnoître la nouveauté, & à fixer la même époque ; comme on peut voir dans les dissertations particulieres que Glisson, Mayow, Hoffman, &c. en ont données ; il ne paroît pas même que ces écrivains se soient beaucoup occupés à rechercher la cause qui a déterminé pour la premiere fois l'invasion de cette fâcheuse maladie ; y auroit-il eu dans ce tems-là une disposition singuliere dans l'air qui dirigeât à cet effet particulier les causes générales d'atrophie, de consomption, ou d'autres maladies ? C'est ce qu'il n'est pas possible d'assurer ; on peut seulement le présumer, & cette conjecture pourra se soutenir par le défaut d'autres plus vraisemblables ; mais laissons cette frivole aitiologie que le raisonnement seul pourroit établir, pour passer à l'examen des causes qu'une observation constante a démontré concourir plus efficacement à la production du rachitis.

Ces causes sont, 1°. l'air froid & nébuleux chargé de mauvaises exhalaisons : la preuve en est que cette maladie est très-fréquente à Londres, où l'air est un espece de cloaque épais, rempli d'exhalaisons & des vapeurs du charbon de terre ; dans les endroits maritimes, ou situés sur le bord des rivieres & des marais. 2°. La mauvaise constitution des parens : le rachitis est très-familier aux enfans, dont les pere & mere sont d'un tempérament foible & lâche, qui vivent dans l'oisiveté & la mollesse ; qui usent d'alimens de mauvais sucs, visqueux, affadissans ; qui sont épuisés par les maladies chroniques, sur-tout véneriennes, & par des excès en différens genres. 3°. Le défaut d'une bonne nourrice : ces tendres victimes susceptibles des moindres impressions ne tardent pas à se ressentir des qualités pernicieuses d'un lait fourni par une nourrice colere, ivrogne, intempérante, vérolée, phthisique, scrophuleuse, ou attaquée de quelqu'autre maladie, ou enfin enceinte, & c'est, à ce que l'on prétend, le vice du lait le plus propre à produire le rachitis & celui qui doit en favoriser les progrès. Des nourrices mercenaires à qui par une coutume barbare introduite par la mollesse, on confie les enfans, se gardent bien de déclarer aux parens leur grossesse, dans la crainte qu'on ne retire avec les enfans le salaire qu'on leur payoit, elles font par une punissable avarice avaler à ces pauvres innocens un lait empoisonné, germe fécond d'un grand nombre de maladies, & principalement du rachitis. J'ai vû plusieurs enfans attaqués de cette maladie, qui la devoient à une semblable cause ; les nourrices sont encore en faute, lorsqu'elles portent entre les bras pendant des journées entieres ces enfans emmaillotés dans une situation gênée, qui leur tient l'épine du dos courbée & les jambes inégalement tendues ; de même aussi lorsque par défaut d'attention, elles leur laissent faire des chûtes sur le dos. 4°. La disposition vicieuse des enfans qui peut avoir pris naissance d'un mauvais régime, de l'usage d'alimens peu convenables à leur âge ; tels sont les substances aqueuses & muqueuses, les fruits d'été cruds, les poissons, le pain non levé & toutes ces panades indigestes, dont on engorge les enfans à Paris, & qu'un homme fait a de la peine à soutenir ; les maladies précedentes mal traitées ne contribuent pas peu à entretenir ou former cette mauvaise disposition ; la petite vérole, par exemple, la rougeole, des dartres, la teigne, la gale, la croûte de lait repercutées donnent souvent lieu au rachitis.

L'action de ces différentes causes tend à déranger la nutrition, à la distribuer inégalement dans les diverses parties du corps, de façon que quelques-unes regorgent de parties nutritives, tandis que d'autres en sont dépourvues ; de là vient l'inégalité d'accroissement ; mais on observe dans cette inégale distribution d'embonpoint, une sorte de régularité. On a cru que la nutrition avoit lieu dans tous les organes qui tiroient leurs nerfs du cerveau, & que les parties dont les nerfs naissoient de la moëlle épiniere étoient les seules qui ne fussent pas suffisamment nourries ; l'observation est conforme sur ce point à ce sentiment ; l'ouverture des cadavres y ajoute encore un nouveau poids. Il paroît évidemment que tous les visceres du bas-ventre, & sur-tout le foie, sont beaucoup plus gros qu'à l'ordinaire ; du reste, les glandes du mesentere sont gorgées, plus apparentes & plus dures ; les poumons sont à la vérité plus petits, mais les parois retrécies du thorax s'opposoient à leur accroissement ; on les trouve en revanche surchargés d'humeurs, remplis de concrétions ; quelquefois de petits abscès, & presque toujours adhérens à la plevre. Le cerveau n'offre rien de remarquable qu'un volume bien au-delà du naturel ; toutes ces parties sont munies de nerfs qui sortent du cerveau : les parties musculeuses externes, les extrêmités qui n'ont que des nerfs spinaux sont toutes dans l'amaigrissement ; d'où l'on a tiré une conclusion qui n'est pas sans fondement, donc il y a un engorgement dans la moëlle épiniere qui empêche la distribution du suc nourricier par les nerfs auxquels elle donne naissance ; il doit donc refluer dans les nerfs que fournit le cerveau absolument libre ; de là le promt accroissement de cet organe & de tous ceux qui en dépendent ; de là aussi le développement de l'esprit, sa vivacité prématurée proportionnée à la force des nerfs, à la facilité avec laquelle ils reçoivent & retiennent les impressions, & forment les idées, tant le matériel influe sur le spirituel des opérations de l'ame. Il faut, suivant ce système, reconnoître que les nerfs sont les principaux organes de la nutrition ; & par conséquent, priver de cette fonction les extrêmités capillaires des vaisseaux sanguins ou lymphatiques, que la théorie ordinaire leur avoit accordée ; mais je ne vois rien dans cette idée que de très-vraisemblable & très-conforme aux expériences, aux observations & aux lois bien connues de l'économie animale. C'est une expérience connue que la section totale d'un nerf fait tomber dans l'atrophie la partie dans laquelle il se distribuoit ; il paroît d'ailleurs que l'humeur qu'on observoit dans les nerfs est plus propre à cet usage qu'à exécuter les mouvemens & les sensations, à quoi les nerfs solides auroient pû suffire ; en creusant cette opinion, on y trouveroit la solution satisfaisante de plusieurs phénomenes regardés comme inexplicables ; nous sommes obligés de passer sous silence ces détails intéressans qui ne seroient pas ici à leur place. Voyez NERF. Revenons à notre sujet ; la courbure des os & la grosseur de leurs épiphyses dépendent de leur ramollissement, des obstacles qui se trouvent dans le corps de l'os, qui retiennent toutes les humeurs dans les extrêmités spongieuses & faciles à se dilater. Plusieurs auteurs ont pensé que les os étoient courbés par la force des muscles, qui dépourvûs de nourriture, restoient toujours de la même longueur, par conséquent ne pouvoient s'étendre, s'allonger sans faire un arc afin que les deux extrêmités conservassent toujours la même distance entr'elles, mesurée par la longueur constante du muscle. Cette explication est éclaircie par la comparaison d'un arbre qui seroit tiré par une corde ; il seroit obligé en croissant d'obéir à cette action, & de se couder ; elle est encore fondée sur ce théoreme de Géométrie, que toute ligne posée entre deux points fixes ne sauroit s'allonger sans devenir oblique, ou courbe ; ce qui y ajoute un nouveau poids, c'est l'observation qui fait voir que les os ne se plient que du côté où il y a des muscles qui tirent ; par exemple, que la jambe est convexe par-devant, & courbée en arriere du côté qui donne attache au solaire, aux gastronumieres, &c. Cette remarque n'a pas échappé aux bonnes femmes qui se mêlent de traiter les enfans rachitiques ; elles ont toujours soin d'appliquer les remedes, de faire les frictions du côté concave, & le succès justifie la bonté de leur méthode.

Cette maladie fâcheuse par les accidens qu'elle entraîne & qui servent à l'établir, l'est encore plus par les suites funestes qu'elle manque rarement d'attirer lorsqu'elle n'est pas prévenue par une mort prochaine ; c'est dans les premiers instans où l'enfant jouit de la vie, que doivent se jetter les fondemens d'une santé durable. Mais quels affreux commencemens ; il n'est pas un seul viscere qui soit dans son assiete naturelle, & qui exerce ses fonctions d'une maniere convenable ; alors se forment ces dérangemens qui sont le noyau des maladies longues, habituelles, qui se développeront après un certain âge, ou de cet état languissant & maladif qui n'aura d'autres bornes que celles de la vie ; victimes infortunées, elles commencent à souffrir en naissant, & sont destinées à des souffrances presque continuelles. Telle est l'horrible perspective qui se présenteroit à leurs regards, si leur vue pouvoit percer dans l'avenir ; la mort d'un côté, & de l'autre la vie la plus desagréable, cent fois plus à craindre que la mort ; & le tout pour expier innocemment les crimes & les débauches de leurs parens, ou l'intempérance & les vices d'une malheureuse nourrice. Souvent à l'incommodité d'une foible santé se joint le desagrément d'une mauvaise conformation ; il n'est pas rare de voir les enfans rachitiques devenir bossus ou boiteux à l'âge de sept à huit ans, & être ainsi défigurés pour le reste de leurs jours ; peut-être que la gibbosité & le rachitis ne sont que les divers périodes d'une même maladie dépendante d'une cause commune. On doit s'attendre que ces accidens succedent au rachitis, s'il n'est pas terminé & détruit entierement à l'âge de cinq ans : la mort est à craindre s'il a dégénéré en phthisie, en fievre lente, en hydropisie de poitrine ou de bas-ventre ; si les autres symptomes sont considérables, si la disproportion des parties est notable, & l'amaigrissement extrême, si l'enfant est né rachitique, ou si cette maladie s'est déclarée peu de tems après la naissance, elle est en général d'autant plus dangereuse, qu'elle a commencé plus tôt. On peut espérer de la guérir dans les cas contraires ; la guerison n'est pas eloignée dès que les symptomes commencent à diminuer ; les éruptions cutanées survenues pendant le rachitis sont d'un très-bon augure ; elles annoncent & operent la guérison ; on vient aussi plus aisément à bout du rachitis qui provient du défaut de régime, de la mauvaise constitution de l'air, de la suppression de la gale, de la teigne, &c. que de celui qui est héréditaire ; enfin on peut toujours fonder quelque espérance sur les résolutions générales qui arrivent fréquemment aux enfans, & sur celle enfin qui est plus remarquable à l'âge de puberté.

Lorsqu'on entreprend le traitement d'un enfant rachitique, il ne faut pas oublier que les différens remedes que la Pharmacie fournit font moins d'effets à cet âge que dans d'autres, & qu'ils sont plus souvent pernicieux ; ainsi on doit bien se garder de surcharger de médicamens ces machines délicates, déja assez affaissées par la maladie : ajoutez à cela que les enfans encore dans l'état de nature, plus conduits par les sensations agréables ou le plaisir, que par la raison, répugnent toujours aux remedes dont le goût est pour l'ordinaire détestable, & refusent absolument de les prendre. C'est pour quoi il faut principalement compter sur les secours que le régime fournit ; & en conséquence si l'enfant est encore en nourrice, lui en procurer une bien portante, & qui ait le moins de mauvaises qualités, ou à son défaut, nourrir l'enfant avec du lait de chevre ou de vache, qui trop épais a besoin d'être coupé avec de l'eau, ou avec la décoction de quelque plante appropriée, mais qui n'ait point de goût desagréable, telle qu'est le chiendent ; car il ne faut pas leur donner de la répugnance pour les alimens en en corrompant la saveur. Si l'enfant peut supporter des alimens plus solides, on aura soin de ne lui en présenter que de facile digestion, secs & sans graisse, assaisonnés même de quelque léger aromate ; leur boisson doit être de l'eau aiguisée de quelques gouttes de vin vieux, ou de l'eau ferrée, ou des eaux minérales légérement ferrugineuses, qui n'ayent rien de rebutant ; on doit tâcher de les tenir dans un endroit sec, bien airé & modérément chaud ; il faut aussi que leurs linges ne soyent ni humides ni froids. Les habillemens & même les chemises de laine leur conviendroient très-bien ; on pourroit les imprégner de quelque vapeur spiritueuse, de même que le lit dans lequel on les couche, qu'on pourroit aussi remplir de simples aromatiques. L'exercice ne doit pas être négligé : si l'enfant ne peut pas marcher, il faut le promener en voiture, l'agiter, le balancer, &c.

Les remedes intérieurs par lesquels on peut seconder l'effet de ces secours diététiques, sont les purgatifs, les extraits amers, les préparations de mars & les absorbans. Les purgatifs ne sont jamais indifférens à cet âge, sur-tout ceux qui poussent par les selles ; les émétiques sont cependant très-appropriés dans le cas présent, moins par l'évacuation qu'ils procurent, que par la secousse générale qu'ils excitent ; on doit préférer l'hypecacuana aux préparations d'antimoine ; les cathartiques les plus convenables sont la rhubarbe, le diagrede, le jalap & le mercure doux. On peut associer ces médicamens, en former des poudres ou des bols, en continuer l'usage pendant plusieurs jours, & réitérer souvent cette purgation ; la manne, la casse, les huileux, tous purgatifs indigestes si peu efficaces & si usités, seroient ici très-déplacés. A ces remedes on fera succéder les opiates, ou les poudres stomachiques, toniques, absorbantes. Parmi les amers on pourra choisir la fougere, que l'observation ou le préjugé ont consacré particulierement dans ce cas, & qu'on regarde comme éminemment anti-rachitique. Si l'engourdissement étoit considérable, & que l'effet des remedes précédens ne fût pas assez sensible, il seroit à propos de leur joindre des médicamens un peu plus actifs, tels que les plantes aromatiques, quelques gouttes d'élixir de propriété de Paracelse, ou même d'esprit volatil de corne de cerf succiné, & autres semblables. Si la suppression de quelque éruption cutanée avoit donné naissance au rachitis, il faudroit faire tous ses efforts pour la rappeller ; ou même ne seroit-il pas avantageux de procurer ces maladies ? on pourroit le faire en couchant les enfans avec des galeux, des teigneux, &c.

A l'extérieur conviennent principalement les frictions seches, avec des étoffes de laine imprégnées de vapeurs aromatiques, les linimens avec des baumes spiritueux, les douches avec des eaux minérales chaudes sur les différentes parties du corps exténuées, & sur-tout sur l'épine du dos ; les bains ou demi-bains aromatiques, ou avec des eaux thermales ; les fomentations avec les mêmes matieres, & quelquefois aussi l'application des vésicatoires derriere les oreilles ou à la nuque du cou ; quelques auteurs proposent aussi les cauteres & les setons ; mais le bien incertain qui pourroit en résulter ne sauroit compenser le désagrément, les douleurs & l'incommodité qu'ils occasionnent ; d'autres conseillent les sangsues ; mais ce remede n'est approprié ni à la maladie, ni à l'age du sujet. Les charlatans anglois comptent beaucoup sur les scarifications des oreilles ; ils prétendent qu'on ne peut guérir aucun rachitique sans cette operation : ce qui est démontré faux par l'expérience journaliere ; cependant ce secours peut avoir l'avantage d'évacuer quelques humeurs de la tête ; son effet est assez analogue à celui des vésicatoires, quoique moins puissant, & à celui de l'opération de percer les oreilles, qu'on voit quelquefois dissiper les fluxions invétérées. Lorsque les os ont commencé à se courber, il faut tâcher de prévenir un vice plus considérable, & même corriger doucement celui qui est formé, par des ligatures, des bandages, des cors, des bottines, &c. convenables à la partie pour laquelle ils sont destinés, & à la gravité du mal.


RACINAGES. m. c'est en terme de Teinture, le bouillon ou la décoction de la racine, écorce, feuille de noyer & coque de noix.


RACINALS. m. (Archit. hydraul.) piece de bois dans laquelle est encastrée la crapaudine du seuil d'une porte d'écluse.


RACINAUXS. m. pl. (Archit. hydraul.) pieces de bois, comme des bouts de solives, arrêtées sur des pilots & sur lesquelles on pose les madriers & plateformes pour porter les murs de douve des réservoirs. On appelle aussi racinaux des pieces de bois plus larges qu'épaisses qui s'attachent sur la tête des pilots, & sur lesquelles on pose la plateforme. Ainsi lorsqu'on a enfoncé les pilots, on remplit tout le vuide avec des charbons, & par-dessus les pieux, d'espace en espace, on met les racinaux qu'on cloue sur la tête des pieux. C'est sur ces racinaux qu'on attache de grosses planches de cinq pouces d'épaisseur, qui forment la plateforme. Daviler. (D.J.)

RACINAUX DE COMBLE, (Archit.) espece de corbeaux de bois qui portent en encorbellement sur des consoles le pié d'une forme ronde, qui couvre en saillie le pignon d'une vieille maison.

Racinaux d'écurie, petits poteaux qui, arrêtés de bout dans une écurie, servent à porter la mangeoire des chevaux.

Racinaux de gruë, pieces de bois croisées qui font l'empatement d'une gruë, & dans lesquelles sont assemblés l'arbre & les arcboutans. Lorsqu'elles sont plates, on les nomme soles. Daviler.


RACINES. f. (Botan.) la racine est la partie de la plante qui reçoit la premiere le suc de la terre, & qui le transmet aux autres ; cette partie est presque toujours dans la terre ; il y a très-peu de plantes où elle soit hors de terre, & nous n'avons presque que le lierre & la cuscute qui ayent une partie de leurs racines découvertes ; mais on ne connoît aucune plante qui n'ait sa racine attachée à la terre ou à quelque corps terrestre.

Toutes les racines sont garnies de fibres & d'une écorce plus ou moins épaisse ; mais comme les differences des racines se tirent de leur principale partie, on n'emploie guere le terme de fibre que lorsqu'elles font cette principale partie.

On peut considérer les racines par rapport à leur tissu, à leur structure & à leur figure.

Le tissu des racines est ou charnu, ou composé de fibres sensibles. Les racines charnues, ou d'un tissu charnu, sont celles dont le corps est une espece de chair, dans laquelle on ne découvre pas de fibres sensibles ; telles sont les racines de l'iris, du cyclamen, du safran, du lis, &c.

Les racines dont le corps est tissu de fibres entrelassées & serrées à-peu-près comme des brins de filasse, sont ou molles ou dures. Les molles sont semblables à celles du fenouil, du chardon-rolland ; on peut les appeller racines à trognons. Les racines dures & ligneuses sont celles du poirier, de l'amandier, du chêne, &c.

Par rapport à la structure, les racines sont composées ou de fibres, ou de plusieurs autres racines, ou d'écailles, ou enfin de tuniques.

Les racines composées de fibres sont ou chevelues ou fibrées ; on appelle chevelues celles dont les fibres sont très-menues & semblables aux cheveux, comme celles du froment, du seigle, &c. on nomme fibrées les racines dont les fibres sont d'une grosseur considérable, comme celles de la violette, de la primevere, &c. Il y en a quelques-unes parmi celles-ci qui poussent des jets qui courent entre deux terres ; on peut les appeller racines fibrées & traçantes.

Les racines composées d'autres racines ont les mêmes racines disposées en bottes, & se nomment racines en botte, comme celles de la guimauve ; ou bien elles ont les mêmes racines disposées sans ordre dans leur longueur, comme celles du poirier. Lorsque ces racines sont plusieurs navets joints ensemble, on les appelle racine à navet, comme celles de l'asphodele, de la pivoine, &c. Si ce sont des grumeaux entassés, on les nomme racines grumeleuses, comme celles de plusieurs renoncules. Il y a quelques racines composées, qui sont des tubercules appliqués l'un sur l'autre, comme on le voit dans le safran & dans le glayeul. On en trouve quelques-unes qui sont des tubercules attachés l'un contre l'autre, savoir celles de la fritillaire, du colchique, &c.

Les racines à écailles ou écailleuses sont composées de plusieurs écailles attachées à un pivot. Il ne faut pas confondre les racines écailleuses avec les racines écaillées ; car les racines écaillées sont d'une seule piece, dont la surface est taillée en écailles comme celles de la dentaire, au lieu que les racines écailleuses sont à plusieurs écailles séparées les unes des autres.

Les racines bulbeuses ou les racines à oignons sont composées de plusieurs peaux ou tuniques appliquées les unes sur les autres, & emboîtées, pour ainsi dire, les unes dans les autres ; elles forment un massif presque rond ou oblong, telles sont les racines de l'oignon commun, du narcisse, de la jacinthe, &c.

Par rapport à la figure, les racines sont rondes & tubéreuses, comme celles du cyclamen, du safran, du bulbo-castanum ; ovales comme celles de plusieurs oignons, & de quelques especes d'orchis, longues & en pivot, que l'on appelle racines piquantes, comme celles de la rave ; à genouillet, comme celles de l'iris, du sceau de Salomon ; en perruque comme la plûpart des racines chevelues.

Les fonctions des racines & la maniere dont elles s'exercent, ne sont encore que fort peu connues. On peut seulement conjecturer que la racine est destinée à affermir la plante dans terre, ou à en tirer de la nourriture ; quelquefois même toute sa surface est propre à cette fonction, comme cela paroît dans les truffes ou dans les pommes de terre. Alors cette surface des racines est parsemée d'une infinité de petites bouches qui sucent le suc nourricier, & l'introduisent dans les vaisseaux dont elles sont les ouvertures, d'où ce suc se distribue dans tout le corps de la plante. Dès que le suc nourricier y est entré, il est crud, & retient la nature des corps qui le fournissent. Ces corps sont ordinairement la terre ou l'eau, qui reçoivent de nouveau tôt ou tard ce que les plantes en tirent ; car toutes celles qui naissent sur la terre ou dans l'eau, quand elles meurent, redeviennent partie de cette même terre ou de cette même eau, ou bien elles se dispersent dans l'air d'où elles retombent dans le sein de la terre ou dans l'eau en forme de rosée, de brouillard, de neige, de grêle, de gelée-blanche & de pluie. La terre est un chaos de tous les corps passés, présens & futurs dont ils tirent leur origine, ou dans lequel tous retombent.

L'eau, les esprits, les huiles, les sels, & toutes les autres choses qui entrent dans la formation des plantes sont renfermées dans la terre ; un feu souterrein, un feu artificiel, ou la chaleur du soleil les met en mouvement, fait qu'elles se mêlent avec l'eau, & s'appliquent aux racines des plantes qui pénetrent dans la terre. Ces sucs cruds circulent dans les plantes, sur tout au printems ; si pour-lors on les examine, on les trouve aqueux, fort délayés, & quelque peu acides ; on en a la preuve dans les liqueurs qui distillent au mois de Mars par des incisions faites au bouleau, à la vigne & au noyer.

Ensuite ces sucs poussés dans les divers organes de la plante, par un effet de sa fabrique, par la chaleur du soleil, par le ressort de l'air, par la vicissitude de son intempérie, qui est tantôt humide, tantôt seche, aujourd'hui froide & demain chaude, par le changement du jour & de la nuit, & par celui des saisons ; ces sucs, dis-je, se changent insensiblement, se cuisent, se perfectionnent par degrés, se distribuent dans chaque partie des plantes, & deviennent ainsi les sucs qui sont propres à leur végétation.

Ainsi les racines deviennent fécondes en troncs, en branches & en rameaux. On le voit dans les ormes des avenues nouvelles ; car étant ordinairement fossoyées & les racines de cet arbre courant beaucoup entre deux terres, le fossé met à nud plusieurs branches de racines qui poussent des jets feuillés, d'où il arrive que ces fossés sont ordinairement tapissés de touffes, de bouquets, de feuilles d'ormes, qui sont l'effet d'un assez grand nombre de rameaux qui sortent de toutes parts des branches souterraines de ces racines. Si on coupoit au pié les arbres portés sur ces racines, il arriveroit qu'un ou plusieurs de ces jets deviendroient à leur tour des troncs du même arbre, & sur-tout si, laissant les plus forts, on retranchoit les plus foibles.

Comme les racines se trouvent fécondes en troncs, & par conséquent en branches & en rameaux, &c. aussi les troncs & les branches sont réciproquement féconds en racines, lorsque l'occasion les met en état de montrer cette fécondité cachée, non-seulement dans les troncs, mais encore dans les branches ; on en a les preuves par les plantes rampantes, par les arbres enterrés au pié, & par les marcottes.

Enfin on sait depuis plus de deux mille ans, par le témoignage de Théophraste, hist. l. I. c. xij. & toutes les relations modernes confirment que les branches du figuier d'Inde jettent des racines pendantes, qui s'allongeant peu-à-peu, prennent terre, poussent une nouvelle tige, & couvrent ainsi la terre qui est autour du principal tronc d'une forêt très-épaisse. (D.J.)

RACINE, (Agricult.) la culture qu'on donne aux productions de la terre agit principalement sur les racines. Les labours, les arrosemens, les améliorations ont un rapport plus immédiat à cette partie des plantes qu'à toute autre. On distingue les racines en pivotantes & rampantes ; les premieres s'enfoncent presque perpendiculairement dans le terrein, les autres s'étendent suivant une direction presque horisontale. Les racines qui sortent immédiatement de la semence sont toujours du genre des pivotantes, elles pénetrent perpendiculairement dans la terre jusqu'à ce qu'elles trouvent le sol trop dur. Ces racines pivotantes, quand la terre facile à percer a du fonds, pénetrent quelquefois à plusieurs brasses de profondeur, à-moins qu'on ne les coupe, ou qu'on ne les rompe, soit de dessein prémédité, soit par accident, car alors elles changent de direction. Quand ces sortes de racines s'étendent horisontalement, on les nomme rampantes ; celles-ci sont d'autant plus vigoureuses qu'elles sont moins profondes en terre, les plus fortes se trouvant à la superficie dans cette épaisseur de terre qui est remuée par la charrue. Elles s'éloignent quelquefois assez considérablement de la plante qui les a produites, & deviennent si fines qu'elles échappent à la vûe, sur-tout quand elles ont pris la couleur de la terre qui les environne, ce qui arrive assez souvent. (D.J.)

RACINE, (Mat. méd.) on ignore généralement le tems propre à cueillir les racines de toutes les plantes qui sont employées dans la matiere médicale, ensorte que la plûpart ont perdu toute leur efficace, faute d'être tirées de terre à propos & avec connoissance. On les laisse gâter dans les jardins & les campagnes, dans l'idée qu'elles s'y conservent, & elles y pourrissent. Il faut les cueillir d'abord que les feuilles de leurs plantes tombent, & avant que les racines poussent de nouveau ; car c'est alors qu'elles ont plus de vertu, & qu'on peut les employer utilement. Mais tantôt le médecin fait une ordonnance de racines qui n'existent pas encore, & tantôt de celles qui sont vieilles, pourries & sans vertu. Telle est la honte de l'art ; ce que je dis des racines, on doit l'appliquer également aux feuilles, aux fleurs & aux graines des plantes ; cependant le vieux médecin clinique meurt dans sa routine & dans son ignorance, incapable de se corriger à un certain âge, & même trop occupé pour s'en donner la peine. (D.J.)

RACINE DE S. CHARLES, (Botan.) cette racine se trouve dans des climats tempérés, & spécialement dans Méchoacan, province de l'Amérique. Son écorce est d'une odeur aromatique, d'un goût amer, & tant-soit-peu âcre. La racine même est composée de fibrilles menues, qui se séparent aisément les unes des autres. L'écorce passe pour sudorifique, & fortifie l'estomac & les gencives. Les Espagnols lui attribuent de grandes vertus.

RACINE DE STE HELENE, (Bot.) Hernand la nomme cyperus americanus. Cette racine est longuette, pleine de noeuds, noire en-dehors, blanche en dedans, & d'un goût aromatique, à-peu-près semblable à celui du Galanga. On nous l'apporte du port de Ste Helene dans la Floride, province d'Amérique, où elle croît. Cette racine est extrêmement apéritive. On la recommande dans la colique néphrétique. Quelques-uns l'appliquent écrasée sur des parties foibles, pour les fortifier. (D.J.)

RACINE DE RHODES, (Botan.) nom vulgaire de l'espece d'orpin nommé par Tournefort anacampseros radice rosam spirante ; cette plante pousse ses tiges à la hauteur d'environ un pié, revêtues de beaucoup de feuilles oblongues, pointues, dentelées en leur bord : ses sommités sont chargées d'ombelles ou bouquets qui soutiennent de petites fleurs à plusieurs pétales disposés en rose, de couleur jaune pâle ou rougeâtre, tirant sur le purpurin. Quand ces fleurs sont passées, il leur succede des fruits composés de gaînes rougeâtres, ramassées en maniere de tête, & remplies de semences oblongues & menues : sa racine est grosse, tubéreuse, blanche en-dedans, charnue, succulente, ayant le goût & l'odeur de la rose quand on l'a écrasée. Cette plante croît sur les Alpes. On nous envoie sa racine seche parce qu'elle est de quelque usage dans la Médecine. (D.J.)

RACINE SALIVAIRE, (Botaniq.) voyez PYRETHRE.

RACINE, s. f. (terme de Grammaire) on donne en général le nom de racine à tout mot dont un autre est formé, soit par dérivation ou par composition, soit dans la même langue ou dans une autre : avec cette différence néanmoins qu'on peut appeller racines génératrices les mots primitifs à l'égard de ceux qui en sont divisés ; & racines élémentaires, les mots simples à l'égard de ceux qui en sont composés. Voyez FORMATION.

L'étude d'une langue étrangere se réduit à deux objets principaux, qui sont le vocabulaire & la syntaxe ; c'est-à-dire, qu'il faut apprendre tous les mots autorisés par le bon usage de cette langue & le véritable sens qui y est attaché, & approfondir aussi la maniere usitée de combiner les mots pour former des phrases conformes au génie de la langue. Ce n'est pas de ce second objet qu'il est ici question ; c'est du premier.

L'étude des mots reçus dans une langue est d'une étendue prodigieuse ; & si on ne prétend retenir les mots que comme mots, c'est un travail infini, & peut-être inutile : les premiers appris seroient oubliés avant que l'on eût atteint le milieu de la carriere ; qu'en resteroit-il quand on seroit à la fin, si on y arrivoit ? L'abbé Danet, dans la preface de son Dictionnaire françois & latin, jugeant de cette tâche par son étendue physique, dit qu'elle ne paroît pas infinie, puisqu'on enferme tous les mots d'une langue dans un dictionnaire qui ne fait qu'un médiocre volume. " Et c'est en effet en cette maniere, selon lui, que Joseph Scaliger, Casaubon & autres savans hommes les apprenoient. Ils en lisoient les divers dictionnaires, ils les augmentoient même de divers mots qu'ils trouvoient dans le cours de leurs études, ils ne croyoient point les savoir qu'ils ne fussent arrivés à ce degré ". Il n'est pas croyable, & je ne croirai jamais que la lecture d'un dictionnaire, quelque répétée qu'elle puisse être, soit un moyen propre pour apprendre avec succès les mots d'une langue, si ce n'est peut-être qu'il ne s'agisse d'un esprit stupide à qui il ne reste que la mémoire organique, & qui l'a d'autant meilleure que toute la constitution méchanique est tournée à son profit.

" Les langues, dit l'auteur des racines grecques, préface, ne s'apprennent que par l'usage ; & l'usage n'est autre chose qu'une répétition continuelle des mêmes mots appliqués en cent façons & en cent rencontres différentes. Il est à notre égard comme un sage maître, qui sait prudemment faire choix de ce qui nous est utile, & qui peut adroitement faire passer une infinité de fois devant nos yeux les mots les plus nécessaires, sans nous importuner beaucoup des plus rares, lesquels il nous apprend néanmoins peu-à-peu, & sans peine, ou par le sens des choses, ou par la liaison qu'ils ont avec ceux dont nous avons déja la connoissance. Mais cet usage, pour les langues mortes, ne se peut trouver que dans les anciens auteurs. Et c'est ce qui nous montre clairement que ce qu'on peut appeller l'entrée des langues, allusion au Janua linguarum de Coménius, ne doit être qu'une méthode courte & facile, qui nous conduise au plus tôt à la lecture des livres les mieux écrits ".

On a vu, article METHODE, qu'il faut commencer par de bons élemens, & passer tout d'abord à l'analyse de la phrase propre à la langue qu'on étudie. Mais comme cet exercice ne met pas dans la tête un fort grand nombre de mots, on a pensé à imaginer quelques moyens efficaces pour y suppléer. La connoissance des racines est pour cela d'une utilité dont tout le monde demeure d'accord ; & de très-habiles gens ont songé à préparer de leur mieux cette connoissance aux jeunes gens. Dom Lancelot est, à mon gré, celui qui a imaginé la meilleure forme dans son Jardin des racines grecques mises en vers françois. M. Etienne Fourmont, cet homme né avec une mémoire prodigieuse & des dispositions extraordinaires pour étudier les langues, a fait pour le latin ce que dom Lancelot avoit fait pour le grec : les racines de la langue latine mises en vers françois, parurent en 1706, livre devenu rare, trop peu connu, & qui mériteroit d'être tiré de l'oubli où il semble enseveli. Un habile disciple de Masclef a donné depuis au public, sous la même forme, les Racines hébraïques sans points-voyelles.

Ces vers sont aisés à retenir, parce que l'ordre alphabétique qui y est suivi, la mesure & les rimes régulierement disposées, conspirent à les imprimer aisément & solidement dans la mémoire.

Or il est certain que quand on sait les racines primitives, & que l'on s'est mis un peu au fait des particules propres à une langue, on n'est plus guere arrêté par les mots dérivés & composés, qui font en effet la majeure partie du vocabulaire.

RACINE D'UNE EQUATION, en Algebre, signifie la valeur de la quantité inconnue de l'équation. Voy. EQUATION.

Ainsi si l'équation est a2 + b2 = x2, la racine de l'équation est la racine quarrée de a2 + b2, ainsi (a2 + b2).

C'est une vérité reçue en Algebre, qu'une équation a toujours autant de racines qu'il y a d'unités dans la plus haute dimension de l'inconnue ; par exemple, une équation du deuxieme degré a deux racines, une du troisieme en a trois : ainsi l'équation x2 = a2 + b2, que nous venons de donner, a deux racines ou deux valeurs de x ; savoir x = + , & x = - . Cette propriété générale des équations peut se démontrer de la maniere suivante.

Soit xn + a xn + 1 + b xn - 1 +.... p = 1, une équation d'un degré quelconque ; & soit c une valeur de l'inconnue x, telle que substituant c au lieu de x dans l'équation, tous les termes se détruisent par des signes contraires, je dis que xn + a xn - 1 + b xn - 2.... + p, se divisera exactement par x = c. Car soit Q le quotient de cette division, le reste r, s'il y en a un, ne contiendra point de x, puisque x ne passe pas le premier degré dans le diviseur, & on aura (x - c) x Q + r égal & identique à xn + a xn - 1 + b xn - 2.... + p. Donc substituant c pour x dans (x - c) x Q + r, tous les termes doivent se détruire, & le résultat être c = 0. Donc cette substitution donnera (c - c) x Q + r = 0 & r = 0. Donc la division se fait sans reste.

On aura donc un quotient xn - 1 + A xn - 2+ B xn - 3 +.... + P. Et s'il y a une petite quantité C qui étant substituée par x dans ce quotient, fasse évanouir tous les termes, on prouvera de même que ce quotient peut se diviser exactement par x - c. En continuant ainsi, on trouvera que la quantité xn + a xn - 1 + b xn - 2, &c. peut être regardée comme le produit d'un nombre n d'équations simples x - c, x - C, x - D, x - E, &c. Donc puisque xn + a xn - 1 + b xn - 2.... &c. = 0, on aura x x x , &c. = 0. Or ce produit sera = 0 dans tous les cas suivans : 1°. x = c ; 2°. x = C ; 3°. x = D ; 4°. x = E, &c. Donc x a autant de valeurs qu'il y a de facteurs linéaires x - c x - C, &c. c'est-à-dire autant qu'il y a d'unités dans n.

Au reste, il ne faut pas croire que toutes ces valeurs soient ni toujours réelles, ni toujours positives. On les distingue en vraies, fausses, & imaginaires.

Racine vraie. Si la valeur de x est positive, c'est-à-dire si x est égale à une quantité positive ; par exemple, si x = r, la racine est appellée racine vraie ou positive. Voyez POSITIF.

Racine fausse. Si la valeur de x est négative, par exemple si x = - 5, on dit que la racine est fausse ou négative. Voyez NEGATIF. Par exemple, l'équation x x + 3 x - 10 - 0, a deux racines, l'une vraie, l'autre fausse, savoir x = 2 & x = - 5.

Racine imaginaire. Si la valeur de x est la racine quarrée d'une quantité négative, par exemple, si x = - 5, on dit alors que la racine est imaginaire.

C'est ce qui arrive dans l'équation x x + 5 = 0, qui a deux racines imaginaires x = + - 5 & x = - - 5. Si on multiplioit l'équation x x + 5 = 0 par l'équation x x + 3 x - 10 = 0, on formeroit une équation du quatrieme degré, qui auroit deux racines imaginaires + - 5 & - - 5, & deux racines réelles, l'une vraie + 2, l'autre fausse - 5.

Dans une équation quelconque, les racines imaginaires, s'il y en a, sont toujours en nombre pair. Cette proposition assez mal démontrée dans les livres d'Algebre, l'est beaucoup plus exactement dans une dissertation que j'ai imprimée au tome II. des Mém. françois de l'académie de Berlin. Voyez aussi IMAGINAIRE & EQUATION. Delà il s'ensuit que dans toute équation d'un degré impair, il y a au-moins une racine réelle.

L'Algebre est principalement d'usage pour mettre les problèmes en équations, & ensuite pour réduire ces équations, ou les présenter dans la forme la plus simple qu'elles puissent avoir. Voyez REDUCTION.

Quand l'équation est réduite à la forme la plus simple, il ne reste plus, pour achever la solution du problème, que de chercher par les nombres ou par une construction géométrique, les racines de l'équation. Voyez EQUATION & CONSTRUCTION.

M. l'abbé de Gua, dans les mémoires de l'académie royale des sciences de Paris, année 1741, nous a donné deux excellentes dissertations sur les racines des équations. Le premier de ces mémoires a pour titre : Démonstration de la regle de Descartes pour connoître le nombre des racines positives & négatives dans les équations qui n'ont point de racines imaginaires ; nous allons rapporter en entier l'espece de préface que M. l'abbé de Gua a mise à la tête de cet ouvrage : elle contient une discussion historique très-intéressante.

" Descartes, dit M. l'abbé de Gua, a donné sans démonstration, à la pag. 108. de sa géométrie, édit. de Paris, année 1705, la fameuse regle que j'entreprens de démontrer. On connoît de ceci, dit cet auteur, combien il peut y avoir de racines vraies & combien de fausses en chaque équation ; à savoir, s'il y en peut avoir autant de vraies que les signes + & - s'y trouvent de fois être changés, & autant de fausses qu'il s'y trouve de fois deux signes +, ou deux signes - qui s'ensuivent, &c.

Ces mots il peut y avoir, que Descartes repete deux fois dans cette proposition, évitant au contraire constamment l'expression il y a, marquent assez qu'il n'a pas regardé la regle qu'il avoit découverte, comme absolument générale, & qu'il a vu au contraire qu'elle devroit seulement avoir lieu, lorsque les racines que les équations peuvent avoir seroient toutes réelles ". M. l'abbé de Gua prouve cette vérité par d'autres endroits du même ouvrage, & il ajoute : " cet auteur s'est expliqué lui-même dans la suite de ce point, d'une maniere précise. Il trouve cette explication dans la lxvij. lettre du troisieme tome. Sa seconde objection, dit Descartes dans cette lettre, en parlant de Fermat, est une fausseté manifeste ; car je n'ai pas dit dans l'article 8. du troisieme livre ce qu'il veut que j'aie dit, à savoir qu'il y a autant de vraies racines que les signes + & - se trouvent de fois changés, ni n'ai eu aucune intention de le dire : j'ai dit seulement qu'il y en peut autant avoir, & j'ai montré expressément, art. 17. du III. liv. quand c'est qu'il n'y en a pas tant, à savoir, quand quelques-unes de ces vraies racines sont imaginaires. "

Quelque nombre de disciples & de commentateurs qu'ait eu ce grand géometre dans l'espace de près d'un siecle, il paroît néanmoins que personne, avant M. l'abbé de Gua, n'étoit encore parvenu à démontrer la regle dont nous parlons.

C'est sans-doute le xlj. chapitre du traité d'Algebre de Wallis, qui a été l'occasion de l'erreur de M. Wolf & de M. Saunderson, qui attribuent l'un & l'autre l'invention de cette regle à Harriot, algébriste anglois. On n'ignore pas que Wallis n'a rien oublié dans cet ouvrage pour arracher en quelque façon à Viete & à Descartes leurs découvertes algébriques, dont il se plait au contraire à revêtir Harriot son compatriote.

" Pour réfuter Wallis, sur l'article dont il est principalement question, nous ne nous servirons, continue M. l'abbé de Gua, que du témoignage de Wallis lui-même, & de Wallis parlant dans le même ouvrage. Il conteste, dans l'endroit que nous venons de citer, que la regle pour le discernement des racines, appartient à Descartes ; plus bas, au chap. lxiij. pag. 215. il continue à la vérité de proscrire cette regle à cause de son prétendu défaut de limitation, mais commençant alors à se contredire, il ne fait plus difficulté de la donner à son véritable auteur.

Wallis au reste n'est pas le seul qui ait attaqué la regle que nous nous proposons de démontrer.

Le journal des savans de l'année 1684, nous apprend, à la page 250. que Rolle la taxoit aussi de fausseté. Le journaliste donne ensuite deux exemples de ce genre ; mais dans ces exemples il se trouve des racines imaginaires.

C'est ce que remarque fort bien le pere Prestet de l'oratoire, dans la seconde édition des élém. liv. VIII. pag. 362.

La remarque de Rolle insérée dans le journal des savans, & la réponse du pere Prestet ne pouvoient manquer de réveiller l'attention de l'académie. Duhamel, qui en étoit alors secrétaire, fit donc mention dans son histoire, de l'observation de Rolle ; & il ajouta que l'académie ayant chargé Cassini & de la Hire d'examiner sa critique, ils avoient rapporté que Schooten avoit déja fait la même remarque, mais que cet auteur prétendoit que Descartes même n'avoit pas donné sa regle pour générale.

Si cette décision a dû en effet fixer le sens véritable de la regle de Descartes, n'auroit-elle pas dû exciter de plus en plus les géometres à chercher une démonstration rigoureuse de cette regle, aulieu de se contenter de la déduire par induction, comme on doit présumer que Descartes l'avoit fait, ou de l'inspection seule des équations algébriques par la multiplication de leurs racines supposées connues ? Un silence si constant sur une vérité qu'on pouvoit désormais regarder presque comme un principe, & dont ce pendant on n'appercevoit point encore l'évidence, n'étoit-il point en quelque sorte peu honorable pour les mathématiques " ? Nous renvoyons le lecteur, pour la démonstration de cette regle, au mémoire de M. l'abbé de Gua, qui l'a démontré de deux manieres différentes. Voyez à l'article ALGEBRE, l'histoire des obligations que cette science a aux différens mathématiciens qui l'ont perfectionnée, & sur-tout à Viete & à Descartes.

RACINE D'UN NOMBRE, en Mathématique, signifie un nombre qui étant multiplié par lui-même rend le nombre dont il est la racine ; ou en général le mot racine signifie une quantité considérée comme la base & le fondement d'une puissance plus élevée. Voyez PUISSANCE, &c.

En général la racine prend la dénomination de la puissance dont elle est racine ; c'est-à-dire qu'elle s'appelle racine quarrée si la puissance est un quarré ; racine cubique si la puissance est un cube, &c. ainsi la racine quarrée de 4 est 2, parce que 2 multiplié par 2 donne 4. Le produit 4 est appellé le quarré de 2, & 2 en est la racine quarrée, ou simplement la racine.

Il est évident que l'unité est à la racine quarrée, comme la racine quarrée est au quarré : donc la racine quarrée est moyenne proportionnelle entre le quarré & l'unité ; ainsi 1 : 2 : : 2 : 4.

Si un nombre quarré comme 4 est multiplié par sa racine 2, le produit 8 est appellé le cube ou la troisieme puissance de 2 ; & le nombre 2, considéré par rapport au nombre 8, en est la racine cubique.

Puisque l'unité est à la racine comme la racine est au quarré, & que l'unité est à la racine comme le quarré est au cube, il s'ensuit que l'unité, la racine, le quarré & le cube sont en proportion continue, c'est-à-dire que 1 : 2 : : 2 : 4 : : 4 : 8. par conséquent la racine cubique est la premiere de deux moyennes proportionnelles entre l'unité & le cube.

Extraire la racine d'un nombre ou d'une puissance donnée, comme 8, c'est la même chose que de trouver un nombre comme 2, qui étant multiplié par lui-même un certain nombre de fois, par exemple deux fois, produise ce nombre 8. Voyez EXTRACTION.

Une racine quelconque, quarrée ou cubique, ou d'une puissance plus élevée, est appellée racine binome, ou simplement binome quand elle est composée de deux parties ; comme 20 + 4 ou a + b. Voyez BINOME.

Si la racine est composée de trois parties, on l'appelle trinome, comme 200 + 40 + 5 ou a + b + c. Voyez TRINOME. Si la racine a plus de trois parties, on l'appelle multinome, comme 2000 + 400 + 50 + 6, ou a + b + c + d. Voyez MULTINOME.

M. l'abbé de Gua nous a donné de plus, dans un mémoire imprimé p. 455 du même vol. une méthode sur le nombre des racines imaginaires, réelles positives ou réelles négatives. Ne pouvant entrer dans aucun détail sur ce sujet, nous nous contenterons de dire avec l'auteur qu'on trouve sur cette méthode quelques vues générales, mais fort obscurément énoncées dans une lettre de Collins au docteur Wallis ; qu'ensuite M. Stirling a poussé ces vues un peu plus loin dans son énumération des lignes du troisieme ordre ; mais qu'il s'en faut bien que la méthode de ce géometre ne laisse plus rien à desirer. Nous croyons pouvoir en dire autant de la méthode de M. l'abbé de Gua, puisque cette méthode, de son propre aveu, suppose la résolution des équations qui n'est pas même trouvée absolument pour le 3e degré. Nous avons parlé à la fin de l'art. EQUATION, du travail de M. Fontaine sur le même sujet. (O)

RACINE, terme d'Astronomie, qui signifie une époque ou instant duquel on commence à compter les mouvemens des planetes. Il est avantageux chaque fois qu'on veut connoître le lieu moyen d'une planete, pour un tems donné, de le trouver calculé dans les tables astronomiques, où l'on a eu soin de reduire le lieu moyen ou l'anomalie moyenne des planetes au tems de quelque ere célebre, telle que l'ere chrétienne, l'ere de Nabonassar, celle de la création du monde, la fondation de Rome, le commencement de la période julienne, &c. Il a donc fallu trouver dans ces tables le lieu moyen des planetes pour ces eres proposées, & sur-tout pour les midis de tems moyen, & non pas de tems vrai ou apparent. Ces lieux moyens des planetes ainsi déterminés, se nomment les époques ou les racines des moyens mouvemens, puisque ce sont autant de points fixes d'où l'on part pour calculer tous les autres mouvemens. Voyez EPOQUE & TABLES. Inst. astr. p. 547. &c.

RACINE, partie des plantes par laquelle elles s'attachent à la terre ; il y a des racines bulbeuses, des tubéreuses & des fibreuses. La racine bulbeuse est ce que l'on appelle vulgairement un oignon, qui est le plus souvent garnie à sa base de racines fibreuses : les bulbes sont solides, radices bulbosae solidae ; par couches, tunicatae ; écailleuses, squamosae ; deux à deux, duplicatae ; ou plusieurs ensemble, aggregatae : elles sont aussi de différentes figures. La racine tubéreuse ou en tubercule est charnue & solide, elle devient plus grosse que la tige, elle y adhere ou y est suspendue par un filet, elle a différentes figures. La racine fibreuse est composée de plusieurs autres racines plus petites que leur tronc ; elle est perpendiculaire ou horisontale, charnue ou filamenteuse, simple ou branchue. Florae par. prod. par M. Dalibard.

RACINE, en Anatomie, se dit assez ordinairement de l'endroit dans lequel les parties font attachées.

On appelle racine des dents la partie de ces os qui est renfermée dans les alvéoles. Voyez ALVEOLE.

La racine du nez est cette partie qui répond à l'articulation des os du nez avec le coronal. Voyez NEZ & CORONAL.

Racine de la langue. Voyez LANGUE.

RACINE, (Critique sacrée) ; ce mot se prend au figuré dans l'Ecriture, soit en bonne, soit en mauvaise part, pour origine, principes, descendans, soit au propre soit au figuré. Racine amere. Hébr. xij. 15. , c'est une méchante racine. Il y a, dit l'Ecclés. xxj. 15. une finesse pleine d'amertume, c'est-à-dire une méchanceté. L'auteur du I. liv. des Macch. j. 2. appelle Antiochus une racine criminelle, , c'est-à-dire un prince dont les actions sont criminelles. L'Ecriture donne aussi figurément des racines aux vertus. La racine de la sagesse, dit le fils de Syrach, c. j. 24. est la crainte du Seigneur, & ses branches donnent une longue vie. (D.J.)

RACINES, (Chronolog.) certains points qu'on prend pour époques.

RACINE, couleur de (terme de Teinturier) on appelle couleur de racine, en terme de teinturier, la couleur fauve qui est une des cinq couleurs simples & matrices. Elle se fait communément avec de l'écorce de noyer, de la feuille & de la coque de noix. (D.J.)


RACKou ARAK, (Hist. mod.) liqueur spiritueuse très-forte, que les habitans de l'Indostan tirent par la fermentation & la distillation du suc des cannes de sucre, mêlé avec l'écorce aromatique d'un arbre appellé jagra. Cette liqueur est très-propre à enivrer ; son usage immodéré attaque les nerfs, suivant Bernier, & produit un grand nombre de maladies dangereuses. On ne sait si c'est la même que les Anglois apportent des Indes orientales, & dont ils font le punch le plus estimé parmi eux, quoiqu'il ait communément une odeur de vernis assez désagréable pour ceux qui n'y sont point accoutumés ; cependant on prétend que ce rack ou arak est une eau-de-vie tirée du ris par une distillation qui vraisemblablement a été mal faite, à en juger par le goût d'empyreume ou de brûlé qu'on y trouve. On apporte pourtant quelquefois des Indes orientales une espece de rack plus pur & plus aromatisé, qui paroît avoir été fait avec plus de soin & qui peut-être a été rectifié ou distillé de nouveau comme l'esprit de vin. Une très-petite quantité de ce rack mêlé avec une grande quantité d'eau, fait un punch beaucoup plus agréable que celui que les Anglois nomment rack-punch ordinaire. Quoi qu'il en soit, les voyageurs semblent s'être beaucoup plus occupés de boire ces liqueurs dans le pays, que de nous les faire connoître.


RACKELSBURG(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans la basse Stirie, nommée par les anciens Raclitanum, & par les Vandales Radcony. Elle est sur la gauche du Muer, à 8 milles au-dessous de Gratz. Elle a été incendiée & rebâtie plusieurs fois ; Elle a pour sa défense un château sur une montagne ; les Turcs furent battus devant cette place l'an 1418. Long. 34. 30. latit. 46. 55. (D.J.)


RACLou GRATTOIR, s. f. (Marine) petit ferrement tranchant qui est emmanché de bois, & qui sert à ratisser les vaisseaux pour les tenir propres.

La racle double, est une racle à deux tranchans.

Grande racle, est celle qui sert à nettoyer les parties qui sont sous l'eau.

Et la petite racle, est celle qui sert à nettoyer les parties qui sont hors de l'eau. (Z)

RACLE, terme de riviere, est l'endroit d'une riviere, où le terrein pendant un certain espace a plus de profondeur.


RACLERv. act. (Grammaire) ratisser quelque chose, en ôter les inégalités & le superflu. Les Parcheminiers & les Corroyeurs raclent, ceux-ci leurs cuirs, ceux-là les peaux dont ils fabriquent le parchemin & le vélin.

RACLER, en terme de Mesureurs de grains, signifie ôter avec la racloire ou radoire, ce qu'il y a de trop de grains sur les minots, boisseaux, & autres mesures lorsqu'elles ne doivent pas être données combles. Voyez MESURE & COMBLE ; on dit aussi rader. Voyez RADER, Dictionn. de comm.

RACLER, (Jardinage) se dit d'une allée où il n'y a point d'herbes, & où il ne faut que passer le racloir pour la nettoyer.

RACLER ou GRATTER, en terme d'Orfevre en grosserie, c'est polir avec le grattoir les parties creuses d'une piece d'orfevrerie, où la lime, de quelque espece qu'elle soit, ne peut être introduite. Voyez GRATTER & GRATTOIR.


RACLEURS. m. terme de Mesureur de grains, c'est une sorte de morceau de bois, qui est large d'environ trois doigts, avec un rebord, & qui sert à couper le blé quand on le mesure sur les ports de Paris.


RACLIA(Géog. mod.) écueil de l'Archipel, à 3 milles de Skinosa, entre les îles de Naxie & de Nio, à environ 4 lieues de l'une & de l'autre. Cet écueil a une douzaine de milles de circuit. Les moines d'Amorgos qui habitent Raclia, y font nourrir huit ou neuf cent chevres ou brebis.

Il semble d'abord que le nom de Raclia soit tiré d'Héraclée ; mais outre que les géographes anciens n'ont fait mention d'aucune île de ce nom, il y a beaucoup d'apparence que celle dont il s'agit ici a été connue sous le nom de Nicasia, que Pline, Etienne le géographe, Suidas, & Eustathe, placent auprès de Naxos. (D.J.)


RACLINou RACLINDE, (Géog. mod.) île de la mer d'Ecosse, au-delà du cap de Cantyr, du côté de l'est-sud-ouest, & à quatre milles seulement des côtes d'Irlande ; on la prend pour l'île Ricina de Pline. Voyez RICINA.


RACLOIRS. m. terme de Serrurier, fer tortillé, gros comme le pouce ou environ, qui est attaché à de certaines portes, & accompagné d'un anneau de fer, avec lequel on touche le racloir, afin d'avertir les gens du logis, qu'ils aient à ouvrir la porte. (D.J.)

RACLOIR, (Relieure) les Relieurs-doreurs se servent de cet outil pour unir les tranches du livre & les gouttieres avant d'y mettre l'or, & pour en ôter la superficie de la marbrure. C'est un morceau de bon acier d'environ un pié de long, évidé dans sa longueur, & ayant au milieu une queue de fer emmanchée comme un marteau à un morceau de bois arrondi. Le racloir est arrondi pour ratisser les gouttieres ; de l'autre bout il est quarré pour les tranches de la tête & de la queue des volumes. On a de ces outils de différentes largeurs pour les volumes plus ou moins gros. Voyez Pl. de la Relieure.

RACLOIR, (Tonnelier) instrument avec lequel les Tonneliers nettoyent les douves des futailles en-dedans ; cet outil se nomme une essette. Voyez ESSETTE.


RACLOIRES. f. instrument destiné à racler la langue pour enlever une pituite limoneuse qui exude de ses glandes. Dans l'état de santé, la langue est chargée, sur-tout au réveil, d'une lymphe blanchâtre & mucilagineuse : c'est cette humeur qui se porte sur les dents, s'y attache, & produit ces incrustations tartareuses qui sont les causes éloignées de la carie. On prévient ces inconvéniens dans leur principe, en s'assujettissant à se bien racler & nettoyer la langue tous les matins, avant que de se rincer la bouche ; il faut aussi avoir la précaution d'ôter le limon dont les dents sont couvertes. Bien des personnes se servent d'une petite regle d'écaille, souple & flexible, longue de sept à huit pouces, & large d'environ trois lignes. On la tient par les deux bouts, qu'on approche l'un de l'autre à un pouce de distance ; le centre courbé en arc est porté dans la bouche & sert à racler la langue : en considérant sa forme à sa partie supérieure, on voit qu'elle a une dépression dans le milieu, & qu'elle est composée de deux corps musculeux qui font sur les côtés deux éminences, selon toute sa longueur. On s'est déterminé en conséquence de cette structure, à faire des racloires d'argent dont la lame est pour-ainsi-dire festonnée, suivant la concavité du milieu de la langue, & les deux convexités de ses parties latérales. Les extrêmités un peu plus fortes sont configurées en coeur, & servent à être maintenues entre le pouce & le doigt indicateur de chaque main.

Il y a des racloires faites en espece de rateau sans dents & qui ont une queue, qui leur sert de manche ; cet instrument s'appelle aussi gratte-langue. Le sieur de Lescluze, dans un traité qui a pour titre, nouveaux élémens d'odontologie, publiés en 1754, dit qu'il a remarqué qu'il est presque impossible de nettoyer exactement les dents à leur partie postérieure, & qu'il a imaginé un gratte-langue, dont la queue est à pinces courbes. Les branches de cette pince se serrent par un anneau, comme un porte-crayon ; on met une éponge entre ces branches, & par ce moyen on enleve aisément de dessus les surfaces de toutes les dents, le limon qui forme le tartre, si préjudiciable à leur durée & à celle des gencives. (Y)

RACLOIRE, (Artillerie) instrument de fer qui, dans l'artillerie, sert à nettoyer l'ame & la chambre du mortier. Voyez MORTIER, AME, AMBREMBRE. (Q)

RACLOIRE, (Outil de divers ouvriers) instrument avec lequel on racle. Les Chauderonniers ont des racloires pour gratter les ustensiles de cuivre qu'ils veulent étamer ; les Graveurs au burin, pour ratisser les faux traits de leur gravure ; les Tonneliers, pour nettoyer les douves par le dedans des futailles ; ceux des Graveurs & Chauderonniers se nomment plus proprement des grattoirs, & la racloire des Tonneliers est ce qu'on appelle essette. Savary. (D.J.)

RACLOIRE, terme d'Ebeniste, c'est un outil dont se servent les menuisiers de placage & de marqueterie ; il est partie d'acier & partie de bois : ce qui est d'acier est une espece de lame de trois à quatre pouces de longueur, & de deux ou trois de haut ; la partie de bois qui sert de poignée est de même longueur, arrondie par le haut, avec une rainure par le bas, dans laquelle la lame est engagée. (D.J.)

RACLOIRE, pour graver en mezatinta ou en maniere noire, est un outil d'acier plat & emmanché d'un manche de bois ; cet outil est aiguisé en biseau & diagonalement comme on le voit représenté dans nos Planches ; les graveurs en maniere noire s'en servent pour racler le grain du cuivre & le rendre uni. Voyez GRAVURE EN MANIERE NOIRE.

RACLOIRE, (Horlogerie) lame tranchante des deux côtés, portée par un manche. Les Horlogers & d'autres artistes se servent de cet outil pour racler les plaques & les platines, & pour en effacer promtement les traits de la lime. Voyez nos Planches de l'Horlogerie.

RACLOIRE, instrument de bois fait en forme de regle, qui sert à racler ou rader les mesures de grains quand elles sont trop pleines & qu'on ne veut pas les rendre comble. Voyez RACLER.


RACLURES. f. c'est la poussiere ou les parties détachées d'un corps avec la racloire ; on dit de la raclure de corne de cerf ; de la raclure de parchemin, &c.


RACOLEURS. m. (Grammaire) espece de coquin, dont le métier est d'engager des hommes d'adresse ou de force. Au milieu d'une campagne, il y a peu d'officiers qui se fassent un scrupule d'employer des racoleurs.


RACONI(Géog. mod.) ou RACONIGI ; ville d'Italie dans le Piémont, entre Savillan & Turin, dans un pays charmant, sur les petites rivieres de Grana & de Macra. Il y a dans cette ville deux paroisses, onze couvens, dix d'hommes, un de filles, & environ sept mille habitans. Long. 25. 16. latit. 44. 35. (D.J.)


RACONTERv. act. (Gramm.) c'est faire le récit d'un fait, sans ajouter ni retrancher aux circonstances ; sans cela le récit devient un mensonge. L'histoire du faux Arnauld est une fourberie si compliquée, qu'elle est devenue presque impossible à raconter. On raconte d'Alexandre qu'il fit traîner à un char celui qui commandoit dans Gaza, quoique cet homme brave ne fût coupable à ses yeux que de s'être bien défendu. Il faut rabattre la moitié, & quelquefois le tout, de la plûpart des choses merveilleuses qu'on entend raconter. Celui qui raconte sans cesse, fatigue ; il montre beaucoup de mémoire, & peu de jugement. Le talent de bien raconter est rare.


RACORNIRSE, v. passif. (Gram.) c'est prendre la consistance & la couleur de la corne. Le feu racornit le parchemin, le cuir, la peau, le blanc d'oeuf, la viande.


RACOURS. m. (Manufact. en laine) c'est la quantité dont l'étoffe se raccourcit au moulin, à la teinture, & aux différens apprêts qu'on lui donne.


RACOVI(Géog. mod.) ou ARACOVI ; village de Grece, dans la Livadie. George Wheler, voyage, tom. II. pag. 16. dit : Dans ce village composé de grecs & d'albanois, avec un soubachi ou vayvode turc qui les gouverne, il n'y a point de mosquée ; mais il y a plusieurs églises, dont la meilleure est panagia, ou l'église de la sainte Vierge : les autres sont dédiées à S. George, à S. Démétrius & à S. Nicolas, & quelques autres petites chapelles. Les femmes ajustent là de petites pieces de monnoie, qui leur pendent sur le cou & sur les épaules : elles en parent aussi leurs corps-de-jupes & leurs manches. Elles peignent leurs cheveux en arriere, qu'elles tressent fort joliment sur leur dos, & y pendent à l'extrêmité des boutons d'argent : le reste de leur habillement est une longue veste de drap blanc. Ce sont tous des bergers & des bergeres qui paissent leurs troupeaux sur les montagnes.

On trouve quelques fragmens d'antiquité dans une église ; on y voit quelques morceaux de colonnes de marbre, & des chapiteaux d'ordre corinthien, ce qui fait croire que Racovi est une place ancienne. M. Spon a jugé que c'étoit l'ancienne Amphrysus ; mais Wheler, voyage de Zante à Athènes, liv. I. pag. 58. n'est point de ce sentiment, qui, dit-il, ne s'accorde ni avec Strabon, ni avec Pausanias, qui placent Amphrysus fort loin de l'endroit où est Racovi. (D.J.)


RACOVIE(Géog. mod.) ville ruinée de la petite Pologne, dans le palatinat de Sendomir. Elle est fameuse dans l'histoire par l'école & l'imprimerie que les Sociniens y ont eue, & elle étoit alors le siege de leur secte, qui s'est répandue dans tout le monde. Depuis qu'ils furent chassés de cette ville, en 1645, elle est devenue déserte.

Lubienietski (Stanislas), gentilhomme polonois, y prit naissance en 1623. Il est connu par son theatrum cometicum, & par quelques ouvrages dont on trouve les titres dans la bibliotheque des unitaires. Il étoit en grand commerce de lettres par toute l'Europe, & mourut empoisonné en 1675, à 52 ans.


RACQUITTERv. act. & passif, (Gram.) c'est en général réparer une perte faite au-delà de ses fonds. Celui qui se racquitte au jeu, s'y étoit endetté par une perte qui alloit au-delà de son argent comptant. Il se prend au figuré ; on racquitte le tems perdu ; on se racquitte d'une défaite par une victoire, &c.


RADAINUSS. m. (Hist. nat.) nom d'une pierre à qui l'on attribue des vertus fabuleuses. On dit qu'elle est noire & transparente ; qu'elle se trouve dans la tête d'un coq ou d'un chat de mer.


RADARIES. f. terme de relation, on nomme ainsi un droit qu'on paye en Perse au gouverneur de la province, sur toutes les marchandises, pour la sureté des grands chemins, particulierement dans les lieux dangereux, & où la rencontre des voleurs est ordinaire. Voyez RADARS. (D.J.)


RADARSS. m. pl. (Hist. mod.) nom qu'on donne en Perse à des especes d'archers, ou gardes des grands chemins, postés en certains endroits, & particulierement aux passages des rivieres & des défilés, pour la sureté publique. Ils demandent aux voyageurs où ils vont, d'où il viennent, & courent au moindre bruit d'un vol, pour tâcher d'arrêter celui qui l'a commis. On est bientôt informé par leur moyen de ce qu'est devenu une personne qui a commis une mauvaise action. Quelques-uns de ces radars rodent dans les montagnes & dans les lieux écartés, & s'ils y trouvent quelqu'un, ils s'en saisissent sur le moindre soupçon, pour savoir pourquoi il suit des routes détournées. Leurs appointemens fort modiques d'ailleurs, sont composés par les petits présens qu'ils reçoivent des marchands & autres voyageurs, en leur remontrant la peine qu'ils ont de veiller à la sureté des chemins. Tavernier, de qui nous tirons ces détails, ajoute que la coutume est en Perse, lorsqu'un marchand a été volé, que le gouverneur de la province lui restitue ce qui lui a été pris, pour vû qu'il fasse serment en représentant son livre, ou faisant entendre quelques témoins ; & qu'ensuite c'est au gouverneur à faire la recherche du voleur. Tavernier, voyag. de Perse.


RADE(Géog. mod.) mot françois qui signifie un espace de mer, à quelque distance de la côte, où les grands vaisseaux peuvent jetter l'ancre, & demeurer à l'abri de certains vents quand ils ne veulent pas prendre port. Ce mot vient d'un ancien nom gaulois radis, qui vouloit dire la même chose, & d'où l'on avoit formé le nom latin de l'île de Ré.

On appelle rade foraine, une rade où il est permis à toutes sortes de bâtimens de mouiller l'ancre, sans craindre le canon des forteresses qui commandent ces rades.

Bonne rade, est un lieu où le fond est net de roche, où la tenue est bonne, c'est-à-dire où le fond est bon pour tenir l'ancre, & où l'on est à l'abri du vent. On dit aussi bonne rade, à l'égard d'un tel vent, comme d'est & de sud ; c'est-à-dire que de ces vents la rade est bonne, & qu'on y est à l'abri. (D.J.)

RADE, s. f. (Marine) espace de mer, à quelque distance de la côte, qui est à l'abri de certains vents, & où l'on peut jetter l'ancre.

Les vaisseaux y mouillent même ordinairement, en attendant le vent ou la marée propre pour entrer dans le port, ou pour faire voile. Voyez l'ordonnance de la Marine de 1681, liv. IV. tit. 8.


RADEAU(Fortification) c'est un assemblage de plusieurs pieces de bois qui forment ensemble un plancher, ou une espece de bateau plat, sur lequel on peut mettre des hommes & de petites pieces de canon, pour passer des rivieres, ou transporter des troupes dans des lieux peu éloignés. Voyez PONT. (Q)

RADEAU, terme de riviere, espece de train de bois ou à brûler, ou de charpente, ou de planches, que l'on fait venir à flot sur une riviere.


RADEGAST(Idolat. germaniq.) idole des anciens Slaves. Quelques auteurs disent que Radagaise roi des Huns, qui se distingua dans la guerre du tems des empereurs Arcadius & Honorius, fut après sa mort révéré comme un dieu, sous le nom de Radegast ; mais la malheureuse issue de ses desseins n'étoit guere propre à persuader à des guerriers de l'adorer comme une divinité. Quoi qu'il en soit, il y avoit une statue de Radegast à Rhethra, dans le Mecklenbourg. L'empereur Othon I. en 960, fit briser cette statue, sans qu'aucun historien l'ait décrite ; mais dans les siecles postérieurs, chacun en a forgé des descriptions fabuleuses. Telle est celle de ceux qui nous représentent cette idole d'or massif, ayant sur la tête un casque de même métal, surmonté d'un aigle avec ses aîles déployées ; les Slaves ne savoient pas alors tant de choses. (D.J.)


RADELSTORFF(Géog. mod.) ou Rittelsdorff ; petite ville d'Allemagne dans la Franconie, à 2 milles de la ville de Bamberg. Long. 28. 29. lat. 50. 1.


RADER(Marine) c'est mettre à la rade.

On dit aussi dérader, lorsqu'un vaisseau étant mouillé dans une rade, un coup de vent le force de quitter la rade, de mettre au large. (Q)

RADER, v. act. (Commer.) en termes de Mesureurs de grains, signifie passer la radoire par-dessus les bords de la mesure, pour en ôter ce qu'il y a de trop, & la rendre juste. On dit aussi racler. Voyez RACLER. Diction. de com.


RADERIEvoyez RAAGDARIE.


RADEURS. m. (Com.) celui qui est chargé de la radoire, lorsqu'on mesure des grains, des graines ou du sel. Il y avoit autrefois des radeurs en titre d'office dans les greniers à sel.


RADIALLE, adj. en Anatomie, se dit des parties qui ont quelque relation avec le radius. Voyez RADIUS. L'artere radiale est une branche de la brachiale, qui serpente le long du radius. Elle jette d'abord un ou deux rameaux, qui se portent vers la partie inférieure du bras, & qu'on appelle à cause de cela, rameaux recurrens, qui s'anastomosent avec d'autres rameaux de la brachiale ; puis chemin faisant, elle en fournit aux différentes parties qui l'environnent, & gagne la partie supérieure de la main, au-dessus du pouce, où elle se divise en deux rameaux principaux, dont l'un entre dans la main, & s'anastomose avec la cubitale ; & l'autre tourne autour de la partie supérieure externe du pouce, & se porte en-dedans de la main pour s'anastomoser de nouveau avec la cubitale, & former une arcade de laquelle partent tous les rameaux qui viennent se distribuer aux doigts. Voyez BRACHIALE & CUBITALE.

Le muscle radial interne vient du condyle interne de l'humérus, & se termine à la partie supérieure de l'os du métacarpe, qui soutient le doigt indice.

Le radial externe est composé de deux muscles ; l'un vient de l'épine, qui se trouve au-dessus du condyle externe de l'humérus ; l'autre vient du condyle même, & ils se terminent, le premier, à l'os du métacarpe qui soutient le doigt indice, le second, à l'os du métacarpe qui soutient le doigt du milieu.

Le nerf radial naît de l'union des trois branches composées, dont la premier vient de la quatrieme & de la cinquieme paire cervicale ; la seconde, de la sixieme paire, & de la troisieme de la septieme paire cervicale, & de la premiere dorsale. Le tronc du nerf radial se tourne de devant en arriere, & fait un contour particulier autour de l'os du bras, & gagne le condyle externe de cet os, & se distribue tout le long au tégument qui couvre le rayon antérieurement & extérieurement à ceux qui couvrent les parties antérieures du poignet & la convexité de la main. Il se distribue aussi aux différens muscles qui sont situés dans ces parties, & communique avec un rameau du nerf musculo-cutané.

RADIAL, adj. (Géom.) courbes radiales ; est un nom que quelques auteurs donnent aux courbes, dont les ordonnées vont toutes se terminer en un point, & sont comme autant de rayons partant d'un même centre. C'est de-là que ces courbes ont tiré leur nom. Telle est la spirale dont les ordonnées partent toutes du centre du cercle qui la renferme. Telle est aussi la quadratrice de Dinostrate. Voyez SPIRALE, QUADRATRICE, voyez aussi ORDONNEE & COURBE. On trouve dans ce dernier article l'équation de certaines courbes algébriques, comme l'ellipse, entre des ordonnées partant d'un centre, & les angles correspondans. (O)


RADIATIONS. f. en termes de Physique, se dit de l'émission des rayons qui partent d'un corps lumineux comme centre. Voyez RAYON.

Tout corps visible est radiant, car tout corps ou point visible envoie des rayons à l'oeil, puisqu'il ne peut être vu que pour ces rayons. Il y a pourtant de la différence entre radiant & radieux, ce dernier mot se dit principalement des corps qui reçoivent leur lumiere d'eux-mêmes. Le soleil, une chandelle sont des corps radieux ; les planetes, & presque tous les corps subluminaires sont radians.

La surface d'un corps radiant peut être conçue comme consistant en point radieux. Voyez RADIEUX.

En effet, chaque point d'un corps lumineux envoie des rayons en tout sens ; & chaque point d'un corps non lumineux reçoit des rayons de tous côtés, & par conséquent en renvoie aussi de tous côtés. Car une infinité de rayons qui tombent sur le même point d'une surface droite ou courbe, sont renvoyés de maniere que l'angle d'incidence de chacun de ces rayons est égal à l'angle de réflexion. Voyez LUMIERE. (O)

RADIATION, (Jurisprud.) en terme de palais, signifie l'action de rayer quelque chose : on ordonne la radiation d'un article dans un compte ou dans une déclaration de dépens ; la radiation de l'écroue d'un homme qui a été mal emprisonné ; la radiation des termes injurieux qui sont contenus dans quelque écrit ou imprimé ; la radiation des titres ou qualités qui ont été donnés mal-à-propos à quelqu'un dans un acte ; la radiation d'une personne du rôle des tailles, de la matricule ou liste dans laquelle un officier est inscrit ; on ordonne aussi la radiation de son nom dans le tableau des interdits, lorsqu'on le rétablit dans ses fonctions. Voyez BIFFER, LIBELLE, INTERDICTION, SUPPRESSION, RATURE. (A)


RADICALESLETTRES, (Grammaire) ce sont les lettres qui se trouvent dans le mot primitif, & qui se conservent dans le mot dérivé. (D.J.)

RADICALES, lettres, (Ecriture) se dit des lettres qui servent à former les autres.

Il y en a de deux sortes, les radicales des majuscules ou majeurs, & celles des mineurs. Voyez le volume des Planches, à la table de l'Ecriture. Voyez les Pl. qui contiennent les figures radicales.

RADICAL, adj. (Alg.) on appelle ainsi les quantités qui sont affectées du signe , & qui désigne la racine de quelque quantité : par exemple, a, b, sont des quantités radicales. Voyez RACINE, voyez aussi EXPOSANT.

RADICAL, VINAIGRE, (Chymie) voyez la fin de l'article VINAIGRE.


RADICATIONS. f. (Botan.) action par laquelle les plantes poussent leurs racines ; c'est une partie de la botanique, sur laquelle on n'a pas encore assez multiplié les observations & les expériences. (D.J.)


RADICOFANI(Géog. mod.) ville d'Italie en Toscane, dans le Siennois, entre Sienne & Orviete, fondée, à ce qu'on croit, par Didier, roi des Lombards. Cette ville & le château sont la moitié du tems, ainsi que la montagne, enveloppés de nues. On y entend le tonnerre comme grondant sous les piés, ce qui fait juger qu'il y a quelques creux souterrains qui causent ce retentissement. Le terroir produit de bons vins, qu'on garde dans une grotte qui est taillée dans le roc. Long. 29. 30. lat. 42. 52.


RADICULES. f. (Botan.) c'est la partie inférieure du germe d'une graine qui commence à se développer sensiblement, & qui contient en raccourci la véritable racine. La partie supérieure qui renferme le reste de la plante, s'appelle plume.


RADIÉadj. en terme de Botanique, est une épithete qu'on donne à des fleurs rondes & planes, composées d'un disque & d'un simple rang de feuilles longuettes & pointues, disposées à l'entour en forme de rayons ou de rais. Voyez FLEUR.

Les fleurs radiées sont proprement celles qui ont plusieurs demi-fleurons rangés à l'entour du disque, ensorte qu'elles ressemblent à une étoile rayonnante ; telles sont la marguerite, la camomille, &c.

On les appelle aussi fleurs en disque radiées. Voyez DISQUE.

Radié, en terme de Blason, se dit des couronnes antiques, qu'on appelle couronnes radiées.


RADIERS. m. (Hydraul.) c'est un parc de pilotis & de palplanches rempli de maçonnerie, pour élever & rendre solide une plateforme ou plancher garni de madriers & de planches, pour y établir un moulin, ou autre machine hydraulique. (K)

RADIER, terme de riviere ; c'est l'ouverture & l'espace entre les piles & les culées d'un pont, qu'on nomme autrement raies ou le bas radier.


RADIEUXadj. (Optique) se dit du point d'un objet visible, d'où il part des rayons de lumiere. Voy. RAYON & LUMIERE, voyez aussi RADIATION.

Tout point radieux envoie une infinité de rayons ; mais il n'est visible que quand on peut tirer des lignes droites depuis ce point jusqu'à la prunelle ; car tout rayon visuel est une ligne droite.

Tous les rayons qui partent du même point sont divergens, mais il sont rassemblés & réunis par le crystallin, & par les autres humeurs de l'oeil, ensorte qu'ils se réunissent à un seul point au fond de l'oeil, ce qui rend la vision vive & distincte.


RADIOMETRES. m. voyez ARBALESTRILLE.


RADISS. m. raphanus, (Jardinage) est une plante qui s'éleve d'un pié ou deux avec des feuilles larges, découpées profondément, & semblables à celles de la rave. Ses fleurs ont quatre feuilles purpurines ; elles forment une croix, & se convertissent en fruits spongieux imitant une corne, & renfermant des semences rouges & âpres au goût. Sa racine que l'on mange, plus ronde que le navet, en a la figure, son goût est piquant & agréable.

Celui qui est appellé raphanus rusticanus, & cram par les Anglois, est une plante que Tournefort a mise entre les especes du cochlearia ; on en mange la racine.

RADIS, (Mat. méd.) cette racine n'est qu'une variété du raifort. Voyez RAIFORT.


RADIUSS. m. terme d'Anatomie, est un os long & mince, qui accompagne le cubitus depuis le coude jusqu'au poignet. Voyez nos Pl. d'Anat. & leur explication.

Le rayon ne touche l'os du coude que par ses extrêmités, dont la supérieure, qui a la figure d'une petite tête arrondie, est reçue par ce dernier, qu'il reçoit à son tour, formant par cette double articulation, une espece de ginglyme imparfait. Voyez CUBITUS.

Son extrêmité supérieure, qui roule dans la petite cavité sigmoïde de l'os du coude, est couverte d'un cartilage, & a à son sommet une petite cavité ronde qui reçoit l'apophyse externe de l'humerus, au-dessous une tubérosité pour l'attache du biceps.

L'extrêmité intérieure des rayons est plus grosse que la supérieure, & a, outre la cavité sigmoïde latérale interne, deux autres cavités à son extrêmité, qui reçoivent les os du poignet ; & à la partie latérale externe, une petite apophyse nommée stiloïde.

Le rayon & l'os du coude sont un peu courbés, ce qui fait qu'ils ne se touchent que par leurs extrêmités. Ils sont tous deux attachés par un ligament membraneux très-fort. Voyez BRAS.


RADMANSDORF(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la haute Carniole, près de la Save, non loin de sa source. Lazius veut que ce soit l'ancienne Quadrata ; cependant il dit ailleurs que c'est Gurckfeld.


RADNOR(Géog. mod.) ville d'Angleterre, au pays de Galles, capitale du Radnorshire, à 120 milles au nord-ouest de Londres.


RADNOR-SHIRE(Géog. mod.) province d'Angleterre, au pays de Galles, dans le diocèse de Héréford ; elle est regardée comme une des plus stériles provinces du comté de Galles ; on lui donne 90 milles de circuit, qui renferment environ trois cent dix mille arpens ; elle a trois bourgs avec droit de marché, & pour ville Radnor.

Lucas (Richard), savant théologien, naquit dans cette comté en 1648 ; il a fait en anglois un traité de la félicité, des sermons, & la pratique des vertus chrétiennes, dont on a des traductions en françois. Il mourut en 1715, après avoir perdu la vue longtems auparavant. (D.J.)


RADOIRES. f. ou RACLOIRE, (Mesure de grains) instrument de bois plat en maniere de regle, d'environ deux piés de long, dont les côtés, l'un quarré, & l'autre rond, s'appelle rives. Les jurés-mesureurs de grains s'en servent pour rader ou racler les mesures par-dessus le bord quand elles sont pleines, afin de les rendre justes & sans comble ; ce qui s'appelle mesurer ras. Les grains, la farine, les graines, &c. se radent ou se raclent du côté de la rive quarrée, & l'avoine par le côté de la rive ronde, à cause que ce grain est long & difficile à rader autrement ; les mesureurs de sel se servent aussi de radoires. (D.J.)


RADOM(Géog. mod.) petite ville de la petite Pologne, dans le palatinat de Sendomir, chef-lieu d'un territoire de même nom, près de la Vistule, à 22 lieues au midi de Varsovie : elle fut prise en 1656 par les Suédois, & elle ne s'est pas rétablie depuis. Quelques-uns prétendent que c'est le Carrodunum de Ptolémée, liv. II. ch. xj. mais la plûpart des modernes disent que Carrodunum est Cracovie ; le plus sûr est de ne rien décider. Long. 39. 12. latit. 51. 16. (D.J.)


RADOUBS. m. (Marine) c'est le travail qu'on fait pour réparer quelque dommage qu'a reçu le corps du vaisseau. Les matieres dont on se sert, sont des planches, des plaques de plomb, des étoupes, du bray, du goudron, & en général tout ce qui peut arrêter les voies d'eau. (Q)


RADOUBERv. act. (Marine) c'est donner le radoub. Voyez RADOUB. On dit raccommoder, lorsqu'il s'agit de réparer les manoeuvres.


RADOUCIRv. act. (Gram.) rendre plus doux. La fonte réiterée radoucit les métaux ; la pluie radoucit l'air ; on radoucit l'humeur par des égards ; cet homme si sévere, se radoucit bien-tôt auprès d'une jolie femme.


RADSHEERS. m. (Hist. nat.) c'est le nom que les navigateurs hollandois ont donné à un oiseau qui se trouve à Spitzberg. Ce mot signifie conseiller ; il lui a été appliqué à cause de la gravité de son port ; il a le bec aigu, étroit & mince ; aux piés il n'a que trois ongles qui sont joints par une peau noire ; il n'en a point derriere les piés ; ses jambes sont noires ainsi que ses yeux ; le reste du corps est d'une blancheur éblouissante ; sa queue est longue & très-garnie, & forme une espece d'éventail ; il se nourrit de poisson sans être un oiseau aquatique ; il mange aussi la fiente des vaches marines.


RADSTADT(Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans l'archevêché de Saltzbourg, sur l'Ens. Il ne faut pas la confondre avec Rastat, bourg de Souabe, où se fit le traité de paix de 1714, entre l'empereur & le roi de France. Long. 31. 3. latit. 47. 14.


RAETIARIA(Géog. anc.) ville de la haute Mysie, selon Ptolémée, l. III. c. ix. L'itinéraire d'Antonin, qui écrit Ratiaria, marque cette ville sur la route de Viminacium à Nicomédie : le nom moderne est Ressana, selon Lazius. (D.J.)


RAFFAISSER SEv. p. c'est s'affaisser derechef, ou perdre de son volume, ou de sa hauteur. On dit ce mur s'est raffaissé ; cette meule de foin s'est raffaissée.


RAFFALESou RAFFALS, s. m. (Marine) ce sont de certaines bouffées de vent, qui choquent les voiles avec tant de force, que si l'on ne baisse avec diligence les huniers, & qu'on ne largue point promtement les écoutes, on est en danger de démâter ou de sombrer sous voiles.


RAFFERMIRv. act. (Gramm.) c'est rendre ou plus solide, ou plus stable, ou plus compacte. On raffermit un mur par des étaies ; la pâte se raffermit en se séchant ; il se prend au simple & au figuré ; on se raffermit dans ses idées, on raffermit des troupes ébranlées ; on raffermit la santé par le régime.


RAFFESS. f. plur. (Mégisserie) ce sont les rognures des peaux que les Tanneurs & Mégissiers ont préparées, ou que les divers ouvriers qui travaillent en cuir ont débitées. (D.J.)


RAFFINAGERAFFINERIE, RAFFINER ; tous ces termes sont relatifs à la purification d'un grand nombre de substances, telles que les métaux, les sucres, les sels, le camphre, le borax, &c. Le mot raffinage est relatif à la main d'oeuvre, c'est l'art ; le mot raffinerie, aux bâtimens, c'est l'usine ; le verbe raffiner à l'action. Voyez les articles suivans.

RAFFINAGE, s. m. (Métallurgie) c'est une opération par laquelle on cherche à dégager le cuivre noir des substances métalliques étrangeres qui nuisent à sa pureté & à sa ductilité, & qui l'empêchent de paroître sous la couleur rouge qui lui est propre.

Le raffinage de cuivre passe pour une des opérations les plus difficiles de l'art de la Fonderie ; elle demande beaucoup d'expérience & d'habileté, & varie en raison de la différente nature des mines qui ont fourni le cuivre sur lequel on doit opérer. Dans cette opération on se propose d'achever de purifier le cuivre de substances qui sont très-étroitement combinées avec lui ; il faut pour cela le réduire dans une fusion bien liquide & bien parfaite, afin que les matieres qui lui sont étrangeres se mettent en scories. On ne peut produire ces effets sans un degré de feu très-violent ; & d'un autre côté il faut avoir attention que le cuivre ne soit trop raffiné ; ce qui seroit un inconvénient, & nuiroit à la beauté de sa couleur, joint à ce que l'action du feu convertiroit une portion du cuivre en chaux.

Le fourneau de raffinage varie pour les dimensions ; c'est communément un quarré de mâçonnerie, qui s'éleve à environ deux piés au-dessus du sol ; il a six piés de largeur & quatre piés de profondeur ; il est entouré de murs par trois côtés, qui se terminent en un arc surmonté de la cheminée. Au milieu du fourneau contre le mur qui le ferme par-derriere, on forme un vuide quarré dont le fond est une voûte de mâçonnerie qui porte sur le sol, & qui est destiné à servir d'évent, c'est-à-dire à donner passage à l'humidité que le feu pourroit faire sortir du terrein.

Quand le fourneau est ainsi préparé, on couvre le quarré dont nous avons parlé, avec une brasque composée de charbon pilé, de terre grasse, & de pierres, qui résistent au feu pulvérisées & tamisées. On mêle bien ces matieres ; on les humecte avec de l'eau, & l'on en couvre le fourneau. On bat fortement cette brasque avec des palettes de bois, jusqu'à ce qu'elle soit devenue dure & compacte comme une pierre. Lorsque le vuide dont on a parlé, est entierement rempli de cette brasque rendue compacte, & est au niveau de la surface du fourneau, on y forme une cavité ou casse de la forme d'un cône renversé, qui soit propre à contenir deux quintaux de cuivre ; on la rend bien unie & on la saupoudre avec de la pierre pulvérisée. Pour sécher cette casse on y met des charbons ardens, & lorsqu'elle est parfaitement séchée au point d'avoir été rougie, on la remplit de charbon, sur lequel on jette le cuivre noir qui doit être raffiné ; en se fondant, il va couler dans la casse au-travers des charbons. Pour cet effet, on fait aller le vent des soufflets, dont la tuyere doit être au niveau de la casse, & relevée par derriere, afin de porter sur le métal fondu ; mais on ne donne grand feu que lorsque le cuivre est parfaitement fondu. C'est de la disposition de la tuyere que dépend la perfection de cette opération ; le vent en donnant sur le métal fondu, facilite la formation des scories. A mesure qu'il s'en forme, on a soin d'écarter les charbons pour détacher les scories avec un outil de fer, & on les enleve promtement ; après quoi on recommence à faire aller les soufflets, & l'on remet de nouveau cuivre afin que la casse demeure toujours pleine. Lorsque le cuivre ne donne plus de fumée, ce qui vient du plomb avec lequel il s'est uni dans la liquation, ou lorsqu'il ne donne plus que peu ou point de scories, un ouvrier passe derriere le fourneau, & par l'ouverture de la tuyere il trempe dans le métal fondu une baguette de fer dont le bout est d'acier poli, dont il a eu soin de bien chauffer l'extrêmité ; il la retire sur le champ, & la trempe dans de l'eau ; si le cuivre qui est resté attaché à cette baguette ou verge s'en détache facilement, c'est un signe qu'il a été bien purifié ; s'il se détache avec peine, c'est un signe qu'il n'est point encore parfaitement pur, & il faut continuer l'opération jusqu'à ce que l'essai de cuivre se détache aisément de la verge de fer, & qu'il soit d'un beau rouge mêlé de jaune & semblable au laiton. Alors on cesse de souffler, on écarte les charbons, pour découvrir le métal fondu, & l'on attend que le cuivre commence à se figer ; pour lors on trempe un balai de bouleau dans de l'eau froide, & l'on en arrose le cuivre fondu ; par ce moyen le cuivre se partage en un gâteau que l'on appelle pain de raffinage, que l'on enleve avec des tenailles & que l'on jette de biais tout rouge dans de l'eau. On continue la même opération jusqu'à ce que le cuivre fondu qui étoit dans la casse soit entierement vuidé ; & à mesure qu'elle se vuide, les pains ou gâteaux deviennent d'un diametre plus petit ; ce qui vient de la forme conique de la casse. Le cuivre qui a été obtenu dans cette opération s'appelle rosette, ou cuivre de rosette. Voyez ROSETTE.

Lorsque le raffinage a été bien fait, ces gâteaux ou pains sont par-dessous d'un beau rouge vif, & les plaques sont minces par le milieu, & plus épaisses à la circonférence, & intérieurement dans la fracture, elles sont d'un beau rouge de cuivre.

Dans quelques raffinages le cuivre en se raffinant donne une grande quantité de petits globules de cuivre très-petits & semblables à de la graine ; c'est ce qu'on nomme cendrée de cuivre ; ces grains sont produits par le bouillonnement du cuivre dans la casse.

En Suede le raffinage du cuivre se fait dans des casses beaucoup plus grandes que celle que nous avons décrite ; elles contiennent quelquefois jusqu'à 21 quintaux de cuivre ; sur quoi l'on observera que le cuivre qui vient de Suede & de Hongrie passe pour le meilleur de l'Europe ; ce qui vient non-seulement du soin que l'on prend à le raffiner ; mais sur-tout parce qu'au sortir du raffinage, on donne encore une nouvelle fonte à ces cuivres pour les mettre en culot ; ce qui contribue à les purifier davantage ; après quoi on les bat sous de gros marteaux.

Dans le Hartz on fait le raffinage du cuivre avec un feu de bois, usage qui, suivant Schlutter, s'y est introduit en 1732, parce qu'on y raffine du cuivre noir qui est joint avec une portion de plomb ou de litharge.

A Gruenthal en Saxe, le raffinage du cuivre se fait dans un fourneau de réverbere, que l'on chauffe avec du bois. On y raffine quelquefois jusqu'à quarante quintaux de cuivre à-la-fois ; ce qui est plus avantageux que de le raffiner par petites portions. Voyez le traité de la fonte des mines de Schlutter.

RAFFINAGE, s. m. (Sucrerie, Saline) on le dit des métaux, du sucre & du sel ; de celui-ci, quand à force de le faire bouillir, on le fait devenir blanc ; de celui-là, lorsque le clarifiant à plusieurs fois, & en le faisant cuire à diverses reprises, on lui donne certain degré de blancheur, & assez de solidité pour le mettre dans des moules, & le dresser en pains ; on le dit des métaux, en leur donnant plusieurs fusions.

Il n'y a guere de villes en Europe où il y ait plus de raffineries de toutes sortes qu'à Amsterdam ; il y en a jusqu'à soixante, seulement pour le sucre, & à proportion encore davantage pour le camphre, le vermillon, le soufre, l'azur, le sel, le borax, le brai & la résine. (D.J.)


RAFFINEMENTS. m. (Gram.) c'est la manie de s'écarter de la simplicité dans la conduite avec les autres, qu'on se propose de tromper, sans qu'ils s'en apperçoivent ; ou dans la maniere de penser, de parler & d'écrire, afin de surprendre, de paroître neuf, subtil, ingénieux, délicat. Le raffinement dans les actions est tout voisin de la fausseté ; il n'y a point de raffinement dans l'expression ou dans les idées, qui ne marque de la puérilité, & qui ne vise au galimathias. Fuyons le raffinement, même dans la religion & dans la probité.


RAFFINERvoyez l'article RAFFINAGE.

RAFFINER, en terme de Raffineur de sucre, est l'action de purifier & de pétrifier le sucre qui vient des Indes en sable, fort sale & pêle-mêle, sans distinction de qualité. La premiere des opérations du raffinage est donc de trier le sucre pour ne mêler ensemble que les especes qui se conviennent. Quand ce triage est fait, on débarrasse les matieres de leurs excrémens ou écumes par l'ébullition. Voyez CLARIFIER. On les fait cuire. Voyez CUIRE ou CUITE. On les transporte dans des rafraîchissoirs. Voyez RAFRAICHISSOIRS. Quand on a une certaine quantité de sucre cuit, on mouve bien dans le rafraîchissoir, afin de mêler les cuites ensemble. On met cette matiere cuite de hauteur dans des formes plantées dans l'empli, voyez METTRE DE HAUTEUR, PLANTER FORMES & EMPLI, on les emplit (voyez EMPLIR,) on les opale, on les mouve, on les monte, on les met sur le pot, on les change, on les plante, on les couvre, on les rafraîchit, on les estrique, on les loche, on les plamote, on les recouvre, s'il le faut encore, on les change, on les étuve, & pour derniere opération, on les habille. Voyez tous ces termes à leurs articles.


RAFLE DE DES(Analyse des hazards) c'est un coup où les dés jettés viennent tous sur le même point. Si vous voulez savoir le parti de celui qui voudroit entreprendre d'amener en un coup avec deux ou plusieurs dés, une rafle déterminée, par exemple terne, vous considérerez que s'il l'entreprenoit avec deux dés, il n'auroit qu'un hazard pour gagner, & 35 pour perdre, parce que deux dés peuvent se combiner en 36 façons différentes ; c'est-à-dire, que leurs faces qui sont au nombre de six, peuvent avoir 36 assietes différentes, comme vous le voyez dans cette table,

ce nombre 36 étant le quarré du nombre 6 des faces de deux dés. S'il y avoit 3 dés, au lieu de 36 quarrés de 6, on auroit le 216 pour le nombre des combinaisons entre 3 dés ; s'il y avoit 4 dés, on auroit le quarré 1296 du même nombre 6, pour le nombre des combinaisons entre 4 dés, & ainsi de suite.

Il suit de-là qu'on ne doit mettre que 1 contre 35, pour faire une rafle déterminée avec deux dés en un coup. On connoîtra par un semblable raisonnement, qu'on ne doit mettre que 3 contre 213, pour faire une rafle déterminée avec trois dés en un coup, & 6 contre 1290, ou 1 contre 215 avec quatre dés, & ainsi de suite, parce que des 216 hazards qui se trouvent en trois dés, il y en a 3 pour celui qui tient le dé, puisque 3 choses se peuvent combiner 2 à 2, en trois façons, & par conséquent 213 contraires à celui qui tient le dé : & que des 1296 hazards qui se trouvent entre quatre dés, il y en a 6 qui sont favorables à celui qui tient le dé, puisque quatre choses se combinent deux à deux en six façons, & par conséquent 1290 contraires à celui qui tient le dé.

Mais si vous voulez savoir le parti de celui qui entreprendroit de faire une rafle quelconque du premier coup avec deux ou plusieurs dés, il ne sera pas difficile de connoître qu'il doit mettre 6 contre 30, ou un contre 5 avec deux dés, parce que, si des 36 hazards qui se trouvent entre deux dés, on ôte six hazards qui peuvent produire une rafle, il reste 30. On connoîtra aussi très-aisément qu'avec trois dès, il peut mettre 18 contre 198, ou 1 contre 11, parce que si des 216 hazards qui se rencontrent entre trois dez, on ôte 18 hazards qui peuvent produire une rafle, il reste 198, &c. (D.J.)

RAFLE, (Oecon. rustiq.) est le petit rameau tendre de la vigne où étoient attachés les grains de raisin ; on s'en sert à faire du vinaigre ; elle fait tourner le vin & le rend sur ; mais il faut pour cela la mettre en lieu où elle puisse devenir sure elle-même, avant que de la jetter dans le vinaigre, & pour cet effet, à présent, dès que la vendange est faite, on enferme les rafles dans des barrils, de peur qu'elles n'ayent de l'air, parce que, si elles en avoient, elles s'échaufferoient & se gâteroient. On n'a pas jusqu'à présent trouvé d'autre moyen de les conserver que de remplir le vaisseau où on les a enfermées, de vin ou de vinaigre.

RAFLE, s. f. (terme d'Oiselier & de Pêcheur) sorte de filet triple ou contremaillé, pour prendre de petits oiseaux & des poissons.


RAFLEUXen terme de Raffinerie, il se dit d'un sucre qui a été mouvé trop froid, & a contracté pour cette raison des inégalités qui se remarquent sur sa surface. Voyez MOUVER.


RAFRAÎCHIRv. act. (Gram.) ce verbe a quelques acceptions très-diverses. Rafraîchir, c'est communément rendre frais, diminuer la chaleur. L'orgeat rafraîchit. La pluie rafraîchit l'air. La glace rafraîchit le vin. Rafraîchir, c'est échanger, réparer, raccommoder, ravitailler ; on rafraîchit une place de munitions & de soldats ; on se rafraîchit ou l'on reprend des forces, on rafraîchit un mur, un habit, un tableau ; on rafraîchit ses cheveux, en les faisant couper légerement par la pointe ; dans le même sens on rafraîchit des arbres, des bois, un chapeau, un manteau. On se rafraîchit la mémoire, l'imagination, &c.

RAFRAICHIR, (Marine) ce terme a plusieurs significations. On dit rafraîchir le canon, lorsqu'on met du vinaigre & de l'eau dans la volée, lorsqu'il a tiré environ sept coups ; rafraîchir la fourrure, quand on fait changer de place à la fourrure qu'on met tout-autour d'un cable ; & que le vent se rafraîchit, lorsqu'il devient plus fort.

