A B C D E F G H I K L M N O P Q R S T U W XYZ

    
USubst. masc. (Gram.) c'est la vingtieme lettre de l'alphabet latin ; elle avoit chez les Romains deux différentes significations, & étoit quelquefois voyelle, & quelquefois consonne.

I. La lettre U étoit voyelle, & alors elle représentoit le son ou, tel que nous le faisons entendre dans fou, loup, nous, vous, qui est un son simple, & qui, dans notre alphabet devroit avoir un caractere propre, plutôt que d'être représenté par la fausse diphtongue ou.

De-là vient que nous avons changé en ou la voyelle u de plusieurs mots que nous avons empruntés des Latins, peignant à la françoise la prononciation latine que nous avons conservée : sourd, de surdus ; court, de curtus ; couteau, de culter ; four, de furnus ; doux, de dulcis ; bouche, de bucca ; sous, & anciennement soub, de sub ; genou, de genu ; bouillir, & anciennement boullir, de bullire, &c.

II. La même lettre étoit encore consonne chez les Latins, & elle représentoit l'articulation sémilabiale foible, dont la forte est F ; le digamma , que l'empereur Claude voulut introduire dans l'alphabet romain, pour être le signe non équivoque de cette articulation, est une preuve de l'analogie qu'il y avoit entre celle-là & celle qui est représentée par F. (Voyez I.) Une autre preuve que cette articulation est en effet de l'ordre des labiales, c'est que l'on trouve quelquefois V pour B ; velli pour belli ; Danuvius, pour Danubius.

En prenant l'alphabet latin, nos peres n'y trouverent que la lettre U pour voyelle & pour consonne ; & cette équivoque a subsisté long-tems dans notre écriture : la révolution qui a amené la distinction entre la voyelle U ou u, & la consonne V ou v, est si peu ancienne, que nos dictionnaires mettent encore ensemble les mots qui commencent par U & par V, ou dont la différence commence par l'une de ces deux lettres ; ainsi l'on trouve de suite dans nos vocabulaires, utilité, vue, uvée, vuide, ou bien augment avant le mot avide ; celui-ci avant aulique, aulique avant le mot avocat, &c. C'est un reste d'abus dont je me suis déja plaint en parlant de la lettre I, & contre lequel je me déclare ici, autant qu'il est possible, en traitant séparément de la voyelle U, & de la consonne V.


US. m. c'est la vingt-unieme lettre de l'alphabet françois, & la cinquieme voyelle. La valeur propre de ce caractere est de représenter ce son sourd & constant qui exige le rapprochement des lévres & leur projection en-dehors, & que les Grecs appelloient upsilon.

Communément nous ne représentons en françois le son u que par cette voyelle, excepté dans quelques mots, comme j'ai eu, tu eus, que vous eussiez, ils eurent, Eustache : heureux se prononçoit hureux il n'y a pas long-tems, puisque l'abbé Régnier & le pere Buffier le disent expressément dans leurs grammaires françoises ; & le dictionnaire de l'académie françoise l'a indiqué de même dans ses premieres éditions : l'usage présent est de prononcer le même son dans les deux syllabes heu-reux.

Nous employons quelquefois u sans le prononcer après les consonnes c & g, quand nous voulons leur donner une valeur gutturale ; comme dans cueuillir, que plusieurs écrivent cueillir, & que tout le monde prononce keuillir ; figure, prodigue, qui se prononcent bien autrement que fige, prodige, par la seule raison de l'u, qui du reste est absolument muet.

Il est aussi presque toujours muet après la lettre q ; comme dans qualité, querelle, marqué, marquis, quolibet, queue, &c. que l'on prononce kalité, kerelle, marké, markis, kolibet, keue.

Dans quelques mots qui nous viennent du latin, u est le signe du son que nous représentons ailleurs par ou ; comme dans équateur, aquatique, quadrature, quadragésime, que l'on prononce ékouateur, akouatike, kouadrature, kouadragésime, conformément à la prononciation que nous donnons aux mots latins aequator, aqua, quadrum, quadragesimus. Cependant lorsque la voyelle i vient après qu, l'u reprend sa valeur naturelle dans les mots de pareille origine, & nous disons, par exemple, kuinkouagésime pour quinquagésime, de même que nous disons kuinkouagesimus pour quinquagesimus.

La lettre u est encore muette dans vuide & ses composés, où l'on prononce vide : hors ces mots, elle fait diphtongue avec l'i qui suit, comme dans lui, cuit, muid, &c.


Uu, u, quant à leur figure, sont deux i sans point liés ensemble, ils se forment du mouvement mixte des doigts & du poignet dans leurs parties inférieures & du simple mouvement des doigts dans leur premieres parties. Voyez le vol. des Pl. à la table de l'Ecriture.


VS. m. c'est la vingt-deuxieme lettre, & la dix-septieme consonne de notre alphabet. Elle représente, comme je l'ai déjà dit, l'articulation sémilabiale foible, dont la forte est F ; (voyez F.) & de-là vient qu'elles se prennent aisément l'une pour l'autre : neuf devant un nom qui commence par une voyelle, se prononce neuv, & l'on dit neuv hommes, neuv articles, pour neuf hommes, neuf articles : les adjectifs terminés par f, changent f en ve pour le féminin ; bref, m. breve, f. vif, m. vive, f. veuf, m. veuve, f.

Déjà avertis par la Grammaire générale de P. R. de nommer les consonnes par l'e muet, nos peres n'en ont rien fait à l'égard de celle-ci quand l'usage s'en introduisit ; & on l'appelle plus communément vé, que ve.

Il paroît que c'étoit le principal caractere ancien pour représenter la voyelle & la consonne. Il servoit à la numération romaine, où V. vaut cinq ; IV. vaut cinq moins un, ou quatre ; VI, VII, VIII, valent cinq plus un, plus deux, plus trois, ou six, sept, huit : = 5000.

Celles de nos monnoies qui portent la lettre V simple, ont été frappées à Troyes : celles qui sont marquées du double W, viennent de Lille.

(B. E. R. M.)


Ven Musique. Cette lettre majuscule sert à indiquer les parties de violons ; & quand elle est double V V, elle marque que le premier & le second dessus de symphonie sont à l'unisson. (S)


Vdans le commerce. Cette lettre suivie d'un petit ° & ainsi figurée V°. signifie verso. Cette même voyelle ou simple V ou W double barré par le haut, comme dans ces caracteres ou , signifie écu ou écus de soixante sols ou trois livres tournois. Dict. de commerce. Voyez ABREVIATION.


V, v, V(Ecriture) ces trois V dans leur figure sont composés d'une ligne mixte, & de la 5, 6, 7 & 8 partie d'o. Ils se forment du mouvement mixte des doigts & du poignet. Voyez le vol. des Pl. à la table de l'Ecriture.


VAS. m. (Jeu) abréviation de vade ; ainsi on dit sept & le va, pour le vade, ou la premiere mise & sept fois autant.

VA HORS DE JOUR, ou VA A DIEU, (Jurisprudence) en Angleterre sont les termes dans lesquels les juges prononcent ce que nous appellons ici un hors de cours. Voyez HORS DE COUR.


VA-OUTRE(Chasse) c'est le terme dont use le valet de limier lorsqu'il est au bois & qu'il allonge le trait à son limier, & le met devant lui pour le faire quêter.


VAALIS. m. (Hist. mod.) ce sont des princes sortis des maisons royales, dont les rois de Perse ont conquis les états. Ils sont demeurés vice-rois, gouverneurs, ou rois tributaires des états de leurs ancêtres.


VAATRIMONS. m. (Hist. nat. Botan.) espece de citron de l'isle de Madagascar, qui vient de la grosseur de la tête d'un enfant & dont l'écorce confite dans le sucre est un manger excellent.


VABAR(Géogr. anc.) ville de la Mauritanie césariense, selon Ptolémée, l. IV. c. ij. Castald dit que c'est aujourd'hui Bismeo. (D.J.)


VABRES(Géog. mod.) en latin du moyen âge, Vabrinum, & vabrense castrum ; elle a dans nos géographes le titre de petite ville de France, dans le Rouergue, à 10 lieues de Rodez, à 11 d'Alby, & au confluent de deux petites rivieres, qui se jettent un peu plus bas dans le Tarn. Elle doit son origine à une abbaye de bénédictins, fondée par Raimond I, comte de Toulouse, & elle fut érigée en 1317, par le pape Jean XXII, en évêché aujourd'hui suffragant d'Alby. Cet évêché vaut environ vingt mille livres de revenu, & n'a que soixante & neuf paroisses ; mais Vabres ne doit qu'au siége épiscopal le nom de ville, car ce n'est qu'un vrai village dépeuplé. Long. 20. 30. latit. 42. 53. (D.J.)


VACANCES. f. (Gram. & Juris.) est l'état d'une chose qui n'est point remplie ou occupée.

La vacance du siége d'un prélat, ou d'un juge ou d'un office en général, c'est lorsque personne n'est pourvû du bénéfice, office ou autre place.

On entend quelquefois par vacance le cas qui a fait vaquer l'office ou le bénéfice, comme la vacance par mort. Voyez les articles ci-après.

VACANCE par APOSTASIE, Voyez APOSTAT, APOSTASIE, RELIGIEUX.

VACANCE se prend aussi quelquefois pour la cessation de certains exercices, comme dans les colleges, les vacances données aux professeurs & étudians, les vacances que prennent les chanoines selon les statuts de leur chapitre, & les vacances ou vacations des tribunaux. Voyez VACATIONS. (A)

VACANCE PAR DEMISSION. Voyez DEMISSION.

VACANCE PAR DEVOLUT. Voyez DEVOLUT.

VACANCE PAR INCAPACITE. Voyez INCAPACITé.

VACANCE PAR INCOMPATIBILITE. Voyez BENEFICE & INCOMPATIBILITE.

VACANCE PAR INTRUSION. Voyez INTRUSION.

VACANCE PAR IRREGULARITE. Voyez IRREGULARITE.

VACANCE PAR MORT ou per obitum est la vacance d'un office ou d'un bénéfice, par le décès du titulaire.

VACANCE PAR PERMUTATION. Voyez PERMUTATION.

VACANCE PAR RESIGNATION. Voyez RESIGNATION, BENEFICE, OFFICE.

VACANCE PAR SIMONIE. Voyez SIMONIE.

VACANCE in curiâ, on sous - entend romanâ, c'est la vacance d'un bénéfice, dont le titulaire meurt dans le lieu où le pape tient sa cour, ou à deux journées aux environs ; les papes se sont réservé la collation de ces bénéfices. Voyez BENEFICES VACANS in curiâ.

VACANCES, (Jurisprudence.) Voyez VACATIONS.


VACANTadj. (Gram. & Juris.) se dit de ce qui n'est point rempli ou occupé.

Le saint siége est vacant, lorsqu'il n'y a point de pape ; on dit de même que le siége épiscopal ou abbatial est vacant, lorsqu'il n'y a point d'évêque ou d'abbé.

La chancellerie est vacante lorsqu'il n'y a point de chancelier ; en général un office est vacant lorsque personne n'en est pourvû.

Un bien vacant, est celui qui n'est occupé par personne.

Une succession vacante, est celle qui est abandonnée, & pour laquelle il ne se présente point d'héritier. Voyez BIEN, CHANCELLERIE, HERITIER, OFFICE, SIEGE, SUCCESSION. (A)

VACANT le, (Hist. de Malthe) on appelle le vacant dans l'ordre de Malthe, le revenu entier de chaque commanderie après la mort du commandeur, c'est-à-dire l'année qui suit le mortuaire. Le vacant appartient au trésor de l'ordre. Le commandeur nommé à la commanderie, est obligé de l'y faire tenir.


VACARMETUMULTE, s. m. (Synon.) vacarme emporte par sa valeur l'idée d'un plus grand bruit, & tumulte celle d'un plus grand désordre.

Une seule personne fait quelquefois du vacarme ; mais le tumulte suppose toujours qu'il y a un grand nombre de gens.

Les maisons de débauche sont sujettes aux vacarmes. Il arrive souvent du tumulte dans les villes mal policées.

Vacarme ne se dit qu'au propre ; tumulte se dit au figuré du trouble & de l'agitation de l'ame. C'est pour cela qu'on tient mal une résolution qu'on a prise dans le tumulte des passions. (D.J.)


VACATIONS. f. (Gram. & Jurisprud.) est lorsqu'une chose vient à vaquer, comme quand il arrive vacation d'un bénéfice, ou office par le décès du titulaire. Voyez VACANCE.

Vacations au plurier se prend pour le tems où une jurisdiction vaque, c'est-à-dire, où la justice n'y est point exercée ; il y a dans le cours de l'année différens jours auxquels les tribunaux vaquent ; mais on n'entend ordinairement par les vacations ou vacances qu'un certain espace de tems qui est donné aux officiers pendant l'automne pour vaquer à leurs affaires rurales ; il y a des tribunaux dont le tems des vacations est réglé autrement ; quelques-uns ont deux différentes vacances dans l'année. Voyez VACANCES.

Vacation dans un sens tout opposé, se prend pour l'action de vaquer à quelque chose, c'est-à-dire, de s'y employer, de s'en occuper.

On appelle premiere, seconde, ou autre vacation d'un inventaire ou d'un procès-verbal les différentes séances où l'on a travaillé à ces actes. Voy. INVENTAIRES, PROCES-VERBAL, SEANCE, JOURNEE.

On entend quelquefois par vacation le droit qui est dû à un officier pour avoir vaqué à quelque chose. Les juges ont des épices & vacations. Les vacations sont pour ceux qui ont vu le procès de grand ou de petit commissaire, au-lieu que les épices sont pour ceux qui ont assisté au jugement.

L'écu de vacation est ce que l'on paie à chaque commissaire pour une vacation. Voyez ÉCU QUART. (A)

VACATION, (Antiq. rom.) suspension des affaires au barreau. Il y avoit de deux sortes de vacations chez les Romains, l'ordinaire & l'extraordinaire. L'ordinaire avoit lieu un certain nombre de jours de l'année, qui étoient connus de tout le monde. L'extraordinaire n'arrivoit que quand, dans des tems de tumulte & de guerres civiles, le sénat statuoit que toutes les affaires cessassent, & qu'on ne rendît point la justice, jusqu'à ce que la tranquillité fût rétablie. C'est ainsi que le sénat l'ordonna, lorsqu'il apprit que César étoit entré avec son armée en Italie. Cette suspension des affaires s'appelloit rerum prolatio ou judiciorum indictio, & c'est ce qu'on ne pratiquoit que dans les grandes extrêmités. (D.J.)


VACCA(Géog. anc.) ville de la Numidie, l'entrepôt des états de Jugurtha ; mais cette ville ne fut heureuse ni dans son zèle pour son prince, puisque ce zèle la fit périr sous Métellus, ni dans son infidélité pour son roi, car ayant voulu se donner à César, dans le tems qu'il faisoit la guerre en Afrique, Juba qui en fut averti s'en rendit maître, & la ruina de fond en comble. (D.J.)

VACCA ou VAGIA, (Géog. anc.) fleuve de la Lusitanie, selon Pline, l. IV. c. xxj. c'est aujourd'hui le Vouga, qui se jette dans l'Océan près d'Aveiro.

VACCA, île, (Géog. mod.) ou île Buccina ; île de la Méditerranée, sur la côte méridionale de la Sardaigne, à deux milles, & vis-à-vis de la pointe Béta, en tirant vers le nord oriental de l'île Toro. (D.J.)


VACCAEI(Géog. anc.) peuple de l'Espagne tarragonoise, que Tite-Live met au nombre de ceux que L. Lucullus & Cl. Marcellus subjuguerent.


VACERRESS. m. pl. (Hist. des Gaulois) nom d'une des classes de druides. Les vacerres étoient les prêtres, comme les eubages étoient les augures, les bardes les poëtes, les chantres les sarronides, les juges les théologiens & professeurs de la religion. (D.J.)


VACHES. f. (Hist. nat.) vacca, c'est la femelle d'un taureau. Voyez TAUREAU.

VACHE, (Diete & Mat. méd.) il n'y a que les paysans & les gens du peuple qui mangent la chair de la vache au-lieu de celle du boeuf : la premiere est communément plus dure, plus maigre, & par conséquent plus seche ; cependant les bouchers en vendent quelquefois pour du boeuf, même à Paris ; & comme ils ont soin de choisir des vaches jeunes & grasses, peu de personnes s'apperçoivent de la fraude qui dèslors devient indifférente. Voyez BOEUF.

La vache est proprement un objet médicinal en ce qu'elle fournit un aliment médicamenteux qui tient un rang distingué parmi les secours médicinaux ; savoir, son lait qui a aussi mérité à ce titre un article particulier. Voyez LAIT, Chymie, Diete & Mat. méd. Secondement, par un remede assez bizarre qu'on retire de sa fiente en la distillant au bain-marie, & qui est connu sous le nom d'eau de mille fleurs, qui passe dans l'usage intérieur pour un antipleurétique excellent, & pour un bon diurétique, & même lithontriptique, & dans l'usage extérieur pour un excellent cosmétique : au reste, c'est-là un remede fort propre & fort élégant en comparaison du suc même de la fiente de vache récente, que les paysans avalent dans quelques contrées pour se guérir des fievres, & qu'Ettmuller recommande non-seulement pour cet usage, mais même contre la pleurésie, appliquée extérieurement en guise de cataplasme : elle passe pour un très-bon remede contre les brûlures, contre les douleurs des membres, les tumeurs oedémateuses, &c.

L'urine de vache récente & fournie sur-tout par une vache noire, a été aussi un remede interne contre l'hydropisie, la goutte & la paralysie, qui a été connue aussi sous le nom d'eau de mille fleurs ; Jean Boecler observe dans sa continuation de la cynosure d'Herman, que la manie pour ce remede ridicule qu'il avoit vu très en vogue dans son pays, ne dura pas long-tems, parce que ce remede purgeoit jusqu'au sang, & abattoit considérablement les forces, ce que la plûpart des sujets ne pouvoient supporter. (b)

VACHE ROUSSE, (Critiq. sacrée) la vache rousse, ou la genisse rousse, étoit la victime d'expiation pour les impuretés que les Juifs contractoient par la présence ou l'attouchement d'un mort. On prenoit une génisse sans défaut, & qui n'avoit point porté le joug. On la livroit au grand-prêtre, qui l'immoloit hors du camp en présence de tout le peuple. Il trempoit son doigt dans le sang de l'animal, & en faisoit sept fois l'aspersion contre le devant du tabernacle ; ensuite on brûloit la génisse toute entiere. Le grand-prêtre jettoit dans le feu du bois de cedre, de l'hyssope, & de l'écarlate teinte deux fois. Un homme recueilloit les cendres de la génisse, & les portoit dans un lieu pur hors du camp ; ensuite on les mettoit en réserve pour l'assemblée des enfans d'Israël, afin qu'ils en fissent de l'eau d'expiation pour se purifier des impuretés légales : tout cela fut ordonné par Moïse, & est détaillé dans le livre des Nombres, xix. vers. 2. 6. & 9.

Il n'y avoit que le grand-prêtre qui eût droit d'offrir le sacrifice de la vache rousse ; mais tout israëlite, pourvu qu'il fût pur, pouvoit faire les aspersions de la cendre mêlée avec de l'eau, parce qu'il auroit été trop incommode de venir au temple, pour expier une impureté que la mort des proches pouvoit rendre très-fréquente. (D.J.)

VACHE, (Corroyeur) de tous les animaux qui sont sur la terre, il n'y en a guere dont les hommes tirent plus d'utilité que de la vache ; car indépendamment des veaux qu'elle produit, sa chair, son lait, ses cornes, ses os, sa graisse, son poil & sa peau, sont d'usage soit pour la nourriture de l'homme, soit pour le commerce.

Les peaux de vache qu'on appelle cuirs, se vendent en poil, vertes, salées ou seches, & sans poil, tannées, passées en coudrement ou en croutes, corroyées ou apprêtées de diverses façons qu'on trouvera expliquées dans les articles CUIR, PEAU, TANNER & CORROYEUR.

Le long poil de la queue des vaches fournit aux selliers une partie du crin qu'ils emploient, & le poil court dont toute la peau de la vache est couverte, sert à rembourrer les selles des chevaux, les bâts des mulets, &c.

VACHE-DURE, (Corroyerie) c'est une peau de vache où le corroyeur n'a mis du suif que du côté de la fleur, & n'a mis ni suif, ni huile du côté de la chair. (D.J.)

VACHE DE RUSSIE, (Corroyerie) sorte de cuir, ou peau de vache qui vient toute apprêtée de Moscovie, où elle se prépare d'une maniere toute particuliere, qui n'est guere connue que de ceux qui s'en mêlent dans le pays. Savary.

VACHE EN GRAIN, (Tannerie) peau ou cuir de vache, dont la superficie est devenue grenue par les différens apprêts qu'on lui a donnés, & dont on fait les empeignes des souliers. (D.J.)

VACHE DE SEL, (Saline) on appelle vache de sel en Poitou, ces monceaux de plusieurs milliers de muids de sel, qu'on éleve en forme de meule de foin, pour achever de le sécher, en attendant la vente.

VACHES, terme d'Imprimerie ; ce sont les cordes qui tiennent au berceau & au train de derriere d'une presse : elles assurent l'endroit jusqu'où doit aller le coffre sur le derriere, & empêchent qu'il ne recule plus qu'il ne faut. Voyez les Pl. & les fig. de l'Imprimerie.

VACHE ARTIFICIELLE, (Chasse) c'est la toile faite en forme de vache, dont on se sert pour approcher les canards, & dont se servent aussi ceux qui chassent à la tonnelle.

VACHE DE BARBARIE, (Hist. nat. Ichthyolog.) on a donné ce nom dans les mémoires pour servir à l'hist. nat. des anim. dressés par M. Perrault, à un animal à-peu-près de la grandeur d'une vache, & d'un poil roux, un peu plus court que celui des vaches, presqu'aussi gros vers la pointe que vers la racine, & de couleur plus foncée vers la racine que vers la pointe. Cette vache de Barbarie ressemble plus au cerf qu'à la vache par l'habitude du corps, par les jambes & par l'encolure. Les cornes sont de même nature que celles de la vache, mais elles en different par plusieurs caracteres ; elles prennent leur naissance fort près l'une de l'autre ; elles sont longues d'un pié, fort grosses, recourbées en arriere, noires & torses, comme une vis. La queue est courte & terminée par un bouquet de crins longs de trois pouces ; les yeux sont placés si près des cornes, que la tête paroît n'avoir presque point de front. Cet animal n'a que deux mamelons. Les épaules sont fort élevées, & forment une bosse entre l'extrêmité du col & le commencement du dos : il y a une callosité au bas du sternum. On a présumé que cette vache de Barbarie a plus de rapport au bubale des anciens, qu'au petit boeuf d'Afrique. Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des animaux.

VACHE MARINE ou BETE A LA GRAND-DENT, odobenus, animal amphibie qui a beaucoup de rapport au lamantin & au veau-de-mer, sur-tout pour la forme du corps & des piés, &c. Voy. LAMANTIN. La vache-marine a la tête grosse & écrasée sur le devant, le museau entouré de gros poils, & la peau épaisse de près d'un pouce, & couverte d'un poil court, ferme, & de couleur brune-jaunâtre. Les oreilles ne sont apparentes à l'extérieur que par un orifice qui se trouve de chaque côté de la tête. Il y a huit dents molaires à chaque mâchoire, & deux grandes dents canines à la mâchoire supérieure, recourbées en-bas, & longues de deux piés : l'animal s'en sert pour sa défense, & pour traîner différentes choses sur la glace & sur les rivages, car il ne peut pas rester long-tems dans l'eau. La vache-marine est un animal du Nord, elle a jusqu'à seize piés de longueur, & huit piés de circonférence. Voyez Brisson, reg. anim. p. 48.


    
    
VACHERS. m. VACHERE, s. f. (Econ. rustiq.) le vacher est un garçon qui garde les vaches ; la vachere est une fille qui a la même occupation.


VACHERIES. f. (Econ. rust.) partie de la basse-cour dans les grandes fermes ; c'est l'étable où l'on tient les vaches, & le lieu où on les trait.


VACILLANTVACILLATION, VACILLER, (Gram.) termes correlatifs, & opposés de ferme, fixe, stable, assuré, constant. On les prend au simple & au figuré ; on dit le trouble lui rendoit la voix embarrassée & la prononciation vacillante ; c'est un esprit vacillant ; ce juge étoit vacillant. La vacillation d'un vaisseau sur les eaux, des réponses d'un criminel. Cette machine est mal assemblée ; la plûpart des pieces qui devroient être fixes vacillent. Il vacille dans son opinion, dans ses projets, ses résolutions. L'impulsion la plus légere suffit pour jetter un homme incertain & vacillant dans le parti le plus contraire à ses intérêts, & il est rare qu'il ne trouve quelque méchant attentif à lui donner cette impulsion.


VACOMAGI(Géog. anc.) peuples de la grande Bretagne, selon Ptolémée, l. II. c. iij. qui les place au midi des Calédoniens. Il y en a qui croient qu'ils habitoient la province de Sterling en Ecosse. (D.J.)


VACORIUM(Géog. anc.) ville du Norique, au midi du Danube, suivant Ptolémée, l. II. c. xiij. selon les uns, c'est aujourd'hui Villac, dans la Carinthie sur la Drave ; & selon Lazius, c'est Strasburg sur le Gurck. (D.J.)


VACOS(Hist. nat.) c'est ainsi que les habitans de l'île de Ceylan nomment des fourmis blanches. Elles sont d'une grandeur médiocre ; leur corps est blanc, & leur tête est rouge. Ces insectes dévorent tout ce qu'ils rencontrent, sans épargner même le bois des maisons. Ils se forment le long des murs une espece de chemin couvert, en faisant comme une voûte avec de la terre ; lorsqu'elle s'est rompue en quelque endroit, ces animaux ont grand soin de la réparer. Ces fourmis, dans les champs, forment de petits monticules avec une terre très-fine ; ces butes ont cinq ou six piés de hauteur, & sont d'une grande solidité. Lorsque les aîles sont venues à ces fourmis, elles s'envolent en si grand nombre, que le ciel en est quelquefois obscurci ; alors elles s'élevent à perte de vue, & continuent à voler jusqu'à ce qu'elles soient entierement épuisées ; elles finissent par tomber mortes, & servent de nourriture aux oiseaux, & sur-tout aux poules qui en sont très-friandes.


VACUAC(Géog. mod.) nom d'un pays qui confine avec celui qui se nomme Sofalatirh, la campagne & vallée de la poudre d'or. Il y a dans ce pays deux villes, Daduah & Jananah. (D.J.)


VACUNES. f. vacuna, (Mythologie) divinité des Romains, déesse des vacations ; elle étoit particulierement honorée par les gens de la campagne, & présidoit sur ceux qui étoient, pour ainsi dire, en vacances, & qui se reposoient de leurs travaux. Les Latins formerent son nom du verbe vacare, qui signifie se reposer, être de loisir. Sa fête se célébroit au mois de Décembre. Les laboureurs lui adressoient leurs prieres pendant qu'ils cultivoient leurs terres ; & lorsque la saison de l'hiver venoit à leur donner du repos, ils s'acquittoient de leurs voeux par les sacrifices que leur permettoit leur état. Cet usage n'étoit point encore aboli du tems d'Ovide qui en fait mention dans le VI. liv. de ses fastes.

Nam quoque cùm fiunt antiquae sacra vacunae,

Ante vacunales stantque, sedentque focos.

Aujourd'hui même, dit-il, quand on célebre la fête de l'ancienne vacune, les villageois sont assis devant le foyer de cette déesse.

Le culte de vacuna étoit très-ancien dans l'Italie, & il étoit établi chez les Sabins long-tems avant la fondation de Rome. Elle avoit un temple sur le mont Ficellus, aux confins de Picenum, vers les sources du Nar. Elle en avoit une autre entre Caspérie & Ocricule, avec un bois & une ville du même nom, qui subsiste encore en partie. Pline, liv. III. c. xij. nous parle des bois magnifiques qu'on lui avoit consacrés dans le territoire de Rieti.

Les uns prennent la vacuna des Sabins pour Diane, Vénus ou Cérès, d'autres pour Bellone ou la Victoire. Varron prétend que c'étoit Minerve, parce que l'étude de la sagesse demande un grand loisir ; mais cette idée n'est qu'un jeu d'esprit. (D.J.)


VADAVERO(Géog. anc.) montagne d'Espagne, dans la Celtibérie. Martial, l. I. epigr. 50. ad Licinianum, est le seul des anciens qui en fasse mention :

Sterilemque cannum nivibus, & fractis sacrum

Vadaveronem montibus.

Jérôme Paul de Barcelone, dans son livre des fleurs & des montagnes d'Espagne, dit, en parlant de la montagne de Vadavero, que plusieurs croient avec assez de fondement que c'est une montagne de la Celtibérie ; qu'elle est séparée des autres, dont on diroit qu'elle a été arrachée ; qu'elle forme comme une île, & qu'on la nomme présentement par corruption Vadaricore. (D.J.)


VADES. f. (Commerce de Mer) ce mot signifie l'intérêt que chacun a dans un vaisseau à proportion de l'argent qu'il y a mis. Je suis pour un sixieme de vade dans l'armement de l'amphitrite, c'est-à-dire, j'ai un sixieme. Il se prend dans le même sens au jeu où la vade est ce qu'on a mis d'abord. Dict. du Comm.


VADE-MECUou VENI-MECUM, s. m. (Gram.) phrase latine & familiere, pour exprimer une chose que l'on a toujours à la main, & que l'on porte ordinairement sur soi : on l'applique le plus souvent à quelque livre favori ; quelques-uns font leur vademecum de Virgile, d'autres d'Horace, d'Epictete, de Thomas à Kempis, &c. c'est ce que les Grecs appelloient , & que nous appellons autrement manuel. Les Arabes ont une phrase pour dire la même chose, savoir habib al feir, compagnon de voyage.


VADI-GAMUS(Géog. anc.) vallée d'Egypte. C'est une vallée étroite entre deux montagnes, qui sont aussi hautes l'une que l'autre & plates au sommet. Cette vallée ressemble à un bufle, & le mot de vadi-gamus veut dire la vallée du bufle. Elle s'étend vers le sud-est jusqu'à une demi-heure de chemin, puis elle s'éleve peu-à-peu entre les deux montagnes jusqu'à leur sommet.

Il y a à chaque côté de ces deux montagnes qui s'entre-regardent, deux rangs de carrieres, dont quelques-unes sont fort hautes, vastes, & irrégulieres en-dedans ; ce sont ces carrieres que plusieurs voyageurs ont prises pour des grottes. Voyez THEBAÏDE, grottes de la. (D.J.)


VADIARE DUELLUM(Hist. mod.) espece de cartel ou de défi pour s'engager dans un combat, qui devoit se donner à jour nommé, c'est-à-dire lorsqu'une personne provoquoit quelqu'un pour décider une dispute par un combat ou duel, & qu'il jettoit à bas son gantelet, ou faisoit quelque signe semblable de défi ; si alors l'autre ramassoit le gantelet ou acceptoit la provocation, on appelloit cette action vadiare duellum, donner & prendre un gage mutuel du combat.

Dans l'affaire des templiers, le grand-maître Jacques de Molai ayant comparu devant l'archevêque de Narbonne & d'autres commissaires ecclésiastiques, leur dit que s'il avoit affaire à des juges laïcs, les choses ne se passeroient pas comme on les traitoit, donnant à entendre qu'il provoqueroit au combat & les accusateurs & les juges, pour soutenir son innocence & celle de ses chevaliers. L'archevêque lui répondit : Nous ne sommes pas gens à recevoir un gage de bataille. Et en effet les ecclésiastiques étoient dispensés de cette sorte d'épreuve. Voyez ÉPREUVE, COMBAT, CHAMPION, &c.


VADICASSII(Géog. anc.) peuples de la Gaule celtique ou lyonnoise, selon Ptolémée, l. II. c. viij. Ce sont les Vadicasses de Pline, l. IV. c. xviij. Le P. Briet, p. 355. sans appuyer son sentiment par aucune preuve, dit que ces peuples faisoient partie des Aedui, & il leur donne pour ville Noviodunum Aeduorum, ou Nivernium, aujourd'hui Nevers. (D.J.)


VADIMONIS-LACUS(Géog. anc.) lac d'Italie, dans l'Hétrurie, au voisinage d'Améria, & près de la maison de plaisance de Calpurnius Fabatus, appellée Amerina-Praedia. Pline le jeune, l. VIII. epist. 20. nous a donné la description de ce lac. Il est, dit-il, dans un fond, & sa figure est celle d'une roue couchée. Il est par-tout égal, sans aucun recoin, sans aucun angle ; tout y est uni, compassé, & comme tiré au cordeau. Sa couleur approche du bleu, mais tire plus sur le blanc & sur le verd. Ses eaux sentent le soufre ; elles ont un goût d'eaux minérales, & sont propres à consolider les fractures.

Ce lac n'est pas fort grand, continue Pline, mais il l'est assez pour être agité de vagues quand les vents soufflent. On n'y trouve point de bateaux, parce qu'il est consacré : mais au-lieu de bateaux, vous y voyez flotter au gré de l'eau plusieurs îlotes chargées d'herbages, couvertes de joncs, & de tout ce qu'on a coutume de trouver dans les meilleurs marais & aux extrêmités d'un lac. Chaque île a sa figure & sa grandeur particuliere ; chacune a ses bords absolument secs & dégarnis, parce que souvent elles se heurtent l'une l'autre, & heurtent le rivage. Elles ont toute une égale légereté, une égale profondeur ; car elles sont taillées par-dessous, à-peu-près comme la quille d'un vaisseau. Quelquefois détachées, elles se montrent également de tous côtés, & sortent autant hors de l'eau qu'elles y entrent. Quelquefois elles se rassemblent, se joignent, & forment une espece de continent. Tantôt le vent les écarte ; tantôt elles flottent séparément dans le lieu où le calme les a surprises ; souvent les plus petites suivent les plus grandes, & s'y attachent comme de petites barques aux vaisseaux de charge. Quelquefois vous diriez que les grandes & les petites luttent ensemble, & se livrent combat. Une autre fois poussées au même rivage, elles se réunissent & s'accroissent : tantôt elles chassent le lac d'un endroit, tantôt elles l'y ramenent, sans lui rien ôter quand elles reviennent au milieu. Il est certain que les bestiaux, suivant le pâturage, entrent dans ces îles comme si elles faisoient partie de la rive, & qu'ils ne s'apperçoivent que le terrein est mouvant que lorsque le rivage s'éloignant d'eux, la frayeur de se voir comme emportés & enlevés dans l'eau qu'ils voient autour d'eux les saisit. Peu après ils abordent où il plaît au vent de les porter, & ne sentent pas plus qu'ils reprennent terre, qu'ils avoient senti qu'ils la quittoient.

Ce même lac, ajoute Pline, se décharge dans un fleuve, qui, après s'être montré quelque tems, se précipite dans un profond abîme. Il continue son cours sous terre, mais avec tant de liberté, que si, avant qu'il y entre, on y jette quelque chose, il la conserve & la rend quand il sort.

Divers autres auteurs ont parlé de ce lac, entr'autres Polybe, l. II. c. xx. qui le nomme . Tite-Live, l. IX. c. xxxix. Florus, l. I. c. xiij. & Pline, l. II. c. xcv. On l'appelle aujourd'hui Lago di Bessanello, selon le P. Hardouin, qui le met dans le patrimoine de S. Pierre environ à 3 milles du Tibre. (D.J.)


VADIMONIUMS. m. (Jurisprud. rom.) ce mot signifie ajournement, obligation de comparoître en justice au jour assigné ; il faut donc savoir que dans les affaires d'injures le demandeur demandoit contre sa partie l'action ou le jugement au préteur, c'est-à-dire, qu'il le prioit de poursuivre sa partie, & le défendeur de son côté demandoit un avocat. Après ces préliminaires, le demandeur exigeoit par une formule prescrite que le défendeur s'engageât sous caution à se représenter en justice un certain jour, qui, pour l'ordinaire, étoit le sur-lendemain ; c'est ce qu'on appelloit de la part du demandeur reum vadari, demander une caution, un répondant ; & de la part du défendeur vadimonium promittere, promettre de comparoître en justice : s'il ne paroissoit pas, on disoit qu'il avoit manqué à l'assignation, qu'il avoit fait défaut, ce qui s'exprimoit par les deux mots latins, vadimonium deserere. Trois jours après, si les parties n'avoient point transigé, le préteur les faisoit appeller, & pour-lors le demandeur ayant proposé son action dans la formule réglée, le préteur lui donnoit un tribunal ou un arbitre. S'il lui donnoit un tribunal, c'étoit celui des commissaires, qu'on appelloit recuperatores, ou celui des centumvirs.

Les mots vadimonium & vadari se trouvent si fréquemment dans Ciceron, Horace, Plaute, & les historiens, qu'on ne sauroit trop les expliquer pour pouvoir entendre leurs écrits, & les allusions qu'ils y font. Ainsi dans Ciceron vadimonia constituta signifient les jours assignés pour comparoître ; actio vadimonii deserti, est le défaut qu'on accordoit pour avoir manqué à l'ajournement ; obire vadimonium, sistere vadimonium, veut dire, se présenter au jour & lieu marqués ; debere vadimonium cuipiam, signifie être tenu par promesse de se trouver à l'assignation prise avec quelqu'un ; differre vadimonium cum aliquo, donner délai à sa partie ; vadimonium promittere pro aliquo, dans Varron, promettre de comparoître en justice pour un autre ; missum facere vadimonium, décharger sa partie de l'ajournement donné.

On ne trouve pas moins souvent le verbe vadari, dans les lectures des auteurs romains. Vadari reum tot vadibus, signifie dans Tite-Live, obliger un accusé à donner un certain nombre de répondans. Vadari quempiam ex aliquo loco ad locum aliquem, c'est tirer quelqu'un de sa jurisdiction pour venir donner caution en un lieu où il ne ressort point. Ce même mot se trouve employé au figuré dans les poëtes comiques ; on lit dans Plaute, qui abire nullo pacto possim, si velim, ita me vadatum & vinctum attines ". Je ne puis m'échapper quand je le voudrois, étant engagé, lié & garroté comme je le suis avec vous ". Horace a dit, sat. IX. l. I. vers. 36. & casu tunc respondere vadato debebat : " & heureusement pour moi, c'étoit le tems où mon homme devoit comparoître en qualité de caution pour un ami ". Horace a jugé à propos de mettre ici vades pour praedes, car vades étoit pour le criminel, & praedes pour le civil. (D.J.)


VADOou VADI, petit port d'Italie, sur la côte de Gènes, à trois milles de Savonne, du côté de l'occident méridional, & à cinq milles au nord oriental de Noli. (D.J.)


VADROUILLES. m. (Marine) c'est la même chose que guispont. Voyez GUISPON.


VAFERINE LAou LA VAUFERAU, (Géog. mod.) riviere qui sépare la Savoye d'avec le pays de Michaille. Elle sort de la vallée Chasirg dans le Bugey, & va se jetter dans le Rhône. (D.J.)


VAGLE, (Géog. mod.) riviere de la haute Hongrie. Elle a sa source dans le mont Rabahora, aux confins de la Pologne, & après avoir traversé les comtés d'Arava, de Tauroez, de Tranczin, de Néitra, & de Comore ; elle tombe dans le Danube, au-dessous de la ville de Comore. (D.J.)

VAG, pays de, (Géog. mod.) nom d'un pays que les géographes orientaux comprennent dans l'Egypte ; c'est cependant une contrée qui en est entierement séparée, & qui s'étend entre l'Egypte & le pays de Barca en Afrique. En un mot, c'est la Pentapolis des anciens, ainsi nommée, parce qu'elle renfermoit cinq villes, savoir Barca, Faran, Caïrouan ou Cyrène, Tripoli de Barbarie, & Afrikiah, ville qui a donné le nom à la province d'Afrique proprement dite, d'où l'Afrique a tiré le sien. (D.J.)


VAGA(Géog. anc.) ville d'Afrique. Ptolémée, l. IV. c. iij. séparant de sa nouvelle Numidie le pays voisin de la ville Cirta, & lui donnant le nom de contrée des Cirtésiens, y met entre autres la ville Vaga, située dans les terres, à l'orient de Cirta. C'est de cette ville dont parle Silius Italicus, l. III. v. 259. dans ce vers :

Tum Vaga, & antiquis dilectus regibus Hippo.

Ptolémée écrit ; & Plutarque, in Mario, , Baga. Ce que ce dernier en dit, fait voir que c'est la même ville que Salluste nomme Vacca, aulieu de Vaga, Pline, l. V. c. iv. dit Vagense oppidum. (D.J.)

VAGA, (Géog. mod.) province de l'empire russien, qui fait aujourd'hui la partie méridionale de celle d'Archangel. Elle est toute couverte de forêts : on lui donne 150 werstes d'étendue du midi au nord, & 120 du levant au couchant. La riviere de Vaga ou Wara, la traverse du midi au nord. (D.J.)


VAGABONDadj. (Gram. & Jurisprud.) qui erre çà & là, & qui n'a aucune demeure fixe. Sous ce nom sont compris, suivant les déclarations du roi, tous ceux qui n'ont ni profession, ni métier, ni domicile certain, ni bien pour subsister, & qui d'ailleurs ne peuvent être avoués ni certifiés de bonne vie & moeurs, par personnes dignes de foi ; comme aussi les mendians valides qui sont pareillement sans aveu ; ces vagabonds doivent être arrêtés & punis suivant les réglemens faits contre les mendians. Voy. MENDIANS & PAUVRES.

On repute aussi vagabond ceux des sujets du roi qui vont en pélérinage à S. Jacques, à notre-dame de Lorette, & autres lieux hors du royaume, sans une permission expresse de sa majesté, signée par un secrétaire d'état, & sur l'approbation de l'évêque diocésain. La déclaration de 1738 enjoint aux magistrats, prevôts des marchands, exempts, maires, syndics des villes, de les arrêter sur les frontieres, & veut qu'ils soient condamnés par les juges des lieux en premiere instance, & par appel aux cours de parlement : savoir les hommes à la peine des galeres à perpétuité, les femmes à telle peine afflictive qui sera estimée convenable par les juges.

L'ordonnance des eaux & forêts enjoint à tous les vagabonds & gens inutiles de se retirer à deux lieues des forêts, & en cas qu'ils reparoissent, les officiers des maîtrises ont droit de les faire arrêter & de prononcer contre eux la peine des galeres. Voyez le tit. 27. de l'ordonnance de 1669. art. 35. & suiv. (A)


VAGENI(Géog. anc.) peuples de la Ligurie, vers la source du Pô. Pline les nomme Vagienni ligures, & les surnomme Montani. Leur capitale s'appelloit augusta vagiennorum. C'est de ce peuple que parle Silius Italicus dans ces vers, l. VIII. v. 607.

Tùnc pernix ligus, & sparsi per saxa Vagenni

In decus Annibalis duros misere nepotes.

Selon Cluvier, Ital. ant. l. I. c. ix. Les Vageni habitoient à la source du Pô, entre la rive droite de ce fleuve, & la riviere Stura. (D.J.)


VAGINS. m. (Anat. & Chirurg.) le vagin est un canal ample, qui n'est pas fort différent d'un intestin grêle ; il est plus fort, marche entre la vessie & le rectum, & s'étend de l'orifice externe jusqu'à la matrice ; il faut y remarquer :

1°. La longueur qui est de six ou sept doigts.

2°. La capacité, qui est comme celle d'un intestin grêle ; mais qui change en divers cas, comme dans l'accouchement ; son orifice est plus étroit que le reste.

3°. La substance qui est membraneuse, ridée en dedans, couverte de houpes ou mamelons, suivant l'observation de M. Ruysch, de-là vient qu'elle est fort sensible.

4°. Les rides qui ne sont pas circulaires, mais qui se trouvent comme dans le jejunum ; elles sont fort grandes dans les vierges, sur-tout à la partie antérieure ; dans les femmes qui approchent souvent des hommes, elles sont petites & usées, pour ainsi dire, elles s'effaçent presque entierement après plusieurs couches.

5°. Les lacunes qui se trouvent répandues partout au vagin, & au col de la matrice, de même qu'autour de l'urethre ; on peut quelquefois y introduire des soies ; les glandes avec lesquelles communiquent ces lacunes, filtrent une humeur muqueuse.

6°. Le muscle constricteur du vagin, est un assemblage de fibres musculeuses, qui embrassent en partie le vagin, & qui s'y insérent dans le clitoris ; il y a au même endroit un corps celluleux, & un lacis de vaisseaux qui environnent l'orifice du vagin.

Mais il est à propos de passer à la description suivie de ce canal membraneux qui s'étend depuis l'orifice interne de la matrice jusqu'à la vulve.

Il est situé dans le bassin de l'hypogastre, au-dessous des os pubis, entre la vessie & l'intestin droit. Il est si étroitement attaché à cette derniere partie, qu'il semble que leurs membranes soient confondues ; desorte que si l'un d'eux vient à être percé ou déchiré dans un accouchement laborieux, dans l'opération que l'on fait à la fistule de l'anus, ou par l'érosion de quelque ulcere, les excrémens passent facilement du rectum au vagin, & la femme ne peut plus les retenir. C'est dans ce cas qu'il faut se servir d'un pessaire en forme de globe, ovale, percé de deux trous opposés, que l'on introduit dans le vagin, & qui bouche si bien l'ouverture de communication, que l'on remédie par-là, avec assez de succès, à cet inconvénient si désagréable.

La figure du vagin est ronde & longitudinale : il peut se resserrer de toutes parts ; il peut aussi beaucoup s'étendre & se dilater au tems de l'accouchement ; ses parois s'affaissent, & il ressemble à un boyau lâche dans les filles qui vivent chastement.

Dans les femmes qui n'ont pas encore eû d'enfans, ce conduit est à-peu-près de la longueur de six à sept travers de doigt, & de la largeur d'un travers & demi ; mais dans celles qui ont eu des enfans, on ne peut pas trop bien déterminer sa grandeur ; sa longueur & sa largeur varient selon l'âge, selon les sujets & leur tempérament.

Vers le dernier mois de la grossesse, le vagin surchargé du poids du foetus, s'accourcit tellement, qu'en y introduisant le doigt, on peut toucher l'orifice interne de la matrice.

La substance intérieure du vagin paroît être toute nerveuse ; M. Ruysch y a découvert plusieurs papilles qui nous apprennent d'où vient que le vagin est très-sensible. Il est extérieurement revêtu d'une membrane assez épaisse, sous laquelle se trouvent, dans toute sa longueur, des fibres charnues, par le moyen desquelles il s'attache aux autres parties voisines.

La membrane interne du vagin est quelquefois tellement relâchée par des humeurs superflues qui l'abreuvent, qu'elle descend plus bas que le conduit de la pudeur, & qu'elle se montre au-dehors ; c'est-là ce que les anciens ont pris pour une descente de matrice. On peut voir à ce sujet les observations chirurgicales de Roonhuyse, & celle de van-Meckeren, qui ont fait l'amputation de ces excroissances.

L'entrée du vagin est située presqu'au milieu de la vulve, tirant néanmoins un peu plus vers l'anus. Cet orifice, avant l'âge de puberté, est beaucoup plus étroit que le vagin même ; & c'est, selon de Graaf, la marque la plus certaine que l'on puisse avoir de la virginité.

Il y a sur la face intérieure du vagin, des rides circulaires, plus marquées à sa partie antérieure, du côté du canal de l'urine, que vers la partie postérieure ; elles sont assez semblables à celles que l'on voit au palais d'un boeuf, hormis que ces rides n'y sont pas disposées sur une ligne aussi réguliere : aux vierges, à la partie antérieure du vagin, on rencontre quantité de ces rides ; mais dans les femmes qui ont eu plusieurs enfans, ou qui se livrent au libertinage, ces rides s'évanouissent promtement, desorte que la face interne de leur vagin, devient lisse & polie.

Le tissu de la membrane interne du vagin, est parsemé de petites glandes, & les embouchures de leurs conduits excréteurs, s'apperçoivent tout le long de ce canal ; mais elles sont en plus grand nombre près de l'entrée de l'urethre, & à la partie antérieure du vagin. Tous les conduits excréteurs fournissent par leurs embouchures, plus ou moins grandes, une liqueur séreuse qui humecte ce canal ; cette liqueur coule en abondance dans le tems de l'amour. Lorsque cette liqueur s'augmente excessivement, elle cause l'écoulement qu'on nomme fleurs blanches, état très-difficile à guérir. Ettmuller a nommé cet écoulement catharre uterin.

On remarque au vagin un sphincter situé sur le clitoris, qui a trois travers de doigt de largeur, & qui partant de celui de l'anus, monte latéralement autour du vagin, l'embrasse & sert à le fermer, afin d'empêcher l'air extérieur d'y entrer. Jules-César Arantius a fait le premier mention de ce muscle orbiculaire.

La constriction de l'orifice du vagin est aidée par des corps que l'on apperçoit à sa partie inférieure, aux deux côtés de la vulve. Leur substance extérieure est composée d'une membrane très-déliée ; & l'intérieure, que l'abondance du sang coagulé rend noirâtre, est tissue de plusieurs petits vaisseaux, & de fibres entrelassées ; ce qui a porté de Graaf, qui a le premier reconnu ces corps, à les nommer plexus rétiformes : ils servent à retrécir l'entrée du vagin.

On trouve quelquefois à cet orifice, dans les jeunes filles, une espece de membrane, tantôt sémilunaire, tantôt circulaire, nommée par les anatomistes hymen. Voyez HYMEN.

Les caroncules dites myrtiformes, sont des restes de cet hymen déchiré, qui après s'être cicatrisés, forment de petits corps charnus & membraneux ; elles ne sont point la marque du pucelage, elles le seroient plutôt de la défloration. Voyez CARONCULES MYRTIFORMES.

Il y a des femmes qui ont, dès la premiere conformation, l'orifice du vagin plus dilaté que beaucoup d'autres, & plus disposé à se dilater à mesure qu'elles avancent en âge : desorte qu'étant nubiles, elles souffrent moins de l'usage du mariage, que celles qui sont naturellement fort étroites ; sur-tout bientôt après l'écoulement de leurs menstrues, dont la seule acrimonie, dans les filles qui ne jouissent pas d'une bonne santé, peut ronger les fibrilles ou les membranes déliées qui unissent les caroncules ; outre que le flux menstruel, en humectant cet orifice, le rend beaucoup plus susceptible de dilatation.

De Graaf dit qu'il ne connoît point d'autres marques de la virginité, que cette étroitesse de l'orifice du vagin, où l'on observe plus ou moins de rugosités ou caroncules qui se manifestent depuis le premier âge jusqu'à environ vingt ans, dans toutes les femmes qui sont encore vierges : cet auteur ajoute que l'absence de ces caroncules n'est point un signe certain pour convaincre une fille d'impudicité ; d'autant que par une infinité d'accidens qui n'ont donné aucune atteinte à la virginité de la nouvelle épouse, cet orifice peut se trouver assez large pour souffrir la consommation du mariage sans effusion de sang.

L'orifice du vagin est quelquefois si fort retréci par une membrane qui le bouche presque totalement, qu'il n'y reste qu'un petit trou par où les regles s'écoulent ; cet obstacle empêche la consommation du mariage, quand l'orifice est fermé par une membrane ; l'on ne peut remédier à ces deux inconvéniens qu'en incisant & retranchant cette membrane.

Dans le premier cas, il faut avec un bistouri droit, faire quatre petites incisions en forme de la lettre X ; & dans le second, avec une lancette montée, l'on fait une seule ouverture longitudinale à cette membrane, telle que la fit Fabrice d'Aquapendente à une fille qui n'étoit point percée, pour donner issue aux menstrues retenues par cette membrane.

Les ulcérations qui succédent à un accouchement laborieux, sont quelquefois cause qu'il se fait une cohérence entre les parois du vagin ; cet accident arrive aussi quelquefois par la faute du chirurgien, qui néglige dans les pansemens d'interposer quelque chose qui tienne les parois du canal séparés ; desorte que l'on est obligé de séparer de nouveau cette cohérence, & d'en empêcher la réunion par des soins plus attentifs. (D.J.)

VAGIN, (Maladies particulieres du vagin) ce conduit est sujet à des maladies qui lui sont propres, telles sont les hémorrhagies, la chûte ou descente, qui n'est autre chose que la prolongation de la membrane interne du vagin ; les excroissances, qu'on distingue en sarcomes, fungus ou champignons, & la clôture par vice de conformation ou par accident.

I. Les veines du vagin sont sujettes à la dilatation variqueuse, comme les veines du fondement : les femmes grosses, & les filles nubiles, en qui les vaisseaux de la matrice ne se sont pas encore ouverts sont particulierement attaquées de cette maladie, ainsi que les femmes qui ont le corps de la matrice obstrué ; parce que dans toutes ces circonstances, le sang qui doit servir à la menstruation, ne pouvant s'amasser dans les vaisseaux propres à cette fonction, engorge ceux du vagin avec lesquels ils communiquent. Lorsque ces vaisseaux excessivement distendus par la plénitude viennent à se crever, il en résulte un flux hémorrhoïdal, distingué du menstruel, en ce que l'effusion du sang ne se fait pas en tems marqué, mais par intervalle sans regle & sans ordre. La dilatation des veines du vagin est aussi fort souvent une suite des maladies propres de cet organe, telles que les inflammations, rhagades ou excroissances.

Les auteurs qui disent généralement & vaguement que le traitement des hémorrhoïdes du vagin est le même que de celles du siege, n'ont pas assez consulté les différentes causes de ces maladies. Les fomentations faites avec la décoction de graines de lin, des racines d'althéa, de feuilles de bouillon, peuvent bien calmer dans l'un & l'autre cas la tension inflammatoire ; on peut être soulagé par l'usage des linimens prescrits contre le gonflement des hémorrhoïdes, tels que l'onguent populeum, les huiles de pavot, de nénuphar, d'amandes douces battues long-tems en un mortier de plomb, avec l'addition d'un jaune d'oeuf & d'un peu d'opium. Mais on ne parviendra jamais à la guérison radicale du mal secondaire qu'après avoir détruit le primitif : ainsi il faudra, dans le cas d'obstruction de la matrice, obtenir la désopilation de ce viscere, avant que de pouvoir employer efficacement des remedes contre les hémorrhoïdes du vagin qui seroient l'effet de cette obstruction. Nous en disons autant des autres causes.

II. La descente du vagin n'est jamais une chûte ou relaxation de la totalité de ce conduit : la tumeur à laquelle on donne ce nom, est simplement un allongement d'une portion de la tunique intérieure du vagin. Ces prolongations viennent le plus souvent après des accouchemens laborieux, difficiles ou trop fréquens, sur-tout dans les femmes d'une constitution délicate, & sont l'effet de la trop grande distension que le vagin a soufferte. La tunique externe reprend son ressort, & l'interne qui est naturellement ridée ne se rétablit pas si aisément, & s'il y a quelque pli trop allongé, il forme une expansion qui sort de la vulve, comme on voit la tunique intérieure du rectum former la chûte de cet intestin, maladie assez fréquente aux enfans. Voy. CHUTE DU FONDEMENT.

Il n'est pas difficile de distinguer la chûte du vagin de la descente de matrice ; pour peu qu'on connoisse par l'anatomie la disposition naturelle des parties, on ne pourra tomber en aucune méprise sur ce point ; l'introduction du doigt suffira pour s'en assurer. La descente de matrice présente un corps d'un certain volume, ferme, lisse, & où l'on peut aisément reconnoître l'ouverture transversale de son orifice qui s'avance antérieurement, & qui est la partie la plus étroite ; dans la prolongation de la tunique intérieure du vagin, le doigt se porte plus haut que la tumeur, qu'on sait n'être qu'un corps flexible formé par un pli membraneux.

Cette maladie est plus incommode que douloureuse ; elle cause une malpropreté qui exige des soins habituels, faute desquels il résulteroit des inconvéniens ; les malades sont aussi moins capables de remplir les devoirs du mariage. D'ailleurs par la négligence des moyens curatifs, ces allongemens peuvent devenir skirrheux, & former des tumeurs spongieuses, qui donnent lieu à l'engorgement variqueux des vaisseaux, d'où résultent des écoulemens sanguinolens, & quelquefois des pertes de sang.

L'indication curative est de fortifier la partie relâchée par l'usage des astringens, capables par leur effet de la réduire à son état naturel. On se sert avec succès d'une éponge fine, ou d'un pessaire fait avec du linge roulé & trempé dans une décoction de fleurs de sumach, de balaustes, de noix de galle faite avec du gros vin, ou de l'eau de forge de maréchal, ou rendue styptique par l'addition d'un peu d'alun. On peut aussi recevoir avec succès sur une chaise percée, & par le moyen d'un entonnoir, la fumigation des roses de provins seches, d'encens, de mastic, de labdanum en poudre, &c.

III. Les excroissances ont aussi leur siege dans la tunique interne du vagin ; il y en a de molles, de dures ; les unes sont flasques & spongieuses, les autres pleines de vaisseaux variqueux : les excroissances qui sont sans ulcération sont des especes de sarcomes ; si elles sont produites par une végétation charnue à l'occasion d'un ulcere fongueux, on les nomme champignons. Voyez HYPERSARCOSE.

Parmi les excroissances il y en a à base large, d'autres qui ont une racine ou pédicule grêle ; les unes sont bénignes, c'est-à-dire qu'elles dépendent d'un vice purement local ; les autres sont malignes, & viennent ordinairement du vice vénérien : celles-ci demandent d'abord le traitement qui convient à la cause qui les a produites. La cure locale consiste dans la destruction des excroissances : tous les auteurs ont prescrit avec raison de ne pas irriter par des médicamens âcres & caustiques, les excroissances skirrheuses & douloureuses, de crainte qu'elles ne dégénerent plus promtement en cancer. La ligature, si elle est possible, est préférable, ou l'extirpation par l'usage des ciseaux est le moyen le plus sûr. On arrête facilement le sang avec de la charpie trempée dans de l'eau alumineuse. Ambroise Paré conseilloit l'usage d'une eau cathérétique pour consumer les racines des excroissances du vagin, & empêcher leur reproduction. Elle aura lieu principalement pour les excroissances charnues, suites de l'ulcération. Prenez eau de plantain, six onces ; verd-de-gris & alun de roche de chacun, deux gros ; sel commun, deux onces ; vitriol romain & sublimé, de chacun demi-gros : mêlez le tout pour s'en servir au besoin. On se servira ensuite d'injections avec le vin blanc miellé, & de médicamens déssicatifs. Quelques auteurs prescrivent le jus de pourpier avec un peu de poudre de sabine, comme un remede excellent pour faire tomber les verrues du vagin.

IV. La clôture du vagin se borne ou à la simple imperforation de la vulve, voyez IMPERFORATION, où le vagin est fermé dans une grande étendue, par des brides & cicatrices qui sont des suites des ulceres de cette partie. Le vagin fermé contre l'ordre naturel peut nuire à quatre fonctions ensemble, ou séparément ; ce sont la menstruation, l'usage du mariage, la conception & l'accouchement ; il n'y a de ressource que dans l'opération pour détruire ces obstacles. Paul d'Aegine & Fabrice d'Aquapendente ont conseillé cette opération, que M. Astruc a décrite plus amplement dans son traité des maladies des femmes, tome I. (Y)


VAGINALE TUNIQUEen Anatomie, est la même que celle qu’on appelle autrement clytroïde. Voyez CLYTROÏDE.


VAGISSEMENTS. m. (Gramm.) mot que nous avons emprunté des Latins, qui avoient vagitus pour désigner le cri des enfans nouveaux-nés, & dont nous avons fait vagissement, qui signifie la même chose. Il ne s'emploie guere que dans les traités de science.


VAGNIACAE(Géog. anc.) lieu de la grande-Bretagne. L'itinéraire d'Antonin le marque sur la route de Vallum à Portus-Riupis, entre Novimagum & Durobrivae, à dix-huit milles du premier de ces lieux, & à huit milles du second. Plusieurs mettent ce lieu à Maidstone, d'autres à Wrotham, & d'autres à Northfleet. (D.J.)


VAGORITUM(Géog. anc.) ville de la Gaule lyonnoise. Ptolémée, liv. II. ch. viij. la donne aux peuples Aruvii ; Ortélius croit que c'est Vaugiron.


VAGUE MESTREVAGUE MESTRE GÉNÉRAL, le, (Fortific.) est dans une armée un officier qui a soin de faire charger, atteler & défiler les bagages d’une armée. Il va tous les soirs prendre l’ordre du maréchal des logis de l’armée, pour savoir la route que les équipages doivent tenir, & ensuite se pourvoir de bons guides. Il fait avertir les bagages de chaque brigade, de se trouver dans un endroit marqué pour les faire défiler, selon le rang des brigades. Elles avoient autrefois chacune un étendard de serge qu’on appelloit fanion, mais il n’est plus d’usage.

Il y a plusieurs autres vague-mestres qui sont subordonnés au vague-mestre général, & qui prennent l'ordre de lui. Ils sont choisis dans les brigades de cavalerie & d'infanterie, & ils ont des aides : ils marchent à la tête des colonnes & des brigades. (Q)


VAGUERv. neut. (Brasserie) c'est remuer l'eau & la farine, ou le grain bruisiné.


VAGUESS. f. effet du mouvement imprimé à la surface des eaux, ou sur la mer, ou sur les rivieres. Voyez LAMES.

VAGUES, s. f. pl. (terme de Brasseur) autrement brassoirs ; ce sont des especes de longs rabots de bois assez semblables à ceux avec lesquels les Limousins courroyent leur mortier. Les brasseurs de biere s'en servent pour remuer & brasser leur biere, soit dans les cuves à matiere où ils la préparent, soit dans les chaudieres où ils la font cuire. (D.J.)

VAGUE, adj. (Gramm.) qui n'est pas limité, circonscrit, déterminé. On dit le vague de l'air, le vague d'une idée, d'un discours, d'une proposition, d'un dessein.

VAGUE, en Anatomie, nom de la huitieme paire de nerfs qu'on appelle aussi sympathiques moyens.

On lui a donné ce nom parce qu'elle se distribue à différentes parties du corps.

La huitieme paire de nerfs naît de la partie postérieure de la moëlle allongée, de la protubérance annulaire, & de la partie antérieure des éminences olivaires par plusieurs filets, qui en s'unissant, sortent du crâne par le trou déchiré postérieur ; le nerf accessoire de la huitieme paire, ou nerf spinal s'y unit avant sa sortie. Voyez ACCESSOIRE.

Cette paire de nerfs se divise ensuite en deux parties principales, dont la plus petite se distribue aux muscles voisins de la langue, à ceux du pharynx, &c. & va ensuite se perdre dans la langue en communiquant avec le grand & le petit hypoglosse. Voyez HYPOGLOSSE.

La grande portion de la huitieme paire après avoir communiqué avec la neuvieme paire & le nerf intercostal, paroît former une espece de ganglion, d'où il se détache un filet qui se distribue au larynx, à la glande thyroïde, &c. qui communique avec le nerf récurrent ; elle descend ensuite avec la veine jugulaire interne, l'artere carotide, en leur donnant des rameaux & à l'oesophage ; en entrant dans la poitrine, elle produit le nerf récurrent qui embrasse à droite l'artere souclaviere, & à gauche l'aorte, & envoie des branches à l'oesophage, à la trachée artere & au larynx. Les différents filets que la huitieme paire jette de chaque côté, forment par leur rencontre mutuelle & leur communication avec les filets du nerf intercostal, différens plexus, dont les principaux sont le plexus pulmonaire, & le plexus cardiaque.

Le plexus cardiaque produit quantité de filets qui vont se distribuer au coeur ; le plexus pulmonaire en produit de même qui se distribuent au poumon. Voyez COEUR & POUMON.

La huitieme paire gagne peu-à-peu l'estomac, & jette chemin faisant différens rameaux à l'oesophage, après cela tous les autres filets forment par leur entrelacement le plexus coronaire stomachique, duquel naissent plusieurs filets de nerfs qui se distribuent à l'estomac. Voyez ESTOMAC.

Le plexus coronaire produit dès sa naissance deux cordons particuliers, qui en s'unissant avec le nerf intercostal, forment le plexus hépatique, le plexus splénique, les plexus mésentériques & les plexus renaux qui distribuent des filets au foie, à la rate, au mésentere & aux reins. Voyez FOIE, RATE, &c.

On a remarqué dans l'ouverture d'un cadavre mort paralytique dans l'hôpital de la Charité de Paris, une tumeur ganglio-forme de la grosseur du doigt dans la huitieme paire un peu avant qu'elle produise le nerf récurrent.

VAGUE année, (calend. de Cappadoce) année des Cappadociens un peu plus courte que l'année julienne ; en voici l'histoire, & les raisons peu connues.

Les Cappadociens avoient une année qui leur étoit propre, & qui différoit absolument de l'année solaire des Romains, ainsi que de l'année luni-solaire des Grecs de l'Asie mineure & de la Syrie, soit pour la grandeur, soit pour les noms des mois, pour leur durée, & pour le lieu de l'année solaire auquel ils répondoient.

Cette année cappadocienne étoit composée de 12 mois de trente jours chacun, auxquels on ajoutoit cinq épagomenes ; ainsi c'étoit une année vague, plus courte d'un quart de jour que l'année julienne, dont le nourous ou le premier jour remontoit d'un jour tous les quatre ans dans l'année solaire, & ne revenoit au même jour qu'au bout de 1460 ans.

Nous ne connoissons que deux nations chez lesquelles l'année vague ait été employée dans l'usage civil, les Egyptiens & les Perses. La Cappadoce n'a jamais rien eu à démêler avec les Egyptiens, si ce n'est peut-être au tems de l'expédition de Sésostris ; & d'ailleurs les noms des mois cappadociens n'ont aucun rapport avec ceux des mois égyptiens : mais voici une raison plus forte. L'année fixe ou julienne n'a été établie dans la Cappadoce que quand le nourous ou premier jour de l'année vague répondoit au 12 Décembre ; or le premier jour de l'année vague égyptienne, celui qui suit les épagomenes, a répondu au 12 Décembre depuis l'an 304, jusqu'à l'an 307 avant Jesus-Christ, & long-tems avant que l'on eût pensé à établir l'usage d'une année solaire fixe, qui ajoutoit un 366e jour tous les quatre ans ; car Jules-César en est le premier auteur.

De-plus, les noms cappadociens de la plûpart des mois sont formés sur ceux des Persans, & non sur ceux des Egyptiens. Ce pays a été long-tems soumis aux Medes & aux Perses, qui avoient à-peu-près la même religion, & qui l'avoient portée dans la Cappadoce ; de-là il faut conclure que c'étoit aussi d'eux que les Cappadociens avoient emprunté leur année vague de 365 jours.

Les Arméniens se servent aujourd'hui d'une année composée comme celle des anciens persans, de douze mois de trente jours chacun, & de cinq épagomenes ; cette année est absolument vague, sans aucune intercalation, & elle remonte tous les quatre ans d'un jour dans l'année julienne. Elle sert dans le pays pour les actes & pour la date des lettres ; mais en même tems elle emploie une autre année, qui est proprement l'année ecclésiastique, & qui sert dans la liturgie pour régler la célébration de la pâque & des fêtes, le tems des jeûnes, & tout ce qui a rapport à la religion ; cette année est fixe au moyen d'un sixieme épagomene qu'on ajoute tous les quatre ans. Les noms des mois sont les mêmes que ceux de l'année vague ; mais le nourous, ou premier jour de l'année qui commence avec le mois de navazardi, est fixé depuis long-tems au onzieme du mois d'Août de l'année julienne, & il ne s'en écarte plus.

Le premier du mois navazardi, ou le nourous de l'année vague, répondoit en 1710 au 27 Septembre julien, c'est le 8 Octobre grégorien, & par conséquent il précédoit de 318 jours le nourous de l'année fixe suivante, ou le onzieme d'Août 1711. Ce précès de 318 jours n'a pu se faire qu'en 1278 ans vagues égaux à 1277 juliens & 47 jours ; ôtant ce dernier nombre de 1709 ans complets, plus 270 jours ; il restera 432 ans 223 jours après l'ére chrétienne, ou le onzieme d'Août de l'an 433 de Jesus-Christ. Ce fut sans-doute alors qu'on établit en Arménie l'usage d'une année fixe, semblable à l'année julienne.

Les Arméniens avoient cessé en 428 ou 429 d'avoir des rois, & ils étoient gouvernés par des satrapes persans. Comme les rois de Perse leur défendoient d'avoir aucun commerce avec les grecs, & même d'en garder les livres, & qu'ils n'en avoient aucuns écrits dans leur propre langue, pour laquelle ils n'avoient pas même de caracteres, ils se proposerent d'en inventer un qui en exprimât les sons, & dans lequel ils pussent écrire une traduction de la bible, des sermonaires, &c. Moïse de Khorenne fut employé à cet ouvrage avec d'autres savans, & ce fut alors qu'on pensa à établir une liturgie propre aux églises arméniennes ; mais comme il étoit très-difficile d'avoir un calendrier qui donnât dans l'année vague le jour de Pâques, & la célébration des fêtes aux mêmes jours que les autres églises chrétiennes qui se régloient sur l'année julienne, ce fut sans-doute par cette raison qu'on établit l'usage d'une année liturgique fixe.

Dans la suite, lorsque les Arméniens se réconcilierent avec l'Eglise latine, & qu'une partie d'entre eux reconnut les papes de Rome, dans une espece de concile tenu à Kerna, au xij. siecle, ils admirent la forme de l'année julienne, que le commerce avec les Francs avoit rendue nécessaire depuis les croisades. Les actes du concile des Sis joignent l'an 756 de l'ere arménienne avec l'an 1307 de l'ére vulgaire, & datent dans l'une & l'autre année par le 19 de Mars. Dans le concile d'Adena, tenu en 1316, où il fut question du calendrier, on ne se sert que des mois juliens & de l'ere vulgaire, & encore aujourd'hui lorsque les arméniens traitent avec les occidentaux, ils emploient les mois juliens. Une lettre ou bulle du patriarche arménien de Valarschapad, publiée par Schroder, porte la date du premier Décembre 1153 de l'ére arménienne, c'est l'an 1702.

Le dictionnaire arménien de Riucola donne le nom de plusieurs mois rapportés aux mois juliens ; mais ce rapport est très-différent de celui qui se trouve dans les liturgies & dans les calendriers entre l'année julienne & l'année arménienne fixe. Riucola avoit sans-doute copié des calendriers réglés au xjv. siecle, pour donner le rapport qu'avoit alors l'année vague avec l'année julienne. Mém. de l'acad. des Insc. tome XIX. (D.J.)


VAGUM(Géog. anc.) promontoire de l'île de Corse. Ptolémée, l. III. c. ij. le marque sur la côte orientale de l'île, entre Mariana-civitas & Mantinumcivitas. Cluvier dit, que c'est le promontoire qui est à l'entrée de l'étang de Brigaglia. (D.J.)


VAHALAIS. m. (Hist. nat. Botan.) racine de l'île de Madagascar ; elle vient de la grosseur de la tête d'un homme ; son goût approche de celui d'une poire ; on la mange ou crue, ou cuite. Elle fait la nourriture la plus ordinaire des habitans.


VAHALIS(Géog. anc.) Tacite écrit Vahalis, & César Valis ; fleuve du pays des Bataves. Le Rhin étant arrivé à l'entrée de leur pays, se partagea de tous tems en deux bras, dont le gauche coula vers la Gaule, & le droit après avoir servi de bornes entre les Bataves & les Germains, se rendit dans l'Océan. Le bras gauche fut appellé Vahalis. La Meuse, dit César, l. IV. c. x. prend sa source au mont Vogesus, aux confins des Lingones ; & après avoir reçu une certaine partie du Rhin nommé le Vahal, elle forme l'île des Bataves. On croit que le nom de ce fleuve venoit du mot germanique waalen, qui signifie détourner, & qu'on l'aura appellé waal, parce que cette branche du Rhin se détournoit vers la Gaule.


VAHATSS. m. (Teinture) le vahats est un arbrisseau de l'île de Madagascar, dont la racine est propre pour la teinture. Lorsqu'on veut se servir de cette racine, on enleve l'écorce qui peut seule donner de la couleur ; & après en avoir réduit une partie en cendres, dont on fait une espece de lessive, on met bouillir dans cette lessive avec l'autre partie d'écorce qu'on a reservée, les matieres qu'on veut teindre, auxquelles il faut prendre garde de ne pas donner un feu trop vif. La couleur que produit cette teinture, est un rouge couleur de feu, ou un jaune éclatant, si l'on y ajoute un peu de jus de citron. (D.J.)


VAHIAS. f. (Hist. nat. Botan.) plante de l'île de Madagascar. Elle rampe comme le lierre terrestre, & répand une odeur très-aromatique.


VAHON-RANOUS. m. (Hist. nat. Botan.) plante de l'île de Madagascar ; elle vient d'un gros oignon ; sa racine est très-forte, on en mêle dans les alimens des enfans, afin de chasser les vers. Cette plante croît sur le bord des étangs, sa fleur est fort belle. Ses feuilles broyées & battues avec de l'eau la font écumer comme du savon, aussi s'en sert - on pour se nettoyer le visage.


VAIGRERv. neut. terme de Marine ; c'est poser en place les planches qui font le revêtement intérieur du vaisseau. Voyez VAIGRES.


VAIGREou SERRES, s. f. pl. terme de Marine ; ce sont des planches qui font le bordage intérieur du vaisseau, & qui forment le serrage ; c'est-à-dire la liaison. Voyez encore les articles suivans.

Vaigres de fond. Vaigres les plus proches de la quille, elles n'en sont éloignées que de 5 à 6 pouces ; on ne les joint pas entierement à la quille, afin de laisser un espace pour l'écoulement des eaux, jusqu'à l'archipompe ; cet espace est fermé par une planche qui se leve selon le besoin.

Vaigres d'empâture. Ce sont les vaigres qui sont audessus de celles du fond, Voyez VAIGRES DE FOND, & qui forment le commencement de la rondeur des côtes.

Vaigres de pont. Ce sont des vaigres qui font le tour du vaisseau, & sur lesquels sont posés les bouts des baux du second pont.

Vaigres de fleurs. Vaigres qui montent au-dessus de celles d'empâture, & qui achevent la rondeur des côtes. Voyez FLEURS.


VAILAterme de Chasse ; c'est le terme dont un valet de limier doit user, quand il arrête son limier qui est sur les voies d'une bête, pour connoître s'il est dans la voie.


VAILLANCES. f. (Morale) voyez VALEUR. Il ne faut pas néanmoins renvoyer séchement au mot synonyme, quand on peut faire quelque chose de plus. Je définis donc la vaillance, l'effet d'une force naturelle de l'homme qui ne dépend point de la volonté, mais du méchanisme des organes, lesquels sont extrêmement variables ; ainsi l'on peut dire seulement de l'homme vaillant, qu'il fut brave un tel jour, mais celui qui se le promet comme une chose certaine, ne sait pas ce qu'il sera demain ; & tenant pour sienne une vaillance qui dépend du moment, il lui arrive de la perdre dans ce moment même où il le pensoit le moins. Notre histoire m'en fournit un exemple bien frappant dans la personne de M. Pierre d'Ossun, officier général, dont la vaillance reconnue dans les guerres de Piémont, étoit passée en proverbe ; mais cette vaillance l'abandonna à la bataille de Dreux, donnée en 1562, entre l'armée royale & celle des protestans ; ce brave officier manqua de courage à cette action, & pour la premiere & la seule fois de sa vie, il prit la fuite. Il est vrai qu'il en fut si honteux, si surpris & si affligé, qu'il se laissa mourir de faim, & que toutes les consolations des autres officiers généraux, ses amis, & du duc de Guise en particulier, ne firent aucune impression sur son esprit ; mais ce fait prouve toujours que la vaillance est momentanée, & que la disposition de nos organes corporels la produisent ou l'anéantissent dans un moment. Nous renvoyons les autres réflexions qu'offre ce sujet aux mots COURAGE, FERMETE, INTREPIDITE, BRAVOURE, VALEUR, &c. (D.J.)


VAILLANTadj. qui a de la vaillance. Voyez VAILLANCE.

VAILLANT, terme de Maréchal, cheval vaillant. On appelle ainsi un cheval courageux & vigoureux.


VAINadj. (Gram.) ce mot a plusieurs acceptions fort différentes. On dit d'un homme qu'il est vain, c'est-à-dire qu'il s'estime lui-même, aux yeux des autres, & plus qu'il n'est permis, de quelque qualité qu'il a ou qu'il croit avoir. Voyez l'article VANITE. On dit d'une science que ses principes sont vains, lorsqu'ils n'ont aucune solidité. On dit de la gloire & des plaisirs de ce monde qu'ils sont vains, parce qu'ils passent : de la plûpart de nos espérances qu'elles sont vaines, parce qu'elles nous trompent. On dit encore de presque toutes les choses qui ne produisent pas l'effet qu'on en attend, qu'elles sont vaines ; des prétentions vaines, une parure vaine, la pompe vaine d'un mausolée, d'un tombeau. Un tems vain est celui d'un jour de chaleur qui accable, étouffe, résout les forces, & rend incapable d'occupation.

VAIN PATURAGE, (Jurisprud.) est celui qui se trouve sur les terres & prés après la dépouille, sur les terres en gueret ou en friche, dans les bruyeres, haies, buissons & bois non défensables. Voyez PRÉS & PATURAGES, PATURE. (A)

VAIN, (Maréchal.) cheval vain, c'est celui qui est foible par trop de chaleur, ou pour avoir pris quelques remedes, ou pour avoir été mis à l'herbe, ensorte qu'il n'est plus guere en état de travailler.

VAINE PATURE, (Jurisprud.) est la même chose que vain pâturage. Voyez ci-devant VAIN PATURAGE & les mots PATURAGE, PATURE & PRES. (A)

VAINES, (Véner.) il se dit des fumées légeres & mal pressées des bêtes fauves.


VAINCRESURMONTER, (Synon.) vaincre suppose un combat contre un ennemi qu'on attaque & qui se défend. Surmonter suppose seulement des efforts contre quelque obstacle qu'on rencontre, & qui fait de la résistance.

On a vaincu ses ennemis, quand on les a si bien battus, qu'ils sont hors d'état de nuire. On a surmonté ses adversaires quand on est venu à bout de ses desseins, malgré leur opposition.

Il faut du courage & de la valeur pour vaincre, de la patience & de la force pour surmonter.

On se sert du mot de vaincre à l'égard des passions, & de celui de surmonter pour les difficultés.

De toutes les passions l'avarice est la plus difficile à vaincre, parce qu'on ne trouve point de secours contr'elle, ni dans l'âge, ni dans la foiblesse du tempérament, comme on en trouve contre les autres, & que d'ailleurs étant plus resserrée qu'entreprenante, les choses extérieures ne lui opposent aucune difficulté à surmonter. Synonym. de l'abbé Girard.


VAINQUEURS. m. (Gram.) homme signalé par une victoire. Il se prend au simple & au figuré : il fut moins difficile à Alexandre de vaincre les Perses & les Asiatiques, que ses passions.


VAIRS. m. (terme de Blason) c'est une fourrure faite de plusieurs petites pieces d'argent & d'azur à-peu-près comme un U voyelle, ou comme une cloche de melon. Les vairs ont la pointe d'azur opposée à la pointe d'argent, & la base d'argent à celle d'azur.

On appelle vair affronté, lorsque les vairs ont leurs pointes tendantes au coeur de l'écu, & vair appointé ou vair en pal, quand la pointe d'un vair est opposée à la base de l'autre.

On appelle vair contre vair, lorsque les vairs ont le métal opposé au métal, & la couleur opposée à la couleur : ce qui est contraire à la disposition ordinaire du vair.

Vairé se dit de l'écu, ou des pieces de l'écu chargées de vairs : quand la fourrure est d'un autre émail que d'argent & d'azur, alors on dit vairé de telle couleur ou métal. Senecé porte vairé d'or & de gueules. On appelle aussi des pieces honorables de l'écu vairées, quand elles sont chargées de vair. (D.J.)


VAIRONS. m. (Hist. nat. Ichthyolog.) varius, seu phoxinus levis, poisson de riviere du double plus petit que le goujon ; il a le corps un peu mince & long d'environ trois pouces ; il est couvert de si petites écailles qu'on les distingue à peine, & il n'a point de barbillons. Il y a sur les côtés du corps une ligne de couleur d'or, qui s'étend depuis la tête jusqu'à la queue ; la couleur qui est au-dessous de cette ligne, varie dans différens individus ; car quelques-uns ont le ventre rouge, d'autres blanc ou bleu ; enfin il y en a qui ont sur les côtés du corps du bleu & de la couleur d'or. Ce poisson se plait dans les eaux peu profondes & qui coulent rapidement. On le trouve ordinairement dans les gués couverts de pierres ou de sable. Ray, synop. meth. piscium. Voyez POISSON.

VAIRON, (Maréchal.) se dit de l'oeil du cheval dont la prunelle est entourée d'un cercle blanchâtre, ou qui a un oeil d'une façon, & l'autre d'une autre. Il se dit aussi d'un cheval de plusieurs couleurs, & dont les poils sont tellement mêlés, qu'il est difficile de distinguer les blancs d'avec les noirs, & les roux d'avec les bais. On l'appelloit autrefois vair.


VAISON(Géog. mod.) petite ville, ou bicoque de France, en Provence, au comtat Venaissin, proche la riviere d'Ouvèse, à douze lieues au nord-est d'Avignon, dont son évêché est suffragant. Long 22. 47. latit. 44. 17.

Le nom latin de Vaison est Vasco, ou plutôt Vasio, Vasiorum civitas, Vasio Vocontiorum, autrefois la capitale des Vocontiens, l'une des grandes villes des Gaules, & du nombre de celles qu'on appelloit foederatoe, c'est-à-dire alliées des Romains, comme nous l'apprenons de Pline. Elle étoit dans la plaine, ainsi qu'on le voit par ses ruines. Elle reçut de bonne heure le christianisme ; car un de ses évêques nommé Daphnus, episcopus vasionensis, envoya un député au concile d'Arles tenu l'an 314.

Cette ville fut ruinée sur la fin du sixieme siecle, soit par les Sarrasins, soit par les Lombards d'Italie, qui ayant passé les monts, ravagerent les pays qui sont entre le Rhône & les Alpes. A la place de cette ancienne ville de Vaison, on a bâti sur une montagne la nouvelle ville, qui n'est, à proprement parler, qu'une méchante bicoque dépeuplée, de la dépendance du pape, sans fortifications, & dont l'évêque a moins de revenu que plusieurs curés ordinaires. (D.J.)


VAISSEAUS. m. (Gram.) il se dit en général de tout ustensile propre à contenir quelque chose de fluide ou de solide. La capacité du vaisseau est indéterminée ; il y en a de grands, de petits, de toutes sortes de formes, & pour toutes sortes d'usage ; le tonneau, la caraffe, le verre, la tasse, le calice, &c. sont des vaisseaux.

VAISSEAU SANGUIN, (Physiol.) Les vaisseaux sanguins sont distingués en arteres & en veines. On nomme arteres les vaisseaux qui reçoivent le sang du coeur, pour le distribuer dans toutes les parties du corps. On appelle veines les vaisseaux qui rapportent de toutes les parties au coeur une portion de sang qui avoit éte distribué dans ces mêmes parties par les arteres.

Ces sortes de vaisseaux se distinguent aisément dans le corps vivant ; les premiers, c'est-à-dire les arteres, ayant deux mouvemens que les veines n'ont pas, ou du moins qui ne s'y montrent pas d'une maniere aussi sensible. Dans l'un de ces mouvemens les arteres sont dilatées, & dans l'autre elles se resserrent. On nomme le premier diastole, & le second systole.

Les anatomistes sont partagés sur le nombre des tuniques des arteres ; les uns les ont multipliées, les autres les ont diminuées. D'autres ont disputé sur leur nature. Sans entrer dans cette discussion, nous en reconnoitrons trois avec la plûpart des écrivains. La plus extérieure vasculeuse, la seconde musculeuse, dont les fibres sont annulaires, & la troisieme nerveuse. Ruysch en ajoute une quatrieme qu'il nomme cellulaire.

Toutes les arteres commencent par deux troncs principaux, dont l'un sort du ventricule droit du coeur pour aller se distribuer aux poumons ; on le nomme artere pulmonaire : le second qui est appellé aorte, prend naissance du ventricule gauche, pour aller se distribuer généralement à toutes les parties, sans en excepter même les poumons ni le coeur.

Les veines commencent où les arteres finissent, de sorte qu'on les considere comme des arteres continuées. Elles ne sont dans leur origine que des enduits d'une petitesse indéfinie, & de l'union de plusieurs rameaux les uns avec les autres, il se forme des troncs d'une grosseur plus considérable, laquelle augmente d'autant plus qu'ils s'éloignent de leurs origines, & qu'ils approchent du coeur.

Les veines n'ont point de mouvement apparent ; il se rencontre dans leur cavité des membranes divisées en soupapes ou valvules, qui facilitent le cours du sang vers le coeur, & empêchent son retour vers les extrêmités. Voyez VALVULE.

Les veines ont moins d'épaisseur que les arteres : ce qui a donné lieu aux anciens de croire que les veines n'étoient formées que d'une seule membrane ou tunique, & que les arteres en avoient deux ; mais les modernes ont découvert que les veines sont composées à-peu-près des mêmes tuniques que les arteres, avec cette différence néanmoins qu'elles y sont plus minces, & n'ont point le même arrangement. La premiere de ces tuniques est membraneuse, n'étant faite que de plusieurs filets, qui s'étendent pour la plûpart suivant la longueur de la veine ; la seconde est vasculeuse ; la troisieme glanduleuse, & la quatrieme est faite de plusieurs fibres annulaires, que quelques-uns disent musculeuses ; car il regne la même variété d'avis sur la tunique des veines que sur celle des arteres.

On doit observer en général que toutes les arteres sont accompagnées dans leurs distributions d'autant de veines, & qu'il se trouve le plus souvent deux veines pour une seule artere. Il n'en est pas ainsi des veines ; car on en rencontre plusieurs qui ne sont accompagnées d'aucune artere ; telles sont pour l'ordinaire les veines extérieures des bras & des jambes, &c. On juge de-là que les ramifications des veines sont plus nombreuses que celles des arteres.

On observe aussi que les troncs & les principales branches tant des arteres que des veines, conservent ordinairement la même situation dans tous les sujets, mais qu'il n'en est pas ainsi de leur ramification, principalement à l'égard des veines ; car leur situation varie beaucoup, non-seulement dans plusieurs sujets, mais même à l'égard des membres d'un même sujet ; les jeux de la nature sont très-fréquens sur cet article. Voyez VAISSEAU sanguin, (Angiol.) (D.J.)

VAISSEAU SANGUIN, (Angiolog.) Les vaisseaux sanguins sont de deux sortes, nommés arteres & veines. L'origine, le décours & les ramifications de ces deux genres de vaisseaux, offrent des variétés sans nombre ; nous exposerons seulement les principales.

1°. Jeux de la nature sur les arteres. Chaque ventricule du coeur produit une maîtresse artere ; l'antérieur jette la pulmonaire ; le postérieur donne naissance à l'aorte.

L'artere bronchiale, devenue fameuse par la description de Ruysch, & par les injections de ses ramifications que j'ai vu souvent dans son cabinet, a une naissance fort incertaine ; tantôt elle vient de la crosse de l'aorte, ou des environs de cette courbure ; quelquefois d'une intercostale, & quelquefois quoique plus rarement, d'un tronc commun avec l'oesophagienne. M. Winslow a vu une communication de l'artere bronchiale gauche, avec la veine azygos ; & il l'a vu une autre fois s'anastomoser dans le corps de cette veine.

L'aorte jette comme on sait, les deux coronaires du coeur, les intercostales & les oesophagiennes. Cependant quelquefois les coronaires sont triples ; les intercostales au nombre de dix de chaque côté, aulieu de sept ou huit qui est le nombre ordinaire ; & on ne rencontre quelquefois qu'une artere oesophagienne, au-lieu de deux. De plus, les oesophagiennes naissent très-souvent des intercostales.

La laryngée est assez souvent double.

Les musculaires du cou varient beaucoup en nombre.

La stylo - mastoïdienne vient souvent du trone de l'occipitale.

L'artere orbitaire qui naît de la maxillaire, est le plus ordinairement double.

Les sous-clavieres & les carotides ont quelquefois deux troncs communs.

Les trachéales, les médiastines & la thymique, ont leur nombre & leur origine incertaine, & qui varie dans tous les sujets. Les trachéales viennent tantôt de la thymique, tantôt de la sous-claviere, tantôt de la carotide, &c. Les médiastines & les péricardines viennent de plusieurs endroits ; la thymique, la mammaire interne, les diaphragmatiques, l'aorte & les intercostales les produisent. La thymique est quelquefois double, & naît quelquefois du tronc commun de la sous-claviere & de la carotide. Les médiastines manquent assez souvent.

La mammaire externe donne des rameaux dont le décours & la distribution varient dans divers sujets.

Les arteres cervicales sortent souvent de la partie supérieure de la sous-claviere ; mais souvent les vertébrales & les carotides les produisent : quelquefois elles viennent d'un seul tronc.

L'artere basilaire se divise quelquefois de nouveau vers l'extrêmité de l'apophyse basilaire, en deux branches latérales.

L'artere intercostale supérieure a une origine très-incertaine ; quelquefois elle naît de l'aorte, d'autres fois de la sous-claviere, & d'autres fois de la cervicale.

La mammaire interne est souvent double ; & les thorachiques inférieures naissent souvent d'un seul tronc.

L'artere brachiale se divise quelquefois au milieu du bras, & quelquefois plus haut ; & sa distribution présente divers jeux de la nature en divers sujets.

L'artere cubitale se termine dans la paume de la main, par une arcade qu'on nomme palmaire, qui n'est pas également bien formée dans tous les sujets.

Passons à la distribution de l'aorte dans le bas-ventre.

L'artere coeliaque se divise quelquefois tout-à-coup près de son origine, en trois branches, à-peu-près en maniere de trépié ; ensuite elle offre plusieurs variétés dans les ramifications de ses branches. Elle fournit dans son cours l'artere gastrique ; mais celle-ci sort quelquefois de même que l'hépatique, de la mésentérique supérieure ; & quelquefois elle est double.

L'artere mésentérique supérieure, que produit l'aorte dans le bas-ventre, n'est pas moins considérable que la coeliaque, & a de même ses variétés dans ses anastomoses.

Les arteres rénales ou émulgentes sont quelquefois doubles de chaque côté ; mais leur grosseur est alors proportionnée à leur nombre.

Les capsulaires viennent tantôt du tronc de l'aorte, tantôt des arteres rénales, souvent des diaphragmatiques, & quelquefois de la coeliaque.

Les arteres spermatiques, qui sont les deux plus petites que produise l'aorte, varient beaucoup dans leur origine & leur décours ; quelquefois l'artere droite passe sur la veine-cave, & quelquefois derriere ; variété qui trouble ceux qui dissequent. Les mêmes arteres se divisent avant que d'arriver aux testicules, tantôt en trois, tantôt en quatre, & tantôt en cinq branches : rien n'est moins fixe.

Les arteres lombaires sortent quelquefois par paires, & non pas séparément, d'un petit tronc commun.

Les arteres sacrées sont quelquefois solitaires, quelquefois au nombre de trois & de quatre. Elles naissent tantôt de l'aorte, tantôt des iliaques, plus rarement des lombaires.

L'artere hypogastrique, qui paroît dans le foetus aussi considérable que le tronc de l'iliaque qui la produit, n'en est qu'une branche dans l'adulte ; sa division varie si fort qu'on n'en sauroit donner une description qui puisse convenir à un nombre même médiocre de sujets.

L'artere honteuse interne est beaucoup plus considérable dans le sexe, à cause de la matrice & du vagin qu'elle arrose. Elle est quelquefois double dans l'un & l'autre sexe, mais plus souvent dans les femmes ; c'est peut-être de-là que dépend dans quelques-unes, l'abondance de leurs regles. D'ailleurs l'artere honteuse interne communique tant avec la honteuse externe, qu'avec la moyenne ; & leur réunion porte par conséquent dans les parties de la génération, la force & la chaleur du tempérament.

Voilà les jeux des principales arteres. Un détail poussé plus loin des petits rameaux artériels, n'offriroit que semblables jeux, dont il seroit difficile de tirer quelque usage ; quoique ces variations aient leur utilité particuliere, en offrant au sang de nouvelles routes, lorsque quelques arteres cessent de faire leurs fonctions.

2°. Jeux de la nature sur les veines. Le coeur ne produit que deux arteres ; mais il reçoit plusieurs grosses veines pulmonaires.

La veine bronchiale varie non-seulement dans son origine, mais quelquefois même elle manque, au-lieu qu'ordinairement elle est double.

La veine azygos est très-considérable, & double dans quelques sujets ; quand elle est fort grosse, alors la veine-cave inférieure est très-étroite ; elle se termine par anastomose, tantôt avec la veine émulgente, tantôt avec une veine lombaire, tantôt immédiatement avec le tronc de la veine-cave inférieure, & tantôt autrement ; car il se trouve ici cent jeux de la nature. Elle reçoit communément les intercostales inférieure, supérieure, les oesophagiennes, souvent les lombaires, & les diaphragmatiques. Mais quelquefois les intercostales inférieures naissent de deux petits troncs communs, & quelquefois d'un seul.

Les veines péricardines, droites & gauches, ont semblablement beaucoup de variations dans leur origine.

Les veines jugulaires externes naissent quelquefois de l'axillaire, & quelquefois de l'union de la sous-claviere & de l'axillaire. Elles sont quelquefois en plus grand nombre que deux de chaque côté. Toutes les branches des jugulaires externes communiquent non-seulement ensemble, mais encore avec les branches de la jugulaire interne. De-là vient la difficulté que les Chirurgiens rencontrent souvent dans la saignée du col ; les ligatures ordinaires ne faisant point gonfler les vaisseaux qu'on doit ouvrir, à cause de l'issue que le sang trouve vers la jugulaire interne.

La veine vertébrale est quelquefois double dans sa partie inférieure ; la veine occipitale en vient quelquefois, & d'autres fois de l'axillaire.

La veine gutturale gauche sort quelquefois de la veine axillaire, comme M. Winslow l'a vu.

La veine axillaire jette quelquefois une branche de communication à la basilique.

La veine porte & la splénique reçoivent un grand nombre de vaisseaux qui viennent du ventricule, du duodénum, de la vésicule du fiel, du pancréas, & de l'épiploon ; mais ces veines varient infiniment dans chaque sujet, pour leur nombre & leur distribution.

La naissance des veines lombaires se trouve dans divers sujets, varier de différentes manieres.

La veine sacrée est quelquefois double, & ensuite se réunit en un seul tronc ; elle est encore quelquefois une branche de l'hypogastrique.

Ce court détail des jeux de la nature sur les vaisseaux sanguins de notre machine, doit suffire. Ceux qui examineront ces vaisseaux dans un grand nombre de cadavres, seront peut-être surpris d'y rencontrer des jeux infinis ; chaque sujet présente un arrangement nouveau. Quand on n'a pas eu l'occasion, ou l'habitude des nombreuses dissections, on croit assez souvent faire des découvertes importantes, lorsqu'il arrive d'observer quelques variétés en ce genre, tandis que les grands anatomistes, à qui ces variétés sont familieres, en gardent le silence dans leurs écrits, ou se contentent d'en avertir une fois pour toutes.

3°. Observation générale sur les jeux des vaisseaux sanguins. Comme entre les exemples de ces jeux, on parle principalement de ceux qui concernent l'aorte & les arteres émulgentes, on pourroit peut-être proposer une conjecture, qui serviroit à expliquer pourquoi il se trouve quelquefois plusieurs arteres émulgentes.

Supposons que dans un embryon qui commence à se développer, un seul petit tronc d'artere sorte de l'aorte, & qu'avant d'arriver au rein, il se divise en plusieurs branches, ainsi qu'on le voit dans la plûpart des cadavres. Dans cet embryon, le petit tronc de l'artere émulgente n'est pour ainsi dire qu'un point ; si les branches croissent, tandis que le petit tronc ne croît pas, & si en même tems les petites parties qui sont dans l'angle d'où partent les branches, vont à augmenter, voilà le petit tronc partagé en deux ou trois petits troncs, qui auront chacun leur ouverture particuliere dans l'aorte. Avec le tems ces deux ou trois petits troncs, pourront devenir fort éloignés les uns des autres, parce que l'espace qui est entr'eux, croîtra à proportion que l'accroissement de l'aorte augmentera.

On peut aussi comprendre comment un de ces troncs, ou une branche de l'artere émulgente, n'entre pas dans le rein à l'endroit de la sinuosité, & qu'il perce ailleurs la substance du rein. Il se peut faire que la substance du rein se développe sur le chemin par où cette artere doit entrer ; alors cette artere aura dans le rein une entrée plus haute ou plus basse que de coutume.

Ordinairement l'aorte fournit un tronc commun pour la sous-claviere & la carotide droite ; elle donne ensuite la carotide gauche, & enfin la sousclaviere gauche. Quelquefois la carotide & la sousclaviere du côté droit, ont chacune une origine distinguée.

La conjecture que l'on vient de proposer, peut encore ici être appliquée ; & elle fourniroit la raison de cette variété.

En effet, il est aisé de concevoir que si dans l'embryon, le tronc commun de la carotide & de la sousclaviere droite manque à se développer, tandis que l'une & l'autre de ces arteres prennent leur accroissement, elles paroîtront par la suite partir immédiatement, & chacune séparément, de la courbure de l'aorte. Si la petite portion de l'aorte qui est entre la carotide gauche & le tronc commun de la carotide & de la sous-claviere droite, ne croît pas, il n'y aura qu'un tronc pour la sous-claviere droite & les deux carotides ; c'est ce qu'on trouve aussi quelquefois.

On peut faire l'application du même principe, à l'égard des petits troncs qui sortent de l'artere iliaque interne, dans lesquels on rencontre beaucoup de variétés. On verra facilement qu'il peut y en avoir, car ce sont cinq ou six petits troncs naissans de l'iliaque interne, dans un espace qui dans l'adulte n'a qu'environ un pouce d'étendue ; ainsi ces petits troncs étant placés, pour ainsi dire l'un sur l'autre dans l'embryon, la moindre variété dans le développement, peut produire de la variété dans leur arrangement & leur distribution. Voyez les Mém. de l'acad. des Scienc. ann. 1740. (D.J.)

VAISSEAUX DU CORPS HUMAIN, (Physiologie) l'exilité, la mollesse, & la délicatesse de plusieurs vaisseaux du corps humain, surpasse l'idée que l'imagination s'en forme, & leur derniere division se perd dans la nuit de la nature.

La plus petite artere, rouge ou sanguine, qui est le plus grand de tous les petits vaisseaux, ne paroit pas surpasser en épaisseur un dixieme de fil d'araignée, & c'est une grosse artere comme l'aorte, relativement à une autre pareille artériole de la substance corticale du cerveau. Les vaisseaux de cette partie sont, suivant Leuwenhoeck, cinq cent douze fois plus fins qu'un globule rouge, qu'il prétend n'être pas plus épais qu'un centieme de fil d'araignée ; c'est donc un prodige continuel que des vaisseaux, dont l'exiguité & la finesse sont immenses, puissent résister aux seuls mouvemens, qui sont absolument nécessaires à la vie & à la santé.

Que dis-je ! ils résistent aux fievres les plus terribles ; mais les tuyaux par lesquels commence la filtration des esprits sont infiniment plus fins, jamais l'art de Ruysch n'a pû y pénétrer. Quelle prodigieuse petitesse ! l'imagination se perd dans l'infini que la nature offre par-tout.

Ces mêmes vaisseaux, qui sont l'objet de notre étonnement dans l'adulte, étoient autant de fois plus petits dans le foetus, que l'adulte est plus grand que le foetus, & le nombre en étoit par conséquent autant de fois plus considérable ; car bien-loin qu'un nouveau-né manque d'aucun vaisseau qui se trouve dans les adolescents, il en a d'autant plus, qu'il est plus près de son origine, comme Ruysch l'a remarqué, en injectant de jeunes sujets de différens âges, & comme la raison le démontre ; c'est l'effet de la continuation de la vie de raccourcir, de boucher, d'ossifier, de détruire tous les vaisseaux de notre machine. (D.J.)

VAISSEAUX, (Botan.) il y en a de capillaires ; ce sont les plus petits vaisseaux des plantes ; ils changent & varient les combinaisons des premiers principes auxquels il n'est pas aisé de remonter, malgré l'analyse des Chymistes. Les vaisseaux capillaires sont la partie la plus déliée qui compose le dessus des feuilles ; ils succent & attirent la pluie, la rosée, l'air, & les atômes aëriens dont les plantes ont besoin pour leur conservation.

Des excrétoires ; les canaux qui vuident les sucs qui ne sont pas propres à la nourriture des plantes, & qui ont été filtrés dans leurs visceres, se nomment excrétoires ; les poils même qui couvrent les feuilles des arbres, sont autant de vaisseaux excrétoires qui rejettent le fluide superflu.

Des longitudinaux ; ce sont les canaux perpendiculaires qui montent le long de la tige d'un arbre, & qui portent le suc dans les parties les plus élevées, ensorte que ces deux termes deviennent synonymes, & expriment dans un végétal les tuyaux qui montent le plus droit.

Des latéraux ; ce sont les vaisseaux séveux, qui au sortir des vaisseaux perpendiculaires s'étendent horisontalement dans les branches des végétaux pour les nourrir en partie, le reste étant réservé aux feuilles dont les véhicules & les vaisseaux capillaires imbibent l'humidité de l'air.

VAISSEAUX DE CHYMIE ; ces vaisseaux sont la partie des meubles chymiques, supellectilis chimica, qui servent à contenir certains sujets de l'art ; non pas pour les conserver, pour en approvisionner le chymiste, mais pour qu'il puisse les exposer par leur moyen aux divers agens chymiques, & principalement au feu, ou diriger, ramasser, retenir les produits de diverses opérations ; car les vaisseaux que les Chymistes emploient aux usages les plus communs, savoir à serrer, à conserver diverses matieres, tels que les bouteilles, les pots, les poudriers, les boîtes, &c. ne sont pas proprement des vaisseaux de chymie, & l'attention scrupuleuse que les Chymistes doivent avoir à ce que la matiere du vaisseau dans lequel ils enferment chaque substance ne puisse point être attaquée par cette matiere, n'a rien de particulier lorsqu'ils l'appliquent à cette derniere espece ; on a cette attention à propos de l'usage économique des vaisseaux, & de celui auquel on les emploie dans tous les arts. Il faut convenir cependant que cet objet mérite une circonspection particuliere lorsqu'il s'agit de matieres chymiques destinées à des procédés de chymie philosophique, ou à des préparations pharmaceutiques. Au reste, cette considération regarde de la même maniere les instrumens (voyez INSTRUMENS DE CHYMIE), mais le choix de la matiere des vaisseaux chymiques proprement dits est bien d'une autre conséquence, & n'est point inspiré comme le précédent, par une prudence & par une expérience vulgaire ; car il ne suffit pas que l'artiste connoisse l'énergie d'une seule substance, qu'il a actuellement sous les sens, il faut qu'il prévoye tous les produits & les événemens divers de l'opération qu'il va exécuter, & qu'il emploie des vaisseaux tellement constitués, s'il est permis de s'exprimer ainsi, & tellement appareillés, qu'ils reçoivent & retiennent ces produits, qu'ils supportent & qu'ils moderent même ces événemens de la maniere la plus avantageuse qu'il est possible. Au reste, il y a sur ceci une espece de tradition dans l'art, & même des loix écrites qui laissent rarement l'artiste dans le cas de méditer ou de tenter beaucoup pour imaginer ou pour choisir la meilleure matiere des vaisseaux & le meilleur appareil. Ce n'est que dans les expériences nouvelles où il pourra avoir ce soin, dont il sera exempt encore, moyennant l'habitude des travaux chymiques & un peu de sagacité de talent, par la considération des travaux analogues sur des sujets analogues ; & il n'arrivera point à un chymiste de distiller, comme M. Halles, du vitriol dans un canon de fusil, sur-tout pour estimer l'air qui se dégorgera de ce corps par ce moyen, parce qu'il se souviendra que l'acide vitriolique, qui s'échappe dans cette opération, attaque le fer avec effervescence, c'est-à-dire émission d'air, & par conséquent porte nécessairement de l'erreur dans l'estimation de l'air réputé entierement fourni par la substance distillée. On trouvera dans différens articles de ce Dictionnaire, & nommément dans les articles particuliers destinés aux diverses opérations chymiques, les principales connoissances de détail nécessaires pour diriger convenablement cette partie de la pratique ou du manuel chymique. Il seroit inutile de répéter ici l'énumération de tous ces différens vaisseaux, dont on trouvera d'ailleurs un tableau, une distribution réguliere dans les planches de chymie. Voyez les Planches avec leur explication : on trouvera encore un article particulier pour chaque vaisseau.

Les Chymistes se font des vaisseaux de terre cuite de poterie, comme les creusets, les têts à rôtir, des cornues, des cucurbites, &c. de verre, tels que des cornues, des alembics, toutes les especes de récipiens les plus employés, &c. de fer fondu, savoir des bassines & des cornues de diverses especes ; de cuivre, comme grands alembics les plus ordinaires, des bassines, des réfrigérans, &c. de plomb, qui fournit les tuyaux des serpentins ; d'étain, savoir les cucurbites pour le bain-marie avec leur chapiteau, &c. d'argent, des cucurbites, des bassines, &c. qu'on substitue avec avantage aux vaisseaux de cuivre qui sont beaucoup plus exposés que ceux d'argent à être entamés par divers sujets chymiques qu'on traite dans ces vaisseaux. Il y a telle opération pour laquelle les vaisseaux d'or seroient très-commodes, par exemple, une cloche à retenir l'acide du soufre, un serpentin pour la distillation des acides minéraux, &c. mais j'ai observé déjà dans quelque autre endroit de ce Dictionnaire, que la pauvreté chymique ne permettoit pas qu'on employât au - moins une fois ce précieux métal à un usage déduit de ses propriétés réelles ; enfin les vaisseaux de bois peuvent servir à traiter les sujets chymiques même par l'application du feu ; le tonneau distillatoire représenté dans les tables de chymie, & dont il est fait mention à l'article DISTILLATION, en est l'exemple & la preuve.

Outre la considération principale qui détermine le choix de la matiere des vaisseaux, & dont nous avons parlé plus haut, savoir leur insolubilité par les matieres à l'action desquelles ils sont exposés dans chaque opération ; outre cette considération, dis-je, il y en a deux autres très-générales pour les opérations qui s'exécutent par le moyen du feu, savoir que le vaisseau résiste au feu, qu'il ne s'y fonde ni éclate, ni se fêle, &c. & 2°. qu'il puisse supporter l'alternative du chaud & du froid qu'occasionnent l'abord libre de l'air, ou l'application faite à dessein d'un corps froid ; voyez REFRIGERANT & DISTILLATION. Les vaisseaux de bonne terre sont ceux qui résistent le mieux au feu, & sur-tout lorsqu'ils sont lutés ; voyez LUT. Le célebre M. Pott a donné sur cette partie importante de manuel chymique, une dissertation dont tous les objets de détail sont trop intéressans pour qu'elle soit susceptible d'extrait. Les artistes ne peuvent se dispenser de la connoître toute entiere ; elle se trouve dans le quatrieme volume de la collection françoise de ses dissertations, sous ce titre : Essai sur la maniere de préparer des vaisseaux plus solides qui puissent soutenir le feu le plus violent, & qui soient les plus propres à contenir les corps en fusion.

Les vaisseaux de métal sont éminemment propres à supporter le rafraîchissement. Les vaisseaux de fer fondu supportent quelquefois le plus grand feu. Les vaisseaux de verre ont besoin d'être lutés pour résister au grand feu, & ils doivent être rafraîchis avec beaucoup de circonspection ; enfin il y a encore une considération particuliere déduite de l'effort que des matieres très-expansibles, l'eau & l'air principalement, font quelquefois au-dedans des vaisseaux, qu'elles peuvent briser, faire sauter en éclat. Pour prévenir cet inconvénient on donne issue à cette matiere expansive, comme on le pratique dans les distillations, au moyen du petit trou du ballon ; voyez DISTILLATION. Ou on emploie des vaisseaux capables de résister aux efforts de la vapeur engendrée au-dedans d'eux, comme lorsqu'on emploie un matras vigoureusement cuirassé, à la préparation de l'éther nitreux (voyez ÉTHER NITREUX) ; ou un vaisseau d'un métal fort épais, comme la machine ou digesteur de Papin. Voyez DIGESTEUR. (b)

VAISSEAUX, (Marine) c'est un bâtiment de charpente construit d'une maniere propre à flotter & à être conduit sur l'eau.

On distingue vaisseaux de guerre & vaisseaux marchands ; la force & la grosseur des vaisseaux, & le nombre de canons qu'ils portent, distinguent les vaisseaux de guerre, des vaisseaux marchands.

Pour connoître l'ensemble & les principales parties d'un vaisseau, il faut voir la pl. I. de la Marine ; fig. 1. & fig. 2. qui sont suffisantes pour toutes les parties antérieures, & la Pl. IV. fig. 1. pour les parties intérieures. Voyez aussi les mots CONSTRUCTION & RANG. On ajoutera cependant ici quelques remarques particulieres sur la construction des vaisseaux en général.

Méthode générale des constructeurs. L'expérience est la base de toutes les regles des constructeurs. Cette expérience consiste à comparer la bonté de différens bâtimens de divers gabarits, & à choisir une moyenne forme qui réunisse les diverses qualités de ces bâtimens. Ils se reglent encore sur les poissons, & ils s'imaginent que de tous les poissons, celui qui va le mieux, doit avoir la forme convenable à un parfait vaisseau. Ce poisson est selon eux le maquereau : ce sont les portions de cet animal que l'on doit suivre. Ainsi l'a du-moins fait un des plus fameux constructeurs françois : c'est M. Hendrick ; & tel est son raisonnement. Le maquereau est cinq fois plus long que large, & sa partie la plus grosse est aux deux premieres parties de sa longueur, & les trois autres vont en diminuant jusqu'à la queue, d'où il conclud que les vaisseaux ayant cette proportion, doivent avoir la même légereté. Comme ce poisson est rond & assez épais, il veut qu'on n'épargne pas les façons aux vaisseaux ; qu'on tienne son estime ronde, & qu'on lui donne beaucoup de hauteur. L'avantage qu'on retire de-là, selon lui, est que le sillage en est plus grand, parce que l'eau passe au-dessous des façons, & ne les choque pas. Outre cela, le plat & la rondeur des étains empêche un grand tangage ou roulis ; ce qui est une qualité essentielle à la bonté d'un bâtiment. Ceux qui font les façons de derriere en poire, n'ont point, dit encore ce constructeur, ces précieux avantages.

D'après ces principes, M. Hendrick a établi ces proportions pour trouver la hauteur de l'étrave ; partagez la quille en cinq parties égales ; prenez-en une ; joignez-la à la hauteur de la quille ; ce sera la hauteur de l'étrave.

Pour déterminer sa quête, il faut partager la quille en douze parties égales, & en prendre une pour la quête.

Pour déterminer la hauteur de l'étambord, partagez la quille en neuf parties égales ; deux de ces parties donneront cette hauteur sur la quille, en y comprenant celle de la mortaise faite sur cette quille, pour ce même étambord. La quête de cette partie du vaisseau doit être la huitieme partie de sa propre hauteur.

On trouve la largeur du maître couple de dehors en-dehors, en partageant la longueur du vaisseau de dedans en-dedans, par le haut en sept parties égales, dont deux donneront la largeur du maître couple, de dehors en-dehors.

Pour avoir la hauteur du fond de cale, partagez le maître couple, de dehors en-dehors, en cinq parties égales.

Deux de ces parties donneront cette hauteur depuis la quille jusqu'au - dessus des baux, en ligne droite.

La hauteur du fond de cale, à prendre dessous la quille, donne la hauteur des façons.

Enfin, pour avoir la longueur de la lisse de hourdi, partagez le maître couple, de dehors en-dehors en trois parties égales, & prenez deux de ces parties.

