A B C D E F G H I K L M N O P Q R S T U W XYZ

    
WS. m. (Gram.) cette lettre n'est pas proprement de l'alphabet françois. C'est la nécessité de conformer notre écriture à celle des étrangers, qui en a donné l'usage. Si l'on eût consulté l'oreille & la prononciation, on l'auroit rendu par ou.


WACHTENDONCK(Géog. mod.) petite ville des Pays-bas, dans la province de Gueldres, à deux lieues au midi de la ville de Gueldres ; elle est environnée de marais, qui font toute sa force. Quelques historiens rapportent que c'est devant cette place qu'on s'est servi de bombes pour la premiere fois en 1588. Un incendie brûla la meilleure partie de cette ville en 1708, & consuma la cathédrale. Long. 23. 50. latit. 51. 22. (D.J.)


WACKASA(Géog. mod.) autrement Siakusju. une des sept provinces de l'empire du Japon, dans le Foxu-Rokkudo, c'est-à-dire la contrée du nord ; cette province a une journée & demie de longueur. Elle est bornée au nord par la mer qui lui fournit abondamment du poisson, des tortues, des coquillages. Elle a quelques mines de fer, & se divise en trois districts. (D.J.)


WADAou OUADAS, s. m. (Hist. mod.) peuple sauvage qui habite l'île de Ceylan, & qui descend des anciens possesseurs du pays, avant qu'il fut conquis par les habitans du continent ; ils ne reconnoissent point de maître, vivent de la chasse, n'habitent que les forêts & le bord des rivieres ; ils sont noirs. Quelques-uns cependant d'entr'eux payent tribut aux rois.


WADDS. m. (Hist. anc.) nom d'une divinité adorée par quelques tribus d'Arabes idolâtres ; elle avoit la figure d'un homme, & étoit le symbole du ciel.


WAESILE, (Géog. mod.) île de la mer d'Ecosse, & l'une des Orcades, à 5 milles ouest de l'île Fara ; elle est de 4 milles & demi de long, & de 3 milles dans sa plus grande largeur. Un petit isthme la divise en deux parts. Elle a un bon port, & une église paroissiale. (D.J.)

WAES, pays de, (Géogr. mod.) contrée des Pays-bas, dans la partie orientale de la Flandre autrichienne, depuis Gand jusqu'à Ysendick, sur la gauche de l'Escaut. Elle abonde en blé, en lin, & en chevaux.

Ce pays est gouverné suivant ses coutumes, par une cour de justice qui a un grand bailli & des échevins, & chaque bourg a ses officiers particuliers. Toute la contrée comprend dix-huit bourgs ou villages, sous la jurisdiction ecclésiastique de l'évêque de Gand. (D.J.)


WAETERLANou WATERLAND, (Géograp. mod.) on nomme ainsi cette partie de la Nort-Hollande, qui est vis-à-vis d'Amsterdam, de l'autre côté de l'Ye, qui est baignée par le Zuider-zée, & où sont les villes d'Edam, de Monickendam & de Purmerendt. Le mot Waeterland signifie pays d'eau ; aussi ce pays en est inondé, & souffre souvent des dommages considérables par l'impétuosité de la mer, qui perce quelquefois ses digues, comme cela arriva en 1686 & 1717, le 24 de Décembre. On trouva alors par une supputation générale, imprimée à Amsterdam, qu'il y eût 11 mille 797 habitans noyés, outre des bestiaux presque sans nombre, des maisons, & des terres. (D.J.)


WAGAS. m. (Hist. nat. Botan. exot.) arbre indien à silique, & toujours verd ; il s'attache aux autres arbres, & grimpe dessus ; sa fleur est tétrapétale, en étoile ; ses siliques sont longues de 3 pouces, larges de 2, minces, plates, rougeâtres lorsqu'elles sont séches ; mais leur écorce intérieure est blanche comme la neige. Ses amandes sont unies, stiptiques, ameres, rondes, applaties, couchées transversalement relativement à la gousse, & d'un verd brun. Cet arbre croît dans les bois touffus du Malabar. (D.J.)


WAGou CHARIOT, s. m. (Com.) poids dont on se sert à Amiens, qui pese cent soixante-cinq livres de cette ville, revenant à cent quarante-cinq livres, trois onces de Paris, de Strasbourg, de Besançon & d'Amsterdam ; les poids de ces quatre villes étant égaux. Dict. de Commerce.


WAGENINGEou WAGUENINGUEN, (Géog. mod.) petite ville des Pays-bas, dans la Gueldre, au quartier d'Arnheim, aux confins de la seigneurie d'Utrecht, sur la rive droite du Rhin, à deux lieues de Nimegue, & à pareille distance d'Arnheim, mais dans un terroir fort ingrat. Cette petite place fut fermée de murailles, & érigée en ville en 1230 par Othon, comte de Gueldre. Long. 23. 22. latit. 51. 57. (D.J.)


WAGRIELA, (Géog. mod.) en latin Wagria, en allemand, Wageren ; contrée d'Allemagne, dans le duché de Holstein. Elle est bornée au nord & au levant, par la mer Baltique ; au midi, par la Trave ; & au couchant, partie par le Holstein propre, partie par la Stormarie ; c'est l'ancienne demeure des Vandales & des Vénedes. La quantité des rivieres & des ruisseaux qui y coulent, rendent le pays très-fertile. On lui donne 8 milles germaniques de longueur, depuis la mer Baltique jusqu'à la Trave, sur 5, 6 ou 7 milles de largeur, d'orient en occident. (D.J.)


WAGRII(Géogr.) les Wagriens, peuples de la Germanie, connus seulement dans le moyen âge. La plûpart des auteurs, dit M. Spene, not. germ. med. c. iv. cherchent les Wagrii au-delà de la Trave, dans le pays où le nom de Wagrie s'est conservé jusqu'à présent, & il y a quelque apparence que c'est où on doit les trouver ; mais il est incertain s'ils ont reçu leur nom du pays, ou s'ils lui ont donné le leur. Peut-être ne seroit-on pas mal fondé à chercher les anciens Wagrii au-delà de l'Oder, vers la riviere Warta, dont le nom pourroit bien être l'origine de celui des Wagrii, comme il l'a été de ceux des Varini ou Varni, & de ceux des Warnavi ou Warrabi. Du reste, les Wagrii étoient une nation d'entre les Slaves : ils occupoient les terres qui sont au nord de la Trave, & ils en furent chassés par les Teutons. (D.J.)


WAHAou WAHL, ou WAEL, (Géog. mod.) on nomme ainsi le bras du Rhin, qui se séparant au fort de Schenck, passe à Bynen, à Nimegue, à Tiel, à Wuyren, & se perd dans la Meuse, au-dessous du château de Loëvenstein, vis-à-vis de Workum.

C'est une chose bien remarquable, que cette branche du Rhin, que nous appellons aujourd'hui le Wahal, portoit déja ce nom du tems de Servius. J'en ai la preuve dans le passage, où ce savant commentateur expliquant ces mots de Virgile, Aeneid. lib. VIII. v. 727. Rhenusque bicornis, dit : Per alterum quae interluit Barbaros ; ubi jam Vahal dicitur, & facit insulam Batavorum, édit. de Bâle, 1613. pag. 1327. (D.J.)


WAHLESTATou WAHLENSTATT, (Géog. mod.) ville de la Suisse, à quelque distance du lac de même nom, & le chef-lieu d'un bailliage compté au nombre des bailliages communs, dépendans des cantons protestans, & du canton de Glaris. Cette petite ville se nomme aussi Riva, & est sur la grande route de la Suisse & de l'Allemagne, pour aller au pays des Grisons. Ses habitans ont leur conseil & leur chef, qu'ils nomment schuldtheïs ou avoyer.