RAFRAICHIR, (Métallurgie) c'est ainsi qu'on nomme dans les fonderies une opération qui consiste à joindre du plomb, de la litharge ou quelqu'autre substance qui contienne du plomb, avec une mine ou un métal, afin que ce plomb se charge de l'argent qui y est contenu. Voyez l'article LIQUATION.

RAFRAICHIR LE GRAIN, (Brasserie) c'est lui donner de l'eau nouvelle, lorsqu'il est à moitié trempé.

RAFRAICHIR, terme de Chapelier, on rafraichit les chapeaux en en rognant les bords, & les lustrant avec de l'eau.

RAFRAICHIR, v. act. terme de Jardinier, ce mot se dit des racines des arbres, & signifie couper un peu de l'extrêmité d'une racine, pour ôter ce qui pouvoit s'être séché ou rompu. (D.J.)

RAFRAICHIR, en terme de Raffineur de sucre, c'est mettre la seconde terre desséchée & une autre terre presque en eau, après que l'autre a été estriquée (Voyez ESTRIQUER), afin d'achever de faire tomber le syrop que les deux premieres esquives n'ont pu chasser.


RAFRAICHISSANT(Thérapeutique) remede rafraîchissant. On donne premierement ce nom à des médicamens destinés à l'usage intérieur, qu'on croit capables de remédier à un état contre nature, assez mal défini par une prétendue augmentation de chaleur naturelle : ce qui fait que cette qualité de rafraîchissant n'est souvent prise que dans un sens figuré ; car la plûpart des remedes intérieurs auxquels on donne ce titre, sont bien capables de calmer la plûpart des symptômes, de l'état appellé échauffement, & même de remédier entierement à cette incommodité (Voyez l'article ÉCHAUFFANT & ÉCHAUFFEMENT) ; mais ils ne sont point capables de diminuer la chaleur naturelle, ou de ramener à l'état naturel la chaleur excessive contre nature, du moins par un effet direct & immédiat.

Les remedes rafraîchissans internes sont premierement les boissons actuellement froides, comme l'eau à la glace, & les liqueurs glacées ou les glaces. Voyez GLACES, Médecine.

2°. Les liqueurs aqueuses acidules, telles que sont les sucs acides des végétaux étendus de beaucoup d'eau, par exemple, la limonade (voyez LIMONADE), l'oxicrat (voyez OXICRAT & VINAIGRE) & enfin les liqueurs aqueuses chargées jusqu'à agréable acidité de quelque acide minéral. Voyez ACIDE sous le mot SEL.

3°. Tous les remedes appellés délayans. Voyez DELAYANS.

4°. Enfin les esprits ardens fermentés très-affoiblis, en les noyant d'une grande quantité d'eau ; ainsi un filet d'eau-de-vie dans un grand verre d'eau fournit un mêlange vraiment rafraîchissant. C'est à cette classe qu'il faut rapporter la petite biere, qui prise en petite quantité est véritablement rafraîchissante.

Il y a aussi des rafraîchissans extérieurs : & ceux-ci le sont à la rigueur, ou à la lettre ; car ils diminuent réellement le degré de chaleur animale. Voyez l'article suivant.

Les rafraîchissans sont employés contre les incommodités, & dans le traitement des maladies proprement dites ; il est traité assez au long de leur emploi au premier égard dans les articles CHALEUR ANIMALE CONTRE NATURE, ECHAUFFANT, & ECHAUFFEMENT.

Quant au second usage des rafraîchissans, savoir, leur emploi dans le traitement des maladies aiguës, on doit le considérer sous deux points de vue, ou comme fournissant le fond, la ressource principale d'une méthode curative générale, telle, par exemple, que celle que professa Hecquet, & qui regne encore assez communément en France. L'usage des rafraîchissans est encore jugé à cet égard dans l'article CHALEUR ANIMALE CONTRE NATURE, pag. 36, col. 2, & pag. 37. col. 1.

L'autre usage des rafraîchissans dans le traitement des maladies aiguës, est de remédier par leur moyen à quelques symptomes graves de ces maladies, savoir, la chaleur véritablement excessive, & portée à un degré dangereux (voyez CHALEUR CONTRE NATURE), mais principalement les sueurs symptomatiques excessives, & qui jettent le malade dans un véritable état d'épuisement.

On a recours dans ces derniers cas aux rafraîchissans extérieurs qui sont les plus directs & les plus efficaces, & même aux plus énergiques d'entr'eux : on découvre un malade, on l'évente dans son lit, on l'arrose d'eau à la glace, & même on le couvre de neige ou de glace. Ces secours, quoiqu'on les employe rarement, sont pourtant le plus souvent suivis des plus heureux succès.

Le plus efficace des rafraîchissans destinés à l'usage intérieur sont les liqueurs acidules qui sont indiquées aussi contre les symptomes des maladies aiguës dont nous venons de parler ; & il est souvent utile, quoique cela soit rarement pratiqué, de donner ces liqueurs rafraîchies, & même à la glace.

Les liqueurs aqueuses actuellement froides, sont aussi comme telles, c'est-à-dire par leur froideur, des remedes qu'on employe utilement dans le même cas.

Tous les autres rafraîchissans, dont nous avons fait mention au commencement de cet article, méritent à peine ce nom, & ne produisent absolument que l'effet délayant. Voyez DELAYANT. (b)

RAFRAICHISSANS, terme de Chirurgie concernant la matiere médicale externe. Ce sont des médicamens qui ont la vertu de tempérer & de calmer la chaleur extraordinaire qu'on sent dans une partie ; telles sont les lotions faites avec les sucs de laitue, de pourpier, de grande & de petite joubarbe, l'eau de plantain, de mouron, de fleur de lis blancs, de nénuphar, de morelle, le petit-lait, l'eau de frai de grenouilles, &c. l'onguent blanc, l'onguent de céruse, le nutritum fait avec la litharge, l'huile & le vinaigre ; le cérat rafraîchissant de Galien, camphré ou non camphré, l'emplâtre de saturne, & différentes préparations de plomb ; le sel de saturne, les trochisques blancs de rhasis, &c.

Ces remedes agissent sur les solides & sur les fluides, en resserrant les premiers, ou en les disposant à se contracter, & en diminuant le mouvement intestin des liqueurs. On met les rafraîchissans au nombre des repercussifs, & ils en font effectivement une classe. Ils seront donc nuisibles lorsqu'il y aura à craindre de repercuter, même modérément ; mais l'application de ce remede sera très-utile quand on devra borner la force expansive des liqueurs & la végétation concomitante des solides : ce qu'on observe principalement dans les cancers ulcérés. C'est pourquoi les rafraîchissans en diminuant le mouvement du sang qui afflue sur la partie, & en réprimant l'expansion & l'orgasme des humeurs qui y sont en stagnation, & les repoussant légerement par la contraction ou le resserrement qu'elles occasionnent aux solides, la douleur, la chaleur & l'inflammation de la partie diminuent.

Ambroise Paré recommande l'usage de l'huile d'oeufs agitée long-tems dans un mortier de plomb, jusqu'à ce qu'elle soit épaissie & devenue noire : on y ajoûte un peu de camphre & de poudre d'écrevisse brûlée ; ce liniment calme la douleur des cancers. Le sucre de saturne dans de l'eau de plantain, est un très-bon remede, ainsi que les sucs de morelle ou de semper vivum battus long-tems dans un mortier de plomb avec un pilon de même métal, &c. Voyez RAFRAICHISSEMENT. (Y)


RAFRAICHISSEMENTS. m. l'action de rafraîchir, de rendre frais. Tout le monde sait que le corps humain est affecté des changemens qui arrivent dans l'air par le chaud & par le froid : un certain degré de chaleur pas assez fort pour dessécher ou détruire les solides, allonge & relâche les fibres ; de-là l'abattement & la foiblesse qu'on sent dans les jours chauds. L'effet de ce relâchement des fibres, & l'expansion des fluides par la chaleur, sont évidens à la vûe & au toucher ; car les parties extérieures du corps sont plus gonflées en tems chaud qu'en tems froid. Ces considérations, qui établissent une cause de la gangrene qui survient si fréquemment aux plaies pendant les grandes chaleurs, nous indiquent les moyens de la prévenir par des secours fort simples. Une infinité d'accidens procedent de ce qu'on tient la chambre d'un homme attaqué de fievre, trop chaude ; car on l'expose par-là aux mauvais effets des vapeurs animales qui détruisent l'élasticité de l'air, & on le prive de l'avantage de la refrigération par l'air frais, dont on sait par expérience que les malades recherchent avidement la jouissance, jusque là même qu'ils sortent du lit pour se procurer du frais. Le rafraîchissement de la place qu'occupe un membre fracturé, prévient les prurits & les démangeaisons érésipellateuses que la chaleur occasionne. Nous en avons parlé au mot FLABELLATION.

Le renouvellement de l'air dans la chambre d'un malade, en donnant à ce fluide une libre entrée par l'ouverture des portes, des rideaux du lit, & même en quelque cas par l'ouverture des fenêtres, ou le faisant entrer par des tuyaux ; en un mot la juste distribution de l'air en général devroit faire, selon le docteur Arbuthnot, une des principales branches du régime dans les maladies inflammatoires. Les soins trop scrupuleux des gardes ignorantes à cet égard, augmentent, dit-il, allongent & rendent souvent la maladie fatale ; cette erreur est encore plus dangereuse dans les personnes robustes, & dont les solides sont d'un tissu serré, que dans ceux dont l'habitude est lâche ; les corps retenant la chaleur à raison de leur densité. (Y)

RAFRAICHISSEMENT, (Marine) nom général ou collectif qu'on donne à toutes sortes de vivres agréables ou nécessaires, comme du pain frais, de la viande fraîche, des herbes, du fruit, &c. & pour les matelots, du tabac, de l'ail & de l'eau-de-vie.

RAFRAICHISSEMENT, quartiers de rafraîchissement, voyez QUARTIER.

RAFRAICHISSEMENT des liqueurs, voyez REFROIDISSEMENT.


RAFRAICHISSOIRS. m. terme de Raffineur, est un grand vase de cuivre rouge composé de plusieurs pieces assemblées, où l'on rassemble plusieurs cuites pour emplir un nombre de formes proportionné à celui des ouvriers, qui ne pourroient ni emplir, ni opaler, ni mouver au tems nécessaire, si le nombre surpassoit leurs forces. Voyez ces mots à leurs articles. On y coule doucement la matiere de la seconde cuite, pour ne point rompre la croûte que la premiere a formée.


RAFUTERRAFUTER


RAGAE(Géog. anc.) ville de Médie, située dans les montagnes qui séparent ce pays de celui des Parthes. Il en est parlé dans Tobie, ch. v. vers. 8, ch. vj. vers. 5. Strabon, liv. II. p. 524, parle aussi de cette ville, mais il écrit Rageia. Il dit que Nicator en fut le fondateur, qu'il l'appella Europus, que les Parthes la nommoient Arsacia, & qu'elle étoit à 500 stades des portes Caspiennes, du côté du midi. (D.J.)


RAGBIL(Géograph. mod.) nom d'une ville du royaume de Ganah, dans le pays des Negres, sur le bord d'un lac que les gens du pays appellent Bahe-Alhalou, mer douce, à cause que ses eaux ne sont pas salées comme celles des autres lacs de ce pays-là, qui sont presque tous salés ou saumaches. D'Herbelot, bibl. orient. (D.J.)


RAGES. f. (Maladie) voyez l'article HYDROPHOBIE. On en distingue de sept sortes pour les chiens.

1°. La rage mue : le chien qui en est attaqué, ne veut point manger, ouvrant toujours la gueule comme s'il avoit quelque embarras dans le gosier, qu'il tâche d'ôter avec sa patte ; il cherche les endroits frais, & se jette dans l'eau quand il en trouve.

Remede. Prenez de la racine de passe-rage, du jus de rhue, & du jus d'hellebore noir, de chacun le poids de quatre écus : mettez le tout dans un pot de terre verni, où vous le laisserez pendant quelque tems ; & après l'avoir passé dans un linge, mettez la liqueur dans un verre avec du vin blanc : ajoutez-y deux dragmes de scamonée non préparée : faites avaler ce remede au chien en lui tenant la gueule en-haut ; saignez-le aussi-tôt à la gueule, laissez-le reposer, & votre chien guérira.

2°. Rage tombante. Le chien qui en est attaqué ne peut se soutenir, & tombe à chaque instant à terre.

Remede. Prenez des feuilles ou de la graine de beone, de jus de croisette, du jus de racine du parc, de chacun le poids de quatre écus ; & quatre dragmes de staphisaigre : mêlez le tout ensemble, & faites avaler cette mixtion au chien, après quoi il faut lui fendre les deux oreilles, ou bien le saigner aux erres.

3°. Rage endormie. Le chien attaqué de cette maladie se tient toujours couché, & veut toujours dormir.

Remede. Prenez le poids de six écus de jus d'absinthe, le poids de deux écus de poudre d'aloës, le poids de deux écus de corne de cerf brûlée, deux dragmes d'agaric, & le poids de six écus de vin blanc : mêlez le tout ensemble, & le faites avaler au chien.

4°. La rage efflanquée. Cette maladie n'attaque que les vieux chiens ; leurs flancs sont fort resserrés, & leur battent continuellement.

Cette rage est incurable, & il faut tuer le chien.

5°. Rage rhumatique. Le chien attaqué de cette maladie a la tête enflée & les yeux si gros, qu'ils lui sortent de la tête.

Remede. Prenez du fenouil, faites-en une décoction dont vous prendrez le poids de six écus ; faites une autre décoction de gui, dont vous prendrez le poids de quatre écus ; faites-en encore une de lierre, dont vous prendrez le poids de quatre écus ; & prenez aussi le poids de quatre écus du jus de polipode : mêlez le tout ensemble dans un poëlon : faites-le bouillir avec vin blanc ; & lorsque ce breuvage sera refroidi, faites-le prendre au chien, & laissez-le ensuite en repos.

6°. Rage chaude. Le chien attaqué de cette maladie porte la queue toute droite ; il se jette indifféremment sur toutes sortes d'animaux, sans prendre garde où il se jette ; sa gueule est toute noire, & n'a point d'écume : c'est la plus à craindre. Il n'y a point de remede, il faut tuer le chien enragé.

7°. Rage courante. Le chien qui en est attaqué porte la queue entre les jambes, & marche comme un renard ; il ne se jette que sur les chiens, sans toucher aux autres animaux, ni aux hommes. Il n'y a point de remede.

Remede pour empêcher que les chiens mordus ne deviennent enragés. Prenez du lait de vache nouvellement tiré ; faites-y tremper de la pimprenelle sauvage, & faites-en boire aux chiens tous les matins pendant neuf jours.

RAGE, (Passion) c'est l'excès de certaines passions violentes, telles que l'amour, la haine, la colere. On aime & l'on hait à la rage. Il y a des hommes qui dans la colere ressemblent à des enragés. Le mot rage s'applique encore à certains penchans outrés & malheureux. On dit d'un mauvais poëte qu'il a la rage de faire des vers, de les réciter. Il a la rage de parler de cette affaire, qu'il n'entend point.


RAGEMEHALE(Géog. mod.) ville des Indes, dans les états du Mogol, au royaume de Bengale, sur la droite du Gange, qui en est à demi-lieue ; mais autrefois il arrosoit ses murs. Cette ville étoit alors très-commerçante, & la résidence du gouverneur de la province. Latit. 23. 18. (D.J.)


RAGGRAVE(Jurisprud.) Voyez REAGGRAVE.


RAGHLES(Géogr. mod.) petite île d'Irlande, dans le lac qui porte le nom de Dirg. Ce lac est dans l'Irlande septentrionale, au comté de Dungall, vers les confins du comté de Fermanagh, & s'appelloit autrefois Liffer. Au milieu de ce lac est l'île de Raghles, fort célebre avant la réformation, parce qu'on la regardoit comme le fauxbourg du purgatoire. Les moines y avoient bâti une cellule auprès d'une profonde caverne, & faisoient accroire au peuple que quiconque auroit le courage d'entrer dans cette caverne, iroit de-là en purgatoire, où il verroit & entendroit des choses extraordinaires.

Pour accréditer cette fourberie, ils disoient que saint Patrice prêchant dans cette île à des Irlandois incrédules, obtint de Dieu par ses prieres que la terre s'ouvrît dans cet endroit jusqu'au purgatoire, afin que ses auditeurs fussent convaincus par leurs propres yeux de la vérité de sa prédication, au sujet des peines des méchans après cette vie. Mais il est certain que dans le tems de saint Patrice on ne connoissoit pas même cette petite île, & qu'on n'en a oui parler que plusieurs siecles après sa mort.

Vers la fin du regne de Jacques I. deux seigneurs, Richard Boyle, comte de Corck, & Adam Lostus, chancelier d'Irlande, avides de découvrir le vrai, envoyerent faire d'exactes perquisitions sur les lieux, par des personnes de probité. L'on trouva que cette caverne, que l'on donnoit pour être le chemin du purgatoire, n'étoit autre chose qu'une cellule assez étroite creusée dans le roc, où il n'entroit de jour que par la porte, qui étoit si basse, qu'un homme de grande taille pouvoit à peine s'y tenir debout.

Quand il venoit quelqu'un dans l'île assez curieux pour hasarder le voyage du purgatoire, un petit nombre de moines qui demeuroient proche de la caverne, le faisoient long-tems jeûner & veiller en même-tems ; ils ne l'entretenoient que des étranges choses qu'il verroit. Toutes ces idées affreuses de diables, de flammes, de feu, de damnés, s'imprimoient fortement dans la cervelle affoiblie par les jeûnes & les insomnies ; & le pauvre voyageur croyoit avoir vu tout ce qu'on lui avoit dit.

Les seigneurs qu'on a nommés ayant découvert ces honteuses impostures, qui déshonoroient la religion, obligerent les moines à se retirer de-là ; & pour empêcher à l'avenir leurs fourberies, ils firent démolir leurs habitations & ouvrir la caverne, qui a toujours été découverte & exposée aux yeux du public depuis ce tems-là. (D.J.)


RAGOTadj. (Maréchal.) on appelle ainsi un cheval qui a les jambes courtes & la taille renforcée & large du côté de la croupe ; il differe du goussaut en ce que celui-ci a l'encolure plus épaisse & qu'il a plus d'épaules. Voyez GOUSSAUT.

RAGOT, terme de Chasse, nom que l'on donne au sanglier qui n'a que deux ans & demi.

RAGOT, s. m. (terme de voiturier) sorte de crampon de fer qui est attaché au limon, & où on attache la chaîne de l'avaloire. (D.J.)


RAGOUTS. m. (Cuisine) sausse ou assaisonnement pour chatouiller ou exciter l'appétit, quand il est émoussé ou perdu.

RAGOUT, se dit aussi du mets même assaisonné ; comme un plat de viande, de poisson, de légume, ou d'autres choses, dont on a fait une étuvée en le faisant cuire avec du lard, du sel, du poivre, des clous de girofle & autres épices.

Toutes les différentes façons de préparer les viandes ou autres mets, sont autant de ragoûts différens.

RAGOUT, (Hist. rom.) quoique le luxe des Romains fût porté fort loin sur la fin de la république, il est à remarquer qu'ils conservoient encore dans leurs tables des restes de leur premiere frugalité, & leur bonne chère tenoit encore à l'ancienne cuisine. Ciceron se plaint dans la lettre 26 du VII liv. à ses amis, d'une dyssenterie causée par l'excès des ragoûts qu'il avoit mangés. Quels étoient ces ragoûts ? Des légumes & toutes sortes d'herbes ; herbas omnes ita condiunt, ut nihil possit esse suavius. Ces herbes si délicatement apprêtées, étoient des cardes de poirée & des mauves, car, ajoûte le consul de Rome, moi qui sçavois bien m'abstenir des murènes & des huitres, je n'ai pas su me défendre des cardes de poirée, ni des mauves : ita ego qui me facilè ostreis & muranis abstinebam, à betâ & malvâ deceptus sum. (D.J.)


RAGRAFFERv. a. (Gram.) c'est rattacher avec des agraffes.


RAGRANDIRv. a. (Gram.) c'est rendre plus grand. Il se dit d'une ouverture, d'une mesure, d'un corps.


RAGRÉERv. a. (Archit.) c'est après qu'un bâtiment est fait, repasser le marteau & le fer aux paremens de ses murs pour les rendre unis & ôter les balévres. En menuiserie & en serrurerie, ragréer, c'est mettre la derniere main à un ouvrage. On dit aussi faire un ragréement, pour ragréer. (D.J.)

RAGREER, (terme de Jardinier) ce mot se dit des branches d'arbres qui ont été sciées. C'est couper avec la serpette la superficie de la partie sciée & comme brûlée par le mouvement de la scie. Il faut ragréer les parties sciées, parce qu'elles pourriroient autrement & ne se recouvriroient jamais. (D.J.)


RAGUÉadj. terme de riviere. Un cable ragué, c'est un cable ou cordage gâté, écorché ou coupé.


RAGUETS. m. (Com. de morue) c'est une sorte de petite morue verte en Bretagne ; dans le triage que l'on fait des différentes especes & qualités de morues, le raguet tient le troisieme rang. Savary.

RAGUNDONA, (Géog. anc.) ville de la Pannonie ; l'itinéraire d'Antonin la marque sur la route d'Ariminum à Cesena, entre Celcia & Poctovios, à 18 milles de la premiere, & à égale distance de la seconde. (D.J.)


RAGUSA(Géog. mod.) petite ville de Sicile, dans le val de Noto, avec titre de baronie. Cette ville est située dans les terres au nord occidental de Modica, sur la riviere de Giarratana, qui, au-dessous de la ville jusqu'à la mer, se nomme Fiume di Mauli, ou Fiume di Agusa. (D.J.)


RAGUSANLE, (Géog. mod.) ou l'état de Raguse ; petit état d'Europe dans la Dalmatie, qui subsiste depuis plusieurs siecles sous un gouvernement aristocratique, & depuis plus de 250 ans sous la protection des Vénitiens & du grand-seigneur, auquel cette république paye chaque année ving-cinq mille écus d'or. Raguse en est la capitale. La ville ou bourg de Stagno, ainsi que les îles Méléda, Augusta & Cazola, dépendent de l'état de Raguse, en sorte que son domaine consiste (dans le petit comme dans le grand comme celui de la république de Venise) en terre ferme & en îles. (D.J.)


RAGUSE(Géog. mod.) ville capitale de la république de même nom, dans la Dalmatie proche la mer, à 26 lieues au nord-ouest de Scutari, avec un port défendu par un fort appellé S. Nicolas. Elle fut presqu'entierement détruite par un tremblement de terre en 1667. On l'a rebâtie depuis, plus belle & plus grande qu'auparavant ; elle est ornée de beaux édifices, fortifiée de bons ouvrages, & munie d'une forteresse qui met son port en sureté contre les entreprises de ses ennemis. L'évêché qui étoit à Epidaure (aujourd'hui Raguse la vieille), fut transféré à Raguse dans le septieme siecle & érigé en archevêché dans le dixieme. Long. de cette ville, 36. lat. 42. 48.

Raguse a été autrefois connue sous les noms d'Hybla minima, d'Hera, ou d'Heraea, d'où l'on a lieu de conjecturer que les monts Hérées de Diodore de Sicile & de Vibius Sequester, sont ceux qu'on trouve près de Raguse. Fazellus & Cluvier se sont persuadés par enthousiasme, que c'étoient les Monti-Sori.

Tout le monde sçait que Raguse est une très-petite république, située sur les côtes de la mer Adriatique ; sa foiblesse l'oblige de ménager toutes les puissances, & même d'acheter du sultan des Turcs, par une espece de tribut, une protection qui la met à couvert des courses des Dulcignotes : ce sont des pirates qui désolent les côtes du golphe adriatique, comme les corsaires de Barbarie désolent celles de la Méditerranée.

Les habitans de Raguse sont riches, parce qu'ils font tous le commerce ; ils se gouvernent à-peu-près comme à Venise, mais conformément à leur petit état. Le grand conseil est composé des nobles qu'on y reçoit à l'âge de vingt-quatre ans ; un noble ne sçauroit découcher sans en avoir donné avis au sénat. Les étrangers qui se trouvent dans la ville, y sont enfermés à clef durant la nuit : les portes se ferment au coucher du soleil & s'ouvrent à son lever.

Le chef de la république de Raguse qu'on nomme recteur, change tous les mois ; les autres officiers toutes les semaines ; le gouverneur du château tous les jours. Cette forme d'administration ne peut être excusée que dans une petite république environnée de puissances formidables, qui corromproient aisément de petits magistrats : car, comme le dit M. de Montesquieu, quoiqu'il soit vrai que dans toute magistrature il faille compenser la grandeur de la puissance par la briéveté de sa durée, cependant il ne faut pas si fort diminuer cette briéveté, qu'elle en devienne une cause de corruption. Qui est-ce qui voudroit gouverner ainsi ses affaires domestiques ?

Banduri (D. Anselme) bénédictin, a fait honneur à Raguse sa patrie. On lui doit une espece de corps complet des antiquités de Constantinople ; il en composa deux volumes in-folio, qui parurent à Paris en 1711, sous le titre d'Imperium orientale. Il y ajouta, outre divers plans topographiques, deux cartes relatives à l'état de l'empire de Constantinople, sous Constantin Porphyrogenète, dressées toutes les deux par Guillaume Delisle, & le bas relief de la colonne historiée de Théodose, gravé d'après les desseins originaux de Gentile Bellini, qui sont conservés dans le cabinet de l'académie de peinture & de sculpture.

On doit encore à D. Anselme une collection de toutes les médailles des empereurs romains, depuis Trajan Dece jusqu'au dernier Paléologue, c'est-à-dire jusqu'à la prise de Constantinople. L'ouvrage parut à Paris en 1718 ; il est dédié à M. le Duc d'Orléans, & forme deux volumes in-fol. L'auteur a mis à la tête de ce recueil, sous le titre de Bibliotheca nummaria, un catalogue ample, raisonné & très-bien fait, de tous les ouvrages qui ont quelque rapport à la connoissance des médailles.

D. Anselme avoit été nommé en 1715 de l'académie des inscriptions. Il mourut à Paris en 1743, âgé de 72 ou 73 ans.

Hodierna (Jean-Baptiste) naquit aussi à Raguse en 1597, & mourut à Palerme en 1660, à 63 ans. Il étoit versé dans l'astronomie, comme il paroît par quelques ouvrages qu'il a publiés en ce genre. (D.J.)


RAHABAT(Géog. mod.) ville aux frontieres de la Syrie sur l'Euphrate. M. Petit de la Croix dit que cette ville est à 65 deg. de long. & à 34 de lat. M. Otter qui la nomme Rahabé, n'en fait qu'un village. Long. selon lui, 66 55. latit. 34. (D.J.)


RAIERAYE, s. f. raia, (Hist. nat. Ichthyol.) nom générique que l'on a donné à des poissons plats & cartilagineux, qui ont de chaque côté du corps de longues appendices que l'on nomme ailes ou ailerons. On divise les raies en trois classes ; la premiere comprend les raies lisses, c'est-à-dire celles qui n'ont point d'aiguillons sur les ailes, & peu sur le corps & sur la queue ; la seconde renferme les raies étoilées ; enfin on a donné le nom de raies piquantes, à celles de la troisieme classe, parce qu'elles ont des aiguillons longs & en grand nombre sur tout le corps, sur les ailes & sur la queue. Toutes les raies ont une taie nommée par les Latins nebula, placée à la paupiere inférieure qui peut couvrir l'oeil en entier ; elles restent presque toutes dans la fange près des rivages, & elles vivent de petits poissons : la plûpart ont la chair dure & de mauvaise odeur.

RAIE BOUCLEE, RAIE CLOUEE, CLAVELADE, raia clavata ; on a donné ces noms à une espece de raie, parce qu'elle a des aiguillons qui ressemblent à des clous ou à des boucles, la plûpart étant courbes & crochus, principalement ceux du milieu du dos, ceux des ailes, & ceux de deux rangées latérales qui sont sur la queue. Ces aiguillons ont pour base des os ronds ; ceux d'une rangée qui est sur le milieu de la queue sont moins forts que ceux des deux rangées latérales ; enfin il s'en trouve plusieurs sur la partie antérieure de la tête. La face supérieure de ce poisson est noire ; sa chair est fort dure.

RAIE AU LONG BEC, sot, ou lentillade ; cette espece de raie est de la classe des raies lisses, parce qu'elle n'a pas d'aiguillons aux ailes ; la partie antérieure de la tête est très-allongée, & fort pointue, ce qui lui a fait donner aussi le nom d'alêne ; elle a trois rangées d'aiguillons à la queue, qui sont de différentes grandeurs ; le premier est plus grand que le second ; le troisieme a presque autant de longueur que le premier, & le quatrieme ressemble au second, &c. les autres différent également entr'eux, & ils ont tous la pointe dirigée en arriere ; celle des aiguillons de la nageoire de la queue est dirigée au contraire sur les côtés ; & ceux qui sont au-dessous de la nageoire ont la pointe tournée en avant du côté de la tête ; il y a quatre aiguillons courts près des yeux, deux de chaque côté, & plusieurs autres très-pointus sous la partie antérieure de la tête. Cette raie est fort grande, & elle a sur le corps plusieurs petites taches de la figure d'une lentille ; c'est à cause de ces taches qu'on la nomme lentillade. Les dents sont dirigées en arriere, & non pas sur les côtés. La chair est moins dure que celle de la plûpart des autres raies.

RAIE FLASSADE ; cette espece de raie est de la classe des raies lisses ; elle ressemble à la raie au long bec, en ce qu'elle a la partie antérieure de la tête allongée ; elle en differe principalement par les aiguillons ; elle n'en a qu'une seule rangée sur la queue, & il n'y en a point d'autres sur le reste du corps. Les ailes sont fort grandes & fort larges ; le corps est étroit, & il va toujours en diminuant de largeur & d'épaisseur depuis le derriere de la tête jusqu'à la queue. Cette espece de raie a la chair moins dure que les autres raies, & elle n'a point d'odeur desagréable, principalement quand elle est jeune.

RAIE A FOULON, raia fullonica. Rondelet a donné ce nom à une espece de raie, parce qu'elle est hérissée d'aiguillons semblables aux pointes de l'outil dont on se sert pour fouler les draps, non-seulement sur le corps, mais encore sur la tête, sur les ailes & sur la queue, même au-delà des nageoires : elle a le bec long & pointu ; les aiguillons de la queue sont courbes, & disposés de façon qu'ils forment trois rangées.

RAIE LISSE, raia laevis, on a donné à cette espece de raie le nom de raie lisse, parce qu'elle a des aiguillons beaucoup moins longs que les autres especes de raies, excepté deux qui sont à la tête près de chaque oeil ; ceux du dos ont peu de longueur, & sont en petit nombre. La queue en a trois rangs, mais ils sont petits ; il y en a quelques-uns en-dessous qui sont recourbés en avant. Le museau est cartilagineux, transparent, & de moyenne longueur. Les yeux ont une sorte de taie appellée par les Latins nebula, qui se trouve dans toutes les especes de raies. La bouche est très-reculée en-arriere, desorte que ce poisson ne peut rien saisir qu'il ne soit renversé ; cette espece de raie n'a point de dents ; l'intérieur de la bouche est garni d'os durs & rudes ; les ailes ou ailerons sont minces, & de moyenne grandeur ; la face supérieure de ce poisson est presqu'entierement noire, & toute la face inférieure a au contraire une couleur blanche. On lui a donné en Languedoc le nom de fumat.

RAIE LISSE ETOILEE, raia asterias ; on a surnommé cette raie étoilée, parce qu'elle a sur la face supérieure des ailes & de tout le corps jusqu'à la premiere nageoire de la queue, des taches qui ont la figure d'une étoile. La queue est plus petite que dans les autres especes de raies, & la tête ressemble plus à la pastenague qu'à celle des autres raies. La raie étoilée vit dans la haute mer ; sa chair n'a pas une odeur desagréable comme la plûpart des autres raies ; elle est plus tendre, plus facile à digérer, & d'un meilleur goût que toutes les autres especes de raie.

RAIE CARDAIRE, raia spinosa ; on a donné le nom de cardaire à une espece de raie, parce qu'elle est couverte d'aiguillons semblables aux pointes des cardes dont on se sert pour carder la laine ; elle en a nonseulement sur le corps, sur la queue & sur les ailes, mais encore sur les côtés de la tête & au-devant des yeux.

RAIE MIRAILLET, ou RAIE A MIROIR, raia oculata ; on a donné ces noms à une espece de raie qui a deux grandes taches rondes semblables à des yeux ou à de petits miroirs, une de chaque côté. La queue a cinq rangées d'aiguillons, & le dos une seule ; il se trouve aussi quelques aiguillons autour des yeux. La face supérieure du corps est brune, & a un grand nombre de petites taches de forme irréguliere : la chair est dure. Cette raie est de la classe des raies lisses.

RAIE ONDEE, ou CENDREE ; cette espece de raie est encore au rang des raies lisses, parce qu'elle a les aiguillons plus courts & en plus petit nombre que les autres raies ; cependant ils sont plus longs & plus nombreux que ceux de la raie lisse ; le corps a moins la figure d'un losange que celui des autres raies, & il approche plus de la figure ovale. Cette espece de raie à laquelle on a donné le nom de coliart, a trois rangées d'aiguillons à la queue, & une sur le milieu du dos ; il y en a aussi quelques-uns près des yeux. On a donné à ce poisson le nom de raie ondée, parce qu'il a une couleur cendrée avec plusieurs traits ondoyans.

RAIE PIQUANTE, raia aspera ; elle differe des autres en ce que ses ailes sont couvertes en entier de petits aiguillons, & qu'elle n'en a aucun sur le corps. La queue est garnie de trois rangées d'aiguillons longs & forts, comme dans la plûpart des autres especes de raies ; ses rangées d'aiguillons s'étendent jusqu'à l'extrêmité de la queue, au lieu que dans les autres raies il n'y a pas d'aiguillons après la nageoire de la queue. La raie piquante a le museau pointu ; la chair en est dure & de mauvais suc.

RAIE PIQUANTE ETOILEE ; cette espece de raie est couverte pour ainsi dire par tout le corps d'aiguillons ; elle en a beaucoup de petits & pointus entre les deux yeux. Il y en a sur le dos une rangée de fort grands ; la queue en a trois rangées de grands & plusieurs petits hors des rangs ; il y en a aussi beaucoup d'épars sur le corps. Toute la face supérieure de ce poisson est brune, & il a un très-grand nombre de taches en forme d'étoiles, ce qui lui a fait donner le nom de raie étoilée ; sa chair est dure & seche.

RAIE PIQUANTE OEILLEE ; cette espece de raie est de la classe des raies piquantes, parce qu'elle a des aiguillons de chaque côté de la tête ; sur le dos, sur la queue & sur les ailes, près d'une tache ronde qui est sur chaque aile, & qui lui a fait donner le nom de raie oeillée : ces deux taches ressemblent à des yeux ; sa chair est dure.

RAIE PIQUANTE par-dessus & par-dessous, toute la face supérieure du corps, des ailes & la queue de cette espece de raie est couverte d'aiguillons, la face inférieure des ailes en est aussi garnie, desorte qu'on ne peut saisir ce poisson que par l'extrêmité de la queue qui n'a point d'aiguillons depuis la premiere nageoire ; au reste cette raie ressemble aux autres. Rondelet, Hist. nat. des poissons de mer, liv. XIII. Voyez POISSON.

RAIE, pêche de la, voici la maniere d'en faire la pêche telle qu'elle se pratique dans le ressort de l'amirauté de Quimper en Bretagne. Cette pêche commence vers Pâque, & finit à la S. Jean, parce qu'alors les Pêcheurs se disposent à faire la pêche de la sardine.

Chaque pêcheur fournit un nombre de filets, dont on fait une tissure ou continuité de rets de la longueur de plus de 1800 brasses. Les posteaux (sorte de poisson) se trouvent sur les fonds où le bas du rets reste tendu au moyen des pierres dont il est chargé. Ce poisson, comme les autres, ne recule jamais, mais pousse toujours en avant, quelque résistance qu'il trouve. Les Pêcheurs ne relevent leurs filets que de deux jours en deux jours, & ils reviennent chez eux dans cet intervalle ; outre les raies, on prend encore des turbots, quelquefois des anges, & souvent des crabes & des homards, ou écrevisses de mer.

On fait sécher les posteaux sans les saler : pour cet effet, on leur ôte les intestins ; & pour les faire sécher plus vîte & plus aisément, on les découpe en plusieurs endroits. On laisse entieres les petites raies ; on les étend sur la côte pour les faire sécher, évitant que le poisson soit mouillé, car l'eau douce le fait noircir, & le met hors de vente.

Ce poisson ainsi préparé ne se vend point au poids, mais au compte. Les marchands l'envoyent à Nantes. La consommation s'en fait par les gens de la campagne durant le tems des vendanges. Les marchands de Nantes y vendent le cent de compte de ces raies depuis 70 jusqu'à 80 livres.

On vend séparément les têtes, que l'on nomme goules rondes ; on en fait des paquets de vingt têtes. Cette denrée est fort courue par ceux qui en font usage, & est regardée comme un mets délicat.

RAIE, (Ecrit. & Comm.) trait ou ligne qui marque, qui sépare, ou qui diversifie les choses. Les livres des marchands ont différentes raies ordinairement de haut en-bas, pour marquer la position des chiffres suivant leur valeur en livres, sols & deniers. Voyez LIVRES DES MARCHANDS. On trouve à cet article des modeles des différentes rayures à l'usage des livres de commerce. Diction. de comm.

RAIES, terme de Charron, ce sont les barres de bois qui partent du moyeu, & vont se terminer dans les mortaises des gentes ; ce sont les raies qui soutiennent toute la circonférence de la roue. Il en faut environ douze pour une grande roue, & six ou huit pour une petite. Voyez les fig. du Sellier, & les Pl. du Charron.

RAIE, (Jardinage) est une trace que l'on fait sur la terre, & c'est une vraie ligne tracée.


RAIFORTS. m. (Hist. nat. Botan.) raphanus, genre de plante à fleur en croix, composée de quatre pétales. Le pistil sort du calice, & devient dans la suite un fruit ou une silique en forme de corne, épaisse, & d'une substance spongieuse, qui renferme deux rangées de semences arrondies. Ces rangées sont séparées l'une de l'autre par une pellicule très-mince. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

Les racines du raifort sont assez longues, blanches en-dedans, d'un rouge vif en-dehors, & d'un goût moins piquant que le radis ; mais pour décrire cette plante en botaniste, il faut nécessairement abandonner les mots du vulgaire, & se servir des termes de l'art : ainsi, pour instruire le lecteur, nous le renvoyons au mot latin RAPHANUS, & au mot françois RAVE ; car dans Paris même on confond le raifort avec la rave. (D.J.)

RAIFORT D'EAU, (Botan.) espece de cresson ou de sisymbrium. Voyez SISYMBRIUM, Botan.

RAIFORT SAUVAGE, (Diet. & Mat. méd.) grand raifort, grand raifort sauvage, cram, mouterdelle ; les feuilles de cette plante sont en usage en Médecine, mais sa racine l'est beaucoup davantage. Les gens de la campagne mangent cette derniere partie dans plusieurs pays. Elle est si âcre qu'il n'y a que les estomacs les plus forts, & les tempéramens les moins irritables à qui elle puisse convenir comme véritable aliment. On la rape dans plusieurs provinces d'Allemagne, & l'on en fait une espece d'assaisonnement pour les viandes, dont on se sert comme nous faisons de la moutarde ; aussi cette racine est-elle connue sous le nom de moutarde des Allemands. On emploie plus communément le raifort sauvage à titre de remede. Cette plante qui est de la classe des cruciferes de Tournefort, est une de celles dont l'alkali volatil spontané est le plus abondant & le plus développé ; elle tient par conséquent un rang distingué parmi les anti-scorbutiques alkalins. Elle est parfaitement analogue non-seulement quant aux qualités absolues, mais même quant au degré d'activité, au cochlearia. Elle est plus forte que le cresson, que la passerage, & même que la moutarde. Voyez tous ces articles, & sur-tout COCHLEARIA. On retire comme de cette derniere plante, des feuilles & des racines du raifort sauvage une eau distillée qui a aussi les mêmes vertus. Cette eau distillée est d'ailleurs éminemment recommandée comme un puissant diurétique. Sa dose ordinaire est d'environ quatre onces. On la mêle, selon les indications, avec du petit lait, avec du vin blanc, avec un bouillon, ou avec un aposème approprié. Le suc de la racine donné de la même maniere & à la même dose est encore meilleur. Ces remedes sont regardés comme une sorte de spécifique contre l'hydropisie & le rhumatisme, & ils réussissent en effet assez souvent dans le traitement de ces maladies. On les donne aussi avec succès dans l'asthme humide, & dans toutes les affections vraiment catharrales de la poitrine. On peut corriger le goût piquant du suc, & châtrer ou modérer son activité, en le réduisant sous forme de syrop, qu'on doit préparer par le bain-marie, comme le syrop anti-scorbutique de la pharmacopée de Paris dont cette racine est un ingrédient.

La racine du grand raifort sauvage entre encore dans la composition du vin anti-scorbutique, de l'eau antiscorbutique & de l'eau générale de la pharmacopée de Paris. Les feuilles & les racines entrent dans l'emplâtre diabotanum. (b)

RAIFORT, (Diete & Mat. médic.) raifort cultivé ou des jardins, rave des Parisiens, raifort ou rave des Parisiens rouge, raifort blanc, gros raifort blanc du Languedoc, où il est appellé rabé de segairé, c'est-à-dire, rave ou raifort de Moissonneur, radis blanc & radis noir.

C'est à une seule espece de plante qu'appartiennent les différentes racines désignées par ces différens noms ; elles ne sont que des variétés de la racine de raifort cultivé : les unes & les autres ont outre ces différences prises de leur forme & de la couleur de leur peau, d'autres variétés aussi accidentelles, fondées principalement sur leur diverse grosseur, sur la différente vivacité de leur goût, & enfin sur ce que leur tissu est plus ou moins dense, plus ou moins fibreux, plus ou moins succulent, fondant ou rempli d'eau ; mais tout cela ne met que très-peu de différences réelles entre les qualités diététiques & médicamenteuses de toutes ces racines, on peut les considérer comme une seule & unique matiere.

Le raifort tendre, tel qu'il est toujours quand il a été cultivé dans un terrein léger & assidument arrosé, & qu'on le cueille avant qu'il ait poussé sa tige, est un aliment très-agréable qui réveille par son goût vif l'appétit & le jeu des organes de la digestion, en même tems qu'il imprime à tous ces organes un sentiment de fraîcheur très-agréable par l'abondance de son eau ; c'est un alkali volatil spontané qui constitue le piquant de son goût : mais ce principe étant noyé dans une très-grande quantité d'eau, ne produit l'effet échauffant qui lui est propre que dans les sujets les plus sensibles, ou lorsqu'on mange des raiforts avec excès, sans les mêler avec d'autres alimens, ou enfin lorsqu'on mange ceux qui sont les plus piquans, ou ce qu'on appelle vulgairement les plus forts. Ces derniers ne sont bons que pour les estomacs vigoureux des paysans & des manoeuvres ; mais tout bon estomac d'un sujet ordinaire de tout âge & de tout état digere très-bien plusieurs douzaines de petites raves de Paris, où elles sont douces & d'ailleurs excellentes, sur-tout lorsqu'on les mange pendant le repas, en les entremêlant avec les alimens ordinaires. Celles-là même pourroient plutôt nuire comme crudité aux estomacs foibles qui craignent les crudités ; elles ne sont pas propres non plus aux personnes qui sont très-sujettes aux coliques venteuses ; le raifort est réellement un peu venteux.

L'usage des raiforts entiers, c'est-à-dire mangés à l'ordinaire, peut être regardé au contraire comme vraiment médicamenteux, & très-utile pour aider la digestion dans les estomacs paresseux & sujets aux congestions de sucs acides, par exemple, chez les mélancoliques : cet aliment est encore éminemment propre aux scorbutiques. Voyez SCORBUT.

Le suc de raifort cultivé est un diurétique des plus éprouvés, qu'on emploie fort communément & avec succès toutes les fois que les puissans diurétiques sont indiqués, dans le traitement de l'hydropisie, les affections des voies urinaires, de l'asthme, &c. la dose ordinaire est de trois à quatre onces prises le matin à jeun pendant quelques jours consécutifs. On édulcore quelquefois ce suc avec le sucre, ou quelque syrop approprié, & principalement lorsqu'on l'ordonne contre l'asthme.

On pourroit retirer par la distillation une eau & un esprit de raifort qui seroient fort analogues quant à leurs vertus absolues, aux mêmes produits du cochlearia, du cresson, du raifort sauvage, &c. mais comme ceux du raifort seroient très-inférieurs en degré de concentration, & par conséquent d'activité à ces dernieres substances, qu'on peut d'ailleurs affoiblir au besoin autant qu'on veut, on n'emploie point ordinairement l'eau ni l'esprit de raifort.

Les semences de raifort s'emploient aussi quelquefois en Médecine, mais fort rarement ; elles contiennent les mêmes principes médicamenteux que la racine ; mais comme ces semences sont plus succulentes, il faut les écraser dans de l'eau, ou dans une liqueur aqueuse, les y laisser macérer pendant une heure, & les exprimer ; la liqueur qui provient de cette opération équivaut à-peu-près au suc de la racine. (b)


RAILLES. m. (Font. salante) instrument à remuer les braises du fourneau. C'est une longue perche au bout de laquelle est un morceau de planche.


RAILLÉES. f. (Fontaine salante) partie du travail qui consiste à remuer les braises à une certaine heure marquée.


RAILLERIES. f. (Morale) discours quelquefois innocent, & très-souvent condamnable. Un bel esprit du siecle dernier, comparoit les railleries innocentes à des éclairs qui éblouissent sans brûler. La raillerie piquante offense plus que la médisance, parce qu'elle porte deux coups à la fois, l'un à l'honneur, l'autre à l'amour-propre ; elle flétrit & déconcerte ; le tour malicieux qu'elle emploie, ajoute presque toujours au chagrin qu'on éprouve d'être taxé d'un travers, ou d'un défaut qu'on veut cacher. On aimeroit mieux être décrié dans l'absence, que d'essuyer des plaisanteries en face. Quelque spirituelle que soit la raillerie, son usage n'est presque jamais bien placé. Elle ne peut s'exercer sur ceux que l'âge ou le caractere ont mis au-dessus de nous, sur ceux qui sont au-dessous, parce que l'éminence du rang se trouve à couvert de la repartie, & rarement sur nos égaux ; si on se la permet dans ce dernier cas, elle doit être très-sobre, très-délicate, très-modérée, & ne toucher qu'à des fautes légeres, à des foiblesses permises, ou à des défauts dont on puisse soi-même plaisanter ; autrement, c'est un jeu trop dangereux à jouer. On sait les raisons de la haine implacable de la duchesse de Montpensier contre Henri III. Elle ne lui pardonna jamais ses railleries, & porta, dit Brantome " sa bonne part de matieres d'inventions de son gentil esprit, & du travail de son corps, à bâtir la funeste ligue qui fit périr ce prince ; qu'après avoir bâti cette ligue, jouant un jour à la prime, ainsi qu'on lui disoit qu'elle mêlat bien les cartes, elle répondit, devant beaucoup de gens ; je les ai si bien mêlées, qu'elles ne se sauroient mieux mêler ni démêler. " (D.J.)

RAILLERIE ENTENDRE, & entendre la RAILLERIE, (Lang. françoise) entendre raillerie & entendre la raillerie, sont deux choses différentes ; entendre raillerie, c'est prendre bien ce qu'on nous dit, c'est ne s'en point fâcher ; c'est non-seulement savoir souffrir les railleries, mais aussi les détourner avec adresse, & les repousser avec esprit ; entendre la raillerie, c'est entendre l'art de railler, comme entendre la poésie, c'est entendre l'art & le génie des vers. Néanmoins, on ne dit guere entendre la raillerie tout seul ; on ajoute d'ordinaire une épithete à raillerie ; on dit, il entend la fine raillerie. Il y a peu de personnes qui entendent l'agréable & l'innocente raillerie. (D.J.)


RAILLEURS. m. (Gram.) un railleur de profession est communément un petit esprit & un mauvais caractere. Quelle occupation que celle de chercher perpétuellement le ridicule qu'il peut y avoir dans les choses & dans les personnes, & de le faire sortir ! Sans compter que cette habitude, qui est presque toujours applaudie par les autres, dégénere en une manie de voir tout d'un oeil défavorable, ce qui marque de la fausseté dans l'esprit.


RAIN(Géog. mod.) petite ville fortifiée d'Allemagne, dans la haute Baviere, située sur une petite riviere nommée Acha, près du Lech, à 3 lieues au levant de Donavert. Le général Tilly y fut blessé à mort, en 1632. Long. 28. 35. lat. 48. 39. (D.J.)

RAIN, s. m. (Lang. françoise) cet ancien mot veut dire un rameau, une petite branche d'arbre. Le roman de la rose dit :

Rose sur rain, & noix sur branche

N'est si vermeille, ni si blanche.

On mettoit en possession des fiefs par le rain & le bâton, c'est-à-dire, en mettant dans la main de l'acquéreur une petite branche d'arbre, ou un bâton. Aubert.

RAIN, terme des Eaux & Forêts ; c'est l'orée d'un bois, la lisiere d'une forêt ; c'est en ce sens que ce mot est employé dans les ordonnances des eaux & forêts ; quand elles défendent de tenir des atteliers pour façonner des bois au rain des forêts, cela veut dire à la lisiere, & aux lieux voisins des bois. (D.J.)


RAINEvoyez RENNETTE.


RAINEAUS. m. (Architect.) c'est ainsi qu'on nomme des pieces de charpente qui tiennent en liaison les têtes des pilotis dans une digue, ou dans les fondations de quelqu'autre édifice.


RAINURES. f. (Menuis.) c'est un petit canal fait sur l'épaisseur d'une planche, pour recevoir une languette, ou pour servir de coulisse. (D.J.)


RAIPONCou REPONCE, s. f. rapunculus, (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur monopétale, & à-peu-près en forme de cloche, mais ouverte & découpée de façon qu'elle représente une étoile. Le pistil est ordinairement fourchu, & le calice de la fleur devient dans la suite un fruit divisé en trois loges, qui renferme des semences le plus souvent petites. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.

Tournefort compte dix especes de ce genre de plante, dont la principale est à fleur bleue, à racine bonne à manger, rapunculus flore caeruleo, radice esculentâ, I. R. H. 113. en anglois the blue spiked rampion.

Sa racine est longue & grosse comme le petit doigt, ordinairement simple & blanche ; elle pousse une ou plusieurs tiges à la hauteur de deux piés, grêles, anguleuses, cannelées, velues, garnies de feuilles étroites, pointues, sans queue, collées ou adhérentes à la tige par une base un peu large, légerement dentelées sur les bords, & empreintes d'un suc laiteux.

Ses fleurs naissent aux sommets de la tige & des branches sur de longs pédicules : chacune de ces fleurs est une cloche évasée, & coupée ordinairement sur les bords en cinq parties, de couleur bleue ou purpurine, quelquefois blanche, soutenue sur un calice fendu en cinq pieces. Lorsque la fleur est passée, il lui succéde un fruit membraneux, divisé en trois loges, qui renferment plusieurs semences, menues, luisantes, roussâtres.

Toute la plante donne du lait comme les autres campanules. Elle vient sur les bords des fossés, dans les prés, & dans les champs. Elle fleurit en Juin, & on la cultive aussi dans les potagers. (D.J.)

RAIPONCE, (Diete, Mat. méd.) petite raiponce de carême, raiponce sauvage ou grande raiponce, & raiponce d'Amérique ou cardinale bleue, espece de lobelia de Linnaeus.

La racine des deux premieres plantes, & surtout celle de la premiere, se mange assez communément en salade, soit crue, soit cuite. Lorsqu'elle est jeune & tendre, les bons estomacs la digerent assez bien ; elle passe même pour fortifier ce viscere, & pour aider à la digestion. On l'emploie fort rarement à titre de remede. Elle est mise cependant au rang des apéritifs diurétiques, & regardée même comme utile dans la gravelle.

La troisieme est une des plantes que M. Kalm, savant naturaliste suédois, a proposées comme un spécifique contre les maladies véneriennes, dont il a appris le secret des sauvages de l'Amérique septentrionale, & qu'il a publié dans les mém. de l'acad. royale des Sciences de Suede, pour l'année 1750.

C'est la racine de cette plante qui fournit ce spécifique. On en prend cinq ou six soit fraîches, soit séchées. On les fait bouillir pour en faire une sorte de coction ; on en fait boire abondamment au malade, dès qu'il est reveillé ; & il continue d'en faire sa boisson ordinaire dans le cours de la journée ; elle doit être légerement purgative ; si elle agissoit trop vivement, il faudroit la faire moins forte. Pendant l'usage du remede, il faut s'abstenir de liqueurs fortes, & des alimens trop assaisonnés : le malade continue sa boisson ; il s'en sert même pour bassiner & fomenter les parties extérieures du corps sur lesquelles le mal a fait impression : il ne faut que quinze jours ou trois semaines pour parvenir à une guérison totale. Extrait du mémoire ci-dessus cité dans le journal de médecine, Février 1760. Quand le mal est très-invétéré, & que le remede ci-dessus décrit est insuffisant, on le rend plus efficace en y joignant une petite quantité de racine de la renoncule de Virginie. Voyez RENONCULE, Mat. méd. (b)


RAIRou RÉER, v. n. (Vénerie) c'est le cri des cerfs lorsqu'ils sont en rut : on dit les cerfs raient.


RAIS DE CHOEURS. m. (Architect.) ornement accompagné de feuilles d'eau, qui se taille sur les talons.

RAIS, s. m. (Charronage) ce sont les rayons d'une roue de carrosse, qui sont enclavés dans le noyau, & qui portent les jantes. Le mot françois est rayon. Voyez RAYES.

RAIS, (Poterie) ce mot signifie les quatre barres de fer qui suspendent & attachent la roue à la noix. Ces rais ne sont pas placés comme dans les roues ordinaires, mais pendent en lignes diagonales du haut de l'arbre ; ils ont deux usages, l'un de lier & de former la roue, l'autre de lui donner le mouvement lorsque l'ouvrier les pousse avec le tournoir. Savary. (D.J.)

RAIS, terme de Blason ; ce mot se dit de l'escarboucle qu'on peint sur les écus avec huit rayons ou bâtons pommetés, qui en sortent en croix & en sautoir.


RAISINS. m. (Botan. Agricult.) c'est le fruit de la vigne qui vient en grappes, qui est bon à manger & à faire du vin.

Les principales especes de raisin, les plus estimées, les plus ordinaires, ou les plus étendues, soit pour le jardin, pour le vin, ou pour le verjus, sont les morillons, & entr'autres les pineaux, les chasselas, les muscats, les corinthes, les malvoisies, les bourguignons, les bourdelais, les saumoiraux ou prunelles, les méliers, les gamets, les gouais.

Il y a plusieurs sortes de morillons connues presque par-tout, tant aux champs qu'aux jardins, c'est-à-dire, tant propres à faire du vin qu'à manger.

Le raisin précoce, ou raisin de la Magdelaine, est appellé morillon hâtif, parce que c'est un fruit hâtif, qui est souvent mûr dès la Magdelaine. Les Botanistes le nomment vitis praecox columellae, H. R. P. en anglois, the july-grappe. Ce raisin est noir, plus curieux que bon, parce qu'il a la peau dure. On l'estime seulement, parce qu'il vient de bonne heure, mais il n'est bon que dans quelque coin de jardin bien exposé au midi, & à couvert des vents.

Le morillon taconne, vitis subhirsuta, C. B. P. est meilleur que le précédent pour faire du vin, vient bien-tôt après le hâtif, & charge beaucoup. On le nomme aussi meunier, parce qu'il a les feuilles blanches & farineuses. Il se plaît dans les terres sablonneuses & légeres.

Le morillon noir ordinaire est le vitis praecox columellae acinis dulcibus, nigricantibus ; on l'appelle en Bourgogne pineau, & à Orleans auvernat, parce que la plante en est venue d'Auvergne ; il est fort doux, sucré, noir, excellent à manger ; il vient en toutes sortes de terres, & passe aux environs de Paris, pour le raisin qui fait le meilleur vin. Son bois a la coupe plus rouge qu'aucun autre raisin ; le meilleur est celui qui est court, dont les noeuds ne sont pas espacés de plus de trois doigts. Il a le fruit entassé & la feuille plus ronde que les autres de la même espece.

Il y a une seconde espece de morillon, qu'on appelle pineau aigret, qui porte peu, & donne de petits raisins peu serrés ; mais le vin en est fort, & même meilleur que celui du premier morillon. Le pineau aigret a le bois long, plus gros, plus moëlleux, & plus lâche que l'autre ; les noeuds éloignés de quatre doigts au-moins ; l'écorce, fort rouge en-dehors, & la feuille découpée en patte d'oie, comme le figuier.

Il y a une troisieme espece de morillon qu'on appelle franc-morillon ; il fleurit avant les autres plans, & fait d'aussi bon vin que les deux autres morillons. Il a le bois noir, & le fruit de même, fait belle montre en fleur & en verd, mais à la maturité, il déchet de moitié, & quelquefois davantage. Il croît plus qu'aucun autre en bois, en longueur & en hauteur, & les noeuds de ses jettés sont les plus espacés.

Il y a finalement une espece de morillon blanc excellent à manger, mais qui a la peau plus dure que le morillon noir ordinaire.

Le chasselas, vitis uvâ peramplâ, acinis albidis, dulcibus, durioribus, I. R. H. autrement dit muscadet, ou bar-sur-aube blanc, c'est un raisin gros, blanc, excellent, soit à manger, à garder, à sécher, ou à faire de bon vin. Ses grains ne sont pas pressés. Il réussit surtout dans les vignes pierreuses, parce qu'il y meurit plus facilement. Le gros corinthe, dont nous parlerons ci-après, est une espece de chasselas noir-blanc.

Le chasselas noir, vitis uvâ peramplâ, acinis dulcibus nigricantibus, I. R. H. s'appelle en Provence, en Languedoc raisin grec ; il est plus rare & plus curieux que le blanc, & même que le rouge, dont les grappes sont plus grosses. Il prend peu de couleur, & ils sont tous deux excellens.

Il y a beaucoup de sortes de muscats, qui sont exquises la plûpart ; le muscat blanc, ou de Frontignan, vitis Apiana, C. B. P. a la grappe longue, grosse & pressée de grains ; il est excellent à manger, à faire des confitures, de bon vin, & à sécher au four ou au soleil. Il y a une espece de muscat blanc hâtif de Piémont, qui a la grappe plus longue, le grain moins serré & plus onctueux, dont on fait une estime particuliere.

Le muscat rouge, ou de corail, à cause de la vivacité de sa couleur, a les mêmes qualités. Son grain est encore plus ferme, & il demande du soleil pour bien mûrir ; c'est le vitis acinis rubris nigricantibus, dulcissimis, de Garidel.

Le muscat noir est plus gros & fort pressé de grains ; il a le goût moins relevé, mais il est fort sucré, & très-recherché, parce qu'il charge beaucoup, & est hâtif.

Le muscat violet est d'un noir plus clair ; il a la couleur violette, les grappes fort longues, garnies de grains qui sont gros, très-musqués, & des meilleurs.

Le muscat de rizebate est musqué, a le grain plus petit que les autres ; son suc est si doux & si agréable, que ce seroit un de nos premiers raisins, s'il ne couloit point tant ; mais il dégénere presque toujours en raisin de Corinthe, ainsi que le damas ; l'un & l'autre n'ont point de pepin à cause de leur coulure.

Le muscat long, ou passe-musqué d'Italie, est fort gros, fort musqué, excellent en confitures & à manger crud ; ses grappes sont très-grosses & très-longues. Il est rare, curieux, & veut une pleine exposition du midi contre un mur ; il est le meilleur, & le plus parfumé des muscats en confiture.

Il y a le muscat long violet de Madere, qui est un raisin très-rare, & extraordinaire pour sa beauté & sa bonté.

Il y a encore le muscat de Jésu, dont le grain est fort gros, rond, des plus musqués, & des plus rares.

On compte aussi parmi les muscats, le jennetin, autrement dit le muscat d'Orléans, ou de saint Memin ; il est fort sucré, sujet à la coulure, & ressemble à la malvoisie ; c'est pourquoi quelques-uns l'appellent malvoisie blanche. Les limonadiers & les cabaretiers de Paris vendent quelquefois le vin de jennetin pour le muscat de Frontignan.

Le raisin de Corinthe, vitis corinthiaca, sive apyrina. J. B. est un raisin délicieux & sucré. Il a le grain fort menu & pressé, la grappe longue & sans pepin. Voyez RAISIN DE CORINTHE.

Le corinthe violet est un peu plus gros ; il est aussi excellent & sans pepin, mais fort sujet à couler, c'est pourquoi il veut être taillé plus long que les autres vignes.

Le raisin sans pepins est une espece de bar-sur-aube, dont le grain est moins gros, & un peu aigre ; il est très-bon à mettre au four n'ayant pas de pepins, d'où vient qu'on le nomme gros corinthe.

On remarque que tous les muscats & les corinthes sont sujets à la coulure, c'est pourquoi il faut les tailler longs ; on les greffe sur le bordelais quand on ne se soucie pas de les avoir musqués.

La malvoisie est un raisin gris, qui charge beaucoup ; le grain en est petit, sucré, relevé, hâtif, & si plein de jus qu'il passe, ainsi que l'auvernat gris d'Orléans, pour un des raisins les plus fondans ; la malvoisie rouge est de couleur de feu, & a les mêmes qualités que le précédent. La malvoisie blanche est plus rare & moins hâtive ; au reste la malvoisie grise est plus en usage, & on l'estime la meilleure des trois.

Il y a aussi la malvoisie musquée, autrement dit, muscat de malvoisie ; c'est un raisin excellent pour le relief de son musc, qui passe tous les autres ; il vient du Montferrat ; les environs de Turin en sont remplis.

Le bourguignon ou tresseau, est un raisin noir, assez gros, meilleur à faire du vin qu'à manger ; il charge des plus, & donne de grosses grappes.

Le bourguignon blanc, qu'on appelle en quelques endroits mourlon, a les noeuds à deux doigts & demi de distance, le fruit à courte queue & entassé, la feuille fort ronde, comme les gouais, & il résiste à la gelée.

Le noiraut, autrement dit teinturier ou plan d'Espagne, est une autre espece de bourguignon noir. Il a, comme le précédent, le bois dur, noir, la moëlle serrée & petite, les noeuds près l'un de l'autre, la feuille moyenne & ronde, la queue rouge, le grain serré, & qui teint noir ; il résiste à la gelée mieux qu'aucun autre, mais son suc est très-plat, & ne sert plus qu'à couvrir le vin, c'est pourquoi on en plante peu dans chaque vigne. Quand on en a un plan entier, on en fait du vin pour teindre les draps. Le raisin qu'on appelle simplement raisin noir ou raisin d'Orléans, est presque la même chose que le noiraut. Le ploqué lui ressemble aussi, mais il ne teint point ; c'est un raisin qui a dégénéré, & son suc n'étant ni bon ni délicat, il vaut mieux en ruiner l'espece que de la provigner.

Le bourdelais ou bourdelas, vitis uvâ peramplâ, acinis ovatis. I. R. H. s'appelle en Bourgogne grey, & en Picardie grégeoir ; il est de trois sortes, blanc, rouge & noir. Il a la grappe & les grains très-gros ; il est principalement propre à faire du verjus & des confitures. Il est encore excellent pour y greffer toutes sortes de raisins, entr'autres ceux qui sont sujets à couler, comme le damas & les corinthes ; à l'égard des muscats, ils ne seroient plus musqués si on les greffoit sur une autre sorte que sur des muscats même.

Le raisin d'abricot, la vigne grecque, & le farineau, sont trois especes de bourdelais. Le raisin d'abricot est ainsi appellé parce que son fruit est jaune & doré comme l'abricot, la grappe en est belle & des plus grosses.

La vigne grecque, vitis acino rubro, duricori, sapore dulci, Garidel nomme ainsi le raisin merveilleux ou le saint-Jacques en Galice, parce que ce canton espagnol en est plein ; il est rouge & a le grain gros & rond, le fruit doux, hâtif, & bon à faire du vin. Sa grappe est des plus belles & des plus grosses, & sa feuille, dans la maturité du fruit, devient panachée de rouge, ce qui est assez ordinaire aux raisins colorés de noir, de violet, & de rouge.

Le farineau ou rognon de coq est blanc, a le grain petit & long, & il est meilleur à faire du verjus que du vin.

Le sau-moireau s'appelle quille de coq aux environs d'Auxerre ; c'est un raisin noir, excellent à manger & à faire du vin ; il a le grain longuet, ferme, & peu pressé. Il y en a de trois sortes ; la premiere & la meilleure a le bois dur, & des provins noués courts ; la seconde approche fort de la premiere ; la troisieme se nomme sau-moireau chiqueté, ou prunelas blanc, parce qu'il a le bois plus blanc que les autres ; il fait du vin assez plat, ne porte que par année, & il est sujet à s'égrener entierement avant qu'on le cueille.

Le prunelas rouge ou négrier a la côte rouge, le bois noué, la moëlle grosse, la feuille découpée, la grappe grande, claire & fort rouge ; il mûrit des derniers, fait le vin âpre & de durée, c'est pourquoi on n'en met que peu dans les plans de vignes noires, & seulement pour noircir & affermir le vin ; il resiste à la gelée.

Le mélier blanc est un des meilleurs raisins pour faire du vin & pour manger ; il charge beaucoup, a bon suc, se garde, & est excellent à faire sécher au four.

Le mélier noir n'est pas si bon, & il n'a pas tant de force en vin.

Le mélier verd, qu'on appelle en quelques endroits simplement plan verd, est le plus recherché, parce qu'il charge beaucoup, ne coule point, & son vin n'en devient pas jaune.

Le surin est une espece de mélier un peu pointu, d'un bon goût, & fort aimé en Auvergne.

Le gamet est un raisin commun, qui charge beaucoup, & vient mieux que tout autre, mais le vin en est petit, de peu de saveur, & son plan dure peu d'années. Il y a le gamet blanc & noir ; on appelle du vin grossier, gros gamet.

Le gouais est fort commun ; son plan dure cent ans en terre, & il a la grappe plus grosse & plus longue que le gamet ; mais il est de pareille qualité pour faire du vin. Il est infiniment meilleur en verjus, soit liquide ou confit, qu'en vin.

Outre ces onze especes de raisins les plus générales, il y en a d'autres particulieres qu'il est bon de connoître.

Le beaunier, ainsi nommé parce qu'il est fort connu & fort estimé à Beaune, est un raisin qui charge beaucoup, & tire sur le gouais blanc, mais il est bien meilleur ; on l'appelle à Auxerre servinien.

Le fromenteau est un raisin exquis & fort connu en Champagne ; il est d'un gris rouge, ayant la grappe assez grosse, le grain fort serré, la peau dure, le suc excellent, & fait le meilleur vin ; c'est à ce raisin que le vin de Sillery doit son mérite.

Le sauvignon est un raisin noir, assez gros, long, hâtif, d'un goût très-relevé & des meilleurs. Il y a aussi le sauvignon blanc, qui a les mêmes qualités que le noir ; l'un & l'autre sont rares & peu connus.

Le piquant-paul est un raisin blanc, fort doux ; on l'appelle autrement bec d'oiseau, & en Italie pizutelli, c'est-à-dire, pointu, parce qu'il a le grain gros, très-long, & pointu des deux côtés.

Il y a aussi le pizutelli violet, dit dent de loup, qui a le grain long, mais moins pointu ; c'est un des plus beaux raisins & des plus fleuris ; il est assez bon, & se garde long-tems. Nous avons encore un autre raisin qu'on appelle le gland, parce qu'il lui ressemble ; il est jaune, doux, de garde.

La blanquette de limous, est un raisin blanc & pellucide comme du verre ; la grappe en est longue & assez grosse. Il charge beaucoup, & son jus est délicieux.

La roche blanche & noire charge aussi beaucoup, la grappe en est grosse & longue, le grain assez menu & fort serré ; il mûrit avec peine, parce que c'est une espece de petit bourdelais.

Le gros noir d'Espagne, ou la vigne d'Alicante, donne une grosse grappe garnie de gros grains bons à manger, & encore plus à faire le vin d'Alicante, si vanté.

Le raisin d'Afrique a ses grains gros comme des prunes. Il y a le rouge & le blanc. Ses grappes sont extraordinaires pour leur grosseur ; le grain est plus long que rond ; le bois en est épais, la feuille très-grande & large ; il veut un soleil brûlant pour mûrir.

Le maroquin ou barbarou, est un gros raisin violet, dont les grappes sont aussi d'une grosseur extraordinaire ; le grain en est gros, rond & dur, le bois rougeâtre, & la feuille rayée de rouge. Il y en a de cette espece qui rapporte extraordinairement.

Le damas, vitis damascena, H. R. P. est encore un excellent raisin à manger ; la grappe en est fort grosse & longue, le grain très-gros, long, ambré, & n'a qu'un pepin ; il coule souvent & veut être taillé long ; il y en a de blanc & de rouge.

Le raisin d'Italie, autrement dit pergoleze, vitis pergulana, uvâ peramplâ, acino oblongo, duro, majore, subviridi, de Garidel, est de deux sortes, blanc & violet ; il a la grappe grosse & longue, le grain longuet & clair semé, mais il mûrit avec peine en France.

La vigne de Mantoue donne un fruit fort hâtif, mûrit dès le commencement d'Août. Le grain est assez gros, plus long que rond, fort jaune, ambré, & d'un sûr extraordinaire.

Le raisin d'Autriche ou ciouta, a la feuille découpée comme le persil. Il est blanc, doux, charge beaucoup, ressemble au chasselas, mais il est peu relevé en vin.

Le raisin suisse est plus curieux que bon ; il a la grappe grosse & longue, les grains rayés de blanc & de noir, & quelquefois mi-partis.

Voilà une énumération bien ample des diverses especes de raisin, car j'aurois peut-être dû n'en parler que comme Pline l'a fait de son tems. Les grappes de raisin, dit-il, different entr'elles par leur couleur, leur goût, & leurs grains ; il résulte de ces différences une multitude innombrable d'especes qui va se multipliant tous les jours ; ici elles sont purpurines, là de couleur de rose, vertes ailleurs ; mais les noires & les blanchâtres sont les plus communes. Les unes ressemblent à des mamelles gonflées, les autres s'allongent & portent le grain long comme la datte ; en un mot les terreins ne different pas plus entr'eux que les grappes de raisin, ensorte qu'on peut assurer qu'il en est de la vigne comme des poiriers & des pommiers, c'est-à-dire qu'on en trouve une infinité d'especes différentes ; il s'en produit & s'en peut produire tous les jours de nouvelles. (D.J.)

RAISIN BARBU, (Botan.) on sait que la cuscute grimpe jusqu'au haut de la plante à laquelle elle est adhérente, lorsque cela lui est plus facile. Si la plante est basse, comme le thym & le serpolet, elle s'y étend horisontalement ; si la plante est très-haute & qu'elle puisse pousser vers le bas, elle jette de longs filets qui semblent vouloir chercher la terre ; c'est ce qui arrive lorsqu'elle est attachée à une grappe de raisin, on diroit qu'elle affecte alors de laisser pendre ses tiges qui deviennent très-longues ; leur entre la cement forme une masse qui va toujours en se retrécissant, & qui donne à cette grappe de raisin un certain air de monstruosité ; ce phénomene en a imposé, & a valu au raisin ainsi fait le nom de raisin barbu ou chevelu.

Lycosthène, dont l'esprit étoit tout porté pour le merveilleux, témoin son ouvrage intitulé, prodigiorum & ostentorum chronicon ; Lycosthène, dis-je, ne trouva dans ce fait naturel qu'une prodigieuse monstruosité, & tous ceux qui l'ont suivi ont vû par les mêmes yeux ; la nature a paru même à Jean Bauhin s'écarter ici de ses lois générales.

Il est moins étonnant que Licet ait regardé ce raisin comme un vrai monstre, désirant de prouver qu'il y en avoit dans tous les genres d'êtres, il a cité ces grappes de raisin pour un exemple des monstres de la végétation.

Enfin Borel est le premier qui ait reconnu que cette prétendue monstruosité n'étoit dûe qu'à la cuscute qui s'attachoit à la grappe de raisin, & qui selon lui s'y agglutinoit ; l'usage qu'il vouloit tirer de ce fait, l'a engagé à l'observer un peu plus attentivement que ceux qui l'avoient précédé. Comme il vouloit expliquer comment un fil de soie pouvoit s'être enté sur l'oeil d'un particulier, rien ne lui parut plus propre à justifier cette ente que la cuscute. Il se persuada que c'étoit par une glu qu'elle s'attachoit aux raisins, & qu'il en avoit été ainsi de ce fil de soie ; cependant il s'est trompé dans l'une & l'autre de ses observations. La cuscute n'a point la glu qu'il lui attribue, ce n'est point par elle qu'elle s'attache aux autres plantes, & jamais fil de soie ne s'est enté sur l'oeil de personne ; en un mot Borel a expliqué par une ridicule supposition un fait imaginaire.

Les tems ont changé ; il n'y a plus aujourd'hui de physicien qui ne sache la raison de la prétendue monstruosité du raisin barbu : mais le commun des hommes est encore frappé de cet accident, comme d'une chose qui tient du merveilleux ; & même quantité de gens qui se piquent de connoissances au-dessus du vulgaire, ignorent que le raisin barbu n'est autre chose qu'un raisin où la cuscute se crampone, étend ses tiges, & y insinue la partie avec laquelle elle tire son suc nourricier. Voy. CUSCUTE. (D.J.)

RAISIN DE CORINTHE, (Hist. des drog.) voyez-en l'article au mot RAISIN SEC, Botan. (D.J.)

RAISIN DE MER, ephedra, genre de plante dont la fleur n'a point de pétales ; elle est composée de plusieurs étamines & stériles ; les embryons naissent sur d'autres parties de cette plante, ou sur d'autres plantes du même genre qui ne rapportent point de fleurs ; ils deviennent dans la suite un fruit mou, ou une baie garnie d'une capsule, qui renferme des semences le plus souvent oblongues. Tournefort, Inst. rei herb. corol. Voyez PLANTE.

Le raisin de mer est une espece d'ephedra, nommée par Tournefort ephedra maritima major ; c'est un arbrisseau qui croît à la hauteur d'un homme, & son tronc est quelquefois gros comme le bras ; il jette plusieurs rameaux grêles, déliés presque comme ceux du jonc, séparés par des noeuds comme dans l'equisetum, de couleur noirâtre ; ces rameaux se divisent en plusieurs autres dont les extrêmités ou sommets sont pointus, durs & épineux : cet arbrisseau ne porte point de feuilles ; ses fleurs sortent des noeuds des branches attachées à un pédicule menu ; elles sont disposées en petites grappes de couleur herbeuse, blanchâtre ; il leur succede des baies ou fruits pleins de jus, soutenues par un calice en forme de calotte, & prenant une couleur rouge quand ils sont mûrs ; leur goût est acide & agréable ; ils renferment des semences triangulaires, pointues, dures, astringentes ; la racine est oblongue, noueuse : cette plante vient aux lieux sablonneux & maritimes, en Languedoc, en Provence, & autres pays chauds. (D.J.)

RAISIN D'OURS, (Botan.) Tournefort ne compte qu'une seule espece de ce genre de plante qu'il nomme ursiva, I. R. H. 599. c'est un petit arbrisseau bas qui ressemble à l'airelle ou mirtille ; mais ses feuilles sont plus épaisses, oblongues, arrondies, approchantes de celles du buis, rayées des deux côtés, nerveuses, d'un goût astringent, accompagné d'amertume ; ces feuilles sont attachées à des rameaux ligneux, longs d'un pié, couverts d'une écorce mince & facile à séparer ; ses fleurs naissent en grappes aux sommités des branches, formées en grelots, de couleur rouge : lorsqu'elles sont passées, il leur succede des baies presque rondes, molles, rouges, renfermant chacune cinq osselets, rangés ordinairement en côte de melon, arrondis sur le dos, applatis dans les autres côtés ; ces baies ont un goût styptique. Cet arbrisseau croît aux pays chauds, comme en Espagne, en Italie, & autres contrées méridionales. (D.J.)

RAISIN DE RENARD, herba Paris ; genre de plante à fleur en croix, composée de quatre pétales, & d'autant d'étamines pour l'ordinaire. Le pistil sort du calice & devient dans la suite un fruit mou, presque rond, divisé en quatre loges, qui renferme des semences le plus souvent oblongues. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

RAISIN DE RENARD, (Mat. méd.) cette plante est alexipharmaque, cephalique, résolutive & anodine, s'il faut en croire certains auteurs ; & elle est venimeuse, s'il faut en croire certains auteurs qui paroissent avoir été trompés par les noms de solanum & d'aconitum, que quelques Botanistes lui ont donné. Quoi qu'il en soit, elle est presque absolument inusitée pour l'usage intérieur, & fort rarement employée dans l'usage extérieur. Plusieurs auteurs recommandent pourtant beaucoup l'application extérieure des feuilles & des baies de raisin de renard, contre les bubons pestilentiels, les phlegmons, l'inflammation des bourses, des testicules & de la verge. Ettmuller propose, comme un excellent remede pour calmer les douleurs atroces du cancer, l'application des feuilles de cette plante pilées dans un mortier de plomb. (b)

RAISIN SEC, (Botan.) les raisins secs sont des fruits mûrs de la vigne, qu'on a séchés au soleil ou au four. On les nommoit autrefois passes en françois, uva passa en latin, & par Dioscoride , qui désigne tout raisin séché. Les anciens Grecs en distinguent de deux sortes ; savoir, les raisins dont on coupoit légerement avec un couteau le pédicule, jusqu'à la moitié, ou qu'on lioit fortement & qu'on laissoit au cep, afin qu'ils se séchassent au soleil ; c'est ce qu'ils appelloient ; mais ceux que l'on séparoit du cep & que l'on faisoit sécher au soleil dans un lieu particulier, ils les nommoient . Dioscoride se sert très-souvent de ce mot, & Columelle nous a indiqué les soins que l'on prenoit pour cette opération ; signifie l'endroit où l'on faisoit sécher les raisins.

On distingue chez les Epiciers trois principales sortes de raisins secs ; savoir, ceux de Damas qui sont les plus gros ; ceux qui tiennent le milieu, tels que les nôtres ; & ceux qui sont les plus petits, ou ceux de Corinthe.

Les raisins de Damas se nomment dans nos auteurs, uvae passae maximae, seù passulae damascena, vitis damascena, dans Tournefort I. R. H. zibib chez les Arabes. Ce sont des raisins desséchés, ridés, applatis, d'environ un pouce de longueur & de largeur, bruns, à demi-transparens, charnus, couverts d'un sel essentiel semblable au sucre, contenant peu de graines ; leur goût, quoique doux, n'est pas agréable.

On les appelle raisins de Damas, parce que l'on les recueille & qu'on les prépare dans la Syrie, aux environs de Damas ; cette ville fameuse qui subsistoit dès le tems d'Abraham, qui a souffert tant de révolutions, & qui est enfin tombée avec toute la Syrie en 1516, sous la domination de l'empire Ottoman. On nous les envoye dans des bustes, especes de boîtes de sapin à demi rondes, & de différentes grandeurs, du poids depuis quinze livres jusqu'à soixante.

Ces raisins tels qu'on les apporte en France, sont égrenés, plats, de la longueur & grosseur du bout du pouce, ce qui doit faire juger de leur grosseur extraordinaire quand ils sont frais, & empêcher qu'on trouve tout-à-fait incroyable, ce que des voyageurs ont écrit dans leurs relations, qu'il y a des grappes de ces raisins qui pesent jusqu'à douze livres. Nous pouvons d'autant moins leur refuser croyance, que nous avons en Provence & en Languedoc, des grappes de raisin du poids de six livres.

On aime les raisins de Damas, nouveaux, gros, bruns, charnus & bien nourris ; on rejette ceux qui sont trop gras, qui s'attachent aux doigts, qui sont couverts de farine, cariés, & sans suc. Au lieu de raisins de Damas, on nous vend quelquefois des raisins de Calabre, ou des raisins aux jubis, applatis, & mis dans des bustes ou boîtes des véritables Damas ; la fourberie n'est pas difficile à découvrir pour peu qu'on s'y connoisse. Les raisins de Damas sont gros, grands, secs & fermes, d'un goût fade & désagréable : ceux de Calabre aussi-bien que les jubis, sont gras, mollasses, & d'un goût sucré. De plus, il est facile de distinguer dans les boîtes, des raisins qui y ont été mis exprès & après coup, d'avec ceux qui n'ont jamais été remués, & qui ont été empaquetés en Syrie. Après tout, la tricherie n'est mauvaise que dans le prix ; car pour l'usage, les raisins de Calabre méritent la préférence.

La vigne qui porte le raisin de Damas, s'appelle vitis damascena, H. R. R. elle differe des autres especes de vignes, sur-tout par la grosseur prodigieuse de ses grains, qui ont la figure d'une olive d'Espagne, ou qui ressemblent à une prune. Il n'y a que quelques curieux qui cultivent en Europe ce raisin par singularité, parce qu'il déplaît au goût, & qu'il ne mûrit qu'à force de chaleur.

Les raisins passes ou passerilles, ou raisins de Provence s'appellent en latin uvae passae minores, seu vulgares ; ce sont des raisins séchés au soleil, semblables aux premiers, mais plus petits, doux au goût, agréables & comme confits ; on les substitue aux raisins de Damas, & ils valent bien mieux. On les prépare en Provence & en Languedoc, mais non pas de la même espece de vigne précisément ; car les uns prennent les raisins muscats, ou les fruits de la vigne appellée vitis apiana, C. B. P. 298 ; d'autres se servent des picardans, d'autres des aujubines, &c.

Les habitans de Montpellier attachent les grappes deux à deux avec un fil, après en avoir ôté les grains gâtés avec des ciseaux ; ils les plongent dans l'eau bouillante, à laquelle ils ont ajoûté un peu d'huile, jusqu'à-ce que les grains se rident & se fanent ; ensuite ils placent ces grappes sur des perches pour les sécher, & trois ou quatre jours après, ils les mettent au soleil. Pour qu'ils soient de la qualité requise, ils doivent être nouveaux, secs, c'est-à-dire les moins gras & les moins égrenés qu'il se pourra, en belles grappes, claires, luisantes, d'un goût doux & sucré. Les raisins muscats sont de moyenne grosseur, d'un goût musqué & fort délicat ; ils se tirent de Languedoc, particulierement des environs de Frontignan, en petites boîtes de sapin arrondies, qui pesent depuis cinq livres jusqu'à quinze. Les raisins picardans approchent assez des jubis, mais ils sont petits, secs, arides, & de qualité inférieure. Voilà nos meilleurs raisins de France qui servent au dessert, en collation de carême, & dont on peut faire des boissons & des décoctions pectorales, convenables dans toutes les maladies qui naissent de l'acrimonie alkaline des humeurs. On peut employer au même but des raisins de Calabre qui nous viennent par petits barrils, où les grappes sont enfilées d'une même ficelle, à-peu-près comme des morilles.

L'on peut également leur substituer les raisins de Malaga, qu'on nomme raisins sol ; ce sont des raisins égrenés, de couleur rougeâtre, bleuâtre, ou violette, secs, d'un très-bon goût, avec lesquels on fait les vins d'Espagne, & que l'on tire de ce pays-là : voici comme on les prépare ; on trempe les grappes de raisins mûrs dans de la lie bouillante, faite des cendres du sarment ; on les en retire sur le champ, on les étend sur des clayes ; on les laisse sécher au soleil ; on en remplit ensuite des cabas, & on les reçoit en barrils de quarante à cinquante livres. Il y a encore les marocains qui sont d'autres raisins d'Espagne, mais très-peu connus en France.

Je passe aux raisins de Corinthe, uvae passae minimae, ou passulae corinthianae ; ce sont de petits raisins secs égrenés, de différentes couleurs, rouges ordinairement, ou plutôt noirs purpurins, de la grosseur des grains de groseilles communes, ou des baies de sureau, sans pepin, doux au goût, avec une légere & agréable acidité ; on les transporte de plusieurs endroits de l'Archipel, & entr'autres de l'isthme de Corinthe, d'où ils ont pris leur nom. On les cultivoit autrefois dans tous les alentours de Corinthe, & en particulier aux environs de ce bois de cyprès, où Diogène jouissoit d'un loisir philosophique, lorsqu'il prit envie à Alexandre de l'y aller surprendre ; mais aujourd'hui, soit par la négligence des habitans de ce pays-là, soit par d'autres raisons, la culture en a passé dans les îles soumises aux Vénitiens.

Ce que raconte Wheler dans son voyage de Grece & de Dalmatie, des divers lieux d'où se tirent ces sortes de raisins, de la maniere qu'on les y prépare, & de la quantité qu'on en transporte en Europe, est assez curieux pour que le lecteur ne soit pas fâché d'en trouver ici le précis.

Il n'y a pas long-tems, dit ce voyageur anglois, qu'on recueilloit encore un peu de raisins de Corinthe à Vasilica, qui est l'ancienne Sicyone, éloignée de Corinthe seulement de six à sept milles ; mais comme on n'en trouvoit pas le débit chez les Turcs, on les a négligés. Depuis que les Chrétiens ont été dépossédés de la Grece, & que le sultan a bâti deux châteaux aux bouches du golfe de Lépante, il ne permet pas aux grands vaisseaux d'entrer dans ce golfe, de peur de quelque surprise, sous prétexte d'aller chercher des raisins de Corinthe. On cultive néanmoins ces raisins sur la côte du golfe & à Vobtilsa, & on les porte à Patras où il en croît aussi. Ces trois lieux en peuvent fournir la charge d'un vaisseau médiocre.

Vis-à-vis de Patras, dans le pays des anciens étoliens, il y a un village nommé Anatolico, bâti comme Venise dans un marais, & peuplé d'environ 200 feux. Ses habitans y cultivent dans la terre-ferme du voisinage le raisin de Corinthe, qui y réussit merveilleusement. Il est beau & bon, & deux fois plus gros que celui de Zante. Ils en peuvent charger avec ceux du village de Messalongi, un grand vaisseau. Le raisin de Corinthe croît encore dans l'île de Céphalonie, & sur-tout dans celle de Zante.

Boterus n'a pas eu tort d'appeller cette derniere île, l'île d'or, à cause de sa fertilité & de sa beauté ; mais elle mérite encore mieux ce nom, depuis que les Vénitiens ont trouvé le moyen d'en tirer tous les ans du profit par le trafic en général, & en particulier par celui de ses raisins. Cette île de la mer Ionienne, au couchant de la Morée dont elle est éloignée d'environ 15 lieues, & au midi de la Céphalonie, gouvernée par un provéditeur vénitien, est le principal endroit où on les cultive. Ils ne viennent pas sur des buissons comme des groseilles rouges & blanches, quoiqu'on le croye ordinairement, mais sur des vignes comme l'autre raisin ; excepté que les feuilles sont un peu plus épaisses, & que la grappe est un peu plus petite. Ils n'ont aucun pepin, & ils sont à Zante tout rouges, ou plutôt noirs.

Ils croissent dans une belle plaine de douze milles de long, & de quatre ou cinq de large, à l'abri des montagnes qui bordent les rivages de l'île ; desorte que le soleil rassemblant ses rayons dans ce fonds, y fait parfaitement mûrir les raisins de Corinthe, le raisin muscat & le raisin ordinaire, dont l'on fait du vin très-fort. Cette plaine est séparée en deux vignobles où il y a quantité d'oliviers, de cyprès, & quelques maisons de campagne qui, avec la forteresse & la croupe du mont di Scoppo, présentent un aspect charmant.

On vendange ces raisins dans le mois d'Août, on en fait des couches sur terre jusqu'à ce qu'ils soient secs. Après qu'on les a rassemblés, on les nettoie, & on les apporte dans la ville pour les mettre dans des magasins qu'ils appellent seraglio : on les y jette par un trou jusqu'à ce que le magasin soit plein. Ils s'entassent tellement par leur poids, qu'il faut les fouir avec des instrumens de fer ; quand on les met en barrils pour les envoyer quelque part, des hommes se graissent les jambes, & les pressent avec les piés nus afin qu'ils se conservent mieux, & qu'ils ne tiennent pas tant de place. Le millier pesant revient à l'acquéreur à environ 24 écus, quoique le premier achat ne soit que de 12 écus ; mais on paye autant de douanne à l'état de Venise que pour l'achat même. On fait quelquefois par curiosité du vin de ce raisin, il est cependant si violent, qu'il pourroit passer pour de l'eau-de-vie.

L'île de Zante fournit tous les ans assez de raisins de Corinthe, pour en charger cinq ou six vaisseaux ; Céphalonie pour en charger trois ou quatre ; Nachaligo ou Anatolico, Messalongi & Patras, pour en charger un : on en transporte aussi quelque peu du golfe de Lépante. Les Anglois ont un comptoir à Zante, qui est conduit par un consul, & cinq ou six marchands pour ce commerce. Les Hollandois y ont un consul, & un ou deux marchands ; & les François n'y ont qu'un commis, qui est le consul & le marchand tout ensemble. Les Anglois achetent presque tout le raisin de Corinthe.

Les Zantins n'ont pas beaucoup de connoissance de l'usage que l'on en fait en Europe ; ils sont persuadés que l'on ne s'en sert que pour teindre les draps, & ils n'ont pu imaginer la consommation prodigieuse qu'en font les Anglois dans leurs mets, leurs pâtés de Noël, leurs gâteaux, leurs tartes, leurs puddings, &c.

Les apothicaires sont ceux qui en débitent la moindre partie.

Ils viennent ordinairement en France par la voie de Marseille, dans des balles du poids de deux à trois cent livres, où ils sont extrêmement pressés & entassés. Les Anglois & les Hollandois en tems de paix, en apportent aussi quantité à Bordeaux, à la Rochelle, à Nantes & à Rouen.

Les raisins de Corinthe doivent se choisir nouveaux, petits, en grosses masses, point frottés de miel, ni mangés de mites. Quand ils sont bien emballés, ils peuvent se garder deux ou trois ans, en ne les remuant point, & ne leur donnant aucun air. La vigne qui les porte, vitis corinthiaca, sive apyrina, J. B. 2. 72. est semblable aux autres ; les feuilles sont seulement plus grandes, moins découpées, obtuses, plus épaisses, & blanches en-dessous.

Tous les raisins secs dont nous avons parlé, se vendent au quintal de cent livres à Amsterdam : le prix de ceux de Corinthe y est depuis 10 jusqu'à 17 florins le quintal : leur tare est de 16 pour 100, leur déduction de 2 par 100 pour le bon poids, & autant pour le promt paiement. Les raisins longs s'y vendent depuis 10 jusqu'à 12 florins les cent livres ; leur tare est de 10 pour 100. Les raisins ronds de cabas, s'achetent depuis 7 jusqu'à 9 florins le quintal. Ils ne déduisent en tout que un pour 100, pour le promt paiement.

Dans les pays septentrionaux on se sert de raisins secs pour faire un vin artificiel, vigoureux, & qui n'est pas désagréable. En pilant ces raisins dans de l'eau bouillante, & les laissant macérer & fermenter, on retire de ce vin de l'eau-de-vie & un esprit de vin. (D.J.)

RAISIN, (Diete & Mat. méd.) le raisin est sur-tout connu par le suc qu'on en exprime, qui étant récent porte le nom de mout, & qui est changé par une espece de fermentation dont il est éminemment susceptible, en cette liqueur si connue sous le nom de vin. Voyez MOUT & VIN. Il ne s'agit dans cet article que des qualités diététiques, des usages & des vertus médicamenteuses du raisin même. Sous ce point de vûe on doit le considérer dans deux états différens ; savoir lorsqu'il est récent, ou du moins frais & bien conservé, ou lorsqu'il est réduit par une dessication artificielle en raisin sec, appellé aussi dans les boutiques passe ou raisins passes, en latin uvae passae.

Les raisins frais sont un aliment très-sain, pourvû qu'on les mange dans un état de parfaite maturité. Ils sont pourtant sujets à l'inconvénient de fournir un suc qui épaissit la salive, qui empâte la bouche & l'ésophage, & qui excite la soif par cette raison. Les raisins qui donnent le meilleur vin sont précisement ceux qui ont éminemment cette qualité, ou plutôt ce vice diététique. Mais il y a quelques especes de raisin dont le suc est très-aqueux, & qui en sont presque absolument exempts : ceux-là n'excitent dans la bouche que le sentiment de fraîcheur, joint à une douceur agréable, & à un goût assez relevé quoique sans parfum proprement dit, ce qui les fait regarder avec raison, comme le plus excellent des fruits, sur-tout dans les pays chauds où les fruits très-aqueux sont aussi salutaires qu'agréables. Le raisin qui est connu en bas Languedoc sous le nom d'aspiran, sous celui de verdal, & sous celui de rabaieren, est vraisemblablement le premier, le plus excellent des raisins à manger. Il joint aux qualités du suc que nous venons d'exposer, la circonstance d'avoir des grains très-gros ; d'avoir une peau extrêmement mince, & de n'avoir qu'un ou deux très-petits pepins. Le village de Pignan, à une lieue & demie de Montpellier, & ceux de Nefie, de Fontés, de Nizas, de Caux & de Peret, aux environs de Pézenas, sont les cantons où ce raisin est le plus beau & le meilleur.

Une observation d'agriculture singuliere à-propos de la vigne qui porte ces raisins aux environs de Pézenas, c'est que la plûpart des seps sont plantés dans des fentes de rochers, qui sont dans tout ce canton une lave très-dure, sans que le fruit dont ces seps se chargent très-abondamment, souffre notablement de la chaleur du climat, & des longues sécheresses qui y sont très-communes en automne.

Le chasselas de Champagne, & celui de Fontainebleau, est encore un très-bon raisin à manger ; & il ne fait aussi-bien que l'aspiran du Languedoc, qu'un petit vin sans corps & peu durable.

Le raisin muscat n'est presque plus mangeable dès qu'il est parfaitement mûr, & cela à cause de la viscosité de son suc, dont nous avons parlé au commencement de cet article ; viscosité qui dégénere même en une certaine âcreté ; & lors même qu'on le mange avant qu'il soit parvenu à ce point, il n'est jamais très-salutaire ; il est venteux, sujet à donner des coliques, on le croit même propre à procurer des accès de fievre ; mais il y a apparence qu'il ne produit ces mauvais effets, que parce qu'on le mange ordinairement étant encore verd : or il est assez bien observé qu'en général le raisin verd est très-fiévreux.

Les raisins mûrs au contraire, non-seulement sont très-salutaires, comme nous l'avons observé plus haut, mais il est très-vraisemblable que l'opinion populaire qui les fait regarder comme une ressource assurée contre les restes des maladies d'été, & surtout contre les reliquats ordinaires des fievres intermittentes, savoir, la maigreur, la jaunisse, les obstructions naissantes, les petites toux seches, &c. que cette opinion, dis-je, n'est pas absolument dénuée de fondement. Laissez-nous attraper les raisins, disent communément dans les provinces où ils sont très-abondans, les convalescens dont nous venons de parler ; ils se gorgent en effet de ce fruit lorsque la saison en est venue, & la plûpart s'en trouvent très-bien. Au reste ce n'est pas par une action purement occulte qu'ils produisent cette merveille, ils entretiennent une liberté de ventre, & même une légere purgation continue, dont l'efficacité est observée contre les incommodités dont nous venons de parler.

Les raisins secs sont employés en médecine de toute antiquité. On en distingue à-présent dans les boutiques des apothicaires de trois especes ; savoir, le raisin de Damas, le raisin de notre pays, qu'on appelle communément à Paris passerille ou raisin de Provence, & le raisin de Corinthe.

On peut très-bien se passer des raisins de Damas, moyennant les raisins de Provence, je veux dire quant à l'usage pharmaceutique ; car quant à l'usage diététique, les premiers sont d'un goût peu agréable, & on ne les sert jamais sur nos tables. Les raisins de Corinthe ne paroissent pas non-plus dans nos desserts, on les emploie seulement dans quelques ragoûts, & dans quelques pâtisseries ; mais beaucoup plus chez quelques peuples nos voisins, que chez nous.

Les raisins secs contenant ce suc doux & mielleux, dont nous avons parlé au commencement de cet article, beaucoup plus concentré ou rapproché que le raisin frais le plus doux & le plus mûr, on peut déduire les qualités diététiques des uns, de ce que nous avons observé de celles des autres. Cependant si on mange modérément des raisins secs à la fin du repas, ils n'incommodent point ordinairement, & sur-tout si on boit par-dessus de l'eau pure ; car l'eau est le remede direct & infaillible de l'épaississement incommode de la salive qu'occasionnent tous les corps très-doux : ainsi on en boit utilement encore sur le raisin frais très-doux. Les usages pharmaceutiques des raisins secs sont plus étendus, on les emploie d'abord dans plusieurs compositions magistrales, ils font ordinairement avec les autres fruits doux & secs, comme figues, dattes, &c. la base ordinaire des tisanes pectorales. On les regarde comme éminemment pectoraux. Voyez PECTORAL & FIGUE, Matiere médicale. On vante chez eux une qualité adoucissante, plus générale & capable d'affecter les reins, la vessie, le foie, &c. tous effets fort douteux, aussi-bien que le pectoral ; car ce suc doux n'est autre chose que le suc nourrissant végétal, très-pur, qui ne peut arriver aux reins, à la vessie, &c. qu'après avoir été digéré, & par conséquent changé, réduit à l'état très-commun de chyle, &c. Voyez DOUX, chymie ; DOUX, diete, INCRASSANT, MUQUEUX, NOURRISSANT, &c. On les emploie plus utilement à masquer le goût de certains remedes désagréables, & principalement du séné. Il est encore suffisamment parlé de cet usage, qui est aussi propre à la figue seche, & aux autres substances analogues, à l'article FIGUE, Matiere médicale, voyez cet article. Voyez aussi l'article CORRECTION, Pharmacie.