L'auteur de ces regles a aussi prescrit les dimensions des principales pieces d'un vaisseau ; savoir la quille, l'étambord, l'étrave, les varangues de fond, & les baux du premier pont.

La quille aura autant de pouces en largeur, qu'elle aura de fois sept piés & demi dans sa longueur ; & sa hauteur en-avant sera égale à une fois & demie sa largeur. A l'égard de sa hauteur en-arriere, on la détermine en partageant sa hauteur en-avant en quatre parties égales, & on en prend trois.

L'épaisseur de l'étrave est égale à la largeur de la quille ; sa largeur a deux fois son épaisseur, & on augmente le haut d'un 1/4 de sa largeur d'en-bas.

On donnera à l'épaisseur de l'étambord la largeur de la quille à son ordinaire ; sa largeur d'en-bas aura trois fois son épaisseur, & sa largeur d'en-haut sera la moitié de celle d'en-bas.

La varangue de fond aura autant de largeur & d'épaisseur que la quille.

Et les baux du premier pont auront autant de quarré, que la varangue du fond a d'épaisseur.

Voici un exemple pour rendre sensible l'application de ces regles ; je suppose qu'on veut bâtir un vaisseau de soixante pieces de canon.

La quille sera de 125 piés portant sur terre ; sa largeur sera de 16 pouces 1/2, & sa hauteur de 24 pouces 3/4 en-avant, & de 18 1/2 en-arriere.

L'étrave aura 25 piés 3 pouces de hauteur, & 18 piés 1/2 de quête.

L'étambord aura 27 piés trois pouces de hauteur, & 3 piés 3 pouces de quête.

La longueur de l'étrave à l'étambord par haut de-dedans en-dedans sera de 133 piés.

La largeur du maître couple de-dehors en-dehors, sera de 38 piés 4 pouces.

La longueur de la lisse de hourdi sera de 25 piés & quelques lignes.

Quinze piés quatre pouces sont la hauteur du fond de cale.

La varangue de fond aura de hauteur 16 pouces 1/2 2 piés 8 pouces d'acculement, jusqu'à la premiere lisse, & 12 pouces & quelques lignes d'épaisseur.

Et le ban du premier pont sera de 16 pouces 1/2 en quarré.

Comme tout l'art de la construction proprement dite consiste à bien placer la premiere lisse, M. Hendrick donne une regle particuliere à cet égard ; c'est de partager la longueur de l'étrave en - dedans en trois parties égales, dont il prend la premiere, où il cloue la lisse qu'il conduit jusqu'au bout de la maîtresse varangue, & qu'il fait suivre jusqu'au bas de l'estive.

Ce constructeur ne manque pas de raisons pour appuyer ces regles ; il prétend que les vaisseaux ainsi proportionnés, portent bien la voile ; qu'ils fillent bien ; qu'ils ont un grand fond de cale, capable de contenir beaucoup de vivres, & par-là propres aux voyages de long cours ; que les batteries étant fort élevées au-dessus de l'eau, rendent le tangage plus doux, enfin qu'ils ne craignent point tant l'échouement que les autres vaisseaux.

Ces qualités sont sans-doute excellentes ; mais pour savoir si elles sont réunies par les regles ci-dessus prescrites, il faut lire les articles CONSTRUCTION & TANGAGE.

Mais quelle est la grandeur que doit avoir un vaisseau ? C'est sur quoi M. Hendrick n'a pas jugé à-propos de s'expliquer.

La proportion que j'ai suivie dans cet ouvrage, est celle que les constructeurs ont adoptée d'après l'expérience qui est la moins susceptible des fautes qu'on peut faire dans la construction. Un grand bâtiment a pourtant des avantages dont ne jouit pas un vaisseau médiocre. Premierement, il porte une grande charge, & ce qu'on y met est plus assûré que ce qu'on embarque dans un vaisseau médiocre. En second lieu, il résiste mieux à la tempête ; & par ces deux raisons, il est très-utile pour les voyages de long cours. Enfin, dans un combat il peut, & par son équipage, & par son artillerie, qui sont nombreux, écarter aisément l'ennemi. Ainsi il est en état de se défendre quand un gros tems l'a séparé des autres vaisseaux, avec lesquels il formoit une flotte.

Voilà son beau côté : ses inconvéniens sont, 1°. d'être difficile à loger, parce qu'il y a peu de havre où il puisse entrer & y demeurer à l'abri des vents, & hors de l'insulte & des ennemis ; 2°. d'être plus sensible à une mauvaise construction, les fautes augmentant à proportion de la grandeur du bâtiment ; 3°. de tirer une grande quantité d'eau ; de sorte qu'il est dangereux de siller la nuit près des côtes ou dans des lieux inconnus. Aussi les Anglois, les Hollandois, &c. qui estiment les grands vaisseaux, ne les ramenent jamais chez eux qu'en été, tems où les nuits sont courtes, & où l'on peut par conséquent reconnoître de loin les terres. A tout prendre, je ne serois pas partisan des grands vaisseaux : quelques avantages qu'ils ayent, l'architecture navale est encore trop imparfaite, pour s'exposer aux périls d'une mauvaise construction, qui est inévitable, comme on l'a éprouvé dans l'usage qu'on a fait de ces vaisseaux.

Des rangs des vaisseaux. On distingue les vaisseaux suivant leur grandeur, le nombre de leurs ponts, leur port, & la quantité de canons dont ils sont montés, & on les divise par rangs. Il y en a cinq en France : par deux ordonnances du roi de 1670 & de 1688, ces vaisseaux sont caractérisés de la maniere suivante.

Vaisseaux du premier rang. Ils ont depuis 130 jusqu'à 163 piés de long, 44 piés de large, & 20 piés 4 pouces de creux. Ils ont trois ponts entiers, dont le troisieme est coupé, avec deux chambres l'une sur l'autre ; savoir celle des volontaires ou du conseil, & celle du capitaine, outre la sainte-barbe & la dunette. Leur port est de 1500 tonneaux, & ils sont montés depuis 70 jusqu'à 120 pieces de canon.

Vaisseaux du second rang. Ces vaisseaux ont depuis 110 jusqu'à 120 piés de quille, trois ponts entiers, dont le troisieme est quelquefois coupé, avec deux chambres dans leur château de poupe, outre la sainte-barbe & la dunette. Leur port est de 11 à 1200 tonneaux, & ils sont montés depuis 50 jusqu'à 70 pieces de canon.

Vaisseaux du troisieme rang. Ils ont 110 piés de quille, deux ponts, & n'ont dans leur château de poupe que la sainte-barbe, la chambre du capitaine & la dunette ; mais ils ont un château sur l'avant du second pont, sous lequel sont les cuisines. Leur port est de 8 à 900 tonneaux, & ils sont montés de 40 à 50 pieces de canon.

Vaisseaux du quatrieme rang. La longueur de la quille de ces vaisseaux est de 100 piés ; ils ont deux ponts courant devant arriere, avec leurs châteaux de proue & de poupe, comme les vaisseaux du troisieme rang. Leur port est de 5 à 600 tonneaux, & ils sont montés de 30 à 40 canons.

Vaisseaux du cinquieme rang. Ces vaisseaux ont 80 piés de quille & même moins, & deux ponts courant devant arriere, sans aucun château sur l'avant. Les cuisines sont entre deux ponts dans le lieu le plus commode ; le port est de 300 tonneaux, & ils sont montés de 18 à 20 pieces de canon.

On appelle ces vaisseaux, vaisseaux de ligne, parce que quoique plus petits que les autres, ils sont encore assez forts pour servir dans un corps d'armée.

VAISSEAUX des anciens, (Archit. navale des anc.) tous les vaisseaux armés en guerre chez les anciens, alloient à la voile & à la rame ; mais dans les combats, on abattoit le mât, on plioit les voiles, & on ne se servoit que des rames : les vaisseaux guerroyoient alors comme les oiseaux avec leur bec ; leurs rames leur tenoient lieu d'aîles, & ils tâchoient réciproquement de briser les aîles du vaisseau ennemi ; c'étoit donc dans la rame que consistoit toute la force d'un navire, aussi tiroit-il sa dénomination du nombre des rames.

Les vaisseaux de charge n'alloient qu'à la voile, sans rames, pour épargner les frais de transport. La largeur des vaisseaux de charge étoit ordinairement le quart de la longueur, c'est pour cela qu'on les appelloit , rotundae naves ; les vaisseaux de guerre au contraire se nommoient , longae naves, ils étoient au moins huit fois plus longs que larges. Hiéron, roi de Sicile, fit construire des vaisseaux de transport d'une grandeur extraordinaire, dont le plus considérable pouvoit porter 2000 tonneaux, chaque tonneau pesant 4000 livres.

Au reste, on doit à M. Witsen (Nicolas) un des plus célebres magistrats d'Amsterdam, dans le dernier siecle, un traité curieux de l'architecture navale des anciens, & c'est sans contredit ce que nous avons de meilleur en ce genre ; le lecteur y trouvera les lumieres d'un homme de l'art sur les vaisseaux de guerre des anciens, tant à la voile qu'à la rame, leurs vaisseaux de charge, & leurs vaisseaux de transport ; mais les modernes ont bien renchéri dans cette tactique ; César seroit bien surpris s'il revenoit à Londres, qu'il vît l'architecture navale des Anglois, & les bateaux de Civita-Vecchia. (D.J.)

Lilio Giraldi a donné d'après Maxime de Tyr, la description d'un vaisseau d'un roi phénicien, qui s'en servit pour faire un voyage à Troye ; c'étoit un palais flottant, divisé en plusieurs appartemens richement meublés. Il renfermoit des vergers assez spacieux, remplis d'orangers, de poiriers, de pommiers, de vignes & d'autres arbres fruitiers. Le corps du bâtiment étoit peint de diverses couleurs, & l'or & l'argent y brilloient de toutes parts.

Les vaisseaux de Caligula étoient encore plus magnifiques que celui-ci. L'or & les pierreries enrichissoient leurs pouppes. Des cordes de soie de différentes couleurs en formoient les cordages ; & la grandeur de ces bâtimens étoit telle, qu'elle renfermoit des salles & des jardins remplis de fleurs, des vergers & des arbres. Caligula montoit quelquefois ces vaisseaux ; & au son d'une symphonie formée de toutes sortes d'instrumens, il parcouroit les côtes de l'Italie. Suétone, in Calig.

Cet empereur a encore fait construire des bâtimens qui ont été célebres dans l'antiquité par leur énorme grandeur ; tel a été celui dont il se servit pour faire venir d'Egypte l'obélisque qui fut posé dans le cirque du vatican, & que Suétone appelle le grand obélisque ; c'a été le plus grand vaisseau qu'on ait vû sur mer jusqu'au tems de Pline. On dit que quatre hommes pouvoient à peine embrasser le sapin qui lui servoit de mât. Depuis ce naturaliste, on a essayé de construire de pareils bâtimens ; & ceux qu'on compte sont le grand yave, qui parut au siege de Diu, lequel avoit son château de poupe plus haut que la hune des meilleurs vaisseaux de Portugal ; le caraquon de François I ; le grand jacques & le souverain d'Angleterre, du port de 1637 tonneaux, & dont la quille ne pouvoit être tirée que par vingt-huit boeufs & quatre chevaux ; la fortune de Danemarck & la nonpareille de Suéde, portant deux cent pieces de canon ; enfin, la cordeliere & la couronne. La longueur de ce dernier étoit de 200 piés ; sa largeur de 46 ; sa hauteur de 75 ; & toute la mâture de son grand mât, en y comprenant le bâton de pavillon, étoit de 216 pieces. On peut voir la description de ces deux derniers vaisseaux dans l'hydrographie du P. Fournier, pag. 45. & suiv.

VAISSEAUX CHINOIS, (Marine de la Chine) les vaisseaux chinois pour naviger sur mer, & qui different de leurs bateaux & de leurs barques, sont appellés soma ou sommes par les Portugais.

Ces vaisseaux ne peuvent pas se comparer aux nôtres ; les plus gros ne sont que de 250 à 300 tonneaux de port ; ce ne sont, à proprement parler, que des barques plates à deux mâts ; ils n'ont guere que 80 à 90 piés de longueur. La proue coupée & sans éperon, est relevée en-haut de deux especes d'aîlerons en forme de corne, qui font une figure assez bizarre ; la poupe est ouverte en-dehors par le milieu, afin que le gouvernail y soit à couvert des coups de mer. Ce gouvernail qui est large de cinq à six piés, peut s'élever & s'abaisser par le moyen d'un cable qui le soutient sur la poupe.

Ces vaisseaux n'ont ni artimon, ni beaupré, ni mât de hune. Toute leur mâture consiste dans le grand mât & mât de misaine, auxquels ils ajoutent quelquefois un fort petit mât de perroquet, qui n'est pas d'un grand secours. Le grand mât est placé assez près du mât de misaine, qui est fort sur l'avant. La proportion de l'une à l'autre est communément comme 2 à 3, & celle du grand mât au vaisseau ne va jamais au-dessous, étant ordinairement plus des deux tiers de toute la longueur du vaisseau.

Leurs voiles sont faites de nattes de bambou, ou d'une espece de cannes communes à la Chine, lesquelles se divisent par feuilles en forme de tablettes, arrêtées dans chaque jointure par des perches qui sont aussi de bambou. En-haut & en-bas sont deux pieces de bois : celle d'en-haut sert de vergue : celle d'en-bas faite en forme de planche, & large d'un pié & davantage, sur cinq à six pouces d'épaisseur, retient la voile lorsqu'on veut la hisser, ou qu'on veut la ramasser.

Ces sortes de bâtimens ne sont nullement bons voiliers ; ils tiennent cependant mieux le vent que les nôtres : ce qui vient de la roideur de leurs voiles qui ne cedent point au vent ; mais aussi comme la construction n'en est pas avantageuse, ils perdent à la dérive l'avantage qu'ils ont sur nous en ce point.

Ils ne calfatent point leurs vaisseaux avec du gaudron, comme on fait en Europe. Leur calfas est fait d'une espece de gomme particuliere, & il est si bon qu'un seul puits ou deux à fond de cale du vaisseau suffit pour le tenir sec. Jusqu'ici ils n'ont eu aucune connoissance de la pompe.

Leurs ancres ne sont point de fer comme les nôtres ; elles sont d'un bois dur & pesant, qu'ils appellent bois de fer. Ils prétendent que ces ancres valent beaucoup mieux que celles de fer, parce que, disent-ils, celles-ci sont sujettes à se fausser ; ce qui n'arrive pas à celles de bois qu'ils emploient ; cependant pour l'ordinaire elles sont armées de fer aux deux extrêmités.

Les Chinois n'ont sur leur bord ni pilote, ni maître de manoeuvre ; ce sont les seuls timoniers qui conduisent le vaisseau, & qui commandent la manoeuvre ; ils sont néanmoins assez bons manoeuvriers, mais très-mauvais pilotes en haute mer. Ils mettent le cap sur le rumb qu'ils croyent devoir faire, & sans se mettre en peine des élans du vaisseau, ils courent ainsi comme ils le jugent à-propos. Cette négligence vient en partie de ce qu'ils ne font pas de voyages de long cours.

Mais le lecteur sera bien aise de trouver ici la description détaillée d'un grand vaisseau chinois, faite par cinq missionnaires jésuites pendant leur traverse de Siam à Canton en 1687.

Sa mâture. Cette somme qu'ils monterent, suivant la maniere de compter qui a cours parmi les portugais des Indes, étoit du port de 1900 pics : ce qui à raison de 100 catis ou 125 livres par pic, revient à près de 120 tonneaux ; la pesanteur d'un tonneau est évaluée à deux mille livres. Le gabarit en étoit assez beau, à la reserve de la proue qui étoit coupée, plate & sans éperon. Sa mâture étoit différente de celle de nos vaisseaux, par la disposition, par le nombre & par la force des mâts ; son grand mât étoit placé, ou peu s'en falloit, au lieu où nous plaçons notre mât de misaine, desorte que ces deux mâts étoient assez proche l'un de l'autre. Ils avoient pour étai & pour haubans un simple cordage, qui se transportoit de bas-bord à tribord, pour être toujours amarré audessus du vent. Elle avoit un beaupré & un artimon qui étoient rangés à bas-bord. Au reste ces trois derniers mâts étoient fort petits, & méritoient à peine ce nom. Mais en récompense le grand mât étoit extrêmement gros par rapport à la somme, & pour le fortifier encore davantage, il étoit saisi par deux jumelles qui le prenoient depuis la carlingue jusqu'audessus du second pont. Deux pieces de bois plates fortement chevillées à la tête du grand mât, & dont les extrêmités alloient se réunir sept ou huit piés audessus de cette tête, tenoient lieu de mât de hune.

Sa voilure. Pour ce qui est de la voilure, elle consistoit en deux voiles quarrées faites de nattes, savoir la grande voile & la misaine. La premiere avoit plus de 45 piés de hauteur sur 28 ou 30 de largeur ; la seconde étoit proportionnée au mât qui la portoit. Elles étoient garnies des deux côtés de plusieurs rangs de bambous, couchés sur la largeur de la voile, à un pié près les uns des autres en-dehors, & beaucoup moins serrés du côté des mâts, dans lesquels elles étoient enfilées par le moyen de plusieurs chapelets, qui prenoient environ le quart de la largeur de la voile, en commençant au côté qui étoit sans écoute, desorte que les mâts les coupoient en deux parties fort inégales, laissant plus des trois quarts de la voile du côté de l'écoute, ce qui lui donnoit le moyen de tourner sur son mât comme sur un pivot, sur lequel elle pouvoit parcourir sans obstacle du côté de la poupe au moins 26 rumbs, quand il falloit revirer de bord, portant ainsi tantôt sur le mât, & tantôt y étant seulement attachée par les chapelets. Les vergues y servoient de ralingue par le haut ; un gros rouleau de bois égal en grosseur à la vergue, faisoit le même office par le bas ; ce rouleau servoit à tenir la voile tendue ; & afin qu'il ne la déchirât pas, il étoit soutenu en deux endroits par deux ais, qui étoient suspendus chacun par deux amarres, lesquels descendoient du haut du mât à cet effet. Chacune de ces voiles n'avoit qu'une écoute, un couet, & ce que les Portugais nomment aragnée, qui est une longue suite de petites manoeuvres qui prennent le bord de la voile depuis le haut jusqu'au bas, à un ou deux piés de distance les unes des autres, & dont toutes les extrêmités s'amarroient sur l'écoute, où elles faisoient un gros noeud.

Sa manoeuvre. Ces sortes de voiles se plient & se déplient comme nos paravents. Quand on vouloit hisser la grande voile, on se servoit de deux virevaux & de trois drisses, qui passoient sur trois rouets de poulies enchâssées dans la tête du grand mât. Quand il est question de l'amener, ils y enfonçoient deux crocs de fer, & après avoir largué les drisses, ils en serroient les différens pans à diverses reprises, en halant avec force sur les crocs.

Inconvénient de cette manoeuvre. Ces manoeuvres sont rudes, & emportent beaucoup de tems. Aussi les Chinois, pour s'en épargner la peine, laissoient battre leur voile durant le calme. Il est aisé de voir que le poids énorme de cette voile joint à celui du vent qui agissoit sur le mât, comme sur un levier, eût dû faire plonger dans la mer toute la proue, si les Chinois n'avoient prévenu dans l'arrimage cet inconvénient en chargeant beaucoup plus l'arriere que l'avant, pour contrebalancer la force du vent. De-là vient que quand on étoit à l'ancre, la proue étoit toute hors de l'eau, tandis que la poupe y paroissoit fort enfoncée. Ils tirent cet avantage de la grandeur de cette voile & de la situation sur l'avant, qu'ils font un grand chemin de vent arriere ; mais en échange, de vent largue & de bouline, ils ne peuvent tenir, & ne font que dériver, sans parler du danger où ils sont de virer, quand ils se laissent surprendre d'un coup de vent.

Dans le beau tems, on portoit outre une civadiere, un hunier, un grand coutelas qui se mettoit au côté de la voile, laquelle étoit sans écoute, des bonnettes & une voile quarrée à l'artimon. Toutes ces voiles étoient de toiles de coton.

Disposition de la poupe. La poupe étoit fendue par le milieu, pour faire place au gouvernail dans une espece de chambre qui le mettoit à couvert des coups de mer dans le gros tems. Cette chambre étoit formée par les deux côtés de la poupe, qui laissant une large ouverture en-dehors, se rapprochoient peu-à-peu en-dedans, où ils faisoient un angle rentrant dont la pointe étoit coupée, pour donner au jeu du gouvernail toute la liberté.

Du gouvernail. Ce gouvernail étoit suspendu par deux cables, dont les extrêmités étoient roulées sur un vireveau placé sur la dunete, afin de le baisser & de le lever à-propos. Deux autres cables, qui après avoir passé par-dessous le vaisseau, venoient remonter par la proue à l'avant, où on les bandoit à l'aide d'un virevau, quand ils étoient relâchés, tenoient la place des gonds qui attachent les nôtres à l'estambord. Il y avoit une barre de sept à huit piés de long sans manivelle & sans poulie, pour augmenter la force du timonier. Quatre manoeuvres attachées deux à chaque bord du vaisseau, & dont une de chaque côté faisoit quelques tours sur le bout de la barre, servoient au timonnier à le tenir en état.

Inconvénient de ce gouvernail. Un gouvernail de cette maniere ne se peut faire sentir que foiblement à un vaisseau, non-seulement parce que les cables, par le moyen desquels il lui communique son mouvement, prêtent beaucoup & s'allongent aisément, mais principalement à cause des élans continuels qu'ils lui donnent par le trémoussement où il est sans-cesse ; d'où naît un autre inconvénient, qui est qu'on a toutes les peines du monde à tenir constamment le même rumb dans cette agitation continuelle.

De la boussole. Le pilote ne se servoit point de compas de marine ; il régloit sa route avec de simples boussoles, dont le limbe extérieur de la boîte étoit partagé en vingt-quatre parties égales, qui marquoient les rumbs de vent ; elles étoient placées sur une couche de sable, qui servoit bien moins à les asseoir mollement & à les garantir des secousses du vaisseau (dont l'agitation ne laissoit pas de faire perdre à tout moment l'équilibre aux aiguilles), qu'à porter les bâtons des pastilles dont on les parfumoit sans-cesse. Ce n'étoit pas le seul régal que la superstition chinoise faisoit à ces boussoles, qu'ils regardoient comme les guides assûrés de leur voyage, ils en venoient jusqu'à ce point d'aveuglement, que de leur offrir des viandes en sacrifice.

Le pilote avoit grand soin sur-tout de bien garnir son habitacle de clous : ce qui fait connoître combien cette nation est peu entendue en fait de marine. Les Chinois, dit-on, ont été les premiers inventeurs de la boussole ; mais si cela est, comme on l'assure, il faut qu'ils aient bien peu profité de leur invention. Ils mettoient le cap au rumb où ils vouloient porter, par le moyen d'un filet de soie, qui coupoit la surface extérieure de la boussole en deux parties égales du nord au sud : ce qu'ils pratiquoient en deux manieres différentes ; par exemple pour porter au nord-est, ils mettoient ce rumb parallele à la quille du vaisseau, & détournoient ensuite le vaisseau jusqu'à ce que l'aiguille fût parallele au filet, ou bien, ce qui revient au même, mettant le filet parallele à la quille, ils faisoient porter l'aiguille sur le nord-ouest. L'aiguille de la plus grande de ces boussoles n'avoit pas plus de trois pouces de longueur. Elles avoient toutes été faites à Nangazaqui : un bout étoit terminé par une espece de fleur de lys, & l'autre par un trident.

Du fond de cale. Le fond de cale étoit partagé en cinq ou six grandes soutes séparées les unes des autres par de fortes cloisons de bois. Pour toute pompe, il y avoit un puits au pié du grand mât, d'où sans autre artifice, on tiroit l'eau avec des seaux. Quoique les mers fussent extrêmement hautes & la somme excessivement chargée, cependant par la force de ses membrures & la bonté de son calfat, elle ne fit presque point d'eau.

Composition du calfat. Ce calfat est une espece de composition de chaux, d'une espece de résine qui découle d'un arbre nommé tong-yeon, & de filasse de bambous. La chaux en est la base ; & quand tout est sec, on diroit que ce n'est que de la chaux pure & sans aucun mêlange. Outre que le bâtiment en est beaucoup plus propre, on ne sent point, comme dans nos vaisseaux, cette odeur de gaudron insupportable à quiconque n'y est point accoutumé ; mais il y a encore en cela un avantage plus considérable, c'est que par-là ils se garantissent des accidens du feu, auquel notre brai de gaudron expose nos vaisseaux. Descript. de la Chine par le P. du Halde. (D.J.)

VAISSEAUX JAPONOIS, (Marine du Japon) tous les vaisseaux japonois qu'on voit sur mer, sont faits de bois de sapin ou de cedre, qu'on trouve en abondance dans le pays. Ils sont construits différemment, suivant le but qu'on se propose, & les lieux pour lesquels on les destine.

Les bateaux de plaisir, qui font une espece à part, & dont on se sert seulement pour remonter & descendre les rivieres, ou pour traverser de petites baies, different encore beaucoup dans leur structure, selon la fantaisie de ceux à qui ils appartiennent. Ordinairement ils sont faits pour aller à la rame ; le premier pont est plus bas ; sur celui-là on en construit un autre, qui a des fenêtres ouvertes, & qu'on peut avec des paravents, diviser comme l'on veut, en plusieurs petites chambres ou loges. Le dessus & plusieurs autres parties de ces bateaux sont artistement ornées de diverses banderolles, & d'autres embellissemens.

Les plus grands bâtimens que l'on ait au Japon, sont les vaisseaux marchands, qui s'exposent aux dangers de la mer (quoiqu'ils ne s'éloignent jamais beaucoup des côtes), & qui servent à transporter d'une île ou d'une province à l'autre. Ils méritent une description particuliere, puisque c'est par leur moyen que le commerce s'étend dans toutes les parties de l'empire.

Ils ont pour l'ordinaire quatorze toises de longueur sur quatre de largeur, & ils sont faits pour aller à voiles & à rame. Ils vont en pointe depuis le milieu jusqu'à l'éperon ; les deux bouts de la quille s'élevent considérablement au-dessus de l'eau ; le corps du vaisseau n'est pas convexe, comme celui de nos vaisseaux européens ; mais la partie qui est sous l'eau s'étend presque en droite ligne du côté de la quille. La poupe est large & plate, ayant une grande ouverture dans le milieu, qui va presque jusqu'à fond de cale, & laisse voir tout l'intérieur du bâtiment. On avoit d'abord inventé cette ouverture, pour conduire plus aisément le gouvernail : depuis que l'empereur a fermé l'entrée de ses états à tous les étrangers, il a ordonné expressément qu'on ne bâtit point de vaisseau sans y faire une pareille ouverture ; & cela pour empêcher ses sujets d'aller en haute-mer à quelque dessein que ce soit.

Le tillac s'éleve un peu vers la poupe ; il est plus large sur les côtés, & dans cet endroit il est plat & uni : il est fait seulement de planches de sapin, qui ne sont point fermes, ni attachées ensemble ; il est fort peu au-dessus de la surface de l'eau, quand le vaisseau a toute sa charge. Une espece de cabane de la hauteur d'un homme la couvre presque tout-à-fait : il y a seulement un petit espace vers l'éperon qu'on laisse vuide, pour y serrer les ancres & les cordages ; cette cabane avance hors du vaisseau environ deux piés de chaque côté, & tout-autour il y a des fenêtres qui se brisent, & qu'on peut ouvrir ou fermer comme l'on veut.

Dans le fond il y a de petites chambres pour les passagers, séparées les unes des autres par des paravens & des portes, & dont les planchers font couverts de nattes artistement travaillées ; la plus reculée de ces chambres passe toujours pour la meilleure, & par cette raison elle est destinée au plus apparent des passagers.

Le dessus ou le pont le plus élevé est un peu plat, & fait de planches fort propres & parfaitement bien jointes : quand il pleut on amene le mât, & on le met sur ce pont, & par-dessus on étend la voile, afin que les matelots puissent y être à couvert, & y passer la nuit.

Quelquefois pour le garantir encore mieux de la pluie, on le couvre de nattes de paille, qu'on a toutes prêtes pour cet usage.

Le vaisseau n'a qu'une voile faite de chanvre, & fort ample, & n'a qu'un mât placé environ une toise plus avant que le milieu, du côté de la poupe. On éleve ce mât, qui est aussi long que le vaisseau, avec des poulies, & on l'amene de même sur le pont quand on vient à mouiller.

Les ancres sont de fer, & les cables de paille cordonnée sont plus forts qu'on ne s'imagineroit.

Ces vaisseaux ont communément 30 ou 50 rameurs pour tirer à la rame, lorsque le vent tombe : ces rameurs s'asseient sur des bancs qui sont placés du côté de la poupe ; ils rament en cadence sur l'air d'une chanson, ou sur le ton de quelques paroles, ou sur un son qui sert en même tems à regler leur manoeuvre, & à les animer.

Ils n'étendent pas leurs rames à la maniere des Européens, droit en avant, & fendant justement la surface de l'eau ; mais ils les laissent tomber presque perpendiculairement, & puis ils les relevent : cette maniere de ramer a non-seulement tous les avantages de la nôtre, mais elle donne moins de peine, & paroît beaucoup meilleure, si on considere que les vaisseaux n'ont quelquefois que très-peu d'espace, comme lorsqu'ils passent par des détroits, ou à côté les uns des autres ; & que les bancs des rameurs sont fort élevés au-dessus de l'eau : d'ailleurs leurs rames sont faites précisément pour cet usage, car elles ne sont pas toutes droites comme les nôtres, mais un peu recourbées, avec un joint mobile dans le milieu, lequel cédant à la violente pression de l'eau, fait qu'on peut les relever plus aisément.

Les diverses pieces de la charpente de ces bâtimens, & les planches sont attachées ensemble dans les joints & dans les extrêmités avec des crampons & des bandes de cuivre. L'éperon est orné d'un noeud de franges fait de petits cordons noirs & longs. Les personnes de qualité, dans leurs voyages, font tendre leurs cabanes de drap, auquel leurs armes sont cousues ; & ils mettent leur pique, qui est une marque de leur autorité sur l'arriere du vaisseau, à l'un des côtés du gouvernail ; de l'autre côté il y a une girouette pour l'usage du pilote.

Dans les petits bâtimens, aussi-tôt qu'on a jetté l'ancre, on ôte le gouvernail, & on le met à terre ; ensorte qu'on peut passer au-travers de l'ouverture de la poupe, comme par une porte de derriere, & marchant sur le gouvernail, comme sur un pont, aller à terre. Kaempfer, hist. du Japon. (D.J.)

VAISSEAU SACRE, (Antiq. grecq.) on appelloit ainsi le vaisseau que les Athéniens envoyoient tous les ans à Délos, pour faire des sacrifices à Apollon, & l'on prétend que c'étoit le même sur lequel Thésée avoit mené en Crete les quatorze jeunes enfans que les Athéniens payoient de tribut à Minos. Voyez NAVIRE sacré. (D.J.)

Voici l'explication de quelques façons de parler à l'égard des vaisseaux.

Vaisseau à la bande ; c'est un vaisseau qui cargue, & qui se couche sur le côté, lorsqu'il est sous les voiles, & qu'il fait beaucoup de vent. Voyez encore BANDE.

Vaisseau à l'ancre ; c'est un vaisseau qui a jetté l'ancre à la mer.

Vaisseau à son poste ; c'est un vaisseau qui se tient au lieu qui lui est marqué par son commandant.

Vaisseau beau de combat, ou qui est de beau combat ; vaisseau qui a sa premiere batterie haute, & ses ponts assez élevés, ce qui est un avantage pour bien manier le canon.

Vaisseau corsaire ; voyez CORSAIRE.

Vaisseau démarré ; c'est un vaisseau qui a levé exprès les amarres qui le tenoient, ou dont les amarres ont rompu.

Vaisseau gondolé ; vaisseau qui est ensellé, ou qui est relevé de l'avant & de l'arriere ; ensorte que ses préceintes paroissent plus arquées que celles d'un autre vaisseau.

Vaisseau qui a le côté droit comme un mur ; cela veut dire que le côté du vaisseau n'est pas assez renflé, ou qu'il n'y a pas assez de rondeur dans son fort.

Vaisseau qui a le côté foible ; c'est un vaisseau dont le côté est droit, & qui n'est pas bien garni de bois.

Vaisseau qui a le côté fort ; vaisseau dont le côté a de la rondeur.

Vaisseau qui cargue ; vaisseau qui se couche lorsqu'il est sous les voiles.

Vaisseau qui charge à fret ; vaisseau qui est à louage. Voyez FRET.

Vaisseau qui se manie bien ; c'est un vaisseau qui gouverne bien.

Vaisseau qui se porte bien à la mer ; vaisseau qui a les qualités nécessaires pour bien siller, & pour être doux au tangage.

Vaisseau rallongé ; c'est un vaisseau qui avoit été construit trop court, & qu'on a rallongé pour remédier à ce défaut.

Vaisseaux de bas bord ; ce sont des bâtimens qui vont à voiles & à rames, tels que les galeres, les brigantins, &c. ils ne sont presqu'en usage que sur la Méditerranée.

Vaisseaux de haut bord ; vaisseaux qui ne vont qu'à voiles, & qui peuvent courir toutes les mers.

VAISSEAUX, (Mytholog.) l'usage très-ancien de donner aux vaisseaux le nom des animaux qui étoient représentés sur la proue, a enrichi la mythologie. Elle ne dit point que Persée voyageoit sur un vaisseau, mais qu'il étoit monté sur un cheval aîlé. Dédale s'enfuit de Crete sur un vaisseau à voiles, qui alloit plus vîte que le vaisseau à rames qui le poursuivoit : voilà les aîles avec lesquelles il s'envola. Minerve en construisant le vaisseau des Argonautes avoit employé au gouvernail un des chênes de la forêt de Dodone qui rendoit des oracles ; & cette fable n'est fondée que sur un mot phénicien qui est équivoque, & qui signifie également la parole ou un gouvernail. Virgile n'a garde de dire grossierement que Turnus brûla la flotte de son héros dans le port. Il transforme les vaisseaux d'Enée en des déesses immortelles ; on voyoit déjà, nous dit-il, voler les tisons ardens & les torches enflammées de Turnus ; déjà une épaisse fumée s'élevoit jusqu'aux astres, lorsqu'une voix redoutable se fit entendre : Troyens, dit-elle, ne vous armez point pour la défense de mes vaisseaux ; Turnus embrasera plutôt les mers, que cette flotte sacrée : galeres, nagez & devenez déesses de l'Océan, c'est la mere des dieux qui l'ordonne. Aussitôt chaque galere brise ses cables, & comme des dauphins se plongeant dans le sein de l'onde, elles reparoissent à l'instant, & offrent aux yeux autant d'océanides. Ces nouvelles déesses se souvenant des dangers qu'elles avoient couru, prêtent depuis lors une main secourable à tous les vaisseaux menacés du naufrage, excepté aux vaisseaux des Grecs.... Que d'idées ingénieuses & brillantes dans ce seul endroit de l'Enéide. (D.J.)

VAISSEAUX A FOULER, instrument de Manufacture, autrement piles ou pots, ce sont, pour l'ordinaire, particulierement du côté d'Amiens, de gros troncs d'arbres que l'on a creusés en façon d'auges ou mangeoires d'écuries, où l'on a eu soin de laisser des séparations de distance en distance. C'est dans ces vaisseaux que l'on met les étoffes que l'on veut fouler ou dégorger, ce que l'on appelle reviquer dans les manufactures d'Amiens.

A chaque vaisseau il y a deux pilons ou maillets qui battent alternativement sur les étoffes, & par le moyen desquels elles se tournent comme d'elles-mêmes dans les piles quand on les foule ou qu'on les revique. Comme les pilons ont leur mouvement par le moyen d'un moulin à eau, ceux qui conduisent ces moulins se nomment meuniers-foulons. (D.J.)


VAISSELLES. f. (Gram.) terme collectif ; on comprend sous ce nom tous les vaisseaux destinés au service de la table, pots, plats, assiettes, salieres, &c. en argent, en or, en terre, en fayance, en porcelaine. Pour désigner les assiettes & les plats, on ajoute le mot de plate.

VAISSELLE d'argent d'Amérique, (Orfévrerie d'Amérique) il se fabrique dans l'Amérique espagnole quantité de vaisselle d'argent, qui fait une partie du commerce de contrebande, que les vaisseaux des autres nations de l'Europe ont coutume de faire, soit sur les côtes de la mer du nord, soit sur celles de la mer du sud. Les profits sur cette marchandise sont très-grands ; mais pour n'y être pas trompé, il faut être instruit de la différence qu'il y a entre la vaisselle qui est fabriquée au Pérou, & celle qu'on fait au Mexique.

En général il n'y a rien de fixe ni de positif sur le titre de cette vaisselle, le prix n'en étant pas reglé, & les orfévres travaillant comme il leur plaît. Celle du Mexique est la meilleure, quoique pourtant elle differe de quatre à cinq pour cent du titre des piastres, suivant qu'il y a plus ou moins de soudure.

La vaisselle qui vient du Pérou est encore plus sujette aux alliages forts, car il y en a qui ne rend pas neuf deniers & demi de fin, quoique ce soit de la vaisselle plate ; ensorte qu'il n'en faut acheter qu'à un bas prix. Elle ne vaut ordinairement que 7 piastres & demi le marc. Savary. (D.J.)

VAISSELLE d'étain, (Potier d'étain) c'est ce qui est compris sous les noms d'assiettes, plats, jattes ou bassins, écuelles, &c. ce qui n'est composé que d'une seule piece jettée dans un seul moule ; chacun sait que la forme en est ordinairement ronde ; les parties sont le fond, les côtés du fond, qu'on nomme le bouge, & le bord à l'extrémité duquel est une moulure qu'on appelle filet, & le dessous du filet, plate-bande. Anciennement le bord de la vaisselle étoit tout plat sans filet, & le fond très-petit. On a donné à la mode d'à présent le nom de marly, parce qu'on en présenta le premier service au roi Louis le Grand à Marly, environ l'an 1690 ou 92.

On a inventé depuis d'autres modes de vaisselle, dont les bords sont octogones, avec des gaudrons sur la moulure, & enfin la vaisselle à contour, qui est la derniere mode, & de la même façon que la vaisselle d'argent, & qui se plane de même. Voyez FORGER l'étain.

Il faut pour faire la vaisselle la jetter en moule, épiller, revercher, paillonner ; si c'est de l'étain fin, tourner, & forger ou planer. Voyez ces mots.


VAISSELLÉES. f. (Manufacture de lainage) ce mot se dit de la quantité d'étoffes de laine, qui est contenue dans chaque vaisseau d'un moulin à foulon ; quelques-uns disent aussi pilée. Trévoux. (D.J.)


VAIVODES. m. (Hist. mod.) est proprement un titre qu'on donne aux gouverneurs des principales places de l'empire de Russie.

Les palatins ou gouverneurs des provinces de Pologne prennent aussi la qualité de vaivodes. Voyez PALATINS.

Les Polonois ont aussi donné le nom de vaivodes aux princes de Valaquie & de Moldavie, parce qu'ils ne les regardent que comme des gouverneurs, prétendant que la Valaquie & la Moldavie sont des provinces que leurs gouverneurs ont soustraites à l'obéissance de la république de Pologne, à qui elles étoient autrefois soumises ; partout ailleurs on appelle ces princes hospodar. Voyez HOSPODAR.

Ducange prétend que le nom de vaivode ne signifie autre chose dans la Dalmatie, la Croatie & la Hongrie, qu'un général d'armée. Leunclavius dans son livre intitulé pandectes des Turcs, dit que ce nom signifie communément un capitaine ou commandant. M. l'abbé Fourmont dans la relation de son voyage de Grece, en 1730, appelle woivode l'officier turc qui commandoit dans Athènes, & qui étoit le gouverneur de la ville, qu'il distingue expressément du disdar ou gouverneur de la forteresse. Voyez VAYVODES.


VAIVRou VOIVRE, (Géog. mod.) petit pays de France, au duché de Bar, entre la Meuse & la Moselle. Le principal lieu est le bourg nommé Haton le châtel. (D.J.)


VAJAROU(Géog. mod.) riviere des Indes ; elle a sa source au royaume de Maduré, & tombe dans la Marava. Les gens du pays la saignent tant qu'ils peuvent, pour la culture de leur riz, qui veut toujours avoir le pié dans l'eau, jusqu'à ce qu'il ait acquis sa parfaite maturité. (D.J.)


VAKEBARO(Géog. mod.) vallée du royaume d'Espagne dans l'Asturie. C'est une des cinq vallées qui composent la petite province de Liebana. Elle est fertile en froment, en vin, en bétail, & elle est misérable avec tous ces avantages.


VAKHSCHARLE, (Géog. mod.) riviere de la province de Transoxane, qui donne son nom à la ville de Vakhschah qu'elle traverse. (D.J.)


VAKIÉS. m. (Comm.) poids qui revient à une once, poids de marc. Voyez BATMAN, Diction. du commerce.


VAL(Gram.) espace ou terrein bas, renfermé entre des montagnes, ce que nous entendons aujourd'hui par vallée ; car val n'est plus d'usage.

VAL, s. m. (Poids étranger) petits poids, dont on se sert dans les Indes orientales pour peser les piastres ou réales de huit. Chaque réale doit être du poids de 73 vals ; autrement celui qui les vend, doit en suppléer le prix. (D.J.)

VAL-AVERSA, (Géog. mod.) jurisdiction du pays des Grisons, dans la ligue de la Maison-Dieu, & l'une des dépendances de la communauté de Stallen. Cette vallée est située au pié du mont Septimer, dans un lieu rude & sauvage. On y compte sept paroisses. Les habitans ont eu des seigneurs particuliers, vassaux de l'évêque de Coire ; mais ils ont acheté leur liberté depuis long-tems ; & c'est une acquisition qu'on ne peut trop payer.

VAL - GNA, ou VAL - BREUNA, (Géog. mod.) bailliage d'Italie, dans la dépendance des petits cantons de la Suisse ; ce bailliage n'est qu'une vallée qui contient un petit nombre de villages & quelques mines de cuivre & de plomb. Le nom de Val-Breuna, en allemand Breuner Thal, lui vient des Breunes, ancien peuple dont Pline fait mention entre les Alpes ; ce nom vient de la riviere Breuna qui arrose la vallée. (D.J.)

VAL DE GRACE, (Hist. ecclés.) abbaye de bénédictines, au fauxbourg S. Jacques, fondée au viij. siecle, réformée en 1618, & transférée en 1621 de la paroisse de Biron-le-châtel, située à trois lieues de Paris, dans la capitale par Anne d'Autriche. L'église qui est belle est de Gabriel Leduc ; elle est remarquable par son dôme & par le baldaquin élégant du maître autel. Mignard a peint le dôme ; Moliere a chanté ce morceau de peinture. Le morceau de peinture & le poëme sont des ouvrages médiocres, l'un d'un grand poëte, l'autre d'un peintre ordinaire.

VAL-DES-CHOUX, (Théol.) prieuré dans le diocèse de Langres, à 4 lieues de Chatillon, situé dans une affreuse solitude. C'est un chef-d'ordre, mais peu considérable, & qui n'est qu'une branche de celui de S. Benoît. On dit dans le pays qu'il doit son origine à un certain frere Wiard ou Viard, convers de la chartreuse de Lugny, qui ne trouvant pas l'ordre des chartreux assez austere, se retira dans cette solitude, & y assembla des disciples. Ce qui peut confirmer cette tradition, c'est que les religieux du Val-des-choux avoient l'habit des chartreux dans le commencement de leur institut, & qu'ils portent encore aujourd'hui l'habit blanc : mais ils y ont changé quelque chose. Ils prennent un chaperon, au-lieu du capuchon, qui tenoit autrefois à la cucule ou scapulaire.

L'auteur du supplément de Morery, de qui nous empruntons cet article, remarque que cette tradition est insoutenable, & il le prouve entr'autres raisons : 1°. parce que Jacques de Vitri, auteur contemporain, dit que les moines du Val-des-choux suivoient les usages des cîteaux & non ceux des chartreux : 2°. parce que le premier prieur du Val-des-choux ne fut point le frere Wiard, mais un nommé Gui, qui eut pour successeur Humbert, ainsi que le porte cette inscription de leur tombeau qu'on voit encore dans l'église de ce monastere.

Hic duo sunt fratres, caput ordinis, & prothopatres,

Guido & Humbertus : sit Christus utrisque misertus.

3°. parce qu'une autre inscription qu'on lit dans la même église, montre que le frere Wiard ne se retira au Val-des-choux qu'environ 100 ans après la fondation du monastere l'an 1293, anno Domini M. CC. XCIII. quarto nonas Novembris intravit frater Wiardus in chorum Vallis-caulium. On convient cependant que le premier prieur du Val-des-choux est venu de la chartreuse de Lugny : les constitutions le disent positivement. Voyez le supplément au diction. de Morery.

VAL-DES-ECOLIERS, (Théol.) abbaye dans le diocèse de Langres, & autrefois chef-d'ordre d'une congrégation de chanoines réguliers sous la regle de S. Augustin vers l'an 1212. Guillaume Richard & quelques autres docteurs de Paris, persuadés de la vanité des choses du monde, se retirerent dans cette solitude avec permission de l'évêque diocésain, ils y furent bientôt suivis de grand nombre d'écoliers de la même université ; & c'est de-là que leur solitude prit le nom de Val-des-écoliers. Leur établissement s'augmenta avec tant de succès, que, suivant la chronique d'Alberic, en moins de vingt ans, ils eurent seize maisons. Saint Louis fonda celle de Ste Catherine à Paris, & en établit d'autres en France & dans les Pays-bas. Clément Cornuot, prieur général de cette congrégation, obtint du pape Paul III. la dignité d'abbé pour lui & pour ses successeurs. Depuis l'an 1653, cet institut a été uni à la congrégation des chanoines réguliers de Ste Génevieve de France. Albéric, in chron. Ste Marthe, t. IV. Gall. Christ. Du Molinet, description des habits des chanoines réguliers.

Le continuateur de Morery dit que le premier endroit que les fondateurs du Val-des-écoliers choisirent pour leur demeure, étoit si inaccessible par les bois & les rochers qui l'environnoient, qu'on fut obligé, trente ans après, de transporter l'habitation à une demi-lieue du premier monastere, dans un lieu encore fort solitaire, mais moins desagréable. On y transféra les ossemens de ceux qui étoient déja morts, & sur-tout des quatre fondateurs, qui sont sous une belle tombe au milieu du choeur, sur laquelle on lit ces quatre vers :

Gallia nos genuit, docuit Sorbona, recepit

Hospitio praesul, pavit eremus inops.

Justa pius solvit Christo, quem ereximus ordo,

Ossa que jam Vallis nostra scholaris habet.

Les PP. DD. Martenne & Durand, bénédictins, ont fait imprimer les premieres constitutions de ce monastere, qui sont également instructives & édifiantes, dans leur voyage littéraire, tome I. part. I. & supplém. de Morery.

VAL-MADIA ou VAL-MAGIA, (Géog. mod.) par les Allemands Mayn - Thal ; petit bailliage d'Italie, dans la dépendance des douze anciens cantons suisses. Ce bailliage n'est qu'une longue vallée étroite, serrée entre de hautes montagnes, & arrosée dans sa longueur par une riviere de même nom, & qui de-là coule à Locarno. (D.J.)

VAL-OMBROSA, (Géog. mod.) monastere, chef d'ordre d'Italie, dans la Toscane, aux montagnes de l'Apennin, fondée dans le xj. siecle par S. Gualbert. (D.J.)

VAL-TELLINE, (Géog. mod.) les écrivains latins du moyen âge l'appellent Vallis-Telina, & nomment les habitans Voltureni. Les Allemands ont corrompu le nom de Vallis-Telina en celui de Veltlyn.

Seigneurie des Grisons, à l'entrée de l'Italie, au pié des Alpes, près du comté de Bormio. La vallée qui compose cette seigneurie est fort longue, mais d'une largeur très-inégale. L'Adda la traverse & la partage en deux parties. Elle est divisée en trois tiers, qui forment cinq petits bailliages. Le premier tiers a Tirano pour capitale ; le second tiers a Sondrio ; & le troisieme qui est partagé en deux gouvernemens, a Trahona & Morbegno. Le territoire de Teglio fait un gouvernement à part.

Les cinq gouvernemens de cette vallée ont chacun leur conseil & leurs chefs, qui sont élus par toute la communauté. Ils ont aussi leurs officiers militaires, leurs syndics qui veillent à l'observation des loix, & leurs consuls de justice qui ont soin des orphelins. On fait des assemblées générales pour les affaires qui regardent tous les habitans ; ces assemblées se tiennent à Sondrio.

Plusieurs puissances ont tenté tour-à-tour de s'emparer de cette petite province au commencement du dernier siecle, lorsqu'elle appartenoit aux ligues Grises réformées. On vit en 1620 éclorre le projet de massacrer tous les protestans du pays. On en égorgea environ cinq cent, & ce fut le fruit des intrigues de la maison d'Autriche. Elle s'empara des comtés de Bormio & de Chiavenne, d'où elle chassa les protestans. Les Espagnols vouloient joindre la Val-Telline au Milanez. Le pape Urbain VIII. avoit obtenu qu'on la séquestrât entre ses mains, & ne desespéroit pas de la garder. La France jalouse affranchit ce pays de l'invasion autrichienne ; mais les ministres autrichiens engagerent finalement les Grisons à s'allier avec l'empereur sous des conditions favorables. La capitulation fut conclue à Milan en 1639, & la religion protestante a été bannie du pays.

François I. roi de France, s'étant mis en possession du duché de Milan en 1516, céda aux Grisons la conquête qu'ils avoient faite de la Val-Telline, & des comtés de Chiavenne & de Bormio ; cependant quoique ce pays soit beaucoup meilleur que celui qu'ils habitent, ils n'ont point voulu s'y établir. Ils préferent le séjour de leur premiere patrie aux beautés d'une terre étrangere, & l'amour de la liberté les porte à croire qu'ils sont plus en sûreté dans leurs montagnes, dont aucune puissance ne tentera jamais de les débusquer. (D.J.)

VAL-VERD, (Hist. ecclésiast.) monastere de chanoines réguliers. Ce ne fut d'abord qu'un hermitage, où Jean de Bosco, descendu des anciens ducs de Brabant, se retira au commencement du xiv. siecle. L'hermitage fut successivement habité par deux ou trois hermites, & continua d'être pauvre jusqu'à ce qu'il eut une chapelle, une maison, des revenus, un habit, une regle, & devint chef de maison. Alors il s'unit avec d'autres, & perdit son nom.


VAL-DE-PEGNAS(Géogr. mod.) village d'Espagne, dans le diocèse de Tolede. Il a donné la naissance en 1560 à Balbuena (Bernardo de), l'un des meilleurs poëtes espagnols, qui devint évêque de Puerto-Rico en Amérique. On a de lui 1°. des bucoliques intitulées, le siecle d'or dans les bois d'Eriphile ; 2°. un poëme héroïque sous le titre de el Bernardo ; 3°. la grandeur du Mexique. Il mourut en 1627. (D.J.)


VALABLEadj. (Gram.) qu'on peut faire valoir devant les tribunaux, au jugement des hommes ; ainsi on dit, ce titre est valable ; ce testament est valable ; c'est un contrat très- valable ; c'est une excuse valable. On dit aussi en deniers comptans & valables. Alors il s'oppose à de mauvais aloi, manquant de cours, &c.


VALACHIou VALAQUIE, (Géog. mod.) principauté de l'Europe, possédée pour la meilleure partie par le Turc, & pour le reste par l'empereur. Elle a environ 80 lieues du levant au couchant, & 40 du midi au septentrion. Elle est bornée au nord partie par la Moldavie, partie par la Transylvanie ; au midi, par le Danube ; au levant, par ce même fleuve ; & au couchant, par la Transylvanie. La partie de cette province qui dépend de l'empire turc, est gouvernée par un hospodar ou vaïvode.

Cette province fut anciennement nommée Flaccie, du nom de Flaccus, que Trajan y envoya avec une colonie de trente mille hommes pour cultiver le pays, qui fournit à l'armée romaine une bonne partie des vivres pendant la guerre contre les Scythes & les Sarmates. La Valachie & la Moldavie ne composoient autrefois qu'une seule province des Daces, nommée simplement Valachie ; mais ayant ensuite été divisée en haute & basse, à cause de la riviere qui la partageoit, la derniere a toujours retenu le nom de Valachie, & l'autre a pris celui de Moldavie. Elle avoit autrefois ses princes particuliers, dépendans & tributaires des rois d'Hongrie ; mais tout a changé depuis que Selim II. s'est emparé de cette province en 1574.

Elle est divisée en treize comtés, qui sont habités indifféremment par les Saxons, par les Hongrois & par les naturels du pays. L'hospodar qui la gouverne tire une grosse somme de la dixme de la cire & du miel, dont les peuples font leur principal trafic, ainsi que du blé & du vin qu'on porte en Russie. L'hospodar paye de son côté un argent considérable à la Porte, pour être maintenu dans son gouvernement.

Il n'y a que trois villes dans la Valachie, savoir Tergovitz, où demeure l'hospodar, Briël & Treffort. Le terroir seroit fertile, si les habitans le cultivoient ; mais la plus grande partie est en friche, & les terres sont au premier qui veut les labourer & ensemencer. Cette province est en quelques endroits traversée d'épaisses forêts, & dans d'autres elle manque totalement de bois. On en tire des chevaux, des boeufs & des bêtes à laine. Les maisons des habitans ne sont bâties qu'en terre grasse, & couvertes de roseaux. La langue du pays a un grand rapport avec la latine ; mais dans les cérémonies de la religion qui est celle des Grecs, on se sert de la langue franque. (D.J.)


VALANEINE(Marine) voyez BALANEINE.


VALANTIAS. f. (Hist. nat. Botan.) genre de plante dont les fleurs sont des bassins partagés ordinairement en quatre parties, quelquefois en trois. Le calice devient un fruit membraneux, semblable en quelque maniere au pié d'un oiseau qui tient dans ses serres une graine de la forme d'un petit rein. Tournefort, Mém. de l'acad. roy. des Sciences, an. 1706. Voyez PLANTE.


VALCUM(Géog. anc.) lieu de la basse Pannonie, entre Silacensis & Mogetiana, à 28 milles de l'un, & à 30 milles de l'autre. Ce lieu n'est pas Wolcowar sur le Danube, comme le pensoit Lazius ; ce seroit plutôt Veltz, bourgade de Hongrie, dans l'Esclavonie. (D.J.)


VALDANUS(Géogr. anc.) fleuve de la Pannonie, selon Pline, l. III. c. xxv. qui met son embouchure dans le Danube, au - dessus de la Save : on l'appelle présentement Valpo ou Walpo. Cette riviere a sa source dans l'Esclavonie ; & après avoir arrosé la ville de Valpo, elle se rend à Wolkowar où elle se jette dans le Danube un peu au-dessous de l'embouchure de la Drave. (D.J.)


VALDELVANGE(Géog. mod.) en allemand Valderfringen ; les François craignant de s'écorcher la langue, écrivent & prononcent Vaudevrange ; ville ruinée de France, en Lorraine dans le bailliage allemand, sur la rive gauche de la Saare. Louis XIV. a détruit cette ville, & a fait construire au-dessus une forteresse qu'on a nommée Saar-Louis, & qui est de ce côté-là le boulevard de la France. (D.J.)


VALDERAS(Géog. mod.) vallée de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, sur la côte de la mer du sud, au fond d'une profonde baie. Cette vallée a autour de trois lieues de largeur. On y trouve des guaves, des orangers, des limons en abondance ; les pacages gras sont pleins de boeufs & de vaches ; ce sont-là les seuls habitans de ce beau vallon où personne ne s'est encore établi.


VALDICS. f. (Hist. nat. Botan.) valdia ; genre de plante à fleur monopétale en forme d'entonnoir, & découpée le plus souvent en trois parties ; cette fleur a deux calices, elle est enveloppée par l'un de ces calices & soutenue par l'autre ; celui-ci devient dans la suite un fruit rond & mou, qui contient pour l'ordinaire deux semences oblongues. Plumier, nova plant. amer. genera. Voyez PLANTE.


VALDIVIAou BALDIVIA, (Géog. mod.) petite ville de l'Amérique méridionale, au Chili, sur la côte de la mer du sud, avec un port de même nom, lequel port est le plus beau & le plus fort de toute la côte de la mer du Sud.


VALENA(Géog. anc.) ville de la haute Pannonie. Ptolémée, liv. II. ch. xv. la met au nombre des villes qui étoient éloignées du Danube. Cependant Villeneuve & Mollet veulent que ce soit aujourd'hui la ville de Gran, & selon Lazius c'est Valbach.


VALENÇA(Géog. mod.) par les François Valence, petite ville d'Italie, dans le Milanez, capitale de la Laumeline, sur la rive droite du Pô, près de sa jonction avec le Tanaro. Long. 26. 17. lat. 44. 55. (D.J.)

VALENÇA D'ALCANTARA, (Géog. mod.) ville d'Espagne, dans l'Estramadure, sur les frontieres de Portugal, à 7 lieues au sud-ouest d'Alcantara. Elle est bâtie sur un roc avec un vieux château. Long. 11. 30. lat. 39. 10.

VALENÇA DO MINHO, (Géog. mod.) ville de Portugal, dans la province d'entre Duero-e-Minho, sur les frontieres de la Galice, au bord du Minho, vis-à-vis de Tuy. Long. 8. 56. lat. 41. 54. (D.J.)


VALENCE(Géog. mod.) province d'Espagne, avec titre de royaume. Elle est bornée au nord par l'Aragon & la Catalogne ; au midi & au levant par la mer Méditerranée ; au couchant par la nouvelle Castille, & par le royaume de Murcie. Elle tire son nom de sa capitale, & s'étend du nord au sud de la longueur d'environ 66 lieues sur 25 dans sa plus grande largeur.

Elle est arrosée d'un grand nombre de rivieres, dont les principales sont la Segura, le Xucar, le Guadalaviar, le Morviedro & le Millas ou Millares.

Cette province est une des plus peuplées de l'Espagne. On y compte 7 cités, 64 villes ou bourgs, & 4 ports de mer, entre lesquels est Alicante. Valence est aussi l'un des plus agréables pays de la monarchie. On y jouit d'un printems presque continuel. Les côteaux abondent en excellens vins ; les vallées & les plaines sont couvertes d'arbres fruitiers chargés de fruits ou parés de fleurs dans toutes les saisons de l'année ; on y recueille du riz, du lin précieux, du chanvre, de la soie, de l'huile, du miel & du sucre. La mer y fournit abondamment de poissons, particulierement des aloses & du thon ; les montagnes, quoique rudes & stériles pour la plûpart, y cachent dans leurs entrailles des mines fécondes en alun & en fer, ainsi que des carrieres d'albâtre, de chaux, de plâtre & de calamine.

C'est le pays qu'habitoient anciennement les Celtibériens, les Contestains & les Lusons. Il fut érigé en royaume l'an 788 par Abdalla qui en étoit le gouverneur. Dans le x. siecle, sous le regne de Ferdinand, fils de Sanche roi de Navarre & d'Aragon, le cid don Rodrigue, à la tête de sa chevalerie, subjugua le royaume de Valence. Sans être roi, & sans en prendre le titre, soit qu'il lui préférât celui de cid, soit que l'esprit de chevalerie le rendît fidele au roi Alphonse son maître, il gouverna néanmoins le royaume de Valence avec l'autorité d'un souverain, recevant des ambassadeurs, & se faisant respecter de toutes les nations. Corneille a trouvé l'art de nous intéresser pour lui, & il est vrai qu'il épousa depuis Chimene dont il avoit tué le pere.

Après sa mort arrivée l'an 1096, les Maures reprirent le royaume de Valence, & l'Espagne se trouva toujours partagée entre plusieurs dominations ; mais Jacques, le premier des rois d'Aragon à qui les états ayent prêté le serment de fidélité, reprit sur les Maures en 1238, le beau royaume de Valence. Ils se soumirent à lui, & continuerent de le rendre florissant. C'étoit encore dans ce pays favorisé de la nature qu'habitoit la plus grande partie des Maures qui furent chassés de l'Espagne pour toujours en 1610. Leurs descendans qu'on appelle Maurisques, sont bons laboureurs, robustes, sobres & laborieux.

Le royaume de Valence avoit ci-devant de grands privileges, dont Philippe V. le dépouilla en 1705, pour avoir embrassé le parti de l'archiduc, & en même tems il réunit ce royaume à celui de Castille, pour en être desormais une province. (D.J.)

VALENCE, (Géog. mod.) ville d'Espagne, capitale de la province de même nom, à 65 lieues au sud-ouest de Barcelone, à 45 de Murcie, & à 67 de Madrid.

Cette ville est située à 3 milles de la mer, au bord du Guadalaviar, dans une campagne admirable, où la nature semble avoir répandu tous ses dons à pleines mains, pour servir aux besoins & aux délices de la vie. Indépendamment de la beauté du lieu, des agrémens de sa situation, de la douceur de l'air, de la fertilité du terroir, la mer y forme dans le voisinage un lac de trois lieues d'étendue & d'une lieue de largeur ; c'est ce lac que les Romains nommoient amoenum stagnum, & qui produit divers poissons des plus délicats.

La ville est grande, & contient environ douze mille feux dans son enceinte ; les habitans y sont égayés par la température de l'air, & les femmes y passent pour être les plus belles du royaume. Entre les édifices publics se distingue par sa beauté l'église cathédrale, dont le trésor est très-riche ; le grand-autel de cette église est tout couvert d'argent, & éclairé de quatorze candélabres de même métal, suspendus au-devant. On vante aussi en fait de bâtimens profanes les palais du vice-roi, de la ciuta & de la députation, l'arsenal, la bourse & l'hôtel-de-ville.

On compte à Valence douze portes, dix mille puits ou fontaines d'eau vive, & cinq ponts sur le Guadalaviar ; ils ont quinze pas de largeur, & environ trois cent de longueur. L'incommodité de cette ville est de n'être point pavée, ce qui la rend fort sale en hiver, & remplie de poussiere en été.

Elle est le siege d'une université & d'un archevêché, qui y fut fondé en 1492 par le pape Innocent VIII. L'archevêque jouit de trente à quarante mille ducats de rente, & revêt l'habit de cardinal dans les cérémonies de l'église. Les canonicats de la cathédrale valent chacun trois mille écus de revenu.

Cette ville est habitée par une grande partie de la noblesse du royaume, ainsi que par un grand nombre de négocians, qui profitent de la quantité de mûriers du territoire pour y fabriquer toutes sortes de soieries, & en faire fleurir le commerce. Il y a dans Valence un gouverneur qui se nomme corregidor. La noblesse fait un corps à part, & a une chambre particuliere qu'on nomme la casa de la deputation. Long. suivant Cassini, 16. 46. 15. lat. 39. 30.

Je ne dois pas oublier de dire, à la gloire de Valence, qu'on y trouve divers monumens d'antiquité, parce que c'est en effet une ancienne ville. Elle fut donnée l'an de Rome 616, près de deux cent quarante ans avant Jesus-Christ, à de vieux soldats qui avoient servi sous le fameux Viriatus, de-là vient que les habitans prenoient le nom de veteres, ou de veterani, comme il paroît par l'inscription suivante qu'on a trouvée : C. Valenti hostiliano. Mestio. Quinctio. nobilissimo. Caes. principi juventutis Valentini. vetera. &. veteres. Pompée détruisit cette ville dans le tems de la guerre de Sertorius ; mais elle fut rétablie dans la suite. Les Maures qui s'en étoient saisis, la perdirent dans le xj. siecle, par la valeur de Rodrigue Dias de Bivar, surnommé le cid. Ils la reprirent après sa mort, arrivée l'an 1096, & s'y maintinrent jusqu'en 1238, que Jacques I. roi d'Aragon, la leur enleva pour toujours.

C'est dans cette ville que naquit le pape Alexandre VI. mort à Rome en 1503, à l'âge de 72 ans, laissant en Europe, dit M. de Voltaire, une mémoire plus odieuse que celle des Nérons & des Caligula, parce que la sainteté de son ministere le rendoit plus coupable. Cependant c'est à lui que Rome dut sa grandeur temporelle, & ce fut lui qui mit ses successeurs en état de tenir quelquefois la balance de l'Italie.

Furius, (Fridéric) surnommé Seriolanus, à cause qu'il étoit né à Valence, dont les habitans étoient appellés vulgairement Sériols, mourut à Valladolid l'an 1592. Son traité du conseiller, del concejo y consejero, a été fort estimé, il y en a une traduction latine imprimée à Bâle, in -8°. en 1563, & ensuite à Strasbourg, in -12. On lui fit des affaires pour avoir mis au jour en latin un fort bon traité intitulé Bononia, dans lequel il soutenoit qu'il falloit traduire l'Ecriture-sainte en langue vulgaire. Il ne fallut pas moins que la protection de Charles-quint pour préserver l'auteur de l'orage qu'on éleva contre lui, mais la lecture de son livre a été défendue par l'index du concile de Trente.

Miniana, (Joseph - Emmanuel) naquit à Valence en 1572, entra dans l'ordre des religieux de la rédemption des captifs, & mourut en 1630. Il est auteur de la continuation de l'histoire d'Espagne de Mariana, & il y travailla douze ans. Quoiqu'il promette dans sa préface la plus grande impartialité, personne n'a espéré de la trouver dans une histoire écrite par un religieux espagnol, qui doit raconter tant de choses concernant des troubles de religion arrivés sous Charles-quint & sous Philippe II. aussi n'a-t-il puisé tout ce qu'il dit sur cette matiere, que dans des auteurs remplis des mêmes préjugés que lui ; & pour ce qui regarde les troubles des Pays-bas, il n'a fait qu'abreger le jésuite Strada. En parlant de la mort tragique du prince d'Orange Guillaume I. il loue extrêmement, liv. VIII. ch. xiij. p. 341. col. 1. la constance avec laquelle l'assassin Balthazar Gérard souffrit la mort ; & loin d'insinuer que ce parricide la méritoit, il remarque que la tête de Gérard exposée au bout d'une pique, parut beaucoup plus belle qu'elle n'étoit quand il vivoit. Il traite en même tems de monstres & d'hommes détestables, des gens illustres qui n'ont eu d'autres défauts que de ne pas penser comme l'Eglise romaine. Le pere Miniana auroit dû se souvenir de la disposition où il dit lui-même que doit être un bon historien : " de se regarder comme citoyen du monde, de tout peser à la balance de Thémis avec la derniere exactitude, & sur-tout avec un amour dominant de la vérité ". Au reste, son style n'est point aussi net & aussi dégagé que celui de son modele. Il s'est proposé mal-à-propos d'imiter Plaute, & quelquefois ses phrases par leur concision sont obscures & embarrassées.

Vives (Jean-Louis) naquit à Valence en 1492, & mourut à Bruges en 1540, à 48 ans. Il a beaucoup écrit, & avec peu d'utilité pour le public ; cependant ses ouvrages recueillis & imprimés à Bâle en 1555 en deux vol. in-fol. ont été recherchés dans le xvj. siecle.

N'oublions pas Ferrier (Vincent) dominicain, qui fleurissoit vers le milieu du xjv. siecle. Benoît XIII. le choisit pour son confesseur ; & comme il avoit un talent peu commun pour la prédication, il se rendit bien-tôt fameux. Il fit aussi des miracles en nombre, & fut canonisé. Ce saint thaumaturge, dit le pere d'Orléans, n'avoit pourtant rien de farouche & d'embarrassé lorsque son ministere le mettoit dans le commerce du monde & à la cour des princes. On tâcha de l'attirer dans l'assemblée du concile de Constance, par deux raisons, l'une pour qu'il aidât par son crédit à terminer les affaires épineuses qui occupoient les peres, & l'autre pour l'empêcher d'autoriser les Flagellans, dont la secte avoit fait de grands progrès malgré les édits des empereurs & les bulles des papes.

Vincent Ferrier les favorisoit extrêmement par ses manieres & par ses actions qui ressentoient beaucoup le fanatisme : il marchoit souvent à la tête d'une foule prodigieuse de pénitens, qui se fouettoient jusqu'au sang, & qui couroient par-tout après lui pour l'entendre prêcher. On peut juger que le saint voyoit sans chagrin les fruits de sa prédication, & que si les Flagellans aimoient à l'entendre, il n'étoit pas fâché d'en être suivi. Le concile de Constance eut beau s'y prendre avec dextérité pour ramener le dominicain ; il ne voulut point se rendre à l'assemblée, malgré les sollicitations empressées du roi d'Aragon même. Il mourut à Vannes en Bretagne le 5 d'Avril 1419, jour auquel on célebre sa fête dans l'Eglise romaine depuis sa canonisation. On a de lui quelques ouvrages dont on ne fait aucun cas, ou plutôt qu'on méprise beaucoup aujourd'hui. (D.J.)

VALENCE, (Géog. mod.) ville de France dans le Dauphiné, capitale du Valentinois, sur la rive gauche du Rhône, à 7 lieues au nord-ouest de Die, à 9 lieues de Viviers, à 12 au midi de Vienne, & à 120 de Paris.

Les maisons de Valence sont fort vilaines ; mais le palais épiscopal est bien bâti. L'évêché établi dès le iij. siecle est suffragant de Vienne. Cet évêché vaut environ 16000 liv. de revenu, & a dans son diocèse une centaine de paroisses, deux abbayes d'hommes, & deux de filles.

L'université avoit d'abord été fondée à Grenoble par le Dauphin Humbert II. & fut transférée à Valence par Louis XI. l'an 1454. Elle est composée de trois facultés, & n'a pas soutenu sa premiere réputation. Long. 22. 28. latit. 44. 55.

Valence est une des plus anciennes villes des Gaules ; car elle étoit déjà colonie romaine du tems de Pline le naturaliste. Après l'institution des nouvelles provinces, elle demeura sous la premiere viennoise ; & après la ruine de l'empire romain, elle fut soumise aux Bourguignons, & ensuite aux François Mérovingiens ; sous les Carlovingiens elle fut du royaume de Bourgogne & d'Arles, & reconnut ceux qui n'étant pas de la race de Charlemagne, jouirent de ce royaume.

Baro (Balthazar) né à Valence en 1600, & reçu à l'académie françoise en 1633, fut gentilhomme de mademoiselle Anne-Marie-Louise d'Orléans, fille de Gaston. Il mourut en 1650. L'ouvrage qui lui a fait le plus d'honneur, est le cinquieme tome d'Astrée, qui en formoit la conclusion, & qui ne fut guere moins bien reçu que les quatre autres volumes donnés par M. d'Urfé, dont Baro avoit été secrétaire. Le grand succès de ce roman produisit ceux de Gomberville, de la Calprenede, de des-Marais, & de Scudery. Que de différence entre les romans de ce tems-là, & ceux de Richardson ! Baro fit aussi neuf pieces de théatre imprimées, dont la moins mauvaise est Parthénie tragédie.

Joubert (Laurent), médecin ordinaire du roi, naquit à Valence en 1530, & se rendit célebre par ses leçons. On étoit si prévenu de ses lumieres, qu'Henri III. souhaitant avec passion d'avoir des enfans, le fit venir à Paris, dans l'espérance que l'habileté de ce médecin leveroit tous les obstacles qui rendoient son mariage stérile ; mais son espérance fut trompée. Joubert avoit cependant traité cette matiere dans ses erreurs populaires, & même il l'avoit fait avec une indécence inexcusable ; cet ouvrage devoit contenir six parties, divisées chacune en cinq livres ; mais le public n'en a vu que la premiere, & quelque chose de la seconde ; les ouvrages latins forment deux volumes in-fol. dans les éditions de Francfort, 1582, 1599, & 1645. Il mourut à Lombez en 1582, à 52 ans.

Sautel (Pierre-Juste), jésuite, né en 1613, à Valence, s'est distingué par ses petites pieces en vers latins, lesquelles sont délicates & ingénieuses. On estime son élégie sur une mouche tombée dans une terrine de lait ; son essain d'abeilles distillant du miel dans le carquois de l'Amour ; sa querelle des mouches ; son oiseau mis en cage ; son perroquet qui parle, &c. Il mourut à Tournon, en 1662, âgé de 50 ans. (D.J.)

VALENCE, (Géograph. mod.) petite ville, disons mieux, bourg de France dans l'Agénois, sur la rive droite de la Garonne, vis-à-vis d'Aurignac. (D.J.)

VALENCE, (Géogr. mod.) nos géographes disent petite ville de France dans l'Armagnac, à six lieues au nord d'Auch, sur la Blaise ; cette place ne vaut pas un bourg. (D.J.)

VALENCE, (Géog. mod.) petite ville de France, dans le haut Languedoc, au diocèse d'Alby, & l'une des douze principales préfectures de ce diocèse.

VALENCE, golfe de, (Géog. mod.) golfe formé par la partie de la mer Méditerranée qui baigne les côtes du royaume de Valence. Il s'étend depuis l'embouchure de l'Ebre, jusqu'au cap nommé la punta del Emperador. (D.J.)

VALENCE, douanne de, (Finance) la douanne de Valence est un droit local destructif du commerce, & qui fatigue à la fois six ou sept provinces, dont il anéantit les communications.

Cette douanne fut établie en 1625. par bail, pour la somme de quatre cent mille livres, à des traitans, pendant trois ans ; son étendue, quant à la perception des droits, est excessive ; la maniere de les percevoir n'est pas moins onéreuse, son effet est de détruire le commerce des bestiaux, autrefois si considérable en Dauphiné. d'occasionner des tours & détours aux marchandises des provinces limitrophes, de diminuer les consommations intérieures & extérieures. La forme du tarif de cette douanne est contre toute bonne politique, en ce qu'elle est susceptible d'une infinité de surprises ; enfin elle a acquis entre les mains industrieuses des régisseurs, une propriété singuliere, c'est celle de pouvoir être perçue deux fois sur la même marchandise. Consid. sur les finances. (D.J.)


VALENCou VALENCEY, (Géog. mod.) petite ville de France, dans le Berry, sur la rive gauche du Nahon, au midi de Selles, avec un château qui n'est point achevé, & qui cependant a autrefois mérité d'être regardé comme une des belles maisons de France. Long. 19. 16. latit. 47. 7. (D.J.)


VALENCIENNES(Géog. mod.) ville de France, dans le Hainaut, sur le bord de l'Escaut, entre Condé & Bouchain, à huit lieues au nord-est de Cambrai, à six au sud-ouest de Mons, & à cinquante de Paris.

Les rois de France avoient un palais à Valenciennes, sous Clovis III. qui y tint une assemblée des grands du royaume, valentinianis in palatio nostro, dit la patente de ce prince ; cependant Valenciennes n'étoit encore qu'une bourgade ; mais sa situation avantageuse la rendit avec le tems une bonne ville. L'Escaut qui la coupe par le milieu, & où il y a de belles écluses, y porte bateau. Comme cette riviere la divise en deux, la ville est aussi de deux dioceses, de Cambrai & d'Arras ; c'est ce qui fait qu'elle a été attribuée par divers auteurs au Hainaut, & par d'autres à la Flandre. Les empereurs de qui Cambrai & le Hainaut relevoient, prétendoient avoir la souveraineté de toute la ville ; mais cette prétention leur étoit disputée par les comtes de Flandre, & par les rois de France de qui ces comtes relevoient. Louis XIV. prit Valenciennes en 1677. & elle lui fut cédée l'année suivante par le traité de Nimegue.

Cette ville, dont Henri Oultreman a donné l'histoire, imprimée à Anvers en 1590. in -4°. contient à-peu-près quatre mille maisons, & environ vingt mille habitans ; les rues sont étroites, mal percées, & toutes tortues ; ses fortifications & la citadelle ont été réparées, & construites en partie par le maréchal de Vauban ; la citadelle est une des plus irrégulieres qu'on puisse voir, mais les redoutes sont belles & bien revêtues.

Il y a dans cette ville un gouverneur, un lieutenant de roi, & bonne garnison ; la citadelle a son gouverneur particulier ; les membres de la magistrature sont nommés tous les ans par le gouverneur de la ville, & par l'intendant de la province. La justice royale qu'on appelle la prévôté-le-comte, s'étend sur les vingt-quatre villages de la prévôté, & connoît des cas royaux dans la ville ; l'appel des jugemens est porté au parlement de Douay. Le commerce de Valenciennes consiste en camelots, bouracans, toiles fines appellées batistes, & belles dentelles. Long. 21. 45. latit. 50. 22.

Froissard, Jean), prêtre, historien & poëte, naquit à Valenciennes vers l'an 1337. & montra dès sa jeunesse un fond de dissipation naturelle, qui exerça souvent la patience de ses maîtres. Il aimoit la chasse, les assemblées, les danses, la bonne chere, le vin, & les femmes. Tout cela paroît par un morceau de ses poésies, où il se dépeint ainsi lui-même :

Et si destoupe mes oreilles,

Quand j'oi vin verser de bouteilles,

Car au boire prens grant plaisir,

Aussi fais en beaus draps vestir,

En viande fresche & nouvelle.

Violettes en leur saisons,

Et roses blanches & vermeilles

Voi volontiers, car c'est raisons,

Et chambres plaines de candeilles,

Jus & dances, & longes veilles,

Et beaus lis pour li rafreschir,

Et au couchier pour mieulx dormir

Especes, (épices) clairet, & rocelle :

En toutes ces choses veir

Mon esperit se renouvelle.

Le goût pour l'histoire remplit un peu le vuide que l'amour des plaisirs laissoit dans son esprit & dans son coeur. Il avoit à peine vingt ans lorsqu'il entreprit d'écrire l'histoire des guerres de son tems, particulierement de celles qui suivirent la bataille de Poitiers. Quatre ans après, en 1356, étant allé en Angleterre, il en présenta une partie à la reine Philippe de Haynaut, femme d'Edouard III. Quelque jeune qu'il fût alors, il avoit déja parcouru toutes les provinces de la France.

L'objet de son voyage en Angleterre étoit de s'arracher au trouble d'une passion qui le tourmentoit depuis long-tems ; mais malgré les amusemens qu'on lui procura, & les caresses dont on l'accabla, rien ne put charmer l'ennui qui le dévoroit ; il résolut de se rapprocher ; cependant ses assiduités & ses soins auprès de sa maîtresse ayant été encore sans succès, il s'éloigna d'elle une seconde fois ; il retourna en Angleterre, & fut nommé clerc, c'est-à-dire secretaire ou écrivain de la chambre de la reine. Elle prenoit souvent plaisir à lui faire composer des poésies amoureuses ; mais ce n'étoit là qu'un amusement qui ne préjudicioit point à des travaux plus sérieux, puisqu'il fit aux frais de cette princesse, pendant les cinq années qu'il passa à son service, plusieurs voyages dont l'objet paroît avoir été de rechercher tout ce qui devoit servir à enrichir son ouvrage.

Après la mort de cette reine, qui l'avoit comblé de biens, il s'attacha à Venceslas de Luxembourg, duc de Brabant, ensuite à Gui, comte de Blois. Ce dernier prince lui donna des lettres de recommandation pour Gaston Phoebus, comte de Béarn, ce qui lui procura le moyen de s'instruire à fonds des provinces du royaume les plus éloignées, où il savoit qu'un grand nombre de guerriers se signaloient tous les jours par de merveilleux faits d'armes. En 1395, il fit une course en Angleterre, où il n'avoit pas été depuis vingt ans ; le roi le gracieusa beaucoup, & le gratifia à son départ de cent nobles dans un gobelet d'argent doré, pesant deux marcs. Il mourut six ans après, âgé d'environ 64 ans.

Son histoire est un ouvrage précieux. Elle comprend tout ce qui s'est passé en France, en Espagne, & en Angleterre, depuis 1326, jusqu'en 1400. Enguerrand de Monstrelet continua cette besogne jusqu'en 1467. On a plusieurs éditions de la chronique de Froissard ; les premieres sont à Paris, chez Jean Petit, & chez Antoine Vérard, en caracteres gothiques. Denys Saulvage la réimprima à Lyon en 1559. la quatrieme édition parut à Paris en 1574 ; mais comme les François accusent Froissard de partialité pour la nation angloise, ils ont par-ci par-là, tronqué son histoire dans toutes leurs éditions.

On dit qu'on garde dans la Bibliotheque de Breslaw, un manuscrit complet de la chronique de Froissard ; c'est sur ce manuscrit qu'elle mériteroit d'être réimprimée. Il faudroit y joindre dans ce cas le mémoire sur la vie de l'historien, par M. de Sainte Palaye, inséré dans le recueil de l'académie des Inscriptions, tom. X. in-4°. p. 564. (D.J.)


VALENGIN(Géog. mod.) comté joint à celui de Neuf-Châtel, & compris parmi les alliés de la Suisse, dont ces deux comtés occupent une partie des quartiers occidentaux. Le comté de Valengin a eu divers seigneurs. Il tire son nom d'une bourgade contenant à peine vingt maisons, & dans laquelle étoit autrefois un château bâti sur un rocher. Les états de Neuf-Châtel investirent en 1707, le roi de Prusse de leur comté & de celui de Valengin ; cette possession lui fut confirmée par le traité d'Utrecht. (D.J.)


VALENTIA(Géogr. anc.) 1°. contrée de la grande-Bretagne, selon Ammien Marcellin, qui en fait le détail suivant.

Les Pictes, dit-il, les Scots, & quelques autres peuples du pays, s'étant jettés sur la province romaine, sous l'empire de Valentinien I. ce prince envoya contre eux Théodose l'ancien, qui repoussa ces peuples, s'empara d'une partie de leurs terres, & fit construire deux forts sur l'isthme qui sépare les deux mers, afin de les tenir plus éloignés. Par-là, les terres des Romains se trouverent augmentées d'un grand pays, dont Théodose fit une cinquieme province, à laquelle il donna le nom de Valentia, pour faire honneur à Valentinien.

Ce pays faisoit partie du royaume des Pictes, qui par ce moyen se trouva considérablement diminué. Cette province comprenoit la meilleure partie de l'Ecosse ; aussi cette invasion nouvelle irrita tellement les Calédoniens, que jamais ils ne cesserent depuis de harceler les Romains & les Bretons leurs sujets. Tant que l'empire romain eut assez de force pour se soutenir, leurs efforts furent inutiles ; mais d'abord qu'il vint à chanceler, c'est-à-dire dès le commencement du cinquieme siecle, les Calédoniens revenant à la charge avec une nouvelle fureur, franchirent toutes les barrieres qu'on leur avoit opposées, & firent de grands ravages dans la province des Romains : ceux-ci les repousserent quelquefois, mais ayant assez à faire chez eux, ils se retirerent de la province de Valentia, & bâtirent de grosses pierres la muraille que l'empereur Sévere avoit élevée deux cent trente ans auparavant, entre l'embouchure de la Tyne & celle de l'Eden.

2°. Valentia, ville & colonie de la Gaule narbonnoise. Ptolémée, l. II. c. x. la donne aux peuples Segalauni. L'itinéraire d'Antonin marque cette ville sur la route de Milan à Lyon, entre Augusta & Ursolae ; c'est aujourd'hui la ville de Valence.

3°. Valentia, ville de l'Espagne tarragonoise. Pline, l. III. c. iij. la met dans le pays des Edétains, à trois milles de la mer, & lui donne le titre de colonie. C'est aujourd'hui Valence, capitale d'un royaume de même nom.

4°. Valentia, autre ville d'Espagne. Le consul Junius donna cette ville avec des terres, aux soldats qui avoient combattu sous Viriatus. Cette ville, selon Mariana, étoit sur le Minho, & son nom s'est conservé jusqu'à présent. C'est aujourd'hui Valença, bourg de Portugal, dans la province de Tra-los-montes, sur la rive gauche du Minho, vis-à-vis de Tuy.

5°. Valentia, ville d'Italie dans la Messapie ou la Calabre ; c'est apparemment le Valetium de Pomponius Méla, l. II. c. iv. qui étoit à l'embouchure du fleuve Pactius.

6e. Valentia, ville de l'île de Sardaigne, dont les habitans sont nommés Valentini par Pline, liv. III. e. vij. (D.J.)


VALENTIANAE(Géog. du moyen âge) nom de la ville de Valenciennes, dans le Hainaut, sur le bord de l'Escaut. Eginhard, ad annum 771, dit que le roi Charles tint une assemblée générale in villa Valentianâ. M. de Longuerue prétend que le fondateur de Valenciennes fut Valentinien I. ou son plus jeune fils ; & que le nom de Valentianae est corrompu de Valentinianae : mais Cellarius regarde l'origine de Valenciennes comme fort incertaine, & pense qu'elle a pris le nom Valentianae de son fondateur nommé Valens. (D.J.)


VALENTIN(Géog. mod.) maison de plaisance du roi de Sardaigne, dans le Piémont, sur le bord du Pô, au-dessus de Turin. Elle est enrichie de belles peintures, & ornée de beaux jardins. (D.J.)


VALENTINE(Géog. mod.) petite ville de France, dans le haut Languedoc, au diocèse de Comminges, proche la rive droite de la Garonne, vis-à-vis Saint-Gaudens ; on attribue la fondation de cette place, entierement dépeuplée, à Philippe-le-Bel ; c'est un grand passage pour entrer en Catalogne & en Aragon. (D.J.)


VALENTINIENSS. m. pl. (Hist. ecclés.) ancienne & fameuse secte de Gnostiques, ainsi appellés de l'hérésiarque Valentin leur chef, qui vivoit dans le onzieme siecle. Voyez GNOSTIQUES.

Le fonds du système des Valentiniens étoit de vouloir expliquer l'Evangile par les principes du platonisme ; c'est pourquoi ils avoient imaginé une généalogie d'éons ou d'éones au nombre de trente, mâles & femelles qui composoient le pléroma ou la divinité. Voyez l'exposition de ce système sous le mot EONS.

Outre cela Valentin & ses sectateurs disoient que les Catholiques, qu'ils appelloient Psychiques, étant incapables d'arriver à la science parfaite, ne pouvoient se sauver que par la foi simple & les oeuvres ; que c'étoit à eux que convenoit la continence & le martyre, mais que les spirituels (c'est le nom que se donnoient les Valentiniens), n'avoient pas besoin de bonnes oeuvres, parce qu'ils étoient bons par nature & propriétaires de la grace qui ne pouvoit leur être ôtée. Ils se comparoient à l'or qui ne se gâte point dans la boue ; c'est pourquoi ils mangeoient indifféremment des viandes immolées aux idoles, & prenoient part aux fêtes des payens & aux spectacles mêmes des gladiateurs. Quelques-uns s'abandonnoient sans mesures aux plaisirs les plus infâmes, disant qu'il falloit rendre à la chair ce qui appartient à la chair, & à l'esprit ce qui appartient à l'esprit. Ils se moquoient des Catholiques qui craignoient les péchés de parole & même de pensée, les traitant de simples & d'ignorans, sur-tout ils condamnoient le martyre, & disoient que c'étoit une folie de mourir pour Dieu.

Pour initier à leurs mysteres il y en avoit qui préparoient une chambre nuptiale, & avec de certaines paroles célébroient un mariage spirituel, à l'imitation de l'union des éones ; d'autres amenoient leurs disciples à l'eau & les baptisoient au nom de l'inconnu pere de tout, en la vérité mere de tout, & en celui qui est descendu, en Jesus, en l'union, la rédemption, & la communauté des puissances ; d'autres disoient que le baptême d'eau étoit superflu, & se contentoient de jetter sur la tête de l'huile & de l'eau mêlée & d'oindre de baume ; d'autres rejettoient toutes les cérémonies extérieures, disant que le mystere de la vertu invisible & ineffable ne pouvoit s'accomplir par des créatures sensibles & corruptibles ; que la rédemption étoit toute spirituelle, & s'accomplissoit intérieurement par la connoissance parfaite. Les Valentiniens se diviserent en plusieurs branches connues sous les noms de Caïnites, d'Ophites, & de Sethiens. Voyez CAÏNITES, OPHITES, THIENSIENS. Fleury, Hist. ecclés. tom. I. l. III. n°. 29. & 30.


VALENTINOIS(Géog. mod.) pays de France, dans le Dauphiné. Il est borné au nord par le Viennois, au midi par le Tricastinois, au levant par le Diois, & au couchant par le Rhône, qui le sépare du Languedoc, comme l'Isere le sépare du Viennois.

Les peuples du Valentinois sont nommés par Pline Segovellauni, par Ptolémée Segalauni, & dans la notice de l'empire Segaulauni.

On ignore les noms des premiers comtes de Valentinois ; on sait seulement que vers la fin du xij. siecle, Raymond, comte de Toulouse, donna le Diois & le Valentinois à Aymar de Poitiers. En 1446, ces deux comtés furent incorporés au Dauphiné. Louis XII. en fit un duché en 1498. Henri II. gratifia Diane de Poitiers, sa maîtresse, de l'usufruit de ce duché. Louis XIII. l'érigea en duché-pairie, dont il fit la donation à Honoré de Grimaldi, prince de Monaco, qui avoit reçu dans sa ville garnison françoise, Valence est la capitale de ce duché. (D.J.)


VALERIA(Géog. anc.) 1°. contrée de la Germanie, & qui comprenoit une portion de la Pannonie. Elle est appellée en conséquence Valeria Pannoniae, par Ammien Marcellin. Selon cet auteur, Galere Maximien ayant abattu des forêts immenses & fait écouler le lac Peizon dans le Danube, donna à cette province le nom de sa femme Valérie, fille de l'Empereur Dioclétien. La Valérie de Pannonie étoit renfermée entre le Danube & la Drave.

2°. Valeria, province d'Italie, selon Paul Diacre, qui dit que la Nurcie lui étoit annexée, & qu'elle étoit entre l'Ombrie, la Campanie, & le Picenum.

3°. Valeria, ville d'Italie, selon Strabon qui, l. V. p. 238. la place dans le Latium, sur la voie Valérienne.

4°. Valeria, ville de l'Espagne tarragonoise ; c'étoit, selon Ptolémée, l. II. c. vj. une des villes des Celtibères. Ses habitans sont nommés Valerienses par Pline, l. III. c. iij. qui les met au nombre des colonies. Cette ville étoit bâtie sur une colline ; les Maures la ruinerent, & selon Vaseus, Cuença sur le Xucar dans la nouvelle Castille, s'est élevée des débris de Valeria. (D.J.)


VALÉRIANES. f. (Hist. nat. Bot.) valeriana, genre de plante à fleur monopétale, en forme d'entonnoir, profondément découpée & soutenue par un calice qui devient dans la suite une semence, le plus souvent oblongue, presque plate, & garnie d'une aigrette. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

VALERIANE, (Bot.) dans le système de Linnaeus, le calice de ce genre de plante n'est qu'une espece de bordure feuillée qui entoure le germe ; la fleur est d'un seul pétale en tuyau, contenant un suc mielleux, & se divisant dans les bords en cinq segmens obtus ; les étamines sont des filets droits, pointus, de la même longueur que la fleur ; leurs bossettes sont arrondies ; le pistil a son germe au-dessous du réceptacle ; le stile fin comme un cheveu est aussi long que les étamines ; le fruit est une capsule qui s'ouvre & tombe ; les graines sont oblongues ; les especes de ce genre de plante offrent de grandes variétés, & presque toutes, cultivées, sauvages, aquatiques, sont employés en maladies.

La grande valériane des jardins, valeriana hortensis, I. R. H. 132, a la racine grosse comme le pouce, ridée, située transversalement & à fleur de terre, fibreuse en dessous, de couleur jaunâtre ou brune en dessus, d'une odeur à-peu-près comme celle de la racine du cabaret, sur-tout quand elle est seche, & d'un goût aromatique.

Elle pousse des tiges hautes d'environ trois piés, grêles, rondes, lisses, creuses, rameuses, garnies d'espace en espace de deux feuilles opposées, lisses, les unes entieres, les autres découpées profondément de chaque côté, comme celles de la scabieuse.

Ses fleurs naissent en ombelles aux sommités des tiges & des rameaux, formant une espece de girandole, petites, de couleur blanche, tirant sur le purpurin, d'une odeur suave, qui approche un peu de celle du jasmin. Chacune de ces fleurs est un tuyau évasé en rosette, taillée en cinq parties avec quelques étamines à sommets arrondis. Quand la fleur est passée, il lui succede une semence applatie, oblongue, couronnée d'une aigrette.

Cette plante se multiplie aisément ; elle fleurit en Mai & Juin.

VALERIANE, (Mat. médic.) grande valériane, & petite ou valériane sauvage, c'est la racine de ces plantes qui est d'usage en Médecine.

La grande valériane & la valériane sauvage différent beaucoup entr'elles quant au degré d'activité. La derniere est beaucoup plus efficace que la premiere, quoique plusieurs médecins aient recommandé l'une ou l'autre presque indistinctement ; ce n'est presque plus que la valériane sauvage qui est usuelle aujourd'hui. La racine de cette plante a, lorsqu'elle est seche (état dans lequel on a coutume de l'employer), une odeur forte, pénétrante, désagréable, & une saveur amere, acerbe, dégoûtante. Elle tient un rang distingué, peut-être le premier rang parmi les remedes anti-épileptiques tirés du regne végétal. Plusieurs auteurs dont le témoignage est très-grave, rapportent des observations d'épilepsie guérie par l'usage de cette racine, à plus forte raison est-elle recommandée & employée avec succès contre les autres maladies convulsives, & principalement dans l'asthme convulsif & la passion hystérique. Cette racine est aussi un emmenagogue éprouvé ; on l'ordonne en substance à la dose d'un gros jusqu'à deux dans une liqueur appropriée, & à celle de demi-once jusqu'à une once en décoction.

Ce remede donné à baute dose, & continué pendant quelques jours, a coutume de produire des sueurs abondantes ; on pourroit par conséquent l'employer avec succès toutes les fois que cette évacuation est indiquée, & sur-tout dans les maladies chroniques, telles que le rhumatisme, certaines maladies de la peau, l'asthme humide, &c.

La racine de la grande valériane entre dans la thériaque, le mithridate, l'orviétan, & les trochisques hedichroï ; & celle de la petite valériane dans l'eau thériacale, l'eau épileptique, l'orvietanum praestantius, la poudre anti-spasmodique & les trochisques de myrthe de la pharmacopée de Paris, l'onguent martiatum, &c. La racine & les feuilles entrent dans l'emplâtre diabotanum, l'extrait dans la thériaque céleste. (b)

VALERIANE GRECQUE, polemonium, genre de plante décrit sous le nom de polemonium. Voyez POLEMONIUM.


VALERIANELLES. f. (Hist. nat. Bot.) Tournefort compte dix especes de valérianelle, du nombre desquelles la principale a été décrite sous le nom vulgaire de mâche qu'on lui donne en françois. Voyez MACHE. (D.J.)


VALERIANELLOIDES. f. (Hist. nat. Botan. exot.) genre de plante dont voici les caracteres : sa racine est fibreuse, vivace, & le produit d'une semence de couleur cendrée oblongue, pointue, petite, semblable à celle du petit cumin. Sa tige est rameuse, cendrée, couverte d'un petit duvet, & fertile. Ses feuilles sont conjuguées, arrondies, inégales, dentelées, soutenues par un pédicule long & sillonné. Il sort d'entre leurs aisselles, d'autres feuilles conjuguées, semblables aux précédentes, & au nombre de quatre. Les sommets des tiges & des branches sont terminés par un épi long & mince, entouré de calices d'une seule piece, découpés en cinq parties, & fortement attachés aux côtés de l'épi. Ces calices soutiennent une fleur d'une seule piece, faite en forme d'entonnoir, divisée en cinq quartiers, & d'un bleu pâle, du dedans du pistil de laquelle s'élevent deux étamines. L'ovaire est au centre du calice, & contient une semence cylindrique, d'où sort un tuyau qui soutient un sommet demi-sphérique. Boërhaave. (D.J.)


VALERYSAINT, (Géog. mod.) ville de France en Picardie, dans le Vimeux, à l'embouchure de la Somme, à 4 lieues d'Abbeville. Elle est divisée en haute & basse ; il y a une abbaye de bénédictins & un port. Les habitans sont presque tous commerçans. Long. 19. 30. lat. 50. 9. (D.J.)

VALERY EN CAUX, SAINT, (Géog. mod.) petite ville de France, en Normandie, au pays de Caux, à 7 lieues de Dieppe, & à 15 de Rouen, avec un petit port. Long. 19. 20. lat. 49. 48.


VALESIENSS. m. pl. (Hist. ecclésiast.) ancienne secte d'hérétiques, ainsi nommés d'un certain Valesius leur chef, inconnu à S. Epiphane, qui faisant mention de cette secte, hérés. 58. avoue que l'on en savoit peu de particularités, si ce n'est que ces hérétiques n'admettoient dans leur société que des eunuques ; ou s'ils recevoient quelqu'un qui ne le fût pas, ils l'empêchoient de manger de la viande, jusqu'à ce qu'il se fût conformé à leur volonté, & alors ils lui en permettoient l'usage, parce qu'il n'étoit plus, disoient-ils, sujet aux mouvemens déréglés de la chair. S. Epiphane place cette hérésie entre celle des Noctiens & celle des Novatiens, ce qui fait conjecturer qu'elle est du troisieme siecle. On ajoute que les Valesiens étoient dans les principes des Gnostiques touchant les anges, & qu'ils rejettoient la loi & les prophetes. Baronius, ad ann. chr. 249. Dupin, bibliot. des aut. ecclés. des trois prem. siecles.


VALETS. m. (Lang. franç.) le terme de valet a été autrefois un titre honorable. Les fils des empereurs étoient appellés varlets ou valets ; Villehardouin s'en sert en plusieurs endroits de son histoire de Constantinople. Fauchet & Pasquier nous apprennent, que les écuyers tranchans étoient appellés varlets. Duchesne dans l'histoire de la maison de Richelieu, rapporte un titre de l'an 1201. dans lequel Guillaume Duplessis se qualifie de valet, qui signifie, dit l'historien, écuyer ou damoisel ; & il ajoute cette particularité, que les nobles qui s'intituloient valets, donnoient à connoître par-là, qu'étant issus de chevaliers, ils prétendoient à l'ordre de chevalerie obtenu par leurs peres. Il cite ensuite plusieurs titres anciens, où un particulier qualifié valet, se dit fils d'un chevalier. Gasse, ancien poëte, parlant du jeune Richard, duc de Normandie, dit :

Ni ere mie chevalier, encor ere valeton,

N'avoir encor envis ne barbe, ne guernon, &c.

Le valet au jeu de cartes, signifie le fils du roi & de la reine. Voyez M. du Cange sur Villehardouin, pag. 162. (D.J.)

VALET, LAQUAIS, (Synon.) le mot de valet a un sens général, qu'on applique à tous ceux qui servent. Celui de laquais a un sens particulier, qui ne convient qu'à une sorte de domestiques. Le premier désigne proprement une personne de service ; & le second un homme de suite. L'un emporte une idée d'utilité, l'autre une idée d'ostentation. Voilà pourquoi il est plus honorable d'avoir un laquais que d'avoir un valet, & qu'on dit que le laquais ne déroge point à sa noblesse, au lieu que le valet-de-chambre y déroge, quoique la qualité & l'office de celui-ci soient au-dessus de l'autre.

Les princes & les gens de basse condition n'ont point de laquais ; mais les premiers ont des valets de pié, qui en font la fonction & qui en portoient même autrefois le nom ; & les seconds ont des valets de labeur.

Le mot laquais est moderne, & veut dire un homme servant à pié ; le mot valet est ancien, & se donna d'abord à des officiers honorables, comme valets tranchans, valets échansons : les écuyers portoient ce nom. Voyez-en l'article. (D.J.)

VALETS D'ARTILLERIE, (Art milit.) ce sont des garçons qui servent les canonniers, chargent le canon, y mettent le feu, le nettoyent, & apportent aux canonniers tout ce qui leur est nécessaire.

VALET, s. m. terme de Marine, peloton fait de fil de carret sur le calibre des canons, pour bourrer la poudre quand on les charge. (D.J.)

VALET, terme de Maréchal, voyez POINÇON. Valet d'écurie, est celui qui a soin de panser, de nourrir & d'accommoder les chevaux.

VALETS DE CHIENS, terme de Venerie, ce sont ceux qui ont soin des chiens.

Valets de limiers, ce sont ceux qui vont au bois pour détourner les bêtes avec leurs limiers, & qui doivent en avoir soin & les dresser.

Valets de levriers, ce sont ceux qui ont le soin des levriers, qui les tiennent & les lâchent à la course.

VALET ou VARLET, s. m. (Outil d'ouvriers) il y a plusieurs ouvriers qui se servent d'outils & d'instrumens qui ont ce nom, quoiqu'ils ne se ressemblent point. Ils sont tous néanmoins appellés de cette sorte, parce qu'ils tiennent lieu de valets ou serviteurs, pour tenir les ouvrages fermes, & dans la situation qui convient pour y travailler. (D.J.)

VALET, s. m. terme d'Artificier ; c'est un cylindre de bois solide, chargé de poudre & percé en plusieurs endroits, où l'on met des pétards. (D.J.)

VALET, terme de Corroyeur ; c'est ainsi qu'on appelle un instrument de fer avec lequel on attache le cuir sur la table, quand on veut l'étirer ou lui donner quelqu'autre façon. Voyez CORROYER, & la fig. Planche du Corroyeur.

VALET, en terme de Doreur, est un morceau de fer courbé à un bout presqu'en maniere d'S, dont on se sert pour contenir l'ouvrage sur l'établi. Voyez ÉTABLI ; voyez la figure & ces outils en particulier, Pl. du Menuisier.

VALET ou SAUTOIR, terme d'Horlogerie ; c'est une petite piece d'acier, qui dans la quadrature d'une montre ou pendule à répétition, contient l'étoile & par conséquent le limaçon des heures dans une situation fixe. Cette piece est mobile sur une tige qui entre dans un canon, situé vers son extrêmité E. Elle porte deux talus formant entr'eux un angle que le petit ressort pousse toujours entre les rayons de l'étoile. Voyez E t a, fig. & Pl. de l'Horlogerie.

Effet du valet. Lorsque par l'action du rouage le bouton S de la surprise qui fait son tour en une heure, rencontre un des rayons de l'étoile, il la fait tourner, & la pointe S bande le petit ressort k, au moyen du talus t. Cette pointe en tournant toujours, parvient enfin au-delà de l'angle formé par les deux talus ; pour lors le valet agissant avec toute la force qui lui est communiquée par le ressort, pousse la pointe par l'autre talus u, jusqu'à ce que les rayons 5 & 6 de l'étoile, se trouvent dans la situation où étoient avant les rayons 6 & 7 ; il en est de même des autres rayons de l'étoile. Voyez ETOILE, QUADRATURE, REPETITION, &c.

VALET, s. m. terme de Manege, bâton qui à l'un de ses bouts a une pointe de fer émoussée ; on s'en sert pour aider & pincer un cheval sauteur. (D.J.)

VALET, (Outil de Menuisier) c'est une forte piece de fer, ronde, de plus d'un pouce de diametre, & en tout à-peu-près de trois piés de longueur. Cette piece est pliée par un bout en forme d'équerre, non pas à angles droits, mais un peu aigus. (D.J.)

VALET, les Miroitiers appellent ainsi ce morceau de bois qui est attaché derriere un miroir de toilette, & qui sert à le soutenir quand on le pose sur la table.

VALET, (Serrur.) barre de fer qui sert à appuyer le battant d'une porte. Quand une porte a deux battans, il faut que l'un d'eux soit assuré par un valet, si l'on veut qu'elle ferme bien. (D.J.)

VALET, (Soierie) espece de liteau, garni d'une cheville pour arrêter le battant en arriere quand on broche, & faciliter le passage des espolins. Il y a encore le valet de l'arbalete du battant ; c'est un morceau de bois servant à tordre la corde qui forme l'arbalete ; & le valet de derriere qui sert à soutenir le poids, ou la bascule qui tient la chaîne tendue.

VALET A PATIN, (Instrument de Chirurgie) pincettes dont le bec allongé ressemble à celui d'une cane, qui servoient aux anciens pour faire la ligature des vaisseaux après l'amputation.

Cet instrument est composé principalement de deux branches ; l'une mâle & l'autre femelle. On peut diviser chaque branche en trois parties, qui sont le corps, l'extrêmité antérieure & la postérieure.

Le corps de la branche mâle a en-dedans une avance plate, arrondie dans son contour, de quatre lignes de saillie, large d'un demi-pouce, & épaisse d'une ligne & demie. Cette éminence est percée dans son milieu, & on remarque à chaque côté de sa base, une échancrure sémi-lunaire ou ceintrée, creusée sur le ventre de la branche.

Le corps de la branche femelle porte intérieurement deux avances, dont les dimensions sont les mêmes que celles de la branche mâle ; elles sont percées dans leur milieu ; elles font sur les côtés & laissent entr'elles une cavité ou mortaise, qui reçoit l'avance de la branche mâle, pour composer une charniere. La jonction des deux pieces est fixée par un clou rivé sur les éminences de la branche femelle.

L'extrêmité antérieure de l'instrument, est la continuation des branches ; elles se jettent légérement en-dehors de la longueur d'un pouce quatre lignes, puis formant un coude très-mousse, elles diminuent considérablement d'épaisseur pour former le bec, qui a près d'un pouce de long, & qui est garni intérieurement de petites rainures & éminences transversales, qui se reçoivent mutuellement. V. la fig. 4. Pl. XVII.

L'extrêmité postérieure est la continuation des branches qui se jettent beaucoup en-dehors ; ces branches diminuent d'épaisseur & augmentent en largeur, depuis le corps jusqu'à l'extrêmité, afin de présenter une surface plus étendue, & d'être empoignée avec plus d'aisance : l'extrêmité est un peu recourbée en-dedans.

Enfin il y a un double ressort, formé par un morceau d'acier plié en deux, dont la base est arrêtée par une vis sur la branche femelle, tout auprès de la charniere, & dont l'usage est d'écarter avec force les branches postérieures de l'instrument, pour que le bec pince sans risque de manquer prise.

On recommandoit de saisir avec le valet à patin, l'extrêmité du vaisseau qu'on vouloit lier ; de laisser ensuite pendre l'instrument, & de faire la ligature avec le fil & l'aiguille, comme nous l'avons dit à l'article AMPUTATION. Voyez aussi LIGATURE.

On ne se sert plus de cet instrument, du moins pour le cas en question. J'en ai donné la description, parce que je crois que cette espece de pince n'est point inutile en Chirurgie. L'avantage qu'elle a sur toutes nos pincettes, c'est qu'au moyen de son ressort, on est dispensé du soin de serrer, & que l'on peut être assuré que ce qui a été bien saisi avec le valet à patin, n'échappera pas. (Y)


VALETTEla cité de la, (Géog. mod.) c'est la plus grande des trois parties, qu'on entend communément sous le nom général de ville de Malthe.

Les Italiens l'appellent Terra-nuova, & les François Villeneuve. Elle tient son nom de son fondateur Jean de la Valette, grand-maître de l'ordre de Malthe.

La cité de la Valette est située sur une péninsule, battue des flots de la mer par trois endroits ; c'est une forte place, entourée de fossés taillés dans le roc, & défendue par de bons bastions, & autres ouvrages à la moderne. Le dedans est orné de rues longues & droites.

Il y a sept églises, & sept palais qu'on nomme auberges, & où peuvent manger tous les religieux, soit chevaliers ou freres servans, tant les profès que les novices des sept langues. Les commandeurs qu'on suppose assez riches pour subsister des revenus de leurs commanderies, ne s'y présentent guere ; chaque chef ou pilier de l'auberge, y occupe un appartement. Le trésor de l'ordre lui fournit une somme, soit en argent, soit en grains, ou en huile, pour les alimens des religieux de son auberge. Sa table particuliere est servie avec abondance, qui se répand sur les tables voisines ; mais avec tout cela, les religieux feroient souvent mauvaise chere, si le pilier de l'auberge ne suppléoit de ses propres fonds à ce qu'il tire du trésor. Comme ceux qui tiennent l'auberge ont droit à la premiere dignité vacante dans leur langue, chacun cherche dans ses épargnes, ou dans la bourse de ses amis, de quoi soutenir avec honneur cette dépense.

L'arsenal n'est pas éloigné du palais du grand-maître, & est sous l'inspection d'un des chevaliers de l'ordre. Le château S. Elme est bâti sur la pointe de la cité de la Valette, dont il n'est séparé que par un fossé taillé dans le roc. Entre ce château & la cité il y a des magasins à blé, qui sont aussi taillés dans le roc.

VALETTE, LA, (Géog. mod.) anciennement Villebois ; petite ville de France dans l'Angoumois, à quatre lieues au midi d'Angoulème, érigée en duché-pairie en 1622. Long. 17. 46. lat. 45. 41. (D.J.)


VALÉTUDINAIRES. m. (Médecine) ce terme est plus en usage parmi les gens qui ne font pas profession de médecine, que parmi les Médecins même ; cependant il a rapport à la Médecine, & est employé pour signifier une personne dont la santé est ou chancelante, ou délicate, ou souvent altérée par différentes maladies qui lui arrivent par intervalles.

En général les femmes, les enfans, les vieillards, & parmi les adultes les pléthoriques, les mélancoliques, les hypocondriaques, & enfin les phthisiques sont généralement valétudinaires ; desorte que valétudinaire peut s'appliquer à tous ceux qui ont quelque maladie chronique, ou qui sont fort sujets aux maladies chroniques.

Le régime des valétudinaires doit être fort différent de celui que l'on prescrit, ou que l'on permet aux gens qui jouissent d'une santé égale & constante ; on doit employer toutes les précautions imaginables pour soutenir leur délicatesse & leur foiblesse contre toutes les maladies qui les menacent.

1°. Les alimens doivent être eupeptiques, aisés à digérer, pris en petite quantité, suivis d'un exercice modéré ; la boisson sera différente selon les circonstances : mais on évitera l'usage des liqueurs, & encore plus leur abus.

2°. Les passions seront tranquilles & calmes ; le chagrin & les autres excès de l'ame seront défendus.

3°. Le sommeil sera prolongé, & on défendra l'usage de tout ce qui pourra le troubler.

Les remedes seront appropriés, mais on se gardera d'en faire une habitude & une coutume ; & comme les remedes demandent un régime convenable, on aura soin de régler le régime pendant leur usage.


VALEURPRIX, (Synonym.) le mérite des choses en elles-mêmes en fait la valeur, & l'estimation en fait le prix.

La valeur est la regle du prix, mais une regle assez incertaine, & qu'on ne suit pas toujours.

De deux choses celle qui est d'une plus grande valeur, vaut mieux, & celle qui est d'un plus grand prix, vaut plus.

Il semble que le mot de prix suppose quelque rapport à l'achat ou à la vente : ce qui ne se trouve pas dans le mot de valeur. Ainsi l'on dit que ce n'est pas être connoisseur que de ne juger de la valeur des choses que par le prix qu'elles coûtent. Girard. (D.J.)

VALEUR DES NOTES, en Musique, outre la position des notes qui en marque le ton, elles ont toutes quelque figure déterminée qui en marque la durée ou le tems, c'est-à-dire qui détermine la valeur de la note.

C'est à Jean de Muris qu'on attribue l'invention de ces diverses figures, vers l'an 1330. Cependant le pere Mersenne, qui avoit lu les ouvrages de cet auteur, assure n'y avoir rien vu qui pût appuyer cette opinion. De plus, l'examen des manuscrits de musique du quatorzieme siecle qui sont à la bibliotheque du roi, ne portent point à juger que les diverses figures de notes qu'on y voit, fussent de si nouvelle invention. Enfin c'est une chose qui me paroît difficile à croire que durant trois cent ans & plus qui se sont écoulés entre Gui Aretin & Jean de Muris, la musique ait été entierement privée du rythme & de la mesure, qui en font l'ame & le principal agrément.

Quoi qu'il en soit, il est certain que les différentes valeurs des notes sont de fort ancienne invention. J'en trouve dès les premiers tems de cinq sortes de figures, sans compter la ligature & le point. Ces cinq sont la maxime, la longue, la breve, la semi-breve & la minime. Toutes ces différentes notes sont noires dans les manuscrits de Guillaume de Machaut ; ce n'est que depuis l'invention de l'imprimerie qu'on s'est avisé de les faire blanches, & ajoutant de nouvelles notes, de distinguer les valeurs par la couleur, aussi bien que par la figure.