Le lac de Wahlestatt est bordé de trois souverainetés : savoir, du canton de Glaris, du comté de Sargans, & du bailliage de Gaster. Ce lac s'étend d'orient en occident environ 5 lieues, sur une bonne demi-lieue de largeur ; il est environné de montagnes & de rochers, au nord & au midi. (D.J.)


WAIDHOVEN(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans l'Autriche, au quartier du haut Vienner-Wald. (D.J.)


WAINFLEET(Géog. mod.) bourg d'Angleterre, en Lincolnshire, vers la mer. Ce bourg qui a droit de marché a donné la naissance au fameux évêque de Winchester, Guillaume de Wainfleet, fondateur du college de la Magdelaine à Oxford, & d'une école publique dans sa patrie. (D.J.)


WAIRTH(Géog. mod.) lac ou plutôt golphe de l'île de Mainland ; la plus grande des Orcades, & au sud-ouest de cette île. Ce golphe abonde en truites de la grosseur d'un petit saumon. On les manche fraiches & on les sale, ou bien on les durcit à la fumée pour la provision d'hyver. (D.J.)


WAITZEou WATZEN, (Géog. mod.) c'étoit une petite ville de la haute-Hongrie, dans le comté de Novigrad, sur la gauche du Danube, à cinq milles au nord de Bude, avec un évêché. Le prince de Lorraine la prit en 1684 sur les Turcs, qui la reprirent la même année & la détruisirent. (D.J.)


WAKEFIELD(Géog. mod.) ville d'Angleterre dans l'Yorckshire, entre Yorck & Londres, à quelques milles d'Almonbury, au bord du Calder, qu'on y passe sur un pont. Elle est bien bâtie, bien peuplée, & entretient de bonnes manufactures de draps. On trouve dans ses environs quelques mines de charbon de terre, dont on tire des marcassites brillantes comme de l'argent ; c'est dans le voisinage de Wakefield que se livra une bataille mémorable entre Henri VI. & Richard, duc d'Yorck qui lui disputoit la couronne. Richard y perdit la vie. (D.J.)


WALCHEREou WALKEREN, (Géog. mod.) île des Pays-bas, dans la Zélande, dont elle est la principale, au couchant de l'île de Zuydbeveland, à l'embouchure du Hont. Les comtes de Borzelle étoient seigneurs de cette île dans le xij. siecle ; & c'est un de ces seigneurs qui bâtit Middelbourg, capitale de l'île, en 1132. Depuis ce tems-là, les comtes d'Hollande & de Zélande ont uni à leur domaine Middelbourg & son territoire. (D.J.)


WALCOURT(Géog. mod.) ville des Pays-bas, dans le comté de Namur, aux confins du pays de Liege, sur la riviere d'Heure, à six lieues au sud-ouest de Charleroi, & dix au sud-est de Mons. Dès l'an 910 Walcourt avoit été entouré de murailles. Elle fut annexée au comté de Namur en 1438 par Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne, & réduite en cendres en 1615 par un incendie fortuit. Son chapitre a été fondé en 1022. Long. 22. 5. Lat. 50. 12. (D.J.)


WALDBOURG(Géog. mod.) comté d'Allemagne, dans la Souabe méridionale. Ce comté comprend, outre plusieurs seigneuries, les comtés de Zeil, de Trauchbourg & de Friedberg ; il tire son nom d'un château situé à deux milles de Ravensburg. (D.J.)


WALDECK(Géog. mod.) comté d'Allemagne, dans la Westphalie, entre l'évêché de Paderborn, le duché de Westphalie, la seigneurie d'Itter, & le landgraviat de Hesse. Waldeck, bourg, est le chef-lieu sur la riviere de Steinbach, avec un château. Long. de ce bourg, 26. 24. lat. 51. 10.

Martinius, (Matthias) célebre philologue & sage théologien allemand du xvij. siecle, naquit l'an 1572 à Freienhagen dans le comté de Waldeck, & mourut en 1630 âgé de cinquante-huit ans. Il a fait un grand nombre d'ouvrages, dont vous trouverez le catalogue dans les mémoires du pere Niceron, tom. 36. pag. 238-243. mais le seul qui soit à-présent recherché, est son Lexicon philologicum praecipuè etymologicum, &c. Bremae 1623. in-fol. Francof. 1655. infol. Utrecht 1697. in-fol. 2 vol. Amsterdam 1701. infol. 2. vol. avec une préface de M. le Clerc, qui a été ajoutée à l'édition de 1697, pour faire croire que c'étoit une édition nouvelle.

Les autres ouvrages de Martinius sont purement théologiques, & l'auteur s'y montre universaliste. Il assista en 1618 au synode de Dordrecht, où il fut maltraité par Gomarus & Sibrand Lubbertus.

" Je crois à-présent, disoit-il (en parlant du synode), ce que dit Grégoire de Nazianze, qu'il n'avoit jamais vu aucun concile qui eût eu un heureux succès, & qui n'eût augmenté le mal au-lieu de le diminuer : je déclare donc avec ce pere, continuoitil, que je ne mettrai plus le pié dans aucun synode ; celui-ci en particulier n'étoit qu'une comédie dans laquelle les politiques jouoient le principal rôle, & les états se moquoient des députés de tous les pays étrangers ".

Il avoit une si grande aversion pour les opinions rigides, qu'il ne pouvoit s'empêcher de dire : " j'aimerois mieux être pélagien, que d'embrasser la doctrine de Beze ou de Piscator ". Enfin, on peut recueillir de toute sa conduite & de ses écrits, que c'étoit un homme sage & pacifique, qui sans s'arrêter aux questions inutiles de la théologie, se bornoit à l'essentiel du christianisme. Au reste, on a remarqué qu'à l'exemple de Caton, de Cujas & de Blondel, il travailloit couché par terre, ayant autour de lui les livres qui lui étoient nécessaires ; mais la meilleure méthode est de travailler debout, ayant devant & derriere soi, avec un espace convenable, un grand pupitre continué, pour y placer tous les livres dont on a besoin. (D.J.)


WALDEN(Géog. mod.) ville d'Angleterre, dans la province d'Essex, sur la route de Harwich à Londres, un peu plus bas que Barclow. Cette petite ville s'appelle aussi Safron-Walden, parce qu'on recueille du safran dans son territoire. Le safran y vient deux ou trois ans de suite en telle abondance, qu'un acre de terre en produit jusqu'à quatre-vingt livres, qui étant séchées en rendent vingt. Après cela, la campagne rapporte de l'orge qu'on y seme, sans qu'il soit besoin de fumer la terre pendant dix-huit ans. Au bout de ce terme le safran y revient comme auparavant. (D.J.)


WALDENBOURG(Géog.) ville de Saxe, sur la riviere de Mulda, fameuse par sa poterie qui se débite dans presque toute l'Allemagne. On la fait avec une terre argilleuse blanche qui se tire d'un endroit appellé Fronsdorff ; & on la travaille à Waldenbourg. Cette poterie acquiert par la cuisson une si grande dureté, qu'elle fait feu lorsqu'on la frappe avec le briquet. La manufacture de cette ville subsiste depuis l'an 1388.

Il y a encore deux petites villes du même nom ; l'une en Franconie sur la frontiere de la Souabe ; l'autre en Silésie, dans la principauté de Schweidnitz.


WALDKIRCK(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, au Brisgaw, dans une île formée par la riviere d'Eltz, à deux lieues de Fribourg. Long. 25. 36. Latit. 48. 10. (D.J.)


WALDSÉ(Géog. mod.) bourg d'Allemagne, dans la Souabe méridionale, au comté de Waldbourg, avec un château, & une abbaye fondée par l'empereur Fréderic II. (D.J.)