Les raisins secs entrent dans plusieurs compositions pharmaceutiques, ceux de Provence en particulier, sont demandés dans la pharmacopée de Paris, pour le syrop d'érysimum, pour celui de guimauve, de Fernel, & pour l'électuaire lénitif ; & ceux de Damas, pour le syrop de Rossolis composé, & pour le syrop de tortue. (b)

RAISIN, (Critiq. sacrée) l'abondance des vignobles de la Palestine a donné lieu dans le vieux Testament à des comparaisons & façons de parler communes, tirées du raisin qui croissoit merveilleusement dans ce pays-là. Nous lisons dans les Nomb. xiij. 24. qu'on en choisit un sep exprès, qui fut porté par deux hommes sur un bâton au camp de Cadé-borne. Aussi Moïse défendit aux Israélites d'être trop exacts à couper toutes les grappes des seps, & leur ordonna d'en laisser subsister pour les pauvres, Deuter. xxiv. 21. & Lévit. xix. 10. C'est par cette raison que l'Ecriture désigne une destruction totale par la similitude d'une vigne que l'on dépouille jusqu'à la derniere grappe. Lévit. vj. 9.

Le sang du raisin, c'est le vin. Il lavera son manteau dans le sang du raisin. Genèse, xlix. 11. C'étoit un proverbe qui signifioit, il établira sa demeure dans un pays de vignoble.

Les peres ont mangé le raisin verd, & les dents des enfans en sont agacées. Ce passage d'Ezéchiel, xviij. 2. ou plutôt cette façon de parler proverbiale, vouloit dire que les peres ont transgressé la loi, & que leurs enfans en ont souffert. (D.J.)


RAISINÉS. m. (Econom. rustiq.) espece de confiture qu'on prépare en faisant cuire le raisin écrasé, & dont on a séparé les grains, & quelquefois la peau, avec le vin doux, réduisant à une consistance convenable. Ce mets est d'un goût aigrelet assez agréable.

RAISINE BLANC, le raisiné blanc ou la résine blanche, est la térébenthine épaisse ou liquide qui découle des lentisques, sapins & pins ; il en découle aussi des cyprès, qui a la même vertu ; elle sert à la Peinture & à la Médecine.


RAISINIERS. m. (Botan. exot.) arbre des îles Antilles, nommé par Jean Bauhin papyracaea arbor guajabara ; par les Caraibes, oulienis, & par les Espagnols, vero. Cet arbre croît à une hauteur médiocre, & rampe presque par terre au bord de la mer ; mais dans un bon terroir il devient assez haut. Sous l'écorce de son tronc, après qu'on a enlevé un aubier blanc de l'épaisseur de deux pouces, on trouve un bois rouge, solide, propre à des ouvrages de menuiserie. Ses feuilles sont rondes, larges comme la paume de la main, épaisses, vertes au fort de l'été, & rouges sur le déclin. Ses fleurs sont de petites fleurs comme celles de la vigne ; il leur succede des baies rougeâtres, & de la grosseur d'une noisette. Au lieu de pepins, chaque grain a sous une tendre pellicule, & sous fort peu de substance aigrelette, rafraîchissante, & d'assez bon goût, un noyau fort dur. (D.J.)


RAISONS. f. (Logique) on peut se former diverses notions du mot raison. 1°. On peut entendre simplement & sans restriction cette faculté naturelle dont Dieu a pourvû les hommes, pour connoître la vérité, quelque lumiere qu'elle suive, & à quelque ordre de matieres qu'elle s'applique.

2°. On peut entendre par raison cette même faculté considérée, non absolument, mais uniquement en tant qu'elle se conduit dans ses recherches par certaines notions, que nous apportons en naissant, & qui sont communes à tous les hommes du monde. D'autres n'admettent point ces notions, entendent par la lumiere naturelle, l'évidence des objets qui frappent l'esprit, & qui lui enlevent son consentement.

3°. On entend quelquefois par la raison, cette lumiere naturelle même, par laquelle la faculté que nous désignons par ce même nom, se conduit. C'est ainsi qu'on l'entend ordinairement, lorsqu'on parle d'une preuve, ou d'une objection prise de la raison, qu'on veut distinguer par-là des preuves & des objections prises de l'autorité divine ou humaine. Au contraire, on entend cette faculté que nous appellons raison, lorsqu'on dit que cette raison se trompe, ou qu'elle est sujette à se tromper, qu'elle est aveugle, qu'elle est dépravée ; car il est visible que cela convient fort bien à la faculté, & nullement à la lumiere naturelle.

4°. Par raison on peut aussi entendre l'enchaînement des vérités auxquelles l'esprit humain peut atteindre naturellement, sans être aidé des lumieres de la foi. Les vérités de la raison sont de deux sortes ; les unes sont ce qu'on appelle les vérités éternelles, qui sont absolument nécessaires ; ensorte que l'opposé implique contradiction ; & telles sont les vérités dont la nécessité est logique, métaphysique ou géométrique, qu'on ne sauroit renverser sans être mené à des absurdités. Il y en a d'autres qu'on peut appeller positives, parce qu'elles sont les lois qu'il a plû à Dieu de donner à la nature, ou parce qu'elles en dépendent. Nous les apprenons ou par l'expérience, c'est-à-dire à posteriori, ou par la raison, & à priori, c'est-à-dire par des considérations tirées de la convenance, qui les ont fait choisir. Cette convenance a aussi ses regles & ses raisons ; mais c'est le choix libre de Dieu, & non pas une nécessité géométrique qui fait préférer le convenable. Ainsi on peut dire que la nécessité physique est fondée sur la nécessité morale, c'est-à-dire sur le choix du sage, digne de sa sagesse, & que l'une aussi bien que l'autre doit être distinguée de la nécessité géométrique. Cette nécessité physique est ce qui fait l'ordre de la nature, & consiste dans les regles du mouvement & dans quelques autres lois générales, que Dieu a établies en créant cet univers. Les lois de la nature sont toujours sujettes à la dispensation du législateur, qui peut, quand il lui plaît, les arrêter & les suspendre ; au lieu que les vérités éternelles, comme celles de la Géométrie, ne sont assujetties à aucune loi arbitraire. Or c'est à ces dernieres vérités que la foi ne sauroit jamais être contraire. La vérité ne peut jamais être attaquée par une objection invincible ; car si c'est une démonstration fondée sur des principes ou sur des faits incontestables, formée par un enchaînement de vérités éternelles, la conclusion est certaine & indispensable ; & ce qui y est opposé doit être nécessairement faux, autrement deux contradictoires pourroient être vraies en même tems. Que si l'objection n'est point démonstrative, elle ne peut former qu'un argument vraisemblable, qui n'a point de force contre la foi, puisqu'on convient que les mysteres de la religion sont contraires aux apparences. Voyez l'article MYSTERES, où l'on prouve contre Bayle la conformité de la foi avec la raison prise pour cet enchaînement de vérités éternelles, qui sont absolument nécessaires. Il faut maintenant marquer les bornes précises qui se trouvent entre la foi & la raison.

1°. Nulle proposition ne peut être reçue pour révélation divine, si elle est contradictoirement opposée à ce qui nous est connu, ou par une intuition immédiate, telles que sont les propositions évidentes par elles-mêmes, ou par des déductions évidentes de la raison, comme dans les démonstrations ; parce que l'évidence qui nous fait adopter de telles révélations ne pouvant surpasser la certitude de nos connoissances, tant intuitives que démonstratives, si tant est qu'elle puisse l'égaler, il seroit ridicule de lui donner la préférence ; & parce que ce seroit renverser les principes & les fondemens de toute connoissance & de tout assentiment : desorte qu'il ne resteroit plus aucune marque caractéristique de la vérité & de la fausseté, nulles mesures du croyable & de l'incroyable, si des propositions douteuses de voient prendre la place devant des propositions évidentes par elles-mêmes. Il est donc inutile de presser comme articles de foi des propositions contraires à la perception claire que nous avons de la convenance ou de la disconvenance de nos idées. Par conséquent, dans toutes les choses dont nous avons une idée nette & distincte, la raison est le vrai juge compétent ; & quoique la révélation en s'accordant avec elle puisse confirmer ces décisions, elle ne sauroit pourtant dans de tels cas invalider ses decrets ; & par-tout où nous avons une décision claire & évidente de la raison, nous ne pouvons être obligés d'y renoncer pour embrasser l'opinion contraire, sous prétexte que c'est une matiere de foi. La raison de cela, c'est que nous sommes hommes avant que d'être chrétiens.

2°. Comme Dieu, en nous accordant la lumiere de la raison, ne s'est pas ôté la liberté de nous donner, lorsqu'il le juge à propos, le secours de la révélation sur des matieres où nos facultés naturelles ne sauroient atteindre ; dans ce cas, lorsqu'il a plû à Dieu de nous fournir ce secours extraordinaire, la révélation doit l'emporter sur toutes les résistances de notre raison ; ces résistances n'étant ici fondées que sur des conjectures probables ; parce que l'esprit n'étant pas certain de la vérité de ce qu'il ne connoît pas évidemment, mais se laissant seulement entraîner à la probabilité, il est obligé de donner son assentiment à un témoignage qu'il sait venir de celui qui ne peut tromper ni être trompé. Lorsque les principes de la raison ne nous font pas voir évidemment qu'une proposition est vraie ou fausse, dans ce cas la révélation manifeste a lieu de déterminer l'esprit, comme étant un autre principe de vérité : & ainsi la proposition appuyée de la révélation devient matiere de foi, & audessus de la raison. La raison ne pouvant s'élever audessus de la probabilité, la foi a déterminé l'esprit où la raison est venue à manquer.

Jusques-là s'étend l'empire de la foi ; & cela sans faire aucune violence à la raison, qui n'est point blessée ou troublée, mais assistée & perfectionnée par de nouvelles lumieres émanées de la source éternelle de toute connoissance. Tout ce qui est du ressort de la révélation doit prévaloir sur nos opinions, sur nos préjugés & sur nos intérêts, & est en droit d'exiger de l'esprit un parfait assentiment. Mais une telle soumission de notre raison à la foi ne renverse pas pour cela les limites de la connoissance humaine, & n'ébranle pas les fondemens de la raison ; elle nous laisse la liberté d'employer nos facultés à l'usage pour lequel elles nous ont été données.

Si l'on n'a pas soin de distinguer les différentes jurisdictions de la foi & de la raison par le moyen de ces bornes, la raison n'aura point de lieu en matiere de religion ; & l'on n'aura aucun droit de se moquer des opinions & des cérémonies extravagantes qu'on remarque dans la plûpart des religions du monde. Qui ne voit que c'est là ouvrir un vaste champ au fanatisme le plus outré, aux superstitions les plus insensées ! Avec un pareil principe, il n'y a rien de si absurde qu'on ne croie. Par-là il arrive que la religion, qui est l'honneur de l'humanité, & la prérogative la plus excellente de notre nature sur les bêtes, est souvent la chose du monde en quoi les hommes paroissent les plus déraisonnables.

RAISON, (os de) en Anatomie, est l'os du devant de la tête, autrement appellé coronal. Voyez CORONAL.

RAISON, en terme d'Arithmétique & de Géométrie, est le résultat de la comparaison que l'on fait entre deux grandeurs homogenes, soit en déterminant l'excès de l'une sur l'autre, ou combien de fois l'une contient l'autre, ou y est contenue. Voyez RAPPORT.

Les choses homogenes ainsi comparées, s'appellent les termes de la raison ou du rapport ; la chose que l'on compare se nomme l'antécédent, & celle à laquelle on la compare, le conséquent. Voyez TERME.

On confond souvent le mot de raison avec celui de proportion, quoiqu'ils soient tout-à-fait différens l'un de l'autre. En effet, la proportion est une identité ou similitude de deux raisons. Voyez PROPORTION.

Par exemple, si la quantité A est triple de la quantité B, le rapport de A à B, c'est-à-dire de 3 à 1, est appellé la raison de A à B. Si deux autres quantités C & D ont la même raison l'une à l'autre que A & B ont entr'elles, c'est-à-dire que l'une soit le triple de l'autre, cette similitude de raisons constitue une proportion, & les quatre quantités A : B : : C : D sont en proportion ou proportionnelles.

La raison peut donc exister entre deux termes, mais il en faut un plus grand nombre pour former une proportion. Il y a deux manieres de comparer les grandeurs entr'elles : on trouve par la premiere de combien elles different entr'elles, c'est-à-dire de combien d'unités l'antécédent est plus grand ou plus petit que le conséquent.

Cette différence est appellée raison arithmétique, ou exposant du rapport arithmétique de deux nombres.

Ainsi, en comparant 5 & 7, on trouve que leur raison arithmétique est 2.

On trouve, en employant la seconde maniere de comparer, combien de fois l'antécédent contient ou est contenu dans le conséquent, c'est-à-dire quelle partie de la plus grande est égale à la plus petite.

Cette raison s'appelle pour l'ordinaire raison géométrique, ou simplement raison.

Wolf distingue la raison, eu égard à la quantité en général, en rationnelle & irrationnelle.

Raison rationnelle est celle de nombre à nombre, par exemple, comme 3 à 4. Voyez NOMBRE.

Raison irrationnelle est celle qu'on ne peut exprimer par aucun nombre rationnel.

Supposons, pour éclaircir la chose par un exemple, deux quantités A & B, dont A soit la plus petite ; si l'on retranche A de B autant de fois qu'elle le peut être, par exemple, cinq fois, il ne restera rien, ou bien il restera quelque chose. Dans le premier cas, A sera à B comme 1 à 5, c'est-à-dire, sera contenu cinq fois dans B ou A = 1/5 B ; cette raison sera donc rationnelle.

Dans le dernier cas, ou il restera quelques parties qui étant retranchées un certain nombre de fois de A, par exemple, trois fois, & pareillement de B, par exemple, sept fois, ne laissera aucun reste ; ou bien il ne restera aucune partie de cette espece. Dans le premier cas A est à B comme 3 à 7, ou A = 3/7 B, & la raison sera rationnelle. Dans le dernier cas, la raison de A à B ne peut être exprimée par des nombres rationnels, ni d'aucune autre maniere, excepté par des lignes ou par une série infinie. Voyez SERIE.

L'exposant d'une raison géométrique est le quotient qui nait de la division de l'antécédent par le conséquent ; l'exposant de la raison de 3 à 2 est 1/2 ; celui de la raison de 2 à 3 est 2/3 : car lorsque le moindre terme est l'antécédent, la raison, ou plutôt l'exposant est une fraction impropre ; d'où il suit que la fraction 3/4 = 3 : 4. Si l'unité tient lieu de conséquent, l'antécédent lui-même sera l'exposant de la raison : par exemple, la raison de 4 à 1 est 4. Voyez EXPOSANT.

Lorsque l'on compare deux quantités sans l'intervention d'une troisieme, ou l'une est égale à l'autre, ou inégale ; ce qui constitue une raison d'égalité ou d'inégalité.

Lorsque les termes de la raison sont inégaux, ou l'on compare le plus petit au plus grand, ou celui-ci au moindre, c'est-à-dire ou le moindre au plus grand, comme une partie à son tout, ou le plus grand au plus petit, comme le tout à sa partie. La raison détermine donc combien de fois le plus petit est contenu dans le plus grand, ou combien celui-ci contient le plus petit, c'est-à-dire à quelle partie du grand le petit est égal.

La raison que le plus grand terme a au plus petit, par exemple, 6 à 3, est appellée raison de plus grande inégalité ; & celle que le plus petit terme a au plus grand, par exemple, 3 à 6, est appellée raison de moindre inégalité.

Cette raison correspond à toutes sortes de quantités en général, soit discrettes ou continues, commensurables ou incommensurables ; mais la quantité discrette ou continue admet une autre espece de raison.

Lorsque le moindre terme d'une raison est une partie aliquote du plus grand, la raison de plus grande inégalité s'appelle multiple, multiplex, & la raison de moindre inégalité, sous-multiple. Voyez MULTIPLE.

Dans le premier cas particulierement, si l'exposant est 2, la raison s'appelle double ; triple, si c'est 3, &c. Dans le second cas, si l'exposant est 1/2, la raison est appellée sous-double ; si c'est 1/3, sous-triple, &c. Par exemple, la raison de 6 à 2 est triple, à cause qu'elle contient 2 trois fois : celle au contraire de 2 à 6 est sous-triple, à cause que 2 est le tiers de 6.

Si le plus grand terme contient le plus petit une ou plusieurs fois, plus une ou plusieurs parties, la raison de plus grande ou de moindre inégalité reçoit encore différens noms. Nous allons les donner ici, quoique la plûpart soient aujourd'hui peu en usage, mais ces noms pourront être utiles à ceux qui lisent les anciens auteurs.

Dans le premier cas, si l'exposant est 1 1/2, la raison est sesquialtere ; si 3 1/3, sesquitierce. Dans l'autre, si l'exposant est 2/3, la raison est appellée sous-sesquialtere ; si 3/4, sous-sesquitierce.

Par exemple, 3 est à 2 en raison sesquialtere, & 2 à 3 en raison sous-sesquialtere.

Lorsque le plus grand terme contient le plus petit une fois, & outre cela plus d'une de ses parties, la raison de plus grande inégalité s'appelle surpartiente, & celle de moindre inégalité sous-surpartiente.

Si l'exposant est 1 2/3, la raison s'appelle surbipartiente tierce ; si 1 3/4, surtripartiente quarte ; si 1 4/7, surquadripartiente septieme, &c. Dans le dernier cas, si l'exposant est 3/5, la raison s'appelle sous-surbipartiente tierce ; si 4/7, sous-surbipartiente quarte ; si &c. Voyez EUCLIDE.

Par exemple, la raison de 5 à 3 est surbipartiente tierce ; celle de 3 à 5 sous-surbipartiente tierce.

Lorsque le plus grand terme contient le plus petit plusieurs fois, & plus d'une de ses parties, la raison de plus grande inégalité s'appelle multiple surparticuliere ; & celle de moindre inégalité, sous-multiple, sous-surparticuliere.

Particulierement dans le premier cas, si l'exposant est 2 1/2, la raison est appellée double sesquialtere ; si 3 1/4 triple sesquiquarte, &c. Dans le dernier, la raison est appellée sous-double, sous sesquialtere, si l'exposant est 2/5, & sous-triple sous-sesquiquarte, s'il est 1/12, &c.

Par exemple, la raison de 16 à 5 est triple sesquiquinte ; celle de 4 à 9, sous-double sous-sesquiquarte.

Enfin, lorsque le plus grand terme contient le plus petit plusieurs fois, & de plus, plusieurs de ses parties aliquotes, la raison de plus grande inégalité est appellée multiple surpartiente ; celle de moindre inégalité, sous-multiple sous surpartiente.

Dans le premier cas, par exemple, si l'exposant est 2 2/3, la raison est appellée double surbipartiente tierce ; si 3 4/7, triple surbiquadripartiente septieme, &c. Dans le dernier cas, si l'exposant est 3/8, on l'appelle sous double sous surquadripartiente tierce ; si 7/25, sous triple sous-surquadripartiente septieme.

Par exemple, la raison de 25 à 7 est triple surquadripartiente septieme ; celle de 3 à 8, sous-double sous-surbipartiente tierce.

Telles sont les diverses especes de raisons rationnelles, dont le nom est absolument nécessaire à ceux qui lisent les anciens auteurs, quoiqu'elles se rencontrent rarement dans les auteurs modernes, qui les expriment par les exposans de la raison, par exemple, par 2 : 1 : si la raison est double ; par 3 : 2 si elle est sesquialtere.

Les raisons égales ou identiques sont celles dont les antécédens ont un rapport égal avec leurs conséquens, c'est-à-dire dont les antécédens divisés par les conséquens, donnent des exposans égaux. On peut concevoir par-là l'identité des raisons irrationnelles.

D'où il suit, 1°. que deux raisons étant égales, l'antécédent de l'une doit contenir autant de fois son conséquent que l'antécédent de l'autre contient le sien. Secondement, si A est à B comme C est à D, cela s'exprime ainsi : A : B : : C : D ; ou A : B = C : D. La premiere expression est celle dont on se sert pour l'ordinaire pour exprimer l'identité des raisons ; l'autre est celle de Wolf, qui a cet avantage sur la premiere, que le caractere du milieu = exprime l'égalité des raisons.

Nous avons déja observé que deux raisons égales, par exemple B : C = D : E, forment une proportion ; si l'on a deux raisons inégales, par exemple A : B & C : D, nous appellerons A : B la plus grande, & nous écrirons A : B > C : D ; au contraire nous appellerons C : D la moindre, & nous écrirons C : D < A : B.

Les raisons composées sont celles qui sont faites par la multiplication de deux ou plusieurs raisons multipliées les unes par les autres, c'est-à-dire par le produit des antécédens & des conséquens. Par exemple, la raison de 6 à 72 est une raison composée de 2 à 6, & de 3 à 12, c'est-à-dire formée du produit des antécédens 2 & 3, & des conséquens 6 & 12.

Une raison composée de deux raisons égales, s'appelle doublée ; triplée, quand elle est composée de trois ; quadruplée, quand elle l'est de quatre ; & en général multipliée, quand elle est composée de plusieurs raisons semblables : par exemple, 48 : 3 est une raison doublée de 4 : 1 & 12 : 3. Voyez DOUBLEE, &c.

Propriétés des raisons. 1°. Les raisons égales à une troisieme, sont égales entr'elles.

2°. Si A : B = C : D, alors en raison inverse B : A = D : C.

3°. Les parties semblables P & p ont même raison aux touts T & t ; & si les touts ont la même raison que leurs parties, les parties sont semblables.

4°. Si A : B = C : D, pour lors en raison alterne A : C = B : D. D'où il suit que si B = D : A = C, & A : B = C : D, & A : F = C : G, nous aurons B : F = D : G. Donc encore si A : B = C : D ; & F : A = G : C, nous aurons F : B = G : D.

5°. Les choses qui ont même raison à une troisieme, sont égales entr'elles, & vice versâ.

6°. Si l'on multiplie des quantités égales A & B par les mêmes quantités, ou par des quantités égales, les produits D & E seront l'un à l'autre comme A & B.

7°. Si l'on divise telle quantité que l'on voudra, comme A & B par les mêmes quantités, ou par des quantités égales, les quotiens seront l'un à l'autre comme A & B.

8°. Si l'on divise les antécédens ou les conséquens des raisons égales A : B & C : D par la même quantité E ; dans le premier cas les quotiens F & G auront même raison aux conséquens B & D ; dans le second les antécédens A & B auront même raison aux quotiens H & K.

9°. Si l'on a plusieurs quantités en raison continue A, B, C, D, E, &c. la premiere A sera à la troisieme C en raison doublée ; à la quatrieme D en raison triplée ; à la cinquieme E en raison quadruplée, &c. de la raison de la premiere A à la seconde B.

10°. Si l'on a une suite de quantités en même raison, A, B, C, D, E, F, &c. la raison de la premiere A à la derniere F, sera composée des raisons intermédiaires A : B, B : C, C : D, D : E, E : F, &c.

11°. Les raisons composées de raisons égales, sont égales. Ainsi les raisons 90 : 3 = 960 : 32, sont composées de 6 : 3 = 4 : 2, & 3 : 1 = 12 : 4, & 5 : 1 = 20 : 4. Pour les autres propriétés des raisons égales, voyez PROPORTIONS. Voyez aussi EXPOSANT. (E)

Moyenne & extrême raison, voyez EXTREME.

RAISON INVERSE, ou RENVERSEE, ou RECIPROQUE ; on dit que deux choses sont en raison inverse de deux autres, lorsque la premiere est à la seconde, comme la quatrieme est à la troisieme. Par exemple, quand on dit que la gravitation est en raison inverse du quarré des distances, cela veut dire que la gravitation à la distance A, est à la gravitation à la distance B, comme le quarré de la distance B est au quarré de la distance A. Voyez GRAVITATION, & voyez aussi INVERSE, &c.

RAISON D'ETAT, (Droit politiq.) Quelques auteurs ont cru qu'il y avoit des occasions dans lesquelles les souverains étoient autorisés à se départir des lois séveres de la probité, & qu'alors le bien de l'état qu'ils gouvernent, leur permettoit des actions injustes à l'égard des autres états, & que l'avantage de leur peuple justifioit l'irrégularité de leurs actions. Ces injustices, autorisées par la raison d'état, sont d'envahir le territoire d'un voisin, dont les dispositions sont suspectes, de se rendre maître de sa personne, enfin de le priver des avantages dont il a droit de jouir, sans motif avoué, ou sans déclaration de guerre. Ceux qui maintiennent un sentiment si étrange, le fondent sur le principe que les souverains, devant chercher tout ce qui peut rendre heureux & tranquilles les peuples qui leur sont soumis, ils sont en droit d'employer tous les moyens qui tendent à un but si salutaire. Quelque spécieux que soit ce motif, il est très-important pour le bonheur du monde, de le renfermer dans de justes bornes ; il est certain qu'un souverain doit chercher tout ce qui tend au bien-être de la société qu'il gouverne ; mais il ne faut point que ce soit aux dépens des autres peuples. Les nations ont, ainsi que les particuliers, des droits réciproques ; sans cela tous les souverains, ayant les mêmes droits, & se prétendant animés par les mêmes motifs, seroient dans un état de défiance & de guerre continuelle. Concluons donc que les représentans des peuples ne peuvent, non plus que les individus de la société, s'exempter des lois de l'honneur & de la probité ; ce seroit ouvrir la porte à un désordre universel, que d'établir une maxime qui détruiroit les liens des nations, & qui exposeroit les plus foibles aux oppressions des plus forts ; injustices qui ne peuvent être permises, sous quelque nom que l'on cherche à les déguiser.

Une autre question est de savoir, si la raison d'état autorise le souverain à faire souffrir quelque dommage à un particulier, lorsqu'il s'agit du bien de l'état : elle sera facile à résoudre, si l'on fait attention qu'en formant la société, l'intention & la volonté de chaque individu a dû être de sacrifier ses propres intérêts à ceux de tous, sans cela la société ne pourroit point subsister. Il est certain que le tout est préférable à sa partie ; cependant dans ces occasions, toujours fâcheuses, le souverain se souviendra qu'il doit une justice à tous ses sujets, dont il est également le pere ; il ne donnera point pour des raisons d'état, des motifs frivoles ou corrompus qui l'engageroient à satisfaire ses passions personnelles ou celles de ses favoris ; mais il gémira de la nécessité qui l'oblige de sacrifier quelques-uns des membres pour le salut réel de toute la société.

RAISON SUFFISANTE, Voyez l'article SUFFISANT.

RAISON, (Jurisprud.) signifie quelquefois un droit qui appartient à quelqu'un, comme quand on dit, noms, raisons & actions : quelquefois raison est pris pour justice ; comme quand on dit, demander raison, faire raison. Souvent raison est pris pour compte, c'est en ce sens que les marchands appellent livres de raison, ceux qui contiennent l'état de tout leur commerce, tant pour eux que pour leurs associés. Voyez ACTION, COMPTE, DROIT, JOURNAUX, LIVRES, MARCHAND, OBLIGATION. (A)

RAISON, (Comm.) se dit du compte qu'un officier inférieur est obligé de rendre à celui à qui il est subordonné. Ainsi l'on dit qu'un tel officier à été mandé pour rendre raison de sa conduite. Voyez VENIAT.

RAISON, en termes de teneurs de livres. On nomme livre de raison, un gros registre sur lequel on forme tous les comptes en débit & en crédit, dont on trouve les sujets, c'est-à-dire les articles sur le livre journal. On l'appelle livre de raison, parce qu'il sert à un marchand à se rendre raison à soi-même & à ses associés de l'état de son commerce. Voyez LIVRES.

Raison signifie aussi la part d'un associé dans le fonds d'une société. On dit ma raison est du quart, du sixieme, d'un douzieme, &c.

Raison, signifie encore dans le commerce, proportion, rapport. Le change d'Amsterdam est à raison de dix pour cent.

RAISON, en termes de commerce de mer, est la quantité de biscuit, de boisson & autres vivres que l'on regle pour la pitance journaliere de chaque matelot sur les navires marchands. En quelques endroits on l'appelle ordinaire, & sur les vaisseaux de guerre ration.

RAISON, terme de société générale. On appelle la raison d'une société, les noms des associés rangés & énoncés de la maniere que la société signera les lettres missives, billets & lettres-de-change. Ainsi l'on dit, la raison de la société sera Jacques Perrin, Guillaume & François Caron. Dictionn. de comm.

RAISON, (Charpent. Art méchan.) Mettre les pieces de bois en leur raison, c'est quand on dispose les pieces qui doivent servir à un bâtiment, & qu'étant mises en chantier, on met chaque morceau & chaque piece en sa place. (D.J.)


RAISONNABLEadj. (Gramm.) Il se dit des personnes & des choses. Un homme raisonnable, ou dont la conduite est conforme à la raison ; une action raisonnable, ou dont le motif est conforme à la raison. Ce mot a une acception un peu détournée, lorsqu'il est appliqué à la femme ; une femme raisonnable est celle qui ne se laisse point emporter à l'esprit regnant de la galanterie. Raisonnable est quelquefois synonyme à juste ; & en effet, la raison dans la conduite, ou la philosophie, ou la justice, c'est la même chose. Je ne lui refuserai rien de ce qu'il est raisonnable d'exiger en pareil cas. Savoir bien raisonner, est un, & être raisonnable, un autre. Raisonnable se prend aussi quelquefois pour modique. On vit en province à un prix raisonnable.


RAISONNEMENTS. m. (Logique & Métaphysique) le raisonnement n'est qu'un enchaînement de jugemens qui dépendent les uns des autres. L'accord ou la discordance de deux idées ne se rend pas toujours sensible par la considération de ces deux seules idées. Il faut en aller chercher une troisieme, ou même davantage, si cela est nécessaire, pour les comparer avec ces idées intermédiaires conjointement ou séparément ; & l'acte par lequel nous jugeons, cette comparaison faite, que l'une ou l'autre de ces deux idées, ou toutes les deux s'accordent ou ne s'accordent pas avec la troisieme, s'appelle raisonnement.

Le pere Malebranche prouve d'une maniere assez plausible, que toute la différence qui se trouve entre la simple perception, le jugement & le raisonnement, consiste en ce que, par la simple perception, l'entendement perçoit une chose sans rapport à une autre : que, dans le jugement, il perçoit le rapport qui est entre deux choses ou un plus grand nombre : & qu'enfin, dans le raisonnement, il perçoit les rapports perçus par le jugement ; desorte que toutes les opérations de l'ame se ramenent à des perceptions.

Il y a différentes sortes de raisonnemens ; mais le plus parfait & le plus usité dans les écoles, c'est le syllogisme, qui se définit, un tissu de trois propositions, fait de maniere, que si les deux premieres sont vraies, il est impossible que la troisieme ne le soit pas. La conséquence ou conclusion est la proposition principale du syllogisme, & à laquelle les deux autres doivent se rapporter ; car on ne fait un syllogisme que pour obliger quelqu'un d'avouer une troisieme proposition qu'il n'avouoit pas auparavant. Supposé la vérité des deux prémisses du syllogisme, il faut que la conséquence soit nécessairement vraie, parce qu'elle est enfermée équivalemment dans les prémisses. Pour rendre ceci intelligible, il faut se souvenir qu'une proposition est vraie, lorsque l'idée du sujet contient l'idée de l'attribut. Comme donc il ne s'agit dans un syllogisme, que de faire sentir que la troisieme proposition, dite la conséquence, est vraie, il ne s'agit aussi que de faire appercevoir comment dans cette conséquence, l'idée du sujet contient l'idée de l'attribut. Or que fait-on pour montrer que la conséquence contient l'idée de l'attribut ? On prend une troisieme idée appellée moyen terme (parce qu'en effet elle est mitoyenne entre le sujet & l'attribut) : de maniere qu'elle est contenue dans le sujet, & qu'elle contient l'attribut ; car si une premiere chose en contient une seconde, dans laquelle seconde une troisieme soit contenue, la premiere nécessairement contiendra la troisieme. Si une liqueur contient du chocolat dans lequel est contenu du cacao, il est clair que cette liqueur contient aussi du cacao. Voyez SYLLOGISME.

Ce que les Logiciens ont dit du raisonnement dans bien des volumes, paroît entierement superflu & de nul usage ; car, comme le remarque l'auteur de l'art de penser, la plûpart de nos erreurs viennent bien plus de ce que nous raisonnons sur des principes faux, que non pas de ce que nous ne raisonnons pas suivant nos principes. Raisonner, dans le sens précis & philosophique, n'est autre chose que de donner son aveu ou son assentiment à la convenance que l'esprit apperçoit entre des idées qui sont actuellement présentes à l'esprit ; or comme nos idées sont pour nous autant de perceptions intimes, & que toutes nos perceptions intimes nous sont évidentes, il nous est impossible de ne pas appercevoir évidemment, si de ces deux idées que nous avons actuellement dans l'esprit, l'une est la même que l'autre ; ou si elle n'est pas la même. Or appercevoir qu'une idée est ou n'est pas une autre idée, c'est raisonner juste : donc il est impossible à tout homme de ne pas bien raisonner.

Quand donc nous trouvons qu'un homme raisonne mal, & qu'il tire une mauvaise conséquence, ce n'est pas que cette conséquence ne soit juste par rapport à l'idée ou au principe d'où il la tire, mais c'est qu'il n'a pas actuellement dans l'esprit l'idée que nous lui supposons. Mais, dira-t-on, il arrive souvent qu'un autre convient avec moi d'une même pensée ou idée, & cependant il en tire une conséquence toute différente de celle que je tire : c'est donc que lui ou moi nous raisonnons mal, & que sa conséquence ou la mienne ne sont pas justes : à quoi je réponds que la pensée ou idée dont vous convenez avec lui, n'est pas au juste la même pensée ou idée que la vôtre ; vous en convenez seulement dans l'expression, & non pas dans la réalité. Rien n'est plus ordinaire que d'user de la même expression qu'un autre, sous laquelle je n'ai pas la même idée que lui. Vous ajoutez qu'un même homme employant le même mot, & se rappellant la même pensée, en tire une conclusion différente de celle qu'il avoit tirée auparavant, & qu'il avoue lui-même qu'il avoit mal raisonné : je réponds de nouveau qu'il a tort de s'en prendre à son raisonnement : mais croyant se rappeller la même pensée, à cause que c'est peut-être le même mot, la pensée d'où il tire aujourd'hui une conclusion différente de celle d'hier ; que cette pensée, dis-je, est différente de celle d'hier, & cela par quelque altération d'idées partiales imperceptibles ; car si c'étoit la même pensée, comment n'y trouveroit-il plus la même convenance avec la conclusion d'hier, une pensée & sa conclusion étant une même idée par rapport à la convenance qu'y trouve notre esprit ?

A prendre la chose de ce biais, un art des plus inutiles seroit l'art de raisonner, puisqu'on ne peut jamais manquer à bien raisonner, suivant les idées qu'on a dans l'esprit actuellement. Tout le secret de penser juste consistera donc à se mettre actuellement dans l'esprit avec exactitude, la premiere idée qu'il faut avoir des choses dont on doit juger ; mais c'est ce qui n'est point du ressort de la Logique, laquelle n'a pour but essentiel que de trouver la convenance ou disconvenance de deux idées qui doivent être présentes actuellement à l'esprit.

La justesse de cette premiere idée peut manquer par divers endroits : 1°. du côté de l'organe de nos sens, qui n'est pas disposé de la même maniere dans tous les hommes : 2°. du côté de notre caractere d'esprit, qui étant quelquefois tourné autrement que celui des autres hommes, peut nous donner des idées particulieres avec lesquelles nous tirons des conséquences impertinentes, par des raisonnemens légitimes : 3°. la justesse des idées manque encore faute d'usage du monde, faute de réflexion, faute d'être assez en garde contre les sources de nos erreurs : 4°. faute de mémoire, parce que nous croyons nous bien souvenir d'une chose que nous avons bien sue, mais qui ne se rappelle pas assez dans notre esprit : 5°. par le défaut du langage humain, qui étant souvent équivoque, & signifiant selon diverses occasions, des idées diverses, nous fait prendre très fréquemment l'une pour l'autre.

Quoi qu'il en soit, l'erreur d'une premiere idée, d'où nous tirons une conséquence toujours conforme à cette premiere idée, ne regarde point la nature de la vérité interne & logique, ou du raisonnement pris dans la précision philosophique. Elle regarde ou la Métaphysique qui nous instruit des premieres vérités & des premieres idées des choses : ou la Morale, qui modere les passions dont l'agitation trouble dans notre esprit les vraies idées des objets : ou l'usage du monde, qui fournit les justes idées du commerce de la société civile, par rapport aux tems & aux pays divers : ou l'usage des choses saintes, & surtout de la loi de Dieu, qui seul nous fournit les idées les plus essentielles à la conduite de l'homme : mais encore une fois, l'erreur ne regarde nullement le raisonnement, entant que raisonnement, c'est-à-dire, entant que la perception de la convenance ou disconvenance d'une idée qui est actuellement dans notre esprit, avec une autre idée qui y est actuellement aussi, & dont la convenance ou disconvenance s'apperçoit toujours infailliblement & nécessairement. Logique du pere Buffier.

Je ne puis mieux terminer ce que j'ai à dire du raisonnement, qu'en rendant raison d'une expérience. On demande comment on peut dans la conversation développer, souvent sans hésiter, des raisonnemens fort étendus. Toutes les parties en sont-elles présentes dans le même instant ? Et, si elles ne le sont pas, comme il est vraisemblable, puisque l'esprit est trop borné pour saisir tout-à-la fois un grand nombre d'idées, par quel hazard se conduit-il avec ordre ? Voici comme l'explique l'auteur de l'essai sur l'origine des connoissances humaines.

Au moment qu'un homme se propose de faire un raisonnement, l'attention qu'il donne à la proposition qu'il veut prouver, lui fait appercevoir successivement les propositions principales, qui sont le résultat des différentes parties du raisonnement qu'il va faire. Si elles sont fortement liées, il les parcourt si rapidement, qu'il peut s'imaginer les voir toutes ensemble. Ces propositions saisies, il considere celle qui doit être exposée la premiere. Par ce moyen, les idées propres à la mettre dans son jour se réveillent en lui selon l'ordre de la liaison qui est entr'elles ; de-là il passe à la seconde, pour répéter la même opération, & ainsi de suite jusqu'à la conclusion de son raisonnement. Son esprit n'en embrasse donc pas en même tems toutes les parties ; mais par la liaison qui est entr'elles, il les parcourt avec assez de rapidité, pour devancer toujours la parole, à-peu-près comme l'oeil de quelqu'un qui lit haut, devance la prononciation. Peut-être demandera-t-on comment on peut appercevoir les résultats d'un raisonnement, sans en avoir saisi les différentes parties dans tout leur détail. Je réponds que cela n'arrive que quand nous parlons sur des matieres qui nous sont familieres, ou qui ne sont pas loin de l'être, par le rapport qu'elles ont à celles que nous connoissons davantage. Voilà le seul cas, où le phénomène proposé peut être remarqué. Dans tout autre l'on parle en hésitant : ce qui provient de ce que les idées étant liées trop foiblement, se réveillent avec lenteur : ou l'on parle sans suite, & c'est un effet de l'ignorance.


RAISONNERterme de commerce de mer ; il se dit de l'obligation qu'ont les capitaines & maîtres des vaisseaux marchands lorsqu'ils rentrent dans les ports, d'envoyer montrer à l'officier ou commis qui est en garde sur la patache, leur congé & leur charte-partie, leur manifeste de chargement & autres papiers & instructions, qu'ils sont tenus de communiquer en conséquence des ordonnances de la marine. Voyez PATACHE, CONGE, CHARTE-PARTIE, MANIFESTE, &c. Dictionnaires de Commerce & de Trévoux.

Raisonner signifie encore expliquer, déclarer la marchandise dans les bureaux des douannes & des traites, pour en payer les droits portés par les tarifs, suivant leur poids, mesure, nombre & qualité. Ce terme n'est guere d'usage que dans les provinces de France du côté du Rhône. Voyez DECLARATION, Dictionnaire de Commerce.


RAITHI REGIO(Géog. anc.) contrée dans la partie méridionale de l'Arabie pétrée, vers les montagnes de l'Arabie heureuse, & aux environs du mont Sinaï, du côté de l'occident, selon le P. Lubin. Les peuples de cette contrée sont appellés Ratheni par Ptolémée, l. V. c. xvij. La contrée de Raithi ou Raithe, s'étend vers la mer rouge dans une longue plaine, large d'environ cinq lieues, & arrosée de plusieurs ruisseaux. Cet endroit est appellé Elim dans le livre de l'Exode, c. xxv. (D.J.)


RAJAH-POURSONS. m. (Hist. mod.) ce mot signifie roi des prêtres dans la langue des Indiens du royaume de Kamboje. C'est le chef suprême de tous les talapoins ou prêtres du pays ; il réside à Sombrapour ; son vicaire ou substitut s'appelle tivinia ; il a de plus un conseil sacerdotal, à la tête duquel il préside, & qui décide souverainement de toutes les matieres de sa compétence ; elles sont fort étendues, vû que dans ce pays l'autorité des prêtres s'étend même sur les choses civiles.


RAJAHSS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme dans l'Indostan ou dans l'empire du Mogol, des princes descendus des Kuttereys ou de la race des anciens souverains du pays, avant que les Tartares monjuls ou mogols en eussent fait la conquête. Le mot rajahs signifie rois ; ils avoient autrefois des états plus ou moins étendus, qu'ils gouvernoient avec une autorité absolue ; depuis que les Mahométans ont fait la conquête de l'Indostan, la plûpart des princes ou souverains de cette contrée furent obligés de se soumettre à leurs vainqueurs qui les rendirent vassaux & tributaires. D'autres rajahs se retirerent dans des lieux inaccessibles où ils vivent dans l'indépendance ; ils font des courses sur les terres de l'obéissance du grand-mogol ; lorsqu'ils font ces sortes d'expéditions, ils ont sous leurs ordres des soldats courageux & déterminés que l'on nomme rajahpoutes, c'est-à-dire fils de rajahs ; ils sont descendus des anciens nobles de l'Inde ; parmi eux le métier de la guerre est héréditaire. Ces rajahpoutes sont exercés aux fatigues & à la discipline militaire ; les rajahs leur accordent des terres à condition d'être toujours prêts à monter à cheval sur l'ordre qu'ils leur donnent, d'où l'on voit que ce sont des especes de feudataires. Le grand-mogol tient plusieurs de ces rajahs à son service, tant à cause de la bonté de leurs troupes, que pour tenir en bride les gouverneurs des provinces, les omrahs ou seigneurs de secours & les autres rajahs qui ne dépendent point de lui. Le plus considérable des rajahs qui sont au service du grand-mogol, est celui de Sedussia, dont la capitale s'appelle Usépour ; il prétend descendre de Porus qui fut vaincu par Alexandre le grand. Tous les princes de sa famille prennent le titre de rana, ce qui signifie homme de bonne mine. Il peut mettre sur pié 250000 hommes. Les rajahs de Rator & de Chaga sont aussi très-puissans ; tous ces princes sont idolâtres.


RAJANIAS. f. (Hist. nat. Bot.) nom donné par Linnaeus à un genre de plante en l'honneur du célebre Ray. En voici les caracteres : il produit séparément des fleurs mâles ou femelles ; dans la fleur mâle le calice est divisé en six segmens longs & pointus ; il forme une espece de cloche évasée au sommet. Cette fleur n'a point de pétales ; les étamines sont six filets soyeux plus courts que le calice, & terminés par de simples sommets. Le calice de la fleur femelle est monopétale en cloches, fixé sur le germe, & tombant ensuite ; il est semblablement partagé en six segmens, & n'a point de pétales. Le germe du pistil est applati, & bordé d'une membrane sur un des côtés. Les stiles, au nombre de trois, sont de la longueur du calice. Les stygmats sont simples & obtus. Le fruit est sphérique, revêtu d'une pellicule qui s'étend presque tout autour ; il contient une simple graine arrondie. Linnaei, gen. plant. p. 479. Plum. 29 & 98.


RAJAPOUR(Géogr. mod.) ville des Indes au royaume de Visapour, près de la côte de Malabar, sur une riviere de même nom, au nord de Goa. Les François y ont un comptoir. Le commerce qui s'y fait consiste en toiles, poivre & salpêtre. Les forêts sont remplies de singes. Latit. 17.

RAJAPOUR, (Géogr. mod.) ville des Indes aux états du Mogol, dans la province de Bécar ; c'est la même que nos cartes placent dans la province de Jésuat, dont ils font la capitale, sur la rive gauche du Gader. (D.J.)


RAJEUNIRvoyez l'article RAJEUNISSEMENT.

RAJEUNIR, en Jardinage, se dit de la maniere de procurer à un arbre une vigueur qui paroît lui manquer. On le taille à cet effet sur les branches de la nouvelle pousse, & l'on supprime la plus grande partie du vieux bois. Cette opération demande une main ménagere qui n'ôte point trop de branches, & les coupe vers la fin de l'automne. Ces plaies seront recouvertes avec de la terre humectée, appellée l'onguent de S. Fiacre, & on mettra un linge attaché autour des plaies les plus considérables.

On n'approuve nullement la maniere de quelques anciens jardiniers qui coupoient de grosses racines pour rajeunir un arbre. Ces grosses racines ôtées font mourir, suivant de bons physiciens, autant de branches, & c'est le vrai moyen de ruiner l'arbre en peu de tems.


RAJEUNISSEMENTS. m. (Médecine) sortir de l'état languissant d'une affreuse caducité ; quitter les incommodités, les rides, la foiblesse, la maigreur qui en sont les compagnes inséparables ; cesser de ressentir un froid continuel, image terrible & avant-coureur de celui de la mort ; retirer enfin un pié chancelant déja engagé dans la fosse pour entrer dans le printems d'une riante jeunesse, pour recommencer la carriere des plaisirs & des jeux, pour reprendre avec facilité l'exercice complet de toutes les fonctions de l'esprit & du corps, & en même-tems la force, la vigueur, la santé, & tous les agrémens qui sont attachés à cet âge charmant, & pouvoir enfin se préparer une longue chaîne de jours purs & sereins : telle est la révolution prodigieuse qui transforme le vieillard en jeune homme ; telle est la perspective séduisante que présente le rajeunissement, objet bien capable d'attirer les desirs empressés des foibles humains ; l'art précieux de produire ces grandes merveilles si célebrées par les poëtes, s'est enfin réalisé dans l'imagination échauffée des Alchymistes ; entraînés par un enthousiasme présomptueux, ils se sont crus les arbitres de la vie & de la mort, les maîtres de faire revivre les plantes desséchées, de multiplier leurs fruits, de changer & transformer les saisons & les âges, &c.

Le plus ancien exemple de rajeunissement qu'on trouve dans les poëtes est rapporté par Ovide, dans le VII. l. des métamorphoses, où il raconte qu'au retour de l'expédition des Argonautes, Jason pria Médée son épouse, fameuse enchanteresse, de rajeunir Aeson son pere accablé sous le poids des ans & hors d'état de mêler les témoignages de sa joie à l'allégresse publique ; deme meis annis, lui dit ce fils généreux, & demptos adde parenti. Elle fut touchée d'une demande si désintéressée ; & après un sacrifice nocturne à la triple Hécate, & aux dieux des forêts & de la nuit où elle implore leur assistance pour lui aider à découvrir des sucs qui puissent renouveller dans Aeson la fleur de la jeunesse ; elle part inspirée par ces divinités, monte dans un char magique, & parcourt dans l'espace de neuf jours & neuf nuits la vallée de Tempé, le mont Ossa, le Pélion, l'Othrys, le Pinde, l'Olympe, les bords de l'Apidane, de l'Amphryse, du Pénée, du Sperchée, du Boelus & de l'Anthédon, & dans tous ces endroits elle cueille des plantes favorables à son expédition ; les dragons attelés à son char, qui respirent l'odeur de ces plantes merveilleuses, sont à l'instant rajeunis, annosae pellem posuere senectae ; étant arrivée chez le vieux Aeson, elle fait des sacrifices, l'un à Hécate & l'autre à la Jeunesse, & implore le secours des divinités terrestres ; elle fait apporter ensuite ce vieillard qui retenoit encore à peine un dernier souffle de vie prêt à s'échapper, & le fait coucher endormi & à demi-mort sur un tas des herbes qu'elle avoit apportées ; alors ayant écarté tout profane, elle commence ces terribles mysteres, elle le purifie trois fois avec du feu, du soufre & de l'eau, cependant elle fait bouillir dans une chaudiere d'airain la composition qui doit opérer le rajeunissement ; outre les plantes dont nous avons parlé, elle y met des pierres précieuses venues d'Orient, du sable ramassé sur les bords de l'Océan, de l'écume que la lune répand la nuit sur les herbes, la chair & les aîles d'une chouette, les entrailles d'un de ces loup-garoux qui paroissent quelquefois sous la figure humaine, la tendre écaille d'une jeune tortue du fleuve Cinyphe, le foie d'un vieux cerf, le bec & la tête d'une corneille qui avoit vécu neuf siecles ; elle ajoute encore une infinité d'autres drogues inconnues, une branche d'olivier depuis long-tems desséchée lui sert pour agiter tout ce mêlange, mais à l'instant cette branche reverdit, & bientôt après se charge de feuilles & de fruits ; l'écume que la violence du feu fait tomber par terre hors du bassin y renouvelle le même prodige, l'herbe y croît aussi-tôt, & des fleurs y naissent dans le moment ; à cette vûe Médée plonge le coûteau dans le sein du fortuné vieillard, & en fait sortir un sang glacé pour y en substituer un nouveau formé par les sucs qu'elle vient de préparer, dont elle fait rentrer une partie par la bouche, & l'autre par la blessure. L'effet du remede est aussi promt que merveilleux, la maigreur, la pâleur & les rides ont disparu de dessus le visage d'Aeson, ses cheveux blancs sont tombés, une longue chevelure noire orne sa tête, ses membres sont remplis de vigueur, en un mot Aeson rempli d'admiration se voit métamorphosé en un homme robuste tel qu'il étoit avant qu'il eût atteint son huitieme lustre.

Aeson miratur & olim

Ante quater denos hunc se reminiscitur annos

Dissimilemque animum subiit aetate relictâ.

Les Alchymistes, aux yeux de qui toute la Mythologie n'est qu'une allégorie soutenue des travaux du grand oeuvre, & qui expliquent si naturellement dans leur systême l'enlevement de la toison d'or, revendiquent l'opération de Médée comme leur appartenant, comme un des principaux procédés de la pierre philosophale, & ne doutent pas un moment de sa réalité & de son succès : les personnes qui n'ont pas pénétré dans les secrets hermétiques, imaginent avec assez de fondement que tout ce récit d'Ovide n'est qu'une fiction agréable, dont le seul but étoit de donner l'essor à son imagination & d'amuser ses lecteurs ; au reste, les explications morales qu'on a voulu donner de cette fable, ainsi que de bien d'autres, sont beaucoup moins satisfaisantes que celles qui sont fondées sur les prétentions des Alchymistes.

La fameuse fontaine de Jouvence qui avoit le pouvoir de rappeller à ceux qui s'y baignoient & qui en bûvoient, la jeunesse passée, ou de la rendre immortelle, quand on en éprouvoit la vertu avant d'en être privé, ne passe pareillement que pour une invention poétique : cependant Deodatus, médecin spagyrique, qui a très-longuement écrit sur les moyens de vivre plus de 120 ans, pense que cette fontaine se trouve réalisée dans le nouveau monde : il s'appuie sur le témoignage de plusieurs historiens dignes de foi qu'il ne nomme pas, & qui rapportent qu'on a trouvé une île connue sous le nom de Bonica, dans laquelle il y a une fontaine dont les eaux plus précieuses que le vin le plus délicat ont l'admirable vertu de changer la vieillesse en jeunesse. Panthem hygiastic. hippocratico-hermetic. lib. I. cap. viij.

Il n'en est pas des alchymistes comme des poëtes ; ceux-ci n'ont jamais parlé sérieusement des méthodes de rajeunir, ils ne les ont exposé que comme les autres fables dont leurs ouvrages sont remplis, se gardant bien d'y ajouter foi eux-mêmes, & ne prétendant nullement en prouver & faire croire la réalité ; mais ceux-là ont regardé le rajeunissement comme un des principaux effets de leur médecine universelle. Robertus Vallensis, Arnaud de Villeneuve, Raymond Lulle, & autres fameux adeptes ont tous assuré positivement que ce remede avoit la vertu d'éloigner ou de dissiper la vieillesse, & de conserver ou de faire renaître la jeunesse ; & ces auteurs ne s'en sont pas tenus, ajoute Deodatus leur partisan zélé, à de simples promesses, ils ont confirmé leurs prétentions par des faits authentiques.

Ils prouvent la possibilité du rajeunissement par l'exemple de différens animaux, 1° de l'aigle, dont il est dit dans les anciennes Ecritures, renovabitur ut aquilae juventus tua : lorsqu'elle est venue à une extrême vieillesse, elle prend entre ses serres une tortue qu'elle éleve fort haut d'où elle la précipite sur un rocher, son écaille se brise, & l'aigle en dévore la chair & les entrailles, & rajeunit ainsi ; de façon qu'elle ne meurt point ni de vieillesse, ni de maladie, mais d'inanition, parce que la partie supérieure de son bec devient tellement crochue, qu'elle lui empêche de l'ouvrir & de prendre la nourriture. 2° Le cerf devenu vieux attire, par la force de son haleine, les serpens du fond des cavernes, les foule aux piés, les mange, cervinus gelidum, dit Martial, sorbet sic halitus anguium, & reprend, par leur vertu, toute la vigueur de la jeunesse ; mais pour parer aux mauvais effets qu'il pourroit ressentir de leur venin, il se plonge en entier jusqu'au museau dans une riviere, alors ses larmes épaissies dans le coin des yeux s'en détachent sous la forme de petites pierres, & passent pour d'excellens alexipharmaques. 3° Les serpens qui tous les printems & les automnes quittent leur peau & leurs années, & reprennent la vivacité de leur vûe & l'agilité de leurs mouvemens ; ce qui arrive de même aux écrevisses, qui changent souvent d'enveloppe. 4° Les éperviers, suivant le rapport de Jean-Baptiste Porta dans son Phytogironicum, lorsqu'ils tardent trop de jetter leurs vieilles plumes, y sont excités par le remede suivant, dont l'effet s'étend encore plus loin ; car outre les nouvelles plumes qu'il fait repousser, il leur redonne la santé, la force, la prestesse, & les autres attributs de la jeunesse ; ce remede consiste à faire cuire un serpent qui vient de naître, & qui a par conséquent peu de venin, avec du froment, à en nourrir une poule, & ensuite la donner à manger à l'épervier, & lui faire boire l'eau qui a servi à la décoction. Si tous ces animaux peuvent rajeunir, pourquoi cet avantage précieux seroit-il refusé à l'homme, s'écrie douloureusement l'auteur que nous avons cité ? Sans doute que l'âne chargé de ce présent que Jupiter envoyoit aux humains, a eu l'imprudence de le laisser prendre aux serpens.

Cependant cet auteur pourroit trouver des motifs de consolation dans les histoires qu'il rapporte, si leur vérité est bien attestée ; car non-seulement le rajeunissement est démontré possible, mais elles constatent évidemment sa réalité. Galien fait mention d'un homme qui cherchant à terminer une vie malheureuse, rendue plus insupportable encore par une lépre générale dont il étoit couvert, se résolut d'avaler une bouteille de vin qu'il croyoit empoisonné par une vipere qui s'y étoit glissée, y avoit été étouffée & y étoit restée pendant quelque tems morte ; à peine eut-il mis ce terrible dessein à exécution qu'il est tourmenté par d'affreux vomissemens, & qu'enfin il tombe dans un assoupissement létargique qui paroissoit mortel ; ce sommeil se dissipe, les vomissemens cessent, & bientôt après tous les poils de son corps se détachent, les ongles se déracinent, tous les membres se dessechent, la mort sembloit prête à l'envelopper ; des moissonneurs qui l'avoient vu avaler ce prétendu poison & qui le lui avoient même fourni s'attendoient au dénouement naturel de ce spectacle tragique ; mais il se termina bien autrement, une étincelle de vie parut ranimer pour un moment cet infortuné moribond, & les spectateurs virent avec une admiration mêlée de crainte de nouvelles chairs se former, les poils & les ongles renaître, la figure s'embellir, la vieille peau se séparer, en un mot un homme tout nouveau. Galen. libr. de simpl. Valescus de Taranta écrit que dans une ville du royaume de Valence il y avoit une abbesse courbée sous le poids des ans à qui tout-à-coup les regles parurent, les dents se renouvellerent, les cheveux noircirent, la fraîcheur & l'égalité du teint revinrent, les mamelles flasques & desséchées reprirent la fermeté & la rondeur propre au sein naissant des jeunes filles, à qui, en un mot, il ne manqua aucun attribut de la plus parfaite jeunesse ; elle fut si frappée de la nouveauté de cet évenement, & en conçut une telle honte, qu'elle se cacha pour se soustraire aux yeux des spectateurs que la curiosité attiroit en foule. Les nouveaux historiens portugais parlent d'un noble indien qui a vécu trois cent quarante ans, & qui a éprouvé trois fois l'admirable vicissitude de la jeunesse & de la caducité. Ici se présente encore l'histoire merveilleuse de Jean Montanus, fameux médecin archispagyriste, qui, par le moyen de son élixir philosophique, revint d'un âge très-avancé dans la fleur de la jeunesse : le même élixir opéra le même miracle, suivant le témoignage de Torquemada, sur un vieillard de cent ans, qui avec la jeunesse obtint encore cinquante ans de vie ; quelques autres ont attribué ces effets à la constitution particuliere de ces deux personnes, dans le dessein de frustrer de la vertu rajeunissante le remede dont ils s'étoient servi, mais on leur répond que cet élixir peu soigneusement gardé ayant été trouvé & pris par des poules, aussi-tôt leurs plumes tomberent, & il en revint de nouvelles.

Tous les alchymistes qui croient au rajeunissement, s'accordent à penser que le vrai specifique propre à opérer ce merveilleux changement, est ce qu'ils appellent la médecine universelle, ou la pierre philosophale ; c'est-là cet élixir incomparable auquel Crollius ne fait pas difficulté de donner les titres fastueux & hyperboliques de feu céleste non brûlant, d'ame & de vie de toute substance créée, de sujet rempli & impregné de toutes les influences, opérations & facultés des corps célestes & terrestres ; de théâtre de tous les secrets de la nature, de miracle de la nature universelle, de quintessence de la machine humaine, de monde régénéré dans lequel est caché le trésor de toute la nature ; de fils du soleil & de la lune, &c. Mais quelle est la composition de ce divin remede ? c'est-là le point principal & malheureusement ignoré ; c'est la même préparation qui peut transformer les métaux en or en purifiant ceux qui sont imparfaits de toutes leurs impuretés, qui peut, disent-ils, en même-tems rétablir l'humide radical dissipé, temperer l'aridité de la vieillesse, cette ennemie naturelle, substituer aux sucs dépravés des humeurs salutaires, suppléer enfin tout ce qui paroît manquer pour produire une santé perpétuelle, le rajeunissement & la guérison de toutes les maladies. Ce secret précieux toujours voilé par les alchymistes jaloux, sous les figures, les emblèmes, les énigmes, les allégories, les hiéroglyphes, les allusions continuelles à la fable ou à l'Ecriture sainte, & sous une variété innombrable de noms, a été perdu avec leurs inventeurs.

On ne sauroit douter que quelques chymistes n'aient découvert la pierre philosophale, voyez ce mot, c'est-à-dire le secret de la transmutation des métaux en or, il ne paroît pas qu'on puisse se refuser à l'authenticité de plusieurs faits rapportés par des témoins irréprochables ; mais il s'en faut bien que la propriété qu'on lui attribue de rajeunir soit aussi solidement constatée. Nous n'entrerons pas dans l'examen critique des observations qui paroissent étayer cette prétention, nous laissons au lecteur curieux & oisif le soin de ces recherches intéressantes ; nous nous contenterons de remarquer que les exemples tirés du prétendu rajeunissement des animaux, pour en démontrer la possibilité, ne sont rien moins que concluans : il en résulte seulement que ces animaux changent de peau ou de plumes ; qu'après cette opération, dont les apprêts sont une espece de maladie, ils sont plus agiles & plus vigoureux parce qu'ils sont déchargés d'un fardeau qui les incommodoit ; mais ils ne perdent pas pour cela une seule année, ils n'en éprouvent pas moins dans la suite les langueurs de la vieillesse, & enfin ils ne succombent pas moins à la mort inévitable qui en est le dernier degré & la fatale terminaison : ajoutez à cela que la plûpart des exemples rapportés sont destitués de preuves suffisantes, & le plus souvent hasardés.

Mais pour se convaincre combien peu le rajeunissement est praticable, qu'on se retrace le tableau de l'homme vivant, qu'on y examine les phénomenes & les effets de la vie, on verra que chaque instant de la vie est un pas vers la vieillesse & la mort ; que telle est la structure de notre machine, que chaque mouvement qui entretient la vie est une cause qui en prépare de loin le ralentissement & la cessation ; & plus l'exercice des fonctions est parfait, plus il tend directement & efficacement à ce but. Dans le jeune homme tous les vaisseaux ouverts & déployés entretiennent l'abord facile & continuel des humeurs dans les différentes parties qui y portent la nourriture, la souplesse, la mollesse & l'humidité nécessaires ; les fluides sont actifs & spiritueux ; ils sont conservés dans cet état par les efforts conspirans de toutes les parties, par la réaction proportionnée des vaisseaux ; mais les efforts nécessaires pour opérer les divers mouvemens, dissipent à chaque instant les humeurs, appliquent plus fortement les petits vaisseaux les uns contre les autres, en expriment les sucs, les collent ensemble, les dessechent, & les fortifient en même-tems ; ainsi dans l'âge d'adulte cette vigueur, cette force mâle qui le caractérisent, sont l'effet de l'anéantissement, de l'exsiccation de plusieurs vaisseaux qui en devenant solides acquierent plus de consistance & de fermeté, & sont plus propres à résister aux efforts qu'exigent les travaux de cet âge. A mesure que cet homme vit, qu'il exécute les mouvemens nécessaires, les causes qui dessechent & détruisent les vaisseaux agissent plus efficacement, bientôt commencent à diminuer la souplesse des ressorts, l'aisance de leur jeu, la réaction des vaisseaux sur le sang, cette liqueur n'est plus dans cet orgasme, dans ce feu de la jeunesse, elle roule plus tranquillement dans ses canaux moins irritables & moins mobiles ; par la succession de tems, ces effets augmentent au point que les nerfs trop rafermis perdent leur tension & leur vibratilité, ils ne représentent que foiblement les objets des sensations ; peu sensibles aux différentes impressions, ils n'exécutent qu'avec peine & lenteur les mouvemens qu'elles excitent ; les forces sont épuisées, la graisse se fond, la peau cesse d'être humectée, elle se ride, se racornit, les tendons, les cartilages des ligamens s'ossifient, les muscles & les vaisseaux durcissent, & deviennent presque incapables de mouvement ; alors un sang glacé coule difficilement dans les veines, un froid mortel s'empare de tout le corps, le tronc n'est plus soutenu par les muscles affoiblis, il obéit à son poids, se courbe vers la terre, & bientôt par une gradation invariable, ce corps qui n'est plus qu'un squelete décharné, tombera tout-à-fait, & cessera de vivre sans s'en appercevoir. Tels sont les changemens qu'éprouve la machine par la succession des âges, changemens opérés par les forces même de la vie, & qui sont d'une nature que tout l'art du monde s'y opposeroit en vain, encore moins pourroit-il les faire cesser quand ils sont formés ; d'où il me paroît que le rajeunissement non-seulement n'a jamais eu lieu, mais même est impossible. La reproduction des cheveux noirs ou des dents dans quelques vieillards, phénomenes bien attestés, ne décident rien du tout, & sont des attributs frivoles qui caractérisent mal la jeunesse quand ils ne sont pas joints aux autres signes plus nécessaires & plus distinctifs. Voyez JEUNESSE & VIEILLESSE.

Mais si le corps des vieillards ne rajeunit pas, dumoins peut-on dire que leur esprit éprouve cette révolution ? Non, car ils ne reprennent ni cette pénétration, ni cette vivacité d'imagination, ni cette activité de la mémoire propre aux jeunes gens ; mais ils franchissent un intervalle en apparence plus grand, ils retombent, comme on dit, dans l'enfance ; ils reprennent la façon de penser conforme à la foiblesse de cet âge, dépourvus de soucis, d'inquiétude, délivrés de tous les objets de crainte, de tristesse, de mécontentement qu'offre la raison à ceux qui sont encore soumis à son empire, ils prennent plaisir aux jeux des enfans, s'amusent de leurs poupées, & comme eux, equitantin arundine longâ ; ce changement est une suite très-naturelle de la foiblesse de leur machine, & surtout des fibres du cerveau ; la force qui leur est nécessaire pour penser, pour imaginer ayant cessé chez eux, ils sont au niveau des enfans, qui ne l'ont pas encore obtenue. (b)


RAJUSTERv. act. (Gram. & Arts méch.) c'est remettre dans l'ordre ; on rajuste un habit, une machine ; la mort dérange & rajuste bien des choses.


RAKKUMS. m. (Hist. mod.) espece de dard fait de bois ou de fer, dont les Hottentots se servent, & qu'ils lancent avec une adresse admirable, au point qu'ils ne manquent presque jamais leur but. Ils se servent de cette arme à la chasse & dans leurs guerres.


RAKONICK(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la Bohème, sur la petite riviere de même nom, qui se jette dans la Miza, au cercle de Rakonick, à 15 lieues au couchant de Prague. Long. 31. 30. latit. 52. 8. (D.J.)


RALE D'EAUS. m. Rallus aquaticus Aldrovandi, (Hist. nat. Ornithologie) oiseau plus gros que la caille, & plus petit que la poulette d'eau, à laquelle il ressemble pour la forme du corps qui est mince & applati sur les côtés ; cet oiseau a environ un pié deux pouces & demi de longueur depuis la pointe du bec jusqu'au bout des ongles, & seulement onze pouces jusqu'à l'extrêmité de la queue ; l'envergure est d'un pié deux pouces & demi ; la tête & le bec sont applatis sur les côtés ; la tête est petite ; le bec ressemble à celui du paon de mer ; il a environ deux pouces de longueur ; la piece inférieure & la base de la piece du dessus sont rougeâtres, & l'extrêmité de la piece supérieure a une couleur noirâtre ; la langue s'étend jusqu'au bout du bec, & elle est terminée par des sortes de poils ; il y a sur le front un tubercule charnu rond & dégarni de plumes ; ce tubercule est beaucoup plus petit que celui des poules d'eau ; le dessus de la tête, les épaules, le dos, les petites plumes des aîles, & en général toute la face supérieure de l'oiseau, sont panachés de noirâtre & de jaunâtre, ou de jaune verdâtre ; le milieu de chaque plume est noir, & les bords sont jaunâtres ; le menton est blanc ; les plumes de la gorge ont une couleur roussâtre mêlée de cendré, à l'exception des bords qui sont blanchâtres ; la poitrine est d'une couleur bleue, & elle a sur son milieu une bande blanche ; les plumes des cuisses, des côtés du corps & du dessous de l'aîle, sont noires & ont des lignes blanches transversales ; le ventre est roux ; les plumes du dessous de la queue sont blanches & ont quelques taches noires ; les aîles ont chacune vingt-deux grandes plumes qui sont courtes, noires ou noirâtres ; il y a une ligne blanche sur la base de chaque aîle ; la queue est courte & noire, excepté les bords des plumes du milieu qui sont roussâtres ; les piés ont une couleur de chair obscure ; les doigts sont fort longs, comme dans tous les autres oiseaux de ce genre. Le râle d'eau court très-vîte & se tient sur le bord des ruisseaux & des rivieres ; il marche dans l'eau plutôt qu'il ne nage. Willughbi, Ornitholog. Voyez OISEAU.

RALE DE GENET, ou ROI DE CAILLE, ortygometra Aldrovandi, oiseau auquel on a donné le nom de roi de caille, parce qu'on prétend qu'il précede les cailles, & qu'il leur sert de guide lorsqu'elles quittent ces pays-ci pour aller dans un climat plus tempéré ; il pese cinq onces un tiers ; il a treize à quatorze pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'au bout des doigts, & environ dix pouces & demi jusqu'à l'extrêmité de la queue ; l'envergure est de plus d'un pié cinq pouces ; le bec a un peu plus d'un pouce de longueur depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche ; le corps est applati par les côtés, & ressemble par sa forme à celui des poules d'eau ; la partie postérieure de la poitrine & le ventre sont blancs ; la gorge est d'un blanc sale ; il y a sur la tête deux larges lignes noires & une blanche sur les épaules ; les plumes du dos ont chacune le milieu noir & les bords d'un cendré roussâtre ; les cuisses sont traversées par de petites bandes blanches ; il y a vingt-trois grandes plumes dans chaque aîle ; les petites sont d'un jaune couleur de safran ; les bords des grandes plumes ont la même couleur ; la queue est composée de douze plumes, & elle a près de deux pouces de longueur ; le bec ressemble à celui des poules d'eau ; la piece supérieure a une couleur blanchâtre, & l'inférieure est brune ; les jambes sont dégarnies de plumes jusqu'au-dessus de l'articulation du genou. On a donné à cet oiseau le nom de râle de genet, parce qu'il se plaît dans les lieux plantés de genets ; sa chair est très-délicate & a un goût excellent. Willughbi, Ornith. Voyez OISEAU.

RALE, (Diete) on donne ce nom à deux genres d'oiseaux très-différens, dont l'un est appellé râle de genet, & l'autre râle d'eau. Ce dernier qui peut être regardé comme une espece de poule d'eau, a dumoins évidemment les mêmes qualités que les oiseaux connus sous ce dernier nom. Voyez POULE D'EAU.

Le premier ou le râle de genet, qui est aussi appellé roi de cailles, ne differe absolument en rien de la caille lorsqu'on le considere comme aliment, c'est-à-dire qu'étant gras, état dans lequel on le mange ordinairement, il a une chair fondante très-succulente, & d'un goût assez relevé, qui est pourtant un peu fastidieuse à cause de sa graisse qui manque de consistance, qui est même la plus fluide de toutes celles dont sont chargées les diverses chairs que les hommes mangent. Ainsi cet aliment peut être regardé comme ayant éminemment les qualités, les défauts, &c. des viandes grasses. Voyez GRAISSE, diete, & VIANDE, diete. (b)

RALE ou RALEMENT, (Médecin. séméiotique) on appelle ainsi une espece de son qui se fait entendre dans le gosier de quelques malades, & qui imite assez bien, suivant la remarque d'Hippocrate, le bruit de l'eau bouillante ; il est un peu plus fort que le ronflement. Voyez ce mot. Son nom est sans-doute tiré de la sensation qu'il excite dans l'oreille, & il en exprime assez bien la nature. Il semble en effet que les malades au râle prononcent ce mot à chaque expiration ; les Grecs l'appellent , & les Latins stertor, d'où est venu le terme de respiration stertoreuse, synonyme à râlement. Cette espece de son paroît d'abord occasionnée par l'air qui étant exprimé par la trachée-artere, rencontre dans sa cavité ou dans la gorge des humeurs qui s'opposent à son passage, il les agite, les divise, se mêle avec elles en forme de bulles, & les fait, pour ainsi dire, bouillonner : telle est l'idée que présente naturellement la nature de ce bruit. Cette aitiologie si simple n'est point démentie par l'examen plus approfondi des malades dans lesquels on observe ce symptome ; on voit en effet qu'il est très-familier aux moribonds, à quelques apoplectiques, à ceux qui ont quelque maladie de poitrine ou de la gorge, & dans lesquels les crachats sont supprimés. Il est évident que dans tous ces cas il se ramasse beaucoup d'humeurs dans les poûmons & le gosier ; dans les uns elles sont fournies par la matiere des crachats ; dans les autres par les différens liquides qui abordent continuellement à ces parties, & qui par leur relâchement local, ou par la foiblesse générale de la nature, ne peuvent être ni resorbés ni employés à différens usages, ni enfin chassés par leurs conduits affaissés. Il y a lieu de présumer que dans cet état les cordes vocales abreuvées d'humeurs & dans une extrême atonie, ne contribuent pas peu à la gravité de ce son. Voyez VOIX.

Il est facile de juger par-là que ce symptome doit être d'un très-mauvais augure dans toutes les maladies ; l'observation est ici d'accord avec le raisonnement, & elle est si généralement connue, qu'elle a donné lieu à cette façon de parler usitée même parmi le peuple : il est au râle, dit-on d'un malade, lorsqu'on veut signifier qu'il n'y a plus d'espoir, & que la mort est très-prochaine. Le râlement est regardé communément comme un signe d'agonie. Presque tous les malades dans lesquels Hippocrate l'a observé, sont morts, epidem. lib. VI. text. 9. 16. 20. 27. 47, &c. Cependant pour que ce signe soit plus décisivement mortel, il faut qu'il soit joint aux autres signes fâcheux ; & ce n'est que sur l'ensemble des différens signes, qu'un médecin prudent établit son prognostic. Ainsi lorsque le râlement paroît au commencement d'une maladie, lorsque la nature est encore forte, & que la mort n'est annoncée par aucun autre accident, on peut espérer que le râlement se dissipera, & que l'issue de la maladie n'en sera pas moins heureuse. Il arrive alors que les humeurs qui l'occasionnoient étant bien cuites, sont enfin expectorées, & dégagent par-là les voies aëriennes ; c'est ce que Hippocrate a observé dans Pisistrate qui eut un râlement. Néanmoins sa maladie eut son cours à l'ordinaire sans autre signe mortel, sans délire, &c. les excrétions critiques se firent, la fievre fut calmée, le râlement se dissipa, & la santé se rétablit, epidem. lib. VII. text. 86. Ceux, dit le même auteur, qui jouissent d'une bonne santé, sont tout-à coup attaqués d'une violente douleur de tête, avec aphonie & râlement, meurent en sept jours, à-moins que la fievre ne survienne, aphor. 51. lib. VI. On voit aussi dans ce dernier cas, que le râlement n'est pas toujours mortel, & en même tems de quelle utilité est la fievre que tant de médecins redoutent si fort, & qu'ils ne cessent mal-à-propos de combattre comme un ennemi toujours pernicieux, & manifestement opposé au principe vital. (b)


RALENTIRv. act. & passif, (Gram.) c'est rendre plus lent. Il se prend au simple & au figuré ; il commence à ralentir sa course ; la chaleur a ralenti ses vibrations ; voulez-vous connoître le vrai motif qui les anime, examinez les circonstances dans lesquelles ils ralentiront & redoubleront leurs efforts ; l'ardeur des passions se ralentit avec l'âge ; on en fait quelquefois honneur à la raison ; le ralentissement suit le déchet de la force impulsive.


RALINGUERv. n. (Marine) on sous-entend le verbe faire. C'est faire couper le vent par la ralingue, ensorte qu'il ne donne point dans les voiles. Voyez l'article suivant.


RALINGUES(Marine) ce sont des cordes cousues en ourlet tout autour de chaque voile, & de chaque branle, pour en renforcer les bords. On dit tenir en ralingue ou mettre en ralingue ; c'est tenir un vaisseau, ou le disposer de maniere, que le vent ne donne point dans les voiles. On dit encore, mets en ralingue, ou fais ralinguer ; c'est un commandement au timonier de faire ralinguer les voiles.


RALLIERv. act. se dit dans l'art militaire de l'action de rassembler & de mettre en bataille des troupes dispersées ou mises en desordre. Après la perte d'une bataille, le premier soin du général doit être de rallier ses troupes pour faire sa retraite en bon ordre. Voyez RETRAITE. Lorsque des troupes ont pliées dans un combat, on les rallie aussi pour les faire charger de nouveau. Si dans une bataille la premiere ligne a été enfoncée & mise en déroute, la seconde doit s'avancer pour soutenir le combat, pendant qu'on fait ensorte de rallier les troupes de la premiere derriere la seconde ligne. Voyez BATAILLE & ORDRE DE BATAILLE. (Q)

RALLIER, (Marine) on sous-entend le pronom SE, & on dit se rallier à quelque chose, c'est s'en approcher ; ainsi se rallier de terre, c'est s'approcher de terre.

Rallier un vaisseau au vent, c'est mener un vaisseau au vent.


RALLONGEMENTS. m. (Gram.) c'est la même chose que ralonge. Voyez CELURE.

RALLONGEMENT D'ARRESTIER, (Architect.) c'est une ligne diagonale depuis le poinçon d'une croupe jusqu'au pié de l'arrestier, qui porte sur l'encoignure de l'entablement ; on l'appelle aussi reculement ou trait rameneret. (D.J.)


RALLONGERv. act. (Gram.) c'est ajouter à la longueur. On ralonge des manches, un habit, des jupes, &c. On ralonge une corde, une piece de bois, une barre de fer. On ralonge le tems.


RALLUMERv. act. (Gram.) c'est allumer derechef un feu qui s'est éteint. Il se dit au simple & au figuré. L'incendie qu'on croyoit éteint se ralluma pendant la nuit. Sa passion s'est rallumée. Il est difficile de rallumer l'amour de l'honneur, le sentiment de l'indépendance, le zèle de la liberté, dans des ames qu'un long esclavage a avilies. La colere se rallume. L'esprit se rallume. Le discours se rallume. La querelle s'est rallumée. On pourra employer cette expression figurée dans toutes les occasions où la chose pourra se comparer au feu & à son action.


RALONGES. f. (Gram. & Arts méchaniq.) portion qu'on ajoute à un tout trop court, pour lui donner la juste longueur qui convient à l'usage qu'on en veut faire. Le morceau qu'on rapporte dans ce cas à une piece d'etoffe, de toile, &c. s'appelle ralonge.


RALONGÉEadj. (Coupe des pierres) se dit d'une ligne courbe à laquelle on donne plus de tension sur un diamêtre ou une corde, qu'elle n'en avoit sans changer sa hauteur : ainsi des voûtes surbaissés éliptiques pourroient passer pour des cercles ralongés.


RAou BRAMA, s. m. (Hist. mod. Mythol.) c'est le nom que les idolâtres de l'Indostan donnent au principal des trois dieux du premier ordre, qui sont l'objet de leur culte ; les deux autres sont Vistnou & Ruddiren. Voyez ces articles. La religion primitive des Indiens n'admettoit qu'un seul dieu. Il paroît par le livre appellé vedam, qui contient leur loi & leur théologie, que l'être suprême créa Ram ou Brama ; malgré cela leur religion s'étant corrompue, & ayant dégéneré en idolâtrie, les bramines ou prêtres substituerent un grand nombre de divinités ridicules au seul dieu de l'univers, que les Indiens adoroient dans les tems les plus reculés. Telle fut la source de la fortune de Brama, de créature il devint dieu. Les différentes sectes des idolâtres de l'Indostan attribuent des origines ridicules à ce dieu. Quelques-uns croient qu'il fut créé le premier, & qu'il doit être préféré à Vistnou & à Ruddiren ; d'autres au contraire donnent la préférence à l'un de ces derniers. Quoi qu'il en soit de ces importantes querelles, on dit que le Tout-puissant après avoir créé Brama, lui donna le pouvoir de créer l'univers, & tous les êtres qui s'y trouvent ; en conséquence il créa les différens mondes & les hommes ; il se reposa sur des ministres ou dieux subalternes du soin des créations du détail, telles que les plantes, les herbes, &c. Les Malabares au contraire, prétendent que la faculté de créer lui fut donnée par Vistnou, quoique d'autres assurent que ce dernier n'a eu dans son département que le soin de veiller à la conservation des êtres créés par Ram ou Brama. Quant aux bramines ou prêtres, qui prétendent tirer leur origine de Brama, ils soutiennent sa primauté, & disent que le Tout-puissant lui donna le pouvoir de créer & de gouverner l'univers. Ils ajoutent que Dieu, semblable à un grand roi, dédaigne de se mêler des affaires de ce monde qu'il fait gouverner par des ministres. La fonction de Brama est, selon eux, de fixer la bonne ou la mauvaise fortune, le tems de la durée de la vie ; en un mot, tous les événemens qui arrivent dans les huit mondes. Pour le soulager on lui donne un grand nombre de subdélégués & un premier ministre qui préside sur eux. Suivant les fictions des Bramines, le dieu Brama fut créé avec cinq têtes ; mais il ne lui en reste plus que quatre, parce que Vistnou, suivant les uns, & Ruddiren ou Issuren, suivant les autres, lui coupa une de ces têtes. Suivant les sectateurs de Brama, ce dieu réside dans brama-logum, qui est le huitieme ciel, c'est-à-dire, le plus proche de celui où réside le Dieu suprême. Brama, selon eux, est sujet à la mort ; & quelques-uns prétendent même qu'il meurt & revient à la vie tous les ans. On lui donne deux femmes : la premiere est Sarasvati, qui est sa propre fille ; la seconde s'appelle Quiatri. De la premiere il eut un fils nommé Dacha ; il en eut un autre, qui fut produit par le sang qui découla de sa tête coupée, on l'appelle Sagatrakavashen, il a 500 têtes & 1000 bras. Brama eut encore un autre fils appellé Kassiopa, qui fut le pere des bons & des mauvais anges. Quoique suivant le vedam, ou livre de la loi, Brama ait été créé le premier, il y a une secte de Banians qui lui refuse les honneurs divins, le second des triumvirs célestes. Voyez VISTNOU.


RAMA(Géog. mod.) ce mot signifie hauteur. De là vient qu'il y a tant de lieux dans la Palestine où se trouve le nom de Rama, Ramath, Ramatha, Ramot, Ramathaïm, Ramola, Ramatham. Quelquefois la ville s'appellera tout-à-la-fois Rama, Ramatha, Ramot & Ramathaïm ; tous ces mots ne signifiant qu'une hauteur. Quelquefois Rama ou Ramoth est joint à un autre nom, pour déterminer l'endroit où est la hauteur, ou la ville dont on parle. Quelquefois enfin Ramath est mis simplement pour une hauteur, & ne signifie pas une ville, ni un village. Il y a plusieurs lieux du nom de Rama, dont il est parlé dans l'Ecriture-sainte. Le principal est une ville, ou plutôt un bourg de la Palestine, entre Jafa & Jérusalem, à trois lieues de la premiere & à huit de la derniere. Les Turcs y ont cinq mosquées, car tout ce bourg est presque mahométan ; il n'y a que quelques chrétiens maronites, quelques grecs & arméniens. Latit. 32. (D.J.)

RAMA, (Géog. mod.) petite contrée de la Dalmatie, aux confins de la Bosnie, à l'occident de la riviere de Narenta, & des deux côtés de celle de Rama, qui donne apparemment le nom à la contrée.


RAMADA(Géog. anc.) ville de l'Amérique méridionale, dans le gouvernement de Sainte-Marthe, au nouveau royaume de Grenade, à 40 lieues au levant de Sainte-Marthe. Elle étoit appellée autrefois Salamanque. Latit. 11. 12.


RAMADANou RAMAZAN, s. m. (Religion des Turcs) nom de la lune, pendant laquelle les Turcs font le carême avec un jeûne aussi patient qu'austere. Ni la condition des personnes, ni la longueur des jours, ni la chaleur, ni la fatigue du travail, ne les dispensent de cette abstinence. Dans la marche des troupes, où il semble que l'exercice de la guerre bannit celui des institutions religieuses, les soldats turcs qui fatiguent beaucoup en passant les deserts de l'Arabie pétrée, jeûnent avec autant de rigueur que les personnes les plus oisives : voici les détails que Tournefort donne du ramazan ou carême des Turcs ; car le nom du mois a passé à celui de leur carême.

Le carême, dit-il, a été établi pendant la lune de ramazan, parce que Mahomet publia que l'alcoran lui avoit été envoyé du ciel dans ce tems-là. Le jeûne qu'il ordonna est différent du nôtre, en ce qu'il est absolument défendu durant tout le cours de cette lune de manger, de boire, ni de mettre aucune chose dans la bouche, pas même de fumer, depuis que le soleil se leve, jusqu'à ce qu'il soit couché. En récompense, tant que la nuit dure, ils peuvent manger & boire, sans distinction de viande ni de boisson, si l'on en excepte le vin ; car ce seroit un grand crime d'en goûter, & ce crime ne s'expioit autrefois qu'en jettant du plomb fondu dans la bouche des coupables ; on n'est pas si sévere aujourd'hui, mais on ne laisseroit pas d'être puni corporellement. L'eau-de-vie n'est pas épargnée la nuit pendant ce tems de pénitence, encore moins le sorbet & le caffé. Il y en a même qui, sous prétexte de pénitence, se nourrissent alors plus délicieusement que tout le reste de l'année.

L'amour propre, qui est ingénieux par-tout, leur inspire de faire meilleure chere dans les tems destinés à la mortification : les confitures consolent l'estomac des dévots, quoiqu'elles ne soient ordinairement qu'au miel & au résiné. Les riches observent le carême aussi séverement que les pauvres, les soldats de même que les religieux, & le sultan comme un simple particulier. Chacun se repose pendant le jour, & l'on ne pense qu'à dormir, ou au-moins à éviter les exercices qui alterent ; car c'est un grand supplice que de ne pouvoir pas boire de l'eau pendant les grandes chaleurs. Les gens de travail, les voyageurs, les campagnards souffrent beaucoup ; il est vrai qu'on leur pardonne de rompre le jeûne, pourvu qu'ils tiennent compte des jours, & à condition d'en jeûner par la suite un pareil nombre, quand leurs affaires le leur permettront : tout bien considéré, le carême chez les Musulmans n'est qu'un dérangement de leur vie ordinaire.

Quand la lune de Caban, qui précede immédiatement celle de ramazan, est passée, on observe avec soin la nouvelle lune. Une infinité de gens de toutes sortes d'états, se tiennent sur les lieux élevés, & courent avertir qu'ils l'ont apperçue ; les uns agissent par dévotion, les autres pour obtenir quelque récompense. Dès le moment qu'on est assuré du fait, on le publie par toute la ville, & on commence à jeûner. Dans les endroits où il y a du canon, on en tire un coup au coucher du soleil. On allume une si grande quantité de lampes dans les mosquées, qu'elles ressemblent à des chapelles ardentes, & l'on prend soin de faire de grandes illuminations sur les minarets pendant la nuit.

Les muezins au retour de la lune, c'est-à-dire, à la fin du jour du premier jeûne, annoncent à haute voix, qu'il est tems de prier & de manger. Les pauvres mahométans, qui ont alors le gosier fort sec, commencent à avaler de grandes potées d'eau, & donnent avidement sur les jattes de ris. Chacun se régale avec ses meilleures provisions, & comme s'ils appréhendoient de mourir de faim, ils vont chercher à manger dans les rues, après s'être bien rassasiés chez eux ; les uns courent au caffé, les autres au sorbet. Les plus charitables donnent à manger à tous ceux qui se présentent. On entend les pauvres crier dans les rues : je prie Dieu qu'il remplisse la bourse de ceux qui me donneront pour remplir mon ventre. Ceux qui croyent raffiner sur les plaisirs, se fatiguent la nuit autant qu'ils peuvent, pour mieux reposer le jour, & pour laisser passer le tems du jeûne sans en être incommodés. On fume donc pendant les ténebres, après avoir bien mangé ; on joue des instrumens ; on voit jouer les marionnettes à la faveur des lampes.

Tous ces divertissemens durent jusqu'à ce que l'aurore éclaire assez, pour distinguer, comme ils disent, un fil blanc d'avec un fil noir ; alors on se repose, & l'on donne le nom de jeûne à un sommeil tranquille, qui dure jusqu'à la nuit. Il n'y a que ceux que la nécessité oblige de travailler, qui vont à leur ouvrage ordinaire. Où est donc, selon eux, l'esprit de mortification qui doit purifier l'ame des musulmans ? Ceux qui aiment la vie déréglé, souhaiteroient que ce tems de pénitence durât la moitié de l'année, d'autant mieux qu'il est suivi du grand bairam, pendant lequel, par une alternative agréable, on dort toute la nuit, & l'on ne fait que se rejouir tant que le jour dure. (D.J.)


RAMAGEterme d'Oiseleur, c'est le chant naturel des oiseaux ou leur cri ; mais pour spécifier celui d'un grand nombre en particulier, on disoit autrefois en françois que la colombe roucoule, le pigeon caracoule, la perdrix cacabe, le corbeau croasse ; on dit des poulets pioler, des poules glousser, du coq coqueliquer, du dindon glougouter, du pinson fringoter, de l'hirondelle gazouiller, du milan huir, des hupes pupuler, des cailles carcailler, des tourterelles gémir, &c. mais presque tous ces mots sont passés d'usage. (D.J.)

RAMAGE, (Jurisprud.) dans quelques coutumes, comme dans celle de Bretagne, signifie branche particuliere d'une ligne, car chaque ligne paternelle ou maternelle se subdivise en plusieurs branches. On dit communément que quand le ramage défaut le lignage succede, c'est-à-dire qu'au défaut d'une ligne, l'autre succede. Voyez la coutume de Bretagne, articles 298, 306, 322, 323, 325, 326, 330, 331, 482, 541, 593. Hevin sur Frain, chap. lxj. tome I. le gloss. de Lauriere, au mot Ramage.

RAMAGE, jus ramale, c'est le droit ou faculté que dans quelques lieux les sujets ont de couper des rameaux ou branches d'arbres dans les forêts de leur seigneur. (A)

RAMAGE, (Jardinage) est un terme peu usité pour signifier un rameau, une branche d'arbre ; cependant on dit encore un arbre qui a de grands ramages.

RAMAGE, ouvrage à, terme de manufacture, ce mot se dit des broderies & représentations qui se font de toutes sortes de figures & de fleurs, soit avec l'aiguille, soit avec la navette. Les Latins l'ont nommé ars polymitaria, opus plumarium.

RAMAGE, s. m. (Draperie) ce mot se dit de la façon que l'on donne aux draps & étoffes de laine, en les mettant & étendant sur une machine qu'on appelle rame. (D.J.)


RAMAILLERterme de Chamoiseur, qui signifie donner aux peaux de boucs, de chevres & de chevreaux, la façon nécessaire pour les passer en chamois. Voyez l'article CHAMOIS. Cette façon ne se donne qu'après que les peaux ont été passées à l'huile.


RAMANA(Géogr. mod.) ville des Indes, au royaume d'Orixa, sur la rive droite de la riviere de Balassor. Elle est la résidence du roi d'Orixa.


RAMANANÇOR(Géog. mod.) île des Indes, sur la côte de la Pêcherie, près du pays de Maravas, dont elle est séparée par un détroit. On donne à cette île 8 à 9 lieues de circuit. Elle est célebre par son pagode. Lat. 9. 26. (D.J.)


RAMARTvoyez RENARD MARIN.


RAMASSÉpart. Voyez l'article RAMASSER.

RAMASSE, (Maréchal.) cheval ramassé, c'est la même chose que ragot, excepté qu'il se dit de chevaux de toute sorte de taille. Voyez RAGOT.


RAMASSERv. act. (Gram.) ce verbe a plusieurs acceptions. On dit ramasser une pierre, son chapeau, ses gants, lorsqu'ils sont tombés ; & ramasser, c'est relever de terre. On dit ramasser des tableaux, des coquilles, des médailles ; & ramasser signifie recueillir, rassembler. On dit ramasser des soldats dans toutes les contrées ; & ramasser est synonyme à rassembler. On dit cet homme ramasse toutes les choses qui peuvent m'affliger ; où avez vous ramassé cet homme là, &c ?

RAMASSER, (Hydr.) Voyez AMASSER.

RAMASSER L'EMAIL, terme d'Emailleur, qui signifie le prendre encore chaud & liquide dans la cuillier où il a été fondu avec du verre, pour en tirer du canon, c'est-à-dire des bâtons ou filets de grosseurs différentes, dont on se sert pour travailler les ouvrages à la lampe.

Pour cet effet on prend deux bouts de tuyaux de pipes à fumer, qu'on enfonce ensemble dans la matiere qui est en fusion, & comme on les tient avec les deux mains, on les éloigne tant qu'on veut. Si on veut avoir des filets plus longs que le bras d'un homme, un compagnon en tire un des bouts toujours attaché au tuyau de pipe ; c'est ce qu'on appelle tirer l'émail à la course. Voyez ÉMAIL.


RAMBADESS. f. pl. (Marine) ce sont deux élévations égales, d'environ quatre piés 1/2 chacune, divisées par le coursier. Sur chacune d'elles quatorze ou quinze hommes peuvent se placer pour combattre. Voyez Pl. IV. de Marine, fig. 2. la rambade marquée &.


RAMBERGES. f. (Marine) sorte de petit vaisseau propre à aller faire des découvertes. Autrefois on appelloit ainsi en Angleterre des vaisseaux de guerre, & on donne aujourd'hui ce nom à de petits bâtimens qui servent dans les rivieres de ce pays.


RAMBERTSAINT, (Géog. mod.) bourg qu'on nomme une petite ville de France, dans le Forès, au diocèse de Lyon, sur le bord de la Loire qu'on y passe sur un pont, à 4 lieues de Montbrison, & à 3 de S. Etienne. Il y a un chapitre.

RAMBERT-LE-JOUX, (Géog. mod.) petite ville, ou gros bourg de France, dans le Bugey, près d'une branche du mont Jura. Il y a une paroisse, un petit college, & une abbaye de bénédictins. Latit. 35. 54.


RAMBERVILLIERSou plutôt RAMBERVILLERS, (Géog. mod.) petite ville de Lorraine, chef-lieu d'une des plus belles châtellenies de l'évêché de Metz ; c'étoit une ancienne seigneurie qui appartenoit à des seigneurs particuliers, il y a 650 ans. Etienne de Bar, qui fut fait évêque de Metz vers l'an 1120, acquit Rambervillers, & le ferma de murailles. Le même évêque y fonda une abbaye de chanoines réguliers. Long. 24. 19. lat. 48. 22.

Serarius (Nicolas), savant jésuite, interprête de l'Ecriture, naquit à Rambervillers en 1558, & mourut à Mayence en 1609. On a de lui, 1°. des commentaires sur plusieurs livres de la Bible : 2°. des prolégomenes estimés sur l'Ecriture-sainte : 3°. un livre des trois plus fameuses sectes des Juifs ; savoir, des Pharisiens, des Saducéens & des Esséniens. Il a mêlé trop d'érudition inutile dans ses questions & dans ses commentaires ; mais il regne plus de briéveté & de jugement dans ses prolégomenes sur la Bible.


RAMBOUILLET(Géog. mod.) bourg de l'île de France, dans le Hurepoix, à 10 lieues de Paris, avec un château qui appartient au duc de Penthievre. Louis XIV. érigea ce bourg en duché pairie en 1714. Long. 19. 20. latit. 48. 32.


RAMBOURERv. act. c'est remplir de crin, de coton, de lin ou de quelque autre substance pareille. Ainsi on dit une chaise rambourée de laine, &c.


RAMES. f. (Marine) longue piece de bois, dont l'une des extrêmités est applatie, & qui étant appuyée sur le bord d'un bâtiment, sert à le faire siller. La partie qui est hors du vaisseau & qui entre dans l'eau, s'appelle le plat ou la pale, & celle qui est en-dedans, où les rameurs appliquent leurs mains afin de la mettre en mouvement, se nomme le manche de la rame. Pour faire siller un bâtiment par le moyen de cette piece de bois, les rameurs tournent le dos à la proue, & tirent le manche de la rame vers eux, c'est-à-dire la tirent vers la proue afin que la pale avance vers la poupe ; mais la pale ne peut point avancer dans ce sens sans frapper l'eau ; & comme cette impulsion est la même que si l'eau frappoit la pale de poupe à proue, le bâtiment est mu selon cette direction. De-là il suit que plus la pale se meut dans l'eau avec force, c'est-à-dire plus son choc est grand, plus le vaisseau sille vîte. Pour augmenter ce choc, presque tous les mathématiciens prétendent qu'on doit situer tellement la rame sur le bord du bâtiment, qu'elle soit divisée en deux parties égales par l'apostis, ou le point autour duquel elle se meut. Cette prétention est fondée sur ce que dans cette situation le produit des deux parties de la rame est un maximum, c'est-à-dire le plus grand qu'il est possible. Cependant malgré cette raison, M. Euler qui a publié là-dessus un beau mémoire, parmi les derniers de l'académie royale des Sciences de Berlin ; M. Euler, dis-je, veut que la partie extérieure excede l'autre. Il a inséré aussi un long chapitre sur les effets de cette machine, dans sa science navale : Scientia navalis, de actione remorum, cap. vij. Il y a des choses bien curieuses dans ce chapitre. L'auteur y calcule la vîtesse que doit acquérir le vaisseau, suivant l'action des rames ; il propose des machines qu'il estime plus efficaces que cette action, &c. & tout cela doit être lu dans l'ouvrage même. Voyez aussi l'article suivant. On trouvera aussi de nouvelles idées sur ces machines qu'on veut substituer aux rames, dans le Dictionnaire universel de Mathématique, &c. & la théorie en quelque sorte de ces avirons.