Les notes, quoique figurées de même, n'avoient pas toujours une même valeur. Quelquefois la maxime valoit deux longues, ou la longue deux breves ; quelquefois elle en valoit trois, cela dépendoit du mode. Voyez MODE. Il en étoit de même de la breve par rapport à la semi-breve, & cela dépendoit du tems. Voyez TEMS ; & de même enfin de la semi-breve par rapport à la minime, & cela dépendoit de la prolation. Voyez PROLATION.

Il y avoit encore beaucoup d'autres manieres de modifier les différentes valeurs de ces notes par le point, par la ligature & par la position de la queue. Voyez LIGATURE, POINT, QUEUE.

Les figures qu'on ajouta dans la suite à ces cinq premieres, furent la noire, la croche, la double-croche, la triple & même la quadruple croche ; ce qui feroit dix figures en tout : mais dès qu'on eut pris la coutume de séparer les mesures par des barres, on abandonna toutes les figures de notes qui valoient plusieurs mesures, comme la maxime qui en valoit huit, la longue qui en valoit quatre, & la breve ou quarrée qui en valoit deux ; la semi-breve ou ronde, qui valoit une mesure entiere, fut la plus longue valeur de note qui demeura en usage, & sur laquelle on détermina les valeurs de toutes les autres notes ; & comme la mesure binaire qui avoit passé long-tems pour moins parfaite que la mesure à trois tems, prit enfin le dessus, & servit de base à toutes les autres mesures, de même la division soûdouble l'emporta sur la division soûtriple qui avoit aussi passé pour la plus parfaite ; la ronde ne valut plus que quelquefois trois blanches, mais toujours deux seulement ; la blanche deux noires, la noire deux croches, & ainsi toujours dans la même proportion jusqu'à la quadruple croche, si ce n'est dans quelques cas d'exception où la division soûtriple fut conservée & indiquée par le chiffre 3 placé au-dessus ou au-dessous des notes. Voyez Planches & fig. les figures & les valeurs de toutes ces différentes especes de notes.

Les ligatures furent en même tems abolies, dumoins quant aux changemens qu'elles produisoient dans les valeurs des notes. Les queues, de quelque maniere qu'elles fussent placées, n'eurent plus qu'un sens fixe & toujours le même ; & enfin la signification du point fut aussi bornée à valoir exactement la moitié de la note qui est immédiatement avant lui. Tel est l'état où les figures des notes ont été mises par rapport à la valeur, & où elles sont actuellement.

L'auteur de la dissertation sur la musique moderne trouve tout cela fort mal imaginé ; nous avons exposé au mot NOTE quelques-unes de ses raisons. (S)

VALEUR, s. f. (terme de lettre-de-change) ce mot signifie proprement la nature de la chose, comme deniers comptans, marchandises, lettres-de-change, dettes, &c. qui est donnée, pour ainsi dire, en échange de la somme portée par la lettre dont on a besoin. Ricard. (D.J.)

VALEUR INTRINSEQUE, (Monnoie) ce mot se dit des monnoies qui peuvent bien augmenter ou baisser suivant la volonté du prince, mais dont la véritable valeur ne dépend que de leur poids & du titre du métal. C'est toujours sur cette valeur intrinseque des especes qu'elles sont reçues dans les pays étrangers, bien que dans les lieux où elles ont été fabriquées, & où l'autorité souveraine leur donne cours, elles soient portées dans le commerce sur un pié bien plus fort ; mais c'est un mal de plus dans l'état. (D.J.)

VALEUR, s. f. (Hydr.) la valeur des eaux est l'estimation de ce qu'elles peuvent produire en un certain tems. L'expérience y est plus nécessaire que la démonstration ; c'est elle qui a fait connoître ce que fournit par minute un ruisseau, une riviere, un pouce d'eau, une ligne ; c'est par son moyen qu'on sait qu'un muid d'eau contient 288 pintes mesure de Paris, & qu'on peut l'évaluer à 8 piés cubes valant chacun 36 pintes 8e de 288. (K)

VALEUR, (Morale) la valeur est ce sentiment que l'enthousiasme de la gloire & la soif de la renommée enfantent, qui non content de faire affronter le danger sans le craindre, le fait même chérir & chercher.

C'est ce délire de l'héroïsme qui dans les derniers siecles forma ces preux chevaliers, héros chers à l'humanité, qui sembloient s'être approprié la cause de tous les foibles de l'univers.

C'est cette délicatesse généreuse que l'ombre d'un outrage enflamme, & dont rien ne peut désarmer la vengeance que l'idée d'une vengeance trop facile.

Bien différente de cette susceptibilité pointilleuse, trouvant l'insulte dans un mot à double sens, quand la peur ou la foiblesse le prononce, mais dont un regard fixe abaisse en terre la vue arrogante, semblable à l'épervier qui déchire la colombe, & que l'aigle fait fuir.

La valeur n'est pas cette intrépidité aveugle & momentanée que produit le desespoir de la passion, valeur qu'un poltron peut avoir, & qui par conséquent n'en est pas une ; tels sont ces corps infirmes à qui le transport de la fievre donne seul de la vivacité, & qui n'ont jamais de force sans convulsions.

La valeur n'est pas ce flegme inaltérable, cette espece d'insensibilité, d'oubli courageux de son existence, à qui la douleur la plus aigue & la plus soudaine ne peut arracher un cri, ni causer une émotion sensible : triomphe rare & sublime que l'habitude la plus longue, la plus réfléchie & la mieux secondée par une ame vigoureuse, remporte difficilement sur la nature.

La valeur est encore moins cette force extraordinaire que donne la vue d'un danger inévitable, dernier effort d'un être qui défend sa vie ; sentiment inséparable de l'existence, commun, comme elle, à la foiblesse, à la force, à la femme, à l'enfant, seul courage vraiment naturel à l'homme né timide. A votre aspect, que fait le sauvage votre frere ? il fuit. Osez le poursuivre & l'attaquer dans sa grotte, vous apprendrez ce que fait faire l'amour de la vie.

Sans spectateurs pour l'applaudir, ou au-moins sans espoir d'être applaudi un jour, il n'y a point de valeur. De toutes les vertus factices c'est sans-doute la plus noble & la plus brillante qu'ait jamais pu créer l'amour propre ; mais enfin c'est une vertu factice.

C'est un germe heureux que la nature met en nous, mais qui ne peut éclorre, si l'éducation & les moeurs du pays ne le fécondent.

Voulez-vous rendre une nation valeureuse, que toute action de valeur y soit récompensée. Mais quelle doit être cette récompense ? L'éloge & la célébrité. Faites construire des chars de triomphe pour ceux qui auront triomphé, un grand cirque pour que les spectateurs, les rivaux & les applaudissemens soient nombreux ; gardez-vous sur-tout de payer avec de l'or ce que l'honneur seul peut & doit acquiter. Celui qui songe à être riche, n'est ni ne sera jamais valeureux. Qu'avez-vous besoin d'or ? Un laurier récompense un héros.

Il s'agissoit au siege de *** de reconnoître un point d'attaque ; le péril étoit presque inévitable ; cent louis étoient assurés à celui qui pourroit en revenir ; plusieurs braves y étoient déjà restés ; un jeune homme se présente ; on le voit partir à regret ; il reste long-tems ; on le croit tué ; mais il revient, & fait également admirer l'exactitude & le sang froid de son récit. Les cent louis lui sont offerts ; vous vous mocquez de moi, mon général, répond-il alors, va-t-on là pour de l'argent ? Le bel exemple !

Que l'on parcoure dans les fastes de l'histoire, les siecles de l'ancienne chevalerie, où tout jusqu'aux jeux de l'amour avoit un air martial ; où les couleurs & les chiffres de la maîtresse ornoient toujours le bouclier de l'amant ; où la barriere des tournois ouvroit un nouveau chemin à la gloire ; où le vainqueur aux yeux de la nation entiere recevoit la couronne des mains de la beauté ; qu'à ces jours d'honneur l'on compare ces tems d'apathie & d'indolence, où nos guerriers ne soulèvement pas les lances que manioient leurs peres, on verra à quel point les moeurs & l'éducation influent sur la valeur.

La valeur aime autant la gloire qu'elle déteste le carnage ; cede-t-on à ses armes, ses armes cessent de frapper ; ce n'est point du sang qu'elle demande, c'est de l'honneur ; & toujours son vaincu lui devient cher, sur-tout s'il a été difficile à vaincre.

Du tems du paganisme elle fit les dieux, depuis elle créa les premiers nobles.

C'est à elle seule que semblera appartenir la pompe fastueuse des armoiries, ces casques panachés qui les couronnent, ces faisceaux d'armes qui servent de support aux écussons, ces livrées qui distinguoient les chefs dans la mêlée, & toutes ces décorations guerrieres qu'elle seule ne dépare pas.

Ces superbes priviléges, aujourd'hui si prisés & si confondus, ne sont pas le seul apanage de la valeur ; elle possede un droit plus doux & plus flatteur encore, le droit de plaire. Le valeureux fut toujours le héros de l'amour ; c'est à lui que la nature a particulierement accordé des forces pour la défense de ce sexe adoré, qui trouve les siennes dans sa foiblesse ; c'est lui que ce sexe charmant aime sur-tout à couronner comme son vainqueur.

Non contente d'annoblir toutes les idées & tous les penchans, la valeur étend également ses bienfaits sur le moral & sur le physique de ses héros ; c'est d'elle sur-tout que l'on tient cette démarche imposante & facile ; cette aisance qui pare la beauté ou prête à la disgrace un charme qui la fait oublier ; cette sécurité qui peint l'assurance intérieure ; ce regard ferme sans rudesse que rien n'abaisse que ce qu'il est honnête de redouter ; & la grandeur d'ame, & la sensibilité que toujours elle annonce, est encore un attrait de plus dont toute autre ame sensible peut malaisément se défendre.

Il seroit impossible de définir tous les caracteres de la valeur selon ceux des êtres divers que peut échauffer cette vertu ; mais de même que l'on peut donner un sens définitif au mot physionomie, malgré la variété des physionomies, de même peut-on fixer le sens du mot valeur, malgré toutes ces modifications.

Pour y parvenir encore mieux, l'on va comparer les mots bravoure, courage, & valeur, que l'on a toujours tort de confondre.

Le mot vaillance paroît d'abord devoir être compris dans ce parallele ; mais dans le fait c'est un mot qui a vieilli, & que valeur a remplacé ; son harmonie & son nombre le fait cependant employer encore dans la poésie.

Le courage est dans tous les événemens de la vie ; la bravoure n'est qu'à la guerre ; la valeur par-tout où il y a un péril à affronter, & de la gloire à acquérir.

Après avoir monté vingt fois le premier à l'assaut, le brave peut trembler dans une forêt battue de l'orage, fuir à la vue d'un phosphore enflammé, ou craindre les esprits ; le courage ne croit point à ces rêves de la superstition & de l'ignorance ; la valeur peut croire aux revenans, mais alors elle se bat contre le phantome.

La bravoure se contente de vaincre l'obstacle qui lui est offert ; le courage raisonne les moyens de le détruire ; la valeur le cherche, & son élan le brise, s'il est possible.

La bravoure veut être guidée ; le courage sait commander, & même obéir ; la valeur sait combattre.

Le brave blessé s'énorgueillit de l'être ; le courageux rassemble les forces que lui laisse encore sa blessure pour servir sa patrie ; le valeureux songe moins à la vie qu'il va perdre, qu'à la gloire qui lui échappe.

La bravoure victorieuse fait retentir l'arène de ses cris guerriers ; le courage triomphant oublie son succès, pour profiter de ses avantages ; la valeur couronnée soupire après un nouveau combat.

Une défaite peut ébranler la bravoure ; le courage sait vaincre & être vaincu sans être défait ; un échec desole la valeur sans la décourager.

L'exemple influe sur la bravoure ; (plus d'un soldat n'est devenu brave qu'en prenant le nom de grenadier ; l'exemple ne rend point valeureux quand on ne l'est pas) mais les témoins doublent la valeur ; le courage n'a besoin ni de témoins ni d'exemples.

L'amour de la patrie & la santé rendent braves ; les réflexions, les connoissances, la Philosophie, le malheur, & plus encore la voix d'une conscience pure, rendent courageux ; la vanité noble, & l'espoir de la gloire, produisent la valeur.

Les trois cent Lacédémoniens des Thermopyles, (celui qui échappa même) furent braves : Socrate buvant la ciguë, Regulus retournant à Carthage, Titus s'arrachant des bras de Bérénice en pleurs, ou pardonnant à Sextus, furent courageux : Hercule terrassant les monstres ; Persée délivrant Andromede ; Achille courant aux remparts de Troie sûr d'y périr, étonnerent les siecles passés par leur valeur.

De nos jours, que l'on parcoure les fastes trop mal conservés, & cent fois trop peu publiés de nos régimens, l'on trouvera de dignes rivaux des braves de Lacédémone ; Turenne & Catinat furent courageux ; Condé fut valeureux & l'est encore.

Le parallele de la bravoure avec le courage & la valeur, doit finir en quittant le champ de bataille. Comparons à présent le courage & la valeur dans d'autres circonstances de la vie.

Le valeureux peut manquer de courage ; le courageux est toujours maître d'avoir de la valeur.

La valeur sert au guerrier qui va combattre ; le courage à tous les êtres qui jouissant de l'existence, sont sujets à toutes les calamités qui l'accompagnent.

Que vous serviroit la valeur, amant que l'on a trahi ; pere éploré que le sort prive d'un fils ; pere plus à plaindre, dont le fils n'est pas vertueux ? ô fils désolé qui allez être sans pere & sans mere ; ami dont l'ami craint la vérité ; ô vieillards qui allez mourir, infortunés, c'est du courage que vous avez besoin !

Contre les passions que peut la valeur sans courage ? Elle est leur esclave, & le courage est leur maître.

La valeur outragée se vange avec éclat, tandis que le courage pardonne en silence.

Près d'une maîtresse perfide le courage combat l'amour, tandis que la valeur combat le rival.

La valeur brave les horreurs de la mort ; le courage plus grand brave la mort & la vie.

Enfin, l'on peut conclure que la bravoure est le devoir du soldat ; le courage, la vertu du sage & du héros ; la valeur, celle du vrai chevalier. Article de M. DE PEZAY, capitaine au régiment de Chabot, dragons.


VALHALLAS. m. (Mythologie) c'est le nom que la Mythologie des anciens Celtes, Scandinaves ou Goths, donne à un séjour de délices, destiné pour ceux qui périssoient dans les combats ; valhalla étoit le palais du dieu Odin ; les plaisirs dont on y jouissoit étoient conformes aux idées guerrieres de ces peuples avides de combats. Ils supposoient donc que ceux qui étoient admis dans le valhalla, avoient tous les jours le plaisir de s'armer, de passer en revue, de se ranger en ordre de bataille, & de se tailler en pieces les uns les autres ; mais dès que l'heure du festin étoit venue, les héros retournoient dans la salle d'Odin, parfaitement guéris de leurs blessures ; là ils se mettoient à boire & à manger ; leur boisson étoit de la biere & de l'hydromel, qu'ils buvoient dans les crânes des ennemis qu'ils avoient tués, & qui leur étoit versée par des nymphes appellées valkyries. On voit combien une pareille doctrine étoit propre à inspirer le courage & le desir d'une mort glorieuse dans les combats, à ces peuples qui ont conquis la plus grande partie de l'Europe.

L'entrée du valhalla n'étoit promise qu'à ceux qui périssoient dans les combats, toute autre mort étoit regardée comme ignominieuse ; & ceux qui mouroient de maladie ou de vieillesse, alloient dans le niflheim ou dans l'enfer destiné aux lâches & aux scélérats. Voyez l'Introduction à l'histoire de Danemarck, par M. Mallet, & voyez NIFLHEIM.


VALIS. m. (Hist. mod.) c'est le titre que l'on donnoit en Perse avant les dernieres révolutions, à des vice-rois ou gouverneurs établis par la cour d'Ispahan, pour gouverner en son nom des pays dont leurs ancêtres étoient les souverains avant que d'être soumis aux Persans. La Géorgie étoit dans ce cas, ainsi qu'une partie de l'Arabie ; les vice-rois de ces pays s'appelloient vali de Géorgie, vali d'Arabie, &c.


VALIDATIONS. f. (Gram. & Jurisprud.) est l'action de faire valoir quelque chose qui sans cela ne seroit pas valable.

Validation de criées ; ce sont des lettres accordées en chancellerie, pour confirmer les criées, lorsqu'il y manque quelque défaut de formalité. Dans les coutumes de Vitry, Château-Thierry, & quelques autres, les Praticiens sont dans l'usage lorsqu'il est question de certifier des criées, d'observer si toutes les significations ont été faites parlant à la partie saisie ; cette formalité y est tellement de rigueur, que pour en couvrir le défaut, on a recours à des lettres de validation de criées ; l'adresse de ces lettres se fait au juge devant lequel les criées sont pendantes. Voyez le style des lettres de chancellerie, par M. de Pimont.

Validation de mariage ; on trouve dans le style de la chancellerie de Dusault, la formule de lettres de validation de mariage pour des gens de la religion prétendue réformée, qui s'étoient mariés, quoique il y eût parenté au degré de l'ordonnance, entre la premiere femme & la seconde, à l'effet d'assurer l'état des conjoints & celui de leurs enfans nés & à naître.

Validation de payement ; sont des lettres que le roi accorde à un comptable pour qu'on lui alloue à la chambre des comptes un payement sur lequel elle pourroit faire quelque difficulté. Voyez le style de chancellerie de Dusault, page 79.


VALIDEadj. (Gram. & Jurisprud.) signifie ce qui est valable selon les loix ; un acte est valide en la forme, lorsqu'il est revêtu de toutes les formalités nécessaires, & il est valide au fond lorsque les dispositions qu'il renferme n'ont rien de prohibé. Voyez ACTE, FORMALITE, FORME, VALABLE, VALIDITE. (A)


VALIDÉ(Hist. mod.) nom que l'on donne chez les Turcs à la sultane mere de l'empereur qui est sur le trône. La sultane validé est toujours très-respectée par son fils, & prend part aux affaires de l'état, suivant le plus ou le moins d'ascendant qu'elle sait prendre sur son esprit. Elle jouit d'une liberté beaucoup plus grande que les autres sultanes qui sont dans le serrail, & peuvent y changer & y introduire ce que la fantaisie leur suggere. La loi veut que le sultan obtienne le consentement de sa mere pour coucher avec quelqu'une des femmes qui y sont renfermées ; ainsi la validé lui amene une fille choisie pour attirer ses regards ; elle trouveroit très-mauvais & se croiroit deshonorée, si son fils ne s'en rapportoit à son choix. Son médecin nommé hekisis effendi, lorsqu'elle tombe malade, est introduit dans son appartement, mais il ne lui parle qu'au-travers d'un voile dont son lit est environné, & ne lui tâte le pouls qu'au-travers d'un linge fin, qu'on met sur le bras de la sultane validé. Elle a un revenu particulier, que l'on nomme Paschmalyk ; il est de mille bourses ou d'environ quinze cent mille francs, dont elle dispose à sa volonté.


VALISES. f. (terme de Coffretier) ustensile de cuir uni ou à poil, servant à mettre des hardes & autres choses, pour porter en voyage sur la croupe d'un cheval, ou autrement. (D.J.)


VALKYRIESS. f. pl. (Mythologie) C'est le nom que les anciens Scandinaves ou Goths donnoient à des Nymphes, qui habitoient le valhalla, c'est-à-dire paradis des héros, ou la demeure d'Odin ; ce dieu les emploie pour choisir ceux qui doivent être tués dans les combats. Une de leurs fonctions étoit de verser à boire aux héros qui avoient été admis dans le palais d'Odin ; c'étoient aussi elles qui présentoient à ce dieu ceux qui mouroient dans les batailles. Voyez l'EDDA des Irlandois.


VALLADOLID(Géog. mod.) en latin Pincium, ville d'Espagne dans la vieille Castille, sur la riviere de Pisuerga, près de son embouchure dans le Duero, à 20 lieues au sud-ouest de Burgos, à 25 au nord-est de Salamanque, & à 35 au nord de Madrid.

Valladolid est une des plus grandes villes d'Espagne. Elle contient soixante & dix couvens de l'un & de l'autre sexe, & des églises à proportion ; d'ailleurs l'étendue de ses places publiques y est très-considérable. On donne sept cent pas de circuit à la seule place du marché nommée el campo ; les maisons de cette place sont égales, & à quatre étages. L'université n'est composée que de quelques colleges. On a fondé dans cette ville en 1752, une académie des sciences & des arts ; mais cette académie ne se presse pas de répandre ses lumieres, car elle n'a point encore publié d'ouvrages. L'évêché de cette cité est suffragant de Tolede, & a été sondé en 1595. Son revenu est évalué à quinze mille ducats. Cette ville a été la résidence des rois de Castille jusqu'à Charles-Quint. Les dehors en sont très-agréables ; c'est une belle plaine couverte de jardins, de vergers, de prés & de champs. Long. 13. 35. lat. 41. 43.

Valladolid est la patrie de quatre ou cinq jésuites, dont les noms ne sont connus qu'en Espagne ; mais il n'en est pas de même de Mercado (Louis de) en latin Mercatus, un des savans médecins du xvj. siecle ; toutes ses oeuvres ont été recueillies & imprimées Francofurti 1654, cinq vol. in-fol. Il mourut en 1593, à 53 ans.

Nunnez (Ferdinand), surnommé Pincianus, du nom latin de sa patrie, a eu la gloire d'apporter le premier l'usage de la langue grecque en Espagne. La noblesse de son extraction lui procura l'honneur d'être fait chevalier de S. Jacques ; mais quoiqu'il fût en même tems intendant des finances de Ferdinand le catholique, il n'employa sa fortune qu'à devenir le propagateur des belles-lettres dans sa patrie ; sourd aux promesses les plus magnifiques, & insensible aux espérances de la cour les plus flatteuses, il consacra son loisir studieux à communiquer aux autres les lumieres qu'il possédoit. Il fit pour la plus grande partie la version latine des septante, imprimée dans la polyglotte du cardinal Ximenès. Emule d'Hermolaüs Barbaro, il publia des commentaires sur Pline, Pomponius Méla & Séneque, tous trois ses compatriotes ; enfin, il mérita les éloges des plus savans hommes, de Juste-Lipse, d'Isaac Vossius & d'autres critiques. Il mourut en 1553, âgé de plus de 80 ans. (D.J.)

VALLADOLID, (Géog. mod.) ville de l'Amérique méridionale, au Pérou, dans l'audience de Quito, entre Loxa au nord, & Loyola au midi, sur la riviere de Chinchipé. Cette ville autrefois opulente, n'est plus qu'un petit hameau habité par quelques indiens ou métifs. Long. 301. 40. lat. mérid. 4. 31. (D.J.)

VALLADOLID ou VALLISOLETO, (Géog. mod.) ville de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, au gouvernement de Méchoacan, proche d'un grand lac, avec un évêché suffragant de Mexico. Latit. 11. 19. (D.J.)

VALLADOLID, (Géogr. mod.) ville de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle-Espagne, au Yucatan, environ à 30 lieues au midi oriental de Mérida, près de la côte du golfe de Honduras. Latit. 19.

VALLADOLID, (Géogr. mod.) ville de l'Amérique septentrionale, dans le gouvernement de Honduras, sur les confins de l'audience de Nicaragua, dans une belle plaine. Il y a des peres de la Merci, & un évêché.


VALLAGELE, (Géogr. mod.) petit pays de France, qui fait partie du gouvernement de Champagne. Il est borné au nord par le Châlonnois & le Pertois, au midi par le Bassigni, au levant par le Barrois, & au couchant par la Champagne propre. Il est arrosé par l'Aube & la Marne. Vaussy est la capitale ; ses autres villes sont Joinville & Bar-sur-Aube. (D.J.)


VALLAIREadj. (Hist. nat.) nom que donnoient les Romains à la couronne que l'état ou le général décernoit à tout officier ou soldat qui dans l'attaque d'un camp avoit le premier franchi les palissades & pénétré dans les lignes ou retranchemens des ennemis. Ce mot est dérivé de vallum, pieu garni de quelques branches qu'on plantoit sur la crête du retranchement, pour former l'enceinte du camp que les anciens nommoient lorica. Ils donnoient aussi à cette couronne le nom de castrensis, du mot castra, camp.

Aulugelle assure que cette couronne étoit d'or, & néanmoins, au rapport de Pline, l. XXII. c. iij. elle n'étoit pas tant estimée que la couronne obsidionale qui n'étoit que d'herbe ou de gazon. Les Romains pensoient & avec raison qu'il étoit plus glorieux & plus utile à l'état de délivrer & de conserver des citoyens, que de vaincre des ennemis. Voyez COURONNE.


VALLAISLE, (Géog. mod.) en allemand Waliserland ; pays voisin & allié des Suisses. Il est borné au nord par le canton de Berne, au midi par le val d'Aoste, au levant par le canton d'Uri, & au couchant par le lac Leman ou de la république de Genève ; de ce dernier côté, il fait face à la Savoye. Ce pays est une vallée étroite, dont la longueur est d'environ 34 lieues ; sa largeur est fort inégale. Le Rhône traverse le Vallais dans toute sa longueur, du levant au couchant. On le divise en haut & bas Vallais, qui sont l'un & l'autre très-peuplés. Le haut Vallais est partagé en sept communautés, départemens ou jurisdictions, que l'on nomme dixaines en françois, & zehenden en allemand. Le bas Vallais est divisé en six gouvernemens ou bannieres.

Il n'y a peut-être point dans la Suisse de contrée si bien entourée de montagnes que le Vallais, ni si bien fortifiée par la nature ; mais quoique ce pays soit une vallée environnée de hautes montagnes couvertes de neiges, c'est cependant le quartier le plus chaud de la Suisse. Il produit de très-bons vins, dont les vignes sont sur des rochers ; le terroir rapporte aussi suffisamment de blé, de seigle & d'orge pour la nourriture des habitans : ils sont accoutumés à la fatigue, endurcis au travail ; & comme ils vivent frugalement, & respirent un air pur, ils parviennent sans maladies à une vieillesse vigoureuse ; ils paroissent n'être exposés qu'à la difformité du goître, qui peut venir de la mauvaise qualité des eaux ; mais ce mal même n'est pas universel ; tout le pays est cultivé & planté d'arbres fruitiers.

Le haut Vallais, où est la source du Rhône, étoit autrefois occupé par les Seduni qui ont laissé leur nom à la ville de Sion, appellée en latin Seduni, & le bas Vallais par les Veragri, dont la situation a été exactement marquée par César dans le liv. III. de ses commentaires, où il nomme par ordre les Nantuates, les Veragri, & les Seduni, qui occupoient le pays depuis les Allobroges, le lac Léman & le Rhône jusqu'aux hautes Alpes, usque ad summas Alpes, où est la source du Rhône.

Le Vallais fit partie du royaume de Bourgogne sous les Mérovingiens & les Carlovingiens. Les successeurs de Rodolphe, élu l'an 888 roi de la Bourgogne transjurane & septentrionale, jouirent paisiblement de ce même pays jusqu'à Rodolphe III. sous lequel les officiers nommés comtes, s'érigerent en princes, & les évêques aussi, ce qu'ils avoient commencé à faire dès le tems du roi Conrad le Pacifique, pere & prédécesseur de Rodolphe, nommé le lâche, parce qu'il souffrit & autorisa ces usurpations. Les empereurs allemands, qui succéderent à Rodolphe, mirent le gouvernement de la Bourgogne transjurane entre les mains des ducs de Zéringue, qui attaquerent les Vallaisans, mais avec divers succès, & ils furent obligés enfin de les laisser vivre dans leurs montagnes en liberté.

La plus ancienne alliance que les Vallaisans aient faite avec quelques cantons de la Suisse, est celle qu'ils contracterent pour dix ans avec les Bernois l'an 1250, qu'ils renouvellerent en 1448, & qu'ils déclarerent stable & éternelle en 1475. Ils avoient fait une pareille alliance en 1473 avec les cantons de Lucerne, d'Ury & d'Underwald ; & en 1529, ils furent admis par tous les cantons dans l'alliance helvétique. Il fut cependant ajouté dans l'acte une clause, qui portoit que cette alliance seroit renouvellée tous les 25 ans.

Enfin en 1533, l'évêque & la république de Vallais renouvellerent leur alliance avec les trois cantons catholiques, Lucerne, Ury & Underwald ; & les quatres autres, savoir, Schwitz, Zug, Fribourg & Soleurre y acquiescerent.

Ce renouvellement fut en quelque maniere une nouvelle alliance ; car du côté des Suisses tous les cantons catholiques y stipulerent, & du côté des Vallaisans, qui sont fort attachés à l'église romaine, tout l'état y entra pareillement.

Les Vallaisans voulant conserver leur liberté intérieure, pratiquent depuis long-tems un usage singulier pour réprimer les grands qui tenteroient de la leur ravir par leur crédit & leur puissance. C'est ce qu'ils appellent la masse, en allemand matzen, & qui tient quelque chose de l'ostracisme des Athéniens. Le peuple prend un tronc d'arbre ou de vigne, sur lequel il pose une figure de tête d'homme, semblable à une tête de Méduse ; chaque mécontent fiche un clou à cette masse ; & quand elle est chargée de clous, on porte la masse dans l'assemblée des jurisdictions avec le nom de l'homme qu'on redoute, & l'on demande son bannissement. Cette maniere extraordinaire d'obtenir justice dans ce pays-là, y produit beaucoup de bien & peu de mal. (D.J.)


VALLATUM(Géog. anc.) lieu de la Vindélicie. L'itinéraire d'Antonin le place entre Abasina & Summemtorium. On croit communément que le nom moderne est Willenbach. (D.J.)


VALLÉE(Géog. mod.) petite ville d'Italie, dans l'Istrie, à 7 milles de la mer, & à 14 au nord de Pola ; elle est ceinte de murailles, & soumise aux Vénitiens.

VALLEE, VALLON, (Synonyme) vallée semble signifier une espace plus étendu ; vallon semble en marquer un plus resserré.

Les poëtes ont rendu le mot de vallon plus usité ; parce qu'ils ont ajouté à la force de ce mot une idée de quelque chose d'agréable ou de champêtre, tandis que celui de vallée n'a retenu que l'idée d'un lieu bas, & situé entre d'autres lieux plus élevés.

On dit la vallée de Josaphat, où le vulgaire pense que se doit faire le jugement universel ; & l'on dit souvent en poésie le sacré vallon, où la fable établit une demeure des muses. A entendre nos aimables décider d'un ton léger du mérite des poëtes anciens & modernes,

On diroit qu'ils ont seuls l'oreille d'Apollon,

Qu'ils disposent de tout dans le sacré vallon.

(D.J.)

VALLEE, (Géog. sacrée) il est parlé dans l'Ecriture de plusieurs vallées de la Judée ; nous n'en citerons ici que quelques-unes, dont les noms se lisent le plus souvent : telles sont la vallée des artisans, sur les confins des tribus de Juda & de Benjamin ; la vallée des bois, dans laquelle étoient bâties Sodome & Gomorrhe ; la vallée de Save ou Royale, ainsi dite parce que Melchisédech y rencontra Abraham ; la vallée de bénédiction, près de Jérusalem, ainsi nommée, parce que les Juifs y remercierent Dieu de la victoire qu'il avoit accordée à Josaphat, II. Paral. xx. 26. la vallée de Gad, située au-delà du Jourdain, le long de l'Arnon, II. Rois, xxiv. 5. la vallée de vision, signifie Jérusalem dans le style prophétique, & par antiphrase, parce qu'elle est située sur une montagne ; la vallée grasse, étoit aux environs de Samarie qui la dominoit ; sa fertilité lui fit donner ce nom ; la vallée des passans marque le grand chemin qui étoit au pié du mont Carmel, pour aller du levant vers la mer. Ezech. xxxix. 11. la vallée des montagnes, désigne les vallées qui étoient autour de Jérusalem, où les habitans de cette ville se sauverent, lorsqu'elle fut assiégée par les Romains ; la vallée du carnage fut ainsi nommée, parce que Josaphat y défit un grand nombre d'ennemis ; c'est la même que la vallée de Josaphat ou du jugement, dont parle Joël, iij. 14. (D.J.)

VALLEE, (Géogr. mod.) mot françois qui signifie la descente d'une montagne rude, escarpée, roide ; il signifie aussi un espace de terre ou de pays, situé au pié de quelque montagne ou côte. On disoit autrefois val ; mais il n'est plus en usage que dans les noms propres : le val de Galice, le val des Choux, le val Suzon. L'un & l'autre mot est formé du latin vallis, dont les Italiens ont fait leur mot val ou valle, & les Espagnols leur mot valle.

On entend ordinairement par une vallée une espece de plaine, le plus souvent traversée par une riviere, bornée à ses côtés par des collines ou des montagnes, & qui a une longueur plus ou moins grande, sans largeur considérable. Il y a des pays fort vastes nommés vallées, comme dans la Sicile, qui est divisée en trois vallées, valle di Mazara, valle di Demona, & valle di Noto. Comme, selon le proverbe, il n'y a point de montagnes sans vallées, le mot de vallée est commun dans les montagnes, par exemple, dans la Suisse, chez les Grisons, dans une partie de la Lombardie & dans les Pyrénées. (D.J.)

VALLEE DE VISION, la, (Critique sacrée) la vallée de vision dans le style figuré, signifie Jérusalem. Elle est nommée vallée par antiphrase, parce qu'elle est située sur une montagne ; & on lui donne le surnom de vision, parce qu'elle est le sujet de la prophétie d'Isaïe, ou parce que le temple de Jérusalem fut bâti sur le mont Morija, qui est la montagne de vision.

VALLEE DE CLUYD, (Géog. mod.) vallée d'Angleterre, dans le comté de Denbig. Elle s'étend du sud-est au nord-ouest jusqu'à l'Océan, de la longueur de 17 milles, sur 5 de largeur. Elle est de toutes parts environnée de hautes montagnes, excepté le long des côtes, où elle est toute ouverte. La riviere de la Cluyd la traverse par le milieu, depuis sa source jusqu'à son embouchure.

VALLEES, pays des quatre, (Géog. mod.) pays de France, dans la Gascogne, sur la gauche de la Garonne, partie dans le diocèse d'Auch, & partie dans celui de Comminge. Il renferme les vallées de la Barthe ou Nestes, Aure, Magnoac & Barousse. (D.J.)


VALLI(Botan. exot.) arbrisseau des Indes que M. Commelin nomme frutex siliquosa, indica, flore papilionaceo, siliquis planis, brevibus, duo aut tria semina isthmia continentibus. Hort. Malab.

Cet arbrisseau s'attache à toutes les plantes de son voisinage. Ses feuilles ressemblent à celles du frêne, & ont quelque acrimonie. Ses fleurs son papilonacées & sans odeur. Ses gousses ont un pouce de long, sur un pouce de circonférence ; elles sont plates, & contiennent deux ou trois semences séparées par une cloison étroite ; ses feves sont d'un goût extrêmement désagréable. Cette plante fleurit au mois d'Août, & son fruit est mûr dans ceux de Décembre & de Janvier. (D.J.)


VALLUMAGGER, VINEAE, TURRES, (Art milit. des Romains) vallum étoit un retranchement que l'on faisoit avec des pieux, une palissade. Agger, élevation pour dominer la ville, que l'on faisoit avec des poutres & des branches d'arbres qu'on couvroit de terre. Vineae, machines qui couvroient ceux qui travailloient à la sappe du mur. Turres, les tours, étoient de bois, & l'on y mettoit des machines pour lancer des pierres, des feux d'artifices, &c. (D.J.)

VALLUM ADRIANI, (Géog. anc.) dans la 124e. année de J.C. l'empereur Adrien passa dans la grande-Bretagne pour y appaiser un soulevement, & après avoir battu les rebelles, il fit tirer pour la premiere fois, dit Spartian in Hadriani vitâ, c. xj. une muraille de 80 milles de longueur, pour empêcher les peuples sauvages du nord, de se jetter sur les sujets des Romains.

Cette muraille, ou ce retranchement, tenoit toute la largeur de l'île, depuis une mer jusqu'à l'autre ; c'est-à-dire, depuis le bord de la Tyne, au voisinage de New-Castle, jusqu'au bord de l'Eden, près de Carlisle, dans le Cumberland, & de Carlisle jusqu'à la mer.

L'auteur des délices de la grande-Bretagne, page 1140, dit : " L'historien qui nous apprend cette circonstance, ne marque pas en quel endroit étoit cette muraille : mais les Ecossois ne doutent nullement, que ce ne fut entre les golfes de Glotta & de Bodotria, dans les mêmes endroits ou Agricola avoit mis des garnisons 40 ans auparavant ; & ils sont persuadés que c'est la même muraille dont il reste des vestiges assez considérables, entre les golfes dont il vient d'être parlé, qui sont ceux de la Cluyd & du Forth. "

Mais il paroîtroit plutôt que c'est le Vallum de Sévere, dont nous ferons l'article, qui doit être placé entre ces deux golfes, & non celui d'Hadrien : car Spartian, in Hadriani vitâ, c. xj. dit positivement que le Vallum de Sévere fut bâti bien loin au-delà de celui d'Hadrien. D'ailleurs, si le mur de ce dernier avoit été entre les golfes de Cluyd & de Forth, il n'auroit pas eu 80 mille pas de longueur, mais seulement 32 mille pas, mesure qu'Aurelius Victor, Epitom. hist. Augustae, & Eutrope, in Severo, l. VII. c. xix. donnent au Vallum de Sévere.

Quoi qu'il en soit, les restes de ce grand & merveilleux ouvrage font voir qu'il étoit digne de la puissance des Romains. D'abord Hadrien ne le fit faire que de gason ; mais dans la suite on l'a bâti de gros quartiers de pierre. Cette muraille étoit haute de 15 piés, & en quelques endroits large de 9, comme on le peut encore voir par les débris qui en restent. Elle comprenoit un espace d'environ cent milles de longueur à-travers des plaines, des vallées, des montagnes & des forêts : de-sorte qu'elle devoit avoir coûté des peines & des dépenses infinies. Elle étoit flanquée de tours, à la distance de mille pas les unes des autres : & tout du long, on avoit bâti une infinité de bourgs & de châteaux. Les Anglois l'appellent the Picts wall, c'est-à-dire, la muraille des Pictes ; parce que les incursions des Pictes furent la cause qui fit que les Romains penserent à un ouvrage de cette nature.

A Walvich, que l'on croit être l'ancienne Gallana, on voit des vestiges d'anciennes fortifications, & particulierement les ruines d'une grande forteresse. Près de cet endroit, la Tyne coupe la muraille, passant par une voute qu'on eut soin d'y construire ; & à quelque distance de la muraille, les deux Tynes se joignent, pour ne faire plus qu'une seule riviere. (D.J.)

VALLUM ANTONII PII, (Géog. anc.) retranchement ou muraille élevée par l'empereur Antonin Pie, dans la grande-Bretagne, pour arrêter les incursions des Calédoniens. On n'est pas d'accord sur l'endroit où fut fait ce retranchement. Cambden prétend qu'il passoit par la ville de Brumeria, aujourd'hui Brampton ; & selon la carte du pere Briet, il commençoit auprès de Berwick, à l'embouchure de la Twede, & entroit dans les terres vers le sud-ouest, en suivant à-peu-près les mêmes limites qui séparoient l'Ecosse de l'Angleterre. (D.J.)

VALLUM SEVERI, (Géog. anc.) l'empereur Sévere étant passé dans la grande Bretagne avec ses deux fils, environ l'an 207 de Jesus-Christ, repoussa les Calédoniens ; & pour les empêcher de revenir dans la province des Romains, il fit élever une muraille qui tenoit toute la largeur de l'île d'une mer à l'autre, entre les golfes de Glotta & de Bodotria, aujourd'hui les golfes de Cluyd & de Forth.

Cette muraille, ou plutôt ce retranchement, puisque Spartien & les autres auteurs anciens lui donnent le nom de vallum, fut apparemment forcé par les Calédoniens : car, sous l'empire de Dioclétien, Carausius, qui dans la suite eut la présomption de prendre la pourpre impériale, dépouilla les Calédoniens de leurs terres, & alla rétablir les bornes de l'empire romain entre les golfes de la Cluyd & du Forth : & soixante ans après ou environ, Théodose, pere de l'empereur Théodose le grand, marchant sur les brisées de Carausius, réduisit en forme de province tout le pays qui est entre l'Angleterre & les deux golfes en question. Il l'appella Valentia, du nom de l'empereur ; & pour en assûrer la possession aux Romains, il rétablit la muraille de Sévere entre les mêmes golfes. Voyez VALENTIA, Géog. anc. (D.J.)

VALLUM STILICONIS ou MURUS STILICONIS, (Géog. anc.) nom d'une muraille ou d'un retranchement, qu'on croit que Stilicon fit tirer dans la grande Bretagne le long du rivage, dans un espace d'environ quatre milles, depuis l'embouchure du Darwent jusqu'à celle de l'Elne, afin de défendre ces côtes contre l'irruption des Scoti, qui sortoient de l'Irlande pour se jetter sur ce pays-là. (D.J.)


VALNA(Géog. mod.) petite méchante ville ou bicoque d'Espagne, dans l'Andalousie, sur une montagne, au midi du Guadalquivir.


VALOGNou VALOGNES, (Géog. mod.) en latin moderne Valoniae ; ville de France, dans la basse Normandie, au diocèse de Coutances, sur un petit ruisseau, à 3 lieues de la mer. Il y a un bailliage, une sénéchaussée, une maîtrise des eaux & forêts, une collégiale, & quelques couvens. Long. 16. 15. latit. 49. 27.

C'est au village de Valdésie, près de Valogne, qu'est né, au commencement du dernier siecle, Jean de Launoi, en latin Launoius, prêtre & célebre docteur en Théologie dans l'université de Paris, savant d'un ordre supérieur, infatigable dans le travail, & critique intrépide. Homme d'un desintéressement à toute épreuve, insensible à toute ambition, il refusa tous les bénéfices qu'on lui offrit, content de ses livres & de sa fortune qui étoit très-médiocre. Sa vie fut simple, & son ame toujours bienfaisante.

La préface de son testament est remarquable. Après les paroles ordinaires, au nom du Pere, &c. il y avoit : " J'aurai bientôt fait, car je n'ai pas beaucoup de biens, ayant détourné mon esprit de leur recherche par de plus nobles soins, & m'étant convaincu de bonne heure qu'un chrétien a beaucoup plus de peine à faire un bon usage des richesses qu'à s'en passer ". On peut dire qu'il est mort la plume à la main : car non-seulement il avoit un livre sous la presse (défense des intérêts du roi), pendant sa derniere maladie, mais même il en corrigea les épreuves un jour avant son décès.

Il mourut à l'hôtel d'Etrée l'an 1678, âgé de plus de 77 ans. Le cardinal d'Etrée n'étant encore qu'évêque de Laon, s'étoit en quelque maniere approprié M. de Launoi. " Et certes ayant un tel personnage auprès de lui, il ne le pouvoit conserver ni chérir avec trop de soins ", dit M. de Marolles. Il fut enterré aux minimes, comme il l'avoit ordonné par son testament ; mais on n'eut pas la liberté de mettre sur son tombeau l'épitaphe qu'on lui avoit préparée, parce que cette épitaphe attribuoit au défunt la louange d'avoir soutenu l'orthodoxie ; & quelque tems après, les minimes déclarerent que les deux puissances, la royale & l'ecclésiastique, leur avoient enjoint de ne souffrir aucune inscription à la gloire de M. de Launoi.

Ses oeuvres ont été recueillies par l'abbé Granet, & imprimées à Genève en 1731, en dix volumes infolio. Ses lettres, qui en font la partie principale, avoient déja paru à Cambridge en 1689, in-fol. Tous les ouvrages de ce savant sont remplis de lecture & de science ecclésiastique. Il y défend avec force les droits du roi, les libertés de l'église gallicane, & la juste autorité des évêques. Son style n'est pas assez orné, & ses raisonnemens ne sont peut-être pas toujours justes ; mais on est amplement dédommagé en le lisant, par la variété des sujets qu'il traite, l'étendue de son érudition, & quantité de traits ingénieux.

Le public lui a certainement de grandes obligations. Quand il n'auroit publié que le livre de autoritate negantis argumenti, il auroit rendu service à la république des lettres ; car il a donné, par cet ouvrage, de belles ouvertures, pour discerner le vrai & le faux dans les matieres historiques.

Il attaqua, dans ses écrits, plusieurs fausses traditions, entr'autres l'arrivée de Lazare & de Magdeleine en Provence ; l'apostolat des Gaules de Denys l'aréopagite ; la cause de la retraite de S. Bruno, fondateur des chartreux ; la vision de Simon Stoch ; les privileges de la bulle sabbatine, &c. Il crut aussi devoir démontrer la fausseté des prétendus privileges des moines, en vertu desquels ils ne vouloient pas reconnoître la jurisdiction des évêques ; & il réfuta les raisons qu'ils alléguoient pour s'attribuer l'administration du sacrement de pénitence. " Ceux qui aiment la vérité, dit M. de Marolles, lui surent autant de gré de ses belles recherches, que les gens qui sont incapables d'honorer la raison, crurent avoir de sujet de se plaindre de ce savant pour avoir fait de telles conquêtes ; & si la superstition s'en afflige, l'Eglise pure doit s'en glorifier ".

M. de Launoi étendit encore sa critique sur le trop grand nombre de saints canonisés dans le calendrier, & les abus qui en résultent. Vigneul Marville rapporte que le curé de S. Eustache de Paris disoit : " Quand je rencontre le docteur de Launoi, je le salue jusqu'à terre, & ne lui parle que le chapeau à la main, & avec bien de l'humilité, tant j'ai peur qu'il ne m'ôte mon S. Eustache qui ne tient à rien ". Il avoit raison, dit M. de Valois, car la vie de S. Eustache est un tissu de fables entassées les unes sur les autres ; & je suis fort surpris, continue-t-il, que la plus grosse paroisse de Paris ait quitté le nom d'une des plus célebres & illustres martyres que nous ayons pour prendre celui d'un saint inconnu & fort suspect.

Godefroi l'historiographe étant sorti de son logis de grand matin le premier jour de l'an, rencontra dans la rue de la Harpe M. de Launoi qui s'en alloit en Sorbonne. Il l'aborda, & lui dit en l'embrassant : " Bon jour & bon an, monsieur ; quel saint dénicherez-vous du ciel cette année " ? M. de Launoi, surpris de la demande, lui répondit : " Je ne déniche point du ciel les véritables saints que Dieu & leur mérite y ont placés, mais bien ceux que l'ignorance & la superstition des peuples y ont fait glisser sans qu'ils le méritassent, & sans l'aveu de Dieu & des savans ".

C'est là-dessus que Ménage fit une bonne épigramme grecque, dans laquelle il compare M. de Launoi au Jupiter d'Homere, qui chassa du ciel toute la racaille des faux dieux qui s'y étoit glissée parmi les véritables, & qui leur donnant du pié au cul, les fit tomber du haut de son trône & des étoiles en terre.


VALOIRv. act. (Gram.) avoir une valeur, un certain prix, soit intrinseque, soit arbitraire : une marchandise doit valoir moins quand elle est commune, que quand elle est rare. Voyez VALEUR.

On dit aussi dans le commerce faire valoir son argent, pour dire en tirer du profit, le mettre à intérêt. Voyez INTERET.


VALOIS(Géog. mod.) pays de France, dans le gouvernement de l'île de France. Il est borné au nord par le Soissonnois ; au midi, par la Brie ; au levant, par la Champagne ; & au couchant, par le Beauvoisis. Il prend son nom d'un vieux chapitre appellé Vadum en latin, & Vé en françois. Ce n'étoit autrefois qu'un comté, que Philippe-Auguste réunit à la couronne ; c'est à-présent un duché qui fut donné en apanage au frere de Louis XIV. & que la maison d'Orléans possede. C'est un pays de plaine abondant en blé. Crépi est la capitale. (D.J.)


VALON(Géog. anc.) fleuve de la Mauritanie tingitane. Ptolémée, l. III. c.j. place son embouchure entre les villes Tingis & Exilissa, c'est-à-dire environ au milieu de la côte du détroit de Gibraltar. (D.J.)


VALONE(Géog. mod.) ville de l'empire turc, dans l'Albanie, sur le bord de la mer, près des montagnes de la Chimere, à 70 milles d'Otrante, avec un port & un archevêché grec. Les Vénitiens la prirent en 1690, & l'abandonnerent quelque tems après, en ayant ruiné les fortifications.


VALOUVERSS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme les idolâtres de l'Indostan, les prêtres de la derniere des tribus, appellée parreas ou poulias, qui est l'objet du mépris du peuple. Il y a parmi une famille sacerdotale, appellée des valouvers, qui prétendent avoir occupé anciennement dans les Indes un rang aussi distingué que les bramines ou prêtres actuels. Les valouvers s'appliquent à l'Astronomie & l'Astrologie ; ils ont des livres qui contiennent des préceptes de morale très-estimés. On dit qu'ils portent un filet de pêcheur autour du col lorsqu'ils font leurs sacrifices.


VALPARAISou VALPARISSO, (Géog. mod.) bourgade de l'Amérique méridionale, au Chili, sur la côte de la mer du sud, dans un vallon, avec un port défendu par une citadelle. Cette bourgade est composée d'une centaine de pauvres maisons, dont la plus grande partie n'est habitée que de noirs, de mulâtres & de métifs, qui sont des matelots & gens de cet ordre ; cependant cette bourgade a pour sa défense deux forteresses ; l'une commande l'entrée du port avec des batteries rasantes ; l'autre a une batterie de vingt pieces de canon de bronze. Quoique Valparaiso soit le principal port du Chili, il n'y entre guere néanmoins que vingt-cinq bâtimens par an. C'est dans ce port que François Drake enleva en 1579 un gros navire espagnol chargé de marchandises précieuses, & entr'autres de douze mille cinq cent livres d'or de Baldivia, le plus pur des Indes occidentales. Long. suivant le P. Feuillée, 305. 19. 30. latit. 33. 2. (D.J.)


VALREAS(Géog. mod.) petite ville de France, dans le comtat Venaissin, & l'une des dépendances du pape ; cette petite ville toute dépeuplée est la plus considérable partie du comtat qui confine avec le Dauphiné ; jugez par-là du reste. (D.J.)


VALROMEY(Géog. mod.) petit pays de France, dans le Bugey, entre les mandemens de Seyssel & de Michaille. C'est un de ceux qui furent cédés à la France en échange de Saluces, par le traité de Lyon de l'an 1601. Il n'a pas vingt paroisses, dont Châteauneuf est la principale. Louis XIII. érigea l'an 1612 la seigneurie de Valromey en marquisat en faveur d'Honoré d'Urfé. (D.J.)


VALSEAUX DE, (Hist. nat. des eaux minérales) eaux minérales de France en Languedoc. On les va prendre dans les mois de Juin, de Juillet & d'Août, & la mode capricieuse est aujourd'hui venue de les prescrire fréquemment, & d'en transporter à Paris & ailleurs.

Le petit bourg qui donne son nom à ces eaux minérales est dans le Vivarais, à 5 lieues du Rhône, & près du torrent de la Volane, au fond d'un vallon. Ce bourg est environné de côteaux fertiles en blé & en vignes.

Les fontaines minérales sont à deux portées de mousquet du bourg près du torrent. L'une de ces sources, appellée la Marie, est du côté du bourg. Les autres, appellées la Marquise, la S. Jean, la Camuse & la Dominique, sont de l'autre côté du ruisseau.

L'eau de la Marie est froide, limpide, aigrelette & diurétique. Elle donne une teinture orangée à la noix-de-galle, & une couleur de vin rouge à la teinture de tournesol. Le sel qu'on en retire par évaporation à la quantité d'environ une drachme sur douze onces d'eau, est nitreux & fermente avec les acides.

L'eau de la Marquise est plutôt salée qu'aigrelette. La teinture qu'elle fournit à la noix-de-galle, approche assez de celle que lui donne la Marie, mais elle donne la teinture de vin plus paillet à l'eau colorée par le tournesol. Le résidu est de même nature que celui de la Marie, seulement en plus grande quantité. La source de cette eau sort entre des fentes de rocher, & est peu considérable.

L'eau de la fontaine S. Jean ne differe de la précédente que par un goût un peu plus stiptique.

La source Camuse, découverte par un médecin nommé le Camus, semble avoir encore moins d'acidité & plus de salure. La rouille qui est dans son canal d'écoulement est aussi plus rougeâtre, du reste elle fait les mêmes changemens avec la noix-de-galle & la teinture de tournesol.

Les sels de ces quatre fontaines, soit le naturel qui se trouve sur les rochers, soit l'artificiel qui se tire par l'évaporation, étant dissous dans un peu d'eau, font une grande effervescence avec l'esprit de vitriol. Ils ne pétillent point sur les charbons allumés, & ne changent point de couleur ; mais ces sels jettés dans le syrop violat, le rendent aussi verd que fait le sel de tartre.

La source Dominique, ainsi nommée d'un jacobin qui l'a découverte, est la moins abondante de toutes. Elle est âpre, vitriolique & désagréable à l'estomac. Le résidu qu'on en tire est en petite quantité ; une livre d'eau ne produisant que huit ou dix grains d'un sel grisâtre, & qui semble un vitriol légerement calciné. La noix-de-galle procure à cette eau une couleur bien différente de celle que lui donnent les eaux des autres fontaines, savoir une couleur bleuâtre & fort peu foncée. Elle rougit aussi la teinture de tournesol d'un rouge beaucoup plus opaque, & le sel de tartre a de la peine à faire revenir cette teinture dans sa couleur de pourpre. Cette eau opere par les vomissemens. (D.J.)


VALSALVAMUSCLE DE, (Anatom.) Valsalva d'Immola, docteur en médecine & en philosophie, professa l'anatomie dans l'université de Boulogne, & fut chirurgien de l'hôpital des Incurables. Il nous a laissé un traité sur l'oreille qui renferme plusieurs choses neuves. Il y a un muscle de l'oreille qui porte son nom, qu'on appelle aussi le muscle antérieur.


VALTELINE(Géog. mod.) Voyez après le mot VAL, l'article VAL-TELLINE.


VALUES. f. (Gramm. & Jurisprud.) est la même chose que valeur ; mais ce terme n'est usité que quand on dit plus value, la moins value ; la plus value est ce que la chose vaut de plus que ce qu'elle a été estimée ou vendue ; la moins value est ce qu'elle vaut de moins. La crue a été introduite pour tenir lieu de la plus value des meubles. Voyez CRUE, ESTIMATION, PRISEE, VENTE. (A)


VALVAE(Archit. anc.) valvae, genit. valvarum, s. f. pl. indique, dans Vitruve, une porte simple, & qui n'a qu'un battant, puisque dans les auteurs elle est opposée à celle qui a deux battans, que les Romains appelloient bifores. Quoique valvae désigne communément les deux battans d'une porte, il est sûr que ce mot n'a cette signification qu'à cause qu'il est au pluriel ; & encore n'a-t-il pas semblé à Ovide que le pluriel fût suffisant pour cela quand il dit, argenti bifores radiabant lumine valvae, car il a jugé que valvae sans bifores n'auroit pû signifier une porte à deux battans. (D.J.)


VALVE(Conchyl.) en latin valva, c'est l'écaille ou l'une des pieces de la coquille.


VALVERDE(Géog. mod.) ville de l'Amérique méridionale, au Pérou, dans l'audience de Lima, dont elle est à 35 lieues. Ses habitans qui sont espagnols, sont riches ; son port qui en est à 6 lieues, se nomme Puerto quemado. Lat. mérid. 14. (D.J.)


VALVULES. f. (Méchan.) est la même chose que soupape. Voyez SOUPAPE. Ce mot vient du mot latin valvae, porte à deux battans, parce que les valvules s'ouvrent & se ferment à-peu-près comme ces sortes de portes.

VALVULE, (Physiologie) petite membrane attachée à la paroi intérieure des veines, pour faciliter le cours du sang vers le coeur, & empêcher son retour vers les extrêmités.

La structure des valvules est une méchanique fort considérable entre les organes qui servent à la distribution des humeurs. Exposons cette méchanique.

Les valvules font le même office à l'égard des humeurs contenues dans le corps des animaux, que font dans les machines hydrauliques, les soupapes, ou les autres machines équipollentes à des soupapes, que l'on emploie pour laisser couler l'eau d'un sens, & lui fermer le passage, en l'empêchant de retourner d'où elle est venue. Or comme on se sert de trois sortes de soupapes, il y a aussi de trois sortes de valvules qui empêchent que les humeurs qu'elles ont laissé passer dans les canaux ne puissent retourner.

Les trois especes de soupapes sont la soupape à clapet, la soupape en cône & la soupape en maniere de porte à deux battans. La soupape à clapet est une lame plate & quarrée, qui étant attachée par un de ses côtés, peut, étant abattue & appliquée sur un trou, le boucher ou le déboucher lorsqu'elle est levée.

L'espece de valvule qui a rapport à ce clapet, est la moins ordinaire ; on en trouve à l'embouchure des ureteres dans la vessie, où la tunique interne de la vessie couvre le trou par où l'uretere, après s'être coulé entre les deux membranes dont la vessie est composée, fait passer l'urine dans la capacité de la vessie ; car cette membrane que l'urine leve pour entrer, est rabattue par la même urine, qui la colle contre les bords du trou après qu'elle est passée.

On a trouvé une pareille valvule dans la vésicule du foie d'un boeuf au milieu de la partie de son fond, où elle est attachée au foie. Cette valvule étoit une membrane qui couvroit un trou faisant l'embouchure d'un rameau de la bile, qui ayant plusieurs racines répandues dans tout le foie, apportoit cette humeur dans la vésicule.

La seconde espece de soupape qui est en cône, agit d'une autre maniere ; car la partie faite en cône laisse passer l'eau qui vient du côté de la pointe du cône, parce qu'elle est poussée par l'eau & levée, en sorte qu'elle ouvre en partie le trou rond du cercle, qu'elle fermoit entierement lorsqu'elle étoit abaissée ; mais elle empêche que l'eau ne retourne, parce que venant vers la base du cône, sa pesanteur fait rentrer le cône dans le trou du cercle qu'elle bouche fort exactement, n'y ayant rien qui bouche si bien un trou, qu'un cône ou foret.

L'espece de valvule qui répond à cette sorte de soupape est appellée sigmoïde, parce que le bord de la membrane qui la compose représente un C, qui est un sigma des anciens caracteres grecs. Cette membrane, qui est comme un sac ou capuchon, fait un cône, lorsqu'étant remplie elle est dilatée ; car la moitié du bord de cette membrane étant attachée à la tunique de la veine, il arrive nécessairement que lorsque le sang monte dans la veine, il pousse la partie détachée, & la collant contre la tunique de la veine, il se fait passage ; au contraire, lorsque le sang vient à descendre, il sépare la partie détachée d'avec la tunique de la veine contre laquelle elle étoit collée, & emplissant le sac, l'arrondit, & lui donne la figure conique dont la base emplit toute la rondeur du conduit de la veine, de même que la base du cône de la soupape remplit la rondeur du cercle qui la soutient.

Il se trouve dans quelques poissons, comme dans la raie, que ces valvules, au-lieu d'être des sacs composés de membranes, sont des chairs solides qui doivent apparemment en se gonflant & en se rétrécissant, faire l'effet que la valvule sigmoïde fait en s'emplissant & en se vuidant de sang. Et il faut supposer que ces chairs ont des pores ouverts vers le côté où le sang doit couler, & qu'ils sont fermés vers celui d'où il vient ; en sorte que lorsque le sang fait effort pour passer, il comprime ces chairs, & en exprime le sang ; & lorsqu'il fait effort pour retourner, il les remplit, & les faisant gonfler, il bouche le passage, y ayant apparence que ces valvules charnues ne sont effectivement autre chose qu'un amas d'une infinité de petits sacs remplis de sang.

Ces valvules sigmoïdes se trouvent presque dans tous les vaisseaux ; il y en a dans les veines & dans les canaux lymphatiques, pour empêcher le retour des humeurs que ces vaisseaux contiennent, & pour aider au cours qu'elles doivent avoir : car les humeurs ne pouvant retourner lorsqu'elles ont passé audessus des valvules, la moindre compression que les veines ou vaisseaux lymphatiques souffrent par le mouvement de la respiration & des muscles de tout le corps, leur fait pousser le sang & la lymphe vers les endroits où les valvules leur donnent le passage libre.

Cela se fait par la même raison qui fait monter un épi de blé le long du bras, quand il est mis entre le bras & la manche de la chemise la queue en haut, & les barbes de l'épi en en-bas, quoique la structure de cette machine soit différente de celle des valvules ; car l'épi monte lorsqu'on remue le bras, parce qu'il ne peut aller en en-bas, & qu'il va aisément en en-haut, attendu que rien ne l'en empêche, & que le mouvement du bras agissant sur l'épi, l'oblige à ne pas demeurer en une place.

Il y a aussi de ces valvules dans le coeur ; savoir trois qui ferment l'aorte à la sortie du ventricule gauche, & empêchent que le sang n'y rentre ; & trois qui de la même maniere ferment la veine artérieuse, & qui empêchent que le sang, qui pour passer dans le poumon est sorti du coeur, n'y rentre. Les gros rameaux de veines ont ordinairement deux valvules vis-à-vis l'une de l'autre, & les petits n'en ont qu'une : quand les valvules doubles sont enflées par le sang qui les emplit, elles ont la figure d'un demi-cône, & celle du tiers d'un cône quand elles sont triples.

La troisieme espece de soupape n'a point encore de nom, mais M. Perrault a cru qu'il lui en étoit dû un à cause qu'elle agit de même que les soupapes. Ces soupapes de la troisieme espece sont ordinairement sans comparaison plus grandes que les autres, qui ne passent guere quatre ou cinq pouces de diametre, aulieu que celles là ont jusqu'à deux ou trois toises ; on s'en sert pour les écluses. Ce sont deux battans de porte que l'eau ferme en les poussant & en les faisant approcher l'un de l'autre ; & elles demeurent en cet état, tant à cause qu'elles sont retenues par des chaînes, que parce qu'elles se soutiennent d'elles-mêmes, étant appuyées l'une contre l'autre, & faisant un angle opposé au cours de l'eau.

Il y a dans le coeur des valvules qui agissent par une même raison : on les appelle tricuspides ou tricuspidales, parce qu'elles ont trois pointes étant de forme triangulaire : car quoique ces petites portes du coeur ne soient pas quarrées, elles font néanmoins le même effet que les portes des écluses qui le sont, en ce que s'approchant & se joignant par leurs côtés elles ferment le passage au sang, & l'empêchent de sortir des ventricules du coeur, quand il y est entré par la veine cave ou par l'artere veineuse. Et de même que les valvules tricuspides se touchent par deux côtés étant attachées au coeur par le troisieme, les portes des écluses se touchent aussi par un côté, & touchent au fond de l'écluse par un autre, le troisieme étant attaché à la muraille.

Or parce que ces valvules ne sont pas d'une matiere ferme, comme les portes qui résistent à l'impulsion de l'eau lorsqu'elles sont jointes l'une contre l'autre, la nature leur a donné un autre moyen de résister à l'impulsion du sang, & cela se fait par un grand nombre de ligamens, qui sont comme autant de petites cordes attachées aux deux bords de chaque valvule, de même que les portes des écluses sont retenues par des chaînes : car ces ligamens empêchent que lorsque le sang a fait approcher les membranes qui font le corps de la valvule, elles ne soient pas poussées plus avant ; si cela arrivoit, elles ne pourroient empêcher le sang de passer & de retourner d'où il est venu.

Il y a de cette espece de valvules dans le coeur à l'extrêmité des vaisseaux qui apportent le sang dans chaque ventricule, savoir la veine cave, qui le rapporte de tout le corps dans le ventricule droit, & l'artere veineuse qui est proprement une veine qui rapporte dans le ventricule gauche le sang que la veine artérieuse a répandu dans le poumon. La veine cave a trois de ces valvules ; mais l'artere veineuse n'en a que deux, parce qu'elle ne rapporte pas tant de sang dans le ventricule gauche, que la veine cave en rapporte dans le droit ; une partie du sang que la veine cave rapporte dans le coeur, & que la veine artérieuse distribue dans le poumon, étant consumée pour nourriture de cette partie, qui en dissipe beaucoup.

Toutes ces valvules, tant les sigmoïdes, que les tricuspidales, se trouvent dans le coeur de presque tous les animaux terrestres qui sont un peu grands : dans les oiseaux elles sont autrement, & les anfractuosités des ventricules sont aussi différentes ; les ventricules même ne sont pas en même nombre ; ceux d'entre les poissons qui ne respirent point, n'ont qu'un ventricule dans le coeur ; mais ce ventricule a deux sacs, qui sont comme ses oreilles : dans l'un de ses sacs, que j'appelle l'oreille droite, la veine cave porte le sang par deux troncs : de l'autre sac, qui est comme l'oreille gauche, l'aorte sort faisant un seul tronc. Les valvules sont dans le coeur à l'entrée de chaque sac ; elles sont sigmoïdes, deux à chaque entrée. Celles qui empêchent que le sang ne retourne dans la veine cave sont mieux fermées, & doivent avoir plus de force pour le retenir, que celles qui l'empêchent de retourner de l'aorte dans le coeur.

Jacques Sylvius, le grand admirateur de Galien, & l'ennemi juré de Vesale, a le premier découvert les valvules qui sont à l'orifice de la veine azygos, de la jugulaire, de la brachiale, de la crurale, & du tronc de la veine cave qui part du foie. Il les nomma épiphyses membraneuses ; Fabricius ab Aquapendente revendique à tort l'honneur de cette découverte ; il n'a que celui d'en avoir donné une plus exacte description, & de leur avoir imposé le nom de valvules, qu'elles retiennent encore aujourd'hui ; nom qui leur convient en effet, tant par rapport à leurs usages, qu'à l'égard de leur structure. Eustachius apperçut le premier la valvule placée à l'orifice de la veine coronaire dans le coeur. Il prétend encore avoir découvert la valvule que quelques auteurs appellent valvula nobilis, placée dans la veine cave, tout proche de l'oreillette droite du coeur. Cependant Jacques Sylvius paroît avoir remarqué cette valvule avant Eustachi ; mais ce dernier l'a bien mieux décrite. (D.J.)

VALVULES du coeur, (Anatom.) especes de soupapes qui sont aux orifices des ventricules du coeur.

Ces valvules ou soupapes sont de deux sortes ; les unes permettent au sang d'entrer dans le coeur, & l'empêchent d'en sortir par le même chemin ; les autres le laissent sortir du coeur, & s'opposent à son retour. Celles de la premiere espece terminent les oreillettes, & celles de la seconde occupent les embouchures des grosses arteres. On a donné à celles-ci le nom de valvules semi-lunaires ou valvules sigmoïdes, & aux autres celui de triglochines ou tricuspides ou mitrales.

Les valvules triglochines ou tricuspides du ventricule droit sont attachées à l'orifice auriculaire du ventricule, & s'avancent dans la même cavité de ce ventricule. Elles sont comme trois languettes fort polies du côté qui regarde l'embouchure de l'oreillette, garnies de plusieurs expansions membraneuses & tendineuses du côté de la cavité ou surface interne du ventricule, & elles sont comme découpées ou dentelées par leurs bords. Les valvules de l'orifice auriculaire du ventricule gauche sont de même forme & structure ; mais il n'y en a que deux, & on les a nommées valvules mitrales à cause de quelque ressemblance à une mitre qu'elles représentent assez grossierement.

Ces cinq valvules sont très-minces, & elles sont attachées par plusieurs cordes tendineuses aux colonnes charnues des ventricules. Les cordages de chaque valvule sont attachées à deux colonnes. Il y a entre ces valvules d'autres petites de la même figure. On peut aussi appeller toutes ces valvules tricuspides en général valvules auriculaires ou valvules veineuses du coeur.

Les valvules semi-lunaires ou valvules sigmoïdes sont au nombre de six, trois à chaque ventricule, & à l'embouchure des grosses arteres. Le nom de valvules artérielles leur convient assez. Elles sont faites à-peu-près comme des paniers de pigeon. Leurs concavités regardent la paroi ou concavité de l'artere, & leurs convexités s'approchent mutuellement. En examinant ces valvules avec le microscope, on trouve des fibres charnues dans la duplicature des membranes dont elles sont composées.

Elles sont vraiment semi-lunaires, c'est-à-dire en forme de croissant, par les attaches de leurs fonds ; mais elles ne le sont pas par leurs bords flottans ; car ces bords représentent chacun deux petits croissans, dont deux extrêmités se rencontrent au milieu du bord, & y forment une espece de petit mamelon. Winslow. (D.J.)

VALVULES des intestins ; " dans le jejunum & l'ileum, la tunique interne ayant plus d'étendue que l'externe, est fort ridée. On a cru que les plis tachés qu'elle forme, faisoient en quelque maniere la fonction des valvules ; c'est pourquoi ils ont été nommés valvules conniventes, en latin valvulae conniventes. "

VALVULES des vaisseaux lactés ; " les vaisseaux lactés qui s'ouvrent dans les intestins, reçoivent la partie du chyle qui est préparée & fluide, & paroissent par intervalles comme s'ils étoient liés & serrés. Quand on les comprime, ils ne laissent pas refluer la liqueur vers les intestins, quoiqu'elle soit aisément poussée vers les glandes : ce qui montre qu'il y a des valvules dans les vaisseaux lactés, mais qui sont trop petites pour être visibles. " Id. ibid. p. 56.

VALVULE du colon, le colon a une grande valvule pour empêcher les excrémens de rentrer dans l'iléon ; il a aussi plusieurs autres valvules pour retarder la descente des matieres. Voyez COLON & EXCREMENT.

Constantin Varole, boulonnois, médecin du pape Grégoire XIII. & qui mourut en 1570, fut le premier qui observa les valvules du colon. Bart. Eustachi, natif de San-Severino en Italie, découvrit vers ce même tems la valvule qui est à l'orifice de la veine coronaire, & cette valvule remarquable qui est à l'orifice du tronc inférieur de la veine cave, près de l'oreillette droite du coeur. Il est vrai qu'il ne la prit pas pour une valvule, mais seulement pour une membrane.

Lancisi, médecin du pape Clément XI. & qui a publié le premier les Tables Anatomiques d'Eustachi, croit que l'usage de cette valvule est d'empêcher le sang de la veine cave supérieure de frapper avec trop de violence contre celui de l'inférieure. M. Winslow qui a examiné cela avec beaucoup de soin, est à-peu-près de même sentiment. Mém. de l'acad. des Sciences.

Mais comme cette valvule diminue peu-à-peu dans les enfans, de même que le trou ovale, & qu'à la fin elle disparoit entierement dans les adultes, il semble qu'elle a quelque autre usage qui regarde principalement la circulation du sang dans le foetus.

En effet, par le moyen de cette valvule, M. Winslow concilie les deux systèmes opposés de la circulation du sang dans le foetus, qui sont expliqués dans l'article CIRCULATION. Voyez CIRCULATION du sang, ETUSETUS.


VAMPIRES. m. (Hist. des superstit.) c'est le nom qu'on a donné à de prétendus démons qui tirent pendant la nuit le sang des corps vivans, & le portent dans ces cadavres dont l'on voit sortir le sang par la bouche, le nez & les oreilles. Le P. Calmet a fait sur ce sujet un ouvrage absurde dont on ne l'auroit pas cru capable, mais qui sert à prouver combien l'esprit humain est porté à la superstition. (D.J.)


VANS. m. (Littérat.) on connoit cet instrument à deux anses, courbé en rond par-derriere, & dont le creux diminue insensiblement sur le devant : ce qui lui donne la forme d'une coquille ; voilà la conque célebre des Egyptiens, des Grecs & des Romains ; nous allons dire pourquoi.

L'enfant chéri d'Osiris & d'Isis, & le serpent qu'on y joignoit, passerent d'Egypte à Athènes, qui étoit une colonie venue de Saïs, & de-là furent portés bien loin ailleurs. Telle est visiblement l'origine de l'usage qu'avoient les Athéniens de placer les enfans dans un van aussitôt après la naissance, & de les y coucher sur un serpent d'or. Cette pratique étoit fondée sur la tradition, que la nourrice de Jupiter l'avoit fait pour le dieu ; & Minerve pour Ericthonius.

De si grands exemples ne pouvoient qu'accréditer dans la Grece l'usage de mettre sur un van les enfans nouvellement nés. C'est pourquoi Callimaque nous dit que Némésis attentive à toutes les bonnes pratiques, posa le petit Jupiter sur un van d'or ; c'étoit en même tems une cérémonie fort ordinaire chez les Athéniens, sur-tout dans les familles distinguées, d'étendre les petits enfans sur des serpens d'or.

Tout le monde sait encore que le van étoit consacré au dieu du vin ; & mystica vannus Iacchi, dit Virgile. Les commentateurs apportent deux raisons de cette consécration du van mystérieux voué à Bacchus, qui sont toutes deux plausibles : l'une, parce qu'Isis avoit ramassé dans un van les membres épars d'Osiris, qui est le même que Bacchus, & que Tiphon avoit mis en pieces. L'autre raison est prise de ce que les vignerons offroient à Bacchus dans un van les prémices de la vendange. (D.J.)

VAN, s. m. (terme de Vanniers) instrument d'osier à deux anses, courbé en rond par-derriere qu'il a un peu relevé, dont le creux diminue insensiblement jusque sur le devant. Les vans servent à vanner les grains pour en séparer la menue paille & la poussiere. Ils sont le principal objet du métier des vanniers-clôturiers. (D.J.)

VAN, (Géog. mod.) ville & château de la grande-Arménie, vers les sources de l'Euphrate, sur les confins des deux empires turc & persan, à 70 lieues au sud-ouest d'Erzeron. Van est aujourd'hui sous la domination du grand-seigneur, & a son château ou sa forteresse sur une montagne voisine ; les habitans sont pour la plûpart arméniens. Tout près de la ville, est un lac du même nom, l'un des plus grands de l'Asie, & qui peut avoir 50 lieues de circuit. C'est le Mantiana palus de Strabon, l. XI. p. 529. Ce lac de Van est aussi nommé lac d'Actamar ; on n'y trouve qu'une sorte de poisson qui est un peu plus gros que nos sardines, & dont il se fait tous les ans un grand débit en Perse & en Arménie. (D.J.)


VAN-RHEEDES. m. (Hist. nat. Botan.) vanrheedia, genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposées en rond : le pistil sort du milieu de cette fleur & devient dans la suite un fruit qui a la forme d'un citron ; ce fruit est membraneux ou charnu, & il renferme deux ou trois semences ovoïdes & charnues. Plumier, nov. plant. amer. genera. Voyez PLANTE.


VANANTEadj. (terme de Papeterie) la pâte de moyenne qualité, ou celle qui est faite avec des vieux chiffons & drapeaux de toile de chanvre ou de lin, qui ne sont pas de la plus belle qualité, se nomme pâte vanante. C'est avec cette pâte qu'on fabrique le papier de la seconde sorte. Voyez PAPIER.


VANAS(Commerce) terme corrompu du latin, que quelques teneurs de livres mettent d'espace en espace à la marge de leurs écritures, pour marquer qu'ils annullent les articles qui sont vis-à-vis de ce mot, & qu'ils ont mal portés, soit dans le journal, soit dans le grand livre. Voy. ANNULLER. Dictionn. de Commerce.


VANCOHOS. m. (Hist. nat.) espece de scorpion fort dangereux qui se trouve dans l'île de Madagascar ; il ressemble à quelques égards à une araignée. Il a le corps ou le ventre noir, rond & fort gros ; sa piquure est extrêmement dangereuse ; elle cause un évanouissement soudain qui dure quelquefois deux jours, pendant lesquels on a tout le corps froid comme de la glace. On donne dans ce cas au malade les mêmes remedes que contre les poisons, & on le tient le plus chaudement qu'il est possible.


VAND'OEUVRE(Géog. mod.) petite ville de France, dans la Champagne, sur la riviere de Barse, à six lieues au levant de Troyes. Longit. 22. 4. latit. 48. 12.

Cette petite ville est la patrie de Nicolas Bourbon, poëte latin qui vivoit sous le regne de François I. Marguerite de Valois le donna pour précepteur à Jeanne d'Albret de Navarre sa fille, & mere d'Henri IV. Il mourut à Condé, vers l'an 1550. Il a laissé huit livres d'épigrammes, sous le titre de nugae, bagatelles, au sujet duquel du Bellai fit ces deux jolis vers :

Paule, tuum inscribis, Nugarum nomine Librum,

In toto libro nil melius titulo.

C'est un bon mot, mais qui ne doit point détruire le mérite de l'ouvrage même, dont Erasme faisoit grand cas. Bourbon étoit fils d'un riche maître des forges, ce qui lui donna lieu de publier son poëme de la forge en latin ferraria. Il décrit dans cet ouvrage tout le travail de la forge, & de l'occupation des ouvriers qui coupoient le bois, qui faisoient le charbon, qui fouilloient la mine, qui la nettoyoient, qui la voituroient au fourneau pour le fondeur, & pour les forgerons ; il les met tous en action, & il ne laisse à son pere que le soin de les payer & de veiller sur le produit.

Il eut un petit neveu, nommé comme lui Nicolas Bourbon, & comme lui très - bon poëte latin. Ce neveu fut de l'académie françoise, & mourut comblé de pensions en 1644. âgé d'environ 70 ans. Ses poésies parurent à Paris l'an 1630. in-12. On fait grand cas dans ce recueil de la piece intitulée : imprécation contre le parricide d'Henri IV. Les deux beaux vers en l'honneur de ce prince, qui sont à la porte de l'arsenal de Paris, sont encore du même poëte ; les voici, quoique tout le monde les sache par coeur, ou si vous voulez, par cette même raison :

Ethna haec Henrico vulcania tela ministrat,

Tela gigantaeos debellatura furores.

(D.J.)


VANDABANDA(Géog. anc.) contrée de la Sogdiane. Elle est placée par Ptolémée, l. VI. c. xij. entre le mont Caucase & le mont Imaüs. (D.J.)


VANDALESS. m. pl. (Hist. ancienne) nation barbare faisant partie de celle des Goths, & qui, comme cette derniere, étoit venue de Scandinavie. Le nom des Vandales vient, dit-on, du mot gothique vandelen qui signifie encore aujourd'hui en allemand errer, parce que ce peuple changea très - souvent de demeure. Au sortir du nord les Vandales s'établirent dans les pays connus aujourd'hui sous le nom du Brandebourg & du duché de Mecklenbourg. Sous l'empire d'Auguste, une partie de ces barbares vinrent s'établir sur les bords du Rhin ; chassés par Tibere ils allerent s'établir vers l'Orient entre le bosphore cimmérien & le Tanaïs, d'où ils chasserent les Sclaves, dont ils prirent le pays & le nom ; une partie alla s'établir sur les bords du Danube, & occuperent les pays connus aujourd'hui sous le nom de Transylvanie, de Moldavie & de Valachie ; ils se rendirent maîtres de la Pannonie, d'où ils furent chassés par l'empereur Marc-Aurele en 170. Ils firent en 271 de nouvelles irruptions sur les terres de l'empire romain, & furent défaits par Aurélien, par Probus. L'an 409, les Vandales accompagnés des Sueves & des Alains se rendirent maîtres d'une partie de l'Espagne qu'ils partagerent avec ces barbares ; de-là sous la conduite de leur roi Genseric, ils passerent en Afrique en 428. Après plusieurs victoires remportées sur les Romains, ils les forcerent à leur céder la plus grande partie des provinces que l'empire possédoit dans cette partie du monde. En 455, Genseric vint en Italie où il prit & pilla la ville de Rome ; il infesta les côtes de Sicile & de Grece, & continua à harasser les Romains jusqu'à-ce qu'il força l'empereur Zénon à lui céder tous ses droits sur l'Afrique, qui resta aux Vandales jusqu'au regne de Justinien, qui réunit de nouveau à son empire les provinces dont ces barbares s'étoient emparés.


VANDALICI MONTES(Géog. anc.) Dion Cassius l. LV. donne ce nom aux montagnes dans lesquelles l’Elbe prend sa source. Par conséquent ce sont les montagnes qui séparent la Bohème de la Lusace & de la Silésie. (D. J.)


VANDALIE(Géog. mod.) plusieurs géographes ont donné ce nom à une partie de la Poméranie ducale & du duché de Mecklenbourg en basse-Saxe.

La Vandalie prise pour une contrée de la Poméranie ducale, est bornée par la mer Baltique au nord, le desert de Waldow au midi, les seigneuries de Butow & de Louwenborck au levant, & par la Cassubie au couchant. On lui donne environ quatorze lieues de longueur & autant de largeur. Sa capitale est Stolpe.

La Vandalie regardée comme une contrée du duché de Mecklenbourg en basse-Saxe, est entre l'évêché & le duché de Swerin, la seigneurie de Rostock & celle de Stutgard, la Poméranie royale & le marquisat de Brandebourg. Ce pays peut avoir environ trente lieues du couchant au levant, & dix du nord au sud. On y voit plusieurs petits lacs. Sa capitale est Gustrow. (D.J.)


VANDOISES. m. (Hist. nat. Ichthyolog.) poisson de riviere, qui est une espece de muge que l'on nomme suiffe à Lyon, & dard en Saintonge & en Poitou, parce qu'il s'élance avec une vîtesse semblable à celle d'un dard ; il a le corps moins large que le gardon, & le museau plus pointu ; il est couvert d'écailles de moyenne grandeur, & il a plusieurs petites lignes longitudinales sur la partie supérieure des côtés du corps ; sa couleur est mêlée de brun, de verd, & de jaune ; ce poisson devient fort gras, il a la chair molle & d'un assez bon goût. Rondelet, hist. des poissons de riviere, chap. xiv.


VANGS. m. (Hist. mod.) ce mot signifie petit roi ou roitelet : l'empereur de la Chine le confere aux chefs ou kans des Tartares monguls qui sont soumis à son obéissance, & à qui il ne permet point de prendre le titre de kan, qu'il se réserve ; ces vangs ont sous eux des peït-se & des kong, dont les titres répondent à ceux de ducs & de comtes parmi nous.


VANGERONS. m. (Hist. nat. Ichth.) poisson qui se trouve dans le lac de Lausanne ; il ressemble aux muges par le museau, & à la carpe par la forme du corps & par la qualité de la chair ; il a deux nageoires de couleur d'or près des ouies, deux jaunes sous le ventre, une au-delà de l'anus, & une sur le dos ; la queue est fourchue & revêtue à son origine, par des écailles peu adhérentes. Rondelet, hist. des poissons des lacs, chap. ix. Voyez POISSON.


VANGIONSLES, (Géog. anc.) Vangiones ; peuples de la Gaule belgique, & originaires de la Germanie. César, dans ses commentaires, bel. Gall. l. I. dit qu'ils étoient dans l'armée d'Arioviste, avec les Triboci & les Nemetes ; & Pline, l. IV. c. xvj. nous apprend qu'ils s'emparerent de la partie du pays des Médiomatrices, le long du rivage du Rhin.

Cluvier, Germ. ant. l. II. c. x. croit que ces peuples étoient établis dans les Gaules avant la guerre d'Arioviste, parce que les Marcomans, les Sédusiens, les Harudes, & les Sueves, que ce prince avoit amenés avec lui, ou qui l'avoient joint depuis son arrivée, furent tous chassés de la Gaule, après que César les eut battus : au-lieu que les Németes, les Vangions, & les Triboci demeurerent toujours dans leurs terres, sur la rive gauche du Rhin.

Il paroît que ces trois nations n'étoient point soumises à Arioviste, puisqu'elles demeuroient dans la Gaule belgique. Elles pouvoient être seulement en alliance avec lui, ou peut-être même sous sa protection ; ce qui les engagea à lui donner du secours contre les Romains.

On ne sait point en quel tems les Vangions passerent le Rhin pour s'établir dans les Gaules. Ils occuperent une partie des terres de Mayence & du Palatinat. Borbetomagus, ou Borgetomagus, aujourd'hui Worms, étoit leur ville capitale. (D.J.)


VANILLES. m. (Hist. nat. Bot.) vanilla, genre de plante à fleur polypétale, anomale & composée de six pétales, dont cinq sont semblables & disposés presqu'en rond ; le sixieme occupe le milieu de la fleur, & il est roulé en forme d'aiguiere ; le calice devient dans la suite un fruit en forme de corne molle & charnue, qui renferme de très-petites semences. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE.

VANILLE, s. f. (Botan. exot.) gousse américaine qui donne la force, l'odeur, & le goût au chocolat ; cette boisson dont les Espagnols font leurs délices, & qu'ils n'aiment pas moins que l'oisiveté. Quoiqu'ils tirent ce fruit depuis près de deux siecles, des pays qu'ils ont si cruellement ravagés, ils ne savent pas même aussi-bien que nous, ce qui concerne les especes, la culture, la multiplication, & les propriétés de la vanille. Nous ne leur devons point le peu de lumieres que nous en avons, & sur tout le reste, ils nous ont bien dégagés de la reconnoissance.

La vanille est du nombre de ces drogues dont on use beaucoup, & que l'on ne connoît qu'imparfaitement. On ne peut pas douter que ce ne soit une gousse, ou silique, qui renferme la graine d'une plante, & delà lui vient le nom espagnol de vaynilla, qui signifie petite guaîne ; mais on ne connoit ni le nombre des especes, ni quelles sont les especes les plus estimables de ce genre de plante, en quel terroir elles viennent le mieux, comment on les cultive, de quelle maniere on les multiplie, &c. on n'a sur tout cela que des détails peu sûrs & peu exacts. Messieurs les académiciens qui ont été au Pérou, ne nous ont point fourni les instructions qui nous manquent sur cette plante.

Les Américains sont seuls en possession de la vanille, qu'ils vendent aux Espagnols, & ils conservent soigneusement ce trésor qui leur est du moins resté, apparemment parce que leurs maîtres n'ont pas su le leur ôter. On dit qu'ils ont fait serment entr'eux de ne révéler jamais rien aux Espagnols, fût-ce la plus grande de toutes les bagatelles ; c'est en ce cas une convention tacite dont ils ne rendroient que de trop bonnes raisons ; & souvent ils ont souffert les plus cruels tourmens, plutôt que d'y manquer.

D'un autre côté, les Espagnols contens des richesses qu'ils leur ont enlevées, de plus accoutumés à une vie paresseuse, & à une douce ignorance, méprisent les curiosités d'histoire naturelle, & ceux qui les étudient ; en un mot, si l'on en excepte les seuls Hernandez, & le pere Ignacio, espagnols, c'est aux curieux des autres nations, aux voyageurs, aux négocians, & aux consuls établis à Cadix, que nous sommes redevables du petit nombre de particularités que nous avons sur cette drogue précieuse, & qui formeront cet article.

Noms & descriptions de la vanille. Elle est nommée des Indiens mécasubil, & par nos botanistes vanilla, vaniglia, vayniglia, vanillias, piperis arbori jamaïcensis innascens, Pluk. almag. 301.

C'est une petite gousse presque ronde, un peu applatie, longue d'environ six pouces, large de quatre lignes, ridée, roussâtre, mollasse, huileuse, grasse, cependant cassante, & comme coriace à l'extérieur. La pulpe qui est en dedans, est roussâtre, remplie d'une infinité de petits grains, noirs, luisans ; elle est un peu âcre, grasse, aromatique, ayant l'odeur agréable du baume du Pérou : on nous l'apporte du Pérou & du Méxique ; elle vient dans les pays les plus chauds de l'Amérique, & principalement dans la nouvelle Espagne ; on la prend sur des montagnes accessibles aux seuls Indiens, dans les lieux où il se trouve quelque humidité.

Ses especes. On distingue trois sortes principales de vanilles ; la premiere est appellée par les Espagnols, pompona ou bova, c'est-à-dire enflée ou bouffie ; celle de leq, la marchande ou de bon aloi ; la simarona ou bâtarde ; les gousses de la pompona sont grosses & courtes ; celles de la vanille de leq, sont plus déliées & plus longues ; celles de la simarona sont les petites en toute façon.

La seule vanille de leq est la bonne ; elle doit être d'un rouge brun foncé, ni trop noire, ni trop rousse, ni trop gluante, ni trop desséchée ; il faut que ses gousses quoique ridées, paroissent pleines, & qu'un paquet de cinquante pese plus de cinq onces ; celle qui en pese huit est la sobrebuena, l'excellente. L'odeur en doit être pénétrante & agréable ; quand on ouvre une de ces gousses bien conditionnée & fraîche, on la trouve remplie d'une liqueur noire, huileuse & balsamique, où nagent une infinité de petits grains noirs, presque absolument imperceptibles, & il en sort une odeur si vive, qu'elle assoupit, & cause une sorte d'ivresse. La pompona a l'odeur plus forte, mais moins agréable ; elle donne des maux de tête, des vapeurs, & des suffocations. La liqueur de la pompona est plus fluide, & ses grains plus gros, ils égalent presque ceux de la moutarde. La simarona a peu d'odeur, de liqueur & de grains.

On ne vend point la pompona, & encore moins la simarona, si ce n'est que les Indiens en glissent adroitement quelques gousses parmi la vanille de leq. On doute si les trois sortes de vanilles en question, sont trois especes, ou si ce n'en est qu'une seule, qui varie selon le terroir, sa culture & la saison où elle a été cueillie.

Dans toute la nouvelle Espagne, on ne met point de vanille au chocolat ; elle le rendroit mal sain, & même insupportable ; ce n'est plus la même chose quand elle a été transportée en Europe. On a envoyé à nos curieux des échantillons d'une vanille de Caraca & de Maracaybo, villes de l'Amérique méridionale ; elle est plus courte que celle de leq, moins grosse que la pompona, & paroît de bonne qualité ; c'est apparemment une espece différente : on parle aussi d'une vanille du Pérou, dont les gousses sechées sont larges de deux doigts, & longues de plus d'un pié ; mais dont l'odeur n'approche pas de celle des autres, & qui ne se conserve point.

Lorsque les vanilles sont mûres, les Méxicains les cueillent, les lient par les bouts, & les mettent à l'ombre pour les faire sécher ; lorsqu'elles sont séches & en état d'être gardées, ils les oignent extérieurement avec un peu d'huile pour les rendre souples, les mieux conserver, empêcher qu'elles ne se séchent trop, & qu'elles ne se brisent. Ensuite ils les mettent par paquets de cinquante, de cent, ou de cent cinquante, pour nous les envoyer.

Prix & choix de la vanille. Le paquet de vanille composé de cinquante gousses, se vend à Amsterdam depuis dix jusqu'à vingt florins, c'est-à-dire depuis vingt & une jusqu'à quarante-deux livres de notre monnoie, suivant la rareté, la qualité, ou la bonté : on donne un pour cent de déduction pour le promt payement. On choisit les vanilles bien nourries, grosses, longues, nouvelles, odorantes, pesantes, un peu molles, non trop ridées ni trop huileuses à l'extérieur ; il ne faut pas qu'elles ayent été mises dans un lieu humide, car alors elles tendroient à se moisir, ou le seroient déjà ; elles doivent non-seulement être exemptes du moisi, mais être d'une agréable odeur, grasses & souples. Il faut encore prendre garde qu'elles soient égales, parce que souvent le milieu des paquets n'est rempli que de petites vanilles seches & de nulle odeur ; la graine du dedans qui est extrêmement petite, doit être noire & luisante : on ne doit pas rejetter la vanille qui se trouve couverte d'une fleur saline, ou de pointes salines très-fines, entierement semblables aux fleurs de benjoin : cette fleur n'est autre chose qu'un sel essentiel dont ce fruit est rempli, qui sort au-dehors quand on l'apporte dans un tems trop chaud.

Quand on laisse la vanille mure trop long-tems sur la plante sans la cueillir, elle creve, & il en distille une petite quantité de liqueur balsamique, noire & odorante, qui se condense en baume : on a soin de la ramasser dans de petits vases de terre, qu'on place sous les gousses : nous ne voyons point en Europe de ce baume, soit parce qu'il ne se conserve pas dans le transport, soit parce que les gens du pays le retiennent pour eux, soit parce que les Espagnols se le réservent.

Falsification de la vanille. Dès qu'il n'en sort plus de liqueur balsamique, il y a des Méxicains qui connoissant le prix qu'on donne en Europe à la vanille, ont soin, après avoir cueilli ces sortes de gousses, de les remplir de paillettes & d'autres petits corps étrangers, & d'en boucher les ouvertures avec un peu de colle, ou de les coudre adroitement ; ensuite ils les font sécher, & les entremêlent avec la bonne vanille. Les gousses ainsi falsifiées, n'ont ni bonté ni vertu, & nous ne manquons pas d'en rencontrer quelquefois de telles, avec les autres bonnes siliques.

Noms botaniques de la plante à vanille. Cette plante a les noms suivans dans les livres de botanique.

Volubilis, siliquosa, mexicana, foliis plantaginis, Raii, hist. 1330.

Aracus aromaticus... Tlixochitl, seu flos niger, mexicanis dictus, Hernand 38.

Lathyrus mexicanus, siliquis longissimis, moschatis, nigris, Amman. char. plant. 436.

Lobus oblongus, aromaticus. Cat. jam. 70.

Lobus aromaticus, subfuscus, terebinthi corniculis similis. C. B. P. 404.

Lobus oblongus, aromaticus, odore ferè belzuini, J. B. I. 428.

Descriptions de cette plante. Nous n'avons point encore de description exacte de la plante qui fournit la vanille du Mexique, de ses caracteres, & de ses especes.

Les uns la rangent parmi les lierres ; selon eux, sa tige a trois ou quatre lignes de diametre, & n'est pas tout-à-fait ronde. Elle est assez dure, sans être pour cela moins liante & moins souple ; l'écorce qui la couvre est fort mince, fort adhérente, & fort verte ; la tige est partagée par des noeuds éloignés les uns des autres de six à sept pouces ; c'est de ces noeuds que sortent les feuilles toujours couplées ; elles ressemblent beaucoup pour la figure à celles du laurier, mais elles sont bien plus longues, plus larges, plus épaisses, & plus charnues ; leur longueur ordinaire est de cinq à six pouces, sur deux & demi de large ; elles sont fortes & pliantes comme un cuir, d'un beau verd vif, & comme vernissées par-dessus, & un peu plus pâles par-dessous.

Hernandez, dont le témoignage paroît être ici d'un grand poids, prétend que cette herbe est une sorte de liseron, qui grimpe le long des arbres, & qui les embrasse ; ses feuilles ont, suivant lui, onze pouces de longueur ou de largeur, sont de la figure des feuilles de plantin, mais plus grosses, plus longues, & d'un verd plus foncé ; elles naissent de chaque côté de la ligne alternativement ; ses fleurs sont noirâtres.

Plusieurs autres botanistes soutiennent que la plante de la vanille ressemble plus à la vigne qu'à aucune autre ; du moins, c'est ce qui a été certifié par le pere Fray Ignacio de santa Teresa de Jesus, carme déchaussé, qui ayant long-tems résidé dans la nouvelle Espagne, arriva à Cadix en 1721, pour passer à Rome ; ce religieux plus éclairé & plus curieux en physique que ses compatriotes, se fit apporter par quelques valets indiens un grand sep de la plante où croit la vanille.

Comme il avoit déjà quelques connoissances sur cette plante, il appliqua son sep à un grand arbre, & entrelaça dans les branches de cet arbre tous les rejettons ou pampres du sep. Il en avoit laissé le bout inférieur élevé de 4 ou 5 doigts de terre, & l'avoit couvert d'un petit paquet de mousse seche pour le défendre de l'air. En peu de tems la seve de l'arbre pénétra le sep, & le fit reverdir ; au bout d'environ deux mois il sortit à travers le paquet de mousse, 5 ou 6 filamens qui se jetterent en terre : c'étoient des racines qui devinrent grosses comme des tuyaux de plumes au plus. Au bout de deux ans le sep produisit des fleurs, & puis des vanilles qui mûrirent.

Les feuilles sont longues d'un demi-pié, larges de trois doigts, obtuses, d'un verd assez obscur ; les fleurs sont simples, blanches, marquetées de rouge & de jaune.

Quand elles tombent, les petites gousses ou vanilles, commencent à pousser ; elles sont vertes d'abord, & quand elles jaunissent on les cueille. Il faut que la plante ait trois ou quatre ans pour produire du fruit.

Les sarmens de la plante rampent sur la terre comme ceux de la vigne, s'accrochent de même, s'entortillent aux arbres qu'ils rencontrent, & s'élevent par leurs secours. Le tronc avec le tems devient aussi dur que celui de la vigne ; les racines s'étendent & tracent au loin dans la terre ; elles poussent des rejettons qu'on transplante de bouture au pié de quelque arbre, & dans un lieu convenable : cette plantation se fait à la fin de l'hiver, & au commencement du printems.

Ce qu'il y a de singulier, c'est que, comme on a déjà vu que le pratiqua le P. Ignacio, on ne met pas le bout du sarment en terre, il s'y pourriroit. La plante reçoit assez de nourriture de l'arbre auquel elle est attachée, & n'a pas besoin des sucs que la terre fourniroit. La seve des arbres dans ces pays chauds de l'Amérique, est si forte & si abondante, qu'une branche rompue par le vent & jettée sur un arbre d'espece toute différente, s'y collera & s'y enterra elle-même comme si elle l'avoit été par tout l'art de nos jardiniers ; ce phénomène y est commun.

C'en est un autre commun aussi, que de gros arbres qui de leurs plus hautes branches, jettent de longs filamens jusqu'à terre, se multiplient par le moyen de ces nouvelles racines, & font autour d'eux une petite forêt, où le premier arbre, pere ou aïeul de tous les autres, ne se reconnoît plus ; ces sortes de générations répétées, rendent souvent les bois impraticables aux chasseurs.

Description de la plante de vanille de S. Domingue. Cependant la plante de la vanille qui croît dans l'île de S. Domingue, que le R. P. Plumier décrit dans sa Botanique M. S. C. d'Amérique, n'est pas différente de celle dont Hernandez fait la description ; mais celle du botaniste françois est aussi bien détaillée que l'autre l'est mal.

Ce pere l'appelle vanilla flore viridi & albo, fructu nigrescente, Plum. nov. plant. amer. 25. Les racines de cette plante sont presque de la grosseur du petit doigt, longues d'environ deux piés, plongées dans la terre au loin & au large ; d'un roux-pâle ; tendres & succulentes ; jettant le plus souvent une seule tige menue, qui comme la clématite, monte fort haut sur les grands arbres, & s'étend même audessus. Cette tige est de la grosseur du doigt, cylindrique, verte, & remplie intérieurement d'une humeur visqueuse ; elle est noueuse, & chacun de ses noeuds donne naissance à une feuille.

Ces feuilles sont molles, un peu âcres, disposées alternativement, & pointues en forme de lance ; longues de neuf ou dix pouces, larges de trois, lisses, d'un verd-gai, creusées en gouttiere dans leur milieu, & garnies de nervures courbées en arc. Lorsque cette plante est déjà fort avancée, des aisselles des feuilles supérieures il sort de longs rameaux garnis de feuilles alternes ; lesquels rameaux donnent naissance à d'autres feuilles beaucoup plus petites.

De chaque aisselle des feuilles qui sont vers l'extrêmité, il sort un petit rameau différemment genouillé ; & à chaque genouillure se trouve une très-belle fleur, polypétale, irréguliere ; composée de six feuilles, dont cinq sont semblables & disposées presqu'en rose. Ces feuilles de la fleur sont oblongues, étroites, tortillées, blanches en-dedans, verdâtres en-dehors. La sixieme feuille, ou le nectarium, qui occupe le centre, est roulée en maniere d'aiguiere, & portée sur un embryon charnu, un peu tors, semblable à une trompe. Les autres feuilles de la fleur sont aussi posées sur le même embryon, qui est long, verd, cylindrique, charnu. Il se change ensuite en fruit, ou espece de petite corne molle, charnue, presque de la grosseur du petit doigt ; d'un peu plus d'un demi - pié de longueur ; noirâtre lorsqu'il est mûr, & enfin rempli d'une infinité de très-petites graines noires. Les fleurs & les fruits de cette plante sont sans odeur.

On la trouve dans plusieurs endroits de l'île de S. Domingue : elle fleurit au mois de Mai. Cette vanille de S. Domingue ne paroît différer de celle du Mexique, dont Hernandez a fait la description, que par la couleur des fleurs, & par l'odeur des gousses : car la fleur de celle - là est blanche & un peu verte, & la gousse est sans odeur ; mais la fleur de celle du Mexique, suivant la description d'Hernandez, est noire, & la gousse d'une odeur agréable.

Description de la plante de vanille de la Martinique. Le P. Labat assure dans ses voyages d'Amérique, qu'il a trouvé à la Martinique une autre espece de vanille, qu'il décrit ainsi. La fleur qu'elle produit est presque jaune, partagée en cinq feuilles, plus longues que larges, ondées & un peu découpées dans leur milieu. Il s'éleve du centre un petit pistil rond & assez pointu, qui s'allonge & se change en fruit. Cette fleur est à peu-près de la grandeur & de la consistance de celle des pois ; elle dure tout au plus cinq ou six jours, après lesquels elle se fanne, se seche, tombe & laisse le pistil tout nud, qui devient peu-à-peu une silique de cinq, six & sept pouces de long, plus plate que ronde, d'environ cinq lignes de large, & deux lignes d'épaisseur, de la figure à-peu-près de nos cosses d'haricots.

Cette silique est au commencement d'un beau verd, elle jaunit à mesure qu'elle mûrit, & devient tout-à-fait brune lorsqu'elle est seche ; le dedans est rempli de petites graines rondes, presque imperceptibles & impalpables, qui sont rouges avant d'être mûres, & toutes noires dans leur maturité. Avant ce tems-là elles n'ont aucune odeur fort sensible, que celle de sentir le verd ; mais quand elles sont mûres & qu'on les froisse entre les mains, elles rendent une petite odeur aromatique fort agréable.

Le même fait a été mandé à l'académie des Sciences en 1724, par un des correspondans de cette académie demeurant à la Martinique, qui ajoute qu'il en avoit trois piés venus de bouture, qu'il avoit tirés de la nouvelle Espagne, & qui réussissoient parfaitement.

Lieux où croît la bonne vanille. Malgré ces sortes d'attestations, la vanille de la Martinique n'a point pris faveur sur les lieux, ni dans le commerce ; on continue toujours de la tirer de la nouvelle Espagne & du Pérou.

Les endroits où l'on trouve la vanille en plus grande quantité, sont la côte de Caraque & de Carthagène, l'isthme de Darien, & toute l'étendue qui est depuis cet isthme & le golfe de S. Michel, jusqu'à Panama, le Jucatan & les Honduras. On en trouve aussi en quelques autres lieux, mais elle n'est ni si bonne, ni en si grande quantité qu'au Mexique. On dit encore qu'il y en a beaucoup & de belle, dans la terre ferme de Cayenne. Comme cette plante aime les endroits frais & ombragés, on ne la rencontre guere qu'auprès des rivieres, & dans les lieux où la hauteur & l'épaisseur des bois la mettent à couvert des trop vives ardeurs du soleil.

Sa récolte, sa culture & ses vertus. La récolte commence vers la fin de Septembre ; elle est dans sa force à la Toussaint, & dure jusqu'à la fin de Décembre. On ignore si les Indiens cultivent cette plante, & comment ils la cultivent ; mais l'on croit que toute la cérémonie qu'ils font pour la préparation du fruit, ne consiste qu'à le cueillir à tems ; qu'ensuite ils le mettent sécher 15 à 20 jours pour en dissiper l'humidité superflue, ou plutôt dangereuse, car elle le feroit pourrir ; qu'ils aident même à cette évaporation, en pressant la vanille entre les mains, & l'applatissant doucement, après quoi ils finissent par la frotter d'huile de coco ou de calba, & la mettent en paquets qu'ils couvrent de feuilles de balisier ou de cachibou.

La vanille contient une certaine humeur huileuse, résineuse, subtile & odorante, que l'on extrait facilement par le moyen de l'esprit de vin. Après avoir tiré la teinture, la gousse reste sans odeur & sans suc. Dans l'analyse chymique elle donne beaucoup d'huile essentielle, aromatique, une assez grande portion de liqueur acide, & peu de liqueur urineuse & de sel fixe.

Hernandez lui attribue des vertus admirables, mais Hernandez est un mauvais juge ; cependant les auteurs de matiere médicale n'ont presque fait que le copier. Ils prétendent qu'elle fortifie l'estomac, qu'elle aide la digestion, qu'elle dissipe les vents, qu'elle cuit les humeurs crues, qu'elle est utile pour les maladies froides du cerveau, & pour les catharres ; ils ajoutent qu'elle provoque les regles, qu'elle facilite l'accouchement, qu'elle chasse l'arriere-faix : tout cela est exagéré. La vanille peut par son aromate chaud, être un bon stomachique dans les occasions où il s'agit de ranimer les fibres de l'estomac affoibli ; elle deviendra quelquefois par la même raison emménagogue & apéritive ; son huile balsamique, subtile & odorante, la rend souvent recommandable dans les maladies nerveuses, hystériques & hypochondriaques ; c'est pourquoi quelques anglois l'ont regardée avec trop de précipitation, comme un spécifique dans ce genre de maladies.

On la donne en substance jusqu'à une drachme ; & en infusion dans du vin, de l'eau, ou quelqu'autre liqueur convenable, jusqu'à deux drachmes. Il faut considérer qu'elle échauffe beaucoup quand on en prend une trop grande dose, ou qu'on en fait un usage immodéré ; & cette considération doit servir pour indiquer les cas où il ne faut point la mettre en usage. Nos médecins françois l'emploient rarement, la laissent seulement en valeur dans la composition du chocolat dont elle fait l'agrément principal. On s'en servoit autrefois pour parfumer le tabac ; mais les parfums ont passé de mode, ils ne causent à-présent que des vapeurs. Je ne connois aucun traité particulier sur la vanille. (D.J.)


VANITÉS. f. (Morale) le terme de vanité est consacré par l'usage, à représenter également la disposition d'un homme qui s'attribue des qualités qu'il a, & celle d'un homme qui tâche de se faire honneur par de faux avantages : mais ici nous le restraignons à cette derniere signification, qui est celle qui a le plus de rapport avec l'origine de l'expression.

Il semble que l'homme soit devenu vain, depuis qu'il a perdu les sources de sa véritable gloire, en perdant cet état de sainteté & de bonheur où Dieu l'avoit placé. Car ne pouvant renoncer au desir de se faire estimer, & ne trouvant rien d'estimable en lui depuis le péché ; ou plutôt n'osant plus jetter une vue fixe & des regards assurés sur lui-même, depuis qu'il se trouve coupable de tant de crimes, & l'objet de la vengeance de Dieu ; il faut bien qu'il se répande au-dehors, & qu'il cherche à se faire honneur en se revêtant des choses extérieures : & en cela les hommes conviennent d'autant plus volontiers qu'ils se trouvent naturellement aussi nuds & aussi pauvres les uns que les autres.

C'est ce qui nous paroîtra, si nous considérons que les sources de la gloire parmi les hommes se réduisent, ou à des choses indifférentes à cet égard, ou si vous voulez, qui ne sont susceptibles ni de blâme, ni de louange ; ou à des choses ridicules, & qui bien loin de nous faire véritablement honneur, sont très-propres à marquer notre abaissement ; ou à des choses criminelles, & qui par conséquent ne peuvent être que honteuses en elles-mêmes ; ou enfin à des choses qui tirent toute leur perfection & leur gloire du rapport qu'elles ont avec nos foiblesses & nos défauts.

Je mets au premier rang les richesses, quoiqu'elles n'aient rien de méprisable, elles n'ont aussi rien de glorieux en elles-mêmes. Notre cupidité avide & intéressée ne s'informe jamais de la source, ni de l'usage des richesses qu'elle voit entre les mains des autres, il lui suffit qu'ils sont riches pour avoir ses premiers hommages. Mais, s'il plaisoit à notre coeur de passer de l'idée distincte à l'idée confuse, il seroit surpris assez souvent de l'extravagance de ces sentimens ; car comme il n'est point essentiel à un homme d'être riche, il trouveroit souvent qu'il estime un homme, parce que son pere a été un scélérat, ou parce qu'il a été lui-même un fripon ; & que lorsqu'il rend ses hommages extérieurs à la richesse, il salue le larcin, ou encense l'infidélité & l'injustice.

Il est vrai, que ce n'est point-là son intention, il suit sa cupidité plutôt que sa raison : mais un homme à qui vous faites la cour est-il obligé de corriger par toutes ces distinctions la bassesse de votre procédé ? Non, il reçoit vos respects extérieurs comme un tribut que vous rendez à son excellence. Comme votre avidité vous a trompé, son orgueil aussi ne manque point de lui faire illusion ; si ses richesses n'augmentent point son mérite, elles augmentent l'opinion qu'il en a, en augmentant votre complaisance. Il prend tout au pié de la lettre, & ne manque point de s'aggrandir intérieurement de ce que vous lui donnez, pendant que vous ne vous enrichissez guere de ce qu'il vous donne.

J'ai dit en second lieu, que l'homme se fait fort souvent valoir, par des endroits qui le rendent ridicule. En effet, qu'y a-t-il, par exemple, de plus ridicule que la vanité qui a pour objet le luxe des habits ? Et n'est-ce pas quelque chose de plus ridicule que tout ce qui fait rire les hommes, que la dorure & la broderie entrent dans la raison formelle de l'estime, qu'un homme bien vêtu soit moins contre, dit qu'un autre ; qu'une ame immortelle donne son estime & la considération à des chevaux, à des équipages, &c. Je sai que ce ridicule ne paroît point, parce qu'il est trop général ; les hommes ne rient jamais d'eux-mêmes, & par conséquent ils sont peu frappés de ce ridicule universel, qu'on peut reprocher à tous, ou du moins au plus grand nombre ; mais leur préjugé ne change point la nature des choses, & le mauvais assortiment de leurs actions avec leur dignité naturelle, pour être caché à leur imagination, n'en est pas moins véritable.

Ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que les hommes ne se font pas seulement valoir par des endroits qui les rendroient ridicules, s'ils pouvoient les considérer comme il faut, mais qu'ils cherchent à se faire estimer par des crimes. On a attaché de l'opprobre aux crimes malheureux, & de l'estime aux crimes qui réussissent. On méprise dans un particulier le larcin & le brigandage qui le conduisent à la potence ; mais on aime dans un potentat les grands larcins & les injustices éclatantes qui le conduisent à l'empire du monde.

La vieille Rome est un exemple fameux de cette vérité. Elle fut dans sa naissance une colonie de voleurs, qui y chercherent l'impunité de leurs crimes. Elle fut dans la suite une république de brigands, qui étendirent leurs injustices par toute la terre. Tandis que ces voleurs ne font que détrousser les passans, bannir d'un petit coin de la terre la paix & la sureté publique, & s'enrichir aux dépens de quelques personnes ; on ne leur donne point des noms fort honnêtes, & ils ne prétendent pas même à la gloire, mais seulement à l'impunité. Mais aussi-tôt qu'à la faveur d'une prospérité éclatante, ils se voient en état de dépouiller des nations entieres, & d'illustrer leurs injustices & leur fureur, en traînant à leur char des princes & des souverains ; il n'est plus question d'impunité, ils prétendent à la gloire, ils osent non-seulement justifier leurs fameux larcins, mais ils les consacrent. Ils assemblent, pour ainsi dire, l'univers dans la pompe de leurs triomphes pour étaler le succès de leurs crimes ; & ils ouvrent leurs temples, comme s'ils vouloient rendre le ciel complice de leurs brigandages & de leur fureur.