WALDSHUou WALDHUSS, (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans le cercle de Souabe une des quatre villes forestieres, à l'embouchure du Schult dans le Rhin, à deux milles de Lauffenbourg & à dix au nord-ouest de Zurich. Son nom Waldhuss signifie défense des bois, & lui a été donné parce qu'elle couvre une partie de la forêt-noire. Ce n'étoit dans son origine qu'une maison de chasse des empereurs ; le comte Albert de Habsbourg en fit une ville en 1249, & lui donna des privileges. Long. 25. 56. latit. 47. 44. (D.J.)


WALGENSÉE(Géog. mod.) lac d'Allemagne, dans la partie méridionale du duché de Baviere, entre la Loysa & l'Iser. Il y a un bourg sur le bord occidental de ce lac. (D.J.)


WALIS(Géog. mod.) île de l'Océan, l'une des Orcades, au nord de l'Ecosse. Sa longueur est d'environ cinq milles, & sa largeur de trois à quatre. (D.J.)


WALLEBOURou WALLENBOURG, (Géog. mod.) petite ville de Suisse, dans le canton de Bâle, au pié du mont Jura, avec un château bâti sur un rocher. Cette place située à la gorge des montagnes, dans un vallon étroit, fait un passage important, parce que c'est la grande route de Genève, de Berne & de Soleure à Bâle. Longit. 25. 23. latit. 47. 36.


WALLINGFORD(Géog. mod.) bourg d'Angleterre, dans Berckshire, sur le bord de la Tamise. Ce bourg a été anciennement une grande & belle ville connue sous le nom de Gallena. Du tems des Romains, elle étoit la capitale des Attrébatiens. De même sous l'empire des Saxons, & longtems après sous les rois normands, elle fut très-considérable. On y comptoit douze paroisses, & ses murailles avoient environ mille pas de tour. Un grand & magnifique château situé sur la Tamise, lui servoit de défense. Le tems joint à la peste qui désola Wallingford en 1348, a tout ruiné ; cette ville est devenue un bourg, qui n'a que droit de marché & droit de députation au parlement.

Richard de Wallingford, ainsi nommé du lieu de sa naissance, abbé de S. Benoît, florissoit sur la fin du xiij. siecle. Il étoit fils d'un maréchal ; il embrassa l'état religieux, & se rendit très-habile dans l'arithmétique & l'astronomie. Il inventa la construction d'un horloge, dont tout le monde admiroit l'artifice, & laissa des écrits latins sur l'arithmétique & l'astrologie. Il mourut de la lepre à Saint Alban, dans son monastere, vers l'an 1326, au commencement du regne d'Edouard III. (D.J.)


WALLONSLES, (Géog. mod.) on donne le nom de Wallons à tous les peuples des Pays-bas, dont le langage ordinaire est un vieux françois mêlangé, comme dans l'Artois, dans le Hainaut, dans le Luxembourg, dans une partie de la Flandre & du Brabant. Les Wallons sont appellés Walen par les habitans des Pays-bas qui ont conservé l'ancienne langue germanique. (D.J.)


WALLSHALou WARSHALL, (Géog. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans la province de Stafford, sur la Tame. (D.J.)


WALNEY(Géog. mod.) petite île d'Angleterre, sur la côte de la province de Lancastre. On peut conjecturer que ce nom Walney vient de deux mots saxons Wallen-ey, l'île des Gaulois, parce que les anciens bretons, à qui les Saxons donnoient le nom de Walen, gaulois, se maintinrent vaillamment dans cette île & le pays voisin, environ 230 ans contre ces fiers étrangers, qui étoient venus pour les en déposséder. L'entrée de l'île de Walney est défendue à l'orient par un fort construit sur un écueil au milieu de l'eau, qu'on nomme Pil of-Fouldrey. (D.J.)


WALONS. m. (Hist. mod.) espece d'ancien langage gaulois que parloient les Wallons ou les habitans d'une partie considérable des Pays-bas françois & autrichiens, savoir ceux des provinces d'Artois, de Hainaut, de Namur, de Luxembourg & d'une partie de la Flandre & du Brabant.

On croit que le walon a été le langage des anciens gaulois & celtes. Voyez LANGUE, &c.

Les Romains ayant subjugué plusieurs provinces de la Gaule, ils y établirent des prêteurs, des proconsuls & d'autres officiers politiques, lesquels y administroient la justice en langue latine : ce qui donna occasion aux naturels du pays de s'appliquer à la langue de leurs vainqueurs, & de mêler ainsi avec leur propre langue un grand nombre de mots & de phrases latines ; desorte que de ce mêlange de gaulois & de latin, il se forma un langage nouveau que l'on appella roman, par opposition au vieux gaulois qu'on parloit dans sa pureté primitive, & qu'on appelloit walon. Cette distinction s'est transmise jusqu'à nous ; car les habitans de certaines provinces des Pays-Bas disent qu'en France on parle roman, & que pour eux ils parlent walon, lequel approche davantage de la naïveté des anciens gaulois. Voyez ROMAN & FRANÇOIS.


WALPou WALPON, Comté de, (Géog. mod.) comté de l'Esclavonie hongroise, entre la Drave au nord, & la Save au midi, le duché de Sirmium à l'orient, & le comté de Posséga à l'occident. Son chef-lieu est Walpo ou Walpon. (D.J.)

WALPO ou WALPON ou WOLCOWAR, (Géog. mod.) petite ville de l'Esclavonie hongroise, au-delà de la Drave, sur une riviere que M. Delisle appelle Karasitza. (D.J.)


WALSÉE(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la basse Autriche, sur la droite du Danube. Quelques géographes croyent que c'est l'ancienne Falciana. (D.J.)


WALSINGHAM(Géog. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans la province de Norfolck, du côté du nord. Ce bourg étoit célebre par son pélérinage, du tems du papisme ; il l'est aujourd'hui par la qualité de son terroir qui rapporte d'excellens safrans.


WALT-KAPPEL(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans le Landgraviat de Hesse, environ à huit lieues au sud de Cassel, sur le bord d'une petite riviere qui se jette dans le Wéser. Long. 27. 15. lat. 51. 14. (D.J.)


WALTENBURG(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, en Souabe, dans le Neckraw, sur l'Aich.


WALTENSBOURG(Géog. mod.) communauté du pays des Grisons, dans la ligue haute ou grise, où elle a le second rang. Sa jurisdiction ne renferme que cinq ou six villages, dont l'abbé de Disentis est seigneur.


WALTHERIAS. f. (Hist. nat. Botan.) genre de plante ainsi nommée par Linnaeus. Le calice de la fleur consiste en une seule feuille taillée en forme de calice, légérement découpée en cinq segmens, & subsistant après que la fleur est tombée. La fleur est composée de cinq pétales, qui sont faits en coeur vers le sommet, & qui restent déployés ; les étamines sont cinq filets qui croissent ensemble en forme de cylindre ; les bossettes des étamines sont simples & libres ; le germe du pistil est ovale ; le stile est simple, & en quelque maniere, plus long que les étamines ; le stigma est fendu en deux ; le fruit est une capsule qui devient ovale vers le sommet ; cette capsule est à deux battans, & ne contient qu'une seule loge, la graine est unique, large & obtuse. Linnaei gen. plant. pag. 327. (D.J.)


WALTMUNCHEN(Géog. mod.) petite ville délabrée d'Allemagne, dans le palatinat de Baviere, vers les confins de la Bohème, sur le bord de la riviere de Schwartzach. (D.J.)


WALWICK(Géog. mod.) bourg d'Angleterre, dans le comté de Northumberland, sur la Tyne, à cinq lieues au-dessus de Neucastle. Le savant Gale conjecture que c'est la Galava d'Antonin, & cependant il convient que la distance de ce lieu ne convient pas aux chiffres marqués dans l'itinéraire entre Glanoventa & Alone, c'est-à-dire, entre Gebrin & Witleycastle : Cambden croit que Galava est Kellenton. (D.J.)