Les Latins appelloient les rames, remi, & quelquefois palmae ou palmulae. On leur donnoit aussi autrefois le nom de tonsae, à cause qu'elles frappent les flots, & qu'elles les coupent : Et in lento luctantur marmore tonsae. Un quatrieme nom qu'avoient les rames dans l'antiquité, étoient scalmes, qui signifie cheville, parce qu'il y avoit une cheville à chaque rame.

Plutarque dit que César s'embarqua à Brindes, pour passer un trajet de mer, sur une barque à douze scalmes. A l'égard des bancs où étoient assis ceux qui les faisoient mouvoir, les Grecs les appelloient , & les Latins transtra.

Quasi transversim strata considunt transtris.

Virg. Aenéid. liv. V.

RAME, RAMILLE, (Jardinage) est une petite branche qui se ramasse dans l'exploitation des bois, après qu'on en a tiré le bois de corde, les coterets & les fagots ; elle n'est bonne qu'à faire des bourrées.

RAME, s. f. (Draperie) machine ou instrument dont on se sert dans les manufactures de draperie pour allonger ou élargir les draps, ou seulement pour les unir & dresser quarrément.

Cette machine qui est haute d'environ quatre piés & demi, & qui a plus de longueur que la plus longue piece de drap, est composée de plusieurs petites solives ou morceaux de bois quarrés, placés de même que ceux qui forment les barrieres d'un manege ; en sorte néanmoins que les traverses d'en-bas puissent se hausser & se baisser, suivant qu'on le juge à propos, & être arrêtées solidement par le moyen de quelques chevilles. Il y a le long des traverses tant hautes que basses, des clous à crochet placés de distance en distance. Indiquons en peu de mots la maniere de mettre une piece de drap sur la rame.

La piece de drap étant encore toute mouillée, le chef en est attaché à l'un des bouts de la rame, puis on la tire, à force de bras, par le côté de la queue, pour la faire aller au point de longueur que l'on s'est proposé. La queue du drap étant bien arrêtée, on accroche la lisiere d'en-haut aux traverses d'en-bas, que l'on fait descendre par force jusqu'à ce que le drap soit à la largeur qu'on desire. Ayant été ainsi bien étendu & arrêté tant sur son long que sur son large, on brosse la piece à poil, & on la laisse sécher, ensuite on la leve dessus la rame, & tant qu'elle n'est point remouillée, elle conserve toujours la même largeur & longueur que cette machine lui a donnée. Dict. du Comm. (D.J.)

RAME, s. f. (Papeterie) c'est un paquet de papier composé de vingt mains, chaque main de vingt-cinq feuilles, ensorte que la rame contient en tout cinq cent feuilles. La premiere & la derniere main doit être de même pâte & de même compte que le reste de la rame. Dict. de Trévoux.

RAME, mettre à la (terme de Librairie) mettre un livre à la rame signifie ranger par rame une partie de l'impression d'un livre dont on a eu peu ou point de débit, pour le vendre de la sorte à vil prix aux épiciers & aux beurrieres, & à tous ceux qui en ont besoin, pour envelopper leurs marchandises, ou en faire autre usage. Richelet dit qu'Amelot pensa devenir fou, lorsqu'il apprit qu'on alloit mettre son Tacite à la rame. (D.J.)

RAME, (Manuf. en soierie) faisceau de cordes de fil, au nombre de 400 dans les métiers ordinaires, de la longueur de 15 piés plus ou moins, auxquelles sont attachées les 400 cordes de semple, & qui ont au bout les arcades. L'endroit où les cordes du rame sont gansées & doublées sur le bâton, s'appelle la queue du rame.


RAMou ROAMé, (Géogr. anc.) ville d'Italie dans les Alpes. L'Itinéraire d'Antonin la marque sur la route de Milan à Arles, en prenant par les Alpes cottiennes. Elle étoit entre Brigantio & Eburodunum, à 19 milles du premier de ces lieux, & à 18 milles du second. C'est maintenant un village du Dauphiné sur la Durance, à 2 lieues au-dessous d'Embrun, près du passage des Alpes appellé le Pertuis-Rostau.

RAME, adj. en termes de Blason, a la même signification que chevillé, & se dit des ramures d'une corne de cerf. Fredorf en Baviere, d'argent au cerf de gueules, ramé d'or.


RAMÉADES(terme de Galeres) ce sont deux postes auprès de l'éperon & de l'arbre du trinquet, hauts d'environ quatre piés & demi, sur chacun desquels quatorze ou quinze hommes peuvent se placer pour combattre.


RAMEAUS. m. (Jardinage) se dit d'une jeune branche.

RAMEAU, (Anatomie) se dit de la subdivision des vaisseaux. Chaque artere se divise en différentes branches, & chacune de ces branches se subdivise en plusieurs rameaux.

RAMEAU, (Fortificat.) ce mot se dit des mines & de leurs divers conduits qui s'appellent aussi branches, canaux, retours, araignées, galeries. Les rameaux partent ou du chemin couvert, ou du fossé, & prolongent jusqu'au pié du glacis, ou même quelquefois jusque sur des ouvrages hors du glacis. De ces rameaux principaux il s'en tire d'autres à droite & à gauche sur le glacis, & le long du chemin couvert. On ne peut se parer de l'effet de ces mines qu'en découvrant leurs rameaux. Il faut toujours prendre le dessous de ces rameaux, sans quoi on n'est jamais en sûreté. Dict. milit.

RAMEAU, (Hydraul.) est une veine, un filet d'eau qui se détache d'une source ; ce peut être encore une pierrée droite faite en forme de patte d'oie, pour ramasser le plus d'eau que l'on peut.

RAMEAU, (Hist. & Généalog.) il se dit dans les généalogies de diverses branches qui sortent d'un même tronc. Cette illustre famille s'est divisée en plusieurs rameaux dont les uns se sont portés en France, les autres en Italie.

RAMEAUX, s. m. pl. (terme de Mines) ce mot se dit des mines d'or, d'argent & d'autres métaux qui se trouvent dans les mines, & qui sont plus ou moins abondantes en minérai. (D.J.)


RAMÉES. f. (Gramm. & Oeconom. rustique) assemblage de plusieurs branches d'arbres entrelacées naturellement ou par art. Il se dit aussi de plusieurs branches vertes, couvertes de feuilles & séparées de l'arbre. Au village on danse sous la ramée. On tapisse les rues de ramée aux grandes fêtes. Un bucheron courbé sous le faix de la ramée.


RAMENDABLE(Comm.) ce qui peut se ramender, voyez RAMENDER.


RAMENDERdiminuer de prix, être à meilleur marché.

RAMENDER, v. act. (Arts méchan.) se dit aussi de toute besogne & ouvrage des artisans où ils sont obligés de retoucher pour les remettre en meilleur état ; lorsqu'ils sont poursuivis en justice pour un mauvais travail, ils sont tenus à ramender, si la chose est ramendable. Dict. du Comm. & de Trévoux.

RAMENDER, (terme de Doreur) c'est réparer & recouvrir les endroits de l'or qui se sont gersés ou cassés en les appliquant. On ramende d'abord avec de petits morceaux du même or ; mais quand c'est pour finir l'ouvrage, on se sert d'or à coquille ; ce qui s'appelle boucher d'or moulu.

RAMENDER, (Teinture) on dit ramender une étoffe, quand ayant été jugée défectueuse par les gardes & jurés, on est obligé de la remettre a la teinture. Une étoffe ramendée est toujours plus dure & moins bonne que celle qui a eu sa perfection dès le premier teint. Dict. du Comm.


RAMENERv. act. (Gramm.) on dit cet officier a ramené plusieurs fois sa troupe à la charge ; alors c'est le reduplicatif d'amener ou conduire. On dit les bergers ramenent leurs troupeaux des champs ; & ramener signifie alors remettre à l'endroit d'où l'on est parti. C'est un correlatif d'amener dans ces phrases & autres, il a amené des marchandises de clinquaille, & il a ramené des vins. Il a encore une acception particuliere, lorsqu'on dit, il commandoit, dans cette action, huit cent hommes, dont il n'a ramené que deux cent. Le printems ramene l'hirondelle. Un sage conseil ramene un homme à son devoir. Un juge habile ramene les autres à son opinion. Il ne faut pas ramener tout à soi. C'est un esprit difficile à ramener. J'ai ramené cette affaire de loin.

RAMENER, en termes de Manege, c'est faire baisser le nez à un cheval qui porte au vent, qui leve le nez aussi haut que les oreilles, qui ne porte pas en beau lieu. On met des branches hardies, ou la martingale aux chevaux pour les ramener. Voyez BRANCHE, MARTINGALE.


RAMENERETTRAIT, (Charpentier) on tire un trait rameneret avec le cordeau, pour prendre la longueur des arrestiers.


RAMEQUINest en terme de Cuisinier, un appareil de roignons hachés avec du persil, un ail & un jaune d'oeuf, qu'on étend sur du pain, & qu'on fait rôtir dans une poële, ou sur le gril ; on en fait de fromage, de sucre, &c. de la même maniere.


RAMERvoyez NAGER & RAME.

RAMER, v. act. (Draperie) terme qui signifie mettre une piece de drap encore toute mouillée sur une espece de machine ou instrument de bois que l'on appelle rame, pour, en tirant l'étoffe à force de bras, la faire venir au point de la longueur & de la largeur que l'on s'est proposée. Voyez RAME. (D.J.)

RAMER, (terme de Jardinier) c'est ficher en terre de petites branches ou de petits rameaux d'arbres, pour soutenir les pois, & autres légumes, à mesure qu'ils croissent.

RAMER, en Fauconnerie, on dit, l'oiseau rame en l'air, c'est-à-dire, qu'il se sert de ses aîles comme de deux avirons.


RAMEREAUnom que l'on a donné aux jeunes ramiers. Voyez RAMIER.


RAMESLES, (Rubanier & autres ouvriers Tissutiers) sont de longues ficelles de moyenne grosseur attachées aux arcades des bâtons de retour ; on en met jusqu'à 160 à chacune des arcades à chaque retour ; ainsi lorsqu'il y a 20 retours sur un métier, il y a par conséquent 3200 rames. On va donner la description d'une seule de ces rames qui suffira pour toutes les autres. Cette rame, comme toutes les autres, doit être assez longue pour passer au-travers du porte rame de derriere, ensuite à-travers les hautes-lisses, puis traverser le porte-rame de devant, & descendre encore environ un pié & demi plus bas que le porte rame, pour pouvoir y attacher les lissettes qu'elles doivent faire hausser.


RAMETTES. f. (ustensile d'Imprimerie) c'est un grand chassis de fer qui n'a point de barre dans le milieu ; il y en a de différente grandeur ; les plus grands servent à imposer les placards, les affiches & ouvrages de cette sorte. Voyez CHASSIS. Voyez les fig. Planches de l'Imprimerie.


RAMEURS. m. (Marine) c'est celui qui rame. Voyez l'article RAME.


RAMIERpigeon ramier. Mansart, Coulon. palumbus torquatus Aldrovandi, Wil. s. m. (Hist. nat. Ornithologie) oiseau qui est de la grosseur du pigeon romain ; il a un pié cinq pouces & demi de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue, & seulement un pié un pouce jusqu'au bout des doigts ; l'envergure est de deux piés cinq pouces ; le bec a un pouce deux lignes de longueur depuis la pointe jusqu'au coin de la bouche ; les aîles étant pliées, s'étendent de deux pouces au-delà du bout de la queue ; la face supérieure & les côtés du cou sont d'un verd doré changeant, qui paroît à certains aspects de couleur de cuivre bronzé ou bleu. Il y a de chaque côté du cou au milieu de ces couleurs une tache blanche disposée de façon que cet oiseau semble avoir une sorte de collier. La partie antérieure du dos & les petites plumes des aîles sont d'un cendré brun ; la partie inférieure du dos, le croupion & les plumes du dessus de la queue ont une couleur cendrée claire. La face inférieure du cou depuis la tête jusques vers le milieu de sa longueur est cendrée ; le reste du cou & la poitrine ont une couleur vineuse mêlée d'un peu de cendré. Le ventre, les côtés du corps, les jambes & les plumes du dessous de la queue sont d'un cendré blanchâtre. La couleur des grandes plumes de l'aîle est brune ; la seconde & les six qui suivent, ont les bords extérieurs blancs ; dans les autres plumes ces bords sont d'un gris brun : il y a sur l'origine de la fausse aîle une grande tache blanche, qui s'étend selon la longueur de l'aîle. Les plumes de la queue ont la face supérieure d'un cendré foncé, à l'exception de l'extrêmité qui est noirâtre ; elles sont au contraire noires en-dessous à l'origine & à l'extrêmité, tandis que le milieu est d'un gris blanchâtre. Les yeux ont l'iris d'un jaune pâle ; le bec est jaunâtre ; la membrane qui se trouve au-dessus des narines, a une couleur rouge, & elle est couverte d'une matiere farineuse & blanchâtre. Les piés sont garnis de plumes presque jusqu'à la naissance des doigts ; leur couleur est rouge, ainsi que celle des doigts ; les ongles sont noires. Brisson, ornit. tom. I. Voyez OISEAU.

RAMIER D'AMBOINE, palumbus amboinensis, oiseau qui est à-peu-près de la grosseur de la tourterelle ; il a dix pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue, & neuf pouces & demi jusqu'au bout des ongles ; la longueur du bec est de dix lignes depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche ; les aîles étant pliées s'étendent jusqu'aux deux tiers de la longueur de la queue. Le devant de la tête est blanc : cette couleur se prolonge de chaque côté en une bande étroite qui passe sur les yeux : le dessus de la tête a une couleur bleuâtre foncée ; les côtés de la tête, le cou & la poitrine sont rougeâtres ; les plumes de la partie antérieure du dos, & les petites des aîles ont une belle couleur verte dorée qui change à différens aspects en une belle couleur de cuivre bronzé. Il y a quelques petites plumes de l'aîle dont l'extrêmité est blanche : ce qui forme autant de petites taches de cette couleur vers le haut de l'aîle. La partie postérieure du dos & le croupion sont cendrés ; le ventre, les côtés du corps, les jambes & les plumes du dessous de la queue ont une couleur brune mêlée d'une légere teinte de rouge. La face inférieure de l'aîle est rousse, & la face supérieure a une couleur brune foncée, à l'exception des barbes intérieures de chaque plume qui sont rousses depuis leur origine jusqu'environ aux deux tiers de leur longueur. La couleur des plumes de la queue est noire, excepté les deux plumes extérieures de chaque côté qui sont cendrées & terminées par du noir. Le bec est rouge, & la membrane du dessus des narines a une couleur bleuâtre. Les piés sont rouges, & les ongles ont une couleur brune claire. On trouve cet oiseau à Amboine. Ornit. de M. Brisson, tom. I. Voyez OISEAU.

RAMIER BLEU DE MADAGASCAR, palumbus caeruleus madagascariensis, oiseau plus petit que le pigeon domestique : il a dix pouces & demi de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue, & seulement huit pouces neuf lignes jusqu'au bout des doigts ; la longueur du bec est de onze lignes depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche ; les aîles étant pliées, s'étendent presque jusqu'au bout de la queue. Cet oiseau est presque entierement d'un bleu très-foncé presque noir & brillant ; les plumes de la queue & celles du dessous de la queue sont d'un pourpre violet éclatant ; le col est couvert de plumes longues & étroites, qui semblent avoir un peu de cendré mêlé avec leur couleur bleue. Les yeux sont entourés d'une peau rouge & dégarnie de plumes. Le bec, les piés & les doigts ont une couleur rouge ; celle des ongles est noire. Les piés sont couverts de plumes presque jusqu'à l'origine des doigts. On trouve cet oiseau à Madagascar. Ornit. de M. Brisson, tom. I. Voyez OISEAU.

RAMIER DES MOLUQUES, palumbus moluccensis, oiseau qui est à peu près de la grosseur du ramier de ces pays-ci ; il a un pié cinq pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue, & un pié trois pouces jusqu'au bout des ongles ; la longueur du bec est d'un pouce cinq lignes depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche. Les aîles étant pliées s'étendent environ au tiers de la longueur de la queue. La tête, la gorge, le cou, la poitrine, le ventre & les jambes sont d'un gris blanc mêlé d'une teinte de rougeâtre ; la couleur du dos, du croupion, des petites plumes des aîles & de celles du dessus de la queue est d'un verd doré qui paroît à certains aspects de couleur de cuivre bronzé. Les plumes des côtés du corps, & celles de la face inférieure des aîles ont une couleur grise blanchâtre ; les plumes du dessous de la queue sont d'une couleur de marron pourprée ; celle des grandes plumes de l'aîle est cendrée ; les moyennes ont le côté extérieur & l'extrêmité de même couleur que le dos, & le côté intérieur est cendré. Il y a dans la queue douze plumes toutes d'égale longueur, cendrées en-dessous & de la même couleur que le dos en-dessus. Les piés sont couverts de plumes jusques vers la moitié de leur longueur. Le bec, les piés & les ongles ont une couleur verdâtre. On trouve cet oiseau aux Moluques. Ornit. de M. Brisson, tom. I. Voyez OISEAU.

RAMIER VERT DE MADAGASCAR, palumbus viridis madagascariensis, oiseau qui est à peu près de la grosseur du pigeon domestique ; il a onze pouces & demi de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue, & seulement dix pouces jusqu'au bout des ongles ; les aîles étant pliées s'étendent jusqu'à la moitié de la longueur de la queue ; le bec a près d'un pouce de longueur depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche. La tête, le cou, la poitrine, le ventre & les côtés du corps sont d'un verd olivâtre ; le dos, les petites plumes des aîles & celles du dessus de la queue ont la même couleur ; mais elle est plus foncée ; il y a sur le premier pli de l'aîle une petite tache rougeâtre ; les grandes plumes de l'aîle sont noirâtres en-dessus, & cendrées en-dessous. Les plumes du bas-ventre & des jambes ont du jaune & du noirâtre mêlés avec du vert olivâtre ; la queue est cendrée. Les piés sont rouges, & couverts presque jusqu'à la naissance des doigts, de plumes qui ont les mêmes couleurs que celles des jambes. On trouve cet oiseau à Madagascar, où on l'appelle Founingo maïlsou. Ornit. de M. Brisson, tom. I. Voyez OISEAU.

RAMIER, (Diete & Mat. méd.) Voyez PIGEON.

RAMIER, s. m. (Jardinage) se dit d'un tas de bois que l'on range, lorsqu'il est coupé, dans les places les moins garnies de rochées. Il faut ranger ces ramiers avant la pousse, de crainte qu'ils n'étouffent le bois quand il veut pousser.


RAMIFICATIONS. f. (terme d'Anatomie) division, distribution de différens vaisseaux du corps, qui sont regardés comme des branches par rapport aux rameaux qu'ils fournissent. La ramification des arteres, des veines, &c.


RAMIFIERv. act. en Anatomie, se dit de la division des vaisseaux. Telle artere se ramifie en un nombre infini de petits rameaux, & se distribue, &c.


RAMILLESS. f. (Jurisprud.) ramalia minora, ce sont, en termes d'eaux & forêts, les menues branches d'arbres qui restent dans les bois, après qu'on en a tiré le bois de corde & les coterets, & qui ne sont bons qu'à mettre dans les fagots ou dans les bourrées. (A)


RAMILLIES(Géogr. mod.) village des Pays-Bas, dans le Brabant, au quartier de Louvain, près de la source de la Géete. Ce village n'est remarquable que par la bataille que le duc de Malborough, le duc de Virtemberg, & M. d'Owerkerque y gagnerent en 1706, le 23 Mai, jour de la Pentecôte, sur les François commandés par le duc de Baviere & le maréchal de Villeroy ; la défaite des François devint une déroute affreuse par la confiance perdue, & par le trouble qui s'empara des esprits. (D.J.)


RAMINGUEadj. On appelle ainsi, en terme de Manege, un cheval rétif, qui résiste aux éperons & s'y attache, qui rue, qui recule, qui saute plusieurs fois en l'air pour jetter le cavalier en bas ; en quoi il differe du chatouilleux, qui après y avoir résisté quelque tems, obéit ensuite, & va beaucoup mieux par la peur d'un jarret vigoureux, lorsqu'il sent étendre la jambe, qu'il ne va par le coup même. Les ramingues sont dangereux, en ce qu'ils sont sujets à doubler des reins, & à faire des ponts-levis. Voyez PONT-LEVIS.


RAMISTECONSONNE, (Gramm.) On nomme consonnes ramistes l'i & l'v, lorsqu'ils sont consonnes. Ce fut vers le milieu du xvj. siecle, qu'on commença à distinguer les j & les v consonnes, des i & u voyelles. Pierre Ramus ou de la Ramée, imagina cette distinction fort utile dans notre orthographe, d'où ces deux lettres ont retenu le nom de consonnes ramistes. Il mit en usage cette invention dans sa grammaire latine, imprimée en 1557 ; ensuite Gilles Beys, libraire à Paris, ayant connu l'utilité des deux consonnes ramistes, les employa dans l'édition des commentaires de Claude Mignault, sur les épîtres d'Horace, qu'il fit imprimer en 1584 chez Denys Duval. (D.J.)


RAMNEou RAMNENSES, (Antiq. rom.) espece de tribu formée de chevaliers romains. Acron le dit formellement, & préfere ce sentiment à l'opinion de ceux qui croyoient que c'étoit seulement une des tribus romaines ; Ramnes, Luceres, Tatienses, tribus erant, vel ut veriùs Equites. Cornelius Nepos, plus croyable encore que le scholiaste, réunit ces deux sentimens, & les applique aux chevaliers. C'est dans la vie de Romulus, où il dit : tres equitum centurias instituit, quas à suo nomine Ramnenses, à Tito Tatio Tatienses, à Lucumone Luceres appellavit. C'étoit donc une centurie, ou une espece de tribu de chevaliers romains.

Un ancien poëte, mais dont on ignore le nom, dans une piece aussi élégante que modeste sur les fêtes de Vénus, a ramassé en quatre petits vers toutes les parties de la république ; savoir, le peuple Quirites, les chevaliers Ramnes, le sénat Patres, & les empereurs Caesares.

Romuleas ipsa fecit

Cum Sabinis nuptias ;

Unde Ramnes & Quirites,

Proque prole posterâ

Romuli, patres creavit,

Et nepotes Caesares.

Enfin Horace a donné à Ramnes une épithete, qui convient particulierement aux chevaliers romains ; il les nommoit celsi : or celsus vient du grec , qui signifie également un cheval & un cavalier, comme nous l'apprenons de Festus Pompeius. (D.J.)


RAMOITIRv. act. (Gramm.) c'est rendre moite pour la premiere ou pour la seconde fois. Le brouillard ramoitit le linge. La vapeur de l'haleine ramoitit le papier.

RAMOITIR, terme d'Imprimerie, c'est passer l'éponge imbibée d'eau, sur les ustensiles auxquels il faut communiquer une humidité convenable. Les ouvriers de la presse ramoitissent le cuir de leurs balles, leur tympan, & le papier, quand ces choses précédemment trempées ont trop perdu de leur humidité, dans le tems qu'ils viennent à les mettre en oeuvre.


RAMOLADES. f. (Cuisine) On appelle de ce nom une espece de sauce que l'on prépare pour la viande & le poisson. La ramolade est ordinairement composée d'anchois, de persil, de capres, & de ciboules hachées ensemble dans du jus de boeuf ; mais on peut y ajouter plusieurs autres assaisonnemens. (D.J.)


RAMOLLIRv. act. (Gramm.) c'est rendre la mollesse pour la premiere fois ou pour la seconde. Ramollissez ce cuir ; ramollissez ce parchemin.

RAMOLLIR L'OISEAU, c'est ramollir son pennage avec une éponge trempée.


RAMOLLISSANTadj. terme de Chirurgie concernant la matiere médicale externe, c'est la même chose qu'émollient. On donne ce nom à tous les médicamens qui ont la vertu de rendre la souplesse aux parties solides trop tendues, & de redonner de la fluidité aux liqueurs épaissies. Les liquides forment, par la lenteur de leur circulation, ou par leur stagnation, deux especes de tumeurs, des douloureuses, & des indolentes ; il y a des émolliens qui agissent dans le premier cas, en calmant la douleur, ce sont des émolliens anodins ; on en employe d'autres dans le second cas ; on les appelle émolliens résolutifs, parce qu'ils ont la vertu de résoudre les fluides épaissis. Il y en a qui agissent principalement sur les solides trop tendus, ce sont des émolliens relâchans.

La premiere classe d'émolliens que nous disons être anodins, sont des remedes remplis de mucilages aqueux & adoucissans, dont les particules s'attachent aisément aux vaisseaux, assouplissent leurs fibres, & les rendent moins susceptibles d'agacement & d'irritation. A l'aide de la chaleur qu'on donne à ces médicamens, leurs parties déliées s'insinuent dans les pores, raréfient insensiblement les humeurs, & leur font reprendre les voies ordinaires. Tels sont l'eau tiede, le lait, l'althea, la mauve, la pariétaire, le bouillon blanc, le violier, les semences de lin, de fenugrec, de psyllium, &c. Ils conviennent en fomentations & en cataplasmes dans les engorgemens inflammatoires.

La seconde classe d'émolliens est composée de médicamens qui unissent la vertu résolutive à l'émolliente ; ils contiennent des parties actives, qui donnent un peu de ressort aux vaisseaux, & qui les font agir sur les liqueurs stagnantes ; la résolution se fait, si ces liqueurs ont assez de fluidité pour obéir à cette action : & dans le cas contraire les vaisseaux se brisent sur les fluides épaissis, & il en résulte une suppuration, ou purulente, ou putride, suivant la nature de l'humeur qu'on a mise en dissolution dans le lieu de sa stagnation, en excitant à faux le jeu des vaisseaux. Les médicamens émolliens, résolutifs, ou maturatifs, se tirent principalement des matieres gommeuses, telles que le galbanum, l'opopanax, le sagapenum, la gomme ammoniaque. Les quatre farines résolutives, les fleurs de camomille & de mélilot réduites en poudre, servent aussi à faire des cataplasmes émolliens résolutifs, & les gommes susdites entrent dans la composition d'emplâtres, qu'on met avec succés sur des tumeurs dures, dont on a calmé l'inflammation précédente, avec les cataplasmes émolliens anodins, & qui ont ensuite été prédisposées par les cataplasmes émolliens résolutifs. Les emplâtres de vigo, de savon, de ciguë, de diabotanum, de diachylon gommé, sont propres à fondre les tumeurs rénitentes. Voyez RENITENTE.

Les émolliens relâchans, ou chalastiques, doivent produire dans les fibres un changement, par lequel elles deviennent plus allongées sans se rompre. Il suffit pour cet effet, que des particules lubrifiantes s'insinuent entre les solides & les assouplissent. Les émolliens des deux premieres classes ont cette vertu, mais elle réside éminemment dans les remedes onctueux, tels que le beurre, les huiles de lys, de lin, d'amandes douces, les graisses de différens animaux, & leurs moëlles. Les composés sont l'onguent d'althea, de populeum, les huiles de chien, de vers, l'emplâtre de mucilages, celui de diachylon simple, &c. Ces remedes gras ne conviennent point sur les parties enflammées ; ils deviendroient stimulans & suppuratifs ; mais on les employera avec succès sur la peau saine du ventre, pour remédier à l'inflammation des parties internes, comme dans le cas des hernies avec étranglement, de disposition inflammatoire des intestins, pour ramollir les articulations qui ne jouent pas, à cause de la sécheresse ou de la roideur des muscles & des liqueurs, &c. Voyez dans le second tome du recueil des pieces qui ont concouru pour le prix de l'académie royale de Chirurgie, plusieurs mémoires sur les remedes émolliens. (Y)


RAMONNERv. act. (Oecon. domest.) il ne se dit que des cheminées ; c'est l'action de les nettoyer. Ce sont de jeunes savoyards qui ramonnent ici les cheminées, & on les appelle pour cela ramonneurs.


RAMPANORAPANI, ou RAPINI, (Géog. mod.) port & bourgade de la Morée, dans le Brazzo di Maina, sur la côte du golfe de Colochine. Le port Rapani, selon la Guilletiere, étoit autrefois la ville de Geronthrae. Ce port se découvre de loin, sur-tout quand on vient du sud-sud-est, à cause de deux montagnes extrêmement rondes qui l'enferment. Il y a dans cet endroit de la côte, des eaux douces qui sont excellentes. (D.J.)


RAMPANTadj. (Gramm.) il se dit au simple de tout ce qui rampe à terre. Les serpens rampent. Il y a des plantes rampantes. Il se dit au figuré de ceux qui s'abaissent devant les grands, & qui captent leurs faveurs par des voies viles & basses. Du style, un style rampant ; de la conduite, une conduite rampante.

RAMPANT, adj. (Architect.) épithete qu'on donne à tout ce qui n'est pas de niveau, & qui a de la pente, comme un arc rampant, une descente. Voyez ARC. (D.J.)

RAMPANT, adj. terme de Chirurgie, c'est le nom d'un bandage qui se fait avec une bande dont les circonvolutions entourent la partie en forme de spirale, & en laissant entr'elles des espaces découverts. Ce bandage a la figure d'un serpent qui se traîne le long d'un arbre en l'entourant. Voyez BANDE & BANDAGE.

On voit l'application du bandage rampant, au bras gauche de la fig. 1. Pl. XXX.

Ce bandage n'est employé que pour contenir des compresses sur un membre dans une grande étendue avec une bande assez courte, soit que la nécessité oblige de se servir de celle qu'on a sous la main, & souvent aussi par choix, pour ne pas surcharger la partie du poids d'une longue bande. Dans ce cas elle doit toujours être appliquée fort légérement, surtout dans le cas de gonflement ; parce que serrant un peu, on augmenteroit la tuméfaction dans les intervalles que laissent entr'elles les circonvolutions de la bande. (Y)

RAMPANT, adj. terme de Blason ; ce mot se dit des animaux terrestres, comme lions, ours, chiens, loups, &c. qui sont distingués, comme s'ils vouloient s'élever & monter le long d'une rampe. On doit spécifier leur action, à la réserve du lion & du griffon, parce que c'est leur assiette naturelle ; mais pour les autres, ils ont des termes particuliers ; comme le cheval, la licorne, le bélier, le loup, &c. à l'égard desquels on dit effarouchés, effrayés, ravissans, saillans, sautans, &c. Ménétrier. (D.J.)


RAMPERAMPE

Rampe courbe ; c'est une portion d'escalier à vis, suspendue, ou à noyau, laquelle se trace par une cherche ralongée, & dont les marches portent leur délardement pour former une coquille, ou sont posées sur une voute rampante, comme la vis saint-Gilles, ronde.

Rampe de chevron ; c'est l'inclinaison des chevrons d'un comble ; ainsi on dit, faire un exhaussement audessus d'un dernier plancher, jusque sous la rampe des chevrons.

Rampe de menuiserie ; c'est une rampe qui est droite & sans sujétion, comme on en fait pour de petits escaliers dégagés. C'est aussi une rampe courbe qui suit le contour d'un pilier, comme il y en a à plusieurs chaires de prédicateurs. Cet ouvrage est un des plus difficiles de la menuiserie.

Rampe par ressaut ; rampe dont le contour est interrompu par des paliers ou quartiers tournans. Daviler. (D.J.)

RAMPE, (Fortificat.) pente extrêmement douce, qu'on fait le long des talus intérieurs. On les place selon l'occasion & le besoin, tantôt à l'angle du rempart, vis-à-vis l'entrée du bastion, quand le bastion est plein ; tantôt le long des flancs, où à l'angle flanqué, quand le bastion est vuide. (D.J.)

RAMPE, (Hydr.) se dit dans une cascade qui descend en pente douce, d'une suite de chandeliers qui accompagnent les cercles d'une cascade, ou qui se trouvent placés sur les paliers ou repos d'un escalier, ou sur des rampes de gazon, ce qui forme des rampes de jets. (K)

RAMPES DE GAZON, (Jardinage.) Les rampes sont de grands tapis de gazon en pente douce, tels que ceux qui accompagnent les côtés d'une cascade, ou qui servent à raccommoder deux inégalités de terrein, où les différens niveaux de pente de deux allées paralleles.

Ces rampes doivent être prises de loin ; des glacis de gazon ou de petits murs de terrasse les soutiennent ordinairement, & on y met d'espace en espace des arrêts de gazon ou de bois pour rejetter les eaux des ravines des deux côtés.


RAMPEMENTS. m. (Physiq.) mouvement de progression, par lequel les serpens & autres animaux de cette espece, se transportent d'un lieu à un autre.

Quoique les organes que les serpens employent pour ramper, soient fort composés, ayant des os articulés, & des muscles pour cette sorte d'allure, leur mouvement néanmoins n'est différent de celui des vers de terre, qu'en ce que leur corps ne rentre pas en lui-même, mais qu'il se plie pour se raccourcir. Le nombre des replis que ces animaux font, leur sert à s'affermir sur la terre ; ils y rampent avec peine quand elle est fort unie, parce qu'ils ont besoin des inégalités d'un lieu raboteux, afin qu'une partie y étant affermie par ses différens replis, l'autre se puisse lancer en avant, & retirer ensuite la premiere avec plus de force & de promtitude.

Les piés que les chenilles & les vers à soie ont pour marcher, ne rendent leur allure guere différente de celle des vers de terre, parce que la plûpart des chenilles se traînent aussi, & leur corps rentre en lui-même, & se ralonge ensuite ; leurs piés leur servent plus pour arrêter la partie qui pose sur terre, que pour transporter le corps d'un endroit à l'autre par leur mouvement, comme font les piés des autres animaux.

Il y a néanmoins quelques chenilles, qui, comme les serpens, se plient, & font un arc, ramenant leur queue vers leur tête, & ensuite avançant la partie qui est proche de la tête, lorsqu'elles dressent leur corps. Quelques serpens font avec leurs écailles, ce que les chenilles font avec leurs piés ; car elles leur servent pour s'affermir sur la terre, lorsqu'ils les hérissent, quand ils marchent vîte, afin qu'ils puissent pousser contre la terre, comme fait un marinier qui appuie son croc sur le sable pour fare avancer son bateau. Les vers de terre ont des petits poils à chacun des noeuds dont ils sont composés, par le moyen desquels ils s'attachent à la terre, & poussent contre, de même que les serpens font avec leurs écailles. (D.J.)


RAMPERvoyez les articles RAMPANT & RAMPEMENT.

RAMPER, v. pass. (Architect.) c'est pancher suivant une pente donnée.


RAMPINadj. en terme de Manege, se dit d'un cheval bouleté des boulets de derriere, & qui ne marche par conséquent que sur la pince ; c'est ordinairement un défaut que le cheval apporte en naissant. Voyez BOULET, BOULETE.


RAMSEY(Géog. mod.) bourg d'Angleterre dans Huntington-shire. Il a droit de marché public, & il a été fameux autrefois par les richesses de son abbaye. (D.J.)


RAMTRUTS. m. (Hist. mod. superstit.) c'est le nom d'une divinité adorée par les Kanarins, peuple de l'Indostan ; elle a un temple fameux à Onor. On la représente sous des traits qui approchent plus de ceux d'un singe que d'un homme. Dans certains jours solemnels on la porte en procession dans une espece de char, qui a la forme d'une tour pyramidale d'environ quinze piés de haut ; une douzaine de prêtres montent sur cette voiture pour accompagner l'idole ; ils sont traînés par des hommes, qui tiennent à très-grand honneur de servir de bêtes de charge à ce dieu & à ses ministres.


RAMURESou TETES DE CERE, s. f. pl. (Vénerie) les cerfs ne portent leurs premieres têtes, qu'on appelle les dagues, qu'à la deuxieme année ; à la troisieme ils doivent porter quatre, six ou huit cornettes ; à la quatrieme ils en portent huit ou dix ; à la cinquieme dix ou douze ; à la sixieme douze, quatorze ou seize ; & à la septieme, leurs têtes sont marquées de tout ce qu'elles porteront jamais, & n'augmentent plus qu'en grosseur. Voyez l'article CERF.


RANAou RANNA, s. m. (Hist. mod.) titre que l'on donne dans l'Indostan aux princes ou souverains du pays, qui descendent des anciens possesseurs de ces contrées avant que les Tartares en eussent fait la conquête ; cependant le mot sous lequel on désigne ces princes le plus ordinairement, est celui de Rajah. Voyez cet article.


RANCERANCE

Les matieres rances ont une âcreté singuliere & très-sensible au goût, une espece de corrosivité qui doit les faire rejetter absolument des usages diététiques & des usages pharmaceutiques, même extérieurs. (b)


RANCHES. f. (Charpent.) les ranches sont des chevilles de bois dont l'échelier d'une grue est garnie. Elles passent au-travers, & servent d'échelons pour monter au haut de la machine, & pour y mettre la sellette, le fauconneau, les poulies & le cable.


RANCHERS. m. (Charpent.) longue piece de bois traversée de ranches, qu'on pose en arc-boutant pour monter au haut des grues ou des engins. Il y en a qui ne se servent de ce mot que pour les engins, & qui emploient celui de gruau, ou échelier, pour les grues. (D.J.)

RANCHERS, terme de Charron ; ce sont deux morceaux de bois quarré de la longueur de six piés, & de l'épaisseur de quatre pouces ; ces ranchers se placent sur le haut & sur la queue de la charrette, & sont assujettis dessus les timons avec de fortes chevilles de bois ; de façon que les bouts de ces ranchers excedent la charrette d'environ un demi-pié de chaque côté. Les derniers bouts sont percés d'une mortaise chacun pour y poser les cornes de ranchers. Voyez les fig. Pl. du Charron.


RANCIDITÉS. f. espece de corruption desagréable que les graisses & les substances huileuses contractent à la longue, & que la chaleur leur communique. Les médicamens huileux ne conviennent point en topiques sur les parties attaquées d'inflammation, parce que les huiles échauffées perdent leur caractere bienfaisant ; & au lieu de relâcher & d'adoucir, comme on se le propose, elles deviennent âcres & irritantes par rancidité. Willis a parlé de la rancidité dans son traité de la fermentation.

M. Quesnay, dans sa dissertation sur les vices des humeurs, imprimée à la tête du premier tome de l'académie royale de Chirurgie, met aussi la rancidité des humeurs du corps humain au nombre des effets que leur fermentation peut produire. Il se propose dans cet ouvrage important d'établir les principes physiques qui doivent servir de fondement à la doctrine de la suppuration, de la gangrène, des tumeurs, des plaies, des ulceres, & d'autres sujets de Chirurgie. Les humeurs sont infectées, & les solides diversement irrités par les corpuscules viciés qui sont l'effet des différentes dépravations qu'une portion des fluides contractent. Le lait, par exemple, qui se déprave dans l'estomac, y devient rance & amer. On voit des preuves de l'infection & de la malignité qu'il cause, dans les fievres considérables produites par cette dépravation. Suivant l'opinion commune, le lait est susceptible de s'aigrir par une fermentation acéteuse, & l'on croit que la plûpart des maladies des enfans viennent d'acides fournis par un lait aigri dans les premieres voies ; mais ne peuvent-elles pas venir plutôt de la partie butyreuse du lait qui devient rance, ou comme l'on dit vulgairement, d'un lait qui tourne en bile ? Il est évident, dit M. Quesnay, que la malignité de cette derniere sorte de fermentation, dont les matieres grasses sont susceptibles, est bien plus malfaisante que celle de la fermentation acescente. La disposition que les matieres devenues rances ont à se corrompre, doit rendre ces matieres plus redoutables, que celles que la fermentation auroit rendues acides ou vineuses ; celles-ci peuvent être avantageuses pour donner de la durée aux humeurs, dans les cas où l'action excessive des vaisseaux les détruiroit trop promtement. Il n'en est pas de même des matieres devenues rances : la partie grasse ou huileuse de ces matieres, qui domine sur les sels acides, & qui empêche que la fermentation ne puisse développer ces sels, rend ces matieres fort susceptibles de pourriture ; ainsi on doit remarquer que les mauvais effets de ces matieres dépend plus de la pourriture qui survient, que de la dépravation qu'elles avoient contractée d'abord par la fermentation. Plus on cherchera à s'instruire sur la théorie & sur la pratique de la Chirurgie, plus on sentira l'utilité de ces connoissances pour aider directement ou indirectement à l'intelligence de plusieurs points de doctrine qui concernent cet art ; & sur-tout pour éclaircir ce qui regarde les tumeurs graisseuses, les hernies épiploïques qui s'enflamment & suppurent ; les tumeurs froides formées par des sucs muqueux & gélatineux, qui ne sont pas susceptibles de putréfaction, qui se corrompent par rancidité. Voyez SCROPHULE. (Y)


RANÇONS. f. c'est la somme qu'on paye pour un prisonnier de guerre ou un esclave à qui on fait rendre la liberté. Voyez PRISONNIER DE GUERRE.

Il est actuellement assez d'usage parmi les puissances qui sont en guerre, de convenir d'échanger les prisonniers de guerre, ou de payer leur rançon, eu égard à leur grade. La convention qu'on fait pour ce sujet porte le nom de cartel. La rançon d'un soldat y est évaluée à dix ou à douze livres, & celle d'un général ou maréchal de France, à 50 mille livres. Mariana rapporte, liv. XXVII. ch. xviij. que dans la guerre que les François firent contre les Espagnols en Italie, la rançon d'un cavalier étoit le quart d'une année de sa paye ou de sa solde ; d'où l'on croit que le terme de quartier, dont on se sert pour demander à se rendre, est venu. Voyez QUARTIER. (q)


RANCUNES. f. (Gramm.) haine secrette & invétérée, qu'on garde au fond de son coeur jusqu'à ce qu'on ait trouvé l'occasion de l'exercer. Les hommes sujets à cette passion sont à plaindre. Ils portent en eux une furie qui les tourmente sans-cesse. La rancune est taciturne, sombre, mélancolique ; quelque motif qu'elle puisse avoir, elle est d'un caractere triste & fâcheux.


RANDAN(Géog. mod.) petite ville ou plutôt bourg de France, dans la basse Auvergne, proche l'Allier, entre Maringues & Vichy.


RANDASSOou RANDAZZO, (Géog. mod.) petite ville de Sicile, dans le val Demona, vers la source de la riviere Cantara, au pié du mont Etna, & du côté du nord ; on croit que c'est la Tissa de Ptolémée, l. III. c. iv.


RANDERSONou RANDE, (Géog. mod.) en latin du moyen âge Randrusium, ville de Danemarck, dans le nord-Jutland, près de l'embouchure de la Gude dans la mer Baltique. Cette ville est fort ancienne. Abel, duc de Schleswic, la brûla en 1247. Le comte Gerhard de Holstein, surnommé le Chauve, y fut tué eu 1340. La pêche du saumon y est abondante.


RANDIAS. f. (Botan. exot.) arbrisseau d'Amérique ; sa fleur n'a qu'un pétale dont la partie inférieure est tubuleuse, & la partie supérieure évasée, & pour l'ordinaire divisée en cinq segmens. Cette fleur fait place à un fruit ovale, qui n'a qu'une cellule que remplissent des semences plates & cartilagineuses, environnées de pulpe.

Miller n'en compte qu'une espece ; M. Hans-Sloane a donné la description & la figure de cette plante dans son histoire de la Jamaïque, vol. I. p. 40, sous le titre de lycium forte, foliis subrotundis integris, spinis & foliis ex adverso sitis.

Cet arbrisseau est fort commun aux environs de la Vera-Cruz, d'où le docteur Guillaume Houston, qui lui a donné le nom de Randia, en mémoire de M. Isaac Rand, botaniste, a apporté sa semence en Europe. Il s'éleve à dix ou douze piés de haut dans son pays natal, & se divise en un grand nombre de branches, qui croissent deux à deux, ainsi que ses feuilles & ses épines. Ses fleurs sont petites, blanches, & font place à un fruit dur, ovale, à peu-près de la grosseur d'une noix d'Espagne, plein de semences plates, & renfermées sous une pulpe molle & noirâtre. Ses feuilles sont vertes pendant toute l'année. (D.J.)


RANDON(Lang. franç.) ce vieux mot se dit d'une source, d'une pluie, d'un torrent, qui se fait passage par un rocher ; on le disoit aussi des gens qui alloient en troupes. On dit encore en Fauconnerie, fondre en randon, quand l'oiseau de proie fond avec grande impétuosité sur son gibier pour le jetter à terre.

RANDON, (Géog. mod.) ou château neuf de Randon ; lieu de France en Gevaudan, sénéchaussée de Beaucaire ; c'étoit dans le quinzieme siecle une place forte qu'assiégea le connétable du Guesclin, & devant laquelle il mourut de maladie le 13 Juillet 1380, âgé de 69 ans ou environ. En disant adieu aux vieux capitaines qui l'avoient suivi depuis quarante ans, il les pria de ne point oublier ce qu'il leur avoit dit mille fois, " qu'en quelque pays qu'ils fissent la guerre, ils respectassent les gens d'église, les femmes, les enfans & le pauvre peuple. "

Il leur avoit montré l'exemple. Aussi ses propres ennemis lui rendirent un honneur singulier. Le gouverneur de Randon avoit capitulé avec le connétable, & il étoit convenu de se rendre le 12 Juillet en cas qu'il ne fût pas secouru : quand on le somma de remettre la place le lendemain, qui fut le jour de la mort de du Guesclin, le gouverneur répondit qu'il lui tiendroit parole, même après sa mort ; en effet il sortit avec les plus considérables officiers de sa garnison, & mit sur le cercueil du connétable les clés de la ville, en lui rendant les mêmes respects que s'il eût été vivant. Les fameux capitaines qui avoient servi sous ses ordres, refuserent l'épée de connétable, comme ne se sentant pas dignes de la porter après lui ; cependant Olivier de Clisson fut forcé quelque tems après de la recevoir.

Du Guesclin étoit breton, laid & de petite taille ; mais il se fit singulierement estimer par sa valeur & par ses hauts faits, ayant rendu des services très-importans à la France durant la prison du roi Jean, & sous le regne de Charles V. Il s'employa avec un succès admirable à reprendre sur les Anglois plusieurs villes, & n'exécuta pas des choses moins extraordinaires en Espagne.

Ce fut un des plus braves héros de l'ancienne chevalerie. A l'âge de quinze ans, il emprunta en cachette le cheval d'un meunier, vint inconnu à Rennes, pour y joûter dans un tournois qui s'y célébroit, & remporta le prix.

Il ne faut pas néanmoins croire tout ce que les vieilles chroniques disent de lui ; car les auteurs de cette espece d'ouvrages étoient encore entichés de la maladie qui a produit les histoires merveilleuses de Roland, d'Oger le danois, & semblables ; mais on peut consulter sa vie publiée par M. du Chatelet, en 1666 ; elle est meilleure que celle qui avoit été imprimée en très-vieux gaulois, & dans laquelle néanmoins on trouve un passage fort singulier, qui fait voir qu'anciennement les laïcs ont eu le droit d'administrer les sacremens dans certains cas de nécessité.

Cette ancienne vie de du Guesclin nous apprend que dans la bataille de Pontvalin, qu'il gagna sur les Anglois, ses soldats avant que de venir aux mains, se confesserent l'un l'autre, & s'entredonnerent la communion. " Et en icelle place (ce sont ces termes) se desjuner de pain & de vin qu'ils avoient apporté avec eux. Et prenoient les aucuns d'iceux du pain, & le segnoient au nom du sainct sacrement. Et après ce qu'ils estoient confessés l'un à l'autre de leurs péchés, le usoient en lieu d'escommichement. Après dirent mainte oraison, en dépriant à Dieu, qu'il les gardast de mort, de mahaing & de prison. "

Le mot escommichement ou accommichement est dans Froissard, & vient selon Borel, du mot adcommunicare, communier. On trouve même des traces de ces communions beaucoup plus anciennes encore, dans nos vieux romans ; entr'autres au ch. xxxvj. de Galien restauré, où Roland blessé à mort, & couché dans un champ de blé, s'escomiche lui-même de trois brins de blé en herbe, au nom des trois personnes de la très-sainte Trinité.

On sait, dit M. de Voltaire, quels honneurs Charles rendit à du Guesclin. Il fut enterré dans l'église destinée aux tombeaux des rois de France, auprès de celui que Charles V. s'étoit fait préparer. Il a dans le mausolée une lampe de son nom, qui brûle toujours à sa gloire. Son corps fut porté avec les mêmes cérémonies que ceux des souverains. Quatre princes du sang le suivoient. Ses chevaux, selon la coutume du tems, furent présentés dans l'église à l'évêque qui officioit, & qui les bénit en leur imposant les mains. Ces détails sont peu importans ; mais ils font connoître l'esprit de la chevalerie. L'attention que s'attiroient les grands chevaliers célebres par leurs faits d'armes s'étendoit sur les chevaux qui avoient combattu sous eux. (D.J.)


RANDONNÉES. f. terme de Chasse, c'est le nom de la course que les chasseurs font après la bête qu'ils chassent.


RANETTEVoyez RENNETTE.


RANGS. m. (Gramm.) ordre institué entre les choses, ou par la nature, ou par l'art ; ou par des conventions, ou par la justice. Entre les êtres Dieu tient le premier rang ; les rois sont au second. Dans les cérémonies chacun marche à son rang. Les citoyens occupent des rangs différens qu'ils doivent à la fortune, à la naissance, à la force, ou au mérite. Un homme de mon rang, dit un grand. J'ai dans cette compagnie le rang d'ancienneté. Rang se dit encore d'une longue suite d'objets placés sur une même ligne ; un rang de soldats ; un rang d'oignons ; un rang d'arbres : il est quelquefois synonyme à tour ; chacun en son rang ou à son tour se mettra sur les rangs. Il est aussi relatif à collocation ; on le met au rang des saints, au rang des hommes illustres de la nation. Voyez dans les articles suivans d'autres acceptions du même mot.

RANG, (Art milit.) ce mot est employé souvent dans l'art militaire. Le rang d'un escadron ou d'un bataillon, est la ligne droite que font les soldats placés l'un à côté de l'autre. Doubler les rangs, c'est mettre deux rangs en un, & par ce moyen diminuer la hauteur & augmenter le front. A droite par demi-file, doublez vos rangs. Pour faire ce doublement, en cas que le bataillon soit à six de hauteur, les hommes qui sont depuis la demi-file jusqu'au serre file, c'est-à-dire le quatrieme, le cinquieme & le sixieme rang, quittent leur terrein, marchent en avant, & passent par les intervalles des rangs qui les précedent, se vont ranger à leur droite, à savoir la demi-file avec le chef de file, le cinquieme rang avec le second, & le serre-file avec le serre demi-file ; ainsi la hauteur du bataillon est réduite à la moitié.

Rang est encore l'ordre établi pour la marche & pour le commandement des différens corps de troupes, & de divers officiers qui sont en concurrence les uns avec les autres. Diction. milit. (D.J.)

RANG, (Marine) terme dont on se sert pour distinguer la grandeur & la capacité des vaisseaux de guerre. On a coutume de distinguer les vaisseaux de différentes grandeurs par des classes qu'on appelle rang ; les plus gros sont du premier rang, & les plus petits sont du troisieme ; passé ce terme, ce sont des frégates que l'on distingue par le nombre des canons qu'elles portent ; les plus petites s'appellent des corvettes.

Outre la distinction des vaisseaux par rang, on divise encore chaque rang en deux classes, qu'on nomme ordre : ainsi on dit des vaisseaux du premier rang, premier ordre ; du premier rang, deuxieme ordre ; du deuxieme rang, premier ordre, &c.

Nous avons cru qu'il convenoit de commencer par donner une idée de cette division des vaisseaux, avant que de parler de leur construction.

Les vaisseaux du premier rang, premier ordre, ont trois ponts, trois batteries complete s, un gaillard d'arriere placé, un barrot en-avant du grand mât, un château d'avant & une dunette, un barrot en-avant du mât d'artimon ; ces vaisseaux portent depuis 100 jusqu'à 120 canons.

Les vaisseaux du premier rang, deuxieme ordre, ont trois ponts, trois batteries complete s, un gaillard d'arriere jusqu'au sep de grande drisse, une dunette jusqu'au mât d'artimon, & un château d'avant de 32 piés de long ; cet ordre comprend tous les vaisseaux qui portent moins de 110 canons, mais plus de 90.

Les vaisseaux du deuxieme rang, premier ordre, ont trois ponts, trois batteries complete s, un gaillard, un barrot en-avant du grand mât, une dunette de trois barots en-arriere du mât d'artimon, & un château d'avant de 32 piés de long ; ces vaisseaux portent depuis 90 jusqu'à 74 canons exclusivement.

Les vaisseaux du deuxieme rang, deuxieme ordre, ont deux ponts, deux batteries complete s, un gaillard jusqu'au grand mât, un château d'avant de 32 piés de long, & une dunette d'un barrot enavant du mat d'artimon ; cet ordre comprend les vaisseaux depuis 74 canons jusqu'à 60 exclusivement.

Les vaisseaux du troisieme rang, premier ordre, ont deux ponts, deux batteries complete s, un gaillard jusqu'au grand-mât, un château d'avant de 28 piés de long, une dunette jusqu'au mât d'artimon ; cet ordre comprend les vaisseaux qui portent depuis 60 canons jusqu'à 50 exclusivement.

Les vaisseaux du troisieme rang, deuxieme ordre, qu'on commence à appeller frégate, & à désigner par le nombre de leurs canons, ont deux ponts, deux batteries complete s, un gaillard, deux barots en-avant du grand cabestan, un château d'avant de 26 piés de long ; cet ordre comprend les vaisseaux de 50 canons jusqu'à 46 exclusivement.

Les frégates depuis 32 canons jusqu'à 46, ont deux ponts, deux batteries complete s, un gaillard, un barrot en-avant du grand cabestan, un château d'avant de 23 piés de long.

Les frégates depuis 30 jusqu'à 32 canons ont deux ponts, une batterie complete sur le deuxieme pont, un gaillard jusqu'au grand cabestan, un château d'avant de 20 piés de long : on peut faire une frégate de ce rang qui n'auroit qu'un pont une batterie complete , & un gaillard avec un château d'avant, qui seroient séparés au milieu de la distance nécessaire pour placer la chaloupe sur le pont.

Une frégate de 28 canons a deux ponts, & la plus grande partie du canon se place sur le deuxieme pont ; il n'y a sur le premier que 8 canons, 4 de chaque côté, un gaillard prolongé de trois barots enavant du mât d'artimon, & un château d'avant de 19 piés de longueur.

Depuis quelque tems on a changé cet usage, & maintenant une frégate de 28 à 30 canons n'auroit qu'un pont, sur lequel il y auroit 24 canons, & 4 ou 6 sur son gaillard d'arriere. Cette disposition est bien meilleure quand les frégates ont leurs batteries élevées ; car les 8 canons qu'on mettoit sur le premier pont étant fort près de l'eau, étoient presque toujours hors de service.

Une frégate de 22 à 24 canons n'a qu'un pont, un gaillard, & un château d'avant de 18 piés de longueur.

Au-dessous de 20 canons, ce ne sont plus des frégates ; on les nomme corvettes, qu'on distingue comme les frégates, par le nombre de leurs canons.

Une corvette de 16 canons n'a qu'un pont, un gaillard de trois barots en-avant du grand cabestan, & un château d'avant.

Une corvette de 12 canons a un pont, un gaillard, deux barots en-avant du grand cabestan, & un château de 15 piés de longueur.

On a trouvé plus commode de faire à ces petits bâtimens un pont coupé à l'avant & à l'arriere, pour que les logemens y soient plus praticables, de sorte que le canon n'occupe que le milieu.

Les bâtimens de charge se distinguent par le nombre des tonneaux qu'ils portent ; les flutes de 600 ou de 800 tonneaux ont deux ponts, un gaillard jusqu'au grand sep de drisse, un château d'avant de 28 piés, une dunette de 14.

On ne donne toutes ces distinctions de vaisseaux, que comme des choses qui se pratiquent assez communément, mais dont il est souvent à propos de s'écarter, suivant la destination des bâtimens, car il n'y a aucune raison solide qui doive astreindre les constructeurs à suivre servilement ces regles ; au contraire on verra dans la suite qu'ils font très-bien de s'en écarter, & même qu'ils s'en sont écartés avec succès dans la construction des grands vaisseaux de 74 canons, qui sont fort bons pour la marche & pour la guerre.

On a proposé de diviser les vaisseaux du premier rang en quatre ordres ; savoir,

Premier ordre aura des canons du 36 à sa premiere batterie, du 20 à la seconde, du 12 à la troisieme, avec des gaillards.

Second ordre du 36 à la premiere batterie, du 18 à la seconde, du 12 à la troisieme, avec des gaillards.

Troisieme ordre du 36 à la premiere batterie, du 18 à la seconde, du 12 à la troisieme, sans gaillard.

Quatrieme ordre du 36 à la premiere batterie, du 18 à la seconde, du 8 à la troisieme, sans gaillard.

Les vaisseaux du second rang peuvent aussi se diviser en quatre ordres ; savoir,

Premier ordre portant du 36 & du 14, percés de seize sabords à la premiere batterie.

Second ordre portant du 36 & du 18, percés de quinze sabords.

Troisieme ordre portant du 36 & du 18, percés de quatorze sabords.

Quatrieme ordre portant du 36 & du 18, percés de treize sabords.

Les vaisseaux du troisieme rang peuvent se diviser en trois ordres.

Premier ordre portant du 24 & du 12 avec des gaillards, percés de treize sabords.

Second ordre portant du 24 & du 12, avec des gaillards percés de douze sabords.

Troisieme ordre portant du 24 & du 12, sans gaillard.

Enfin les vaisseaux du quatrieme rang peuvent être divisés en quatre ordres ; savoir,

Premier ordre portant du 18 & du 12, avec des gaillards, percés de douze sabords.

Second ordre portant du 18 & du 12, sans gaillards, percés de onze sabords.

Troisieme ordre portant du 18 & du 8, avec des gaillards, percés de douze sabords.

Quatrieme ordre du 18 & du 8, sans gaillards, percés de douze sabords.

En Angleterre il y a six rangs de vaisseaux ; savoir,

Premier rang portant 100 pieces de canon, & ayant 800 hommes d'équipage.

Second rang, 90 canons & 750 hommes.

Pour ne rien laisser à desirer sur cet article, il faut consulter l'ordonnance de 1689, au titre II. l. XII. qui établit cinq rangs de vaisseaux, & admet un premier & deuxieme ordre dans le deuxieme & troisieme rang ; elle fixe aussi les longueurs, largeurs & creux des vaisseaux dans les differens rangs & ordres : ces proportions sont très-différentes de celles qu'on suit aujourd'hui, & on a très-bien fait de s'en écarter, car presque tous les gros vaisseaux avoient leur premiere batterie noyée.

RANG DE RAMEURS, (Marine) on appelle ainsi sur la Méditerranée, & sur les bâtimens de bas bord, le travail des forçats qui sont sur les bancs, & l'effet des rames. Ainsi on dit aller à la voile & aux rangs, pour dire, aller à la voile & aux rames.

RANG D'ECURIE, (Maréchal.) c'est un nombre de chevaux attachés à un même ratelier. Le grand rang, lorsqu'il y a plusieurs écuries, est celui où il y a le plus de chevaux, ou les plus beaux.

Le rang, en terme d'Académie, est l'endroit du manege où les académistes à cheval se tiennent à côté l'un de l'autre, & dont ils sortent pour travailler tour-à-tour.


RANGAMATI(Géog. mod.) ville des Indes, à l'extrêmité des états du grand-mogol, du côté de l'orient, à 27 degrés de latitude nord. Le voyage de Daca à Rangamati est dangereux, à cause de la violence des courans du Gange, des pierres à fleur d'eau, & des bancs de sable. Le P. Barbier, missionnaire jésuite, a décrit cette route au tome VII. des Lettres édifiantes. (D.J.)


RANGÉREGLE, (Synonym.) on est réglé par ses moeurs & sa conduite, on est rangé dans ses affaires & dans ses occupations.

L'homme réglé menage sa réputation & sa personne, il a de la modération, & il ne fait point d'excès ; l'homme rangé menage son tems & son bien, il a de l'ordre & il ne fait point de dissipation.

A l'égard de la dépense à qui l'on applique souvent ces deux épithetes, elle est réglée par les bornes que l'on y met, & rangée par la maniere dont on la fait. Il faut la régler sur ses moyens, & la ranger selon le goût de la société où l'on vit, de façon néanmoins que les commodités domestiques ne souffrent point de l'envie de briller. Synon.

RANGE, en terme de Blason, se dit de plusieurs choses mises sur une même ligne en chef, en fasce, ou en bande. Turin à Paris, de gueules à trois étales d'or rangées en chef.


RANGÉES. f. (Gram.) se dit d'une suite de plusieurs objets placés sur une même ligne ; une rangée d'arbres, une rangée de tentes, une rangée de carosses.

Rang paroît se dire des choses & des personnes ; & rangée seulement des choses.

RANGEE, en terme d'architecture civile, est le côté d'un ouvrage qui va droit sans être coupé par des angles. On le nomme aussi rangée courante.

RANGEE DE PAVES, s. f. (Maçon.) c'est un rang de pavés d'une même grandeur, le long d'un ruisseau, sans caniveaux, ni contre-jumelles, ainsi qu'on le pratique dans les petites cours. (D.J.)


RANGERv. act. c'est placer les choses selon leur rang. Voyez l'article RANG.

On dit ranger des pierres, ranger ses livres, ranger en bataille, ranger ses affaires, se ranger soi-même, se ranger d'un parti, ranger la côte, se ranger autour d'une table, ranger un enfant à son devoir, &c.

RANGER, (Marine) c'est passer auprès de quelque chose. Ranger la terre, c'est passer auprès de la terre. Ranger la côte, c'est naviguer terre à terre, en cotoyant le rivage.

RANGER le vent, c'est cingler à six quarts de vent, près du rumb d'où il vient. On dit que le vent se range de l'avant, lorsque le vent prend le vaisseau par proue, & qu'il devient contraire à la route ; qu'il se range au nord, au sud, &c. quand il vient à souffler du côté du nord ou du sud.

RANGER LA LAINE A PIE, en terme de Tondeur de draps, c'est la demêler jusque dans le pié, ou jusqu'à la corde du drap.


RANGNIT(Géog. mod.) petite ville de Prusse, dans le cercle de Samland, sur le bord méridional du Niémen, aux confins de la Samogitie. Long. 40. 46. lat. 54. 58. (D.J.)


RANGUE(Marine) commandement de faire ranger des hommes le long d'une manoeuvre, ou sur quelque autre corde.


RANGUILLOou ARDILLON, s. m. (Imprimer.) on appelle ranguillon en terme d'Imprimerie, une petite pointe de fer, attachée à une petite lame de fer, quelquefois longue d'un demi-pié, & qui avance sur le tympan : le ranguillon est au bout de cette lame. Il y en a deux, un de chaque côté du tympan, & en perçant le papier, & la feuille qu'on tire du premier côté, ces deux ranguillons sont deux petits trous qui tiennent le registre égal, quand on tire la feuille de l'autre côté. (D.J.)


RANIMERv. act. rendre la vie, la vigueur, la chaleur, l'ame. Il faut ranimer la ferveur d'un néophite, le courage du soldat, l'espérance d'un amant ; le printems ranime toute la nature que l'hiver avoit engourdie ; on ranime le feu qui s'éteint, des couleurs qui se passent, &c.


RANINEou RANULAIRES, (Anat.) veines ranines, ce sont deux veines qui sont sous la langue, & qui prennent leur origine de la jugulaire externe, & sont situées le long de la partie moyenne de la langue. Voyez LANGUE.

On ouvre ces veines avec succès dans l'esquinancie. Elles sont ainsi appellées à cause que dans leur état elles ressemblent à une petite grenouille, que l'on nomme en latin ranula, & qu'elles ne sont jamais sans eau. On donne aussi ce nom à la branche d'artere qui vient de la carotide externe ; & qui se distribue à la langue, d'où on la nomme encore artere sublinguale. Voyez LANGUE.


RANNIRv. neut. terme de Potier d'étain, ancien terme des statuts des maîtres potiers d'étain ; c'est ce qu'on appelle présentement vernisser.


RANRAN(Géog. mod.) province des Indes, au royaume de la Cochinchine, dans sa partie méridionale. La capitale de cette province en porte le nom. (D.J.)


RANULAIRESadj. (Médec.) Voyez RANINES.


RANULEterme de Chirurgie ; tumeur qui vient sous la langue, & qui est produite par la dilatation du conduit excréteur des canaux salivaires inférieurs. Voyez GRENOUILLETTE.

La saignée des veines ranules a été fort préconisée par les anciens dans les esquinancies ; ils la regardoient comme un secours dérivatif, capable d'évacuer immédiatement le sang qui cause l'inflammation. Hippocrate, Alexandre de Tralles, & parmi les modernes, Riviere, le Pois, (Nicolas Pison) & Sydenham, dont l'autorité est d'un si grand poids en pratique, s'accordent tous à faire tirer du sang des veines sublinguales, après quelques saignées faites au bras. M. Van-Swieten expose la doctrine de ces grands maîtres sur le choix des saignées, en adoptant la précaution des saignées préliminaires au bras, sans laquelle celle des ranules seroit, dit-on, dangereuse, parce qu'elle attire le sang sur les parties enflammées. A ces raisons, tirées de la connoissance de la circulation du sang, & de la distribution des vaisseaux, pour expliquer cet effet, M. Van-Swieten joint l'expérience de Tulpius, qui condamne l'usage prématuré de la saignée des ranules, dont il a observé des inconvéniens très-fâcheux. Il convient de rapporter une autorité plus ancienne ; c'est celle de Lanfranc, qui professoit la Chirurgie à Paris à la fin du treizieme siecle : voici ce qu'il dit au chapitre de l'esquinancie, dans sa grande Chirurgie. " Qu'on se donne bien de garde de suivre le conseil de ceux qui prescrivent d'abord la saignée des veines qui sont sous la langue : il arrive souvent que le malade périt par cette saignée qui n'a point été précédée de celle du bras, principalement si le sujet est pléthorique " ; cette réflexion ne porte que sur la saignée des ranules faites prématurément. Quoique les auteurs anciens y ayent eu grande confiance lorsqu'elle étoit placée à propos ; nous ne devons pas blâmer la pratique de nos jours où elle est absolument négligée. La saignée des veines jugulaires auroit tous les avantages que les anciens tiroient de celle des ranules. Alexandre de Tralles dit expressément, que n'ayant pû découvrir les veines sublinguales, il se détermina à ouvrir les jugulaires, & que cette saignée eut tout le succès possible. Joubert présume à cette occasion, que la difficulté de saigner les ranules venoit de la tuméfaction considérable des parties de la bouche. Quoi qu'il en soit, l'ouverture de ces veines est d'une foible ressource, & a beaucoup d'inconvéniens ; elles fournissent rarement la quantité de sang qu'on desireroit, & dans d'autres circonstances, on peut être fort embarrassé à en arrêter l'hémorrhagie ; il y en a des exemples funestes. Cette discussion se trouvera quelque jour exposée dans les mémoires de l'académie royale de Chirurgie, dans une dissertation qui aura pour titre.... du choix des saignées, & du danger de la métastase sur le poumon, par l'effet des saignées du pié dans les esquinancies inflammatoires. (Y)


RAOLCONDA(Géog. mod.) lieu des Indes, au royaume de Visapour, dans la province de Carrarica, à 50 lieues de Golconde. Il est remarquable par une riche mine de diamans des plus estimés de l'Asie, & dont Tavernier à fait un détail curieux dans ses voyages, liv. II. c. xv. Long. 94. 35. lat. 14. 28. (D.J.)


RAON(Géog. mod.) ou Raon-l'Etape, en latin Rado ; petite ville de Lorraine, au diocèse de Toul, dans le comté de Salmes, au pié du mont de Vosge, à l'endroit où la riviere d'Etape se décharge dans la Meurte ; ce qui l'a fait appeller Raon l'Etape, pour la distinguer de Raon sur-Plaine, bourg de la même contrée, situé à la source de la riviere de Plaine. La ville de Raon & celle de Saint-Dié ou Saint-Diey, sont chef-lieux d'une prevôté, qui s'étend jusqu'aux confins de l'Alsace. Long. 24. 30. lat. 44. 20. (D.J.)


RAPACEadj. (Gramm.) qui se saisit avec avidité de sa proie ; il se dit des oiseaux voraces, de certains avares plus avides encore que leurs semblables, & de quelques substances employées dans la métallurgie. Voyez l'article suivant.

RAPACE, (Métallurgie) c'est ainsi qu'on nomme dans la métallurgie les substances, qui non-seulement ont la propriété de se dissiper & de se volatiliser par l'action du feu, mais encore qui sont en état d'entraîner avec elles une portion de la partie métallique, à qui elles donnent, pour ainsi dire, des aîles pour s'envoler. Les mines chargées d'arsenic & de soufre sont des mines rapaces.


RAPAKIVI(Hist. nat.) nom que les Suédois donnent à une pierre qui se trouve en Finlande, près des villes de Lovis & de Degerby ; M. Wallerius dans sa Minéralogie, lui donne le nom de saxum mixtum spathosum. Cette pierre a la propriété de se décomposer à l'air ; elle est composée de particules de quartz, de particules de mica, & de particules spathiques qui sont rouges. Lorsque cette pierre commence à se détruire, il s'y forme d'abord des cercles blanchâtres qui ressemblent à une pierre calcaire, mais qui cependant n'en sont point, vû que ces parties ne font point effervescence avec les acides ; on y découvre encore des particules de mica à l'aide du microscope ; ensuite ces cercles forment des spheres ou globules, qui renferment un noyau de pierre sphérique, ou de la forme d'un rein, de la même nature que la pierre, & de la grosseur d'un pouce ; alors la pierre totale est toute composée de cercles blancs. Les spheres ou noyaux se séparent difficilement de la pierre dans laquelle ils se sont formés ; mais à la fin ils se détruisent comme le reste de la pierre, & se réduisent en petits fragmens anguleux.

M. Wallerius dit que quelques-uns de ces globules, qui ont le même oeil que le reste de la pierre à leur extérieur, font effervescence avec les acides, mais cela n'arrive point à toutes. En lavant cette pierre dans de l'eau, on a obtenu du nitre & du sel marin. Voyez les notes de M. Wallerius, sur les acta chemica holmiensia Urbani Hiaern. tom. II. pag. 168. & suiv.


RAPALLO(Géog. mod.) petite ville d'Italie, dans l'état de Gènes, sur le golfe auquel elle communique son nom. Long. 26. 54. lat. 44. 20.

Liceti (Fortunius) médecin, naquit à Rapallo en 1577, & à ce qu'on dit avant le septieme mois de la grossesse de sa mere. Il mourut à Padoue en 1656 à soixante-dix-sept ans. On a de lui plusieurs traités, dont les principaux sont de monstris, de gemmis, de annulis, de lucernis antiquis, &c. Il soutient dans ce dernier ouvrage, que les anciens avoient des lampes sépulcrales qui ne s'éteignoient point ; mais c'est une erreur qu'il soutient : ces sortes de lampes éternelles n'ont jamais existé, & tout ce qu'on a vû en ce genre n'offre que des phosphores, qui se sont allumés pour un peu de tems après avoir été exposés à l'air. (D.J.)


RAPATELLES. f. terme de Crainiers ; nom que l'on donne à une espece de toile claire faite de crin de cheval, qui sert à faire des tamis ou sas pour passer l'amidon, le plâtre, & autres choses semblables que l'on veut mettre en poudre fine, ce qui fait qu'on l'appelle quelquefois toile à tamis ou à sas. Cette toile qui se fabrique par morceaux presque quarrés, depuis un quart jusqu'à environ trois quarts d'aune de Paris, quelquefois suivant la longueur du crin, se vend par paquets de douze morceaux chacun, dont les plus grands sont appellés amidonniers, du nom des ouvriers qui s'en servent le plus. Savari. (D.J.)


RAPES. f. terme d'ouvriers ; outil de fer, trempé en forme de lime, qui est parsemé de plusieurs dents ou pointes de fer, & qui est monté par un bout d'un morceau de bois arrondi qui lui sert de manche. Les rapes sont ordinairement plates d'un côté, & d'une figure sphérique de l'autre. Il y a encore une sorte de rapes qui ont des dents ou rainures tranchantes ; celles-ci s'appellent des écouannes, si elles sont grandes ; & des écouannettes, si elles sont petites. Ce sont les ouvriers des monnoies & les Peigniers-tabletiers qui se servent de ces dernieres ; les autres sont des outils de Cordonniers, Tourneurs, Menuisiers, Serruriers, Sculpteurs, Plombiers, ébénistes, Arquebusiers, Fourbisseurs, &c. (D.J.)

RAPE, de Tailleur de pierre, est ordinairement un morceau de tole ou fer plat, piqué comme une grille de rape, qui sert à passer sur la pierre.

RAPES, outil d'Arquebusier, ce sont des limes piquées à grain d'orge, comme celles des Menuisiers, &c. & servent aux Arquebusiers pour diminuer les bois de fusil.

RAPE, en terme de Bottier ; c'est une lime taillée fort rude, dont ils se servent pour ébaucher leurs tiges avant de les dresser. Voyez DRESSER.

RAPE, Cordonnier ; elle sert à raper les semelles & les talons, & elle est demie ronde, & en tout semblable à celle des Menuisiers.

RAPE, s. f. (ustensile de Cuisine) c'est un morceau de fer-blanc courbé en voûte, percé de plusieurs trous dans les endroits où le fer blanc est relevé ; il est monté sur du bois, & la partie éminente des pointes sert à raper le sucre, la muscade, la croûte de pain, & autres choses dures propres à être rapées.

RAPES, (outil de Ferblantier) c'est une lime à grain d'orge faite comme les rapes des autres ouvriers, & sert aux ferblantiers pour diminuer les manches de bois des caffetieres, &c.

RAPE, s. f. pl. outil de Fontainier, voyez l'article FONTAINIER.

RAPE, en terme de Formier, c'est un instrument en forme de lime, mais qui a des dents beaucoup plus grosses & plus écartées l'une de l'autre qu'une lime ordinaire. Voyez la Planche du Formier.

RAPES, outil de Gaînier, ce sont des limes qui sont piquées à grains d'orge enlevés, fort aigus. Les gaîniers en ont de plusieurs grandeurs, & s'en servent pour raper les bois qu'ils emploient.

RAPE, ou LIME EN BOIS, (Menuiserie) elle sert aux menuisiers à arrondir ou ceintrer des parties ou endroits où les autres outils ne peuvent atteindre. Voyez l'article & les Planches de MENUISERIE.

RAPE, (Sculpture) espece de lime dont les sculpteurs en marbre & en pierre se servent en plusieurs occasions en finissant leurs ouvrages. Il y a des rapes droites, coudées, piquées, de différente grosseur.

Les sculpteurs en bois s'en servent aussi ; ils en ont de grosses, de petites, de plattes, de quarrées, de rondes, de demi-rondes, de courbées & de non courbées. Voyez les Planches du Sculpteur.


RAPÉS. m. (Oecon. rustique) raisin nouveau dont on emplit le tiers d'une futaille, afin d'y faire passer dessus du vin gâté ou affoibli, pour lui donner de nouvelles forces.

On prend un tonneau bien relié, dans le fond duquel on met un lit de sarment, à la hauteur de deux pouces ; on choisit ensuite de beaux raisins noirs bien mûrs ; on en coupe toutes les queues près des grains sans les crever, on les met doucement sur le sarment jusqu'au bondon ; ensuite on recommence un autre lit de sarment sur lequel on met encore des raisins jusqu'au pié près de l'extrêmité d'en-haut : enfin, on fait un troisieme lit de sarment, & en même tems on a soin de bien foncer ce tonneau ; on le porte doucement dans le lieu où on veut qu'il reste, après l'avoir rempli d'un bon gros vin rouge, à trois doigts du bord, pour lui donner la facilité de bouillir sans beaucoup de déchet. On l'entretient dans le commencement de même que le vin, en évitant qu'il ne s'évente. (D.J.)

RAPE DE COPEAUX, (Econ. rustiq.) c'est ainsi qu'on appelle le rapé qui se fait avec des copeaux qu'on met dans une futaille pour éclaircir le vin. Rien n'est plus innocent, ni mieux imaginé.

Les copeaux qu'on emploie doivent être longs & secs ; on laisse tremper ces copeaux quelques jours dans l'eau, qu'on rechange deux ou trois fois par jour pour ôter le goût du bois ; ensuite on les égoutte, & on les fait bien sécher à l'air ; après quoi on les met dans un tonneau qu'on remplit légerement jusqu'à un doigt près du bord, & on ferme le tonneau de maniere que le vin qu'on doit mettre dedans ne se perde point.

Les copeaux étant bien préparés, & le tonneau foncé, avant que de le remplir de vin, on y met une chopine & plus d'eau-de-vie ; on bouche le tonneau d'un bondon, puis on le roule jusqu'à ce qu'on juge que les copeaux sont bien imbibés de toute l'eau-de-vie. Cela fait, on porte le tonneau dans l'endroit de la cave qu'on lui destine, & on le remplit incessamment de vin. On gouverne le rapé comme tout autre vin nouvellement entonné ; les rapés ne souffrent point long-tems la vuidange, il faut les remplir à mesure qu'ils se vuident. Lorsqu'on s'apperçoit que les rapés de copeaux sont trop long-tems à s'éclaircir, c'est une marque que la lie y est trop abondante ; il faut, pour y remédier, défoncer la futaille, en ôter les copeaux, les remplacer par d'autres tout semblables & pareillement imbibés d'eau-de-vie. (D.J.)

RAPEE, s. f. terme de riviere, il se dit d'une gare où l'on met les bateaux chargés, jusqu'à ce qu'ils ayent leur tour d'arrivage dans les ports. Il y a à Paris rapée d'amont & rapée d'aval.


RAPERv. act. (Gramm.) il a deux acceptions assez différentes ; dans l'une il désigne l'action de réduire en poudre avec la rape, & c'est en ce sens qu'on dit raper du sucre & du tabac ; dans l'autre, l'action de donner avec le même instrument à un corps la forme qu'on se propose en usant sa surface ; c'est ainsi qu'on le rend concave, plat, uni, &c.


RAPERSWIL(Géog. mod.) ville de Suisse aux confins du canton de Zurich, sur une langue de terre qui s'avance dans le lac de Zurich. Elle fut bâtie l'an 1091, & a eu long-tems ses comtes particuliers. Elle est à présent sous la domination des cantons de Zurich & de Berne, qui s'en rendirent les maîtres en 1712, & sous la protection de qui le traité d'Aran régla qu'elle demeureroit à l'avenir, en conservant ses droits & ses privileges.

On a trouvé dans son territoire en 1689 & 1690, quantité de médailles romaines. Il y en avoit entr'autres de Valérien, de Claude II. d'Aurélien, de Sévérine sa femme, de Probus, & de quelques-uns des trente tyrans. Long. 26. 30. lat. 17. 22.

Je ne connois que deux hommes de lettres nés à Raperswil ; un théologien, protestant, du xvj. siecle, nommé Placius (Conrad-Wolfgang), mais dont on ne lit plus les ouvrages ; & Spener (Philippe-Jacques), qui a donné plusieurs livres de piété en allemand, outre son opus heraldicum. Il est mort à Berlin en 1705, âgé de 70 ans. (D.J.)


RAPESS. f. (Commerce) petite monnoie qui a cours en Suisse, dans les cantons de Bâle & de Fribourg ; dix rapes font un batz. Voyez BATZ.


RAPETASSERv. act. c'est raccommoder avec des pieces. Au simple, on ne rapetasse guere que de vieilles hardes ; au figuré, il se dit d'un discours, d'une piece de vers & de tout autre ouvrage de littérature.


RAPHANISS. m. (Hist. nat. Botan. anc.) nom que les Athéniens parmi les Grecs donnoient au raifort, raphanus ; & ce mot raphanus, ou, comme ils disoient, raphanos, désignoit dans la langue attique le chou, brassica. Tous les autres Grecs s'accordoient au contraire à appeller le raifort raphanus, & le chou crambe. Voilà d'où vient que tant d'auteurs ont confondu ces deux plantes, quoique si différentes dans leurs ports & dans leur usage ; mais il suffira d'observer que toutes les fois que Théophraste employe le mot raphanus, il entend le chou, ainsi que tous les autres écrivains d'Athènes, ou qui ont fait usage de l'idiome d'Athènes. Pline, faute d'avoir fait cette remarque, a été trompé par le mot raphanos de Théophraste ; & en le traduisant mot-à-mot, il a attribué au raphanus les détails de l'auteur grec qui concernoit le chou. (D.J.)


RAPHANISTRUMS. m. (Hist. nat. Botan.) genre de plante à fleur en croix, composée de quatre pétales. Le pistil sort du calice de cette fleur, & devient dans la suite un fruit ou une silique articulée, qui renferme dans chaque articulation une semence arrondie. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.

Pour caractériser ce genre de plante en deux mots, il suffit de dire avec Rai, que sa silique est divisée en jointures, comme une colonne ornée d'une fusée & d'un filet, & que chaque jointure est pleine de semences rondes. Tournefort en compte cinq especes, dont aucune n'a besoin de description particuliere. (D.J.)


RAPHANUSS. m. (Hist. nat. Botan.) Tournefort compte quatre especes de ce genre de plante, le grand rond, le même à fleur blanche, le noir & le petit des jardins.

Le grand est le raphanus major hortensis, orbicularis, vel rotundus, I. R. H. 229. en anglois, the great round radish, en françois radis.

Sa racine est longue, charnue, plus ou moins grasse & tortue, de couleur brune ou noirâtre, qui a d'abord la figure d'un petit navet, & qui en vieillissant grossit beaucoup, est charnue, d'un goût très-piquant, mais sans être desagréable.

Elle pousse des feuilles grandes, rudes, vertes, découpées profondement, ressemblantes à celles de la rave. Il s'éleve d'entre ces feuilles, des tiges à la hauteur d'environ un pié & demi, rondes & rameuses ; elles portent des fleurs à quatre feuilles purpurines, disposées en croix. Lorsque les fleurs sont tombées, il leur succede des fruits formés en maniere de corne, spongieux en-dedans, qui renferment ordinairement deux rangs de semences presque rondes, rouges, plus grandes que celles du chou & de la moutarde, âcres au goût.

On cultive cette plante dans les jardins potagers, où elle fleurit d'assez bonne heure, & l'on retire sa racine de terre principalement au printems, pendant qu'elle est tendre, succulente, facile à rompre & bonne à manger ; car elle ne s'emploie qu'en cuisine.

Le raphanus minor, oblongus, I. R. H. 229. en françois le raifort, n'est distingué du précédent que par ses racines longues, qui sont à l'extérieur de couleur rouge vif, blanches en-dedans, d'un goût moins fort que le radis, & plus agréable ; on la mange nouvellement semée, & on la cultive beaucoup pour les tables ; on l'appelle improprement rave à Paris, car ce nom ne convient qu'à la rave du Limousin, qu'on cultive dans les champs, & que les Botanistes nomment rapa ou rapum. Voyez RAVE.

Le grand raifort appellé vulgairement le crate, la moutardelle, est le raphanus rusticanus de C. B. & le raphanus sylvestris de J. B. M. de Tournefort l'a rangé parmi les especes de cochlearia, & l'a nommé cochlearia folio cubitali, I. R. H. 215.

Sa racine est longue, grosse, rampante, d'un goût fort âcre & brûlant ; elle pousse des grandes feuilles, longues, larges, pointues, d'un beau verd, ressemblantes à celles de la rhubarbe des moines, mais plus amples & plus rudes. Il s'éleve d'entre ces feuilles une tige à la hauteur d'un pié & demi, droite, ferme, creuse, cannelée, garnie de feuilles longues d'une palme, larges d'environ un pouce, découpées profondément des deux côtés, & d'un goût moins brûlant que la racine.

Cette tige porte à sa sommité de petites fleurs composées chacune de quatre feuilles blanches, disposées en croix ; lorsque les fleurs sont passées, il leur succede des silicules ou petits fruits presque ronds & enflés, séparés par une cloison mitoyenne en deux loges, qui renferment quelques semences arrondies, lisses & rougeâtres.

Cette plante fleurit au printems, & croît naturellement aux bords des ruisseaux, des rivieres & dans les prairies humides ; on la cultive dans les jardins aux lieux ombrageux à cause de sa racine. On l'emploie aujourd'hui dans quelques ragoûts ; on rape cette racine, & l'on en fait une espece de moutarde pour assaisonner les viandes, & réveiller l'appétit ; car la gourmandise n'est que trop alerte à multiplier ses faux besoins & les maladies.

Le grand raifort se multiplie de même fort aisément ; car outre qu'il rampe beaucoup, si l'on coupe des rouelles de sa racine nouvellement tirée de terre, à l'épaisseur de quelques lignes, pendant qu'elle est dans sa vigueur, & qu'on les mette aussi-tôt dans la terre, il en naîtra de chaque rouelle une racine & une plante nouvelle, comme si on avoit planté une racine entiere. On sait que plusieurs autres racines coupées de la même maniere par tranches, produisent le même effet ; tant il est vrai qu'une même plante contient beaucoup de germes dans sa substance, indépendamment des graines ! (D.J.)


RAPHIA(Géog. anc.) ville de la Méditerranée, entre Gaza & Rhinocorure. Elle est célebre par la victoire que Philopator roi d'Egypte gagna dans son territoire sur Antiochus le grand, roi de Syrie, l'an du monde 3787, avant l'ere vulgaire 217 ; c'est ce qu'on lit dans le III. des Macc. j. 11. Josephe de Bell. liv. V. ch. xiv. & Polybe, Hist. liv. V. mettent Raphia pour la premiere ville de Syrie que l'on rencontre en venant d'Egypte. On connoît quelques anciennes médailles frappées à Raphia, & quelques évêques de cette ville dans les conciles d'Orient. Voyez Relandi, Palaest. l. p. 967. & 963. (D.J.)


RAPHIDIM(Géog. sacrée) station ou campement des Israëlites dans le désert, Exod. xvij. 2. Ce lieu, dit dom Calmet, ne devoit pas être éloigné d'Horeb, puisque Dieu ordonne à Moïse d'aller au rocher d'Horeb pour en tirer de l'eau. C'est cette même eau qui servit aux Israëlites, non-seulement dans le campement de Raphidim, & dans celui du mont Sinaï, mais aussi dans les autres campemens, & peut-être jusqu'à Cadès-Barné.

Saint Paul, I. Cor. x. 4. dit que ce rocher les suivoit dans leurs voyages, & qu'il étoit la figure de Jesus-Christ : bibebant de spirituali consequente eos petrâ ; petra autem erat Christus. Soit que l'eau les suivît ou qu'ils suivissent le courant de l'eau ; soit qu'ils portassent toujours de cette eau dans leur marche, comme Elien, Var. Hist. lib. XII. c. xl. dit que l'eau du Choaspe suivoit toujours le roi de Perse, c'est-à-dire qu'on en portoit toujours à sa suite, parce qu'il n'en buvoit point d'autre ; soit enfin qu'on trainât le rocher d'Horeb sur un chariot, à la maniere d'un gros muid toujours plein, & toujours ouvert à quiconque en vouloit boire. Ce dernier sentiment est suivi par les rabbins, & par quelques anciens peres, comme Tertullien, S. Ambroise, S. Chrysostome, S. Thomas, & Cantacuzene.

Le rocher de Raphidim est décrit dans les nouveaux mémoires des missions des jésuites, tom. VII. mais le rocher qu'ils ont décrit n'est point le même que celui dont il est parlé dans l'Exode, car ils disent que c'est une roche d'un granit rouge, haute de 12 piés, percée de vingt-quatre trous, longs d'un pié & larges d'un pouce ; toutes circonstances qui ne se trouve point dans l'Ecriture-sainte, au sujet de la station des Israëlites au désert.


RAPHTI(Géog. mod.) port de la Livadie, sur la côte orientale de cette province, à l'entrée du détroit de Négrepont. C'est le Potamos des anciens, & c'est aujourd'hui un bon port, & l'un des plus assuré de tous ces quartiers ; on y mouille sur sept à huit brasses d'eau, fond de vase mêlé d'herbes marines, & de bonne tenue. (D.J.)


RAPIDEadj. (Gram.) épithete qu'on donne à quelques fleuves ou à certains lieux, où l'eau descend avec telle vîtesse qu'on est obligé d'y faire portage lorsqu'on remonte. Voyez à l'article PORTAGE, FAIRE PORTAGE.

Il se dit au simple & au figuré ; l'éloquence est rapide ; la prononciation est rapide ; on a le cours des idées lent ou rapide.


RAPIECERv. act. (Gram.) c'est mettre des pieces à un vieil habit, à du vieux linge. Il n'y a guere aujourd'hui que les ouvriers aux jours de travail, & les pauvres, qui osent porter un habit rapiecé ou rapieceté.


RAPINES. f. (Gram.) ce mot marque le vol & l'avidité de celui qui l'a fait. Les oiseaux de proie, les usuriers, &c. vivent de rapine.


RAPISTRUMS. m. (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur en croix, composée de quatre pétales. Le pistil sort du calice de cette fleur, & devient dans la suite un fruit ou une coque presque ronde, qui n'a qu'une seule capsule, & qui pour l'ordinaire ne renferme qu'une seule semence. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

L'enveloppe de ce genre de plante est presque sphérique, & forme une capsule qui ne contient ordinairement qu'une semence, d'où vient qu'on l'appelle rapistrum monospermum. Tournefort en compte trois especes, & Boerhaave six. (D.J.)


RAPOou RAPHOé, (Géog. mod.) petite ville d'Irlande, presque abandonnée, dans la province d'Ulster, au comté de Dunnegal, à 8 milles, au sud de Saint-John's-Town. Elle a eu autrefois un évêché, dont le siége a été réuni à celui de Londonderry. Long. 10. lat. 54. 58.


RAPOLESTEIN(Géog. mod.) en françois Ribaupierre, petite ville de France, dans la haute Alsace, proche la riviere de Stenbach, au-dessus de Schelestat, avec titre de baronie, connu depuis plus de 700 ans. Le seigneur de cette baronie a un droit fort singulier. Tous les violons d'Alsace dépendent de lui, ou du moins lui doivent une redevance annuelle de cinq livres par chaque bande de violons. Long. 25. 6. lat. 48. 14.


RAPOLLA(Géog. mod.) petite ville d'Italie, au royaume de Naples, dans la Basilicate, avec titre de duché, sur les confins de la principauté ultérieure, & de la Capitanate, à 3 milles au midi de Melfi. Son évêché fut uni en 1528 à celui de Melfi, & la ville est presque aujourd'hui ruinée. Long. 33. 10. latit. 40. 48. (D.J.)


RAPPELS. m. (Jurisprud.) ce terme a dans cette matiere plusieurs significations différentes, & il y a diverses sortes de rappels.

Rappel de ban, c'est lorsque quelqu'un qui a été banni d'un lieu y est rappellé, & qu'il a permission d'y revenir ; ce rappel se fait par lettres du prince, qui ne peuvent être scellées qu'en la grand-chancellerie ; l'arrêt ou jugement de condamnation doit être attaché sous le contre-scel des lettres, faute de quoi les juges ne doivent y avoir aucun égard ; ces lettres doivent être entérinées sans examiner si elles sont conformes aux charges & informations, sauf aux cours à représenter ce qu'elles jugeront à propos : si c'est un gentilhomme qui obtient de telles lettres, sa qualité de gentilhomme doit y être exprimée nommément afin que les lettres soient adressées à qui il convient. Voyez le titre 16. de l'ordonnance criminelle & le mot BANNISSEMENT.

Rappel par bourse, en Normandie, c'est le retrait lignager qui se fait d'un héritage en rembour sant le prix à l'acquéreur ; cette dénomination vient sans-doute de ce que pour parvenir au retrait il faut faire offre de bourse, deniers, &c. c'est pourquoi l'on dit, rappeller par bourse l'héritage. Anc. cout. de Normandie, ch. cxvj.

Rappel de cause, ou plutôt réappel, est un second appel que le juge fait faire d'une cause à l'audience, soit que les parties ou leurs défenseurs ne se soient pas trouvés à l'audience lorsque la cause y a été appellée la premiere fois, ou que la cause ne fût pas en état ; quand une cause est appellée sur le rôle, & qu'elle n'est pas en état, on ordonne qu'elle sera réappellée sur le rôle dans le tems qui est indiqué. Voyez ROLE.

Rappel de galeres, est lorsqu'un homme condamné aux galeres a permission de quitter & de revenir. Cette grace s'accorde par des lettres de grand-chancellerie, de même que le rappel de ban, & ces lettres sont sujettes aux mêmes formalités. Voyez rappel de ban, & le mot GALERES.

Rappel extra terminos, on sous-entend juris, est un rappel à succession qui est fait hors les termes de droit, c'est-à-dire qui rappelle à une succession quelqu'un qui est hors les termes de la représentation. Voyez ci-après, rappel à succession.

Rappel intra terminos, ou intra terminos juris, est un rappel à succession qui est fait dans les termes de droit, c'est-à-dire qui n'excede point les termes de la réprésentation. Voyez ci-après rappel à succession.

Rappel ou réappel sur le rôle. Voyez ci-devant rappel de cause.

Rappel à succession, est une disposition entre-vifs ou testamentaire, par laquelle on rappelle à sa succession quelqu'un qui n'y viendroit pas sans cette disposition.

On distingue quatre sortes de rappels en fait de succession ; savoir celui qui se fait dans le cas de l'exclusion coutumiere des filles dotées ; celui qui se fait dans le cas de la renonciation expresse des filles dotées ; celui qui répare le défaut de représentation ; enfin celui qui releve les enfans de leur exhérédation.

Le rappel qui se fait dans le cas de l'exclusion coutumiere des filles dotées est d'autant plus favorable que cette exclusion n'étant fondée que sur une présomption de la volonté de celui qui a doté, dès qu'il y a preuve qu'il a ordonné le contraire, sa volonté fait cesser la présomption de la loi.

Ce rappel doit être fait par les pere, mere, ayeul, ou ayeule, étant les seuls qui soient obligés de doter, & qui excluent les filles des successions en les dotant, ce qui a été ainsi établi en faveur des mâles ; il y a cependant des coutumes qui permettent aux freres de rappeller leur soeur qu'ils ont dotée, telle que la coutume d'Auvergne. Quelques-unes, comme celle du Maine, ne permettent pas le rappel à la mere, parce qu'elles ne lui donnent pas le pouvoir d'exclure sa fille en la dotant.

Quand le pere & la mere ont doté, soit conjointement ou séparément, & qu'il n'y a que l'un des deux qui fait le rappel, en ce cas ce rappel n'a d'effet que pour la succession de celui qui l'a ordonné.

Dans quelques coutumes telles que Auvergne, Bourbon, Maine & la Marche, ce rappel ne peut être fait que par le premier contrat de mariage de la fille ; si c'est par quelqu'autre acte, il ne peut être fait que du consentement des mâles ; dans les autres coutumes on peut faire le rappel par tel acte que l'on juge à propos, & sans le consentement des autres héritiers.

Le rappel de la fille vaut une institution contractuelle, de maniere qu'en cas de prédécès de cette fille, il se transmet à ses enfans, quoiqu'ils ne soient pas aussi rappellés nommément.

Dans ces coutumes où la seule dotation de la fille opere son exclusion des successions paternelles & maternelles, si le pere mariant sa fille, lui donne en avancement d'hoirie, il est censé la réserver à succession, & lorsqu'en la dotant, il la fait renoncer aux successions directes, sans parler des successions collatérales, la fille n'est point exclue de celles-ci, parce que l'exclusion générale prononcée par la loi n'a plus lieu, dès que le pere a parlé autrement.

L'effet du rappel des filles est différent dans ces mêmes coutumes d'exclusion, selon l'acte par lequel il est fait : si la réserve de la fille est faite par son premier contrat de mariage, la fille vient per modum successionis ; mais la réserve faite par tout autre acte, n'opere pas plus qu'un simple legs, à moins que les freres n'ayent consenti au rappel.

Le rappel est irrévocable dans les coutumes où il doit être fait par contrat de mariage, comme dans celles d'Auvergne & de Bourbonnois ; au lieu que dans les coutumes où les filles mariées ne sont pas excluses de plein droit, le rappel est toujours révocable par quelque acte que ce soit.

Il y a dans les coutumes d'exclusion, une autre sorte de rappel qu'on peut appeller légal, qui a lieu en faveur des filles qui étoient excluses, par le prédécès des mâles, ou lorsque les mâles ayant survÊCu, ont renoncé à la succession ; il en est parlé dans l'article 309 de la coutume de Bourbonnois.

Pour ce qui est du rappel qui se fait dans le cas de la rénonciation expresse des filles dotées, rien n'est plus favorable, puisque c'est un retour au droit commun, & que le rappel rétablit l'égalité entre tous les enfans.

Quelque autorité que le pere ait dans sa famille, & que le mari ait sur sa femme, il ne peut pas faire pour elle le rappel : ce seroit faire pour elle un testament.

Par quelque acte que la mere rappelle ses filles à sa succession, elle n'a pas besoin de l'autorisation de son mari, parce que c'est une disposition qui touche sa succession. Il faut seulement excepter les coutumes qui requierent expressément cette formalité, comme celles du duché de Bourgogne, de Nivernois & de Normandie.

Le consentement des freres n'est pas nécessaire, si ce n'est dans les coutumes d'exclusion qui requierent ce consentement dans le cas d'une renonciation tacite, telles que Bourbonnois, Auvergne & la Marche ; à plus forte raison est-il nécessaire dans ces coutumes, lorsque la renonciation est expresse.

Le rappel de la fille qui n'est excluse qu'en conséquence d'une renonciation expresse, peut être fait par acte entrevifs ou par testament ; & dans ces coutumes, la fille ainsi rappellée vient en qualité d'héritiere.