Il y a d'ailleurs un nombre infini de choses que les hommes n'estiment, que par le rapport qu'elles ont avec quelqu'une de leurs foiblesses. La volupté leur fait quelquefois trouver de l'honneur dans la débauche : les riches sont redevables à la cupidité des pauvres, de la considération qu'ils trouvent dans le monde. La puissance tire son prix en partie d'un certain pouvoir de faire ce qu'on veut, qui est le plus dangereux présent qui puisse jamais être fait aux hommes. Les honneurs & les dignités tirent leur principal éclat de notre ambition ; ainsi on peut dire à coup sûr que la plûpart des choses ne sont glorieuses, que parce que nous sommes déreglés.

VANITE, VAIN, (Critiq. sacrée) ces mots dans l'Ecriture signifient ce qui n'a rien de solide, Ecclés. j. 2. la fausse gloire, 2. Pier. ij. 18. le mensonge, Ps. xxxvij. 13. les idoles, Jérém. viij. 19. (D.J.)


VANNES. f. (Hydr.) ce sont de gros ventaux de bois de chêne, que l'on hausse ou que l'on baisse dans des coulisses, pour lâcher ou retenir les eaux d'une écluse, d'un étang, d'un canal ; on appelle encore vannes les deux cloisons d'ais, soutenus d'un fil de pieux dans un batardeau. (K)

VANNES, terme de Rivieres ; ce sont encore les dosses dont on se sert pour arrêter les terres à un batardeau, derriere la culée d'un pont de bois.

VANNES, en Fauconnerie, ce sont les grandes plumes des aîles des oiseaux de proie.


VANNEAUS. m. (Hist. nat.) c'est un oiseau gros à-peu-près comme un pigeon ; il a sur la tête une espece de crête, oblongue & noire, le col verd & le reste du corps de différentes couleurs, où on remarque du verd, du bleu & du blanc ; son cri a quelque rapport à celui d'une chevre, il se jette sur les mouches en l'air, il est presque toujours en mouvement, vole rapidement, on diroit que son cri exprime dixhuit. Il habite ordinairement les lieux marécageux ; on le chasse depuis la Toussaint jusqu'à la sainte Catherine ; ils vont seuls l'été, & par bande l'hiver ; on en prend jusqu'à soixante d'un coup de filet ; lorsqu'on tire aux vanneaux & aux étourneaux, il est bon d'avoir deux fusils chargés, car si l'on en tue quelqu'un du premier coup & que les autres le voient, ils y volent tous & tout-autour de la tête du chasseur, ce qui fait qu'on y a ordinairement bonne chasse, surtout en les tirant en l'air, plutôt qu'à terre. On mange les vanneaux sans les vuider, comme la grive, la bécasse, le pluvier & l'alouette.

VANNEAU, (Diete) tout le monde connoit ce proverbe populaire, qui n'a pas mangé d'un vanneau n'a pas mangé d'un bon morceau : mais ce proverbe n'est vrai que du vanneau gras, car les vanneaux sont ordinairement maigres, secs, durs, & par conséquent fort mauvais, ce qui n'empêche point que lorsqu'on en rencontre de gras ils ne soient tendres, succulens, & d'un goût que beaucoup de personnes trouvent exquis. Cependant on peut observer de cet oiseau comme de la bécasse, de la bécassine, du pluvier, &c. qu'il faut que leur suc alimenteux ne soit pas très-accommodé à notre nature, car beaucoup de personnes, & sur-tout celles qui n'y sont point accoutumées, ont un certain dégoût pour cette viande, à laquelle ils trouvent une saveur sauvage & tendante à la corruption, à l'état que Boerhaave appelle alkalescence. Si cette observation est vraie, savoir que les animaux carnivores ne se nourrissent point naturellement des chairs d'autres animaux qui vivent eux-mêmes de matieres animales, on trouveroit dans ce principe la raison du fait que nous avons avancé ; car le vanneau se nourrit de vers & de différentes autres especes d'insectes. Il faut avouer cependant, que les vers & les insectes sont de toutes les substances animales les moins animalisées, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Voy. SUBSTANCE ANIMALE, Chym. Mais aussi on n'a pas naturellement tant de dégoût pour un vanneau ou pour un pluvier que pour la chair d'un animal véritablement carnivore. Voyez VIANDE, Diete. (b)


VANNERv. act. (Gram.) c'est en général agiter dans un van la graine pour la nettoyer. Voyez VAN.

VANNER LES AIGUILLES, (Aiguillier) c'est les faire ressuyer dans du son chaud un peu mouillé, après qu'elles ont été lessivées ou lavées dans de l'eau avec du savon : voici comme on vanne les aiguilles. On les enferme avec du son dans une boîte ronde de bois qui est suspendue en l'air avec une corde, & on agite cette boîte jusqu'à-ce que le son soit entierement sec, & les aiguilles sans aucune humidité. Voyez AIGUILLE, & la machine à vanner les aiguilles, fig. & Pl. de l'Aiguillier.

VANNER, en terme d'Epinglier, c'est séparer le son d'avec les épingles en les remuant sur un plat de bois, comme on remue le froment dans un van, excepté que l'un se fait aux genoux, & l'autre avec les mains seulement.


VANNERIES. f. (Art méchan.) l'art de faire des vans, des paniers, des hottes à jour ou pleins, en clôture, mandrerie ou faisserie, de toutes grandeurs & à toutes sortes d'ouvrages.

Cet art est fort ancien & fort utile. Les peres du désert & les pieux solitaires l'exerçoient dans leurs retraites, & en tiroient la plus grande partie de leur subsistance ; il fournissoit autrefois des ouvrages très-fins pour servir sur la table des grands où l'on n'en voit plus guere, les vases de crystal ayant pris leur place.

La vannerie se divise en trois sortes d'ouvrages principaux ; la mandrerie, la closerie ou clôture, & la faisserie ; on verra ces termes à leur article. Voyez VANNIER.


VANNES(Géog. mod.) ville de France dans la Bretagne, à deux lieues de la mer, avec laquelle elle communique par le canal de Morbihan, à 20 lieues de Nantes, à 22 de Quimper, à 23 de Rennes, & à une centaine de Paris.

Cette ville est arrosée par deux petites rivieres qui rendent son port capable de contenir plusieurs vaisseaux. Le fauxbourg de Vannes surpasse la ville en étendue ; il en est séparé par des murailles & par un large fossé ; il a ses paroisses, ses couvens, ses places, & un hôpital.

Saint Paterne est le premier évêque de Vannes qui nous soit connu ; cet évêché vaut environ 25000 livres de revenu, & l'évêque est en partie seigneur de Vannes. On ne compte dans son diocese que 168 paroisses.

Le principal commerce de Vannes est en blé & en seigle pour l'Espagne. On y trafique aussi en sardines & en congres. Les marchands achetent les sardines au bord de la mer, les salent & les arrangent dans des barriques, où on les presse pour en tirer l'huile, qui sans cela les feroit corrompre. Long. suivant Cassini, 14. 35. lat. 47. 40.

Vannes, aujourd'hui le chef-lieu d'une recette, d'un présidial, & d'une jurisdiction de juges-consuls, tire son nom des anciens peuples Veneti, qui étoient des plus célebres des Gaules du tems de Jules-César. Ptolémée la nomme civitas Dariorigum.

Lorsque les Bretons s'établirent dans l'Armorique, ils n'occuperent pas cette ville qui demeura à ses anciens habitans romains ou gaulois. Elle vint ensuite au pouvoir des Francs, lorsqu'ils se rendirent les maîtres de cette partie des Gaules. L'an 577 Varor, prince des Bretons, s'en empara sur Gontran, l'un des rois françois. Pepin s'en rendit maître l'an 553 ; mais Numénoïus, prince des Bretons, la reprit ensuite ; enfin elle a passé à la couronne avec le reste de la Bretagne. Cette ville avoit été érigée en comté par ses anciens souverains, & réunie à leur domaine par Alain surnommé le Grand. (D.J.)

VANNES, LA, (Géog. mod.) petite riviere de France dans le Sénonois. Elle prend sa source à trois lieues de Troyes, & se jette dans l'Yonne au fauxbourg de Sens. (D.J.)


VANNETSS. m. pl. (Pêche) ce sont des rets qu'on tend en différentes manieres sur la grève que le flux de la mer couvre ; ils doivent avoir leurs mailles de la grandeur marquée par les ordonnances de 1681 & 1684.

VANNETS, (Blason) on appelle ainsi en termes de Blason, les coquilles dont on voit le creux, à cause qu'elles ressemblent à un van à vanner.


VANNETTES. f. en Vannerie, est une espece de corbeille ronde & à bord, faite de clôture ; on s'en sert sur-tout pour épouster l'avoine qu'on donne aux chevaux.


VANNIA(Géog. anc.) ville d'Italie. Ptolémée, liv. III. ch. j. la donne aux Bechuni ; quelques-uns croyent que c'est aujourd'hui Franna, bourg de l'état de Venise ; d'autres prétendent que c'est Lovino, & le pere Briet dit que c'est Civedo ou Cividado. (D.J.)


VANNIANUM REGNUM(Géog. anc.) royaume de la Sarmatie européenne, dont Pline, liv. IV. ch. xij. fait mention ; c’est le royaume de Vannius, que Drusus César avoit donné aux Suèves, non à toute la nation des Suèves, mais à ceux que Drusus avoit envoyés fixer leur demeure au-delà du Danube, entre le Marus & le Cusus. Ce royaume ne fut pas de longue durée. Vannius lui-même fut chassé de ses états par Jubilius, roi des Hermunduriens, & par Vangion & Sidon, fils de sa sœur. Ces deux derniers partagerent entre eux le royaume de leur oncle qui alla s’établir dans la Pannonie avec ceux de ses sujets qui lui étoient demeurés fideles. Tacite, Ann. liv. XII. (D. J.)


VANNIERS. m. (Corps de Jurande) celui qui fait ou qui vend des vans, ou tous autres ouvrages d'osier, comme paniers, hottes, clayes, cages, corbeilles, charrieres, verrieres, &c. pelles, boisseaux, soufflets, sabots, échelles, &c.

Il y a à Paris une communauté de maîtres vanniers quincalliers, dont les statuts sont de 1467, confirmés par lettres-patentes de Louis XI. & réformés sous le regne de Charles IX. par arrêt du conseil du mois de Septembre 1561, enregistrés au parlement la même année.

Les différens ouvrages qui distinguent les vanniers, sont ceux de la mandrerie, de la clôture ou closerie, & de la faisserie. La mandrerie dont les maîtres sont appellés vanniers-mandriers, comprend tous les ouvrages d'osier blanc & d'osier verd qui ne sont point à claire-voie, à la réserve des vans à vanner les grains, & des hottes à vin qui sont réservés à la clôture, dont les maîtres se nomment vanniers-cloturiers.

A l'égard de la faisserie, qui est la vannerie proprement dite, son partage consiste dans tout ce qui se fait d'ouvrages à jour de quelque sorte d'osier que ce soit. Cette partie du métier des vanniers donne à ceux qui s'y occupent le nom de vanniers-faissiers. Malgré cette espece de distinction d'ouvrages & de métier, les maîtres vanniers ne s'y assujettissent pourtant pas tellement, qu'il ne s'en trouve qui travaillent tout-à-la fois aux uns & aux autres.

Comme les ouvrages de clôture sont les plus difficiles & demandent les plus habiles ouvriers, & qu'il faut d'ailleurs des outils à part, les clôturiers s'occupent rarement à la mandrerie & à la faisserie ; mais au-contraire les mandriers & les faissiers, convenant en quantité de choses, & se servant des mêmes outils, il est rare que ceux qui exercent la faisserie, ne travaillent pas aussi à la mandrerie.

Les outils & instrumens communs aux trois sortes de vanniers, sont la scie montée & la scie à main, le couteau à travailler, divers vilebrequins, entre autres le vilebrequin à hottriau, l'épluchoir, le poinçon de fer, les fers à clorre, le maillet, le chevalet, l'établi, la sellette, les moules, & le faudoir. Outre ces outils, les clôturiers ont encore la batte de fer, le vilebrequin à Menuisier, la bécasse, le crochet, & la trétoire. (D.J.)


VANS(Géog. mod.) petite ville, ou plutôt bourg de France, dans le bas Languedoc, diocèse d'Usez.


VANTAILS. m. (Menuiserie) manteau ou battant d'une porte qui s'ouvre des deux côtés. Il y a aussi des vantaux de fenêtres, ou des volets qui ferment une fenêtre du haut en bas ; on appelloit autrefois de ce nom la partie de l'habillement de tête par laquelle le chevalier respiroit.


VANTERLOUER, (Synonymes) on vante une personne pour lui procurer l'estime des autres, ou pour lui donner de la réputation ; on la loue pour témoigner l'estime qu'on fait d'elle, ou pour lui applaudir.

Vanter, c'est dire beaucoup de bien des gens, & leur attribuer de grandes qualités, soit qu'ils les ayent ou qu'ils ne les ayent pas ; louer, c'est approuver avec une sorte d'admiration ce qu'ils ont dit ou ce qu'ils ont fait, soit que cela le mérite ou ne le mérite point.

On vante les forces d'un homme, on loue sa conduite. Le mot de vanter suppose que la personne dont on parle, est différente de celle à qui la parole s'adresse, ce que le mot de louer ne suppose point.

Les charlatans ne manquent jamais de se vanter ; ils promettent toujours plus qu'ils ne peuvent tenir, ou se font honneur d'une estime qui ne leur a pas été accordée. Les personnes pleines d'amour propre se donnent souvent des louanges ; elles sont ordinairement très-contentes d'elles-mêmes.

Il est plus difficile, selon mon sens, de se louer soi-même que de se vanter, car on se vante par un grand desir d'être estimé, c'est une vanité qu'on par donne, mais on se loue par une grande estime qu'on a de soi, c'est un orgueil dont on se moque. Girard. (D.J.)


VANTILLERv. act. (Charpent.) c'est mettre des dosses ou bonnes planches de deux pouces d'épaisseur pour retenir l'eau. Diction. de Charpent. (D.J.)


VAPEURSS. f. (Physiq.) c'est l'assemblage d'une infinité de petites bulles d'eau ou d'autre matiere liquide, remplies d'air raréfié par la chaleur & élevés par leur légéreté jusqu'à une certaine hauteur dans l'athmosphere ; après quoi elles retombent, soit en pluie, soit en rosée, soit en neige, &c.

Les masses formées de cet assemblage, qui flottent dans l'air, sont ce qu'on appelle nuages. Voyez NUAGE.

Quelques personnes se servent indifféremment du mot de vapeur pour exprimer les fumées qu'envoyent les corps humides & les corps secs, comme le soufre, &c. mais M. Newton avec plusieurs autres auteurs, appellent ces dernieres exhalaisons & non vapeurs.

Sur la maniere dont les vapeurs sont élevées & ensuite précipitées vers la terre, voyez EVAPORATION, ROSEE, PLUIE, &c.

Sur la formation des sources par le moyen des vapeurs, voyez FONTAINE, &c.

La quantité de vapeurs que le soleil fait élever de dessus la surface de la mer, est inconcevable. M. Halley a fait une tentative pour la déterminer. Par une expérience faite dans cette vue & décrite dans les Transactions philosophiques, il a trouvé que de l'eau dont la chaleur est égale à celle de l'air en été, perdoit en vapeurs dans l'espace de deux heures la quantité que demande un abaissement dans la surface de la cinquante-troisieme partie d'un pouce ; d'où on peut conclure que dans un jour où le soleil échauffe la mer pendant douze heures, l'eau qui s'évapore, monte à un dixieme de pouce sur toute la surface de la mer.

Dans cette supposition, dix pouces quarrés en surface donnent d'évaporation environ un pouce cubique d'eau par jour, & chaque pié quarré par conséquent environ une demi-pinte ; chaque espace de quatre piés quarrés donnera deux pintes ; chaque mille quarré 6914 tonneaux ; chaque degré quarré supposé de 69 milles d'Angleterre, donne 33 millions de tonneaux. Or si on suppose la Méditerranée d'environ 40 degrés de long & de 4 de large, en prenant un milieu entre les endroits où elle est le plus large, & ceux où elle l'est le moins, ce qui donne 160 degrés pour l'espace qu'occupe cette mer, on trouvera par le calcul qu'elle peut fournir en évaporations dans un jour d'été 5280 millions de tonneaux.

Mais cette quantité de vapeurs quoique très-grande, n'est qu'une partie de ce que produit une autre cause bien plus éloignée de pouvoir être calculée, qui est celle de l'évaporation produite par le vent, & que tous ceux qui ont examiné la promtitude avec laquelle les vents dessechent, savent être extrêmement considérable. Chambers.

De plus, la partie solide de la terre est presque par-tout couverte de plantes, & les plantes envoyent une grande quantité de vapeurs ; car suivant les observations de M. Halles, dans la statique des végétaux, un tournesol haut de 3 piés 1/2 transpire du-moins de 1 livre 1/4 dans l'espace de 12 heures, ce qui est presque autant que ce qui s'évapore en un jour d'un bac d'eau exposé au soleil, & qui auroit trois piés quarrés de diametre. Par conséquent si on supposoit que toutes les plantes transpirassent également, il ne s'éleveroit pas moins de vapeurs des parties solides de la terre qu'il s'en éleve de la mer.

D'ailleurs il sort aussi du corps des hommes & des animaux une grande quantité de vapeurs, & suivant les observations de M. Halles, ce qui s'évapore du corps d'un homme, est à ce qui s'évapore du tournesol comme 141 à 100 ; si nous joignons à cela les exhalaisons des plantes qui se sechent ou qui se pourrissent, celles qui proviennent de la fumée de toutes les matieres qu'on brûle, enfin les exhalaisons qui s'élevent du sein de la terre même, nous conclurons que l'air est rempli d'une prodigieuse quantité de vapeurs, & que sa substance doit en être comme pénétrée.

A l'égard du méchanisme de l'élévation des vapeurs, ceux qui desireront un plus grand détail sur ce sujet, peuvent avoir recours aux articles cités ci-dessus, & à l'essai de physique de M. Musschenbroeck, article des météores, d'où nous avons tiré en partie ce qui précede.

VAPEUR, VAPOREUX, se dit en Peinture, lorsque la perspective aërienne est bien entendue dans un tableau, & qu'il y regne un très-léger brouillard qui rend les objets tendres & flous. On dit, il regne une belle vapeur dans ce tableau : ces objets sont tendres & vaporeux. Vouvermans & Claude Lorrain excelloient en cette partie.

VAPEURS, en Médecine, est une maladie appellée autrement mal hypochondriaque & mal de rate. Elle est commune aux deux sexes, & reconnoit deux différentes causes.

On croit qu'elle provient d'une vapeur subtile qui s'éleve des parties inférieures de l'abdomen, surtout des hypocondres, & de la matrice au cerveau, qu'elle trouble & qu'elle remplit d'idées étranges & extravagantes, mais ordinairement désagréables. Cette maladie se nomme dans les hommes affection hypocondriaque. Voyez AFFECTION HYPOCONDRIAQUE.

Les vapeurs des femmes que l'on croit venir de la matrice, sont ce qu'on appelle autrement affection ou suffocation hystérique ou mal de mere.

Cette maladie provient également des hypocondres, comme de la matrice. L'idée du public ou du vulgaire sur la fumée qui s'éleve du bas-ventre au cerveau, paroît d'abord vraisemblable, mais elle est fausse & combattue par la théorie & l'anatomie. Cette prétendue fumée n'est rien autre chose que l'irritation des fibres nerveuses des visceres contenus dans le bas-ventre, tels que le foie, la rate, l'estomac & la matrice, qui affecte sympathiquement le cerveau par la communication de la huitieme paire de nerfs avec le grand nerf intercostal ; cette communication qui est étendue dans toutes les cavités, est la cause prochaine & unique de ces maladies & des étranges & bisarres symptomes qui l'accompagnent ; une preuve de ceci est que les remedes qui peuvent détourner les esprits animaux ailleurs, ou causer une irritation différente, en produisant une sensation desagréable, sont excellens dans ces maladies ; or d'où peut provenir un tel prodige, sinon que les esprits sont déterminés ailleurs ? Mais on doit remarquer que les vapeurs attaquent sur-tout les gens oisifs de corps, qui fatiguent peu par le travail manuel, mais qui pensent & rêvent beaucoup : les gens ambitieux qui ont l'esprit vif, entreprenans, & fort amateurs des biens & des aises de la vie, les gens de lettres, les personnes de qualité, les ecclésiastiques, les dévots, les gens épuisés par la débauche ou le trop d'application, les femmes oisives & qui mangent beaucoup, sont autant de personnes sujettes aux vapeurs, parce qu'il y a peu de ces gens en qui l'exercice & un travail pénible du corps empêche le suc nerveux d'être maléficié. Bien des gens pensent que cette maladie attaque l'esprit plutôt que le corps, & que le mal gît dans l'imagination. Il faut avouer en effet que sa premiere cause est l'ennui & une folle passion, mais qui à force de tourmenter l'esprit oblige le corps à se mettre de la partie ; soit imagination, soit réalité, le corps en est réellement affligé. Ce mal est plus commun aujourd'hui qu'il ne fut jamais, parce que l'éducation vicieuse du sexe y dispose beaucoup, & que les jeunes gens se livrent ou à la passion de l'étude, ou à toute autre avec une égale fureur, sans mesure & sans discernement ; l'esprit s'affoiblit avant d'être formé, & à peine est-il né, qu'il devient languissant. La gourmandise, la vie oisive, les plaisirs habituels entretiennent cette malheureuse passion de passer pour bel esprit ; & les vapeurs attaquent le corps, le ruinent & le font tomber en consomption. Voici les remedes les plus efficaces pour ce mal qui devient contagieux, & qui est l'opprobre de la médecine.

1°. Un régime exact, ne manger qu'avec faim & manger peu, éviter les alimens de haut goût, les liqueurs, les passions violentes, les veilles, les jeux & les pertes que l'on y fait, la débauche de toute espece ; desirer peu, ou des choses justes & possibles, travailler beaucoup & plus qu'on ne mange, sont des moyens plus sûrs que toutes les potions cordiales.

2°. Se former une idée véritable de son peu de savoir & de son petit mérite, se croire toujours favorisé, soit de la fortune, soit du prince, soit de la nature, au-delà de ses talens, écouter la raison & se faire de bonnes moeurs, sont des préservatifs contre les vapeurs.

Cependant comme ces remedes ne plairont pas à ceux qui flattés de leurs faux talens, se croiront réellement malades, & avoir besoin de la médecine qui ne peut guere les soulager, nous les renvoyons aux articles du spasme, des convulsions, de la tension, de l'épilepsie, du vertige, de la fureur utérine, de l'affection hypocondriaque & hystérique, & nous leur enjoignons d'user des remedes purgatifs, des amers, des apéritifs combinés avec les toniques : la teinture de castor, le syrop de karabé, les pilules de cachou, de Wildegansius & la liqueur minérale d'Hoffman sont leur ressource.


VAPINCUou VAPINGUM, (Géogr. anc.) ville de la Gaule narbonnoise, sur la route de Mediolanum à Arles, entre Caturigae & Alabonte, selon l'itinéraire d'Antonin. C'est la ville de Gap. (D.J.)


VAQUERv. neut. (Gram.) être vuide, non occupé. Cet appartement est vacant ; il vaque dans cette maison un corps-de-logis en entier ; si ce bénéfice vient à vaquer, tâchez de l'obtenir. Mais voici une acception de ce verbe très-différente de la précédente : il vaque à la prédication ; il vaque à la conversion des hérétiques ; il vaque à deux ou trois fonctions à la fois ; il signifie alors satisfaire, remplir, exercer. Vaquer se prend aussi pour cesser ses fonctions : le parlement vaque certains jours ; les colleges vaquent lorsqu'il y a procession du recteur.


VAQUETTESS. f. pl. (Commerce) peaux de petites vaches, dont il se fait un assez grand commerce à Smirne. Savary. (D.J.)


VARLE, (Géog. mod.) en latin Varus ; riviere qui fait la séparation entre l'Italie & la France. Elle est aussi marquée par tous les anciens géographes, pour une des limites qui séparent la Gaule narbonnoise de l'Italie. Cette riviere prend sa source dans le mont Cema ou Acema, qui fait partie des Alpes maritimes près du château de S. Etienne. Cette montagne s'appelle aussi Cémélion ; c'étoit le nom d'une ancienne ville bâtie au-dessus, dont il ne reste aujourd'hui que des masures, & qui étoit de la Gaule narbonnoise. Du mont Cema, le Var vient arroser le territoire de Glandeve & celui de Nice, où il se décharge dans la mer Méditerranée, à une demi-lieue à l'occident de Nice. Ce n'est point cependant la riviere du Var toute entiere qui formoit la séparation de la Gaule d'avec l'Italie, c'en est seulement la source placée dans les Alpes maritimes ; le comté de Nice qu'elle traverse, faisoit partie de la Gaule narbonnoise, comme il le fit ensuite de la Provence. (D.J.)

VAR, voyez LOUP MARIN.


VARA(Géogr. des Arabes) ce mot est arabe, & signifie dans cette langue derriere & au-delà. Ainsi Vara-Gihoun, dans la géographie des Arabes, désigne la Transoxane (en arabe Maouaralnahar), qui est au-delà du fleuve, car ils qualifient du nom de fleuve par excellence le Gihon, que les Persans nomment en leur langue Roud. Vara-Sihoun, c'est-à-dire ce qui est au-delà de Sihon ou Jaxartes. C'est le Turquestan, appellé aussi des Arabes par la même raison Vara-Khogend, à cause qu'il s'étend au-delà de la ville de Khogend, qui est bâtie sur le fleuve Sihon. (D.J.)


VARAHANGAS. f. (Hist. nat.) résine qui se trouve dans l'île de Madagascar, & qui a l'odeur de l'encens.


VARAIGNES. f. (Saline) on appelle varaigne dans les marais salins l'ouverture par laquelle on introduit l'eau de la mer dans le premier réservoir de ces marais, qui s'appelle jas. La varaigne s'ouvre & se ferme à-peu-près comme on fait avec la bonde des étangs : on ouvre la varaigne dans les grandes marées de Mars, puis on la referme quand la mer vient à baisser, afin de tenir les jas pleins d'eau.


VARALLO(Géog. mod.) petite ville d'Italie, au duché de Milan, dans le val de Sessia, sur la riviere qui donne son nom à cette vallée. A demi-lieue de cette ville, sur une montagne délicieuse, qu'on nomme la montagne de Varallo, est un lieu d'une grande & ridicule dévotion, appellé la nouvelle Jérusalem. (D.J.)


VARAMBON(Géog. mod.) voyez VAREMBON.


VARAMUS(Géog. anc.) fleuve d'Italie chez les Vénetes. Pline dit, l. III. c. xviij. qu'il se jettoit dans l'Arassus. Léander prétend que son nom moderne est le Caloro. (D.J.)


VARANGUAISS. f. (Marine) c'est ainsi qu'on appelle les marticles dans le levant. Voyez MARTICLES.


VARANGUESS. f. (Marine) ce sont des chevrons de bois, entés & rangés de distance en distance, à angles droits & de travers, entre la quille & la carlingue, afin de former le fond du vaisseau. Voyez CONSTRUCTION.

On appelle maîtresse varangue la varangue qui se pose sous le maître ban. On lui donne aussi le nom de premier gabarit. Les maîtresses varangues de l'avant & de l'arriere sont celles qui font partie des deux grands gabarits. Voyez GABARIT, voyez Pl. I. fig. 1. les varangues, n°. 13. 14. & 15.

Varangues acculées. Varangues rondes en-dedans, qui se posent en allant vers les extrêmités de la quille, proche les fourçats, & au-devant & au derriere des varangues plates. Voyez CONSTRUCTION, voyez Pl. IV. fig. 1. les varangues acculées cotées 14.

Varangues demi-acculées. Varangues qui ont moins de concavité que les varangues acculées, & qui se posent vers les varangues plates, de sorte que les varangues plates sont au milieu ; les varangues demi-acculées viennent ensuite, & les varangues acculées sont les bouts. Voyez Pl. IV. fig. 1. n°. 15.

Varangues plates ou varangues de fond. Ce sont les varangues qui sont placées vers le milieu de la quille, & qui ont moins de rondeur que les varangues acculées. Voyez CONSTRUCTION.

On dit qu'un vaisseau est à plates varangues, lorsqu'il a beaucoup de varangues qui ont peu de rondeur dans le milieu, & par conséquent qu'il a le fond plat. Voyez Pl. IV. fig. 1. les varangues de fond, cotées 13.


VARANOLAC, (Géog. mod.) lac d'Italie, au royaume de Naples, dans la Capitanate, près de la côte septentrionale. Son circuit est de cinq lieues, & il se décharge par un petit canal dans le golfe de Rodia, à deux lieues à l'occident de la petite ville Rodia.


VARAR(Géog. anc.) golfe de la grande Bretagne. Ptolémée, l. II. c. iij. le marque sur la côte orientale, entre l'embouchure du fleuve Loxa & le golfe Tuaesis. Au-lieu de Varar, le grec porte Vara. C'est aujourd'hui le golfe de Murray en Ecosse, Murray Furth. Buchanan croit que la province de Murray, qui est baignée par ce golfe, a été aussi autrefois appellée Varar, nom que la riviere de Farray, qui se jette dans ce golfe, a en quelque sorte retenu. (D.J.)


VARASAYN(Géog. mod.) ville ou, pour mieux dire, bourg du royaume de Navarre, à peu de distance de Pampelune.

C'est dans ce bourg qu'est né en 1491 Aspilcuéta (Martin), que l'on appelle communément le docteur Navarre, Navarrus, grand sectateur de Pierre Lombard, nommé le maître des sentences. Il enseigna seize ans à Conimbre, & reçut beaucoup d'honneur à la cour de Rome, lorsqu'il s'y rendit, à l'âge de 80 ans, pour défendre Caranza son ami, archevêque de Tolede, accusé d'hérésie devant le tribunal de l'inquisition ; la cause fut plaidée & le procès perdu. Il n'auroit pas été difficile à Aspilcuéta d'obtenir les plus hautes dignités, tant civiles qu'ecclésiastiques, mais il leur préféra l'étude & le repos. Il mourut en 1586, âgé de 94 ans & 6 mois. Sa vie a éte faite par plusieurs écrivains, mais la meilleure à été donnée par son neveu, à la tête des oeuvres de son oncle, imprimées à Rome en 1590, en trois volumes in-fol. Lyon 1591, & Venise 1602 ; on ne lit plus aujourd'hui les ouvrages de ce fameux casuiste, excepté peut-être en Espagne. (D.J.)


VARAUCOCOS. m. (Hist. nat. Botan.) arbrisseau qui s'attache aux grands arbres. Il produit un fruit violet, de la grosseur d'une pêche, & qui renferme quatre noyaux ; sa chair est pâteuse, mais douce & agréable. L'écorce de l'arbrisseau fournit une matiere résineuse rouge ; la seconde peau brûlée à une chandelle se fond comme la gomme-laque, dont elle a l'odeur.


VARCIA(Géog. anc.) ville de la gaule belgique. L'itinéraire d'Antonin la marque sur la route d'Andrematunum à Cambate. Alting croit que c'est Varcar, village sur la Saône. (D.J.)


VARDARILE, (Géog. mod.) riviere de l'empire turc, dans la Macédoine. Elle a sa source dans les montagnes qui sont aux confins de la Servie, de la Bulgarie & de la Macédoine, & finit par se jetter dans le golfe de Salonique. Le Vardari est l'Axius des anciens. (D.J.)


VARDING(Commerce) petite monnoie, ayant cours en Livonie, dont il faut 60 pour faire un écu d'Allemagne, c'est-à-dire 3 liv. 15 sols de France, ainsi le varding vaut environ cinq liards de notre monnoie.


VARDULESLES, Varduli, (Géog. anc.) peuples de l'Espagne tarragonoise, sur l'Océan cantabrique. Ptolémée, l. II. c. vj. leur donne une ville nommée Menosca. Pomponius Méla, l. III. c. j. & Pline, l. II. c. iij. parlent aussi de ces peuples. Ce dernier, l. IV. c. xx. nomme leurs villes Morosgi, Menosca, Vesperies & Amanus-Portus, où étoit Flaviobriga colonia. On convient que le pays des Vardules est aujourd'hui le Guipuscoa. (D.J.)


VARECHS. m. (Botan.) plante maritime, nommée par Tournefort, fucus maritimus vesiculas habens, I. R. H. Cette herbe se nomme en Bretagne gouémon ; sur les côtes du pays d'Aunis, sar ; & sur les côtes de Normandie, varech, nom qui s'étend même sur tout ce que la mer jette sur ses bords ; d'où vient le droit de varech que dans cette province les seigneurs de fiefs voisins de la mer prétendent avoir sur les effets qu'elle jette sur le rivage ; il est vraisemblable que ce mot dérive de l'anglois wrack ou wreck, qui signifie naufrage, vieux mot normand que ce peuple a porté en Angleterre.

Quoiqu'il en soit, le varech est une espece de fucus des botanistes ; c'est une plante maritime qui pousse plusieurs petites tiges plates, étroites, mais qui s'élargissent peu-à-peu en croissant, & qui se divisent en petits rameaux, portant des feuilles larges, oblongues, ayant quelque ressemblance à celles du chêne, cependant plus petites, attachées avec leurs tiges par une substance tenace, pliante, membraneuse, ordinairement lisses, quelquefois velues ou couvertes d'un poil blanc ; c'est peut-être la fleur de la plante qui est suivie de graines rondes ; il s'y éleve aussi des tubercules vuides, en forme de vessies, tantôt oblongues, tantôt rondes, tantôt plus grosses, tantôt plus petites. Cette plante est souvent basse, & quelquefois elle croît jusqu'à la hauteur d'un pié & demi : pendant qu'elle est récemment cueillie, elle a une vilaine couleur jaune-verdâtre ; mais si on la fait sécher, elle devient noire, principalement celle qu'on a tirée des rivages sablonneux de la mer.

On se servoit autrefois en Crete de cette plante au rapport de Pline, l. XXVI. c. x. pour teindre en pourpre. Horace, ode V. l. III. le confirme, en disant :

Neque amissos colores

Lana refert medicata fuco.

" La laine une fois teinte de pourpre, ne reprend jamais sa premiere couleur ". Nous avons perdu ce secret, & nous ne connoissons point d'espece de fucus qu'on emploie à aucune teinture. Son seul usage en quelques endroits est à fumer les terres ; & en Normandie, à brûler, pour faire cette sorte de soude, qu'on nomme soude de varech, qui se consume en quantité à Cherbourg pour fondre le verre, soit en table, soit en plat.

Lorsque les pêcheurs ou les riverains qui n'ont pas de bateaux ou gabares, trouvent à la basse eau une grande quantité de gouémon, ou qu'ils en font la récolte dans le tems permis & réglé par l'ordonnance, ils ramassent les herbes marines, en font de gros tas ou meulons, qu'ils lient comme ils peuvent avec de mauvais cordages souvent seulement avec du chanvre retors & mal fabriqué ; plusieurs personnes se mettent sur ce gouémon avec des perches, & attendent que le flot souleve leur meulon pour le conduire à la côte au-dessus du plain, & pouvoir ensuite plus aisément l'emporter en haut sur les terres ; si la marée est tranquille & la mer étalle, ils y abordent aisément ; mais pour peu qu'il fasse de moture, & que le vent soit contraire, ils ont peine à gagner le bord ; & si les vagues s'augmentent, comme il arrive souvent sur le coup de la pleine mer, & qu'elles entament tant-soit-peu ces meulons, ils se dissipent & s'éboulent aussitôt ; & pour lors, les hommes & les femmes qui s'y sont exposés, tombent à la mer, & sont souvent noyés, sans qu'on puisse leur donner aucun secours, & il n'est que trop ordinaire dans les paroisses où ces sortes de meulons sont en usage, de voir périr quantité de personnes, & même des familles entieres ; c'est le sujet des remontrances des recteurs des paroisses riveraines, le motif que le seigneur évêque diocésain a eu d'en faire un cas réservé ; ainsi ces meulons doivent être défendus, à peine de punition corporelle ; & les syndics ou gardes jurés des pêcheurs doivent être chargés, lorsqu'ils seront établis le long des côtes de cette province, d'y tenir la main, & de dénoncer aux Officiers du ressort les riverains qui auront contrevenu à la défense.

Les laboureurs emploient le gouémon de différentes manieres ; les uns le répandent sur les terres lorsqu'ils l'ont recueilli à la côte, ou qu'il a été nouvellement coupé ; mais la plûpart en font des fumiers qu'ils nomment mains, qu'ils composent de gouémon, des fumiers de bestiaux & de terres franches, qu'ils laissent consommer ensemble, & qu'ils répandent ensuite sur leurs terres ; un laboureur est estimé d'autant plus à son aise, qu'il a nombre ou quantité de ces mains.

Il y a le long de ces côtes grand nombre de gabares gouémonnieres qui font pendant tout le cours de l'année uniquement le commerce du gouémon, qu'ils ne discontinuent que durant la saison de la pêche du maquereau, où elles sont alors destinées, & dont les équipages sont composés de ces riverains hommes & femmes.

Le grand nombre d'îles désertes & de rochers qui sont couverts de gouémon, facilite aux maîtres de ces gabares le commerce qu'ils en font ; mais ils chargent souvent leurs gabares avec tant d'imprudence, que plusieurs y périssent ; d'autres qui n'ont point de gabares pour aller en mer, s'attroupent à la côte lors des motures & des tempêtes qui rejettent ordinairement grande quantité de gouémon au bord des greves qu'ils ramassent de basse-mer, & dont ils font des meulons liés avec de mauvaises cordes, & sur lesquels ils se risquent de marée montante pour conduire leur gouémon au haut de la pleine mer, la violence des vagues éboule souvent ces meulons, & fait périr ceux qui ont été assez téméraires de s'y exposer ; d'autres enfin se mettent à l'eau avec de longues perches, pour attirer à terre le gouémon qui flotte, & sont quelquefois emportés par le ressac de la lame.

L'ordonnance n'ayant pas pourvu à une pareille témérité, sa majesté intéressée à la conservation de ses sujets, n'a pas mis une police pour contenir ces malheureux riverains : les évêques avertis des malheurs qui arrivent à cette occasion par les recteurs qui les en ont informés, ont fait un cas réservé de cette récolte à eux seuls, pour contenir ceux qui s'exposeroient à périr en se mettant sur ces meulons, c'est tout ce que le juge ecclésiastique a pu de sa part.

VARECH, de la fabrique de la soude. Pour faire la soude, les pêcheurs ramassent tout le varech de flot & de rapport qui vient à la côte ; quand ils ont amassé une quantité de ces herbes, ils les sechent & les brûlent ensuite dans des trous ou especes de fourneaux qu'ils font au pié des falaises.

Voici la maniere de brûler le varech, telle qu'elle se pratique dans le ressort de l'amirauté de Cherbourg.

On construit une fosse longue de 7 à 8 piés, large de 3 à 4, & profonde au-dessus de l'atre de 18 à 20 pouces ; on sépare cette fosse en trois ou quatre au moyen de deux pierres plates, qui en traversent la largeur ; au fond sont des pierres brutes & plates, comme des gros carreaux, & que les riverains trouvent aisément le long de cette côte. Quand les fosses sont faites, on les remplit de varech sec ; on y met le feu, & l'on fournit des plantes toujours jusqu'à-ce que les cendres aient rempli une partie des fosses dont on casse la soude qui s'y est formée pour l'en retirer : ce petit commerce est de conséquence pour les riverains de cette amirauté.

On ne doit brûler les varechs que lorsque le vent chasse à la mer, à cause que la fumée de ces herbes fait du tort aux arbres. Voyez la figure 2. Pl. XVII. de Pêche.

Le commerce de la soude est très-avantageux aux marchands ; car les pêcheurs la leur vendent 30 livres le cent, & ils la revendent au-moins le double.

Le varech sert aussi à fumer les terres.

Dans certains lieux on halle le varech au haut de la côte, par le moyen d'un cheval qui tire une corde passée sur une poulie.

VARECH, (Jurisprudence) l'ancienne coutume de Normandie dit que tout ce que l'eau de la mer aura jetté à terre est varech : la nouvelle coutume comprend sous ce terme tout ce que l'eau jette à terre par la tourmente & fortune de mer, ou qui arrive si près de terre, qu'un homme à cheval y puisse toucher avec sa lance.

Le droit que certains seigneurs prétendent sur les effets que la mer a jettés à bord, s'appelle droit de varech.

La garde du varech appartient au seigneur dans le fief duquel il est trouvé.

S'il y a des choses périssables, elles doivent être vendues par autorité de justice.

Si le propriétaire reclame les effets dans l'an & jour, ils lui sont rendus ; mais après l'an & jour, ils appartiennent au seigneur féodal & au roi.

L'article 602 de la coutume de Normandie adjuge au roi l'or & l'argent, lorsqu'il vaut plus de 20 liv. les chevaux de service, francs-chiens, oiseaux, ivoire, corail, pierres, écarlate, le vair, le gris, les peaux zibelines non encore appropriées à usage d'homme, les pieces de draps & de soie, le poisson royal. Tous les autres effets appartiennent au seigneur.

Ce droit est confirmé en faveur des seigneurs de Normandie par l'ordonnance de la marine, l. IV. tit. ix. art. 3. & suiv.

Elle leur défend seulement de faire transporter les choses échouées dans leurs maisons, avant qu'elles aient été visitées par les officiers de l'amirauté.

Elle leur défend aussi d'empêcher les maîtres de se servir de leur équipage pour alléger leurs bâtimens échoués, & les remettre à flot, ni de les forcer de se servir de leurs valets & vassaux, sous peine de 1500 liv. d'amende, & de perte de leur droit.

L'ordonnance ne veut pas non-plus, que sous prétexte du droit de varech, les riverains prennent aucune part aux effets trouvés sur les flots, ou pêchés en pleine mer, & amenés sur les greves en l'endroit de leurs seigneuries, ni sur les poissons gras, & autres qui y sont conduits & chassés par l'industrie des pêcheurs.

Enfin, elle ordonne de punir de mort les seigneurs de fiefs voisins de la mer, & tous autres qui auroient forcé les pilotes ou locmans de faire échouer les navires aux côtes qui joignent leurs terres pour en profiter, sous prétexte du droit de varech ou autre.

Le titre suivant de la même ordonnance traite de la coupe du varech. Voyez les commentateurs de la coutume de Normandie, tit. de varech, & le commentaire de M. Valin, sur le tit. 9. de l'ordonnance de la marine. (A)

VARECH, (Marine) nom qu'on donne à un vaisseau qui est au fond de l'eau, & hors de service.


VAREMBONou VARAMBON, (Géog. mod.) petite ville de France, dans la Bresse, près la riviere d'Ain. Elle est de l'élection de Bourg, & députe aux assemblées de la Bresse. Elle a un hôpital, & une église collégiale, soumise immédiatement au saint siége. Au milieu de cette église est le tombeau de son fondateur, le cardinal la Palue, mort l'an 1451. (D.J.)


VARENNES. f. (Gram.) fond plat & marécageux, entre des côteaux ; terrein considérable qui ne se fauche, ni se cultive. Il y a des varennes où le pâturage est bon, & où les paysans menent leurs troupeaux. On appelle jurisdiction de la varenne un tribunal établi au louvre, pour la conservation de la chasse dans les plaines situées à six lieues à la ronde de Paris.

VARENNE, (Commerce) mesure des grains dont on se sert en quelques endroits de la Savoye, particulierement à la Roche ; la varenne pese trente-une livres poids de Genève. Diction. de Comm.


VARENNES(Géog. mod.) autrefois petite ville de France, en Bourbonnois, élection de Moulins, près de l'Allier, aux frontieres de la basse Auvergne.

Cette place ne forme plus à présent qu'un village qui n'a pas cent habitans. (D.J.)


VARESSES. f. (Hist. nat.) animal quadrupede, carnassier, de l'île de Madagascar. Il est de la taille d'un renard ; il a la queue longue & très-fournie, son poil ressemble à celui d'un loup.


VARGIONES(Géog. anc.) peuple de la Germanie, selon Ptolémée, l. II. c. xj. on croit qu'ils habitoient vers les sources du Danube, dans le comté de Barr, en allemand bar-landgrafschaft. (D.J.)


VARIS. m. (Commerce) petit poids en usage parmi les anciens habitans de Madagascar, ou île Dauphine, comme l'appellent les François.

Le vari pese environ un demi-gros poids de marc. Il y a au-dessus le sompi, qui est le poids le plus fort dont ces barbares aient connoissance, & au-dessous le facare, puis le nanqui, & enfin le nanque : le vari, non plus que ces autres poids, ne servent qu'à peser l'or & l'argent. Voyez SOMPI, Dictionn. de Commerce.


VARIA(Géog. anc.) ville de l'Espagne tarragonoise, selon Strabon, l. III. p. 162. & Ptolémée, l. II. c. vj. Ce dernier la donne aux Berones. Pline, l. III. c. iij. dit qu'elle étoit sur le bord de l'Ebre, dans l'endroit où ce fleuve commence à être navigable. On croit que la ville de Logrono s'est élevée de ses ruines. (D.J.)


VARIABLEadj. (Alg. & Géom.) on appelle quantités variables en Géométrie, les quantités qui varient suivant une loi quelconque. Telles sont les abscisses & les ordonnées des courbes, leurs rayons osculateurs, &c.

On les appelle ainsi par opposition aux quantités constantes, qui sont celles qui ne changent point, comme le diametre d'un cercle, le parametre d'une parabole, &c.

On exprime communément les variables par les dernieres lettres de l'alphabet x, y, z.

Quelques auteurs au-lieu de se servir de l'expression de quantités variables, disent des fluentes. Voyez FLUENTE & FLUXION.

La quantité infiniment petite, dont une variable quelconque augmente ou diminue continuellement, est appellée par les uns sa différence ou différencielle, & par les autres, sa fluxion. Le calcul de ces sortes de quantités est ce qu'on appelle le calcul différentiel ou le calcul des fluxions. Voyez DIFFERENTIEL & FLUXION. Chambers. (O)

VARIABLE, vent variable, est le nom qu'on donne aux vents qui ne paroissent point réglés, mais qui soufflent tantôt dans un tems, tantôt dans un autre, sans paroître observer aucune loi dans leur cours. Tels sont la plûpart des vents qui soufflent sur le continent, sur-tout dans nos climats, & dans les lieux éloignés de la mer. Voyez VENT.


VARIANA(Géog. anc.) ville de la basse-Moesie. L'itinéraire d'Antonin la marque sur la route de Veminaceum à Nicomédie. L'empereur Justinien releva cette ville qui étoit tombée en ruine. Son nom moderne, selon Lazius, est Varaden.


VARIANAE(Géogr. anc.) ville de la Pannonie, selon l'itinéraire d'Antonin, qui la marque sur la route de Hemona à Sirmium, entre Sescia & Memneianae, à 24 milles du premier de ces lieux, & à 20 milles du second. Le nom moderne, selon Ortélius, est Wara sur la Drave. (D.J.)


VARIATIONS. f. (en Algebre) est la même chose que permutation, ou en général combinaison. Voyez PERMUTATION & COMBINAISON.

VARIATION, en terme d'Astronomie. La variation de la lune, que Bouillaud appelle reflexio luminis, est la troisieme inégalité du mouvement de la lune, celle par laquelle le vrai lieu de cette planete, excepté dans les quadratures, differe de celui qu'on a trouvé par les deux premieres équations. Voyez LIEU, EQUATION, &c.

M. Newton fait dépendre la variation en partie de la forme de l'orbite lunaire qu'il suppose elliptique, & en partie de l'inégalité des espaces ou aires que la lune décrit en tems égaux dans la supposition que ces espaces ou aires soient terminés par des rayons tirés à la terre. Voyez LUNE.

Pour avoir la plus grande variation de la lune, il faut observer cet astre dans ses octants, & calculer le lieu de la lune pour cet instant. La différence entre le lieu vrai trouvé par l'observation, & celui que donne le calcul, est la plus grande variation. Tycho fait la plus grande variation de 40'30''; Kepler, de 51'49''. M. Newton suppose cette plus grande variation à la moyenne distance entre le soleil & la terre de 35'9''. Pour les autres distances, la plus grande variation est en raison composée de la raison doublée directe des tems de la révolution synodique de la lune, & de la raison triplée inverse des distances du soleil à la terre. Phil. nat. princ. mat. prop. xxix. lib. III. Ce grand philosophe est le premier qui ait expliqué la vraie cause de la variation de la lune. Il a démontré par le calcul qu'elle venoit de l'action du soleil sur cette planete ; que cette action, en dérangeant le mouvement de la lune dans son orbite, devoit tantôt accélérer le mouvement, tantôt le retarder, de maniere que la lune ne peut décrire autour de la terre des secteurs elliptiques exactement proportionnels aux tems correspondans, comme elle feroit suivant les loix de la gravitation, si elle étoit simplement attirée vers la terre. Voyez LUNE. Chambers.

VARIATION, en termes de Navigation, se dit de la déviation de l'aiguille aimantée par rapport à la vraie direction au nord, soit que cette déviation se fasse vers l'ouest, soit qu'elle se fasse vers l'est. On l'appelle aussi déclinaison, voyez DECLINAISON.

La variation ou la déclinaison de l'aiguille est proprement l'angle que l'aiguille magnétique suspendue librement fait avec la ligne méridienne dans le plan de l'horison ; ou ce qui revient au même, c'est un arc de l'horison compris entre le vrai méridien & le méridien magnétique. Voyez AIGUILLE.

Tous les corps magnétiques se rangent d'eux-mêmes à-peu près dans le méridien ; mais il est rare qu'ils s'y placent exactement. Dans un lieu ils déclineront du nord à l'est & du sud à l'ouest ; dans un autre ce sera du nord à l'ouest & du sud à l'est, & cette variation sera aussi différente en différens tems. Voyez MAGNETISME.

On a imaginé différentes hypothèses pour expliquer ce phénomene si extraordinaire ; nous n'en rapporterons que quelques-unes.

La premiere est celle de Gilbert, qui a été suivie par Cabeus, &c.

Ces auteurs pensoient que les terres attiroient l'aiguille, & la détournoient de sa vraie situation méridienne, & ils prétendoient que l'aiguille avoit une déviation plus ou moins grande, suivant qu'elle étoit plus ou moins éloignée de quelque grand continent ; en sorte que si on étoit sur mer, dans un lieu également distant de toutes les terres, l'aiguille n'auroit aucune déclinaison.

Suivant ce système, dans les îles Açores, qui sont également distantes de l'Afrique à l'est, & de l'Amérique à l'ouest, l'aiguille ne doit point avoir de déclinaison. Si de ces îles on va vers l'Afrique, l'aiguille doit commencer à décliner du nord à l'est, & cela d'autant plus qu'on approche plus de la côte. Et continuant ensuite d'aller vers l'est, en s'avançant par terre dans le coeur de l'Afrique, ou en allant vers le cap de Bonne-Espérance, la déclinaison doit diminuer continuellement, à cause que les parties occidentale & orientale de l'Afrique attirent l'aiguille en sens contraires, & diminuent par ce moyen l'action l'une de l'autre. Et enfin si l'on arrive à un lieu où les espaces de terre des deux côtés soient les mêmes, la déclinaison doit encore devenir nulle comme auparavant.

Les observations faites pendant les voyages des Indes orientales sembloient confirmer ce système, car aux Açores la déclinaison étoit en effet nulle, ensuite allant vers le cap de Bonne-Espérance, la variation étoit toujours à l'est ; mais lorsqu'on étoit au cap des Aiguilles qui sépare l'Afrique en deux parties égales, on ne trouvoit aucune variation, jusqu'à-ce qu'en avançant après pour laisser les côtes de l'Afrique à l'ouest, la déclinaison devenoit occidentale.

Mais cette loi n'a point lieu généralement, & le grand nombre d'observations faites de tous les côtés, & rassemblées par le docteur Halley, renversent entierement cette théorie.

D'autres physiciens ont recours à la contexture de l'intérieur de la terre, qui étant pleine de mines, rochers, &c. placés en plus grand nombre vers les poles qu'ailleurs, mais rarement dans la direction du méridien, obligent l'aiguille à tendre en général vers les poles, mais avec des variations.

Quelques-uns veulent que les différentes parties de la terre ayent différens degrés de vertu magnétique, à raison de ce que ces parties contiennent plus ou moins de matiere hétérogene, & propre à diminuer l'effet de celles qui ont la vertu magnétique.

Plusieurs attribuent toute la déclinaison aux mines d'aimant & de fer, qui ayant plus de vertu magnétique que le reste de la terre, attirent l'aiguille avec plus de force.

Enfin il y a des physiciens qui ont imaginé que les tremblemens de terre, ou les grandes marées ont pu déranger plusieurs parties considérables de la terre, & en changer l'axe magnétique qui étoit originairement le même que l'axe de la terre.

Mais toutes ces hypothèses sont détruites par la variation de la variation, c'est-à-dire par le changement continuel de la déclinaison dans le même lieu, phénomene si singulier & cependant démontré par toutes les observations modernes.

C'est ce qui a engagé M. Halley à donner un nouveau système qui est le résultat d'une infinité d'observations, & de plusieurs grands voyages ordonnés à ce sujet par la nation angloise. Cette théorie demande donc un détail plus ample. Les observations sur lesquelles elle est fondée, se trouvent dans les Transactions philosophiques de la maniere suivante.

Observations des variations de l'aiguille, faites en divers lieux & en divers tems.

De toutes ces observations notre savant auteur conclut 1°. que par toute l'Europe la variation pour le présent est occidentale, & qu'elle l'est davantage dans les lieux orientaux que dans les occidentaux, son augmentation se faisant du côté de l'orient.

2°. Que sur les côtes de l'Amérique la variation est occidentale & augmente à mesure que l'on va au nord le long des côtes.

Dans la Terre-neuve à environ 30 degrés du détroit d'Hudson, cette variation est de plus de 20 degrés, & n'est pas moindre que 57 dans la baie de Baffins ; mais lorsque l'on cingle à l'est de cette côte, la variation diminue. D'où il s'ensuit, suivant lui, qu'entre l'Europe & le nord de l'Amérique, il doit y avoir une variation à l'est, ou au-moins une variation nulle.

3°. Que sur la côte du Brésil la variation est à l'est, en augmentant à mesure qu'on va vers le sud ; au cap Frio elle est d'environ 12 degrés. De 20 1/2 degrés à l'embouchure de la riviere de la Plata ; de-là en cinglant au sud-ouest, vers le détroit de Magellan, elle n'est plus que de 17 degrés à son entrée orientale, & de 14 à son entrée occidentale.

4°. Qu'à l'est du Brésil cette variation à l'est diminue, ensorte qu'elle est très-peu de chose à l'île Sainte-Helene, & à celle de l'Ascension, & qu'elle est tout-à-fait nulle à environ 18 degrés de longitude du cap de Bonne-Espérance.

5°. Qu'à l'est de ces mêmes lieux commence la variation à l'ouest, qui s'étend dans toute la mer des Indes ; cette variation est d'environ 18 degrés sous l'équateur, dans le méridien de la partie septentrionale de Madagascar, & de 27 1/2 degrés au 29 degré de latitude méridionale proche le même méridien ; & elle va ensuite en décroissant en allant vers l'est, en sorte qu'elle n'est plus que d'environ 8 degrés au cap Comorin, d'environ 3 degrés à la côte de Java, & entierement nulle vers les îles Moluques, aussi-bien qu'un peu à l'ouest de la terre de Van Diemen.

6°. Qu'à l'est des îles Moluques & de la terre de Van Diemen par des latitudes méridionales, commence une autre variation orientale qui ne paroît pas si forte que la premiere, & qui ne semble pas non plus s'étendre si loin ; car celle qu'on observe à l'île de Rotterdam, est sensiblement moindre que celle qui est à la côte orientale de la nouvelle Guinée ; & en la regardant comme décroissante, on peut bien supposer qu'à environ 20 degrés plus à l'est, c'est-à-dire à 225 degrés de Londres, & à 20 degrés de latitude au sud, commence alors la variation occidentale.

7°. Que la variation observée à Baldivia & à l'entrée occidentale du détroit de Magellan, fait voir que la variation orientale remarquée dans la troisieme observation, décroît très-promtement, & qu'elle ne s'étend guere qu'à quelques degrés dans la mer du Sud en s'éloignant des côtes du Pérou & du Chili, étant suivie d'une petite variation occidentale dans cette plage inconnue, qui est entre le Chili & la nouvelle Zélande, entre l'île de Hound & le Pérou.

8°. Qu'en allant au nord-ouest de Sainte-Helene jusqu'à l'équateur, la variation continue toujours à l'est, & très-petite, étant, pour ainsi dire, presque toujours la même ; en sorte que dans cette partie du monde, la ligne qui est sans variation n'est point du-tout un méridien, mais plutôt une ligne nord-ouest.

9°. Qu'à l'entrée du détroit d'Hudson & à l'embouchure de la riviere de la Plata qui sont à peu-près sous le même méridien, l'aiguille varie dans l'un des lieux de 29 1/2 degrés à l'ouest, & à l'autre 20 1/2 degrés à l'est.

Théorie de la variation de l'aiguille aimantée donnée par M. Halley. Par le moyen de toutes les circonstances que nous venons de rapporter, M. Halley a imaginé cette hypothèse, que tout le globe entier de la terre est un grand aimant, ayant quatre poles magnétiques ou points d'attractions, deux voisins du pole arctique du monde, deux voisins du pole antarctique, & que l'aiguille en quelque lieu qu'elle soit, éprouve l'action de chacun de ces quatre poles, mais toujours une action plus forte du pole dont elle est voisine que des autres.

M. Halley conjecture que le pole magnétique le plus voisin de nous, est placé sur le méridien qui passe par Landsend, & est à environ 7 degrés de distance du pole arctique. C'est ce pole principalement qui régit toute la variation en Europe & en Tartarie, & dans la mer du Nord, quoiqu'à la vérité son action doive être combinée avec celle de l'autre pole septentrional, qui est dans le méridien du milieu de la Californie, & à environ 15 degrés du pole arctique ; cet autre pole régit à son tour la plus grande partie de la variation dans le nord de l'Amérique, les deux Océans qui l'environnent depuis les Açores à l'ouest jusqu'au Japon, & par-delà.

Les deux poles du sud, dans la même hypothese, sont un peu plus distans du pole antarctique, que les deux du nord ne le sont du pole arctique. Le premier de ces deux poles est à environ 16 degrés du pole antarctique dans le méridien qui passe à 20 degrés à l'ouest du détroit de Magellan, c'est-à-dire à 95 degrés à l'ouest de Londres ; & la puissance de ce pole s'étend dans toute l'Amérique méridionale, dans la mer Pacifique & dans la plus grande partie de la mer d'Ethiopie ; l'autre pole méridional semble être le plus puissant de tous, & il est en même tems le plus éloigné du pole antarctique, étant à environ 20 degrés de ce pole dans le méridien qui passe par la nouvelle Hollande à l'île de Celebes, à environ 120 degrés à l'est de Londres. La puissance de ce pole s'étend sur toute la partie méridionale de l'Afrique, sur l'Arabie, la mer Rouge, la Perse, les Indes & toutes leurs îles, toute la mer des Indes depuis le cap de Bonne-Espérance en allant à l'est jusqu'au milieu de la grande mer du Sud qui sépare l'Asie de l'Amérique.

Tel paroît l'état actuel des forces magnétiques sur la terre. Il reste à faire voir comment cette hypothese explique toutes les variations qui ont été observées, & comment elle répond aux différentes remarques faites sur la table de ces observations.

1°. Il est clair que notre pole magnétique d'Europe étant dans le méridien qui passe par Landsend, tous les lieux qui sont plus orientaux que ce méridien, doivent l'avoir à l'ouest de leur méridien, & que par conséquent l'aiguille attirée par ce pole aura alors une déclinaison occidentale, qui augmentera à mesure qu'on ira plus à l'est, jusqu'à-ce qu'ayant passé le méridien où cette déclinaison est dans son maximum, elle aille ensuite en décroissant ; aussi trouve-t-on, conformément à ce principe, qu'à Brest la variation est de 1 3/4, à Londres 4 1/2 degrés, à Dantzick de 7 degrés à l'ouest (en 1683).

Plus à l'ouest du méridien qui passe par ce même pole magnétique, l'aiguille devroit avoir, en vertu de l'attraction de ce pole, une variation orientale ; mais à cause qu'on approche alors du pole de l'Amérique, qui est à l'ouest du premier, & paroît avoir une force plus considérable, l'aiguille est attirée par ce pole à l'ouest assez sensiblement pour contrebalancer la tendance à l'est causée par le premier pole, & pour en causer même une petite à l'orient dans le méridien de ce premier pole. Cependant à l'île de Tercere on suppose que le pole d'Europe l'emporte assez sur l'autre pour donner à l'aiguille une variation à l'est, quoiqu'à la vérité pendant un très-petit espace, le contrebalancement des deux poles ne permettant pas une variation considérable dans toute la partie orientale de l'Océan atlantique, ni sur les côtes occidentales de l'Angleterre, de l'Irlande, de la France, de l'Espagne & de la Barbarie. Mais à l'ouest des Açores, où la puissance du pole de l'Amérique surpasse celle du pole d'Europe, l'aiguille est plus soumise pour la plus grande partie par le pole de l'Amérique, & se dirige de plus en plus vers ce pole à mesure qu'on en approche ; en sorte que lorsqu'on est à la côte de la Virginie, de la nouvelle Angleterre & du détroit d'Hudson, la variation est à l'ouest, & augmente à-mesure qu'on s'éloigne d'Europe, c'est-à-dire qu'elle est moindre dans la Virginie & dans la nouvelle Angleterre, que dans la Terre neuve & dans le détroit d'Hudson.

2°. Cette variation occidentale décroît ensuite à mesure qu'on va dans le nord de l'Amérique ; vers le méridien du milieu de la Californie l'aiguille est dirigée exactement au nord, & en allant plus à l'ouest, comme à Yeço & au Japon, la variation redevient orientale. Vers le milieu du trajet, qui est entre l'Amérique & l'Asie, cette déclinaison n'est guere moindre que de 15 degrés. Cette variation orientale s'étend sur le Japon, la terre de Yeço, une partie de la Chine, la Tartarie orientale, enfin jusqu'au point où la variation redevient occidentale par l'approche du pole d'Europe.

3°. Dans le sud les effets sont entierement les mêmes, à cela près que c'est le bout méridional de l'aiguille qui est attiré par les poles méridionaux ; ensorte que la variation sur les côtes du Brésil, à la riviere de la Plata & au détroit de Magellan, sera orientale, si on suppose un pole magnétique à environ 20 degrés plus à l'ouest que le détroit de Magellan. Et cette variation orientale s'étendra sur la plus grande partie de la mer d'Ethiopie, jusqu'à-ce qu'elle se trouve contrebalancée par la puissance de l'autre pole du sud, c'est-à-dire jusqu'à la moitié du trajet qui est entre le cap de Bonne-Espérance & les îles de Tristan d'Acunha.

4°. De-là vers l'est, le pole méridional d'Asie reprend le dessus, & attirant le bout méridional de l'aiguille, il arrive une variation occidentale qui est très-considérable, & qui s'étend fort loin à cause de la grande distance entre ce pole & le pole antarctique du monde. C'est ce qui fait que vers la mer des Indes, aux environs de la nouvelle Hollande & plus loin, il y a constamment une variation occidentale sous l'équateur même ; elle ne va pas moins qu'à 18 degrés dans les endroits où elle est la plus forte. De plus, vers le méridien de l'île de Celebes, en vertu du pole qui y est supposé, la variation occidentale cesse, & il en naît une orientale qui s'étend jusqu'au milieu de la mer du Sud, entre le milieu de la nouvelle Zélande & du Chili, & laisse ensuite une plage où il se trouve une petite variation occidentale dépendante du pole méridional de l'Amérique.

5°. De tout cela il suit que la direction de l'aiguille dans les zones froides & dans les zones tempérées, dépend principalement du contrebalancement des forces des deux poles magnétiques du même hémisphere, forces qui peuvent aller jusqu'à produire dans le méridien une variation occidentale de 29 1/2 degrés en un endroit, & une variation orientale de 20 1/2 dans un autre.

6°. Dans la zone torride, & particulierement sous l'équateur, il faut avoir égard aux quatre poles à-la-fois, & à leur position par rapport au lieu où l'on est, sans quoi l'on ne pourroit pas déterminer aisément la quantité dont la variation doit être ; parce que le pole le plus proche, quoique le plus fort, ne l'est pas toujours assez pour contrebalancer l'effet des deux poles les plus éloignés concourant ensemble. Par exemple, en cinglant de Sainte-Helene à l'équateur dans une course au nord-ouest, la variation est tant-soit-peu orientale, & toujours de même dans tout ce trajet, parce que le pole méridional de l'Amérique, qui est considérablement le plus proche de ces lieux-là, & qui demanderoit une grande variation à l'est, est contrebalancée par les actions réunies du pole du nord de l'Amérique & du pole méridional de l'Asie, & que dans la route nord-ouest la distance au pole méridional de l'Amérique variant très-peu, ce que l'on perd en s'éloignant du pole méridional de l'Asie, on le gagne en s'approchant du pole septentrional de l'Amérique.

On trouveroit de la même maniere la variation dans les autres lieux voisins de l'équateur, & l'on trouveroit toujours que ce système s'accorde avec les variations observées. Voyez plus bas VARIATION DE VARIATION.

Maniere d'observer la variation ou déclinaison de l'aiguille aimantée. Tirez une méridienne par la méthode enseignée à l'article qui en traite, plaçant ensuite votre boussole, ensorte que le pivot de l'aiguille soit au milieu de la méridienne, l'angle que fera l'aiguille avec cette même méridienne, sera la déclinaison cherchée. Voyez BOUSSOLE.

Comme cette méthode ne sauroit être pratiquée sur mer, on a imaginé différentes manieres d'y suppléer : voici la principale. Suspendez un fil à plomb au-dessus de la boussole, ensorte que l'ombre passe par le centre de cette boussole ; observez le rumb ou le point de la boussole lorsque l'ombre est la plus courte, & vous aurez aussi-tôt la déclinaison cherchée, puisque l'ombre est dans ce cas la méridienne.

On peut s'y prendre aussi de cette maniere. Observez le rumb où le soleil se couche & se leve, ou bien celui du lever & du coucher de quelque étoile, divisez en deux l'axe compris entre ces deux points, ce qui donnera le méridien, & par conséquent la déclinaison. On la trouveroit de même en prenant deux hauteurs égales de la même étoile, soit pendant le jour, soit pendant la nuit.

On y pourroit encore parvenir ainsi. Observez le rumb où le soleil ou quelque étoile se couche ou se leve ; par le moyen de la latitude & de la déclinaison trouvez l'amplitude orientale ou occidentale, cela fait la différence entre l'amplitude ; & la distance du rumb observé au point d'est de la boussole, sera la variation cherchée.

Ou bien encore. Observez la hauteur S I du soleil ou de quelque étoile (Pl. navigat. fig. 20.) dont la déclinaison est connue, & marquez le rumb de la boussole lequel répond à l'astre observé dans cette hauteur. Ayant alors dans le triangle Z P S les trois côtés, P Z complément de la latitude P R, S P complément de la déclinaison D S, & Z S complément de la hauteur S I ; vous aurez l'angle P Z S par la trigonométrie sphérique (voyez TRIANGLE) ; & par conséquent aussi l'angle A Z S qui mesure l'azimuth H I ; cela fait, la distance entre l'azimuth & la distance du rumb observé au point du sud, sera la variation cherchée.

Remarquez que pour avoir l'amplitude orientale ou occidentale avec exactitude il faut avoir égard à la réfraction, dont les loix sont expliquées à l'article REFRACTION.

Afin d'observer plus commodément dans quel rumb on voit un astre, il est bon de se servir d'un instrument garni d'alidades ou de pinnules, ou de quelque chose d'équivalent, au moyen de quoi on déterminera avec plus de précision la position du vertical dans lequel l'astre est placé. Voyez COMPAS AZIMUTHAL.

VARIATION DE LA VARIATION, Variation de variation, c'est le changement qu'on observe dans la déclinaison de l'aiguille dans un même lieu. Cette variation a été premierement remarquée par Gassendi. Suivant M. Halley elle dépend du mouvement des parties intérieures du globe.

Théorie de la variation de la variation. De toutes les observations ci-dessus rapportées sous l'article VARIATION, il semble suivre que tous les poles magnétiques ont un mouvement vers l'ouest, mais un mouvement qui ne sauroit se faire autour de l'axe de la terre ; car alors la variation continueroit d'être la même dans tous les lieux placés sous le même parallele, & les poles magnétiques seroient toujours à la même distance des poles du monde. L'expérience prouve le contraire, puisqu'il n'y a aucun lieu entre l'Amérique & l'Angleterre à la latitude de 51 1/2 degrés où la variation soit de 11 degrés à l'est comme elle a été à Londres : il semble donc que le pole d'Europe s'est plus approché du pole arctique qu'il n'étoit, ou qu'il a perdu une partie de sa force.

Mais ce mouvement des poles magnétiques est-il commun à tous les quatre à-la-fois, ou sont-ce des mouvemens séparés ? ces mouvemens sont-ils uniformes ou inégaux ? la révolution est-elle en aire ou est-ce simplement une vibration autour duquel centre se fait ce mouvement ? ou de quelle maniere se fait cette vibration ? c'est ce qui est entierement inconnu.

Et toute cette théorie semble avoir quelque chose d'obscur & de défectueux ; car de supposer quatre poles à un même globe magnétique afin d'expliquer la variation, c'est déjà une hypothèse qui n'est pas fort naturelle ; mais de vouloir de plus que ces poles se meuvent de maniere à donner la variation de la variation, c'est une supposition véritablement étrange ; en effet, donner une telle solution, ce seroit laisser le problème tout aussi embarrassé qu'auparavant.

Le savant auteur de cette théorie a senti cet inconvénient & y a remédié de la maniere suivante.

Il regarde l'extérieur de la terre comme une croute laquelle renferme au-dedans un globe qui en fait le noyau, & il suppose un fluide qui remplit l'espace compris entre ces deux corps ; il suppose de plus que ce globe intérieur a le même centre que la croute extérieure, & qu'il tourne aussi autour de son axe en vingt-quatre heures, à une très-petite différence près, laquelle étant répétée par un grand nombre de révolutions, devient assez forte pour empêcher les parties du noyau de répondre aux mêmes parties de la croute, & pour donner à ce noyau à l'égard de la croute un mouvement ou à l'est ou à l'ouest.

Or par le moyen de cette sphere intérieure & de son mouvement particulier, on peut résoudre aisément les deux grandes difficultés faites contre la premiere hypothese ; car si la croute extérieure de la terre est un aimant dont les poles soient à une certaine distance de ceux du monde, & que le noyau soit de même un autre aimant ayant les poles placés aussi à une certaine distance de ceux du monde, & différemment des poles de la croute ; par le mouvement de ce globe la distance entre ses poles & ceux de l'extérieur variera, & l'on aura facilement l'explication des phénomènes ci-dessus rapportés. Comme la période de ce mouvement doit être d'une très-longue durée, & que les observations sur lesquelles on peut compter donnent à peine un intervalle de cent ans, il paroît jusqu'à présent presque impossible de fonder aucun calcul sur cette hypothèse, & surtout depuis qu'on a remarqué que quoique les variations croissent ou décroissent régulierement dans le même lieu, elles ont cependant des différences sensibles dans des lieux voisins, qu'on ne sauroit réduire à aucun système régulier & qui semblent dépendre de quelque matiere distribuée irrégulierement dans la croute extérieure de la terre, laquelle matiere en agissant sur l'aiguille, la détourne de la déclinaison qu'elle auroit en vertu du magnétisme général du système entier de la terre. Les variations observées à Londres & à Paris donnent un exemple bien sensible de ces exceptions, car l'aiguille a été constamment de 1 1/2 degrés plus oriental à Paris qu'à Londres, quoiqu'il dût résulter des effets généraux, que cette différence de déclinaison eût dû arriver dans un sens contraire, cependant les variations dans les deux lieux suivent la même marche.

Les deux poles fixes, comme nous l'avons déjà dit, sont supposés ceux du globe extérieur ou croute, & les deux mobiles ceux du globe intérieur ou noyau. Le mouvement de ces poles se fait à l'ouest, ou ce qui revient au même, le mouvement du noyau n'est pas absolument le même que celui de la croute, mais il en differe si peu, qu'en 365 révolutions la différence est à peine sensible. La différence de ces deux révolutions viendra vraisemblablement de ce que la premiere impulsion du mouvement de la terre aura été donnée à la croute, & qu'en se communiquant de-là à l'intérieur, elle n'aura pas donné exactement le même mouvement au noyau.

Quant à la durée de la période, on n'a pas un nombre suffisant d'observations pour les déterminer, quoique M. Halley conjecture avec quelque vraisemblance que le pole de l'Amérique a fait 96 degrés en quarante ans, & qu'il emploie environ sept cent ans à sa révolution entiere.

M. Whiston dans son traité intitulé, New laws of magnetism, nouvelles loix du magnétisme, a fait plusieurs objections contre la théorie de M. Halley qu'on vient d'exposer. En effet, on ne sauroit disconvenir qu'il n'y ait encore du vague & de l'obscur dans toute cette théorie, & nous croyons avec M. Musschenbroeck, qu'on n'est point encore parvenu à une explication suffisante & bien démontrée de ce phénomène singulier, le plus extraordinaire peut-être de tous ceux que la nature nous offre en si grande abondance. Chambers.

De-là & de quelques autres observations de même nature, il paroît clair que les deux poles du globe extérieur sont fixés à la terre, & que si l'aiguille n'étoit soumise qu'à ces poles, les variations seroient toujours les mêmes, à certaines irrégularités près, qui seroient de la même espece que celles dont nous venons de parler. Mais la sphere intérieure ayant un mouvement qui change graduellement la situation de ses poles à l'égard des premiers, elle doit agir aussi sur l'aiguille, & produire une déclinaison différente de la premiere, qui dépende de la révolution intérieure, & qui ne se rétablisse qu'après que les deux corps se retrouvent dans la même position l'un à l'égard de l'autre. Si par la suite les observations apprennent qu'il en est autrement, on en pourra conclure qu'il y a plus d'une sphere intérieure & plus de quatre poles ; ce qui jusqu'à présent ne sauroit être déterminé par les observations dont on a un trop petit nombre, sur-tout dans cette vaste mer du Sud qui occupe la plus grande partie de la terre.

Dans la supposition de quatre poles, dont deux sont fixes & deux variables, on peut aisément reconnoître quels sont ceux qui doivent être fixes. M. Halley pense qu'il est suffisamment prouvé que notre pole d'Europe est celui des deux poles du nord qui se meut, & que c'est-là principalement la cause des changemens qu'éprouve la déclinaison de l'aiguille dans nos contrées ; car dans la baie d'Hudson, qui est sous la direction du pole d'Amérique, le changement de variation, suivant qu'on l'a observé, ne va pas, à beaucoup prés, aussi loin que dans les parties de l'Europe où nous sommes, quoique ce pole de l'Amérique soit beaucoup plus éloigné de l'axe. Quant aux poles du sud, M. Halley regarde celui d'Asie comme fixe, & conséquemment celui d'Amérique comme mobile.

VARIATION, (Marine) c'est un mouvement inconstant de l'aiguille, qui la dérange de sa direction au nord. Voyez DECLINAISON.

On dit que la variation vaut la route, lorsque la variation & le vent sont du même côté ; desorte que l'un corrige la perte que l'autre cause.

VARIATIONS, en Musique, sont différentes manieres de jouer ou de chanter un même air, en y ajoutant plusieurs notes pour orner ou figurer le chant. De quelque maniere qu'on puisse charger les variations, il faut toujours qu'au-travers de toutes ces broderies on reconnoisse le fond de l'air, qu'on appelle le simple ; & il faut en même tems, que le caractere de chaque couplet soit marqué par des différences qui soutiennent l'attention, & préviennent l'ennui.

Les divers couplets des folies d'Espagne sont autant de variations ; il y en a souvent dans les chaconnes ; l'on en trouve plusieurs sur des arie italiennes ; & tout Paris est allé admirer au concert spirituel les variations des sieurs Guignon & Mondonville, & plus récemment des sieurs Guignon & Gavinité sur des airs du Pont-neuf, qui n'avoient guere d'autre mérite, que d'être ainsi variés par les plus habiles violons de France. (S)

VARIATION, CHANGEMENT, (Synonym.) la variation consiste à être tantôt d'une façon & tantôt d'une autre ; le changement consiste seulement à cesser d'être le même.

C'est varier dans ses sentimens, que de les abandonner & les reprendre successivement. C'est changer d'opinion, que de rejetter celle qu'on avoit embrassée pour en suivre une nouvelle.

Les variations sont ordinaires aux personnes qui n'ont point de volonté déterminée ; le changement est le propre des inconstans.

Qui n'a point de principes certains est sujet à varier ; qui est plus attaché à la vérité, n'a pas de peine à changer de doctrine. Girard. (D.J.)


VARICES. f. (Chirurgie) varix ; les Médecins donnent le nom de varice, à ces tubercules inégaux, noueux, & noirâtres des veines, qui ont coutume de se former en différentes parties de l'habitude du corps, mais le plus souvent autour des chevilles, & quelquefois plus haut, comme aux jambes, aux cuisses, au scrotum, & même à la tête & au bas-ventre, ainsi que Celse l'observe, lib. VII. cap. xxxj.

Cette maladie affecte ordinairement les femmes grosses, aussi-bien que les personnes qui ont le sang épais, ou qui sont affligées de douleurs dans les hypocondres, d'une obstruction au foie, ou d'un skirrhe.

Plus les varices augmentent, plus elles deviennent douloureuses & incommodes, par la tension que les membranes souffrent ; elles s'ouvrent même quelquefois, & rendent beaucoup de sang, ou bien elles dégénerent en des ulceres extrêmement malins. Les petites varices sont rarement incommodes ; aussi n'employe-t-on guere les secours de la Chirurgie pour y remédier.

Pour empêcher cependant qu'un mal aussi peu considérable en apparence n'augmente, & ne nuise à la fin au malade, il convient de lui ouvrir la veine sans délai, de lui tirer une bonne quantité de sang, & de lui prescrire ensuite un régime convenable. Cela fait, on assurera le pié malade, le mieux qu'il sera possible, avec un bandage expulsif, en le resserrant à mesure qu'il se lâchera, & se donnant bien de garde de l'ôter, tant qu'on aura lieu de craindre que la maladie augmente.

Celse nous apprend que les anciens délivroient leurs malades des varices dont ils étoient affligés, par le cautere ou l'incision : mais les modernes se servent d'une méthode beaucoup moins cruelle. Lorsque les varices sont devenues d'une grosseur considérable, on se sert du bandage, dont on vient de parler, pour comprimer & fortifier les veines qui sont dilatées au-delà de leur juste mesure ; on a pris soin de tremper auparavant le bandage dans du vin rouge chaud, dans une décoction astringente, ou dans du vinaigre & de l'alun, & l'on applique par-dessus une plaque de plomb fort mince, en l'assurant de façon qu'elle ne puisse point tomber.

Dionis assure qu'il ne connoît point de meilleur moyen pour comprimer les varices, qu'une bottine de peau de chien, ou d'autre peau semblable, que l'on taille & proportionne à la grosseur de la jambe, en y pratiquant des oeillets pour la laçer en-dehors, à l'aide d'un cordon, & la serrer autant que le malade peut le souffrir ; au moyen de quoi la jambe éprouve une compression égale, sans qu'on soit obligé de l'ôter la nuit : on peut faire aussi ces sortes de bottines avec du gros linge.

Le remede le plus efficace contre les varices, si l'on en croit Harris, Dissert. chirurg. viij. est de frotter la partie affectée le plus souvent qu'on peut, avec de la teinture de myrrhe, & de la couvrir ensuite avec l'emplâtre de soufre de Rulland. Ce remede produit beaucoup plus d'effet, lorsqu'on a soin de comprimer la partie avec un bandage, ou avec les bottines dont on vient de parler.

Les chirurgiens de l'antiquité guérissoient les varices par le cautere ou l'excision ; cette derniere opération consistoit à couper la peau qui couvre la varice, à saisir la partie viciée de la veine avec un crochet, à la retrancher entierement, & à panser ensuite la plaie avec une emplâtre. Gouey dans sa chirurgie, prétend que la maniere la plus promte, & en même tems la plus sûre de guérir les varices, est de passer une aiguille courbe enfilée de deux fils cirés au-dessous du vaisseau variqueux, de les couper près de l'aiguille, & d'en couler un au-dessus de la varice ; de lier ces deux fils à un bon pouce l'un de l'autre ; de couper la veine entre deux, & de laisser sortir une quantité suffisante de sang ; après quoi l'on panse la plaie avec quelque digestif, & l'on fait garder le lit au malade jusqu'à ce qu'elle soit tout-à-fait consolidée ; mais cette méthode n'a point eu de partisans, & avec raison.

L'opération des anciens par le cautere, consistoit à couper la peau, à découvrir la veine, & à la cautériser avec un fer rouge, en écartant les lévres de la plaie avec des crochets pour ne point les brûler ; cela fait, on pansoit la plaie avec des remedes propres pour les brûlures. Harris regarde ces méthodes comme insensées & cruelles : il faut avouer cependant que les varices causent quelquefois des douleurs si violentes, qu'il est à craindre qu'il n'en résulte quelque rupture durant la nuit, avec danger de mort ; pour lors l'on est obligé d'avoir recours au bistouri, & à l'aiguille.

De quelque façon que l'on remédie aux varices, il faut pour empêcher qu'elles ne reviennent, s'abstenir de tout aliment grossier, manger peu, & n'user que de liqueurs légeres ; telles que l'eau, le gruau à l'angloise, & autres infusions faites avec des plantes convenables. On doit aussi faire beaucoup d'exercice, se frotter tous les jours les piés, & se faire saigner deux fois par an, dans le printems, & dans l'automne.

Ces précautions sont également nécessaires à ceux dont les varices ne font que commencer, & qui veulent se mettre à couvert des accidens qui demandent le fer & le feu. Muys parle d'une varice compliquée, dont il tiroit tous les ans une livre de sang, à dessein de prévenir l'éruption des ulceres. Heister. (D.J.)

VARICE, (Maréchall.) on appelle ainsi dans le cheval une grosseur au-dedans du jarret près de l'endroit où est située la courbe. C'est la veine crurale qui se dégorge en cet endroit, & y fait une tumeur molle & indolente.


VARICOCELES. m. (Maladie chirurgicale) tumeur contre nature des testicules ou du cordon spermatique, occasionnée par l'engorgement des veines de ces parties : les causes de cette maladie sont les mêmes que celles des varices. Voyez VARICES.

Dans cette maladie on sent le testicule ou le corps pampiniforme composé de gros noeuds : si l'on n'y remédie pas d'abord, la dilatation occasionnée par le sang engorgé, sera suivie de douleur & de gonflement à l'épidydime & au testicule ; elle pourra aussi donner lieu par la suite à une hydrocele. Voyez HYDROCELE.

La situation horisontale du corps est très-avantageuse dans cette maladie, parce que dans cette position le retour du sang devient plus libre.

Quand le malade est debout, il faut qu'il porte un suspensoir, afin de prévenir le tiraillement & la douleur que pourroit causer le poids du scrotum, en laissant les bourses libres & pendantes. Ce bandage doit être par cette raison d'un usage constant dans toutes les tumeurs de cette partie. Voyez SUSPENSOIR.

Si le varicocele a fait beaucoup de progrès, & que les vaisseaux se trouvent généralement engorgés, il faut avoir recours aux saignées & aux autres évacuations générales, pour tâcher de les vuider un peu ; & on employera les topiques astringens pour en rétablir le ressort.

Si la douleur étoit considérable, & si la tumeur menaçoit de quelque autre fâcheux accident, il faudroit inciser les tégumens, découvrir les veines variqueuses, les inciser pour en procurer le dégorgement, & en faire ensuite la ligature ; on observera de ne pas comprendre toutes les ramifications dans la ligature, afin d'en conserver pour le retour du sang.

On trouvera des observations très-intéressantes sur cette maladie, & sur l'opération dont nous venons de parler, dans le traité d'opérations que feu M. Petit avoit promis, & dont les héritiers de ce grand chirurgien ne doivent pas priver le public. (Y)


VARICOMPHALES. m. terme de Chirurgie, tumeur du nombril formée par des vaisseaux veineux dilatés. Elle est bleuâtre ou d'un brun livide, avec ou sans douleur, suivant le degré de plénitude des vaisseaux engorgés, & la disposition inflammatoire accidentelle. La tumeur variqueuse est quelquefois une complication de la hernie intestinale ou épiploïque. Voyez EXOMPHALE. La cure des varices de l'ombilic doit être tentée par l'usage des remedes généraux & l'application locale des remedes astringens aidés d'une compression méthodique. Si ces secours sont sans effet, il faut en venir à l'opération, qui consiste à vuider le sang au moyen d'une incision par la lancette ; lorsque le dégorgement est fait, on applique des plumaceaux & des compresses trempées dans une eau astringente & dessicative que l'on continue jusqu'à la guérison, s'il est possible de l'obtenir. (Y)


VARIÉadj. (Méch.) on appelle en général mouvement varié celui qui n'est pas uniforme, suivant quelque loi que se fasse d'ailleurs ce mouvement. Voyez MOUVEMENT & UNIFORME.


VARIÉTÉS. f. (Gram.) c'est la multitude de choses diverses. On dit la variété des objets rend le spectacle de la nature toujours intéressant ; il amuse par la variété des idées ; la variété des opinions étonne ; pour plaire long-tems, il faut savoir introduire de la variété dans ses ouvrages ; la variété, sur-tout dans les grandes productions, est un des principaux caracteres de la beauté.

VARIETE, (Botan.) les botanistes appellent variétés des différences entre des plantes de même nom, mais des différences inconstantes, passageres, qui tantôt paroissent, & tantôt ne paroissent pas, qui ne se perpétuent point, & semblent ne venir que de quelques accidens. Ainsi les tulipes ont beaucoup de variétés ; car toutes les plantes n'y sont point également sujettes. Ce n'est pas là ce qui fait les différentes especes de fruits ; il faut des différences stables & durables, telles qu'il s'en trouve entre des prunes & des cérises de différens noms. Comme il paroît qu'un grand nombre de ces variétés sont uniquement dûes à la culture, il faudroit trouver par où précisément la culture les produit, & on l'ignore ; on sait seulement en général qu'un terroir plus ou moins convenable à l'arbre, une exposition plus ou moins favorable, & une infinité de petits soins du jardinage font naître des variétés ; mais pour les especes, il semble que la greffe y doive être plus propre que tout autre moyen. (D.J.)


VARINI(Géog. anc.) peuples de la Germanie, qui, selon Pline, l. IV. c. xiv. faisoient partie des Vandales. Spener, not. germ. ant. l. V. c. iv. remarque que ces peuples sont appellés Varni par quelques-uns, Varri par d'autres, Viruni par Ptolémée. Il n'y a point de difficulté à croire qu'ils avoient pris leur nom de la riviere Varna, sur les bords de laquelle ils avoient leur demeure ; & il est probable que ce sont ces mêmes peuples qu'on trouve nommés avec les Anglii dans une ancienne loi des Germains.

Peut-être, dit Spener, qu'une partie de ces peuples vint s'établir en-deçà de l'Elbe, & entra dans l'alliance des Thuringiens ; car dans la loi dont il vient d'être parlé, ils sont nommés immédiatement avant les Thuringiens. Il se pourroit faire aussi que le nouveau nom de Werini auroit été occasionné par celui de la riviere, sur le bord de laquelle ils fixerent leur nouvelle demeure, & que comme le nom de la Varna leur avoit fait donner le nom de Varini ; celui de la riviere Werra les fit appeller Werini. Ce n'est pourtant là qu'une conjecture, & il ne seroit pas impossible que deux rivieres eussent chacune donné le nom à un peuple différent. (D.J.)


VARIOLITEou PIERRE DE PETITE VEROLE, (Hist. nat. Lithol.) variolithus, lapis variolarum, nom donné par les naturalistes à des pierres de différentes couleurs, remplies de taches ou de petits tubercules d'une couleur différente de celle du fond de la pierre. Quelques-uns donnent ce nom à une espece de granite ou des fragmens de granite qui ont été roulés & arrondis comme des galets.


VARIORUMLES, (Littérat. mod.) c'est le nom qu'on donne aux éditions des auteurs classiques, qu'on a faites en Hollande, avec les notes & extraits de divers auteurs. C'est dommage que ces extraits ne soient pas ordinairement bien travaillés, & qu'au lieu de bonnes remarques qui se trouvent dans les excellens commentateurs, & les meilleurs critiques, on se soit contenté de petites observations littérales, de diverses leçons, & d'autres semblables minuties, qui ne contribuent ni à l'avancement des lettres, ni à donner l'intelligence du génie des auteurs. C'est manquer de jugement dans le triage, & gâter le goût. Il faut cependant excepter du nombre des mauvais rhapsodistes dont nous parlons, Graevius, Gronovius, Thysius, Schildius, & peu d'autres, dont les extraits sont bien faits, & dont les notes sont utiles. (D.J.)


VARIQUEUXCORPS variqueux, en Anatomie, est le même que le corps pyramidal. Voyez PYRAMIDAL.

VARIQUEUX, EUSE, qui tient des varices, nom qu'on donne aux tumeurs causées par des varices, & aux vaisseaux veineux trop dilatés. Voyez VARICES.

Il y a des ulceres variqueux. Voyez ULCERE. Le cancer à la mamelle est ordinairement accompagné de l'engorgement variqueux des veines qui l'avoisinent. Voyez CANCER. (Y)


VARISS. m. (Hist. nat.) espece de singe qui se trouve dans l'île de Madagascar. Il est d'une couleur grise ; son museau est fort long, & sa queue est aussi longue & aussi fournie que celle d'un renard.

VARIS, (Géog. anc.) lieu de la grande-Bretagne. L'itinéraire d'Antonin le marque sur la route de Segonicium à Deva, entre Cornovium & Deva, à dix-neuf milles du premier de ces lieux, & à trente-deux milles du second. Varis étoit près de la Cluyd. Le lieu s'appelle encore aujourd'hui Bod-Vari, & ses ruines se voient sur une hauteur nommée dans le pays Moyly-Caer, c'est-à-dire, la montagne de la ville. (D.J.)


VARLETS. m. (terme de Jurande) ce mot signifie dans plusieurs des anciens statuts des communautés des arts & métiers, ce que dans d'autres on nomme serviteur, & que présentement on ne connoit plus guere que sous le nom de compagnon. (D.J.)

VARLET, s. m. (Hydr.) est une espece de balancier de bois équarri, gros dans son milieu, & se terminant en deux cônes tronqués, fretés & boullonés, pour recevoir dans son milieu les queues de fer des pieces que le varlet met en mouvement. (K)


VARLOPES. f. (Menuiserie) est un outil qui sert aux Menuisiers & aux Charpentiers, pour corroyer les bois, c'est-à-dire les dresser. Elle est composée de trois pieces, savoir, le fût & le coin qui sont de bois, & d'un fer tranchant. Le fût est un morceau de bois de 26 pouces de long sur deux pouces & demi de large & trois de haut. Sur le bout de devant est une poignée ; au milieu est la lumiere où est le fer tranchant & le coin, & à l'extrêmité sur le derriere est une poignée ouverte dans laquelle passe la main. Voyez les Planches de Menuiserie.

Demi-varlope, est un outil de menuisier, dont les Charpentiers se servent aussi pour dégrossir leur bois. Elle est semblable à la varlope, à l'exception qu'elle est plus courte & plus étroite, & que le tranchant du fer ne s'affute pas si quarrément que celui de la varlope. Voyez les Planches de Menuiserie.

Varlope à onglet, est une espece de rabot ; elle est seulement une fois plus longue, mais le fer toujours au milieu comme au rabot.


VARMOLE, (Géogr. mod.) petite riviere d'Italie, dans l'état de Venise. Elle a sa source dans le Frioul, près de Codropio, & se jette dans le Tajamento. (D.J.)


VARNou VARNE, (Géog. mod.) ville de la Turquie européenne, dans la Bulgarie, & la capitale de la Drobugie, sur la riviere de Varne, près de son embouchure dans la mer Noire, à seize milles de Rosito du côté du nord. Long. 51. 28. latit. 40. 6.

Quelques géographes prennent Varne pour la Tiberiopolis de Curopalate ; & d'autres veulent que ce soit l'ancienne Odessus de Strabon, entre Calatis & Apollonie. Quoi qu'il en soit, c'est près de cette ville que se donna en 1444 une célebre bataille entre Uladislas VI. roi de Pologne, & le sultan Amurath II. après avoir conclu tout récemment ensemble, sans aucun combat, la paix la plus solemnelle que les Chrétiens & les Musulmans eussent jamais contractée. Amurath jura cette paix sur l'alcoran, & Uladislas sur l'évangile.

Cependant à peine cette paix fut jurée, que le cardinal Julien Césarini persuada à Uladislas, aux chefs hongrois & aux polonois qu'on pouvoit violer ces sermens, parce que cette paix avoit été faite malgré l'inclination du pape. Uladislas séduit par cette raison entra dans les terres du sultan & les ravagea.

Les janissaires vinrent en foule prier Amurath de quitter sa solitude pour se mettre à leur tête. Il y consentit ; les deux armées se rencontrerent près de la ville de Varne, où se donna la bataille. Amurath portoit dans son sein le traité de paix qu'on venoit de conclure ; il le tira au milieu de la mêlée, & pria Dieu qui punit les parjures, de venger cet outrage fait aux loix des nations. Les Chrétiens furent vaincus ; le roi Uladislas fut percé de coups, & périt à l'âge de vingt ans, n'ayant été parjure qu'à l'instigation du légat. Sa tête coupée par un janissaire fut portée en triomphe de rang-en-rang dans l'armée turque, & ce spectacle acheva la déroute. Le cardinal Julien périt aussi dans cette journée ; quelques-uns disent qu'il se noya, & d'autres que les Hongrois mêmes le tuerent.

Mais ce qu'il y a de plus remarquable, ajoute M. de Voltaire, c'est qu'Amurath après cette victoire retourna dans sa solitude, qu'il abdiqua une seconde fois la couronne, qu'il fut une seconde fois obligé de la reprendre pour combattre & pour vaincre. Enfin il mourut à Andrinople en 1451, & laissa l'empire à son fils Mahomet II. qui songea plus à imiter la valeur de son pere que sa philosophie. (D.J.)

VARNA, la, (Géog. mod.) riviere des états du turc, en Europe ; elle a sa source aux montagnes qui sont vers la Romanie, & se jette dans la mer Noire, près du lac de Dwina. C'est le Zirus des anciens. (D.J.)


VARNAVAL(Géog. mod.) ville d'Egypte, sur le bord du Nil, vers le levant, selon Marmol, qui dit que son territoire produit abondamment du blé & du riz. (D.J.)


VARNDORP(Géog. mod.) ville d'Allemagne, en Westphalie, à cinq lieues de Munster, sur l'Ems. Elle appartient à l'évêque de Munster, qui y tient garnison, parce que c'est une clé de ses états. (D.J.)


VARNETON(Géog. mod.) voyez WARNETON.


VAROLEPONT DE, (Anat.) Varole naquit à Boulogne, où il exerça la chirurgie ; il fut ensuite nommé premier médecin du pape Grégoire XIII. & professeur en anatomie dans le principal college de Rome, où il mourut en 1575, à l'âge de 32 ans. Il a découvert le premier l'origine des nerfs optiques ; & l'on donne encore aujourd'hui le nom de pont de Varole à cette éminence du cerveau, qui se nomme aussi protuberance annulaire. Voyez PROTUBERANCE.

Il publia en 1570 une nouvelle maniere de disséquer le cerveau, qu'on appelle encore aujourd'hui la méthode de Varole.


VARRES. f. (Mesure espagnole) c'est la mesure des longueurs dont on se sert en Espagne, particulierement dans le royaume d'Aragon, pour mesurer les étoffes. Sa longueur est semblable à celle de la canne de Toulouse, qui est de cinq piés cinq pouces six lignes, ce qui revient à une aune & demie de Paris, ou trois aunes de Paris font deux varres d'Espagne. (D.J.)

VARRE, s. f. (Pêche) instrument des pêcheurs de l'Amérique, servant à prendre les gros poissons, surtout les tortues. Il est composé de deux pieces principales ; savoir d'une forte hampe de bois, d'environ sept à huit piés de longueur ; & d'une pointe de fer quarrée, qui se place à chaque fois qu'on veut s'en servir dans un trou quarré, percé exprès au bout le plus menu de la hampe, lequel dans cette partie est garni d'une virole.

La pointe de fer qui doit sortir d'environ quatre pouces, est percée auprès de la douille d'un trou assez large pour y passer une longue & forte corde, que l'on arrête au moyen d'un noeud ; & l'on attache aussi une grosse ficelle à la hampe, afin de pouvoir la retirer à soi lorsqu'elle se sépare de la pointe qui reste fichée dans le corps de l'animal, ainsi qu'on le dira.

Cet instrument, de dedans les barques ou canots, se lance avec roideur sur le dos des tortues, qui pendant la nuit dorment à la surface de l'eau, ou s'élevent de tems en tems pour respirer. La pointe de fer pénétrant l'écaille, y demeure fortement attachée, & par les efforts que fait la tortue pour se débarrasser la hampe se détache, flotte sur l'eau, & peut être facilement retirée par le varreur qui n'abandonne point la ficelle dont on a parlé, tandis que ceux qui l'accompagnent filent la corde attachée par une de ses extrêmités à la pointe de fer, & par l'autre au devant du canot, que la tortue entraîne avec une extrême rapidité, jusqu'à ce que ses forces étant affoiblies, elle se laisse tirer à bord.

Les tortues varrées ne vivent pas long-tems, on est obligé de les assommer tout de suite, & d'en saler la chair si l'on se trouve fort éloigné des lieux où l'on veut les transporter.


VARRERv. neut. & act. terme de relation, varrer, c'est prendre à la varre des tortues, quand elles viennent de tems en tems sur l'eau pour respirer.

Lorsqu'on veut varrer, ou prendre les tortues à la varre, on va la nuit avec un canot dans les endroits où l'on a remarqué beaucoup d'herbes coupées sur la surface de l'eau ; car c'est une marque certaine qu'il y a des tortues en cet endroit, qui coupant l'herbe en paissant, en laissent toujours échapper quelque partie, qui monte & surnage sur l'eau : celui qui tient la varre est sur le bout ou la proue du canot.

Le mot de varre est espagnol, il signifie une gaule ou perche ; celle dont on se sert en cette pêche, est de sept à huit piés de longueur, & d'un bon pouce de diamêtre, à-peu-près comme la hampe d'une halebarde. On fait entrer dans un des bouts un clou quarré, de sept à huit pouces de long y compris la douille dont il fait partie ; cette douille a une boucle ou anneau de fer, ou simplement un trou, où est attachée une longue corde proprement roulée sur l'avant du canot, où un des bouts est aussi attaché, & la hampe est aussi attachée à une autre petite corde dont le varreur tient un bout.

Le varreur donc étant debout sur l'avant du canot, la varre à la main droite, examine tout autour de lui s'il voit paroître quelque tortue, ce qui est assez aisé durant la nuit, parce qu'on voit bouillonner la surface de l'eau à l'endroit où la tortue veut lever la tête pour souffler ; ou si la tortue dort sur l'eau, ou qu'un mâle soit avec une femelle, ce qu'on appelle un cavalage, l'écaille qui reluit & qui réflechit la lumiere de la lune ou des étoiles, la lui fait appercevoir aussi-tôt ; à quoi l'on doit ajouter que dans les nuits obscures il reste toujours sur la surface de la terre & des eaux un peu de lumiere, qui est suffisante à ceux qui se couchent sur le ventre pour voir à une distance assez considérable autour d'eux.

Dès qu'il apperçoit la tortue, il marque avec le bout de sa varre à celui qui conduit le canot, le lieu où il faut aller ; & quand il est à portée de la tortue il la varre, c'est-à-dire il la frappe & la perce avec le clou qui est enté dans la hampe. Aussi-tôt que la tortue se sent blessée, elle fuit de toutes ses forces, & elle entraîne le canot avec une très-grande violence ; le clou qui est entré dans son écaille ne la quitte pas, & le varreur qui a retiré sa hampe s'en sert pour enseigner à celui qui est à l'arriere, où il doit gouverner.

Après qu'elle a bien couru les forces lui manquent, souvent même elle étouffe faute de venir sur l'eau pour respirer. Quand le varreur sent que la corde mollit, il la retire peu-à-peu dans le canot, & s'approchant ainsi de la tortue qu'il a fait revenir sur l'eau, morte ou extrêmement affoiblie, il la prend par une patte & son compagnon par l'autre, & ils la mettent dans le canot, & en vont chercher une seconde.

Il n'est pas nécessaire qu'il y ait des ardillons au fer de la varre, ni que le varreur fasse entrer le fer guere plus avant que l'épaisseur de l'écaille, parce que aussi-tôt que la tortue sent la douleur que le clou lui fait en perçant son écaille, elle se resserre de telle façon qu'on a bien plus de peine à retirer le clou, qu'on en avoit eu à le faire entrer.

On sera peut-être surpris de ce qui a été dit ci-dessus, que la tortue entraine le canot avec une grande violence ; mais il sera aisé de se le persuader quand on fera réflexion à la force & à la grandeur qu'ont ces animaux dans l'Amérique, où communément on les trouve de trois piés & demi à quatre piés de long, sur deux piés & demi de large, pesant jusqu'à trois cent livres, & souvent davantage. Labat, Voyage d'Amérique. (D.J.)


VARREURS. m. (Pêche) celui qui fait la pêche de la varre.


VARSAR-ILI(Géog. mod.) petit pays de la Cilicie, appellé aujourd'hui Caramanie. Mahomet I. en fit la conquête l'an 816 de l'hégire. (D.J.)


VARSOVIE(Géog. mod.) en polonois Warsaw ; ville du royaume de Pologne, la capitale de la Mazovie, & en quelque maniere celle du royaume. Elle est située sur la Vistule, à 24 milles de Lublin & de Sendomir ; à 29 de Thorn ; à 33 de Gnesne ; à 40 de Cracovie ; à 50 de Dantzik & de Breslaw ; à 70 de Vilna & de Berlin ; à 80 de Kaminieck, & à 100 de Kiow, dans une vaste & agréable campagne. Long. suivant Cassini, 39. 6. 30. latit. 52. 14. La différence des méridiens entre Paris & Varsovie, est de 18. 48. 45. dont Paris est plus occidental que Varsovie.

Non-seulement les rois de Pologne ont long-tems résidé à Varsovie, mais la république en a fait le lieu de la convocation des dietes & de l'élection de ses rois. On l'a choisie parce qu'elle est sous une bonne température d'air, au centre du pays, & à portée de recevoir les denrées de toutes parts par le secours de la Vistule.

Le palais de la république, où elle loge les rois & où se tiennent les conférences avec les ambassadeurs, n'est qu'un château de brique, de médiocre architecture.

La situation de cette ville au bout de vastes plaines, qui regnent en terrasse le long de la Vistule, fait son plus beau coup-d'oeil. Elle est entourée en croissant, de fauxbourgs où les seigneurs ont leur palais, & les moines leurs couvens. Les rues de ces fauxbourgs sont larges, alignées ; mais ce sont en hiver des abymes de boue faute de pavé. La ville n'est qu'un trou, habité par des marchands & des artisans. Quoique capitale, elle n'a pas même d'évêché ; mais elle a une starostie considérable, tant par son revenu, que par sa jurisdiction. On compte dans cette ville & ses fauxbourgs 50000 ames.

Le lieu nommé Kolo, est fameux par l'élection qu'on y fait des rois de Pologne. Il est à un mille de la ville, & présente un quarré long, partagé en deux ouvertures qui se communiquent. Il a un toît au milieu, comme le couvert d'une halle. Le mot kolo veut dire rond en polonois ; & ce lieu est ainsi nommé, parce que la noblesse est disposée en rond tout-autour : c'est le lieu de la diete de l'élection des rois. Cette élection qui se tient à cheval, se décide à la pluralité des voix ; souvent à coups de sabre ; & toujours par les suffrages des plus forts, soit que le candidat à la couronne ait la majorité des suffrages en sa faveur, ou que n'ayant qu'un petit nombre de voix, il se trouve à portée de se faire reconnoître par la force. (D.J.)


VARTIASS. m. (Hist. mod.) ce sont des bramines ou prêtres indiens, qui ont embrassé la vie monastique ou cénobitique. Ils vivent en communauté sous un général, un provincial & sous d'autres supérieurs choisis d'entr'eux.

Ils font voeu de pauvreté, de chasteté & d'obéissance ; & ils l'observent avec la derniere rigueur. Ils ne vivent que d'aumônes qu'ils envoient recueillir par les plus jeunes d'entr'eux, & ne mangent qu'une fois par jour. Ils changent de couvent tous les trois mois. Ils passent par un noviciat plus ou moins long, suivant la volonté des supérieurs. Leur regle leur interdit la vengeance ; & ils poussent la patience jusqu'à se laisser battre sans marquer de ressentiment. Il ne leur est point permis d'envisager une femme. Ils n'ont d'autre habillement qu'un morceau d'étoffe qui couvre les parties naturelles, & qu'ils font revenir par-dessus la tête. Ils ne peuvent réserver pour le lendemain les aumônes qu'on leur donne. Ils ne font point de feu dans leurs couvents, de peur de détruire quelque insecte. Ils couchent à terre tous ensemble dans un même lieu. Il ne leur est point permis de quitter leur ordre après qu'ils ont fait leurs voeux ; mais on les en chasse lorsqu'ils ont violé celui de chasteté. Les vartias, suivant Thevenot, ont plus de dix mille couvens dans l'Indostan, dont quelques-uns surpassent les autres en austérités. Quelques-uns de ces cénobites ne rendent aucun hommage aux idoles ; ils croient qu'il suffit d'adorer l'être suprème en esprit, & ils sont exempts de toutes les superstitions indiennes.

Il y a aussi des religieuses dans les Indes, qui ne le cedent point aux vartias pour les austérités. Voyez Thevenot, Voyage des Indes.


VARUS(Géog. anc.) fleuve des Alpes, aux confins de la Ligurie & de la Gaule. Son nom lui vient de son cours oblique & serpentant. Ce fleuve, dit Pomponius-Méla, l. II. c. iv. est fort connu, parce qu'il termine l'Italie du côté de la Gaule. La province de Narbonne, dit Pline, l. III. c. iv. est séparée de l'Italie par le fleuve Varus ; & on lit dans Lucain, l. I. vers. 404.

Finis & hesperiae promoto limite Varus.

Outre les auteurs déjà cités, Strabon, Ptolémée, & divers autres, s'accordent à dire que le Varus séparoit la Gaule narbonnoise de l'Italie. On l'appelle présentement le Varro. (D.J.) Voyez VAR.


VARVATESS. f. (Hist. nat. Botan.) espece de plante de l'île de Madagascar, qui ressemble à l'arbre qui produit des capres. Chaque silique contient un pois fort petit, très-bon à manger ; cette plante s'éleve aussi haut qu'un cerisier.


VARZY(Géog. mod.) nom de deux gros bourgs de France, & que l'on qualifie de petites villes ; l'un est à 5 lieues d'Auxerre, & a un chapitre ; l'autre est dans le Nivernois, recette de Clamecy. (D.J.)


VAS BREVEvaisseau court, en Anatomie, est un vaisseau au fond de l'estomac, ainsi appellé à cause de sa brieveté. Voyez ESTOMAC. Il envoie plusieurs petites branches du fond de l'estomac à la rate ; ou de la rate à l'estomac, suivant l'usage que les anciens lui ont attribué : car ils croyoient que par le moyen de ce vaisseau, la rate fournissoit à l'estomac un suc acide, qui agissant sur les tuniques internes & nerveuses de ce viscere, causoit le sentiment de la faim, & qui se mêlant en même tems avec les alimens contenus dans l'estomac, aidoit par son acidité à leur dissolution. Voyez RATE, FAIM, &c.

Mais en examinant avec plus d'attention les petites branches de ce vaisseau, on trouve qu'elles ne pénétrent pas jusqu'au-dedans de l'estomac, & qu'elles ne sont autre chose que des branches de veines, qui servent à reporter le sang dans la veine splénique, d'où il va dans la veine porte. Voyez SPLENIQUE & PORTE.

VASA DEFERENTIA, (Anat.) ce sont les vaisseaux dans lesquels la semence est conduite des testicules aux vesicules seminales.

VASA VERTICOSA, en Anatomie, est le nom latin que Stenon a donné à quantité de lignes plates arrangées en maniere de tourbillon sur la surface interne de la membrane choroïde de l'oeil ; ces lignes sont autant de vaisseaux. Voyez CHOROÏDE & VAISSEAU.


VAS-TU-VIENS-TUS. m. terme de Pêche, usité dans le ressort de l'amirauté de Bayeux.

Les pêcheurs du Port, lieu dans ladite amirauté, se servent d'une espece particuliere de filet pour faire la pêche du poisson rond à leur côte.

Ils nomment ce filet ou ret vas-tu-viens-tu, & est de la même espece que celui dont se servent les pêcheurs de l'amirauté de Quimper, à la différence que le filet de ces derniers est flottant comme les manets, & qu'il ne forme point d'enceinte. Cette pêche se fait à pié sans bateau ; ceux qui la veulent pratiquer portent tout le plus long qu'ils peuvent à la basse eau, une poulie qu'ils frappent sur une petite ancre, quand le fond est du sable, ou qu'ils amarrent à une roche, s'ils en trouvent. On passe dans la poulie un cordage qui vient double jusqu'à terre, on y attache un filet de l'espece des seines à hareng, de la hauteur environ d'une brasse & demie, flotté & pierré par le bas ; le filet à la marée ne s'éleve du fond qu'à sa hauteur ; quand il y a de l'eau suffisamment pour le soutenir debout, on l'amarre au cordage dont on hale à mesure l'autre côté pour le faire aller sur la poulie, & en s'écartant du lieu où elle est arrêtée ; on forme par cette manoeuvre une espece d'enceinte avec l'autre bout du filet qui est resté à terre, & celui que le cordage de la poulie a tiré au large.

On prend de cette maniere toutes sortes d'especes de poissons ronds, bars, mulets, colins & truites saumonnées, qui se trouvent enclavés dans le circuit du filet.

Quoiqu'on doive regarder ce ret comme une espece de seine particuliere, cependant eu égard à cette côte qui est dure & ferrée, elle se pourroit faire sans inconvénient si les mailles du ret avoient dixhuit à vingt lignes en quarré pour laisser évader les petits poissons, & qu'elle ne fût pratiquée seulement que pendant les mois de Novembre, Décembre, Janvier, Février & Mars seulement, à cause du frai qui n'est point alors à la côte.

Cette pêche se pratique dans la fosse de Port, dans celle nommée le Goulet du Vary ; elle commence ordinairement dans le mois de Décembre, & se continue jusqu'à la fin de Mai ; la pêche des maquereaux que les pêcheurs font alors, la leur fait cesser, & celle du hareng qui lui succede, empêche les pêcheurs de la continuer pendant toute l'année, lorsqu'ils verroient à la côte du poisson pour faire cette pêche avec succès.

Cette pêche se fait également de jour comme de nuit, & avec d'autant plus de succès, lorsque les marsouins qui rangent ordinairement la côte, y chassent le poisson qui donne de lui-même dans le filet pour éviter d'être dévoré. Voyez la fig. 1. Pl. XVII. de Pêche.


VASARII(Géog. anc.) peuples de la Gaule aquitanique. Ptolémée, l. II. c. vij. les place au midi des Itiobriges, c'est-à-dire qu'ils devoient habiter les confins de l'Armagnac. Scaliger les met dans les landes. (D.J.)


VASARIUMS. m. (Antiq. rom.) grande chambre des thermes des anciens, située proche des étuves & des bains chauds, ce qu'on échauffoit par le fourneau nommé hypocauste. (D.J.)


VASCHGERD(Géog. mod.) ville du Turquestan, dans le territoire de Saganian, sur les confins de Tarmed. Long. 92. sa latitude est inconnue. (D.J.)