WANDSWORTH(Géog. mod.) village d'Angleterre, dans le comté de Surrey, à six milles de Londres, sur le bord du Wand. Ce village ne ressemble pas aux nôtres ; il est non-seulement brillant, mais célebre par ses forges de cuivre, ses teintures d'écarlate, & ses manufactures de chapeaux. (D.J.)


WANGEN(Géog. mod.) petite ville de France, dans la basse-Alsace, sur la pente d'une montagne, à trois lieues au nord-ouest de Strasbourg. (D.J.)

WANGEN, (Géog. mod.) ville impériale d'Allemagne, dans la Souabe, sur la riviere du haut Arg (Ober-Arg) à 12 milles au nord de Lindaw, & à 30 au nord-est de Constance ; il s'y fait quelque commerce de toiles : cette ville est l'ancienne Vemania, ou Viana de la Rhétie. Long. 27. 35. latit. 47. 36. (D.J.)

WANGEN, (Géog. mod.) petite ville de Suisse, au canton de Berne, sur le bord méridional de l'Aar ; elle est chef-lieu d'un bailliage, qui comprend plusieurs beaux villages. (D.J.)


WANNALA, ou UNNA, (Géog. mod.) riviere de Croatie ; elle a sa source dans la montagne de Tsemernitza, & va se jetter dans la Save, entre les embouchures de la Sunja & de la Verbaska. (D.J.)


WANQUI(Géog. mod.) royaume d'Afrique, dans la Nigritie ; Dapper dit qu'il a celui de Bouvé au nord, celui de Vassa au midi, & celui d'Iucassan à l'occident. (D.J.)


WANTAGE(Géog. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans le Berkshire, sur la petite riviere d'Oke ; il y avoit autrefois dans ce bourg une maison royale.

C'est dans cette maison que naquit Alfred, l'homme le plus accompli, & le plus grand roi qui soit monté sur le trône : peut-être n'y a-t-il jamais eu sur la terre un mortel plus digne des respects de la postérité.

Il sut négocier comme combattre ; & ce qui est étrange, les Anglois & les Danois qu'il vainquit, le reconnurent unanimement pour maître. Il prit Londres, la fortifia, l'embellit, y éleva des maisons de briques & de pierres de taille, équipa des flottes, empêcha les descentes des Danois, poliça sa patrie, fonda les jurés, partagea l'Angleterre en comtés, & encouragea le premier ses sujets à commercer. Il prêta des vaisseaux & de l'argent à des gens entreprenans & sages qui allerent jusqu'à Alexandrie ; & de-là, passant l'Isthme de Suez, trafiquerent dans la mer Persique.

Il institua des milices, établit divers conseils, mit par-tout la regle & la paix qui en est la suite. Ses loix furent douces, mais séverement exécutées ; il jetta les fondemens de l'académie d'Oxford, fit venir des livres de Rome, & étoit lui-même l'homme le plus savant de sa nation, donnant toujours à l'étude les momens qu'il ne donnoit pas aux soins de son royaume. Une sage économie le mit en état d'être libéral ; il rétablit plusieurs églises, & pas un seul monastere. Aussi ne fut-il pas mis au nombre des saints ; mais l'histoire qui ne lui reproche ni défauts, ni foiblesses, le met au premier rang des héros immortels, utiles au genre humain, qui sans ces hommes extraordinaires eût toujours été semblable aux bêtes farouches. Voilà en raccourci le tableau d'Alfred & de son regne ; entrons dans les détails de sa vie, qui est sans-doute une belle école pour les souverains.

Alfred ou Elfred le grand (son mérite lui donne ce titre) étoit le plus jeune des fils d'Ethelwolph, roi de Wessex, & naquit en 849. Ses parens enchantés de sa douceur & de son esprit, le firent élever à la cour, contre l'usage des Saxons, qui à l'exemple des Gaulois, n'y admettoient jamais leurs enfans, qu'ils ne fussent en âge de porter les armes. Son pere le mena tout jeune à Rome, où ils demeurerent une année. Alfred de retour se forma aux exercices qui étoient ordinaires chez les Saxons, pour accoutumer les jeunes gens à la fatigue, & les rendre en même tems plus hardis, & plus courageux. Ce prince s'étant formé de cette maniere, commença sa premiere campagne à l'âge de 18 ans, sous les ordres de son frere Ethelred.

Bientôt après il eut occasion d'exercer sa valeur contre les Danois en 866 & 871, son frere étant mort d'une blessure qu'il reçut dans la derniere bataille, Alfred monta sur le trône, & se trouva de nouveau engagé dans une dangereuse guerre contre les mêmes Danois qui s'étoient rendus maîtres de la Mercie, de l'Estanglie, & du Northumberland ; il les combattit jusqu'à sept fois dans une seule campagne, & enfin les obligea de lui demander la paix, d'abandonner le Wessex, & de lui donner des ôtages.

En 878, on vit paroître une nouvelle armée danoise, plus formidable que toutes les précédentes, & qui inspira tant de terreur aux West-Saxons, qu'ils n'eurent plus le courage de se défendre. Alfred se déguisa en joueur de harpe pour connoître par lui-même l'état de l'armée danoise. Il passa sans peine à la faveur de ce déguisement dans le camp ennemi, & s'instruisit de tout ce qu'il lui importoit de savoir. De retour il assembla ses troupes, surprit les Danois, & remporta sur eux une victoire complete. Les conditions de paix qu'il leur imposa, furent plus avantageuses qu'ils n'avoient lieu d'espérer. Il s'engagea de donner des terres dans l'Estanglie à ceux qui voudroient se faire chrétiens, & obligea les autres de quitter l'île, & de laisser des ôtages pour assurance qu'ils n'y remettroient jamais le pié.

Quelques années étoient à peine écoulées, que d'autres danois ayant ravagé la France & la Flandre, vinrent faire une descente en Angleterre ; mais les Anglois les repousserent, & le roi se trouva par-tout à leur tête dans le plus fort des combats. Après tant d'heureux succès, il pourvut à la sûreté des côtes, en faisant construire des vaisseaux plus longs & plus aisés à manier que ceux des ennemis, & en munissant le reste du royaume d'un bon nombre de places fortes : il assiégea & prit la ville de Londres, la fortifia, & l'embellit. Enfin, pour qu'il ne lui manquât rien de la monarchie de toute l'Angleterre, les Gallois le reconnurent pour leur souverain.

Il ne se distingua pas moins dans le gouvernement civil qu'il avoit fait dans la guerre : il forma un excellent corps de loix, dont Jean Harding parle de la maniere suivante en vieux anglois.

King Alvrede the Laws of Troye ande Brute,

Laws Moluntynes, and Mercians congregate,

With Danish Lawes, that were well constitute,

And Grekisbe also, well made, and approbate.

In Englishe tongue he dit thene all translate,

Which yet bee called the Lawes of Alvrede,

At Westminster remembred yet indede.

Ce qui revient à ceci : " Que le roi Alfred ayant recueilli un grand nombre de loix anciennes de divers peuples, les fit traduire en anglois, & que ce sont celles qu'on nomme les loix d'Alfred, & dont la mémoire subsiste encore à Westminster ".