Le pere peut toujours révoquer ce rappel par quelque acte qu'il soit fait, à moins qu'il n'eût été fait par le second mariage de la fille.

Les freres peuvent eux-mêmes faire le rappel ; & quand ils y ont donné leur consentement, ils ne peuvent plus le révoquer, si ce n'est dans le cas où le pere révoqueroit le rappel par lui fait.

Quand le rappel qui a pour objet de réparer le défaut de représentation, pour savoir dans quelles coutumes il a lieu, il faut distinguer.

Dans les coutumes telles que Paris & autres qui admettent la représentation à l'infini en directe & dans la collatérale, au profit des enfans des freres succédans avec leurs oncles freres du défunt, le rappel est inutile, n'ayant pas plus d'effet qu'un simple legs.

Le rappel est pareillement inutile dans les coutumes telles que celle de Valois, qui admettent la représentation entre les cousins germains ; car si on veut étendre la représentation au delà, le rappel ne vaut que per modum legati.

Il seroit encore plus inutile de faire un rappel dans les coutumes qui admettent la représentation à l'infini, tant en directe que collatérale, puisque la loi même a pourvu à ce que l'on ordonneroit par le rappel.

Mais le rappel peut être utile dans les coutumes qui ne font aucune mention de la représentation en collatérale, comme celle de Meaux, & il est surtout usité dans celles qui rejettent formellement la représentation en collatérale, comme Senlis, Clermont, Blois, Montargis.

Enfin celles où il est le plus nécessaire, ce sont les coutumes où la représentation n'a lieu ni en directe, ni en collatérale, comme dans les coutumes de Ponthieu, Boulenois, Artois, Hainault, Lille.

Ce rappel peut être fait par toutes sortes d'actes, lorsqu'il est intra terminos juris, c'est-à-dire, lorsqu'il est dans les termes ordinaires de la représentation ; mais quand il est extra terminos, il ne peut être fait que par testament.

Le consentement des héritiers n'y est pas nécessaire, si ce n'est dans les coutumes qui le requierent expressément ; mais il faut toujours le consentement de celui de cujus ; les héritiers ne pourroient pas autrement rappeller l'un d'entr'eux à la succession.

Le rappel n'est pas sujet à acceptation, lors même qu'il est conçu en forme de donation entrevifs ; car c'est toujours une disposition à cause de mort.

Quand le rappel est fait par contrat de mariage d'un des enfans au profit des enfans qui naîtront du mariage, il profite aux enfans d'un autre fils, & de même celui d'un des petits-fils profite à tous les autres, parce que l'égalité est tellement favorable en directe, que l'on présume que le pere ou aïeul qui l'a ordonné pour l'un, a eu aussi intention qu'elle auroit lieu pour tous, pourvu qu'il n'ait rien ordonné de contraire, lors du rappel qu'il a fait, ou depuis.

Mais cette communication de rappel n'a pas lieu en collatérale, à moins qu'il n'y ait quelque chose dans l'acte qui dénote que telle a été l'intention de celui qui disposoit.

Le rappel intrà terminos donne la qualité d'héritier ; celui qui est extrà terminos ne fait qu'un legs, quand même il seroit fait par donation entrevifs.

Reste maintenant à parler du rappel qui a pour objet de relever les enfans de l'exhérédation.

L'effet de celui-ci est toujours de rétablir les enfans dans la qualité d'héritier.

Ce rappel est exprès ou tacite.

Le rappel exprès se fait par testament.

Le rappel tacite se fait par tout acte où le pere déclare qu'il pardonne à son enfant qui étoit exhérédé.

La reconciliation de l'enfant avec le pere suffit même pour opérer un rappel tacite, sans qu'il y ait aucun acte écrit.

Mais le pere, en rappellant son fils, peut mettre quelques limitations à ce rappel. Voyez EXHEREDATION.

Sur la matiere des rappels, voyez le tr. des successions de le Brun, tit. des rappels ; le traité de la représentation de Guiné, & les mots DONATION, HERITIERS, LEGS, REPRESENTATION, TESTAMENT. (A)


RAPPELLERv. act. c'est faire revenir en appellant. Voyez l'article RAPPEL.

RAPPELLER, (Service milit.) ce mot, en parlant du service de l'infanterie, signifie battre le tambour d'une certaine maniere, pour faire revenir les soldats au drapeau ; & cette maniere de battre le tambour sert aussi pour marquer l'honneur que les troupes rendent à des personnes d'un rang très-élevé. A la cour, les régimens des gardes battent aux champs pour le roi ; mais ils ne font que rappeller pour les enfans de France. Dict. milit. (D.J.)


RAPPORTS. m. (Gram.) il se dit de la conformité d'une chose à une autre ; ce sont des qualités communes qui forment le rapport des caracteres entr'eux : ce sont des circonstances communes qui forment le rapport d'un fait avec un autre, & ainsi des autres objets de comparaison à l'infini. Il y a des rapports de convenance, de disconvenance, de similitude, de différence ; mais en général on n'attache guere à ce mot que les idées de convenance & de similitude.

RAPPORT VICIEUX, (Grammaire) Un rapport est vicieux, quand un mot se rapporte à un autre auquel il ne devroit point se rapporter ; exemples : de quoi les juges n'étant pas d'avis, on dépêcha à l'empereur pour savoir le sien. D'avis étant indéfini, le sien ne devroit pas s'y rapporter. S'il y avoit dans cet exemple : les juges dirent leur avis, & on dépêcha à l'empereur pour savoir le sien, cela seroit régulier, & le sien se rapporteroit bien à leur avis.

Disons la même chose des deux exemples suivans : 1°. Il n'est pas d'humeur à faire plaisir, & la mienne est bienfaisante ; 2°. Que j'ai de joie de vous revoir ! la vôtre n'en approche point. Si l'on avoit dit, son humeur n'est pas de faire plaisir ; que ma joie est grande de vous revoir ! on auroit pu ajouter régulierement, la mienne est bienfaisante, la vôtre n'en approche point, en opposant la mienne à son humeur, & la vôtre à ma joie.

Voici quelques autres exemples : Pour ce qui est des malheureux, nous les secourons avec un plaisir secret ; il est comme le prix qui nous paie en quelque façon du soulagement que nous leur donnons. Il ne se rapporte pas bien à plaisir secret, il falloit mettre qui, nous les secourons avec un plaisir secret, qui est comme le prix, &c.

Mettez-moi en repos là-dessus ; car cela a troublé le mien. Ce rapport de le mien à repos, n'est pas régulier : si la cour de Rome me laissoit en repos, je ne troublerois celui de personne ; il seroit mieux de dire, si la cour de Rome ne troubloit pas mon repos, je ne troublerois celui de personne.

On doit éviter de faire rapporter un mot à ce qui est dit de la chose, au lieu de le faire rapporter à la chose même dont on parle principalement ; exemple : il faut que la conversation soit le plus agréable bien de la vie, mais il faut qu'il ait ses bornes. Il falloit mettre elle au lieu de il, faisant rapporter ce pronom à conservation, & non pas à bien.

On ne doute point que les livres de piété ne soient utiles à un grand nombre de personnes, & que trouvant dans cette lecture, &c. trouvant ne sauroit se rapporter correctement à personnes, parce que personnes est au génitif, & trouvant au nominatif.

Le rapport vicieux est un défaut où on tombe souvent sans y penser ; & l'auteur est moins capable de s'en appercevoir que le censeur éclairé auquel il communique son ouvrage, & qui le lit froidement

RAPPORT, en Géométrie & en Arithmétique, c'est le résultat de la comparaison de deux quantités l'une avec l'autre, relativement à leur grandeur. On se sert aussi du mot raison, & même plus communément, surtout lorsque ce mot est joint à un adjectif, comme raison directe, raison inverse, raison doublée, &c. Voyez RAISON.

L'égalité de deux rapports forme ce qu'on appelle une proportion. Voyez PROPORTION. (E)

RAPPORT ou AFFINITE, (Chymie) les Chymistes entendent par ces mots l'aptitude de certaines substances à s'unir chymiquement à certaines autres substances. Par exemple, ils disent de l'acide & de l'alkali, qui sont capables de contracter l'union chymique, qu'ils ont entr'eux du rapport ou de l'affinité. Mais ils emploient pourtant très-rarement cette expression au positif, c'est-à-dire, pour désigner une propriété absolue : cette aptitude à s'unir considérée absolument, est ordinairement exprimée par les mots de solubilité ou de miscibilité ; & ces expressions d'affinité & de rapport sont consacrés à exprimer les differens degrés d'énergie de cette aptitude, de cette pente à s'unir. On dit, par exemple, que l'acide & l'alkali sont solubles l'un par l'autre, ou qu'ils sont miscibles (voyez MISCIBILITE), & que l'alkali fixe a plus de rapport ou d'affinité avec l'acide que l'alkali volatil.

Les divers degrés de rapport s'estiment entre deux substances par la faculté qu'a l'une de ces substances de précipiter l'autre. Voyez PRECIPITATION. Ainsi, dans l'exemple allégué, l'alkali fixe est dit avoir plus de rapport avec l'acide que l'alkali volatil, parce que si on applique l'alkali fixe à un corps formé par l'union de l'acide & de l'alkali volatil, l'alkali fixe dégage l'alkali volatil, & s'unit à l'acide en sa place. Il est essentiel de se ressouvenir de cette signification propre de ces expressions : plus grand rapport, plus de rapport, &c. car sans cela, on pourroit facilement être trompé par la considération de la facilité avec laquelle certaine substance s'unit à telle substance, & de la difficulté avec laquelle elle s'unit à telle autre ; en pensant que le plus grand rapport se trouve avec la plus grande facilité, & réciproquement. Car cette circonstance ne fait rien du tout au degré d'affinité, puisque tel corps qui s'unit à un autre avec la plus grande facilité, est ensuite précipité par un troisieme, qui n'avoit pas même la faculté de s'unir immédiatement avec celui de la société duquel il le dégage ou précipite. Par exemple, l'acide marin ne s'unit point immédiatement au mercure ni à l'argent, du-moins dans les procédés ordinaires, & l'acide nitreux s'unit, avec la plus grande facilité, à l'une & à l'autre de ces substances métalliques : cependant l'acide marin appliqué au composé formé par l'union de l'acide nitreux & de l'argent, ou du même acide & du mercure, en précipite l'acide nitreux ; c'est pourquoi on dit de l'acide marin qu'il a plus de rapport avec le mercure, & avec l'argent, que l'acide nitreux.

La table des rapports ou affinités, dressée par Geoffroy l'aîné, qui est gravée dans les planches de Chymie (voyez ces Planches), est une suite de systemes ou séries de divers sujets chymiques disposés entre eux, selon les degrés de leur affinité. Chaque colomne de cette table, prise verticalement, contient un de ces systèmes. Le caractere qui occupe la case supérieure de chaque colomne représente la substance chymique avec laquelle toutes les substances représentées dans les cases inférieures ont divers degrés de rapport. La substance de la case inférieure est celle qui a le moindre rapport, celle qui la suit immédiatement en a davantage, & ainsi de suite, jusqu'à celle de la case que suit immédiatement la case supérieure. D'où il s'ensuit que, si on unit ensemble la substance de la case supérieure, & celle de la case inférieure, toutes les substances intermédiaires sont capables de précipiter la substance de la case inférieure ; & que si l'on procede par ordre elles se précipiteront toutes successivement jusqu'à ce qu'on soit parvenu à celle qui a le plus grand rapport connu. Prenons pour exemple la premiere colomne de la table de Geoffroy : l'acide uni à une substance métallique est précipité par la terre absorbante, par l'alkali volatil, & par l'alkali fixe ; la terre absorbante unie à l'acide est précipitée par l'alkali volatil, & par l'alkali fixe, & enfin l'alkali volatil uni à l'acide est précipité par l'alkali fixe.

La table des affinités de Geoffroy fut exposée dès sa publication à plusieurs objections, la plûpart très-légitimes, & auxquelles l'auteur ne donne que des solutions insuffisantes. Plusieurs chymistes ont fait depuis plusieurs corrections & des augmentations considérables à cette table. Mais ces corrections & ces augmentations n'ont pas été rédigées encore : cette table immense d'affinités, qu'on a imprimée avec la pharmacopée de Quincy, est un monstre chymique. M. Jean-Philippe de Limbourg, médecin de Liége, en a présenté une à l'académie de Rouen, qui a remporté le prix proposé par cette compagnie, pour l'année 1758 : cette table est beaucoup plus étendue que celle de Geoffroy ; mais l'auteur n'a pas publié encore les expériences d'après lesquelles il l'a dressée. Ensorte que la table de Geoffroy, toute imparfaite qu'elle est, mérite seule jusqu'à présent d'être adoptée, au-moins comme modele, comme germe ou noyau d'une meilleure, dont vraisemblablement l'art ne sera pas long-tems privé. Au reste, on trouvera dans les articles particuliers destinés aux différens sujets chymiques, plusieurs observations particulieres sur leurs différens rapports, & ces observations quelquefois discutées contradictoirement avec les prétentions de Geoffroy. Voyez, par exemple, à l'article CHAUX Chymie.

Les Chymistes sagement circonspects, se gardent bien de théoriser sur le formel, le mécanisme, les causes de l'affinité chymique. Ils soupçonnent bien que la similitude ou l'identité de certains principes, de certaine surface, de certain côté dans les corps affinés, peut être le principe de cette singuliere propriété : mais cette conjecture est exposée à des difficultés presqu'insurmontables. Car lorsqu'on en vient à la combinaison des principes primitifs, des élémens, la similitude ou l'identité d'une certaine surface, d'un certain côté manque absolument. De plus, il ne se fait point d'union chymique, comme nous l'avons exposé à l'art. MENSTRUE (voyez cet article), sans que les particules de chacun des corps que l'on mêle sous forme d'aggrégé ou de masse, n'aient moins de rapport entr'elles qu'avec celles de l'autre corps. Or certes on ne sauroit concevoir que difficilement (on résoudroit pourtant cette difficulté plutôt que la premiere), qu'il puisse y avoir dans les particules de chacun de ces deux aggrégés que je suppose des corps composés, des surfaces ou côtés plus semblables, plus identiques à l'un des côtés des particules de l'autre aggrégé, que les particules de chaque aggrégé ne sont semblables, ne sont identiques entre elles. Il paroît donc qu'il vaut mieux se contenter de l'expression vague & indéfinie (ces expressions sont si précieuses dans les sciences de fait) d'affinité ; & que M. Pott, qui, en employant le mot d'égalité ou d'identité, reproche aux François leur attachement pour celui d'affinité (Galli affinitatem loqui amant), leur fait un reproche peu philosophique. (b)

RAPPORT, (Hist. rom.) on nommoit ainsi toute proposition qu'on faisoit au sénat, pour qu'il en délibérât ; mais on observoit beaucoup d'ordre & de regle au sujet des rapports qu'on avoit à faire dans cette auguste assemblée.

Le magistrat devoit faire son rapport au sénat, premierement, sur les choses qui concernoient la religion, ensuite sur les autres affaires. Ce n'étoit pas seulement le magistrat qui avoit assemblé le sénat qui pouvoit y faire son rapport, tous ceux qui avoient droit de le convoquer jouissoient du même privilege. Aussi lisons-nous que divers magistrats ont, dans le même tems, proposé au sénat des choses différentes, mais le consul pouvoit défendre de rien proposer au sénat sans son agrément ; ce qui ne doit pas néanmoins s'entendre des tribuns du peuple ; car nonseulement ils pouvoient proposer malgré lui, mais encore changer & ajouter ce qu'ils vouloient aux propositions du consul : ils pouvoient même faire leur rapport, si le consul ne vouloit pas s'en charger, ou prétendoit s'y opposer. Ce droit étoit commun à tous ceux qui avoient une charge égale ou supérieure à celle du magistrat proposant ; cependant, lorsque le consul voyoit que les esprits panchoient d'un côté, il pouvoit, avant que chacun eût dit son sentiment, faire un discours à l'assemblée. Nous en avons un exemple dans la quatrieme catilinaire, que Cicéron prononça avant que Caton eût dit son avis.

Après que la république eut perdu sa liberté, l'empereur, sans être consul, pouvoit proposer une, deux & trois choses au sénat, & c'est ce qu'on appelloit le droit de premier, de second & de troisieme rapport. Si quelqu'un en opinant, embrassoit plusieurs objets, tout sénateur pouvoit lui dire de partager les matieres, afin de les discuter séparément dans des rapports différens. L'art de celui qui proposoit étoit de lier tellement deux affaires, qu'elles ne pussent se diviser.

Chacun des sénateurs avoit aussi le droit, lorsque les consuls avoient proposé quelque chose, & que leur rang étoit venu pour opiner, de proposer tout ce qui leur paroissoit avantageux à la république, & de demander que les consuls en fissent leur rapport à la compagnie, & ils le faisoient souvent, afin d'être assemblés tout le jour ; car après la dixieme heure, on ne pouvoit faire aucun nouveau rapport dans le sénat, ni aucun sénatus-consulte après le coucher du soleil. On disoit son avis debout ; si quelqu'un s'opposoit, le decret n'étoit point appellé sénatus-consulte, mais délibération du sénat, senatus auctoritas ; on en usoit de même, lorsque le sénat n'étoit pas assemblé dans le lieu & dans le tems convenable, ou lorsque ni la convocation n'étoit légitime, ni le nombre compétent. En ce cas, on faisoit le rapport au peuple. Au reste, le consul pouvoit proposer ce qu'il jugeoit à-propos, afin de le mettre en délibération dans l'assemblée ; c'étoit en quoi consistoit sa principale autorité dans le sénat : & il se servoit de cette formule, que ceux qui sont de cet avis passent de ce côté-là, & ceux qui sont d'un avis différent de ce côté-ci. Celui qui avoit fait le rapport passoit le premier.

Lorsque le sénatus-consulte étoit formé, ceux qui avoient proposé ce qui en étoit l'objet, & qui en étoient en quelque sorte les auteurs, mettoient leur nom au bas, & l'acte étoit déposé dans les archives, où l'on conservoit le registre des lois, & tous les actes concernant les affaires de la république. Anciennement le dépôt public étoit dans le temple de Cérès, & les édiles en avoient la garde. C'étoit celui qui avoit convoqué le sénat qui faisoit finir la séance, & il usoit de cette formule : peres conscrits, nous ne vous retenons pas davantage.

Les affaires dont on faisoit le rapport au sénat étoient toutes celles qui concernoient l'administration de la république. Il n'y avoit que la création des magistrats, la publication des lois & la délibération sur la guerre ou la paix, qui devoient absolument être portées devant le peuple. Voyez Denys d'Halicarnasse, liv. IV. ch. xx. & liv. VI. chapitre lxvj. (D.J.)

RAPPORT, (Barreau) exposé que fait un juge ou un commissaire, soit en pleine chambre, soit devant un comité, d'une affaire ou d'un procès par écrit qu'on lui a donné à voir & à examiner. Cette partie est d'un usage bien plus fréquent, & a beaucoup plus d'étendue que n'en a aujourd'hui l'éloquence éteinte du barreau ; puisqu'elle embrasse tous les emplois de la robe, & qu'elle a lieu dans toutes les cours souveraines & subalternes, dans toutes les compagnies, dans tous les bureaux, & dans toutes les commissions. Le succès de ces sortes d'actions attire autant de gloire qu'aucun plaidoyer, & il est d'un aussi grand secours pour la défense de la justice & de l'innocence. Comme on ne peut traiter ici cette matiere que très-légerement, je ne ferai qu'en indiquer les principes sans les approfondir.

Je sai que chaque compagnie, chaque jurisdiction a ses usages particuliers pour la maniere de rapporter les procès ; mais le fond est le même pour toutes, & le style qu'on y emploie doit partout être le même. Il y a une sorte d'éloquence propre à ce genre de discours, qui consiste à parler avec clarté, avec précision, & avec élégance.

Le but que se propose un rapporteur est d'instruire les juges ses confreres, de l'affaire sur laquelle ils ont à prononcer avec lui. Il est chargé au nom de tous d'en faire l'examen. Il devient dans cette occasion, pour ainsi dire, l'oeil de la compagnie. Il lui prête & lui communique ses lumieres & ses connoissances ; or pour le faire avec succès, il faut que la distribution méthodique de la matiere qu'il entreprend de traiter, & l'ordre qu'il mettra dans les faits & dans les preuves, y répandent une si grande netteté, que tous puissent sans peine & sans effort, entendre l'affaire qu'on leur rapporte. Tout doit contribuer à cette clarté, les pensées, les expressions, les tours, & même la maniere de prononcer, qui doit être distincte, tranquille & sans agitation.

J'ai ajouté qu'à la netteté il falloit y joindre de l'élégance, parce que souvent pour instruire, il faut plaire. Les juges sont hommes comme les autres, & quoique la vérité & la justice intéressent par elles-mêmes, il est bon d'y attacher encore plus fortement les auditeurs par quelque attrait. Les affaires, obscures pour l'ordinaire, & épineuses, causent de l'ennui & du dégoût, si celui qui fait le rapport n'a soin de les assaisonner d'un sel pur & délicat, qui sans chercher à paroître, se fasse sentir, & qui par une certaine grace réveille & pique l'attention.

Les mouvemens, qui sont ailleurs la plus grande force de l'éloquence, sont ici absolument interdits. Le rapporteur ne parle pas comme avocat, mais comme juge : en cette qualité, il tient quelque chose de la loi, qui tranquille & paisible se contente de démontrer la regle & le devoir ; & comme il lui est commandé d'être lui-même sans passions, il ne lui est pas permis non plus de songer à exciter celles des autres.

Cette maniere de s'exprimer, qui n'est soutenue ni par le brillant des pensées & des expressions, ni par la hardiesse des figures, ni par le pathétique des mouvemens, mais qui a un air aisé, simple, naturel, est la seule qui convienne aux rapports, & elle n'est pas si facile qu'on se l'imagine.

J'appliquerois volontiers à l'éloquence du rapporteur ce que dit Cicéron de celle de Scaurus, laquelle n'étoit pas propre à la vivacité de la plaidoirie, mais convenoit extrêmement à la gravité du sénateur, qui avoit plus de solidité & de dignité que d'éclat & de pompe ; on y remarquoit avec une prudence consommée, un fond merveilleux de bonne foi, qui entraînoit la créance. Ici la réputation d'un juge fait partie de son éloquence, & l'idée qu'on a de sa probité, donne beaucoup de poids & d'autorité à son discours.

Ainsi l'on voit que pour réussir dans les rapports, il faut s'attacher à bien étudier le premier genre d'éloquence, qui est le simple, en bien prendre le caractere & le goût, & s'en proposer les plus parfaits modeles, être très-réservé & très-sobre à faire usage du second genre, qui est l'orné & le tempéré, n'en emprunter que quelques traits & quelques agrémens, avec une sage circonspection, dans des occasions rares ; mais s'interdire très-séverement le troisieme style, qui est le sublime.

Si les exercices des colleges étoient habilement dirigés, ils pourroient servir beaucoup aux jeunes gens, pour les former à la maniere de bien faire un rapport. Après l'explication d'une harangue de Cicéron, apprendre de bonne heure l'art d'en rendre compte, d'en exposer toutes les parties, d'en distinguer les différentes preuves, & d'en marquer le fort ou le foible, seroit un excellent apprentissage. On peut l'étendre à toutes sortes de sciences, & c'est un des moyens des plus utiles pour rendre un compte judicieux de bouche ou par écrit, de toutes sortes d'ouvrages. Un journaliste est un rapporteur des ouvrages des autres ; la bonté & la fidélité de son rapport font son mérite. (D.J.)

RAPPORT, (Jurispr.) ce terme s'applique à différens actes.

Rapport d'ajournement, voyez Rapport d'exploit.

Rapport d'un appointement, c'est l'exposition du fait & des moyens d'une instance appointée, que le rapporteur fait aux autres juges. Voyez APPOINTEMENT, APPOINTE A METTRE, INSTANCE, PROCES, DELIBERE.

Rapport d'assignation, voyez Rapport d'exploit.

Rapport à la barre de la cour, voyez ci-après rapport de cause.

Rapport de cause, c'est le récit qu'un huissier fait à la cour, qu'il a appellé à la barre de la cour une telle partie & son procureur. Cela se pratique dans les causes qui sont au rôle, lorsqu'une partie demande un défaut à tour de rôle contre le défaillant. Celui qui préside avant d'accorder le défaut, dit : faites appeller & rapporter : alors on donne à l'huissier le sac ou dossier pour appeller le défaillant ; l'huissier va à la barre extérieure de la cour, c'est-à-dire hors de la chambre, & appelle à haute voix le défaillant & son procureur. Il vient ensuite à la barre de la cour ou entrée du parquet, fait son rapport, en disant qu'il a appellé un tel & son procureur. Après quoi le président prononce : la cour, après que la cause a été appellée & rapportée sur le rôle, a donné défaut, &c.

Rapport en Chirurgie, voyez ci-après RAPPORT de médecins & chirurgiens.

Rapport de clerc ou de greffier, c'est l'analyse qu'un greffier fait d'un compte qu'il a examiné. Il en est parlé dans la coutume de Hainault, ch. lxviij.

Rapport & dénombrement, c'est l'aveu ou déclaration que le vassal ou cottier est tenu de donner à son seigneur féodal ou censuel. Voyez les coutumes de Saint-Pol, Bourbonnois & Artois ; Bouthillier, en sa somme rurale, liv. I. ch. lxxxxj.

Rapport d'un délibéré, est l'exposition qu'un juge fait aux autres des faits & moyens d'une cause sur laquelle on a ordonné un délibéré sur les pieces. Voyez DELIBERE.

Rapport d'enquête, est la remise de la minute d'un procès-verbal d'enquête qui est faite au greffe & en la jurisdiction du juge de la cause, par l'enquêteur ou commissaire, pour le fait des enquêtes qui ont été ordonnées. Voyez le gloss. de Lauriere, au mot rapport, & l'ordonnance de 1667, titre XXII. des enquêtes, art. 25.

Rapport en essence, ou en espece, voyez ci-après Rapport à succession.

Rapport d'experts, est le procès-verbal dans lequel des experts font la relation de ce qu'ils ont vu & observé, & où ils donnent leur avis. Voyez le mot EXPERT.

Rapport d'exploit, c'étoit la relation que l'huissier ou sergent faisoit au juge de l'ajournement qu'il avoit donné. Le demandeur alloit devant le juge, & lui présentoit sa requête ; le juge donnoit commission à l'huissier pour assigner, & celui-ci après avoir ajourné en faisoit son rapport verbal au juge. Ce rapport verbal de l'exploit se pratique encore dans les cas où les assignations verbales sont autorisées ; telles que celles données par les sergens verdiers & les sergens dangereux, par les messiers, par les gardes-chasses dans les plaisirs du roi. Voyez ASSIGNATION & AJOURNEMENT.

En quelques lieux, comme à la Rochelle, on appelle encore l'exploit le rapport de l'assignation, parce qu'en effet cet exploit est le procès-verbal & le rapport de ce que l'huissier a fait près du défendeur, avec cette différence que ce rapport est par écrit, au lieu qu'anciennement il n'étoit que verbal.

Rapport ex post facto, est un rapport à succession qui n'a pas été fait dans le tems du partage, & qui se fait après-coup, à cause d'un évenement qui a fait cumuler à l'héritier des qualités incompatibles. Voyez ci-après RAPPORT A SUCCESSION.

Rapport de garde-chasses, de garde d'eaux & forêts, de messiers, &c. est un procès-verbal fait par ces sortes de préposés, des délits qu'ils ont trouvés dans leur district. Voyez GARDE-CHASSE, GARDE DES EAUX ET FORETS, &c.

Rapport d'huissier ou sergent, voyez ci-devant Rapport d'exploit.

Rapport & hypotheque d'héritage, est une déclaration que l'on fait en justice de celui auquel l'héritage doit appartenir après le décès de celui qui en est actuellement possesseur, & ce pour la sureté de quelque dette ; ce que la coutume de Lille appelle hostigement. Voyez la coutume de Cambray, & le gloss. de Lauriere, au mot rapport.

Rapport de jurés est la même chose que rapport d'experts. Les jurés sont ici des experts ; on les appelle jurés, parce qu'ils prêtent serment à justice. On pourroit aussi quelquefois entendre par ces termes rapport de jurés, les procès-verbaux que les jurés de quelque communauté font lors de leurs visites ; mais c'est le commissaire ou l'huissier dont ils sont assistés qui fait le procès-verbal, & l'on ne se sert pas ordinairement du terme de rapport pour designer cet acte.

Rapport en justice se dit de la représentation que quelqu'un est obligé de faire de certaines pieces devant le juge.

Rapport pour la légitime, est un rapport que les derniers donataires sont obligés de faire en faveur des enfans qui n'ont pas leur légitime. Ce rapport se fait jusqu'à concurrence de la légitime, & suivant l'ordre des donations, en épuisant d'abord la derniere, & remontant successivement aux autres. Voyez DONATION, LEGITIME, RAPPORT A SUCCESSION.

Rapport de main pleine dans la coutume d'Orléans, c'est lorsque l'on garnit la main de justice d'effets suffisans pour répondre de l'objet de la saisie, afin d'avoir la main-levée de ce qui étoit saisi. Ce terme est usité dans certaines coutumes, comme Orléans, article 438, Montargis, ch. xviij. article 2 ; le gloss. de Lauriere, au mot rapport.

Rapport de maître écrivain est un rapport ou procès-verbal qui se fait par un maître écrivain nommé par justice à l'effet de vérifier quelque écriture ou signature. Voyez COMPARAISON D'ECRITURE, ÉCRITURE, ÉCRIVAIN, EXPERT.

Rapport de matrônes est le procès-verbal que font les sages-femmes nommées par justice à l'effet de visiter quelque femme, fille ou enfant, & de reconnoître son état. Voyez MATRONE & SAGE-FEMME.

Rapport à la masse est la remise que l'on fait à la masse d'une succession, des effets que l'on a reçus en avancement d'hoirie. Voyez RAPPORT A SUCCESSION.

Rapport de médecins & chirurgiens, est le procès-verbal que des médecins & chirurgiens font ensemble ou séparément de l'état d'un malade, ou d'un cadavre, ou de quelque autre chose dont la connoissance est de leur état. Voyez les principes de jurisprudence sur les visites de médecins ; par M. Prevost, avocat, & les mots MEDECINS & CHIRURGIENS.

Rapport en moins prenant, est un rapport fictif qui se fait à la masse d'une succession, sans y remettre réellement l'effet que l'on rapporte, mais seulement en précomptant sur sa part ce que l'on a reçu. Voyez RAPPORT A SUCCESSION.

Rapport en mont commun se dit en Flandre pour rapport à la masse d'une succession. Voyez l'institution au droit belgique de Ghawiet, p. 247.

Rapport de montrée & vûe dans la coutume de Bretagne, signifie le rapport des experts qui ont visité un héritage ou quelqu'autre objet.

Rapport en nature est la même chose que rapport en espece ou en essence, à la différence du rapport qui se fait en précomptant ou moins prenant. Voyez ci-devant rapport en espece, & ci-après RAPPORT A SUCCESSION.

Rapport à partage est la remise effective que l'on fait d'un bien à la masse, ou le compte que l'on en tient à la succession. Voyez RAPPORT A SUCCESSION.

Rapport de pieces est la représentation que l'on fait de pieces que l'on doit communiquer ou remettre à quelqu'un.

Rapport de procès est l'exposition que l'un des juges qui a été nommé rapporteur, fait aux autres juges, des procédures & pieces d'une instance ou procès. Voyez ci-après RAPPORTEUR.

Rapport de sergent est la relation qu'un sergent fait dans un exploit ou procès-verbal. Voyez l'édit de François I. en 1539, article 9 ; les coutumes de Bourbonnois, Poitou, & autres, & le gloss. de Lauriere, au mot rapport.

Rapport solemnel. Quelques coutumes appellent ainsi le procès-verbal qui est fait devant les gens de loi, pour la dessaisine ou le devêt qui est fait par le possesseur & propriétaire d'un immeuble, à l'effet qu'un autre qui l'a acquis de lui en soit vêtu & saisi. Voyez la coutume de Cambray, titre V. article premier, & Pinault des Jaunaux sur cet article. (A)

RAPPORT A SUCCESSION est la remise réelle ou fictive qu'un héritier fait à la masse, de quelque effet qu'il avoit reçu en avancement d'hoirie, pour être mis en partage.

Le rapport à la succession, à la masse ou au partage, n'est qu'une seule & même chose.

L'obligation de rapport a pour objet de maintenir l'égalité entre les héritiers.

Cependant cette loi si équitable n'a pas toujours été pratiquée de même, & n'est pas encore par-tout uniforme.

Suivant la loi des douze tables, le rapport n'avoit point encore lieu : il ne fut introduit que par le droit prétorien, à l'occasion des enfans émancipés ; ceux-ci conservoient ce qu'ils avoient acquis, au lieu que les acquisitions faites par les enfans étant en la puissance du pere, faisoient partie de sa succession, & conséquemment les enfans émancipés y avoient leur part. Le préteur, pour rendre la condition de tous les enfans égale, obligea les enfans émancipés qui viendroient à la succession du pere, avec ceux qui seroient en sa puissance, de rapporter leurs acquisitions. C'est la disposition de la loi premiere, au digeste de collationibus.

Mais les enfans émancipés n'étoient obligés à ce rapport que quand les enfans étant en la puissance du pere auroient été lésés sans rapport : desorte qu'il n'avoit pas lieu entre deux émancipés, quoique partagés inégalement, ni entre deux enfans étant en la puissance du pere.

C'étoit encore un point de l'ancien droit, que l'enfant émancipé ne laissoit pas d'être tenu au rapport, quoique l'enfant étant en la puissance du pere vînt à la succession à un titre différent, comme si l'émancipé demandoit la possession des biens contra tabulas, & que l'autre enfant institué héritier se tînt à cette qualité.

Les dots des filles n'étoient pas non plus sujettes à rapport, mais elles y furent assujetties par un édit de l'empereur Antonin le pieux, inséré en la loi premiere, au digeste de collat. dotis.

L'empereur Léon ordonna la même chose pour la donation à cause de noces.

Par le dernier droit, tous les enfans qui se portent héritiers, ou qui obtiennent la possession des biens, sont obligés au rapport, soit que les émancipés viennent entr'eux, soit qu'ils viennent avec d'autres enfans qui sont sous la puissance du pere, soit que le partage se fasse entre des enfans qui soient tous sous la puissance du pere ; mais l'enfant émancipé ne rapporte plus que les biens profectices, & non les biens adventices, si ce n'est quant à l'usufruit ; le pere ne gagnant plus que l'usufruit de ces biens adventices sur les enfans qui sont en sa puissance.

Enfin par l'ancien droit, le rapport ne se faisoit que dans les successions ab intestat, & non entre les enfans héritiers institués, à-moins que le pere ne l'eût ordonné par son testament, parce que le rapport ne se fait point entre étrangers, & que les enfans institués héritiers succédoient comme des étrangers ; mais par la novelle 18. les enfans rapportent toujours, soit qu'ils viennent ab intestat, ou en vertu du testament, à-moins que le pere n'ait expressément défendu le rapport, ou qu'on ne puisse induire le prélegs des termes du testament.

Pour ce qui est des coutumes, leur disposition n'est pas uniforme sur cette matiere.

Quelques-unes, comme celles de Nivernois, Bourbonnois & Berry, permettent au pere de défendre le rapport : desorte que dans ces coutumes quand la donation est faite entre-vifs, par préciput & avec dispense de rapport, le donataire ne laisse pas de venir à la succession sans rapporter.

D'autres coutumes, comme celle de Laon, portent que le rapport ne peut être défendu.

Dans les coutumes qu'on appelle coutumes d'égalité parfaite, telles qu'Anjou & Maine, le renonçant même est obligé au rapport.

Enfin, il y a d'autres coutumes qui sont aussi d'égalité, mais non pas d'égalité parfaite, comme celle de Paris, où les enfans venans à succession sont obligés au rapport, quand même le pere les en auroit dispensés par la donation. Mais dans ces coutumes l'enfant peut demeurer donataire entre-vifs, ou être légataire, quoiqu'il ait plus que sa part afférente ; il peut aussi demeurer donataire, & être légataire jusqu'à concurrence de ce qu'il est permis de disposer : le tout sauf la légitime des autres enfans.

Ainsi, les enfans qui ne viennent à la succession qu'en vertu d'un testament, ne sont point obligés de rapporter entr'eux, à-moins que ce ne fussent des enfans rappellés à la succession dans les cas où le rappel donne la qualité d'héritier. Voyez RAPPEL.

L'obligation de rapporter n'a lieu qu'en directe, & non en collatérale, si ce n'est dans quelques coutumes singulieres, comme Chauny, Maine & Anjou ; le rapport n'est même dû que dans la ligne directe descendante ; les ascendans n'y sont point obligés.

Dans les cas où on succede par souches, & non par têtes, comme cela a toujours lieu en directe, le rapport se fait aussi par branches ; de maniere que si dans une branche composée de plusieurs petits-fils, quelques-uns qui sont donataires entre-vifs renoncent à la succession, les autres se portent héritiers, ces derniers sont obligés de rapporter pour les renonçans ; ce qui paroît un peu dur, puisqu'on leur fait rapporter ce qu'ils n'ont pas reçu ; mais aussi la part des renonçans accroît à leur profit, & ils doivent prendre le bénéfice avec les charges.

Les créanciers, le fisc, ni le seigneur haut-justicier qui succede par déshérence ou autrement, ne peuvent pas obliger au rapport, attendu qu'ils ne peuvent pas opposer l'incompatibilité des qualités d'héritier & de légataire ou donataire.

Tout ce qui s'impute sur la légitime est sujet à rapport : ainsi toute donation gratuite est sujette à rapport, sous quelque forme qu'elle soit faite. Ainsi, quand le pere a fait à son fils une vente à vil prix, ou qu'il a payé pour lui le prix de quelque acquisition, qu'il a exercé pour lui un retrait, qu'il a fait des impenses & améliorations sur les biens de son fils, tout cela est sujet à rapport.

A l'égard des choses mobiliaires, le rapport peut en être fait en essence lorsqu'elles ne sont point diminuées par l'usage, comme des diamans & des perles ; que si elles sont anéanties ou détériorées, il faut en rapporter la valeur, eu égard au tems du partage.

Les pensions, alimens & entretien fournis aux enfans, ni les livres, & ce qui a été dépensé pour leur instruction & éducation, tout cela n'est point sujet à rapport, mais une bibliotheque le seroit.

On ne rapporte pas non plus les habits nuptiaux, frais de noces, mais seulement le trousseau de la fille.

Les étrennes & petits présens, les deniers donnés au mineur qui les a dissipés, ceux même que le pere a donnés au majeur pour le jeu, ne sont pas rapportables.

Les offices venaux, soit de judicature ou de finance, sont sujets à rapport, & à plus forte raison les offices domaniaux ; mais ceux de la maison du roi ne se rapportent pas, parce qu'ils sont considérés comme des graces personnelles, & non comme des biens héréditaires.

On ne peut pas obliger l'enfant de rapporter l'office même, il suffit qu'il en rapporte le prix.

L'enfant est aussi obligé de rapporter ce qui a été dépensé pour lui donner un état, comme pour le faire promouvoir aux ordres, le faire recevoir docteur dans quelque faculté, ou avocat, ou pour le faire recevoir maître dans quelque métier.

Les rapports se font ou en précomptant & moins prenant, ou en rapportant en essence.

Les meubles & sommes de deniers se rapportent ordinairement en précomptant & moins prenant : à l'égard des terres, maisons & rentes, on les rapporte aussi quelquefois de même ; mais on peut obliger l'enfant de les rapporter en essence, afin que chacun y ait part, à moins que ces biens n'aient été aliéné par lui de bonne foi, auquel cas il n'est tenu de rapporter que l'estimation.

Les fruits ne se rapportent que du jour de l'ouverture de la succession.

Les effets du rapport sont, 1°. que l'effet qui est rapporté est censé faire partie de la succession du moment qu'elle est ouverte ; 2°. que si l'enfant qui rapporte ne conserve pas dans son lot l'effet qu'il a rapporté, les hypotheques de ses créanciers passent sur les autres biens qui lui sont assignés pour sa part. La raison est que le partage n'est que déclaratif, & que les héritiers sont censés n'avoir jamais eu aucun droit aux biens qu'ils rapportent ; leurs créanciers ne peuvent même se plaindre de cette translation d'hypotheque, ayant dû connoître l'état de leur débiteur ; leur hypotheque sur ces biens n'étoit proprement que conditionnelle, au cas qu'ils demeurassent définitivement à leur débiteur.

La matiere des rapports est traitée au digeste dans les titres de collatione bonorum, & de collatione dotis, & au code, titre de collationibus. On peut aussi voir Domat, part. III. liv. II. tit. jv. Lebrun, des successions, l. III. ch. vj. Duplessis sur la coutume de Paris, traité des success. Bouvot, tom. II. p. 120. Henrys, tome II. liv. VI. quest. 1. les arrêtés de M. le premier président de Lamoignon ; Dupineau, nouv. édit. l. VI. des arrêts, ch. xv. sect. 3. Voyez aussi les mots HERITIER, INCOMPATIBILITE, LEGATAIRE, PARTAGE, QUALITES, RENONCIATION, SUCCESSION. (A)

RAPPORT, (Médec. & Chirurg.) le terme de rapport tire son origine du verbe latin refero, qui signifie je rapporte ; mais on peut dire qu'il est encore de plus près dérivé du mot substantif relatio, qui signifie rapport ou récit d'une chose.

Selon cette premiere idée, il faut entendre par les rapports en Médecine & en Chirurgie, des actes authentiques & publics, que les Médecins & les Chirurgiens titrés sont obligés de faire en justice quand ils en sont requis par le magistrat, pour certifier sur leur conscience de l'état de ceux qu'ils visitent, soit sains, malades, blessés, ou décedés, afin que les juges, ou ceux qui ont droit d'y prendre part, en étant bien informés, fassent, ou ordonnent en conséquence ce qui est raisonnable pour le bien du public & des particuliers.

Des differences de rapports en Chirurgie. Tous les rapports en Chirurgie, quels qu'ils soient, peuvent se réduire sous trois especes générales, qui sont les rapports proprement pris, les certificats d'excuse, & les estimations.

Le rapport proprement pris, est une certification à justice faite par un ou plusieurs chirurgiens titrés, de l'état où ils ont trouvé le corps humain vivant ou mort, dans son tout, ou dans quelques-unes de ses parties. Ces rapports proprement pris, sont de trois especes ; savoir, dénonciatifs, provisoires, & mixtes.

On nomme rapports dénonciatifs, ceux que toutes sortes de chirurgiens font de quelque blessure que ce soit, à l'heure même, ou bien-tôt après, en vertu de leur droit de maîtrise, à la requisition des blessés, ou de ceux qui s'intéressent pour eux, auxquels rapports les juges n'ont d'égard qu'autant qu'ils les croyent justes & raisonnables. Je dis que les juges n'ont à ces rapports dénonciatifs que l'égard qu'il leur plaît ; parce que n'étant que des témoignages volontaires, ils sont sujets à suspicion.

Les rapports proprement pris de la seconde espece, que l'on nomme provisoires, sont ceux qui se font par les chirurgiens jurés en titre d'office préposés pour les rapports, & qui sont ordonnés par le juge. L'on obtient toujours pour les blessés, au moyen de ces rapports, quand les faits qui sont rapportés le méritent, des provisions, tant pour leurs alimens & médicamens, que pour leurs frais de poursuite.

Sous la troisieme espece de rapports proprement dits, que l'on peut appeller rapports mixtes, on comprend ceux qui sont donnés sur la simple requisition des blessés ; mais qui étant faits ou approuvés par les chirurgiens titrés, ne laissent pas d'être provisoires, quoique la partie adverse en puisse contester l'exécution, quand il s'agit d'une seconde provision, en demandant par une requête présentée au juge, une contre-visite ; & en ce cas-là les juges nomment des chirurgiens d'office pour faire le rapport, qui prévaut même sur celui des chirurgiens titrés.

De la validité des rapports en Chirurgie. Comme l'usage des rapports sur quelque matiere que ce soit, n'a été établi en justice que pour connoître des vérités dont les juges ne peuvent pas s'instruire par eux-mêmes, leurs lumieres toutes pénétrantes qu'elles soient, ne suffisant pas pour les éclaircir à fond du détail de tous les faits qui concernent les différentes professions des hommes, il a été d'une grande importance, particulierement à l'égard des rapports en Chirurgie, qui peuvent quelquefois décider de la vie ou de la mort des accusés, d'engager les Chirurgiens à ne se point éloigner de la vérité dans la relation des faits qui dépendent de leur art.

Or comme il se trouve peu de gens si confirmés dans le mal, qui ne soient intimidés par la religion du serment, c'est avec raison que l'on a ordonné que tous les autres titres dont les Chirurgiens pourroient être revêtus, ne rendroient point leurs rapports valables, s'ils ne s'étoient astreins par un serment exprès, à faire ces actes avec fidélité.

C'est aussi pour cela, que de quelque caractere que les Chirurgiens soient pourvus, ils ne sont admis par aucun juge civil ou criminel à faire des rapports en Chirurgie, qu'après avoir prêté ce serment entre ses mains ; & même que les juges subalternes sont toujours bien fondés à demander ce même serment dans les cas extraordinaires aux Chirurgiens qu'ils nomment d'office pour faire des rapports, quand même ils ne pourroient pas ignorer que ces dénomnés ne l'eussent déja fait en des cours supérieures. C'est donc ce serment qui est la premiere condition essentielle à la validité des rapports ; cependant les juges n'admettent à ce serment que des maîtres chirurgiens qui ont un titre qui répond de leur suffisance.

Des conditions requises pour bien faire les rapports proprement pris. Il faut qu'un chirurgien, pour se bien acquiter de sa fonction en faisant les trois sortes de rapports proprement dits, observe nécessairement plusieurs choses.

1°. Il doit les faire dans un esprit d'équité, & avec une intégrité qui soit à toute épreuve ; de maniere qu'elle ne puisse être ébranlée par des offres avantageuses, ni séduite par les prieres de ses proches, & qu'elle le rende sourd aux instances de ses amis, aux sollicitations des puissances, & de tous ceux à qui il est redevable des bienfaits les plus insignes.

2°. Il faut qu'un chirurgien integre examine tout par lui-même, & qu'il ne s'en rapporte en aucune façon à ses collegues, ou à ses serviteurs, dont l'ignorance & l'infidélité pourroient le faire tomber en faute sans le savoir. C'est néanmoins à quoi beaucoup de chirurgiens manquent, principalement à Paris, où il y a un grand nombre de privilégiés, qui n'ayant pas de titre pour faire des rapports, engagent un maître à les signer pour eux ; ce que ces maîtres font trop légerement sur la foi de ces subalternes, sans voir les blessés ou les malades pour qui les rapports sont faits.

3°. Un chirurgien judicieux est obligé à ne rien dire d'affirmatif dans son rapport sur les causes absentes, sur les douleurs, & généralement sur tout ce qui ne tombe pas sous les sens ; parce que le récit qui lui en est fait, soit par le malade même, ou par les assistans, lui doit toujours être suspect.

4°. Il doit prendre toutes les précautions possibles, pour empêcher d'être trompé par des maladies feintes, par des contorsions, ou des convulsions simulées, du sang seringué, des tumeurs apparentes, des contusions en peinture, ou par de semblables artifices ou fourberies.

5°. Il doit faire ses pronostics d'une maniere douteuse, parce que l'événement des maux & des blessures est toujours incertain ; & il vaut mieux dans les faits de conséquence, suspendre son jugement, que d'être trop décisif, particulierement quand il s'agit de prédire la mort, ou d'assurer la guérison des blessés.

6°. Il est encore absolument nécessaire qu'il marque avec précision dans les rapports, la largeur & la profondeur des plaies, & qu'il désigne bien les signes par lesquels on peut juger de la lésion des parties intérieures.

7°. Il doit faire son possible pour bien déclarer l'essence des blessures, pour bien exprimer les accidens qui les accompagnent, & pour déterminer ensuite ce que l'on en peut espérer, & ce que l'on en doit craindre, l'ordre qu'il faudra tenir dans la curation, dans quel tems à-peu-près elle pourra être accomplie ; le régime que l'on doit faire observer aux malades, ou aux blessés ; s'ils doivent rester au lit ou non, & s'ils ne pourront point vacquer à leurs affaires dans le tems même de leur traitement.

8°. Il faut encore qu'il observe avec soin si les blessures pour lesquelles le rapport est requis ou ordonné, ont été les véritables causes de la mort, de l'impuissance, ou des autres accidens qui sont arrivés au blessé ; & cette instruction est très-nécessaire dans la procédure criminelle ; parce que si le blessé est mort par une autre cause que celle de la blessure qu'il a reçue, celui qui l'a blessé n'est pas responsable de sa mort, sa blessure n'ayant pas été mortelle par elle-même.

9°. Le chirurgien qui fait son rapport, ne doit pas négliger de marquer si le blessé l'est venu trouver pour être visité ou pansé, ou s'il a été requis de se transporter chez lui pour en faire la visite & le pansement ; en ce cas, il doit marquer s'il l'a trouvé couché ou debout, vaquant à ses affaires, ou dans l'impuissance d'y donner ses soins.

10°. Il ne doit rien oublier de tout ce qui peut donner au juge quelque éclaircissement, pour juger avec équité & avec connoissance de cause : il doit sur tout cela s'exprimer en termes clairs & intelligibles, & ne se point mettre en peine d'étaler son prétendu savoir, en affectant de se servir de termes barbares & d'école, comme font plusieurs chirurgiens, qui croyent ne parler savamment, que lorsqu'ils ne sont point entendus.

11°. Un chirurgien judicieux doit bien prendre garde de ne pas passer d'un excès à l'autre, & sous prétexte de bien éclaircir un fait, de ne pas charger ses rapports d'une longue suite de raisonnemens. Ces sortes de discours scientifiques ne peuvent être plus mal employés dans un récit, dont la perfection dépend de sa simplicité, de sa précision, & de sa briéveté, accompagnée d'une grande exactitude dans la vérité des faits. Or cet avis n'est pas donné sans raison, puisqu'il s'est trouvé des chirurgiens assez extravagans, pour tracer des figures géométriques dans leurs rapports, & assez peu sensés pour s'imaginer qu'ils se rendroient recommandables aux juges, en leur faisant voir qu'ils pouvoient démontrer géométriquement l'effet des forces mouvantes, & la pesanteur des corps liquides, &c.

12°. Il ne doit pas présumer de son savoir & de sa capacité, jusqu'au point de se croire infaillible ; ensorte qu'une telle présomption l'empêche de prendre conseil dans les choses douteuses & difficiles ; parce que l'amour-propre aveugle celui qu'il obsede, & que cet aveuglement le conduit à l'erreur.

13°. Il est enfin fort à propos que les rapports en Chirurgie soient faits sans connivence, & avec tout le secret possible ; c'est pour cela que l'ordonnance porte qu'on les délivrera cachetés, parce que la révélation du secret attire souvent l'impunité du crime, & la persécution de l'innocence.

Des certificats d'excuses ou exoënes. On entend par l'exoëne ou le certificat d'excuse, une certification par écrit donnée par un médecin ou par un chirurgien, conjointement ou séparément, sur l'état des particuliers, soit à leur simple requisition ou par ordonnance de justice, tendant à faire connoître à tous ceux qui ont droit d'y prendre part, la vérité des causes maladives qui peuvent les dispenser valablement de faire bien des choses dont ils seroient tenus, s'ils jouissoient d'une santé parfaite.

Ces sortes de certifications sont de trois especes ; savoir ecclésiastiques, politiques, & juridiques.

Les exoënes ecclésiastiques tendent à obtenir du pape, des evêques, des prélats, & de tous ceux qui ont quelque supériorité dans la hiérarchie ecclésiastique, des dispenses concernant l'exercice de certaines fonctions bénéficiales, l'observation des lois canoniques, la dissolution du mariage sur faits d'impuissance, attribuée à l'un ou à l'autre des conjoints.

Les exoënes politiques regardent tout l'état en général, ou le service des maisons royales en particulier.

Les premiers se font en France, à la requisition de ceux que leurs maladies ou leurs blessures empêchent de vaquer à leurs charges, emplois, & fonctions. Ceux de la seconde espece qui regardent le service des maisons royales, sont demandés par les officiers de ces maisons. Dans ces sortes d'exoënes politiques, on n'observe aucune formalité judiciaire, étant de simples certificats qui sont délivrés par ordre des supérieurs, ou à la requisition des particuliers. La seule précaution qu'on y apporte, est de n'y avoir aucun égard, que lorsqu'ils sont donnés par des médecins ou chirurgiens d'une réputation connue, & non suspects de subornation.

Les exoënes juridiques ont lieu dans les procédures civiles & criminelles, pour retarder le jugement d'un procès, dont l'instruction ou la poursuite demande la présence des parties.

Elles sont encore requises ou ordonnées, lorsqu'il est question d'élargir, de resserrer, ou de transferer un prisonnier que le mauvais air feroit périr infailliblement ; quand il s'agit de commuer la peine d'un forçat qui n'est pas en état de servir sur les galeres ; d'épargner dans ces pays-ci, ou de modérer les douleurs de la torture à un criminel que sa foiblesse met hors d'état d'en essuyer la violence.

La grossesse ou les couches des femmes, sont encore des raisons valables pour les dispenser de comparoître en personne, afin de répondre aux accusations qui leur sont intentées.

Or il faut pour la validité des exoënes, non-seulement une procuration spéciale de la part des exoënés, par laquelle on affirme à l'audience de la validité de l'exoëne ; mais l'ordonnance veut encore que l'on produise le rapport d'un médecin approuvé, qui ait affirmé de la vérité de sa certification par-devant le juge du lieu.

Au reste, toutes les circonstances marquées pour bien faire les rapports proprement pris, doivent être gardées dans les exoënes juridiques, sur-tout dans la procédure criminelle.

Des rapports comprenant les estimations de visite, pansemens, & médicamens. L'on doit entendre par un rapport d'estimation en Chirurgie, un jugement par écrit donné par un, ou par plusieurs chirurgiens-jurés, sur l'examen d'un mémoire de pansemens & de médicamens qui leur est remis par un chirurgien auquel le payement en est contesté par celui qui en est le débiteur, soit qu'ils lui ayent été faits ou fournis à lui-même, ou que le chirurgien y ait travaillé par son ordre, ou qu'il ait été condamné par justice à en faire les frais.

Les estimations ont donc lieu en Chirurgie, lorsque les salaires sont contestés par les débiteurs aux chirurgiens qui les ont traités, soit qu'ils refusent absolument d'entrer en payement, ou qu'ils leur fassent des offres qui ne soient pas recevables ; car en ce cas-là, les juges ordonnent que les mémoires concernant les opérations, pansemens, & médicamens en question, seront prisés & estimés par des experts, qui sont quelquefois nommés d'office, mais ordinairement dont les parties conviennent ; le demandeur en nommant un, & le défendeur un autre.

Mais au surplus, soit que les experts ayent été nommés d'office, ou que les parties en soient convenues, on observe toutes les formalités nécessaires, pour que les juges puissent faire droit aux parties avec toute l'équité possible.

Il y a ici des regles générales & particulieres à observer dans toutes sortes d'estimations de Chirurgie.

Par exemple, 1°. les experts doivent considérer le mérite de l'opération, parce que celles qui demandent beaucoup de dextérité & d'expériences, ou qui sont pénibles & laborieuses, doivent être mieux payées que celles qui sont faciles, communes, & que l'on fait sans beaucoup de peine & de travail.

2°. Il faut quelquefois avoir plutôt égard à l'importance des maladies ; par exemple, un chirurgien qui réunira en fort peu de tems une grande division dans les chairs, par la suture, par la situation, & par un bandage convenable, méritera d'être beaucoup mieux récompensé qu'un chirurgien ignorant qui aura tamponné une semblable plaie, & qui ne l'aura conduite à sa guérison, qu'après une longue suppuration, & qu'après avoir fait souffrir au blessé de cruelles douleurs qu'il lui auroit épargnées, aussi-bien qu'un traitement fort ennuyeux, s'il eût été bien versé dans son art, dont une des meilleures maximes l'engage à traiter ses malades promtement, surement, & avec le moins de dérangement qu'il est possible.

Je ne prétends pourtant pas inférer de là, que le tems qu'on employe dans les traitemens ne doive pas être considéré dans les estimations de Chirurgie, parce qu'il y a des maladies si grandes par elles-mêmes, qui ont de si fâcheuses complications, & auxquelles il survient un si grand nombre d'accidens, que l'on ne peut très-souvent les guérir que par un long traitement. Il y en a même qui sont légeres en apparence, & que la mauvaise disposition des sujets rend néanmoins très-longues & très-difficiles à guérir. Or les experts doivent peser sur toutes ces choses, afin de faire leur estimation avec équité.

3°. L'on doit beaucoup insister dans la taxe d'un mémoire sur la qualité des personnes qui ont été traitées, aussi-bien que sur leurs facultés ; car plus les personnes sont élevées en dignité, plus aussi demandent-elles de sujétions, de soins, de visites, d'assiduités, qui méritent par conséquent une plus ample récompense : outre que les fonctions des Chirurgiens qui n'ont rien de fixe, sont toujours payées à l'amiable par les honnêtes gens, selon le rang qu'ils tiennent, & cet usage doit servir de regle dans les estimations.

La considération des facultés des malades n'est pas moins essentielle en ces rencontres que celle de leurs qualités, parce qu'il y a tel marchand, ou officier de robe, ou sur-tout tel employé dans les fermes, qui s'incommoderoit moins en payant largement un traitement d'importance ; que beaucoup de gens de la premiere qualité, dont les biens ne répondent pas à leur naissance.

4°. Il faut que les vues des experts s'étendent jusque sur la distance des lieux ; car il ne seroit pas raisonnable qu'un chirurgien qui auroit été d'un bout d'une grande ville à l'autre, pendant trois ou quatre mois, pour faire un traitement de conséquence, principalement à Paris, ou à une lieue & plus dans la campagne, ne fût pas mieux payé qu'un autre chirurgien qui auroit fait un pareil traitement dans son voisinage.

Enfin les experts doivent en même-tems porter leur estimation à des prix honnêtes, équitables & indispensables.

Des talens nécessaires pour bien faire toutes sortes de rapports. Quoiqu'il soit vrai de dire généralement parlant, que les chirurgiens les mieux versés dans la théorie & dans la pratique de leur art, sont aussi les plus capables de bien faire toutes sortes de rapports en Chirurgie, il y a néanmoins des parties de cet art plus particulierement requises pour y bien réussir, & ces parties dépendent ou de l'anatomie, ou de la doctrine des maladies chirurgicales, qu'il faut connoître par leurs propres signes, par pratique & par théorie. Il faut avoir aussi beaucoup d'expérience dans la bonne méthode de traiter ces maladies.

A l'égard de l'anatomie, il faut pour bien faire les rapports, savoir celle que l'on nomme utile, c'est-à-dire celle qui tombe sous les sens, préférablement à celle qui est appellée curieuse, laquelle consiste dans certaines recherches que l'on fait avec le secours du microscope, des injections & des tuyaux qui servent en introduisant l'air dans les conduits, à les rendre plus visibles.

Il faut par exemple, qu'un chirurgien, pour bien faire ses rapports, soit parfaitement instruit de la structure, de l'ordonnance, du nombre, & de la conjonction des os, parce qu'il ne peut sans cela, bien connoître les fractures & les dislocations de ces parties, qui fournissent souvent matiere à faire des rapports : outre que ces masses solides étant fixes & permanentes, lui donnent lieu de mieux désigner la situation des autres parties, qui sont attachées aux corps durs, & auxquelles ils servent d'appui.

Il ne doit pas être moins informé de la situation, de l'ordonnance, du progrès des muscles, & des vaisseaux considérables, afin de pouvoir juger de l'issue des plaies, qui sont faites à la surface du corps, & aux extrêmités tant supérieures qu'inférieures, & cela tant par rapport à l'hémorrhagie, qui est plus ou moins fâcheuse, selon que les vaisseaux ouverts sont plus ou moins gros, qu'eu égard à la perte du mouvement de quelque organe, lorsque les tendons ou les ligamens des jointures se trouvent intéressés dans les plaies.

Il est encore absolument nécessaire qu'un chirurgien, pour bien faire ses rapports, se soit appliqué à examiner la situation de tous les visceres dans les trois cavités principales, qui sont la tête, la poitrine & le bas-ventre ; comment ils sont placés dans les différentes régions qui partagent ces cavités, & comment ils correspondent au-dehors, afin que la division que l'instrument offensif a fait à l'extérieur, lui donne lieu de juger quel viscere peut être blessé dans l'intérieur quand les plaies sont pénétrantes.

La connoissance des maladies chirurgicales lui est absolument nécessaire pour en exprimer dans ses rapports l'essence, les signes, les accidens & les prognostics ; la pratique sur tout cela lui est encore plus nécessaire que la théorie, car quand il s'agira de caractériser une maladie, & de juger de ses suites, comme, par exemple, lorsqu'on sera en doute si certains sujets sont attaqués de vérole, de lepre, de scorbut, de bubons pestilentiels, de cancer, d'écrouelles, &c. Un chirurgien qui aura beaucoup vû & traité de ces sortes de maladies, en jugera bien mieux, & plus surement qu'un autre qui se sera contenté de lire avec application les livres qui en discourent.

Il faut néanmoins qu'il soit savant, indépendamment qu'il doit être expérimenté dans la méthode de traiter ces maladies, afin de pouvoir marquer dans ses rapports l'ordre & le tems de leur curation, & de pouvoir juger si les autres chirurgiens y ont procédé méthodiquement ou non.

Il faut de plus qu'il connoisse bien les remedes, leur prix & leur effet, tant pour ne pas adjuger dans les estimations le payement de plusieurs remedes qui auroient été inutiles ou contraires à la maladie, qu'afin de pouvoir estimer selon leur juste valeur, ceux qui ont été utilement administrés.

Mais comme l'objet des plaies fournit seul plus de matieres aux rapports de Chirurgie que toutes les autres maladies qui sont du ressort de cet art, il résulte que le chirurgien doit s'y appliquer tout entier pour éviter les erreurs dans les rapports en ce genre. Eh combien de connoissance ne demandent-ils pas ! Depuis qu'Hippocrate a avoué ingénument & en grand homme, s'être trompé en prenant dans une blessure à la tête la lésion de l'os pour une suture, que personne ne pense pouvoir être à l'abri d'une faute après l'exemple du prince des Médecins ; mais sur-tout si le chirurgien & le médecin s'apperçoivent dans le traitement d'une blessure avoir commis quelque erreur semblable, par négligence ou par ignorance, il est de leur devoir & de l'équité, d'en faire l'aveu au juge dans leur rapport, afin que celui qui auroit porté le coup, ne soit point puni de la faute d'autrui.

Une autre observation bien importante dans tous les rapports de blessures, c'est de ne point attribuer légérement la mort qui a suivi, à la blessure comme à sa cause. Souvent la mort arrive tout-à-coup, en conséquence des causes cachées jusqu'alors. On peut donc imputer mal-à-propos le terme de notre vie à des accidens qui n'y entrent pour rien, ou du-moins pour peu de chose. Souvent des ignorans, en visitant des cadavres, au lieu d'étudier les blessures en forgent d'imaginaires.

Enfin l'on ne sauroit être trop circonspect à définir le tems qui doit s'écouler entre la blessure & la mort pour décider que la plaie étoit absolument mortelle. Nombre de personnes pensent que si le blessé passe le neuvieme jour, on ne doit point alors attribuer à la blessure la mort qui survient, mais qu'au contraire, si le blessé meurt avant ce tems, la plaie étoit absolument mortelle.

Cette idée n'est cependant qu'un préjugé populaire, dont un habile homme ne doit point se préoccuper. Une artere étant coupée au bras ou à la cuisse, pourra causer la mort au bout de quelques heures, & même plus promtement, quoique cette plaie ne fût pas absolument mortelle, & qu'on eût pû y apporter du remede. Si un intestin grêle se trouve coupé près du pylore, le blessé pourra vivre quelques jours jusqu'à ce qu'il tombe en consomption par défaut de nutrition, & cependant cette plaie sera absolument mortelle. Ces exemples suffisent pour prouver combien la doctrine des rapports est délicate, & combien elle exige de talens, de prudence, de connoissances & de précautions.

Il nous reste à donner quelques modeles généraux des différentes especes de rapports dont nous avons parlé ; nous commencerons par les exoënes.

Exoëne pour une prisonniere. Rapporté par moi maître chirurgien juré à Paris, qu'en vertu de l'ordonnance de messieurs les officiers du grenier à sel de cette ville, en date du 3 Mars 1695, je me suis transporté ès prisons du fort-l'évêque, aux fins de voir & visiter, au desir de ladite ordonnance, la nommée Jaqueline Bataille, âgée de 50 ans ou environ, à laquelle j'ai remarqué une glande tuméfiée & disposée à suppurer, située sous l'aisselle gauche, & un grand nombre de pustules dartreuses aux fesses & aux cuisses, outre qu'elle s'est plainte à moi d'avoir la fievre considérablement les soirs ; toutes lesquelles indispositions me paroissent être causées par un sang échauffé & corrompu, devenu tel par le mauvais air qu'elle respire depuis longtems, & par l'usage des mauvais alimens dont elle a été nourrie ; c'est pourquoi j'estime, sous le bon plaisir néanmoins de mesdits sieurs du grenier à sel, que ladite prisonniere a besoin pour guérir de ses incommodités, d'être saignée, purgée, & traitée suivant les regles de l'art, de respirer un meilleur air, & d'user de bons alimens. De plus, elle doit coucher, boire, & manger seule jusqu'à ce qu'elle soit en état de faire les remedes nécessaires ; sans ces remedes, elle ne manquera pas de communiquer ses maux aux autres prisonniers. Fait à Paris, les jour & an que dessus.

Rapport de la condition d'un coup d'arme à feu, pour savoir si l'arme a crevé dans la main du blessé, ou si le coup a été tiré exprès sur sa personne. Rapporté par moi soussigné maître chirurgien juré à Paris, que de l'ordonnance verbale de nosseigneurs du grand-conseil, j'ai vû & visité le nommé Edme Hamon dit Langevin, en présence de M. Lucas, procureur de la partie, qui ont requis de moi, si les blessures dudit Langevin ont été faites par une arme à feu crevée dans les mains du blessé, ou par un coup de cet arme qui lui auroit été porté en-dehors. Après avoir considéré avec attention toutes les cicatrices, leurs figures & leur situation, je les ai trouvées trop ramassées entr'elles pour procéder d'une arme crevée entre les mains du blessé, laquelle cause toujours à la main de terribles écartemens, qui produisent des cicatrices fort étendues ; ce qui me fait croire que ces cicatrices ont succédé à un coup qui a été tiré de propos délibéré sur la personne dudit Langevin. Fait à Paris ce 14 Avril 1662.

Rapport d'estimation de pansemens & médicamens pour une fracture compliquée à la cuisse. Nous médecin & chirurgien du roi en son châtelet de Paris, soussignés, certifions qu'en vertu d'une sentence contradictoire rendue au châtelet par M. le lieutenant civil, en date du 15 Février 1695, laquelle ordonne que les pansemens faits & fournis au sieur T... capitaine au régiment de, par le sieur B... chirurgien major des hôpitaux du roi, seront par nous prisés & estimés, après avoir préalablement vû & visité ledit sieur T... pour certifier de sa guérison, nous avons procédé à ladite visite, & que nous avons remarqué audit sieur T... deux cicatrices encore récentes, très-considérables & fort profondes ; savoir l'une située à la partie moyenne & antérieure de la cuisse droite, & l'autre à la partie moyenne & postérieure de la même cuisse, pareille à la précédente, que ledit blessé nous a dit être les vestiges d'un coup de mousquet, traversant la cuisse de part en part, & fracturant l'os dans son passage ; laquelle plaie nous a paru très-bien guérie, & avoir été très-sagement traitée ; ensorte que bien loin que le blessé ait lieu de se plaindre de la claudication à laquelle il est réduit, au contraire, nous l'estimons fort heureux que sa cuisse ait pû lui être conservée après une si terrible blessure. Sur quoi nous étant appliqués à l'examen du mémoire qui nous a été mis ès mains par ledit sieur B... & après avoir pesé juridiquement sur les soins, sujétions & assiduités qu'il a été obligé de rendre audit blessé pendant plus de sept mois, tant en la ville d'Ath, qu'en cette ville de Paris, nous estimons que bien que la somme de 1200 liv. demandée par ledit sieur B... ne soit pas exorbitante par rapport à un traitement aussi considérable, & à son heureux succès, il doit néanmoins se contenter de celle de 800 l. attendu qu'il nous est notoire que les biens dudit sieur T... ne répondent pas tout-à-fait à sa qualité & à sa naissance. Fait à Paris le 16 dudit mois & an.

Rapport fait par des matrones de leur visite d'une fille de trente ans qui avoit été forcée & violée. Nous Marie Mirau, Christophlette Reine, & Jeanne Portepoulet, matrones jurées de la ville de Paris, certifions à tous qu'il appartiendra, que le 22e jour d'Octobre de l'année présente 1672, par l'ordonnance de M. le prevôt de Paris, en date du 15 de cedit mois, nous nous sommes transportés dans la rue de Pompierre, en la maison qui est située à l'occident de celle où l'écu d'argent pend pour enseigne, une petite rue entre deux, où nous avons vû & visité Olive Tisserand, âgée de trente ans ou environ, sur la plainte par elle faite en justice contre Jacques Mudont, bourgeois de la ville de la Roche-sur-Mer, duquel elle a dit avoir été forcée & violée.

Le tout vû & visité au doigt & à l'oeil, nous avons trouvé qu'elle a les toutons dévoyés, c'est-à-dire la gorge flétrie ; les barbes froissées, c'est-à-dire l'os pubis ; le lippion recoquillé, c'est-à-dire le poil ; l'entrepet ridé, c'est-à-dire le périnée ; le pouvant débiffé, c'est-à-dire la nature de la femme qui peut tout ; les balunaux pendans, c'est-à-dire les levres ; le lippendis pelé, c'est-à-dire le bord des levres ; les baboles abattues, c'est-à-dire les nymphes ; les halerons démis, c'est-à-dire les caroncules ; l'entrechenat retourné, c'est-à-dire les membranes qui lient les caroncules les unes aux autres ; le barbideau écorché, c'est-à-dire le clitoris ; le guilboquet fendu, c'est-à-dire le cou de la matrice ; le guillenard élargi, c'est-à-dire le cou de la pudeur ; la dame du milieu retirée, c'est-à-dire l'hymen ; l'arriere-fosse ouverte, c'est-à-dire l'orifice interne de la matrice. Le tout vû & visité feuillet par feuillet, nous avons trouvé qu'il y avoit trace de... &c. Et ainsi nous dites matrones, certifions être vrai à vous M. le prevôt, au serment qu'avons fait à ladite ville. Fait à Paris le 23 Octobre 1672.

Ce rapport de matrones avec l'explication des termes ici transcrite, est tiré du tableau de l'amour du sieur Nicolas Venette, médecin. On l'a copié sur le dictionnaire de Trévoux.

Rapport de la visite d'une fille de dix ans, qui avoit été violée, & qui avoit en même-tems contracté la vérole. Rapporté par nous chirurgiens du roi, en sa cour de parlement, maître chirurgien juré à Paris, & maîtresse sage-femme jurée en titre d'office au châtelet de ladite ville, qu'en vertu d'une requête répondue par M. le lieutenant-criminel, en date du 27 Septembre dernier, laquelle ordonne que M. A. L. C. âgée de dix ans, fille de Joseph L. C. joueur d'instrumens, & de R. N. sa femme, sera par nous vue & visitée, nous nous sommes à cet effet assemblés en la maison de J. B. l'un de nous, auquel lieu ladite M. A. L. C. nous a été amenée par son pere ; lequel, avant qu'on procédât à la visite en question, nous a dit que sadite fille avoit été violée il y a six mois ou environ, & que deux mois après ladite violence, il lui avoit paru des pustules en différentes parties de son corps, accompagnées d'une inflammation douloureuse au pharynx, & d'une grande douleur de tête. Sur quoi l'ayant visitée en tout son corps, nous avons remarqué à sa vulve les vestiges d'une contusion & d'un écartement, qui ont procédé de l'intromission que l'on a faite en cette partie, que nous avons trouvée toute humectée du suintement des glandes vaginales. De plus, nous avons remarqué à ladite fille une inflammation ulcéreuse, & un gonflement sensible aux glandes du gosier, nommées amygdales, & quantité de pustules plates & farineuses à la tête, aux bras, aux cuisses, & en d'autres endroits de son corps, qui nous ont paru d'un mauvais caractere, & participer de virulence vénérienne. Enfin ladite M. A. L. C. ayant été interrogée par nous de ce qu'elle ressentoit en tout son corps, elle s'est plainte de ressentir des douleurs continuelles à la gorge & à la tête depuis quinze jours, & principalement la nuit ; ce qui nous a déterminés à déclarer qu'elle a besoin d'être incessamment traitée de la maladie vénérienne dans toutes les formes. Fait à Paris ce 9 jour du mois d'Octobre 1698.

Rapport au sujet d'un enfant étouffé. Nous médecin & chirurgien du roi en son châtelet de Paris, soussignés, certifions que cejourd'hui 21 Décembre 1689, en vertu de l'ordonnance de M. le lieutenant-criminel, nous nous sommes transportés en la rue des Rosiers, quartier S. Antoine, où est demeurant Josse Frocheux, maître cordonnier à Paris, pour voir & visiter le corps de Crépinian Frocheux, son fils, âgé de huit à neuf mois, décédé la nuit derniere, duquel nous avons trouvé la face de couleur violette & pourprée, la bouche & le nez couverts d'écume, & après l'ouverture que nous en avons faite, les poumons pleins d'un air écumeux. Pour raison de quoi, & de la bonne disposition de toutes les autres parties de son corps tant intérieures qu'extérieures, nous avons jugé qu'il a été étouffé & suffoqué par quelque personne endormie, par quelque animal qui s'est couché sur son visage, ou de quelqu'autre maniere à-peu-près semblable, qui ne peut nous être connue ; & nous avons été en quelque façon confirmés dans ce jugement par plusieurs personnes présentes à ladite visite, qui nous ont assuré que ledit enfant étoit le jour précédent en parfaite santé. Fait à Paris, &c.

Rapport concernant un corps mort de la foudre. Rapporté par moi maître chirurgien juré au bourg de Lonjumeau, qu'en vertu de l'ordonnance de M. le prevôt au siege dudit bourg, j'ai vu & visité le corps de feu Martin Josier, dit la Vallée, âgé de 40 ans ou environ, étant au service du sieur Bertrand Vaugire, receveur de la terre & marquisat de Chilly, en qualité d'un de ses charretiers ; auquel j'ai d'abord observé qu'il exhaloit de son cadavre une odeur sulphureuse, & je lui ai ensuite apperçu sur le haut de la tête un endroit plus froid que le reste du corps, ce qui m'ayant porté à examiner plus soigneusement ledit endroit, j'y ai trouvé nombre de poils brûlés & réduits en poussiere de la largeur d'un écu, & audessous une petite ouverture de figure ronde entourée d'un cercle noir ci, pénétrante comme une escare dans toute l'épaisseur des tégumens ; puis ayant introduit ma sonde dans cette ouverture, j'ai trouvé le crâne perforé dans toute son épaisseur, & ma sonde ne rencontroit aucun obstacle à pénétrer dans le vuide selon toute sa longueur ; sur quoi, aprés avoir dilaté les tégumens, j'ai connu que le crâne étoit percé sur le milieu de la suture sagittale. Après cela j'ai scié le crâne, & j'ai reconnu que tant la dure & la pie mere, que toute la substance du cerveau étoient dissoutes en forme de bouillie délayée dans une liqueur noire. Enfin, examinant la base du crâne, j'ai apperçu un trou se glissant obliquement de la selle de l'os sphénoïde vers l'os du palais, que j'ai trouvé percé du côté droit, & deux dents canines brisées en menues parties, & le muscle orbiculaire des levres tout noir & corrompu en-dedans. Toutes lesquelles observations font voir clairement que ledit Josier a été frappé de la foudre, qui lui ayant percé le crâne de part en part, est sortie par la bouche, pendant l'orage qu'il a fait ce matin. Fait au bourg de Lonjumeau, le 26 Juin 1680.

Rapport concernant deux garçons rôtisseurs, l'un trouvé mort, & l'autre fort malade de la vapeur du charbon. Rapporté par moi maître chirurgien juré à Paris, que ce 16 Janvier 1681, j'ai été mandé avec empressement, à cinq heures du matin, en la rue aux Ours, dans une maison où est demeurant le sieur L. maître rôtisseur à Paris, auquel lieu j'ai été conduit au cinquieme étage dans un petit réduit fermé de planches, où étoient gissans les nommés Olivier Graville & Jacques Usart, deux des garçons dudit sieur L. que j'ai trouvés ayant la face de couleur plombée, sans pouls, sans mouvement, sans parole, & avec une froideur universelle ; & comme je me suis d'abord apperçu que la fumée du charbon les avoit réduits en cet état par la mauvaise odeur dont ce petit lieu étoit encore infecté, j'en ai fait promtement tirer l'un d'eux, qui est ledit Jacques Usart, en qui j'ai remarqué quelques signes de vie par un battement fort obscur que je lui ai senti à l'endroit du coeur, ledit Olivier étant mort sans ressource. Or pour secourir ledit Usart encore vivant, je lui ai ouvert la bouche avec un instrument convenable, je lui ai fait avaler un vomitif, & je lui ai soufflé dans les narines de la poudre d'euphorbe pour lui exciter l'éternuement ; lesquels remedes ayant opéré, ledit Usart a ouvert les yeux & recouvré la parole, se plaignant d'une grande pesanteur de tête, & d'une extrême lassitude & foiblesse. Après quoi j'ai conseillé audit sieur L. de faire appeller son médecin pour ordonner au malade en question les autres remedes dont il a besoin pour être parfaitement rétabli. Fait à Paris, &c.

Rapport de visite du cadavre d'une femme qui s'étoit défaite elle-même par suspension. Nous médecin & chirurgien du roi en son châtelet de Paris, soussignés, certifions que sur le requisitoire de M. le commissaire M... nous nous sommes transportés, rue du Monceau S. Gervais, vis-à-vis le grand portail de S. Jean en Greve, à la premiere chambre d'une maison où pend pour enseigne la corne de cerf ; auquel lieu, en présence dudit sieur commissaire & du sieur Bon de Billy l'un des chirurgiens du nouveau châtelet, nous avons visité le cadavre d'une femme qui étoit âgée d'environ 65 à 70 ans, ayant la langue noire, épaisse, & sortant un peu hors de la bouche avec un excrément gluant, rougeâtre & visqueux, venant tant de la bouche que du nez, lequel cadavre on nous a dit être celui de N. D. veuve du nommé T. maître couvreur à Paris. Nous avons trouvé ledit cadavre droit, l'extrêmité des piés à fleur de terre, & attaché par le cou à une solive qui sert de soutien à une soupente, par le moyen d'un cordon composé de deux rubans de fil de différente étendue, l'un large d'un pouce, & l'autre plus étroit, faisant les deux ensemble plus de six aulnes de longueur, avec un gros noeud composé de plusieurs, lequel cordon pendant en bas, formoit une anse qui passoit entre le menton & le larynx par-dessous les angles de la mâchoire inférieure, & entre les oreilles & les apophyses mastoïdes, & par-derriere sur les parties moyennes & latérales de l'occiput, ayant fait une profonde impression à toutes ces parties, & notamment au-dessous de la symphise du menton, ou étoit le noeud qui unissoit tous les bouts du licou, au-dessous duquel étoit encore une autre petite corde faisant six tours autour du cou sans le comprimer. Desorte qu'ayant examiné toutes les circonstances ci-dessus énoncées, aussi bien que celles qui sont insérées au procès-verbal dudit sieur commissaire, & après avoir examiné toutes les parties dudit cadavre, tant intérieures, qu'extérieures, les unes aprés les autres, nous avons reconnu que la seule cause de la mort de cette femme a été celle du licou qu'elle s'étoit elle-même préparé, selon toutes les apparences. Fait à Paris, le 7 Mars 1690.

Certificat pour un religieux prêtre, tendant à obtenir en cour de Rome la permission de continuer à dire la messe. Nous soussignés, maîtres chirurgiens à Paris, certifions à tous qu'il appartiendra, qu'au mois de Juillet dernier, & pendant une partie de celui d'Août suivant, nous avons pansé le R. P. Raymond, prêtre, religieux du tiers-ordre de S. François, au couvent de Picpusse, de son pouce droit, brisé & dilacéré par la détente du ressort du gros horloge de la maison, dans les roues duquel cette partie se trouva embarrassée, & que nous fumes obligés de lui extirper cet organe à l'heure même dans la jointure de la premiere phalange avec l'os du métacarpe, étant impossible de le lui conserver ; ce qui n'empêche pas néanmoins qu'il ne soit parfaitement guéri de cette amputation, que les autres quatre doigts de sadite main ne fassent leur action à l'ordinaire, & ne suppléent par conséquent en quelque maniere au défaut du pouce dont il est privé, au moyen de quoi il est encore en état de satisfaire pleinement à la plûpart des fonctions sacerdotales, & notamment à celle de célebrer la sainte-messe. En foi de quoi nous avons signé le présent certificat pour valoir ce que de raison. Fait à Paris, ce 17 Septembre 1696.

Rapports de corps morts. Premier rapport de l'ouverture du corps de Charles IX. L'an 1574, le 14 avant les calendes de Juin, à quatre heures après midi, l'on fit l'ouverture du corps de Charles IX. très-chrétien, roi de France.

Dans laquelle on apperçut & observa ce qui suit : tout le parenchyme du foie se trouva exangue & desséché ; & les extrêmités de ses lobes vers les parties concaves tendantes à noirceur : la vésicule du foie dénuée de bile, affaissée sur elle-même & un peu noirâtre. La rate étoit sans aucun vice ; il en étoit de même de l'estomac, dont le pylore étoit dans toute son intégrité. L'intestin colon étoit teint de jaune, & d'ailleurs dans son état naturel. L'épiploon étoit d'une mauvaise couleur, exténué à l'excès, brisé en partie, & sans aucune graisse. Les deux reins, la vessie de l'urine, & les ureteres n'avoient contracté aucun vice.

Le coeur étoit flasque, & comme tabide ; & il ne se trouva, contre l'ordinaire, aucune humidité renfermée dans le péricarde. Le poumon gauche étoit tellement adhérent aux côtes, jusqu'aux clavicules, contre l'ordre naturel, qu'on ne put l'en détacher sans le rompre & le déchirer, & sa substance étoit toute pourrie, dans laquelle il s'étoit formé une vomique dont la rupture fournit une excrétion purulente, putride & de très-mauvaise odeur, & en si grande quantité qu'elle regorgeoit par l'âpre artere, laquelle purulence ayant intercepté la respiration, avoit causé à ce monarque une mort soudaine.

Le poumon droit étoit sans adhérence, ayant néanmoins plus de volume qu'il n'en auroit dû avoir naturellement ; & il étoit rempli dans sa partie supérieure d'une humeur pituiteuse, muqueuse & écumeuse, qui tenoit beaucoup de la purulence. Le cerveau étoit parfaitement sain.

Second rapport de l'ouverture du corps mort d'Henri III. Nous, soussignés, conseillers-médecins & chirurgiens ordinaires du roi, certifions que le jour d'hier mercredi de ce présent mois d'Août 1589, environ les dix heures du matin, suivant l'ordonnance de M. le grand-prevôt de France & hôtel du roi, nous avons vu & diligemment visité le corps mort de défunt de très-heureuse mémoire & très-chrétien Henri III. vivant, roi de France & de Pologne, lequel étoit décédé le même jour, environ les trois heures après minuit, à cause de la plaie qu'il reçut de la pointe d'un couteau au ventre inférieur, au-dessous du nombril, partie dextre, le mardi précédent, sur les huit ou neuf heures du matin, & à raison des accidens qui survinrent à sa majesté très-chrétienne si-tôt après icelle plaie reçue, de laquelle & accidens susdits reçus, nous avons fait plus ample rapport à justice.

Et pour avoir plus ample connoissance de la profondeur de ladite plaie & des parties intérieures offensées, nous avons fait ouverture dudit ventre inférieur avec la poitrine & la tête. Après diligente visitation de toutes les parties contenues au ventre inférieur, nous avons trouvé une portion de l'intestin grêle, nommé ilion, percée d'outre en outre, selon la largeur du couteau, de la grandeur d'un pié, qui nous a été représenté saigneux plus de quatre doigts, revenant à l'endroit de la plaie extérieure ; & préfondant plus avant, ayant vuidé une très-grande quantité de sang répandu par cette capacité, avec gros thrombus ou caillots de sang, nous avons aussi vu le mésentere percé en deux divers lieux, avec incision des veines & artères.

Toutes les parties nobles, les naturelles & animales contenues en la poitrine, étoient bien disposées, &, suivant l'âge, bien tempérées, & sans aucune lésion, ni vice, excepté que toutes les susdites parties, comme aussi les veines & arteres tant grosses que petites, étoient exangues & vuides de sang, lequel étoit très-abondamment sorti hors par ces plaies internes, principalement du mésentere, & retenu dedans ladite capacité, comme en un lieu étranger & contre la nature, à raison de quoi la mort de nécessité, & en l'espace d'environ dix-huit heures, est advenue à sa majesté très-chrétienne, étant précédée de fréquentes foiblesses, douleurs extrêmes, suffocations, nausées, fievre continue, altération, soif intolérable, avec de très-grandes inquiétudes, lesquelles indispositions commencerent un peu après le coup donné, & continuerent ordinairement jusqu'au parfait & final syncope de la mort, laquelle, pour les raisons & accidens susdits, quelque diligence qu'on y eût pû apporter, étoit inévitable. Fait, sous nos seings manuels, au camp de S. Cloud près Paris, le jeudi matin 3 d'Août 1589.

Troisieme rapport de l'ouverture du corps mort d'Henri IV. S'est trouvé par les médecins & chirurgiens soussignés ce qui suit :

Une plaie au côté gauche, entre l'aisselle & la mamelle, sur la deuxieme & troisieme côte d'enhaut, d'entrée du travers d'un doigt, coulant sur le muscle pectoral vers ladite mamelle, de la longueur de quatre doigts, sans pénétrer au-dedans de la poitrine.

L'autre plaie au plus bas lieu, entre la cinquieme & sixieme côte au milieu du même côté, d'entrée de deux travers de doigt, pénétrant la poitrine, & perçant l'un des lobes du poumon gauche, & de-là coupant le tronc de l'artere veineuse, à y mettre le petit doigt, un peu au-dessus de l'oreille gauche du coeur. De cet endroit l'un & l'autre poumon a tiré le sang, qu'il a jetté à flots par la bouche, & du sur plus se sont tellement remplis, qu'ils s'en sont trouvés tout noirs comme d'une échymose.

Il s'est trouvé aussi quantité de sang caillé en la cavité de ladite poitrine, & quelque peu au ventricule droit du coeur, lequel ensemble les grands vaisseaux qui en sortent, étoient tout affaissés de l'évacuation, & la veine cave au droit du coup fort près du coeur, a paru noircie de la contusion faite par la pointe du couteau. Pourquoi tous ont jugé que cette plaie étoit seule & nécessaire cause de la mort.

Toutes les autres parties du corps se sont trouvées fort entieres & saines, comme tout le corps étoit de très-bonne température & de très-belle structure. Fait à Paris.

On ne lit point ce dernier rapport sans émotion, parce que l'imagination ne peut ici séparer la nature de la plaie de la personne dont elle causa nécessairement la mort, c'est-à-dire du meilleur & du plus grand roi qu'ait eu la France ; le vainqueur & le pere de son peuple cependant cruellement assassiné par un horrible parricide dans sa capitale, & au milieu de ses sujets qui l'adoroient.

Comme la matiere des rapports est très-importante en elle-même & au bien public, on a cru devoir la traiter avec étendue ; & pour ne rien obmettre, on pense qu'il est bon d'indiquer les principaux auteurs qu'on peut consulter dans l'occasion.

Auteurs sur les rapports. Ammanus (Paulus) Medicina critica, sive decisoria. Lips. 1677, in-4°.

Blegni (Nicolas), la doctrine des rapports en Chirurgie. Lyon, 1684, in-12. premiere édition.

Bohnius (Joan.), de renunciatione vulnerum, Lips. 1689, in-4 °. & 1711, in-4°. Amstelod. 1732.

Codronchius (Bapt.), Methodus certificandi. Imoli. 1597. C'est le premier livre imprimé sur les rapports ; mais l'auteur, dans son ouvrage, ne respire que la philosophie d'Aristote.

Dencherus, de vulneris inspectione post homicidium, Helmstadii, 1727, in-4 °.

Feltmannus (Gerhaldus), de cadavere inspiciendo, Bremae, 1692, in-4 °.

Fidelis (Fortunatus), italien, de relationibus Medicorum, lib. IV. Venet. 1617, in-4 °. Lips. 1674, in-8 °. bonne édition. Cet ouvrage concerne sur-tout les rapports politiques ; & l'auteur est assez exact, quoique trop attaché aux opinions des anciens.

Gendry, maître chirurgien d'Angers, les moyens de bien rapporter en justice. Angers, 1650, in-12. livre tombé dans l'oubli.

Paré (Ambroise) a traité dans ses oeuvres la matiere des rapports.

Reinesius (Thomas), schola Jurisconsultorum medica. Lips. 1679, in-8 °.

Sebizius (Melchior), examen vulnerum corporis humani partium, Argentorati, 1639, in-4 °. Il y a beaucoup de recherches anatomiques dans cet ouvrage.

Suevus (Bernardus), tractatus de inspectione vulnerum laethalium & sanabilium. Marpurgi, 1629, in-4 °.

Techmeyeri (Hermanni-Friderici), Institutiones medico-legales, Jenae, 1723, in-4 °.

Valentini (Michael-Bernardi), Pandectae medico-legales, Francof. ad Maenum, 1701, deux vol. in-4°.

De Vaux, l'art de faire des rapports en Chirurgie, Paris, 1693, 1730 & 1743, in-12. C'est un excellent livre, le plus simple, le plus sage, &, en son genre, le meilleur de tous.

Welschius (Gotofred.), Rectionale vulnerum laethalium judicium. Lipsiae, 1662, in-8 °. 1674, in-4 °.

Zacchias (Paulus), romanus, Quaestiones medico-legales, Avenione, 1660, in-fol. tome premier. Lugd. 1661, tome second, in-fol. & plusieurs fois réimprimé depuis ; c'est un auteur fort connu. (D.J.)

RAPPORT, en terme de commerce de mer, signifie une déclaration que le maître d'un vaisseau marchand doit faire à l'amirauté, vingt-quatre heures après son arrivée dans le port, par laquelle il énonce le lieu d'où il est parti, le tems de son départ, en quoi consiste le chargement de son navire ; les hasards qu'il a courus ; les désordres arrivés dans son bord, & enfin toutes les circonstances essentielles de son voyage, & représenter en même-tems le congé qu'il a eu de l'amiral pour aller en mer.

Les capitaines des vaisseaux armés en guerre sont tenus de se conformer à la même police pour les prises qu'ils font : les droits de ces rapports se payent aux greffes des amirautés, qui pour les recevoir doivent être ouverts en tout tems depuis huit heures jusqu'à onze heures du matin, & depuis deux heures après midi jusqu'à six. Diction. de Commerce.

RAPPORT, ouvrage de, (Ebénisterie) on appelle ouvrages de rapport, des ouvrages faits de plusieurs pierres, ou de bois, de différentes couleurs, dont on forme des desseins & des représentations de compartimens d'oiseaux, de feuillage, & même de figures humaines ; la mosaïque & la marqueterie sont des ouvrages de rapport. (D.J.)


RAPPORTERv. act. (Grammaire) ce verbe a toutes les acceptions du substantif rapport ; voyez l'article RAPPORT. On dit, j'ai renvoyé ces présens, on me les a rapportés : ce chien rapporte-t-il ? ce mets me cause des rapports : on s'est appliqué à les choquer par de faux rapports : les chirurgiens ont fait un rapport : cette affaire a été rapportée au conseil : vous serez obligé de rapporter à la succession : les voyageurs rapportent que dans plusieurs contrées on offre l'usage de sa femme, de sa fille aux étrangers qui y abordent : je m'en rapporte à votre jugement : ces deux relations se rapportent : ces deux mots ne se rapportent pas : il faut rapporter toutes ses actions à quelque fin honnête : malheur à celui qui rapporte tout à son propre intérêt : Alexandre eut la sotte vanité de rapporter son origine aux dieux : vous ne rapporterez de cette entreprise ni honneur ni profit : combien votre argent vous rapporte-t-il ? cette terre n'est pas de bon rapport : ces arbres, ces sortes d'emplois sont d'un petit rapport.

RAPPORTER, signifie, dans l'Arpentage, l'action de tracer sur le papier, par le moyen d'un rapporteur, les mesures que l'on a prises sur le terrein.

L'art de rapporter est, pour-ainsi-dire, la moitié de l'arpentage. Voyez ARPENTAGE.

L'aiguille dont on se sert pour cette opération est une aiguille très-fine, dont une des extrêmités est enfoncée dans un manche pour la commodité de l'opération, & dont on se sert pour piquer les degrés & les minutes qu'on veut prendre sur le limbe du rapporteur. Voyez RAPPORTEUR. (E)

RAPPORTER, au jeu de Mail, signifie remettre sa boule à cinquante pas de la passe quand on la lui a fait passer en moins de coups qu'on n'est convenu d'en jouer.


RAPPORTEURS. m. (Géom.) est un instrument dont les Arpenteurs se servent, & par le moyen duquel ils rapportent & tracent sur le papier les angles qu'ils ont pris sur le terrein avec le demi-cercle, le graphometre ou l'équerre d'arpenteur. Voyez LEVER UN PLAN.

Le rapporteur consiste en un limbe demi-circulaire B A G (Planche de l'arpentage fig. 29.) qui est de cuivre, d'argent, de corne, ou de quelque autre matiere semblable. Ce limbe est divisé en 180 degrés, & terminé par le diamêtre B A, au milieu duquel il y a une petite entaille ou levre, appellée le centre du rapporteur.

Sur le limbe du rapporteur on écrit aussi quelquefois les nombres qui désignent les angles au centre des polygones réguliers : ainsi vis-à-vis le nombre 5, qui marque les côtés du pentagone, on trouve 72, qui est l'angle au centre du pentagone. Voyez POLYGONE.

Usage du rapporteur. 1. Pour tracer sur le papier un angle d'un nombre de degrés donnés. Supposons, par exemple, qu'il s'agisse de tirer du point o une ligne qui fasse un angle de 50 degrés avec la ligne A o B : mettez le centre du rapporteur sur le point o, & son diamêtre sur la ligne A o B. Faites ensuite un point sur le papier vis-à-vis de l'endroit où sont marqués 50 degrés sur le limbe du rapporteur ; par ce point & par le point o tirez une ligne o P, cette ligne fera avec A o B l'angle proposé de 50 degrés.

2. Pour trouver la quantité d'un angle donné ; par exemple le nombre de degrés que contient l'angle P o A, mettez le centre du rapporteur sur le sommet de l'angle o, & son diamêtre sur la ligne o A, l'endroit où le timbre sera coupé par la ligne o P marquera le nombre de degrés que contient l'angle P o A, c'est-à-dire 50.

3. Pour inscrire dans un cercle un polygone régulier quelconque, par exemple un pentagone, mettez le centre & le diamêtre du rapporteur sur le centre & sur un diamêtre du cercle proposé ; & marquez sur le cercle un point vis-à-vis le nombre de degrés que doit avoir l'angle au centre du polygone, qui est, dans ce cas-ci, 72. Par cette marque & par le centre du cercle tirez une ligne qui coupe la circonférence. Du point d'intersection de cette ligne au point où le diamêtre du rapporteur coupe la circonférence, tirez une ligne droite ou corde du cercle. Cette ligne sera le côté du pentagone, dont on prendra ensuite la longueur avec le compas, pour la porter tout-autour de la circonférence ; on aura ainsi les points par où doit passer le polygone inscrit, & il n'y aura plus qu'à joindre ces points par des lignes droites pour achever de décrire le polygone. Voyez POLYGONE.

4. Pour décrire sur une ligne donnée un polygone proposé, par exemple un octogone, ôtez de 180 degrés l'angle au centre du polygone, qui est ici 45d. il restera 135 pour l'angle que font entr'eux deux côtés consécutifs de l'octogone cherché ; & la moitié de cet angle est 67 1/2 ; mettant donc le diamêtre du rapporteur sur la ligne donnée, de maniere que son centre soit sur une des extrêmités de cette ligne, vous marquerez un point vis-à-vis de 67d 1/2, & par ce point & le centre du rapporteur vous tirerez une ligne droite. Vous ferez la même chose à l'autre extrêmité de la ligne donnée, en y mettant le centre du rapporteur ; le point où se couperont les deux droites tirées par les deux extrêmités de la ligne donnée, sera le centre du cercle qui doit être circonscrit à l'octogone ; décrivant donc ce cercle, & portant huit fois sur sa circonférence la longueur de la ligne donnée, on n'aura plus qu'à joindre tous les points qu'on aura marqués, pour avoir l'octogone entier.