VASCONES(Géog. an.) peuples de l'Espagne tarragonoise. Ptolémée les borne au nord, partie par l'Océan cantabrique, partie par les Pyrénées : à l'orient, par le pays des Suessitani : au midi, par le fleuve Ibérius ; & à l'occident, par le pays des Vardules. Pline, l. III. c. iij. les met auprès des Cerretani ; ils habitoient la Navarre. Lorsqu'ils eurent passé les Pyrénées pour s'établir dans la Gaule, ils furent appellés gascons. (D.J.)


VASCONUM SALTUS(Géog. anc.) selon Pline, l. IV. c. xx. & vasconiae saltus, selon Ausone, epist. 15. contrée de l'Espagne tarragonoise, entre les Pyrénées & l'Océan cantabrique. Ce doit être quelque canton de la basse-Navarre, ou du Guipuscoa. (D.J.)


VASCULAIREadj. en Anatomie, se dit de tout ce qui est composé de différens vaisseaux, veines, arteres, &c.

Ainsi on dit, le tissu vasculaire des poumons. Toute la chair d'un corps animal est vasculaire, & n'a aucun parenchyme, comme les anciens ont cru. Voyez CHAIR, PARENCHYME, &c.

VASCULAIRES, GLANDES, voyez l'article GLANDE.


VASCULARIUSS. m. (Hist. anc.) faiseur de vases ; c'étoit le nom d'une sorte d'ouvriers ou d'artisans parmi les Romains, dont le métier consistoit à faire des vases d'or ou d'argent, unis & sans figures en relief.

C'est pour cela, selon Saumaise, que Cicéron dans la sixieme verrine distingue l'ouvrier nommé vascularius, de celui qu'on appelloit caelator, ciseleur ou graveur.

Dans l'art que les Grecs nommoient , & qui consistoit à ajouter des ornemens de pierres précieuses ou de riches métaux à des vases d'une matiere différente ; les faiseurs de vases étoient proprement des orfévres, & ceux qui travailloient aux ornemens, des graveurs ou sculpteurs en métaux. Mais dans l'art nommé , ou l'art de faire des bas-reliefs & des figures en bosse qui ne sont point surajoutées, mais qui naissent du fonds même du métal, le métier de faiseur de vases ou orfévre, & celui de ciseleur ou graveur n'étoient qu'une seule & même profession. Voyez SCULPTURE.


VASCULIFERESplantes VASCULIFERES, adj. plur. (Botan.) chez les Botanistes sont celles qui ont un vaisseau particulier ou loge pour contenir la graine, lequel vaisseau est quelquefois partagé en plusieurs cellules. Voyez PLANTE.

Ces plantes ont toujours une fleur monopétale, soit égale, soit inégale.

Celles de la premiere sorte ont leurs graines contenues, ou en deux cellules, comme la jusquiame, le tabac, le priapéia, la gentiane ; ou en trois cellules, comme le convolvulus, le speculum veneris, le trachelium, le repunculus ou campanula, le repunculus corniculatus, &c. ou en quatre cellules, comme le stramonium.

Les plantes de la seconde sorte, c'est-à-dire qui ont une fleur monopétale, sont comme la linaire, le pinguicula, l'antirrhinum, l'aristoloche, la scrophulaire, la digitale, la pédiculaire, le melampyrum, l'euphraise, &c.


VASES. m. (Archit.) c'est le corps du chapiteau corinthien & du chapiteau composite.

Vase d'amortissement. Vase qui termine la décoration des façades, & qui est ordinairement isolé, orné de guirlandes & couronné de flammes. Cet ornement s'emploie encore au-dedans des bâtimens, audessus des portes, cheminées, &c.

Vase d'enfaîtement. On nomme ainsi les vases qu'on met sur les poinçons des combles, & qui sont ordinairement de plomb, quelquefois doré, comme au château de Versailles, par exemple. (D.J.)

VASE, s. f. (Archit. hydraul.) terrein marécageux & sans consistance. On ne peut fonder sur la vase sans pilotage ni grille.

VASE, (Orfévrerie) les Orfevres travaillent à toutes sortes de vases, soit pour les églises, soit pour les particuliers ; il faut ici leur faire connoître le livre d'un italien fort curieux sur leur art, c'est celui de Jean Giadini ; il a publié à Rome en 1750, in-folio, des modeles de pieces d'orfévrerie propres à fournir des idées pour inventer, & faire toutes sortes de vases élégans, d'or, d'argent ou autre métal. Cet ouvrage contient cent planches gravées sur cuivre, & qui sont d'un fort beau dessein. (D.J.)

VASE, s. m. (Sculpt.) ornement de sculpture, isolé & creux, qui, posé sur un socle ou piédestal, sert pour décorer les bâtimens & les jardins. Il y en a de pierre, de fer, de plomb, de marbre, de bronze, &c. Les premiers servent d'amortissement. Les vases de fer sont employés pour décorer les jardins, de même que les vases de fayance. On peint les premiers d'une couleur à l'huile. On orne les parcs avec des vases de marbre, placés dans les endroits les plus apparens, & on réserve les vases de marbre précieux, tels que ceux de porphyre, d'agate, d'albâtre, &c. pour la décoration du-dedans. Enfin l'usage des vases de bronze, qui sont toujours de moyenne grandeur, est d'embellir les tablettes des terrasses.

Une figure gracieuse & variée, constitue la beauté des vases. On en trouvera des modeles dans l'essai d'Architecture historique de Fischer, l. IV. (D.J.)

VASE D'ALBATRE, (Critique sacrée) il est dit dans l'Evangile, Matth. xxvj. vers. 6. & 7. que Jesus-Christ étant à table à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, Marie, soeur de Marthe & de Lazare, y oignit & répandit sur les piés du Sauveur un vase d'albâtre, plein d'un nard d'épic très-précieux. Ce vase d'albâtre étoit d'une sorte de marbre blanc, dans lequel on conservoit les essences. Pline, l. XXXVI. c. viij. dit que l'on trouvoit ces especes de pierres ou de marbres dans des carrieres aux environs de Thèbes, d'Egypte & de Damas, de Syrie ; on les façonnoit au tour avec assez de facilité, parce que cette pierre n'étoit ni dure, ni cassante. On donna néanmoins le nom d'albâtre en général à tous les vases propres à contenir des liqueurs, de quelque matiere que ces vases fussent composés.

Quelques savans croient que le vase dont il est question dans l'Evangile, étoit de verre, parce que S. Marc dit que la femme qui répandit le parfum sur le Sauveur, brisa ce vase d'albâtre ; mais cela ne prouve rien, parce qu'on peut casser un vase de pierre, comme un vase de verre : enfin, selon d'autres critiques, le mot alabastrum marque plutôt la forme que la matiere du vase, car souvent ce mot signifie un vase qui n'a point d'anse. (D.J.)

VASE de treillage, (Décorat. de jardin) ornement à jour fait de verges de fer & de bois de boisseau, contourné selon un profil qui sert d'amortissement sur les portiques & cabinets de treillage. Les vases de cette espece les plus riches sont remplis de fleurs & de fruits qui imitent le naturel, & ont des ornemens pareils à ceux de sculpture. (D.J.)

VASES ANTIQUES, (Arts, Littérat. antiq.) les vases antiques peuvent se diviser en vases de sacrifices, vases funéraires, vases d'ornemens d'architecture, vases de buffets & coupes, ou vases à boire : nous avons parlé de presque tous ces vases en particulier.

On commença par les faire de corne, de bois, de terre cuite, de pierre, de marbre, d'ivoire ; enfin on les fit de pierres précieuses, d'agate, de crystal, de porcelaine, on les incrusta d'or & d'argent, on y représenta toutes sortes de figures, & la beauté de l'exécution surpassa le prix de la matiere ; on en changea les formes à l'infini, & leurs formes se perfectionnerent au point que ces monumens nous donnent aujourd'hui la plus grande idée du travail des anciens.

Athénée parle d'un vase sur lequel la prise de Troie étoit gravée, c'est-à-dire formoit un ornement en relief. On y lisoit le nom de l'artiste, il se nommoit Mus ; le nom de Parrhasius, auteur de l'inscription qui s'y lisoit aussi, prouve que ce Parrhasius comptoit vivre dans les tems à venir, en s'associant à un ouvrage estimé. Cicéron, dans la sixieme harangue contre Verrès, dit qu'un des fils d'Antiochus, dixieme roi de Syrie, aborda en Sicile, & que Verrès, qui en étoit prêteur, trouva moyen de lui dérober plusieurs vases d'or enrichis de pierres précieuses, dont les rois, & principalement ceux de Syrie, étoient dans l'habitude de se servir ; mais, selon le même auteur, on en distinguoit un qui étoit d'une seule pierre, & qui avoit une anse d'or.

Un fragment d'Athénée nous apprend que Parménion mandoit à Alexandre, qu'il s'étoit trouvé parmi les dépouilles de Darius pour soixante-treize talens babyloniens & douze mines de vases d'or, & pour cinquante-six talens trente-six mines de vases enrichis de pierreries.

On sait que les poids babyloniens étoient d'un cinquieme plus forts que ceux de l'Attique ; ainsi en évaluant le talent attique à 4500 liv. de notre monnoie ou environ, le talent babylonien reviendroit à 5400 livres. Quelqu'étonnant que soit une pareille somme, qui doit monter à un peu plus de sept cent mille francs de notre monnoie, on ne seroit point étonné que cette somme fût peu forte, avec les idées que l'on a des richesses & du luxe des rois de Perse. Mais il en résulte toujours une preuve de la considération que l'on avoit pour ce genre d'ouvrage ; car il n'est pas douteux que les princes n'ont jamais rassemblé que les choses qui peuvent flatter leur vanité, & faire impression tout-à-la-fois sur leurs peuples & sur leurs voisins.

Quand Pline ne nous apprendroit pas en quel tems le goût des vases s'accrédita dans Rome, je ne crois pas qu'on eût été feuilleter les auteurs pour trouver des curiosités de ce genre dans le tems de la république. Entre le nombre des richesses dont Pompée embellit son troisieme triomphe, on voyoit des vases d'or en assez grande quantité pour en garnir neuf buffets. Je ne parlerai point ici des vases myrrhins qui ornoient le triomphe du même Pompée, & qu'il consacra à Jupiter capitolin, je réserve à ces vases un petit article à part.

M. de la Chausse, Pietro Santo-Bartoli, & autres antiquaires nous ont donné le dessein d'un grand nombre de vases, qui ont échappé aux outrages des tems. Le trésor de l'abbaye de S. Denis conserve en particulier trois vases antiques d'agate orientale, qui sont dignes de notre attention.

Le premier est une coupe ronde en forme de gobelet, évidée avec la plus grande exactitude, mais dont la cannelure qui fait l'ornement extérieur est exactement partagée & travaillée avec un soin qui fait admirer, malgré son apparente simplicité, la justesse & la précision de l'ouvrier.

Le second forme une coupe ovale, dont les bords sont très-peu relevés, & qui peut avoir sept à huit pouces dans sa longueur ; elle est admirable par le rapport que les cannelures tenues fort larges & d'un bon goût, dans leur proportion, ont de l'extérieur à l'intérieur : la dureté de la matiere, les outils que l'on peut employer, enfin la difficulté du travail donnent un grand prix à de pareils morceaux.

Mais le plus beau de tous, & peut-être un des plus singuliers qu'il y ait en Europe, est une coupe remarquable, sur-tout par le tems qu'il a fallu pour exécuter ses anses, & la quantité de ses ornemens en relief ; car la matiere est plus recommandable pour son volume que pour sa beauté. Les pampres & les seps de vigne qui renferment tout l'ouvrage, ne laissent rien à désirer. Ce beau morceau est fidelement représenté dans l'histoire de S. Denys, par dom Félibien.

Personne n'ignore que le roi de France a une des plus superbes collections qui puisse se voir en fait de vases. Cette collection en contient plus de huit cent qui sont de pierres précieuses ou de crystal de roche, tous richement montés en or, le plus souvent émaillés avec une grande intelligence. Le plus grand nombre de ces vases a été rassemblé par monseigneur grand-pere du roi ; quelques-uns sont décrits ou indiqués dans la description de Paris, de Piganiol de la Force.

Il est vrai cependant que tout n'est pas antique ; car lors du renouvellement des arts, les princes de l'Europe placerent une partie de leur luxe à faire décorer les vases échappés à la fureur des tems & des barbares, ou bien à en travailler d'autres de nouveaux. Aussi les Graveurs en pierres fines, tant françois qu'italiens, en ont-ils exécuté & restauré un très-grand nombre pendant le cours des deux derniers siecles. Les habiles orfevres de ce tems-là les ont montés avec tant d'élégance, que la plus grande partie fait admirer leur goût, leur adresse & leur savoir.

Le roi possede encore un autre trésor ; c'est un grand in fol. de 220 pages, qu'on garde dans le cabinet de ses estampes ; c'est dommage que ce beau recueil ne se trouve accompagné d'aucune sorte d'explications.

On y voit d'abord douze vases de marbre dessinés d'après l'antique par Errard, peintre du roi, & qui ont été gravés sur ces desseins par Tournier. On y trouve ensuite les desseins de plusieurs autres monumens antiques, principalement des vases de métal de formes singulieres, qui paroissent avoir servi dans les sacrifices, & qui sont en général dessinés avec une telle intelligence & une telle vérité, qu'il n'est pas possible de mieux rendre un objet en faisant même sentir à l'oeil la matiere dont il est formé.

Pour donner une plus juste idée de la forme & des ornemens de ces morceaux rares, on les a non-seulement représentés dans plusieurs aspects différens, mais les figures ou les ornemens qui en font la richesse sont le plus souvent dessinés séparément, & plus en grand ; & quant aux vases qui se trouvent d'agate ou d'autres matieres précieuses, on les a coloriées avec une grande précision, pour en donner une idée plus exacte. De ce nombre sont plusieurs vases qui se conservent au trésor S. Denys : le fameux monument d'agate dont j'ai parlé, s'y trouve beaucoup mieux rendu de toutes les façons que dans les auteurs qui l'ont donné au public ; & la comparaison de ces copies avec leurs originaux, augmente & confirme la confiance que la vérité de la touche & l'exécution peuvent donner à un connoisseur sur les morceaux qu'il ne connoît pas, ou qui n'existent plus.

Ces desseins sont entremêlés d'autres desseins faits par d'excellens artistes du seizieme siecle, la plus grande partie faite pour des ouvrages d'orfévrerie, que l'on exécutoit alors avec autant de goût & de finesse, que de magnificence, pour la décoration des tables & des buffets ; aussi l'on avoit grand soin de choisir pour les exécuter, les hommes les plus habiles & les plus célebres dans l'orfévrerie : ainsi l'on peut assurer qu'elle nous a conservé & ramené le dessein & la sculpture.

Quelques-uns de ces desseins sont d'après Polidor ; mais il ne faut pas passer sous silence ceux d'un orfevre françois, nommé maître Etienne de l'Aulne ; ils sont d'une fermeté de touche merveilleuse.

M. de Caylus parle aussi des études qui ont été faites par un autre habile homme, lequel a fait des recherches fort utiles d'après les monumens antiques, & découvert différens vases & différens instrumens en usage chez les anciens ; toutes ces choses peuvent beaucoup servir à ceux qui font leur étude de l'antique, & l'on doit par conséquent les indiquer, pour recourir dans le besoin à une source aussi exacte qu'abondante.

Ce recueil est encore enrichi de plusieurs vases étrusques, de pateres d'argent, dont les ornemens sont rendus avec la plus grande précision, & dans lesquels on trouve des masques scéniques, disposés de la même maniere & dans la même proportion que sur la belle coupe de saint Denys.

Tout prouve la magnificence des anciens en fait de vases, & les grandes dépenses qu'ils ont faits avec profusion en ce genre. Le luxe, cet ennemi de la durée des empires, & qui n'a pour excuse que la perfection des arts, dont il est un abus ; le luxe, dis-je, ne s'étend que par la séduction qu'il cause dans l'esprit des particuliers, & par l'imitation des princes & des gens riches à laquelle il les engage. Cette imitation, quoiqu'en petit, va presque toujours par-delà leurs fortunes ; malheureusement encore l'engagement que l'usage leur fait prendre, devient successivement général, & par conséquent nécessaire : enfin cette nécessité conduit au dérangement des fortunes, en faisant préférer des choses frivoles qui flattent la vanité, à de plus essentielles qui demeurent cachées. Ainsi pour satisfaire ces prétendus besoins, l'art a cherché les moyens d'imiter la nature, afin de remplacer avec une moindre dépense, ce qu'elle ne pouvoit fournir aux désirs trop étendus des peuples policés. Les anciens n'ont pas été plus sages que nous ; les hommes ont fait & feront toujours les mêmes folies. Extrait d'un mémoire de M. de Caylus, qui est dans le recueil des inscr. tom. XXIII. Voyez aussi son ouvrage des antiquités. (D.J.)

VASES de sacrifice, s. m. pl. (Sculpt. antiq.) vases qui servoient aux anciens pour les sacrifices, & qui étoient souvent employés dans les bas-reliefs de leurs temples, tels que les vases par exemple, nommés proefericulum, simpulum, &c. Le premier étoit une sorte de grande burette, ornée de sculpture ; on en voit encore un de cette façon à la frise corinthienne du temple de Jupiter tonnant, & rapporté dans les édifices antiques de Rome de M. Desgodets, un plus petit vase, en maniere de lampe, qui servoit aux libations des augures, formoit le second, c'est-à-dire le simpule.

On a introduit ces vases dans quelques bâtimens modernes ; mais comme on ne les employe que dans les édifices sacrés, nos calices, burettes, benitiers, &c. conviennent mieux à la décoration de l'architecture de nos églises. (D.J.)

VASES à boire, (Arts & Littérat.) Les hommes commencerent à faire usage des cornes de certains animaux, pour leur tenir lieu de vases à boire, ou de coupe, dont le nom étoit aussi général que celui de verre peut l'être parmi nous. Du tems de Jules-César, les Germains & les Gaulois buvoient dans des cornes de boeuf. Nous voyons que cette espece de vase étoit encore en usage sous Trajan, puisque la corne qu'il trouva dans les dépouilles de Décébale, à la vérité roi d'un peuple barbare, fut consacrée par ce grand prince à Jupiter Césius, lorsqu'il alloit combattre les Parthes, & qu'il traversa la Syrie. Cet usage de coupes de corne régnoit aussi parmi les Juifs, car Samuel prit une corne remplie d'huile, pour sacrer David, & vraisemblablement il ne la versa pas toute entiere sur sa tête : on ne peut douter du long & du grand usage que les hommes, dans tout pays, ont fait des cornes d'animaux, par la façon dont on voit qu'ils les ont employées, soit entieres, soit coupées, & parce qu'ils les ont données pour attribut à un grand nombre de figures seules ou grouppées avec plusieurs autres.

Athénée qui avoit examiné cette matiere à fond, dit que les vases à boire, qu'on appelloit , avoient une coudée de haut, & qu'ils étoient faits en forme de corne. Le même Athénée rapporte encore, & dans le même endroit, que le étoit une sorte de vase semblable à une corne, mais percé par le bas ; apparemment que la main ou le doigt retenant la liqueur, obligeoit le convive à ne rien laisser dedans. Cette invention a été attribuée à Ptolomée Philadelphe : ce prince paroît en avoir été infiniment flatté ; ainsi nous voyons clairement que ces mêmes anciens conserverent cette forme, lors même qu'ils commencerent à employer d'autres matieres à ce même usage. Nous allons voir qu'ils l'ont ensuite altérée, mais sans la rendre méconnoissable : c'est la voie générale de la nature ; les idées des hommes ne vont jamais que de proche en proche, sur-tout dans les arts.

Le tems de ce changement ne peut être fixé ni calculé, d'autant que ces différentes pratiques se sont perpétuées plus ou moins, selon le degré de culture des arts chez les differens peuples. Les deux vases de marbre qui sont placés sur le perron de la vigne Borghese à Rome, sont des imitations de coupes dont les anciens se servoient pour boire : ce sont des cornes terminées par des têtes de boeufs ; leur grandeur & la beauté du travail, semblent persuader qu'ils ont été consacrés à quelque ancien temple de Bacchus.

Quoiqu'on ne puisse déterminer combien de tems les hommes se sont servi de cornes d'animaux en guise de coupes, il est constant que ces premiers vases, donnés par la nature, aussi-bien que ceux qui furent formés à leur imitation, furent dans la suite remplacés par d'autres, dont les formes nous sont rapportées avec une grande variété ; il suffit de lire le livre onzieme d'Athénée, pour en être convaincu.

Les anciens ne négligerent rien encore pour l'élégance du trait, la beauté du travail, & la recherche des matieres des vases destinés à leur table & à l'ornement de leur buffet ; ce luxe a été un de ceux auxquels ils ont été le plus constamment attachés ; & c'est peut-être à ce même luxe qu'ils ont été redevables d'un grand nombre de découvertes dans les arts, & de la recherche des belles matieres que la nature pouvoit leur fournir ; il est prouvé que leur curiosité a été aussi grande en ce genre, que leur attention à les faire valoir par le travail le plus exact, le plus couteux, & le plus difficile à exécuter.

On voit que l'ancienne forme des vases à boire, changea de très-bonne heure dans la Grèce, puisque Homere parle de deux coupes dans son Iliade, très-éloignées de cette forme ; l'une de ces coupes est celle que Vulcain présente aux dieux pour les réconcilier, & l'autre est celle que le poëte, l. II. donne à Nestor. Cette derniere coupe étoit piquée de clous d'or, avec quatre anses, accompagnées chacune de deux colombes ; cette même coupe étoit à deux fonds & fort pesante lorsqu'elle étoit remplie : tout autre que Nestor, un jeune homme même, l'eût difficilement levée de dessus la table ; mais le bon vieillard la levoit encore, & la vuidoit sans peine. Qu'Homere n'ait point décrit d'après nature la coupe qu'il donna à Nestor, ou qu'il l'ait rapportée d'imagination, cette imagination a toujours eu pour fondement des objets réels, & reçus de son tems pour usage en ce genre ; mais Athénée prouve que ces coupes existoient réellement du tems d'Homere & dans le sien. L'on se vantoit de conserver à Capoue la coupe de Nestor ; jactance qui montre que non-seulement des particuliers, mais des villes & des peuples entiers ont toujours attaché de l'opinion aux choses antiques, & que cette opinion a constamment ajouté au mérite réel. La raison de ce préjugé ne viendroit-elle pas de ce que l'esprit, flatté d'embrasser plusieurs idées, se trouve non-seulement touché de l'objet en lui-même, mais qu'il aime à se trouver étendu par les idées des hommes & des tems qui l'ont précédé ?

Anacréon, ce poëte délicieux à qui sa coupe a le plus souvent servi de lyre, nous prouve par ses Odes XVII. & XVIII. que de son tems on faisoit représenter tout ce que l'on vouloit sur les coupes des festins, & que les artistes étoient en état de satisfaire la volonté des particuliers, quant aux compositions & à la dépense. Hérodote parle aussi quelquefois des vases de festin ; & c'en est assez pour prouver l'estime qu'on en faisoit.

Suétone, dans la vie de Néron, c. xlvij. dit que ce prince renversa la table sur laquelle il mangeoit, lorsqu'il apprit la révolte de ses armées, & qu'il brisa deux belles coupes sur lesquelles on avoit gravé des vers d'Homere. Pline dit que ces deux coupes étoient de crystal. Si les hommes n'eussent point été frappés du mérite de ces coupes, un historien n'auroit pas cité leur perte comme une preuve de l'impression que ce prince, tout insensé qu'il étoit, reçut d'une nouvelle qui lui annonçoit ses malheurs.

Les Romains abuserent des formes qu'ils donnerent à leurs vases. Je me contenterai de renvoyer au vers 95. de la seconde satyre de Juvénal. Pline, dans le liv. XIV. c. xxij. ainsi que dans l'avant-propos du liv. XXIII. s'éleve vivement contre l'usage où l'on étoit de son tems, d'employer ces vases obscènes, ce qu'il appelle per obscoenitates bibere. Mém. des Inscriptions, tom. XXIII. (D.J.)

VASE myrrhin, (Littér.) Parmi les riches dépouilles que Pompée, vainqueur de Mithridate, & maître d'une partie de l'Asie, fit voir à Rome, lorsqu'il obtint le triomphe, entre une infinité de bijoux de toute espece, de pierres précieuses, & d'ouvrages inestimables où l'art le disputoit avec la nature, on admira pour la premiere fois plusieurs de ces beaux vases appellés vasa myrrhina. C'étoit une nouveauté pour les Romains, une nouveauté de matiere fragile, & qu'on leur présentoit comme une chose aussi rare qu'elle étoit parfaite : on en voulut à tout prix.

On vit un ancien consul y consumer tout son patrimoine ; acheter un seul de ces vases 70 talens, qui font plus de 150 mille livres de notre monnoie, & boire, tout brisé qu'il étoit, sur ses bords avec la même satisfaction, & peut-être encore avec plus de délices, que quand il étoit entier. Mais Néron, & Pétrone le ministre de ses plaisirs, allerent encore bien au-delà, & je n'ose écrire les sommes qu'ils y dépenserent, on ne me croiroit point. Une pareille folie étoit digne d'un empereur, qui, après avoir rassemblé autant qu'il avoit pu de vases de cette espece, & en avoir enrichi le théâtre sur lequel il osoit faire, à la vue de tout un public, le personnage d'acteur, ne rougissoit point de recueillir jusqu'aux débris de ces vases, de leur préparer un tombeau, & de les y placer à la honte du siecle, avec le même appareil que s'il se fût agi de rendre un honneur semblable aux cendres d'Alexandre.

Il en coûta à Pétrone pour acquérir un bassin, trullum myrrhinum, 300 talens, qui réduits à leur moindre valeur, font la somme de 720 mille livres ; & Néron en dépensa autant pour un vase à deux anses de la même matiere.

Pline, qui s'est attaché à nous décrire l'auguste cérémonie du triomphe de Pompée d'après les actes mêmes qu'il avoit eus en communication, nous parle de vases faits avec de l'or & avec les pierres les plus précieuses qui ornerent ce triomphe, & qui étoient en si grande abondance, c'étoient les vases de Mithridate ; mais le même Pline ne tarde pas à nous avertir que ce fut en cette occasion qu'on vit paroître les premiers vases myrrhins : vases qui furent reçus avec une admiration mêlée, si on peut le dire, de respect, jusque-là que Pompée crut qu'il étoit de son devoir d'en consacrer au moins six dans le temple de Jupiter capitolin.

Ces vases précieux par leur belle forme, leur éclat, leur transparence en plusieurs endroits, nous ignorons quelle en étoit la matiere ; mais on conçoit bien qu'elle n'étoit pas de myrrhe, cette idée seroit ridicule.

Plusieurs sçavans ont jugé que ces vases étoient d'une sorte d'agate, comme par exemple de celle que Pline nomme antachates ; mais cette conjecture souffre aussi de fortes difficultés. Ces vases myrrhins étoient d'une grandeur considérable, ayant une même disposition de figures, avec des ornemens de couleur différente du fonds ; or la nature produit rarement des morceaux d'agate d'une certaine étendue ; on n'y trouve jamais les mêmes dispositions de figures ; il est contre le caractere de l'agate d'être litée en sens contraire comme il le faudroit pour rencontrer dans le même morceau des ornemens d'une couleur différente du fonds.

Ces raisons ont déterminé quelques savans à penser que les vases myrrhins étoient des procédés de l'art, & c'est peut-être le seul sujet sur lequel Jules-César Scaliger & Jérôme Cardan se soient accordés. Ils ont avancé tous les deux que les vases myrrhins venoient de l'Inde, & qu'ils étoient de porcelaine. M. Mariette a adopté dernierement la même opinion, & s'est si bien attaché à la faire valoir dans son traité des pierres gravées, que M. de Caylus avoue que ces preuves l'ont convaincu. Elles me paroissent en particulier d'autant plus vraisemblables, que Properce dit positivement que les vases myrrhins se faisoient au moyen du feu.

Myrrheaque in parthis pocula cocta focis.

(D.J.)

VASES de théâtre. (Antiq. grecq. & rom.) C'étoient, selon Vitruve, certains vaisseaux d'airain ou de poterie qu'il appelle echeia, qui se mettoient en des endroits cachés sous les degrés de l'amphithéâtre, & qui servoient pour la repercussion de la voix.

Lorsque les Grecs eurent bâti des théâtres solides & d'une vaste étendue, ils s'apperçurent que la voix de leurs acteurs ne pouvoit plus porter jusqu'au bout, ils résolurent d'y suppléer par quelque moyen qui en pût augmenter la force, & en rendre les articulations plus distinctes. Pour cela, ils s'aviserent de placer dans de petites chambres pratiquées sous les degrés du théâtre, des vases d'airain de tous les tons de la voix humaine, & même de toute l'étendue de leurs instrumens, afin que tous les sons qui partoient de la scène pussent ébranler quelqu'un de ces vases, suivant le rapport qui étoit entr'eux, & profiter de leur consonnance pour frapper l'oreille d'une maniere plus forte & plus distincte.

Ces vases étoient faits dans des proportions géométriques, & leurs dimensions devoient être tellement compassées, qu'ils sonnassent à la quarte, à la quinte les uns des autres, & formassent ainsi tous les autres accords jusqu'à la double octave. Il faut entendre par leurs dimensions leur hauteur, leur largeur, leurs différens dégrés, & la courbure de leur évasement. On les arrangeoit ensuite sous les gradins du théâtre dans des proportions harmoniques, & il falloit qu'ils fussent placés dans leurs chambres de maniere qu'ils ne touchassent point aux murailles, & qu'ils eussent tout-autour, & par-dessus, une espece de vuide.

Vitruve ne nous apprend point quelle figure ils avoient ; mais comme il ajoute qu'ils étoient renversés & soutenus du côté de la scène par des coins de demi-pié de haut, il y a bien de l'apparence qu'ils avoient à-peu-près la forme d'une cloche ou d'un timbre de pendule, car c'est la plus propre au retentissement dont il s'agit.

Pour les chambres où ils étoient placés, il y en avoit treize sous chaque étage de degrés, & comme elles devoient être disposées de maniere qu'il y eût entre-elles douze espaces égaux, il falloit qu'elles fussent situées dans le milieu de ces étages, & non pas au bas comme le marque M. Perrault, à cause des portes & des escaliers qui se trouvoient au-dessous. Aussi Vitruve dit expressément que si le théâtre n'a qu'un étage de degrés, ces chambres doivent être placées dans le milieu de sa hauteur, & qu'il faut les disposer de même dans les autres étages, si le théâtre en a plusieurs ; car il y en avoit jusqu'à trois rangs dans les grands théâtres, dont l'un étoit pour le genre enharmonique, l'autre pour le cromatique, & le troisieme pour le diatonique, & dont les vases étoient par conséquent arrangés suivant les différentes proportions de ces trois genres de musique.

Toutes ces chambres au reste devoient avoir par en-bas des ouvertures longues de deux piés, & larges d'un demi-pié, pour donner passage à la voix, & il falloit que leurs voûtes eussent à-peu-près la même courbure que les vases, pour n'en point empêcher le retentissement. Par ce moyen, dit Vitruve, la voix s'étendant du centre à la circonférence, ira frapper dans la cavité de ces vases, & les ébranlant suivant leur consonnance, en sera non-seulement rendue plus forte & plus claire, mais encore plus douce & plus agréable.

On prétend qu'il y a des vases de l'espece de ceux des anciens dans l'église cathédrale de Milan, qui est très-propre à l'harmonie ; mais on prétend communément des choses, qui bien examinées, ne se trouvent pas vraies. (D.J.)


VASGAU(Géog. mod.) Voyez WASGAW.


VASIERES. f. (Saline) grand bassin dans les salines, où on fait venir & où on laisse chauffer l'eau pour la faire couler dans les villers par l'arene & les canaux. (D.J.)


VASILICA(Géog. mod.) ou BASILICO, selon M. Delisle, lieu de la Morée, aux environs du golfe de Lépante, à l'occident de Corinthe, anciennement Sicyon.

VASILICA, du tems que les Vénitiens possédoient le pays, étoit une petite ville ; aujourd'hui c'est un petit hameau à trois ou quatre milles de la mer. Il n'y a pas douze maisons dans ce hameau. (D.J.)


VASILIPOTAMOou BASILIPOTAMO, (Géog. mod.) c'est-à-dire le fleuve Royal, riviere de Grèce dans la Morée. Elle coule en serpentant du nord au midi, dans la province de Brazzo di Maina, baigne Misitra, & va se jetter dans le golfe de Colochine, entre Paléopoli & Castro-Rampano.

Cette riviere est l'Eurotas des anciens, si célebre chez les poëtes qui nous peignent ses bords plantés de myrtes, de lauriers & d'oliviers. C'est près de ces mêmes bords que Castor & Pollux avoient coutume de s'exercer, qu'Hélene fut enlevée deux fois, & que Diane se plaisoit à chasser. Ce petit fleuve étoit honoré chez les Lacédémoniens par une loi expresse. Voyez donc EUROTAS. (D.J.)


VASIZALA (Géog. mod.) riviere de l'Amérique septentrionale dans la Louisiane. Elle se jette dans le golfe du Mexique, après un cours d'environ trente lieues. (D.J.)


VASSALS. m. (Gram. & Jurisprud.) en latin vassallus, & autrefois vassus & vavassor, signifie présentement celui qui tient en propriété un fief de quelque seigneur à la charge de la foi & hommage.

On appelle aussi le vassal seigneur utile, parce que c'est lui principalement qui retire l'utilité du fief servant.

Les vassaux sont aussi appellés hommes du seigneur, à cause de l'hommage qu'ils lui doivent.

En quelques endroits on les appelle hommes de fief, pairs de fief, ou pairs du seigneur.

Il n'y a guere de terme dans la jurisprudence dont l'étymologie ait plus exercé les savans que celui-ci.

Boxhornius prétend que vassus, vassal, vient du celtique gwos ou goas, qui signifie servus, famulus, lesquels termes latins signifioient chez les anciens un jeune homme, un adolescent.

Goldast veut que vassus soit venu de vade, vadimonium, gage, parce que le vassal donnoit, dit-il, un gage à son seigneur pour le bénéfice qu'il recevoit de lui.

Turnebus croit que l'on a dit vassos quasi vasarios, parce que les vassaux étoient des cliens qui étoient préposés sur la vaisselle & meubles des nobles.

Fréderic Bandius fait dériver vassus de l'allemand vassen, qui signifie obliger, lier, vincire, parce que les vassaux étoient attachés à un seigneur.

Pithou, en ses notes sur les capitulaires, tient que le terme vassal, vassus, est françois, & que vassus signifie servilis ; il cite aussi plusieurs auteurs saxons, suivant lesquels vassus chez les Saxons signifie servilis ; entr'autres Trucbaldes, abbé d'Elne, en la vie de S. Lebvin, lequel dit que la nation des Saxons étoit partagée en trois ordres ; savoir, les nobles, les ingénus, & ceux qu'on appelloit lassi, ce qu'il traduit par serviles.

L'opinion de Bandius, qui fait venir vassus de l'allemand vassen, est celle qui nous paroît la plus vraisemblable.

Il est certain en effet qu'anciennement par le terme de vassus, vassal, on entendoit un familier ou domestique du roi, ou de quelqu'autre prince ou seigneur, & qu'il étoit obligé de lui rendre quelque service.

Ce terme de vassus étoit usité dès le commencement de la monarchie, & bien avant l'institution des fiefs ; il est parlé des vassaux du roi & des autres princes dans nos plus anciennes loix, telles que les loix saliques, la loi des Allemands, dans les capitulaires, dans les conciles de ce tems, & dans les plus anciens auteurs, tels que Grégoire de Tours, Marculphe, &c.

Quelques-uns ont prétendu que vassus & vassallus n'étoient pas la même chose, que vassallus étoit le client de celui qu'on appelloit vassus ; mais il paroît que vassus est le nom primitif, & que l'on a ensuite appellé indifféremment les personnes de cette condition vassi seu vassali ; & en quelques endroits vassallitii ou vassalubi, à moins que l'on ne veuille dire que vassali étoit un diminutif de vassi, & que par le terme de vassali ou vassalubi on entendoit les enfans des vassaux. Je croirois néanmoins plutôt que vassalubi étoient non pas des arriere- vassaux ; mais des vassaux ou domestiques d'un ordre inférieur.

Les vassaux qui étoient du nombre des familiers ou domestiques du roi ou de l'empereur, étoient appellés vassi regales seu dominici.

Il ne faut pas croire que ces vassaux royaux ne fussent que des gens de condition servile : ils étoient au-contraire si considérables, qu'ils sont nommés les premiers après les comtes ; on comprenoit sous ce titre de vassaux, tous ceux qui étoient liés envers le roi par la religion du serment.

Ils avoient aussi un privilege singulier ; savoir, que quand ils étoient accusés de quelque crime, & qu'ils étoient obligés de s'en purger par serment, ils n'étoient pas obligés de le faire en personne ; ils faisoient jurer pour eux celui de leurs hommes qui étoit le plus considérable, & qui méritoit le plus de créance.

Ces vassaux royaux étoient quelquefois envoyés par le prince dans les provinces, pour assister les comtes dans l'administration de la justice, & autres affaires publiques ; on trouve nombre de jugemens rendus par les comtes avec les vassaux ; c'est pourquoi ces vassaux étoient quelquefois appellés les vassaux des comtes, quoique dans le vrai ils fussent les vassaux du roi, qui les donnoit pour collegues aux comtes ; ils étoient, comme on voit, à l'égard des comtes, ce que sont encore dans certaines coutumes les hommes de fief ou pairs à l'égard du seigneur.

On envoyoit aussi quelquefois ces vassaux royaux sur les marches & frontieres du royaume pour les garder & défendre.

D'autres étoient envoyés dans les domaines du roi pour les exploiter, & l'on trouve des preuves que ceux qu'on appelloit villici vel praepositi avoient été anciennement vassali.

Lorsque les vassaux royaux alloient au lieu de leur commission, ou qu'ils y étoient résidens, ils recevoient des contributions de même que ces commissaires du roi, qu'on appelloit missi dominici ; ils étoient subordonnés aux comtes, & soumis à leur jurisdiction.

Le prince donnoit à ses vassaux des terres dans les provinces pour en jouir à titre de bénéfice civil, jure beneficii ; concession dont le premier usage étoit venu des Romains, & dont, par succession de tems, se formerent les fiefs.

Ces concessions de bénéfices qui étoient faites aux vassaux n'étoient pas perpétuelles ; elles n'étoient qu'à vie, & même amovibles ; mais elles ne pouvoient être ôtées sans cause légitime. Odon, abbé de Cluny, en la vie de S. Gerand, dit qu'il ne souffroit point qu'aucun seigneur, senior, ôtât par caprice à son vassal les bénéfices qu'il tenoit. C'est un des plus anciens exemples que l'on ait trouvé de la subordination du vassal à son seigneur à raison de son bénéfice ou fief : le même Odon dit que l'ordre de l'état étoit tellement troublé, que les marquis ou gouverneurs des frontieres avoient poussé l'insolence jusqu'à se soumettre les vassaux du roi.

Les bénéfices obligeoient les vassaux non-seulement à rendre la justice, mais aussi à percevoir au nom du seigneur les droits qui en dépendoient pour raison de quoi ils lui payerent une redevance annuelle.

Ils étoient aussi obligés au service militaire, & c'est de-là que dans le dixieme siecle tout possesseur du fief prit le titre de miles, au lieu de celui de vassus.

On distinguoit, comme encore à présent, deux sortes de vassaux ; savoir, les grands, majores, & les petits, minores.

Les princes s'étant créés des vassaux immédiats, par la concession des bénéfices civils, se firent aussi des vassaux médiats, en permettant aux nobles de se créer de même des vassaux, ce qui est l'origine des sous-inféodations, & des arriere-fiefs & arriere vassaux.

Les vassaux des princes signoient autrefois en cette qualité leurs chartes après les grands officiers, comme ils firent encore pendant quelque tems ; avec cette différence, qu'au-lieu d'ajouter à leur nom la qualité de vassallus, ils mettoient celle de miles, ou-bien leur nom simplement sans aucune qualité.

On trouve une charte de Guillaume, comte de Provence, qui est dite avoir été faite en présence des vassaux royaux, dominici, tant romains que saliens, tam romanis quam salicis, ce qui fait connoître que les vassaux étoient quelquefois distingués par la nature de leurs bénéfices, dont les uns tiroient leur origine des Romains, les autres de la loi salique.

Après avoir ainsi expliqué tout ce qui concerne l'origine du terme vassal, il faut venir à ce qui s'est observé par rapport aux vassaux depuis l'institution des fiefs.

Depuis ce tems, on a entendu par le terme de vassal, celui qui tient un fief mouvant d'un autre seigneur à la charge de l'hommage.

Le seigneur est celui qui posséde le fief dominant ; le vassal, celui qui tient le fief servant.

Le vassal & le seigneur ont des devoirs réciproques à remplir l'un envers l'autre ; le vassal doit honneur & fidélité à son seigneur ; celui-ci doit protection à son vassal.

Anciennement le vassal étoit obligé d'assister aux audiences du bailli de son seigneur, & de lui donner conseil, ce qui ne s'observe plus que dans quelques coutumes, comme Artois & autres coutumes voisines.

On appelloit les vassaux pairs & compagnons, parce qu'ils étoient égaux en fonctions.

Quand ils avoient quelque procès ou différend entre eux, ils avoient droit d'être jugés par leurs pairs, le seigneur du fief dominant y présidoit. Cet usage s'observe encore pour les pairs de France, qui sont les grands vassaux de la couronne, lesquels ne peuvent être jugés dans les causes qui intéressent leur personne & leur état qu'au parlement, la cour suffisamment garnie de pairs.

Le vassal payoit une redevance annuelle à son seigneur ; il pouvoit même y être contraint par la saisie de son fief, ou par la vente de ses effets mobiliers. Si les effets n'étoient pas encore vendus, il pouvoit en avoir main-levée, en offrant d'acquiter la redevance, & de payer la redevance.

Si la saisie du fief étoit faite pour droits extraordinaires, elle n'emportoit pas perte de fruits.

Le vassal faisoit la foi pour son fief, mais il n'étoit pas d'usage d'en donner un aveu & dénombrement : lorsque le seigneur craignoit que le vassal ne diminuât son fief, il pouvoit obliger le vassal de lui en faire montrée, & pour engager celui-ci à ne rien cacher, il perdoit tout ce qu'il n'avoit pas montré, quand il n'y auroit manqué que par ignorance.

S'il étoit convaincu d'avoir donné de fausses mesures, il perdoit ses meubles.

Il perdoit son fief pour différentes causes ; savoir, lorsqu'il mettoit le premier la main sur son seigneur, lorsqu'il ne le secouroit pas en guerre, après en avoir été requis, ou lorsqu'il marchoit contre son seigneur, accompagné d'autres que de ses parens, lorsqu'il persistoit dans quelque usurpation par lui faite sur son seigneur, ou s'il désavouoit son seigneur.

Il ne lui étoit pas permis de demander l'amendement du jugement de son seigneur, mais il pouvoit fausser le jugement.

S'il étoit condamné, il perdoit son fief ; mais il étoit mis hors de l'obéissance de son seigneur, si le jugement étoit faux ; il devenoit alors vassal immédiat du seigneur suserain.

Tant que le procès étoit indécis, il ne pouvoit être contraint de payer l'amende au seigneur.

Le vassal, c'est-à-dire, le vasselage pouvoit être partagé entre freres & soeurs. Mais le seigneur ne pouvoit le partager avec un étranger sans son consentement, & sans celui du seigneur dominant.

S'il étoit partagé entre le baron & le vavasseur ou seigneur de simple fief, la moitié appartenante au vavasseur, étoit dévolue au seigneur immédiat du baron.

Il pouvoit être donné en entier à un étranger par son seigneur. Le baron pouvoit aussi le donner au vavasseur ; mais en ce dernier cas, le vassal étoit dévolu au seigneur immédiat du baron.

Lorsque les seigneurs se faisoient entr'eux la guerre, leurs vassaux étoient obligés de les accompagner, & de mener avec eux leurs arriere - vassaux.

Présentement il n'y a plus que le roi qui puisse faire marcher ses vassaux & arriere- vassaux à la guerre, ce qu'il fait quelquefois par la convocation du ban & de l'arriere-ban.

Les devoirs du vassal se réduisent présentement à quatre choses.

1°. Faire la foi & hommage à son seigneur dominant, à toutes les mutations de seigneur & de vassal.

2°. Payer les droits qui sont dûs au seigneur pour les mutations de vassal, tels que le quint pour les mutations par vente, ou autre contrat équipollent, & le relief pour les autres mutations, autres néanmoins que celles qui arrivent par succession & en ligne directe.

3°. Fournir au seigneur un aveu & dénombrement de son fief.

4°. Comparoître aux plaids du seigneur, & pardevant ses officiers, quand il est assigné à cette fin.

Le vassal doit faire la foi & hommage en personne, & dans ce moment mettre un genou en terre, étant nue tête, sans épée ni éperons ; autrefois il joignoit ses mains dans celles de son seigneur, lequel le baisoit en la bouche ; c'est pourquoi quelques coutumes disent que le vassal ne doit au seigneur que la bouche & les mains dans les cas où il ne doit que la foi & hommage.

La confiscation du fief a lieu contre le vassal en deux cas ; savoir, pour désaveu formel, lorsque le désaveu se trouve mal fondé, & pour crime de félonie ; c'est-à-dire, lorsque le vassal offense griévement son seigneur. Voyez le code des loix antiques, le recueil des ordonnances, le glossaire de Ducange, & celui de Lauriere, les auteurs qui ont traité des fiefs, & ci - devant les mots AVEU, DENOMBREMENT, DROITS SEIGNEURIAUX, FIEF, FOI, HOMMAGE, MUTATION, QUINT, REQUINT, RELIEF, SEIGNEURIE, (A)


VASSART(Marine) qualité particuliere du fond de la mer. Voyez FOND.


VASSELAGES. m. (Gram. & Jurisprud.) est l'état de vassal, la dépendance dans laquelle il est à l'égard du seigneur dont il releve.

Vasselage signifie aussi quelquefois le fief mouvant d'un seigneur, & quelquefois aussi l'on entend par ce terme l'hommage qui est dû au seigneur par le vassal.

On appelloit en Italie vasselage, ce qu'en France on appelloit hommage. Voyez le glossaire de Ducange, au mot vassalaticum.

Vasselage actif, c'est le droit de féodalité qui appartient à un seigneur sur l'héritage mouvant de lui en fief. Voyez Vasselage passif, voyez la coutume de Berry, tit. xij. art. 4.

Vasselage, est l'hommage lige, lequel ne peut plus être dû qu'au roi. Voyez HOMMAGE LIGE.

Vasselage passif, c'est l'état du vassal qui tient un fief de quelque seigneur. Voyez Vasselage actif.

Vasselage simple, est l'état d'un fief qui ne doit que la foi & l'hommage ordinaire & non hommage lige. (A)


VASSETou VASSITH, (Géog. mod.) ville d'Asie, dans l'Iraque babylonienne, sur le Tigre, entre Confah & Bassorah. C'est une ville moderne, bâtie l'an 83 de l'hégire par Hégiah, gouverneur de l'Irac, sous le regne de Abdal-Maleck, cinquieme calife de la race des Ommiades. Long. 81. 30. latit. septentrionale 32. 20. (D.J.)


VASSI(Géog. mod.) en latin du moyen âge Vassiacus ou Vasiacus, ville de France, en Champagne, la principale place du pays de Vallage, au milieu duquel elle est située, sur une petite riviere appellée la Blaise. C'est un lieu fort ancien, & qui étoit déjà un domaine royal, fiscus regius, dès le milieu du septieme siecle, sous le regne de Clovis II. Elle fleurissoit beaucoup avant le massacre des réformés, qu'on eut lieu d'attribuer principalement au duc de Guise, & par lequel commencerent les affreuses guerres civiles en France pour la religion. Long. 19. 23. latit. 47. 4.

Jaquelot (Isaac), célebre théologien calviniste, naquit dans cette ville en 1647, & se vit obligé de sortir de France par la révocation de l'édit de Nantes. Le corps des nobles lui donna une église à la Haye, & le roi de Prusse le nomma son prédicateur à Berlin, où il mourut en 1708, âgé de 61 ans. Il a publié des ouvrages estimés, entr'autres des sermons, un traité de l'existence de Dieu, des dissertations sur le Messie, & finalement un traité de la vérité des livres du vieux & du nouveau Testament, imprimé à Rotterdam en 1715, in-8 °. (D.J.)


VASSOLESS. f. (Marine) pieces de bois que l'on met entre chaque panneau de caillebotis.


VASTAN(Géog. mod.) ville de la basse Arménie, au sud-est de Van, sur le bord du lac de ce nom. Long. 77. 50. latit. 37. 50. (D.J.)


VASTEadj. (Langue françoise) M. de Saint Evremond a fait une dissertation pour prouver que cette épithete designe toujours un défaut : voici comment il se trouva engagé à écrire sur ce sujet en 1667. Quelqu'un ayant dit en louant le cardinal de Richelieu, qu'il avoit l'esprit vaste, sans y ajouter d'autre épithete, M. de Saint-Evremond soutint que cette expression n'étoit pas juste ; qu'esprit vaste se prenoit en bonne ou en mauvaise part, selon les choses qui s'y trouvoient jointes ; qu'un esprit vaste, merveilleux, pénétrant, marquoit une capacité admirable, & qu'au contraire un esprit vaste & demesuré étoit un esprit qui se perdoit en des pensées vagues, en de vaines idées, en des desseins trop grands, & peu proportionnés aux moyens qui nous peuvent faire réussir. Madame de Mazarin, la belle Hortense prit parti contre M. de Saint-Evremond, & après avoir long-tems disputé, ils convinrent de s'en rapporter à MM. de l'académie.

M. l'abbé de Saint-Réal se chargea de faire la consultation, & l'académie polie décida en faveur de Madame de Mazarin. M. de Saint-Evremond s'étoit déjà condamné lui-même avant que cette décision arrivât ; mais quand il l'eût vue, il déclara que son désaveu n'étoit point sincere : que c'étoit un pur effet de docilité, & un assujettissement volontaire de ses sentimens à ceux de Madame de Mazarin ; mais que vis-à-vis de l'académie, il ne lui devoit de la soumission que pour la vérité. Là-dessus il reprit nonseulement l'opinion qu'il avoit d'abord défendue ; mais il nia absolument que vaste seul pût jamais être une louange vraie ; il soutint que le grand étoit une perfection dans les esprits, le vaste un vice ; que l'étendue juste & réglée faisoit le grand, & que la grandeur démesurée faisoit le vaste, qu'enfin la signification la plus ordinaire du vastus des latins, c'est trop spacieux, trop étendu, démesuré, & je crois pour moi qu'il avoit à-peu-près raison en tous points. Je vois du-moins que vastus homo dans Ciceron, est un colosse, un homme d'une taille trop grande, & dans Salluste vastus animus, est un esprit immodéré, qui porte trop loin ses vues & ses espérances. (D.J.)

VASTE, en Anatomie, est un nom commun à deux muscles de la jambe, dont l'un est interne, & l'autre externe. Ils sont appellés vastes à cause de leur grosseur, & ils servent tous deux à étendre la jambe.

VASTE externe, est un muscle qui vient de la racine du grand trochanter, & de la ligne osseuse, étant tendineux en-dehors, & charnu en-dedans ; ensuite descendant obliquement, il devient au contraire tendineux en-dedans, & charnu en-dehors, jusqu'à ce que rencontrant le tendon du muscle droit, il devient entierement tendineux, & se termine conjointement avec lui. Voyez les Planches d'Anatom.

VASTE interne est un muscle qui vient de même par un principe moitié tendineux & moitié charnu de la ligne osseuse, immédiatement au-dessous du petit trochanter. Il se porte ensuite à la partie antérieure du femur, & se continue presque jusqu'au condile interne ; de-là il descend obliquement, & devenant tendineux, se termine avec le vaste externe. Voyez les Pl. anat.


VASTELLUMS. m. (Hist. mod.) grande coupe ou gobelet d'argent ou de bois, dans laquelle les anciens Saxons avoient coutume de boire à la santé dans leurs festins. Matthieu Paris, dans la vie des abbés de S. Alban, dit : Abbas solus prendebat supremus in refectorio, habens vastellum. " Il avoit auprès de lui la coupe de la charité pour boire à la santé des freres. "

C'est ce qu'on appelle en Allemagne le vidricum ou willekom, qui signifie le bien-venu, vase d'une capacité quelquefois très-énorme qu'il faut vuider à l'exemple des Allemands pour en être bien venu.

On croit que c'est de-là que vient la coutume qui regne encore dans le comté de Sussex, & dans quelques autres endroits, d'aller, comme ils disent, à Wasseling au festin où l'on boit copieusement.


VATAN(Géog. mod.) petite ville de France, dans le Berry, à 3 lieues d'Issoudun, entre Bourges au levant, & Loches au couchant, avec une collégiale. Long. 19. 23. latit. 47. 4.

Méri (Jean), naquit à Vatan en 1645, & mourut à Paris, premier chirurgien de l'Hôtel-dieu, en 1722, à 77 ans. Son mérite lui valut une place à l'académie des Sciences, & l'on a de lui dans les mémoires de cette académie, plusieurs dissertations sur les parties les plus délicates de l'anatomie, comme sur l'iris de l'oeil, la choroïde, le nerf optique, l'usage du trou ovalaire, &c. (D.J.)


VATERIAS. f. (Hist. nat. Bot.) genre de plante dont le calice est petit, aigu & permanent ; il est composé d'une seule feuille découpée en cinq segmens ; la fleur est formée de cinq pétales déployés & ovoïdes ; les étamines sont une grande quantité de filets plus courts que la fleur ; les bossettes sont simples ; le germe du pistil est arrondi ; le stile est court ; le stigma est gros au sommet ; le fruit est turbiné & a trois cosses ; les graines sont simples & ovales. Linnaei, gen. plant. p. 235. Hort. malab. t. IV. p. 15. (D.J.)


VATESS. f. (Mytholog.) c'étoit chez les Gaulois une classe de druides, qui étoient chargés d'offrir les sacrifices, & s'appliquoient à connoître & à expliquer les choses naturelles, au rapport de Strabon ; je soupçonne qu'ils y étoient fort mal-habiles. (D.J.)


VATIANS. m. (Hist. nat. Bot.) est le nom que les habitans de l'île de Bornéo donnent à une espece de poivre, dont on vante beaucoup les vertus médicinales.


VATICA(Géogr. mod.) grande baie de la Morée, sur la côte de Brazzo-di-Maina, entre le cap S. Ange & l'île de Cervi. Cette baie qui a 40 brasses d'eau à son entrée, pourroit contenir 200 vaisseaux ; mais par malheur dans le passage qui est entre l'île & le continent, il n'y a tout au plus que trois piés d'eau. (D.J.)

VATICA, (Géog. mod.) bourg de la Morée, auprès du cap Malée, vis-à-vis de l'île de Cérigo, au lieu où étoit l'ancienne Boja, selon Niger.


VATICANLE, (Architect. gothiq.) ce palais des pontifes de Rome, est un vaste édifice des plus irréguliers. Le pape Symmaque le commença ; plusieurs de ses successeurs y mirent la main ; & Sixte V. y fit les travaux les plus considérables. Ce bâtiment est contigu à l'église de S. Pierre, & la masque entierement d'un côté.

Ce qu'il y a de plus curieux au vatican, pour les amateurs des beaux-arts, ce sont les tableaux & les peintures à fresque. La salle d'audience pour les ambassadeurs est peinte de cette maniere par Perrin del Vaga. C'est dans cette même salle qu'on voit toujours avec surprise, des tableaux de l'horrible massacre de la S. Barthelemi. Jamais dans le palais des empereurs romains, on ne s'avisa de mettre sous les yeux aucun tableau des proscriptions du triumvirat. La chapelle Sixtine est décorée de la représentation du jugement dernier par Michel-Ange ; la chapelle Pauline offre à la vûe entr'autres ouvrages de ce grand maître, le crucifiement de S. Pierre, & la conversion de S. Paul. Les frises & les voûtes sont de la main de Zucchero. Enfin on ne se lasse pas de considérer au vatican, les batailles de Constantin par Jules Romain ; l'histoire d'Attila par Raphaël ; l'incendie du bourg S. Pierre par le Perrugin ; une Notre-Dame de pitié par Pierre Cortone, & combien d'autres morceaux des premiers peintres d'Italie. (D.J.)

Le vatican est proprement le nom d'une des sept collines sur lesquelles l'ancienne Rome a été bâtie. Au pié de cette colline est la fameuse église de saint Pierre, & le palais magnifique dont nous venons de parler. C'est de-là aussi que viennent diverses phrases figurées, comme les foudres du vatican, c'est-à-dire les anathèmes & les excommunications de la cour de Rome.

Selon Aulugelle le mot vatican est dérivé de vaticinium, prophétie, parce que c'étoit sur cette colline que se rendoient les oracles & les prédictions qu'inspiroit un dieu des anciens latins, nommé Vaticanus.

On croyoit que cette divinité délioit les organes des enfans nouveau-nés ; & quelques-uns veulent que ce fût Jupiter lui-même, en tant qu'on lui attribuoit cette faculté.

La bibliotheque du vatican est une des plus célebres de l'univers, & des plus riches en manuscrits. Vers le commencement du dernier siecle elle fut considérablement augmentée par l'addition de celle des électeurs Palatins. Elle est ouverte pour tout le monde, trois ou quatre jours de la semaine. On y montre un Virgile, un Térence & divers autres anciens auteurs qui ont plus de mille ans ; le manuscrit sur lequel on a fait l'édition des septante, & une grande quantité de manuscrits rabbiniques. Voyez BIBLIOTHEQUE.


VATRENUS(Géog. anc.) riviere d'Italie, dans la Gaule cispadane, où selon Pline, elle arrosoit la ville appellée Forum Cornelii. Au lieu de Vatrenus, quelques exemplaires de Martial, l. III. c. lxvij. lisent Vaternus.

Vaterno Eridanoque pigriores.

Ce fleuve, selon Léander & Cluvier, se nomme aujourd'hui Saterno ou Santerno, & il coule lentement au-dessous de la ville d'Immola, pour aller se perdre dans le Pô. (D.J.)


VAUCELETS(Véner.) cri qui marque qu'on voit la voie de la bête que l'on chasse, ou que l'on en revoit les fumées.


VAUCLUSEFONTAINE DE, (Géog. mod.) fontaine de France, dans le comtat Venaissin, assez près de la ville d'Apt.

Cette fontaine sort d'un antre très-vaste, au pié d'un rocher d'une grande hauteur, coupé à-plomb comme un mur. Cet antre, où la main de l'homme n'a point été employée, paroît avoir cent piés de large sur environ autant de profondeur. On peut dire que c'est une double caverne, dont l'extérieure a plus de soixante piés d'élévation sous l'arc qui en forme l'entrée, & l'intérieure en a presque la moitié.

C'est de cette seconde caverne que sort la fontaine de Vaucluse, avec une telle abondance, que dès sa source elle porte le nom de riviere, & est assez près de-là navigable pour de petits bateaux. Elle fournit sans s'épuiser une grande quantité d'eau claire, nette, pure, qui ne teint point les rochers entre lesquels elle passe, & n'y produit ni mousse, ni rouille. Si la superficie de cette eau paroit noire, cela vient de sa grande profondeur, de la couleur de la voûte qui la couvre, & de l'obscurité qui regne dans ce lieu.

On ne voit point d'agitation, de jet, de bouillon, à l'origine de cette source ou nappe liquide ; mais bientôt après l'eau trouvant une pente considérable, se précipite avec force entre des rochers, écume & fait du bruit, jusqu'à ce qu'étant arrivée à un endroit plus uni, elle coule tranquillement, & forme une riviere qui s'accroît par divers ruisseaux, & va se jetter dans le Rhône, environ à deux lieues audessus d'Avignon, sous le nom de riviere de Sorgue, qu'elle portoit déjà dès sa naissance dans l'antre que nous avons décrit.

Pétrarque né à Arezzo en 1304, & mort à Arqua l'an 1374, avoit sa maison sur la pointe d'un rocher, à quelques cent pas au-dessous de la caverne de Vaucluse. La belle Laure avoit la sienne sur une autre pointe de rocher, assez près de celle de son amant, mais séparée par un vallon. On voyoit encore dans le dernier siecle les masures de ces deux édifices, qu'on appelloit par magnificence les châteaux des deux amans. Leur position alluma les feux de Pétrarque à la premiere vue de sa belle maîtresse, & sa passion nous a valu des chefs-d'oeuvres. Ses canzoni n'exhalent que douceur, tendresse, louanges délicates de l'amante qu'il adore. Eh combien sont-elles diversifiées ces louanges qu'il lui donne ? Combien la langue italienne leur prête-t-elle de graces ? Enfin inspiré par l'amour & par son génie, il immortalisa Vaucluse, les lieux voisins, Laure & lui-même. Voyez comme il s'exprime dans sa canzone xiv.

Chiare fresche, e dolci acque,

Ove le belle membra

Pose colei, che sola à me par donna ;

Gentil Ramo, ove piacque

(Con sospir mi rimembra)

A'lei di fare al ben fianco colonna ;

Herba, e fior, che la gonna

Leggiadra ricoverse

Con l'Angelico seno ;

Aer sacro sereno,

Ou'amor co begli occhi il cor m'aperse ;

Date udienza insieme

Alle dolenti mie parole estreme.

On connoît sans doute l'imitation libre & pleine de graces que M. de Voltaire a faite de cette strophe :

Claire fontaine, onde aimable, onde pure

Où la beauté qui consume mon coeur,

Seule beauté qui soit dans la nature,

Des feux du jour évitoit la chaleur ;

Arbre heureux, dont le feuillage

Agité par les zéphirs,

La couvrit de son ombrage,

Qui rappellez mes soupirs,

En rappellant son image !

Ornemens de ces bords, & filles du matin,

Vous dont je suis jaloux, vous moins brillantes qu'elle,

Fleurs qu'elle embellissoit, quand vous touchiez son sein !

Rossignols dont la voix est moins douce & moins belle !

Air devenu plus pur ! Adorable séjour,

Immortalisé par ses charmes !

Lieux dangereux & chers, où de ses tendres armes

L'amour a blessé tous mes sens ;

Ecoutez mes derniers accens ;

Recevez mes dernieres larmes.

Le reste de l'ode de Pétrarque est également agréable ; mais quoique charmante, je ne trouve point qu'elle surpasse en coloris cette tendresse langoureuse, cette mélancolie d'amour, & cette vivacité de sentimens qui regnent avec tant d'art, de finesse & de naïveté, dans la description poétique de la même fontaine par madame Deshoulieres. Que j'aie tort ou raison, je vais transcrire ici cette description sans aucun retranchement. Ce ne sont que les choses ennuyeuses qu'il faut élaguer dans un ouvrage. " Quand vous me pressez de chanter une fameuse fontaine, dit notre muse françoise à mademoiselle de la Charce son amie, "

Peut-être croyez vous que toujours insensible,

Je vous décrirai dans mes vers,

Entre de hauts rochers dont l'aspect est terrible,

Des prés toujours fleuris, des arbres toujours verds ;

Une source orgueilleuse & pure,

Dont l'eau sur cent rochers divers

D'une mousse verte couverts,

S'épanche, bouillonne, murmure ;

Des agneaux bondissans sur la tendre verdure,

Et de leurs conducteurs les rustiques concerts.

De ce fameux désert la beauté surprenante,

Que la nature a pris soin de former,

Amusoit autrefois mon ame indifférente.

Combien de fois, hélas, m'a-t-elle su charmer !

Cet heureux tems n'est plus : languissante, attendrie,

Je regarde indifféremment

Les plus brillantes eaux, la plus verte prairie ;

Et du soin de ma bergerie

Je ne fais même plus mon divertissement ;

Je passe tout le jour dans une rêverie

Qu'on dit qui m'empoisonnera :

A tout autre plaisir mon esprit se refuse,

Et si vous me forcez à parler de Vaucluse ;

Mon coeur tout seul en parlera.

Je laisserai conter de sa source inconnue

Ce qu'elle a de prodigieux ;

Sa fuite, son retour, & la vaste étendue

Qu'arrose son cours furieux.

Je suivrai le penchant de mon ame enflammée ;

Je ne vous ferai voir dans ces aimables lieux,

Que Laure tendrement aimée,

Et Pétrarque victorieux.

Aussi bien de Vaucluse ils font encore la gloire ;

Le tems qui détruit tout, respecte leurs plaisirs ;

Les ruisseaux, les rochers, les oiseaux, les zéphirs,

Font tous les jours leur tendre histoire.

Oui, cette vive source en roulant sur ces bords,

Semble nous raconter les tourmens, les transports,

Que Pétrarque sentoit pour la divine Laure :

Il exprima si bien sa peine, son ardeur,

Que Laure malgré sa rigueur

L'écouta, plaignit sa langueur,

Et fit peut-être plus encore.

Dans cet antre profond, où sans autres témoins

Que la nayade & le zéphire,

Laure sut par de tendres soins,

De l'amoureux Pétrarque adoucir le martyre ;

Dans cet antre où l'amour tant de fois fut vainqueur,

Quelque fierté dont on se pique,

On sent élever dans son coeur

Ce trouble dangereux par qui l'amour s'explique,

Quand il allarme la pudeur.

Ce n'est pas seulement dans cet antre écarté

Qu'il reste de leurs feux une marque immortelle :

Ce fertile vallon dont on a tant vanté

La solitude & la beauté,

Voit mille fois le jour dans la saison nouvelle,

Les rossignols, les serins, les pinçons,

Répéter sous un verd ombrage,

Je ne sais quel doux badinage,

Dont ces heureux amans leur donnoient des leçons.

Leurs noms sur ces rochers peuvent encore se lire,

L'un avec l'autre est confondu ;

Et l'ame à peine peut suffire

Aux tendres mouvemens que leur mêlange inspire.

Quel charme est ici répandu !

A nous faire imiter ces amans tout conspire.

Par les soins de l'amour leurs soupirs conservés

Enflamment l'air qu'on y respire ;

Et les coeurs qui se sont sauvés

De son impitoyable empire,

A ces déserts sont réservés.

Tout ce qu'a de charmant leur beauté naturelle,

Ne peut m'occuper un moment.

Les restes précieux d'une flamme si belle

Font de mon jeune coeur le seul amusement.

Ah ! qu'il m'entretient tendrement

Du bonheur de la belle Laure !

Et qu'à parler sincerement,

Il seroit doux d'aimer, si l'on trouvoit encore

Un coeur comme le coeur de son illustre amant !

(D.J.)


VAUCOULEURS(Géog. mod.) petite ville de France, dans la Champagne, au Bassigny, sur le bord de la Meuse, à 5 lieues au couchant de Toul, à 8 au sud-ouest de Nanci, & à 65 au levant de Paris.

Comme la vue de ce lieu est belle, & qu'elle donne sur une vallée ornée de fleurs naturelles de toutes sortes de couleurs, la ville en a pris le nom de vallée des couleurs ou Vaucouleurs. Elle faisoit autrefois une petite souveraineté possédée par les princes de la maison de Lorraine ; mais à cause de l'importance de son passage, Philippe de Valois en fit l'acquisition de Jean de Joinville en 1335. On y voit une collégiale, un couvent de religieux, un monastere d'Annonciades & un prieuré.

Vaucouleurs est le siege d'une prevôté composée de vingt-deux paroisses qui sont du diocèse de Toul. Long. 23. 18. latit. 48. 31.

Le pays de Vaucouleurs est connu pour avoir donné la naissance dans le village de Domrémy, à cette fameuse fille appellée Jeanne d'Arc & surnommée la pucelle d'Orléans. C'étoit une servante d'hôtellerie, née au commencement du xv. siecle, " robuste, montant chevaux à poil, comme dit Monstrelet, & faisant autres apertises que filles n'ont point accoutumé de faire ". On la fit passer pour une bergere de 18 ans en 1429, & cependant par sa propre confession elle avoit alors 27 ans. On la mena à Chinon auprès de Charles VII. dont les affaires étoient réduites à un état déplorable, outre que les Anglois assiégeoient alors la ville d'Orléans. Jeanne dit au roi qu'elle est envoyée de Dieu pour faire lever le siege de cette ville, & ensuite le faire sacrer à Rheims. Un gentil-homme nommé Baudricourt avoit proposé au duc de Dunois d'employer cet expédient pour relever le courage de Charles VII. & Jeanne d'Arc se chargea de bien jouer son rôle de guerriere & d'inspirée.

Elle fut examinée par des femmes qui la trouverent vierge & sans tache.

Les docteurs de l'université & quelques conseillers du parlement ne balancerent pas à déclarer qu'elle avoit toutes les qualités qu'elle se donnoit ; soit qu'elle les trompât, soit qu'ils crussent eux-mêmes devoir entrer dans cet artifice politique : quoi qu'il en soit, cette fille guerriere conduite par des capitaines qui ont l'air d'être à ses ordres, parle aux soldats de la part de Dieu, se met à leur tête, leur inspire son courage, & bientôt après entre dans Orléans, dont elle fait lever le siege.

Les affaires de Charles VII. commencerent à prendre un meilleur train. Le comte de Richemont défit les Anglois à la bataille de Patay, où le fameux Talbot fut prisonnier. Louis III. roi de Sicile, fameux par sa valeur & par les inconstances de la fortune pour la maison d'Anjou, vint se joindre au roi son beau-frere. Auxerre, Troyes, Châlons, Soissons, Compiegne, &c. se rendirent à Charles VII. Rheims lui ouvre ses portes ; il est sacré, la pucelle assistant au sacre, en tenant l'étendart avec lequel elle avoit combattu.

L'année suivante elle se jette dans Compiegne que les Anglois assiégeoient ; elle est prise dans une sortie, & conduite à Rouen. Le duc de Bedford crut nécessaire de la flétrir pour ranimer ses Anglois. Elle avoit feint un miracle, le régent feignit de la croire sorciere ; on l'accusa d'hérésie, de magie, & on condamna en 1431 à périr par le feu, celle qui ayant sauvé son roi, auroit eu des autels dans les tems héroïques. Charles VII. en 1454 réhabilita sa mémoire assez honorée par son supplice même.

On sait qu'étant en prison elle fit à ses juges une réponse admirable. Interrogée pourquoi elle avoit ôsé assister au sacre de Charles avec son étendart, elle répondit : " il est juste que qui a eu part au travail, en ait à l'honneur ". Les magistrats n'étoient pas en droit de la juger, puisqu'elle étoit prisonniere de guerre ; mais en la condamnant à être brûlée comme hérétique & sorciere, ils commettoient une horrible barbarie, & étoient coupables de fanatisme, de superstition & d'ignorance. D'autres magistrats du dernier siecle ne furent pas moins coupables en condamnant en 1617 Léonora Galligaï, maréchale d'Ancre, à être décapitée & brûlée comme magicienne & sorciere, & elle fit à ses juges une aussi bonne réponse que Jeanne d'Arc.

On peut lire ici les mémoires de du Bellay, l'abbé Langlet, hist. de la pucelle d'Orléans, & la dissertation de M. Rapin dans le iv. volume de son histoire. Au reste Monstrelet est le seul auteur qui ait été contemporain de Jeanne d'Arc.

Delisle (Claude) naquit à Vaucouleurs en 1644, & mourut à Paris en 1720, à 76 ans. On a de lui quelques ouvrages, entr'autres une relation du voyage de Siam, & un abrégé de l'histoire universelle en sept vol. in-12 ; mais sa principale gloire est d'être le pere de Guillaume Delisle, un des plus grands géographes de l'Europe. (D.J.)


VAUCOURS. m. terme de Poterie ; les potiers de terre nomment vaucour, une espece de table ou de large planche, soutenue sur deux piliers, placés devant la roue dont ces ouvriers se servent pour tourner leurs ouvrages de poterie ; c'est sur le vaucour qu'on prépare & qu'on arrange les morceaux de terre glaise. (D.J.)


VAUDPAYS DE, (Géog. mod.) en latin du moyen âge, comitatus Waldensis ; & en Allemand, Wath ; contrée de la Suisse, dépendante du canton de Berne. Ce pays où le peuple parle le françois ou le roman, & non pas l'Allemand, s'étend depuis le lac de Genève, jusqu'à ceux d'Yverdun & de Morat. Il touche à l'orient au pays de Gex, & le mont-Jura le sépare de la Franche-Comté vers l'occident. Il est assez probable, que ce pays a à-peu-près les mêmes bornes que le pagus Urbigenus de César, dont la ville d'Orbe, en latin Urba, retient le nom.

Quoi qu'il en soit, le pays de Vaud fit partie de la province nommée maxima sequanorum ; & sous les Bourguignons & les Francs, après la ruine de l'empire Romain, il fut de la Bourgogne transjurane. Les empereurs allemands ayant succédé aux rois de Bourgogne, donnerent le pays de Vaud aux princes de Zéringen. Dans la suite des tems, il fut partagé entre trois seigneurs ; savoir, l'évêque de Lausanne, le duc de Savoye, & les deux cantons de Berne & de Fribourg comptés pour un seigneur.

Le premier étoit seigneur de la ville de Lausanne, des quatre paroisses de la Vaux, d'Avenche & de Vevay. Les cantons de Berne & de Fribourg possédoient en commun les trois bailliages d'Orbe, de Granson & de Morat. Le duc de Savoye possédoit tout le reste, qu'il gouvernoit par un grand-bailli joint aux états du pays qui s'assembloient à Moudon. Ces états contenoient quatorze villes ou bourgs, dont les principaux étoient Moudon, Yverdun, Morges, Nyon, Romont, Payerne, Estavayer & Cossonay. Mais tout le pays de Vaud passa sous la puissance de Berne dans le tems de la réformation.

Le duc de Savoye s'avisa pour son malheur, de commencer par chagriner les Genevois, au sujet de leur changement de religion. La ville de Berne lui envoya des députés pour le prier de laisser à Genève, le libre exercice de la religion qu'elle avoit choisie. Les députés n'ayant rien pû obtenir, les Bernois leverent des troupes, entrerent en armes sur les terres du duc, & dans moins de cinq semaines, ils s'emparerent, non-seulement de ce qu'il possédoit dans le pays de Vaud, mais pénétrerent encore dans l'intérieur de la Savoye. Cette conquête se fit en 1536 sur Charles, duc de Savoye, qui avoit été dépouillé de ses états par François I. Enfin par la médiation des autres cantons Suisses, les Bernois remirent au duc tout ce qu'ils lui avoient pris au-delà du lac de Genève, à condition qu'ils demeureroient à perpétuité possesseurs du reste, dont ils sont encore aujourd'hui souverains. Comme ils s'étoient aussi emparés de la ville & de l'évêché de Lausanne, ils en garderent la possession, & abolirent généralement le culte de l'Eglise romaine dans toutes leurs conquêtes.

Rien de plus agréable que les deux quartiers du pays de Vaud, qui sont à droite & à gauche du lac de Zurich, ainsi que la partie qui est située proche du lac de Genève. " On admire ses riches & charmantes rives où la quantité de villes, le peuple nombreux qui les habite, les côteaux verdoyans & parés de toutes parts forment un tableau ravissant, terminé par une plaine liquide d'une eau pure comme le crystal ; pays où la terre par-tout cultivée, & par-tout féconde, offre aux laboureurs, aux pâtres, aux vignerons, le fruit assuré de leurs peines, que ne dévore point l'avide publicain. On voit le Chablais sur la côte opposée, pays non-moins favorisé de la nature, & qui cependant n'offre aux regards qu'un spectacle de misere. On distingue sensiblement les différens effets de deux gouvernemens pour la richesse, le nombre & le bonheur des hommes. C'est ainsi que la terre ouvre son sein fertile, & prodigue ses trésors aux heureux peuples qui la cultivent pour eux-mêmes. Elle semble sourire & s'animer au doux spectacle de la liberté ; elle aime à nourrir des hommes. Au contraire, les tristes masures, la bruyere, les ronces & les chardons qui couvrent une terre à demi-déserte, annoncent de loin qu'un maître absent y domine, & qu'elle donne à regret à des esclaves, quelques maigres productions, dont ils ne profitent pas. "

On connoît à cette peinture, brillante & vraie, l'Auteur d'Emile, d'Héloïse, & de l'Egalité des conditions. (D.J.)


VAUDEMONT(Géog. mod.) en latin Vadani mons, bourg du duché de Lorraine, au département du Barrois. Il a été long-tems le chef-lieu du comté de Vaudemont, mais il a depuis cédé cet honneur à la petite ville de Vezelize. (D.J.)


VAUDEVILLES. m. (Poésie) le vaudeville est une sorte de chanson, faite sur des airs connus, auxquels on passe les négligences, pourvû que les vers en soient chantans, & qu'il y ait du naturel & de la saillie.

Despréaux dans son art Poëtique, a consacré plusieurs beaux vers à rechercher l'origine, & à exprimer le caractere libre, enjoué & badin, de ce petit poëme, enfant de la joie & de la gayeté.

Si on l'en croit, le vaudeville a été en quelque sorte démembré de la satyre ; c'est un trait mordant & malin, plaisamment enveloppé dans un certain nombre de petits vers coupés, & irréguliers, plein d'agrément & de vivacité : Voici comme il en parle, après avoir peint l'esprit du poëme satyrique.

D'un trait de ce poëme, en bons mots si fertile

Le François né malin, forma le vaudeville

Agréable, indiscret, qui conduit par le chant

Passe de bouche en bouche, & s'accroît en marchant.

La liberté françoise en ces vers se déploie ;

Cet enfant de plaisir veut naître dans la joie.

Cependant le vaudeville ne s'abandonne pas toujours à une joie boufonne, il a quelquefois autant de délicatesse qu'une chanson tendre, témoin le vaudeville suivant qui fut tant chanté à la cour de Louis XIV, & dont Anacréon pourroit s'avouer l'auteur.

Si j'avois la vivacité

Qui fit briller Coulange ;

Si j'avois la beauté

Qui fit régner Fontange ;

Ou si j'étois comme Conti

Des graces le modele ;

Tout cela seroit pour Crequi,

Dût-il m'être infidele !

On dit qu'un Foulon de Vire, petite ville de Normandie, inventa les vaudevilles, qui furent d'abord nommés vaudevires, parce qu'on commença à les chanter au Vau de Vire.

André du Chesne, après avoir parlé de ce pays, dans ses antiquités des villes de France, dit que " d'icelui ont pris leur origine ces anciennes chansons qu'on appelle communément vaudevilles pour vaudevires, desquels, ajoute-t-il, fut auteur un Olivier Basselin, ainsi que l'a remarqué Belleforest. "

M. Ménage, qui a cité ces paroles, cite aussi celles de Belleforest, qui se trouvent au II. Vol. de sa cosmographie ; & il conclut de ce passage, & de quelques autres qu'il rapporte, que ceux-là se sont trompés, qui ont cru que ces chansons sont appellées vaudevilles, parce que ce sont des voix de ville, ou qu'elles vont de ville en ville. De ce premier sentiment ont été Jean Chardavoine, de Beaufort, en Anjou, dans un livre intitulé : Recueil des plus belles & des plus excellentes Chansons, en forme de voix de ville ; & Pierre de Saint-Julien, dans ses mêlanges historiques. M. de Callieret est pour le second sentiment, car il fait dire à son commandeur dans ses mots à la mode, que les Espagnols appellent passecalle, une composition en musique, qui veut dire passe-rue, comme, dit-il, nous appellons en France des vaudevilles, certaines chansons qui courent dans le public.

M. d'Hamilton, si connu par les mémoires du comte de Grammont, s'est amusé à quelques vaudevilles, dans lesquels régnent le sel, l'agrément, & la vivacité. Haguenier (Jean) bourguignon, mort en 1738 en a répandu dans le public qui sont gais & amusans ; mais Ferrand (Antoine) mort en 1719, âgé de quarante-deux ans, a particulierement réussi à faire des vaudevilles spirituels, & pleins de la plus fine galanterie. La plûpart ont été mis sur les airs de clavessin de la composition de Couperin. On trouve dans les vaudevilles de M. de Chaulieu, comme dans ses autres poésies négligées, des couplets hardis & voluptueux ; tous ces poëtes aimables n'ont point eu de successeurs en ce genre.

Je crois cependant que notre nation l'emporte sur les autres dans le goût & dans le nombre des vaudevilles ; la pente des François au plaisir, à la satyre, & souvent même à une gaieté hors de saison, leur a fait quelquefois terminer par un vaudeville les affaires les plus sérieuses, qui commençoient à les lasser ; & cette niaiserie les a quelquefois consolés de leurs malheurs réels.

Au reste, dit l'auteur ingénieux de la nouvelle Héloïse ; quand les François vantent leurs vaudevilles pour le goût & la musique, ils ont raison ; cependant à d'autres égards, c'est leur condamnation qu'ils prononcent ; s'ils savoient chanter des sentimens, ils ne chanteroient pas de l'esprit ; mais comme leur musique n'est pas expressive, elle est plus propre aux vaudevilles qu'aux opéra ; & comme l'italienne est toute passionnée, elle est plus propre aux opéra qu'aux vaudevilles. (D.J.)


VAUDEVRANGE(Géog. mod.) ville de Lorraine, dans le baillage allemand, sur la Saare. Voyez VALDEVRANGE. (D.J.)


VAUDOISS. m. pl. (Hist. ecclés.) sectaires qui parurent dans le christianisme au commencement du douzieme siecle ; nous ne pouvons mieux tracer en peu de mots leur origine, leurs sentimens, & leurs persécutions, que d'après l'auteur philosophe de l'essai sur l'histoire générale.

Les horreurs, dit-il, qui se commirent dans les croisades ; les dissensions des papes & des empereurs, les richesses des monasteres, l'abus que tant d'évêques faisoient de leur puissance temporelle, révolterent les esprits, & leur inspirerent dès le commencement du douzieme siecle, une secrette indépendance, & l'affranchissement de tant d'abus. Il se trouva donc des hommes dans toute l'Europe, qui ne voulurent d'autres loix que l'Evangile, & qui précherent à-peu-près les mêmes dogmes que les Protestans embrasserent dans la suite. On les nommoit Vaudois, parce qu'il y en avoit beaucoup dans les vallées de Piémont ; Albigeois, à cause de la ville d'Albi ; Bons-hommes, par la régularité & la simplicité de leur conduite ; enfin Manichéens, nom odieux qu'on donnoit alors en général à toutes sortes d'hérétiques. On fut étonné vers la fin de ce même siecle, que le Languedoc fût tout rempli de Vaudois.

Leur secte étoit en grande partie composée d'une bourgeoisie réduite à l'indigence, tant par le long esclavage dont on sortoit à peine, que par les croisades en terre-sainte. Le pape Innocent III. délégua en 1198. deux moines de Cîteaux pour juger les hérétiques, & nomma un abbé du même ordre pour faire à Toulouse les fonctions de l'évêque. Ce procedé indigna le comte de Foix & tous les seigneurs du pays, qui avoient déja goûté les opinions des réformateurs, & qui étoient également irrités contre la cour de Rome. L'abbé de Cîteaux parut avec l'équipage d'un prince ; ce qui ne contribua que davantage à soulever les esprits. Pierre de Castelnau, autre inquisiteur, fut accusé de se servir des armes qui lui étoient propres, en soulevant secrétement quelques voisins contre le comte de Toulouse, & en suscitant une guerre civile ; cet inquisiteur fut assassiné en 1207, & le soupçon tomba sur le comte.

Le pape forma pour lors la croisade contre les Vaudois ou Albigeois ; on en sait les événemens. Les croisés égorgerent les habitans de la ville de Béziers, réfugiés dans une église ; on poursuivit par le fer & le feu les Vaudois qui oserent se défendre ; au siege de Lavaur on fit prisonniers quatre-vingt gentils-hommes que l'on condamna tous à être pendus ; mais les fourches patibulaires étant rompues, on abandonna les captifs aux croisés qui les massacrerent ; on jetta dans un puits la soeur du seigneur de Lavaur, & on brûla autour du puits trois cent habitans qui ne voulurent pas renoncer à leurs opinions. Les évêques de Paris, de Lizieux, de Bayeux, étoient accouru au siege de Lavaur pour gagner des indulgences.

Rien n'est si connu des amateurs de recherches, que les vers provençaux sur les Vaudois de ce tems-là.

Que non volia maudir, ne jurar, ne mentir,

N'occir, ne avourar, ne prenre de altrui,

Ne stavengar de li suo ennemi,

Los dizons qu'és Vaudez, & los fezons morir.

Ces vers sont d'autant plus curieux, qu'ils nous apprennent les sentimens des Vaudois. Enfin la fureur de la croisade s'éteignit, mais la secte subsista toujours, foible, peu nombreuse, & cachée dans l'obscurité, pour renaître quelques siecles après, avec plus de force & d'avantage.

Ceux qui resterent ignorés dans les vallées incultes qui sont entre la Provence & le Dauphiné, défricherent ces terres stériles, & par des travaux incroyables, les rendirent propres au grain & au pâturage. Ils prirent à cens les héritages des environs, & enrichirent leurs seigneurs. Ils furent pendant deux siecles dans une paix tranquille, qu'il faut attribuer uniquement à la lassitude de l'esprit humain, après qu'il s'est long-tems emporté au zèle affreux de la persécution.

Les Vaudois jouissoient de ce calme, quand les réformateurs de Suisse & d'Allemagne apprirent qu'ils avoient des freres en Languedoc, en Dauphiné, & dans les vallées de Piémont ; aussi-tôt ils leur envoyerent des ministres, on appelloit de ce nom les desservans des églises protestantes : alors ces Vaudois furent trop connus, & de nouveau cruellement persécutés, malgré leur confession de foi qu'ils dédierent au roi de France.

Cette confession de foi portoit qu'ils se croyoient obligés de rejetter le baptême des petits-enfans, parce qu'ils n'ont pas la foi ; de penser qu'il ne faut point adorer la croix, puisqu'elle avoit été l'instrument de la passion de Jesus-Christ ; que dans l'eucharistie le pain demeuroit pain après la consécration, & que l'on fait tort à Dieu quand l'on dit que le pain est changé au corps de Christ ; qu'ils ne reconnoissoient que deux sacremens, savoir le baptême & la cêne ; qu'ils ne prioient point pour les morts ; que le pape ni les prêtres n'ont point la puissance de lier & de délier ; qu'il n'y a d'autre chef de la foi que notre Sauveur ; qu'il est impie à tout homme sur la terre de s'attribuer ce privilege ; enfin qu'aucune église n'a le droit de maîtriser les autres.

La réponse qu'on fit à cette confession de foi fut d'en traiter les sectateurs d'hérétiques obstinés, & de les condamner au feu. En 1540, le parlement de Provence décerna cette peine contre dix-neuf des principaux habitans du bourg de Mérindol, & ordonna que leurs bois seroient coupés, & leurs maisons démolies.

Les Vaudois effrayés députérent vers le cardinal Sadolet, évêque de Carpentras, qui étoit alors dans son évêché. Cet illustre savant, vrai philosophe puisqu'il étoit humain, les reçut avec bonté & intercéda pour eux ; Langeai, commandant en Piémont, fit surseoir l'exécution ; François I. leur pardonna à condition qu'ils abjureroient ; on n'abjure guere une religion sucée avec le lait, & à laquelle on sacrifie les biens de ce monde ; leur résolution d'y persister irrita le parlement provençal, composé d'esprits ardens. Jean Meynier d'Oppede, alors premier président, le plus emporté de tous, continua la procédure.

Les Vaudois enfin s'attrouperent ; d'Oppede aggrava leurs fautes auprès du roi, & obtint permission d'exécuter l'arrêt ; il falloit des troupes pour cette exécution ; d'Oppede, & l'avocat général Guerin, en prirent. Il paroît évident que ces malheureux Vaudois, appellés par le déclamateur Maimbourg, une canaille revoltée, n'étoient point du tout disposés à la révolte, puisqu'ils ne se défendirent pas, & qu'ils se sauverent de tous côtés, en demandant miséricorde ; mais le soldat égorgea les femmes, les vieillards, & les enfans qui ne purent fuir assez tôt. On compta vingt-deux bourgs mis en cendres ; & lorsque les flammes furent éteintes, la contrée auparavant florissante, fut un désert aride. Ces exécutions barbares donnerent de nouveaux progrès au calvinisme ; le tiers de la France en embrassa les sentimens. Essai sur l'hist. géner. tom. II. III. & IV. (D.J.)


VAUTOURVAUTOUR CENDRE, GRAND VAUTOUR, s. m. (Hist. nat. Ornitholog.) vultur cinereus, Wil. oiseau de proie plus gros que l'aigle ; il a trois piés six pouces de longueur, depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue, & trois piés deux pouces & demi jusqu'au bout des ongles ; la longueur du bec est de quatre pouces trois lignes, depuis sa pointe jusqu'aux coins de la bouche ; & la queue a un peu plus d'un pié ; l'envergure est de sept piés neuf pouces ; les aîles étant pliées s'étendent jusqu'aux trois quarts de la longueur de la queue ; la tête, la gorge, & le haut du cou, sont couverts d'un duvet brun ; il y a de plus sur la gorge plusieurs longues plumes minces qui ressemblent à des poils ; le bas du cou, le dos, le croupion, les grandes plumes des épaules, les petites plumes de la face inférieure & de la face supérieure des aîles, les plumes du dessus & du dessous de la queue, celles de la poitrine, du ventre, des jambes & des côtés du corps, sont d'un brun noirâtre ; les grandes plumes des aîles & celles de la queue ont la même couleur mêlée de cendré ; les piés sont couverts de plumes brunes jusqu'à l'origine des doigts dont la couleur est jaune : les ongles sont noirs : on trouve cet oiseau en Europe ; il reste sur les hautes montagnes, & il se nourrit par préférence de corps morts. Ornit. de M. Brisson, tom. I. Voyez OISEAU.

VAUTOUR DES ALPES, vultur alpinus, oiseau de proie de la grandeur de l'aigle ; il a la tête & le cou dégarnis de plumes & couverts d'un duvet blanc ; la peau qui est de chaque côté de la tête, entre l'oeil & le bec, n'a point de duvet, elle est d'un cendré bleuâtre ; il y a au-dessous du cou de longues plumes blanches qui forment une espece de collier ; les plumes du dos, des épaules, du croupion, du dessus de la queue, de la face supérieure des aîles, ont une couleur de rouille claire ; celles de la poitrine, du ventre, des jambes, & du dessous de la queue, sont d'un gris sale, & ont quelques taches de couleur de rouille ; la face intérieure des jambes est blanche ; les grandes plumes des aîles & celles de la queue sont noires ; l'iris des yeux a une couleur de noisette qui tire sur le rouge ; la peau qui couvre la base du bec est noire ; le bec a la même couleur noire, à l'exception de la pointe qui est blanchâtre ; les piés sont de couleur livide ou plombée, & les ongles noirs : on trouve cet oiseau sur les Alpes, & sur les autres montagnes élevées. Ornit. de M. Brisson, tome I. Voyez OISEAU.

VAUTOUR A TETE BLANCHE, vultur albus, Wil. oiseau de proie de la grosseur d'un coq ; il a deux piés trois pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue ; la longueur du bec est de deux pouces depuis sa pointe jusqu'aux coins de la bouche, & l'envergure a cinq piés neuf pouces ; la tête & le cou sont d'un très-beau blanc & ont des taches ou de petites lignes longitudinales brunes ; les plumes du dos, du croupion, du dessus de la queue & de la face supérieure des aîles, sont d'un noir couleur de suie, & ont des taches de couleur de marron, sur-tout celles du dessus des aîles ; il y a sur la poitrine une très-grande tache en forme de bouclier, de couleur de marron rougeâtre, qui s'étend jusqu'aux aîles ; les plumes du ventre, des côtés du corps & du dessous de la queue, sont d'un blanc mêlé d'une teinte de rouge obscur, & elles ont quelques taches de couleur de marron ; les jambes & les piés sont couverts jusqu'à l'origine des doigts de duvet & de très-petites plumes d'un jaune obscur, avec des taches longitudinales ; les plumes de la face inférieure des aîles, ont une très-belle couleur blanche ; les grandes plumes des aîles sont blanches depuis leur origine jusque vers la moitié de leur longueur, le resté est noirâtre ; les plumes de la queue sont blanches à leur origine, ensuite brunes, & elles ont l'extrêmité blanche ; la peau qui couvre la base du bec est d'un jaune couleur de safran ; le bec a une couleur bleuâtre, à l'exception de la pointe qui est noirâtre : on trouve cet oiseau en Europe sur les montagnes ; il se nourrit de petits oiseaux & de rats. Ornit. de M. Brisson, tome I. Voyez OISEAU.

VAUTOUR DU BRESIL, vultur brasiliensis, oiseau de proie, à-peu-près de la grosseur du milan royal ; son bec a deux pouces & demi de longueur, depuis sa pointe jusqu'aux coins de la bouche, & les aîles étant pliées, s'étendent un peu au-delà du bout de la queue. La tête & le cou sont couverts d'une peau, dont la surface est inégale, & qui a plusieurs couleurs mêlées ensemble, du bleu, du jaune couleur de safran, du blanchâtre & du brun roussâtre : cette peau est nue, il y a seulement quelques poils noirs. Les plumes des aîles, de la queue & de toutes les autres parties du corps sont d'un beau noir, qui change à certains aspects, qui paroît d'une belle couleur pourprée ou d'un beau verd. L'iris des yeux est rougeâtre, & les paupieres sont d'un jaune de safran ; la peau nue qui couvre la base du bec, a une couleur jaune mêlée d'une teinte de bleu, & le bec est blanc ; les piés sont de couleur de chair & les ongles noirs. Cet oiseau se nourrit de corps morts ; il mange aussi des serpens ; il passe la nuit sur des arbres ou sur des rochers. On le trouve à la Jamaïque, au Mexique, à S. Domingue, au Bresil, dans toute la Guiane & au Pérou. Ornit. de M. Brisson, tome I. Voyez OISEAU.

VAUTOUR BRUN, vultur fuscus, oiseau de proie, qui tient le milieu entre le faisan & le paon pour la grosseur ; il a un peu plus de deux piés de longueur, depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue, & un pié dix pouces jusqu'au bout des ongles. La longueur du bec est de deux pouces & demi, depuis sa pointe jusqu'aux coins de la bouche ; les aîles étant pliées s'étendent jusqu'aux trois quarts de la longueur de la queue. Le dessus de la tête est couvert d'un duvet brun, & le cou a des plumes étroites d'un brun foncé ou noirâtre. Les plumes du dos, du croupion, de la poitrine, du ventre, des côtés du corps, des jambes, & celles du dessus & du dessous de la queue sont brunes ; les petites plumes des aîles ont une couleur brune plus foncée, avec quelques taches blanches ; les grandes plumes des aîles sont d'un brun noirâtre, à l'exception de l'extrêmité des deux ou trois premieres qui est blanche & qui a quelques taches brunes : les plumes de la queue ont une couleur grise-brune. Le bec est noir ; les piés sont jaunâtres, & les ongles noirâtres. On trouve cet oiseau à Malthe. Ornit. de M. Brisson, t. I. Voyez OISEAU.

VAUTOUR DORE, vultur boeticus, Wil. oiseau de proie, plus grand & plus gros que l'aigle ; il a environ quatre piés huit pouces de longueur, depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue, & seulement trois piés sept pouces jusqu'au bout des ongles ; la longueur du bec est à-peu-près de sept pouces, depuis sa pointe jusqu'aux coins de la bouche : les plus longues plumes des aîles ont près de trois piés de longueur. La tête, la gorge, & le haut du cou sont couverts de duvet d'un blanc roussâtre ; le bas de la face supérieure du cou & la partie antérieure du dos ont des plumes entierement noires, à l'exception du tuyau qui est blanc ; les plumes de la partie postérieure du dos, celles du croupion & du dessus de la queue sont noirâtres. Les plumes du bas de la face inférieure du cou, de la poitrine, du ventre, des côtés du corps, des jambes, du dessous de la queue & celles de la face inférieure des aîles sont d'un doux plus foncé vers la tête, & plus clair vers la queue ; les petites & les moyennes plumes des aîles ont une couleur noire, & il y a quelques taches sur l'extrêmité des plumes moyennes, & des taches blanchâtres sur les petites ; la couleur des grandes plumes des aîles & de celles de la queue est brune. Les piés sont couverts jusqu'à l'origine des doigts de plumes d'un roux clair, & les ongles ont une couleur brune. On trouve cet oiseau sur les Alpes. Ornit. de M. Brisson, tome I. Voyez OISEAU.

VAUTOUR D'EGYPTE, vultur aegyptius, oiseau de proie, de la grosseur du milan royal, il est en entier d'un roux qui tire sur le cendré, avec des taches brunes. Il y a beaucoup de ces oiseaux en Egypte, & on en trouve aussi en Syrie & en Caramanie. Ornit. de M. Brisson, tome I. Voyez OISEAU.

VAUTOUR FAUVE, vultur fulvus, oiseau de proie, plus grand qu'un aigle ; il a trois piés huit pouces de longueur, depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue, & trois piés sept pouces & demi jusqu'au bout des ongles ; la longueur du bec est de quatre pouces trois lignes, depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche, & l'envergure est de huit piés : les aîles étant pliées, s'étendent presque jusqu'au bout de la queue. La tête, la gorge & le cou sont couverts d'un duvet blanc qui est très-court, & rare sur le cou, de sorte que le cou paroît être d'un gris-brun & bleuâtre qui est la couleur de la peau. Il y a au bas du cou une espece de collier composé de plumes longues de trois pouces fort étroites, & d'un très-beau blanc ; les plumes du dos, du croupion, du dessus de la queue, & les petites de la face supérieure & de la face inférieure des aîles sont d'un gris roussâtre : il y a quelques plumes blanches parmi celles des aîles. Les plumes de la poitrine, du ventre, des côtés du corps, & celles du dessous de la queue sont d'un blanc mêlé de gris-roussâtre ; la face extérieure des jambes est de même couleur que le dos ; la face intérieure & la partie supérieure des piés sont couverts d'un duvet blanc. Les grandes plumes des aîles & celles de la queue ont une couleur noire. Il y a au milieu de la poitrine une cavité assez grande, & garnie de longues plumes épaisses, & couchées sur la peau & dirigées vers le milieu de la cavité ; ces plumes sont un peu plus brunes que celles du dos. Le bec est noir à sa racine & à son extrêmité, le milieu a une couleur grise-bleuâtre ; les piés sont cendrés & les ongles noirs. Ornit. de M. Brisson, tome I. Voyez OISEAU.

VAUTOUR HUPE, vultur leporarius germanis, Wil. il est plus petit que le vautour doré, & il a plus de six piés d'envergure ; il est d'un roux noirâtre, à l'exception de la poitrine qui n'a presque pas de noirâtre. Ce vautour a une hupe qui ressemble assez bien à des cornes lorsqu'il la dresse ; elle n'est pas apparente quand il vole ; il a le bec & les ongles noirs, & les piés jaunes. Il marche très-vîte, chacun de ses pas a deux palmes de longueur ; il attaque & mange toutes sortes d'oiseaux, & même des lievres, des lapins, des renards & des faons ; il se nourrit aussi de poisson & de cadavres. Il poursuit sa proie non-seulement au vol, mais aussi à la course. Il fait son nid sur les arbres les plus élevés des forêts. Ornit. de M. Brisson, tome I. Voyez OISEAU.

VAUTOUR DES INDES, voyez ROI DES VAUTOURS.

VAUTOUR NOIR, vultur niger, Wil. oiseau de proie, plus grand & plus gros que le vautour doré ; il est entierement noir, à l'exception des plumes des aîles & de la queue qui sont brunes ; les piés ont des plumes jusqu'à l'origine des doigts. On trouve cet oiseau en Egypte. Ornit. de M. Brisson, tome I. Voyez OISEAU.

VAUTOUR, (Mat. méd.) beaucoup de matieres retirées de cet oiseau ont été mises au rang des remedes comme bien d'autres, & principalement sa fiente. Mais nous ne rappellons tant de fois ce vain fatras des anciens pharmacologistes, que pour donner une étendue convenable au tableau des fausses richesses, que les modernes ont sagement abandonnées. (b)


VAUTRAITS. m. (Vénerie) c'est la chasse qui se fait aux bêtes noires ; les grands seigneurs entretiennent pour courre les bêtes noires un équipage complet, qui se nomme vautrait ; il est composé de lévriers d'attache & de meutes de chiens courans. La chasse du vautrait doit commencer au mois de Septembre, lorsque les bêtes noires sont en bon corps.


VAUVERT(Géog. mod.) bourg que nos géographes nomment petite ville de France, dans le bas Languedoc, diocèse de Nîmes. Ce bourg n'a pas mille habitans. (D.J.)


VAUXLA, (Géog. mod.) pays de Suisse, dans le canton de Berne. C'est le quartier de pays qui se trouve entre Lausanne & Vevay. Il a trois lieues de longueur, & une lieue de largeur. Ce pays est fort raboteux. C'est proprement une chaîne de collines, dont la pente est rude, & qui s'éleve dès le bord du lac de Genève l'espace d'une lieue de largeur. Au-dessus de ces collines, on se trouve dans un pays solitaire, entrecoupé de bois, de champs & de prés. C'est l'extrêmité du Jurat, qui est une forêt de 3 à 4 lieues de longueur, & de deux lieues de largeur, sur une montagne, entre Lausanne & Moudon ; on la traverse dans sa largeur, quand on va de l'une de ces deux villes à l'autre. C'est-là la grande route de France en Allemagne.

Le pays de la Vaux n'est, pour ainsi dire, qu'un seul vignoble, qui porte le meilleur vin que produise le canton de Berne. Il est partagé en quatre paroisses, nommées Lutry, Cully, S. Saphorin & Corsier. On voit dans le temple de S. Saphorin une colonne antique, avec l'inscription suivante, faite à l'honneur de l'empereur Claude l'an 46 de Jesus-Christ. Tib. Claudius Drusi F. Caes. Aug. Germ. Pont. Max. Trib. Pot. VII. Imp. XII. P. P. Cos. IIII. F. A. XXXVII. (D.J.)


VAVASSEURS. m. (Hist. mod. & Juris.) dans les anciennes coutumes d'Angleterre, est un diminutif de vasseur ou vassal, & signifie le vassal d'un autre vassal, ou celui qui tient un fief d'un vassal qui releve lui-même d'un seigneur. Voyez VASSAL.

Cependant Cambden & d'autres prétendent que vavasseur est une dignité immédiatement au-dessous de celle de baron. Il ajoute que ce mot est formé de vas sortitum ad valetudinem, vase élu pour le salut ou la santé ; mais nous avouons que nous n'appercevons pas le rapport de cette étymologie. Celle qu'en donnent d'autres auteurs n'est guere plus heureuse, en disant que vavasseur vient de valvae, quasi obligatus sit adstare ad valvas domini, vel dignus sit eas intrare, c'est-à-dire que le vavasseur est une personne obligée d'attendre à la porte de son seigneur, ou qu'on juge digne d'entrer par cette porte : apparemment comme étoient autrefois les cliens chez les Romains.

Ducange distingue deux sortes de vavasseurs ; savoir les grands vavasseurs, nommés en latin valvasores, qui ne relevoient que du roi ; & les petits vavasseurs qui relevoient des premiers : comme on distinguoit en France grands & petits vassaux.


VAVASSORIES. f. (Hist. mod. Juris.) c'est le nom qu'on donnoit à la terre tenue en fief par un vavasseur.

" Ce qui est dit de la baronie ne doit point avoir lieu pour la vavassorie, ni pour d'autres fiefs audessous de la baronie, parce que ces fiefs inférieurs n'ont point de chef comme la baronie ". Bract. l. II. c. xxxix.

Il y a des vavassories basses ou roturieres, & des vavassories libres ou nobles, conformément à la qualité qu'il a plu au seigneur de donner à son vavasseur.

Les basses vavassories sont celles qui doivent au seigneur féodal des voitures, chevaux de main, rentes & autres services. Les vavassories libres ou franches, sont celles qui sont exemptes de ces servitudes.


VAX-HOLM(Géog. mod.) petite île de Suede, à trois lieues du port de Stockholm. Il y a dans cette île un fort avec une garnison, pour visiter tous les vaisseaux qui veulent entrer à Stockholm, ou qui en sortent.


VAX-VILLA-REPENTINA(Géog. anc.) lieu de l'Afrique propre, sur la route de Carthage à Alexandrie. On trouve dans le trésor de Gruter, p. 390. n°. 2. l'inscription suivante : P. Claudii. Pallanti. Honorat. Repentini. Lec. Pr. Pr. Provinciae Africae. Peut-être que le Repentinus de cette inscription étoit le fondateur du lieu. (D.J.)


VAXELS. m. (Saline) espece de boisseau dont on se sert dans les salines de Lorraine pour mesurer les sels. Le vaxel pese trente-quatre à trente-cinq livres. Il faut seize vaxels pour le muid. Voyez MUID & SEL. Dict. de Commerce.


VAYE, LA RADE DE(Géog. mod.) rade d'Italie, sur la côte de Gènes. C'est une grande anse de sable formée au moyen d'une grosse pointe qu'on appelle le cap de Vaye, qui s'avance en mer, paroissant de loin blanchâtre, & sur le sommet de laquelle il y a quelques vieilles ruines de fortifications.


VAYVODESou WOYWODES, s. m. pl. (Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne en langue sclavone aux gouverneurs des provinces de Valachie & de Moldavie. Woyna dans cette langue signifie guerre, & woda, conducteur, dux bellicus. Les Polonois désignent aussi sous le nom de woywodes ou vayvodes, les gouverneurs des provinces appellés plus communément palatins. Ce titre est pareillement connu dans l'empire russien ; on le donne aux gouverneurs des provinces dont le pouvoir est très-étendu. La Porte ottomane n'accorde que le titre de vayvodes ou de gouverneurs aux souverains chrétiens de Moldavie, de Valachie qui sont établis par elle, qui sont ses tributaires, & qu'elle dépose à volonté. Voyez VAIVODE.


VAZUA(Géog. anc.) ville d'Afrique propre. Ptolémée, l. IV. c. iij. la marque au nombre des villes situées entre la ville Thabraca & le fleuve Bagradas.


UBAYELL', (Géog. mod.) petite riviere de France dans la Provence : elle prend sa source près de l'Arche & de l'Argentiere, traverse la vallée de Barcelonnette, & se rend dans la Durance. (D.J.)


UBEDA(Géog. mod.) cité d'Espagne, au royaume de Jaën, dans l'Andalousie, à une lieue au nord-est de Baeça, dans un campagne fertile en vin, en blé & en fruits. Long. 15. 4. latit. 37. 46.


UBERLINGEN(Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans la Souabe, sur une partie du lac de Constance, à cinq lieues au nord-ouest de Lindaw. Elle est libre & impériale. Il s'y fait un bon commerce de blé. Long. 28. 50. lat. 47. 35.


UBIENSLES, (Géog. anc.) Ubii ; peuples de la Germanie, compris originairement sous le nom général des Staevones. Ils habitoient premierement au-de-là du Rhin. Leur pays étoit d'une grande étendue. Il confinoit du côté du nord au pays des Sicambres, ce qui est prouvé par la premiere expédition de César dans la Germanie transrhénane ; car lorsqu'il fut arrivé aux confins des Ubiens, il entra dans le pays des Sicambres ; & le Segus pouvoit servir de bornes entre ces deux peuples.

Du côté de l'orient, les Ubiens touchoient au pays des Cattes, comme le prouvent encore les expéditions que César, l. IV. c. xvj. & xjx. l. VI. c. jx. & x. fit au-delà du Rhin, & il est à croire que les sources de l'Adrana & de la Longana, étoient aux confins des deux peuples.

Au midi ils étoient limités par le Mein, qui les séparoit des Helvétiens, des Marcomans & des Sédusiens. Enfin on ne peut point douter que les Ubiens du côté du couchant ne fussent bornés par le Rhin ; car aux deux fois que César passa le Rhin, il entra d'abord dans le pays des Ubiens : outre que le pont qu'il fit à la seconde expédition, joignoit le pays de ces peuples à celui des Treviri. Spener, notit. Germ. ant. l. IV. c. j. & l. IV. c. iij.

Les Ubiens vivoient dans une perpétuelle inimitié avec les Cattes, dont ils devinrent même tributaires ; ce qui fit que les Ubiens furent les premiers des peuples au-delà du Rhin qui rechercherent l'alliance & la protection des Romains. Mais ils ne trouverent pas dans cette alliance & dans cette protection tout le secours dont ils avoient besoin pour se défendre contre des peuples à qui cette démarche les rendit odieux ; & ils couroient risque d'être entierement exterminés, si le consul M. Vipsanius Agrippa ne les eût transférés sur la rive gauche du Rhin, où ils prirent le nom du fondateur de leur colonie, qui l'an 716 de Rome, & 35 ans avant Jesus-Christ, leur bâtit une ville qui fut appellée colonia Agrippina, & Tacite donne le nom d'Agrippinenses à toute la nation.

Il ne paroît pas que les Ubiens eussent des chefs, duces, ou des rois pour les commander. Le commerce qu'ils avoient avec les Gaulois leur en avoient fait prendre quelques manieres ; & à l'exemple de ces peuples, ils avoient un sénat qui géroit les affaires générales ; aussi voyons-nous que les ambassadeurs des Tencteres s'adresserent au sénat de la colonie pour exposer la commission dont ils étoient chargés, & non à aucun prince ni chef. Lorsqu'ils eurent passé le Rhin, ils ne changerent point la forme de leur gouvernement, du-moins n'en a-t-on aucune preuve.

Quant aux bornes du pays qu'ils occuperent en-deçà du Rhin, aucun ancien ne les a déterminées. Cluvier prétend qu'ils avoient le Rhin à l'orient ; du côté du nord ils étoient bornés par une ligne tirée depuis l'embouchure du Roer dans la Meuse, jusqu'à l'endroit ou une autre riviere appellée aussi Roer, se jette dans le Rhin, ils confinoient de ce côté-là au pays des Menapii & des Gugerni ; le Roer, qui se jette dans la Meuse, les bornoit au couchant, & les séparoit du pays des Tongres ; & du côté du midi, l'Aar faisoit la borne entre leur pays & celui des Treviri. (D.J.)


UBIQUISTESou UBIQUITAIRES, s. m. plur. (Hist. ecclés.) secte de Luthériens qui s'éleva & se répandit en Allemagne dans le xvj. siecle, & qu'on nomma ainsi, parce que pour défendre la présence réelle de Jesus-Christ dans l'Eucharistie, sans soutenir la transubstantiation, ils imaginerent que le corps de J.C. est par-tout, ubique, aussi-bien que sa divinité.

On dit que Brentius, un des premiers réformateurs, fit éclorre cette hérésie en 1560, qu'immédiatement après Mélancthon s'éleva contre cette erreur, disant que c'étoit introduire, à l'exemple des Eutychiens, une espece de confusion dans les deux natures en Jesus-Christ ; & en effet il la combattit jusqu'à sa mort.

D'un autre côté, Andrew, Flaccius Illyricus ; Osiander, &c. épouserent la querelle de Brentius, & soutinrent que le corps de J. C. étoit par-tout.

Les universités de Leipsic & de Vittemberg & plusieurs protestans s'opposerent en vain à cette nouvelle doctrine. Le nombre des Ubiquistes augmenta. Six de leurs chefs, savoir Schmidelin, Selneur, Musculus, Chemnitz, Chytraeus & Cornerus s'étant assemblés en 1577 dans le monastere de Berg, ils y composerent une espece de formulaire où l'ubiquité fut établie comme un article de foi.

Cependant tous les Ubiquistes ne sont point d'accord. Les Suédois, par exemple, pensent que le corps de Jesus-Christ pendant le cours de sa vie mortelle étoit présent par-tout ; d'autres soutiennent que ce n'est que depuis son ascension qu'il a cette propriété.

Hornius n'attribue à Brentius que la propagation de l'ubiquisme, & il en rapporte l'invention à Jean de Westphalie, qu'on nomme autrement Westphale, ministre de Hambourg en 1552.

UBIQUISTE, s. m. dans l'université de Paris, signifie un docteur en Théologie, qui n'est attaché à aucune maison particuliere ; c'est-à-dire, qui n'est ni de la maison de Sorbonne, ni de celle de Navarre. On appelle simplement les ubiquistes, docteurs en Théologie, ou docteurs de Sorbonne, au-lieu que les autres se nomment docteurs de la maison & société de Sorbonne, docteurs de la maison & société royale de Navarre. Voyez SORBONNE, DOCTEUR, &c.