Il importe de remarquer dans ces loix d'Alfred, qu'on y ménageoit davantage la vie, qu'on n'a fait dans celles des derniers siecles, par lesquelles on statue souvent la peine de mort pour des crimes assez légers : au-lieu que dans les loix saxonnes, les peines les plus rigoureuses, étoient la perte de la main pour sacrilége. On punissoit de mort le crime de trahison, soit de haute trahison contre le roi, soit de basse trahison contre la personne d'un comte, ou d'un seigneur d'un rang inférieur. On étoit aussi coupable de mort, mais sous le bon plaisir du rol, lorsqu'on se battoit, ou qu'on prenoit les armes à la cour ; mais toutes ces peines pouvoient se changer en amendes. Voici les regles qu'on observoit : chaque personne, depuis le roi jusqu'à un esclave ; & chaque membre du corps étoient taxés à un certain prix. Lors donc qu'on avoit tué quelqu'un, ou qu'on lui avoit fait quelque injure, on étoit obligé de payer une amende proportionnée à l'estimation faite de la personne tuée, ou offensée : en cas de meurtre involontaire, l'amende se nommoit weregile. Voyez WEREGILE.

Par rapport aux autres fautes moins considérables, quand on ne payoit point la taxe fixée, on observoit la loi du talion, oeil pour oeil, dent pour dent ; quelquefois aussi la peine étoit la prison : mais la plus ordinaire, ou plutôt la seule en usage par rapport aux paysans, étoit le fouet. Par une autre loi, il étoit défendu d'acheter homme, cheval, ou boeuf, sans avoir un répondant, ou garant du marché. Il paroît de-là, que la condition des paysans étoit très-désavantageuse du tems d'Alfred, & qu'un homme n'étoit pas moins maître de ses esclaves, que de ses bestiaux.

Quiconque se rendoit coupable de parjure, & refusoit de remplir les engagemens contractés par un serment légitime, étoit obligé de livrer ses armes, & de remettre ses biens entre les mains d'un de ses parens, après quoi il passoit 40 jours en prison, & subissoit la peine qui lui étoit imposée par l'évêque. S'il résistoit, & refusoit de se soumettre, on confisquoit ses biens ; s'il se déroboit à la justice par la fuite, il étoit déclaré déchu de la protection des loix, & excommunié ; & si quelqu'un s'étoit porté pour caution de sa bonne conduite, la caution en cas de défaut, étoit punie à discrétion par l'évêque.

Celui qui débauchoit la femme d'un autre qui avoit douze cent schellings de bien, étoit contraint d'en payer au mari cent vingt : quand le bien de l'offenseur étoit au-dessous de cette somme, l'amende étoit aussi moins forte ; & quand le coupable n'étoit pas riche, on vendoit ce qu'il avoit, jusqu'à concurrence pour payer. C'est encore Alfred qui établit l'obligation de donner caution de sa bonne conduite, ou de se remettre en prison, au défaut de caution.

On voit par les loix de ce prince, que les rois Saxons se regardoient comme les souverains immédiats du clergé, aussi-bien que des laïques ; & que l'Eglise n'étoit pas sur le pié d'être réputée un corps distinctif de l'état, soumis seulement à une puissance ecclésiastique étrangere, exempt de la jurisdiction, & indépendant de l'autorité du souverain, ainsi qu'Anselme, Becket, & d'autres, le prétendirent dans la suite ; mais que comme les ecclésiastiques étoient au nombre des sujets du roi, leurs personnes & leurs biens étoient aussi sous sa protection seule, & ils étoient responsables devant lui de la violation de ses loix. Alfred & Edouard n'imaginerent pas que ce fût troubler le moins du monde la paix de l'église, que d'observer le cours ordinaire de la justice à l'égard d'un ecclésiastique, puisque dans le premier article de leurs loix, ces princes confirmerent solemnellement la paix de l'église ; & que dans les suivans ils font divers réglemens concernant la religion.

C'est Alfred qui introduisit la maniere de juger par les jurés, belle partie des loix d'Angleterre, & la meilleure qui ait encore été imaginée, pour que la justice soit administrée impartialement ! Ce grand homme convaincu que l'esprit de tyrannie & d'oppression est naturel aux gens puissans, chercha les moyens d'en prévenir les sinistres effets. Ce fut ce qui l'engagea à statuer que les thanes ou barons du roi seroient jugés par douze de leurs pairs ; les autres thanes par onze de leurs pairs, & par un thane du roi ; & un homme du commun par douze de ses pairs.

Tacite rapporte que parmi les anciens germains, & par conséquent parmi les Saxons, les jugemens se faisoient par le prince, assisté de cent personnes de la ville, qui donnoient leurs suffrages, soit de vive voix, soit par le frottement de leurs armes. Cet usage cessa peu-à-peu. D'abord le nombre fut réduit de cent personnes à douze, qui conserverent cependant les mêmes droits, & qui avoient une autorité égale à celle du gouverneur & de l'évêque. Dans la suite, il arriva que ces douze personnes, qui étoient ordinairement des gens de qualité, trouvant que les affaires qui se portoient devant eux ne méritoient guere leur attention, tomberent dans la négligence ; enfin à la longue cette coutume s'abolit. Alfred y substitua l'usage, qui subsiste encore en Angleterre : c'est que douze personnes libres du voisinage, après avoir prêté serment, & ouï les témoins, prononcent si l'accusé est coupable ou non. Il semble qu'Alfred ait étendu cette sorte de procédure, qui n'avoit lieu que dans les causes criminelles, aux matieres civiles.

Il partagea le royaume en shires ou comtés ; les comtés contenant diverses centaines de familles, en centaines, appellées hundreds, & chaque centaine en dixaines.

Les causes qui ne pouvoient se décider devant le tribunal des centaines, étoient portées à un tribunal supérieur, composé ordinairement de trois cent, dont le chef se nommoit trihingerfas. Cette division cessa, pour la plus grande partie, après la conquête des Normands : on en voit pourtant encore des traces dans les Ridings de la province d'Yorck, dans les Lathes ou canons de celle de Kent, & dans les trois districts du comté de Lincoln, Lindsey, Resteven & Holland. Ces divisions furent faites, pour que chaque particulier fût plus directement sous l'inspection du gouvernement, & pour qu'on pût avec plus de certitude, rechercher, selon les loix, les fautes qu'il faisoit.

Les dixaines étoient ainsi nommées, parce que dix familles formoient un corps distinct ; les dix chefs de ces familles étoient obligés de répondre de la bonne conduite les uns des autres : en général les maîtres répondoient pour leurs domestiques, les maris pour leurs femmes, les peres pour leurs enfans audessous de quinze ans ; & un pere de famille pour tous ceux qui lui appartenoient. Si quelqu'un de la dixaine menoit une vie qui fît naître quelque soupçon contre lui, on l'obligeoit à donner caution pour sa conduite ; mais s'il ne pouvoit pas trouver de caution, sa dixaine le faisoit mettre en prison, de peur d'être elle-même sujette à la peine, en cas qu'il tombât dans quelque faute. Ainsi les peres répondant pour leurs familles, la dixaine pour les peres, la centaine pour les dixaines, & toute la province pour les centaines, chacun étoit exact à veiller sur ses voisins. Si quelqu'étranger, coupable d'un crime, s'étoit évadé, on s'informoit exactement de la maison où il avoit logé, & s'il y avoit demeuré plus de trois jours, le maître de la maison étoit condamné à l'amende ; mais s'il n'avoit pas séjourné trois jours, le maître en étoit quitte en se purgeant par serment, avec deux de ses voisins, qu'il n'avoit aucune part à la faute commise.

Quand la division dont on vient de parler fut faite, & qu'on eût par-là un moyen sûr de découvrir les coupables, le roi abolit les vidames ou vicedomini, qui étoient comme les lieutenans des comtes, & il établit à leurs places les grands shérifs des provinces, qui ont toujours subsisté depuis, d'abord en qualité de députés ou de lieutenans du comté, & dans la suite, en qualité d'officiers de la couronne. Il établit aussi dans chaque comté, outre le sherif, des juges particuliers, dont on ignore à présent le nom & les fonctions. Spelman croit que c'étoit comme l'alderman du roi, & l'alderman du comté, lesquels, à ce que prétend M. Hearne, étoient ceux qui sont nommés dans les loix saxonnes wites, ou sages. C'étoient les premiers juges, ou présidens dans les shiregemot, ou cours de la province, où l'on connoissoit des causes qui n'avoient pu être terminées dans les cours des centaines. Ainsi la jurisdiction des vidames fut partagée entre le juge & le sherif, le premier ayant dans son ressort tout ce qui regardoit la justice, & l'autre n'étant proprement que ministre.