Le rapporteur perfectionné est un instrument fort semblable au précédent, excepté qu'il contient un peu plus de lignes, moyennant quoi on peut aller jusqu'à prendre des angles composés de degrés & de minutes, ce qui est impraticable avec le rapporteur simple. (E)

RAPPORTEUR, ou outil à placer les roues de rencontre, (Horlogerie) c'est un instrument (voyez les Pl. & les fig. de l'Horlogerie) dont les Horlogers se servent pour les trous de la roue de rencontre, à-peu-près comme ils employent l'outil à rapporter des trous ; on l'employe pour prendre l'élévation de certains points ou trous au-dessus des platines. Il est composé de trois pieces ; 1°. de la piece m p mobile autour du point m, du ressort r qui la pousse continuellement vers le bout B de la vis V, & de cette vis au moyen de laquelle on la fait élever ou baisser à volonté. Il doit y avoir de plus dans l'entaille E une petite partie adaptée fixement en croix avec l'instrument, afin que lorsque l'on le serre sur la platine, il ne puisse bercer dans aucun sens. Voici comme on s'en sert, on le présente sur la platine & on voit si la pointe p donne précisément dans le trou de la roue de rencontre qu'on veut boucher : si elle n'y donne pas, & qu'elle donne plus haut, on l'abaisse un peu au moyen de la vis v, jusqu'à ce qu'elle donne précisément dedans ; ensuite on serre la vis s pour que cette hauteur ne change point. Le trou étant bouché, on représente de nouveau l'instrument & on le traîne un peu sur la platine, en faisant porter la pointe p contre l'endroit où étoit le trou ; alors elle marque un petit trait qui détermine la hauteur du trou.

RAPPORTEUR, (Barreau) Voyez RAPPORT, Barreau. J'ajouterai seulement que l'office d'un rapporteur exige qu'il mette de l'ordre dans les preuves, de la clarté dans les informations, de la précision dans la récapitulation, & des motifs dans son avis ; tout le reste auroit un air d'affectation, d'envie de briller, de légereté, d'inattention, de précipitation, ou de vaine gloire. (D.J.)


RAPPORTONS. m. terme de Maçon ; masse de pierres propre à fendre en ardoise ; on l'appelle autrement calot.


RAPPRENDREv. act. (Gramm.) c'est apprendre derechef, ce que l'on a su & oublié. On rapprend un discours, un poëme, un rôle. On rapprend un air sur le clavessin ; on rapprend à chanter, à danser, à tirer des armes, à jouer d'un instrument. On ne rapprend guere a être honnête homme.


RAPPROCHERv. act. (Gramm.) c'est diminuer l'éloignement qui sépare deux choses ; il se dit au simple & au figuré. On rapproche un corps d'un autre ; on se rapproche de quelqu'un ; on se rapproche de l'église, &c.

RAPPROCHER, terme de Jardinier ; il se dit des arbres ; c'est raccourcir les branches des arbres qui s'ouvrent trop, ou les branches qui ayant été laissées trop longues ou trop étendues, sont en espalier ou en buisson, & causent un désagrément dans l'arbre, en y rendant vuide un endroit qui doit être garni ; les branches raccourcies en produisent de nouvelles à leur extrêmité, qui rendent l'arbre plus fourni. (D.J.)

RAPPROCHER, terme de Vénerie ; rapprocher un cerf ou le pour chasser, c'est faire aller les chiens doucement, tenir la voie d'une bête qui est passée deux ou trois heures auparavant. Ce mot veut dire aussi aller querir une bête fortlongée.


RAPSA(Géog. anc.) il y a deux villes de ce nom. La premiere, ville de la Médie, étoit dans les terres, selon Ptolémée, liv. VI. ch. ij. qui la place entre Gerepa & Audriaca. La seconde étoit une ville de l'Afrique intérieure. Pline, liv. V. c. v. la met au nombre des villes qui furent subjuguées par Cornelius Balbus. (D.J.)


RAPSODEvoyez RHAPSODE.


RAPSODOMANTIEvoyez RHAPSODOMANTIE.


RAPTRAVISSEMENT, (Synon.) ces mots signifient enlévement violent & forcé ; on dit mieux le rapt de Ganymede fut fait par un aigle, que le ravissement de Ganymede ; cependant, on dit indifféremment le ravissement d'Helene, des Sabines, de Proserpine, ou le rapt d'Helene, des Sabines, de Proserpine ; mais en jurisprudence on dit rapt sans génitif ; il a été convaincu de rapt, le crime de rapt est capital, & l'ordonnance en France s'étend aux filles comme aux garçons. (D.J.)

RAPT, (Jurisprud.) est l'enlévement que quelqu'un fait de son autorité privée, d'une personne qu'il conduit ou fait conduire & detenir dans un lieu autre que celui où elle faisoit sa demeure ordinaire, soit dans la vue de corrompre cette personne, ou de l'épouser, ou de lui faire contracter quelqu'autre engagement.

Ce crime se commet en enlevant une fille, une femme ou une veuve de la maison de son pere, de son mari ou de la sienne propre, ou de celle de son tuteur ou curateur, ou même de tout autre endroit, ou en enlevant une religieuse de son couvent.

C'est aussi un rapt que d'enlever un mineur ou un fils de famille que l'on soustrait à la puissance de ses pere, mere, tuteur ou curateur, pour lui faire contracter mariage à l'insçu & sans le consentement de ceux à la prudence desquels il est soumis.

On distingue deux sortes de rapt : l'un qui se fait par violence & malgré la personne ravie, & celui-là est le rapt proprement dit ; l'autre qu'on appelle rapt de séduction, est celui qui se fait sans aucune résistance de la part de la personne ravie, & qui a lieu lorsque par artifice, promesses ou autrement, on séduit des fils ou filles mineurs & qu'on les fait consentir à leur enlevement ; on l'appelle aussi raptus in parentes, parce qu'il se commet contre le gré des parens ; ce rapt fut puni par Solon encore plus sévérement que celui qui auroit été commis par violence.

L'enlevement des filles & femmes a toujours été suivi de grands malheurs, & a même souvent occasionné des guerres sanglantes ; tel fut l'enlevement de Dina, fille de Jacob, qui porta Siméon & Lévi ses freres à massacrer les Sichimites ; tel fut encore l'enlevement de la belle Hélene qui fut cause de la destruction de Troye.

Il y avoit une loi à Athènes que quelques-uns attribuent à Solon, d'autres à Dracon, qui condamnoit le ravisseur à épouser celle qu'il avoit ravie, ou à subir la mort.

Les Romains furent d'abord peu délicats sur le rapt, témoin l'enlevement des Sabines. Dans la suite ils établirent des peines, mais assez légeres pour un si grand crime. La loi Julia de vi publicâ, au ff. ne prononçoit que l'interdiction de l'eau & du feu, à laquelle succéda la déportation.

Ces peines furent changées & augmentées dans la suite, à mesure que le crime de rapt devint plus fréquent. On peut voir dans le Code théodosien les constitutions faites sur ce sujet par les empereurs Constantin, Constance, Majorien & Jovien.

Justinien a refondu toutes ces lois dans la loi unique, au code de raptu virginum & viduarum ; il ordonne par cette loi que tous les ravisseurs des vierges ou femmes mariées seront, ainsi que leurs complices, punis de mort & leurs biens confisqués, lorsque les personnes ravies étoient de condition libre ; & si le ravisseur étoit de condition servile, il y avoit contre lui peine du feu : il déclare que le consentement de la personne ravie, ni celui de ses pere & mere, donné depuis l'enlevement, ne pourront exempter le ravisseur de cette peine ; que les pere & mere qui dans ce cas garderont le silence, ou qui s'accommoderont à prix d'argent, subiront eux-mêmes la peine de la déportation : il permet aux pere & mere, tuteurs & curateurs, freres & soeurs, maîtres & parens de la personne ravie, de tuer le ravisseur & ses complices qu'ils surprendroient dans l'acte même de l'enlevement ou dans leur fuite ; il ne veut pas que le ravisseur puisse s'aider de la prescription ni de la voie de l'appel, ni qu'il puisse jamais épouser la personne ravie quand même elle ou ses parens y consentiroient.

La loi raptores cod. de episcop. & cleric. qui concerne le rapt des religieuses & des diaconesses, porte qu'outre la peine de mort les biens seront confisqués au profit du monastere des religieuses ou de l'église à laquelle la personne ravie étoit attachée ; elle permet aussi au pere & autres parens, tuteurs & curateurs de tuer le ravisseur surpris en flagrant délit.

La novelle 123. prononce la même peine de mort contre le ravisseur & ses complices, soit que la religieuse ait consenti ou non ; & au cas qu'elle ait consenti, la loi veut qu'elle soit punie sévérement par la supérieure du monastere.

Par rapport à la confiscation, les novelles 143 & 150. décident qu'elle appartiendra au fisc & non à la personne ravie, ni à ses parens qui s'en sont rendus indignes pour n'avoir pas veillé suffisamment à la garde de leurs enfans.

L'église, outre la peine de l'excommunication, défendoit autrefois au ravisseur de jamais épouser la personne ravie, même de son consentement.

Mais par le droit nouveau l'on a permis le mariage lorsque la fille ayant été remise en liberté, persiste à consentir au mariage.

Le concile de Trente ordonne la même chose, & veut de plus que le ravisseur dote la personne ravie à l'arbitrage du juge.

Les anciennes lois des Francs, telles que les lois gombettes & les lois saliques, ne prononçoient contre le ravisseur qu'une amende plus ou moins forte, selon les circonstances.

Mais les dernieres ordonnances ont avec raison prononcé des peines plus séveres.

Celle de Blois, art. 42, veut qu'en cas de rapt de filles ou fils mineurs qui sont attirés par blandices à épouser sans le gré & consentement de leurs pere & mere, le ravisseur soit puni de mort sans espérance de rémission & de pardon, & nonobstant tout consentement que les mineurs pourroient alléguer par après avoir donné audit rapt ; elle veut aussi que l'on procede extraordinairement contre tous ceux qui auront participé au rapt.

La déclaration du 26 Novembre 1639, veut pareillement que les ravisseurs de fils, filles ou veuves soient punis de mort & leurs complices, sans que cette peine puisse être modérée.

Elle déclare même les filles, veuves, mineures de vingt-cinq ans, qui après avoir été ravies contracteront mariage contre la teneur des ordonnances, notamment de celle de Blois, privées par le seul fait, & les enfans qui en naîtront, de toutes successions directes & collatérales, & de tous droits & avantages qui pourroient leur être acquis par mariage, testamens, dispositions de coutume, même de la légitime, voulant que le tout soit confisqué & employé en oeuvres pies.

Cette même loi déclare les mariages faits avec les ravisseurs pendant que la personne ravie est en leur possession, non-valablement contractés, sans qu'ils puissent être confirmés par le tems ni par le consentement des pere & mere, tuteurs & curateurs, & s'ils sont faits après que la personne ravie a été remise en liberté, ou qu'étant majeure elle ait donné un nouveau consentement pour le mariage, les enfans qui naîtront de ce mariage sont déclarés indignes & incapables de légitime & de toute succession, & les parens qui auroient favorisé ces mariages sont aussi déclarés incapables de succéder aux personnes ravies, & défenses sont faites à toutes personnes de solliciter pour eux des lettres de réhabilitation.

L'ordonnance de 1670 met le crime de rapt au nombre de ceux qui ne sont pas susceptibles de lettres de grace ; mais elle n'entend parler que de rapt fait par violence & non du rapt de séduction.

Toutes ces dispositions ont encore été confirmées par la déclaration du 22 Septembre 1710, par laquelle il est défendu d'exempter de la peine de mort le ravisseur qui consentoit d'épouser la personne ravie, comme cela se pratiquoit en Bretagne & dans quelques autres provinces.

Sur le rapt, voyez le décret de Gratien, de raptoribus ; le code théodosien & le code de Justinien, tit. de raptu virginum ; Julius Clarus, Fontanon, Papon, Despeisses, Gui Pape, & le traité des matieres criminelles de M. de Vouglans.


RAPTA(Géog. anc.) ville de l'Ethiopie, sous l'Egypte, située vraisemblablement sur le bord du fleuve Raptus. Arrien, dans son périple de la mer Rouge, dit que Rapta étoit le dernier entrepôt de l'Azanie (aujourd'hui Aïan) ; c'est là que ce navigateur finit sa course, en ajoutant qu'au-delà, l'Océan n'est pas trop bien connu, qu'il tourne vers le couchant, & qu'il va se mêler avec la mer occidentale, au sud de l'Ethiopie, de l'Afrique & de la Libye.

Ptolémée place la ville de Rapta, & le fleuve Raptus au 7e degré de latitude. On croit communément que le fleuve Raptus est la riviere de Zébée d'aujourd'hui, qui prend sa source assez près de la rade de Maleg (l'Astapus des anciens), & qui se jette dans la mer à Quilmanci, dans le royaume de Mélinde ; mais ne seroit-il pas plutôt la rade de Cuabo, dans le royaume de Quiloa ? Il semble que cela cadre beaucoup mieux avec la position que Ptolémée & M. Delisle lui-même donnent au cap Raptum, que le dernier de ces géographes place vers le 10e degré de latitude-sud.

Il est étonnant que M. Delisle ait placé la ville de Rapta, & l'embouchure du fleuve Raptus, 7 degrés au moins en-deçà du cap, c'est-à-dire, entre le 2e & le 3e degré. La distance est assurément trop forte ; Ptolémée ne la fait que d'un degré 25 minutes, & c'est à-peu-près celle qui se trouve entre l'embouchure du Cuabo & le cap Delgado, qui en ce cas seroit le cap Raptum. Il y a encore une raison qui favorise cette conjecture, c'est que Ptolémée dit que depuis l'Arabie heureuse jusqu'au cap Raptum, on fait voile au sud-ouest, mais que de-là au cap Prassum, on tire au midi & à l'orient : or, du cap Delgado à Mosambique, qui est le cap Prassum, la côte ne va plus au sud-ouest comme auparavant ; elle court droit au sud. (D.J.)


RAPUNTIUMS. m. (Botan.) genre de plante dont la feuille & le fruit ressemblent à la campanule. La fleur est monopétale, divisée en plusieurs segmens, & renfermée dans une gaine. Tournefort compte seize especes de ce genre de plante dont les fleurs nommées fleurs cardinales sont cultivées par les curieux, à cause de leur beauté. La premiere espece surtout, qui est la grande, l'emporte sur toutes les autres par l'éclat de sa couleur rouge. Il y en a aussi de très-belles à fleurs bleues, à fleurs blanches, à fleurs d'un jaune doré, à fleurs pourpres, à fleurs violettes, les unes simples, les autres doubles.


RAPURES. f. est la réduction d'un corps dur comme le bois en poudre, ou en petites particules ; telle est la rapure de corne de cerf & du bois de gayac.


RAPUROIRS. m. (terme de Salpétrier) vaisseau ou futaille de bois ou de cuivre, dont se servent les Salpétriers pour mettre le salpêtre de la premiere cuite. (D.J.)


RAQUEou POMME DE RACAGE ou CARACOLETS, (Marine) c'est une boule percée, qui sert à faire un racage. Voyez RACAGE.

Raque, épithete qu'on donne à un cordage gâté, écorché ou coupé.

Raque de haubans, raque qu'on met dans les grands haubans, & dans les haubans de misaine où passent les cargues, les bras, &c.

Raque gougée, c'est une raque à laquelle on fait une échancrure sur le côté, telle qu'on y peut faire entrer une corde d'une moyenne grosseur.

Raque encochée, raque gougée qui a une coche tout-autour, dans laquelle on passe le bitord, qui sert à l'amarrer.


RAQUER(Marine) c'est se gâter. On dit que deux cables se raquent, quand ils se touchent, & s'écorchent en se frottant.


RAQUETTou CARCASSE, s. f. (Hist. nat. Bot.) opuntia, genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond. Le calice de cette fleur devient dans la suite un fruit charnu & ombilique, qui n'a qu'une capsule, & qui renferme des semences faites le plus souvent en forme d'anneau. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.

RAQUETTE, (Botan. exot.) espece de figuier d'Inde, qui croît aux îles Antilles, & que nos voyageurs nomment aussi poirier piquant ; c'est cette espece d'opuntia nommé par J. Bauhin, opuntia vulgò herbariorum. Voyez OPUNTIA & FIGUIER D'INDE.

La raquette est un arbrisseau haut communément de dix à douze piés ; on l'appelle raquette aux îles, à cause que ses feuilles sont épaisses, rondes, & piquées comme une raquette de paulme, sans cependant que les trous traversent. Son fruit est de la grosseur & de la figure d'une noix verte ; on le pele pour le manger. Les François le nomment pomme de raquette, & les Espagnols higos de tuna.

RAQUETTE, (Hist. mod.) instrument propre à jouer à la courte paume ou au volant. C'est une palette faite ordinairement d'un treillis de cordes de boyaux de chat, fort tendue & montée sur un tour de bois qui a un manche de médiocre longueur. Voyez PAUME.

Ce mot est dérivé, si l'on en croit Menage, du bas latin retiquetta, diminutif de rete, reticulum, rézeau.

Pasquier observe que de son tems les raquettes étoient une invention toute récente, qu'auparavant on ne jouoit à la paume qu'avec la main, & que le nom de ce jeu venoit de ce qu'on y poussoit la bale avec la paume de la main, comme le pratiquoient les anciens ; cependant ceux-ci donnoient à ce jeu le nom de pila, & à la paume de la main celui de vola, qui ne sont pas tout-à-fait semblables. Quant à la maniere de jouer, elle étoit effectivement telle que Pasquier l'assure. Voyez SPHERISTIQUE.

RAQUETTE, sorte de chaussure dont on se sert en Canada pour marcher sur la neige.

Ces raquettes, dit le P. de Charlevoix (journal d'un voyage d'Amérique, lettre 14), ont environ trois piés de long, & quinze ou seize pouces dans leur plus grande largeur. Leur figure est ovale, à cela près, que l'extrêmité de derriere se termine en pointe. De petits bâtons de traverse passés à cinq ou six pouces des deux bouts, servent à les rendre plus fermes, & celui qui est sur le devant, est comme la corde d'une ouverture en arc, où l'on met le pié qu'on y assujettit avec des courroies. Le tissu de la raquette est de lanieres de cuir de la largeur de deux lignes, & le contour est d'un bois léger durci au feu. Pour bien marcher avec ces raquettes, il faut tourner un peu les genoux en dedans, & tenir les jambes écartées, de peur de se les blesser en les heurtant l'une contre l'autre. Il en coute d'abord pour s'y accoutumer ; mais quand on y est fait, on marche avec facilité, & sans se fatiguer davantage que si on n'avoit rien aux piés. Il n'est pas possible d'user de ces raquettes avec nos souliers ordinaires ; il faut prendre de ceux des sauvages, qui sont des especes de chaussons de peaux boucannés, plissés en-dessus à l'extrêmité du pié, & liés avec des cordons.


RAQUETTIERS(Paumiers) ouvriers qui fabriquent des raquettes. Les maîtres des tripots ou jeux de paume prennent la qualité de maîtres paumiers & raquettiers. Voyez PAUMIER.


RAQUETTONS. m. (terme de paumier) grande raquette dont les joueurs de paume se servent pour mieux garder ce qu'en termes de ce jeu on appelle le dedans.


RARASSA(Géog. anc.) ville de l'Inde en-deçà du Gange. Ptolémée, l. VII. c. j. lui donne le titre de métropole, & la marque entre Gagasmira & Modura. Le nom moderne est Racanga, selon Ortelius. (D.J.)


RAREadj. (Gram.) se dit des choses qui ne se voyent pas souvent ; un cas rare, une circonstance rare, un objet rare, un phénomene rare : des choses précieuses, un diamant rare, un esprit rare, un homme rare, un talent rare, tel que l'art de découper de M. Huber de Geneve : des choses secrettes, de celles qui ont peu de matiere sous un grand volume. Voyez l'article suivant.

RARE, adj. corps rare, (Physique) signifie un corps qui est poreux, dont les parties sont fort distantes les unes des autres, & qui par conséquent sous un grand volume, ne contient que très-peu de matiere. Voyez RAREFACTION, PORE, &c.

En ce sens rare est opposé à dense. Voyez DENSITE. Plusieurs philosophes, tels que les Epicuriens, les Gassendistes, les Newtoniens, tiennent que quelques corps sont moins denses ou plus rares que d'autres, parce qu'ils contiennent plus de vuide dans leurs pores. Les Cartésiens au contraire y logent une plus grande quantité de matiere subtile. Voy. MATIERE SUBTILE, VUIDE, CARTESIANISME, &c. Tous les corps que nous connoissons, sont extrêmement rares ; c'est-à-dire, contiennent très-peu de matiere sous un fort grand volume. Prenons, par exemple l'or : c'est le plus pesant de tous les corps, & par conséquent celui qui contient le plus de parties. Cependant, si on réduit l'or en feuilles, il laisse passer la lumiere, & devient transparent dans toute son étendue : ce qui ne se peut faire à moins qu'il n'ait un grand nombre de pores. L'eau est 19 fois moins pesante que l'or ; par conséquent les parties d'eau qui sont dans un pié cube d'eau, étant resserrées & réunies sans laisser de vuide entr'elles, occuperoient beaucoup moins que la 19 partie de ce pié cube. (O)


RARÉFACTION(Chymie) propriété de dilatation & d'expansibilité que donne le feu à tous les corps solides & liquides.

Tous les corps sur lesquels on fait des expériences, sans en excepter aucun, augmentent en volume dès qu'on les expose au feu, ils se raréfient, sans que cependant on apperçoive aucune différence dans leur poids. Il n'importe pas s'ils sont solides ou liquides, durs ou mols, légers ou pesans ; tous ceux qui sont connus jusqu'à présent, sont soumis à la même loi. Si cependant vous prenez deux corps égaux en pesanteur & en volume, mais dont l'un soit dur & l'autre liquide, vous trouverez entr'eux cette différence ; c'est que le même degré de feu dilate plus le fluide que le solide.

Pour s'assurer de la présence du feu par cet effet, il sera donc plus à-propos pour les expériences, de se servir de corps fluides, plutôt que de solides. On a observé que les liqueurs qui sont moins denses, & plus légeres que les autres, sont aussi plus raréfiées, par le même degré de feu. Ainsi leur raréfaction étant plus sensible, elles sont par conséquent très-propres à indiquer les plus petites augmentations du feu, c'est ce qu'on confirme par l'expérience suivante.

Qu'on prenne une phiole chymique, dont la partie sphérique se termine en un cou cylindrique & étroit, qu'elle soit pleine d'eau jusqu'à un endroit du cou qu'on doit marquer ; qu'on la plonge dans de l'eau chaude contenue dans un vase découvert ; aussi-tôt l'eau baissera un peu au-dessous de la marque ; puis on l'appercevra monter dans le cou de la phiole audessus de la marque, & cela dure pendant tout le tems qu'elle acquiert de nouveaux degrés de chaleur. Si l'on retire cette phiole, & qu'on la plonge dans une autre eau plus chaude, on voit que l'eau monte encore plus haut.

Enfin, plus on l'approche du feu, & plus l'on voit que l'eau se dilate ; mais dès qu'on l'éloigne du feu, on remarque que l'eau descend peu-à-peu. Cette expérience prouve clairement que l'eau est dilatée par le feu, & qu'étant chaude, elle occupe plus d'espace que quand elle est froide, sans que son poids augmente sensiblement. Elle nous apprend encore que le verre, qui est corps solide, ne se dilate pas comme l'eau ; car quoique la phiole s'échauffe également, & même plus tôt que l'eau, elle ne peut cependant pas la contenir comme auparavant, il faut que cette eau monte dans son cou. Qu'on plonge ensuite dans la même eau chaude une autre phiole de même espece, où l'on ait mis de l'alcohol, ou l'esprit-de-vin rectifié ; cet alcohol monte avec plus de vîtesse, & sort quelquefois par l'ouverture de la phiole. Concluons de-là que l'alcohol qui est plus léger que l'eau, est aussi dilaté davantage, & plus promtement. Boerhaave, Chymie. (D.J.)


RARÉFIANSadj. terme de Chymie concernant la matiere médicale externe ; ce sont des médicamens qui ont la vertu d'ouvrir les pores de la peau, par la ténuité & la chaleur de leurs parties. Les vapeurs aqueuses ou fumigations humides ; les douches d'eaux thermales ; les fumigations seches, avec le karabé ; les poudres des plantes aromatiques, &c. sont les remedes raréfians. Voyez DOUCHES, FUMIGATIONS. La décoction des fleurs de sureau, de camomille, ou leurs eaux distillées sont des remedes raréfians, surtout lorsqu'on les applique à un degré de chaleur moderé. Les diaphoretiques dans l'usage intérieur sont ainsi dénommés par rapport à leur action. Les raréfians extérieurs se tirent de la classe des remedes incisifs, discussifs & carminatifs. La vapeur du vinaigre jetté sur des cailloux ardens peut passer pour un raréfiant. Samuel Formi, chirurgien de Montpellier, dit avoir guéri, suivant le précepte de Galien, par ce remede une petite fille qui avoit des tumeurs considérables aux doigts. (Y)


RASadj. (Gram.) qui est uni, plein, de niveau : rase campagne, mesure rase. Qui n'a point de poil, ou qui l'a très-court ; les chiens de Barbarie sont ras ; les moines ont la tête rase. Qui n'a point de duvet ; un velours ras, un ras de S. Maur, de Sicile, &c.

RAS, (Marine) épithete qu'on donne à un bâtiment qui n'est point ponté. Le brigantin, la barque longue & la chaloupe sont des bâtimens ras.

RAS A L'EAU, (Marine) on appelle ainsi un bâtiment qui, étant ponté, est bas de bordage, & qui a sa ligne d'eau proche du plat-bord, ou du moins proche du feuillet des sabords de la batterie basse.

RAS DE COURANT, (Marine) Voyez RAT.

RAS, (Mesure de longueur) le ras de Piémont, est semblable à la brasse de Luques, qui contient un pié, neuf pouces, dix lignes, ce qui fait une demi-aune de Paris ; ensorte que deux ras de Piémont, font une aune de Paris, & une aune de Paris fait deux ras de Piémont. Dictionn. de commerce. (D.J.)

RAS, (Manufact. en foie) ce sont des especes de serges unies. Il y en a qu'on appelle de S. Maur, d'autres de S. Cyr & de Sicile.

Les ras de S. Maur & de S. Cyr ont quatre lisses, & sont armés comme on voit ci-dessous ; avec cette différence, que le ras de S. Maur est tramé de pure & fine soie, & le ras de S. Cyr seulement de fleuret.

Armure d'un ras de saint Maur & de saint Cyr, ou d'une serge à quatre lisses.


RASANTparticipe, (Art milit.) qui rase, terme de fortification.

Flanc rasant, ou ligne rasante, c'est l'endroit de la courtine ou du flanc, d'où les coups qu'on tire rasent, ou vont le long de la face du bastion opposé. Voyez LIGNE DE DEFENSE RASANTE.

La défense des bastions est rasante ou fichante. Voy. LIGNES DE DEFENSE. Chambers.


RASAY(Géog. mod.) île d'Ecosse, au nord de Skie. Elle est mise au nombre des îles du second rang, ayant environ 5 milles de longueur, & est plus propre au pâturage qu'à produire du blé. (D.J.)


RASCASSESCORPION DE MER, scorpeno, s. m. (Hist. nat.) poisson de mer, auquel on a donné le nom de scorpion, parce qu'on prétend que les piquures qu'il fait avec ses aiguillons sont vénimeuses, comme celles du scorpion. Ce poisson a la tête fort grosse, l'ouverture de la bouche grande, & les dents petites ; il est couvert de petites écailles semblables à celles des serpens. Il y a au-dessus des yeux à la place des sourcils deux excroissances molles & cartilagineuses. Les nageoires sont très-larges & très-fortes, elles ont des aiguillons fermes & très-pointus ; il y en a une de chaque côté près des ouies, qui s'étend presque jusqu'à la moitié de la longueur du corps, une sur la partie antérieure du ventre, qui est moins grande que celle des ouies, & une près de l'anus, qui est très-grande & très-forte, une sur le dos, qui s'étend presque sur toute sa longueur, & qui a neuf aiguillons très-pointus. La rascasse est rousse, & quelquefois noirâtre. On a donné à Marseille le nom de scorpeno aux rascasses noires, & celui de scorpaena aux rascasses rousses. La chair de ce poisson est dure, cependant elle s'attendrit si on la garde quelque tems. Rondelet, hist. nat. des poissons, premiere partie, livre VI. chapitre xix. Voy. POISSON.


RASCHIAou RASCIE, voyez ce mot, (Géogr. mod.) pays de l'Europe, qu'on connoît plus communément sous le nom de Servie, qui fait une partie de l'ancienne Mésie, & que les Turcs nomment aujourd'hui, Sirf. (D.J.)


RASCIELA, ou RASCHIAH, (Géog. mod.) pays d'Europe qui fait partie de la Servie. Voy. SERVIE.

Le nom de Rascie lui vient de la riviere Rasca qui y prend sa source. Cette contrée avec la Bosnie, se nommoit autrefois Surbie, ou pays des Sorabes ; elle n'a été connue sous le nom de Rascie, que depuis que les rois de Dalmatie en eurent fait une province, dont le gouverneur fut appellé ban ou duc. Elle tomba ensuite sous la dépendance des rois de Servie, qui la conserverent jusqu'en 1389, que Lazare, despote de Servie, en combattant contre les Turcs, fut fait prisonnier, & égorgé dans la tente du sultan Amurat, qui venoit d'être tué. La Rascie a toujours fait depuis une portion de l'empire turc sous un beglierbeglic.


RASCIENSS. m. (Géog.) peuple de la basse Hongrie & de l'Esclavonie, qui professe la religion grecque sous un patriarche ou métropolitain, qui réside à Esseck. Ce peuple fournit de très-bons soldats.


RASCOUDREv. n. (Minéralogie) dans le langage des ouvriers qui travaillent aux mines, c'est le travail d'un manoeuvre qui détache les seaux ou les paniers dans lesquels on a monté le minerai au haut des bures ou puits, pour placer la charge sur un traineau afin de la transporter au magasin.


RASDIS. f. (Idol. des Germains) nom d'une déesse des anciens Hongrois idolâtres ; on peut lire ce qu'en dit Antoine Bonfinius dans son histoire de Hongrie, l. XII. & Vossius, de idololatriâ, l. III. ch. xvij. (D.J.)


RASES. m. (Marine) c'est de la poix mêlée avec du brai, dont on se sert pour calfater un vaisseau.


RASEBORG(Géogr. mod.) petite ville de Suede, au canton de même nom, dans la Finlande, & sur le golfe de Finlande. Long. 42. 61. lat. 60. 18. (D.J.)


RASENAE(Géogr. anc.) les Rasenae étoient originairement le même peuple que les Rhaeti, anciens habitans du Trentin, & de la partie du Tirol, qui comprend la portion des Alpes où coule l'Athésis. Tite-Live & Pline sont l'un & l'autre de cet avis : il est vrai qu'ils nous donnent ces Rhaeti pour des Toscans chassés des plaines par les Gaulois, lorsque ces derniers envahirent l'Italie vers l'an 600 avant l'ere chrétienne ; & c'est même à cette situation des Rhaeti dans les montagnes, que le premier attribue la barbarie de leurs moeurs, aussi grossieres que celles des autres Toscans étoient douces & polies. Mais cette méprise est une conséquence naturelle de la fausse origine qu'ils donnoient aux Toscans. Or il est bien plus probable que la Rhétie, loin d'être peuplée dans la suite par les Toscans, avoit elle-même fourni à la Toscane ses premiers habitans.

En effet, les Rasenae étoient venus par terre en Italie. Ils y pénétrerent par le Trentin & par les gorges de l'Adige ; & le pays qu'ils occuperent d'abord avoit toute une autre étendue que l'Etrurie proprement dite, comme Polybe l'assure en termes formels. Auteurs de leur plus grande puissance, ils avoient été maîtres non-seulement de l'Etrurie, mais encore de presque toute l'Ombrie, & de tout ce qu'envahirent depuis les Gaulois Cenomani, Boii & Lingones ; c'est-à-dire, de toute la contrée qui s'étend des deux côtés du Pô, depuis l'Adda jusqu'à la mer. Ainsi, pour lors, ils touchoient aux Alpes, dont ils étoient originaires, & n'avoient fait, à proprement parler, que reculer les bornes de leur ancienne patrie, sans en sortir. Les pays qui séparent la Rhétie de la Toscane ayant été dans la suite conquis sur eux par d'autres peuples, cette séparation fit perdre de vue la trace de leur premiere origine. (D.J.)


RASERv. act. (Gramm.) c'est abattre une chose au ras d'une autre. Raser la barbe, c'est la couper au ras du visage ; une maison, c'est l'abattre à ras de terre. Raser signifie aussi toucher légerement. Cette balle a rasé la corde. Voyez les articles suivans.

RASER, (Critique sacrée) La loi portoit que les lévites pour exercer leurs fonctions fussent purifiés, & eussent tout le poil du corps rasé. Nomb. viij. 7. Les lépreux, au septieme jour de leur purification, devoient en faire autant. Lév. xiv. 9. Dans les grandes calamités, tout le peuple ne devoit paroître que rasé Is. xv. 2. Les prêtres seuls étoient exceptés de la loi. Lév. xxj. 5. Quelquefois cependant on laissoit croître sa barbe pour marquer le deuil, ou la part qu'on prenoit aux malheurs d'un ami. Raser toute la barbe & tous les cheveux de quelqu'un, ou la moitié de l'un & de l'autre, c'étoit chez les Juifs une très-grande insulte. II. Rois, x. 4. Ainsi raser tous les poils est une expression figurée qui veut dire outrager, maltraiter avec la derniere rigueur ; c'est pourquoi quand Isaïe, vij. 20, déclare que l'Eternel empruntera un rasoir pour raser le poil du corps de son peuple, ces paroles signifient que Dieu se servira pour punir son peuple du glaive des Assyriens. Raser la poussiere d'une ville, dans le langage du même prophete, ch. xij. v. 25, c'est ruiner une ville de fond en comble. (D.J.)

RASER LA MAISON, (Hist. anc. & mod.) c'étoit chez les Romains une des peines de celui qui aspiroit à la tyrannie. Valere Maxime, liv. VI. ch. iij. rapporte que Sp. Cassius convaincu d'avoir tenté de se rendre maître de la république, fut condamné par le sénat & par le peuple à la mort, dont trois consulats & un magnifique triomphe ne purent le garantir. Le peuple n'étant point encore satisfait, on abattit sa maison pour augmenter son supplice, par la destruction de ses dieux domestiques : Ut penatium quoque strage puniretur.

On sévit aujourd'hui de la même maniere contre les coupables de lése-majesté ; & l'assassinat du roi de Portugal vient d'être suivi du bannissement de l'ordre entier des Jésuites hors de ce royaume, & de la démolition de toutes leurs maisons.

RASER, (Marine) c'est ôter à un vaisseau ce qu'il a d'oeuvres mortes sur les hauts.

RASER, terme de Maréchal. Ce mot se dit en parlant des coins ou dents du cheval. Un cheval qui rase ou qui a rasé, est un cheval qui n'a plus les coins creux, c'est-à-dire dont la dent est rase & unie : ce qui arrive environ à la huitieme année du cheval. Ecole du manege. (D.J.)

RASER, en terme de Layetier, c'est mettre l'extrêmité des planches de niveau entr'elles.

RASER, terme de Chasse. Ce mot se dit du gibier qui se tapit contre terre pour se cacher. La perdrix se rase quand elle apperçoit des oiseaux de proie.

RASER L'AIR, terme de Fauconnerie. Il se dit de l'oiseau lorsqu'il vole sans remuer presque les aîles, & sans daguer.


RASETTESou REGULATEUR, (Lutherie) Dans les jeux d'anches des orgues, ce sont de petites verges de fil-de-fer représentées fig. 53. Planche d'orgue, g E F ; g est une entaille du petit crochet, sous lequel en frappant avec le tranchant d'un couteau, on retire la rasette que l'on enfonce en frappant avec le dos ou le plat du couteau sur la partie supérieure. E, la tige ; F, la partie inférieure recourbée, comme on le voit dans la fig. La partie f s'applique sur la languette des jeux d'anches, & sert à l'y tenir assujettie en un certain point. Voyez TROMPETTE. La tige de la rasette passe par un trou fait à la noix C du tuyau, & par un autre trou fait à la bague D. Voyez la fig. 44. Pl. d'orgue, & l'article ORGUE, où l'usage de la rasette est expliqué.


RASEZ(Géog. mod.) petit pays de France dans le bas Languedoc, avec titre de comté, dont la petite ville de Limoux est le chef lieu. Ce comté fut donné par Charles-le-chauve en 871, à Bernard II. comte de Toulouse ; mais depuis S. Louis il a toujours appartenu à la couronne. (D.J.)


RASGRADou HRASGRAD, (Géog. mod.) ville des états du turc, dans la Bulgarie, entre Rotzig & Ternoo. Le grand-seigneur y tient un sangiac pour avoir le passage du Danube libre.


RASICULMO(Géog. mod.) cap sur la côte septentrionale de la Sicile ; c'est celui qui forme la pointe orientale du golfe de Milazzo. Les anciens le nommoient Tralerium promontorium. (D.J.)


RASIERES. f. (Mesure seche) Il y a deux sortes de rasieres ; l'une que l'on nomme à Dunkerque rasiere ou mesure de mer, & l'autre que l'on appelle rasiere de terre. La premiere pese 280 livres, & quelquefois jusqu'à 290 livres ; & la seconde ne pese que 245 liv. Savary. (D.J.)


RASINA(Géogr. anc.) C'est une riviere ou un ruisseau qui se jette dans le Pô. Ortelius dit que c'est un fleuve dont Martial fait mention l. III. ep. 67.

Vaterno Rasinâ que pigriores. (D.J.)


RASOIRS. m. (Coutellerie) instrument composé d'un taillant d'acier fin, & d'une châsse de bois, d'écaille, ou de baleine, duquel instrument tranchant & affilé on se sert pour faire la barbe.

Voici la maniere dont se fait le rasoir dans la boutique du Coutelier. Vous allongez votre acier en pente, comme si vous vous proposiez de lui former un tranchant d'un côté & un dos de l'autre. Observez de mettre la partie saine de l'acier au dos, parce que c'est ce dos qui formera dans la suite du travail le tranchant du rasoir. Votre barre d'acier étirée en pente, doit avoir environ une ligne d'épaisseur à l'extrêmité de sa pente, & trois lignes environ au dos ; quant à la largeur, elle est de 9 lignes ou environ dans toute la longueur de la barre. Vous la séparez ensuite en petits morceaux d'un pouce de longueur sur la tranche à queue qui est placée dans un trou pratiqué à la base de la bigorne de l'enclume. Quand toutes ces séparations sont faites, ce qui s'exécute en deux ou trois chaudes, vous trempez la barre ainsi divisée par ces séparations obliques, dans de l'eau fraîche ; vous frappez ensuite la barre froide de petits coups de marteau, & elle se casse à toutes les séparations, & se distribue en petits morceaux d'acier en talus, minces d'un côté, épais de l'autre, qu'on appelle bobeches.

Les bobeches étant faites, comme il n'est pas nécessaire que le dos d'un rasoir soit d'un acier aussi fin que son tranchant, on prend un morceau d'acier de Nevers, qu'on allonge, & auquel on donne la même forme qu'à celui d'Angleterre, dont on a fait les bobeches ; c'est-à-dire qu'on le tient dans toute sa longueur également large, mince par un côté, & épais par l'autre ; avec cette différence seule qu'il doit être un peu plus fort que pour les bobeches. Lorsque l'acier est sous cette forme, on l'appelle couverture.

Quand la couverture est prête, vous la faites chauffer ; & pendant qu'elle est chaude, vous la recourbez par le bout à-peu-près de la longueur de la bobeche, que vous insérez entre la partie recourbée & le reste de la barre, qui lui forment comme une châsse, dont les deux côtés intérieurs allant en talus reçoivent avec assez d'exactitude les talus de la bobeche, de maniere que la partie mince de la bobeche soit au fond de la châsse, & la partie épaisse s'éleve au-dessus & sorte en-dehors, débordant environ d'une ligne & demie. Vous frapperez quelques coups de marteau sur la bobeche & sur la couverture, afin de les appliquer l'une & l'autre assez fortement, pour que la bobeche ne se sépare pas de la couverture dans le feu. Vous mettrez dans le feu cet assemblage ; vous le ferez chauffer doucement, assez pour que la bobeche & la couverture commencent à se souder : vous donnerez la seconde chaude un peu plus forte, ainsi de la troisieme ; vous acheverez de souder ; vous allongerez votre morceau d'environ quatre pouces, lui donnant une forme qui tende à celle du rasoir, & qui vous indique surement de quel côté est l'acier d'Angleterre, car c'est ce côté qui doit faire votre tranchant. Vous couperez ce morceau & le séparerez entierement de la couverture, & vous aurez ce qu'on appelle une enlevure de rasoir : Vous mettrez ainsi toute votre couverture & toutes vos bobeches en enlevure, avant que de passer à une autre manoeuvre.

Cela fait, vous prendrez une enlevure & vous l'allongerez d'environ cinq pouces, lui donnant une pente du côté qui doit former votre tranchant, & un peu plus de largeur à la tête qu'à la queue. Vous continuerez d'étendre & de former la lame du rasoir avec la panne d'un marteau qu'on appelle marteau à rabattre ; il faut que cette panne ne soit ni trop ronde ni trop plate ; il faut que la tête soit un peu allongée par le côté ; qu'elle ait là un pouce & un quart ; qu'elle n'ait qu'un pouce sur le devant. Quand on a élargi suffisamment la lame avec la panne, on l'unit avec la tête ; & quand il est dans cet état, le rasoir est ce que les ouvriers appellent rabattu ; on le marque ensuite. Quand il est marqué, on le bat à froid : cette derniere façon de forge serrant les pores de l'acier, ne contribue pas peu à la bonté de l'ouvrage.

Quand le rasoir est parfait de forge, on le lime pour perfectionner sa figure, dans un étau d'environ trois piés de haut ; il doit avoir six pouces du milieu de l'oeil jusqu'au-dessus des mâchoires ; les mâchoires quatre pouces de long, la boîte dix-huit pouces, la vis vingt-quatre pouces ; le diametre de la vis de 16 lignes : il doit peser en tout environ 60 livres. Il y a des pieces de chirurgie qui se forgent sur l'étau ; d'autres qui servent à sertir : ceux-ci doivent être plus petits que celui dont je viens de donner les dimensions ; les autres doivent être plus grands.

Quand on a approché à la lime le rasoir de la figure qu'il doit avoir, en enlevant toutes les inégalités, & en le terminant bien exactement, vous faites allumer un feu de charbon dans un lieu plutôt obscur que trop éclairé ; le grand jour vous empêcheroit de bien juger de la couleur que le feu donnera au rasoir. Quand votre feu sera bien allumé, vous aurez à côté de vous un soufflet moyen, avec un morceau de fer fendu par le bout, long d'environ un tiers d'aune : on appelle cet instrument un faux manche ; le faux manche est plus commode que des tenailles. Vous faites entrer votre rasoir d'environ trois quarts de pouce par le talon dans l'ouverture du faux manche ; vous le posez ensuite sur les charbons ; vous le faites chauffer doucement ; vous lui donnez un peu plus que couleur de cerise, mais non le blanc. Plus l'acier est fin, moins il doit être trempé chaud. La trempe trop chaude dilate les pores, & rend les petites dents de la scie qui forment le tranchant, trop grosses & trop écartées, & par conséquent le tranchant rude. On peut user pour la trempe d'eau de puits ou d'eau de riviere à discrétion ; observant seulement qu'avant de tremper dans l'eau de puits, il faut la dégourdir, en y plongeant un morceau de fer rouge. On trempe au contraire dans l'eau de pluie ou de riviere comme elle est, à moins que ce ne soit en hiver ; mais quand l'une & l'autre commencent à s'échauffer, à force de recevoir des pieces trempées, il faut les rechanger.

Quand le rasoir est trempé, vous prenez un morceau de meule, & vous l'écurez & blanchissez d'un côté ; vous avez ensuite dans une poële du charbon bien allumé, ou de la braise de boulanger, que je préfere au charbon. Vous posez votre rasoir sur cette braise, le dos sur la braise & incliné, afin que le tranchant ne s'échauffe pas plus promtement que le dos, quoiqu'il ait moins d'épaisseur ; vous tenez votre rasoir dans cet état jusqu'à-ce qu'il prenne la couleur de renard, mais non pas tout-à-fait celle d'or. Quand il a cette couleur, nous le trempons dans l'eau ; puis à l'aide d'un manche de bois que nous appellons faux manche, & dans lequel nous enchâssons le talon, nous nous préparons à l'émoudre.

L'opération précédente s'appelle recuit.

Nous prenons pour émoudre le rasoir une meule d'environ quinze pouces, montée sur un arbre de fer d'environ un pouce en quarré, sur dix-huit pouces de long ou environ, selon la commodité des lieux. Nous émoulons le rasoir ; nous dressons le tranchant & les biseaux ; nous formons le dos & le talon, & c'est ce que nous appellons blanchir.

A cette premiere meule on en fait succéder une autre d'environ six pouces de hauteur ; il est évident que celle-ci ayant beaucoup plus de convexité que la premiere, doit évider le milieu du rasoir : aussi fait-elle, & c'est ce que nous appellons dégrossir.

A la seconde meule on en fait succéder une troisieme d'environ dix à douze pouces de diamêtre, pour donner au tranchant la même force depuis le talon jusqu'à la pointe ; & c'est ce que l'on appelle mettre à tranchant. Il faut laisser au tranchant un petit biseau, qu'on gagne à la polissoire ; on fait ce petit biseau avec la pierre à affiler à l'eau.

Lorsque le tranchant, les biseaux & le dos sont bien dressés, l'on a une polissoire de bois de noyer de la hauteur ou environ de la meule à tranchant, mais de deux tiers plus mince, & l'arbre d'un tiers : on couche sur cette polissoire de l'émeri bien broyé, qu'on délaye avec un peu d'huile d'olive : vous en étendez de tems en tems sur votre lame, & vous emportez les traits de la meule, & gagnez le biseau que vous avez fait en affilant ; vous polissez par-tout, & rendez le rasoir propre.

Cela fait, vous avez une châsse d'écaille, de corne, ou de baleine, sur laquelle vous montez la lame du rasoir par le moyen d'un clou & de deux rosettes ; quelquefois on contient les côtés de la châsse en plaçant un clou & deux autres rosettes à l'extrêmité.

RASOIR, outil de Gaînier, c'est une lame de rasoir emmanchée comme une lime. Cette lame est fort tranchante, & sert aux Gaîniers pour couper les grains de la roussette & du requin qu'ils employent. Voyez les fig. Pl. du Gaînier.


RASONS. m. (Hist. nat. & Ichthyol.) novacula, poisson de mer auquel on a donné le nom de rason, parce que son dos est tranchant comme un rasoir. Ce poisson a un empan de longueur, trois doigts de largeur, & un doigt d'épaisseur ; il ressemble au pagre par la tête, & à la sole par la partie postérieure du corps. Il a la bouche petite, & les dents longues, pointues & courbes ; les yeux sont petits ; il y a des traits rouges, & d'autres bleus qui s'étendent sur la tête depuis les yeux jusqu'à la bouche. Ce poisson n'a que quatre nageoires, une sur le dos qui s'étend depuis la tête jusqu'à la queue ; une au-dessus de l'anus, qui s'étend de même jusqu'à la queue, & deux aux ouies, une de chaque côté. Le rason se plaît sur l'arène ; il est commun à Rhodes, à Malthe, à Mayorque & à Minorque. Rondelet, Hist. nat. des poissons, I. part. liv. V. ch. xvij. Voyez POISSON.


RASP-HUIS(Hist. mod. Economie politiq.) c'est ainsi que l'on nomme à Amsterdam, & dans d'autres villes de la province de Hollande, des maisons de correction, dans lesquelles on enferme les mauvais sujets, les vagabonds & gens sans aveu, qui ont commis des crimes pour lesquels les lois n'ont point décerné la peine de mort. On occupe les prisonniers à des travaux pénibles, au profit du gouvernement. A Amsterdam le principal de ces travaux consiste à raper des bois des Indes fort durs, pour servir dans les teintures ; c'est-là ce qui a fait appeller ces sortes de maisons de force rasp-huis, ce qui signifie maison où l'on rape.


RASPEÇONvoyez TAPEÇON.


RASPOUTEou RASBOUTES, s. m. (Hist. mod.) sorte de Banians dans les Indes, qui suivent à-peu-près les mêmes sentimens que ceux de la secte de Samarath. Ils admettent la métempsycose ; mais en ce sens que les ames des hommes passent dans des corps d'oiseaux, qui avertissent les amis des défunts du bien ou du mal qui leur doit arriver : aussi sont-ils grands observateurs du chant & du vol des oiseaux. Parmi eux à la mort du mari, les veuves se jettent dans le bucher où l'on brûle le corps de leurs époux, à-moins qu'en contractant le mariage, il n'ait été stipulé qu'elles ne pourroient être forcées à cette cérémonie. Le nom de raspoutes, signifie homme courageux, parce qu'en général ceux de cette secte sont intrépides. Le grand-mogol s'en sert dans ses armées, & ce sont sans-doute les mêmes que M. de la Martiniere nomme ragéputes, & qui composent les troupes des rajas ou petits rois indiens, vassaux & tributaires du grand-mogol. Les Raspoutes marient leurs enfans fort jeunes, comme tous les autres Banians ; & passent pour n'être pas fort compatissans, excepté à l'égard des oiseaux qu'ils prennent soin de nourrir, & qu'ils craignent de tuer, parce qu'ils se flattent qu'on aura pour eux les mêmes égards lorsqu'après leur mort leurs ames seront logées dans le corps de ces animaux. Olearius, tome II.


RASQUANS. m. (Hist. mod.) c'est le titre que l'on donne au roi des îles Maldives. Ce prince est très-despotique ; cela n'est point surprenant, ce sont les prêtres qui sont les dépositaires de son autorité, & qui exercent l'autorité temporelle, ainsi que la spirituelle. Voyez NAYBES.


RASSADES. f. (Verroterie) espece de verroterie, ou petits grains de verre de diverses couleurs, dont les Negres des côtes d'Afrique, & les peuples de l'Amérique se parent, & qu'on leur donne en échange de quantité de riches marchandises. (D.J.)


RASSANGUES. f. (Hist. nat.) espece d'oyes sauvages de l'île de Madagascar. Ils ont la tête ornée d'une crête rouge.


RASSASIANTadj. RASSASIER, v. act. (Gram.) il se dit des mets dont on ne peut manger en grande quantité, soit qu'ils émoussent promtement le goût, soit qu'ils chargent trop l'estomac, soit qu'ils le remplissent facilement sans le charger, soit que très-nourrissans, l'appétit en soit satisfait par une petite quantité.


RASSECORONDE, (Botan. exot.) nom donné par les Céylanois à la plus fine espece de cannelle, ou d'écorce du cannellier, qui ne croît que dans cette île. Ce mot signifie cannelle fine ou piquante ; c'est celle que la compagnie des Indes orientales Hollandoises apporte annuellement en Europe en quantité considérable, & dont le mêlange est défendu, avec toute autre espece de cannelle, sous des peines extrêmement séveres. Transact. philos. n °. 409. Voyez CANNELLE. (D.J.)


RASSEMBLERv. act. (Gram.) c'est rapprocher des choses éparses. On rassemble des grains de sable en un tas ; on rassemble des troupes, on rassemble ses enfans autour de soi.

RASSEMBLER SON CHEVAL, en terme de Manege, c'est le tenir dans la main & dans les jarrets, de façon que ses mouvemens soient plus vifs & moins allongés ; effectivement le cheval paroît alors beaucoup plus court qu'auparavant. Se rassembler, est l'action du cheval dans cette occasion. Rassembler ses quatre jambes ensemble, mouvement que fait un cheval pour sauter un fossé, une haie, &c.

RASSEMBLER, en terme de Raffinerie, c'est l'action de ramasser dans de grands pots, voyez POTS, les syrops qui sont sortis des pains, & tombés dans des pots d'une grandeur proportionnée à celle des formes. Voyez FORMES.

RASSEMBLER, (Agriculture) c'est la troisieme façon qu'on donne à la terre, dans le labour, avant que de l'ensemencer. On laboure, on refend, on rassemble.


RASSEOIRv. act. neut. réd. c'est dans le sens réduplicatif, se remettre sur son siege après s'être levé. Les juges se sont rassis, & ont déliberé de nouveau sur cet incident. On rassied un corps qui vacille ; les esprits émus se rasseient ; la mer se rassied ; les humeurs se rasseient. L'ame se rassied de son trouble, d'où l'on voit qu'il se prend au simple & au figuré.


RASSISterme de maréchal ferrant, nouvelle application d'un même fer sur le pié d'un cheval, après lui avoir un peu paré le pié. On dit : je ne vous dois pas un fer, ce n'est qu'un nouveau rassis.


RASSURERv. act. (Gram.) il se dit des choses & des personnes. On rassure un corps qui menace de chute, comme une muraille par des étais. On rassure celui qui craint, en lui montrant l'éloignement ou la vanité du péril. On dit d'un tems incertain, qu'il se rassurera. Un heureux événement rassure un souverain sur son trône. On rassure dans la foi les ames foibles & chancelantes. On rassure dans son parti, celui qui est prêt à l'abandonner. L'ame, dans tous ces cas, est considérée comme un corps vacillant, qui peut emporter l'homme à droite ou à gauche, & qu'on détermine d'un côté plutôt que d'un autre, ou qu'on fixe dans l'état de repos & de fermeté, par des promesses, des espérances, des craintes, des menaces, &c.

RASSURER, terme de Fauconnerie, ce mot se dit du bec de l'oiseau qui est rompu ou déjoint. Le bec de l'oiseau se rompt, ou parce qu'il est mal gouverné quand on ne l'ajuste pas comme il faut ; ou parce que quand l'oiseau paît, il demeure sur la partie haute du bec une chair qui s'y attache, s'y pourrit, & y seche si fort que le bec tombe par éclat. Les Fauconniers conseillent pour y remédier, de nettoyer bien le bec de l'oiseau, de le polir, & de le tailler. Ensuite on doit oindre la couronne du bec de graisse de poule, couper une partie inutile du bec de dessus, afin que celui de dessous puisse parvenir à sa grandeur ; mettre sur la partie déjointe, pour la rassurer, de la pâte fermentée & de la poix résine. Enfin pendant tout ce tems, il faut couper le pât de l'oiseau par petits morceaux, pour le nourrir. Fouilloux, Salnove.


RASTAS. m. (Mesure itin. des Germains) mesure itinéraire en usage chez les Germains, & qui leur étoit propre. Elle égaloit trois milles romains, ou deux lieues gauloises. Cette mesure a subsisté en Allemagne jusqu'au tems de la seconde race de nos rois, & peut-être même encore plus tard. Cependant dans l'usage actuel les Allemands employent le terme de milen ou de mille, pour désigner la plus petite mesure itinéraire, la lieue ; & ils ont même communiqué ce mot aux Bohèmiens, aux Polonois & aux Hongrois leurs voisins. On ne voit dans les auteurs Allemands qui ont écrit sur cette matiere, aucune vestige du mot rasta ; mais il se trouve dans le nouveau testament moesogothique, pour signifier une distance itinéraire : dans les poésies runiques, le mot rast est employé au même sens. (D.J.)


RASTAT(Géog. mod.) gros bourg d'Allemagne, dans la Souabe, au marquisat de Bade, avec un château, sur la Murg, au-dessous de Kuppenhen. Il a eu l'honneur d'être le lieu où se traita la paix entre l'empereur & le roi de France en 1714.


RASTENBURG(Géog. mod.) petite ville de Prusse, dans le Bartenland, sur la petite riviere de Guber. Elle a été bâtie en 1329.


RATS. m. (Hist. nat. Zoolog.) mus domesticus, animal quadrupede, long d'environ sept pouces, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue, qui est longue de plus de sept pouces. Il a la tête allongée, le museau pointu, la machoire du dessous très-courte, les yeux gros, les oreilles grandes, larges & nues, la queue presqu'entierement denuée de poils, mais couverte de petites écailles disposées sur des lignes circulaires qui l'entourent ; le poil est de couleur cendrée, noirâtre sur la face supérieure de la tête & du corps, & de couleur cendrée, claire, & presque grise sur la face inférieure. Il y a aussi des rats bruns & de presque noirs ; d'autres d'un gris plus blanc ou plus roux ; & d'autres tout-à-fait blancs ; ceux-ci ont les yeux rouges. Il seroit inutile de faire une plus ample description du rat, il est assez connu par l'incommodité qu'il nous cause ; il mange de tout ; il semble seulement chercher, par préférence, les choses les plus dures, & il les lime avec deux longues dents qu'il a au-devant de chaque machoire ; il ronge la laine, les étoffes, les meubles, perce le bois, fait des trous dans l'épaisseur des murs ; il produit plusieurs fois par an, ordinairement en été ; les portées sont le plus souvent de cinq ou de six. Ces animaux pullulent beaucoup, mais lorsque la faim les presse, ils se détruisent d'eux-mêmes ; ils se mangent les uns les autres. Un gros rat est plus méchant, & presque aussi fort qu'un jeune chat ; il a les dents de devant longues & fortes. Le chat mord mal, & comme il ne se sert gueres que de ses griffes, il faut qu'il soit nonseulement vigoureux, mais aguerri. La belette, quoique plus petite, est un ennemi plus dangereux pour les rats ; elle les suit dans leur trou ; elle mord avec de meilleures dents que celles du rat, & au lieu de démordre, elle suce le sang de l'endroit entamé. L'espece des rats paroît être naturelle aux climats tempérés de notre continent, & s'est beaucoup plus répandue dans les pays chauds, que dans les pays froids. Les navires les ont portés en Amérique, aux Indes occidentales, & dans toutes les îles de l'Archipel indien ; il y en a en Afrique : on n'en trouve guere dans le nord au-delà de la Suede. Hist. nat. génér. & part. tom. vij. Voyez QUADRUPEDE.

RAT D'AMERIQUE, mus americanus, Klein, animal quadrupede. Il a environ trois pouces & demi de longueur, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue, qui est longue de quatre pouces, de couleur blanchâtre & hérissée de quelques poils. Le dos & la partie supérieure de la tête sont d'une couleur rousse jaunâtre ; le ventre & les piés sont blancs. Cet animal a les oreilles assez grandes, blanchâtres, & les piés de derriere plus longs & plus gros que ceux de devant. Regn. animal. pag. 172.

RAT DES CHAMPS, petit, mus agrestis minor Gesneri, animal quadrupede, qui est ainsi nommé dans le regne animal, & qui est appellé campagnol dans l'hist. nat. général. & part. & rat de terre dans les mémoires de l'acad. royale des Sciences, année 1756. On lui a donné le nom de rat de terre pour le distinguer du rat d'eau, auquel il ressemble par la forme du corps, & par la couleur & la qualité de son poil ; mais il est plus petit, & il n'habite que les lieux secs. On en trouve dans toute l'Europe. Il se pratique des trous en terre, où il amasse du grain, des noisettes & du gland. Dans certaines années il y a un si grand nombre de ces animaux, qu'ils détruiroient tout s'ils subsistoient long-tems ; mais ils se mangent les uns les autres dans le tems de disette. D'ailleurs ils servent de pâture aux mulots ; ils sont aussi la proie des renards, des chats sauvages, des martes & des belettes. Les femelles produisent au printems & en été ; leurs portées sont de cinq ou six, de sept ou huit. Il y a de ces rats qui sont de couleur noirâtre. Hist. nat. génér. & part. tom. VII. Voyez QUADRUPEDE.

RAT D'EAU, mus aquaticus, animal quadrupede. Il a environ sept pouces de longueur, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue, qui est longue de quatre pouces & demi. Il differe du rat, en ce qu'il a le poil moins lisse & plus hérissé, le museau plus court & plus épais, les oreilles moins apparentes, &c. La face supérieure du rat d'eau est de couleur mêlée de brun & de jaunâtre, & la face inférieure a des teintes de jaune pâle, de blanc sale & de cendré. Cet animal se trouve sur les bords des rivieres, des ruisseaux, des étangs ; il se nourrit de goujons, de mouteilles, de verrons, d'ablettes, du frai de la carpe, du brochet, du barbeau, de grenouilles, d'insectes d'eau, de racines, d'herbes, &c. Il nage sans avoir de membrane entre les doigts des piés ; il se tient sous l'eau long-tems, & rapporte sa proie pour la manger sur la terre ou dans son trou. Les mâles & les femelles se cherchent sur la fin de l'hiver ; elles mettent bas au mois d'Avril. Les portées sont ordinairement de six ou sept. La chair du rat d'eau n'est pas absolument mauvaise ; les paysans la mangent les jours maigres, comme celle de la loutre. On trouve des rats d'eau par-tout en Europe, excepté dans les climats trop rigoureux du pôle. Hist. nat. génér. & part. tom. VII. Voyez QUADRUPEDE.

RAT MUSQUE, animal quadrupede, qui a une forte odeur de musc ; on le trouve en Russie, en Moscovie, en Laponie. Il ressemble plus au castor qu'aux rats ; il a neuf pouces de longueur depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue, qui est longue de six pouces & demi, applatie sur les côtés, large de huit lignes, couverte d'écailles, & parsemée de quelques poils. Le rat musqué a, comme la taupe, la partie supérieure du museau allongée ; l'ouverture de la bouche est petite, & les yeux sont à peine visibles ; chaque pié a cinq doigts joints ensemble par une forte membrane ; les piés de derriere sont plus grands que ceux de devant ; le poil est doux, épais, brillant, & de couleur brune sur le dos de l'animal, & d'un gris blanchâtre sur le ventre. Regn. anim. pag. 136. Voyez QUADRUPEDE.

RAT MUSQUE D'AMERIQUE, (Zoolog.) animal amphibie de l'Amérique septentrionale, de la classe des animaux qui rongent. Le rat musqué & le castor ressemblent de figure à notre rat, mais il est beaucoup plus gros, pesant trois ou quatre livres, & sentant fortement le musc ; sa couleur est brune ; il est couvert de deux sortes de poils, l'un plus grand, l'autre plus court & très-fin, semblable à du duvet ; ses dents sont au nombre de vingt ; sa queue est couverte d'écailles entourées de petits poils nombreux sur les côtés ; les doigts de ses piés sont au nombre de quatre.

Le rat musqué a tant de ressemblance au castor, que les sauvages disent qu'ils sont freres, mais que le castor est l'aîné, & qu'il a plus d'esprit que son cadet. Il est vrai qu'au premier coup d'oeil, on prendroit un vieux rat musqué, & un castor d'un mois, pour deux animaux de même espece. Ces rats sont communs à la Martinique, & dans toutes les contrées du Canada. Le public est redevable à M. Sarrazin, qui étoit médecin du Roi à Québec en 1725, de la connoissance détaillée de leur vie, de leurs bâtimens & ce qui étoit plus difficile à décrire, de leur anatomie complete .

M. de Reaumur a donné dans le recueil de l'académie des Sciences, année 1725, un extrait des divers mémoires que M. Sarrazin lui avoit envoyés sur ces animaux ; & à mon tour, pour former cet article, je vais détacher de l'extrait de M. de Reaumur, ce qui me rejettera le moins dans le détail particulier, & ce qui me paroîtra suffisant pour satisfaire la curiosité des lecteurs.

Les rats musqués se nourrissent pendant l'été de toutes sortes d'herbes, & pendant l'hiver de différentes especes de racines, telles que celles des grandes nymphea blanches & jaunes, & sur-tout du calamus aromatique.

Ils vivent en société, du moins pendant l'hiver ; ils se bâtissent des cabanes, dont les unes plus petites, ne sont habitées que par une seule famille ; & les autres plus grandes, en contiennent plusieurs. Leur génie se montre dans le choix même du lieu où ils s'établissent ; ce n'est pas assez qu'ils soient couverts par leurs bâtimens pendant l'hiver, ils y doivent être à portée de l'eau, & à portée d'avoir commodément des racines propres à se nourrir ; je connois bien des châteaux bâtis contre ces deux régles de situation, que les rats musqués choisissent toujours.

Pour réunir les avantages dont on vient de parler, ils construisent leurs loges dans des marais, ou sur le bord de lacs & de rivieres, dont le lit est plat, l'eau dormante, & où le terrein produit abondamment des racines convenables à leur nourriture ; c'est sur les endroits les plus hauts d'un pareil terrein qu'ils bâtissent leurs loges, afin que les eaux puissent s'élever sans les incommoder.

Le choix du lieu fait, ils préparent la place qui doit occuper l'intérieur de l'édifice qu'ils méditent, & qui leur servira de lit pendant l'hiver. Si la place est trop basse, ils l'élevent & l'abaissent ; si elle est trop élevée, ils la disposent par gradins pour pouvoir se retirer d'étage en étage, à mesure que l'eau montera. Leur maison est plus ou moins grande, selon qu'elle doit être occupée par plus ou moins de rats ; lorsqu'elle n'est destinée que pour sept à huit, elle a environ deux piés de diamêtre en tous sens ; & elle est plus grande proportionnellement, lorsqu'elle en doit contenir davantage.

La loge qu'ils habitent forme un dôme, & est composée de joncs liés, & enduits d'une glaise qui a été bien détrempée. A l'égard de l'ordre avec lequel leur travail est conduit, de la maniere dont ils appliquent la terre & l'applanissent, on n'en est instruit que par les discours des chasseurs ; & les discours de tels gens ne passent nulle part pour des observations de Physiciens, auxquelles on doit ajouter foi. Tout ce qu'on sait de certain, parce qu'on le voit, c'est que les rats musqués ménagent dans leurs domiciles une ouverture, par laquelle ils peuvent entrer & sortir ; mais ils la bouchent entierement quand l'hiver s'est déclaré.

Comme leur constitution n'est pas semblable à celle de ces animaux qui ne mangent point, & qui n'ont aucuns besoins pendant l'hiver, ceux-ci au contraire, outre le corps de bâtiment, se pratiquent des commodités qui leur sont essentielles. Ils font des puits qui communiquent avec l'intérieur de leurs loges, où ils peuvent aller boire & se baigner. Ils creusent des galeries sous terre, ou pour parler moins noblement, des trous pareils à ceux des taupes, afin d'aller chercher pour vivre des racines dans la saison des neiges. En un mot, ils n'oublient rien de ce qui concerne leurs besoins & leur propreté, jusqu'à se procurer des especes de lieux à l'angloise.

Le printems, saison de leurs amours, leur est souvent fatal. Les chasseurs, ces injustes meurtriers de la plûpart des animaux, pipent les mâles, & imitent les femelles, qui ont une sorte de gémissement ; par cette ruse ils les font approcher, & les tuent à coups de fusil. Ceux de ces animaux qui leur échappent, reviennent à leurs loges, & sur-tout les femelles, qui sont d'un sexe timide. La plûpart pourtant font leurs petits où elles se trouvent, mais dans des endroits cachés. Les mâles continuent de courir la campagne ; c'est leur genre de vie de tout l'été. Dès qu'il est passé, le tems de former de nouvelles cabanes revient, car les mêmes ne servent pas plusieurs années ; enfin ils recommencent la vie d'hiver. Les rats musqués qui vivent dans les pays plus chauds que l'Amérique, n'ont pas le même besoin de cabanes ; aussi sont-ils terriers comme nos lapins.

L'opération de leur dissection n'est pas facile ; il est peu de cerveaux capables de soutenir l'action continue d'une aussi forte odeur de musc, que celle que répand cet animal. M. Sarrazin a été deux fois réduit à l'extrêmité, par les impressions que cette pénétrante odeur avoit faites sur lui. Nous aurions peu d'anatomistes, & nous n'aurions pas à nous en plaindre, s'il le falloit être à pareil prix. Les sauvages qui sont affectés aussi désagréablement de l'odeur du musc, que nos femmes hystériques, donnent par cette raison le nom d'animal puant à notre rat.

Il a, comme le castor, deux sortes de poils ; le plus long l'est de dix ou douze lignes, brun, & donne sa couleur à l'animal. Le plus court est une espece de duvet très-fin, dont on se servoit autrefois en qualité de petit poil pour la fabrique des chapeaux. Il garantit le rat du froid, & le grand poil qui est plus rude, défend le duvet de la fange, dans laquelle il se vautre souvent, sur-tout en bâtissant sa loge.

Son dos est formé de neuf vertèbres jusqu'à la racine de la queue ; ses oreilles sont courtes, arrondies par le bout & velues ; il a les yeux presque aussi grands que ceux du castor, quoique ce dernier soit au moins une quinzaine de fois plus gros ; ses deux machoires sont garnies de dix dents chacune, de huit molaires & de deux incisives, ce qui fait vingt dents en tout.

Le rat musqué est un fort rongeur. M. Sarrazin en a renfermé un, qui dans une seule nuit, perça dans du bois dur, un trou de trois pouces de diamêtre, & d'un pié de longueur, par lequel il s'échappa. Sa queue est couverte d'écailles qui empietent un peu les unes sur les autres, & qui sont entourées de petits poils.

Sa poitrine est fort étroite par en haut ; ses côtes sont au nombre de douze, six vraies & six fausses ; son foie est composé de sept lobes, dans un desquels est située la vésicule du fiel, qui s'ouvre dans le duodenum ; ses intestins sont fort étroits, & ont environ six piés de longueur ; son estomac ressemble assez à celui du castor par l'extérieur, & en quelque chose à celui du rat domestique ; son oesophage est revêtu intérieurement d'une membrane blanche, qui couvre quelquefois son estomac ; sa vessie n'a rien de particulier ; mais l'issue de l'urethre dans le rat femelle, & dans les especes de rat connues, savoir, le rat d'eau, le rat domestique, est fort différente de celle des autres animaux.

On peut ranger sous trois classes, les variétés que nous trouvons dans les animaux, pour l'écoulement des urines. Le castor, & tous les oiseaux qui n'ont qu'une ouverture sous la queue, donnent des exemples de la premiere. Tous les animaux terrestres, excepté le castor, dont on vient de parler, donnent des exemples de la seconde espece ; l'urethre y conduit les urines par la fente des parties naturelles, où elle a son issue. Nos rats musqués femelles, donnent des exemples de la troisieme variété ; elles ont trois issues ; savoir, l'anus, la fente des parties naturelles, & l'éminence velue, ou les follicules situées sur l'os pubis, par où l'urethre rend les urines.

Les parties de la génération du rat musqué femelle, sont semblables à celles du rat domestique femelle ; elles ont six mamelles, savoir trois de chaque côté, & elles font jusqu'à cinq ou six petits.

Les follicules dont nous venons de parler, sont situées au-dessus de l'os pubis. On les trouve également au mâle & à la femelle. Les canadiens les appellent rognons du rat musqué ; & les canadiennes, par modestie, les nomment boutons. Les uns & les autres croyent que ce sont ses testicules. Les chasseurs arrachent les follicules des rats musqués, mâle & femelle, dans la saison du rut ; ils leur coupent en même tems un peu de peau, dont ils les enveloppent pour les vendre ; ces follicules ont la figure d'une petite poire renversée. Elles sont un composé de glandes conglomerées, enveloppées de membranes garnies de vaisseaux & de conduits excrétoires, qui fournissent vraisemblablement l'humeur qu'elles contiennent.

Cette humeur ressemble au lait, tant par sa consistance, que par sa couleur. On ne peut douter un moment, que l'odeur de musc, qu'exhale le rat musqué, ne lui soit due. M. Sarrazin croyoit qu'elle lui étoit communiquée par le calamus aromatique, dont il se nourrit assez ordinairement. Clusius a aussi attribué à cette plante, l'odeur du musc du rat qu'il a décrit. Ce qui semble prouver qu'elle contribue beaucoup à celle du nôtre, c'est qu'il a plus d'odeur à la fin de l'hiver, où il n'a presque vÊCu que de cette plante, que pendant l'été & l'automne, où il se nourrit indifféremment de diverses autres racines. Mais quelle que soit sa nourriture, il se fait vraisemblablement dans cet animal, lorsque la saison de ses amours arrive, une fermentation qui exhale cette odeur.

La verge est attachée par sa racine à la levre inférieure de l'os pubis. Le balanus a trois ou quatre os, qui peuvent remuer en tous sens. Les testicules ont la grosseur d'une noix muscade, & sont situés à côté de l'anus. Les vésicules séminales paroissent parfaitement dans le tems du rut ; elles sont si engagées sous l'os pubis, qu'il faut le détruire pour les bien reconnoître ; leur longueur est d'environ un pouce ; ces vésicules servent probablement de prostates. Mais une chose bien singuliere, & peut-être particuliere au seul rat musqué, c'est qu'à mesure que son amour s'affoiblit, la plûpart de ses organes de la génération s'effacent, les testicules, l'épididime & les vésicules commencent à se flétrir.

Ses piés de devant sont semblables à ceux de tous les animaux qui rongent ; ceux de derriere n'ont aucune ressemblance aux piés du rat domestique, non plus qu'à ceux du castor, & du rat musqué, décrit par Clusius. Il dit que ce dernier a les piés de derriere garnis de membranes ; le nôtre a les doigts séparés les uns des autres, avec une membrane qui regne le long des côtés de chaque doigt, & qui est garnie de poils rudes ; ensorte que les doigts, la membrane, & les poils arrangés d'une certaine maniere, forment un instrument propre à nager, mais qui ne vaut pas cependant le pié du castor ; aussi ne nage-t-il pas si vîte. Il marche en canne, mais beaucoup moins que le castor & que les oiseaux de riviere ; ce mouvement est aidé par un muscle qui tire la jambe & la cuisse en dehors. Sa force pour nager est augmentée, parce qu'il décrit avec sa patte une ligne courbe, plus longue par conséquent que si elle étoit droite. Cette force dépend encore beaucoup de la maniere dont sa patte est tournée ; je veux dire, qu'elle l'est en dehors, & se présente toujours également contre l'eau.

Le rat des Alpes de M. Rey, est celui de l'Europe, qui a plus de ressemblance pour la conformation extérieure, avec le rat musqué d'Amérique. On nous envoye quelquefois du Canada les rognons secs de cet animal, qu'on nomme rognons de musc ; mais nos parfumeurs n'en font presque plus d'usage. (D.J.)

RAT DE NORVEGE, (Zoologie) M. Linnaeus, dont nous allons emprunter les connoissances sur le rat de Norvège, le caracterise par les noms de mus caudâ abruptâ, corpore fulvo, nigro, maculato. Je passe sous silence les noms que Gesner, Ziegler, Johnston & d'autres lui ont donné. Ce rat est un peu plus petit que le rat ordinaire, & est à-peu-près gros comme une taupe, le fonds de sa couleur est un jaune tirant sur le brun, excepté au ventre, où le jaune est plus clair ; le devant de sa tête est noir, de même que le dessus des épaules & des cuisses, & ses côtés sont tachetés ; sa queue courte & velue est de couleur jaune, entremêlée de noir : il a une barbe comme les autres rats, & cinq doigts à chaque pié ; ses oreilles sont fort courtes ; il a quatre dents devant, deux en-haut, & deux en-bas, & à chaque côté des mâchoires, trois molaires.

Ces rats demeurent dans les montagnes de la Lapponie, qui sont toutes criblées de trous qu'ils y font pour se loger. Chacun a le sien, ils ne sont pas coenobites ; ce n'est pas pourtant qu'ils soient farouches, au contraire, ce sont des rats de société & d'ailleurs très-résolus ; ils aboient comme de petits chiens, quand on en approche ; & si on leur présente le bout d'un bâton, au lieu de s'enfuir, ils le mordillent & le tiraillent. Ils font ordinairement cinq ou six petits à la fois, mais jamais plus ; aussi leurs femelles n'ont-elles que six tetes. Ils se nourrissent avec de l'herbe & de la mousse à rennes.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans ces animaux, ce sont leurs émigrations ; car en certains tems, ordinairement en dix ou vingt ans une fois, ils s'en vont en troupes nombreuses, & marchant par bandes de plusieurs milliers, ils creusent des sentiers de la profondeur de deux doigts, sur un demi-quart ou un quart d'aune de largeur. On voit même plusieurs de ces sentiers à la fois paralleles les uns aux autres, & divisés en droite ligne, mais toujours distanciés de plusieurs aunes. Chemin faisant, ils mangent les herbes & les racines qui sortent de terre, & font des petits en route, dont ils en portent un dans la gueule, un autre sur le dos, & abandonnent le surplus, si surplus il y a. Ils prennent en descendant des montagnes, le chemin du golfe de Bothnie ; mais ordinairement ils sont dispersés, & périssent avant d'y arriver.

Une autre singularité dans la maniere dont ils font ce voyage, c'est que rien ne peut les obliger à se détourner de leur route, qu'ils suivent toujours en droite ligne. Qu'ils rencontrent, par exemple, un homme, ils tâchent de lui passer entre les jambes, plutôt que de se déranger de leur chemin, ou bien ils se mettent sur les piés de derriere, & mordent la canne qu'on leur oppose. S'ils rencontrent une meule de foin, ils se font un chemin au travers, à force de manger, & de creuser, plutôt que d'en faire le tour.

Le peuple qui n'a point su la demeure de ces animaux, s'est imaginé qu'ils tomboient des nues. Wormius a fait un ouvrage pour l'expliquer par des raisons probables ; mais avant que d'examiner comment il peut tomber des rats du ciel, il eût été bon de s'assurer s'il en tomboit effectivement. On ne croit plus présentement aux pluies de rats, ni de grenouilles. Mais comme il y a des tems où les grenouilles paroissent en nombre dans différens pays ; de même il y a des tems en Lapponie où les rats de Norvège descendent des montagnes pour ainsi dire par colonies.

S'ils font quelque dommage dans les champs & les prairies, c'est peu de chose, & leur présence indemnise les habitans ; car quand ils commencent à défiler dans les provinces septentrionales de la Suede, les habitans font ample capture d'ours, de renards, de martres, de goulus, & d'hermines, parce que tous les animaux qui suivent nos rats pour en faire leur proie, s'exposent par-là eux-mêmes à devenir celle des hommes.

On feroit de leur peau des fourrures fort belles, & fort douces, si ce n'est qu'elles sont trop tendres, & se déchirent aisément. Quant à la qualité venéneuse qu'on leur attribue, je ne vois par sur quoi on la fonde ; chaque observateur peut se convaincre aisément, qu'ils n'infectent ni l'eau, ni l'air. Si les chiens n'aiment à en manger que la tête, cela ne prouve rien. Les chats ne mangent guere non plus que la tête des rats ordinaires. S'ensuit-il de-là, que les rats sont venimeux ? Varron nous apprend au contraire, que les anciens habitans d'Italie, en engraissoient & en mangeoient ; & Mathiole nous atteste, qu'ils ont fort bon goût. On sait que dans un autre pays, on tue la marmotte qui est une sorte de rat ; qu'on en fait fumer la viande & qu'on la mange. (D.J.)

RAT ORIENTAL, mus orientalis, Klein, animal quadrupede ; il a deux pouces de longueur depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue, qui est grosse & longue d'un pouce & demi. La couleur du poil est rousse ; il y a sur le dos des raies blanchâtres, les oreilles & les jambes sont très-courtes. Reg. animal. pag. 175.

RAT PENNADE, voyez CHAUVE-SOURIS.

RAT PALMISTE, mus palmarum, animal quadrupede ; il a cinq pouces de longueur, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue, qui est longue de six pouces ; ses oreilles sont courtes & arrondies. Il y a sur le dos de ce rat trois bandes longitudinales de couleur jaunâtre ; le reste du corps est varié de roux & de noir ; la face supérieure de la queue a une couleur mêlée de noir & de jaunâtre, la face inférieure est d'un jaune roux, avec des bandes longitudinales noires & blanchâtres. Reg. anim. p. 156. où l'animal dont il s'agit est sous le nom d'écureuil palmiste.

RAT BLANC DE VIRGINIE, mus agrestis virginianus albus. Klein, animal quadrupede ; il a environ trois pouces & demi de longueur, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue, qui est longue de deux pouces neuf lignes, pointue & parsemée de longs poils. Reg. anim. p. 173.

RAT SAUVAGE, (Zoolog.) c'est ainsi qu'on nomme au Mississipi, l'animal qu'on appelle carachupa au Pérou. Fraizier dit qu'il a la queue pelée, les dents continues sans division, & deux bourses, dont l'une lui couvre l'estomac, & l'autre le ventre, & que c'est dans ces bourses qu'ils mettent leurs petits, lorsqu'ils fuient. Cette description n'est ni vraie, ni exacte, mais on peut recourir à celle de Tyson, qui est bonne & parfaite. (D.J.)

RAT, (Marine) espece de ponton, composé de planches, qui sont attachées sur quelques mâts, & sur lequel se mettent les Charpentiers & les Calfateurs, pour radouber & carener le vaisseau.

RAT ou RAS, (Marine) c'est un courant rapide & dangereux, ou un changement dans le mouvement des eaux, c'est-à-dire des contre-marées, qui sont ordinairement dans une passe ou dans un canal.

RAT, (Marine) on sous-entend à queue de. Voyez COUET A QUEUE DE RAT.

RAT, GRIS DE, terme de Teinturier ; on appelle gris de rat, une couleur semblable à celle de la peau de rat. Cette couleur est de quelque nuance plus brune, que celle qu'on nomme gris de souris. (D.J.)

RAT, s. m. (Tireur d'or) les ouvriers tireurs d'or appellent rats, les trous médiocres des filieres qui leur servent à dégrossir l'or, l'argent, & le léton, pour les réduire en fils, en les faisant passer successivement par d'autres trous plus petits, jusqu'à celui qu'ils nomment superfin. Savary.


RATAFIATS. m. (Médecine) est une liqueur spiritueuse, faite avec les noyaux de différens fruits, ou avec les fruits même, & singulierement avec des cerises & des abricots.

Le ratafiat de cerises se fait en écrasant les cerises & les mettant dans l'eau-de-vie ; on y ajoute les noyaux, avec les framboises, le sucre, de la cannelle, du poivre blanc, de la muscade, & du clou de girofle. On met vingt livres de cerises sur vingt pintes d'eau-de-vie : on laisse le vaisseau ouvert pendant dix ou douze jours ; enfin on le bouche bien & on n'y touche de deux mois.

Le ratafiat d'abricots se fait de deux manieres, ou en faisant bouillir les abricots dans du vin blanc, & y ajoutant une égale quantité d'eau-de-vie, avec du sucre, de la cannelle, de la fleur de muscade & des noyaux d'abricots, laissant le tout infuser pendant huit ou dix jours, & tirant ensuite la liqueur au clair ; ou en faisant infuser les abricots coupés par morceaux, pendant un jour ou deux, dans l'eau-de-vie, passant la liqueur à-travers une chausse, & y ajoutant les ingrédiens ordinaires.

RATAFIAT, (Chymie, Diete, ou plutôt Gramm.) nom qu'on donne à certaines liqueurs spiritueuses, dont l'espece est fort indéterminée, mais plus communément cependant à celles qui sont préparées par infusion ou par le mêlange du suc des fruits. Ce nom est aussi employé quelquefois dans le sens le plus général, & comme synonyme de liqueurs spiritueuses ; mais encore un coup, toute cette nomenclature est fort arbitraire. Voyez LIQUEURS SPIRITUEUSES, Chymie & Diete. (b)


RATATINÉ(Jardinage) s'applique à un arbre qui ne donne que des foibles productions, que des jets minces ; un fruit est ratatiné, quand il est tout ridé.


RATES. f. en Anatomie, est un viscere mou, spongieux, d'une couleur rouge foncé, ou plutôt livide, qui ressemble ordinairement à la figure d'une langue, & qui est quelquefois triangulaire & quelquefois arrondi. Voyez les Pl. d'Anatom. & leur explication.

Ordinairement il n'y a qu'une rate, quelquefois cependant on en trouve deux, & même trois. Elle est située dans l'hypocondre gauche, entre les fausses côtes & l'estomac ; elle est un peu convexe du côté des côtes, & concave vers l'estomac. Communément sa longueur est de six pouces, sa largeur de trois, & son épaisseur d'un pouce. Elle est attachée avec l'omentum, qui avec les vaisseaux sanguins la joignent à l'estomac & au rein gauche, & quelquefois au diaphragme.

Elle est couverte de deux membranes ; la membrane externe vient du péritoine & n'est attachée à la tunique interne que par le moyen des vaisseaux sanguins. La membrane interne est composée de fibres admirablement entrelacées, c'est de-là probablement que viennent ce grand nombre de cellules ou de vésicules qui forment la principale masse de la rate, quoique Malpighi les attribue plutôt aux conduits veineux. Les cellules communiquent les unes aux autres & se dégorgent dans le tronc de la veine splénique. Elles sont garnies en-dedans, suivant Malpighi, de différentes petites glandes jointes ensemble, dont 6, 7, ou 8 forment une espece de petites glandes conglomérées, auxquelles les arteres & les veines paroissent se terminer.

Les vaisseaux sanguins sont l'artere splénique qui vient de la coeliaque, & la veine splénique qui renvoye le sang au foie par la veine porte. Voyez SPLENIQUE.

Ses nerfs viennent du plexus splénique proche le fond de l'estomac : aussi-tôt que les vaisseaux entrent dans la rate, ils sont tous enveloppés d'une membrane ou enveloppe commune, & distribués abondamment dans toute la substance de la rate. De plus il y a quantité de vaisseaux lymphatiques.

Les anastomoses qui sont entre les arteres & les veines de la rate, sont plus visibles dans cet endroit qu'en toute autre partie du corps, & on observe que ce viscere reçoit à proportion beaucoup plus de sang que les autres parties. Voyez ANASTOMOSE.

L'usage de la rate a été bien contesté de tout tems, soit à cause que la dissection n'en fait point appercevoir l'usage immédiat, soit parce qu'on trouve que tous les animaux à qui on la coupe ne laissent pas de vivre sans rate. Tout ce qui arrive, par exemple, aux chiens à qui on l'a coupée, c'est qu'ils sont plus alertes qu'à l'ordinaire, qu'ils urinent plus souvent ; qu'ils sont plus affamés qu'auparavant, & que pendant les premiers jours ils sentent des nausées & qu'ils vomissent : on ajoute que pour faire un bon coureur il faut lui ôter la rate.

C'est pourquoi quelques-uns ont imaginé que la rate ne servoit que d'un poids pour entretenir l'équilibre du corps ; d'autres qu'elle ne servoit qu'à faire la symmétrie ; d'autres croyent que c'est un poids inutile & une des superfluités de la nature ; d'autres que c'est une fosse commune dans laquelle le sang dépose ses parties grossieres ; d'autres enfin que c'est un feu dont la chaleur anime l'action de l'estomac.

Plusieurs anciens ont dit qu'elle étoit le réservoir de la bile noire ou humeur mélancolique ; c'est pourquoi quelques-uns d'entr'eux l'appellent l'organe du rire. Voyez RIRE, HYPOCONDRIAQUE, &c.

M. Cowper tire de la grande quantité de sang qui se trouve dans la rate, & de ses inosculations apparentes, une conjecture bien naturelle sur son usage, ou du-moins sur son méchanisme particulier. Il pense donc que la rate n'est qu'un organe subordonné qui aide à la circulation, & croit que du concours du sang artériel & de celui des veines, il résulte une impétuosité qui se communique au sang des veines, & qui facilite son passage à-travers les ramifications de la veine porte à la veine cave ; car autrement ce sang seroit tellement interrompu par les ramifications doubles de la veine porte, qu'il ne lui resteroit pas assez de force pour aller au coeur. Voyez CIRCULATION.

L'action ou l'effet de la rate, suivant Boerhaave, est de recevoir le sang nouveau des arteres, de le préparer dans ses glandes, & le répandre dans ses cellules ; de reporter le sang qui est resté après cette préparation aux petites veines, & de-là à la veine splénique ; de mêler les humeurs ainsi préparées avec les sucs nerveux, & de les préparer, atténuer, & unir plus intimement ensemble en une même humeur.

Malpighi, & après lui le docteur Keill, & quelques autres, prétendent que la rate est un viscere qui aide au foie à faire la secrétion, &c. de la bile. Nous avons observé qu'à cause de la proximité du foie & du coeur, & de la vîtesse du mouvement du sang dans l'aorte, une humeur composée de particules, qui se combine aussi lentement que le fait la bile, ne pourroit pas être préparée, si la vîtesse du sang n'étoit pas diminuée en faisant plusieurs tours pour passer à-travers l'estomac, les intestins, & l'omentum, &c. jusqu'au foie.

De plus, le docteur Keill conjecture que ces parties ne suffisoient pas pour recevoir tout le sang qui devoit être envoyé au foie ; c'est pourquoi la nature a formé la rate dans les cavités de laquelle le sang étant répandu par une petite artere, se meut dumoins aussi lentement que tout ce qui passe au foie d'une autre maniere, au moyen de quoi les particules qui composent la bile dans le sang qui passe par le rameau splénique, ont plus d'occasion, par une circulation si longue & si lente, de s'unir, qu'elles n'en auroient si elles avoient été portées par les branches de la coeliaque directement au foie ; par conséquent sans la rate le foie n'auroit pas pû préparer une aussi grande quantité de bile qu'il en faut, c'est-à-dire que la nature en demande. Voyez BILE ; voyez aussi FOIE.

Je n'ajouterai qu'un petit nombre de remarques.

On ne sauroit donner une description exacte de la rate, parce que sa figure & son volume varient beaucoup, par conformation naturelle, par l'âge, par maladies ; elle paroit même grosse ou petite lorsque par l'ouverture du cadavre, l'estomac est vuide ou plein ; si l'estomac est plein, il la resserre ; s'il est vuide, il lui permet de s'étendre ; mais Van-Horne l'a une fois trouvée d'une grosseur extraordinaire, pesant plus de cinq livres ; d'autres fois elle se trouve presque réduite à rien. M. Littre a fait voir à l'académie des Sciences une rate d'homme entierement pétrifiée ; elle tenoit comme de coutume à ses vaisseaux & ligamens ordinaires, & elle pesoit une once & demi. Le même Littre fit aussi voir une partie de la membrane d'une autre rate d'homme devenue osseuse.

Ce viscere est communément attaché au bord du diaphragme par un ligament membraneux particulier ; mais dans quelques sujets on trouve d'autres ligamens différens des vaisseaux courts qui l'attachent à l'estomac & au colon.

Riolan dit avoir vû la rate dans l'hypocondre droit, & le foie dans le gauche. Guy-Patin raconte aussi que dans un voleur qui fut roué à Paris en 1650, on trouva le foie du côté gauche, & la rate du côté droit ; mais on ne peut guere compter sur le récit de Riolan, ni sur celui de Guy-Patin, parce que ce dernier ne cite aucun témoignage confirmatif, & que les auteurs contemporains n'en ont fait aucune mention. Nos anatomistes modernes, qui dans l'Europe ont ouvert entr'eux des milliers de cadavres depuis cent ans, n'ont jamais écrit qu'ils eussent vû ce phénomene.

D'autres auteurs ont prétendu qu'il y a des hommes auxquels la rate manque naturellement. Hollier, Dulaurens, Kerkring, ont appuyé ce conte du poids de leurs dissections ; mais quelque forts que semblent des témoignages affirmatifs, de pareilles observations sont trop suspectes pour les admettre, tant qu'elles ne seront pas confirmées par les dissections postérieures.

Il est d'autres anatomistes qui nous disent au-contraire avoir trouvé quelquefois dans le corps humain deux & même trois rates bien conformées ; mais leur témoignage ne mérite aucune créance. Il paroît même que les especes de petites rates particulieres vues par M. Winslow, n'étoient que des appendices de la rate, & des jeux de la nature.

Comme quelques expériences ont justifié que la rate n'étoit pas absolument essentielle à la vie des animaux, on a vû, dans le dernier siecle, des chirurgiens s'aviser de dire que l'homme tireroit des avantages de se faire ôter la rate ; mais ce systême barbare & ridicule, eut d'autant moins d'approbateurs, que les chiens sur lesquels ils imaginerent de faire leurs expériences pour prouver leur opinion, souffrirent de grands dérangemens dans tout leur corps, languirent, & moururent bien-tôt après. (D.J.)

RATE, (Physiolog.) la rate située dans l'hypocondre gauche, pendante sous le diaphragme, adhérente au rein gauche, à l'épiploon, & en quelque maniere à l'estomac, est exposée dans cette situation à la pression du diaphragme & des muscles de l'abdomen. Elle reçoit un sang pur, artériel, qui ne fait que de sortir du coeur ; la coeliaque, quelquefois l'aorte même lui fournit une artere, de laquelle le foie, le pancréas, le duodenum, le ventricule, reçoivent aussi leurs vaisseaux artériels ; d'où il est constant que le sang ainsi distribué à la rate par une infinité de rameaux, est tout-à-fait semblable à celui qui est porté aux autres parties qu'on vient de nommer.

Comme l'injection prouve qu'il y a un passage directement ouvert de ces arteres dans les veines, il paroît que les extrêmités des artérioles spléniques ne se terminent pas toutes de la même maniere, mais qu'il regne ici une variété assez considérable, que cependant aucun art n'a pu démontrer jusqu'à présent, sur-tout à cause de la grande friabilité de ce viscere.

Il est néanmoins évident que la rate est construite comme tous les lieux du corps où se font des secrétions, & que conséquemment il s'en fait certainement en cette partie. Les vaisseaux lymphatiques qu'on y trouve environnant toute la tunique vaginale, rampant entre les deux sur les membranes propres spléniques, s'écartant çà & là de l'artere splénique ; ces vaisseaux, dis-je, sont en plus petite quantité dans ce viscere que dans les autres ; & comme ils ne pénetrent point dans l'intérieur, il suit qu'ils prennent leur origine des vaisseaux qui servent à nourrir le corps de la rate.

Si dans une rate lavée, dont on a exactement lié la veine, on souffle de l'air par l'artere dans toute la substance de ce viscere, & qu'ensuite après avoir lié l'artere, & laissé la rate se dessécher à l'air, on la disseque ; outre les arteres, les veines, & les nerfs, on voit en l'examinant bien, plusieurs cellules vuides, distendues, distinctes, composées de membranes élevées en droite ligne, de figure & de capacité diverses, lesquelles s'ouvrent les unes dans les autres par un orifice, & même dans ses plus grands trous faits au sinus veineux.

Les parois des membranes qui forment ces cellules sont arrosées de très-petites arteres ; on y voit de plus une grande quantité de corps ovales blancs, mous, disposés en forme de grappes glanduleuses, dont toutes les propriétés montrent sensiblement que ces grains servent à exprimer les glandes.

Quoique la rate ait à peine aucun mouvement sensible, qu'elle ne soit point douée d'un sentiment exquis, & qu'on n'observe pas même qu'elle en ait besoin, elle a cependant plusieurs grands & différens nerfs destinés pour elle seule, & qui se distribuent dans toute sa masse. C'est pourquoi il est très-vraisemblable que ces petits tuyaux nerveux s'y déchargent de leur humeur subtile, qui se mêle ensuite aux autres liqueurs veineuses qu'on y trouve.

Il suit de ce détail, que la principale action de la rate paroît consister en ce que, 1°. le sang artériel pur, abondant en lymphe, prépare une lymphe très-subtile dans les petites glandes de ce viscere, l'y sépare, la verse dans les cellules par ses émonctoires particuliers, & en décharge aussi peut-être une partie dans la veine splénique. 2°. Le sang qui reste après cette action semble être porté dans les petites veines, & de-là dans les veines communes. 3°. L'autre troupe d'artérioles qui tapisse les parois des membranes, verse peut-être dans les cellules ouvertes des membranes, un sang plein de lymphe, & qui vient d'être atténué dans ce tissu artériel, comme il arrive dans les corps caverneux. 4°. Il est aussi croyable que les nerfs y portent, y déposent, y mettent, y fournissent sans-cesse une grande quantité d'esprits. 5°. Que toutes ces humeurs, ainsi préparées, confusément mêlées, après avoir croupi un moment, sont comprimées, mêlées, atténuées, & souffrent la même élaboration que dans le poumon, par la forte action du sang artériel, par l'impétuosité du suc nerveux, par la contraction des deux membranes propres de la rate, & de sa tunique vaginale, par le renversement des fibres qui sont ici très-nombreuses, par l'agitation du diaphragme, des muscles, des vaisseaux, & des visceres abdominaux.

Le sang qui est fluide en cet endroit, disons riche en esprit & en lymphe, qui forme difficilement des concrétions, intimement mêlé, se séparant avec peine en parties hétérogenes, acquiert par ces causes une couleur rouge pourpre, & sort ainsi coloré de ce viscere par la grande veine splénique : tel est donc l'effet de la rate ; mais comme toute l'humeur qui y est préparée va dans la veine porte & au foie, il est évident que la rate travaille pour ce dernier viscere.

En effet, le foie & la rate semblent être dans une mutuelle dépendance l'un de l'autre. 1°. Dans les animaux auxquels on a enlevé la rate, on trouve le foie augmenté en volume, obstrué, flétri, ulcéré, défiguré ; ces changemens se sont trouvés quelquefois réunis & quelquefois séparés ; c'est-à-dire qu'on a trouvé dans quelques chiens ces assemblages de maux, & que dans d'autres on n'a rencontré qu'un seul de ces vices. 2°. Il est certain que la bile n'est plus la même dans les animaux auxquels on a enlevé la rate, la quantité est moindre, la couleur est blanchâtre, la consistance en est plus épaisse : on a trouvé les molécules de cette bile, comme des grumeaux de fromage. 3°. Il est donc évident que le foie & la bile ont besoin du sang de la rate, c'est-à-dire d'un sang plus fluide, & qui ait plus de lymphe & de sérosité, ou qui soit préparé d'une façon particuliere comme le sang de la rate.