UBITRES. m. (Hist. nat.) poisson qui se trouve dans les mers du Brésil ; il a, dit-on, la queue fort longue, & semblable à celle d'une vache, & il la releve de même.


UCCELLO(Géogr. mod.) montagne des Alpes, l'une des croupes du mont Saint-Gothard. On l'appelle autrement Vogelsberg, c'est-à-dire, la montagne de l'oiseau. Voyez VOGELSBERG.


UDENHEIM(Géogr. mod.) ville d'Allemagne, dans l'évêché de Spire, à la droite du Rhin. Elle a été fortifiée dans le dernier siecle, & a pris depuis ce tems-là le nom de Philipsbourg. V. PHILIPSBOURG.


UDESSE(Géog. mod.) province des Indes, au royaume de Bengale, à l'orient de Daca, sur les frontieres du royaume de Tipra. (D.J.)


UDINE(Géog. mod.) en latin Utina, Utinum, ville d'Italie, dans l'état de Venise, capitale du Frioul, entre le Tajamento & le Lisonzo, à 8 milles au sud-ouest de Cividad di Friuli, & à 20 mille au couchant de Garitz. L'air y est tempéré, & le terroir fertile en grains, en vin & fruits délicieux. Long. 30. 45. lat. 46. 10.

Léonard de Utino, ainsi nommé parce qu'il étoit né à Udine, entra dans l'ordre de S. Dominique, & fut un des plus célebres prédicateurs de son tems. Ses sermons écrits en latin, ont eu un débit prodigieux dans le xv. siecle ; cependant quelques éloges qu'on en ait fait, ils tenoient beaucoup du caractere de ceux de Barlette, de Maillard & de Menot ; & si l'on n'y trouve pas des turlupinades semblables aux leurs, dumoins y rencontre-t-on des plaisanteries peu dignes de la gravité de la chaire ; telle est celle-ci tirée du sermon xliij.

Foemina corpus, animam, vim, lumina, vocem,

Polluit, annihilat, necat, eripit, orbat, acerbat.

On a publié les sermons de ce dominicain sous le titre de sermones aurei, & Bayle dit qu'ils furent imprimés pour la premiere fois l'an 1446. A la vérité il produit ses garans, mais il devoit au-contraire censurer une semblable erreur, puisque l'Imprimerie n'a point été connue, ni pratiquée dans aucun pays du monde, avant l'an 1450. La premiere édition des sermons d'or du dominicain d'Udine est de l'an 1473. sans nom de ville, ni d'imprimeur, en 2. vol. in-fol.

Amaseus (Romulus), un des savans de Rome qui brillerent le plus sous le pontificat de Jules III. étoit natif d'Udine. Il a fait paroître son intelligence de la langue grecque par la traduction de Pausanias, & par celle de l'ouvrage de Xénophon, qui concerne l'expédition du jeune Cyrus. Il naquit en 1489, & mourut vers l'an 1550.

Robortello (François), autre critique du xvj. siecle, naquit à Udine, & mourut à Padoue en 1567 à 51 ans. On a de lui un traité de l'histoire, des commentaires sur plusieurs des poëtes grecs & latins, & des ouvrages polémiques pleins d'aigreur & de violence, en particulier contre Alciat, Sigonius & Baptiste Egnatius, qui lui répondit finalement l'épée à la main, ce qui termina la dispute. (D.J.)


UDINI(Géog. anc.) ancien peuple de la Scythie. Pline, l. VI. ch. xij. qui en parle, le met à la droite, à l'entrée du détroit, par lequel on croyoit anciennement que la mer Caspienne communiquoit avec la mer Chronienne.


UDNONS. m. (Bot. exot.) nom donné par Théophraste & Dioscoride, à la truffe qu'on mangeoit communément à la table de leur tems. Dioscoride dit qu'elle étoit lisse en-dehors, rougeâtre en-dedans, qu'on la tiroit de terre, où elle étoit enfouie à une légere profondeur, & qu'elle n'avoit ni tige, ni fleurs, ni feuilles. Cette même truffe se trouve encore de nos jours en Italie. Les Grecs connoissoient une autre espece de truffe d'Afrique, & qu'ils nommoient cyrénaïque ; cette derniere truffe étoit blanche en-dehors, d'un excellent goût, & d'une odeur charmante. (D.J.)


UDON(Géog. anc.) fleuve de la Sarmatie asiatique. Son embouchure dans la mer Caspienne, est marquée par Ptolémée, l. V. c. ix. entre les embouchures de l'Alonias & du Rha. (D.J.)


UDSTETou YSTED, (Géog. mod.) ville de Suede, dans la Scanie, sur la côte méridionale de cette province, à neuf lieues de Lunden, à deux de Malmoe, & à trois de Christianstad. (D.J.)


Vou VAY, (Géog. mod.) en latin Vadum, nom qu'on donne en Normandie à des gués qui sont à l'embouchure des rivieres de Vire, d'Oure, & de Tante dans la Manche. (D.J.)


VÉADARS. m. (Calend. judaïque) nom du treizieme mois dans le calendrier judaïque, dont les Juifs font l'intercalation entre le sixieme & le septieme mois, sept fois dans dix-neuf ans ; savoir à la troisieme, à la sixieme, à la huitieme, à la onzieme, à la quatorzieme, à la dix-septieme, & à la dix-neuvieme année. (D.J.)


VEAMINI(Géog. anc.) peuples des Alpes. Pline, l. III. c. xx. les met au nombre de ceux qui furent subjugués par Auguste ; leur nom se trouve dans l'inscription du trophée des Alpes. Selon le P. Hardouin, les Veamini occupoient le pays qui forme aujourd'hui le diocèse de Sénez. (D.J.)


VEASCIUM(Géog. anc.) ville d'Italie, selon Diodore de Sicile, liv. XIV. ch. cxviij. qui dit que les Gaulois, après être sortis de Rome, attaquerent cette ville, qui étoit alliée des Romains ; mais que Camille étant survenu, les défit entierement. Ortélius, qui prétend mal-à-propos que cette ville fut pillée par les Gaulois, n'est pas mieux fondé à croire qu'elle étoit dans l'Etrurie. Plutarque, in Camillo, nous apprend que les Gaulois avoient pris une route toute opposée, puisqu'ils avoient été camper à huit milles de Rome, sur le chemin de Gabies, par conséquent dans le Latium, & à l'orient de Rome. Cela donne lieu de soupçonner que la ville Veascium de Diodore de Sicile, pourroit bien être la ville de Gabies, Gabii. (D.J.)


VEAUS. m. (économ. rust.) le petit de la vache.

VEAU, (Diete & Mat. méd.) la chair du veau très-jeune est médiocrement nourrissante. Elle est regardée comme humectante & rafraîchissante ; & c'est à cause de ces deux dernieres qualités qu'on en emploie la décoction ou le bouillon à demi - fait pour tisane ou boisson ordinaire dans les maladies inflammatoires : cette boisson est connue sous le nom d'eau de veau, elle est très-analogue à l'eau de poulet.

La chair du veau, & sur-tout du jeune veau qui tete encore, a le défaut de la plûpart des chairs des autres animaux très-jeunes, elle lâche le ventre, & purge même quelques sujets. On corrige ces qualités par divers assaisonnemens, soit acides, soit aromatiques & piquans, comme l'oseille, le vinaigre, le poivre, &c. Mais comme ces assaisonnemens sont défendus par eux-mêmes aux sujets délicats & aux convalescens, ce n'est pas une ressource pour eux, & comme d'ailleurs le veau ne sauroit être regardé comme une viande absolument saine, le mieux est de la leur refuser ; quant aux usages diététiques des piés de veau, du foie de veau, &c. voyez ce qui est dit du pié, du foie, &c. des animaux à l'article général VIANDE. (b)

VEAU, (Corroyerie) on tire du veau deux sortes de marchandises pour le négoce, savoir la peau & le poil. Les peaux de veau se préparent par les Tanneurs, Mégissiers, Corroyeurs & Hongrieurs, qui les vendent aux Cordonniers, Selliers, Bourreliers, Relieurs de livres, & autres semblables artisans qui les mettent en oeuvre ; les peaux de veau corroyées qui se tirent d'Angleterre sont les plus estimées.

Le vélin, qui est une espece de parchemin, se fait de la peau d'un veau mort-né, ou de celle du petit veau de lait : c'est le mégissier qui commence à le préparer, & le parcheminier qui l'acheve.

Le poil des veaux se mêle avec celui des boeufs & des vaches, pour faire la bourre qui sert à rembourrer les selles des chevaux, les bâts des mulets, & les meubles de peu de valeur. Les marchands Libraires, les Relieurs de livres, disent qu'un livre est relié en veau-fauve, pour faire entendre que la peau de veau qui le couvre est blanchâtre & toute unie, sans avoir été marbrée, ni rougie, ni noircie. (D.J.)

VEAU PASSE EN SUMAC, (Corroyerie) c'est du veau corroyé en noir du côté de la fleur, auquel on donne avec le sumac une couleur orangée du côté de la chair ; ce sont les maîtres ceinturiers qui emploient cette sorte de cuir. (D.J.)

VEAU FAUVE ; les Relieurs appellent une reliure en veau-fauve celle dont la peau n'est point jaspée, & dont on a conservé la couleur naturelle qui est blanche en son entier. Pour relier en veau-fauve, il faut que les peaux soient belles, sans taches ni autres défectuosités ; il est fâcheux que la délicatesse de ces peaux en ôte promtement la propreté ; au-reste, cette reliure se fait tout-comme les autres. Voyez RELIURE.

VEAU, (Charpent.) les Charpentiers appellent ainsi le morceau de bois qu'ils ôtent avec la scie du dedans d'une courbe droite ou rampante, pour la tailler. (D.J.)

VEAU, (Critique sacrée) cet animal a servi dans l'Ecriture à plusieurs métaphores, où il s'emploie dans des sens différens. Il se prend pour un ennemi en fureur dans le ps. xxj. 13. plusieurs ennemis furieux, vituli multi m'ont environné ; ailleurs des personnes simples & douces sont désignées sous le nom de ces animaux, comme dans Is. xj. 7. l'ours & le veau paîtront ensemble, c'est-à-dire que des gens foibles & simples ne craindront plus ceux qui leur paroissent si redoutables. Ailleurs encore, comme dans Malach. iv. 2. des personnes qui sont dans la joie sont comparés à des veaux qui bondissent dans la prairie ; mais les veaux des levres dans Osée, xiv. 3. reddemus vitulos labiorum nostrorum, est une expression métaphorique bien bizarre pour marquer les louanges, les hymnes, les prieres que les captifs de Babylone adressoient au Seigneur, parce qu'ils n'étoient plus à portée de lui offrir des sacrifices dans son temple. (D.J.)

VEAU D'OR, (Critiq. sacrée) idole que les Israëlites adoroient au pié du mont Sinaï ; l'histoire en est rapportée dans l'Exode chap. xxxij. Ce fut à l'imitation des Egyptiens qu'Aaron fit le veau d'or dans le désert, & Jéroboam ceux qu'il dressa à Dan & à Béthel pour y être adorés des enfans d'Israël, comme les dieux qui les avoient tirés du pays d'Egypte. Les Israëlites se familiariserent peu-à-peu avec la nouvelle religion de Jéroboam. Ils furent enchantés de l'aisance de ce culte, & l'exercerent jusqu'à la ruine de Samarie & la dispersion des dix tribus ; mais pour ce qui regarde le veau d'or d'Aaron, Moïse outré de voir le peuple danser tout-autour, brisa les tables de la loi, prit le veau d'or, le fit fondre, & le réduisit en poudre d'or, par une manipulation qui n'est point décrite, mais qu'il est fort singulier qu'on connût déjà ; il jetta cette poudre dans le torrent, pour anéantir à jamais ce monument de l'idolâtrie des Hébreux. (D.J.)

VEAU MARIN, (Hist. nat.) phoca, animal amphibie, qui a beaucoup de rapport à la vache marine & au lamantin pour la forme du corps & des piés, &c. Sa longueur est d'environ quatre piés depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue, qui n'est longue que de trois pouces ; il a les yeux grands & enfoncés dans les orbites, le cou oblong, & la poitrine large ; on ne voit qu'un trou à l'endroit de chacune des oreilles. Le poil de cet animal est court, ferme, & de couleur grise luisante, avec des taches noires sur le dessus du corps ; le dessous est d'un blanc sale & jaunâtre ; il y a des chiens de mer qui sont noirs en entier. Regn. anim. pag. 230. Voyez QUADRUPEDE.

Si les veaux marins peuvent rester long-tems sous l'eau par le secours du trou ovale dont on a parlé, ils font aussi un furieux vacarme quand ils sortent de la mer pour se retirer dans des cavernes, & se livrer à l'amour ; c'est alors, dit M. de Tournefort, qu'ils font des cris si épouvantables pendant la nuit, que l'on ne sait si ce sont des animaux d'un autre monde. Quelques commentateurs de Pline sont partagés si ces animaux crient en veillant ou en dormant ; on voit bien que ces gens-là ne sont pas sortis de leur cabinet ; nos matelots qui vont dans le Levant sont bien mieux instruits, pour avoir vû les veaux marins dans le tems de leur rut, & en avoir tué dans leurs réduits.


VEBEHASOUS. m. (Hist. nat. Bot.) arbre du Brésil, dont les feuilles ressemblent à celles du chou. Son fruit est d'une grande douceur, qui fait que les abeilles en sont très-friandes.


VECCHIADOSterme de Relation, c'est ainsi que les Grecs d'Athènes moderne nomment les vingtquatre vieillards qu'ils choisissent dans les meilleures familles chrétiennes, pour régler les affaires qui surviennent de chrétien à chrétien.


VECHT(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, en Westphalie, dans l'évêché de Munster, sur la riviere de son nom.

VECHT, le, (Géog. mod.) 1°. riviere d'Allemagne, en Westphalie ; elle prend sa source dans l'évêché de Munster ; à cinq milles de la ville de ce nom, elle entre dans l'Over-Yssel, & se perd dans le Zuyderzée. 2°. On nomme Vecht, la partie du Rhin, qui sortant d'Utrecht, arrose plusieurs lieux, comme Marsen, Breukelen, Nieuwersluis, Weson, Muyden, & se perd enfin dans le Zuiderzée.


VECTEURRAYON, adj. en Astronomie, est une ligne qu'on suppose tirée d'une planete qui se meut autour d'un centre ou du foyer d'une ellipse, à ce centre ou à ce foyer ; ce mot vient du latin vehere, porter. Voyez PLANETE, &c. Chambers.

On appelle ainsi cette ligne, parce que c'est celle par laquelle la planete paroit être portée, & au moyen de laquelle elle décrit des aires proportionnelles au tems autour du foyer de son orbite que le soleil occupe.


VECTIS(Géogr. anc.) île de la mer Britannique. Ptolémée, liv. II. c. ij. la marque au midi du grand port ; mais quelques exemplaires, au-lieu de Vectis, lisent Victesis, . Pline, l. IV. c. xvj. la connoit sous le nom de Vectis ; & Eutrope, aussi-bien que le panégyriste de Maximilien, écrivit Vecta. Je jugerois, dit Ortélius, que ce seroit l'Icta de Diodore de Sicile ; mais je n'adopterois pas les fables qu'il débite par rapport au reflux de la mer ; le nom moderne de cette île est Wight. (D.J.)


VEDAMS. m. (Hist. superst.) c'est un livre pour qui les Brames ou nations idolâtres de l'Indostan ont la plus grande vénération, dans la persuasion où ils sont que Brama leur législateur l'a reçu des mains de Dieu même. Cet ouvrage est divisé en quatre parties à qui l'on donne des noms différens. La premiere que l'on nomme rogo, roukou ou ouroukou Vedam traite de la premiere cause & de la matiere premiere ; des anges ; de l'ame ; des récompenses destinées aux bons, des peines réservées aux méchans ; de la production des êtres & de leur destruction ; des péchés, & de ce qu'il faut faire pour en obtenir le pardon, &c. La seconde partie se nomme jadara ou issurevedam, c'est un traité du gouvernement ou du pouvoir des souverains. La troisieme partie se nomme sama-vedam, c'est un traité de morale fait pour inspirer l'amour de la vertu & la haine du vice. Enfin la quatrieme partie appellée addera-vedam, brama-vedam, ou latharvana-vedam, a pour objet le culte extérieur, les sacrifices, les cérémonies qui doivent s'observer dans les temples, les fêtes qu'il faut célébrer, &c. On assure que cette derniere partie s'est perdue depuis long-tems, au grand regret des bramines ou prêtres, qui se plaignent d'avoir perdu parlà une grande partie de leur considération, vû que si elle existoit, ils auroient plus de pouvoir que les rois mêmes ; peut-être sont-ce ces derniers qui, jaloux de leur autorité, ont eu soin de soustraire les titres sacrés sur lesquels celle des prêtres pouvoit être établie aux dépens de la leur.

On voit par-là que le vedam est le fondement de la théologie des Brames, le recueil de leurs opinions sur Dieu, l'ame & le monde ; on ajoute qu'il contient les pratiques superstitieuses des anciens pénitens & anachoretes de l'Inde. Quoi qu'il en soit, la lecture du vedam n'est permise qu'aux bramines ou prêtres & aux rajahs ou nobles, le peuple ne peut pas même le nommer ni faire usage des prieres qui y sont contenues, non-seulement parce que ce livre contient des mysteres incompréhensibles pour le vulgaire, mais encore parce qu'il est écrit dans une langue qui n'est entendue que des prêtres ; on prétend même que tous ne l'entendent point, & que c'est tout ce que peuvent faire les plus habiles docteurs d'entre eux. En effet, on assure que le vedam est écrit dans une langue beaucoup plus ancienne que le sanskrit qui est la langue savante connue des bramines. Le mot vedam signifie science. Les Indiens idolâtres ont encore d'autres livres sur qui la religion est fondée ; tels sont le shaster & le pouran. Voyez ces deux articles. Le respect que les bramines ont pour le vedam est cause qu'ils n'en veulent communiquer des copies à personne ; malgré ces obstacles les jésuites missionnaires sont parvenus à obtenir une copie du vedam par le moyen d'un bramine converti ; le célebre dom Calmet en a enrichi la bibliotheque du Roi en 1733. Voyez l'Histoire universelle d'une société de savans d'Angleterre, hist. mod. tom. VI. in-8°.


VEDELA, (Géog. mod.) petite riviere de France, dans la Touraine. Elle passe à Richelieu, & se jette dans la Vienne, près de Chinon. (D.J.)


VEDETTES. f. (Art milit.) c'est dans le service de la cavalerie ce qu'on appelle sentinelle dans celui de l'infanterie. Les vedettes se placent dans les lieux les plus favorables, pour découvrir le plus d'étendue de terrein qu'il est possible dans les environs du camp ; elles sont tirées des grand-gardes ou gardes ordinaires. Voyez GARDE ORDINAIRE. (Q)


VEDIANTII(Géog. anc.) peuples d'Italie, dans les Alpes, selon Pline, liv. III. c. v. qui nomme leur ville Oppidum Vediantiorum civitatis Cemelion. Ces peuples, dit le P. Hardouin, faisoient partie des Liguriens Capillati. Ptolémée, l. III. c. nomme leur ville Cemelenum vendiontiorum, & la place dans les Alpes maritimes ; c'est aujourd'hui Cimiez, près de Nice. (D.J.)


VEDRA(Géog. anc.) fleuve de la grande Bretagne. Ptolémée, l. II. c. ij. marque l'embouchure de ce fleuve, entre celle de l'Alaunus & Dunum sinus, sur la côte orientale de l'île ; cette riviere se nomme présentement Weere. (D.J.)


VEDROS. m. (Commerce) mesure de liquides usitée en Russie, qui contient environ 25 pintes.


VEERE(Géogr. mod.) Voyez WEERE.


VEGA-RÉAL(Géog. mod.) grande plaine de l'île Hispaniola. Cette plaine a environ soixante-dix lieues de long du nord au sud, & dix dans sa plus grande largeur. Elle est arrosée de quelques grandes rivieres aussi larges que l'Ebre ou le Guadalquivir, & d'un nombre prodigieux de petits ruisseaux, d'une eau pure & fraîche. La plus grande partie de cette plaine formoit autrefois un royaume, dont la capitale étoit au méme lieu, où les Espagnols bâtirent depuis la ville de la Conception de la Vega. (D.J.)


VEGELVEGER, & BEGè ou BEGER, (Géog. mod.) dans quelques cartes ; petite ville d'Espagne, dans l'Andalousie, à l'entrée du détroit de Gibraltar, sur une colline, près du rivage de l'Océan, à 7 lieues au midi de Cadix, dans un terroir sec & aride. Long. 11. 30. latit. 36. (D.J.)


VEGESELA(Géog. anc.) l'itinéraire d'Antonin marque deux villes de ce nom en Afrique, l'une dans la Numidie, & l'autre dans la Byzacene ; la derniere étoit un siege épiscopal. (D.J.)


VÉGÉTABLEadj. en Physiologie, est un terme qu'on applique à toutes les plantes, entant qu'elles sont capables de croître, c'est-à-dire à tous les corps naturels qui ont les parties organisées pour la génération & pour l'accroissement, mais non pas pour la sensation. Voyez PLANTE.

On suppose que dans les végétaux il y a un principe de vie, que l'on appelle communément l'ame végétative. Voyez VEGETATIF & VEGETATION.

Boerhaave définit savamment le corps végétable, un corps engendré de la terre, à laquelle il adhere ou tient par des parties, nommées racines, par le canal desquelles il reçoit la matiere de sa nourriture & de son accroissement, & formé de sucs & de vaisseaux distingués sensiblement les uns des autres ; ou bien, c'est un corps organisé, composé de sucs & de vaisseaux que l'on peut toujours distinguer les uns des autres, & auquel croissent des racines ou des parties, par lesquelles il adhere à quelqu'autre corps dont il tire la matiere de sa vie & de son accroissement.

Cette définition nous donne une idée juste & parfaite du corps végétable ; car en disant qu'il consiste en sucs & en vaisseaux, on le discerne du fossile ; & en disant qu'il adhere à quelqu'autre corps & qu'il en tire sa nourriture, on le distingue parfaitement d'un animal. Voyez FOSSILE, ANIMAL.

On le définit un corps organisé, parce qu'il est formé de différentes parties, lesquelles concourent ensemble à l'exercice des mêmes fonctions. Voyez ORGANISE.

Il adhere par quelques unes de ses parties à un autre corps ; puisque nous ne connoissons point de plante sur la terre si vague & si flottante qui ne soit toujours adhérente à un corps tel qu'il soit, quoique ce corps soit de différente nature, comme est la terre à l'égard de nos plantes communes, la pierre à l'égard des plantes de roche, comme l'eau à l'égard des plantes de mer, & enfin comme l'air à l'égard de quelques mucilages.

Pour ce qui est d'un petit nombre de plantes qui semblent flotter sur l'eau, leur maniere de croître est un peu anomale ou irréguliere. M. de Tournefort a fait voir que toutes les plantes ne naissent point absolument des semences, mais il y en a qui, au-lieu de jetter de la semence, déposent ou font tomber une petite goutte de seve, laquelle, en s'enfonçant dans l'eau, atteint par sa pesanteur naturelle jusqu'au fond de la mer, ou rencontre en chemin quelque rocher où elle s'attache, prend racine & jette des branches : telle est, par exemple, l'origine du corail.

Ajoutez à cela qu'il est indifférent de quelle maniere une plante jette sa racine, soit en-haut, soit en-bas ; par exemple, l'aloës, le corail, la mousse & les champignons ont souvent la racine en-haut & croissent vers la terre.

La structure vasculaire des végétables a été rendue fort sensible par une expérience de M. Willugby : on coupe quelques branches des plus épaisses de bouleau, on applique à leurs extrêmités une espece de bassin ou réservoir de cire molle ; on l'emplit d'eau, & on tient les branches droites : dans cet état, l'eau descend en peu de minutes dans les vaisseaux de bois, & s'écoule entierement à-travers la longueur des branches en tombant goutte-à-goutte & très-promtement, ce qu'elle continue de faire tant que l'on verse de l'eau dans le bassin. La même expérience réussit dans le sycomore & le noyer, mais l'écoulement n'est pas si copieux. Voyez les Transactions philosophiques, n °. 70.

Il y a des secrets pour hâter l'accroissement des végétables d'une maniere surprenante. M. Boyle fait mention d'un savant qui, à la fin du repas, régala ses amis d'une salade de laitue qu'il avoit semée en leur présence immédiatement avant de se mettre à table.

Les Chymistes nous fournissent aussi une sorte de végétaux fort extraordinaires, comme l'arbre de Diane, l'arbre de Mars, &c. En effet de l'or, de l'argent, du fer & du cuivre ayant été préparés dans de l'eau-forte, il s'en éleve une espece d'arbre qui végete & croît à vue-d'oeil, & étend ses branches & ses feuilles de toute la hauteur de l'eau jusqu'à ce qu'il ait épuisé & dépensé toute la matiere qui est au fond. Voyez ARBRE DE DIANE, &c.

Cette eau est appellée par les Chymistes flent water, & c'est Rhodocanasses, chymiste grec, qui en a communiqué le secret.

Huile végétable, voyez HUILE.


VÉGÉTALadj. & subst. (Gram.) c'est le terme le plus étendu de la Botanique. Il se dit de toute plante & de tout ce qui croît par la végétation, ou à la maniere des plantes. Voyez VEGETAUX, VEGETATION METALLIQUE.

VEGETAL, (Chymie ou analyse végétale) une substance végétale, une matiere végétale est pour le chymiste un corps quelconque provenu du regne végétal, soit que ce corps soit organisé, tel que les végétaux entiers, ou leurs différentes parties, tiges, racines, fleurs, &c. ou qu'il soit non-organisé, comme divers sucs concrets ou liquides, tels que les baumes, les résines, la gomme, &c. & enfin les produits quelconques des travaux chymiques sur les substances végétales, tels que l'esprit-de-vin, l'alkali fixe, diverses huiles, &c. sont encore des substances végétales.

Les matieres végétales organisées, ou tissues, texta, (voyez TISSU, Chymie) ne different chymiquement des matieres végétales non organisées, que par leur ordre respectif de composition ; elles sont entre elles comme le composé est à ses principes ; car le tissu végétal est chymiquement formé par le concours de plusieurs de ces matieres végétales non organisées, soutenues par une charpente terreuse plus ou moins renforcée, & dans laquelle réside principalement l'organisation, dont les Chymistes ne se mettent point en peine, ou ce qui est la même chose, qui n'est point un objet chymique.

Les substances végétales de la premiere espece, les végétaux proprement dits, sont offerts immédiatement par la nature ; les substances végétales non organisées qui sont, comme nous venons de l'observer, les principes communs des végétaux, se présentent aussi quelquefois d'eux-mêmes, comme la gomme vulgaire, les baumes, les bitumes, que les Chymistes regardent avec beaucoup de probabilité, comme ayant une origine végétale. (Voyez CHARBON DE TERRE, &c.) Mais plus souvent ils ne sont manifestés que par l'art qui les a successivement tirés des végétaux pour divers usages. Il est clair par le simple énoncé que les substances végétales de la troisieme espece, savoir les produits des opérations chymiques, sont toujours des présens de l'art.

L'énumération des différentes substances organisées, sur lesquelles les Chymistes se sont exercés, est assez connue ; elle renferme les tiges soit ligneuses, soit herbacées, les racines ligneuses, charnues, bulbeuses, &c. les écorces, les feuilles, les calices des fleurs, les pétales, les pistils, les étamines, & même leurs poussieres, les semences, & toutes leurs différentes especes d'enveloppe, parmi lesquelles on doit compter les pulpes des fruits & leurs écorces ; toutes leurs especes de plantes moins parfaites ou moins connues, comme champignons, mousses, & vraisemblablement toutes les especes de fleurs ou moisissures, &c.

Les substances végétales de la seconde espece, c'est-à-dire, celles qui proviennent soit naturellement, soit par art, des substances précédentes, sont une eau aromatique ou non aromatique ; le principe aromatique, l'acide spontané, l'alkali volatil spontané, le principe vif, piquant, indéfini, tel que celui de l'oignon, de la capucine, &c. l'huile essentielle, différentes especes d'huiles grasses, le baume, la résine, la gomme ou le mucilage, la gomme résine, l'extrait, la résine extrait, le corps muqueux, le sel essentiel, acidule, la partie colorante verte, & plusieurs autres matieres colorantes.

Nous énoncerons dans la suite de cet article toutes les substances végétales de la troisieme espece, c'est-à-dire véritablement artificielles.

Les Chymistes ont procédé à l'analyse des végétaux entiers ou de leurs parties, c'est-à-dire, des substances végétales de notre premiere espece, par deux moyens différens ; savoir par la distillation analytique, c'est-à-dire exécutée à la violence du feu, & sans intermede ; (voyez DISTILLATION) & par l'analyse menstruelle, &c. Voyez MENSTRUELLE, analyse.

Toutes ces substances ont fourni assez généralement par le premier moyen, les produits suivans ; 1°. une eau ou flegme limpide, quelquefois aromatique, quelquefois inodore, selon que la matiere traitée est aromatique ou inodore ; mais dans le dernier cas même, annonçant jusqu'à un certain point la substance particuliere qui l'a fourni ; & toujours très-distinctement le regne auquel appartient cette substance, le regne végétal ; 2°. un flegme coloré & légerement empreint de l'odeur empyreumatique ; 3°. un flegme plus coloré, un peu trouble, & chargé d'une petite quantité d'esprit salin, quelquefois acide, mais plus souvent alkali ; une petite quantité d'huile jaunâtre & assez limpide, un peu d'air ; 4°. une liqueur plus saline, trouble, de l'huile plus abondante, plus dense & noirâtre, de l'air ; 5°. le plus souvent de l'alkali volatil concret ; une huile qui devient de plus en plus dense & noire, de l'air ; 6°. il reste enfin un résidu charbonneux, qui étant brûlé ou calciné à l'air libre, donne par la lixiviation de l'alkali fixe & quelques sels neutres ; savoir du tartre vitriolé ou du sel marin, ou bien l'un & l'autre.

Tels sont les produits communs & à peu-près universels d'un végétal traité par la distillation analytique : ce sont ceux qu'ont obtenus constamment les premiers chymistes de l'académie des Sciences, MM. Dodart, Bourdelin, Tournefort, Boulduc, &c. ceux qui sont exposés dans un livre très-connu ; la matiere médicale de Geoffroy, &c. Mais la doctrine chymique dominante sur les produits caractéristiques & respectifs de la distillation analytique des végétaux & des animaux, n'en est pas moins que l'acide est ce produit spécial & propre aux végétaux, & que l'alkali volatil est ce produit propre & spécial aux animaux ; sur quoi il est observé dans un mémoire sur l'analyse des végétaux, imprimé dans le second volume des mémoires présentés à l'acad. royale des Sciences, par divers savans, &c. qu'on a toujours lieu d'être étonné sans doute de voir des erreurs de fait qu'une seule expérience doit détruire, se répandre & subsister ; que l'établissement de l'opinion particuliere dont il s'agit ici, & qui est moderne, est d'autant plus singulier, que tous les chymistes qui ont fait une mention expresse des distillations analytiques des végétaux, ont dénommé très-expressément parmi les produits de ces distillations, les esprits & les sels alkalis volatils ; que la présence de l'acide mentionné par tous ces chymistes est presque toujours fort équivoque, tandis que celle de l'alkali volatil est toujours très-évidente ; qu'on distingue très - vainement par ce produit les plantes de la famille des cruciferes de Tournefort, dont l'alkali volatil spontané qui se dégage de quelques-unes au plus léger degré de feu, ne doit être ici compté pour rien, puisque ces plantes n'ont rien de particulier quant au produit alkali volatil de leurs distillations analytiques ; puisqu'au contraire on retire par cette distillation, de plusieurs plantes des autres classes plus d'alkali volatil, même concret, que des plantes cruciferes qui contiennent le plus d'alkali volatil spontané ; par exemple, de la laitue & de l'oseille plus que du cochlearia ; & enfin que ce n'est qu'à la distillation des bois, & principalement à celle des bois durs & résineux, que convient la doctrine que nous combattons ; car ces bois donnent en effet abondamment de l'acide, & fort peu d'alkali volatil : & il est presque hors de doute que c'est de leur analyse particuliere, qu'on a déduit par une conséquence prématurée, ce qu'on a avancé trop généralement sur la distillation des végétaux.

Il est observé dans le même écrit que cette ancienne maniere de procéder à la décomposition des végétaux, est imparfaite & vicieuse ; parce qu'une analyse réguliere doit attaquer par rang les différens ordres de combinaison qui concourent à la formation du corps examiné ; & que l'analyse par la violence du feu atteint tout-d'un-coup au contraire les derniers ordres de combinaison dont elle simplifie les principes trop brusquement ; car, est-il ajouté, c'est avoir une idée très-fausse de l'analyse chymique, que de prétendre qu'on doive pousser immédiatement celle d'un corps quelconque jusqu'aux produits exactement simples, comme sembloient l'exiger les physiciens, qui rejettoient la doctrine des Chymistes, parce que les produits de leurs analyses, qu'ils appelloient les principes chymiques, n'étoient pas des corps simples ; tandis qu'au contraire le vice réel de leurs opérations consistoit précisément en ce qu'elle simplifioit trop ces principes.

On conclut de ces observations qu'il faut absolument substituer à cette maniere de procéder, la méthode nouvelle de l'analyse menstruelle ou par combinaison, par le moyen de laquelle on retire des végétaux les principes immédiats & évidemment inaltérés de leur composition ; chacun desquels peut être successivement & distinctement soumis à une analyse ultérieure. Il est dit aussi dans ce mémoire que les Chymistes n'ont encore que des connoissances fort imparfaites sur l'analyse particuliere de chacune des substances qu'on retire des végétaux par l'application de diverses menstrues, & qui sont celles dont nous avons fait mention plus haut, sous le nom de seconde espece de substance végétale ; savoir le baume, l'extrait, la gomme, &c. & que ce n'est presque que sur la résine & les matieres analogues, savoir les baumes, les bitumes, &c. que les Chymistes ont des notions distinctes.

Les substances végétales artificielles, dont nous avons annoncé plus haut l'énumération, sont outre les produits de la distillation analytique ci-dessus détaillée, les produits spéciaux des trois fermentations proprement dites ; savoir l'esprit-de-vin, le tartre, la lie du vin, le vinaigre, l'alkali volatil, l'esprit foetide putride, absolument indéterminé jusqu'à présent, & enfin la suie végétale.

On trouvera dans ce Dictionnaire des articles particuliers pour toutes les substances végétales de la seconde & de la troisieme espece ; pour l'extrait, la gomme, la résine, les principes odorans, sous le mot ODORANT ; l'huile essentielle, & l'huile grasse, l'esprit-de-vin sous le mot VIN ; le vinaigre, le tartre, la suie, &c. & dans ces articles, la maniere d'obtenir, de préparer, d'extraire, ou de produire la substance particuliere qui en fait le sujet. Les procédés nécessaires à cet objet sont, par exemple, exposés avec beaucoup de détail à l'article EAU DISTILLEE, à l'article HUILE, à l'article EXTRAIT, &c. Celui-ci a été spécialement destiné à la substance végétale très-composée, ou proprement dite au TISSU VEGETAL. (b)

VEGETAL, acide, (Chymie & Médec.) l'acide végétal est le quatrieme & dernier acide simple connu. C'est le plus volatil de tous ; c'est celui qui est le plus fréquemment en usage, puisqu'il entre dans une grande partie de nos mets. Voyez acides en général à l'article SEL. Une saveur astringente, une odeur assez agréable, le caractérisent assez pour que nous ne nous arrêtions pas davantage sur cet article.

On le retire par la distillation de quelques végétaux, comme la canne à sucre, du tartre (voyez TARTRE), & des substances qui ont subi une fermentation acide, après avoir été successivement du moût & du vin. La différence des sels que donnent ces différentes substances doit bien nous convaincre que tous les corps sont composés des mêmes élémens, & que la différente combinaison, un peu plus ou un peu moins, en font toute la différence. C'est par les voies les plus simples que la nature opere tant de merveilles. Notre admiration augmentera lorsque nous considérerons que ce moût qui précédemment avoit été acide, n'a fait que revenir à son ancien état. Quoique, à dire le vrai, ce n'est que par conjecture que nous soupçonnons que le verjus est, à quelque différence près, le même acide que le vinaigre, encore que leurs saveurs ne se ressemblent pas exactement. M. Gellert va plus loin ; il prétend que tous les végétaux contiennent le même acide, ce qui nous paroît bien éloigné de la vérité, puisqu'avec l'acide vitriolique & un peu d'essence de citron on fait une limonade semblable à celle que produisent les citrons, ce qu'on n'obtiendroit jamais avec le vinaigre distillé.

Dans l'état ordinaire, le vinaigre contient un principe huileux & tartareux, qui, en le privant d'une partie de son activité, empêche de faire avec ce menstrue toutes les dissolutions dont il est capable. La Chymie se sert de deux moyens, pour l'avoir dégagé de cette terre & de cette huile. Le premier est de le distiller. On a par cette opération une liqueur transparente beaucoup plus acide que n'est le vinaigre ordinaire, mais encore bien affoiblie par la grande quantité de phlegme qu'elle contient. On a donc imaginé une seconde méthode, qui consiste à prendre un sel neutre, dont l'acide est le vinaigre, à le dessécher, & en le décomposant distiller l'acide à un feu violent. Le vinaigre radical qui en résulte ne cede peut-être en rien aux autres acides pour sa force ; communément c'est du verdet qu'on le retire. Lorsqu'on veut concentrer le vinaigre sans le débarrasser de la terre & de l'huile dont la distillation le dépouille, on l'expose à une forte gelée : la partie phlegmatique se gele, tandis que l'acide conservant sa fluidité, s'écoule à-travers les lames de la glace.

Homberg & Neumann ont calculé que du fort vinaigre ne contient qu'une soixantieme partie d'acide, Boerhaave ne lui en accorde pas une quatre-vingtieme : nous sommes persuadés que si on débarrassoit encore cette quatre-vingtieme partie de tout le phlegme superflu, elle se réduiroit à beaucoup moins.

Quoique les Chymistes ayent fait plusieurs expériences avec le vinaigre simple ou distillé, ils en ont peu fait avec le radical. Il reste donc encore bien des choses à éprouver & à découvrir sur cet acide, auquel les Chymistes n'ont peut-être pas donné toute l'attention qu'il méritoit. Geoffroy ne lui a accordé aucune colonne dans sa table des rapports ; M. Gellert omet plusieurs métaux & plusieurs terres dans la sienne. Il place l'or, l'argent, l'étain & le mercure comme indissolubles dans l'acide du vinaigre, & cependant le contraire vient d'être démontré au sujet du mercure ; il ne fait pas mention des terres calcaires : enfin il prouve combien peu on a fait de recherches sur un sujet aussi intéressant. En général on peut dire que cet acide est le plus foible de tous, que les sels qu'il forme avec les alkalis & les métaux sont décomposés par les acides minéraux. Quoique cet acide ne puisse pas dissoudre un grand nombre de métaux étant appliqué à nud, cependant il les dissout presque tous lorsqu'ils ont été précipités de leurs dissolvans propres. On peut le dulcifier avec l'esprit-de-vin, & en retirer un éther, suivant le procédé & la découverte de M. le comte de Lauragais.

Le vinaigre pris en petite quantité, délayé dans beaucoup d'eau, est, comme les autres acides, un tempérant propre à calmer la soif & la fievre ; mais il a une propriété singuliere, c'est qu'en même tems qu'il est un violent astringent, rafraîchissant & diurétique, il excite abondamment la transpiration, & par ces raisons il peut, étant pris immodérément, conduire à un desséchement, à un marasme général. L'assemblage de ces qualités le rend d'un très-grand secours dans les maladies pestilentielles, où il faut en même tems corriger la corruption de l'air infecté par la pourriture des cadavres, tempérer le mouvement du sang & exciter la transpiration. Il sert dans les tems de contagion à purifier les viandes, les habits, les appartemens, &c. Pour augmenter sa vertu, on le rend aromatique par l'infusion de quelques végétaux : les formules en sont sans nombre. Il est d'un très-grand usage dans la Pharmacie ; on en fait l'oxycrat, médicament souvent aussi utile que simple. On en compose l'oxymel, dont les anciens médecins faisoient un bien plus grand usage que nous ; extérieurement c'est un rafraîchissant, répercussif, astringent très-fort.

Lorsque dans les mets on emploie le vinaigre, on en compose toujours une espece de savon, puisque c'est avec des graisses ou des huiles & du sel qu'on le mêle. Quand le savon n'est ni trop huileux, ni trop acide, il est à son point de perfection, & le mets préparé est au goût de tout le monde ; les parties huileuses qui entrent dans la composition du vinaigre, facilitent le mêlange savonneux.

VEGETALE, terre, (Hist. nat.) humus, humus vegetabilis ; c'est la terre qui se trouve à la surface, elle est plus ou moins noire ou jaune ; c'est cette terre qui contribue à la croissance des plantes qui, par leurs racines qui pourrissent, lui rendent continuellement une portion de ce qu'elles en ont reçu. On voit par-là que la terre végétale est bien éloignée d'être une terre simple ; elle doit être un mêlange d'argille, de terre calcaire, de sable, de gravier, de parties ferrugineuses, &c. auquel s'est joint une portion de la partie terreuse, huileuse & saline, des végétaux qui s'y pourrissent & s'y décomposent. Une des principales qualités de cette terre est d'être bien divisée, afin d'être propre à se prêter, pour ainsi dire, aux racines jeunes encore des plantes, pour cela il faut qu'elle ne soit ni trop compacte, ni trop spongieuse. Quand elle est trop dense, elle serre trop fortement les racines des plantes & empêche de s'étendre ; joignez à cela qu'elle retient les eaux qui ne pouvant point la traverser assez promtement, ou y séjournant trop long-tems, pourrissent & endommagent les végétaux. Une terre trop grasse & trop chargée de glaise est dans ce cas. Voyez GLAISE.

D'un autre côté, si la terre végétale est trop poreuse & trop légere, l'eau, si nécessaire pour la végétation & qui est le véhicule qui doit porter le suc nourricier aux plantes, n'y séjourne point assez pour produire cet effet, elle passe comme au-travers d'un crible. Telle est une terre végétale, qui seroit trop sablonneuse ou trop remplie de craie.

Pour remédier à ces inconvéniens dans le premier cas, c'est-à-dire lorsque la terre sera trop grasse, il faudra la diviser & la rendre plus légere, en y joignant soit de la craie, soit du gravier, soit du sable. Quant au second inconvénient, c'est-à-dire lorsque la terre végétale sera trop maigre, on pourra y joindre une terre plus grasse, du fumier, de la marne argilleuse, &c.

L'on voit donc que tout le mystere de la fertilisation des terres dépend de rencontrer la juste proportion qui est nécessaire, pour que les terres soient dans un état de division qui facilite la circulation des eaux, & qui ne les arrête ni trop ni trop peu. Voyez les articles GLAISE & MARNE.

La terre végétale s'appelle aussi terreau, terre franche, terre des jardins.


VEGÉTATIF(Jardinage) s'emploie en parlant de l'esprit végétatif, de l'ame végétative des plantes. Voyez VEGETATION.


VÉGÉTATION(Hist. nat. Botan.) phénomene de la nature qui consiste dans la formation, l'accroissement, & la perfection des plantes, des arbres, & de tous les autres corps de la nature, connus sous le nom de végétaux.

La vie & l'accroissement sont les caracteres distinctifs de ces corps, différens des animaux en ce qu'ils n'ont pas de sentiment ; & des minéraux, en ce qu'ils ont une véritable vie, puisqu'on les voit naître, s'accroître, jetter des semences, devenir sujets à la langueur, aux maladies, à la vieillesse, & à la mort.

La végétation est quelque chose de distinct de la vie dans les plantes. Quoiqu'une plante morte cesse aussi de végéter, néanmoins il y a beaucoup de plantes qui vivent sans qu'elles donnent la moindre marque de végétation. La plûpart des plantes aquatiques conservent la vie dans les tems de sécheresse, & ne recommencent à végéter que lorsque l'eau revient dans les mares ou dans les ruisseaux. Une graine qui n'est point exposée à la chaleur ni à l'humidité, est vivante, & ne végete pas, & peut même demeurer très-long-tems dans cet état de non- végétation : on a vu certains haricots rouges de l'Amérique tirés du cabinet de l'empereur, où ils étoient conservés depuis plus de 200 ans, germer & végéter par les soins d'un habile jardinier.

Quelquefois la végétation est si foible, qu'elle n'est presque point sensible ; bien des arbres de la zone torride restent long-tems dans nos serres sans faire de progrès ; & la plûpart de nos arbres qui se dépouillent de leurs feuilles en hiver ne paroissent végéter qu'aux yeux des observateurs attentifs ; enfin, les oignons des plantes bulbeuses passent un tems considérable de l'année dans un état de non- végétation. Mais lorsque dans le printems & dans l'automne, tous ces êtres vivans poussent de nouvelles feuilles & de nouveaux bourgeons, & que la nature se pare de toutes les nuances de leur verdure & de l'éclat de leurs fleurs, c'est alors que le phénomene de la végétation est brillant, & qu'il se laisse voir dans toute son étendue.

La vie des végétaux est variable en durée, suivant la nature de chaque espece ; il y a des plantes qui ne durent pas plus de deux à trois mois ; il y a des arbres, comme l'adansonia du Sénégal, qui vivent plus de 500 ans ; quelle que soit cette durée, on peut toujours distinguer quatre âges dans le cours de la vie des végétaux ; celui de leur naissance, c'est-à-dire, de leur germination ; celui de leur accroissement ; celui de leur perfection ; & enfin, celui de leur décrépitude. Nous examinerons les différentes circonstances du phénomene de la végétation dans tous ces âges, en considérant en même tems les effets de la chaleur, de l'humidité, de l'air, & des autres instrumens qui y contribuent ; & nous tâcherons de rapprocher chaque phénomene particulier des loix de Physique qui nous sont connues.

La semence mûre & parfaite de tout être végétal, propre à représenter un jour l'espece dont elle dérive, est composée essentiellement d'un germe, c'est-à-dire, du rudiment de la plante qui doit naître : d'une autre partie qu'on appelle lobe (qui quelquefois est simple, le plus souvent double, & multiplié dans un très-petit nombre d'especes), enfin des enveloppes qui servent à conserver la semence, & à attirer de la terre l'humidité nécessaire à la germination : ces dernieres sont simples, doubles, triples, seches, succulentes, coriaces ou ligneuses, & de différentes figures, comme on le voit dans les différens fruits.

Choisissons, par exemple, la semence d'un amandier, & suivons les progrès de sa germination.

Lorsqu'une amande a resté pendant l'hiver dans de la terre médiocrement humide, elle se renfle aux premieres chaleurs du printems ; sa membrane s'épaissit, paroît toute abreuvée d'humidité, & bientôt par le gonflement de ses lobes, elle sépare les deux coques ligneuses qui la couvroient : alors la membrane déchirée laisse sortir la radicule, qui fait la plus grosse partie du petit germe qu'on voit à la pointe de l'amande : la plume qui est l'autre partie de ce germe & qui doit former la tige, reste encore pliée & renfermée entre les lobes.

Insensiblement la radicule s'allonge, se courbe, jusqu'à ce qu'elle parvienne à s'enfoncer perpendiculairement dans la terre ; les parties de la plume s'étendent pareillement & se développent ; les lobes se séparent ; la petite plante sort de terre, prend une situation verticale, & s'éleve en gardant pendant quelque tems ses lobes, dont elle continue de tirer sa subsistance, jusqu'à ce que la petite racine se soit assez étendue & ramifiée pour pomper de la terre les sucs nécessaires à l'accroissement de la plante.

Le germe reste attaché aux lobes par le moyen de deux anses ou appendices qui sortent de sa partie moyenne, & qui ne sont autre chose que deux paquets de vaisseaux qui vont se distribuer dans la substance des lobes : il paroît que l'usage de ces lobes est absolument nécessaire à la jeune plante, & qu'il s'étend encore assez long-tems après qu'elle est formée, & qu'elle s'est élevée hors de terre, ils continuent de lui procurer une nourriture plus parfaite & moins crue que celle que tirent ses radicules ; en effet, la quantité d'huile que renferme la substance farineuse des lobes, & que leur mucilage rend miscibles avec l'eau, forme une espece d'émulsion très-propre à nourrir cette plante délicate ; du-moins est-il vrai que toutes celles à qui on retranche les lobes de très-bonne heure, périssent en peu de tems, ou languissent, & ne prennent jamais un entier accroissement.

Le suc préparé dans les lobes passe donc immédiatement dans la radicule, & la fait croître avant la plume ; car celle-ci ne commence guere à se développer, que lorsque la radicule est fixée, & qu'elle a acquise une certaine longueur. Cette structure & cette observation sur l'allongement de la radicule antérieur au développement de la plume, ne prouvent-elles pas que les racines sont de tout tems destinées à recevoir & à préparer la nourriture de la tige & des autres parties ?

Lorsque les racines sont assez allongées, multipliées, formées, pour donner à la nourriture qu'elles tirent de la terre les qualités nécessaires à l'accroissement de la jeune plante, le secours des lobes devient inutile ; ils tombent après s'être flétris & desséchés, ou bien ils se changent dans quelques especes en feuilles séminales.

La structure de la nouvelle plante ne présente encore rien de bien organisé ; la radicule, ainsi que la plume, ne paroissent composées que d'une substance spongieuse, abreuvée d'humidité, recouverte d'une écorce plus épaisse dans la radicule que dans la plume, mais dans laquelle on distingue à peine quelques fibres longitudinales.

Il est difficile d'assigner le premier terme de la germination ; c'est un mouvement insensible excité sans doute par la chaleur de la terre, quand la semence est suffisamment pénétrée d'humidité. On sait plus certainement que l'humidité & la chaleur sont absolument nécessaires à cette action : aucune graine ne germe dans un endroit parfaitement sec, ni dans un milieu refroidi au terme de la glace : mais les degrés de chaleur & d'humidité se combinent à l'infini dans les différentes especes de plantes. Il y a des plantes, comme le mouron, l'aparine, la mâche, qui germent au solstice d'hiver, pour peu que le thermomêtre soit au-dessus de la congelation ; il y a des haricots & des mimoses à qui il faut 35 ou 40 degrés de chaleur : quantité de graines ne germent que dans l'eau ou dans une terre absolument humide ; les amandes & les semences huileuses se pourrissent dans une terre trop mouillée, & ne réussissent jamais mieux que dans une couche de sable & à couvert, comme dans un cellier.

L'air contribue presque autant que la chaleur & l'humidité au succès de la germination : plusieurs graines ne germent point dans le vuide ; celles qui y germent périssent en peu de tems : mais lorsqu'on laisse rentrer l'air dans le récipient, celles qui n'ont pas germé, levent assez vîte, & prennent un promt accroissement. Beaucoup de graines ne germent point quand elles sont trop enfoncées dans la terre, surtout si elle n'a pas été labourée, & que l'air ne peut pas y pénétrer ; plusieurs y périssent pendant les chaleurs de l'été ; d'autres, comme celle des raiforts, & des autres cruciferes, s'y conservent pendant 20 ans, & ne germent que lorsque la terre ouverte par un labour les ramene près de la surface, & leur rend la communication avec l'air.

On doit encore regarder le fluide électrique comme une des causes qui favorisent la germination : des graines de moutarde, & d'autres électrisées plusieurs jours de suite pendant l'espace de 10 heures, ont germé trois jours plus tôt que de pareilles graines qui n'étoient pas électrisées, & au bout de huit jours les premieres avoient fait une crue de plus du double. Peut-être ce fluide qui est si abondamment répandu sur la terre quand le tonnerre éclatte, contribue-t-il beaucoup aux progrès rapides de la végétation que l'on observe après les tems d'orage.

Les gelées blanches, les pluies froides, & les arrosemens à contre-tems, font périr bien des plantes dans le tems de la germination ; les vents du nord les desséchent ; l'ardeur du soleil les épuise, & tous les extrêmes leur nuisent. Les circonstances les plus favorables à la germination sont une chaleur douce, humide & graduée, un lieu un peu ombragé, dans lequel l'air s'entretienne chargé de vapeurs humides.

A mesure que la racine s'allonge, la petite tige croît aussi ; les premieres feuilles se développent & s'étendent successivement ; toutes ces parties ne paroissent d'abord formées que par un tissu cellulaire, qui n'est qu'un amas de vésicules très-minces, remplies d'un suc très-aqueux, contenues par l'épiderme, (membrane extensible & élastique déjà formée dans la semence), qui se multiplient prodigieusement dans l'accroissement des végétaux.

Bientôt on commence à distinguer plusieurs faisceaux de fibres longitudinales, dont le nombre augmente chaque jour ; ces faisceaux se lient entr'eux par des paquets de fibres transversales, le tout forme un réseau à mailles, par lesquelles la substance cellulaire du centre communique avec celle qui est répandue entre ce premier plan de fibres & l'épiderme : il se formera par la suite dans la concavité de ce plan circulaire un second plan tout-à-fait semblable, & ensuite un troisieme, & ainsi successivement ; la substance cellulaire remplira toujours l'intervalle entre chaque plan, & la communication de toutes ces cellules reste libre par les mailles de tous ces différens réseaux, qui sont à-peu-près les uns vis-à-vis des autres.

C'est ainsi que se forme la couche corticale de la premiere année, & qui sera toujours la plus près de l'épiderme tant que l'arbre subsistera, elle est composée, comme l'on voit alternativement du corps réticulaire fibreux, & de la substance cellulaire. Toute l'écorce s'appelloit anciennement le livre, parce qu'on peut la fendre en autant de feuillets qu'elle a de plans fibreux, & que dans cet état elle représente les feuillets d'un livre : aujourd'hui on entend par le livre ou liber seulement, la plus intérieure des couches fibreuses de la substance corticale, celle qui est immédiatement contiguë au bois.

Nous regarderions volontiers le livre, comme un organe particulier, distinct du bois & de l'écorce : formé dès la naissance de l'arbre, & destiné à former le bois par les productions de sa face interne, & l'écorce par celle de sa face extérieure : son organisation paroît moyenne entre celle des couches ligneuses & celle des couches corticales ; on n'apperçoit guere autre chose qu'un vaisseau fibreux traversé de vaisseaux, & rempli de substances cellulaires : mais on observe que ces vaisseaux sont dans tous les tems plus abreuvés de seve ; qu'il s'étend, qu'il s'accroît & qu'il se repose dans tous les sens, quand il a été coupé ou déchiré, au-lieu que les plaies du corps ligneux ne se reparent jamais, non-plus que celles des couches corticales extérieures : enfin le livre est comme séparé du bois dans le tems que la seve est abondante, mais il reste attaché à l'écorce, ce qui la fait regarder comme une partie de cet organe.

Lorsque l'écorce d'un jeune arbre a acquis un peu d'épaisseur, si on coupe sa tige transversalement, on apperçoit vers le centre un petit cercle de fibres blanches, plus dures, plus solides, plus droites & plus serrées que celles de la couche corticale : ce sont les premieres fibres du bois, celles qui formeront la charpente de l'arbre, & qui seront le principe de sa solidité. Les plans de fibres ligneuses se forment & s'enveloppent successivement, comme ceux de la substance corticale, avec cette différence que la premiere couche sera toujours la plus près du centre & la derniere formée la plus près de l'écorce, au-lieu que le contraire arrive dans la formation des couches corticales. Il y a encore cette différence que le tissu cellulaire est bien plus rare & bien plus mince entre les couches ligneuses qu'entre celles des fibres corticales, ce qui fait qu'elles sont bien plus difficiles à séparer par le déchirement ; cependant par la macération & l'ébullition, on vient à-bout de les séparer par feuillets, comme ceux de l'écorce.

Il est très-difficile de déterminer l'origine de la premiere couche ligneuse ; mais il y a toute apparence qu'elle est formée comme toutes celles qui la recouvrent, & qu'elle est une production du livre, c'est-à-dire, de la couche corticale la plus intérieure.

Il se forme chaque jour un anneau de vaisseaux séveux à la partie interne du liber, qui se durcit peu-à-peu, & forme le second plan de la couche ligneuse, après celui-ci il s'en forme un troisieme, & ainsi successivement jusqu'à l'hiver ; cette couche ligneuse de la premiere année devient toujours & plus dure & plus dense, à mesure que l'arbre vieillit : ainsi donc la couche annuelle qui forme quelqu'un des cercles concentriques qu'on observe sur la coupe horisontale d'un tronc d'arbre est composée de toutes les couches journalieres qui se sont formées pendant le tems favorable à la végétation, c'est-à-dire, depuis le printems jusqu'à l'hiver.

Au même tems que le livre fournit à la production du bois par sa face intérieure, il distribue aussi quelques vaisseaux séveux à l'écorce, & forme une nouvelle couche corticale, qui sera le livre de l'année suivante : mais les productions ligneuses sont beaucoup plus abondantes que celles de la partie corticale, comme on en peut juger en comparant toute la masse ligneuse avec la masse corticale : dans un vieux noyer la proportion du solide ligneux au solide cortical étoit de 5 à 1 ; dans un jeune noyer elle étoit de 3 à 1 : il est vraisemblable que cette proportion varie un peu dans les autres arbres.

Ce que nous venons d'exposer touchant la formation des couches ligneuses & corticales, nous montre de quelle maniere se fait l'accroissement des arbres en grosseur : la premiere couche corticale qui s'est formée, reste toujours la plus extérieure ; elle est continuellement forcée de se dilater à mesure que l'arbre grossit, & cette dilatation produit les grandes mailles qu'on observe sur les vieilles écorces des grands arbres ; il en est ainsi des autres couches qui se forment successivement dans l'intérieur de la premiere.

La premiere couche ligneuse reste toujours au-contraire la plus petite ; & si elle change, c'est plutôt pour se retrécir & se condenser ; il y a du-moins lieu de le croire par la diminution continuelle, & l'évanouissement total du noyau médullaire dans le tronc des vieux arbres, aussi-bien que par la dureté & la densité du coeur.

A mesure que les couches ligneuses s'éloignent du centre, elles sont moins dures & moins compactes ; les plus nouvelles, qui sont aussi les plus blanches & les plus légeres, restent tendres & molles pendant quelque tems, & sont connues dans cet état sous le nom d'aubier. Voici quelques expériences & des observations qui confirment ces vérités.

Si on fait une incision sur le tronc d'un jeune arbre, & qu'après avoir mesuré l'épaisseur de son écorce, on enfonce une épingle dans la derniere couche de celle-ci, immédiatement sur le livre, & qu'on bande ensuite exactement la plaie, on verra au-bout de quelques années, qu'il s'est formé de nouvelles couches corticales entre l'épingle & le livre, & que l'épaisseur de l'écorce n'a pas changé : donc l'accroissement de l'écorce se fait par la formation de nouvelles couches vers l'intérieur.

Si on enleve sur le tronc d'un jeune arbre une piece d'écorce de deux ou trois pouces en quarré, sans endommager le livre, & qu'ensuite on couvre exactement la plaie, pour prévenir le desséchement, il se formera sur le livre une nouvelle couche corticale, qui s'élevant & croissant peu-à-peu, formera enfin une cicatrice : après quelques années on verra en sciant l'arbre qu'il s'est formé de nouvelles couches corticales, entre le fond de la plaie & le livre, d'où l'on peut conclure que l'écorce qui a rempli la plaie, & les couches qui se sont formées depuis sous son fond, sont des productions du livre.

On observe que les caracteres gravés sur l'écorce des jeunes arbres croissent & s'étendent dans toutes leurs dimensions ; mais cependant beaucoup plus en largeur (& il en est de même de toutes les cicatrices des plaies qu'ils ont souffertes) ; n'est-ce point une preuve que les couches extérieures continuellement poussées par celles qui se forment intérieurement, ainsi que par les nouvelles couches du bois, sont forcées à se dilater, & à élargir successivement les mailles de leur réseau, & par conséquent que l'extension de leur circonférence est continuelle ?

Si on enleve sur le tronc d'un arbre vigoureux une bande d'écorce circulaire de 5 à 6 pouces de long, & de 2 à 3 pouces de largeur, & qu'on applique immédiatement sur le bois une plaque d'étain fort mince, ou-bien une feuille de papier ; qu'ensuite on assujettisse cette bande (qui doit tenir au reste de l'écorce par une de ses extrêmités), de maniere que la plaie puisse se cicatriser ; on s'appercevra en sciant l'arbre au bout de quelques années, qu'il se sera formé plusieurs couches ligneuses par-dessus la plaque d'étain ; or on ne sauroit dire que ces nouvelles couches ligneuses soient produites par celles qui sont sous la plaque d'étain, elles ont donc été formées du côté de l'écorce, c'est-à-dire, par le livre.

On a fendu l'écorce jusqu'au bois aux deux extrêmités du diametre horisontal du tronc d'un jeune arbre, & on a enfoncé dans le bois deux clous d'épingle jusqu'à la tête, ayant ensuite mesuré avec un compas d'épaisseur, l'intervalle entre les deux têtes des clous, on a fermé & cicatrisé la plaie. Au bout de quelques années on a reconnu en sciant l'arbre qu'il s'étoit formé de nouvelles couches de bois pardessus la tête des clous, & l'intervalle mesuré entre ces deux têtes, a été trouvé exactement le même, donc les parties du bois qui sont une fois formées ne grossissent plus, & l'augmentation du corps ligneux vient des nouvelles couches qui se forment successivement par le livre.

Les écussons du pêcher appliqués sur le prunier, & ceux du saule sur le peuplier, font voir au-bout de quelque tems (par la différente couleur des deux bois), qu'il s'est formé sous ces écussons des lames très-minces de bois, qu'on reconnoît aisément pour être du pêcher ou du saule : or ces petites lames n'ont pu être formées que de la substance de leurs écussons, c'est-à-dire, de la petite portion de liber qu'ils renfermoient.

De plus, si on laisse exprès un peu de bois de pêcher ou de saule sous de semblables écussons, la greffe, qui réussit alors bien plus difficilement, laissera voir qu'il s'est formé une couche de bois toute nouvelle, entre celui qu'on avoit laissé & le livre de l'écusson, par lequel cette greffe s'est unie avec le sujet, tandis que l'ancien bois meurt ou languit sans jamais se coller au bois du sujet.

La formation des couches corticales & ligneuses nous a conduit à examiner d'abord comment les arbres croissent en grosseur ; reprenons notre arbre nouvellement germé, pour considérer comment il s'éleve, & comment se fait l'allongement de sa tige. Nous ne sommes pas plus instruits sur la cause de l'allongement des fibres & des vaisseaux, que sur celle de leur formation : ces mysteres dépendent d'un méchanisme trop subtil pour nos sens, & des loix que le Créateur a imposées à chaque organisation qu'il a créées ; tout ce que nous pouvons appercevoir, c'est que ces fibres croissent par la formation de nouveaux organes, & que l'accroissement cesse quand ces organes ont acquis la perfection qu'ils doivent avoir.

Tant que les fibres du germe se conservent tendres & souples, elles s'allongent par l'admission des nouveaux sucs, & par les principes solides qu'ils y déposent ; les vésicules cellulaires se gonflent & se multiplient, & fournissent au livre la matiere de son accroissement : à mesure que son organisation se perfectionne, il forme à son tour les fibres corticales du côté de l'épiderme, & les fibres ligneuses du côté du centre.

A peine donc la tige du jeune arbre est-elle redressée & sortie d'entre les lobes, qu'on apperçoit dans sa tige les premieres fibres de l'écorce & du livre déjà formées au-dessus des lobes : tant que celles-ci sont molles & souples, elles sont capables d'allongement ; dès qu'elles sont endurcies, elles cessent de croître : comme elles se forment d'abord vers le bas de la tige, c'est-là précisément qu'elles s'endurcissent le plus promtement, & c'est aussi par cette partie qu'elles croissent le moins ; & comme le jeune arbre tire chaque jour plus de nourriture en grandissant, aussi l'allongement de la partie tendre & herbacée de sa tige augmente-t-il de jour-en-jour, tant que la saison favorise la végétation. Enfin aux approches de l'automne l'accroissement diminue, & s'arrête tout-à-fait, par un ou plusieurs boutons qui terminent la jeune tige.

Si on arrache ce jeune arbre, & qu'on le fende suivant sa longueur depuis le bouton jusqu'à la racine, on observera dans le centre un noyau médullaire cylindrique qui s'étend depuis la racine jusqu'au sommet du bouton ; & s'il s'est formé des feuilles & des boutons le long de la tige, il y aura pareillement des productions de la moëlle qui iront s'y distribuer : ce noyau médullaire paroîtra accompagné d'une couche ligneuse fort épaisse vers le bas, & qui se termine en une lame très-mince au haut de la tige, excepté qu'elle s'épaissit un peu vers le bouton : le livre est alors tellement uni au bois, qu'on ne peut le distinguer que par la blancheur & le brillant de ses fibres ; enfin on verra les différentes couches de l'écorce plus épaisses aussi vers la base, & qui vont se perdre dans les écailles du bouton ; tâchons de confirmer ces vérités, & de les rendre plus claires par quelques expériences.

Lorsque la tige d'un arbre nouvellement formé n'avoit encore qu'un pouce & demi de hauteur, on l'a divisée en dix parties, & on a enfoncé jusqu'au centre de petits fils d'argent très-fins à l'endroit de chaque division : au bout de l'année tous ces fils s'étoient écartés les uns des autres, mais inégalement : l'écartement de ceux qui étoient vers le bas étoit le moins considérable, mais ceux qui étoient vers le haut s'étoient fort éloignés : tout étant demeuré en cet état, l'année suivante le bouton forma une nouvelle pousse ; lorsqu'elle eut 4 à 5 lignes, on la divisa de même en dix parties, & on y piqua d'autres fils d'argent ; ces fils s'éloignerent les uns des autres à-peu-près dans la même proportion que ceux de l'année précédente, mais ceux de cette premiere année ne s'écarterent presque point.

On a enfoncé deux clous jusqu'au bois dans la tige d'un jeune arbre très-vigoureux à la distance d'une toise exactement : on a remarqué au bout de plusieurs années que cet intervalle étoit resté le même, quoique l'arbre eût grandi considérablement, & qu'il fût aussi beaucoup grossi.

On observe que les branches latérales qui sortent du tronc d'un jeune arbre étêté restent toujours à la même hauteur tant que l'arbre est vivant, ainsi que les noeuds & les plaies qui ont pénétré jusqu'au bois : il paroît donc clairement établi que les jeunes tiges, ainsi que les nouveaux bourgeons, s'étendent dans toute longueur, mais beaucoup plus vers leur extrêmité supérieure où la tige reste tendre pendant plus long-tems : mais que cet allongement diminue à mesure que le bois se forme, & qu'il cesse absolument quand les fibres ligneuses sont une fois endurcies.

On peut appliquer aux branches & aux racines tout ce que nous venons de dire touchant la structure & l'extension des parties du tronc en longueur & en grosseur, le méchanisme étant absolument le même : on observera seulement quant aux racines que leur allongement ne se fait point dans toute leur longueur, même lorsqu'elles sont les plus tendres, mais seulement par leur extrêmité : on en voit la preuve dans les filets que l'on divise en parties égales avec un fil d'argent : les intervalles entre ces fils demeurent absolument les mêmes, quoique la racine continue à croître par son extrêmité : & si on vient à couper seulement 3 ou 4 lignes de son extrêmité, sa longueur est bornée, & elle ne deviendra jamais plus grande, elle ne s'étendra plus que par des rameaux.

Les feuilles sont les premieres productions de la tige ; les premieres de toutes sont déjà formées dans la plume (je ne parle pas des feuilles séminales, qui ne sont que les lobes de la semence qui s'étend quelquefois, & prennent la couleur verte des feuilles) : on y reconnoît leur figure & leur proportion : elles se développent aussi-tôt que la graine est germée, & elles s'étendent en croissant dans toutes leurs dimensions : elles accompagnent un bouton, pour lequel elles semblent destinées ; car elles ne tardent guere à se flétrir & à tomber, lorsque ce bouton a acquis tout ce qui lui est nécessaire pour produire un bourgeon. Les feuilles sont formées des mêmes substances que le tronc : une portion des vaisseaux ligneux, enveloppée des productions de l'écorce & de l'épiderme, semble se prolonger en s'écartant du tronc : ce faisceau détaché & allongé en maniere de queue, s'amincit ensuite en s'élargissant pour former le corps de la feuille : les fibres ligneuses avec leurs vaisseaux forment la principale nervure, & jettant des rameaux à droite & à gauche, elles font un réseau à grandes mailles, dont l'intervalle est rempli par la substance cellulaire : l'écorce couvre des deux côtés ce réseau ligneux ; on la distingue aisément par la finesse de ses vaisseaux, par la petitesse de ses mailles, & par la délicatesse de son parenchyme : dans le plus grand nombre des plantes & des arbres cette, écorce est parsemée de glandes & de poils de toutes sortes de figures, qui font autant de canaux par lesquels la feuille absorbe ou transpire une grande quantité de vapeurs.

Cette écorce est recouverte de l'épiderme à laquelle elle est intimement adhérente : c'est une membrane transparente très-serrée & très-élastique, précédée d'une infinité de pores pour laisser passer les vaisseaux excrétoires ou absorbans de la feuille : au reste cette épiderme est très-aisément affectée par la chaleur & par l'humidité : elle fait éprouver à la feuille différens mouvemens, suivant que les différentes qualités de l'air alterent son ressort.

On ne sauroit douter que les feuilles ne contribuent beaucoup à la perfection des bourgeons. Les arbres qu'on dépouille de leurs feuilles dans le commencement du printems périssent ou ne font que des pousses languissantes : les bourgeons de l'année suivante sont petits & maigres, & ne portent point de fruit, c'est ce qu'on observe aisément sur la vigne lorsque la gelée du printems en détruit les feuilles & les jeunes pousses.

L'abondance & la vigueur des feuilles entretient puissamment le cours de la seve, & contribue par-là à l'accroissement de l'arbre : si on dépouille un jeune arbre vigoureux dans le fort de sa seve, & lorsque son écorce se détache aisément du bois, on observera que la seve cessera de monter, & qu'en un jour ou deux l'écorce sera tout-à-fait adhérente au bois.

Les boutons qui se trouvent dans les aisselles des feuilles, ainsi que celui qui termine la tige, doivent être regardés comme les germes des bourgeons, c'est-à-dire, des nouveaux arbres qui se formeront l'année suivante : ils sont formés par une expansion de la substance médullaire, enveloppée de fibres ligneuses du livre d'écorce, & enfin de plusieurs écailles enduites souvent d'une matiere résineuse qui les préserve de l'humidité & de la gelée : on pourroit les regarder comme des especes de serres, dans lesquelles ces jeunes arbres trop tendres sont défendus des rigueurs de l'hiver : on observe que les boutons des arbres qui croissent entre les tropiques, sont dépourvus de ces enveloppes dures, qui ne sont nécessaires qu'à ceux qui vivent dans des climats où ils ont à essuyer de violentes gelées.

Les feuilles sont toutes formées dans le bouton, comme elles l'étoient dans la plume : elles se développent & s'allongent de la même maniere que celles de la tige, & le corps du bourgeon s'accroît aussi de la même maniere que le jeune arbre nouvellement sorti de sa graine.

Enfin, lorsque l'arbre a acquis un certain degré d'accroissement, il se fait sur le dernier bourgeon une production d'un nouvel ordre, & qui semble être la perfection de tout l'ouvrage de la végétation : c'est celle des parties qui doivent servir à multiplier l'espece, & dont nous donnerons le détail, lorsque nous aurons parlé des liqueurs & des mouvemens de la seve dans les végétaux : il nous suffit d'annoncer présentement que l'écorce de l'extrêmité du bourgeon se dilate dans toute la circonférence pour former le calice de la fleur : que la corolle paroît formée de même par le livre, les étamines par le corps ligneux, & le pistil qui renfermera les semences, par la substance médullaire.

Nous n'avons regardé jusqu'ici les fibres des couches ligneuses & corticales que comme des parties solides qui entrent dans la composition des végétaux ; nous devons les considérer maintenant comme des vaisseaux qui contiennent des fluides, & tâcher de déterminer leurs fonctions & leurs usages.

Le plus ample de tous ces vaisseaux est sans contredit le tissu cellulaire ; son étendue immense depuis la racine jusqu'au sommet des plus grands arbres, sa présence au centre, entre les couches ligneuses & dans presque toute l'écorce, dans la plus grande partie des feuilles, des fleurs & des fruits, mais principalement dans l'arbre naissant & dans toute l'étendue des bourgeons, doit le faire regarder comme un réservoir où la nature dépose les sucs qu'elle destine à la nourriture & à l'accroissement des végétaux ; il est vraisemblable que les cellules de ce tissu communiquent avec les vaisseaux qui le traversent, & auxquels il est toujours étroitement uni : c'est du-moins ce qu'on doit conclure de la facilité avec laquelle une plante hâlée se rétablit dans son état de fraîcheur après une pluie d'orage, ou bien quand on l'arrose, & aussi de différentes teintes que ce tissu reçoit lorsqu'on fait tremper les racines ou des rameaux de plantes dans des liqueurs colorées. Au reste ce tissu renferme différens sucs suivant la nature des vaisseaux auprès desquels il est situé ; ainsi sous l'épiderme des feuilles le parenchyme est rempli du suc qui doit s'exhaler par la transpiration dans les racines ; il reçoit les sucs de la terre, & les transmet aux vaisseaux du bois ; autour du livre il contient cette humeur gélatineuse qui sert à la nutrition immédiate des parties.

Après le tissu cellulaire, les vaisseaux les plus remarquables par leur grandeur sont les vaisseaux propres & les trachées ; les vaisseaux propres contiennent des sucs tout-à-fait différens de la seve & particuliers à chaque plante ; on les observe dans toute la substance des végétaux ; quelquefois, mais rarement, dans la moëlle, on en voit entre les couches du bois ; mais c'est dans l'épaisseur de l'écorce qu'ils se trouvent le plus ordinairement ; ils s'étendent en ligne droite suivant la longueur de la tige & des branches, depuis les racines jusqu'aux feuilles.

La couleur, l'odeur & le goût de ces différens sucs les font aisément reconnoître ; ainsi dans le figuier, le tithymale & les campanules, ils contiennent un suc laiteux ; dans l'éclaire il est jaune, dans quelques especes de lapathum il est rouge, dans les pruniers & les abricotiers c'est un suc gommeux, dans les pins, les térébinthes & les sumachs, c'est une résine claire & inflammable.

Ce sont ces différens sucs contenus dans les vaisseaux propres qui donnent aux plantes le goût, l'odeur & les autres qualités qu'elles possedent ; on reconnoit par l'âcreté que l'on sent en mâchant, l'éclaire & le tithymale, soit peu de tems après leur naissance, soit que leurs vaisseaux propres soient déja formés dans le germe, & il y a lieu de croire qu'ils s'accroissent par une organisation particuliere. Au reste l'intérieur de ces vaisseaux, qui sont assez gros dans les arbres résineux, lorsqu'on a nettoyé les sucs qu'ils contiennent, laisse voir au microscope des flocons cellulaires très-fins, qui pourroient bien être l'organe sécretoire des sucs propres. Nous ne connoissons guere de quel usage sont ces sucs dans la végétation ; nous voyons seulement que les sucs gommeux & résineux servent à enduire les écailles des boutons & à les défendre de l'humidité qui pourroit y pénétrer, & les faire périr pendant l'hiver.

Lorsqu'on coupe avec précaution l'écorce d'un très-jeune arbre, & qu'on rompt doucement sa tige en la tordant un peu, on apperçoit à l'endroit de la fracture des filets blancs, brillans, élastiques, qui paroissent au microscope comme un ruban tourné en maniere de tire-bourre, & qui forment un vaisseau spiral & cylindrique.

On n'apperçoit point ces sortes de vaisseaux dans l'écorce ni dans la moëlle ; ils ne sont bien sensibles que dans le jeune bois de l'arbre naissant & des bourgeons ; à mesure que le bois s'endurcit, on les découvre plus difficilement, & ils sont tellement adhérens au vieux bois, qu'il n'est plus possible de les en separer ; c'est sur-tout dans les pétales des feuilles & le long de leurs principales nervures, qu'ils se trouvent en plus grand nombre ; on les observe aussi dans les pédicules des fleurs, dans l'intérieur des calices, dans les pétales & dans toutes les parties de la fructification. La ressemblance de ces vaisseaux avec les trachées des insectes leur a fait donner le même nom par Malpighi, qui les regardoit effectivement comme les organes de la respiration dans les plantes.

Des expériences faites avec la machine pneumatique ont fait voir depuis long-tems que les végétaux ne sauroient subsister sans air, & qu'ils périssent bientôt ou languissent quand ils en sont privés ; elles ont encore démontré que les arbres & les plantes & les fruits contiennent actuellement une assez grande quantité d'air semblable à celui que nous respirons.

D'un autre côté M. Halles a fait voir par ses expériences analytiques, que les végétaux contiennent une assez grande quantité d'air fixé, c'est-à-dire qui ne réagit pas par sa vertu élastique, à moins que cette propriété ne lui soit rendue par l'action du feu ou de la fermentation. Par exemple, le coeur de chêne & les petits pois contiennent l'un 256, & l'autre 396 fois leur volume d'air, auquel la distillation rend la vertu élastique ; or les expériences suivantes prouvent que cet air a pu être introduit dans les végétaux par la voie des trachées.

On a scellé au haut du récipient d'une machine pneumatique des bâtons de différens arbres dont un bout étoit à l'air, & l'autre trempoit dans une cuvette pleine d'eau dans le récipient ; on a remarqué, après avoir pompé, quantité de bulles d'air qui sortoient d'entre les fibres ligneuses, & sur-tout des vaisseaux les plus voisins du livre, & qui traversoient l'eau de la cuvette.

On a coupé une branche de pommier à laquelle on a conservé toutes ses feuilles ; on l'a fait entrer par le gros bout dans un long tuyau de verre blanc, & on a scellé la jointure avec un mêlange impénétrable à l'air, on a placé aussi-tôt l'autre extrêmité du tuyau dans une cuvette pleine d'eau, & on a vu l'eau s'y élever, à mesure que la branche pompoit l'air dont le tuyau étoit rempli.

On a enfermé dans un matras les racines d'un jeune pommier, & on a introduit en même tems la plus courte branche d'un petit siphon de verre ; on a bien cimenté la tige de l'arbre & le siphon à l'orifice du matras, & tout-de-suite on a plongé l'autre branche du siphon dans un vaisseau rempli d'eau ; l'eau s'y est élevée de quelques pouces : ce qui prouve que les racines ont aspiré une partie de l'air du matras.

Il est donc certain que l'air pénetre librement dans les arbres & dans les plantes au-travers de leurs tiges, de leurs feuilles & de leurs racines, indépendamment de celui qui y arrive avec l'eau qu'ils aspirent, sur-tout l'eau de la pluie qui en contient toujours beaucoup, & qu'elle ne laisse échapper que difficilement ; & il paroît également certain que ce fluide n'y sauroit pénétrer que par les trachées.

Malpighi regardoit les trachées comme des vaisseaux uniquement destinés à recevoir de l'air. Grew a prétendu qu'elles recevoient aussi de la lymphe, & M. Duhamel a observé en hiver les grosses trachées des racines d'ormes toutes remplies de liqueur qui s'écouloit librement lorsque la racine étoit dans une position verticale, quelle que fût l'extrêmité que l'on mît en bas. Mais les expériences qui ont été faites par M. Reichel sur différentes plantes auxquelles il a fait pomper de l'eau colorée avec le bois de Fernambouc, ne permettent plus de douter que les trachées ne reçoivent & ne transmettent la seve lymphatique depuis la racine jusque dans les fruits, & même dans les semences ; en effet lorsqu'on plonge dans cette eau colorée, soit une plante arrachée avec toutes ses racines, soit une branche séparée du tronc, on voit bientôt la liqueur s'élever dans les vaisseaux de la plante ; & en examinant ces vaisseaux avec attention, on reconnoit qu'il n'y a guere que les trachées & un peu du tissu cellulaire qui la reçoivent. Les expériences qui suivent confirmeront cette vérité.

Lorsqu'on a fait germer des feves & des lupins dans l'eau colorée, on a vu qu'elle avoit pénétré par les vaisseaux spiraux qui naissent de toute la circonférence des lobes, & se portent en-dedans, les uns jusqu'au bout de la radicule sous l'écorce, les autres jusque dans la plume & sur les nervures des feuilles.

Ayant fait tremper dans la même liqueur une branche de balsamine femelle, on a vu au bout de deux heures, & sans le secours de la loupe, des lignes rouges qui s'étendoient dans toute la longueur de la branche & sur les principales nervures des feuilles ; la section transversale de cette branche a fait voir que le tissu cellulaire de l'écorce n'étoit point changé de couleur : que l'orifice des trachées les plus près du livre étoit teint de rouge, ainsi que le tissu cellulaire qui avoisine ces vaisseaux : que la plûpart des trachées, quoique teintes, étoient vuides ; mais qu'il y en avoit cependant plusieurs remplies de liqueur colorée.

On a vu dans une balsamine chargée de fleurs & de fruits & mise avec ses racines dans l'eau colorée, des filets rouges qui s'étendoient depuis le bas de la tige jusqu'à l'extrêmité des branches ; au bout de 24 heures on les appercevoit sur les nervures des feuilles, & jusque dans la membrane qui tapisse les capsules séminales ; en fendant les branches suivant leur longueur, on voyoit qu'outre les vaisseaux spiraux qui étoient teints en rouge, le tissu cellulaire paroissoit aussi teint d'un jaune orangé.

La même expérience a été réitérée avec une branche de stramonium à fleurs blanches & une plante entiere de stramonium avec ses racines ; il a paru bientôt des lignes rouges qui s'étendoient jusque sur les pétales, & que le microscope a fait reconnoître pour des vaisseaux spiraux ; cette liqueur pénétroit aussi dans le calice, aux étamines, au stile, mais sur-tout à la partie inférieure du calice & dans la cloison qui sert de placenta aux semences.

L'usage des trachées est donc aussi d'élever & de conduire la seve depuis les racines jusque dans les feuilles, dans les fleurs & dans les fruits. Il y a lieu de croire que les autres vaisseaux ligneux sont destinés au même usage, quoiqu'avec le secours des meilleurs microscopes on n'ait encore pu découvrir de cavité dans les petites fibrilles ligneuses ; car au printems dans le tems des pleurs, la seve se porte avec tant d'abondance dans tous ces vaisseaux, qu'on la voit sortir sur la coupe d'un tronc d'orme, de bouleau ou de vigne, non seulement des trachées, mais aussi de tous les points du corps ligneux.

On comprend assez souvent sous le nom de seve deux liqueurs bien différentes qu'il est nécessaire de distinguer, savoir la lymphe ou la seve aqueuse, qui est pompée par les racines, & qui montant par les vaisseaux du corps ligneux jusque dans le parenchyme des feuilles, fournit à leur abondante transpiration, celle en un mot que tout le monde apperçoit couler d'un cep de vigne taillé dans la saison des pleurs ; l'autre liqueur qu'on peut regarder comme la seve nourriciere, est moins limpide, & est en quelque sorte gélatineuse ; elle differe de la précédente autant que la lymphe differe du chyle dans les animaux ; elle réside dans les parties qui prennent un accroissement actuel, comme dans les boutons, dans les bourgeons, dans l'organe du livre & dans ses dernieres productions, depuis les racines jusqu'à l'extrêmité des feuilles ; les jardiniers jugent de la présence de cette seve par le développement sensible des boutons, par l'extension visible des parties herbacées, & par la facilité qu'ils ont alors de séparer le bois d'avec l'écorce.

La plus grande partie de la lymphe qui est aspirée par les plantes, n'est que de l'eau pure qui sert de véhicule à une très-petite quantité de matiere propre à nourrir les végétaux : cette matiere consiste 1°. dans une terre extrêmement subtilisée, telle que l'eau la peut entraîner avec soi sans perdre sa transparence ; & l'expérience journaliere prouve qu'il n'y en a pas de meilleure que celle qui est tirée des débris des végétaux, lorsque la fermentation ou la pourriture a fait une parfaite résolution de leurs parties. A cette terre se joignent des sels, & peut-être par leurs moyens quelques substances huileuses : ces matieres se combinent quelquefois avec des sucs qui se déposent pendant l'hiver dans l'intérieur des vaisseaux séveux : par exemple, celle qui découle au printems par les incisions profondes que l'on fait aux érables blancs du Canada, quoiqu'elle paroisse semblable à de l'eau la plus pure & la mieux filtrée, contient néanmoins un quarantieme de vrai sucre dont elle se charge sans doute en s'élevant dans les vaisseaux séveux, ou bien peut-être l'eau passe t-elle toute sucrée dans les racines, après s'être chargée de cette substance sur les feuilles qui sont tombées à l'automne, & qui se sont conservées sous la neige pendant l'hiver.

Il nous suffit ici d'observer que l'eau qui doit porter les sucs nourriciers dans les secrétoires, forme la plus grande partie de la lymphe qui est aspirée par les racines, & qu'après avoir servi à cet usage, elle sort par les pores des feuilles sous la forme d'une vapeur insensible.

Cette transpiration étant à-peu-près la dépense journaliere des végétaux, nous sert de mesure pour déterminer la quantité & les mouvemens de cette seve aqueuse que les racines doivent tirer de la terre pour y suppléer : examinons donc d'après les expériences de M. Halles, les phénomenes de cette transpiration.

On a pris un grand soleil de jardin helianthus annuus, qui avoit été élevé exprès dans un pot ; on a couvert le pot d'une plante de plomb laminé percée de trois trous, savoir l'un au centre pour laisser passer la tige de la plante ; l'autre vers la circonférence afin de pouvoir arroser, & le troisieme vers le milieu auprès de la tige, pour recevoir un tuyau de verre par lequel l'air pût communiquer sous la platine : on cimenta exactement toutes les jointures, & le trou destiné aux arrosemens fut bouché avec un bouchon de liege. On pesa le pot matin & soir pendant un mois à-peu-près tous les deux jours ; déduction faite de deux onces par jour, pour ce qui s'évaporoit par les pores du pot, il résulta qu'en 12 heures d'un jour fort sec & fort chaud, la transpiration moyenne de ce soleil montoit à vingt onces, & à près de trois onces pendant une nuit chaude, seche, & sans rosée : elle étoit nulle lorsqu'il y avoit eu tant-soit-peu de rosée ; mais lorsque la rosée étoit assez abondante, ou que pendant la nuit il tomboit un peu de pluie, le pot & la plante augmentoient du poids de deux à trois onces.

Ayant mesuré exactement la surface de toutes les feuilles des racines & la coupe horisontale de la tige, on a trouvé que la hauteur du solide d'eau évaporé par la surface de toutes les feuilles, étoit 1/65 de pouce en 12 heures, 1/65 de pouce par celui qui a été aspiré par la surface totale des racines, & de 34 pouces pour celui qui a passé par la coupe horisontale de la tige. On a trouvé par de semblables expériences répétées sur différentes plantes, que les solides d'eau transpirés en 12 heures de jour par la surface de chacune de ces plantes, sont de

1/165 de pouce pour le soleil,

1/191 de pouce pour un cep de vigne,

1/86 de pouce pour un chou,

1/104 de pouce pour un pommier,

1/243 de pouce pour un citronnier.

On a arraché au mois d'Août un pommier nain, & après l'avoir pesé on a mis ses racines dans un bacquet qui contenoit une quantité d'eau connue ; elles attirerent 15 livres d'eau en dix heures de jour, & l'arbre transpira dans le même tems 15 livres huit onces, c'est-à-dire, huit onces de plus que ses racines n'avoient attiré.

On a mis dans des caraffes pleines d'eau & bien jaugées, des branches de pommier, de poirier, d'abricotier, & de cerisier ; on avoit coupé de chaque arbre deux branches à-peu-près égales, à l'une desquelles on conserva toutes ses feuilles, au lieu qu'on les arracha à l'autre : les branches qui avoient conservé leurs feuilles, tirerent à raison de 15, 20, 25, & même 30 onces d'eau en 12 heures de jour ; & lorsqu'on les pesa le soir, elles étoient plus légeres que le matin. Celles qui étoient dépouillées de leurs feuilles, n'avoient tiré qu'une once, & fort peu transpiré ; car elles étoient plus pesantes le soir que le matin.

Des branches d'arbres verts traitées de la même maniere, tirerent très-peu, & transpirerent aussi fort peu.

On a ajusté une branche de pommier garnie de toutes ses feuilles à un tuyau de verre de neuf piés & d'un demi-pouce de diametre ; l'ayant ensuite rempli d'eau & renversé la branche, elle pompa l'eau du tuyau à raison de trois piés dans une heure : ensuite on coupa la branche à 15 pouces au-dessous du tuyau, & on mit tremper la partie retranchée dans une caraffe pleine d'une quantité d'eau connue. On recueillit avec précaution l'eau qui continua à sortir du bâton, & il n'en passa que six onces en 30 heures, quoiqu'il y eût toujours dans le tuyau de verre une colonne d'eau de sept piés de hauteur. Dans le même tems le reste de la branche garnie de feuilles, tira 18 onces d'eau de la caraffe : la force qui a fait transpirer l'eau par les feuilles, en a donc fait élever trois fois davantage dans le même tems que le poids d'une colonne de sept piés n'en a pu faire descendre.

Cette force avec laquelle l'eau est aspirée contre son propre poids, est bien plus grande encore qu'elle ne paroît dans cette expérience ; car lorsqu'on a ajusté une pareille branche de pommier garnie de toutes ses feuilles à un tuyau de verre assez gros pour contenir avec la branche une ou deux livres d'eau, & qu'à l'autre extrêmité de ce tuyau on en a soudé exactement un autre de deux piés de long, & d'un quart de pouce de diametre ; & qu'après avoir rempli d'eau tout cet appareil, & mis le doigt sur l'ouverture du petit tuyau, on l'a renversé & plongé son extrêmité dans une cuvette pleine de mercure : on a observé que l'eau fut aspirée par la branche avec assez de vîtesse & assez de force, pour faire élever le mercure à 12 pouces dans le petit tuyau ; ce qui est équivalent à une colonne d'eau de 14 piés ; & il n'est pas douteux que le mercure ne se fût éleve encore davantage sans les bulles d'air qui sortoient de la branche, & qui s'élevant au-dessus de l'eau, faisoient nécessairement baisser le mercure.

Cette expérience ne réussissoit jamais mieux que quand le soleil frappoit vivement sur les feuilles : le mercure baissoit de quelques pouces vers le soir, & quelquefois même tout-à-fait ; mais il remontoit le lendemain dès que le soleil frappoit la branche. Cette force au reste est proportionnelle à celle qui anime la transpiration : dans l'expérience faite avec une branche de pommier privée de ses feuilles, le mercure ne monta pas du tout : dans toutes celles qui furent faites avec les arbres qui transpirent peu, il s'éleva très-peu ; ainsi les arbres verts ne le firent point monter.

On a remarqué dans toutes les expériences qu'on a faites sur la transpiration, que la plus abondante étoit toujours dans un jour fort sec & fort chaud ; M. Guettard a observé de plus qu'il est nécessaire que la plante soit frappée immédiatement du soleil : par exemple, lorsqu'on enferme deux branches d'un même arbre, & à-peu-près égales, chacune dans un ballon de verre pour recevoir la liqueur qu'elle transpire, celle qui reçoit immédiatement les rayons du soleil transpire plus que celle qui est dans l'autre ballon couvert d'une serviette, dans la proportion de 18 gros trois quarts à 4 gros & demi. Pareillement lorsqu'il a enfermé trois branches à peu-près égales d'une même plante, chacune dans un ballon, dont l'un étoit entierement exposé au soleil, l'autre ombragé par une toile posée sur quatre pieux à quelque distance du ballon, & le troisieme couvert immédiatement d'une serviette, la premiere a plus transpiré à elle seule que les deux autres ensemble ; & celle dont le ballon a été couvert immédiatement a transpiré le moins. Enfin, il a encore éprouvé que deux branches de grenadier enfermées chacune dans un ballon, l'un exposé au soleil, mais sous un chassis de verre fermé, & dans un air plus chaud que l'autre, qui recevoit immédiatement les rayons du soleil : la branche enfermée dans celui-ci a néanmoins plus transpiré que celle qui étoit sous le chassis dans un air plus chaud.

Ces observations sont conformes à celles qu'on a faites sur les pleurs de la vigne au printems, & sur la liqueur qui s'écoule des érables en Canada. La vigne ne pleure jamais en plus grande abondance que quand elle est exposée à l'action vive du soleil. Dans les premiers tems les pleurs cessent à son coucher, & ne reparoissent que quelques heures après son lever, & il en est de même de la seve des érables ; lorsque cet écoulement est bien établi & que les nuits sont tempérées, il se fait jour & nuit, mais bien plus abondamment pendant le jour : s'il survient des nuages, ou si l'on intercepte les rayons du soleil, les pleurs diminuent aussi-tôt, ou bien s'arrêtent. En Canada dans les tems de gelée, la seve coule dans les érables du côté du midi, & l'arbre est sec du côté du nord.

On apperçoit dans le phénomene des pleurs un exemple bien frappant de l'efficacité des rayons du soleil sur les parties des plantes, puisqu'ils donnent aux vaisseaux séveux non-seulement la puissance d'attirer de la terre une si grande quantité d'humidité, & de l'élever dans les tiges, mais aussi celle de la pousser dehors avec une grande force : car M. Halles ayant un jour ajusté une jauge mercurielle à un cep de vigne qu'il avoit coupé à la hauteur de deux piés & demi, il observa que la séve en sortoit avec tant de force, qu'en 12 jours de tems elle fit élever le mercure dans la jauge à plus de 32 pouces, & à 38 dans une autre expérience. Ainsi la force avec laquelle la lymphe des pleurs est chassée dans la vigne, est au-moins égale au poids d'une colonne d'eau de 36 à 43 piés. Cette expérience prouve bien aussi la nécessité des valvules, du-moins dans les racines.

Lors donc qu'on réfléchit sur la grande influence que les rayons du soleil ont sur la transpiration des plantes & sur l'écoulement de la lymphe dans les arbres qui pleurent, on ne sauroit douter qu'ils ne soient la principale cause de l'élévation de la séve dans les végétaux ; mais en examinant en particulier l'action de cet astre sur chacune des parties d'un arbre ou d'une plante, on ne sauroit s'empêcher de reconnoître que c'est lui qui les met en mouvement, & qui leur imprime le pouvoir qu'elles ont d'élever la seve & de la distribuer dans tous les réservoirs où elle doit aller : rappellons-nous donc à cet effet les observations suivantes.

Lorsque le soleil remonte sur notre horison, la seve lymphatique qui paroissoit arrêtée pendant l'hiver, commence à s'émouvoir ; elle s'éleve avec plus d'abondance, à mesure que la chaleur du soleil augmente, & c'est aux environs du solstice que s'est fait la plus grande dépense ; elle diminue alors insensiblement jusqu'à l'hiver, tant par la diminution de la durée des jours, que par l'obliquité des rayons du soleil qui croît alors de plus en plus.

La même influence se remarque dans les effets journaliers : au tems des pleurs, c'est dans la plus grande ardeur du soleil que les vignes, les bouleaux, les érables, répandent le plus abondamment leur lymphe. Ces écoulemens cessent ou diminuent au coucher du soleil, ou bien lorsqu'un nuage intercepte ses rayons. C'est dans les mêmes circonstances que les feuilles transpirent le plus abondamment chaque jour, & que les racines auxquelles on a fixé des tuyaux de verre attirent l'eau avec le plus de vivacité.

De toutes les parties qui sont exposées à l'action du soleil, il n'y en a pas qui reçoivent ce mouvement de transpiration & d'aspiration d'une maniere plus sensible que les feuilles ; à mesure qu'elles se développent, on voit croître la quantité journaliere de la transpiration ; & un arbre bien pourvu de feuilles, tire toujours plus que celui qui en est dépouillé.

Après les feuilles, les boutons qui sont à leur origine, & que les jardiniers appellent les yeux, sont les parties les plus propres à élever la seve : ces boutons sont un raccourci des bourgeons de l'année suivante ; ils sont composés pour la plus grande partie, de petites feuilles qui n'attendent que le moment de se développer ; or c'est par l'action du soleil sur ces boutons que la seve lymphatique s'éleve au printems avant le développement des bourgeons. Un bouleau à qui on a coupé la tête en hiver, ne pleure point à la nouvelle saison, comme ceux à qui on a conservé toutes leurs branches & leurs boutons ; & celui à qui on retranche les branches dans le tems même des pleurs, cesse bientôt d'en répandre avec la même abondance que lorsqu'il étoit entier.

Les arbres qui sont dépouillés de leurs feuilles au commencement de l'été, par les insectes ou autrement, tirent encore assez de seve pour s'entretenir par l'action du soleil sur leurs boutons : il y en a plusieurs dont les boutons se dessechent par la trop grande action du soleil, & l'arbre périt sans ressource : dans d'autres les jeunes boutons s'ouvrent & développent leurs nouvelles feuilles, alors l'arbre reprend sa seve avec la même abondance qu'auparavant, mais ses productions, l'année suivante, se ressentent de cet effort anticipé.

L'action du soleil sur l'écorce peut aussi, pendant quelque tems, faire élever la seve, comme on le voit dans les jeunes arbres à qui on a coupé la tête : mais l'écorce ne paroît recevoir cette action qu'autant qu'elle contient des germes de boutons qui doivent bientôt se développer : car lorsque ce développement est tardif, sur-tout dans les arbres qui transpirent beaucoup naturellement, l'écorce ne sauroit suffire, & l'arbre périt.

Enfin l'action du soleil sur les racines contribue aussi à élever la seve : cependant cette puissance des racines est encore plus foible que celle de l'écorce : car si l'on voit les souches des arbres qui sont coupés à ras de terre pousser en peu de tems des rejettons très-vigoureux ; on doit plutôt attribuer cet effet à l'action des boutons qui se forment au bourrelet du tronc coupé, ou sur l'écorce de quelque racine fort près de l'air, qu'à la puissance immédiate des racines, puisque si l'on détruit cette souche, ou qu'on enleve son écorce avec le bourrelet, les racines cessent de tirer, & périssent bien-tôt après. Cette observation ne regarde pas les arbres dont les racines courent horisontalement, & qui par leur communication avec l'air extérieur sont disposés à faire beaucoup de rejettons.

Fondés sur les observations que nous venons de rapporter, ne pourroit-on pas hasarder les conjectures suivantes sur les causes de l'élevation de la seve dans les végétaux ?

1°. Que les racines attirent par leurs extrêmités capillaires, qui sont d'une très-grande étendue & d'un tissu fort spongieux, l'humidité de la terre que le soleil entretient continuellement autour d'elles.

2°. Qu'elles transmettent cette humidité aux vaisseaux du bois par l'élasticité de leur écorce, sans lui permettre de rétrograder, puisqu'on voit dans les expériences de M. Halles sur les pleurs de la vigne, que ses racines ont soutenu sans être forcées, le poids d'une colonne d'eau de plus de quarante-trois piés.

3°. Que l'action du soleil sur toutes les parties des végétaux, & particulierement sur les feuilles, excitent dans les fibres spirales des jeunes trachées, des vibrations qui s'étendent jusqu'aux racines, en vertu desquelles la lymphe est déterminée uniformément vers le haut.

4°. Que ce mouvement est favorisé par l'air qui s'insinue par les pores de l'écorce, & surtout par toutes les cicatrices du pétale des feuilles qui sont tombées les années précédentes.

5°. Enfin que ce mouvement est encore aidé par la structure particuliere des vaisseaux séveux, par leurs anastomoses fréquentes dans toute sorte de sens, par la communication perpétuelle avec le tissu cellulaire, dont les cavités forment autant de réservoirs & de points de repos.

Les mouvemens de la seve nourriciere sont plus difficiles à déterminer que ceux de la seve lymphatique ; cette seve, bien plus obscure dans son origine, & plus lente dans sa marche, ne présente pas des phénomenes aussi frappans que ceux de la transpiration, & des pleurs, dont on peut peser & mesurer la quantité. Il est croyable que la seve nourriciere est le produit de la lymphe, dont les parties propres à l'organisation ont été séparées dans des vaisseaux sécretoires, dont la structure nous est encore inconnue, tandis que la lymphe superflue est dissipée par la transpiration.

Le livre paroît être l'organe où réside cette matiere propre à la nourriture & à l'accroissement des végétaux : nous avons vu que c'est de cet organe que partent d'un côté les nouvelles couches des fibres ligneuses, & de l'autre la nouvelle couche corticale toujours plus mince que celle du bois.

Lors donc que l'action du soleil a fait élever une quantité suffisante de seve lymphatique (dont un arbre peut perdre une certaine quantité sans aucun préjudice), les extrêmités du livre qui se terminent aux boutons commencent à s'allonger par l'arrivée des nouveaux sucs, préparés apparemment dans le tissu cellulaire, qui se prolonge aussi en même tems par la formation de nouvelles cellules. Ce développement sensible des bourgeons est le premier signe du mouvement de la seve nourriciere : peu de tems après le tissu cellulaire, qui unit le livre à la derniere couche du bois, commence à s'imbiber de la seve qui lui est fournie par le livre dans toute l'étendue du tronc ; & comme il est encore fort tendre, c'est en ce moment qu'on peut le séparer du bois fort aisément. Mais comme dans cet intervalle les bourgeons se sont assez étendus pour transpirer promtement la lymphe qui monte par les vaisseaux du bois ; cette seve ne paroît plus sous d'autre forme que sous celle d'une vapeur qui ne se répand plus comme les pleurs, lorsqu'on taille le bois.

Il paroît donc par ces observations que la seve nourriciere commence à se mouvoir dans le livre qui forme les boutons aux parties les plus élevées de l'arbre, qu'ensuite elle se manifeste dans les autres parties du livre en descendant peu-à-peu jusqu'à la racine : car si on juge de son mouvement par la facilité qu'a l'écorce à se séparer du tronc, il est certain que cette séparation est possible sur les jeunes branches, avant que de l'être au bas du tronc : il en est de même dans les derniers tems de la seve, à la fin d'Août l'écorce du tronc & du vieux bois est déjà sort adhérente, quand elle peut encore se séparer dans les jeunes branches, comme si cette seve n'étoit plus produite en assez grande quantité pour s'éloigner du lieu de son origine.

Ce mouvement de la seve nourriciere observé par les jardiniers, & l'observation des bourrelets qui se forment toujours plus gros au-dessus des ligatures qu'on fait plutôt autour du tronc d'un arbre qu'audessous, ont sans doute fait naître l'idée de la circulation de la seve, qui sans être semblable à la circulation du sang dans les animaux, a cependant quelque réalité dans le sens des observations que nous venons de rapporter.

Lorsque la seve nourriciere est plus abondante qu'il n'est nécessaire par l'allongement des bourgeons, & la production des couches ligneuses, elle se porte du côté de l'écorce vers les endroits où elle trouve le moins de résistance, & là perçant peu-à-peu l'écorce & se formant une enveloppe de la portion du livre qu'elle a dilaté, elle forme insensiblement un bouton dans lequel, par l'effet de l'organisation du livre, il doit se former un bourgeon avec toutes les parties qui en dépendent.

Il n'y a pas d'endroit dans toute l'étendue du livre où il ne puisse se former une semblable éruption ; mais l'expérience fait voir que toutes ne sont pas de même nature, & que quelques-unes de ces productions sont organisées pour devenir des boutons à feuilles, d'autres des boutons à fleurs, d'autres enfin des boutons de racines, ce sera la circonstance dans laquelle se trouvera quelque jour chaque partie du livre qui déterminera s'il en doit sortir un bouton à feuilles ou une racine ; ainsi lorsque dans un tems de repos (par rapport à la seve nourriciere), on coupera une branche d'arbre ou un bâton, quelle que soit l'extrêmité qu'on enfoncera en terre, toutes les éruptions du livre formeront des racines, & tendront toujours naturellement vers le bas ; & les éruptions qui se feront dans les parties de la branche qui sera à l'air, deviendront des boutons à feuilles, & tendront toujours à s'élever.

L'organe du livre fait encore une sorte de production bien plus compliquée que les précédentes ; mais si parfaite, qu'il semble que ce soit son dernier effort : j'entends celle des parties de la fructification, destinées à produire des semences capables de multiplier les especes, & de les représenter jusqu'à la fin du monde telles que Dieu les a créées au commencement.

Les botanistes distinguent sept sortes de parties qui concourent à la fructification ; savoir, le calice, la corolle, les étamines, le pistil, le fruit, la semence & le support, ou la base de toutes ces parties.

Le calice est une expansion de l'écorce qui s'évase à l'extrêmité d'un bourgeon ; il est doublé d'une membrane, qui est une production du livre, & dans laquelle les liqueurs colorées font découvrir des trachées : on peut le regarder comme une enveloppe destinée à défendre les parties essentielles de la fructification, & aussi à faire transpirer la lymphe qui surabonde dans ces parties : il en est de même des pétales, autre espece d'enveloppe, qui différent du calice en ce qu'elles n'ont rien de commun avec l'écorce que leur épiderme, & qu'elles sont privées de glandes corticales dans leur parenchyme : elles sont aussi beaucoup plus fournies de trachées : les pétales ont souvent à leur partie interne des lacunes ou cavités melliferes, ou bien la nature forme exprès des cornets de différente forme, dans laquelle elle ramasse cette liqueur dont les abeilles composent leur miel.

Les calices & les pétales ne sont pas des parties essentielles de la fructification : elles manquent absolument dans quelques plantes ; dans beaucoup d'autres il n'y en a qu'une des deux, cependant le plus grand nombre en est pourvu.

Les étamines sont des parties essentielles de la fructification ; elles contiennent le principe de la fécondation des semences, & sans leur secours, les embryons ne feroient qu'avorter. On les regarde comme une production du corps ligneux ; mais leur substance toujours herbacée, le grand nombre des vaisseaux spiraux qui les traverse, & leur disposition à s'étendre & à devenir monstrueuse dans les fleurs doubles, fait voir qu'elles appartiennent plus particulierement au livre. Leur figure varie & aussi leur situation ; elles naissent quelquefois sur le pistil même, quelquefois à sa base, assez souvent dans l'intérieur des pétales, quelquefois sur les bords du calice, & enfin sur des organes particuliers & fort éloignés des pistils. Elles sont communément composées d'un filet portant à son sommet une double capsule où sont renfermées des poussieres qui paroissent au microscope autant de petites capsules de différentes figures ; elles se rompent dans l'eau avec éclat, & répandent une liqueur spiritueuse, qui est le vrai principe de la fécondation.

Du centre de la fleur s'éleve le pistil ou l'ovaire, organe aussi essentiel à la fructification que les étamines : il est composé du germe, d'un stile & d'un stigmate, corps spongieux & humide, propre à retenir les poussieres des étamines, & à s'imbiber de la liqueur spiritueuse qu'elles contiennent. La principale de toutes ces parties est le germe qui renferme les embryons des semences, & qui ne commence à croître qu'après la fécondation.

Cette fécondation s'opere par l'activité de la liqueur spiritueuse des poussieres, qui pénétre par le tissu spongieux du stigmate, & le long du stile jusqu'aux embryons, & vivifie leur germe à-peu-près comme fait la semence du mâle dans les animaux.

Dans le plus grand nombre des végétaux les étamines sont avec les pistils, sous les mêmes enveloppes, ensorte que les poussieres sont portées immédiatement sur le stigmate, le matin quand la fleur s'épanouit : dans les plantes qui ont sur le même pié des fleurs mâles, séparées des fleurs femelles, les capsules des étamines ont beaucoup d'elasticité, & répandent fort loin leurs poussieres, c'est ce qu'on peut observer sur la pariétaire : enfin dans les plantes & dans les arbres qui n'ont que des fleurs mâles ou femelles sur chaque individu, les poussieres qui sont alors très-abondantes, sont lancées avec effort & portées fort loin par le vent : de plus ces poussieres conservent assez long-tems leur vertu prolifique au point qu'on peut transporter à 30 ou 40 lieues des rameaux de fleurs de palmier mâle, & opérer la fécondation en les attachant sur des palmiers femelles. Mais si les individus femelles sont trop éloignés de ceux qui portent les étamines, elles restent stériles, & tous leurs germes avortent.

C'est donc envain qu'on a prétendu que des petits corps organisés descendoient tous formés par les vaisseaux du stile, & devenoient les embryons : on ne remarque absolument aucune voie par où des corps organisés puissent descendre dans l'ovaire, ni aucune force qui puisse les y arranger symmétriquement, & les attacher chacun par leur cordon ombilical aux parois & aux cloisons des capsules ; les parties extérieures sur lesquelles les poussieres séminales doivent tomber sont plutôt spongieuses & renflées, & ne paroissent que disposées à s'imbiber de la liqueur spiritueuse qui sort de ces poussieres : bien plus, avant que les étamines soient en état de répandre leur poussiere, on trouve les embryons des semences dans les ovaires rangés dans le même ordre où ils doivent être jusqu'au tems de leur perfection : jusqu'au moment de l'éruption des poussieres, ils font peu de progrès dans leur accroissement ; mais immédiatement après leur fécondation ils croissent très-rapidement.

Le germe qui contient ces embryons se change bientôt en un fruit (sec, mol, pulpeux, capsulaire, légumineux, &c.) qui s'accroît jusqu'à un terme déterminé, c'est-à-dire, jusqu'à ce que les semences qu'il contient aient acquis un juste degré de maturité : alors les vaisseaux de ce fruit cessent de recevoir de nouveaux sucs ; leurs fibres se dessechent, & en même tems leur ressort augmente au point que la dessication étant suffisante, le fruit s'ouvre avec effort, & les semences dont le cordon ombilical est aussi desseché, tombent à terre pour y germer & reproduire autant de pareilles especes : chaque semence étant organisée de telle sorte qu'elle doit toujours représenter le même individu dont elle sort, suivant l'ordre précis du créateur.

La perfection des semences paroît être l'unique objet de la nature dans la végétation des plantes annuelles : dès que ses vues sont remplies, les feuilles se dessechent, & la plante dépourvue de boutons capables de prolonger sa vie, cesse de végéter & périt : dans les plantes vivaces & dans les arbres, les boutons qui se forment chaque année perpétuent cette puissance qui fait élever la seve, & renferment des bourgeons qui se développeront d'eux-mêmes, quand la chaleur du soleil leur donnera de l'activité au printems suivant. C'est pourquoi lorsque ces boutons que les feuilles portent dans leurs aisselles, ont acquis leur juste grosseur, & que leurs enveloppes écailleuses sont formées au point qu'elles peuvent les défendre des injures du tems pendant l'hiver, l'affluence de nouveaux sucs leur devient inutile, & même leur seroit préjudiciable : dès-lors les feuilles ne reçoivent plus la seve nourriciere qui entretient leur souplesse & leur fraîcheur, leurs fibres se dessechent, l'agitation des vents les sépare des branches & les emporte. Elles laissent à leur origine une cicatrice que le tems efface, mais par laquelle l'air s'insinue dans les vaisseaux spiraux.

Cette défoliation qui laisse dans les boutons de nouveaux instrumens capables d'élever la seve aux premieres chaleurs du printems, ne fait que ralentir dans un arbre le mouvement vital sans l'éteindre : mais lorsqu'après une longue suite d'années les fibres ligneuses qui se sont toujours endurcies sont aussi devenues plus fragiles ; que l'arbre parvenu à sa hauteur, n'a pris depuis long-tems de l'accroissement que dans ses branches, que leur poids & l'effort des vents font enfin casser : l'arbre se couronne, l'humidité des pluies pénetre par toutes les plaies, & pourrit insensiblement le tronc : alors il ne subsiste plus que par le peu de bois qui reste encore uni à l'écorce : il se mine peu-à-peu, la carie gagne enfin le livre, & arrêtant la vie de l'arbre dans sa source, termine insensiblement sa végétation.