Après avoir ainsi reglé ce qui regardoit les officiers qui devoient administrer la justice, Alfred régla la police. Ces réglemens produisirent un changement si surprenant dans le royaume, qu'au-lieu qu'auparavant on n'osoit aller d'un endroit à un autre sans être armé, la sûreté devint si grande, que le roi ayant fait attacher des bracelets d'or sur un chemin de traverse, pour voir ce qui arriveroit, personne n'y toucha ; les filles n'eurent rien à appréhender de la violence & de la brutalité.

Ce monarque pour empêcher que le royaume ne pût être troublé par les ennemis du dehors, disposa la milice d'une maniere propre à résister à toute invasion, divisa cette milice en deux corps, & établit des gouverneurs d'un rang distingué dans chaque province, où ils résidoient constamment dans le lieu qui leur étoit assigné. Ces précautions jointes à une nombreuse flotte toujours prête à se mettre en mer, ou croisant sans-cesse autour de l'île, tinrent les sujets dans le repos, & les Danois étrangers dans une telle crainte, que pendant le reste de son regne, ils n'oserent plus tenter aucune descente.

Dès qu'Alfred eut ainsi pourvu à la sûreté de l'état, il fit goûter à son peuple les fruits de la paix & du commerce. On construisit par son ordre un bon nombre de vaisseaux propres à transporter des marchandises, & le roi voulut bien les prêter aux principaux négocians, afin d'animer le commerce dans les pays éloignés. On a dans la bibliothèque cottonienne la relation d'un voyage d'un danois & d'un anglois, fait par les ordres d'Alfred, pour découvrir un passage au nord-est.

Ce prince considérant en même tems la disette où son royaume étoit d'artisans dans les arts méchaniques & dans les métiers, il en attira un grand nombre des pays étrangers, qu'il engagea à s'établir en Angleterre ; ensorte qu'on y vit aborder de toutes parts des gaulois, des francs, des bretons de l'Armorique, des germains, des frisons, des écossois, des gallois, & d'autres, qu'il encouragea de la maniere du monde la plus généreuse par ses libéralités.

L'ignorance universelle où l'Angleterre étoit plongée quand Alfred monta sur le trône, devoit son origine aux ravages des Danois. Ces barbares avoient détruit les sciences en brûlant les maisons, les monasteres, & les livres, & en s'emparant de tous les lieux où il y avoit des établissemens pour la culture des arts. Mais quoique la disette des gens de lettres en Angleterre obligeât le roi d'en chercher dans les pays étrangers, ils ne laissoient pas d'y être aussi fort rares, du-moins en-deçà des Alpes ; ce malheur venoit de la même cause, je veux dire des irruptions fréquentes des peuples du nord dans les parties méridionales de l'Europe, qui avoient produit par-tout des effets presqu'également sinistres.

Cependant le roi trouva le moyen par ses soins, ses recherches, & ses récompenses, de rassembler en Angleterre plusieurs hommes distingués dans les lettres, entre lesquels il y en eut dont la réputation subsiste encore aujourd'hui. De ce nombre étoient Jean Erigena ou Scot, irlandois, qui entendoit le grec, le chaldéen & l'arabe : Asser surnommé Menevensis, du monastere de saint David, où il avoit été moine, & qui écrivit l'histoire d'Alfred, que nous avons encore : Jean le Moine, habile dans la dialectique, la musique & l'arithmétique, &c.

Il rappella aussi dans le royaume quelques hommes de lettres originaires du pays, qui s'étoient retirés en France & ailleurs pendant le cours des diverses invasions des Danois. Le roi les employa les uns & les autres à instruire ses sujets, à diriger leurs consciences, & à polir leurs moeurs. Enfin, pour prévenir que par les malheurs des tems les lumieres du clergé d'alors ne mourussent avec ceux qui les possédoient, Alfred prit des précautions en faveur de la postérité. Il fit traduire plusieurs excellens livres de piété, montra lui-même l'exemple, institua des écoles, & obligea tous les Anglois tant-soit-peu aisés, de faire apprendre à lire l'anglois à leurs enfans, avant que de les appliquer à aucune profession.

Il fit plus, il fut le fondateur de l'université d'Oxford, au rapport de Spelman. Cambden rapporte qu'il y fonda trois colleges, l'un pour les humanités, l'autre pour la philosophie, & le troisieme pour la théologie. Il établit en même tems un fonds pour l'entretien de 80 écoliers, auxquels il prescrivit certains statuts.

Il avoit mis un tel ordre dans les affaires politiques & civiles, que toutes les résolutions qu'il prenoit à l'égard des affaires étrangeres & du pays passoient par deux différens conseils. Le premier étoit le conseil privé, où personne n'étoit admis qui ne fût bien avant dans l'estime & dans la faveur du roi. C'étoit-là qu'on agitoit premierement les affaires qui devoient être portées au second conseil, qui étoit le grand conseil du royaume, composé d'évêques, de comtes, de vicomtes ou présidens des provinces, des juges, & de quelques-uns des principaux thanes, qu'on nomma dans la suite barons. Ce grand-conseil du royaume, ou conseil général de la nation, s'appelloit en saxon wittenagemot, & on le nomme à-présent parlement, mot françois. On a disputé avec beaucoup de chaleur sur la question, si le peuple avoit droit d'envoyer des députés à cette assemblé ? Mais quoi qu'il en soit, on voit dans ces conseils l'origine du conseil secret, aussi-bien que l'antiquité du parlement.

La vie privée de ce monarque n'a pas été moins remarquable que sa vie publique ; c'étoit un de ces génies heureux qui semblent nés pour tout ce qu'ils font, & qui par le bon ordre qu'ils mettent dans leurs affaires, travaillent continuellement, sans paroître occupés. Il distribua son tems en trois parties, donnant 8 heures aux affaires publiques, 8 heures au sommeil, & 8 heures à l'étude, à la récréation & au culte religieux.

Comme l'usage des montres & des clepsydres n'étoit pas encore connu en Angleterre, il mesuroit le tems avec des bougies, qui avoient 12 pouces de long, & sur lesquelles il y avoit des lignes tracées, qui les partageoient en douze portions. Il y en avoit six qu'on allumoit les unes après les autres, & qui brûloient chacune quatre heures, trois pouces par heure, ensorte que les six duroient précisément 24 heures. Les gardiens de sa chapelle en avoient le soin, & étoient chargés de l'avertir combien il y avoit d'heures d'écoulées. Pour empêcher que le vent ne les fît brûler inégalement, on prétend qu'il inventa l'expédient de les mettre dans des lanternes de corne.

Il composa divers ouvrages en tout genre, dont vous trouverez le catalogue dans Spelman. Asserius assure qu'il n'étoit pas seulement grammairien, orateur, historien, architecte & philosophe, mais qu'il passoit encore pour le meilleur poëte saxon de son siecle.

Au milieu de son respect pour le siege de Rome, il conservoit une pleine indépendance dans l'exercice de son autorité royale. Aussi laissa-t-il pendant trois ans plusieurs évêchés vacans, sous la seule direction de l'archevêque de Cantorbery, & le pape n'osa pas s'en plaindre.

Il n'attaqua pas moins la puissance des pontifes de Rome, qui commençoient à dominer dans ces siecles de ténebres, en rétablissant le second commandement, qu'ils avoient fait ôter du décalogue, sous prétexte de suivre les décisions du second concile de Nicée.