On peut juger par ce récit, si les diverses opinions qu'on a avancées sur les usages de la rate, sont des opinions bien fondées : les uns ont dit que la rate n'avoit d'autre usage que de servir de contre-poids au foie, en donnant plus de pesanteur à l'hypocondre gauche ; mais ceux qui raisonnoient ainsi ignoroient la véritable situation du foie qui couvre l'estomac en partie, & qui se jette quelquefois extraordinairement dans l'hypocondre gauche ; quelle étoit donc la nécessité de cet équilibre ? Peut-on dire d'ailleurs qu'un corps aussi petit que la rate par rapport au foie, puisse balancer ce viscere ?

Ceux qui ont imaginé que la rate n'étoit qu'un jeu de la nature ou un fardeau inutile, ont encore parlé avec moins de fondement ; sa perfection, les vûes raisonnées & constantes qu'on trouve dans sa structure animale, ne permet pas qu'on raisonne ainsi : les effets que produit l'absence de la rate, auroient dû inspirer un sentiment bien différent ; les chiens auxquels on enleve ce viscere, deviennent tristes, maigrissent, ont une bile visqueuse, un sang noirâtre & épais.

Les chymistes qui ont prétendu qu'il se fil troit dans la rate une âcreté vitale, sont encore plus chimériques, car il n'y a pas le moindre acide dans la rate, & le lait ne s'y caille jamais. Vains jouets de l'imagination, disparoissez à la vûe des vérités anatomiques.

Est-il probable qu'on soit impuissant & stérile quand la rate est détruite ? Non sans-doute, & c'est plutôt le contraire. Les parties génitales sont éloignées de la rate de tout le péritoine. De plus, on sait que les chiennes sans rate ne sont pas moins fécondes ni moins avides du mâle. Tant qu'on ne raisonnera pas sur des principes tirés de la structure des parties, on ne fera que des systèmes propres à nous égarer.

Je pardonnerois plutôt aux anciens qui ont établi dans la rate le trône des ris, de la joie, & le siége des plaisirs du siecle de Saturne ; du-moins est-il vrai que quand la rate fait bien ses fonctions, on dort mieux, on est plus gai & plus content, mais c'est que rien ne gêne le cours du sang & des esprits.

Après tout, notre système physiologique sur la rate peut seul être en état de satisfaire à plusieurs questions, autrement assez obscures ; par exemple,

Que font la situation, le volume, le voisinage de la rate, la façon dont elle est suspendue ? Que nous apprennent la situation, la naissance, la capacité de l'artere splénique ? Je réponds, que la rate, voisine du diaphragme, du coeur, de l'estomac, & des muscles du bas-ventre qui l'entourent, est ainsi placée pour mieux recevoir l'action de toutes ces parties. Ce viscere est ainsi suspendu afin de pouvoir être également comprimé de toutes parts, par rapport aux besoins du sang qui s'y filtre. L'artere splénique, la plus grande des arteres du bas-ventre, libre dans son trajet, est avantageuse à la rate, parce qu'elle fournit promtement une grande abondance de sang qui circule avec rapidité.

Pourquoi un animal qui a la rate coupée devient-il plus lascif ? La situation de l'artere spermatique en donne la raison. Le sang de l'aorte ne pouvant plus passer par l'artere splénique liée & bouchée, est forcé de couler plus abondamment dans les vaisseaux spermatiques ; ainsi la secrétion étant augmentée, augmente le desir de l'évacuer ; mais comme le manque de rate coûte beaucoup au foie, cette lasciveté est de peu de durée.

D'où vient que le même animal à qui on a coupé la rate pisse très-souvent ? C'est parce que la lymphe qui couloit par l'artere coeliaque dans la rate, est obligée d'entrer dans les arteres émulgentes qui sont peu éloignées de l'artere coeliaque.

D'où vient que les animaux qui n'ont point de rate sont plus voraces que les autres ? Cela doit arriver, tant parce qu'il se filtre plus de suc gastrique, une des causes de la faim, que parce que la contraction du ventricule augmente, & toujours par la même raison, qui est que le sang de la coeliaque entre en plus grande quantité dans les rameaux qui se distribuent à l'estomac ; ainsi le ventricule étant évacué plus promtement, la voracité renaît ; mais elle dure peu, parce que la chylification se dérange.

D'où viennent les borborigmes, les nausées, les vomissemens qui arrivent les premiers jours qu'on a fait l'extirpation de la rate à quelque animal ? La situation des nerfs spléniques & stomachiques en donnent la raison. Le cours du sang & des esprits dans les intestins est entierement troublé ; telle portion qui en reçoit plus que de coutume, se contracte plus vivement, & l'air qui séjourne entre deux barrieres nouvelles, est poussé fortement & par secousses.

Par quelle raison, après l'extirpation de la rate, l'animal qui a souffert cette opération, est-il abattu, triste & tourmenté de la soif ? Je répons que cet animal a souffert des douleurs violentes qui ont dû troubler toute l'économie des parties voisines ; les nerfs sympathiques en restent ébranlés, & les impressions de la douleur subsistent long-tems.

On remarque aussi que le foie grossit, ou se flétrit, ou s'enflamme dans les animaux qui n'ont pas de rate ; si ce viscere est en bon état, il doit grossir, par la même raison qu'un rein grossit quand l'autre est perdu ; mais s'il est mal disposé, il peut se flétrir ou s'enflammer, parce qu'il se trouve privé d'une grande quantité de lymphe qui lui venoit de la veine splénique.

On observe encore qu'après l'extirpation de la rate, l'hypocondre droit paroît plus élevé ; cela procede de ce qu'on a extirpé la partie qui élevoit l'hypocondre gauche ; outre qu'alors le foie s'augmente communément par la plus grande quantité de sang qui y circule.

On demande enfin par quelle raison les hypocondriaques & les spléniques sont sujets à tous les maux & accidens dont on vient de parler. Pour quelle raison sont-ils pâles, & pourquoi cependant sont-ils quelquefois provoqués à rire sur des riens ?

Les hypocondriaques en qui la rate obstruée ne fait pas ses fonctions, doivent être sujets à-peu-près aux mêmes symptomes que les animaux auxquels on a enlevé la rate ; c'est à-peu-près la même chose dans l'économie animale que la rate manque, ou qu'elle ne fasse pas ses fonctions.

La pâleur vient peut-être 1°. de ce que les veines mesentériques qui sont extrêmement grosses, retiennent une grande quantité de sang : 2°. de ce que le sang trop épais ne sauroit entrer dans le réseau qui colore la peau.

Quoique les hypocondriaques soient ordinairement fort tristes, il leur arrive cependant de rire le plus dans certaines occasions & sur des bagatelles ; c'est parce qu'alors le sang regorge dans les artères diaphragmatiques. On conçoit encore que les esprits refluent alors des nerfs de la rate dans les nerfs du diaphragme qui sont voisins, & l'on sait que le ris ne manque pas de survenir quand les nerfs du diaphragme viennent à être ébranlés. (D.J.)

RATE maladie de la, (Médecine) le viscere attaché dans l'hypocondre gauche, suspendu au diaphragme, contenant dans ses cellules une grande quantité de sang moins disposé à s'épaissir que partout ailleurs, est le viscere qu'on nomme la rate ; ce viscere dépourvu d'un émonctoire particulier, & doué d'un mouvement propre, est sujet à grand nombre de maladies.

1°. Il est vrai que l'absence & le défaut de cette partie, quand le volume du foie se trouve plus considérable qu'à l'ordinaire, prouve qu'elle n'est pas absolument nécessaire à la vie, mais elle l'est à la santé.

2°. Les grandes blessures de la rate sont communément mortelles. La contusion & la compression qu'elle peut éprouver, produit une dureté très-difficile à résoudre : c'est le chef-d'oeuvre de l'art d'y réussir.

3°. Ceux qui ont la rate enflée, sont appellés vaporeux, rateleux ; souvent on confond cette maladie avec la mélancolie, la colique, ou le gonflement de la partie gauche du foie ; souvent aussi l'enflure vient d'hydropisie, d'hydatides ; & alors la rate est attaquée de relâchement & de froideur. Les sujets qui se trouvent dans ces divers cas, sont ordinairement soulagés, lorsqu'il leur survient une diarrhée, à moins que cette diarrhée ne soit produite par la compression du réservoir lombaire. Ces sortes de tumeurs, à raison de leurs différentes causes, sont d'un traitement trop difficile ; l'enflure de la rate accompagnée de dureté, de skirrhe, d'écrouelles, exige des topiques résolutifs internes & externes joints à des douces frictions.

4°. On traite de même l'obstruction de la rate ; pour ce qui regarde son inflammation, la douleur, l'abscès, l'ulcere, & la corruption qui y surviennent, ce sont autant de maux dont le traitement ne s'éloigne pas de la méthode curative générale, à moins qu'on n'ait à prévenir avec grand soin le dépôt de l'humeur dans la cavité du bas-ventre. La douleur de la colique qu'on guérit par des émolliens & des minoratifs, est assez souvent attribuée à la rate. Quant à celle qui paroît à la suite d'une violente course, elle se dissipe d'elle-même par le repos, au cas qu'elle ne soit point accompagnée de fievre, d'inflammation, & d'autres symptomes fâcheux. (D.J.)

RATE retranchement de la, opération de Chirurgie par laquelle on extirperoit la rate. Le vulgaire ignorant imagine qu'on peut rendre un homme habile à la course, en le dératant, c'est-à-dire, en lui extirpant la rate. Ce viscere est sujet à des engorgemens considérables de sang qu'on soulage par l'application des sangsues aux veines hémorrhoïdales, à des skirres qu'on résout par des emplâtres ou cérats émolliens & discussifs. Fabrice d'Aquapendente, célebre chirurgien médecin de Padoue, rapporte des cures admirables de ce genre opérées par ses soins. Les anciens croyoient guérir les maux de rate, en cautérisant avec un fer rouge, en divers endroits, la peau sur la région de ce viscere. On a porté plus loin les tentatives cruelles & téméraires. Il y a cent cinquante ans qu'un particulier avoit acquis une certaine vogue en Italie par une opération sur la rate ; il couvroit l'hypocondre gauche d'une feuille de papier ; il appliquoit dessus le tranchant d'une hache, qu'il frappoit d'un grand coup de marteau : les malades s'en retournoient dans l'espérance d'être guéris. Fabrice d'Aquapendente assure qu'un pauvre homme fut tué par cette opération, parce que la hache ayant été frappée trop rudement, le papier, l'abdomen & la rate furent fendus du coup. Quand on considere la situation de la rate dans l'abdomen, & les connexions qu'elle a par le moyen de ses vaisseaux & de sa membrane, avec l'estomac, le diaphragme, l'épiploon, le péritoine, &c. on concevra bien qu'il n'est pas possible de faire l'extirpation de ce viscere, sans exposer celui à qui l'on feroit certe opération, au danger de mourir d'hémorrhagie dans l'opération même, ou fort peu de jours après, par l'inflammation de tous les visceres circonvoisins avec lesquels il a des rapports médiats ou immédiats. Cependant le chevalier Leonard Fioraventi prétend avoir extirpé la rate à une femme de Palerme avec le plus grand succès, & que cette rate pesoit plus de trente-deux onces. Plusieurs auteurs qui regardent Fioraventi comme un charlatan du premier ordre, tiennent cette observation pour très-suspecte. On sait que les animaux sur lesquels on a fait l'expérience de l'extirpation de la rate, sont tous morts peu de tems après par le vice du foie. On en a tiré des inductions sur les usages particuliers & relatifs de ces deux parties si essentielles à la digestion. Voyez RATE, terme d'anatomie. (Y)


RATEAou RATELIER, s. m. (Marine) c'est le nom qu'on donne à 5 ou 6 poulies qu'on met de rang l'une sur l'autre, le long de la livre du mât de beaupré, pour y passer les manoeuvres de ce mât. (Z)

Râteaux, ce sont des menues pieces de bois dentelées, que l'on cloue au-dessous du milieu des deux grandes vergues ; savoir, la grande vergue, & la vergue de misaine, & dans lesquelles passent les éguillettes qui tiennent la tête de la voile, à la place des rabans, parce qu'on n'en peut pas mettre en cet endroit.

Râteaux ou rateliers à chevillots, sont de petites traverses de bois qu'on met en quelques endroits, & surtout dans les haubans d'artimon, avec des chevillots, pour y amarrer de petites manoeuvres.

RATEAU, (Cirerie) le rateau des blanchisseurs de cire est de bois avec des dents fort serrées ; il sert à retirer les cires de dessus les toiles de l'herberie, quand elles y sont restées suffisamment suivant leur qualité. (D.J.)

RATEAU, terme de Cordier, c'est une piece de bois garnie de dents aussi de bois, qui est élevée horisontalement au bout de l'attelier des cordiers. C'est entre les dents du rateau que l'ouvrier met ses fils ou ses cordons, à mesure que l'ouvrage s'avance. Savary. (D.J.)

RATEAU, (Horlogerie) les Horlogers nomment ainsi une portion de roue d'environ 12 degrés située sous le coq des montres, où elle tourne dans la coulisse. Voyez les Pl.

Le rateau a une partie q que l'on appelle sa queue. Vers l'extrêmité de cette queue il y a deux petites chevilles qui s'élevent au-dessus de son plan de l'épaisseur d'un liard, ou un peu moins. La distance entre ses chevilles est d'une très-petite quantité plus grande que l'épaisseur du ressort spiral. C'est entre ces chevilles que passe ce ressort. Voyez nos Pl. de l'Horlogerie.

RATEAU, (terme de Jardinier) C'est un outil de jardinier dont il se sert pour tirer les herbes des allées des jardins, après qu'on les a arrachées avec la ratissoire. Il y a des rateaux à dents de fer, & d'autres à dents de bois ; les rateaux à dents de fer sont préférables pour dresser les planches & les plateformes. (D.J.)

RATEAUX, (Pêcher) c'est ainsi qu'on appelle de petits gors nommés improprement tesselles, dans la riviere de Villaine, dans l'amirauté de Vannes en Bretagne.

RATEAUX, terme de pêche ; les rateaux de pêcheur ont jusqu'à trois ou quatre piés de tête, 12 dents de fer, & quelquefois 16, dont les pêcheurs se servent pour déterrer les poissons plats qui se sont ensablés ; ils font cette pêche, lorsqu'il ne reste plus que quelques pouces d'eau sur les sables, & même après qu'ils sont à sec. Ce travail ne peut détruire le fretton qui s'est déja retiré de la côte ; d'ailleurs on ne peut guere traîner cet instrument que sur les sables que l'eau a déja abandonnés. On pêche de cette maniere d'assez beaux poissons, comme soles, petits turbots ou cailletots, barbues, plies, limandes, carrelets, floudes, &c. Voyez HERSE, qui fait en grand ce que le rateau fait en petit.

RATEAU, (terme de Serrurier) garniture ou garde d'une serrure. Ce sont de petits morceaux de fer, ou pointes faites en forme de rateau, qui entrent dans les fentes & dans les dents du panneton, ou museau de la clé ; on les a imaginés pour empêcher qu'une autre clé ne pût ouvrir cette même serrure. (D.J.)

RATEAU pour séparer les portées des chaînes des étoffes de soie. Le rateau est un outil qui sert à plier les chaînes sur l'ensuple ; il est de la longueur de quatre piés ; il est garni de différentes dents en yvoire éloignées de 3 lignes environ les unes des autres ; elles ont à chaque bout un liteau d'un pouce environ de large, & demi-pouce d'épaisseur. Il y a un de ces liteaux qui se déboite au moyen d'un vis qui est au milieu, pour qu'on puisse faire les portées aisément entre les dents.

Les dents des rateaux ont différens éloignemens, suivant la quantité de portées dont la chaîne est composée, qui doit avoir toujours sa même largeur sur l'ensuple de derriere.

Les gaziers, drapiers & autres ouvriers ourdisseurs ont aussi leurs rateaux semblables à celui-ci.

RATEAUX, en terme de Vergettier, ce sont des especes de balais dont le manche traverse la porte en côté, comme font les manches de rateaux. Les Tapissiers s'en servent pour nettoyer les pieces de tapisseries, d'où on les a appellés brosses à tapissier.


RATÉE CANNE(terme de relation) on nomme cannes ratées aux îles françoises de l'Amérique, les cannes à sucre, qui ont été entamées par les rats ; ces cannes s'aigrissent presque aussitôt, le dedans noircit, & elles deviennent absolument inutiles à faire du sucre, ne servant tout au plus qu'à faire de l'eau-de-vie.

Les rats des îles se prennent avec des chiens élevés à cette chasse ; les chats qu'on y porte, ou qui y sont nés, n'étant point propres à détruire un animal si nuisible, outre que les Negres, pour qui les chats sont un grand ragoût, songent à les prendre, bien loin de les élever à faire la guerre aux rats.

Ces derniers animaux font un si grand dégat dans les terres plantées de cannes, qu'il y a des chasseurs établis payés exprès pour les prendre : ce qu'ils font avec une espece de traquenar d'osier en forme de panier, dans lequel est placé un noeud coulant. Labat, voyage. (D.J.)


RATELS. m. (Commerce) poids dont on se sert en Perse, qui revient environ à la livre de seize onces de France. Le ratel est la sixieme partie du petit batman, qu'on appelle autrement batman de Tauris. Voyez BATMAN, dictionn. de Commerce & de Trévoux.


RATELIERvoyez RATEAU.

RATELIER, s. m. (Bonneterie) espece d'instrument sur lequel on foule les bas, les bonnets & autres semblables ouvrages de laine qui se font au tricot ou au métier. (D.J.)

RATELIER, terme de Corderie, est une espece de rateau : il y en a de plusieurs sortes. Les uns sont attachés à une piece de bois qui tient au plancher ; d'autres sont sur des piquets qui sont plantés en terre ; d'autres enfin sont scellés dans des murs ; & tous servent à soutenir le fil, quand on en a filé une certaine longueur. Voyez l'article CORDERIE & les figures.

RATELIER, (Maréchal.) on appelle ainsi dans les écuries, une grille de bois qu'on attache au-dessus de la mangeoire, & derriere laquelle on jette du foin que le cheval tire entre les rouleaux de cette grille pour le manger. Il y en a des droits & des panchés.

RATELIER, (terme de Rotisseur) piece de bois de 8, 10, 12 piés de long, avec des chevilles pour pendre le gibier.

RATELIER, (terme de Tourneur) sorte de train de bois où il y a plusieurs especes de chevilles de bois appellées rosettes, sur lesquelles on met des armes, comme des épées, des fusils, des pistolets ; on fait aussi des rateliers à mettre des formes dont se servent les cordonniers. (D.J.)


RATENAU(Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans la moyenne marche de Brandebourg, sur le Havel, entre les villes de Brandebourg & Havelberg. Elle fut bâtie en 430, & souffrit beaucoup dans les guerres du siecle passé, ayant été prise & reprise alternativement par les Suédois & par les Impériaux. Long. 30. 28. latit. 52. 39. (D.J.)


RATENBURG(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans le Tirol, entre Kuffstein & Schwaz, sur l'Inn. Long. 29. 32. lat. 47. 12. (D.J.)


RATEPENADEVoyez CHAUVE-SOURIS.

RATEPENADE, Voyez GLORIEUSE.

RATEPENADE, Voyez POISSON VOLANT.


RATERprendre un rat, se dit des armes à feu lorsqu'on a lâché la détente pour faire tomber le chien sur sa batterie, & que le coup n'est pas parti. Les mousquets étoient bien moins sujets à rater que les fusils, pistolets & mousquetons, parce que l'effet de la meche étoit plus certain que le feu de la pierre sur la batterie ; mais aussi les fusils ont beaucoup plus de commodité pour tirer promtement & commodément. Voyez MOUSQUET. Les gros fusils comme le sont ceux des Boucaniers, sont bien moins exposés à rater que les autres ; des batteries aussi fortes que celles de ces fusils ratent très-rarement, leurs pierres ne s'usent que très-peu & elles ne se cassent point. Voyez ARMES BOUCANIERES.

Plusieurs causes font rater le fusil ; sçavoir, lorsque la pierre ou la batterie se trouve usée, ensorte que le choc du chien sur cette batterie ne produit point de feu, ou bien lorsque la poudre est humide ou mouillée, ou que la lumiere se trouve bouchée par l'espece de crasse que la poudre laisse dans le fusil en s'enflammant. (Q)


RATIATUM(Géog. anc.) ville détruite des Gaules, dont Ptolémée est le seul des anciens écrivains qui en fasse mention. Deux manuscrits de cet auteur, conservés dans la bibliothèque du Roi de France, placent Ratiatum à 17. 50. de longit. & à 48. 20. de latit.

M. l'abbé Belley a fait une dissertation sur cette ville, pour prouver qu'elle étoit située vers la riviere de Loire, dans le pagus Ratiatensis, le pays des Raits, auquel elle a donné son nom. Elle a été vraisemblablement détruite pendant les courses des Normands qui firent dans tout ce pays là d'horribles ravages. Voyez les Mémoires de l'académie des inscript. tom. 19. in-4 °. (D.J.)


RATIBOR(Géog. mod.) ville d'Allemagne, capitale du duché du même nom dans la haute Silésie, sur l'Oder, dans un terrein fertile en blé & en fruits, à 6 milles d'Oppelen ; le roi de Danemarck fut obligé d'en lever le siege en 1627, & les Suédois la prirent en 1642. Long. 35. 58. latit. 50. 15.


RATIEREterme de Rubanier, c'est le metier dont les rubaniers se servent pour faire cette espece de tissu rond en forme de cordonnet, & qu'on appelle gance. Voyez GANCE.


RATIFICATIONS. f. RATIFIER v. a. (Gram. & Jurisprud.) c'est un acte par lequel quelqu'un approuve un acte qui a été passé pour lui.

Si celui qui a agi pour un tiers l'a fait en vertu d'une procuration valable, l'acte n'a pas besoin d'être ratifié par celui qui a donné la procuration, celui-ci étant valablement obligé à tenir ce qui a été fait en vertu de sa procuration, pourvû que le mandataire n'ait point excedé son pouvoir ; & la ratification qui seroit faite dans ce cas, ne seroit que surabondante.

Mais si celui qui a agi pour un autre l'a fait sans pouvoir, celui pour lequel il a agi n'est obligé que du jour de sa ratification.

Lorsque l'on s'est fait fort de quelqu'un que l'on a promis de faire ratifier, on ne peut demander l'exécution de l'acte jusqu'à ce que l'on ait rapporté la ratification.

Si l'acte que l'on ratifie étoit nul dans son principe, comme la vente que quelqu'un fait du bien d'autrui, la vente qu'un mari fait du bien de sa femme sans son consentement, la ratification n'a point d'effet rétroactif, & l'hypotheque sur les biens de celui qui ratifie n'a lieu que du jour de sa ratification.

Un mineur devenu majeur peut ratifier un acte passé par lui ou par son tuteur. Cette ratification peut être expresse ou tacite ; on appelle ratification tacite celle qui résulte de son silence pendant dix années depuis la majorité ; en l'un & l'autre cas sa ratification a un effet rétroactif, parce que l'obligation du mineur n'est pas nulle de plein droit, elle peut seulement être annullée s'il y a lieu. Voyez au cod. le tit. si major factus ratum habuerit.

RATIFICATION, lettres de, sont des lettres du grand sceau que l'acquéreur d'un rente sur le roi obtient pour purger les hypotheques que son auteur pourroit avoir constituées sur la rente.

Elles ont pour ces rentes le même effet qu'un décret pour les héritages par rapport aux hypotheques.

L'édit du mois de Mars 1623 a créé des conservateurs des hypotheques pour recevoir les oppositions de ceux qui prétendent quelque droit sur les propriétaires de ces rentes.

Les acquéreurs, à quelque titre que ce soit, ne sont tenus suivant cet édit pour se procurer leur sûreté, que de prendre au grand sceau des lettres de ratification ; & s'il ne se trouve point d'opposition au sceau de ces lettres, toutes hypotheques sont purgées.

Mais ces lettres ne purgent pas les douaires & substitutions non encore ouvertes, non plus que les decrets.

Elles ne purgent pas non plus l'hypotheque du roi sur les rentes des comptables, le roi n'étant jamais censé accorder de privilege contre lui-même.

Le seul moyen d'acquérir surement des rentes qui appartiennent à des comptables, en suivant la déclaration du 4 Novembre 1680, est de communiquer le contrat au procureur général de la chambre des comptes & d'obtenir son consentement pour s'assurer que le comptable n'est plus redevable envers le roi. V. au mot Lettres, LETTRES DE RATIFICATION. (A)


RATINES. f. (Draperie) sorte d'étoffe de laine croisée, qui se fabrique sur un métier à quatre marches, de même que les serges & autres semblables étoffes qui ont de la croisure. La ratine est une sorte de tissu fait de fils de laine entrelacés les uns dans les autres d'une certaine maniere, qui en forme la croisure ; les fils qui vont en longueur depuis le chef jusqu'à la queue de la piece, se nomment fils de chaîne ; & ceux qui sont placés de travers sur la largeur de l'étoffe, sont appellés fils de trême ; ensorte qu'une piece de ratine est composée d'une chaîne & d'une trême.

Il y a des ratines drapées ou apprêtées en draps, des ratines à poil non drapées, & des ratines dont le poil est frisé du côté de l'endroit, ce qui fait qu'on les appelle ordinairement ratines frisées ; les unes sont blanches & les autres sont de différentes couleurs, soit que la laine en ait été teinte avant que d'être filée, ou que l'étoffe ait été mise de blanc en teinture, après avoir été fabriquée. Dict. du Com. (D.J.)


RATIONS. f. à l'armée ou sur mer, est la pitance ou portion réglée de vivres, de boisson, ou de fourrage, qu'on distribue tous les jours à chaque soldat ou chaque matelot, pour leur subsistance. Voyez MUNITION.

Quelques-uns font venir ce mot de l'espagnol racion ; mais il vient plutôt du latin ratio, aussi bien que le racion des Espagnols, & même en plusieurs lieux de la mer, on dit encore raison dans le même sens.

On donne pour les chevaux des rations de foin & d'avoine, quand ils ne peuvent pas aller au fourrage.

Les rations de pain pour les soldats sont réglées par le poids du pain de munition.

La ration de pain pour les soldats est pour l'ordinaire d'une livre & demie par jour.

On donne aux officiers plusieurs rations de pain, selon leur qualité, & à proportion de l'équipage qu'ils sont obligés d'entretenir.

Quand on augmente la ration à des jours de réjouissance, on l'appelle double ration.

On donne à l'équipage d'un navire des rations de biscuit, de légumes & d'eau, à proportion des vivres dont il est fourni.

La ration ordinaire sur mer, & sur-tout sur les vaisseaux portugais, est une livre & demie de biscuit, une pinte de vin & deux pintes d'eau douce par jour, & tous les mois un arrobe, ou 31 livres de viande salée, avec quelques poissons secs & des oignons. Chambers.

En France la ration de vivres pour la nourriture du soldat en campagne est actuellement de 28 onces de pain, & d'une demi-livre de viande. En route la ration pour chaque fantassin doit être de 24 onces de pain cuit & rassis, entre bis & blanc, d'une pinte de vin mesure de Paris, & du cru du lieu, ou d'un pot de cidre ou de biere, mesure de Paris, & d'une livre de viande de boeuf ou de mouton, au choix de l'étapier.

La ration en route de chaque gendarme, garde-du-corps, chevaux-legers ou mousquetaire de la garde, gendarmes ou chevaux-legers des compagnies d'ordonnance de la gendarmerie, & celle de chaque grenadier à cheval, doit être composée de deux pains de 24 onces chacun, cuits & rassis, entre bis & blanc, de deux pintes de vin mesure de Paris, & du cru du lieu, ou de deux pots de cidre ou de biere, mesure de Paris, & de deux livres & demie de viande de boeuf, veau ou mouton, au choix de l'étapier.

La ration de vivres pour un cavalier aussi en route, est de 36 onces de pain, d'une pinte & demie de vin, ou d'un pot & demi de cidre ou de biere, mesure de Paris, & de deux livres de viande. Celle du dragon n'est que de 24 onces de pain, d'une livre & demie de viande, & d'une pinte de vin, &c.

A l'égard de la ration des officiers, elle augmente selon leur grade. Voyez le Code militaire de M. Briquet.

Indépendamment de la solde réglée pour chaque année de paix & pour les mois d'hiver pendant la guerre, le roi fait fournir une ration de fourrage par jour à chaque brigadier, cavalier, carabinier, hussard, trompette, timbalier, & chaque dragon monté ; cette ration de fourrage est composée de quinze livres de foin, & cinq livres de paille, ou de dix livres de foin sans paille, où il n'y en a point, & de deux tiers d'un boisseau d'avoine, mesure de Paris.

Celle que le roi doit fournir pendant la guerre, aux officiers des troupes d'infanterie, lorsqu'elles ont servi, ou ont été destinées pour servir en campagne, est composée de douze livres de foin & huit livres de paille, & d'un demi-boisseau d'avoine ; un capitaine reçoit quatre rations par jour ; un lieutenant, un sous-lieutenant, ou enseigne, deux ; un colonel, six ; un lieutenant-colonel, trois ; un commandant breveté, deux ; un major, cinq ; un aide-major, trois ; un prevôt, une ; un aumônier, une ; les colonels réformés à la suite des régimens, six ; les lieutenans-colonels, quatre ; les capitaines, deux ; & les lieutenans, une.

Dans les camps de discipline, chaque bataillon colonel reçoit quarante rations par jour ; chacun des autres trente.

Un mestre-de-camp du régiment de cavalerie ou de dragons, qui a servi ou qui a été destiné pour servir en campagne, reçoit six rations de fourrage de cavalerie ; un lieutenant-colonel, quatre ; un major, huit ; un aide-major, quatre ; un capitaine, six ; un lieutenant, quatre ; un cornette, trois ; un maréchal-des-logis, deux : chacun des aumôniers & chirurgiens de cavalerie & de dragons, où il doit y en avoir, en reçoit une.

Chaque mestre-de-camp, ou lieutenant-colonel réformé à la suite des régimens de cavalerie & de dragons, reçoit six rations ; chaque capitaine réformé, quatre ; chaque lieutenant réformé, deux.

Dans les camp de discipline, un mestre-de-camp de cavalerie ou de dragons, reçoit trois rations de fourrage ; un lieutenant-colonel, deux ; un major, quatre ; un aide-major, deux ; un capitaine, trois ; un lieutenant & cornette, deux ; on en donne une à chaque maréchal-des-logis ; deux à chaque capitaine réformé, & une à chaque lieutenant réformé.

Les officiers, autres que les colonels, mestres-de-camp, lieutenans-colonels en pié ou réformés, & les majors des régimens, qui s'absentent par semestre ou congé, n'ont que la moitié du fourrage attribué à leur garde ; tous ceux qui n'obtiennent point de relief, après s'être absentés sans congé, ou l'avoir outrepassé, perdent le tout.

La fourniture de fourrage se fait aux officiers du jour que les troupes entrent en quartier d'hiver, jusqu'à ce qu'elles se mettent en campagne.

Il n'en est plus fourni aux officiers des troupes qui restent dans leurs quartiers au-delà du dernier Avril ; après les cent cinquante jours du quartier d'hiver, les places du fourrage ne sont plus payées à la cavalerie logée dans les généralités, qu'au prix coutant & sans aucun bénéfice ; alors le tresorier de l'extraordinaire des guerres rembourse à raison de cinq sols pour chaque ration de ces généralités ; elles payent la somme à quoi monte le prix de ces places de fourrages fournis après le quartier d'hiver. Code militaire. (q)


RATIONALS. m. (Hist. ecclésiast.) ornement du grand-prêtre chez les Juifs. C'étoit une piece d'étoffe précieuse que le grand-prêtre portoit sur l'estomac, & qui avoit environ une palme en quarré. Voyez PALME.

Les Hébreux le nommoient coschen, & quelquefois coschen michphat, que les septante ont rendu par , & S. Jerome par rationale & rationale judicii. On ne sait pas bien ce que veut dire coschen à la lettre ; la plûpart des interprêtes le dérivent de l'arabe casan, qui signifie gros, épais, inégal, comme étoit en effet le rational. On croit qu'on lui donnoit le nom de rational, ou de rational du jugement, parce qu'il découvroit la volonté de Dieu, ou parce que le grand-prêtre qui le portoit étoit le chef de la justice, & se revêtoit de cet ornement quand il prononçoit des jugemens en matiere de conséquence. Calmet, dict. de la Bible, tom. III. lettre au mot rational, pag. 352.

Quoi qu'il en soit, le rational, selon Ducange, étoit un double quarré de quatre couleurs tissu d'or, sur lequel étoient posées en quatre rangs, douze grosses pierres précieuses, dont chacune portoit gravé le nom d'une des douze tribus d'Israël. Le rational étoit double, c'est-à-dire d'un tissu double & épais, ou composé de deux pieces repliées l'une sur l'autre, comme une espece de malle dans laquelle étoient renfermés l'urim & thummin, selon les rabbins. Il étoit attaché sur les épaules par deux chaînes & deux crochets d'or. Dieu lui-même avoit prescrit la forme du rational. Exod. xxviij. 15. 29.

Quelques auteurs ont cru que dans la primitive Eglise, les évêques portoient aussi un rational, mais outre qu'on ignore quelle en étoit la forme, il y a grande apparence que ces auteurs l'ont confondu avec le pallium, ou avec un reliquaire que quelques évêques portoient pendu au cou. Voyez PALLIUM & RELIQUAIRE.

RATIONAL, (Théolog. scholast.) est aussi le titre de différens livres. Le plus considérable est celui que donna Guillaume Durant, célebre théologien scholastique du treizieme siecle, sous le titre de rationale divinorum officiorum. Il l'acheva en 1286, comme lui-même nous l'apprend.


RATIONALISS. m. (Littér.) officier de la cour des empereurs romains ; ce mot dans Lampridius en la vie de Sévére Alexandre, qui paroît avoir établi les rationaux dans sa maison, est synonyme à celui de procurator. En ce cas les rationaux étoient des especes d'intendans, ou des gens d'affaires des empereurs.


RATIONARIUMS. m. (Littérat.) on appelloit ainsi chez les Romains le registre des comptes de l'empire ; on le nommoit autrement breviarium rationum totius imperii, parce qu'on y régistroit les revenus & les dépendances de l'empire romain. (D.J.)


RATIONNELadj. terme fort en usage dans plusieurs parties des Mathématiques, & qu'on employe en plusieurs sens différens.

Horison rationnel, ou vrai, est celui dont le plan passe par le centre de la terre, & qui divise par conséquent le globe en deux hémispheres ou portions égales. Voyez HORISON.

On l'appelle rationnel parce qu'on ne le conçoit que par l'entendement, par opposition à l'horison sensible, ou apparent, qui est sensible à la vue.

Nombre entier rationnel est celui dont l'unité est une partie aliquote. Voyez NOMBRE & ALIQUOTE.

Nombre mixte rationnel est celui qui est composé d'un entier & d'une fraction, ou d'une unité & d'un nombre rompu. Voyez FRACTION.

Les quantités commensurables sont celles qui sont entr'elles comme un nombre rationnel à un autre nombre rationnel (voyez COMMENSURABLE) ; car l'unité est une partie aliquote d'un nombre rationnel ; & une fraction a quelque partie aliquote commune avec l'unité : donc si des qualités sont entr'elles comme un nombre rationnel à un autre nombre rationnel, ou l'une est une partie aliquote de l'autre, ou il y a quelque partie aliquote commune aux deux ; d'où il suit qu'elles sont commensurables.

La division d'un nombre rationnel par un autre de même espece donne un quotient rationnel.

Quantité rationnelle est une quantité commensurable avec son unité. Voyez NOMBRE & UNITE.

Supposons qu'une quantité soit 1, il y en a une infinité d'autres qui lui seront commensurables ; ce sont ces quantités qu'Euclide appelle rationnelles.

Il appelle irrationnelles ou sourdes, celles qui sont incommensurables avec l'unité, comme la racine quarrée de 2, &c. Voyez INCOMMENSURABLE.

Rapport rationnel, est celui dont les termes sont des quantités rationnelles, ou un rapport entre des quantités qui sont entr'elles comme nombre à nombre, par exemple, le rapport de 3 à 6. Voyez RAPPORT.

L'exposant d'un rapport rationnel est une quantité rationnelle. Voyez EXPOSANT. Chambers. (E)


RATISS. m. terme de Boucher ; les Bouchers appellent ainsi la graisse qu'ils ôtent des boyaux des animaux qu'ils tuent, particulierement des boyaux du boeuf. Ils lui ont donné ce nom, parce qu'ils la ratissent avec un couteau, que de son usage ils nomment couteau aux ratis. Ils appellent aussi table aux ratis, une petite table sur laquelle ils dégraissent les boyaux. Ces ratis fondus font une partie des suifs qu'ils vendent aux chandeliers & aux courroyeurs. Savary.

RATIS, (Poids) ce mot s'entend du poids dont on se sert pour peser les diamans à la mine de Soumelpour, dans le royaume de Bengale. Le ratis est de sept huitiemes de carat, c'est-à-dire trois grains & demi. On se sert du même poids dans tout l'empire du Mogol ; & l'on s'en sert aussi pour peser les perles. Savary.


RATISBONNE(Géograph. mod.) en allemand Regensburg ; ville d'Allemagne dans la Baviere, au confluent de la Nab & du Regen avec le Danube, à 25 lieues au nord de Munich, à 26 au nord-est d'Augsbourg, & à 20 sud-est de Nuremberg. Elle est fort ancienne, & sa situation sur trois rivieres la rend commerçante. Il y a dans cette ville une salle où se tiennent les dietes générales de l'empire. La cathédrale est dédiée à S. Pierre. L'évêque, qui est suffragant de Saltzbourg, est prince de l'empire, ainsi que les abbesses de deux abbayes de filles qui sont dans cette ville, outre plusieurs autres communautés religieuses ; mais les luthériens y sont nombreux, & ont un consistoire de leur religion depuis 1555. L'ordre Teutonique y possede deux maisons, dans l'une desquelles réside un commandeur de l'ordre. Le pont de pierre sur lequel on passe le Danube, est le meilleur de tous ceux qui sont sur ce fleuve. Long. suivant Stréet, 28. 56. 15. lat. 49. 2.

Dom Juan d'Autriche, fils naturel de Charles-Quint, & l'un des grands capitaines du seizieme siecle, naquit à Ratisbonne en 1547, & mourut à Gemblours en 1578, à 32 ans. Il avoit gagné la bataille de Lepante contre les Turcs, & étoit lors de sa mort gouverneur des Pays-Bas. On a cru long-tems que la dame Blomberg (Barbe) étoit la mere de ce prince ; mais Strada nous assure qu'elle ne fit que servir de couverture à une grande princesse dont Charles-Quint eut ce fils naturel. Son frere Philippe II. le soupçonna de vouloir se faire souverain de la Flandre, & les liaisons qu'il avoit avec la reine Elisabeth autorisoient ses soupçons : on ne crut point que sa mort qui suivit de près fût naturelle. Autre anecdote curieuse : Philippe II. ayant trouvé dans les papiers de dom Juan un traité de ligue avec Henri, duc de Guise, qui eût été également fatal à la France & à l'Espagne, profita de cette découverte pour faire les mêmes propositions au duc de Guise, ensorte qu'il tourna à son avantage ce qui devoit lui être contraire, & que dom Juan fut la cause indirecte de cette fameuse ligue qui causa tant de malheurs.

Je ne connois point d'hommes de lettres un peu célebres nés à Ratisbonne, car les ouvrages astronomiques de Pimmart (George Christophe) sur le soleil & la lune, n'ont pas fait fortune dans le monde, quoique cet auteur ne soit mort qu'en 1705.

Prasch (Jean Louis) étoit assez versé dans la connoissance du droit civil & naturel ; mais ses ouvrages ont roulé sur d'autres sujets de littérature, & sont tombés dans l'oubli. Il mourut en 1690.

Rulland (Martin) fut médecin de l'empereur, & mourut à Prague en 1611, du mal d'Hongrie, lues hungarica, sur lequel il avoit fait un traité. C'est lui qui écrivit l'histoire fausse & ridicule de la prétendue dent d'or. (D.J.)


RATISSERv. act. (Gramm.) c'est détacher des parties de la surface d'un corps, en y appliquant quelque instrument tranchant. Voyez les articles suivans.

RATISSER, façon que les fondeurs de caracteres d'Imprimerie donnent à toutes les lettres que l'on crene, qui sont plus nombreuses dans les caracteres italiques que dans ceux de romain ; ces lettres crenées ont une partie de leur figure qui saille & excede le corps du côté qu'on frotte les autres ; on ne peut frotter celle-ci, parce que la pierre emporteroit cette partie qui saille, & estropieroit la lettre. Pour suppléer à cette fonction de la pierre, après que la lettre est crenée, on ratisse & emporte avec un canif, depuis l'oeil de la lettre jusqu'au pié, tout ce qu'il y a d'étranger au corps. Cela les polit de façon qu'elles s'accollent & se joignent comme si elles avoient été frottées. Voyez CRENER, FROTTER, PIERRE A FROTTER, & nos Planches.

RATISSER, RATISSAGE, (Jardinage) est le soin que l'on a de tenir un jardin très-propre dans ses allées, en coupant les herbes qui y croissent, & en y passant le rateau fin ; cet ouvrage demande un tems qui ne soit pas trop sec.

Lorsqu'au commencement de l'automne les allées sont remplies de feuilles & de graines d'arbres ou de marrons, on les racle seulement avec un rabot de bois.

Ratissage exprime encore la quantité d'allées qu'il faut ratisser dans un jardin.

Il se dit aussi pour faire entendre que dans un parterre entre les pieces de broderie, il y a de grandes parties blanches qu'on ratisse.

Pour éviter le grand ratissage des allées, on met souvent au milieu des tapis de gazon avec deux sentiers sur les côtés pour la promenade.

RATISSER LES BALLES, en termes d'Imprimerie, c'est ôter de dessus les cuirs l'encre, ou lorsqu'elle se trouve trop abondante, ou qu'elle jette une espece de crasse qui s'y forme, & qui remplit l'oeil de la lettre : pour cet effet, après avoir versé sur chaque balle une demi-cuillerée d'huile déteinte, & l'avoir étendue sur toute la surface des cuirs, on se sert d'un couteau dont la lame est très-plate, & n'a presque point de tranchant.

RATISSER LES VEAUX, (terme de Relieure) avant de couper les peaux de veau, les relieurs les trempent dans de l'eau de puits, & les tordent bien ; puis ils étendent la peau entiere, du côté du tan, sur une douve ou planche cambrée, qui appuie d'un bout à terre & de l'autre contre le ventre de l'ouvrier, & avec la dague ils ôtent le tan qui a pu rester sur la peau. On dit ratisser les veaux. Voyez TREMPER LES VEAUX, DAGUE, DOUVE, & Planches de Relieure.

RATISSER LES GOUTTIERES d'un livre à dorer sur tranche ; lorsque les relieurs doreurs ont mis leur livre dans la presse à dorer, ils en ratissent avec le racloir la superficie de la marbrure, tant du côté de la gouttiere que du haut & du bas. Ils se servent pour les gouttieres du racloir des gouttieres, & pour les tranches unies du haut & du bas du racloir des bouts. Voyez RACLOIR, GOUTTIERE, TRANCHE, DORER, MARBRER, & nos Planches de Relieure.


RATISSOIRES. f. (outil de Jardinier) instrument avec lequel on ratisse. Il se dit particulierement de celui dont se servent les jardiniers pour détruire les mauvaises herbes des allées de leurs jardins. Ils en ont de deux sortes ; l'une plate, & qui se pousse en avant ; l'autre qui forme un angle avec son manche qu'on tire devant soi ; toutes deux sont de fer plat, un peu tranchant, avec un long manche de bois.

RATISSOIRE, c'est une bande de fer plat recourbé par les deux bouts, qu'on scelle dans le mur à côté des portes des jardins, pour détacher des souliers le sable, la boue ou la terre qui reste sous la ratissoire, & qu'on n'emporte pas dans les appartemens. On appelle cet instrument gratte-pié ou décrotoir.

RATISSOIR, s. m. ou RATISSOIRE, s. f. (Pâtissier) c'est un petit instrument tout de fer, large de quatre ou cinq pouces, étroit par un bout & recourbé par l'autre, pour lui servir de manche, dont se servent les boulangers & pâtissiers pour ratisser la pâte qui s'attache à leurs fours ou à leur pétrin. (D.J.)


RATOE(Géog. anc.) ville de la Grande-Bretagne. L'itinéraire d'Antonin la place sur la route de Londinium à Lindum, entre Vennonies & Verometum, à 12 milles de la premiere de ces places, & à 13 milles de la seconde. Ptolémée, l. II. ch. iij. nomme cette ville Ragae, & Cambden croit que c'est aujourd'hui Ratby ; d'autres la marquent aux environs de Rusland, ou près de Ratiford.


RATONS. m. (Hist. nat. Zoolog.) vulpi affinis americana, rattoou, seu racoou, Ray, animal quadrupede, à-peu-près de la grosseur d'un petit blaireau : il a le museau mince & affilé comme celui du renard ; le nez retroussé, la levre inférieure beaucoup moins avancée que le nez, la tête grosse comme celle du renard, les oreilles plus courtes & arrondies à l'extrêmité, la queue longue & touffue & entourée d'anneaux de différentes couleurs comme la queue du renard, les jambes de devant plus courtes que celles de derriere : le poil est doux, touffu, de couleur grise, mêlée de noir & d'une teinte de fauve ; il y a un bandeau noir & transversal au-dessus des yeux. En marchant, cet animal ne pose sur la terre que la pointe des piés comme les chiens ; mais lorsqu'il est en repos, il s'appuie sur le talon ; il se dresse sur les piés de derriere, comme les rats, les écureuils, &c. Il prend ses alimens avec les piés de devant pour les porter à sa bouche ; il les soutient avec les deux piés, parce que ses doigts n'ayant que peu de flexibilité, il ne peut ni saisir ni empoigner avec un seul pié. Il trempe dans l'eau, ou plutôt il détrempe tout ce qu'il mange, & il mange de tout. Cependant on a observé qu'un raton que l'on a nourri pendant long-tems, aimoit le sucre, le lait & les autres nourritures douces, à l'exception des fruits auxquels il préféroit la chair & sur-tout le poisson. Il étoit très-carnassier, il cherchoit les souris, les taupes, les grenouilles & même les insectes, tels que les araignées, les limaces, les limaçons ; il mangeoit de toute chair cruë, cuite, & même assaisonnée ; cependant le fromage fermenté & la moutarde lui repugnoient. Il étoit fort agile & il grimpoit sur les arbres avec beaucoup de facilité. Cet animal est originaire des contrées méridionales de l'Amérique ; il est très commun à la Jamaïque où il habite dans les montagnes, & en descend pour manger les cannes de sucre. Hist. nat. gen. & part. tome VIII. Voyez QUADRUPEDE.


RATONNEAUILE DE (Géog. mod.) c'est le nom d'une des petites îles de Marseille, dans la mer Méditerranée, sur la côte de Provence. Cette île n'a qu'une demi-lieue de longueur, & est à environ 300 toises d'éloignement du château d'If.


RATRAYLE (Géog. mod.) riviere d'Ecosse ; elle prend sa source dans la province de Buchan, & se jette dans la mer. Elle formoit autrefois à son embouchure une baie appellée Straaberg. On y voyoit un bon port, avec une petite ville qui portoit le nom de la riviere ; mais l'Océan a comblé le port par les sables qu'il y a jettés, & la ruine du port a entraîné celle de la ville.


RATTACHERv. act. (Gramm.) c'est attacher derechef. Il se prend au simple & au figuré. On rattache une porte, une fenêtre, ses chausses, ses bas, une jarretiere ; un homme se rattache quelquefois à une femme avec plus d'amour qu'il n'en eut jamais pour elle. On se rattache au service d'un grand, à un ami dont on s'étoit séparé.


RATTARSS. m. pl. (Comm.) mot persan, qui signifie commis des douannes, ou gardes des grands chemins ; ces derniers se nomment autrement raagdaers. Voyez RAAGDAERS.

Les rattars des douannes de Perse font rarement des avanies aux Francs, & le plus souvent n'ouvrent pas même leurs valises ou leurs ballots & caisses de marchandises. Ils se contentent de leur simple déclaration, & n'exigent que les droits d'entrée & de sortie qui leur sont légitimement dûs. Au contraire les rattars ou gardes des grands chemins sont pour la plûpart voleurs & concussionnaires, sur-tout ceux qui se trouvent sur les routes de Tauris à Ispaham. Dict. du Comm. de Trévoux, & Chambers.


RATTEINDREv. act. (Gramm.) c'est en doublant de vîtesse, rejoindre ce qui a devancé. Il se dit des choses & des personnes. Voilà une boule qui ratteindra celle qui la précede ; ce second courier aura de la peine à ratteindre le premier, quoiqu'il y ait peu d'intervalle entre leurs départs. Il se prend aussi au figuré. Si vous vous laissez une fois devancer dans la carriere des lettres par vos compagnons d'étude, vous aurez bien de la peine à les ratteindre.


RATTOLFSZELL(Géogr. mod.) ville d'Allemagne, dans la Suabe, sur le Bodensée. Elle doit son nom à Rattolfe, évêque de Vérone, qui y bâtit le premier un monastere. Cette petite ville appartient aujourd'hui à la maison d'Autriche qui l'a fait fortifier.


RATTRAPERv. act. (Gramm.) ce verbe a plusieurs significations. On rattrape à la course celui qui nous devançoit ; on rattrape l'argent qu'on avoit perdu au jeu ; on a bien de la peine à rattraper son bien d'entre les mains de la justice.


RATURES. f. (Jurisprud.) on entend par-là ce qui est effacé dans un écrit soit authentique ou sous seing privé.

Un acte dans lequel il se trouve quelques ratures qui tombent sur des choses qui peuvent être de quelque conséquence, est nul, à-moins que les ratures ne soient approuvées par les parties & par les notaires & témoins, si c'est un acte passé devant notaire.

Les greffiers & autres officiers publics doivent pareillement approuver les ratures qui se trouvent dans leurs minutes & expéditions.

Pour approuver valablement une rature, il faut compter le nombre de mots & de lignes qu'elle contient, & exprimer que l'on approuve la rature de tant de lignes & tant de mots. Voyez APOSTILLE, INTERLIGNE, RENVOI, PARAPHE. (A)

RATURE, (terme de Potier d'étain) petite bande d'étain en forme du ruban étroit & délié qu'on appelle nonpareille, & que le crochet enleve lorsqu'on tourne l'étain sur la roue. Les potiers d'étain refondent leurs ratures, & elles leur servent à faire diverses sortes de besognes.

RATURES DE PARCHEMIN, terme de Parcheminier, qui signifie la partie que l'ouvrier enleve de dessus la peau avec le fer. Ces ratures servent à faire la colle dont plusieurs sortes d'ouvriers font usage dans leurs métiers différens ; les parcheminiers appellent aussi ces ratures de la colle de parchemin, parce que bien des ouvriers s'en servent pour faire une sorte de colle très claire. Ceux qui en font le plus d'usage sont les manufacturiers d'étoffes de laine pour empeser les chaînes de leurs étoffes, les papetiers pour coller le papier, & les peintres en détrempe pour faire tenir les couleurs dont ils barbouillent les murailles & les planchers.

Pour faire cette colle, on met les ratures bouillir dans de l'eau claire, & on les laisse sur le feu plus ou moins de tems, selon que l'on veut que la colle soit plus ou moins forte, & ensuite on passe cette colle par un tamis ou une chausse.


RATURERv. act. (terme de Parcheminier) ôter le superflu du parchemin en cosse avec le fer à raturer.


RATZEBOURGou RAZEBOURG, (Géograp. mod.) ville d'Allemagne dans la basse Saxe, sur une hauteur environnée d'un lac, à quatre milles au sud-est de Lubec, & à égale distance de Lunebourg. Son évêché fut sécularisé par la paix de Westphalie, & cédé au duc de Mecklenbourg. Ratzebourg appartient aujourd'hui avec le duché de Lawembourg à l'électeur d'Hanover. Long. 28. 35. lat. 53. 46. (D.J.)


RAUDA(Géogr. anc.) ville de l'Espagne tarragonoise. Ptolémée, liv. II. c. vj. qui la donne aux Vaccéens, marque sa situation entre Abbocela & Segisama-Julia. Elle étoit, selon l'itinéraire d'Antonin, sur la route d'Asturica à Saragosse, entre Pintia & Clunia. C'est présentement, selon le P. Briet, Aranda de Duero.


RAUDII-CAMPI(Géog. anc.) lieu d'Italie audelà du Pô. On donnoit ce nom à la plaine où C. Marius défit les Cimbres. On s'accorde peu sur la situation de cette plaine. Les uns la mettent près de Vérone, & les autres veulent que ce soit la plaine de Verceil.


RAUDNITZ(Géog. mod.) petite ville de Boheme, dans le cercle de Sclani, sur la gauche de l'Elbe, avec un château.


RAUDUSCULUM(Monn. rom.) c'étoit la plus vile espece de toutes les monnoies romaines, ainsi appellée, parce qu'elle n'étoit que de cuivre. Cicéron employe ce mot dans plusieurs endroits de ses lettres, pour désigner des petites dettes. (D.J.)


RAUGRAVES. m. (Hist. mod.) nom de dignité qui a été en usage en Allemagne, comme ceux de landgrave, marggrave, burggrave, &c. on croit que comme ceux-ci sont tirés de l'autorité qu'un prince avoit sur un pays, une marche ou frontiere, une ville ou bourg, de même le titre de raugrave étoit dérivé de la nature du pays où commandoit celui qui le portoit. Ce mot en allemand raugraffen a été rendu par Reinesius en latin par comites asperi, à cause des pays rudes & sauvages que les raugraves habitoient entre la Meuse & la Moselle, leur principale résidence étant à Creutznach. On les trouve aussi nommés hirsuti comites, & dans des lettres écrites l'an 1308 au magistrat de Spire par Georges, seigneur de Gemersheim, il se nomme Georgius comes hirsutus ; dans la bulle d'or, les raugraves sont nommés parmi ceux qui accompagnoient l'électeur de Trèves. La réalité de ce titre est donc bien constatée ? Mais on ignore quand il a commencé, quelle autorité y étoit attachée, & dans la personne de qui il a fini. Il y a apparence que les biens de la famille qui le portoit sont passés dans la maison palatine, parce que dans le xvij. siecle Charles-Louis, électeur palatin, le fit revivre en faveur d'un de ses fils naturels, mais cette qualité ne subsiste plus aujourd'hui. Imhoff, Notitia.


RAULIS. m. (Hist. nat.) nom qu'on donne à Aix-la-Chapelle à du zinc tiré de la calamine, en y joignant du charbon. Ce zinc s'appelle rauli lorsqu'il n'a point été purifié, & on l'appelle arco lorsqu'il est parfaitement pur.


RAULINS. m. (Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne aux pontifes ou prêtres idolâtres dans le royaume d'Arrakan, aux Indes orientales. Il y a une espece d'hiérarchie parmi ces prêtres, qui sont de trois ordres différens ; savoir les pungrini, les panjani, & les schoshom, ce qui répond à nos évêques, aux prêtres & aux diacres. Tous ces raulins sont soumis à un souverain pontife, qui est l'arbitre suprême de toutes les matieres relatives à la religion. La vénération que l'on a pour lui est si grande, que le roi du pays lui cede la place d'honneur, & ne lui parle qu'avec le plus profond respect. Les pungrini portent sur leur tête une mitre ou un bonnet jaune ; les autres se rasent la tête & sont vêtus de jaune : ils sont obligés de garder le célibat ; & en cas de désobéissance à leurs supérieurs, on les chasse du clergé, & ils deviennent sujets aux mêmes taxes que les laïcs. Lorsqu'un indien tombe malade, on envoie chercher un raulin ou prêtre, à qui l'on a plus de foi qu'au médecin ; ce prêtre dit des prieres, & souffle sur le malade ; & lorsque cela ne réussit point, il lui conseille d'offrir un sacrifice à Chaorbaos, c'est-à-dire au dieu des quatre vents. Il consiste à immoler des cochons, de la volaille, & d'autres animaux, que le prêtre est chargé de manger. Ce sacrifice se réitere quatre fois en l'honneur des quatre vents, à-moins que le malade ne meure avant que d'en avoir fait la dépense. Si ces quatre sacrifices ne produisent aucun effet, l'on a recours à une nouvelle cérémonie appellée talagno. On commence par tendre la chambre du malade avec des tapis ; on y dresse un autel sur lequel on place une idole ; on fait danser le malade au son des instrumens, jusqu'à ce qu'il tombe en défaillance ; alors on croit qu'il est en conférence avec le dieu. Cet exercice dure pendant huit jours ; si le malade ne peut y suffire, on fait danser un de ses parens en sa place : durant ce tems on ne doit pas manquer de faire grande chere aux prêtres, sans quoi le ciel ne seroit point favorable au malade.


RAUMO(Géog. anc.) petite ville de Suede dans la Finlande septentrionale, sur le golfe de Bothnie, à l'embouchure d'une petite riviere, entre Biornbourg & Nikork, près du détroit de même nom ; en suédois Raumo sund. Long. 40. 4. lat. 61. 26. (D.J.)


RAUQUEadj. (Gramm.) Il se dit du bruit, des sons, de la voix, lorsqu'elle est basse, sourde & dure. Les pigeons ont la voix rauque.


RAURACIENSS. m. Rauraci, (Hist. anc.) peuples de Germanie qui du tems des Romains habitoient une partie du pays des Helvétiens ou Suisses, sur les bords du Rhin, où se trouve la ville de Bâle, qui s'appelle en latin Augusta Rauracorum.


RAURANUM(Géog. anc.) ville de la Gaule aquitanique. L'itinéraire d'Antonin la met sur la route de Bordeaux à Autun, entre Annedonacum & Limonum, à 20 milles de la premiere, & à 21 milles de la seconde. On prétend que c'est aujourd'hui Rom, chef-lieu d'un doyenné rural du diocèse de Poitiers. (D.J.)


RAURAQUESLES, Rauraci ou Raurici, (Géog. anc.) anciens peuples de la Gaule belgique. Ces peuples avoient entr'autres une ville très-considérable, dans laquelle Munatius Plancus conduisit une colonie romaine du tems d'Auguste, comme le prouve une inscription recueillie par Gruter. L'itinéraire d'Antonin nomme cette ville Augusta Rauracorum, & la marque sur la route de Milan à Mayence, en passant par les Alpes pennines. Le village d'Augst retient encore aujourd'hui l'ancien nom d'Augusta que portoit cette ville. (D.J.)


RAUSCHENBERG(Géog. mod.) ancienne petite ville d'Allemagne dans le landgraviat de Hesse, au comté de Zigenhaim, entre Gemond & Schonstett. Cette ville a été ruinée par les flammes en 1266, en 1315, & en 1529. (D.J.)


RAUTY MUMMYS. m. (Hist. des foss. exot.) ou rauty muddum ; nom donné par les peuples des Indes orientales à une substance fossile dont ils font grand cas ; c'est une espece de substance de la nature des sélenites qu'on trouve sur les plus hauts rochers, & qui est formée de la même maniere que le sélenite rhomboïde de l'Europe. On pulvérise ce fossile ; on le fait bouillir dans le lait, & on le donne dans les maux vénériens. Woodward, catalog. foss. tome II. page 9. (D.J.)


RAUVOLFErauvolfia, s. f. (Hist. nat. Botan.) genre de plante à fleur monopétale tubulée, en forme de soucoupe, & profondément découpée. Le pistil sort du calice ; il est attaché comme un clou à la partie inférieure de la fleur, & il devient dans la suite un fruit presque rond, mou & plein de lait, qui renferme une ou deux semences dures. Plumier, nova plant. amer. genera. Voyez PLANTE.


RAVA(Géog. mod.) ville de la grande Pologne, capitale du palatinat de même nom, à 15 milles au sud-ouest de Varsovie, sur la riviere de Rava qui l'environne de tous côtés, & qui joint à un château où on tient garnison, en fait une place de défense. La ville est assez peuplée, mais les maisons ne sont bâties que de bois. Sigismond Auguste, roi de Pologne, fit enfermer dans le château le duc de Mecklenbourg, l'an 1564. Le palatinat de Rava est entre ceux de Lencicza & de Mazovie. Long. 37. 56. lat. 51. 48.

Zaluski (André-Chrysostome), évêque de Plocko, puis de Warmie, & grand chancelier de Pologne, naquit dans le palatinat de Rava en 1650. Il eut beaucoup de part à toutes les affaires importantes du royaume, & mourut à Gutstadt en 1711, à 61 ans. Il a traduit en polonois l'histoire du vieux & du nouveau Testament de Royaumont, & cette traduction a été imprimée à Braunsberg en 1709, in-4 °. mais son principal ouvrage est un recueil curieux de lettres latines, intitulé : Epistolae historico-familiares à morte Ludovicae reginae & abdicatione regis Casimiri usque ad nostra tempora. Braunsberg, 1709-1711, en quatre vol. in-fol. Ces lettres contiennent une infinité de faits intéressans sur l'histoire de Pologne.

Les neveux du chancelier Zaluski, dont l'un est aussi grand-chancelier, & l'autre grand-référendaire de la couronne, se sont distingués de notre tems par leur goût & leur zèle pour les sciences. Le grand-référendaire a publié non-seulement les oeuvres posthumes de son oncle, mais encore les oeuvres du comte Potocki, imprimées en 1747. in-fol. De plus l'un & l'autre ont établi à Varsovie une bibliotheque publique, qu'on nomme la bibliotheque zaluskienne. (D.J.)


RAVAGES. m. (Gramm.) grand désordre causé par quelque cause physique ou morale. Les orages font un grand ravage dans les champs. Les soldats font du ravage dans les provinces. L'amour a fait bien du ravage dans le monde.


RAVALEMENTS. m. (Maçonnerie) c'est dans les pilastres & corps de maçonnerie ou de menuiserie, un petit enfoncement simple au bord d'une baguette ou d'un talon. Daviler.

RAVALEMENT, (Marine) nom qu'on donne à des retranchemens faits sur le haut de l'arriere de quelque vaisseau pour y mettre les mousqueteries.


RAVALERv. act. termes de Bourrelier, c'est rendre le cuir plus mince, & en ôter un peu avec le couteau à pié.

RAVALER, v. act. (terme de Doreur sur métal) on appelle ravaler l'or & l'argent, la façon qu'on donne à chaque couche de feuilles de ces métaux en les étendant avec le brunissoir de fer sur la piece qu'on dore avant que de la mettre au feu. (D.J.)

RAVALER, (Jardinage) se dit d'une branche élevée ou trop longue qu'il faut couper : il se dit encore mieux d'un étage de branches placées au-dessus du rang que l'on veut conserver. Ce ravalement fait ainsi à-propos, force l'arbre à repousser vigoureusement par en-bas.

RAVALER, (Maçonn.) c'est faire un enduit sur un mur de moilons, & y observer des champs, des naissances, & des tables de plâtre ou de crépi. C'est aussi repasser avec la laie ou la ripe une façade de pierre ; ce qui s'appelle aussi faire un ravalement, parce qu'on commence cette façon par en-haut, & qu'on finit par en-bas, en ravalant. Voyez Daviler. (D.J.)


RAVAUDEUSES. f. (Métier en couture) on nomme ainsi toute femme qui a d'ordinaire une espece de petite boutique portative, & qui dans quelque endroit d'une rue raccommode des hardes, & plus ordinairement toutes sortes de bas de fil, de laine, de coton, de soie, &c.


RAVAUXS. m. pl. terme de chasse ; grande perche garnie de branches, pour faire tomber les oiseaux que d'autres chasseurs ont fait partir quand on chasse au feu. Trévoux.


RAVErapa, s. f. (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur en croix, composée de quatre pétales. Le pistil sort du calice de cette fleur, & devient dans la suite un fruit ou une silique composée de deux panneaux appliqués sur les bords d'une cloison mitoyenne qui divise la silique en deux loges remplies de semences ordinairement arrondies. Cette silique est terminée le plus souvent par une sorte de corne d'une substance spongieuse, qui contient une semence de même forme. Ajoutez aux caracteres de ce genre, que la racine est charnue & tubéreuse. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.

RAVE, (Botan.) entre les six especes de ce genre de plante, que compte Tournefort, la commune cultivée est nommée rapa sativa, rotunda, radice candidâ, I. R. H.

Sa racine est tubéreuse, charnue, ronde, grosse quelquefois comme la tête d'un enfant, de couleur verte, blanche, jaune, rougeâtre, noirâtre en-dehors, jettant en-bas quelques petites fibres remplies d'une chair assez dure, blanche, d'un goût tantôt doux & tantôt âcre. Elle pousse des feuilles oblongues, amples, couchées sur terre, découpées profondément presque jusqu'à leur côte, rudes au toucher, de couleur verte-brune, & d'un goût herbacé.

Il s'éleve d'entre les feuilles une tige à la hauteur de quelques piés, rameuse, garnie de feuilles qui l'embrassent par une large base, & finissent en pointe, portant au sommet de petites fleurs jaunes, composées chacune de quatre pétales disposées en croix, soutenues par un calice attaché sur un pédicule long & grêle. Lorsque les fleurs sont passées, il leur succede des siliques rondes, séparées par une cloison mitoyenne, lesquelles renferment deux rangs de semences arrondies, rougeâtres, qui approchent de celle du chou. Elle fleurit au printems & en été.

Les racines de cette plante varient non-seulement par leur couleur extérieure, mais encore par leur grandeur. Pline & Tragus disent en avoir vu qui pesoient jusqu'à 40 livres. Un terroir gras & humide, joint à la culture & à la chaleur du climat, peut beaucoup contribuer à ce poids énorme. (D.J.)

RAVE, (Mat. médic. & Diete) vraie rave, mâle ou ronde, & femelle ou oblongue ; rave du Limousin.

Les racines connues sous ces noms, qui appartiennent à une seule & même plante, dont elles ne sont que des variétés, & qui sont la seule partie de cette plante qui soit employée, soit dans la cuisine, soit en pharmacie ; ces racines, dis-je, ont tant de rapport avec les navets, soit par leurs qualités diététiques, soit par leurs qualités médicamenteuses, qu'on peut considérer à ces deux égards la rave & les navets, comme une seule & même matiere. Voyez NAVET, diete & mat. médicale. (b)

RAVE DES PARISIENS, (Diete) Voyez RAIFORT.


RAVELINS. m. (Fortification) c'est le nom qu'on donnoit autrefois à la demi-lune. Voyez DEMI-LUNE. (Q)


RAVELLO(Géog. mod.) petite ville d'Italie, au royaume de Naples, dans la principauté citérieure, à 4 milles de la mer, au nord d'Amalsi ; elle a été bâtie en 1086. Son évêché est suffragant d'Amalfi, auquel on a réuni celui de Scala, en 1603. Long. 32. 8. latit. 40. 36. (D.J.)


RAVENDIAHS. m. (Hist. des sect. asiatiq.) nom d'une secte qui s'éleva en Orient au commencement de celle des Ismaëliens, & qui avoit pour chef un arabe nommé Ravendi. Ceux qui embrasserent ses opinions furent encore appellés Zendecah, du mot zend, livre de Zoroastre, & l'évangile, pour ainsi dire, des mages, dont ces sectaires étoient une branche. Ils croyoient la métempsycose, & tâcherent en vain de persuader à Almansor, second kalife abbasside, que l'esprit de Mahomet avoit passé dans sa personne, & qu'il devoit accepter les honneurs divins, qu'en conséquence ils vouloient lui rendre. (D.J.)


RAVENDSARAS. m. (Hist. nat. Bot.) arbre de l'île de Madagascar, qui est de la grandeur d'un laurier ; sa feuille, quoique plus petite, ressemble à la sienne. Il produit un fruit semblable à une noix verte, dont la chair & l'écorce ont le goût du girofle ; on s'en sert pour assaisonner les mets. Ce fruit se nomme voaravendsara.


RAVENNE(Géog. mod.) ville d'Italie, dans l'état de l'église, capitale de la Romagne. Elle étoit autrefois sur les bords de la mer, & en est aujourd'hui éloignée de trois milles, à 16 lieues au levant de Bologne, à 15 au sud-est de Ferrare, & à 68 au nord de Rome, dans un terroir un peu marécageux, mais fertile en fruits, en vin & en gibier.

Cette ville est très-ancienne, car ce furent M. Marcellus & M. Scipion qui la subjuguerent l'an 520 de la fondation de Rome. Elle fut déclarée ville municipale, à laquelle les Romains accorderent l'exemption de toutes sortes de contributions, & le droit de se gouverner selon ses lois. Elle fut embellie par quelques empereurs romains, qui y fixerent leur séjour. Théodoric, roi des Ostrogoths, en fit le siege de son empire.

Ravenne devint ensuite la capitale de l'exarchat, dignité qui dura plus de 170 ans sous quinze exarques. Elle est aujourd'hui sous la domination du pape, qui la gouverne par des légats, mais elle est extrêmement déchue, pauvrement bâtie, dépeuplée, & de moitié moins grande que Ferrare. Elle a plusieurs couvents d'hommes & de filles, & deux académies, qui cultivent tristement un peu de belles-lettres & de mauvaise poésie. Les ouvrages même de ceux qui ont compilé son histoire & ses fastes, comme Rubens, Thomaïus, Jerôme Faber, Pasolin & Corneus, se trouvent à peine dans quelques bibliotheques d'Italie.

L'archevêché de Ravenne, auquel sont attachés de grandes prérogatives, est fort ancien. Son archevêque avoit autrefois le titre de primat d'Italie, & portoit les mêmes marques d'honneur que le pape ; il étoit seigneur temporel de plusieurs villes, bourgs, & villages, dans toute l'étendue de l'exarchat ; sa jurisdiction ecclésiastique n'est encore aujourd'hui que trop considérable. Long. de Ravenne 34. 50. lat. 44. 20.

Honorius & Valentinien III. tinrent longtems leur cour à Ravenne, & y moururent. Honorius étoit un prince sans esprit & sans mérite. Lui & son frere Arcadius, empereur d'Orient, sont célebres dans l'histoire par leur foiblesse & leur pusillanimité. Tous deux furent menés par leurs ministres, comme les troupeaux sont conduits par les bergers. Tous deux esclaves dans leurs palais, enfans dans le conseil, étrangers aux armées, ne conserverent que quelque tems l'empire, que parce qu'ils le donnerent tous les jours. Tous deux moururent jeunes ; Arcadius, l'an 408 de J. C. à 31 ans ; Honorius, en 423, à 39 ans ; & c'est sous celui-ci que l'empire d'Occident s'affaissa tout-à-coup.

Valentinien III. né à Ravenne, ne le releva pas ; il tua de sa propre main son meilleur général, & fut assassiné lui-même à l'âge de 30 ans, en 455, par ordre de Pétrone Maxime, dont il avoit corrompu la femme, & qui s'empara du trône après son assassinat.

Pierre Damien, cardinal dans le xj. siecle, étoit natif de Ravenne. Il travailla à rétablir la discipline dans les monasteres, & mourut en 1073, à 66 ans. Ses ouvrages ont été recueillis en quatre tomes infolio, & pourroient être réduits en quatre feuilles, pour avoir la connoissance suffisante de l'histoire ecclésiastique du siecle de ce pieux cardinal. (D.J.)

RAVENNE, L'EXARCHAT DE, (Géog. mod.) c'étoit autrefois une grande contrée de l'Italie, qui demeura aux Grecs dans le tems de la décadence de leur empire. Ils y tenoient un gouverneur, qu'ils appelloient exarque, & parce qu'il faisoit sa résidence à Ravenne, on nomma ce pays l'exarchat de Ravenne. Il renfermoit l'Emilie, & les villes de Ravenne, de Bobio, de Cesena, de Forlimpopoli, de Forli, de Faenza, d'Immola, de Bologne, de Ferrare, de Comachio, d'Adria, & de Gabellum, avec leurs territoires. Ainsi, cet exarchat contenoit la Romagne, prise dans sa plus grande étendue. On y joignoit quelquefois la Pentapole, dont les cinq villes étoient Rimini, Pisauro, Fano, Ancone, & Osmo. (D.J.)


RAVENSBERG(Géog. mod.) comté d'Allemagne, dans la Westphalie. Il est borné au nord par les évêchés d'Osnabrug & de Minden ; au midi, par celui de Paderborn ; au levant, par une partie du comté de la Lippe ; & au couchant, par l'évêché de Munster. Il a pris son nom d'un château qui appartient au roi de Prusse, & qui est situé sur une montagne près de la riviere de Hessel. Herforden est la capitale de ce comté.

C'est dans le château du comté de Ravensberg qu'est né un théologien nommé Nobtenius (Jean Arnold), mort en 1740, à 57 ans. Il a écrit en allemand des sermons utiles, sur la vérité de la réligion chrétienne, & une lettre dans laquelle il rend compte d'une opération chymique assez curieuse de M. Neumann, à l'imitation du miracle de S. Janvier à Naples. Plusieurs membres de la société royale de Berlin dînoient chez ce professeur en chymie, le 26 Janvier 1734. A la fin du repas parurent sur la table trois phioles de crystal, dans chacune desquelles étoit renfermée une matiere en très-petit volume, séche, noire, & si dure, qu'elle excitoit du bruit sur les parois des phioles, quand on les remuoit. Bien-tôt après, M. Neumann fit apporter une tête de mort, qui n'étoit pas celle de S. Janvier. Ensuite ayant approché la premiere phiole de la tête, la matiere devint vermeille, se liquéfia, bouillonna, augmenta son volume, & remplit la phiole. La seconde phiole étant approchée de la même tête, ne bouillonna que foiblement. Enfin, dans la troisieme phiole, tout resta sec, noir & dur.

Ce fait, vu par 14 témoins, capables de voir, paroît être constamment le même que le miracle de Naples, à deux choses près : l'une, que les solemnités & l'éclat y ont manqué ; l'autre, que M. Neumann n'a pas cru devoir mettre ni les lumieres, ni la bourse de personne à contribution. (D.J.)


RAVENSBURG(Géog. mod.) ville libre d'Allemagne en Souabe, dans l'Algow, sur la rive droite de la Schuss, à 4 lieues au nord-est de Buchorn, & à 6 au nord de Lindau. Le gouvernement y est partagé entre les Catholiques & les Luthériens. Long. 27. 10. latit. 47. 46.


RAVENSTEIou RAVESTEIN, (Géogr. mod.) petite ville ou plutôt bourg d'Allemagne en Poméranie, dans la prevôté de Jacobs-Haye. Elle a appartenu autrefois à la maison de Damniz. (D.J.)


RAVERDOIRS. m. (Brasserie) c'est une cuvette ovale qui est sous la tape de la cuve-matiere ; elle sert à recevoir les matieres de ladite cuve.


RAVESTANSS. m. pl. (Verrer.) especes de paniers dont on se sert dans les Verreries pour déposer les ustensiles de verre au sortir du four à cuire, jusqu'à ce qu'on les empaille dans les paniers où on les met pour les transporter.


RAVESTEIN(Géog. mod.) petite ville des Pays-bas au Masland, sur la rive gauche de la Meuse, à 5 lieues au sud-ouest de Nimegue, & à 8 au nord-est de Bois-le-Duc. Elle est chef-lieu d'une seigneurie qui appartient à l'électeur palatin ; ce prince a dans cette ville un château, où les Hollandois ont droit d'entretenir garnison & d'avoir une église réformée. Long. 23. 12. latit. 51. 48. (D.J.)


RAVESTISSEMENTS. m. (Jurisprud.) est une maniere de revêtir quelqu'un de la propriété des biens qu'on lui transmet. Ce ravestissement s'opere de la part de celui qui donne en se dévestissant & désaisissant de ses biens, & en revestissant de ces mêmes biens le donataire.

Il y a ravestissement d'héritage & ravestissement de meubles.

On distingue aussi le ravestissement par lettres du ravestissement de sang.

Le ravestissement par lettres est celui qui s'opere par le moyen d'un acte de ravestissement ou saisine qui est donné par les hommes de loi.

Cette maniere de donner a lieu entre conjoints, c'est une donation mutuelle qu'ils se font devant les gens de loi ; il en est parlé dans les coutumes de Cambrai, Lille, scelin locale de Lille, Valenciennes & Béthune. Dans ces coutumes, les conjoints ne se peuvent donner mutuellement que par vest & devest, saisine & dessaisine, c'est-à-dire chacun se dessaisissant en faveur de l'autre, & chacun se faisant vestir & ensaisiner par les hommes de loi de ce qui lui est donné, ce que l'on appelle devoir de loi ; mais quoique l'effet de ces devoirs soit de dessaisir celui qui aliene, & de saisir ou ensaisiner celui qui acquiert ; cependant le ravestissement passé par-devant loi acquiert que le survivant des conjoints soit par loi remis ès biens dont le ravestissement est fait en-dedans l'an après le trépas du premier décédant quant aux héritages, & dans quarante jours quant aux meubles, après que le décès du prémourant est venu à sa connoissance.

Le ravestissement de sang est un droit par lequel le survivant des conjoints jouït en usufruit de la moitié des héritages cottiers ou mainfermes de ses enfans, ce droit n'a lieu qu'en premier & noble mariage, & ne dure que tant que les enfans qui en sont venus sont vivans. Voyez les coutumes ci-dessus citées ; Desjaunaux, sur celle de Cambrai ; Bouteiller, dans sa somme rurale, p. 885 ; & le glossaire de Lauriere au mot Ravestissement. (A)


RAVETS. m. insecte des pays chauds de l'Amérique, il est de la grosseur & à-peu-près de la figure & de la couleur des hannetons, mais plus écrasé, plat, mollasse, dégoûtant, exhalant une mauvaise odeur. La femelle du ravet étant féconde, pond & dépose sur tout ce qu'elle rencontre une espece d'oeuf de couleur brune, gros comme une petite feve, un peu applati, & s'ouvrant par le côté en deux parties, l'intérieur de cet oeuf est partagé transversalement par des petites logettes, renfermant une substance gluante dans laquelle se forment les embryons, qui, lorsqu'ils ont acquis des forces suffisantes, ouvrent l'oeuf & s'échappent avec une extrême vivacité. Les ravets étant parvenus à leur grosseur parfaite changent de peau & prennent des aîles ; dans cet état ils sont d'un blanc d'ivoire qui brunit dans l'espace de cinq à six heures, & l'insecte reprend sa premiere couleur.

On rencontre assez souvent une autre espece de ravets, qu'on nomme kakerlats ; ceux-ci sont beaucoup plus gros que les précédens, leur couleur est d'un vilain gris, ils sont hideux à voir, volent pesamment & répandent une odeur très-forte & très-dégoûtante.

Ces insectes se trouvent en grand nombre dans les maisons, ils se fourrent par-tout, dans les jointures des maisons, derriere les meubles, & même dans les armoires où ils rongent, gâtent & infectent tout ce qu'ils touchent.

Il y a encore d'autres petits ravets qui ne sont guere plus gros que des mouches à miel, ils ont les aîles pointues par leurs extrêmités, un peu transparentes & d'une couleur olivâtre : cette espece est fort commune à la côte de Guinée d'où elle a été transportée en Amérique par les vaisseaux qui font la traite des negres. M. LE ROMAIN.


RAVI(Géogr. mod.) riviere de l'Inde, dans les états du Mogol. Elle a sa source dans les montagnes de Nagracut ; & après avoir reçu les eaux de deux autres rivieres, elle se perd dans la riviere de l'Inde, vis-à-vis de Buchor.


RAVIERES(Géog. mod.) en latin du moyen âge Rabierae ; petite ville de France en Champagne, au diocèse de Langres, sur la riviere d'Armançon. Le terroir y produit du blé & du vin. Long. 21. 43. latit. 47. 36. (D.J.)


RAVINESS. f. pl. ou grandes pluies, pluies d'orage, (Hydraul.) quand un lieu ne fournit point de sources, on a recours aux eaux de ravines qu'on ramasse dans la campagne par le moyen de rigoles faites le long des pieces de terre & des grands chemins ; on leur donne une pente douce pour les conduire dans un réservoir. On peut, pour ôter la couleur jaune de ces eaux, les purifier en les faisant tomber dans un puisart caillouté où elles déposeront, avant de tomber dans le réservoir, le plus gros de leur saleté. (K)


RAVIRv. act. enlever de force. Voyez l'article RAPT. On ravit une fille à ses parens. Les oiseaux voraces ravissent leur proie. Les historiens & les grands poëtes ravissent les noms des grands hommes & le leur à l'oubli. Le médecin ravit l'homme à la mort. Ravir est aussi quelquefois synonyme à enchanter : vous me ravissez : c'est à ravir ; vous m'enchantez. La beauté ravit tous les coeurs. Il y a des saints qui ont été ravis en extase. On fit croire aux Romains que Romulus avoit été ravi au ciel. S. Paul fut ravi au troisieme ciel.


RAVISSANT(Blason) qui enleve par force. Il se dit en terme de Blason d'un loup qui porte sa proie, aussi-bien que du lion rampant.

Agout en Provence, d'or au loup ravissant d'azur.


RAVISSEMENTEXTASE ou TRANSPORT DE L'AME, (Littérature) voyez EXTASE, ENTHOUSIASME, &c.


RAVITAILLEMENTS. m. RAVITAILLER, v. act. (Art militaire) c'est l'action de refournir de vivres une place qui en manque.


RAVIVERterme de Fondeur, raviver le feu, c'est le rendre plus vif ; raviver le cuivre, c'est le raper, le limer, pour le rendre propre à recevoir la soudure.


RAVOIRSRAVOIRS

Pour établir les pêcheries, les pêcheurs plantent sur les écores des bancs, des pieux ou piquets qui sortent du sable d'environ deux piés ; le filet, qui a au-moins la même hauteur, & dont l'ordonnance a fixé la maille à deux pouces en quarré, comme celle des bas-parcs, est amarré sur le haut des pieux par un tourmort : le bas n'est amarré qu'au premier & au dernier pieu. Les pieux sont rangés en ligne droite, souvent sur plusieurs rangées assez près l'une de l'autre ; le dos du filet est tourné à la mer. Ainsi les ravoirs ne pêchent point à marée montante ou de flot, parce qu'elle fait lever le bas du filet, qui est d'ailleurs libre & volage sur la corde des pieux, afin qu'il puisse d'autant plus facilement faire le ventre ou la follée au retour de la marée, qui venant à tomber de ces bancs en ravines, pousse dans le filet tout ce qui a monté de flot ; & comme le bas du filet est un peu élevé du terrein, il reçoit dans sa follée tout ce que la marée y pousse. Le filet est élevé de terre plus ou moins, suivant les saisons, afin que les herbes & ordures qui montent dans les baies venant à retourner, puissent passer sous le filet, qu'elles entraîneroient avec elles sans cette précaution. Aussitôt que la marée descend, les pêcheurs vont sur les bancs, quoiqu'il y reste encore quelques piés d'eau ; ils accrochent d'espace en espace le bas du filet au haut des pieux, & attendent que la marée soit basse pour prendre le poisson qui est entré dans la follée du filet. Il n'y a que les grandes froidures qui fassent cesser cette pêche.

Les hamaux des ravoirs tramaillés ont six pouces en quarré, & la flue ou filure, nappe, a deux pouces.

RAVOIRS TRAMAILLES, en usage dans le ressort de l'amirauté de Boulogne par les pêcheurs d'Etaples.

Les rets de leurs ravoirs sont de deux sortes ; les uns ont leurs filets simples, & les autres sont tramaillés. Les premiers se tendent comme ceux de la baie de l'Authie, en traversant la baie, les filets un peu retroussés au-dessus du fond.

Les ravoirs tramaillés ont leurs pieces de 14 à 15 brasses de longueur, & environ trois piés de hauteur ; les mailles des hamaux qui sont des deux côtés, n'ont que cinq pouces environ en quarré ; & celles de la flue, filure, maillons & nappe, n'ont que 16 à 17 lignes aussi en quarré ; ils ont été avertis d'en augmenter le calibre.

Lorsque les ravoyeurs d'Etaples tendent ces filets dans leur baie, la manoeuvre de la pêche est différente de celle des ravoirs ordinaires : le ret est arrêté seulement par la tête à des piquets plantés dans le sable, par le travers du canal de la Canche ; les pêcheurs en joignent plusieurs pieces bout-à-bout, suivant la place qu'ils choisissent pour les tendre, & le changement des bancs de sable où ils les placent. Le bas du ravoir tramaillé n'est pas retroussé au-dessus du terrein comme aux autres ravoirs simples ; il traîne à terre sans y être arrêté, pour que la marée montante fasse lever le filet, qu'elle souleve ; & lorsqu'elle baisse, comme il est arrêté par le pié des piquets ou piochons, les poissons qui ont monté avec la marée s'y trouvent pris. Ainsi cette espece de ravoir ne peut pêcher que d'ebbe, & non de flot.

Tous ces pêcheurs côtiers de pié ne tendent guere que durant les beaux tems, sur-tout pendant celui de la vive-eau, parce que lors des plus grandes marées, & que la mer descend davantage, ils peuvent alors placer leurs filets de piés plus avant à la basse eau.


RAWAPOPHYSE DE RAW, professeur d'Anatomie & de Chirurgie dans l'université de Leide, s'est rendu célebre par son savoir dans l'Anatomie, & par sa dextérité dans la Chirurgie. Il eut une dispute avec Ruysch, au sujet de la découverte de la membrane du scrotum. Schmid a donné la figure de la longue apophyse du marteau, appellée apophyse de Raw. Voyez MARTEAU.


RAYAUXS. m. pl. (terme d'ancien monnoyage) c'étoit le moule où l'on couloit les lames, appellé aujourd'hui moule. Voyez MOULE.


RAYEvoyez RAIE.


RAYERv. act. (Gram.) c'est faire une raie ; vous avez rayé ce papier. C'est effacer d'une raie ; rayez cela de vos papiers. C'est gâter une surface polie par des traits qui lui ont ôté son uni ou son éclat ; cette pierre est rayée.

RAYER, terme d'Arquebusier, c'est faire une rayure en forme de vis dans le canon de l'arme à feu, afin qu'elle porte plus loin. (D.J.)

RAYER, en terme de Diamantaire, se dit de la poudre de diamant qui agissant sur le diamant toujours du même sens, y fait des traits comme la lime sur les métaux.

RAYER, en terme de Pâtissier, c'est faire des raies sur une piece de pâtisserie avec un couteau, en croix, & par forme d'ornemens.

RAYER, rayer les voies d'une bête, terme de chasse, c'est faire une raie derriere le talon de la bête ; cela ne se doit faire qu'aux bêtes que l'on a dessein de détourner : c'est ce qui la fait connoître à ceux qui sont aux bois.


RAYMIS. m. (Hist. mod. culte) c'est le nom que les anciens Péruviens donnoient à la grande fête du soleil ; elle se célébroit immédiatement après le solstice d'été. Tous les grands du royaume & les officiers se rassembloient dans la capitale : on se préparoit à la fête par un jeûne de trois jours, pendant lesquels on se privoit du commerce des femmes ; & il n'étoit point permis d'allumer du feu dans la ville. Les prêtres purifioient les brebis & les agneaux qui devoient être immolés en sacrifice, & les vierges consacrées au soleil préparoient les pains & les liqueurs qui devoient servir d'offrandes & de libations. Le jour de la solemnité dès le grand matin, le monarque, à la tête des princes de sa maison, se rendoit à la place publique les piés nuds, & la face tournée vers l'orient, pour attendre le lever du soleil ; & par différens gestes ils marquoient le respect & la joie que leur causoient les premiers rayons. On célébroit les louanges du soleil par des hymnes, & le roi lui-même lui offroit des libations. Les grands du royaume faisoient les mêmes cérémonies dans d'autres places publiques de la ville de Cusco ; après quoi les différentes troupes se rendoient au grand temple, où il n'étoit pourtant permis qu'au roi & aux incas d'entrer. La cérémonie se terminoit par le sacrifice d'un grand nombre de brebis ; on choisissoit entr'autres un agneau noir pour consulter l'avenir ; on l'étendoit à terre la tête tournée vers l'orient, & le sacrificateur lui ouvroit le côté gauche pour en retirer le coeur & les poumons. Lorsque l'on ôtoit ces parties vives & palpitantes, on se promettoit un succès très-favorable. Enfin, ceux qui assistoient à la fête faisoient rôtir la chair des victimes, qu'ils mangeoient avec dévotion & avec joie.


RAYN(Géogr. mod.) petite ville d'Allemagne dans la basse Styrie, sur la Save, au sud-est de Cilley, avec un château. Cette petite ville a été endommagée d'un tremblement de terre qu'elle éprouva en 1640. (D.J.)


RAYONS. m. terme de Géométrie, c'est le demi-diamêtre d'un cercle, ou la ligne tirée du centre à la circonférence. Voyez DIAMETRE.

Le rayon s'appelle en Trigonométrie, sinus total. Voyez SINUS.

Il est évident par la définition & par la construction du cercle, que tous ses rayons sont égaux. Voyez CERCLE.

Dans la haute Géométrie, le rayon de la développée, le rayon de la courbure, ou le rayon osculateur, radius osculi, est la ligne droite C M, (Pl. analys. fig. 12.) représentant un fil, dont le développement a formé la courbe A M. Voyez DEVELOPPEE, OSCULATION, OSCULATEUR, &c. Chambers. (E)

RAYON ASTRONOMIQUE, est un instrument autrement nommé arbalestrille. Voyez ARBALESTRILLE.

RAYON, (Optique) trait ou ligne de lumiere qu'on imagine partir d'un corps lumineux. Voyez LUMIERE.

M. Newton définit les rayons les moindres parties de la lumiere, soit qu'elles soient successives dans la même ligne, ou contemporaines dans plusieurs, c'est-à-dire que, selon ce philosophe, un rayon de lumiere est une suite de plusieurs corpuscules en très-grand nombre, qui s'échappent du corps lumineux, & qui se suivent pour ainsi dire à la file & en ligne droite.

Il paroît en effet que la lumiere est composée de parties successives & contemporaines ; puisqu'on peut intercepter dans un endroit celles qui viennent dans un instant, & laisser passer celles qui lui succedent l'instant d'après, intercepter celles qui viennent dans le même instant dans un endroit, & les laisser passer dans un autre.

Un rayon est appellé direct, lorsque toutes ses parties comprises entre l'oeil & l'objet lumineux sont en ligne droite. Ce sont les propriétés de cette espece de rayon, qui font le sujet de l'optique proprement dite. Voyez OPTIQUE.

Un rayon rompu est celui qui s'écarte de cette direction, ou qui se détourne de sa route en passant d'un milieu dans un autre. Voyez REFRACTION.

Si un rayon après avoir frappé la surface d'un corps, retourne en-arriere, on l'appelle réfléchi. Voyez REFLEXION.

Dans l'un & dans l'autre cas, le rayon qui tombe sur le point de réflexion ou de réfraction, s'appelle incident. Voyez INCIDENCE.

Les rayons paralleles sont ceux qui partant de divers points de l'objet, conservent toujours une égale distance les uns des autres. Voyez PARALLELE.

Les rayons convergens, sont ceux qui partant de divers points de l'objet, concourent ou tendent vers un même point. Voyez CONVERGENT.

Les rayons divergens, sont ceux qui partant d'un point de l'objet, s'écartent & s'éloignent les uns des autres. Voyez DIVERGENT.

Ce sont les diverses especes de rayons, directs, réfléchis ou rompus, qui servent à distinguer les différens corps que l'on considere en Optique : un corps, par exemple, qui répand la lumiere qui lui est propre, est appellé corps lumineux.

S'il ne fait que réfléchir les rayons qui lui viennent d'un autre corps, on l'appelle corps éclairé.

On l'appelle corps transparent, ou diaphane, quand il donne passage aux rayons. Voyez DIAPHANEITE. Et corps opaque, quand il les intercepte, ou qu'il leur refuse passage. Voyez OPACITE.

Il suit de-là qu'aucun corps n'envoye des rayons, qu'il ne soit lumineux ou éclairé. Voyez RADIATION.

C'est par le moyen des rayons réfléchis des différens points des objets éclairés, & qui parviennent à l'oeil, que ces objets deviennent visibles ; & de-là vient qu'on a donné à ces rayons le nom de rayons visuels. Voyez VISUEL.

On remarque en effet, qu'un point d'un objet s'apperçoit de tous les endroits où l'art peut mener une ligne de ce point ; d'où il suit que chaque point d'un objet envoye de tous côtés un nombre infini de rayons. Il paroît encore par d'autres expériences, que les images de tous les objets desquels on peut mener des lignes droites à l'oeil, se peignent dans cet organe au-delà du crystallin d'une maniere très-distincte, quoiqu'en petit. Voyez VISION & OEIL ARTIFICIEL. Chaque rayon emporte, pour ainsi dire, avec lui l'image du point de l'objet d'où il part ; de sorte que les divers rayons qui partent du même point, sont réunis en un seul par le crystallin ; & ce point de réunion est au fond de l'oeil.

C'est la quantité & la densité des rayons qui partent d'un corps lumineux, qui constitue l'intensité de la lumiere ; mais il faut convenir que la direction suivant laquelle ces rayons frappent l'oeil, y entre aussi. En effet, un rayon perpendiculaire frappant l'oeil avec plus de force qu'un rayon oblique, en raison du sinus total au sinus de l'angle d'incidence, comme il résulte des lois de la percussion, affectera l'oeil beaucoup plus vivement qu'un rayon oblique.

Si donc la quantité des rayons est égale, l'intensité sera comme le sinus de l'angle d'incidence ; si l'angle d'incidence est le même, l'intensité sera comme la quantité des rayons. Si l'une & l'autre different, l'intensité sera en raison composée de la densité des rayons, & du sinus de l'angle d'incidence.

Il suit de-là 1°. que si la lumiere se répand en lignes paralleles dans un milieu qui ne lui résiste point, son intensité ne variera point par l'éloignement.

2°. Que si elle se répand par des rayons convergens dans le même milieu, la force sera en raison doublée réciproque des distances du point de concours. En effet, un cercle par exemple, étant mis à un pié de distance, recevra une certaine quantité de rayons : à deux piés de distance il ne recevra à-peu-près que le quart de la quantité de rayons qu'il recevoit auparavant ; à trois piés que la neuvieme partie de ces mêmes rayons. Voyez QUALITE.

3°. Que si la largeur du plan éclairé est à la distance du point lumineux, comme 1 à 2000000, les mêmes choses doivent arriver à-peu-près, que si les rayons étoient paralleles : d'où il suit que comme le diametre de la prunelle, quand elle est dans sa plus grande largeur, excede à peine un cinquieme de pouce ; les rayons peuvent être censés tomber sur elle parallelement, lorsqu'ils viennent d'un point un peu éloigné.

4°. Si on présente une surface quelconque à des rayons paralleles qui tombent dessus perpendiculairement, & qu'ensuite on incline cette surface, la quantité des rayons diminuera en raison du sinus d'incidence au sinus total, & la force de ces mêmes rayons diminuera aussi dans la même raison ; desorte que la raison composée de la quantité des rayons & du sinus d'incidence, sera comme le quarré de ce sinus. De-là vient cette regle que l'intensité des rayons de lumiere qui tombent sur une surface donnée, est en raison du quarré du sinus d'incidence.

L'effet des lentilles & des miroirs concaves, est de rendre divergens les rayons paralleles ; de rendre paralleles ceux qui sont convergens, & de faire que ceux qui sont divergens le deviennent encore plus. Voyez MIROIR.

L'effet des lentilles & des miroirs convexes, est de rendre les rayons divergens paralleles, de rendre convergens ces derniers, & de faire que ceux qui sont convergens, le deviennent encore davantage.

Les rayons de lumiere ne sont point similaires ou homogenes ; mais ils different en réfrangibilité, en réflexibilité, & en couleur. Voyez REFRANGIBILITE.

C'est proprement de leur différente réfrangibilité que naissent toutes leurs autres différences ; dumoins il paroît que les rayons qui conviennent ou different en ce point, conviennent ou different aussi dans tout le reste.

L'effet du prisme est de séparer les différentes sortes de rayons qui viennent pêle-mêle du soleil, & qui ont différens degrés de réfrangibilité, &c. Voyez PRISME & REFRACTION.

Outre la réfrangibilité & les autres propriétés des rayons de lumiere dont on est déja assuré par des observations & des expériences, M. Newton soupçonne qu'ils peuvent en avoir un grand nombre d'autres ; particulierement celle d'être détournés par l'action des corps auprès desquels ils passent.

Ce philosophe croit que les rayons peuvent en passant par les extrêmités des corps se replier en plusieurs manieres, & pour ainsi dire serpenter ; & que ceux qui paroissent tomber sur les corps, sont réfléchis ou rompus avant d'y arriver. Il ajoute qu'ils peuvent par le même principe souffrir différentes réfractions, réflexions, & inflexions. Voyez DISTRACTION. Voici encore quelques questions que le même philosophe propose sur cette matiere.

N'est-ce point les rayons qui frappant le fond de l'oeil excitent dans la rétine des vibrations qui s'étendent jusqu'au cerveau par le moyen des fibres, des nerfs optiques, & causent la vision ? Les rayons différens ne causent-ils point des vibrations plus ou moins fortes, qui excitent la sensation de différentes couleurs, de même que les vibrations de l'air, suivant leur plus ou moins de force, excitent les sensations de différens sons ? Voyez SON.