VÉGÉTATIONVÉGÉTATION

Peu de chymistes ont travaillé avec plus de succès sur les végétations métalliques que M. Homberg. On a de lui, dans les mémoires de Mathématique & de Physique, année 1692, une observation, dans laquelle non - seulement il donne une maniere plus promte que la commune de faire l'arbre de Diane, mais il enseigne encore de nouvelles méthodes pour la production d'autres végétations semblables, & il explique la formation de ces végétations par des raisons assez claires. Toutes ces végétations, à l'exception d'une pour laquelle il ne faut qu'une simple amalgamation d'or ou d'argent, avec du mercure, sans addition d'aucune autre liqueur ; toutes ces végétations, dis-je, se forment au milieu d'un liquide & au fond du vaisseau. Le seul arbre de mars se forme au-dessus du liquide, qui est même enlevé tout entier au haut du vaisseau, & quelquefois en très-peu de tems. Ainsi il doit être regardé comme une espece de végétation métallique, différente des autres. Celles dont parle M. de la Condamine dans les mémoires de l'académie des Sciences, sont encore des végétations d'une autre espece, & méritent le nom de végétation par la maniere dont elles se forment.

Il a mis sur une agate polie, ou sur un verre posé horisontalement, un peu de solution d'argent, faite à l'ordinaire par l'esprit-de-nitre, & au milieu de cette liqueur épanchée qui n'avoit que très-peu d'épaisseur, il a placé un clou de fer par la tête. Dans l'espace de quelques heures, il s'est formé autour de cette tête-de-clou un très-grand nombre de petits filets d'argent, qui, à mesure qu'ils s'éloignoient du centre commun, diminuoient de grosseur & se divisoient en plus petits rameaux. C'est-là ce qui avoit l'air de végétation.

M. de la Condamine juge avec beaucoup de vraisemblance, que la cause générale de ce fait est le principe établi en Chymie, qu'un dissolvant qui tient un métal dissous l'abandonne dès qu'on lui présente un autre métal qu'il dissoudra plus facilement. Ici le nitre a abandonné l'argent pour aller dissoudre du fer ou la tête du clou.

On peut conclure de ce principe qu'on fera la même expérience sur tous les autres métaux, en substituant à la solution d'argent une solution d'un métal quelconque, & au fer un métal plus aisé à dissoudre par le dissolvant du métal qu'on aura choisi ; & c'est en effet ce que M. de la Condamine a trouvé par un grand nombre d'expériences différemment combinées.

Il a eu des végétations horisontales, des arbrisseaux plats avec plusieurs variétés, soit en ce que les arbrisseaux ont demandé plus ou moins de tems, soit en ce qu'ils ont été plus ou moins touffus de ramifications.

On a supposé jusqu'ici que le verre sur lequel se faisoit l'expérience étoit posé horisontalement, mais il peut aussi être incliné. Toute la différence sera qu'il y aura plus de ramifications, que l'arbrisseau sera plus touffu au-dessus du centre, ou à la tête du clou qu'au-dessous. La raison en est qu'entre les courans qui doivent tous aller vers ce centre, les inférieurs y trouvent plus de difficulté, puisqu'ils n'y peuvent aller qu'en remontant. Les végétations de cette espece se font également bien sur des verres ou glaces de toutes couleurs, & l'esprit s'amuse volontiers à ces sortes d'artifices. (D.J.)


VÉGÉTAUX(Jardinage) sont tous les êtres qui vivent de la substance de la terre. On entend par ce mot toutes les plantes en général que l'on peut renfermer sous deux especes, les arbres & les herbes.

Le terme de végétal a été donné aux plantes, parce qu'on a cru devoir appeller végétation l'action par laquelle les plantes croissent, vegetans dicitur ab anima vegetante.

Les végétaux se distinguent en arbres, arbustes, arbrisseaux ou frutex, sous-arbrisseaux ou sufrutex, herbes, légumes, oignons, roseaux & chiendents.

Ils se peuvent encore diviser en plantes terrestres & aquatiques ; les terrestres sont celles qui croissent sur la terre, au-lieu que les aquatiques ne s'élevent bien que dans l'eau.

Les unes & les autres se subdivisent en plantes ligneuses ou boiseuses, en bulbeuses & en fibreuses ou ligamenteuses, qu'on peut encore appeller herbacées.

Les plantes ligneuses ou boiseuses sont tous les arbres dont la consistance, tant dans les branches que dans les tiges & les racines, est assez dure pour former du bois ; elles se divisent en arbres sauvages & en domestiques.

Les sauvages sont ceux qui viennent sans culture, dans les bois & les campagnes.

Les domestiques se cultivent dans les jardins, & sont proprement les arbres à fruit.

Les plantes bulbeuses renferment toutes les plantes qui ont des oignons, soit légumes ou fleurs.

Les plantes fibreuses ou ligamenteuses n'ont que des racines très-menues, ou de petits ligamens ; cela regarde les fleurs les plus délicates, les blés & autres chiendents, les plantes médicinales cultivées, les herbes sauvages, que l'on appelle simples, les légumes & les herbes potageres.

Il y a encore les plantes annuelles, les pérenelles & les parasites.

Les plantes annuelles ne durent qu'un an, les pérenelles ou vivaces durent plus long-tems.

Les plantes parasites vivent aux dépens des autres, tels que l'agaric & le gui de chêne ; elles végetent sur les autres, & leurs racines se nourrissent sur l'écorce de ces plantes auxquelles elles sont attachées.

Les parties des végétaux sont la graine, la racine, la tige ou le tronc, l'écorce, les yeux, les bourgeons, les branches, les feuilles, les fleurs & les fruits.

On expliquera toutes ces parties différentes à leur article.


VEGGIou VEGLIA, (Géograph. mod.) île du golfe de Venise, sur la côte de la Morlaquie, au voisinage de l'île de Cherzo. On lui donne environ cent milles de tour. C'est la plus belle île de cette côte. Elle produit du vin, de la soie, & des petits chevaux estimés. Sa capitale qui porte le même nom, est sur le bord de la mer, du côté du midi, où elle a un port capable de contenir dix galeres & quelques vaisseaux. Cette ville est honorée d'un évêché. Long. 32. 27. latit. 46. 12.

L'île de Veggia est nommée Kar par les Esclavons, & ce pourroit être la Curica de Ptolémée. Après la décadence de l'empire, elle se gouverna quelque tems par ses propres loix, ayant des princes particuliers, dépendans des rois de Dalmatie. L'un d'eux la céda, à ce qu'on croit, à la république de Venise en 1480, du-moins depuis ce tems-là les Vénitiens en ont joui tranquillement. Ils y envoyent pour la gouverner un noble avec titre de provéditeur. (D.J.)


VEGIUM(Géogr. anc.) ville maritime de la Liburnie, selon Pline, l. III. c. xxj. Ptolémée, l. II. c. xvij. qui la marque entre Ortopla & Argyrutum, la nomme Vegia. (D.J.)


VEGLIA(Géog. mod.) île du golfe de Venise. Voyez VEGGIA.


VÊGRELA, ou LA VESGRE, (Géog. mod.) petite riviere de France, dans le Hurepoix. Elle a sa source au-dessus de Houdan où elle passe, & vient couler dans l'Eure, un peu au-dessous d'Ivry. (D.J.)

VEGRES, voyez VAIGRES.


VEGUERS. m. (Jurisprud.) terme de palais usité seulement dans le Béarn, où il se dit de certains huissiers qui ont spécialement le droit de signifier des exploits aux gentilshommes, à la différence des bayles qui n'en peuvent signifier qu'aux rôturiers. Voyez BAYLE.


VÉHÉMENTadj. (Gram.) il se dit d'un mouvement, d'une action violente, forte, impétueuse. La véhémence des flots & des vents ; un orateur, un discours véhément.


VÉHÉRIE(Jurisprud.) veheria seu vicaria, vicedognatus, vice-dominatus, vicairie, office, jurisdiction ou district du véhier, viguier ou vicaire.

Ce terme est usité en quelques provinces, & notamment en Dauphiné. Voyez-ci-après VEHIER. (A)


VÉHEURS. m. (Jurisprud.) vieux terme de pratique, qui n'est usité qu'en Normandie, où il se dit des témoins qui assistent à la vue ou visite d'un héritage. Voyez VISITE.


VÉHICULES. f. (Gram.) dans son sens littéral, signifie une chose qui en charrie ou porte une autre avec elle ou sur elle. Voyez VOITURE, CHARIOT, ROUE.

C'est dans ce sens-là que les anatomistes disent que le serum est le véhicule qui voiture les globules du sang. Voyez SANG.

En Pharmacie, une liqueur qui sert à délayer une autre, ou dans laquelle on détrempe une médecine pour la rendre moins desagréable au goût d'un malade, est appellée aussi un véhicule.

L'eau est le véhicule de la matiere nutritive des végétaux. Voyez VEGETATION & EAU.


VÉHIERS. m. (Gram. & Jurisprud.) veherius, ucerius, viguerius seu vicarius, le même officier qu'on appelle ailleurs viguier, & qu'en Dauphiné on appelle véhier. C'étoit le lieutenant du seigneur, & l'on croit qu'il rendoit la justice en son nom.

Il y avoit deux sortes de véhiers : les uns ecclésiastiques, les autres laïques.

Le véhier ou vicaire ecclésiastique de Romans étoit ordinairement un chanoine de l'église de S. Bernard, que l'archevêque de Vienne, abbé de cette église collégiale, nommoit à cet office ou bénéfice. Jean XXII. supprima les charges de mitral de Vienne & de viguier de Romans pour les réunir à la mense archiépiscopale.

Le mitral de Vienne & le véhier de Romans avoient les mêmes fonctions ; l'un & l'autre avoit droit d'établir un juge dans la ville, qui avoit jurisdiction sur les habitans, ainsi qu'on l'apprend d'une sentence arbitrale de l'an 1274, par laquelle on voit que ce vicaire ou véhier, outre la nomination du juge, avoit encore celle de plusieurs autres officiers qui prêtoient tous serment entre ses mains. Quoiqu'il pût subroger à ses fonctions de judicature, il lui étoit libre de les exercer en personne, sur - tout en certaines causes dont il se réservoit ordinairement la connoissance, & auxquelles l'archevêque ne pouvoit pas commettre un autre juge.

L e véhier laïque étoit un officier préposé par le seigneur à la recette des deniers provenant de sa justice. Une reconnoissance de 1318 justifie qu'outre le véhier de l'archevêque de Vienne, il y avoit à Romans un officier du dauphin, que l'on appelloit du même nom. Sa recette étoit composée des amendes & condamnations de justice, des émolumens du sceau, du tribut qui se levoit sur les mariages pour le plat ou mets du seigneur, & autres droits semblables.

La plûpart des véheries ayant été inféodées, ont conservé leurs droits ; mais elles ont entierement perdu leurs fonctions. Dans le tems qu'elles subsistoient, le véhier avoit pour sa part le tiers de sa recette, ainsi qu'il en est fait mention dans plusieurs anciens hommages rendus pour ces véheries.

Suivant un rapport fait par les gens des comptes en 1494, il y avoit dans Grenoble trois véheries, savoir celle de Giere, de Portetroine & de Clérien ; ces véheries avoient retenu ces noms des premiers seigneurs auxquels elles avoient été inféodées.

Ceux de Portetroine & de Clérien n'avoient chacun proprement qu'une moitié de la véherie épiscopale.

Dans la suite le dauphin acquit les véheries de Giere & de Portetroine : ce qui augmenta beaucoup ses droits.

Les anciens aveux de ces véheries font connoître que ceux qui les tenoient, se reconnoissoient hommes liges du dauphin ou de l'évêque pour celles qui relevoient de ce prélat, & que de chaque véherie dépendoit une maison forte destinée pour l'habitation du véhier.

La véherie de Clérien qui est demeurée à des seigneurs particuliers, a conservé pour tout reste des anciens droits qui y étoient attachés, une douzieme des langues de boeufs que l'on tue dans la ville.

Les reconnoissances passées pour la véherie de Bernin, font mention d'un droit sur les petits bans, banna minuta. On entendoit par-là les peines pécuniaires imposées par les statuts des lieux pour des contraventions, à la différence des condamnations de justice, qui sont les amendes ordinaires prononcées par les sentences des juges. Ce véhier profitoit des petits bans quand ils étoient au-dessous de trois sols six deniers ; au-dessus il n'en retiroit que le tiers. Il avoit aussi le droit de nommer seul un banier pour la garde des champs & des vignes dans le tems des moissons & des vendanges, le tiers du droit de passage dû par les étrangers qui amenoient paître des bestiaux dans le lieu, le droit de langues de boeufs ; il avoit aussi le droit d'étalonner seul les mesures du vin & les autres mesures des blés & moulins conjointement avec le châtelain.

La véherie de Moirene est celle dont on a conservé les plus anciens titres dans les privileges de ce lieu, qui sont de l'an 1164. Le véhier nommé aymo vicarius est donné par le seigneur pour garant de l'observation des franchises. Cet officier avoit une portion des bans & amendes imposés pour certains crimes.

Le véhier de Payrins étoit tenu de payer au dauphin à chaque mutation de seigneur & de possesseur, une redevance de 35 liv. viennoises & deux draps de toile d'Allemagne pour le plait ou mutation de la véherie. Voyez les mémoires de Valbonay, Chorier hist. du Dauphiné, & les mots VÉHERIE, VICAIRE, VIGUIER, VIGUERIE. (A)


VEIES(Géog. anc.) Veii, ville d'Italie, dans l'Etrurie, près du Tibre, à environ cent stades de Rome. C'étoit une ville puissante, riche & forte ; dumoins les historiens nous la représentent comme une ville aussi étendue & aussi peuplée qu'Athènes. Les habitans qui craignoient les Romains, ne s'étoient pas contentés de la situation avantageuse de leur ville, ils avoient encore employé l'art pour la fortifier. Depuis long-tems les Veïens & les Romains vivoient dans une perpétuelle mésintelligence, & commettoient à toute heure des hostilités sur les terres les uns des autres, jusque - là que Florus, l. I. c. xiij. nomme les Veïens assidui & anniversarii Romanis hostes.

Enfin dans l'année 348 de la fondation de Rome, les Romains prirent la résolution de réduire cette puissante ville. Ils commencerent alors ce siege si fameux, que l'histoire compare pour la difficulté & pour la longueur avec celui de Troie. Ce ne fut que dans l'année 357, qu'ils emporterent cette ville. Comme l'armée romaine étoit extrêmement nombreuse, elle donna l'assaut de tous côtés. Les Veïens occupés par-tout ne firent point attention à une mine qu'on creusoit sous leur ville, & ne furent pas en état de repousser l'ennemi lorsqu'il entra chez eux par le souterrein. Les Romains enfouis s'ouvrirent un passage dans l'enceinte du temple de Junon. Le temple principal de cette ville étoit consacré à cette déesse ; & selon la coutume des anciens, il étoit placé dans la haute ville.

Les Romains sortis de la mine eurent encore différens combats à livrer ; mais ils furent vainqueurs, pillerent les maisons, & mirent le feu en différens quartiers. On vendit à l'enchere tous les prisonniers de condition libre ; & l'argent que l'on en tira, fut attribué au fisc. Camille, après le partage du butin fait dans les maisons, ordonna le dépouillement des temples, & forma le dessein de transporter religieusement à Rome la statue de Junon ; en conséquence il choisit dans son armée des jeunes gens bien faits, à qui il ordonna de se purifier par des ablutions & de se revêtir d'habits blancs.

Ce fut à eux qu'il confia le soin de porter à Rome le simulacre de la déesse, & les offrandes qu'on lui avoit faites de tout tems. La jeune troupe entra dans son temple avec un grand air de modestie & de vénération. D'abord Camille toucha la statue, liberté qui n'étoit permise, parmi les Etruriens, qu'à un seul prêtre d'une famille marquée. On dit qu'ensuite il lui demanda si elle consentoit de venir à Rome, & que la statue, selon les uns, lui fit signe, & selon les autres, lui répondit qu'elle partiroit volontiers. Elle fut placée sur le mont Aventin, où elle demeura longtems dans un temple.

Ainsi périt la fameuse ville de Veïes, qui fut dépouillée tout-à-la-fois de ses richesses, de ses habitans & de ses dieux. On peut juger de sa force par la difficulté que Rome eut à la soumettre. Dix ans suffirent à peine à la réduire. On n'en discontinua le siege ni pendant l'hiver, ni pendant l'été. Enfin elle fut prise par la sappe, & l'artifice y eut plus de part que la valeur même.

Les habitans de Veïes sont appellés Veïentes par Cicéron, l. I. de divinat. c. xliv. & Veïentani par Pline, l. III. c. v. C'étoit une colonie grecque venue en Italie d'Argos, où Junon étoit particulierement adorée. Le pays des Veïens composoit un quartier de l'Etrurie, qui n'étoit séparé des Sabins & des Latins que par le Tibre ; c'est aujourd'hui la partie la plus orientale du patrimoine de S. Pierre.

Les Romains ne détruisirent pas entierement la ville de Veïes. Tite-Live, l. XXXIX. c. ix. fait entendre qu'elle subsistoit encore après la guerre punique ; & Rome y envoya une colonie que Frontin nomme Colonia vejus. Depuis elle tomba tellement en ruine, qu'on n'en reconnoissoit plus la place. Holstein a eu beaucoup de peine à en trouver quelques vestiges sur une colline escarpée, vis-à-vis de l'île Farnesia, aujourd'hui Isola ; cette position s'accorde avec celle que Denys d'Halicarnasse donne à la ville de Veïes. (D.J.)


VEILLANE(Géog. mod.) ou plutôt Vigliana, petite ville d'Italie, dans le Piémont, au marquisat de Suze, près de la Doire, appellée Doria-Riparia, à 14 milles au nord - ouest de Turin. Long. 24. 55. latit. 44. 53. (D.J.)


VEILLES. f. (Physiolog.) dans l'économie animale, état du corps humain dans lequel les actions des sens internes & externes, & des muscles peuvent se faire facilement, sans trouver aucune résistance. Je suis sûr que je veille lorsque mes yeux ouverts apperçoivent les corps qui m'environnent ; car mes yeux voyent confusément quand j'ai envie de dormir, & je ne vois plus rien quand je dors. Je veille si j'entends les sons qui sont à la portée de mon oreille ; je dors si je ne les entends pas. Je veille lorsque je marche ou je parle à volonté ; je veille lorsque mon cerveau est dans cette disposition physique, au moyen de laquelle les impressions externes appliquées à mes organes excitent certaines pensées. Je veille enfin lorsque le principe moteur des muscles, au moindre changement du principe pensant, est prêt à être déterminé vers les muscles, quoique souvent il n'y coule point actuellement.

VEILLE, (Antiq. rom.) vigilia, partie de la nuit. Les Romains divisoient la nuit en quatre parties égales. La premiere commençoit ordinairement depuis six heures du soir jusqu'à neuf ; la seconde depuis neuf jusqu'à minuit ; la troisieme depuis minuit jusqu'à trois heures du matin ; la quatrieme depuis trois heures jusqu'à six. La même chose se pratiquoit dans les villes de guerre, & par-tout où il y avoit des garnisons. (D.J.)

VEILLE, (Hist. ecclés.) on appelle veille le jour qui précede la fête de quelque saint. Ce nom signifioit autrefois non pas le jour, mais la nuit pendant laquelle les Chrétiens veilloient sur les tombeaux des martyrs, en chantant des hymnes à l'honneur de ceux dont on devoit solemniser la fête le lendemain. On appella ces sortes de veilles, natalitiae, non par rapport au jour de la naissance, mais par rapport à une autre vie plus heureuse que celle qu'ils avoient perdue.

Plusieurs savans croyent qu'on commença les veilles dans le second siecle de l'église, & que ce fut pour célébrer le martyre de S. Polycarpe, évêque de Smyrne ; mais cette époque est fort contestée, & véritablement il est difficile de la fixer : ce qu'il y a de plus vrai, est que c'étoit sur le tombeau des martyrs que l'on solemnisoit la veille du jour du martyre du saint que l'on invoquoit.

On avoit accoutumé de publier la fête des martyrs que l'on devoit célébrer : cette publication se faisoit secrettement dans les tems de persécution par un homme préposé pour cette fonction, & que l'on appelloit cursor. C'étoit principalement pendant la nuit que les assemblées se faisoient, comme nous l'apprenons de Tertullien & de Clément d'Alexandrie ; on éclairoit les lieux d'assemblée par le moyen des cierges & d'autres matieres qui produisoient une lumiere suffisante pour suppléer au défaut du jour.

Il est aisé de comprendre que dans la suite des tems cette pratique religieuse tomba dans plusieurs abus, & le scandale devint si public, que dans le septieme siecle on défendit les veilles nocturnes : ce qui fut confirmé par plusieurs conciles généraux & par des synodes particuliers. (D.J.)

VEILLE des armes la, (Hist. de la Chevaler.) ancienne cérémonie, qui consistoit en ce que la veille que quelqu'un devoit être fait chevalier, il passoit la nuit à veiller dans une chapelle où étoient les armes dont il devoit être armé le lendemain ; & en ce sens on disoit, faire la veille des armes. Voyez l'hist. de la Chevalerie par M. de Sainte-Palaye. (D.J.)

VEILLE - LA - DRISSE, (Marine) commandement de se tenir prêt à mener les huniers.

VEILLE - L'ECOUTE - DE - HUNE, (Marine) commandement de tenir l'écoute de hune prête à être larguée.

VEILLE-LES-HUNIERS, (Marine) c'est la même chose que veille-les-drisses. Voyez VEILLE-LA-DRISSE.


VEILLERv. act. & neut. (Gram. franç.) c'est être dans l'état qu'on désigne par veille. Voyez l'article VEILLE.

Veiller une personne, se dit en deux sens bien différens. Il signifie passer la nuit auprès d'un malade pour en avoir soin, comme, on le veille toutes les nuits : je l'ai déja veillé deux fois ; & il signifie aussi épier une personne, la suivre de près, comme, on le veille de près, on le veille avec tant de soin qu'il ne sauroit échapper.

Veiller sur les actions, sur la conduite de quelqu'un, se prend en bonne & en mauvaise part ; exemples : il veille sur toutes les actions de son ennemi ; un bon pere doit veiller sur la conduite de ses enfans.

Veiller à quelque chose, se prend toujours pour en avoir soin ; je veillerai à votre affaire. M. Despréaux s'est servi fort agréablement du verbe veiller.

Ces pieux fainéans veilloient à bien dormir.

(D.J.)

VEILLER, (Jurisprud.) signifie en cette matiere être attentif à la conservation de ses droits ; c'est en ce sens que l'on dit que vigilantibus jura prosunt. Un créancier, en formant son opposition, veille pour empêcher que l'on ne purge ses droits par un décret, par des provisions d'un office, par des lettres de ratification d'une rente sur le roi. Le tuteur est obligé de veiller à la conservation des biens de ses mineurs. Tant que le vassal doit, le seigneur veille, & vice versà, c'est-à-dire que le seigneur qui a saisi, fait les fruits siens, tant que le vassal néglige de prêter la foi, ou au contraire que le vassal gagne les fruits, tant que le seigneur ne saisit pas. Voyez CREANCIER, DECRET, OPPOSITION, SAISIE, TUTEUR, SEIGNEUR, VASSAL. (A)

VEILLER, (Marine) c'est prendre garde à quelque chose. On dit qu'il faut veiller les mâts & non le côté, quand on veut faire entendre que les mâts d'un vaisseau sont bons, & qu'ils vireront plutôt que de démâter. On dit encore qu'une ancre est à la veille, quand elle est prête à être mouillée, & qu'une bouée est à la veille, lorsqu'elle flotte sur l'eau, & qu'elle montre où l'ancre est mouillée.

VEILLER, (terme de Fauconnerie) c'est empêcher l'oiseau de dormir, afin de le dresser.


VEILLOIRS. m. terme d'ouvriers en cuir ; on nomme ainsi parmi les ouvriers qui travaillent en cuir, comme bourreliers, maletiers, cordonniers, savetiers, &c. une petite table sur laquelle les compagnons mettent leur chandelle & leurs outils lorsqu'ils commencent à veiller, & autour de laquelle ils s'arrangent pour profiter tous de la lumiere. Savary. (D.J.)


VEILLOTES. f. terme de Faucheur ; petit tas de foin qu'on fait, lorsque l'herbe du pré est fauchée, & qu'on fane à dessein de la réduire le plus tôt qu'il est possible en foin. (D.J.)


VEINES. f. en Anatomie, est le nom que l'on donne aux vaisseaux ou conduits qui reçoivent le sang de toutes les parties du corps, où les arteres l'ont distribué, & le rapportent au coeur. Voyez Pl. d'Anatom. Angéiol. Voyez aussi SANG, &c.

Les veines ne sont qu'une continuation des extrêmités des arteres capillaires, qui se réfléchissent vers le coeur. Voyez CAPILLAIRE & ARTERE.

Comme elles se réunissent à mesure qu'elles approchent du coeur, elles forment à la fin trois grosses veines ou troncs ; savoir, la veine cave descendante, qui rapporte le sang de toutes les parties au-dessous du coeur. La veine cave ascendante, qui rapporte le sang de toutes les parties au-dessus du coeur. Et la veine porte, qui va se rendre au foie. Voyez CAVE, COEUR, PORTE, &c.

L'anastomose des veines & des arteres a été vue au microscope dans les piés, les queues, &c. des grenouilles, & d'autres animaux amphibies, premierement par Leuwenhoeck : mais depuis elle a été observée en d'autres animaux, & surtout dans l'épiploon du chat, par Cowper ; on l'a remarquée dans différentes parties du corps humain ; mais elle n'est pas constante, &c. Voyez ANASTOMOSE, CIRCULATION, &c.

Les tuniques des veines sont quatre, & les mêmes que celles des arteres, excepté que la tunique musculaire est fort mince dans toutes les veines, ainsi que dans les arteres capillaires ; la pression du sang contre les parois des veines étant moindre que contre celles des arteres, parce que la force du coeur est fort affoiblie dans les capillaires. Voyez Pl. anatom. (Angéiol.) Voyez aussi l'article PHLEBOTOMIE.

Les veines n'ont point de battement, parce que le sang y est poussé d'une maniere uniforme, & qu'il coule d'un canal étroit dans un plus grand. Mais elles ont un mouvement péristaltique, qui dépend de leur tunique musculaire. Voyez POULS, &c.

Les veines capillaires s'unissent les unes avec les autres, comme il a été dit des arteres capillaires ; mais leur direction est entierement contraire : car au-lieu qu'une artere est un tronc qui se divise en plusieurs branches & plusieurs capillaires, une veine est un tronc formé de la réunion de plusieurs capillaires. Voyez CAPILLAIRE.

Dans toutes les veines qui sont perpendiculaires à l'horison, excepté dans celles de la matrice, & dans la veine porte, il y a de petites valvules ou soupapes. Quelquefois il n'y en a qu'une, quelquefois il y en a deux, & d'autres fois trois, placées ensemble, comme autant de demi-dez attachés aux parois des veines, avec leurs ouvertures tournées vers le coeur.

Ces valvules sont pressées contre les parois des veines par le sang qui coule vers le coeur ; mais elles empêchent le sang de revenir du coeur, & en fermant les veines, soutiennent le poids du sang dans les gros troncs. Voyez VALVULE.

Les veines sont distinguées par rapport à leur situation, en supérieure & inférieure, ascendante & descendante ; en droite, comme la mésentérique, & en gauche, comme la splénique ; en interne, comme la basilique, & en externe, comme la céphalique.

Plusieurs veines tirent aussi leurs noms des parties où elles se trouvent, comme les jugulaires, les diaphragmatiques, les rénales, les iliaques, les hypogastriques, les épigastriques, les axillaires, les crurales, les ombilicales, les surales, la sciatique, la saphene, la médiane, la céphalique, la thorachique, la souclaviere, l'intercostale, la coronale, l'hémorrhoïdale, la cervicale, la thymique, la mammillaire, la gastrique, la stomachique, l'épiploïque, la splénique, &c.

On distingue aussi les veines à raison de leurs fonctions particulieres, en spermatiques, émulgentes, &c. Voyez toutes ces veines représentées dans la Pl. anat. (Angéiol.) & leur descriptions particulieres dans leur articles propres. Voyez JUGULAIRE, &c.

VEINE, (Maréchal.) presser la veine. Voyez PRESSER. Barrer la veine. Voyez BARRER.

VEINES, se dit aussi des raies ou des ondes de différentes couleurs qu'on apperçoit sur plusieurs sortes de bois, de pierres, &c. comme si elles y eussent été peintes ; & que les peintres même imitent souvent, en peignant les menuiseries, &c.

En général le marbre est rempli de pareilles veines. Voyez MARBRE.

Le lapis lazuli a des veines qui ressemblent à de l'or. Voyez LAPIS.

Ovide parlant des métamorphoses des hommes en pierres, dit : quae modo vena fuit, sub eodem nomine mansit.

Les veines dans les pierres sont un défaut qui vient pour l'ordinaire d'inégalité dans leur consistance, comme d'être trop dures ou trop tendres ; défaut qui fait éclater & fendre les pierres dans ces endroits.

Veine est un mot qui se dit aussi dans le même sens que stratum, pour exprimer les différentes dispositions ou especes de terre qu'on rencontre en creusant. Voyez STRATUM.

Ainsi on dit une veine de sable, une autre de roc, &c. une veine d'ocre, de vitriol, d'alun, de calamine, de charbon, &c. Les eaux minérales acquierent leurs différentes qualités en passant par des veines de vitriol, de soufre, &c. Voyez MINERAL.

On dit dans le même sens une veine d'or, d'argent, de mercure, &c. & on entend par-là certaines parties de la terre dans lesquelles on trouve de la mine de ces métaux, qui se distribue en différentes branches, comme font les veines dans le corps. Voyez MINE, &c.

Tavernier donne une description des veines qui sont dans les mines de diamans de Golconde, avec la maniere de les tirer. Voyez DIAMANT.

VEINES métalliques, (Hist. nat.) voyez l'article FILON.

VEINE, (Architecture) c'est une beauté & un défaut dans la pierre, dans le marbre & dans le bois. Nous allons distinguer ces défauts pour chaque matiere d'après Daviler.

Veine de bois. C'est une variété qui fait la beauté des bois durs pour le placage, & c'est un défaut dans ceux d'assemblage de menuiserie, parce que la veine est alors une marque de tendre ou d'aubier.

Veine de marbre ; c'est une variété qui fait la beauté des marbres mêlés. Les veines grises sont un défaut dans les marbres blancs, pour la sculpture, quoiqu'elles fassent la beauté des marbres blancs.

Veine de pierre ; défaut de la pierre qui provient d'une inégalité de consistance par le dur & le tendre. La pierre se moie & se délite à l'endroit de ce défaut, qui est encore une tache au parement, qui fait rebuter la pierre dans les ouvrages propres. (D.J.)

VEINES d'eau, (Archit. Hydraul.) ce sont dans la terre des filets d'eau qui viennent d'une petite source, ou qui se séparent d'une grosse branche, & qu'on recueille, comme des pleurs de terre dans des réservoirs. (D.J.)


VEINEUXEUSE, adj. en Anatomie, qui appartient aux veines. Voyez VEINE.

Artere veineuse, voyez ARTERE, POUMON, CIRCULATION, &c.


VEIRATvoyez MAQUEREAU.


VEIROS(Géog. mod.) petite ville de Portugal, dans l'Alentejo, sur la riviere d'Anhalouva, près de Fonteira. Elle est défendue par un château. (D.J.)


VEISSELS. m. (Com.) mesure des grains dont on se sert à Chambery en Savoye. Le veissel pese 140 livres poids de Genève. Dictionn. de Comm.


VEITSAINT, ou FIUME, (Géog. mod.) petite ville d'Italie, dans l'Istrie, sur le golfe de Venise, à 12 lieues au sud-est de Capo d'Istria, avec un port. Elle dépend de la maison d'Autriche. Long. 32. 10. latit. 45. 24. (D.J.)

VEIT, SAINT, (Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans la basse Carinthie, au confluent des rivieres de Glan & de Wunich, au nord-ouest & à 4 lieues de Clagenfurt. Elle est entre quatre montagnes. Long. 31. 47. latit. 46. 51.


VEJENTANUM(Géog. anc.) maison de campagne, en Italie, au bord du Tibre, sur la voie Flaminienne. Cette maison, dont parle Suétone, l. VII. in Galbâ, c. j. appartenoit à Livie, femme d'Auguste, & elle fut nommée ad-Gallinas. (D.J.)


VEJOVIou VEJUPITER, (Mythol.) c'est-à-dire, Jupiter vengeur ; il avoit sous ce nom un temple à Rome près du capitole ; il étoit représenté avec des flêches à la main, pour marquer que ce dieu est toujours prêt à punir les criminels, & à venger les crimes secrets ; les coupables tâchoient de l'appaiser par le sacrifice d'une chevre. (D.J.)


VELABRES. m. (Topogr. de Rome) velabrum ; le vélabre étoit un lieu de Rome, proche le quartier des Toscans. Il étoit séparé en deux par le marché aux poissons, & tout garni de boutiques, surtout de vendeurs d'huile.

Velabrum pour vehiculabrum, lieu où l'on passe en voiture, velabrum dicitur à vehendo. La raison en est que le vélabre étant un lieu fort bas au pié du mont Aventin, il se trouvoit inondé toutes les fois que le Tibre se débordoit, & alors on avoit besoin de voitures pour y passer.

Ceux qui tirent ce nom de velum, voile, ne prennent pas garde, dit le P. Sanadon, que le velabre s'appelloit ainsi, long-tems avant que Quintus Catullus se fut avisé de le faire couvrir de toiles. Tarquin, cinquieme roi de Rome, remédia aux inondations que souffroit le vélabre, par ces prodigieux conduits souterrains & bien voutés, où l'eau du fleuve se retiroit dans les débordemens, & dont Pline admiroit encore la beauté & la fermeté 800 ans après. Agrippa y fit aussi d'autres ouvrages. (D.J.)


VÉLAIRES. m. (Antiq. rom.) velarius, huissier de la chambre de l'empereur chez les Romains. Les empereurs avoient des huissiers à la porte de leur chambre, qui étoient préposés pour l'ouvrir, en levant le voile ou la portiere ; on les appelloit velarii, & c'est ainsi qu'ils sont nommés dans les anciennes inscriptions. Gruter en cite une conçue en ces termes : Thalius praepositus velariorum domùs Augustae ; & ensuite L. Flavius supra velarios de domo Aug. (D.J.)


VELAMENTUM BOMBYCINUMest un nom latin, que quelques anatomistes donnent à la membrane veloutée ou tunique interne des intestins. Voyez INTESTINS.


VELAou TORTELLE, (Hist. nat. Bot.) erysimum ; genre de plante à fleur en croix composée de quatre pétales. Le pistil sort du calice, & devient dans la suite un fruit ou une silique composée de deux panneaux, & divisée en deux loges par une cloison intermédiaire ; cette silique renferme des semences qui sont le plus souvent minces & arrondies. Ajoutez aux caracteres de ce genre le port des plantes de ses especes. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.

L'espece commune d'érysimum est nommée erysimum vulgare, par C. B. P. & Tourn. I. R. H. 228. sa racine est simple, de la grosseur du petit doigt ou environ, blanche, ligneuse, âcre, & ayant la saveur de la rave ; ses tiges sont hautes de deux coudées, cylindriques, fermes, rudes & branchues ; ses feuilles sont en grand nombre vers le bas, longues d'une palme & plus, velues, divisées de chaque côté en plusieurs lobes, comme triangulaires ; celui qui est à l'extrêmité est plus ample, & partagé en trois.

Ses fleurs sont très-petites, disposées en longs épis sur les rameaux ; elles sont en croix, composées de quatre pétales, jaunes, contenues dans un calice à quatre feuilles velues ; leur pistil se change en une silique longue au-moins d'un demi-pouce, cylindrique, terminée par une corne partagée en deux loges qui contiennent de petites graines brunes, d'une saveur piquante.

On trouve fréquemment cette plante sur les murs, les masures, & le long des haies ; elle est fort estimée pour résoudre & enlever par l'expectoration, la mucosité gluante qui se trouve dans la gorge, dans les bronches, & dans les vésicules du poumon ; elle agit par ses parties subtiles, volatiles & âcres, qui incisent, résolvent, & détergent.

Après l'incendie de Londres, les botanistes observerent une grande quantité de l'espece de vélar ; nommée erysimum latifolium majus glabrum, qui parut sur plus de deux cent arpens de terre, où l'incendie s'étoit étendue. Ce fait singulier prouve bien & la grande multitude de semences de plantes répandues par-tout, & la nécessité de certaines circonstances pour les faire éclorre. La terre est donc pleine d'une infinité inconcevable de végétaux parfaitement formés en petit, & qui n'attendent pour paroître en grand, que certains accidens favorables ; & l'on pourra imaginer de-là, quoique très-imparfaitement, combien de différentes richesses la nature renferme dans son sein ! (D.J.)

VELAR, ou TORTELLE, (Mat. méd. & Pharmac.) cette plante est de la classe des cruciferes de Tournefort ; elle est dans un état moyen ou tempéré relativement au principe mobile, c'est-à-dire à l'alkali volatile spontané, qui est propre à toutes les plantes de cette classe. La plante entiere est d'usage : on peut l'employer comme anti-scorbutique, avec les autres matieres végétales analogues ; c'est sur-tout sa graine qui est recommandée contre cette maladie ; elle approche beaucoup pour la saveur de celle de roquette & de moutarde. Les auteurs la recommandent aussi à la dose d'un gros en substance, dans la suppression d'urine, & dans les ulceres des poumons.

Mais la vertu la plus célébrée du velar, c'est celle que les médecins lui ont assez généralement reconnue de guérir l'asthme, la toux invétérée, & surtout l'enrouement & l'extinction de voix ; qualités qu'on a attribué cependant aussi aux navets & aux choux, qui à la vérité son fort analogues au vélar. Rondelet qui a mis le premier cette plante en usage, l'a spécialement employée pour rétablir la voix ; & on dit qu'il l'a rendue par ce seul remede à plusieurs chantres de tout âge qui l'avoient entierement perdue ; c'est de cette tradition que vient sans-doute le nom de syrop du chantre, qu'on donne communément à un syrop de vélar composé, qui est fort usité contre l'enrouement. Voici la préparation de ce syrop, selon la pharmacopée de Paris.

Syrop composé de vélar, ou syrop du chantre. Prenez orge entier, raisins secs mondés, réglisse seche rapée & pilée, de chacun deux onces ; bourache & chicorée, de chacune trois onces ; faites bouillir dans douze livres d'eau commune jusqu'à la dissipation de la quatrieme partie ; passez avec expression ; d'autre part prenez vélar frais trois livres, racine d'aulnée & de pas d'âne récente, de chacune deux onces, capillaire de Canada une once, sommités seches de romarin & de stoechas, de chacun demi-once ; semences d'anis, six gros ; fleurs seches de violette, de bourache, & de buglose, de chacun deux gros : ayant haché ou pilé ce qui doit être haché ou pilé, versez sur toutes ces matieres la précédente décoction encore bouillante ; macérez pendant vingt-quatre heures dans un alembic d'étain ou de verre, alors retirez par la distillation au bain marie, huit onces de liqueur, de laquelle vous ferez un syrop en y fondant le double de son poids de beau sucre à la chaleur du bain marie.

Prenez le résidu de votre distillation, passez-le avec une forte expression, clarifiez-le au blanc-d'oeuf avec trois livres de sucre & une livre de beau miel, & cuisez-le en consistance de syrop que vous mêlerez, lorsqu'il sera presque refroidi, avec le précédent.

La dose de ce syrop est d'une ou de plusieurs onces dans une décoction ou une infusion convenable, telle que l'eau-de-vie, l'infusion de thé, de pié de chat, de coquelicot, &c.

On trouve aussi dans les boutiques un syrop de vélar simple, qui n'est pas inférieur à celui-ci, ou du moins qui lui seroit fort analogue quant aux principes fournis par le vélar, si on le préparoit par la distillation, comme le syrop composé. On ne devine pas trop pourquoi la pharmacopée de Paris néglige de retenir dans le syrop simple, le principe mobile du vélar qu'elle ménage dans le syrop composé. Le vélar entre dans le syrop composé de rossolis. (b)


VELAUDORUM(Géogr. anc.) ville des Séquaniens ; l'itinéraire d'Antonin la marque sur la route de Milan à Strasbourg, en prenant par les Alpes graïennes. Elle est entre Vesuntio & Epamantadurum, à vingt-deux milles du premier de ces lieux, & à douze milles du second. (D.J.)


VELAWLE, ou LE VELUWE, (Géogr. mod.) quartier de la province de Gueldre ; il contient cette partie de la Gueldre-hollandoise, renfermée entre le Rhin, l'Issel, & le Zuiderzée, & confine au couchant à la province d'Utrecht. C'est un pays de landes & de bruyeres. Le Vélaw a été long-tems un arriere-fief de l'église d'Utrecht ; mais le duché de Gueldre étant tombé entre les mains de princes très-puissans, les évêques n'eurent plus aucune seigneurie directe ni utile, dans le duché de Gueldre. Les principales places du Vélaw sont Arnheim & Harderwick. (D.J.)


VÉLAYLE, (Géog. mod.) contrée de France, dans le gouvernement militaire de Languedoc. Elle est bornée au nord par le Forez, au midi par le Gévaudan, au levant par le Vivarais, & au couchant par la haute Auvergne. C'est un petit pays de montagnes couvertes de neige une partie de l'année, & dans lesquelles cependant on nourrit des bestiaux qui font subsister le canton. Il se tient dans le Vélay de petits états particuliers, auxquels préside l'évêque du Puy, capitale du Vélay, nommée Rovesio par Ptolémée, & dans la carte de Peutinger ; mais elle quitta ce nom peu de tems après, pour prendre celui des peuples Velavi.

César dit que ces peuples étoient dans la dépendance des Auvergnats, in clientelâ Arvernorum. Ils étoient du nombre des Celtes, qui furent joints par Auguste à l'Aquitaine. Le Vélay, après la division de l'Aquitaine en deux provinces, fut mis sous la premiere dans le quatrieme siecle ; il tomba dans le cinquieme sous le pouvoir des Visigoths ; & dans le sixieme, après la mort d'Alaric, sous la domination des Francs. Ceux du Vélay étoient comme les Auvergnats leurs voisins, sujets des rois d'Austrasie, qui tenoient une partie de l'Aquitaine.

Le duc Eudes se rendit maître du Vélay, & son petit-fils en fut dépouillé par Pepin, dont les descendans jouirent de ce pays jusqu'au regne de Louis d'Outremer. Ce roi donna le Vélay à Guillaume Têtes d'étoupes, comte de Poitiers & duc d'Aquitaine. Ses successeurs donnerent une partie du Vélay en fief, & l'autre partie à l'évêque de la ville du Puy, dans laquelle on avoit établi le siege épiscopal du Vélay. (D.J.)


VELCERA(Géog. anc.) ville de l'Illyrie. Ptolémée, l. II. c. xvij. la marque sur la côte, entre l'embouchure du fleuve Oënus & la ville Seni. Thevet dit que le nom moderne est Bacharin. (D.J.)


VELCY-ALLÉ(Venerie) cri dont doit user le valet de limier en parlant à son chien, pour l'obliger à suivre les voies d'une bête quand il en a rencontré ; ce cri peut servir aussi pour faire guéter & reguéter les chiens courans.

Velcy-va-avant, cri que doit dire le valet de limier en parlant à son chien, lorsqu'il court une bête qui va d'assurance, & quand il en revient des voies, & quand ce sont des foulées ou des portées, il doit dire, velcy-va-avant par les foulées, ou portées, ou par les fumées, s'il s'en trouve & que c'en soit la saison.

Velcy-revary-volcelets, se dit d'un cerf qui ruse, & qu'on voit revenir sur les mêmes voies.


VELDENTZ(Géog. mod.) château d'Allemagne au cercle du bas Rhin, près de la Moselle, chef-lieu d'un comté enclavé dans l'archevêché de Treves, trois milles au-dessus de Traerbach. Longit. 24. 35. latit. 49. 51. (D.J.)


VELDIDENA(Géog. anc.) lieu de la Germanie, à 33 milles de Vipetenum, selon l'itinéraire d'Antonin. On croit que c'est aujourd'hui Wilten, abbaye de l'ordre de Prémontré, au voisinage d'Inspruck. (D.J.)


VÉLESCY-ALLÉ(Venerie) cri dont on doit user quand on voit des fuites de loup, de sanglier, & de renard.


VELETTES. f. (Ichthyolog.) nom que donnent les Provençaux à un petit poisson fort singulier, qui flotte par milliers sur la surface de la Méditerranée. Je ne sache que M. de la Condamine qui l'ait décrit.

Ce petit poisson est de forme ovale, à-peu-près de la grandeur d'une moule, mais sans coquille, fort plat, n'ayant pas une ligne d'épaisseur ; sa longueur est depuis sept à huit lignes jusqu'à un pouce & demi, & sa largeur à peu-près la moitié de sa longueur ; quelques marins ont rapporté en avoir vu comme la main vers nos îles d'Amérique, & d'une autre espece sur nos rivieres.

Quoi qu'il en soit, le corps de ceux dont il est ici question, est une substance molle, visqueuse, de couleur d'indigo foncé ; les bords sont plus minces & plus transparens ; le milieu est couvert de quantité de petits filets de relief argentés, qui forment des ovales concentriques & paralleles, lesquelles se perdent & deviennent imperceptibles, en approchant des bords. Toutes ces ovales sont traversées de plusieurs lignes qui partent de leur centre commun, comme dans les toiles d'araignées de jardin ; le centre qui forme une éminence pointue, est l'endroit le plus relevé du corps de l'animal ; le dessous vers le bord, est hérissé d'une prodigieuse quantité de filamens bleus, de trois à quatre lignes de long, qui paroissent être les pattes ou les nageoires de ce poisson, & qui ne se distinguent bien que dans l'eau. Il nage, ou pour mieux dire, il flotte sur la surface de la mer selon sa longueur, mais ce qui l'aide à s'y soutenir, & qui lui fait donner le nom de velette, est une espece de crête qui s'éleve verticalement sur la surface supérieure.

Cette crête lui sert pour-ainsi dire de voile, que les Provençaux nomment vêle ; elle est à-peu-près aussi haute que l'animal est large ; elle le traverse en ligne droite, obliquement ; l'obliquité de la voile est toujours du même sens, c'est-à-dire de gauche à droite, en passant de la partie antérieure à la postérieure ; son contour est à-peu-près demi-circulaire, excepté qu'il se termine au sommet par un angle saillant. Cette crête, voile, ou cartilage, comme on voudra la nommer, est très-mince, transparente & semblable à du talc ; en la regardant de près, on la voit traversée d'un nombre infini de rameaux déliés qui forment une espece de rézeau ; elle a au toucher quelque solidité, à-peu-près comme de la corne très-mince, mais elle est bordée d'une membrane plus déliée, plus molle & plus transparente, qui se flétrit & s'affaisse aussitôt que l'animal est hors de l'eau, d'où l'on peut à peine le retirer sans le blesser.

M. de la Condamine a mis plusieurs de ces insectes de mer dans un vaisseau rempli d'eau, où ils n'ont pas paru vivre plus d'une heure. On reconnoit qu'ils ne sont plus vivans, lorsqu'ils ne se soutiennent plus sur l'eau, comme dans leur situation ordinaire, qu'ils enfoncent plus d'un côté que de l'autre, ou qu'ils sont tout-à-fait renversés la voile en bas. Mémoires de l'acad. des Sciences, ann. 1732. p. 320. (D.J.)


VELEZ DE GOMERE(Géog. mod.) petite ville d'Afrique, au royaume de Fez, sur la côte de la Méditerranée, à quarante lieues de Malaga. Il y a un méchant arsenal, & un château où réside le gouverneur. Son port est capable de contenir quelques petits vaisseaux. Le pays ne produit qu'un peu d'orge, & n'offre par-tout que roches. C'est le port de la Méditerranée le plus proche de Fez. Longitude 13. 32. latit. 35. (D.J.)

VELEZ-MALAGA, (Géogr. mod.) ville d'Espagne, au royaume de Grenade, dans une grande plaine, à deux milles de la mer, & à quatorze milles de Malaga. Long. 13. 52. latit. 36. 27. (D.J.)


VELIA(Géog. anc.) ville de la Lucanie, dans le golfe Eléate, vis-à-vis des îles Oënétrides, sur le Héles, ou l'Halles ; cette ville se nomme aujourd'hui Pisciota, & la riviere l'Alente. Les îles Oënétrides sont Poncia & Isacia. Vélia est appellé par les Grecs Elea ; & d'abord qu'elle fut fondée par les Phocéens, elle s'appella Hylea ; Strabon, l. VI. dit qu'auprès du golfe Poestanus, il y en a un autre qui lui est contigu, où l'on voit une ville qui fut appellée Hycla, par les Phocéens ses fondateurs, Ella par d'autres, du nom d'une certaine fontaine, & que de son tems on nommoit Elea.

Selon Etienne le géographe, la ville d'Eléa avoit pris son nom d'une riviere qui la baignoit, & de son tems cette ville se nommoit Véléa. Cette riviere est l'Héles, d'où on appella la ville Héléa, & dans la suite l'aspiration fut changée en la lettre V. Pline, l. III. c. v. Cicéron, l. VII. epist. xix. & Velléius Paterculus, l. II. c. lxxix. disent Vélia.

Le nom des habitans varie comme celui de la ville, les anciens écrivent quelquefois Eléates, quelquefois Velienses, & Virgile, Aeneid. l. VI. vers. 366. dit :

Portusque require Velinos.

Ses médailles se connoissent par ce mot, . Cette ville a été la patrie de Zénon Eléate, l'un des principaux philosophes de l'antiquité, & qui florissoit dans la soixante & dix-neuvieme olympiade. Il fut disciple de Parménide, & l'un des plus beaux hommes de son tems, en quoi il ressembloit à Apulée, à Pythagore, & à plusieurs autres philosophes. Zénon est nommé le Palamede d'Elée, dans le sophiste de Platon ; c'étoit un philosophe qui renversoit beaucoup d'opinions, & qui en gardoit très-peu pour lui. Ses sentimens étoient à-peu près les mêmes que ceux de Xénophanes & de Parménides, touchant l'unité, l'incompréhensibilité, & l'immutabilité de toutes choses ; vous en trouverez l'exposition dans ce Dictionnaire.

On a eu soin à l'article SIDON, de distinguer les différens philosophes qui ont porté le nom de Zénon, car il ne faut pas les confondre ; celui - ci est non - seulement connu pour être l'inventeur de la dialectique la plus captieuse, mais sur - tout pour avoir entrepris de redonner la liberté à sa patrie opprimée par un tyran. Son projet ayant été découvert, il souffrit avec une fermeté extraordinaire les tourmens les plus rigoureux. Voyez ce qu'en rapporte Diogene Laërce, liv. IX. avec le commentaire de Ménage. (D.J.)


VELIATES(Géog. anc.) peuples d'Italie. Pline, l. III. c. xv. qui les met dans la huitieme région, les surnomme Vecteri. Ce sont les mêmes Veliates qu'il place dans la Ligurie ; car la Ligurie étoit dans la huitieme région, & ce sont les Veleates de Valerius Flaccus.


VÉLIE(Topogr. de Rome) c'étoit une éminence sur le mont Palatin, exposée au soleil levant, & qui avoit vûe sur la place romaine. Cette éminence, dit Varron, fut nommée Vélie, à velendâ lanâ, parce qu'on y conduisoit les moutons, pour leur arracher la laine, avant qu'on eût l'usage de les tondre. Valerius Publicola bâtit d'abord sa maison au haut de cette éminence ; mais comme on crut qu'il aspiroit à la royauté, & qu'il vouloit s'en faire un lieu de défense, parce que la situation naturelle de sa maison avoit l'air d'une forteresse, il la démolit & en bâtit une autre au pié de la colline, afin que du sommet, ainsi qu'il s'en expliqua lui-même dans son apologie, le peuple pût l'accabler plus aisément de pierres, si jamais il trahissoit ses devoirs. (D.J.)


VELIKA(Géog. mod.) petite ville de Hongrie, dans l'Esclavonie, au-dessous du confluent des rivieres Velika & Pakra. Il y a des géographes qui prennent Velika pour l'ancienne Variona.

VELIKA, LA, (Géog. mod.) riviere de Hongrie en Esclavonie. Elle prend sa source dans la partie septentrionale du comté de Creits, & se perd dans la Save, à quelques lieues au-dessous de Sissek. (D.J.)


VELIKIE-LOUKou VELIKUTOUKI, (Géog. mod.) ville de l'empire russien, dans la partie occidentale du duché de Rzeva, entre Rzeva la déserte & Nevel, avec un château sur la riviere pour sa défense. Le nom de cette ville en langue du pays veut dire les grands prés. Long. 49. 15. lat. 56. 33. (D.J.)


VÉLINS. m. sorte de parchemin plus fin, plus uni & plus beau que le parchemin ordinaire : il est fait de peau de veau, d'où lui vient son nom. Voyez l'article PARCHEMIN & PAPIER.

S. Jérôme place la découverte du vélin sous le regne d'Attalus ; il n'est pas le seul de ce sentiment. Tzetzès avance la même chose, ainsi qu'un écrivain anonyme dont Saumaise rapporte les paroles dans ses exercitations sur Pline. L'un & l'autre font honneur de cette invention à Cratès le grammairien, contemporain d'Attalus, & son ambassadeur à Rome ; il y arriva l'année même de la mort d'Ennius, à ce que prétend Suetone, quoique sans aucun fondement ; mais nous avons indiqué plus particulierement l'époque du vélin au mot PAPIER. (D.J.)

VELIN, (Doreurs) les maîtres peintres & doreurs du pont Notre-Dame & du quai de Gèvres, nomment ainsi des bordures de bois uni, qui servoient autrefois à encadrer des images de vélin d'une certaine grandeur, qui ont servi depuis de modele déterminé pour toutes les estampes de leur volume.

VELIN, (Manufact.) c'est ce qu'on appelle communément point royal ou point de France. La manufacture de ce vélin a été inventée dans la ville d'Alençon, & s'est communiquée dans quatre villes circonvoisines, où l'on ne le nomme point autrement que vélin, quoique ce terme soit inconnu à Paris & ailleurs. On appelle fil à vélin & aiguilles à vélin, les fils fins & les petites aiguilles dont se servent les vélineuses. Quoique cette sorte d'ouvrage soit inventé dans le dernier siecle, on ne sait pourtant pas ce qui lui a donné le nom de vélin. Peut-être est-ce le vélin effectif ou le parchemin, sur lequel les ouvrieres travaillent, & qu'elles appellent parches. Savary.


VELINO LE(Géog. mod.) riviere d'Italie ; elle a sa source au royaume de Naples dans l'Apennin, à environ 45 milles de l'endroit où elle se jette dans la Nera, & à 4 milles au-dessus de Terni. La cascade du Velino, nommée la cascata del Marmore, est préférable à celle de Tivoli, & ne cede qu'à celle de Niagara, dans l'Amérique septentrionale. Cette cascade consiste en ce que le Velino, grossi de plusieurs eaux, court rapidement à un rocher uni, & large de 60 pas, taillé à-plomb par la nature, & élevé d'environ 300 piés au-dessus d'un autre rocher que la chûte continuelle des eaux a creusé comme un vaste gouffre ; ce dernier rocher est semé de pointes inégales, où l'eau qui tombe de si haut se brise en une infinité de parties, qui jaillissant en l'air, fait comme une bruine ; les rayons du soleil en tombant dessus, se réfléchissent diversement, & forment des milliers d'arcs-en-ciel qui changent & qui se succedent les uns aux autres d'une maniere admirable. (D.J.)


VELINUS LACUS(Géog. anc.) lac d'Italie chez les Sabins, au nord de Casperia, & présentement appellé Lago di Rieti. Lorsque l'on assembla à Rome les députés des villes & des colonies, qui avoient intérêt au projet que l'on avoit proposé de détourner le cours des rivieres & des lacs qui causoient les inondations du Tibre ; les habitans de Réate empêcherent, selon Tacite, Ann. l. I. c. lxxix. qu'on ne bouchât le passage par où le lac Velinus se décharge dans la Néra.

Pline, l. III. c. xij. dit que les Sabins habitoient sur les bords des lacs Velini, parce que ce lac est divisé en plusieurs parties qui sont formées par le fleuve Velinus, dont parle Virgile au vers 517 de l'Enéid. l. VII.

Sulfureâ Noralbus aquâ fontesque Velini.

Ce fleuve Velinus étoit accru de la riviere Télonia, fameuse par la défaite de Rutilius, selon Orose, l. V. c. xviij. On voyoit autour du lac Velinus, des champs fertiles & de gras pâturages que Virgile, Aeneid. l. V. v. 712. appelle rosea rura Velini. (D.J.)


VÉLITESS. m. pl. (Art milit. des Rom.) les vélites étoient l'une des quatre sortes de soldats qui composoient les légions. On prenoit les plus jeunes & les plus pauvres, pour en former des vélites ; leur paie étoit moins forte que celle des autres soldats, & on les armoit à la légere. On les nommoit quelquefois antesignani, parce qu'on les plaçoit souvent avant les enseignes aux premiers rangs, & qu'ils commençoient le combat.

Ils avoient pour armes défensives, un petit bouclier rond, d'un pié & demi de diametre ; une espece de petit casque, d'un cuir fort, couvert de quelque peau de bête sauvage, comme de loup ; mais sans armure, afin d'être plus dispos. Leurs armes offensives étoient l'épée, le javelot, d'un bois de la grosseur du doigt, long de trois piés, avec une pointe longue de huit pouces, mais si fine que ce javelot ne pouvoit être tourné contre celui qui l'avoit lancé.

Les vélites armés de frondes, ne servoient que pour escarmoucher ; aussi leur étoit-il permis de fuir, n'ayant point d'armes défensives pour en venir aux mains. Ils se rangeoient d'abord à la queue des troupes, & de là ils s'avançoient aux premiers rangs ; quelquefois on les plaçoit dans les intervalles de la premiere ligne, d'où ils escarmouchoient entre les deux armées ; quand le choc commençoit ils se retiroient derriere les autres, d'où ils lançoient leurs traits, ou des pierres avec la fronde, par-dessus la tête de ceux des premiers rangs ; c'est ce qu'ils pouvoient faire avec d'autant plus de facilité, qu'on donnoit peu de hauteur à ces premiers rangs. Avant l'institution de cette milice, la premiere ligne de la légion servoit d'infanterie légere. Enfin on employoit souvent les vélites pour accompagner la cavalerie dans les promtes expéditions.

Leur établissement ne se fit que dans la seconde guerre punique, selon Valere Maxime, l. II. c. iij. qui fait l'honneur de cette idée à un centurion nommé Quintus Maevius. Ils étoient également distribués dans chaque corps, n'ayant point de commandant particulier. Selon Tite-Live, il y en avoit 20 dans chaque manipule ; ce qui faisoit 60 par cohorte, & 600 par légion quand elle étoit de 6000 hommes. Avant qu'il y eût des vélites, les troupes qui formoient l'infanterie légere s'appelloient rorarii & accensi. Voyez LEGION & MILITAIRE, discipline des Romains.

J'ajouterai seulement que pour bien entendre les historiens romains qui parlent souvent des vélites, il faut savoir que ces sortes de soldats armés à la légere, se divisoient en frondeurs qui jettoient des pierres ; en dardeurs qui lançoient le javelot, & en archers qui tiroient des fleches.

Sous les empereurs Trajan, Adrien & Antonin le pieux, les vélites portoient un corcelet de fer, ou une cuirasse à écailles de poisson ; mais les frondeurs en particulier, n'étoient vêtus que de leurs habits à pans du bas retroussés. Les archers ou tireurs d'arc avoient le pot en tête, une cotte-d'armes à écailles, un carquois garni de fleches, & du côté gauche une épée. Enfin ils portoient à la main l'arc avec lequel ils tiroient des fleches. (D.J.)


VELITIAE(Géog. anc.) ville d'Italie. Festus, de verbor. signif. en fait mention au mot novae curiae, en ces termes : Velitia res divinae siunt in veteribus curiis. Elle tiroit son nom des peuples Velitienses, dont parle Pline, quoique la plûpart des exemplaires imprimés de cet ancien lisent Vellicenses, au lieu de Velitienses. (D.J.)


VELITIS(Hist. nat.) nom que les anciens donnoient à une espece de sable, dont ils faisoient usage pour la composition du verre ; ils choisissoient pour cela le sable le plus pur qui se trouvoit sur le bord des rivieres, & ils le mêloient avec le natron ou sel alkali minéral. Ce sable se nommoit aussi hyalitis du mot grec , qui signifie verre.


VELITRAE(Géog. anc.) Vélitres, ville d'Italie, dans le Latium, & la capitale des Volsques, aujourd'hui Velitri ou Velletri. Ancus mit le siége devant cette ville, & la pressa tellement, que les habitans réduits à l'extrêmité, firent sortir de leurs murs leurs vieillards en état de supplians. Ceux-ci promirent de réparer au gré du roi, les torts que leurs concitoyens pouvoient avoir faits aux Romains, & de livrer les coupables. Ancus se laissa gagner par cette soumission, & mit les habitans de Velitrae au nombre des alliés.

L'an 259 de la fondation de Rome, Virginius ayant battu les Volsques, entra pêle-mêle dans la ville de Velitrae avec les fuyards, & n'épargna qu'un petit nombre d'habitans qui mirent les armes bas. Trois ans après, la peste y fit de si grands ravages, qu'à peine il resta dans cette ville la dixieme partie des citoyens. Ceux qui échapperent furent contraints de se donner à la république de Rome, & de la supplier d'envoyer chez eux des habitans pour repeupler leur ville ; les Romains y envoyerent une colonie.

Environ cent cinquante ans après, les habitans de Vélitres, quoique colonie romaine, s'allierent avec les ennemis de Rome. On usa d'une grande sévérité à leur égard, leur ville fut rasée. Son sénat fut transporté ailleurs, & l'on ordonna à tous ses habitans, d'aller fixer leur demeure de l'autre côté du Tibre. Si quelqu'un entreprenoit de le repasser, on l'obligeoit à payer mille as d'airain, & l'on avoit droit d'exiger cette somme de lui, en le saisissant au corps. Les campagnes de leurs sénateurs furent distribuées à une nouvelle colonie.

La ville de Velitrae reprit ensuite son ancienne forme. Suétone nous apprend que la famille d'Auguste étoit une des principales de cette ville. Les habitans sont appellés Veliternus populus, par Tite-Live, liv. VIII. ch. xij. & Veliterni, par Pline, liv. III. ch. v. On voit dans Gruter, p. 297. une ancienne inscription, où il est parlé d'une victoire remportée sur ces peuples. Moenius.... de Veliterneis, predie k. Oct. (D.J.)


VELLAS. f. (Hist. nat. Botan.) nom d'un genre de plante dont voici les caracteres, selon Linnaeus ; le calice est cylindrique, droit, composé de quatre feuilles obtuses, minces, & qui tombent avec la fleur ; la fleur est à quatre pétales, disposés en croix, de forme ovale, & de la longueur du calice ; les étamines sont six filets, dont il y en a deux opposés l'un à l'autre, & qui sont plus courts que les quatre autres ; les bossettes sont simples ; le germe du pistil est ovale ; le style est conique ; le stigma est simple ; le fruit est une gousse ronde, à crête pendante, contenant deux loges, & divisée par une pellicule deux fois aussi considérable que la gousse même ; les semences sont rondelettes. Linnaei, gen. plant. p. 317. (D.J.)

VELLA, (Géog. mod.) ville de la haute Ethiopie, au royaume de Dancali, à 20 lieues du détroit de Babelmandel, à 77d du premier méridien, & à 3 de latit. septentrionale. (D.J.)

VELLA, la, (Géog. mod.) ou la Verra, riviere d'Italie, dans la partie orientale de l'état de Gènes. Elle prend sa source dans l'Apennin, & se jette dans la Magra, à 4 milles au-dessus de Sarzana. On croit que c'est le Boactus des anciens. (D.J.)


VELLACASSES(Géog. anc.) ce nom est aussi écrit Velocasses dans César, Bel. Gall. l. II. cap. xij. Pline, l. IV. cap. xviij. écrit Vellocasses, & met les Vellocasses dans la Gaule narbonnoise : Lugdunensis Gallia, dit-il, habet Loxovios, Vellocasses, Galatas, Venetos. En effet, Auguste tira ces quatre peuples de la Gaule belgique pour les mettre dans la Gaule lyonnoise. (D.J.)


VELLANIS(Géog. anc.) ville de la haute-Moesie. Ptolémée, l. III. c. x. la marque parmi les villes qui étoient éloignées du Danube. Si nous en croyons Lazius, le nom moderne est Larzy. (D.J.)


VELLATES(Géog. anc.) peuple de la Gaule aquitanique, selon Pline, l. IV. c. xix. Ces peuples, dit le P. Hardouin, sont les Velauni de Ptolémée, l. II. c. vij. & ils habitoient entre les Auscii & les Rhuteni. (D.J.)


VELLAUNODUNUM(Géogr. anc.) ville de la Gaule celtique, ou lyonnoise. César, de Bell. gall. l. VII. dit que c'étoit une ville des Senones, dont il s'empara. On ne s'accorde point sur le nom moderne de cette ville des Sénonois : M. de Valois a cru que c'étoit Montargis ; mais cela ne se peut, parce que Montargis est une ville du moyen âge. Vigenere a ouvert le premier l'avis, que ce pouvoit être Château-Landon, à 4 lieues de Montargis, sur le grand chemin de Paris à Lyon. Il se trouve en effet quelqu'affinité entre Landon & Laudunum, car pour le mot de château, c'est une épithete moderne ; cependant M. Lancelot estime, que c'est plutôt Seviniere, qui est à une ou deux lieues de Châtillon-sur-Loir, environ à moitié chemin de Sens à Orléans. André Duchesne veut que ce soit aujourd'hui Villeneuve-le-roi, lieu dépendant du ressort de Sens ; mais le plus grand nombre des géographes françois s'en tient à l'opinion de Vigenere. Ce qu'il y a de sûr, c'est que Vellaunodunum n'étoit pas éloignée d'Agendicum, Sens, puisque César en partant de cette derniere ville, se rendit le lendemain devant Vellaunodunum. (D.J.)


VELLAVou VELAUNI, (Géog. anc.) peuples de la Gaule celtique. Ptolémée leur donne une ville nommée Ruesium ou Ruessum. Quelques-uns veulent que cette ville soit la même qu'Anicium ou Podium, Pui-en-Vélay ; cependant la ville Vellava étoit, selon Grégoire de Tours, l. X. c. xxv. à quelque distance d'Anicium. (D.J.)


VELLEIACIUM(Géog. anc.) ville d'Italie, dans la Gaule cispadane, aux environs de Plaisance, au milieu des collines. Pline, l. VII. c. xlix. dit qu'on y avoit vû six hommes de cent dix ans, quatre de six vingt ans, & un de cent quarante ans. (D.J.)


VELLEIENadj. (Gramm. & Jurisprud.) ou sénatus-consulte velleïen, est un decret du sénat, ainsi appellé parce qu'il fut rendu sous le consulat de M. Silanus & de Velleius Tutor, du tems de l'empereur Claude, par lequel on restitua les femmes contre toutes les obligations qu'elles auroient contractées pour autrui, & qu'on auroit extorquées d'elles par violence, par autorité & par surprise, pourvu qu'il n'y eût eu aucune fraude de leur part.

On entend aussi quelquefois par le terme de velleïen simplement, le bénéfice accordé par ce sénatusconsulte.

Les loix romaines n'avoient pas d'abord porté les précautions si loin que ce sénatus-consulte en faveur des femmes & filles.

La loi julia permettoit au mari de vendre les biens dotaux de sa femme, pourvu qu'elle y donnât son consentement ; il lui étoit seulement défendu de les hypothéquer, du consentement même de sa femme, parce qu'on pensa qu'elle se prêteroit plus volontiers à l'hypotheque de ses fonds qu'à la vente.

Cette loi n'avoit porté ses vues que sur le fonds dotal, & non sur les meubles & choses mobiliaires même apportées en dot, elle ne concernoit d'ailleurs que les fonds dotaux situés en Italie ; mais quelques-uns tiennent que la femme qui étoit sur le point de se marier, pouvoit prendre certaines précautions par rapport à ses fonds dotaux qui étoient situés hors l'Italie.

Quoi qu'il en soit, elle avoit toute liberté de disposer de ses paraphernaux, & conséquemment de s'obliger jusqu'à concurrence de ses biens, bien entendu que l'obligation fût contractée par la femme pour elle-même, & non pour autrui.

En effet, il fut d'abord défendu par des édits d'Auguste & de Claude, aux femmes de s'obliger pour leurs maris.

Cette défense ne fut faite qu'aux femmes mariées, parce que dans l'ancien droit que l'on observoit encore en ces tems-là, toutes les personnes du sexe féminin étoient en tutele perpétuelle, dont elles ne sortoient que lorsqu'elles passoient sous l'autorité de leurs maris ; c'est pourquoi la prohibition de cautionner ne pouvoit concerner que les femmes mariées.

Mais sous l'empereur Claudius, les filles & les veuves ayant été délivrées de la tutele perpétuelle, tout le sexe féminin eut besoin du même remede, la pratique s'en introduisit sous le consulat de M. Silanus & de Velleïus Tutor, & elle fut confirmée par l'autorité du sénat.

Le decret qu'il fit à cette occasion est ce que l'on appelle le sénatus-consulte velleïen.

Il fut ordonné par ce decret que l'on observeroit ce qui avoit été arrêté par les consuls Marcus Silanus & Velleïus Tutor, sur les obligations des femmes qui se seroient engagées pour autrui ; que dans les fidéjussions ou cautionnemens & emprunts d'argent que les femmes auroient contractés pour autrui, l'on jugeoit anciennement qu'il ne devoit point y avoir d'action contre les femmes, étant incapables des offices virils, & de se lier par de telles obligations ; mais le sénat ordonna que les juges devant lesquels seroient portées les contestations au sujet de ces obligations, auroient attention que la volonté du sénat fût suivie dans le jugement de ces affaires.

Le jurisconsulte Ulpien, qui rapporte ce fragment du sénatus-consulte velleïen, applaudit à la sagesse de cette loi, & dit qu'elle est venue au secours des femmes à cause de la foiblesse de leur sexe, & qu'elles étoient exposées à être trompées de plus d'une maniere ; mais qu'elles ne peuvent invoquer le bénéfice de cette loi s'il y a eu du dol de leur part, ainsi que l'avoient décidé les empereurs Antonin le pieux & Sévere.

Cette loi, comme l'observent les jurisconsultes, ne refuse pas toute action contre la femme qui s'est obligée pour autrui ; elle lui accorde seulement une exception pour se défendre de son obligation, exception dont le mérite & l'application dépendent des circonstances.

Le bénéfice ou exception du velleïen a lieu en faveur de toutes les personnes du sexe, soit filles, femmes ou veuves, contre toutes sortes d'obligations verbales ou par écrit ; mais il ne sert point au débiteur principal, ni à celui pour qui la femme s'est obligée.

Plusieurs jurisconsultes tirent des annotations sur le sénatus-consulte velleïen, ainsi qu'on le peut voir dans le titre du digeste ad S. C. velleianum.

L'empereur Justinien donna aussi deux loix en interprétation du velleïen.

La premiere est la loi 22. au cod. ad S. C. velleianum, par laquelle il ordonne que si dans les deux années du cautionnement fait par la femme, pour autre néanmoins que pour son mari, elle approuve & ratifie ce qu'elle a fait, telle ratification ne puisse rien opérer, comme étant une faute réitérée, qui n'est que la suite & la conséquence de la premiere.

Mais cette même loi veut que si la femme ratifie après deux ans, son engagement soit valable, ayant en ce cas à s'imputer de l'avoir ratifié après avoir eu un tems suffisant pour la réflexion.

Cette loi de Justinien ne regardoit que les intercessions des femmes faites pour autres que pour leurs maris ; car par rapport aux obligations faites pour leurs maris, Justinien en confirma la nullité par sa novelle 134. chap. viij. dont a été formée l'authentique si quae mulier, insérée au code ad senatus-consult. velleianum.

La disposition de ces loix a été long-tems suivie dans tout le royaume.

Le parlement de Paris rendit le 29 Juillet 1595, un arrêt en forme de réglement, par lequel il fut enjoint aux notaires de faire entendre aux femmes qu'elles ne peuvent s'obliger valablement pour autrui, surtout pour leurs maris, sans renoncer expressément au bénéfice du velleïen, & de l'authentique si quae mulier, & d'en faire mention dans leurs minutes, à-peine d'en répondre en leur nom, & d'être condamnés aux dommages & intérêts des parties.

Mais comme la plûpart des notaires ne savoient pas eux mêmes la teneur de ces loix, ou ne les savoient pas expliquer, que d'ailleurs ces sortes de renonciations n'étoient plus qu'un style de notaire, le roi Henri IV. par un édit du mois d'Août 1606, fait par le chancelier de Sillery, abrogea la disposition du sénatus-consulte velleïen, de l'authentique si quae mulier, fit défenses aux notaires d'en faire mention dans les contrats des femmes, & déclare leurs obligations bonnes & valables, quoique la rénonciation au velleïen & à l'authentique n'y fussent point insérées.

Cet édit, quoique général pour tout le royaume, ne fut enregistré qu'au parlement de Paris. Il est observé dans le ressort de ce parlement, tant pour le pays de droit écrit, que pour les pays coutumiers.

Il y a cependant quelques coutumes dans ce parlement, où les femmes ne peuvent s'obliger pour leurs maris ; telles sont celles d'Auvergne, de la Marche & du Poitou, dont les dispositions sont demeurées en vigueur, l'édit de 1606 n'ayant dérogé qu'à la disposition du droit, & non à celle des coutumes.

La déclaration du mois d'Avril 1664 déclare, qu'à la vérité les obligations passées sans force ni violence par les femmes mariées à Lyon & dans les pays de Lyonnois, Mâconnois, Forès & Beaujolois, seront bonnes & valables, & que les femmes pourront obliger tous leurs biens dotaux ou paraphernaux mobiliers & immobiliers, sans avoir égard à la loi julia, que cette déclaration abroge à cet égard.

On tient que cette déclaration fut rendue à la sollicitation du sieur Perrachon, pour-lors fermier général de la généralité de Lyon, qui la demanda pour avoir une plus grande sûreté sur les biens des sousfermiers, en donnant à leurs femmes la liberté d'engager leurs biens dotaux, & en les faisant entrer dans les baux.

Cette déclaration n'ayant été faite que pour les pays du Lyonnois, Forès, Beaujolois & Mâconnois, elle n'a pas lieu dans l'Auvergne, quoique cette province soit du parlement de Paris, la coutume d'Auvergne ayant une disposition qui défend l'aliénation des biens dotaux.

L'édit de 1606 qui valide les obligations des femmes, quoiqu'elles n'ayent point rénoncé au velleïen & à l'authentique si quae mulier, est observé au parlement de Dijon depuis 1609, qu'il y fut enregistré.

Les renonciations au velleïen & à l'authentique ont aussi été abrogées en Bretagne par une déclaration de 1683, & en Franche-Comté par un édit de 1703.

Le sénatus-consulte velleien est encore en usage dans tous les parlemens de droit écrit ; mais il s'y pratique différemment.

Au parlement de Grenoble la femme n'a pas besoin d'avoir recours au bénéfice de restitution pour être relevée de son obligation.

Dans les parlemens de Toulouse & de Bordeaux, elle a besoin du bénéfice de restitution, mais le tems pour l'obtenir est différent.

Au parlement de Toulouse elle doit obtenir des lettres de rescision dans les dix ans, on y juge même qu'elle ne peut renoncer au sénatus-consulte velleïen, ce qui est contraire à la disposition du droit.

Au parlement de Bordeaux, le tems de la restitution ne court que du jour de la dissolution du mariage ; néanmoins si l'obligation ne regardoit que les paraphernaux, que le mari n'y fût pas intéressé, les dix ans couroient du jour du contrat.

En Normandie, le sénatus-consulte velleïen n'a lieu qu'en vertu d'un ancien usage emprunté du droit romain, & qui s'y est conservé ; car l'édit de 1606 n'a point été régistré au parlement de Rouen ; le sénatus-consulte velleïen y est même observé plus rigoureusement que dans le droit romain ; en effet, la rénonciation de la femme au bénéfice de cette loi, n'y est point admise, & quelque ratification qu'elle puisse faire de son obligation, même après les dix années, elle est absolument nulle, & on la déclare telle, quoiqu'elle n'ait point pris de lettres de rescision.

Le sénatus-consulte velleïen est considéré comme un statut personnel, d'où il suit qu'une fille, femme, ou veuve domiciliée dans un pays où cette loi est observée, ne peut s'obliger elle ni ses biens pour autrui, en quelque pays que l'obligation soit passée, & que les biens soient situés. Voyez au digeste & au code, les tit. ad senatus-consultum velleïanum, la novelle 134. cap. viij. Pausus, ij. 11. Lucius, Fillau, Duperrier, le Brun, Stockmans, Coquille, Lapeyrere, Hevin, Bretonnier, Froland, Boulenois, & les mots FEMME, OBLIGATION, DOT, LOI JULIA. (A)


VELLÉITÉS. f. dans les écoles de Philosophie, est définie communément, une volonté foible, froide & languissante.

D'autres disent qu'elle emporte impuissance d'obtenir ce qu'on demande. D'autres prétendent que c'est un desir passager pour quelque chose dont on ne se soucie pas beaucoup, & qu'on ne veut pas se donner la peine de chercher : comme, Catus amat piscem, sed non vult tangere limpham. Si on examinoit bien toute sa vie, on trouveroit que la cause pour laquelle on a eu si peu de succès, c'est qu'on n'a presque point eu de volonté ; mais qu'excité par le desir de la chose, retenu par la paresse, la pusillanimité, la vue des difficultés, on n'a eu que des demi-volontés. Les Italiens ont un proverbe qui contient le secret de devenir pape ; & ce secret c'est de le vouloir.


VELLELAc'est le terme qu'on doit dire quand on voit le lievre, le loup & le sanglier.


VELLETRIVELETRI, ou VELITRI, (Géog. mod.) en latin Velitrae, ancienne ville d'Italie, dans la campagne de Rome, près de la mer, sur une hauteur, à 6 milles d'Albano, à 8 de Marano, à 14 de Segni, & à 20 de Rome.

Cette ville, autrefois la capitale des Volsques, est aujourd'hui la demeure des doyens du sacré college. Elle a infiniment souffert dans les révolutions de l'empire, & dans les guerres civiles qui ont mis tant de fois l'Italie en feu ; ses rues sont encore belles, & ses maisons ont quelque apparence, mais elles sont presque sans habitans, excepté des religieux & des religieuses. Le palais Ginetti, élevé par l'architecte Lunghi, passe pour un ouvrage de magnificence & de goût ; c'est la seule chose curieuse à voir dans cette ville. Le prince Lobkowitz fit sur Vélétri en 1744, la même entreprise que le prince Eugene avoit faite sur Crémone en 1702, & elle eut le même succès. Long. 30. 36. lat. 41. 40. (D.J.)


VELLICA(Géog. anc.) ville de Cantabrie vers les sources de l'Hebre, aujourd'hui la Guardia, ou Medina del Pomar. Peut-être que cette ville étoit célebre par le culte du dieu Endovellicus, & que c'étoit le lieu où il avoit pris naissance, ce qui l'avoit fait nommer Endo-Vellicus, l'Endo de Vellica, comme l'Apollon de Delphes, l'Hercule de Tyr. Ce fut sous les murailles de cette ville que les généraux d'Auguste battirent les Cantabres, au rapport de Florus, l. IV. c. xij. (D.J.)


VELLICATIONS. f. chez les Médecins, est l'action de piquotter, de pincer. Ce mot se dit plus particulierement d'une sorte de convulsions soudaines qui arrivent aux fibres des muscles. Voyez FIBRE & CONVULSION.


VELLONS. m. (terme de Monnoie) ce mot espagnol signifie, en fait de monnoie, ce qu'on appelle en France billon ; il se dit particulierement des especes de cuivre.


VELOCITÉS. f. (Phys.) est la même chose que vîtesse ; ce dernier mot est plus usité.


VELOUR(Géog. mod.) ville des Indes, au royaume de Carnate, à l'ouest de Cangi-Vouran & d'Alcatile. Il y a toujours un gouverneur dans cette ville, & la forteresse est une des principales du pays.


VELOURS(Etoffe de soie) le velours uni se fait avec une chaîne par le tissu communément appellé toile ; une seconde chaîne communément appellée poil, & de la trame ; on fortifie la seconde chaîne de plus ou moins de brins, suivant le nombre de poils dont on veut le qualifier.

La quantité de poil augmente la qualité & la force du velours ; on en désigne le nombre par les barres jaunes qui sont aux lisieres ; on fabrique depuis un poil & demi jusqu'à 4 poils ; ils se font ordinairement de 11 24es d'aune. Voyez ÉTOFFE DE SOIE.

Il se fait aussi des velours frisés, des velours coupés & frisés, des velours à la reine, des velours à quarreau tout coupé, des velours ras, des velours cannelés, des velours chinés ; on a poussé ce genre d'étoffe jusqu'à faire des velours à deux endroits, & de deux couleurs opposées l'une sur un côté, l'autre de l'autre ; mais cela n'a pas été suivi. Cette étoffe se fabrique en divers endroits, comme Lyon, Gènes & autres lieux. Voyez ÉTOFFE DE SOIE.

Maniere dont on travaille le velours ciselé. Comme nous avons rapporté à ce genre d'étoffe presque toute la fabrication des autres, nous allons en traiter au long ; ensorte que celui qui se donnera la peine de bien entendre cet article, ne sera étranger dans aucune manufacture d'ourdissage, n'ayant jamais qu'à passer du plus composé au moins composé. Nous tâcherons d'être exact & clair ; & s'il nous arrive de pécher contre l'une ou l'autre de ces qualités, ce sera ou par la difficulté même de la matiere, ou par quelqu'autre obstacle insurmontable. Car nous avons fait construire & monter un métier complet sous nos yeux ; nous l'avons ensuite démonté, & nous nous sommes donnés la peine de travailler.

Nous avons ensuite jetté sur le papier les choses ; puis nous avons fait revoir le tout par d'habiles manufacturiers.

Ce mémoire a deux parties. Dans la premiere, on verra l'ordre que nous avons suivi dans notre essai ; dans la seconde, ou dans les notes, on verra l'ordre que l'on suit dans une manufacture réglée.

Nous traiterons 1°. des parties en bois du métier, & de leur assemblage.

2°. Des parties en fil, en soie, en ficelle, & autres matieres, de leur disposition & de leur usage.

3°. Des outils, de leurs noms & de la maniere de s'en servir.

4°. De la main d'oeuvre, du dessein, de la lecture, & de la maniere de travailler.

Du bois du métier. Les parties A B, a b, qui ont mêmes dimensions, mêmes façons & même situation, ont depuis A, a, jusqu'à B, b, 6 piés de longueur ; leur équarrissage est de 6 à 7 pouces ; elles s'assemblent par des tenons de dimensions convenables avec les pieces C D, c d. Elles sont perpendiculaires au plan & paralleles entr'elles. On les appelle les piliers de devant du métier.

Les parties E F, e f, qui ont mêmes dimensions, mêmes façons, & même situation entr'elles, qui sont paralleles l'une à l'autre, & aux parties A B, a b, qui s'assemblent par des tenons aux pieces C d, c d, s'appellent les piliers de derriere.

Les parties C D, c d, qui ont mêmes dimensions, mêmes façons, même disposition, qui sont paralleles entr'elles, qui reçoivent dans leurs mortaises C, c, les tenons des piliers de devant, & dans leurs mortaises D, d, les tenons des piliers de derriere, ont 12 piés de longueur, sur 6 à 7 pouces d'équarrissage, & s'appellent les estases ou traverses d'en-haut.

Les estases ont à chacune de leur extrêmité une ouverture quarrée ou oblongue G H, g h, qui reçoivent les tenons des deux pieces de bois G g, H h. Ces tenons sont percés, & peuvent admettre un petit coin de bois. Les pieces de bois servent, à l'aide des coins, à tenir les estases fermement à la même distance & sur le même parallélisme ; & on les appelle par cette raison les clés du métier.

On a pratiqué à l'extrêmité inférieure de chacune des pieces A B, a b, une ouverture oblongue I K ; la piece de bois I K a deux tenons qui remplissent les ouvertures I & K, & chacun de ces tenons est percé, & peut admettre un petit coin qui sert, avec la piece I K, à tenir les piliers de devant fermement à la même distance, & sur le même parallélisme.

Il y a encore aux extrêmités des quatre piliers quatre mortaises L M, l m, qui servent à recevoir les tenons de deux barres de bois L M, l m, paralleles entr'elles & aux estases, & servant à tenir paralleles entr'eux les piliers.

Ces barres L M, l m, ont, à une distance convenable des piliers de derriere, chacune une ouverture oblongue N O. La piece N O a deux tenons qui entrent dans les mortaises N, O, & elle sert à plusieurs usages. Le premier est de tenir les barres L M, l m, paralleles & à la même distance. Le second est de soutenir les marches.

Les pieces P Q 1, P Q 2, P Q 3, & qu'on voit ici au nombre de sept, percées par leur extrêmité Q, traversées des pieces de fer r s, & soutenues au-dessus de la barre n o, par deux pitons plantés dans cette barre, s'appellent les marches.

Il n'y en a que sept ici, mais il peut y en avoir davantage ; c'est selon l'ouvrage que l'on travaille. Par exemple, dans le velours à jardin, en supposant qu'il y ait cinq marches de pieces, il y a certainement quatre marches de poil.

Les barres L m, l m, ont à leur extrêmité L, l, chacune une mortaise. Cette mortaise reçoit l'extrêmité de la piece T V, t u, dont le côté parallele au pilier de devant s'applique exactement contre ce pilier, & l'autre côté taillé en console a un autre usage, dont nous parlerons ci-après.

Elle est échancrée à sa partie supérieure ; & c'est dans cette échancrure circulaire que se place la moulure pratiquée à l'un des bouts de l'ensuple. Cette piece T V, t u, s'appelle tenon.

Avant que d'assembler avec les piliers les barres L m, l m, & la traverse I K ; on passe les deux piliers de devant dans les ouvertures des morceaux de bois parallélogrammatiques X Y, x y ; ils embrassent les piliers, & les tenons les tiennent fermement appliqués l'un à l'autre, & c'est sur leurs extrêmités X Y, que l'ouvrier pose ses navettes. On les appelle banques.

Le pilier de devant, qui est à droite, est percé circulairement en Z. Cette ouverture reçoit un morceau de fer ou broche, dont l'extrêmité cachée par le pilier est en vis, & s'arrête par un petit écrou de fer. Cette broche dans l'autre extrêmité a une tête, passe à-travers une espece d'S de fer ou crochet, & fixe ce crochet au côté du pilier, comme on le voit. Ce crochet s'appelle chien. On voit la broche en Z, avec le chien. L'extrêmité recourbée du chien est ouverte par le milieu, ou plutôt évidée. On verra dans la suite l'usage de cette configuration.

On a attaché parallélement entr'eux, aux deux piliers de derriere, deux morceaux de bois, faits comme deux valets, excepté que leur partie supérieure est échancrée circulairement ; cette échancrure circulaire reçoit la moulure de l'ensuple de derriere. Voyez ces morceaux de bois ou tasseaux de derriere, 1, 2. On les appelle oreillons.

On voit à la partie antérieure des estases deux petites tringles de bois placées intérieurement & parallélement de chaque côté, à chaque estase. Ces tringles sont dentelées. On les appelle acocats. Elles servent à avancer ou reculer le battant à discrétion. Voyez les acocats 34, 34.

Entre les deux piliers de devant est une planche supportée par ces deux piliers ; elle sert de siege à l'ouvrier, & s'appelle la banquette.

Voilà ce que l'on peut appeller la charpente ou la cage du métier. Cette cage est composée de toutes les parties dont nous venons de parler assemblées, comme on les voit dans la premiere figure, où l'on appercevra encore sous les banques une caisse ou coffre 5, pour recevoir l'ouvrage à mesure qu'il se fait, & entre les piliers de devant, les extrêmités du derriere du siege de l'ouvrier.

Pour tenir l'ensuple fermement appliquée & contre l'échancrure circulaire des tenons, & contre la partie éminente de ces tenons au-dessus de la banque, on met un petit coin 6 entre le pilier & la moulure de l'ensuple. On appelle ce petit coin une taque.

Il y a encore à la surface intérieure des piliers de derriere parallélement à l'ensuple, deux broches de fer qui tiennent deux bobines, qu'on appelle restiers. Ces restiers sont montés de fils, qu'on appelle cordelines.

Il part du pilier de devant pour aller au pilier de derriere une corde, qu'on appelle corde de jointe. Il y a dans cette corde un roquet ou roquetin, qu'on appelle roquet de jointe.

De la cantre. Imaginez un chassis A B C D, dont la forme soit parallélogrammatique, qui soit divisé longitudinalement par une tringle de bois qui coupe ses deux petits côtés en deux parties égales, & qui soit par conséquent parallele aux deux grands côtés ; que les grands côtés & la tringle de bois soient percés de trous correspondans, capables de recevoir des petites broches de fer, & de les tenir paralleles les unes aux autres, & aux petits côtés du chassis ; que ce chassis soit soutenu sur quatre piliers assemblés deux à deux, les deux de devant ensemble, pareillement les deux de derriere, par deux traverses, dont l'une passe de l'extrêmité d'un des piliers de devant, à l'autre extrêmité du pilier de devant ; & l'autre traverse passe de l'extrêmité d'un des piliers de derriere à l'extrêmité de l'autre pilier de derriere, que ces quatre piliers soient consolidés par une traverse qui s'assemble d'un bout avec la traverse des piliers d'enhaut, & de l'autre bout avec la traverse des piliers d'en-bas ; que les deux piliers d'en-haut ou les plus grands, soient de même hauteur ; que les deux piliers d'en-bas soient aussi entr'eux de la même hauteur, mais plus bas que les piliers d'en-haut ; que toutes ces parties soient assemblées les unes avec les autres, & leur assemblage formera la cantre.

La cantre en deux mots n'est donc autre chose qu'un chassis oblong, soutenu sur quatre piliers, dont les deux derniers sont plus hauts que les deux de devant, & partagé en deux parties égales par une traverse percée d'autant de trous qu'on veut à égale distance, dont chacun correspond à deux autres trous pratiqués aux grands côtés du chassis, capables de recevoir de petites broches de fer, & de les tenir paralleles aux petits côtés.

Il est nécessaire de donner plus d'élévation à la cantre d'un côté ou d'un bout que d'un autre. Cette différence d'hauteur empêche les branches des roquetins de se mêler ; & on peut à chaque instant appercevoir quand il y en a quelques-uns de cassés, ce qui ne pourroit pas paroître, si la hauteur étoit égale par-tout.

Nous supposerons ici les côtés de la cantre percés de 25 trous seulement.

La cantre se place entre les piliers de derriere du métier, & s'avance presque jusqu'à la traverse qui soutient les marches.

On a de petites broches toutes prêtes, avec des especes de petites bobines, qu'on appelle des roquetins.

Les broches sont fort minces, elles servent aux roquetins d'axes sur lesquels ils peuvent se mouvoir.

Il faut distinguer dans ces roquetins deux moulures principales ; l'une garnie de soie, & l'autre d'un fil, à l'extrêmité duquel pend un petit morceau de plomb. La soie & le fil étant dévidés chacun sur leur moulure, en sens contraire, il est évident que si l'on prend un bout de la soie, & qu'on le tire, il ne pourra se dévider de dessus sa moulure, qu'en faisant monter le petit poids qui réagira contre la force qui tirera le bout de soie. Cette réaction tiendra toujours le fil de soie tendu, & ne l'empêchera pas de se dévider, la bobine entiere ou le roquetin pourront se mouvoir sur la petite broche de fer dans laquelle il est enfilé par un trou qui le traverse dans toute sa longueur.

On charge chacune des petites broches d'un nombre égal de roquetins, tous garnis de leur soie & de leur plomb ; ce nombre de roquetins est partagé sur chaque broche en deux parties égales par la traverse du chassis de la cantre, il faut observer en enfilant les roquetins dans les verges du chassis, de tourner le plomb de maniere que la soie se dévide en-dessus & non en-dessous.

La soie est de la même ou de différentes couleurs sur tous les roquetins, selon l'espece de velours qu'on se propose d'exécuter.

C'est le dessein qui fait varier le nombre des roquetins.

Nous supposerons ici que chaque verge portoit 8 roquetins.

La cantre étoit composée de 200 roquetins ; elle l'est ordinairement de huit cent & de mille. On voit maintenant l'usage de la traverse qui divise le chassis en deux parties égales, & qui met dans la supposition présente cent roquetins d'un côté, & cent de l'autre, ou quatre roquetins par broche d'un côté, & quatre de l'autre.

Des maillons, des mailles de corps & des aiguilles de plomb. Après qu'on a formé la cage du métier, garni la cantre de ses roquetins, & placé cette cantre entre les piliers de derriere du métier, de maniere que la chûte de l'inclinaison du chassis soit tournée vers les marches.

On se pourvoit au-moins d'autant de petits anneaux de verre, tels que nous les allons décrire, qu'il y a des roquetins. Je dis au-moins ; car à parler exactement, on ne se regle point sur les roquetins de la cantre pour la quantité de maillons, aiguilles, &c. Au-contraire, on ne forme la cantre que sur la quantité de cordages dont on veut monter le métier, parce qu'on fait des velours à 800 roquetins & à 1000, suivant la beauté qu'on veut donner à l'étoffe, les velours à 1000 étant plus beaux que ceux de 800. Dans ce cas, le métier est la premiere chose qu'on dispose, après quoi on se conforme à la quantité convenable des roquetins, ou à-proportion du cordage. Ces petits anneaux sont oblongs ; ils sont percés à leur extrêmité de deux petits trous ronds ; & au milieu, ou entre ces deux petits trous ronds, d'un troisieme beaucoup plus grand, & à-peu-près quarré ; les bords de ces trois trous sont très-polis & très-arrondis. On appelle ces petits corps ou anneaux de verre, maillons.

Il faut avoir autant d'aiguilles de plomb qu'il y a de roquetins ou de maillons. Ces aiguilles de plomb sont percées à l'une de leur extrêmité d'un petit trou, ont environ 3 lignes de longueur, & pesent à-peu-près chacune 2 onces.

On prend un fil fort, on en passe un bout dans un des trous ronds d'un maillon ; on ramene ce bout à l'autre bout, & on fait un noeud ordinaire avec tous les deux : on passe un autre fil dans l'autre trou rond du même maillon qu'on noue, comme on l'a prescrit pour le premier trou.

On garnit de la même maniere tous les maillons de deux fils doubles, passés chacun dans un de leurs trous ronds.

Puis on prend un maillon avec ces deux fils doubles ; on passe le noeud d'un de ces fils doubles dans le trou de l'aiguille, on prend le noeud de l'autre fil double, on le passe entre les deux brins de fil qui sont unis par le premier noeud, & l'aiguille de plomb se trouve attachée à l'extrêmité nouée du premier des fils doubles.

On en fait autant à toutes les aiguilles, & l'on a quatre choses qui tiennent ensemble. Un premier fil double, dont les deux extrêmités sont nouées ensemble, & qui forme une boucle dans laquelle l'un des trous ronds d'un maillon est enfilé ; le maillon ; un second fil double, dont les deux extrêmités sont nouées ensemble, & qui forme une boucle dans laquelle l'autre trou rond du maillon est enfilé, & l'aiguille qui tient à l'extrêmité nouée de ce second double fil.

Le premier fil double s'appelle maille de corps d'en-haut.

Le second fil double s'appelle maille de corps d'en-bas.

Il y a donc autant de mailles de corps d'en-haut que de maillons ; autant de maillons que de mailles de corps d'en-bas ; autant de mailles de corps d'enbas que d'aiguilles, & autant d'aiguilles de mailles de corps d'en-bas, de maillons, de mailles de corps d'en-haut, que de roquetins.

Après ces premieres dispositions, on commence à monter le métier, ou à faire ce que les ouvriers appellent remettre.

Pour cet effet, on prend une tringle de bois, on la passe entre les fils des mailles de corps d'en-haut, de maniere que tous les noeuds soient à côté les uns des autres ; on suppose cette tringle aux deux estases, ensorte que les maillons soient à la portée de la main de l'ouvrier assis.

On ne passe point de tringle de bois pour suspendre les maillons & les aiguilles. Dans le bon ordre, on attache chaque maille de corps d'en-haut à l'arcade qui doit la retenir ; l'arcade étant attachée à la corde de rame, tout le corps composé de mailles, maillons & aiguilles se trouve suspendu, comme il doit l'être lorsque le métier travaille. Nous expliquerons moins ici comment les choses s'exécutent dans une manufacture toute montée, & où l'on n'a rien à desirer du côté des commodités, que dans un lieu où tout manque, & où l'on se propose de monter un métier.

Il s'assied le dos tourné vers le devant du métier, la tringle & les mailles de corps sont entre lui & la cantre. Alors un autre ouvrier placé vers la cantre, prend le fil de soie du premier roquetin de la premiere rangée d'en-haut à gauche, & le donne au premier ouvrier qui le passe dans l'ouverture du milieu du premier maillon qu'il a à sa gauche ; on lui tend le fil de soie du second roquetin de la même rangée parallele au grand côté gauche de la cantre, qu'il passe dans le trou du milieu du second maillon à gauche ; on lui tend le fil du troisieme roquetin de la premiere rangée, parallele au grand côté gauche de la cantre, qu'il passe dans le trou du milieu de la premiere rangée parallele au grand côté gauche de la cantre, & ainsi de suite jusqu'à la fin de cette premiere rangée. Il passe à la seconde, sur laquelle il opere de la même maniere, en commençant ou par son premier roquetin d'en-haut, ou par son premier roquetin d'en-bas. Si l'on commence par le premier roquetin d'en-haut, on descendra jusqu'en-bas, & il faudra observer le même ordre jusqu'à la fin des rangées, commençant toujours chaque rangée par les premiers roquetins d'en-haut ; au-lieu que si après avoir commencé la premiere rangée par son premier roquetin d'en-haut, on commence la seconde par son premier roquetin d'en-bas ; il faudra commencer la troisieme par son premier roquetin d'en-haut, la quatrieme par son premier roquetin d'en-bas, & ainsi de suite.

On verra dans la suite la raison de la liberté qu'on a sur cet arrangement, qui n'influe en rien sur l'ouvrage, mais seulement sur le mouvement de certains roquetins de la cantre, qui fournissent de la soie, & qui se reposeroient, si l'on avoit choisi un autre arrangement, lorsqu'on vient à tirer les cordes du sample.

Les fils de soie des roquetins sont collés au bord des roquetins, afin qu'on puisse les trouver plus commodément ; il faut que l'ouvrier qui les tend à l'autre ouvrier, ait l'attention de bien prendre tous les brins ; sans quoi la soie de son roquetin se mêlera ; il faudra la dépasser du maillon, & chercher un autre bout, ce qu'on a quelquefois bien de la peine à trouver, au point qu'il faut mettre un autre roquetin à la place du roquetin mêlé. Les 200 fils de roquetin de la cantre se trouveront donc passés dans les 200 maillons ; le premier fil de la premiere rangée à gauche du haut de la cantre, dans le premier maillon à gauche, & ainsi de suite dans l'un ou l'autre des ordres dont nous avons parlé.

Il faut observer que celui qui reçoit & passe les fils des roquetins dans les maillons, les reçoit avec un petit instrument qui lui facilite cette opération. Ce petit instrument n'est autre chose qu'un fil-de-laiton assez mince, dont l'ouvrier tient un bout dans sa main ; son autre bout est recourbé, & forme une espece de petit hameçon ; il passe cet hameçon dans le trou du milieu du maillon, accroche & attire à soi le fil de soie qui lui est tendu, & qui suit sans peine le bec de l'instrument à-travers le maillon. Cet instrument s'appelle une passette.

L'ouvrier a à côté de soi, à sa gauche, une autre tringle de bois placée perpendiculairement & posée contre les suspensoirs de la premiere tringle, qui soutient les mailles de corps ; cette seconde tringle soutient une navette qu'on y a attachée, & l'ouvrier passe derriere cette navette les fils des roquetins, à mesure qu'il les amene avec la passette à-travers les maillons ; ils sont arrêtés là entre le dos de la navette & la tringle, & ne peuvent s'échapper.

Lorsqu'il y en a un certain nombre de passés à-travers les maillons, & de retenus entre la tringle & la navette, il les prend tous, & forme un noeud commun à leur extrêmité ; ce noeud les arrête & les empêche de s'échapper, comme ils en font effort en vertu des petits plombs qui pendent des roquetins, & qui tirent en sens contraire.

Ces paquets de fils de roquetins noués & passés par les maillons, s'appellent des berlins. Ainsi faire un berlin, c'est nouer un paquet de fils de roquetins passés par les maillons, afin de les empêcher de s'échapper.

Après qu'on a passé tous les fils de roquetins par les maillons, on place le cassin.

Pour procéder méthodiquement, le cassin & tout ce qui en dépend, peut & même doit être placé avant que de placer les branches des roquetins dans les maillons.

Imaginez deux morceaux de bois de quatre piés de longueur sur trois pouces d'équarrissage, assemblés parallelement à un pié & demi de distance l'un de l'autre par deux petites traverses enmortaisées à deux pouces de chacune de leurs extrêmités ; concevez sur chacun de ces deux morceaux de bois un triangle rectangle, construit de deux morceaux de bois, dont l'un long de quatre piés sur trois pouces d'équarrissage, fasse la base, & l'autre long de deux piés sur trois pouces d'équarrissage, fasse le côté perpendiculaire. Ces deux côtés s'emmortaisent ensemble par leurs extrêmités qui forment l'angle, & par leurs deux autres extrêmités avec l'une des deux pieces dont nous avons parlé d'abord. Imaginez ensuite une petite traverse qui tienne les deux extrêmités des triangles fixes dans la même position, ensorte que les deux triangles placés parallelement ne s'inclinent point l'un vers l'autre, & une autre traverse placée parallelement à la précédente de l'une à l'autre base des triangles, à une distance plus ou moins grande de celle du sommet, selon l'ouvrage que l'on a à exécuter.

Soit cet intervalle parallélogrammatique formé par deux parties égales des bases, & deux traverses paralleles, dont l'une va d'un des sommets des triangles à l'autre, & l'autre coupe les deux bases ; soit, dis-je, cet intervalle rempli de petites poulies, nous supposerons ici qu'il y en a cinq rangées de dix chacune, paralleles aux traverses, ou dix rangées de cinq chacune, paralleles aux parties des bases ou aux deux autres côtés de l'espace parallelogrammatique. Cet assemblage des deux morceaux de bois fixés parallelement par deux traverses, & sur chacun desquels on construit un triangle, qu'on tient paralleles par deux autres traverses, & où ces traverses forment avec les parties des bases qu'elles occupent, une espace parallelogrammatique, un espace rempli de poulies rangées parallelement, est ce qu'on appelle un cassin.

On pose cette machine sur les deux estases du métier, de maniere que les cassins de sa base soient perpendiculaires aux estases, & que les bases des triangles soient tournées vers quelque mur voisin. Il faut aussi laisser entre le cassin & les piliers de devant du métier une certaine distance, parce que cette distance doit être occupée par plusieurs lisses, par l'ensuple. Fixez le cassin sur les estases avec de bonnes cordes qui le tiennent immobile, & même en état de résister à quelque effort. C'est pour lui faciliter cette résistance, & par une autre raison qu'on concevra mieux dans la suite, je veux dire de laisser de l'intervalle & un jeu plus libre aux ficelles qui passent sur les poulies, qu'elles ont été disposées sur les bases, & non sur les côtés des triangles ; car il semble d'abord qu'on eût pu s'épargner les bases, en plaçant les poulies sur les côtés perpendiculaires des triangles.

Cela fait, cherchez contre le mur qui regarde les devants du cassin, un point un peu plus élevé que le sommet du cassin, mais répondant perpendiculairement au milieu de la traverse d'en-haut du cassin. Plantez en ce point un piton de fer qui soit fort ; passez-y une corde à laquelle soit attaché par le milieu un gros bâton : ce bâton s'appelle bâton des cramaillieres du rame.

Attachez à chaque extrêmité de ce bâton deux cordes doublées, afin que le bâton puisse tenir dans la boucle d'un des doubles, & qu'on puisse fixer un autre bâton dans l'autre boucle. On appelle ces cordes cramaillieres du rame ; & l'autre bâton qui est retenu par cramaillieres, qui est tourné, & auquel on a pratiqué deux moulures, une à chaque extrêmité, dans lesquelles sont placées les boucles des extrêmités des cramaillieres, s'appelle bâton de rame.

Sur ces bâtons sont montées autant de cordes qui l'environnent par un bout, & d'une longueur telle que leur autre extrêmité passant sur les poulies du cassin, puisse descendre jusqu'entre les estases.

On commence par enverger ces cordes, afin qu'on puisse les séparer facilement, & les faire passer chacune sur la poulie qui leur convient.

Pour enverger ces cordes & tout autre paquet de cordes, on les laisse pendre, puis on tient l'index de la main gauche & le pouce paralleles ; on prend la premiere, on la place sur l'index, & on la fait passer sous le pouce. On prend la seconde corde qu'on fait passer sous l'index & sur le pouce ; la troisieme qu'on fait passer sur l'index & sous le pouce, la quatrieme qu'on fait passer sous l'index & sur le pouce, & ainsi de suite. Il est évident que toutes ces cordes se trouveront rangées sur les doigts de la même maniere que sur le bâton de rame, & qu'elles feront angle entre les doigts, c'est-à-dire qu'elles seront croisées ; on prend ensuite une ficelle dont on passe un bout le long de l'index, & l'autre bout en même sens le long du pouce ; on prend ensuite les extrêmités de cette ficelle, & on les noue : ce qui tient les cordes de rame croisées.

La totalité de ces cordes passées sur les poulies du cassin s'appelle le rame.

Il y a autant de cordes de rame que de poulies au cassin, par conséquent dans l'exemple que nous avons choisi, il y a cinquante cordes de rame.

La premiere corde de rame à gauche passe sur la premiere poulie d'en-bas de la premiere rangée parallele au côté gauche du cassin ; la seconde corde passe sur la seconde poulie en montant de la même rangée ; la troisieme corde sur la troisieme poulie en montant de la même rangée ; la quatrieme corde sur la quatrieme poulie en montant de la même rangée ; la cinquieme corde sur la quatrieme poulie en montant ; la sixieme corde sur la premiere poulie d'en-bas de la seconde rangée ; la septieme corde sur la seconde poulie en montant de la seconde rangée ; la huitieme corde sur la troisieme poulie, & ainsi de suite en zigzag de rangées en rangées.

Quand on a passé toutes les cordes du rame sur les poulies du cassin dans l'ordre que nous venons d'indiquer, on en fait un berlin, c'est-à-dire qu'on les lie toutes en paquet par le bout, afin qu'elles ne s'échappent point.

Il y a dans chacune de ces cordes du rame un petit anneau de fer enfilé. On appelle cet anneau oeil de perdrix.

Les cordes du rame passées sur les poulies, on a des ficelles qu'on plie en deux ; on prend une, deux ou trois de ces ficelles, on les plie toutes ensemble en deux, & on y fait ensuite une boucle, d'où il arrive qu'il part du noeud de chaque boucle deux, quatre, six, huit & dix bouts ; on prépare de ces petits faisceaux de cordes, autant qu'on a de poulies au cassin : il en faut donc cinquante ici. Ce sont ces faisceaux de cordes pliées en deux & jointes ensemble par le noeud d'une boucle, une-à-une, ou deux-à-deux, ou trois-à-trois, qu'on appelle arcades. Il faut qu'il y ait autant de bouts de ficelles aux arcades que de roquetins à la cantre, que de maillons, que de mailles de corps, & il faut qu'il y ait à chaque boucle des arcades, autant de bouts que l'on veut que le dessein soit répété de fois sur la largeur de l'étoffe. Dans l'exemple proposé, nous voulons que le dessein soit répété quatre fois ; il faut donc prendre deux ficelles, les plier en deux, & les unir par une boucle, au-delà du noeud, de laquelle il partira quatre bouts.

Après qu'on a préparé les ficelles ou faisceaux, ou boucles, qui doivent former les arcades, on a une planche percée d'autant de trous qu'il y a de bouts de ficelles aux arcades, ou de mailles de corps, ou de maillons, ou de fils de roquetins, ou de roquetins à la cantre.

Les trous de cet ais percé sont par rangées ; il y a autant de trous sur la largeur de la planche qu'il a de poulies dans une rangée du cassin parallele au côté du cassin.

On peut considérer ces rangées, ou relativement à la longueur de la planche, ou relativement à sa largeur. Je vais les considérer relativement à la largeur & relativement à la longueur. Commençons par la longueur. Il est évident que les quatre ficelles qui partent d'un faisceau d'arcades, étant destinées à rendre quatre fois le dessein, par conséquent destinées à lever chacune la premiere de chaque quart du nombre des mailles de corps, puisque toutes les mailles de corps sont destinées toutes à former toute la largeur de l'étoffe, & que le dessein doit être répété quatre fois dans toute la largeur de l'étoffe ; or il y a 200 mailles de corps : donc les quatre brins du premier faisceau d'arcades répondront à la premiere corde de maille de chaque cinquantaine ; en deux cent il n'y a que quatre cinquantaines. En supposant donc quarante trous selon la longueur de la planche par rangées, & cinq trous par rangées selon la largeur, il est évident que la planche sera percée de deux cent trous, & qu'en faisant passer la premiere ficelle du premier faisceau d'arcade dans le premier des dix premiers trous de la premiere rangée longitudinale, la seconde ficelle du même faisceau dans le premier trou de la seconde dixaine ; la troisieme dans le premier trou de la troisieme dixaine, & la quatrieme dans le premier trou de la quatrieme dixaine ; ces quatre brins répondront à la premiere de chaque quart des trous ; car puisqu'il y a quarante trous sur chaque rangée longitudinale, & cinq trous sur chaque rangée latitudinale, on aura cinq fois dix trous ou cinquante trous, avant que d'en venir au second brin, cinq fois encore dix trous, avant que d'en venir à la seconde ficelle du même faisceau ou cinquante autres trous, & ainsi de suite.

Ces trous sur la planche sont à quelque distance les uns des autres, & sont percés en tiers point, ou ne se correspondent pas. On a suivi cet arrangement pour faciliter le mouvement de toutes ces cordes.

On passe la premiere ficelle du premier faisceau d'arcade dans le premier trou en commençant à gauche de la premiere rangée latitudinale : la premiere du second faisceau dans le second trou de la même rangée : la premiere du troisieme faisceau dans le troisieme trou de la même rangée : la premiere du quatrieme faisceau dans le quatrieme trou de la même rangée : la premiere du cinquieme faisceau dans le cinquieme trou de la même rangée. On passe la premiere ficelle du sixieme faisceau dans le premier trou en commençant à droite de la seconde rangée latitudinale ; la premiere du septieme faisceau dans le second trou de la même rangée, ainsi de suite jusqu'à cinquante ; quand on est parvenu à cinquante, il est évident qu'on a épuisé toutes les premieres ficelles de tous les faisceaux d'arcades, & qu'on rencontre alors les secondes. On passe les cinquante secondes comme les cinquante premieres, les cinquante troisiemes comme les cinquante secondes, les cinquante quatriemes comme les cinquante troisiemes ; & les deux cent cordes d'arcades se trouvent passées dans les deux cent trous de l'ais percé.

Voyons maintenant ce que deviendra cet ais percé de ses cinquante trous, dans lesquels passent deux cent fils dans l'ordre que nous venons de dire, de maniere qu'ils se meuvent tous quatre-à-quatre, les quatre du premier faisceau par les quatre premiers trous de chaque cinquante, les quatre du second faisceau par les quatre seconds trous de chaque cinquantaine, les quatre du troisieme faisceau par les quatre troisiemes trous des quatre cinquantaines, & ainsi de suite. On fait un berlin de tous ces bouts de ficelle, afin qu'ils ne s'échappent point des trous de l'ais, & l'on enfile dans une broche de fer tous les faisceaux, en faisant passer la broche par les boucles de chaque faisceau.