Il n'est parlé sous son regne d'aucun envoi de légats. On ne voit point que Rome ait eu aucune part aux réglemens de l'église du royaume. Il n'est point question de bulles ou de privileges pour les nouvelles abbayes de Wincester & d'Athelney qu'Alfred fonda. Ce qu'il y a de remarquable encore, c'est qu'il accueillit, & qu'il entretint Jean Scot, quoique ce docteur fût très-mal avec le pape, pour avoir écrit quelque chose de contraire aux sentimens du siege de Rome.

Enfin, Alfred avoit toutes les vertus les plus estimables, & les qualités les plus aimables. Son courage qui se déployoit au besoin, & à-proportion que les circonstances le demandoient, cédoit tranquillement à la pratique des autres vertus. Quoiqu'il eût été élevé pour les armes, & presque toujours occupé des exercices tumultueux de la guerre, la dureté ordinaire de ce genre de vie ne put altérer la douceur de son caractere ; ni les plus sanglans outrages des barbares ne purent fermer son coeur à la pitié ; il ne fit servir ses victoires qu'au bonheur de ses ennemis, à leur offrir d'embrasser le christianisme, ou d'abandonner le pays. Il employa son économie & ses revenus à la subsistance des ouvriers, à des pensions, à des aumônes, & à des charités aux églises des pays étrangers. Quand nous parlons de ses revenus, nous entendons ceux de son propre domaine ; car, comme le remarque un historien moderne, ce n'étoit pas la coutume en ce tems-là de charger le peuple d'impôts, pour fournir au luxe des souverains.

Il mourut comblé de gloire, le 28 d'Octobre de l'an 900, dans la 52e année de son âge, après avoir regné 28 ans & 6 mois ; & c'est, je pense, le souverain le plus accompli qui ait paru dans le monde. Il eut plusieurs enfans. Edouard son fils lui succéda. Ethelward, autre de ses fils, mourut en 922, âgé de 40 ans. Elstede, sa fille aînée, épousa Ethelred, roi de Mercie. Alswithe, autre fille de ce monarque, épousa un comte de Flandres. Ethelgithe, religieuse, fut abbesse du couvent de Schaftsbury, fondé par Alfred son pere. Il faut lire sa vie en latin par Asserius, & la même, par Spelman, publié en anglois à Oxford, en 1709, avec les notes de Thomas Hearne. Asserius a été réimprimé à Oxford, en 1722. (D.J.)


    
    
WAQUES. f. (Mesure) sorte de mesure dont on se sert pour mesurer le charbon de terre dans les houillieres du Hainault. La waque de charbon revient à quinze sols, dont douze sont pour le marchand, deux sols six deniers pour le droit des états de Mons, & six deniers pour de petits droits établis sur des bateaux, pour la construction & entretien des écluses. (D.J.)


WARADINLE PETIT, (Géog. mod.) petite ville de la haute Hongrie, au comté de Zemplin sur la Teisse, au-dessus de Tokay. (D.J.)

WARADIN LE GRAND, (Géog. mod.) ville de la haute Hongrie, capitale d'un comté de même nom, sur la riviere de Keuvres, ou Sebes-kerds, avec une citadelle & un évêché suffragant de Colocza. Les Turcs la prirent en 1692. Longitude, 39. 6. latitude 46. 51. (D.J.)


WARAGESLES, (Hist. de Russie) c'est le nom collectif d'hommes célebres, qui donnerent des souverains à la Russie. M. Bayer, dans une dissertation insérée dans les mémoires de Pétersbourg, soutient que les Warages étoient des guerriers Suédois, Norvégiens, & Danois, qui commencerent par s'engager au service des Russes, & qui exercerent quelquefois chez eux des charges civiles, & sur-tout des emplois militaires. L'auteur prouve son opinion par les noms Warages qui se trouvent dans les annales de Russie, depuis Ruric, un des trois freres Warages, qui devinrent souverains en Russie, au neuvieme siecle : ces noms sont tous des noms danois, suédois, ou norwégiens ; mais ce qu'il y a de plus curieux dans le mémoire de M. Bayer, c'est qu'il prétend y prouver que Baranges, ou Waranges, si célebres dans l'histoire Byzantine, ne sont autres que les Warages. (D.J.)


WARANGERMER DE, (Géog. mod.) nom qu'on donne à un golfe sur la côte septentrionale de la Laponie danoise, dans le gouvernement de Wardhus, aux confins de la Laponie. On trouve Wardhus à la droite en entrant dans ce golfe, dont l'embouchure qui est fort large, est formée par la presqu'île de Dief-holm, & par l'île des pêcheurs. On voit quelques îles dans la mer de Waranger, & il s'y décharge trois rivieres, savoir celle de Neudomarki, de Paetz, & de Petzinka. (D.J.)


WARASDIN(Géog. mod.) ville de l'Esclavonie, hongroise, capitale d'un comté de même nom sur la droite de la Drave, à dix lieues au sud-ouest de Canisca, avec une forteresse. Longitude 34. 38. latitude 46. 16. (D.J.)


WARBERGou WARBORG, (Géogr. mod.) petite ville d'Allemagne, en Westphalie, dans l'évêché de Paderborn, sur la riviere de Dymel. Elle a été impériale, & appartient aujourd'hui à l'évêque de Paderborn. (D.J.)

WARBERG, (Géog. mod.) petite ville de Suede, dans la province de Halland, sur la côte de la Manche de Danemarck, entre Elfsborg & Falkenberg. Cette ville a un port & un château pour sa défense. Long. 33. 20. latit. 53. 10. (D.J.)


WARDE(Géog. mod.) ville du royaume de Danemarck, dans le Jutland, au diocèse de Rypen, à six lieues au nord de cette ville, vers l'embouchure d'une riviere qui lui donne son nom, & qui se jette dans la mer par une longue & large embouchure, vis-à-vis l'île de Fanoë. Longitude 26. 19. latitude 55. 25. (D.J.)


WARDHUS(Géog. mod.) gouvernement de la Norwege ; il comprend la partie septentrionale de ce royaume, depuis le golfe Ostrafior, jusqu'aux confins de la Laponie moscovite ; c'est proprement ce qu'on appelle la Laponie danoise : sa côte est presque toute couverte d'îles, grandes & petites, qui forment une infinité de golfes. Quoique ce pays soit fort étendu, il n'a qu'une bourgade de son nom, & il ne produit que quelques pâturages. (D.J.)


WARDO(Géog. mod.) nom latin donné par Sidonius Apollinaris, au Gardon, riviere de France dans le bas Languedoc ; on en distingue deux branches, le Gardon d'Alais, & le Gardon d'Anduse. La premiere se jette dans l'autre qui se perd dans le Rhône vis-à-vis de l'île de Valabregnes.


WARE(Géog. mod.) bourg d'Angleterre, dans le comté d'Herford, au bord de la Léa, sur la route de Londres. On y voit un canal qui fournit de l'eau à une partie de cette capitale du royaume. (D.J.)


WAREN(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans la basse Saxe, au duché de Mecklenbourg, entre Gustrow & Stargard, dit Cluvier. C'est la Virunum de Ptolémée, l. II. c. xiv. ville du Norique, au midi du Danube. (D.J.)


WARENNES. f. (Chasse) tire son origine du mot allemand warher qui signifie garder ou défendre ; de-là vient que les bêtes qui sont dans les warennes, ne peuvent être chassées que par les maîtres.


WARHAM(Géog. mod.) ville d'Angleterre en Dorset-shire, sur la rive occidentale de la baie de Pool ; cette ville battoit autrefois monnoie, & florissoit par un grand commerce ; mais la mer s'est retirée insensiblement, & a détruit son port ; ensuite Warham a tant souffert par les guerres & par les incendies, qu'il ne lui reste plus aujourd'hui que le titre de bourg. (D.J.)