Les rayons les plus réfrangibles ne causent-ils pas les vibrations les plus courtes, pour exciter la sensation d'un violet foncé, & les moins réfrangibles les plus longues pour exciter cette sensation d'un rouge foncé ; & les divers espaces intermédiaires de rayons, des vibrations de grandeurs intermédiaires pour exciter les sensations des couleurs de même nature ? Voyez COULEUR.

L'harmonie & la dissonnance des couleurs ne peut-elle pas venir de la proportion de ces vibrations, de même que celles des sons dépendent des vibrations de l'air ? Car il y a des couleurs dont l'union flatte l'oeil, comme l'or & l'indigo, & d'autres dont l'accord est extrêmement desagréable.

Les rayons de lumiere n'ont-ils point divers côtés doués de plusieurs propriétés originales ? Il semble en effet, que chaque rayon de lumiere a deux côtés opposés qui possedent une propriété, d'où dépend la réfraction extraordinaire du crystal d'Islande, & deux autres côtés qui en sont dénués. Voyez CRYSTAL D'ISLANDE.

Les rayons ne sont-ils point de petits corps émanés des substances lumineuses ? En effet, de pareils corps peuvent avoir toutes les conditions de la lumiere ; & cette action & réaction entre les corps transparens & la lumiere, ressemble parfaitement à la force attractive qui subsiste entre les autres corps. Il n'est besoin d'autre chose pour la production de toutes les différentes couleurs, & de tous les degrés de réfrangibilité, sinon que les rayons de lumiere soient de différentes grosseurs ; car les moindres peuvent former le violet, qui est la plus foible & la moins brillante de toutes les couleurs, & celle qui se détourne le plus de son droit chemin à la rencontre des corps ; & les particules les plus grosses ne sont-elles pas celles qui produisent les couleurs plus fortes ; le bleu, le verd, le jaune & le rouge. Il n'est besoin d'autre chose pour faire que les rayons se réfléchissent & se transmettent aisément, sinon qu'ils soient de petits corps, qui par attraction, ou par quelqu'autre propriété semblable, excitent des vibrations dans les corps sur lesquels ils agissent ; car ces vibrations étant plus vives que celles des rayons, elles les changent & les alterent successivement, au point d'augmenter & de diminuer par degrés leur vîtesse, & d'y causer les variétés dont nous venons de parler.

Enfin, la réfraction extraordinaire du crystal d'Islande, n'est-elle pas causée par quelque vertu attractive qui réside dans certains côtés, tant du rayon, que du cristal ? Voilà les idées de M. Newton sur les propriétés des rayons de lumiere ; idées que ce philosophe n'a qu'ébauchées, parce qu'elles ne pouvoient pas être rendues autrement.

Rayon commun, en termes d'Optique, se fait quelquefois d'une ligne droite, tirée du point de rencontre des deux axes optiques, par le milieu de la ligne droite qui joint le centre des prunelles des deux yeux.

Rayon principal, en termes de Perspective, est la distance de l'oeil au plan vertical. Voyez PERSPECTIVE. Chambers. (O)

Pinceau de rayons, voyez PINCEAU.

RAYON, en termes de Mécanique, se dit des rais d'une roue, parce qu'ils sortent du moyen en forme de rayons.

RAYON VISUEL, (Nivell.) se dit dans l'opération d'un nivellement, quand vous mettant à 3 ou 4 piés de distance du niveau, vous posez l'oeil, & vous vous alignez sur la surface de la liqueur colorée comprise dans les trois fioles : ce qui dirige votre rayon visuel, & forme une ligne de mire pour poser un jalon ou une perche à quelque distance.

RAYON EXTERIEUR, c'est, dans la Fortification, la ligne tirée du centre de la place à l'angle du polygone extérieur, ou à l'angle flanqué du bastion. C'est proprement le rayon du polygone extérieur. Ainsi O H, Pl. I. de fortification, fig. 1, est le rayon extérieur.

RAYON INTERIEUR, c'est la ligne tirée du centre de la place à l'angle du centre du bastion, ou bien c'est le rayon du polygone intérieur, comme O K, Pl. IV. de Fortif. fig. 1. (Q)

RAYON, (Agriculture) c'est le fond des sillons que produit la charrue, en labourant la terre en droite ligne ; on les fait en pente pour l'écoulement des eaux de pluie. (D.J.)

RAYON, (Jardinage) espece de petite rigole profonde d'un pouce, & qu'on tire au cordeau sur des planches, pour y semer avec propreté les graines qui ne se sement point en plein champ, comme les épinars, le cerfeuil, le persil, & quantité d'autres.

RAYON, s. m. (terme de Marchand) il signifie des divisions d'armoires en quarrés, où l'on met différentes marchandises en ordre, & séparées les unes des autres.

RAYON, (terme de Monnoie) les rayons sont des creux & cannelures qui sont dans les lingotieres, & qui servent de moule aux lingots. (D.J.)

RAYONS, en terme d'Orfevre en grosserie, ce sont des traits, ou lames aiguës d'or ou d'argent, qui entourent la lunette d'un soleil, & imitent les rayons naturels de lumiere. Il y a des rayons simples, des rayons flamboyans, & des rayons à la bermine. Voyez ces mots à leur article.

Les rayons à la bermine sont des rayons réunis ensemble, & qui ne sont séparés qu'à leur extrêmité, étant plus ou moins longs pour approcher la nature de plus près. On les appelle ainsi du nom d'un chevalier romain qui en a été l'inventeur.

Rayon flamboyant est un trait tourné en serpentant, & qui représente les variations de la flamme.

Rayon simple interne, ce sont des languettes d'or ou d'argent directes, qui imitent les rayons de lumiere. On en orne les soleils pour exposer le S. Sacrement.


RAYONNANTadj. terme de blason, qui se dit du soleil & des étoiles. Mudtschideler d'argent rayonnant en barre de cinq pieces de gueule, mouvantes de l'angle senestre du chef.


RAYONNERvoyez l'article RAYON.

RAYONNER, (Jardinage) c'est l'usage où l'on est dans un potager de rayonner les planches, avant que de semer les graines potageres, telles que l'oseille, la poirée, le persil, le cerfeuil & les épinars : ce qui se fait avec la pointe d'un bâton qui trace des rigoles à distance convenable, suivant un cordeau tendu d'un bout à l'autre de la planche ; les autres graines, telles que les racines, les raves, les oignons, se sement en pleine planche, sans rayonner, & même les jardiniers marechais, pour aller plus vîte, sement tout sans rayonner : ce qui n'est jamais si propre.


RAYURES. f. (Charpent.) c'est un assemblage de pieces de bois qui se fait dans un comble, au droit des croupes, ou des noues. (D.J.)


RAZS. m. (Mesure seche) c'est au pays de Bresse la même mesure que le bichet ; anciennement on l'appelloit bichet raz, & par la suite on l'a nommé raz seulement. De Lauriere.


RAZES. f. (Mesure seche) mesure de grains dont on se sert dans quelques lieux de Bretagne, particulierement à Quimpercorentin. C'est une espece de grand boisseau. Savary.


S. m. en Musique, est une des notes de la gamme de Guy Aretin ; & cette note s'exprime par la lettre D de cette même gamme. Voyez D & GAMME. (S)

RE, ISLE DE, (Géog. mod.) île de l'Océan, sur la côte occidentale de la France, au gouvernement du pays d'Aunis, à une lieue de la terre-ferme, & à trois lieues de la ville de la Rochelle. Elle a 3 à 4 lieues de longueur, sur une ou deux de largeur. On l'appelle en latin du moyen âge, Radis ou Ratis, ou insula Ratensis, de radis, rade, à cause sans-doute des bonnes rades qu'on trouve sur sa côte.

Il n'est fait aucune mention de cette île avant le huitieme siecle. On y voyoit alors un monastere célebre, où Hunaud duc d'Aquitaine, se fit moine l'an 744. Cette île fut occupée dans l'onzieme siecle, par les seigneurs de Mauléon en Poitou, qui étoient aussi seigneurs de la Rochelle. Charles VII. par ses lettres patentes de l'an 1457, exempta de taille les habitans de cette île, en faveur du vicomte de Thouars leur seigneur. De-là vient qu'ils sont toujours francs de taille ; mais les fermiers y ont un bureau pour percevoir les droits sur le sel : cette île en produit beaucoup, ainsi que du vin, dont on fait de l'eau-de-vie ; mais il n'y croît ni blé, ni foin.

Elle est commode pour le commerce, assez peuplée, & comprend six paroisses. Louis XIII. après la conquête de la Rochelle, se rendit maître de l'île de Ré, & y fit élever deux forts. Sous Louis XIV. elle a été fortifiée de nouveau, & munie de deux autres forts. L'île, la ville & la citadelle, ont un gouverneur particulier, avec un double état-major. Long. 16. 28. latit. 46. 14. (D.J.)


RE-ENFORESTERv. act. (terme de Jurisp.) c'est réunir aux forêts royales une terre qui en avoit été séparée, après y avoir été unie une premiere fois ; comme le fut la forêt de Dean sous Charles II. Voyez ENFORESTER, DESENFORESTER & PURLIEU.


RÉACAPTES. f. terme de Coutume, nom d'un droit seigneurial. Les acaptes en Languedoc & en Guyenne, sont de certains droits dûs au seigneur foncier & direct, par le changement de l'emphytéote, soit que le changement soit arrivé par mort, mariage, vente, &c. Et les réacaptes ou arrieres acaptes, sont des droits dûs par les emphytéotes à la mutation des seigneurs, soit par mort, mariage, ou autrement.


RÉACTIONS. f. terme de Physique, est l'action d'un corps sur un autre, dont il éprouve l'action. Voyez ACTION.

Les Péripatéticiens définissent la réaction, l'impression que fait un corps sur celui qui l'a affecté, impression qu'il exerce sur la partie même de l'agent qui l'a affecté, & dans le tems que l'agent l'affecte ; comme fait l'eau jettée sur du feu, qui en même tems qu'elle s'y échauffe, éteint le feu.

C'étoit un axiome dans les écoles, qu'il n'y a point d'action sans réaction ; ce que les Scholastiques expriment par ces termes : omne agens, agendo repatitur.

Mais on ignoroit que la réaction est toujours égale à l'action. C'est M. Newton qui a fait le premier cette remarque, & qui nous a appris que les actions de deux corps qui se heurtent l'un l'autre, sont exactement égales, mais s'exercent en sens contraires ; ou, ce qui est la même chose, que l'action & la réaction de deux corps l'un sur l'autre, produisent des changemens égaux sur tous les deux ; & que ces changemens sont dirigés en sens contraires.

Ainsi quelque corps que ce soit qui en presse ou en attire un autre, en est également pressé ou attiré. Voyez LOIS DE LA NATURE, au mot NATURE.

Si un corps mu, venant à en choquer un autre, change son mouvement en quelque direction que ce soit, le mouvement du premier s'est aussi altéré en sens contraire ; & cela en conséquence de la réaction du second corps, & de l'égalité des deux impressions réciproques.

Ces actions produisent des changemens égaux, non pas à la vérité dans les vîtesses, mais dans les mouvemens des deux corps, c'est-à-dire dans les produits de leurs masses par leurs vîtesses. Voyez PERCUSSION, &c. Chambers. (O)


RÉADING(Géog. mod.) ville d'Angleterre, capitale du Berckshire, au confluent de la Tamise & du Kennet, à 32 milles au couchant de Londres. Elle envoye deux députés au parlement, a droit de marché public, & est très-peuplée, contenant trois paroisses. On y fabrique beaucoup de draps, dont le débit contribue à son opulence, ainsi que celui des grains germés pour la biere. Long. 16. 45. latit. 51. 28.

Laud (Guillaume), naquit à Réading en 1573, & étoit fils d'un marchand drapier de cette ville. Il se distingua par ses talens, & devint successivement docteur d'Oxford, évêque de S. David, puis de Bath & de Wels, ensuite de Londres, enfin archevêque de Cantorbéry en 1633. Il fut accusé de haute trahison en 1640, & décapité en 1644, devant la tour de Londres, âgé de 71 ans passés.

C'étoit un homme savant, sincere, zélé, régulier dans ses moeurs, & humble dans sa vie privée ; mais chaud, indiscret, & soutenant avec trop de feu certaines choses peu importantes en elles-mêmes. Telles sont, par exemple, son ordonnance de mettre la table de la communion au côté oriental des églises ; les révérences qu'il voulut qu'on y fît ; le nom d'autel qu'il leur affecta ; la suppression des sermons du Dimanche au soir ; son dessein d'ôter aux églises walones leurs privileges ; les jeux du Dimanche, dont il se déclara le protecteur, & quelques autres bagatelles sur lesquelles s'exerçoit toute la ferveur de ce tems-là. Mais sa sévérité dans la chambre étoilée, & dans la cour de la haute-commission, sur-tout son injustice dans la poursuite violente de l'évêque Williams, étoient des taches si noires, qu'il n'y avoit presque que l'horrible injustice de sa mort qui pût l'en laver. Son supplice produisit si bien cet effet, qu'il l'érigea lui-même en modele, & donna à ses sentimens une sanction, qui les a fait passer pour la regle de distinction des amis ou des ennemis prétendus de l'église anglicane.

Attaqué avec fureur par ses ennemis, accablé de calomnies, il ne laissa échapper, même dans les lettres familieres qu'il écrivoit à Vossius, aucune expression injurieuse contre ses persécuteurs. Il est pleinement justifié de l'odieuse accusation que ses adversaires répandirent par-tout contre lui, d'avoir voulu introduire le papisme dans l'église anglicane. Non-seulement son principal ouvrage est en faveur de cette église contre Fisher, mais de plus, il ne cessoit de presser Vossius d'entreprendre la réfutation des livres du cardinal Baronius.

On a recueilli en un corps tous les ouvrages de ce prélat anglois, dont le premier volume parut en 1671, & le second en 1700, in-folio. M. Heylin a donné l'histoire de la vie de cet archevêque & M. Warton (Henri), a publié son apologie, à Londres en 1695, in-fol. Le lecteur peut aussi consulter les fastes d'Oxford, par Wood, tome I. coll. 147. (D.J.)


RÉAGGRAVATIONS. f. (Jurisp.) Voyez ci-devant REAGGRAVE.


RÉAGGRAVES. m. (Jurisp.) iterata aggravatio ; quelques-uns disent aggrave, Fevret dit réaggravation ; mais dans l'usage présent, on dit réaggrave : c'est la troisieme des monitions canoniques, que l'on employe pour contraindre quelqu'un à faire quelque chose, comme pour l'obliger de venir à révélation des faits dont on veut avoir la preuve. La premiere monition s'appelle monitoire ou monition simplement. Ce premier monitoire prononce la peine d'excommunication ; le second qu'on appelle aggrave, prive celui qui est réfractaire aux monitions, de tout usage de la société civile ; le troisieme qu'on appelle réaggrave, défend publiquement à tous les fideles d'avoir aucune sorte de commerce avec l'excommunié, que l'Eglise annonce comme un objet d'horreur & d'abomination. Les aggraves & réaggraves se publioient autrefois au son des cloches & avec des flambeaux allumés, qu'on éteignoit ensuite, & qu'on jettoit par terre. Voyez Fevret, tr. de l'abus ; Ducasse, tr. de la jurisd. ecclésiast. & AGGRAVE, MONITOIRE, EXCOMMUNICATION. (A)


RÉAJOURNEMENTS. m. (Jurisp.) est la nouvelle assignation que l'on donne à celui qui n'a pas comparu au premier ajournement, & contre lequel on a pris défaut.

L'usage des réajournemens a été abrogé en matiere civile par l'ordonnance de 1667, tit. v. article 2. Cependant on les pratique toujours aux consuls pour les causes de Paris.

Ils ont encore lieu en matiere criminelle, comme on peut voir dans l'ordonnance de 1670, tit. xvij. des défauts & contumaces. (A)


RÉALEadj. (Marine) nom de la principale galere d'un royaume indépendant. Voyez GALERE REALE.

REALE, (Hist. nat.) espece de faisan de la nouvelle Espagne. Il est d'un brun-clair par le corps, ses aîles & sa queue sont noires ; il porte une crête qui forme une espece de couronne sur sa tête.

REALE, s. f. (Monnoie) la réale vaut la huitieme partie d'une piastre de plate ou d'argent, c'est-à-dire environ douze sols huit deniers monnoie de France, en comptant la piastre sur le pié de cinq livres.


RÉALGARS. m. (Hist. nat.) c'est le nom qu'on donne à une mine d'arsenic, qui est d'un rouge ou d'un jaune plus ou moins vif. Il y en a d'un jaune-orangé ; il y en a d'opaque, de demi-transparent ; il est quelquefois rouge comme du cinnabre ; enfin il y en a qui est transparent comme un rubis. Le plus ou le moins de rougeur de cette substance, vient du plus ou du moins de soufre qui est combiné avec l'arsenic ; c'est un poison très-vif. Ce minéral se trouve en Transilvanie & en Turquie ; on en rencontre aussi en Suede, dans la Dalie orientale. Voyez la Minéralogie de Wallerius.


RÉALISERv. neut. (Jurisp.) dans cette matiere signifie quelquefois effectuer une chose ; quelquefois c'est faire emploi d'une somme de deniers, ou la stipuler propre.

Réaliser des offres, c'est accompagner les offres labiales d'une somme de deniers, ou de quelque autre chose mobiliaire, de l'exhibition & présentation de cette somme ou autre chose, à l'effet que celui à qui les offres sont faites, puisse recevoir ce qui lui est offert.

On réalise des offres à l'audience en faisant porter les deniers à l'audience, & y réitérant les offres avec exhibition de ces deniers.

La réalisation des deniers dotaux, est lorsqu'on fait emploi des deniers pour sureté de la dot.

Réaliser un contrat ou une rente, c'est lorsqu'on en reconnoît le titre devant le seigneur dont l'héritage est tenu, ou devant les officiers de sa justice, afin d'acquérir droit réel & hypotheque, & pour être nanti. Voyez les coutumes d'Amiens, Péronne, Cambrai, & le style de Liége. Voyez DOT, OFFRES REELLES, PROPRES FICTIFS, NANTISSEMENT, SAISINE. (A)


RÉALISTES. m. (Philosoph.) nom qu'on a donné aux philosophes opposés à Ochan, & ses sectateurs. Ils croyent que les universaux sont des réalités qui existent, de fait, hors de la pensée, & de l'imagination. Les Nominaux sont opposés aux Réalistes. Il y a bien plus de Réalistes qu'on n'imagine.


REALITÉS. f. (Gram.) se prend souvent par opposition à l'apparence. On dit, par exemple, d'un homme vraiement pieux & d'un hypocrite, que l'un a la réalité, ou la chose même ; & que l'autre n'en a que les apparences. Par opposition à spectre, fantome, image ; ici, c'est la chose, c'est la réalité ; là, ce n'est que l'ombre.


RÉALMONT(Géog. mod.) petite ville de France, dans le haut-Languedoc, au diocèse & à 2 lieues d'Albi, sur la riviere de Dadou. Elle est le chef-lieu d'une prevôté.


RÉALVILLE(Géog. mod.) petite ville de France, dans le Querci, au diocèse & à 2 lieues de Montauban, vers le nord, sur l'Avéiron. (D.J.)


RÉAME(Géog. mod.) ville de l'Arabie heureuse, au royaume d'Hadramut, environ à une lieue d'Alcharana. L'air en est très-pur, & son territoire fertile nourrit des moutons si gras qu'à peine peuvent-ils marcher.


RÉAPPOSERv. act. (Gram.) apposer derechef. Voyez APPOSER.


RÉAPPRÉCIATIONS. f. (Comm.) seconde appréciation d'une chose, d'une marchandise ; ce terme est sur-tout en usage dans le tarif de la douanne de Lyon de 1632, dans lequel tous les droits sont distingués en ancienne taxation & en nouvelle réappréciation, c'est-à-dire en droits d'ancienne & nouvelle imposition. Dictionn. de Comm. de Trev. & de Chambers.


REARPENTERv. act. arpenter derechef. Voyez l'article ARPENTER.


REASSIGNATIONS. f. (Jurisprud.) est la même chose que réajournement. Voyez ci-devant REAJOURNEMENT. (A)


REATou REATAE, (Géog. anc.) ville d'Italie dans l'Umbrie, chez les Sabins, au voisinage d'Interocrea, selon Strabon, l. V. p. 228. Denys d'Halicarnasse dit que ses habitans étoient Aborigènes, & Silius Italicus, l. VIII. v. 417. nous apprend que la ville étoit dédiée à Cybèle.

.... Hunc foruli, magnaeque Reate dicatum

Coelicolûm matri.

Réate étoit une préfecture, comme nous le voyons dans la troisieme catilinaire de Ciceron, c. ij. & Suétone, c. j. nous fait entendre que c'étoit un municipe, car il donne au grand pere de Vespasien, le titre de municeps reatinus. Tite-Live fait mention de divers prodiges arrivés à Réate ; il dit entr'autres, l. XXV. c. vij. & l. XXVI. c. xxiij. qu'on publioit y avoir vû voler une grosse pierre, & qu'une mule contre la stérilité ordinaire de ces sortes d'animaux, y avoit produit un mulet. Cette ville retient quelque chose de son ancien nom ; car on la nomme aujourd'hui Rieti. Voyez ce mot. (D.J.)


REATIUM(Géog. anc.) ville d'Italie, selon Etienne le géographe ; on croit que c'est aujourd'hui Messurga.


REATU(Jurisprud.) être in reatu, terme usité dans la pratique criminelle, lequel vient du latin reatus, qui signifie l'état de celui qui est coupable de quelque crime ; on comprend dans cette classe tout accusé qui est dans les liens d'un decret de prise de corps ou d'ajournement personnel, parce qu'on le repute coupable jusqu'à ce qu'il se soit justifié, scelus est accusari.

Les suites de cet état sont ; 1°. que celui qui est in reatu ne peut faire aucune disposition de ses biens en fraude des réparations civiles qui peuvent être adjugées contre lui par l'événement, ni de la confiscation s'il y a lieu.

2°. Il demeure interdit de plein droit de toutes fonctions publiques, & de tous honneurs ; & si c'est un ecclésiastique, il ne peut pareillement faire aucune fonction de son état.

Du reste, celui qui est in reatu conserve tous ses autres droits, & n'est pas censé mort civilement, quand même par l'événement, il seroit condamné à mort ; car le jugement qui emporte mort civile n'a point d'effet rétroactif, si ce n'est pour l'hypotheque des réparations civiles qui remonte au jour du délit. Voyez ACCUSE, CRIME, DECRET, DELIT, REPARATION CIVILE. (A)


RÉAUXRÉAUX

Les Réaux soutenoient que l'objet de la dialectique sont les choses, & non pas les paroles ; les Nominaux philosophoient sur les mots & les notions des termes, c'est-à-dire que raisonnant sur l'universel, ces nouveaux dialecticiens l'établissoient dans les noms, & soutenoient que toutes choses étoient singulieres ; mais voulant donner du crédit à leur secte, ils se vantoient de suivre Porphyre & Aristote.

Pour entendre cette querelle philosophique, il faut remonter à la philosophie ancienne ; or dans cette philosophie, Platon entendoit par idées, les modèles essentiels de chaque chose existans réellement, & selon lesquels tout a été formé, communiquant à chaque être sa nature invariable. Ces idées, selon ce philosophe, tirent leur origine de l'entendement divin, & y sont comme dans leur source, mais elles ont néanmoins leur propre substance ; & la philosophie a pour objet la connoissance de ces essences des choses, en tant qu'elles existent séparément, & hors de la matiere.

Aristote trouva qu'il étoit ridicule de supposer ainsi des essences universelles hors de la matiere, par lesquelles les êtres soient modifiés, quant à leur essence. Mais comme il ne pouvoit nier que les choses n'ayent une forme essentielle, il aima mieux soutenir que ces formes avoient été imprimées dans la matiere de toute éternité, & que c'étoit de ces formes séminales ou substantielles, que la matiere recevoit sa forme.

Zénon & l'école stoïcienne ne disconvenoient point qu'il n'y eût des principes des choses matérielles, mais ils se moquoient de ces universaux qu'on faisoit exister hors de l'entendement, & qu'on distinguoit des notions universelles, & des termes dont on se servoit pour les désigner.

En disputant dans la suite sur ces belles questions, la doctrine d'Aristote prévalut insensiblement, & les Philosophes soutinrent que l'universel n'étoit ni avant ni après la chose, mais dans la chose même ; en un mot, qu'il existoit des formes substantielles. C'étoit l'opinion régnante de l'onzieme siecle, tems où s'éleva une nouvelle secte, qui abandonnant Aristote, adopta les principes des Stoïciens, & soutint que les universaux n'existoient ni avant les choses, ni dans les choses ; qu'ils n'avoient aucune existence réelle, & que ce n'étoient que de simples noms, pour désigner les divers genres des choses. On n'est pas d'accord sur le premier inventeur de ce système ; mais voici ce qu'en disent les auteurs de l'histoire littéraire de la France, tom. VII. pag. 132.

" Jean le Sophiste, fort peu connu d'ailleurs, passa pour le pere de la nouvelle secte, quoique d'autres transportent cet honneur à Roscelin, clerc de Compiegne, qui ne le mérite que pour en avoir été le plus zélé partisan.... Outre Roscelin, Jean eut encore pour principaux disciples, Robert de Paris, Arnoul de Laon & Raimbert Ecolâtre de Lille en Flandres, qui en firent de leur côté grand nombre d'autres. Ainsi se forma la fameuse secte des Nominaux, qui causa un schisme furieux parmi les Philosophes, & troubla toutes nos écoles. Le mal ayant commencé sur la fin de ce siecle, alla toujours en croissant, & l'on fut très-long-tems sans y pouvoir apporter de remede. Une de ses plus funestes suites, fut de réduire le bel art de la dialectique, à un pur exercice de disputer & de subtiliser à l'infini. L'on ne s'y proposoit autre chose, que de chicaner sur les termes & les réponses des adversaires, de les embarrasser par des questions sophistiques ; d'en inventer de curieuses & d'inutiles, de trouver de vaines subtilités, des distinctions frivoles, qui ne demandent que de l'esprit & de l'imagination, sans lecture & sans examen des faits. En un mot, bien loin d'approfondir les choses, jusqu'à ce qu'on eût trouvé un principe évident par la lumiere naturelle, ce qui est le but de la bonne dialectique ; on ne s'amusoit qu'à disputer sans fin, & ne s'avouer jamais vaincu. De-là, tant d'opinions incertaines, & de doutes pires que l'ignorance même : déplorable maniere de philosopher, qui s'étendit sur la théologie & sur la morale. "

Saint Anselme, Lanfranc & Odon, s'opposerent vigoureusement aux Nominaux, & l'on croit que trois ouvrages du dernier sur la dialectique, regardoient cette controverse. Un de ces écrits étoit intitulé le Sophiste, & tendoit à apprendre à discerner les sophismes, & à les éviter. Un autre portoit pour titre complexionum, des conclusions ou des conséquences, dans lequel on conjecture qu'Odon établissoit les regles du syllogisme, pour mettre ce que l'école appelle un argument en forme, & apprendre par-là à raisonner juste. Le troisieme étoit intitulé : de l'être & de la chose, parce qu'il y discutoit, si l'être est le même que la chose, & la chose le même que l'être. On ne connoît au reste ces trois écrits, que par le peu que nous en apprend Herimanne ; & Sanderus, qui a trouvé parmi les manuscrits des bibliotheques de la Belgique, la plûpart des autres écrits d'Odon, n'y a découvert aucun des trois qu'on vient de nommer. (D.J.)


REBAISSERv. act. (Gram.) baisser derechef. Voyez l'article BAISSER ; REBAISSER, à la monnoie, c'est ôter du flanc le trop de poids, pour le rendre de la pesanteur que l'ordonnance prescrit ; on rebaisse en se servant d'une lime appellée écouanne. La premiere opération qui a pour but de donner à la piece son poids est appellée approcher ; & celle qui le lui donne au juste s'appelle rebaisser.


REBANDERv. act. (Gram.) bander derechef. Voyez l'article BANDER.

REBANDER, (Marine) terme bas qui signifie remettre à l'autre bord, retourner à un autre côté.

Rebander à l'autre bord ; c'est courir sur un autre air de vent.


REBAPTISANSS. m. (Hist. ecclésias.) c'est le nom qu'on donne à ceux qui baptisent de nouveau les personnes qui ont déja été baptisées.

S. Cyprien, Firmilien & plusieurs autres évêques d'Afrique & d'Asie, pensoient qu'on devoit rebaptiser les hérétiques qui revenoient dans le sein de l'Eglise. Le pape S. Etienne soutenoit fortement le contraire, à moins que ces hérétiques n'eussent été baptisés par d'autres qui altéroient la forme du baptême ; aussi est-ce ce que l'Eglise décida dans le concile de Nicée. Mais S. Cyprien & Firmilien se fondoient sur la tradition de leurs prédécesseurs, & selon quelques théologiens, ne regardoient cette question que comme un point de discipline. S. Etienne au contraire, croyoit qu'elle intéressoit la foi, & alla selon quelques-uns jusqu'à anathématiser les défenseurs de l'opinion contraire ; d'autres disent, qu'il ne fit que les menacer de l'excommunication, & qu'il est probable qu'ils revinrent au sentiment de ce pontife ; mais on n'a point de monument authentique pour le prouver. Ce qu'il y a de certain, c'est que la tradition la plus générale de l'Eglise, étoit qu'on ne devoit point rebaptiser les hérétiques qui avoient été baptisés avec la forme prescrite par Jesus-Christ. Donat fut condamné à Rome dans un concile, pour avoir rebaptisé quelques personnes qui étoient tombées dans l'idolâtrie après leur premier baptême.

On a donné aussi le nom de Rebaptisans aux Anabaptistes, parce qu'ils donnent le baptême aux adultes, quoiqu'ils l'ayent déja reçu dans leur enfance. Voyez ANABAPTISTE.

Il est constant par la pratique universelle de l'Eglise, qu'on n'a jamais crû devoir réitérer le baptême une fois légitimement conféré ; & parmi les anciens hérétiques qui rebaptisoient les Catholiques, les Donatistes, par exemple, on ne réitéroit le baptême, que parce qu'on ne regardoit pas comme un sacrement, celui qu'avoient administré les Catholiques ; mais les hérétiques entr'eux ne baptisoient point ceux de leur secte. Nous ne trouvons dans toute l'histoire ecclésiastique, que les Marcionites qui rebaptisassent leurs propres sectateurs jusqu'à trois fois, comme le rapporte S. Epiphane, hérésie 42. Les empereurs Valentinien & Théodose le jeune avoient fait des lois très-séveres contre les Rébaptisans, qui portoient confiscation de leurs biens, mais il ne paroît pas qu'on les ait punis de mort. Bingham, Orig. ecclés. tom. IV. lib. XII. c. v. §. 1, 2, 3, & seq.


REBARBES(Graveur) voyez EBARBURES.


REBARDER(Jardinage) on dit rebarder une planche de potager, quand on éleve avec le rateau un peu de terre tout-autour en forme de rebord pour retenir dans le milieu de la planche, l'eau des arrosemens & de la pluie, & empêcher qu'elle ne s'échappe dans les sentiers du pourtour.


REBATTEMENTS. m. (Musique instrum.) répétition fréquente des mêmes sons. C'est ce qui arrive dans la modulation, où les cordes essentielles de chaque mode, ou de la tirade harmonique doivent être rebattues plus souvent que pas une des autres ; & entre les trois cordes de cette tirade, les deux extrêmes, c'est-à-dire, la finale dominante, qui sont proprement le rebattement ou repercussion de chaque mode, doivent être plus souvent rebattues que celle du milieu, ou la médiante ; mais pour bien faire, il faut que les cordes essentielles tombent dans les bons-tems de chaque mesure, qu'elles soient des notes, ou longues, ou censées longues. Brossard.

REBATTEMENT, (terme de Blason) ce mot se dit de diverses figures qui se font à fantaisie, & qu'on aime beaucoup en Allemagne. Les principales sont une dextre, une pointe, une plaine, une champagne, une pointe en pointe, des goussets, une gorre, une bilette couchée, un écusson renversé dans un autre, &c. On appelle aussi rebattemens plusieurs autres divisions extraordinaires de l'écu, lorsque les figures sont opposées, & qu'elles semblent se rabattre l'une l'autre. Menestrier.


REBATTREv. act. (Gram.) c'est battre derechef. Voyez l'article BATTRE.


REBAUDIR(terme de Chasse) ce mot se dit lorsque les chiens ont la queue droite, le balai haut, qu'ils se redressent, & qu'ils sentent quelque chose d'extraordinaire. Trévoux.


REBECS. m. (instrum. de Musique) sorte d'instrument de musique hors d'usage ; il étoit tout d'une piece & à trois cordes ; on en jouoit avec un petit archet, & avec une mesure précipitée. Voyez Mersenne Harmonicorum, lib. III. Ce mot vient vraisemblablement du celtique ou bas-breton reber, qui signifie un violon, & rebeter, joueur du violon. (D.J.)


REBELLEadj. (Gramm.) celui qui se révolte contre son supérieur. Voyez l'article REBELLION. On dit, la chair est rebelle ; une maladie rebelle ; une mine rebelle. Voyez l'article suivant.

REBELLE, (Métallurgie) on donne ce nom aux mines qui résistent à l'action du feu, & qui ont de la peine à entrer en fusion. C'est un synonyme de réfractaire.


REBELLIONREBELLION

Les ordonnances mettent ce crime au nombre des cas royaux.

Il se commet principalement lorsque l'on outrage & excede les magistrats & autres officiers de judicature, & les huissiers & sergens exerçant quelque acte de justice ; dans ce cas la rebellion est punie de mort sans espérance d'aucune grace. Telle est la disposition de l'ordonnance de Moulins, art. 34, & de celle de Blois, art. 190, renouvellée par l'art. 4. du tit. 16 de l'ordonnance de 1670 ; & s'il arrive que le coupable soit tué en faisant rébellion à force ouverte, le procès doit être fait à son cadavre ou à sa mémoire, suivant l'art. 1. du tit. 22 de l'ordonnance de 1670.

Ceux qui se louent ou s'engagent pour retirer des mains de la justice un prisonnier pour crime, commettent une autre espece de rebellion, pour laquelle l'ordonnance de 1670, tit. 16, art. 4, défend aussi d'accorder des lettres de grace.

Il y a d'autres cas où la rebellion à justice n'est pas punie si séverement : ce qui dépend des circonstances. Ces cas sont ;

1°. Lorsque quelqu'un refuse d'ouvrir les portes à un commissaire ou autre personne chargée de l'exécution d'un jugement, & qu'il se tient fort dans sa maison ou château, pour résister à celui qui est porteur des pieces. La peine de ce délit est seulement corporelle ou pécuniaire, selon les circonstances ; il emporte aussi la démolition de la maison ou château, & la confiscation des fiefs & justices. C'est la disposition de l'art. 2 de l'édit de Charles IX. donné à Amboise en Janvier 1572.

2°. Ceux qui s'emparent par violence des fruits & revenus des biens saisis par autorité de justice, ne doivent aussi être punis que d'une peine corporelle ou pécuniaire, à l'arbitrage du juge, suivant l'art. 5 du même édit ; il ordonne à la vérité dans ce cas la confiscation des biens saisis, mais on ne prononce plus cette peine.

3°. Celui qui donne retraite à ceux que la justice poursuit pour les arrêter, doit, suivant l'art. 193 de l'ordonnance de Blois, être puni de la même peine que méritoit l'accusé ; mais cela ne s'observe pas à la rigueur, & la peine est modérée, suivant les circonstances du crime, & le motif qui y a donné lieu, comme si c'est par commisération, ou qu'il y ait parenté entre l'accusé fugitif & celui qui lui a donné retraite.

Enfin ceux qui favorisent l'évasion des accusés des mains de la justice ou des prisons, doivent, suivant l'édit de François I. du mois d'Août 1525, art. 15, être punis aussi séverement que s'ils avoient rompu les prisons, & ôté les prisonniers des mains de la justice ; mais présentement on distingue : si celui qui a favorisé l'évasion, avoit le prisonnier à sa garde, comme un geolier, un guichetier ou sentinelle, en ce cas, la peine est des galeres, suivant l'art. 19 du tit. 13 de l'ordonnance de 1670 ; à l'égard des autres personnes, on modere la peine, suivant les circonstances, comme on l'a dit ci-devant.

Quoiqu'un huissier ou autre officier de justice excede son pouvoir, il n'est pas permis de lui faire résistance à cause du respect dû à la justice même, dont il exécute les mandemens ; on a seulement la voie de se plaindre, & d'appeller de ce qui a été fait.

En cas de rebellion, les huissiers ou autres officiers chargés de mettre à exécution quelque ordonnance de justice, doivent en dresser leur procès-verbal signé d'eux & de leurs recors, & des voisins & autres assistans, si faire se peut, & remettre ce procès-verbal entre les mains du juge, pour y être pourvu, & en envoyer une expédition à M. le procureur général, sans néanmoins que l'instruction & le jugement de la rebellion puissent être retardés.

Ceux qui ont fait rebellion, sont decretés d'ajournement personnel sur la seule signature de l'huissier & de ses records. Si la rebellion est grave, le procès-verbal sert de plainte ; & quoiqu'il n'y ait qu'un ajournement personnel contre les dénommés au procès-verbal de l'huissier, on informe contr'eux, & s'il y a charge, le juge peut décreter de prise-de-corps.

Les gouverneurs, lieutenans-généraux des provinces & villes, baillifs, sénéchaux, maires & échevins sont obligés par les ordonnances de prêter main-forte en cas de rebellion à l'exécution des decrets & de toutes les ordonnances de justice ; la même chose est enjointe à un prevôt des marchands, vice-baillifs, vice-sénéchaux, leurs lieutenans & archers, à peine de radiation de leurs gages en cas de refus, dont il doit être dressé procès-verbal par le juge, huissier ou autre qui éprouve ce refus, & l'on envoye ce procès-verbal au procureur général du ressort.

Quoique la rebellion arrive pour l'exécution d'un jugement rendu en matiere civile, c'est le lieutenant criminel qui en doit connoître.

Au reste, tous juges, à l'exception des juges & consuls, & des bas & moyens justiciers, peuvent connoître des rebellions à l'exécution de leurs jugemens. Voyez la loi carceris 8, ff. de custod. & exhib. reor. la loi milites 12, ff. ibid. l'ordonnance de 1670, tit. 1, 13, 16 & 22, & Bornier ibid. Theven. liv. IV. tit. 8 & 9, & le traité des crimes par M. de Vouglans, pag. 461 & suivantes. (A)


REBENIRv. act. (Jurisprud. can.) c'est donner une nouvelle bénédiction, soit à une église qui a été polluée, ce qu'on appelle aussi réconciliation ; soit à quelque vase sacré qui est devenu profane à cause que l'ouvrier y a mis le marteau. Voyez BENEDICTION, EGLISE, POLLUTION, RECONCILIATION, VASES-SACRES. (A)


REBETREvoyez ROITELET.


REBIS. m. (Hist. mod. Religion) c'est ainsi que l'on nomme au Japon les fêtes solemnelles que célebrent ceux qui suivent la religion du Sintos ; elles se passent à visiter ses amis. Après avoir été au temple, on employe le reste du jour en festins & en réjouissances. Les Japonois sont persuadés que les plaisirs innocens dont jouissent les hommes, sont très-agréables à la divinité, & que la meilleure maniere d'honorer les cami, c'est-à-dire, les saints, est de se procurer dans ce monde une partie de la félicité que ces êtres heureux goûtent dans le ciel. Les Sintoïstes ont chaque mois trois fêtes : la premiere se célebre à la nouvelle lune : la seconde, à la pleine lune, & la troisieme, le dernier jour de la lune. Ils ont outre cela plusieurs fêtes solemnelles : la principale s'appelle songuatz ; elle arrive le premier jour de l'année ; elle se passe à se faire des présens. La seconde fête se nomme songuatz-somnitz, & se célebre le troisieme jour du troisieme mois ; elle est destinée à la récréation des jeunes filles, à qui leurs parens donnent un grand festin. La troisieme fête s'appelle goguatz-gonitz, & tombe sur le cinquieme jour du cinquieme mois ; elle est destinée pour les jeunes garçons. La quatrieme nommée sissiguarz-nanuka, se célebre le septieme jour du septieme mois ; c'est un jour de réjouissance pour les enfans. Enfin la fête appellée kunitz se célebre le neuvieme jour du neuvieme mois ; elle est consacrée au plaisir de la table, au jeu, à la danse, & même à la débauche & à la dissolution.


REBINERv. act. (Jardinage) c'est donner aux terres le second labour qui suppose le premier binage fait.


REBLANCHIRv. act. rendre la blancheur.


REBLANDISSEMENTS. m. (Jurisprud.) c'est lorsque le vassal ou sujet vient par-devers son seigneur ou devant son sénéchal ou bailli, pour savoir de lui la cause de la saisie ou du blame de son aveu & dénombrement. Cette démarche a été ainsi appellée, parce que c'est blandè dominum adoriri, lui demander civilement la cause, &c. Voyez la coutume de Tours, art. 22, 30, 31 ; Lodunois, ch. j. art. 24, 26, 27 ; les preuves de l'histoire de Montmorency, p. 144, lig. 35. & le gloss. de M. de Lauriere. (A)


REBLAT(Géog. sacrée) ville de Syrie, dans le pays d'Emath, à ce que nous apprenons d'Ezéchiel, lvij. 17 ; nous n'en savons pas davantage ; mais il paroît que S. Jérome s'est trompé, en prenant Reblat pour Antioche de Syrie, qui étoit fort éloignée d'Emath, & n'étoit point sur le chemin de Judée en Mésopotamie, au lieu que Reblat étoit sur ce chemin. C'est à Reblat que Nabuchodonosor fit crever les yeux à Sédécias, & fit mourir le fils de ce malheureux prince, ainsi que ses principaux officiers. (D.J.)


REBOIREv. n. (Gramm.) c'est boire derechef. Il se dit dans quelques arts ; faire reboire, c'est humecter derechef.


REBONDIadj. REBONDIR, v. n. faire un ou plusieurs bonds. Rebondi se dit aussi des chairs fermes & potelées ; des joues rebondies.


REBORDS. m. (Gramm.) partie saillante de quelque ouvrage. On dit le rebord d'une piece, d'une cheminée, d'un parapet, &c. il se dit aussi de la partie rebordée d'un vêtement, le rebord d'une robe, d'une manche.


REBORDERv. act. (Gramm.) c'est border une seconde fois.

REBORDER ou RABORDER, (Marine) c'est tomber une seconde fois sur un vaisseau.

REBORDER, (Jardinage) Les gasons poussant toujours au-delà de la trace, il faut tous les mois les reborder, en tendant un cordeau d'un angle à l'autre, & coupant l'excédant à la bêche ou au couteau, c'est le moyen de leur conserver un air de régularité.


RÉBOTTERact. (Jardinage) est un terme en usage chez les pepiniéristes, pour signifier un arbre de rébut qu'ils recepent au printems à un oeil ou deux au-dessus de la greffe. Il pousse de ces yeux, ou d'un oeil seul, un ou deux jets, semblables à celui ou à ceux de la greffe même de l'année précédente. Ces sortes d'arbres rébottés, qui trompent la plûpart de ceux qui ne remarquent pas leurs doubles playes, réussissent rarement : souvent le bon marché qu'on en fait, les fait prendre, toujours au risque de ne pas réussir.


REBOUCHERv. act. (Gramm.) c'est boucher derechef. Voyez BOUCHER.

REBOUCHER, terme d'artisan. Ce mot se dit quand la pointe ou le taillant des instrumens pointus ou tranchants s'émousse au lieu de pénétrer dans les corps durs & solides. Un fer, une coignée qui n'est pas bien trempée, se rebouche en abattant des bois durs, comme le buis, le gayac, &c. Trevoux. (D.J.)


REBOUILLIRv. act. & n. (Gramm.) c'est bouillir ou faire bouillir derechef. Ce syrop, cette gelée est trop fluide, il faut la faire rebouillir.


REBOUISAGEREBOUISAGE


REBOURGEONNERv. n. terme de Grammaire, pousser de nouveaux bourgeons.


REBOURSFIL DE, (Drap.) fil tors à contresens d'un autre.


REBRASS. m. (Lang. franç.) vieux mot qui signifioit le rebord, le repli de quelque ajustement ; le rebras des manches, le rebras d'un manteau, désignoit ce qui se retourne sur l'épaule, sur le bras, & où l'on met d'ordinaire des paremens. Richelet. (D.J.)


REBRASSERv. act. terme de Grammaire, brasser derechef. Voyez l'article BRASSER.


REBRECHEou REBRICHER, (Jurisprud.) signifie quelquefois répéter, récoler. On trouve dans quelques anciennes coutumes, rebrecher une enquête, c'est-à-dire, en faire le récolement. Voyez le ch. xl. des anciennes coutumes de Bourges, publiées par la Thaumassiere, p. 265.

Quelquefois rebrecher, signifie débattre ou repliquer ; dans quelques provinces les rebreches sont des repliques aux soutenemens d'un compte.

On entend quelquefois par rebreches, toutes sortes d'écritures, ce qui paroît venir de ce que le titre de ces écritures étoit écrit en lettres rouges, ce qui les faisoit appeller rubriches ou rubriques, & par corruption, rebriches, d'où l'on a fait rebrecher & rebricher. Voyez Beaumanoir en ses coutumes de Beauvoisis, ch. vj. & le gloss. de M. de Lauriere. (A)


REBRIDERv. act. terme de Grammaire ; brider derechef. Voyez l'article BRIDER.


REBRODERv. act. terme de Grammaire, réparer la broderie d'un ouvrage, ou la doubler, ou y ajouter quelque travail. Voyez l'article BRODERIE.


REBROUILLERv. act. terme de Grammaire, brouiller de nouveau. Voyez l'article BROUILLER.


REBROUSSES. f. (Lainage) c'est un instrument de fer en forme de petit peigne rond par le dos : il y en a de deux sortes, l'un qui a des dents pointues, & l'autre qui n'en a point. La rebrousse sert aux tondeurs de draps pour rebrousser, ou relever le poil ou la laine sur la superficie de l'étoffe, afin de la pouvoir tondre plus facilement. Il y a bien des endroits où l'on ne se sert point de rebrousses dentées, parce que l'on prétend qu'elles peuvent énerver ou altérer le fond des étoffes. Savary. (D.J.)


REBROUSSEMENTS. m. (Géometrie) est la même chose que ce que l'on appelle en latin flexus contrarius, flexion contraire. On peut concevoir le rebroussement des courbes de la maniere suivante. Supposons une ligne courbe A F K, (Pl. géométr. fig. 82.) partie concave, & partie convexe, par rapport à la ligne droite A B, ou au point déterminé B. Le point F, qui sépare la partie concave de la courbe, de la convexe, ou qui termine l'une, & sert de commencement à l'autre, est appellé le point d'inflexion, lorsque la courbe est continuée du point F, vers le même endroit qu'auparavant. Quand elle retourne en arriere vers A, F est le point de rebroussement. Voyez INFLUXION.

La regle pour trouver les points de rebroussement, est la même en général, que pour trouver les points d'inflexion ; c'est faire = 0, ou = à l'infini ; ce qui distingue d'ailleurs le point de rebroussement du point d'inflexion, c'est qu'au point d'inflexion l'ordonnée n'a qu'une seule valeur, à moins qu'elle ne soit tangente de la courbe ; au lieu qu'au point de rebroussement, elle en a deux, ou même davantage. Voyez le traité des courbes de M. Cramer, où vous trouverez sur cette matiere un plus grand détail.

Rebroussement de la seconde espece est un point A (fig. 7. Analys.), où les deux branches P m, p m, du rebroussement ne sont pas convexes l'une vers l'autre comme dans le rebroussement ordinaire, mais placées de maniere que la concavité de l'une regarde la convexité de l'autre. Soit une courbe qui ait pour équation y2 - 2 x2 y + x4 - n5 = 0. (A P = x, P M = y). Cette courbe aura à son origine en A un point de rebroussement de la seconde espece ; car on aura y = x2 + ; d'où l'on voit 1°. que x positive donne deux valeurs de y, lesquelles lorsque x est infiniment petite, sont toutes deux positives : 2°. d y = 2 x d x + 5/2 x 2/3 d x ; d'où l'on voit que d y = 0 dans les deux branches, lorsque x = 0, & qu'ainsi les deux branches A M, A m, tournent toutes deux à leur origine leur convexité vers l'axe A P ; 3°. que x négative donne y imaginaire, & qu'ainsi la courbe n'a que les deux branches A M, A m, & par conséquent doit avoir en A un point de rebroussement de la seconde espece, puisque ces deux branches à l'origine A, tournent toutes deux leurs convexités vers le même côté. Voyez à ce sujet les recherches sur le calcul intégral, imprimées dans le second volume en françois des mém. de l'acad. des Sciences de Prusse.

Je suis le premier qui ait démontré invinciblement l'existence de ces points, que d'habiles géometres avoient attaquée, comme le savant M. Euler l'a reconnu dans les mém. de l'acad. de Berlin de 1750, pag. 112.


REBROUSSERv. act. (Gramm.) ne se dit guere que des cheveux, du poil ; c'est les renverser en sens contraire à celui qu'ils ont pris naturellement ou artificiellement. On rebrousse le poil du drap. On rebrousse chemin.

REBROUSSER le cuir, (Courroyerie) C'est après qu'on a coupé le grain du cuir qu'on a étendu sur la table du côté de la chair, & qu'on a tiré à la moyenne pommelle, le retourner de l'autre côté, c'est-à-dire du côté de la fleur, pour lui donner la même façon.

REBROUSSER, parmi les Tondeurs de drap, c'est relever la laine d'une étoffe pour la prendre & la couper avec les forces. Voyez REBROUSSE.


REBROYERv. act. terme de Grammaire, broyer de nouveau. Voyez BROYER.


REBRUNIRv. act. terme de Grammaire, brunir une seconde fois. Voyez BRUNIR.


REBUBES. f. (Luth.) c'est le même instrument qu'on appelle trompe ou guimbarde, ou rebute. Voyez REBUTE.


REBUFFADES. f. (Langue franç.) action par laquelle un supérieur repousse avec mépris ou injure un inférieur qui lui demande quelque chose. Borel dérive rebuffade de re & du vieux mot buffe, qui signifioit un soufflet. Chartier, dans son histoire de Charles VII. dit : " En icelui an, environ huit heures de nuit, battit messire Jean de Graville, messire Geoffroi Bouciquault en la rue S. Mery, parce que ledit Bouciquault avoit donné une buffe audit Graville, par jalousie d'une demoiselle ". Ménage croit que rebuffade vient de rebouffer, qui n'est plus en usage, mais qui vouloit dire autrefois chasser avec mépris.


REBUSS. m. (Littér.) jeu d'esprit assez insipide qui consiste à employer, pour exprimer des mots, des images des choses & des syllabes détachées, ou des portions de mots. Telle est la devise de l'écu de la maison de Savoye Raconis, qui porte dans ses armes des choux, cabus, & pour mot ceux-ci tout n'est, ce qui joint avec les choux, signifie tout n'est qu'abus ; ou celui-ci ainsi figuré :

qui en ajoutant à chaque mot de la premiere ligne super, pour exprimer qu'ils sont au-dessus des monosyllabes de la seconde, signifie, Deus super nus, gratiam super nam denegat super bis.

On fait honneur de l'invention des rebus aux Picards, c'est pourquoi l'on dit communément rebus de Picardie.

Leur origine vient, selon Ménage, de ce qu'autrefois les ecclésiastiques de Picardie faisoient tous les ans, au carnaval, certaines satyres qu'ils appelloient de rebus quae geruntur, & qui consistoient en plaisanteries sur les avantures & les intrigues arrivées dans les villes, & où ils faisoient grand usage de ces allusions équivoques, mais qui furent ensuite prohibées comme des libelles scandaleux.

Marot, dans son coq-à-l'âne, a dit qu'en rébus de Picardie, par une étrille, une faux & un veau, il faut entendre étrille Fauveau.

On faisoit autrefois grand cas des rébus, & il n'y avoit personne qui ne voulût en imaginer quelqu'un pour désigner son nom. Le sieur des Accords a fait un recueil des plus fameux rébus de Picardie. On est revenu de ce goût, & les rébus ne se trouvent plus que sur les écrans & quelquefois sur les enseignes ; comme pour dire à l'assurance, on peint un A sur une anse.

Cependant on trouve dans l'antiquité quelques traces des rébus, & même dans le siecle d'Auguste. Ciceron, dans sa dédicace aux dieux, inscrit son nom par ces mots, Marcus Tullius, & au bout une espece de petit pois, que les Latins appelloient cicer, & que nous nommons pois chiche. Jules-César fit représenter sur quelques-unes de ses monnoies un éléphant, qu'on appelloit César en Mauritanie. On raconte aussi que Lucius Aquilius Florus & Voconius Vitulus, tous deux préfets de la monnoie dans le même siecle, firent graver sur le revers des especes, le premier une fleur, & l'autre un veau. A moins qu'on ne dise que c'est-là l'origine des armes parlantes.

On pourroit encore annoblir davantage les rébus en en cherchant les fondemens jusques dans les hiéroglyphes des Egyptiens ; mais ce seroit prodiguer de l'érudition mal-à-propos.


REBUTS. m. se dit, en termes de Commerce, d'une marchandise passée, de peu de valeur, hors de mode, que tout le monde rejette, ou ne veut point acheter. Mettre une étoffe, une marchandise au rebut, c'est la ranger dans un coin de sa boutique ou de son magasin, où l'on a coutume de placer celles dont on fait peu de cas, & dont on n'espere pas se défaire aisément. Dict. du Comm. & de Trevoux.


REBUTES. f. (instrument de Musique) instrument qu'on nomme à Paris guimbarde. Il est composé de deux branches de fer, ou plutôt d'une branche pliée en deux, entre lesquelles est une languette d'acier attachée par un bout pour faire ressort ; elle est coudée par l'autre bout. On tient cet instrument avec les dents, de maniere que les levres ni autre chose ne touchent à la languette. On la fait remuer en passant la main promtement par-devant, & frôlant le bout recourbé, sans autre art que la cadence de la main, la modification de la langue & des levres acheve le reste ; ensuite la respiration donne un son frémissant & assez fort pour faire danser les bergers. Cet instrument s'appelle dans quelques endroits épinette, dans d'autres trompe ; mais son plus ancien nom est rebute, peut-être parce que celui qui en joue semble rebuter continuellement la languette de cet instrument. (D.J.)


REBUTÉpartic. (Gramm.) il se dit des chiens, des oiseaux, des animaux de service, comme boeufs, ânes, mulets, chevaux, lorsqu'ils ont employé inutilement tous leurs efforts à vaincre quelque obstacle, qu'ils ont senti qu'il étoit au-dessus de leur force, & qu'ils refusent malgré les coups mêmes à s'y appliquer derechef.


REBUTERREBUTER

REBUTER LES MARCHANDS, c'est les recevoir mal avec des manieres brusques & grossieres, ou en leur surfaisant exorbitamment la marchandise.

REBUTER UN CHEVAL, en termes de Manege, c'est exiger de lui plus qu'il ne peut faire, de façon qu'à la fin il devient comme hébêté & insensible aux aides & aux châtimens. Voyez AIDE.


RECACHERv. act. (Gramm.) c'est cacher une seconde fois. Voyez CACHER.


RECACHETERv. act. (Gramm.) cacheter de nouveau. Voyez CACHETER.


RECALERv. act. (Menuiserie) c'est lorsque les assemblages sont coupés ou onglés, & qu'ils ne se rapportent point, leur donner un coup avec la varlope à onglet ou autres.


RÉCAMERv. act. (Soierie) c'est enrichir un brocard d'or, d'argent ou de soie, en y ajoutant une espece de broderie élevée, faite au milieu comme le reste de l'étoffe, mais après coup, & en mettant de nouvelles chaînes & de nouvelles trêmes d'or, d'argent & de soie. Les brocards récamés sont les plus riches & les plus chers ; cette maniere d'enrichir & de relever la beauté des étoffes, aussi-bien que le mot qui l'exprime, viennent d'Italie. Les Italiens disent ricamare. Dict. du Comm. (D.J.)


RECANATI(Géog. mod.) ville d'Italie, dans la marche d'Ancône, sur une montagne, près de Musotte, à trois mille au sud-ouest de Lorette. Son évêché érigé en 1240, a été transféré à Lorette dans le xvj. siecle. Long. 31. 20'. lat. 43. 25'. (D.J.)


RÉCAPITULATIONS. f. (Belles-Lettres) dans un discours oratoire, est une partie de la peroraison, qui consiste dans une énumération courte & précise des principaux points sur lesquels on a le plus insisté dans le discours, afin de les présenter à l'auditeur comme rassemblés & réunis en un seul corps pour faire une derniere & vive impression sur son esprit. On l'appelle aussi anacephaleose. Voyez ANACEPHALEOSE & PERORAISON.

Une récapitulation bien faite demande beaucoup de netteté & de justesse d'esprit, afin d'en écarter tout ce qui pourroit être inutile, traînant ou superflu. La peroraison de Ciceron dans sa harangue pour la loi Manilia fournit un exemple d'une récapitulation exacte. Quare cum bellum ita necessarium sit ut negligi non possit, ita magnum ut accuratissimè sit administrandum, & cum ei imperatorem praeficere possitis, in quo sit eximia belli scientia, singularis virtus, clarissima autoritas, egregia fortuna, dubitabitis, quirites, quin, &c. En effet il ne s'étoit proposé autre chose dans ce discours que d'établir la nécessité & l'importance de la guerre qu'on vouloit faire en Asie, & de montrer que Pompée étoit le seul général qui pût la terminer avec autant d'habileté que de bonheur.

Récapitulation peut aussi se dire de l'opération de l'esprit, par laquelle il se rappelle & remue plusieurs idées pour se les remettre toutes sous un même point de vue. Voyez MEMOIRE, REMINISCENCE, PENSEE, REFLEXION.


RECARRELERv. act. (Gramm.) c'est remonter de carreaux. Il se dit aussi des souliers & des bottes qu'on remonte de semelles.


RECASSERv. act. (Agricult.) c'est donner le premier labour à une terre, après qu'elle a porté du blé. Le tems le plus ordinaire de recasser les terres, pour y semer des menus grains, est, dans ce pays-ci, le mois de Novembre. On recasse les terres en bien des endroits pour y semer de grosses raves.


RECÉDERv. act. (Gramm.) rendre à quelqu'un ce qu'il avoit cédé. Je lui ai recédé cette maison qu'il m'avoit vendue à un prix très-modique. Je lui ai recédé ce livre qui lui étoit plus utile qu'à moi ; cette pierre gravée qui manquoit à sa collection, cette médaille qui lui faisoit envie.


RECÉLÉRECÉLÉ

Suivant le droit romain, celui qui détournoit quelques effets d'une succession, pouvoit être poursuivi par l'action expilatae haereditatis.

A l'égard de la femme qui avoit soustrait quelques effets appartenans à son mari ou à sa succession, on ne donnoit point contr'elle par bienséance l'action de vol, mais l'action rerum amotarum, qui revient à notre action de recélé.

Parmi nous, on peut, pour le recélé, prendre la voie civile ou la voie criminelle, même obtenir monitoire, & saisir & revendiquer les choses recélées.

Mais entre co-héritiers, ou contre la veuve, l'action extraordinaire n'a pas lieu, à moins que la deprédation ne soit énorme, ou qu'elle n'ait été commise depuis la rénonciation à la succession ou à la communauté.

L'héritier présomptif, même mineur, étant convaincu de recélé, est réputé héritier pur & simple, sans pouvoir jouir du bénéfice d'inventaire quoiqu'il rapportât les effets recélés ; & si d'autres que lui y ont intérêt, il est privé de sa part dans les effets recélés.

Quand la femme qui a détourné quelque chose du vivant de son mari le rapporte à la succession, elle n'encourt aucune peine ; mais si elle dénie d'avoir commis aucun recélé, & qu'il soit prouvé, elle perd sa part dans les effets recélés ; & si elle a disposé des effets, elle en doit la récompense.

Si elle a commis le recélé de puis la mort de son mari, & qu'elle accepte la communauté, elle est pareillement privée de sa part dans les effets recélés, & même de l'usufruit qu'elle auroit eu de l'autre moitié de ces effets comme donataire mutuelle.

Si elle renonce à la communauté, mais qu'elle ait commis le recélé avant sa renonciation, elle est réputée commune nonobstant sa renonciation, à cause de l'immixtion.

Le mari doit de même tenir compte des effets qu'il auroit détournés pendant le mariage ; & s'il a commis le recélé depuis la mort de sa femme, il perd sa part dans les effets recélés.

L'héritier ou le survivant qui a recélé, n'en est pas quitte pour rapporter la chose, il doit aussi rapporter les fruits & les intérêts.

En matiere de recélés la preuve testimoniale est admise, à quelque somme que l'objet se monte. Le témoignage des domestiques est reçu ; & un fils peut faire informer contre sa mere, sauf, après l'information faite, à la convertir en enquête.

L'action de recélé se prescrit par vingt ans, à compter du jour de l'ouverture de la succession & du prétendu recélé commis. Voyez COMMUNAUTE, EXPILATION D'HEREDITE, SUCCESSION ; le Brun, traité des successions, & traité de la communauté ; le traité des crimes par M. de Vouglans. (A)

RECELE, à la Monnoie, fraude qui a lieu lorsque le directeur d'une monnoie, de concert avec ses officiers, ne fait mention sur ses comptes que d'une petite quantité de marc fabriqué, quoiqu'il en ait monnoyé beaucoup plus. Quand elle se découvre, on condamne le directeur à restituer le quadruple sur le pié de ce qui avoit été fabriqué ; on interdit les officiers ; & les uns & les autres sont condamnés à de fortes amendes envers le roi, & quelquefois à des peines encore plus grandes, selon le grief.


RECÉLEMENTS. m. (Jurisprud.) semble être la même chose que recélé ; cependant on en fait une différence : le recélé s'entend toujours des choses, aulieu que le recélement s'entend le plus souvent des personnes.

Recélement de la personne de l'accusé, est lorsqu'on lui donne la retraite, & qu'on le cache pour le soustraire aux poursuites de la justice. L'ordonnance de Blois, art. 193. veut que ceux qui recelent l'accusé subissent la même peine que celui-ci méritoit ; mais on modere cette peine selon les circonstances.

Le recélement des corps morts des bénéficiers, est lorsqu'on cache la mort d'un bénéficier pour avoir le tems d'impétrer ses bénéfices ; le droit canonique prononce dans ce cas la peine d'excommunication. L'ordonnance de 1539, confirmée par celle de Blois, & par la déclaration du 9 Février 1657, registrée au grand-conseil le 30 Mars 1662, prononcent la confiscation du corps & des biens contre les laïcs qui le commettent, & la privation à l'égard des ecclésiastiques, de tout droit & possession qu'ils pourroient prétendre sur les bénéfices vacans, avec une amende à l'arbitrage du juge. La déclaration veut que pour parvenir à la preuve de ce recélement, le premier juge sera tenu, sur la requisition des évêques & autres collateurs, de se transporter avec eux en la maison du bénéficier, pour se faire représenter le malade ou son corps, dont il dressera procès-verbal ; & qu'en cas de refus de la part des parens ou domestiques, les évêques & collateurs pourront pourvoir aux bénéfices, comme vacans.

Recélement de grossesse, est lorsqu'une fille ou femme cele sa grossesse pour supprimer ensuite le part, voyez PART, & l'article SUPPRESSION DE PART.

Recélement de choses volées, est lorsque quelqu'un reçoit & garde sciemment des choses qui ont été volées par un autre. Ce recélement est considéré comme un vol, & ceux qui le commettent ne sont pas moins punissables que les voleurs mêmes, parce qu'ils les favorisent. Voyez ci-après RECELEUR. (A)


RECELERv. act. voyez les articles RECELE & RECELEMENT.

RECELER, v. act. terme de Chasse, ce mot se dit d'une bête qui a demeuré deux ou trois jours dans son fort ou dans son enceinte sans sortir.


RECELEUR(Jurisprudence) est celui qui retire chez lui une chose qu'il sait avoir été volée.

On dit communément que s'il n'y avoit point de receleurs il n'y auroit point de voleurs, parce que les receleurs les entretiennent dans l'habitude de voler.

Les receleurs sont ordinairement punis de la même peine que les voleurs, si ce n'est lorsqu'il s'agit de vol avec effraction, ou sur les grands chemins, & autres semblables, pour lesquels les voleurs sont condamnés à la roue, au lieu que les receleurs sont seulement condamnés à la potence, & quelquefois même à une simple peine corporelle, lorsque les receleurs sont des proches parens du voleur, comme pere, mere, freres & soeurs.

Au reste, on ne regarde comme receleurs que ceux qui retirent une chose qu'ils savent avoir été volée ; car ceux qui ont acheté de bonne foi & d'une personne connue une chose qui se trouve avoir été volée, ne sont pas regardés comme receleurs, ils ne sont tenus qu'à la restitution de la chose volée, & peuvent même en repéter le prix contre celui qui la leur a vendue. Voyez aux decrétales & au code, le titre de furtis, & les titres du code & du digeste de receptator. Julius Clarus, lib. V. §. furtum ; le traité des crimes, par M. de Vouglans, tit. v. (A)


RECENSEMENTS. m. (Jurisprud.) est la répétition & l'audition de témoins qui ont revélé devant un curé, en conséquence d'un monitoire publié par une ordonnance du juge laïc. Cette répétition & audition se fait devant lui, & non devant le juge d'église, parce que le monitoire ayant été publié de l'autorité du juge laïc, n'attribue aucune jurisdiction au juge d'église. Voyez MONITOIRE, REPETITION, REVELATION, TEMOINS. (A)


RÉCENTadj. (Gramm.) dont la date est nouvelle. C'est un événement récent ; c'est une blessure récente ; c'est une découverte récente ; j'en ai la mémoire récente.


RÉCEPERv. act. (Jardin.) c'est couper entierement la tête d'un arbre. Voyez ÉTETER.


RÉCÉPISSÉS. m. (Jurisprud.) terme emprunté du latin, & adopté dans la pratique judiciaire pour exprimer un acte sous signature privée, par lequel on reconnoît avoir reçu des pieces de quelqu'un pour en prendre communication.

Un procureur qui retire une instance ou un procès de chez le rapporteur, en donne son récépissé. (A)


RÉCEPTACLES. m. (Architect. hydraul.) c'est un bassin où plusieurs canaux d'aqueduc, ou tuyaux de conduite viennent se rendre, pour être ensuite distribués en d'autres conduits. On nomme aussi cette espece de réservoir conserve, comme le bassin rond qui est sur la bute de Montboron, près Versailles. Daviler. (D.J.)

RECEPTACLE DES GRAINES, (Botaniq.) nom donné par les Botanistes à la base des fleurs & des graines qui sont dans les plantes à fleurs composées ; c'est le thalamus flosculorum, le lit nuptial des fleurons. Les fleurs sont en grand nombre dans le réceptacle, & sans aucun pédicule. Le disque du réceptacle est de différentes formes dans les différentes plantes ; dans quelques-uns il est applati, dans d'autres concave, ici convexe, ailleurs globulaire, & dans plusieurs pyramidal. (D.J.)


RÉCEPTIONS. f. (Gramm.) c'est l'action de recevoir. Il y a eu dans un très-petit intervalle de tems, un grand nombre de réceptions à l'académie françoise ; le public ne les a pas toutes également approuvées.

RECEPTION, (Jurisprud.) ce terme dans cette matiere, s'applique à plusieurs objets différens.

Il y a réception en foi & hommage, voyez FOI & HOMMAGE.

Réception par main souveraine, voyez MAIN SOUVERAINE.

Réception d'officiers, voyez OFFICES, OFFICIERS, RECIPIENDAIRE, INSTALLATION, SERMENT.

Réception de caution, voyez CAUTION.

Réception d'enquête, voyez ENQUETE. (A)

RECEPTION, en terme d'Astrologie, se dit de deux planetes qui changent de maison. Lorsque le soleil, par exemple, arrive dans le cancer, maison de la lune, & que la lune à son tour entre dans la maison du soleil, on dit alors qu'il y a réception.

Les Astrologues disent aussi que deux planetes sont en réception d'exaltation, lorsqu'elles ont changé leurs exaltations.


RECERCELÉadj. terme de Blason ; il se dit de la croix ancrée tournée en cerceaux, & de la queue des cochons & des levriers.

S. Weyer en Allemagne, d'or à la croix ancrée, recercelée de sable, chargée en coeur d'un écusson de sable, à trois bezans d'or.


RECÈSRECÈS

Les jurisconsultes allemands distinguent les recès de l'Empire en généraux & en particuliers. Les premiers sont les lois faites par tous les états assemblés en corps ; les derniers sont les résolutions prises par les députations particulieres. On les distingue encore en recessus primarios & recessus secundarios. Les premiers sont ceux que l'on fait imprimer & que l'on publie ; les autres sont des résolutions que l'on tient secrettes, & qui se déposent dans les archives de l'empire, dont l'électeur de Mayence a la garde. Voyez Vitriarii institutiones juris publici Romano-germanici.


RECETTES. f. (Comm.) est la réception ou le recouvrement de deniers dûs. En ce sens, on dit c'est un tel qui a fait la recette, qui est chargé de la recette.

Il se dit du lieu où les receveurs tiennent leur bureau : en ce sens, on dit porter les deniers à la recette.

De la charge de receveur : en ce sens l'on dit, la recette générale des finances, la recette des décimes.

Des deniers même dont le recouvrement a été fait : en ce sens, l'on dit la recette est montée à tant. C'est aussi en ce sens que le mot recette est pris dans un état de compte, dont la recette fait le second chapitre : le premier est le chapitre de dépense, & le troisieme est le balancé ou finito de compte.

RECETTE, (Salpêtrerie) On nomme ainsi dans les atteliers où se fabrique le salpêtre, de petits baquets de bois qui sont au-dessous de la canelle ou pissotte des cuviers, pour y recevoir les eaux imprégnées de salpêtre, qui en coulent à mesure qu'on en jette sur les terres & les cendres dont ils sont remplis. Il y a autant de recettes que de cuviers. Ainsi, chaque attelier en a 24, qui est le nombre ordinaire des cuviers : on y puise l'eau avec des seaux. On se sert aussi de recettes qu'on emplit d'eau froide, pour avancer la crystallisation du salpêtre qu'on veut réduire en roche. Savary. (D.J.)


RECEVABLEadj. (Jurisprud.) se dit de ce qui est admissible ; non-recevable, de ce qui n'est pas admissible. On dit de quelqu'un qu'il est non-recevable dans sa demande, lorsqu'il y a quelque fin de non-recevoir qui s'éleve contre lui. Voyez FINS DE NON-RECEVOIR. (A)

RECEVABLE, en terme de Commerce, ce qui est bon, ce qui est de qualité à ne pouvoir être refusé. Ce blé est recevable, il est bon & marchand. On dit au contraire non-recevable de ce qui est mauvais ou décrié. Cet ouvrage n'est pas recevable, il n'est qu'à demi-fini. Dictionn. de Comm. & de Trév.


RECEVEUR(Gramm.) est un officier titulaire dont la fonction est de recevoir des deniers dont le payement est ordonné. Il y a autant de différentes sortes de receveurs que de causes différentes, d'où provient l'obligation de payer les deniers dont ils sont receveurs. Ainsi l'on dit receveur des tailles, receveur des décimes, receveur des restes de la chambre des comptes, &c. Il y en a une infinité d'autres.

RECEVEUR d'une compagnie, c'est celui qui est chargé par sa compagnie de percevoir ses revenus. Cet office a différens noms, selon les compagnies ; dans quelques-unes il s'appelle le trésorier, dans d'autres le caissier, & dans quelques autres le syndic. Voyez TRESORIER, CAISSIER, SYNDIC.

RECEVEUR GENERAL DES FINANCES, (Finance) officier titulaire en France qui perçoit dans chaque généralité les deniers du roi, & les distribue suivant l'ordre & l'état qui lui en est donné.

En 1662 M. Colbert rappella les anciennes ordonnances, par lesquelles tout comptable étoit obligé de fournir au conseil des états au vrai de la recette & dépense, trois mois après son exercice, & de faire recevoir son compte à la chambre du trésor dans l'année d'après son exercice. Cette méthode faisoit jouir l'état de fonds considérables qui restoient entre les mains des receveurs généraux jusqu'à la reddition de leurs comptes, & dont le roi payoit cependant l'intérêt, puisqu'il servoit aux avances dont il avoit besoin. En réformant cet abus, qui sera toujours plus grand à mesure que les comptes seront retardés, il obligea les receveurs à signer des résultats, pour fixer le payement des tailles dans dix-huit mois, & depuis dans quinze.

C'est, dit l'auteur moderne sur les finances, à la faveur de ces résultats qu'on a attaché aux charges de receveurs généraux une idée de besoin ; mais, continue cet auteur, a-t-on bien examiné si ces résultats ne pourroient point être faits avec la même sureté & avec plus d'économie par des receveurs particuliers ? La caisse commune des recettes générales ne pouvoit-elle pas former sans inconvénient une des caisses du trésor royal, où l'on ne sauroit montrer trop d'abondance ? est-il bien nécessaire qu'il y ait des charges dont l'intérêt rapporte tout au moins dix pour cent ? ne sont-ils pas une diminution de la recette du prince, ou un accroissement de charge sur le peuple ?

On dira sans-doute que le principal objet d'utilité de cet arrangement, consiste dans l'usage du crédit des receveurs généraux ; il ne s'agiroit plus alors que d'approfondir la cause de leur crédit, & la nature de celui de l'état, lorsqu'il voudra l'employer à la droiture avec économie & fidélité.

La dépendance volontaire où l'on est des financiers, même dans les tems de paix, a toujours été fort couteuse à l'état, & leur a donné les moyens de rendre cette dépendance forcée dans d'autres circonstances, parce que l'argent se trouve tout concentré entre leurs mains. Lorsqu'un état dépense par anticipation, ou bien il prévoit un promt remplacement, ou bien il ne le prévoit qu'éloigné. Dans le premier cas, une caisse des emprunts, des promesses du trésor-royal, fourniront toujours promtement & à bon marché les secours dont on peut avoir besoin, si le gouvernement a de l'ordre & de l'exactitude. Dans le second cas, le crédit des financiers est pour l'ordinaire insuffisant. En Hollande, en Angleterre, il n'y a pas de moyen terme entre le public & l'état dans les emprunts par anticipation sur le revenu de l'état. Les billets de l'échiquier à Londres à six mois & un an, se négocient aux particuliers plus facilement que ceux des banquiers, pendant la guerre comme pendant la paix, & toujours à un intérêt au-dessous de celui des effets à long terme.

Concluons que toute constitution d'état qui a de la stabilité, tâchera d'avoir un crédit national proportionné à l'exactitude & à l'économie du gouvernement, à l'étendue des ressources publiques ; mais tout crédit médiat est précaire, borné & couteux par sa nature. Ce vain étalage de crédit des finances, ressemble exactement à celui que feroit un grand seigneur d'une multitude de domestiques, qui s'enrichissent des débris de sa fortune. (D.J.)

RECEVEUR, (Ordre de Malthe) c'est le nom d'un chevalier qui réside dans une commanderie pour en recueillir les revenus. Les receveurs dans l'ordre de Malthe jouissent de tous les droits & privileges de la résidence conventuelle. (D.J.)

RECEVEUR DES BOITES à la monnoie, c'est un officier qui est dépositaire des deniers emboîtés, lesquels ont été envoyés de chaque monnoie du royaume pour être jugés par la cour. Il y a à Paris & à Lyon des receveurs des boîtes.

Receveur au change, est un officier qui reçoit les matieres du public ; son droit est de six deniers par marc d'or, & de trois deniers par marc d'argent & de billon. Les directeurs dans les provinces sont ensemble receveurs au change & trésoriers.


RECEVOIRv. act. (Gram.) terme relatif à donner. Il ne faut recevoir que de celui qu'on estime. Il a reçu un coup d'épée. Ils ont reçu la récompense ou la punition qu'ils ont méritée. On reçoit un ordre du prince. On reçoit ses deniers. On reçoit mal ou bien ses convives. On reçoit des visites. On reçoit avocat, procureur ; on reçoit des complimens, des injures, un exemple. On reçoit du plaisir & de la peine. On reçoit un concile ; une loi ; un usage ; une coutume. On reçoit une impression ; une sensation ; une idée. On reçoit le S. Esprit ; la grace ; la bénédiction ; la malédiction, &c.

Recevoir & accepter peuvent être considérés comme synonymes. Alors nous recevons ce qu'on nous donne ou ce qu'on nous envoie. Nous acceptons ce qu'on nous offre.

On reçoit les graces. On accepte les services. Recevoir exclud simplement le refus. Accepter semble marquer un consentement, ou une approbation plus expresse.

Il faut toujours être reconnoissant des bienfaits qu'on a reçus. Il ne faut jamais mépriser ce qu'on accepte. L'abbé Girard. (D.J.)

RECEVOIR, (Jurisprud.) quelqu'un intervenant dans une cause ou une instance, ou recevoir son intervention ; c'est admettre un tiers à contester pour son intérêt pour une cause ou instance commencée avec deux autres parties. Voyez INTERVENANT & INTERVENTION.

Recevoir quelqu'un à foi & hommage ; c'est de la part d'un seigneur recevoir d'un vassal, la soumission que celui-ci doit à raison du fief dont il a acquis la propriété. Voyez FOI.

RECEVOIR, s. m. (Salpêtrerie) on nomme ainsi dans la fabrique des salpêtres, un vase de cuivre fait en forme de grand chaudron, dans lequel on met l'eau de la cuite au sortir des chaudieres, pour la faire rassoir quelque-tems. Le recevoir a un robinet au bas à quatre doigts du fonds, pour tirer la cuite à clair, & sans que les ordures qui s'y sont précipitées puissent couler avec. Il y a aussi des recevoirs de bois, qui sont des especes de petites auges ou baquets. (D.J.)


RECHABITESS. m. (Hist. ecclésiastique) parmi les anciens Juifs. Hommes qui menoient un genre de vie différent de celui des autres Israëlites, & formoient une espece de secte à part.

Ils étoient ainsi nommés de Jonadab, fils de Réchab, leur instituteur, qui leur avoit prescrit trois choses ; 1°. de ne jamais boire de vin, ou d'aucune autre liqueur qui puisse enyvrer ; 2°. de ne point bâtir de maisons, mais de vivre à la campagne sous des tentes ; 3°. de ne semer ni grains, ni blé, & de ne point planter des vignes. Les Réchabites observoient ces réglemens à la lettre, comme on le voit par Jeremie, c. liij. . 6.

On croit que les Réchabites servoient au temple en qualité de ministres ou de serviteurs des prêtres, comme les Gabaonites & les Nathinéens. On lit dans les paralipomenes, c. xj. . 5. qu'ils faisoient l'office de chantres dans la maison du Seigneur, & qu'ils étoient cinéens d'origine, descendans de Jethro, beau-pere de Moïse, par Jonadab leur chef, qui, selon quelques-uns, vivoit sous Joas, roi de Juda, contemporain de Jehu, roi d'Israël.

S. Jerôme, dans sa 13 épitre à Pauline, appelle les Réchabites moines, monachi. C'est ce qui a peut-être donné occasion à un capucin nommé Boulduc, d'en faire des religieux vivans en communauté, ayant des supérieurs généraux & particuliers, comme on en voit aujourd'hui dans nos monasteres. Selon lui, le nom de Réchabites leur vient d'Elie & d'Elisée, qui sont nommés dans l'Ecriture les chariots d'Israël réchabaims. Mais il n'est pas étonnant qu'il fasse venir les Réchabites du chariot d'Elie, puisqu'il a fait venir les Pharisiens de ses chevaux, pharamin en hébreu signifiant des chevaux.

Quelques-uns ont confondu les Assidéens & les Esséniens avec les Réchabites. Mais il est sûr que les Esséniens & les Assidéens cultivoient des champs, habitoient dans des maisons & gardoient le célibat, pratiques toutes opposées à celles des Réchabites. Voyez ASSIDEENS & ESSENIENS.


RÉCHAFAUDERv. act. & pass. c'est redresser un échafaud. Il faudra se réchafauder. Voyez ÉCHAFAUDER.


RECHAMPIRv. act. (Peintres, Doreurs) quand on dore quelque grand ouvrage dont les fonds sont blancs, il arrive presque toujours qu'en couchant de jaune, cette couleur se répand sur les fonds ; & pour réparer cet accident, on prend du blanc de céruse broyé & détrempé dans de l'eau où de la colle de poisson a déja trempé quelque tems ; on donne à ce mêlange un bouillon ou deux, après l'avoir passé au travers d'un linge. De ce blanc ainsi infusé & détrempé dans cette colle, on couvre ce que le jaune ou l'assiette peut avoir gâté. On y donne deux ou trois couches, & c'est ce que l'on appelle réchampir. Diction. de comm. (D.J.)


RECHANGES. m. (Jurisprud.) est un second droit de change, qui est dû par le tireur d'une lettre-de-change au porteur de cette lettre, lorsqu'elle est protestée, & que le porteur a été obligé d'emprunter de l'argent, & d'en payer le change. Voyez l'ordonnance du commerce, tit. 6. le traité du change & rechange fait par Maréchal, le parfait négociant de Savary, & ci-devant le mot CHANGE, & le mot LETTRE-DE-CHANGE. (A)

RECHANGE, (Marine) nom général qu'on donne à toutes les manoeuvres, voiles, vergues, funins, &c. qu'on met en réserve pour s'en servir au défaut de celles qui sont en place. On appelle dans le levant les voiles & les vergues de rechange, voiles & vergues de respect, voiles & vergues de répit.


RECHANGERv. act. (Gram.) c'est changer une ou plusieurs fois. Voyez l'article CHANGER. Il faut rechanger cette marchandise, cet exemple contre un autre. Il faut rechanger de serrure. Il faut rechanger d'avis. Il faut rechanger de batterie, &c.


RÉCHAPPERv. act. (Gram.) c'est échapper derechef. Voyez l'article ÉCHAPPER. Il a réchappé de cette maladie. Il s'est réchappé des prisons. Il s'est réchappé d'une maniere indécente en présence de son supérieur, qui l'en a repris.


RECHARGERECHARGE

On a expérimenté qu'une piece de 24 peut tirer 90 ou 100 coups en 24 heures, ce qui fait cinq coups par heure, mais on a soin de rafraîchir la piece après avoir tiré 10 ou 12 coups. Pour cet effet, on trempe l'écouvillon dans de l'eau, & on l'insinue plusieurs fois dans l'ame du canon. (Q)


RECHARGERv. act. (Gram.) c'est charger une seconde fois. Voyez l'article CHARGER.

RECHARGER, v. n. terme de Charon ; recharger un aissieu de charrette, c'est regrossir les bras quand ils sont foibles. Diction. des Arts, 1731. (D.J.)


RECHASSERv. act. (Gram.) c'est chasser une seconde fois. Voyez l'article CHASSER.

RECHASSER, v. act. terme de chasse ; ce mot signifie faire entrer dans les forêts les bêtes qui en sont sorties. Il y a eu autrefois des charges de rechasseurs des bêtes fauves données par le roi de France à des gentilshommes, avec des gages pour nourrir des chiens courans, rechasser les bêtes dans les forêts, & rompre ensuite les chiens. Trevoux. (D.J.)


RÉCHAUDS. m. (Ustensile général) ustensile de ménage qui sert à mettre du feu pour cuire & rechauffer les choses refroidies. On en fait de fer, de cuivre, & quelquefois d'argent. Les deux premieres sortes sont du métier de chauderonnier, la derniere de celui d'orfévre. Un réchaud de fer doit être fait de fer de cuirasse, & être composé d'un corps, d'une grille, d'un fond, d'une fourchette & d'un manche. Savary.

RECHAUD, (Littérat.) en grec . Clément d'Alexandrie met cet ustensile parmi les instrumens de luxe, parce qu'on l'employoit de son tems, comme nous nous en servons aujourd'hui, pour empêcher les viandes qu'on sert sur la table de se refroidir ; c'est ce qui peut nous faire entendre ce passage de Séneque, epist. 85. Circa caenationes ejus, tumultus coquorum est, ipsos cum obsoniis focos transferentium. Hoc enim jam luxuria commenta est, ne quis intepescat cibus, ne quid palato jam calloso parùm ferveat ; caenam culina prosequitur. " A ses soupers, tout retentit du bruit des cuisiniers, qui transportent des réchauds avec les viandes, car la friandise a déja imaginé ce raffinement, afin qu'aucun mets ne tiédisse, & que tout soit assez chaud pour ces palais endurcis ; la cuisine suit le souper ". Voilà bien du bruit pour des réchauds portés sur la table, qui empêchent seulement de manger froid, & avec dégoût, ce qui n'est bon & agréable que chaud.

Au reste, Séneque ne veut pas dire que l'invention du réchaud fût nouvelle de son tems, il ne parle que de l'usage qu'on en faisoit, qui en effet étoit nouveau mais très-sensé.

On trouvera dans les antiquités romaines de M. le comte Caylus, tom. I. la représentation d'un des réchauds de bronze des Romains, avec trois oies qui lui servent d'appui. Il a 7 pouces depuis l'extrêmité d'une des trois têtes d'oiseau, jusqu'au bord opposé de sa circonférence. Cette espece de plateau a quinze lignes de creux, & les piés l'élevent au-dessus de deux pouces du plan. Les trois oies, car elles paroissent telles, forment les trois appuis qui se terminent par des piés de boeufs, & leurs aîles déployées avec assez de grace, sont d'un bon goût d'ornement. Ces têtes, qui se reploient sur leur estomac, & qui forment des especes d'anses, excédent d'un demi-pouce la circonférence du plateau.

Nous avons bien perfectionné cette invention, car je crois que nos réchauds à l'esprit-de-vin l'emportent de beaucoup sur ceux contre lesquels Séneque est si fort irrité. (D.J.)

RECHAUD, (Jardinage) ce mot est aujourd'hui plus en usage parmi les jardiniers que celui de réchauffement. Le réchaud est une épaisseur de fumier d'un ou deux piés, dont on environne des couches pour les réchauffer, avant que leur chaleur soit éteinte. S'il n'y a qu'une couche, on fait ce réchaud tout-autour d'environ deux piés de haut ; s'il y a deux couches ou plus, on ne donne cette épaisseur que du côté isolé. Quand les réchauds sont faits, on jette quelques voies d'eau par-dessus, pour empêcher le fumier de brûler la terre ; on fait les réchauds plus élevés que les couches, parce qu'ils s'affaissent promtement, & on les recharge de nouveau fumier pour les tenir continuellement un peu plus hauts que les couches. (D.J.)


RÉCHAUD(Teint.) on dit donner le premier ou le second réchaud, pour dire donner le premier ou le second feu, ce qui signifie passer une premiere ou seconde fois l'étoffe que l'on veut teindre dans la chaudiere où est la teinture chaude.


RÉCHAUFFEMENTS. m. terme de Jardinier, ce mot se dit d'un sentier de couches ou de planches qu'on remplit de fumier neuf, afin que ce fumier venant à s'échauffer, communique sa chaleur aux couches ou planches voisines, ensorte que les plantes qui y sont poussent malgré le froid de l'hiver ; on dit aussi réchaud. Voyez RECHAUD. (D.J.)


RÉCHAUFFERv. act. (Gram.) c'est rendre de la chaleur à ce qui s'est refroidi, ou en donner à ce qui est froid. Il se prend au simple & au figuré, faites réchauffer ce potage ; il s'est un peu réchauffé sur la fin de son rôle ou de son discours.

RECHAUFFER CARREAU, terme d'ancien monnoyage, c'étoit donner une seconde recuite aux carreaux ; ce procédé suivoit celui de recuire carreau. Voyez RECUIRE CARREAU.

RECHAUFFER, RECHAUFFEMENT, (Jardinage) c'est mettre de nouveau fumier dans les sentiers entre les couches trop froides pour les réchauffer & leur donner de la vigueur. On dit réchauffer une planche d'asperges.

RECHAUFFER UN CHEVAL, en termes de Manege, c'est se servir des aides un peu vigoureusement, pour rendre plus actif un cheval paresseux.


RÉCHAUFFOIRS. m. (Archit.) petit potager près de la salle à manger, où l'on fait réchauffer les viandes lorsque la cuisine en est trop éloignée. Daviler. (D.J.)


RECHAUSSERv. act. & pass. c'est remettre sa chaussure ; rechaussez-vous, j'ai vu vos jambes. Se rechausser, voyez les articles suivans.

RECHAUSSER, v. act. (Charpent.) c'est remettre des dents aux roues & aux machines dentées comme à celle des moulins. (D.J.)

RECHAUSSER, (Jardinage) est apporter de la terre le long des arbres dont le pié est trop dégarni. On rechausse ainsi de terre les asperges & les palissades pour les faire repousser.

RECHAUSSER, à la monnoie, c'est diminuer un flanc & le rendre du poids prescrit par les ordonnances. On ne se sert plus de ce terme ; cette manutention s'appelle ajuster.

Dans l'ancien monnoyage rechausser, c'étoit abattre les pointes ou angles des flancs quarrés ; & c'étoit la cinquieme façon qu'on suivoit en fabriquant au marteau.


RECHAUSSOIRS. m. terme de Carreleur, marteau léger dont les ouvriers ou tailleresses se servent pour rechausser les carreaux.

RECHAUSSOIR, terme d'ancien monnoyage, étoit une espece de marteau long & recourbé, à-peu-près comme celui dont se servent continuellement les Tonneliers : il servoit pour arrondir & abattre les angles ou pointes des carreaux.


RECHBERG(Géog. mod.) comté d'Allemagne dans la Souabe, le long de la riviere de Rems, entre le Wirtemberg & le pays d'Oetlingen. Il a ses seigneurs particuliers, & il fut érigé en comté par l'empereur Ferdinand II.


RECHERCHE(Lang. franç.) ce mot signifie en général perquisition ; mais il ne se dit pas indifféremment de toutes choses. Ce ne seroit pas parler correctement que de dire, faire la recherche d'une chose perdue ; cependant on dit faire la recherche de l'auteur d'un meurtre, des secrets de la nature, &c.

On dit aussi faire la recherche d'une fille, pour dire la faire demander en mariage.

On ne diroit pas dans le propre, la recherche des perles, la recherche des trésors que la terre & la mer renferment dans leurs abysmes ; mais on diroit bien au figuré, la recherche des biens de la terre & la recherche des trésors.

Quand on dit d'une chose égarée, quelque recherche que j'en aie faite, je n'ai pu en rien apprendre, alors recherche se prend au figuré, & c'est comme si l'on disoit, quelque soin que j'aie pris pour en apprendre des nouvelles.

Non-seulement on ne dit pas recherche au propre à l'égard d'une chose perdue, mais on ne dit pas même rechercher, à-moins que par ce verbe on n'entende chercher une seconde fois ; par exemple, on n'a pas bien cherché par-tout, il faut rechercher.

Recherche se dit en termes de Jurisprudence pour enquête ; la recherche des faux-monnoyeurs, des faux-nobles.

Enfin recherche se dit au figuré des choses curieusement recherchées. Un livre plein de belles recherches. Les Anglois sont les hommes qui dans les sciences font les recherches les plus profondes. (D.J.)

RECHERCHE, (Jurisprud.) signifie perquisition, & quelquefois poursuite.

Recherche d'une personne pour crime, c'est lorsque la justice poursuit quelqu'un prévenu de quelque délit.

Recherche de la noblesse, c'est lorsque le roi commet des juges pour faire des perquisitions contre ceux qui usurpent le titre de noble.

Recherche de procès, & instance en la répétition que l'on en fait contre ceux qui en sont chargés. Voyez JUGES, AVOCATS, PROCUREURS.

Recherche d'un acte est la perquisition que l'on en fait dans un greffe ou dans l'étude d'un notaire, lorsque l'on ne sait pas au juste la date de cet acte, on paye en ce cas un droit de recherche, c'est-à-dire pour la recherche. (A)

RECHERCHES PERPETUELLES, (Jurisprudence romaine) c'étoit des perquisitions que le sénat ordonnoit de faire suivant les conjonctures pour les crimes capitaux & d'état ; ces perquisitions & le jugement en étoit commis par le peuple à des magistrats particuliers, à des préteurs, qu'on nommoit questeurs du parricide.

Les perquisitions ou recherches qu'ils faisoient à cette occasion furent appellées quaestiones perpetuae, soit parce qu'elles avoient une forme prescrite qui étoit certaine & invariable, ensorte qu'elles n'avoient pas besoin d'une nouvelle loi comme autrefois, soit parce que les préteurs faisoient ces recherches perpétuellement & durant toute l'année de leur exercice, & que le peuple, comme ci-devant, ne nommoit plus des édiles pour faire ces sortes d'informations.

L'objet des premieres recherches perpétuelles furent les concussions, les crimes d'ambition, ceux d'état & de péculat. Sylla y joignit le crime de faux, ce qui renfermoit le crime de fabrication de fausse monnoie, le parricide, l'assassinat, l'empoisonnement, on y ajouta encore comme une suite la prévarication des juges & les violences publiques & particulieres. Cependant le peuple & même le sénat connoissoient quelquefois par extraordinaire de ces crimes, & nommoient des commissaires pour informer ; ainsi qu'il arriva dans le procès de Silanus, accusé de concussion dans l'affaire de Milon, touchant le meurtre de Clodius, & dans celle de ce Clodius même qui avoit profané le culte de la bonne déesse. On ordonnoit alors une information de pollutis sacris, sur-tout lorsqu'il s'agissoit d'une vestale accusée d'avoir eu commerce avec un homme, & d'autres crimes semblables ; à l'égard de l'assassinat, le peuple faisoit le procès aux coupables dans des comices assemblés par centuries.

Lorsque le sénat avoit ordonné les recherches ou informations, les préteurs tiroient entr'eux au sort le procès qui devoit leur échoir, car les comices ne fixoient point l'attribution des causes. Quelquefois les deux préteurs travailloient au même procès, surtout quand il s'agissoit d'un grand nombre de complices. Quelquefois un seul préteur connoissoit de deux affaires. Le préteur étranger connut pendant un certain tems du crime de concussion ; & même le préteur de la ville, par un decret du sénat, informoit sur les affaires de l'état : cependant cela est douteux, puisque Verrès contrevint aux lois, lorsque dans sa préture il voulut juger d'un crime d'état. Enfin on vit quelquefois les deux préteurs joints ensemble pour juger de la même affaire. (D.J.)

RECHERCHE, en Musique, c'est une espece de prélude ou de fantaisie sur l'orgue ou sur le clavecin, dans laquelle le musicien affecte de rechercher & de rassembler les principaux traits d'harmonie & de chant qui viennent d'être exécutés, ou qui vont l'être dans un concert. Cela se fait ordinairement sur le champ & sans préparation, & demande par conséquent beaucoup d'habileté.

Les Italiens appellent encore recherches ou cadences ces arbitrii ou points d'orgue que le chanteur se donne la liberté de faire sur une des notes de sa partie, parcourant toutes les cordes du mode, & même en sortant quelquefois, selon les idées de son génie & les routes de son gosier, tandis que tout l'accompagnement s'arrête jusqu'à ce qu'il lui plaise de finir. Voyez BRODERIE. (S)

RECHERCHE DES EAUX, (Hydraul.) se fait ordinairement dans les mois d'Août, de Septembre & d'Octobre ; la terre alors déchargée de toutes ses humidités est plus seche, & toute l'eau qui s'y trouve peut s'appeller source.

Sans s'arrêter à tous les moyens indiqués par les auteurs pour découvrir les sources, on dira que l'aspect du terrein, la situation du lieu & la nature des terres sont les trois choses essentielles qu'il faut consulter.

Un praticien qui voit une terre couverte de plantes aquatiques, telles que des roseaux, des cressons, des baumes sauvages, vitex, lierres terrestres, argentines, joncs, queues de renard, connoît aisément qu'il y a de l'eau, & juge de sa profondeur jusqu'au lit de glaise qui la retient & qui se découvre souvent à mi-côte. On suppose que ces herbes y croissent naturellement, & que ce ne sont point des marais ou des eaux sauvages.

La situation du lieu s'entend de sa disposition avantageuse pour les eaux, tel que seroit un terrein à mi-côte couvert de verdure, dont la pente peu considérable seroit d'une vaste étendue, si ce terrein est l'égoût naturel d'une hauteur plus élevée, le sommet poussera les glaises à mi-côte, & les découvrira à la vûe.

La nature des terres doit encore être examinée, leur couleur blanchâtre ou verdâtre, telle que celle des glaises, annonce surement de l'eau qui les a fait changer de nature, & les a, pour ainsi dire, engraissées : les terres franches, le gravier, la pierre rouge sont les meilleurs terreins pour la durée d'une source, parce qu'elle se tient en réserve dans ces sortes de terre, & fournit plus long-tems que sur un lit de glaise, qui souvent glisse & change de place avec elle. (K)

RECHERCHE DE COUVERTURE, terme de Couvreur ; c'est la réparation d'une couverture où l'on met quelques tuiles ou ardoises à la place de celles qui manquent, & la réfection des tuilées, solins, arestiers & autres plâtres.

RECHERCHE DE PAVE, (Maçonnerie) c'est raccommoder les flasques, & mettre des pavés neufs à la place de ceux qui sont brisés. (D.J.)


RECHERCHERv. act. (Gramm.) Voyez l'article CHERCHER, & les articles RECHERCHE. C'est chercher une seconde fois. J'ai recherché ce passage, & je n'ai pû le retrouver. Je rechercherai avec soin tout ce qui appartient à la connoissance de cette affaire. L'état a fait rechercher ce qu'il y avoit de plus curieux en histoire