On suspend ensuite cet ais percé par deux ficelles qui l'embrassent aux estases ; sa longueur tournée vers le devant du métier. Les bouts des ficelles qui passent par ses trous, s'étendent vers les mailles de corps, & les faisceaux enfilés dans la broche sont tournés vers le cassin.

On prend la premiere maille de corps, & on l'attache au premier bout des ficelles d'arcades qui passe par le premier trou à gauche de la rangée latitudinale, ou de cinq trous ; on attache la seconde maille de corps à la seconde ficelle qui passe par le second trou de la même rangée ; la troisieme maille, à la troisieme ficelle de la même rangée ; la quatrieme maille à la quatrieme ficelle de la même rangée ; la cinquieme maille à la cinquieme ficelle de la même rangée ; la sixieme maille à la premiere ficelle qui passe par le premier trou à droite de la seconde rangée, parallele à la précédente ; la septieme maille à la seconde ficelle du second trou de la même rangée, & ainsi de suite.

L'usage est d'attacher les arcades aux cordes de rame, avant que d'attacher les mailles de corps aux arcades. Car comment seroit soutenue l'arcade, la maille du corps y étant attachée, si l'arcade même n'est pas attachée à quelque chose ? D'ailleurs quel embarras ne seroit-ce pas de manier toutes ces mailles de corps dont le maillon seroit rempli de soie ? Convenons donc que la maille de corps & le maillon, seront plus aisés à manier quand ils seront vuides, que quand ils seront pleins.

De-là on passe au cassin ; on prend la ficelle qui passe sur la premiere poulie d'en-bas de la rangée de cinq poulies paralleles au côté gauche du cassin, & l'on y attache le premier faisceau d'arcades, ou le faisceau dont le premier bout passe dans le premier trou à gauche de la premiere rangée latitudinale. On prend la ficelle qui passe sur la seconde poulie, en montant de la même rangée, & l'on y attache le second faisceau d'arcades, ou celui dont le premier bout passe dans le second trou de la même rangée latitudinale. On prend la ficelle qui passe sur la troisieme poulie en montant de la même rangée, & on y attache le troisieme faisceau d'arcades, ou celui dont le premier bout passe par le troisieme trou de la premiere rangée latitudinale. On prend le quatrieme faisceau d'arcades, ou celui dont le premier bout passe par le quatrieme trou de la premiere rangée latitudinale, & on l'attache à la ficelle qui passe sur la quatrieme poulie en montant de la même rangée. On prend la ficelle de la cinquieme poulie en montant de la même rangée, & on y attache le cinquieme faisceau d'arcades, ou le faisceau dont le premier bout passe par le cinquieme trou de la premiere rangée latitudinale. On prend la ficelle qui passe sur la premiere poulie d'en-haut de la seconde rangée, & on y attache le sixieme faisceau d'arcade, ou celui dont le premier bout passe dans le premier trou à droite de la seconde rangée latitudinale, & ainsi de suite pour les autres ficelles & les autres faisceaux d'arcades.

Il s'ensuit de cet arrangement, qu'il y a autant de cordes de rames que de poulies au cassin, que de faisceaux d'arcades, ou quatre fois plus que de ficelles d'arcades, ou quatre fois moins que de trous à la planche, ou quatre fois moins que de mailles de corps, que de maillons, que de fils de roquetins, que de mailles de corps d'en-bas, & que d'aiguilles de plomb.

Les mailles de corps, maillons, mailles de corps, & les mailles d'en-bas, forment donc avec une partie des arcades qui est au-dessous de la planche, une espece de parallelepipede de ficelles, dont la hauteur est de quatre à cinq piés, dont les faces tournées vers le devant & derriere du métier sont faites de quarante ficelles, & celles qui sont paralleles aux côtés du métier, sont faites de cinq ficelles, & dont la masse est de deux cent ficelles.

Voici une table qui représente à merveille les rapports & les correspondances des roquetins, des fils de roquetins ou maillons, des mailles de corps, des arcades, de la planche percée, des poulies du cassin, & du rame.

Les ficelles d'arcades qui sont au-dessus de l'ais percé, forment une espece de pyramide à quatre faces, dont le sommet est tourné vers le cassin, & est placé aux noeuds des arcades des cordes de rames, & dont les faces qui regardent le devant & le derriere du métier ont quarante ficelles, & celles qui regardent les côtés ont cinq ficelles.

La partie des cordes de rames qui va des arcades aux poulies du cassin, est une autre pyramide à quatre côtés, opposée au sommet à la précédente inclinée sur le plan dans lequel sont placées les poulies du cassin ; ses faces tournées vers le devant & derriere du métier n'ont que cinq ficelles, & ses faces tournées vers les côtés du métier en ont dix. Cela est évident pour quiconque a bien entendu tout ce que nous avons dit jusqu'à présent.

Planche percée

Maillons ou mailles de corps.

Cantre.

Aiguilles, mailles de corps d'en-bas, mailles de corps d'en-haut.

Ais ou planche percée, sa figure, ses trous, leurs dispositions, ou celle des fils d'arcade, ou le nouvelle forme que prennent les mailles de corps. On voit les mailles de corps partagées en cinquantaine. La cinquantaine G H des mailles de corps répond à le cinquantaine G H, & ainsi de suite ; & les mailles de chaque cinquantaine, aux trous marqués des mêmes chiffres.

Cela fait, on peut tirer la tringle de bois attachée aux estases, & qui soutenoit les mailles de corps ; elles tiennent maintenant aux arcades, les arcades aux ficelles du rame, & les cordes du rame au bâton de rame, le bâton de rame aux cramailleres, & les cramailleres à leur bâton, leur bâton à deux cordes, & ces cordes à un point fixe.

Il faut observer qu'en attachant les mailles de corps aux arcades, & les arcades aux cordes de rames, on a fait d'abord des boucles & non des noeuds, afin de pouvoir mettre toutes les ficelles de longueur convenable, tenir les maillons à-peu-près de niveau les uns aux autres, portant les noeuds des mailles de corps tous dans un même plan horisontal, de même que les noeuds des arcades & des cordes de rame.

C'est ici le lieu d'apprendre à faire un noeud fort commode, à l'aide duquel sans rien dénouer en tirant l'un ou l'autre des côtés du noeud, on fait descendre ou monter un objet. Voici comment on s'y prendra : prenez un bout de ficelle de telle longueur qu'il vous plaira ; attachez en un bout à un objet fixe ; faites une boucle à un pouce de cet objet ; que cette boucle ne soit ni grande ni petite ; prenez le bout qui reste de la ficelle après la boucle faite ; passez-le dans la boucle, ensorte que cela forme une seconde boucle : prenez l'extrêmité du bout passé dans la premiere boucle ; passez ce bout dans la seconde boucle, de maniere que vous en ayez même une troisieme ; vous arrêterez cette troisieme boucle, en nouant le bout de la ficelle, avec la partie qui forme la troisieme boucle, & laissant subsister cette troisieme boucle.

Cela fait, on prend l'ensuple de derriere sur laquelle est disposée la soie croisée sur le dévidoir, & tenue croisée par le moyen d'un petit cordon de soie dont on passe un des bouts le long des angles que font les fils croisés, ramenant le même bout le long des autres angles opposés au sommet des mêmes fils croisés, & nouant ensuite les deux bouts ensemble.

L'ensuple de derriere est un rouleau de bois auquel on a pratiqué à chaque extrêmité, une moulure dans laquelle s'applique les deux tasseaux échancrés attachés aux piliers de derriere du métier. On dispose la soie sur l'ensuple, en la faisant passer à-travers un rateau ou une espece de peigne : au sortir des dents du peigne, on prend les bouts de soie ; on a deux petites baguettes rondes, entre lesquelles on les serre ; on enveloppe d'un tour ou deux ces baguettes avec la soie ; il y a une rainure dans l'ensuple ; on enferme ces deux baguettes dans la rainure ; on continue d'envelopper ensuite la soie sur l'ensuple, à mesure qu'elle sort du peigne, jusqu'à ce qu'on soit à la fin.

C'est dans cet état qu'est l'ensuple, lorsqu'on la met sur les tasseaux échancrés.

Pour achever le montage du métier.

On est deux : l'un entre le corps de mailles & l'ensuple de derriere, & l'autre entre l'ensuple de devant ou les deux piliers de devant, & le corps.

On commence par substituer des envergures à la ficelle, qui passoit par les angles opposés au sommet formé par les fils.

Ces envergures sont des bâtons percés par leur longueur ; lorsqu'ils sont à la place du cordon, & qu'ils tiennent les fils de soie croisés, on les arrête chacun d'un petit cordon de soie qu'on noue, afin que s'ils venoient à s'échapper d'entre les soies, elles ne se mêlassent point, mais qu'on pût toujours replacer les bâtons, les séparer, & les tenir croisés.

Cela fait, celui qui est entre l'ensuple de derriere & les mailles de corps, divise les fils de soie par berlins qu'il tient de la main gauche ; de la droite, il sépare les fils avec le doigt par le moyen des envergures. Pour concevoir cette séparation, imaginez deux fils croisés & formant deux angles opposés au sommet où ils sont appliqués l'un contre l'autre. Il est évident que si ces deux fils sont tenus croisés par deux bâtons passés entre les deux côtés d'un angle d'un côté, & les deux côtés d'un angle de l'autre, le sommet de l'angle se trouvera entre les bâtons ; de plus que si la partie d'un des fils qui forme un côté d'un des angles, passe dessus un des bâtons, la partie qui forme le côté de l'autre angle passera dessous, & qu'en supposant que la partie du fil que l'ouvrier a de son côté qui forme le côté de l'angle qui est à gauche, passe sous le bâton qui est à gauche, l'autre passera dessous le bâton qui est à droite, & qu'en pressant du doigt cette derniere partie, on séparera très-distinctement un des fils de l'autre ; & que s'il y en avoit un troisieme qui croisât le dernier, c'est-à-dire, dont la partie qui fait le côté de l'angle qui est à gauche, passât sur le bâton, & l'autre dessous, en pressant du doigt la premiere partie de ce fil, on la feroit sortir ou l'écarteroit du second fil.

Il est encore évident qu'on fait sortir de cette maniere les fils les uns après les autres, selon leur vraie disposition, & que s'il en manquoit un qui se fût rompu, on connoîtroit toujours sa place.

Car il faut pour faire sortir les fils presser du doigt alternativement la partie de fils qui passent dessus & qui passent dessous les bâtons ; au lieu que s'il manquoit un fil, il faudroit presser deux fois du même côté. S'il manquoit un fil, il s'en trouveroit deux sur une même verge ; ce qui s'appelle en terme de l'art soraire.

L'ouvrier qui tient la chaîne de la main gauche, sépare les fils les uns après les autres, par le moyen de leur encroisement & des envergures, avec l'un des doigts de la droite ; observant bien de ne pas prendre un brin pour un fil, cela est fort facile.

Comme il y a beaucoup plus de fils à la chaîne que de fils de poil ou de roquetins, ou de mailles de corps, & que l'opération que je décris consiste à distribuer également tous les fils de la chaîne entre les mailles de corps, il est évident qu'il passera entre chaque maille de corps un nombre plus ou moins grand de fils de chaîne, qu'il y aura moins de roquetins & plus de fils de chaîne.

Ici nous avons supposé deux cent roquetins, & par conséquent deux cent mailles de corps ; nous allons maintenant supposer douze cent fils à la chaîne, sans compter ceux de la lisiere qu'on fait ordinairement d'une autre couleur. Pour savoir combien il faut placer de fils de chaîne entre chaque fil de roquetin ou maille de corps, il n'y a qu'à diviser le nombre des fils de chaîne par celui des mailles de corps, & dire par conséquent ici, en 1200 combien de fois 200, ou en 12 combien de fois deux ; on trouve 6, c'est-à-dire, qu'il faut distribuer entre chaque maille de corps, six fils de chaîne.

Mais en distribuant entre chaque maille de corps six fils de chaîne, il y aura une maille de corps qui se trouvera libre, que la chaîne n'embrassera pas ; mais la chaîne faisant le fond de l'étoffe, & les mailles de corps ne servant qu'au mouvement des fils de roquetins qui sont destinés à figurer sur le fond de l'étoffe ; il faut que tous ces fils de roquetins soient embrassés par les fils de chaîne.

Comment donc faire ? car voici deux conditions qui semblent se contredire ; l'une que les mailles de corps soient toutes prises dans la chaîne, & l'autre que la chaîne soit également distribuée entre les mailles de corps.

Voici comment on s'y prend. Par exemple dans le cas présent on commence par mettre trois fils de chaîne sur la premiere maille de corps, ou hors du corps, on met ensuite six fils de chaîne entre la premiere & la seconde maille de corps, six entre la seconde & la troisieme, & ainsi de suite.

D'où il arrive qu'il reste à la deuxcentieme maille de corps, trois fils de chaîne qui sont sur elle & hors du corps, & que l'on satisfait à toutes les conditions. Ainsi l'ouvrier qui est entre le corps & l'ensuple de derriere, commence dans le cas dont il s'agit, par séparer avec un des doigts de la main droite, trois fils de chaîne, qu'il donne à l'ouvrier qui est entre le corps & l'ensuple de devant ; cet ouvrier les prend & les met entre une navette attachée à une tringle de bois fixée à son côté gauche, à l'estase, ou au cassin. Le premier ouvrier sépare six fils de chaînes, qu'il tend au second, qui les passe entre la premiere & la seconde maille de corps, & ainsi de suite jusqu'à la fin de la chaîne & des mailles de corps.

Les mailles de corps & les maillons ou fils de roquetin sont placés de maniere que la chaîne passe audessus des maillons ou fils de roquetins, à-peu-près de la hauteur de trois ou quatre pouces.

Il faut observer deux choses, c'est qu'il y a sur la premiere & derniere maille de corps, outre les trois fils de chaîne dont nous avons parlé, les fils qui doivent composer la lisiere, qui sont en plus ou moins grand nombre, selon que l'on veut que la lisiere soit plus ou moins grande, ou forte ; ici il y a de chaque côté du corps pour faire la lisiere, quarante fils ; ces fils de la lisiere sont placés sur l'ensuple de derriere avec la chaîne, & envergés comme elle.

Après cette premiere distribution, on prend le châtelet, ou autrement dit la petite carette, & on la place sur les estases à côté du cassin ; ou plutôt tout cela doit être placé avant aucune opération.

La belle & bonne méthode pour monter un métier, soit velours, soit broché, est de bien ajuster & attacher le rame, les arcades & le corps, les ayant passés ainsi qu'il vient d'être exposé ; après quoi on enverge les mailles de corps selon l'ordre qu'elles ont été passées, & on passe dans l'envergure deux cannes ou baguettes assez fortes pour rendre le corps parallele à l'ensuple de devant ou de derriere : on fait descendre les deux cannes ou baguettes, près des aiguilles, à quatre pouces environ de distance l'une de l'autre, & quand il s'agit de passer les branches de roquetin dans les maillons, on n'a besoin que de suivre l'envergure du corps. Ordinairement on passe la chaîne du velours entre les maillons, & après que la chaîne est passée, on tire l'envergure qui devient inutile, parce que chaque maille de corps est suffisamment séparée par les fils de la chaîne, qui ont précédé cette opération. Les roquetins sont toujours passés les derniers, au-lieu qu'ici c'est la premiere chose par laquelle on a débuté pour plus de clarté.

Pour se former une idée de la carette, imaginez, comme au cassin, deux morceaux de bois paralleles, de même grosseur, longueur, & tenus à quelque distance l'un de l'autre, & parallelement par deux petites traverses. Sur chacun de ces morceaux, on en assemble deux autres perpendiculairement, à quelque distance de l'extrêmité des premiers qui servent de base à la carette ou au châtelet ; ces deux derniers ont plus ou moins de hauteur ; ils sont percés par leur extrêmité chacun d'un trou correspondant qui puisse recevoir une verge de fer.

Perpendiculairement à l'extrêmité des pieces qui servent de base, & parallelement à ces morceaux perpendiculaires & percés, on en éleve deux autres qui s'assemblent avec la piece de base, qui sont un peu plus bas que les morceaux percés, & qui sont assemblés par leur extrêmité par une traverse.

On a autant de petits morceaux de bois plats, & allant un peu en diminuant par les bouts, de la longueur de trois piés, & percés tous par le milieu, qu'il y a de lisses à l'ouvrage : on enfile ces morceaux de bois dans la verge de fer : on met entre chacun & les deux pieces perpendiculaires de la carette qui doit leur servir d'appui, en recevant dans les trous faits à leur extrêmité, la broche qui les traverse, des petites roulettes de bois pour tenir ces especes de petits leviers séparés, qui outre les trous qui sont au milieu, en ont encore chacun un à chaque extrêmité, dans une direction contraire à celui du milieu : car ces trous des extrêmités sont percés de bas en haut, & ceux du milieu sont percés horisontalement ; on appelle ces petits leviers aleirons ; la verge de fer leur sert de point d'appui, & leur queue est soutenue sur la traverse des petites pieces perpendiculaires à l'extrêmité des deux pieces qui sont paralleles aux morceaux percés qui reçoivent la broche ou fil de fer. Cet assemblage des aleirons, des morceaux de bois parallelement tenus par des traverses, des deux pieces percées par le haut & fixées à quelque distance des pieces paralleles de bases, & des deux autres moindres pieces, moins hautes que les précédentes, & assemblées par une traverse qui joint leur bout & placés tout-à-fait à l'extrêmité des pieces de base & moins haute que les pieces percées ; cet assemblage s'appelle la carette ou le châtelet ; on le met à quelque distance du cassin, sur les estases, les extrêmités du devant des aleirons répondans à l'endroit où doivent être placées les lisses, & les extrêmités de derriere des aleirons, ou ceux qui portent sur la traverse & qui sont plus bas, débordant l'estase : on fixe le châtelet ou la carette dans cet état.

La carette fixée, on prend des ficelles qu'on passe par l'extrêmité de derriere des aleirons, & on attache à ces ficelles des contrepoids capables de faire relever les extrêmités de devant des aleirons lorsqu'ils seront tirés, il y a un contrepoids à chaque aleiron ; les ficelles qui joignent des extrêmités de derriere des aleirons, aux contrepoids, sont passées auparavant dans un petit morceau de bois plat percé d'autant de trous qu'il y a de ficelles ; ces petits morceaux de bois empêchent les contrepoids de se mêler, & tiennent les ficelles dans une direction toujours parallele : on appelle les contrepoids carreaux ; ensuite on prend des ficelles qu'on plie en quatre, il faut qu'elles aient, pliées en quatre, environ un pouce & demi de longueur ; ces ficelles pliées en quatre, forment deux boucles à l'une de leur extrêmité : on fait un gros noeud à l'autre, de maniere qu'en passant les quatre brins par le trou fait à l'extrêmité de devant des aleirons, ils ne s'en échapassent pas ; ces quatre brins formant deux boucles, passées par le trou des aleirons, sont tournées en bas vers les marches ; & le noeud est en-dessus des aleirons : on prend autant de ces ficelles pliées en quatre, qu'il y a d'aleirons, & on les en garnit tous comme nous venons de dire.

Puis à chacune de ces boucles, on pratique le noeud coulant que nous avons appris à former, ce noeud à l'aide duquel un objet monte ou descend à discrétion ; il part donc deux boucles de l'extrêmité de chaque aleiron, & de chacune de ces boucles, un noeud coulant.

Ces noeuds coulans sont destinés à tenir les lisses suspendues à la hauteur convenable ; il faut que les mailles des lisses de chaîne ou de piece, soient paralleles à la partie supérieure de l'ensuple de devant & de derriere, ensorte que les fils de chaîne, les mailles de remisse, ou de toutes les lisses de piece ou de chaîne, & la partie supérieure des ensuples, sont toutes dans un même plan horisontal.

On suspend ensuite les lisses de chaînes aux noeuds coulans qui partent des extrêmités des aleirons, & on les tient dans la situation que nous venons d'indiquer.

Mais pour bien entendre ceci, il faut savoir ce que c'est qu'une lisse.

Il faut distinguer dans la lisse plusieurs parties : les premieres sont deux petits morceaux de bois plats, d'environ un pouce & demi de largeur, sur quatre à cinq lignes d'épaisseur.

Ces petits morceaux sont façonnés en queue d'aronde à leur extrêmité, & percés selon leur épaisseur d'un trou à chaque extrêmité, à quelque distance de la queue d'aronde : on appelle ces petits morceaux de bois lisserons : il y a deux lisserons à chaque lisse.

On a ensuite une ficelle assez longue pour aller d'un bout à l'autre du lisseron, & pour pouvoir s'attacher fermement aux trous des deux queues d'aronde du lisseron, & se tenir couchée sur l'épaisseur du lisseron : on prend sur cette ficelle une distance égale à celle de l'intervalle des deux trous qui traversent l'épaisseur du lisseron, ou même égale à la distance entiere du lisseron, excepté les queues d'aronde.

On fixe sur cette partie de la ficelle des bouts de fils pliés en deux, & formant une boucle : on a dans cet intervalle au-moins autant de boucles qu'il y a d'unités au quotient du nombre des fils de la chaîne & de la lisiere, divisés par le nombre des lisses de pieces : car les lisses de pieces augmentent ou diminuent en nombre, selon la qualité de l'étoffe que l'on veut travailler ; cette ficelle armée de ses morceaux de fils formant des boucles qui feront partie de ce qu'on appelle mailles de lisses, s'appelle la cristelle.

L'autre lisseron a sa queue d'aronde, sa cristelle, ses boucles, comme celui qui se vient de décrire, mais il faut observer que quand on a armé la cristelle de ses boucles, il a fallu les passer dans les boucles de l'autre ; ce sont ces boucles passées l'une dans l'autre, qui forment ce qu'on appelle la maille de lisse.

Les deux lisserons, les deux cristelles, avec les mailles de lisses, font ce qu'on appelle une lisse.

Lorsque les cristelles sont faites, on les finit sur l'épaisseur des lisserons, en passant le lisseron sous la cristelle, pour le lisseron d'en-haut, & sur la cristelle pour celui-d'en-bas, & attachant ensuite ces cristelles aux queues d'aronde des lisserons.

Quand on a les lisses, on prend les noeuds coulans qui descendent des aleirons, on les passe dans les trous percés dans l'épaisseur des lisserons, & on fait un noeud qui les empêche d'en sortir, & les lisses sont suspendues.

On commence par suspendre les lisses de pieces. Il doit y avoir dans l'exemple que nous avons choisi, cinq lisses de pieces ; & puisqu'il y a quatre-vingt fils de lisiere, & douze cent fils de chaîne, il faut diviser mille deux cent quatre-vingt par cinq, pour savoir combien il doit y avoir de mailles de lisses à chaque lisse : or mille deux cent quatre-vingt, divisé par cinq, donne deux cent cinquante-six, c'est-à-dire qu'il doit y avoir à chaque lisse de chaîne, deux cent cinquante-six mailles.

L'assemblage des cinq lisses de pieces, s'appelle remisse.

Dans les métiers montés comme il faut, on ne met point d'arbalête au lisseron d'en-bas, on y attache seulement à deux pouces de distance, un autre lisseron beaucoup plus court, auquel on donne le nom de faux lisseron, lequel est percé dans le milieu du dos, de la quantité de trous nécessaires pour la quantité d'estrivieres, dont chacune est passée dans un trou du faux lisseron. Cette façon de placer les estrivieres, rend la marche plus douce, & use moins de cordes.

On passe par les trous des lisserons d'en-bas des lisses, de petites ficelles qu'on appelle arbalêtes, parce qu'en effet elles font avec le lisseron, la figure d'une arbalête dont la corde seroit tournée vers le manche ; on attache à chaque arbalête une ficelle qui va trouver une marche à laquelle elle s'attache, & qu'elle tient suspendue ; cette ficelle s'appelle estriviere.

D'où l'on voit qu'en appuyant le pié sur la marche ; on tire l'estriviere qui tire l'arbalête, l'arbalête tire le lisseron, le lisseron tire la lisse, la lisse tire les noeuds coulans qui font descendre les extrêmités des aleirons, qui font lever leur autre extrêmité, & monter les carreaux qui remettent la lisse dans son premier état, si on ôte le pié de dessus la marche.

Lorsque les cinq lisses de pieces sont suspendues, il s'agit de distribuer entr'elles les fils de poils ou de roquetins, & les fils de chaîne, de lisiere, ou de piece.

La lisiere ne se passe ordinairement que quand les autres fils sont passés.

Voici comment on s'y prend.

On commence par les fils de chaînes ou de pieces, ou plutôt par ceux de lisiere.

Afin de les passer plus commodément, & les prendre bien dans l'ordre qu'ils doivent être pris, il faut faire passer l'envergure au-delà du corps.

Voici comment on s'y prend. On approche le plus près du corps que l'on peut, les deux verges ; puis on passe sa main le long de la verge la plus proche du corps ; on écarte le plus que l'on peut les deux parties de la chaîne, de maniere qu'elles paroissent séparées au-delà du corps ; alors on insere la main gauche entr'elles, observant bien de ne pas laisser à l'une un fil qui appartienne à l'autre, & de la gauche on tire la verge la plus voisine du corps, & on la met à la place de la main droite : cela fait, on presse le plus qu'on peut vers le corps, celle qui reste, & l'on éloigne le plus qu'on peut celle qu'on a déplacée ; il arrive de-là que l'endroit où les fils se croisent, s'avance au-delà du corps ; lorsqu'on s'en apperçoit, on insere la main droite entre les côtés des angles opposés au sommet, on tire de la gauche l'autre verge, & l'on la substitue à la main droite. Il est évident qu'en s'y prenant ainsi, l'envergure se trouve entre le corps & les lisses.

Cela fait, on continue l'opération à deux, un des ouvriers se place à côté des lisses, l'un est placé derriere les lisses à côté de l'envergure, l'autre est placé devant.

Les berlins de la chaîne sont attachés l'un après l'autre à une corde qui prenant à un pié de devant d'un côté, vient s'attacher à un pié de devant de l'autre, & forme une espece d'arc ; l'autre est placé vis-à-vis de lui, il prend les berlins de la chaîne & de la lisiere, & il commence par séparer un fil de lisiere à l'aide de l'envergure ; il le tire ensuite du berlin, & le présente au premier qui le prend & le passe dans la premiere maille de la lisse la plus voisine des lisses de poils ; pour la passer, voici ce qu'il fait.

On sait que cette maille est composée de deux boucles qui se coupent à angles droits ; or il prend la boucle d'en-bas, il y passe les doigts de la main gauche, en écarte les fils, l'éleve un peu au-dessus de l'extrêmité de la boucle d'en-haut, dont il écarte pareillement les fils qui la forment, en avançant les mêmes doigts & s'aidant de la droite, & il se fait une ouverture entre ces fils, dans laquelle il passe le fil de lisiere qui lui est présenté, puis il retire ses doigts, les boucles qui forment la maille se rapprochent par le poids des lisserons & des marches ; il ne faut point de marches quand on remet, elles embarrasseroient & chargeroient trop les lisses ; le fil de lisiere se trouve pris entre les boucles ou dans la maille, & ne peut plus ni descendre ni baisser, sans que la lisse descende ou baisse, quoiqu'il puisse fort bien glisser horisontalement.

Ce fil passé, l'ouvrier qui l'a passé le met derriere la navette attaché à la tringle qui est placée à sa gauche où il est arrêté ; cependant l'autre sépare un second fil de lisiere qui sort ensuite du berlin, qu'il tend à l'ouvrier qui le passe, comme nous avons dit, dans la premiere maille de la seconde lisse en descendant vers le corps ; il passe le troisieme fil dans la premiere maille de la troisieme lisse, en s'avançant vers le corps ; le quatrieme fil dans la premiere maille de la quatrieme lisse, en s'avançant vers le corps ; le cinquieme fil dans la premiere maille de la cinquieme lisse ou derniere vers le corps, du moins dans l'ouvrage que nous nous proposons de faire, où nous n'avons que cinq lisses de piece.

Lorsqu'il a passé le cinquieme fil dans la premiere maille de la cinquieme lisse, ou de la lisse la plus voisine du corps, il passe le sixieme fil dans la seconde maille de la premiere lisse de piece la plus voisine des lisses de poil ; le septieme dans la seconde maille de la seconde lisse, en s'avançant vers le corps, c'est-à-dire qu'il continue & reprend son opération toujours de la même maniere, jusqu'à-ce qu'il soit à la fin de la lisiere.

Quand il en est à la chaîne, il suit un ordre renversé, c'est-à-dire qu'il passe le premier fil de piece dans la premiere maille vacante de la lisse la plus voisine du corps, c'est la neuvieme maille, car il y a quarante fils de lisiere qui divisés par cinq, donnent huit, c'est-à-dire qu'ils occupent huit mailles de chaque lisse.

Il passe le second fil de piece dans la neuvieme maille de la lisse qui suit la plus voisine du corps, & ainsi de suite jusqu'à la cinquieme ; à la cinquieme, il revient à la lisse la plus voisine du corps ; cela fait, il recommence jusqu'à-ce qu'il ait épuisé les fils de piece, c'est-à-dire qu'il ne reste plus huit mailles vacantes dans chaque lisse ; pour remplir ces huit mailles vacantes, des quarante autres fils de lisiere, il abandonne l'ordre des fils de chaîne, & il reprend pour les passer l'ordre de lisses qu'il a suivi en passant les quarante premiers.

Cela fait, tous les fils de piece & de lisse se trouvent passés ; mais dans cette opération le remetteur a eu soin d'en faire des berlins, à mesure qu'ils augmentoient en nombre, afin de les empêcher de s'échapper, & celui qui les lui tendoit, avoit grand soin de les lui tendre en entier, c'est-à-dire bien séparés & avec tous leurs brins.

On distribue ensuite les fils de roquetin ou de poil, c'est précisément dans cette occasion qu'on doit commencer à passer les branches de roquetin dans les mailles de corps, ensuite entre celles du remisse, & après sur les deux lisses qui leur sont destinées. La distribution des fils de roquetin ne se fait pas comme celle des fils de piece.

Les fils de poil seront distribués entre les mailles de corps, tandis que les fils de roquetin passeront dans les maillons ; ici c'est le contraire, les fils de piece passent dans les mailles de lisse, & les fils de roquetin ou de poil passent entre elles ; mais voyons comment ils s'y distribuent. Il y a mille deux cent quatre-vingt mailles de lisse, & il n'y a que deux cent fils de roquetin.

De ces mille deux cent quatre-vingt mailles de lisse, comme il ne doit point y avoir d'ouvrage dans la lisse, il est évident que le fil de roquetin n'y devant point entrer, on commencera donc par en ôter quarante de chaque côté, ce qui les réduit à douze cent, c'est dans ces douze cent que les fils de roquetin doivent être contenus ; il est donc évident que c'est six mailles de lisse pour un fil de roquetin ; mais en s'y prenant ainsi, le premier ou le dernier fil de roquetin ne seroient pas compris dans les douze cent mailles de lisse ; pour cet effet après les quarante mailles d'un côté accordées aux fils de lisse, on en ôte encore trois, c'est-à-dire la neuvieme de la premiere lisse, ou de la plus voisine du corps, la neuvieme de la lisse suivante, & la neuvieme de l'autre, puis on passe un fil de roquetin ; on continue ensuite à distribuer un fil de roquetin entre les mailles de lisse, en comptant de six en six mailles il est évident qu'il reste après les neuf cent fils de roquetin distribués entre les mailles de lisse, comme nous venons de prescrire, trois mailles de lisse, plus les quarante destinées aux fils de lisiere.

On observe à mesure qu'on passe un fil de roquetin, de le fixer derriere la navette, & de faire des berlins quand il y en a un certain nombre de passés.

Cela fait, on place les deux lisses de poil ; nous allons voir comment les fils, tant de chaîne que de roquetin les occupent.

Ces deux lisses sont construites & attachées aux aleirons comme les premieres ; mais c'est encore ici l'ordre renversé ; les fils de poil ou de roquetin étoient distribués entre les mailles des autres lisses & les fils de piece ou de chaîne passoient dans les mailles, ici ce sont les fils de roquetin qui passent dans les mailles, & les fils de chaîne ou de piece sont distribués entre elles.

Pour ceux de lisieres, ils sont tous au-dehors de ces deux lisses, & vont droit au peigne sans les traverser.

On commence par passer les fils de roquetin dans les mailles ; ces lisses de poil n'ont pas plus de mailles chacune, qu'il y a de fils de roquetin, c'est-à-dire deux cent dans l'exemple que nous avons choisi.

D'où l'on peut conclure qu'un fil de roquetin passe dans deux mailles de lisse ; car chaque lisse ayant autant de mailles qu'il y a de fils de roquetin, les deux lisses ensemble auront deux fois plus de mailles qu'il n'y a de fils de roquetin.

Pour passer le premier fil de roquetin dans les deux lisses, on commence par tenir une de ces lisses plus haute que l'autre ; la premiere ou la plus voisine de l'ensuple de devant.

Il arrivera de-là que les mailles de ces lisses ne se trouveront plus dans le même plan, ne se correspondront plus ; mais que les boucles d'enbas de celles de devant s'ouvriront dans les boucles d'enhaut de celles de derriere ; & que si l'on prend un fil de roquetin & qu'on le conduise horisontalement à-travers les fils des deux premieres marches de ces lisses, ce fil de roquetin se trouvera entre les fils de la boucle d'enhaut de la derniere lisse, & entre les fils de la boucle d'enbas de la premiere, & cela d'un bout à l'autre des lisses.

D'où l'on voit que ces fils peuvent se mouvoir librement en montant dans la lisse de derriere, & librement en descendant dans la lisse de devant ; mais que la lisse de devant fera descendre tous les fils de roquetin, en descendant, & que la lisse de derriere les fera tous monter avec elle ; voila pour le passage des fils de roquetin dans les lisses de poil.

Quant à la distribution des fils de piece dans ces lisses, c'est la même que la distribution entre les mailles de corps.

Il y a ici autant de mailles de lisse de poil que de maillons ou que de fils de roquetin, & il y a six fois plus de fils de piece ; c'est donc six fils de piece pour un fil de poil ou de roquetin.

Mais comme il faut toujours que les fils de roquetin soient enfermés dans les fils de piece à cause de leur destination, qui est de former le dessein dans la piece, & que si l'on commençoit par mettre 6 fils de chaîne puis un fil de roquetin, & ainsi de suite, le dernier fil de roquetin se trouveroit hors de la chaîne ; on commence au contraire à laisser les trois premiers fils de chaîne, puis on prend un fil de roquetin, puis six fils de chaîne, puis un fil de roquetin, & ainsi de suite ; d'où il arrive que le dernier fil de roquetin a sur lui trois fils de chaîne.

Il faut observer qu'on n'a pas besoin de faire passer ici les envergures pour la distribution des fils ; car on est dirigé par les mailles des lisses précédentes pour les fils de chaîne, & par les maillons pour les fils de roquetin.

On a soin de tenir ces fils arrêtés à mesure qu'on les passe, & d'en faire toujours des berlins.

On tient les lisses de poil ou de roquetin un peu plus haut que les autres, afin que les fils de poil ou de roquetin se séparent davantage de la chaîne en-dessus, & que l'ouvrier puisse travailler plus commodément, soit avec les navettes, soit avec les fers de frisés & de coupés.

Cela fait, il ne s'agit plus que de distribuer dans le peigne tous ces fils.

Le peigne est composé de petites lames fort minces, assez proches les unes des autres, fixées paralleles les unes aux autres, dans deux petites traverses rondes.

On choisit dans ce peigne une quantité de dents proportionnée à la quantité de fils qu'on a à y distribuer, & à la grandeur de l'étoffe qu'on veut faire ; si l'on prenoit trop de dents pour la quantité de fils, alors le tissu seroit rare & l'étoffe mauvaise, le dessein mal exécuté.

Si au contraire on en prenoit trop peu, il se trouveroit trop de fils dans chaque dent du peigne, la séparation s'en feroit difficilement, il y auroit un frottement qui useroit les soies & les feroit casser, les fils se trouveroient les uns sur les autres, l'étoffe seroit trop compacte, mauvaise, & mal faite.

On a ici à distribuer dans les dents du peigne, quatre - vingt fils de lisiere, quarante de chaque côté de la chaîne, douze cent fils de chaîne, & entr'eux deux cent fils de roquetin.

On peut prendre d'abord quatre dents pour les quarante fils de lisiere d'un côté, dix à chaque dent, cent dents pour les fils de chaîne & de roquetin, c'est-à-dire douze fils de chaîne, & deux fils de roquetin à chaque dent.

Prenez quatre dents pour les quarante autres fils de lisiere, dix à chaque dent.

Si on baisse les lisses de roquetin, alors on ne verra que les fils de piece ou de chaîne s'élever, tous les autres fils de roquetin seront en-dessous.

Si au-contraire on baisse le remisse ou toutes les lisses de chaîne, on ne verra que les fils de roquetin, toute la chaîne sera en-dessous.

Mais on demandera peut-être comment il se peut faire que n'y ayant que deux fils de roquetin sur douze de chaîne, ces deux fils de roquetin suffisent pour couvrir toute la chaîne, quand en baissant les lisses de chaîne on la fait passer en-dessous.

Cela se fait par deux causes ; par le peu d'intervalle des dents qui sont fort serrées les unes contre les autres, & qui rassemblent deux cent fils dans un assez petit intervalle ; & la seconde cause, c'est que les deux cent fils ont beaucoup plus de brins que les fils de piece. Les deux cent dents du peigne ne doivent contenir que quatre pouces, puisque les velours ordinaires ne sont composés que de soixante-quinze portées de chaîne faisant à quatre - vingt fils chaque portée, six mille fils, & que la largeur ordinaire de l'étoffe n'est que de vingt pouces environ ; douze cent fils par conséquent ne font que la cinquieme partie de six mille fils.

Cela fait, on arrête les fils devant le peigne en en faisant des berlins, & l'on place le battant.

Imaginez un morceau de bois auquel, par sa partie supérieure, on a pratiqué une rainure ; soient aux extrêmités de ce bois, deux autres morceaux assemblés comme on voit, soit dans ces deux morceaux paralleles, un troisieme morceau de bois mobile, & cannelé à sa partie inférieure ; on place le peigne verticalement dans la cannelure de ces deux morceaux de bois, dont celui de dessus est mobile ; on approche celui de dessous, de maniere que le peigne puisse jouer sans toutefois s'échapper.

Les deux morceaux de bois dans lesquels la piece placée au-dessus du peigne, semblable & parallele à celle du dessus, est assemblée verticalement, s'appellent l'ame du battant.

Il y a de chaque côté attaché à cette ame deux petites tringles de bois encochées ; ce sont les supentes du battant.

Quant au porte battant, c'est un morceau de bois quarré, à l'extrêmité duquel il y a deux tenons ronds dans lesquels on place deux especes de viroles de bois, mobiles sur les tenons.

On attache le porte - battant aux battants par des cordes qui passent dans les coches des supentes du battant, & qui l'embrassent par-derriere le porte-battant.

C'est à l'aide de ces coches qu'on monte ou descend le battant, en faisant descendre ou monter les cordes qui l'attachent au porte-battant, d'une, de deux, ou de plusieurs coches.

Les extrêmités du porte-battant, ou plutôt les deux viroles mobiles de bois placées dans les tenons ronds de ses extrêmités, sont placés sur deux autres tringles de bois, encochées & placées contre les estases, & parallelement à ces précédens ; on appelle ces tringles acocats. L'usage des acocats est de soutenir le battant, & de l'approcher ou de l'éloigner à discrétion, en faisant mouvoir les viroles de bois ou roulettes dans les coches des acocats.

Quand on a placé le battant, on prend l'ensuple de devant, & on la met sur les tasseaux, ou entre les tenons & les piliers de devant ; cet ensuple ou ensuble de devant est à-peu-près semblable à celle de derriere ; elle a pareillement deux moulures à ses extrêmités, avec une cannelure transversale ; ces moulures sont pour la facilité du mouvement de l'ensuple sur elle-même, dans l'échancrure des tasseaux ou tenons, & la cannelure sert à placer le composteur.

Le composteur est fait de deux petites baguettes rondes, égales, dont les diametres pris ensemble sont plus grands que celui de la cannelure ; d'où il arrive que si l'on attache des ficelles à l'une de ses baguettes & qu'on la place dans la cannelure ; qu'ensuite on prenne l'autre baguette & qu'on la mette aussi dans la cannelure, de maniere qu'elle porte en partie sur la premiere baguette placée & contre les parois d'enhaut de la cannelure, & qu'elle soit embrassée à l'extérieur par les ficelles de la premiere baguette, on aura beau tirer les ficelles de la premiere baguette autour de l'ensuple ; on ne la fera pas sortir pour cela, car elle ne pourroit sortir qu'en déplaçant la baguette placée sur elle ; mais elle ne peut la déplacer, car les ficelles passant sur cette baguette la retiennent dans l'état où elle est, & le tout demeure immobile.

On prend tous les berlins qu'on a faits pour empêcher tous les fils de s'échapper à - travers le peigne ; on les traverse d'une broche de bois, de maniere que partie des fils passe au-dessus de la broche, partie endessous.

On prend de bonne ficelle, qu'on passe en double dans les extrêmités & les autres parties découvertes de la broche ; on attache ces ficelles à une des baguettes du composteur ; on dispose cette baguette & celle qui lui est tout-à-fait semblable, dans la cannelure de l'ensuple : puis on fixe l'ensuple dans cet état, c'est-à-dire la cannelure un peu tournée en-dessous & la ficelle un peu enveloppée autour de l'ensuple.

Pour fixer l'ensuple, on a adapté à l'une de ses extrêmités un morceau de fer, dans le milieu duquel l'extrêmité de l'ensuple s'emboîte quarrément ; cette boîte quarrée de fer est garnie par une de ses ouvertures d'une plaque ronde de fer, ouverte aussi dans son milieu pour laisser passer l'extrêmité de l'ensuple dans la boîte, & dentelée par les bords. Ce morceau de fer s'appelle roulette.

Le chien est une espece d'S de fer dont nous avons déja parlé, dont l'extrêmité s'engraîne dans les dents de la roulette, & tient l'ensuple en arrêt. On acheve de finir l'ensuple, en plaçant entr'elle contre le pilier de devant, un petit coin de bois que l'on appelle une taque.

Cela fait, on va à l'autre ensuple, à celle de derriere ; il y a au bas de chaque pié de derriere du métier, deux morceaux de bois percés de trous, selon leur longueur, attachés aux piés parallelement l'un à l'autre.

On peut passer dans ces trous une broche de fer, & cette broche de fer fixe une corde qui lui est attachée, & qui passe entr'eux longitudinalement.

Cette corde vient chercher la moulure de l'ensuple, & s'entortille autour d'elle ; on l'appelle corde du valet : après qu'elle a fait plusieurs tours, trois ou quatre seulement, & pas davantage ; on a une espece de morceau de bois échancré par un bout, & percé ; le trou reçoit la corde du valet, & l'échancrure s'applique sur la moulure de l'ensuple ; l'autre bout de ce morceau de bois est encoché. On pend un poids à cette extrêmité encochée, ce poids tire cette extrêmité, & fait tourner l'autre sur la moulure ; l'autre ne peut tourner sans tirer la corde, la corde ne peut être tirée, sans tirer l'ensuple ; & l'ensuple ne peut être tirée, sans que la chaîne ne soit tendue ; on appelle ce morceau de bois qui fait l'office de levier à l'extrêmité de l'ensuple, un valet. Il y a un valet à l'autre extrêmité, si le valet tire trop, on raccourcit le levier, en rapprochant le poids d'une coche ou de deux plus près de l'ensuple.

En s'y prenant ainsi, on bande la chaîne & la lisiere à discrétion ; quant aux filets de roquetin, ils sont tendus à discrétion aussi ; par les petits poids de plomb qui tiennent à chaque roquetin, & qu'on fait toujours assez pesants pour le service qu'on en attend.

Voilà maintenant le métier tout arrangé, il n'est plus question que d'une petite opération dont nous allons parler, pour qu'il soit ce qu'on appelle monté.

Mais avant que de passer à cela, il ne sera pas hors de propos de dire un mot de cette multitude de lisses, de pieces, ou de chaînes.

Nous en avons cinq, & on en emploie quelquefois beaucoup davantage.

On voit évidemment qu'elles partagent ici la chaîne en cinq parties égales.

Que quand on en baisse une, on ne fait baisser que le cinquieme de la chaîne, & que pour baisser toute la chaîne, il faut les faire baisser toutes.

Il est encore à propos de savoir, que si la premiere lisse ou la plus voisine du corps répond à la premiere marche à droite, il n'en est pas ainsi des autres.

Voici l'ordre que l'on suit, la premiere marche tire la premiere lisse ; la seconde marche la quatrieme lisse ; la troisieme marche, la seconde lisse ; la quatrieme marche, la cinquieme lisse ; la cinquieme marche, la troisieme lisse : ainsi de suite pour cinq lisses, comme pour un plus grand nombre ; c'est-là ce que les ouvriers appellent passe de deux en deux.

L'ouvrier en travaillant fait jouer ces marches les unes après les autres, quand il fait le satin.

La sixieme marche tire la premiere lisse de poil.

La troisieme marche tire la seconde lisse de poil.

Dans le cas donc qu'il y ait douze cent fils à chaîne, & que l'on ait cinq marches, & qu'il y ait douze fils de chaîne à chaque dent ;

Voici comment se fait le satin, ou plutôt une petite table de la combinaison des marches, des lisses & des fils.

Avec un peu d'attention sur cette table, on s'appercevra tout d'un coup que ce qui se passe dans soixante fils, ou dans l'intervalle de cinq dents, se passe dans tout le reste.

Voici comment se fait le satin dans l'étoffe dont il s'agit ici, & qu'on a pris pour exemple ; y ayant cinq marches, la chaîne est divisée en cinq parties égales, & il n'y a qu'un cinquieme qui travaille à chaque marche dans l'ordre représenté par la table.

La premiere marche étant attachée à la premiere lisse, quand on la presse, on baisse la premiere lisse & on en sépare de la chaîne le cinquieme ; 1 6, 11 4, 9 2, 7 12, 5 10, 3 8 ; quand on presse la seconde marche, la quatrieme lisse se baisse ; & on sépare le cinquieme, 4 9, 2 7, 12 5, 10 3, 8 1, 6 11, & ainsi des autres, comme on voit par la table.

Passons maintenant à la partie la plus importante du métier, je veux dire, le sample.

On a un bâton, tout semblable à celui de rame ; il a une moulure à chaque bout ; l'entre-deux des moulures est rempli de cordes ou ficelles, il y en a autant qu'au rame ; elles sont croisées comme celui de rame l'étoit. Les ficelles doivent être assez longues pour atteindre à celles du rame.

Ce bâton s'appelle bâton des cordes du sample. Le bâton armé de ses ficelles croisées s'appelle sample.

Il n'y a de différence entre le sample & le rame, que dans la longueur des cordes, & les yeux de perdrix qui sont au rame.

Pour placer le sample, on s'y prend comme par le rame, on fixe à terre un bâton, vis-à-vis du devant du cassin qu'on appelle bâton de sample ; on passe à ses deux extrêmités deux cordes qui font boucles étant nouées chacune par leurs bouts. On peut les appeller les cramailleres du bâton des cordes de sample : on fixe à ces deux cordes les moulures du bâton des cordes du sample.

On prend toutes ces cordes à poignées, & à l'aide de leur croisement ou envergure, on les sépare les unes d'avec les autres, & les unes après les autres.

On passe la premiere corde de sample dans l'oeil de perdrix de la corde de rame qui passe sur la premiere poulie d'en-bas de la premiere rangée verticale que l'ouvrier a à sa gauche, & l'y attache en faisant un noeud. Observant que sa corde de sample ne soit pas lâche ; mais au contraire, bien tendue ; pour cet effet, il faudra que celle de rame fasse angle à l'endroit où elle sera tirée par l'oeil de perdrix ; cet angle est ordinairement très-obtus.

Il passe la seconde corde du sample dans l'oeil de perdrix de la corde du rame, qui passe sur la seconde poulie en montant de la même rangée & l'y attache. La troisieme corde de sample dans l'oeil de perdrix de la corde qui passe sur la troisieme poulie de la même rangée. La quatrieme dans l'oeil de perdrix de la corde qui passe sur la quatrieme poulie en montant de la même rangée. La huitieme corde dans l'oeil de perdrix de la corde qui passe sur la cinquieme poulie de la même rangée. La sixieme corde dans l'oeil de perdrix de la corde qui passe sur la premiere poulie d'en-haut de la seconde rangée verticale ; la septieme corde dans l'oeil de perdrix, de la corde qui passe sur la seconde poulie en descendant de la même rangée ; & ainsi de suite remplissant les yeux de perdrix, de chaque corde, de chaque rangée, suivant les rangées en zig-zag ; d'où il s'ensuit que chaque corde de sample tire les mêmes arcades, les mêmes mailles de corps, les mêmes maillons, les mêmes fils de roquetins que chaque corde de rame.

Ainsi la premiere corde de sample tire, dans l'exemple proposé, les quatre premiers fils de chaque quatre cinquantaine de fils de roquetin ; la seconde corde de sample, les quatre seconds fils de chaque quatre cinquantaine de fils de roquetin, & ainsi de suite ; d'où l'on voit que par le moyen de ces ficelles du sample, des cordes de rames correspondantes, des arcades, des mailles de corps, des maillons, des mailles de corps d'en-bas, & des aiguilles ; on a la facilité de faire paroître en tel endroit de la chaîne, que l'on voudra tel fil, & autant de fils de roquetin qu'on le desirera.

Et par conséquent, on a le moyen d'exécuter à l'aide de la trame, de la chaîne, & de ces fils de roquetins qu'on peut faire paroître dans la chaîne & sur la trame, quelque figure donnée que ce soit.

Il ne s'agira plus que de savoir quelles sont les ficelles du sample qu'il faudra tirer.

Or nous allons maintenant parler de la maniere de déterminer ces ficelles.

Après avoir observé que la chaîne peut être d'une couleur, ou le fond, & les figures tracées dans la chaîne sur la trame, ou sur les fils des navettes qui courent entre les parties séparées, soit de la chaîne, soit des fils de roquetin, & qui les tiennent séparées, d'une autre couleur.

En travaillant ainsi à l'aide de la chaîne seulement, de la lisse, des cordes du sample, & des fils de roquetin ; on voit évidemment qu'en supposant la faculté de déterminer les cordes de sample à tirer pour une figure quelconque, on exécuteroit sur la chaîne cette figure ; on feroit alors ce qu'on appelle une étoffe à fleur.

Nous venons de monter un métier, c'est-à-dire de le mettre en état d'exécuter tout dessein qui ne demande pas plus de cordes que nous en avons employé ; & même de repéter quatre fois ce dessein dans la largeur de l'étoffe : ce qui seroit 20 fois dans la largeur de l'étoffe ordinaire, s'il n'y avoit que 50 cordes. Car on a pu remarquer que chaque ficelle de sample tirant une ficelle de rame, & chaque ficelle de rame tirant un faisceau d'arcades, 4 bouts d'arcades, ou 4 maillons, & les 200 maillons se trouvant divisés en cinquantaines, & les 4 maillons tirés paroissant toujours sur la chaîne dans des endroits semblables de chaque cinquantaine ; car ce sont ou les 4 premiers de chaque cinquantaine, ou les 4 trentiemes, &c. On doit repéter le dessein dans la chaîne, à chaque cinquantaine de fils de roquetin, ou chaque douze dents & demie du peigne, parce qu'il y a deux fils de roquetin dans chaque dent ; partant 24 fils en 12 dents, & 25 en 12 dents & demie. Cette façon de dire & demie n'est pas tout à fait juste ; car les fils de roquetin ne partagent pas également les fils de la dent, & ne sont pas à égale distance l'un de l'autre, & de l'extrêmité de la dent, pour qu'on puisse dire une demie-dent. Je veux dire seulement qu'il faut vingt-quatre dents, & un fil de la vingt-cinquieme pour avoir une cinquantaine de fils de roquetin.

J'ai oublié de dire en parlant des piliers de derriere du métier, qu'il y avoit à la face intérieure de chacun, un peu au-dessus de la chaîne, deux broches paralleles à l'ensuple, dans laquelle sont passées deux especes de bobines, qu'on appelle restins.

Autre chose encore à ajouter. C'est une corde attachée par ses deux bouts à deux murs qui se regardent, & parallele à celles des rames, mais beaucoup plus forte, & placée à côté du cassin, du côté du châtelet, qu'on appelle arbalete.

L'arbalete sert à soutenir la gavassiniere ; elle sert aussi à soutenir un petit bâton qui flotte sur le sample : les cordes qui soutiennent ce bâton s'appellent cordes de gance, & le bâton, bâton de gance.

La gavassiniere est une longue corde pliée en deux, dans la boucle de laquelle passe l'arbalete. Les deux bouts de cette corde sont noués au bâton de rame. Elle est bien tendue ; & comme elle ne peut être bien tendue qu'elle ne tire & ne fasse faire angle à la corde qui la soutient, c'est par cette raison qu'on appelle cette corde arbalete. Nous dirons ailleurs pourquoi on appelle l'autre dont les brins sont paralleles aux ficelles du sample, gavassiniere.

Il ne nous reste plus à parler que du dessein, de la lecture, du travail, & des outils qui y servent.

Pour le dessein, on a un papier réglé, divisé en petits carreaux par des lignes horisontales & verticales. Il faut qu'il y ait dans la ligne horisontale autant de petits carreaux, que de cordes au sample.

Pour faciliter la lecture du dessein, on divise la ligne horisontale par dixaines, c'est-à-dire que de dix en dix divisions de l'horisontale, la verticale est plus forte que ses voisines, & se fait remarquer.

Il y a aussi des horisontales plus fortes les unes que les autres : on divise la verticale en certain nombre de parties égales, & par chaque partie de cette verticale on tire des horisontales paralleles.

Il y a de ces horisontales un plus grand ou plus petit nombre, & elles sont plus longues selon que le dessein est ou plus courant, ou plus long & plus large ; & il y a des verticales un plus grand nombre, & elles sont plus longues, selon que le dessein est plus large & plus long.

On divise pareillement le nombre des horisontales en parties égales, & on fait l'horisontale de chaque partie égale, plus forte que les autres.

Si l'horisontale est divisée de dix en dix, & la verticale de huit en huit, on a ce que les ouvriers appellent un dessein en papier de dix en huit.

On trace sur ce papier un dessein, comme on voit dans nos Pl. Les quarrés horisontaux représentent les coups de navette, qui doivent passer pour faire le corps de l'étoffe ; & les quarrés verticaux représentent les cordes de sample.

Les quarrés horisontaux représentent aussi les fils de roquetins.

Les quarreaux qui restent blancs marquent les fils de roquetin, qu'il ne faut point faire paroître sur l'étoffe, Les autres quarreaux colorés marquent les fils de roquetins qu'il faut faire paroître.

Ces fils peuvent être de différentes couleurs ; mais pour plus de simplicité nous les supposerons ici tous de la même couleur, bleus par exemple.

Si l'on voit le bleu de différente couleur, c'est que ce dessein est destiné à faire du velours ciselé.

Le bleu-clair marque le frisé, & le bleu fort noir marque le coupé.

Il faut observer en faisant un dessein, que le frisé soit toujours en plus grande quantité que le coupé, parce que comme on verra, le coupé ne se fait que sur le frisé ; & le frisé sert à empêcher le poil du coupé de tomber, il le tient élevé & l'empêche de tomber.

Les autres desseins ne se tracent pas autrement, & il n'y a guere de différence dans la maniere de les lire.

Pour lire un dessein, on commence par enverger, ou plutôt encroiser le sample, afin de ne pas se tromper en comptant les cordes.

Puis on fixe à l'estase, à chaque côté du sample, deux barres de bois ; on insere entre ces barres & le sample, deux autres morceaux de bois qui le tirent en arriere, & le tiennent plus tendu ; l'un en-haut & l'autre en-bas. Les verges qui appuient en-devant sur les barres de bois, empêchent qu'il n'aille tout en arriere. Il est donc tenu par haut & par bas, en arriere, par les bâtons placés entre lui & les barres, & tenu en-devant par les verges de son envergure.

Puis au-dessous du premier morceau de bois & de la premiere verge, on place un instrument que nous allons décrire, entre le sample & les barres de bois, contre lequel il est pressé par le sample qui est ici en arriere. Cet instrument consiste en trois morceaux de bois plats, assemblés par un bout par une cheville de bois, autour de laquelle il se meut librement, dont le dernier est divisé à sa surface extérieure, en un certain nombre de crans larges & profonds, à égale distance les uns des autres ; les deux autres s'appliquent sur celui-ci & le couvrent quand il en est besoin, & peuvent aussi s'assembler par l'autre bout, au moyen d'une autre cheville de bois. Cet instrument s'appelle un escalette, & son usage principal est de faciliter encore la lecture du dessein, en facilitant le compte des cordes.

Pour cet effet, lorsqu'on l'a appliqué comme j'ai dit, on met dans chaque cran dix cordes de sample, c'est-à-dire autant de cordes de sample, qu'il y a de divisions dans la ligne horisontale du dessein.

Cela fait, on met sur cette lame de bois divisée, la seconde qui la couvre ; on applique sur cette seconde la seconde ; on passe sur cette seconde & sur le dessein la troisieme, & on les fixe toutes trois par l'autre bout.

On voit que par ce moyen, le dessein se trouve pris entre les deux lames restantes ; la liseuse le dispose entre ses lames, de maniere qu'il n'y ait que sa premiere rangée de petits quarreaux qui débordent les lames, soit par en-haut, soit par en-bas.

Alors elle prend à côté d'elle des ficelles, toutes prises d'une certaine longueur ; elle examine sur le dessein, ou on lui dit combien il y a de couleurs au dessein ; elle attache chacune des couleurs à un de ses doigts, c'est-à-dire que cette couleur, ou les ficelles qui lui correspondent, au sample, doivent passer sous les doigts auxquels elle les a attachées, & sous tous les autres : ainsi des autres couleurs. Quand il y a plus de couleurs que de doigts, elle en attache au poignet, au milieu du bras, ou bien elle prend le parti de lier chaque couleur séparément ; mais ce n'est pas la maniere des habiles liseuses.

Mais pour éviter toute confusion, nous supposerons seulement deux couleurs, comme on voit au dessein dans nos Pl.

Elle commence par la premiere ligne. Je suppose qu'elle ait attaché le verd-clair ou de frisé au doigt du milieu, & le gros verd ou coupé à l'index.

Elle voit que les six premiers quarrés, ou les six premieres divisions sont blanches ; elle passe six cordes du sample, ou les six premieres cordes de la premiere dixaine, contenue dans la premiere coche de l'escalette à gauche. Puis elle prend le reste de cette dixaine qu'elle passe sous l'index, sur le doigt du milieu & sous les autres doigts ; elle y joint la premiere corde de la seconde dixaine, parce qu'elle est aussi verd-clair ou frisé, & qu'elle a attaché le verd-clair au doigt du milieu. Elle prend ensuite les six cordes suivantes de cette seconde dixaine qu'elle passe sous l'index & sous les autres doigts. Elle prend la huitieme corde de la même dixaine qu'elle passe sous l'index, sur le doigt du milieu & sous les autres doigts ; puis les deux cordes restantes de la même dixaine, qu'elle passe sur l'index & sous les autres doigts ; & ainsi de suite jusqu'au bout de la ligne.

S'il y avoit eu plusieurs couleurs, elles les eût attachées à d'autres parties de la main ; & les auroit séparées toutes en les plaçant sur ces parties, à mesure qu'elles se seroient présentées.

Puis elle auroit pris des ficelles qui sont à sa gauche, autant qu'elle eût eu de couleurs ; elle n'en prend donc que deux ici. Elle eût avec une de ces ficelles pliée en deux, & dont elle auroit substitué à l'index l'un des bouts, renfermé & séparé dans la boucle tous les verds découpés, pour avec l'autre qu'elle eût pareillement pliée en deux, & dont elle eût aussi substitué un des bouts à l'autre doigt, elle eût renfermé & séparé dans la boucle les verds-clairs. Puis elle eût un peu tordu ensemble ces bouts, & les auroit fixés à côté d'elle à sa droite, en leur faisant faire un tour autour d'une corde, attachée par un bout à l'estase, & par l'autre bout à un des bâtons de l'envergure : on l'appelle corde des embarbes.

Elle eût ensuite passé à la lecture de la seconde ligne, qu'elle eût expédiée comme la précédente, & eût été de suite jusqu'à la fin de la lecture du dessein. Les ficelles dont elle se sert pour séparer les couleurs s'appellent des embarbes.

Il est facile de savoir le nombre des embarbes, quand on sait le nombre des lignes du dessein ; celui de ses dixaines, & celui des couleurs.

Lorsque toutes les embarbes sont placées, ou que la lecture du dessein est achevée, on travaille à faire les gavassines & les lacs ; & voici comment on s'y prend.

On plante à un mur, ou à quelqu'autre partie solide, placée immédiatement derriere le sample, un piton, un anneau, auquel on attache une corde assez forte ; puis on passe derriere le sample ; on prend une petite ficelle qu'on fait passer sur la premiere corde du sample, que l'on enferme dans une boucle ; on enferme la seconde dans une boucle encore, on en fait autant à toute la ficelle du sample ; puis on tire fortement toutes ces ficelles ou boucles formées de la même ficelle, en arriere, vers la grosse corde attachée au piton ; on la fixe à cette corde : cette corde, avec l'assemblage de toutes ces boucles formées d'une seule ficelle, dans chacune desquelles est séparée & renfermée une corde du sample, s'appelle le lac à l'angloise ; il sert à séparer facilement les cordes du sample, & à ne pas se tromper dans le choix qu'on en doit faire pour former les lacs.

Cela fait, on prend des ficelles de même longueur, qu'on joint deux-à-deux ou trois-à-trois, selon qu'il y a un plus grand nombre de couleurs au dessein : ici une seule ficelle pliée en deux suffit ; car nous n'avons proprement que deux couleurs, ou qu'une seule séparée en deux.

On plie cette ficelle en deux ; on renferme entre ces deux brins, ou dans sa boucle, la partie de la gavassiniere que l'on a le plus à droite ; puis on arrête la boucle par un noeud, en sorte que la partie de la gavassiniere soit, pour ainsi dire, enfilée dans la boucle faite avec de la ficelle, & n'en puisse sortir ; on fait avec la gavassiniere autant de ces boucles qu'il y a des lignes au dessein ; & ces ficelles bouclées, & tenues par leur boucle dans la partie la plus à gauche de la gavassiniere qui les enfile toutes les unes après les autres, s'appellent des gavassines.

Après cette premiere réparation, on prend du fil fort ; on se saisit de la premiere ou derniere embarbe ; placée, on la tire à soi ; on voit quelles sont les cordes de sample qu'elle embrasse ; on fait en zig-zag avec le fil deux fois autant de boucles qu'il y a des cordes de sample séparées par l'embarbe ; toutes ces boucles sont du même fil continu ; on enfile de ces boucles celles que l'on a de son côté dans un de ses doigts, les autres embrassent chacune une des cordes du sample séparées par l'embarbe ; on les égalise, & on leur donne une certaine longueur, puis on coupe le fil, & on attache ces deux bouts ensemble par un noeud.

Cela fait, on prend un des bouts de la gavassine qu'on passe sous l'autre partie parallele à la premiere, à la place à droite de la gavassiniere ; on passe ce bout à la place du doigt dans lequel on tenoit les boucles enfilées : on fixe toutes ces boucles à ce bout de la gavassine par un noeud, & l'on a formé ce qu'on appelle un lac.

On ôte ensuite l'embarbe, car elle ne sert plus de rien ; les fils qu'elle séparoit sont tenus séparés dans les boucles du lac.

On tire ensuite la seconde embarbe ; on prend du fil, & l'on forme des boucles toutes semblables à celles du premier lac ; on attache ces boucles par un noeud à l'autre bout de la gavassine, observant seulement que la partie de la gavassiniere qui est la plus à gauche, soit prise entre les deux bouts de la gavassine ; & partant que si celui qui tenoit le premier lac passoit sous cette partie de gavassine, l'autre passât dessus.

Si la gavassine étoit composée d'un plus grand nombre de bouts & de lacs, il faudroit observer la même chose.

Cela fait, c'est-à-dire les embarbes étant épuisées par la formation des lacs, de même que les bouts de gavassine (car il n'y a pas plus de bouts à la gavassine, que de lacs, ni de lacs que d'embarbe), on peut commencer à travailler. J'ai oublié de dire qu'à mesure qu'on formoit les lacs, & qu'on garnissoit les gavassines, on les tenoit séparées & attachées en haut à un empêchet ou autre arrêt, afin d'empêcher la confusion : voilà donc le bois du métier monté ; la cantre placée, les fils de roquetin passés dans les maillons entre les remises, dans les mailles des lisses de poil & dans les dents du peigne, les ensuples placées, & la chaîne disposée comme il convient, le dessein lu, en un mot tout disposé pour le travail ; voyons maintenant comment on travaille, & comment, à l'aide de la disposition & de la machine précédente, on execute sur la chaîne le dessein sur le sample.

Voici ce qui nous reste à faire ; car à cette occasion nous parlerons & des outils qu'on emploie, & de quelques autres opérations qui n'ont point encore pu avoir lieu. Voici donc la maniere de faire le velours ciselé. Celui qui a bien entendu ce que nous venons de dire, sera en état de se faire construire un métier & de le monter ; & celui qui entendra bien ce que nous allons dire, sera en état de faire du velours ciselé & de travailler.

Travail ou opération par laquelle on exécutera en velours ciselé le dessein qu'on vient de lire sur le sample. Il faut commencer par avoir à ses côtés deux petites navettes, telles qu'on les voit, Pl. de soierie, ici faites en bateau, dans lesquelles sont sur une petite branche de fer qui va de l'un à l'autre bout, une bobine garnie de soie, dont le bout passe par une ouverture faite latéralement, & tournée vers l'ouvrier ; ces navettes sont placées sur les deux bouts de la banque.

Premiere opération. On enfoncera en même tems la premiere marche de piece du pié droit, & les deux marches de poil du pié gauche.

On passera une des navettes.

On enfoncera la seconde marche de piece seule du pié droit.

On passera la même navette.

On enfoncera la troisieme marche de piece du pié droit, & les deux de poil du pié gauche.

On passera la navette.

On enfoncera la quatrieme marche de piece seule du pié droit.

On passera la navette, & ainsi de suite.

C'est ainsi qu'on formera le satin & le fond, & ce que l'ouvrier appelle la tirelle.

Seconde opération, ou commencement de l'exécution du dessein. Il faut avoir tout prêts des fers de deux especes ; des fers de frisé, & des fers de coupé. Les fers de frisé sont des petites broches rondes, de la largeur de l'étoffe, armées par un bout d'un petit bouton de bois fait en poire, dans le noeud de laquelle ce fer est fixé ; ces fers sont de fer véritable. On en trouve par-tout ; il n'y a aucune difficulté à les faire. Son petit manche en poire s'appelle pedonne. Les fers de coupés ne sont pas ronds, ils sont, pour ainsi dire, en coeur ; ils ont une petite cannelure on fente dans toute leur longueur ; il est plus difficile d'en avoir de bois : ils sont de laiton. Il n'y a qu'un seul homme en France qui y réussisse ; c'est un nommé Roussillon de Lyon. Ces fers ont aussi leurs pedonnes, mais mobiles ; on ne les arme de leurs pedonnes ou petits manches en poire, que quand il s'agit de les passer.

L'usage des pedonnes ou manches en poire, c'est d'écarter les fils, & de faciliter le passage des fers tant de coupé que de frisé.

Il faut avoir, pour l'ouvrage que nous allons exécuter, quatre fers de frisé, & trois fers de coupé.

On distingue dans le travail du velours ciselé cinq suites d'opérations à-peu-près semblables, qu'on appelle un course, & chaque suite d'opérations un coup ; ainsi un course est la suite de cinq coups.

Premier coup. On met un fer de frisé entre la chaîne & le poil qu'on sépare l'un de l'autre, en enfonçant les cinq marches de piece du pié droit, sans toucher à celles de poil ; ce qui fait paroître tout le poil en-dessus.

On enfonce la premiere marche de piece du pié droit, & les deux de poil en même tems du pié gauche. Coup de battant. On passe la navette qui va & vient. Coup de battant. On lâche les deux lisses de poil, & l'on enfonce la seconde marche de piece du pié droit. Coup de battant. On passe la navette qui va & vient. Coup de battant. On enfonce les deux marches de poil, pié gauche, & la troisieme de piece, pié droit. Coup de battant. On passe l'autre navette, qui va seulement. Coup de battant. En le donnant, on laisse aller les marches de poil, & l'on tient seulement celle de piece, qui est la troisieme du pié droit. On fait passer ensuite cette troisieme marche sous le pié gauche, on y joint la quatrieme & la cinquieme ; on les enfonce toutes trois du pié gauche, & en même tems on enfonce du pié droit la premiere & la seconde ; ce qui finit le premier coup.

Second coup. Il y a vis-à-vis du sample une fille, qu'on appelle une tireuse de son emploi, qui est de tirer les gavassines les unes après les autres à mesure qu'elles se présentent. La tireuse tire la gavassine, la gavassine tire le lac, & le lac amene les cordes qui doivent opérer la figure ; la tireuse prend les cordes amenées par le lac, & les tire. Une gavassine est, comme on sait, composée de deux lacs. On tient les deux premieres marches sous le pié droit, on conserve les trois suivantes sous le pié gauche, on y joint la premiere de poil. Coup de battant. On passe un fer de frisé. La tireuse laisse élever ou descendre les deux lacs. Coup de battant. La tireuse reprend le lac de dessous ou de coupé & le tire seul. On arme le fer de coupé de sa pedonne, & on le passe. La tireuse laisse aller le lac de coupé. Coup de battant, ou même plusieurs, jusqu'à - ce que le fer de coupé soit monté sur celui de frisé. On laisse aller les deux premieres marches. On enfonce la troisieme du pié droit, qui est celle par laquelle on a fini le coup précédent ; on laisse aller en même tems du pié gauche les quatre & cinq marches de piece ; mais l'on enfonce de ce pié les deux de poil. Coup de battant. On passe la navette qui va & vient. Coup de battant. On passe le pié droit sur la quatrieme marche, tenant toujours les deux de poil enfoncées du pié gauche. Coup de battant. On laisse aller les deux de poil, en donnant un coup de battant. On enfonce les deux de poil du pié gauche, tenant toujours la quatrieme du pié droit. Coup de battant. On passe à la cinquieme de piece du pié droit, tenant toujours enfoncées celles de poil du pié gauche. Coup de battant. On passe la navette qui va seulement. Coup de battant ; en le donnant on laisse aller le poil, & l'on tient toujours la cinquieme de piece enfoncée du pié droit. On la passe sous le pié gauche, & du pié droit on enfonce les quatre premieres, tandis que du pié gauche on tient la cinquieme enfoncée. On bat trois coups & davantage, & l'on finit par-là le second coup.

Troisieme coup. La tireuse tire la gavassine suivante. On enfonce la premiere de poil du pié gauche ; ainsi l'on a le pié droit sur les quatre premieres de piece, & le gauche sur la cinquieme de piece, & la premiere de poil. On passe un fer de frisé. Coup de battant. La tireuse laisse aller les deux lacs, & reprend celui de dessus ou de coupé, & le tire. Coup de battant. On passe un fer de coupé ; la tireuse laisse aller son lac de coupé. Coup de battant. On laisse aller les quatre premieres de piece ; on passe le pié droit sur la cinquieme, ou sur celle qui a fini le coup précédent ; en même tems on enfonce du pié gauche les deux de poil. Coup de battant. On pousse la navette qui va & vient. Coup de battant. On laisse aller les deux marches de poil, & la cinquieme de piece, & on revient à la premiere de piece. Coup de battant. On passe la navette qui va & vient. Coup de battant. On enfonce les deux marches de poil du pié gauche ; on quitte la premiere de piece, & on prend la seconde du pié gauche. On passe la navette qui va seule. On laisse aller le poil, & on fait passer la seconde de piece sous le pié gauche ; on y joint les trois autres, & on enfonce la premiere de piece du pié droit. Coup de battant, & fin du troisieme coup.

Quatrieme coup. On tire la gavassine suivante. On tient la premiere enfoncée du pié droit, & l'on joint aux quatre autres que l'on tient du pié gauche, la premiere de poil. Coup de battant. On passe un fer de frisé. On laisse aller les deux lacs ; on reprend celui de coupé ou de dessus, & on le tire. Coup de battant. On passe le fer de coupé. On laisse aller le lac de coupé. Coup de battant. On laisse aller la premiere marche, on passe le pié droit sur la seconde, qui est celle qui a fini le coup précédent, & l'on enfonce du gauche les deux marches de poil. Coup de battant. On passe la navette qui va & vient. Coup de battant. On laisse aller la seconde ; on prend la troisieme, & on laisse aller le poil, en donnant un coup de battant. On passe la navette qui va & vient. Coup de battant. On enfonce les deux marches de poil du pié gauche, & on prend la quatrieme du pié droit. Coup de battant. On passe la navette qui va seule. Coup de battant. On laisse aller les deux marches de poil ; on passe la quatrieme & la cinquieme sur le pié gauche ; on enfonce du pié droit les trois premieres. Trois coups de battant plus ou moins, & fin du quatrieme coup.

Cinquieme coup. L'ouvrier retire le premier fer de frisé ; la tireuse tire la gavassine suivante. On joint à la quatrieme & cinquieme de piece qu'on tient du pié gauche la premiere de poil, tenant les trois premieres du pié droit. Coup de battant ; on passe le fer de frisé : coup de battant ; on laisse les lacs, & on reprend celui de coupé sans le tirer. On prend alors un petit instrument, formé d'un petit morceau d'acier plat quarré, tranchant par un de ses angles, & fendu jusqu'à son milieu, & même plus loin, afin que, par le moyen de cette fente, l'ouvrier puisse écarter à discrétion la partie tranchante, tandis qu'il s'en sert : on appelle cet instrument une taillerole. On prend donc la taillerole, & l'on applique son angle tranchant dans la rainure du fer de coupé, tous les fils de roquetin qui la couvrent sont coupés, & c'est-là ce qui forme le poil. Cela fait, la tireuse tire le lac de coupé ; on passe le fer de coupé, la tireuse laisse aller le lac de coupé : on laisse les trois marches qu'on tenoit du pié droit, on passe ce pié sur la quatrieme : on laisse aller la premiere de poil, & la cinquieme de piece qu'on tenoit encore du pié gauche ; on enfonce de ce pié les deux de poil. Coup de battant : coup de navette qui va & vient. Coup de battant ; on laisse aller les marches de poil, & la quatrieme de piece ; on passe à la cinquieme ; coup de battant ; on passe la navette qui va & vient : coup de battant ; on enfonce les deux de poil du pié gauche, & la premiere de piece, pié droit : coup de battant ; on passe la navette qui va seule : coup de battant ; on laisse aller le poil, & la premiere de piece ; on enfonce du pié gauche les cinq premieres de piece, trois coups de battant plus ou moins, & fin du cinquieme coup, & de ce qu'on appelle un course. Il ne s'agit plus que de recommencer.

On continue l'ouvrage de cette maniere. Lorsqu'on en a fait une certaine quantité, on prend une barre de fer pointue par un bout & fourchue par l'autre, on enfonce le bout pointu ou aminci dans des trous pratiqués à l'ensuble, ce qui la fait tourner sur elle-même ; le velours s'enveloppe, & l'on peut continuer de travailler ; mais lorsqu'il y a assez d'ouvrage fait pour que l'ensuble ne puisse être tournée sans que le velours ne s'appliquât sur lui-même, il faut recourir à un nouveau moyen ; car le velours s'appliquant sur le velours, ne manqueroit pas d'en affaisser le poil & de se gâter.

Voici donc ce dont il s'agit, c'est d'éviter cet inconvénient, de ne pas tomber dans un autre, & de faire tenir le velours à l'ensuble.

On avoit jadis des ensubles avec des pointes qui entroient dans le velours & l'arrêtoient, mais on a trouvé que si les pointes remplissoient le premier objet, elles ne répondoient pas tout-à-fait au second, car elles laissoient des trous au velours, le mâchoient & le piquoient. On a tout naturellement abandonné les ensubles à pointes, & imaginé ce qu'on appelle un entaquage.

Les velours ciselés ou à fleurs, frisés & coupés, ne sont point entaqués.

De l'entaquage. Voici ce qu'on entend par un entaquage. Imaginez trois pieces liées & jointes ensemble, dont la premiere s'appelle l'entaquage, c'est une lime des plus grosses, un morceau de bois pareil à la lime, avec un morceau de fer semblable aux deux autres ; une boîte de fer les tient unis, mais non contiguës ; elles laissent entr'elles de l'intervalle. On passe le velours entre le morceau de bois & celui de fer, la lime reste derriere, l'envers du velours repose sur elle ; on fait faire un tour à l'entaquage, le velours fait aussi un tour sur lui ; on le met en pente dans la boîte qui l'applique fort juste aux bouts de l'entaquage ; mais comme ces bouts de l'entaquage sont plus gros, que les trois pieces jointes qui arrêtent le velours, ses parties ne touchent point le velours. On met la boîte & l'entaquage dans la chanée de l'ensuble ; on couvre le tout avec une petite espece de coulisse, qui ne ferme pas entierement la chaîne, il reste une petite ouverture par laquelle le velours sort & s'applique sur l'ensuble, en sortant entre l'ensuble & le bord de la chaîne & celui de la coulisse sans y toucher ni autre chose, c'est-à-dire garanti de tout inconvénient.

Le canard se met devant l'ensuble, entr'elle & l'ouvrier ; il empêche que l'ouvrier ne gâte son ouvrage en appuyant son estomac dessus ; il faut un canard pour toutes les especes de velours.

De la machine à tirer. Il y a quelquefois un si grand nombre de fils de roquetin, que la tireuse ne pourroit venir à bout de les tirer, sur-tout sur la fin d'un jour que ses bras seroient las, que pour l'aider on a imaginé une espece singuliere de levier.

Il a trois bras, tous trois dans le même plan, mais dont deux sont placés l'un au - dessus de l'autre parallelement, & laissent entr'eux de la distance ; de ces deux leviers paralleles, celui d'en-haut est fixé dans deux pieces de bois perpendiculaires & paralleles que traverse seulement celui d'en-bas, tout cet assemblage est mobile sur deux rouleaux, qui sont retenus entre deux morceaux de bois placés parallelement, à l'aide desquels les leviers paralleles peuvent s'avancer & se reculer.

Lorsque la tireuse veut tirer, elle fait avancer les deux leviers paralleles, elle passe entre ces leviers le paquet de ficelle de sample qu'elle veut tirer ; de maniere que ce paquet passe dessus le levier d'en-haut, & dessous le levier d'en-bas.

Il y a un troisieme levier appliqué perpendiculaire à celui d'en-haut ; elle prend ce levier, elle l'entraîne, & avec lui les ficelles du sample qui sont sur lui.

Il est encore d'autres outils qu'il faut avoir. Il faut avoir une fourche pour tirer les fers de frise : cette fourche est un morceau de fer recourbé par le bout, & la courbure est entr'ouverte ; on met la pedonne dans cette ouverture, & on la tire. Des forces pour couper les noeuds de la soie, ce qui s'appelle remonder ou éplucher la soie. Un montefer, c'est une forte pince, plate & quarrée par le bout, avec laquelle on tire les fers de frisé qui cassent quelquefois, & pour faire tirer le fer de frisé à la pedonne. Des pinces pour nettoyer l'ouvrage, c'est-à-dire en ôter les petits brins de soie cassés, qui font un mauvais effet.

Il n'y a qu'une certaine quantité de soie montée sur l'ensuble de derriere. Quand cette quantité est épuisée & qu'une piece est finie, s'il s'agit d'en monter une autre ; voici comment on s'y prend.

On approche la nouvelle piece que l'on veut monter de celle qui finit : cette nouvelle piece est toute envergée ; on sépare, par le moyen de l'envergure, de petits fils que l'on trempe dans de la gomme, & qu'on tord avec le premier fil de la piece qui finit, & ainsi des autres fils : cela fait, on ôte les envergures de la nouvelle piece qui se trouve toute montée & toute jointe à l'autre ; & l'ouvrier continue de travailler. Celui qui fait ces opérations s'appelle tordeur, & l'opération s'appelle tordre.

Il faut encore avoir un devidoir pour le fil des lacs qu'on devide dans un panier, d'où il vient plus aisément quand on fait ses lacs.

Observations. Les cassins ordinaires ont huit rangs de cinquante poulies ; & par conséquent les rames 400 cordes, les samples 400 ; les arcades 800 brins, & partant la planche percée 800 trous, c'est-à-dire 100 rangées de 8 trous, ou 8 rangées de 100 trous. En supposant encore qu'il n'y ait que deux brins à chaque arcade, & qu'on ne veuille que répéter une fois ce dessein.

Il faut un rouet à cannettes. On entend par cannette cette espece de petite bobine, qui est enfermée dans la navette. Ce rouet est une assez jolie machine, & qui vaudra la peine d'être décrite, & que nous décrirons aussi.

Il faut avoir une espece de coffre ou de caisse à chauffrette, elle sert à relever le poil du velours, en la faisant passer sur cette caisse dans laquelle on a allumé du feu.

Il faut un temple : c'est une machine qui sert à tenir l'ouvrage tendu. Imaginez une petite tringle de bois plate, fendue par un bout, & percée de trous selon son épaisseur, qu'il y ait dans la fente une rainure ou coulisse, dans laquelle puisse se mouvoir un petit morceau de bois ou bâton.

Assemblez dans la fente de ce morceau de bois, un autre qui ait l'air d'une petite pelle, dont la queue soit percée de trous ; capable de recevoir une broche qui traversera en même tems les trous pratiqués dans l'épaisseur du premier morceau ; que cette pelle soit percée de pointes, de même que l'extrêmité aussi fendue de l'autre morceau. Fixez l'épaisseur de l'une & de l'autre de ces parties dans la lisse ; faites mouvoir l'une & l'autre partie jusqu'à-ce que toute la machine soit droite, il est évident que les parties de cette machine peuvent se redresser, & la queue de la partie faite en pelle se loger dans la fente de l'autre sans tendre l'ouvrage. On arrêtera ensuite la queue de cette partie par le bâton mobile dans la rainure, dont nous avons parlé.

Velours à fond or. Pour faire le velours cizelé à fond or ou argent, on ajoute à la chaîne & aux roquetins un poil de la couleur de la dorure, quatre lisses à grand colisse pour le poil, si on veut accompagner la dorure, ce qui ne se pratique guere ; on passe la chaîne dans les maillons avec les roquetins, & toutes les fois qu'on passe les deux fers, on passe deux coups de navette de dorure à deux bouts, ce qui fait quatre bouts de dorure entre les fers. On fait tirer les lacs de frisé & de coupé aux coups de dorure, afin qu'elle se trouve à l'envers de l'étoffe ; & quand il est question de passer les fers sous les lacs de frisé & de coupé, comme la chaîne qui est passée dans les roquetins est tirée comme eux, on a soin de faire baisser avec une lisse de rabat sous laquelle la chaîne est passée, cette même chaîne, afin qu'il ne se trouve que la soie des roquetins de levée, sous laquelle on passe les fers à l'ordinaire.

Ceux qui se piquent de faire cette étoffe comme il faut, ne mettent que deux lisses de poil à grand colisse, & six portées & un quart de poil pour les 1000 roquetins.

Velours uni. Le velours uni est la plus belle & la plus riche de toutes les étoffes figurées ; on donne le nom d'étoffe figurée à toutes celles dont la chaîne ou le poil fait une figure, sans que la tire ou la navette y ait aucune part.

Le velours uni est composé de quarante portées doubles pour la chaîne, ou quatre-vingt portées, ou de soixante portées simples, & de 20 portées de poil, monté sur des 20 de peigne ; c'est la façon d'Italie.

Les velours de quarante portées doubles sont montés sur quatre lisses de fond ; & ceux de soixante portées simples, sur six lisses. Ce sont les meilleurs ; & on ne les fait pas autrement à Gènes.

On ne détaillera point ici la façon dont la soie est distribuée dans les poils de velours, étant suffisamment expliquée dans un autre article ; on ne parlera que du travail de cette étoffe.

Elle est montée sur six lisses de chaîne, comme il a été dit, & deux de poil, parce qu'une gêneroit trop. Les fils sont passés dans les lisses dessus & dessous la boucle, ou entre les deux boucles de la maille, comme dans les taffetas unis. Ce qui s'appelle passés à coup tors.

Le velours doit avoir une lisiere qui indique sa qualité, ou qui le caractérise. Le velours à quatre poils doit avoir quatre chaînettes de soie jaune entre quatre autres de rouge ; le velours à trois poils & demi, quatre chaînettes d'un côté, & trois de l'autre ; le velours à trois poils trois chaînettes de chaque côté, ainsi des autres.

Le velours à six lisses doit avoir quatre marches pour la chaîne, & une pour le poil.

Quand la tête du velours est faite, & qu'on commence à le travailler, on enfonce la premiere marche du pié droit qui fait baisser une lisse, & celle du poil qui est du pié gauche, & on passe un coup de navette garnie de trame de la couleur de la chaîne & du poil. Au deuxieme coup on passe la même navette, & on enfonce la deuxieme marche du pié droit qui fait baisser deux lisses. Au troisieme coup on enfonce la troisieme marche & celle du poil qui fait baisser une lisse, & on passe un troisieme coup d'une seconde navette.

On laisse aller la troisieme marche du pié droit & celle du poil, & on enfonce les quatre marches de pieces, savoir deux de chaque pié, & on passe le fer dont la cannelure se trouve du côté du peigne. C'est le premier coup.

Au second coup on reprend la troisieme marche du côté droit qui fait baisser une lisse & celle du poil, & on les enfonce toutes les deux, & on reprend la premiere navette pour la passer. On baisse ensuite la quatrieme marche du côté droit qui fait baisser deux lisses, & on passe un second coup de la même navette. On reprend ensuite la premiere marche du pié droit qui fait baisser une lisse, & enfonçant celle de poil, on passe un troisieme coup avec la seconde navette ; ce coup passé, on met le pié sur les quatre marches de chaîne, & on passe le second fer.

Le second fer étant passé, on recommence à la premiere marche, comme il a été dit plus haut ; on passe les trois coups de navette, & on coupe le fer qui est passé ensuite de la même façon que les deux premiers. C'est la façon dont on travaille le velours à six lisses ; les autres tant petits que gros, sont travaillés à-peu-près de même.

Il faut observer que les velours sont montés d'une façon différente des autres étoffes ; dans les autres étoffes il faut faire lever les lisses pour les travailler ; dans les velours il faut les faire baisser.

Le velours à quatre lisses se travaille comme celui à six.

Démonstration de l'armure du velours à six lisses.


VELOUTÉadj. (Gram.) il se dit de tout ce qui a, soit à l'oeil, soit au toucher, l'apparence du velours.

VELOUTE, (Joaillerie) il se dit des couleurs des pierreries qui sont brunes & foncées, particulierement des rubis & des saphirs, quand les uns sont d'un rouge-brun, & les autres d'un bleu-foncé. (D.J.)

VELOUTE, ce qui est fait en maniere de velours. Le velouté d'un gallon est la laine ou la soie qui en forment les compartimens, quand elles sont coupées, comme au velours, avec la regle cannelée de cuivre.

VELOUTEE, (Anat.) est le nom qui se donne en particulier à une des membranes de l'estomac ; laquelle se nomme en latin crusta villosa. Voyez les Pl. d'Anat. Splanch. Voyez aussi ESTOMAC.

Elle tire son nom d'une multitude innombrable de poils ou fibrilles, dont sa surface interne est garnie, & qui forment comme une espece de velours. Voyez CRUSTA villosa.

VELOUTEE, tunique des intestins, (Anatomie) la tunique veloutée des intestins est la premiere tunique interne des intestins grèles, dans laquelle le chyle est renfermé. On la nomme tunique veloutée ou tunique villeuse, à cause de certains poils semblables à ceux du velours, dont elle paroît couverte ; ces poils sont plutôt des mamelons latéralement applatis, en partie simples & unis, en partie composés & comme branchus, selon l'observation de M. Helvétius, insérée dans les mémoires de l'académie des Sciences, année 1721. Quand on examine ces poils apparens avec une bonne loupe, on y découvre une infinité de pores, & ils paroissent comme de petites éponges.

La tunique veloutée est vaste, de couleur cendrée, remplie, comme nous venons de le dire des mamelons ou papilles ; elle est percée de tuyaux aqueux & muqueux, de vaisseaux lactés, de grands pores distingués des autres conduits, qui s'ouvrent au même endroit ; elle est humectée & lubréfiée continuellement d'humeurs aqueuses & glutineuses.

Elle est trois fois plus longue que la tunique nerveuse, qui est immédiatement couchée sur elle, surtout dans l'intestin nommé jejunum, où elle se replie, s'éleve, forme des valvules, & en conséquence est fort ridée, principalement où la tunique vasculeuse, glanduleuse & nerveuse, est attachée au mésentere, par sa partie convexe. De-là le chyle & les excrémens sont partout sans-cesse arrêtés, les matieres les plus épaisses sont continuellement délayées, surtout vers la fin de l'ileum ; les excrémens qui s'y épaississent, sont enduits d'humeurs onctueuses ; les choses âcres y produisent un sentiment très-douloureux ; elle éprouve en conséquence une irritation vive, quand la nature veut les expulser, & un resserrement dans les vaisseaux absorbans, qui empêche ces matieres âcres de pénétrer dans les parties intérieures du corps.

La membrane veloutée des intestins, se trouvant plus exposée à l'action des liqueurs aqueuses est fournie d'une plus grande quantité de sucs nécessaires pour la défendre de leur action, & se conserve dans un état naturel, tant qu'elle est enduite de sa mucosité ; toutes les fois que cette mucosité est emportée trop rapidement, comme il arrive dans les diarrhées & les dissenteries ; ou lorsqu'elle n'est pas séparée en une suffisante quantité, comme il arrive dans les inflammations & les autres obstructions des vaisseaux des intestins, il est aisé de juger des suites que peut avoir un accident de cette espece, & combien les médecins doivent s'attacher à suppléer par le moyen de l'art à ce qui manque alors à la nature.

Mais le phénomene le plus surprenant, & celui dont on parle le moins, est l'épaississement qui arrive quelquefois à la tunique veloutée des intestins, lorsqu'un corps dur est logé pendant un tems considérable dans quelqu'endroit particulier de ce conduit. Voyez à ce sujet les observations de médec. d'Edimbourg, tome IV.

Comme nous ne pouvons entrer dans ce détail, nous nous contenterons de finir par indiquer en deux mots l'usage de la tunique veloutée des intestins. Elle sert à couvrir les orifices des vaisseaux, à les défendre contre les effets nuisibles des matieres qui peuvent passer ou être contenues dans le conduit intestinal, & à transmettre ses impressions à la tunique nerveuse. (D.J.)


VELOUTERv. act. (Rubanerie) c'est donner à la soie ou à la laine dont on fait des galons, un poil semblable à celui du velours. (D.J.)


VELSBILLICH(Géog. anc.) petite ville d'Allemagne, dans l'électorat de Trèves, à deux lieues au nord de Trèves, sur une petite riviere. Longit. 24. 12. lat. 49. 50. (D.J.)


VELTAE(Géogr. anc.) peuples de la Sarmatie européenne. Ptolémée, liv. III. ch. v. les place sur l'Océan, dans une partie du golfe Vénédique. (D.J.)


VELTAGES. m. terme de Jaugeur, mesurage qui se fait des barriques, tonnes, tonneaux, pipes, & autres telles futailles, avec l'instrument que l'on appelle Velte. (D.J.)


VELTES. f. (Jaugeage) instrument qui sert à velter, c'est-à-dire à jauger & mesurer les tonneaux, pour en connoître la continence. La velte est une espece de jauge dont on se sert en quelques villes & provinces de France, comme en Guienne, à Bordeaux, dans l'île de Ré, à la Rochelle, à Bayonne, à Coignac, &c. & dans quelques pays étrangers, comme à Amsterdam, Lubec, Hambourg, Embden, &c.

La velte a différens noms, suivant les lieux où elle est d'usage ; dans quelques-uns on l'appelle verge, dans d'autres verle, & dans d'autres encore verte, viertel & viertelle. (D.J.)

VELTE, s. f. (Mesure de liquides) la velte est une mesure des liquides, particulierement des vins & des eaux-de-vie ; elle a autant de noms, & sert dans les mêmes lieux que la velte à jauger. La velte mesure, contient trois pots, le pot deux pintes, & la pinte pese à-peu-près deux livres & demie, poids de marc. (D.J.)


VELTERmesurer avec la velte. Voyez JAUGER.


VELTEURofficier ou commis qui mesure avec la velte ; c'est ce qu'on appelle ailleurs jaugeur. Voyez JAUGEUR. Dict. de Comm. tom. III. lett. V. p. 553.


VELTZ(Géog. mod.) bourgade de la haute Autriche, près de Lintz ; c'est dans cette bourgade que mourut en 1690 à l'âge de quarante-sept ans révolus, Charles V. duc de Lorraine, un des plus grands capitaines de son siecle, & qui rendit le plus de services à l'empereur. On dit qu'il lui écrivit en mourant la lettre suivante : " Sacrée majesté, suivant vos ordres, je suis parti d'Inspruk pour me rendre à Vienne, mais je suis arrêté ici par un plus grand maître ; je vais lui rendre compte d'une vie que je vous avois consacrée toute entiere ; souvenez-vous que je quitte une épouse qui vous touche, des enfans à qui je ne laisse que mon épée, & des sujets qui sont dans l'oppression ". (D.J.)


VELUadj. (Gramm.) qui est couvert de poil. La peau de la plûpart des animaux quadrupedes est velue ; il y a des plantes dont la feuille, & même l'écorce sont velues. Il y a des hommes qui sont presque aussi velus que des animaux.

VELUE, s. f. terme de Chasse ; c'est la peau qui est sur la tête des cerfs, des daims & des chevreuils lorsqu'ils la poussent.


VELUMS. m. (Littérat.) MM. Menard & de Caveirac se sont trompés, en expliquant le mot velum par tapisseries ; ils auroient dû rapporter quelque passage des anciens auteurs, qui nous apprît que les anciens étoient dans l'usage de tapisser leurs temples, & prouver par quelque autorité bien précise, qu'ils ont employé le mot velum pour exprimer une piece de tapisserie. Vela n'étoient certainement autre chose que des rideaux ou des portieres, & pour s'en convaincre on n'a qu'à jetter les yeux sur ce qu'ont dit les savans interpretes du nouveau Testament sur ces mots de l'Evangile, velum templi scissum est, &c. (D.J.)


VELVOTE(Botan.) espece de linaire, selon Tournefort, qui l'appelle linaria segetum, I. R. H. 169. Voyez LINAIRE. (D.J.)

VELVOTE FEMELLE ou VERONIQUE FEMELLE, (Botan.) ce sont deux noms vulgaires donnés à l'espece de linaire, que Tournefort appelle en Botanique linaria segetum, nummulariae folio, villoso. Voyez LINAIRE. (D.J.)

VELVOTE ou VERONIQUE FEMELLE, (Mat. Méd.) les feuilles de velvote sont fort ameres, un peu astringentes, & ont une certaine odeur d'huile. Cette plante est fort vulnéraire, tempérante, & détersive, apéritive, & résolutive. Son infusion, sa décoction, ou son eau distillée sont employées à la dose de quatre à six onces ; & son suc depuis trois onces jusqu'à cinq, deux ou trois fois le jour. On la loue dans le cancer, la goutte, les dartres, la lepre, l'hydropisie & les écrouelles. Pena & Lobel rapportent qu'un garçon barbier guérit un ulcère carcinomateux qui dévoroit le nez d'une personne, & qui devoit être coupé. Il dissuada de l'amputation, il fit boire du suc de cette plante & en fit faire des linimens, de sorte qu'il guérit le corps entier qui avoit de la disposition à devenir lépreux ; il avoit appris ce remede de son maître barbier. Le suc de cette plante répandu dans les ulcères sordides & cancéreux les déterge, les arrête, & les guérit. On en fait un onguent que Tournefort vante pour les ulcères, les hémorrhoïdes, les écrouelles, & tous les vices de la peau.

Quelques-uns emploient encore utilement la velvote dans les lavemens pour les cours de ventre & la dyssenterie ; les feuilles de cette plante entrent dans le baume vulnéraire. Geoffroi, Mat. méd.


VEMIUou WEHEMIUM. Voyez l'article TRIBUNAL SECRET DE WESTPHALIE ; c'est un brigandage, semblable à celui de l'inquisition, qui subsista long-tems en Allemagne, dans des tems de superstition & de barbarie.


VEMPSUM(Géog. anc.) ville d'Italie, dans le Latium, selon Ptolémée, l. III. c. j. quelques-uns veulent que ce soit présentement Val-Montone.


VEN PIS. m. (Hist. mod.) nom d'une montagne de la Chine, située dans la province de Quey-Chen, au midi de la capitale, appellée Quey yang fu ; elle a, dit-on, exactement la forme d'un cone isocele.


VENA-MEDENI(Médec. des Arabes) le vena-medeni des auteurs arabes n'est autre chose, suivant toute apparence, que la maladie causée par les petits insectes nommés dragoneaux, qui s'enfoncent dans les chairs, & y excitent des ulceres ; ce qu'il y a de singulier, c'est qu'Agatharchide le cnidien, qui fleurissoit sous Ptolomée Philometor, en a parlé le premier. Cet homme celebre est connu par plusieurs anciens écrivains qui font une honorable mention de lui.

M. le Clerc le range parmi les médecins de son tems, quoique ce ne fut pas sa profession, mais parce que dans son histoire il parle d'une maladie dont Hippocrate ni ses prédécesseurs n'ont rien dit.

Plutarque nous informe, sur l'autorité de cet historien, que les peuples qui habitent autour de la mer Rouge, entr'autres maladies étranges auxquelles ils sont sujets, sont souvent tourmentés de certains petits insectes qui se trouvent dans leurs jambes ou dans leurs bras, & leur mangent ces parties. Ces animaux montrent quelquefois un peu la tête, mais sitôt qu'on les touche, ils rentrent & s'enfoncent dans la chair, où s'y nichant de tous côtés, ils y causent des inflammations insupportables. Plutarque ajoute qu'avant le tems d'Agatharchide, ni même depuis, personne n'avoit rien vu de semblable en d'autres lieux. Le mal des contrées bordées par la mer Rouge, & que produit cet insecte, est certainement le vena-medeni des Arabes. Le même insecte cause encore aujourd'hui les mêmes maux, non-seulement aux peuples dont il est ici parlé, mais à ceux qui habitent les côtes de la Guinée, & les parties méridionales de la Perse. Vous en trouverez la preuve dans l'histoire naturelle de la Mecque ; & quant à cet insecte qui se loge entre cuir & chair, voyez son article au mot DRAGONEAU. (D.J.)


VENABULUMS. m. (Armes des Rom.) espece de demi-pique, dont le fer étoit fort large ; c'est pourquoi Virgile a dit : lato venabula ferro ; on s'en servoit à la chasse des bêtes fauves. (D.J.)


VÉNAFRE(Géog. mod.) en latin Venafrum, ville d'Italie, au royaume de Naples, dans la Terre de Labour, près du Volturne, avec titre de principauté, & un ancien évêché suffragant de Capoue ; elle est à vingt milles au nord de cette ville, & à quelques milles du comté de Molise. Long. 31. 44. lat. 41. 30. (D.J.)


VENAFRUM(Géog. anc.) ville d'Italie, dans la Campanie, sur le Vulturnus, & la derniere ville de cette province vers le nord ; son territoire s'avançoit sur les frontieres du Latium & du Samnium. L'itinéraire d'Antonin la marque sur la route de Rome à Benevent, en prenant par la voie Prénestine, & il la place entre Casinum & Theanum, à seize milles du premier de ces lieux, & à dix-huit milles du second.

Cette ville qui retient son ancien nom, car on la nomme aujourd'hui Venafro, se trouve appellée castrum Benafranum, civitas Benafrana, urbs Benafro, Venabris.

Venafrum, selon Pline, l. III. c. v. eut le titre de colonie romaine ; elle étoit célebre anciennement par la bonté de son huile d'olives, ce qui a fait dire à Horace, liv. II. ode vj.

.... Ubi non Hymetto

Mella decedunt, viridique certat

Bacca Venafro.

Pline, liv. XIII. ch. ij. après avoir dit que l'Italie l'emporte sur tout le reste du monde, ajoute, que l'huile de Venafrum l'emporte sur celle du reste de l'Italie. C'est de-là que, parmi les Romains, pour dire de l'huile excellente, on disoit simplement venafranum. On lit dans Juvénal, satyre v. vers 86. ipse venafrano piscem perfundi. (D.J.)


VENAISONS. f. c'est la graisse de cerf qu'on appelle de même aux autres bêtes, c'est le tems où il est le meilleur à manger & qu'on le force plus aisément, ce sont les cerfs de dix cors & les vieux qui en ont le plus ; on appelle bêtes de grosse venaison, les bêtes fauves, cerfs, daims & chevreuils avec leurs femelles & faons, & les bêtes noires, sangliers & marcassins : on appelle basse venaison, le lievre & le lapin.


VENAISSINLE COMTAT, ou LE COMTAT VENAISCIN, (Géog. mod.) pays situé entre la Provence, le Dauphiné, la Durance & le Rhône, & qui dépend du saint siége ; on l'appelle en latin du moyen âge Vendascensis ou Vendauscensis comitatus ; & il a pris son nom de la ville de Venasque.

Le comtat Venaissin, possédé depuis le onzieme siecle par les comtes de Toulouse, fut confisqué & conquis dans le treizieme sur le comte Raimond-leVieux, durant la guerre des Albigeois. Raimond-leJeune le laissa à sa fille Jeanne, & à son gendre Alphonse, qui en jouirent jusqu'à leur mort. Philippe-le-Hardi, roi de France, héritier de son oncle & de la comtesse de Toulouse, céda l'an 1273 le comtat Venaissin au pape Grégoire X. & depuis ce tems-là les papes l'ont gouverné par des officiers nommés recteurs.

Suarez a donné en latin la description du comtat Venaissin & de la ville d'Avignon ; cet ouvrage qui est assez estimé, a été mis au jour à Rome en 1658, in-4 °. (D.J.)


VÉNALITÉVÉNALITé

Il commence par rapporter à ce sujet ce qu'a écrit Loyseau dans son chapitre de la vénalité des offices. Loyseau est mort en 1628 ; le témoignage de ce jurisconsulte en pareille matiere a plus de poids que celui des historiens qui se sont copiés les uns les autres. Louis XI. dit-il, rendit les offices perpétuels par son ordonnance de 1467 ; donc auparavant on ne les achetoit pas. Charles VIII. par son ordonnance de 1493 défendit de vendre les offices de judicature ; cette loi s'étoit si bien maintenue avant ces deux rois, que Pasquier rapporte deux arrêts de la chambre des comptes de 1373 & de 1404, par lesquels des officiers qui avoient payé pour leurs offices, furent destitués.

Louis XII. commença à mettre en vente les offices, mais ce ne fut que ceux de finance. Nicole, Gilles & Gaguin disent à ce sujet, " Que ce fut pour s'acquiter des grandes dettes faites par Charles VIII. son prédécesseur, pour le recouvrement du duché de Milan, & ne voulant surcharger son peuple, qu'il prit de l'argent des offices, dont il tira grandes pécunes. Loyseau, tom. III. chap. j. n°. 86. D'ailleurs il défendit par un édit de 1508, la vente des offices de judicature ; mais comme en France une ouverture pour tirer de l'argent, étant une fois commencée, s'accroît toujours ", le roi François I. étendit la vente des offices de finance à ceux de judicature.

Ce n'est pas que long-tems auparavant il n'y eût une maniere indirecte de mettre les offices à prix d'argent, comme il paroit par la chronique de Flandre, c.xxxiij. où il est dit que le roi Philippe-le-Bel, " poursuivant la canonisation de saint Louis, en fut refusé par le pape Boniface VIII. parce qu'il fut trouvé qu'il avoit mis ses bailliages & prevôtés en fermes ". C'est qu'on se servoit alors du prétexte d'affermer les droits domaniaux, & on bailloit quant & quant à ferme l'office de prevôt, vicomte, &c. parce qu'ils administroient tout-à-la-fois la ferme & la justice ; mais ce n'étoit point vendre les offices, comme on le fit depuis, & l'on pouvoit dire que ce n'étoit que la terre que l'on affermoit.

Ainsi donc le regne de François I. est l'époque qui paroît la plus vraisemblable de la vénalité des charges, parce qu'alors il y en eut de vendues en plus grand nombre ; mais y a-t-il une loi qui fixe cette époque ? & comment peut-on expliquer ce qu'on lit par-tout d'offices, même de judicature, qui furent vendus long-tems avant ce regne, & de la défense qui en fut faite depuis ?

Pour répondre d'abord aux exemples de la vente de quelques offices de judicature, antérieure au regne de François I. il paroit certain à M. le président Hénault, que la vénalité de ces sortes d'offices n'étoit pas même tolérée ; les ordonnances de Charles VII. de Charles VIII. & de Louis XII. en fournissent la preuve ; cette preuve se trouve encore antérieurement. Voyez le dialogue des avocats intitulé Pasquier. Voyez le vol. VII. du recueil des ordonnances ; on y lit dans les lettres du 19 Novemb. 1393, concernant les procureurs du Châtelet de Paris, pour cause de ladite ordonnance, ledit office de procuration étoit accoutumé d'être exposé en vente, & par titres d'achat, aucuns y avoient été ou étoient pourvûs. On voit des plaintes des Etats-généraux à Louis XI. dans le recueil de Quênet, sur ce que l'on avoit vendu des charges de judicature ; Philippe de Comines rapporte la même chose.

Les exemples de ces ventes sont en grand nombre, mais ces exemples nous fournissent en même tems la preuve, que ces ventes n'étoient point autorisées, par les plaintes que l'on en portoit au souverain ; cela n'empêchoit pas que ce trafic ne continuât par les grands ou les gens en place, qui vendoient leur crédit sans que le roi en fût informé, ou sans qu'il parût s'en appercevoir ; c'est dans ce sens qu'il semble que l'on doit entendre tous les passages qui déposent de la vénalité des charges ; c'étoient des abus, & par conséquent ce ne sont ni des autorités ni des époques.

Nous restons toujours au regne de François I. sans que ce prince ait cependant donné des loix au sujet de la vénalité ; loin de-là, pour sauver le serment que l'on étoit obligé de faire au parlement, de n'avoir point acheté son office ; ce trafic étoit coloré du titre de prêt pour les besoins de l'état, & par conséquent n'étoit pas une vente : à la vérité Henri II. se contraignit moins ; on lit dans un édit de 1554, qui regle la forme suivant laquelle on devoit procéder aux parties casuelles pour la taxe & la vente des offices que ce prince ne fait aucune distinction des offices de judicature à ceux de finance, & qu'il ordonne que tous ceux qui voudroient se faire pourvoir d'office, soit par vacation, résignation, ou création nouvelle, feroient enregistrer leurs noms chaque semaine, & que le contrôleur-général feroit des notes contenant les noms & qualités des offices qui seroient à taxer, &c.

Le peuple qui croyoit que la vénalité des charges entraînoit celle de la justice, ne voyoit pas sans murmurer ce système s'accréditer ; les grands d'ailleurs n'y trouvoient pas leur compte, puisqu'ils ne pouvoient mettre en place des hommes qui leur fussent dévoués ; ce fut par cette double raison que Catherine de Médicis, lors de l'avénement de François II. à la couronne, voulut faire revivre l'ancienne forme des élections.

Ce n'est pas que les élections n'eussent leur inconvénient ; car où n'y en a-t-il pas ? Elles étoient accompagnées de tant de brigues, que dans l'édit donné par François II. il fut dit que le parlement présenteroit au roi trois sujets, entre lesquels le roi choisiroit : les choses n'en allerent pas mieux ; tous les offices vacans furent remplis de gens dévoués tantôt au connétable, tantôt aux Guises, tantôt au prince de Condé, & rarement au roi, en sorte que l'esprit de parti devint le mobile de tous les corps bien plus que l'amour du bien public, & vraisemblablement une des causes des guerres civiles.

Sous le regne de Charles IX. le système de la vénalité reprit le dessus, & peut-être est-ce-là la véritable époque de celle des offices de judicature ; ce ne fut pas toutefois en prononçant directement que les offices de judicature seroient désormais en vente, mais cela y ressembloit beaucoup. Le roi permit à tous les possesseurs de charges qui, sans être vénales de leur nature, étoient réputées telles à cause des finances payées pour les obtenir, de les résigner en payant le tiers denier ; les charges de judicature qui étoient dans ce cas, entrerent comme les autres aux parties casuelles ; le commerce entre les particuliers en devint public, ce qui ne s'étoit point vu jusqu'alors ; & quand elles vinrent à tomber aux parties casuelles faute par les résignans d'avoir survêcu quarante jours à leur résignation, on les taxa comme les autres, & on donna des quittances de finance dans la forme ordinaire.

On comprend que ce commerce une fois autorisé, les élections tomberent d'elles-mêmes, & qu'il n'étoit pas besoin d'une loi pour les anéantir.

Ainsi on peut regarder les édits de Charles IX. à ce sujet, qui sont des années 1567 & 1568, comme les destructeurs de cet ancien usage de l'élection, qui n'a pas reparu depuis, malgré l'ordonnance de Blois de 1579, qui à cet égard n'a point eu d'exécution. Les dispositions de ces édits furent renouvellées en différentes fois par Charles IX. lui-même, & ensuite par Henri III. Enfin l'édit de 1604, qui a rendu héréditaires tous les offices sans distinction, même ceux des cours souveraines, a rendu à cet égard les offices de judicature de même nature que tous les autres, & depuis il n'a plus été question de charges non- vénales.

On pourroit conclure avec raison de ce qui vient d'être dit, que le regne de François I. ne doit pas être l'époque de la vénalité des charges : ce n'en est pas en effet l'époque, si j'ose dire judiciaire, mais c'en est la cause véritable, puisque ce fut sous son regne qu'une grande partie de ces charges s'obtint pour de l'argent.

Il résulte donc de ce détail que Charles IX. a établi positivement par ses édits la vénalité des offices de judicature ; celle des charges de finance l'avoit été par Louis XII. & nous lisons dans les mémoires de Duplessis Mornay, tom. I. pag. 456. que ce furent les Guises qui mirent les premiers en vente les charges militaires sous le regne d'Henri III.

Telles sont les époques de la vénalité de toutes les charges dans ce royaume. Cette vénalité a-t-elle des inconvéniens plus grands que son utilité ? c'est une question déja traitée dans cet ouvrage. Voyez CHARGES, OFFICES, &c.

Nous nous contenterons d'ajouter ici qu'en regardant la vénalité & l'hérédité des charges de finance & de judicature comme utiles, ainsi que le prétend le testament politique du cardinal de Richelieu, on conviendra sans peine qu'il seroit encore plus avantageux d'en restreindre le nombre effréné. Quant aux charges militaires, comme elles sont le prix destiné à la noblesse, au courage, aux belles actions, la suppression de toute vénalité en ce genre ne sauroit trop tôt avoir lieu. (D.J.)


VENANT SAINT(Géog. mod.) petite ville de France, dans l'Artois, sur la Lys, à 2 lieues au levant d'Aire, & à 12 au sud-est de Dunkerque. Elle a des écluses, & quelques fortifications pour sa défense. Long. 20. 15. latit. 50. 37. (D.J.)


VÉNASQUE(Géog. mod.) 1°. en latin du moyen âge Vendasca ou Vendausca ; ville des états du pape dans le comtat Venaissin dont elle a été autrefois la capitale, & auquel elle a donné son nom ; c'est aujourd'hui une petite place misérable, Carpentras lui ayant enl