WARKAou VARKA, (Géog. mod.) ville de Pologne, dans le duché de Mazovie, au territoire de Czersco, à deux lieues de la Vistule, sur la rive gauche de la Piltza. La ville est assez jolie, dans une situation agréable, & elle ne manque pas de bourgeois aisés par leurs brasseries de biere, qui est estimée dans toute la Pologne. Longitude 39. 27. latitude 51. 22. (D.J.)


WARMIEou WARMELAND, ou ERMELAND, (Géog. mod.) en latin Varmia ; petit pays de la Pologne dans la Prusse royale, au palatinat de Marienbourg. Il est presque environné de la Prusse ducale & du golfe nommé le Frisch-Haff. Son chef-lieu est Heilsberg, où résident ordinairement les évêques de Warmie. (D.J.)


WARMISTER(Géog. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans Wilt-shire, près de l'endroit où le Willyborn ressort de terre. Ce bourg est riche & considérable par son grand commerce de blé. Il a été connu des Romains, selon plusieurs savans, sous le nom de Verlucio. (D.J.)


WARNELA, (Géog. mod.) petite riviere d'Angleterre, dans la province de Northumberland. Elle se jette dans l'Océan, vis-à-vis de Belford. (D.J.)

WARNE, LE, ou LE WARNOW, (Géog. mod.) riviere d'Allemagne dans le cercle de la basse-Saxe, au duché de Mecklenbourg. Elle sort des confins de l'évêché de Schwerin, & se jette dans la mer Baltique, à Warnemunde. (D.J.)


WARNEMUNDE(Géog. mod.) ville d'Allemagne dans le cercle de la basse-Saxe, au duché de Mecklenbourg, & à l'embouchure de la Warne, car le mot Warnemunde signifie bouche de la Warne. Cette place est fortifiée. (D.J.)


WARNETONou VARNETON, (Géog. mod.) petite ville des Pays-Bas dans la Flandre, sur la Lys, à deux lieues d'Ypres, & à trois de Lille. Les états généraux des Provinces-Unies, conformément au traité de barriere, entretiennent dans ce lieu une petite garnison, sous les ordres d'un major de la place. Long. 20. 34. lat. 50. 51. (D.J.)


WARRINGTON(Géog. mod.) petite ville à marché d'Angleterre, avec titre de comté, dans la province de Lancastre, sur le Mersey, à 50 milles de la ville de Lancastre, & à 182 de Londres. Longit. 14. 38. latit. 53. 22. (D.J.)


WARTA(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans la basse-Silésie, au duché de Monsterberg, sur la gauche de la Neiss. (D.J.)

WARTA, (Géog. mod.) petite ville de Pologne, dans le palatinat de Siradie, sur la riviere Warta, entre Siradie & Sadeck. Elle fut réduite en cendres en 1331, par les troupes des chevaliers de l'ordre Teutonique, & ne s'est rétablie qu'à la longue. (D.J.)

WARTA, la, (Géog. mod.) riviere de Pologne. Elle prend sa source dans le palatinat de Cracovie, traverse ceux de Siradie, de Kalish, & de Posnanie, entre ensuite sur les terres de Brandebourg, pour aller se joindre à l'Oder. (D.J.)


WARTENBERG(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la Silésie, sur la riviere de Weida, aux confins de la Pologne. Ses fortifications sont assez bonnes ; les habitans sont partie catholiques, & partie luthériens. Wartenberg fut entierement brûlée en 1742, & elle ne s'est pas encore relevée de ce désastre. (D.J.)

WARTENBERG, (Géogr. mod.) ville de la Prusse royale dans le palatinat de Marienbourg, sur la riviere d'Alla, au sud-est de Gutstat, & au midi de Freudenberg. Long. 38. 50. latit. 53. 45. (D.J.)


WARTHONconduits de (Anat.) Warthon natif de Londres, s'est fait connoître par la description exacte qu'il a donnée des glandes. On lui attribue la découverte des grands conduits salivaires inférieurs qui portent son nom. Voyez SALIVAIRE.


WARWICK(Géog. mod.) Verovicum, ville d'Angleterre, capitale de la province du même nom, sur une colline, au bord de l'Avon à 68 milles au nord-ouest de Londres. Elle est grande, bien bâtie, & a un château. On croit qu'elle occupe la place de l'ancien Praesidium des Romains, ainsi nommé parce qu'ils y tenoient une puissante garnison. Long. 15. 56. latit. 52. 17. (D.J.)

WARWICK, (Géog. mod.) bourg d'Angleterre, dans la province de Cumberland, vis-à-vis de l'endroit où l'Eden reçoit l'Irting. Cambden croit que c'est l'ancienne Virosidum, & l'on y voit effectivement quelques restes d'antiquités. Il ne faut pas confondre ce bourg avec la ville de Warwick, capitale de la province de son nom. (D.J.)


WARWICK-SHIRE(Géog. mod.) autrement le comté de Warwick ; province méditerranée d'Angleterre. Elle est bornée au nord-ouest par le comté de Stafford, au nord, & au nord-est, par celui de Leicester, à l'orient par celui de Northampton, & au midi par ceux d'Oxford & de Glocester. Elle s'étend du nord au sud, de la longueur de quarante milles, sur trente milles de largeur, & elle en a cent trente-cinq de tour. Ce circuit renferme six cent soixante & dix mille arpens de terre, qu'on partage en neuf quartiers, où l'on compte 158 paroisses, 15 villes ou bourgs à marché, dont il y a deux villes qui députent au parlement ; savoir Warwick, capitale, & Coventry. Cette province abonde en grains, & n'est pas stérile en homme de lettres ; comme il paroît par l'ouvrage de Frullers Worthies in Warwiekshire. J'en vais nommer quelques-uns, suivant ma coutume.

Grevil (Foulques) lord Brook, écrivain poli en prose & en vers, naquit en 1554, & fut fait chevalier du pain en 1603, ensuite baron du royaume, membre du conseil privé du roi, & gentilhomme de la chambre du lit. Un de ses domestiques l'assassina en 1628, & se tua lui-même tout de sulte. Le lord Grevil a mis au jour deux tragédies, intitulé Alaham & Mustapha. Ces deux tragédies faites sur le modele des anciens, ont été imprimées à Londres en 1633 in-fol. avec d'autres poésies de l'auteur. Il a donné en prose l'histoire du roi Jacques pendant les 14 années de son regne, Londres 1643, in -4°.

Robert Grevil son parent & compatriote, succéda à ses titres, & fit du bruit par un discours sur la nature de l'épiscopat, Londres, 1641, in -4°.

Il dit dans ce discours plein de bile, comme on en va juger, qu'il n'a pas pour objet des paroles, mais des choses, & que ce n'est ni l'extérieur, ni le nom de l'évêque qu'il craint, & qu'il attaque ; " mais si c'est-là l'épiscopat qui me déplait, dit-il, ce n'est pas l'épiscopat en général, mais l'épiscopat habillé de telle & telle maniere, ou plutôt voilé de tels & tels accompagnemens ; car le nom d'évêque signifie chez moi, ou un homme qui prêche, administre les sacremens, exhorte, censure, convaint, excommunie, &c. non-seulement dans une seule assemblée qui est sa paroisse, mais en plusieurs assemblées, comprises sous le nom bizarre & long-tems inconnu, de diocèse : ou c'est un homme qui a joint à tout cela, non-seulement le nom de seigneur temporel, (ombre avec laquelle je ne prétens pas me battre) mais un très-grand, (j'ai pensé dire illimité) pouvoir dans le gouvernement civil ; un seigneur qui doit nécessairement avoir un magnifique équipage, & qui s'habille de longs habits qui peuvent à peine être blazonnés par un meilleur héraut qu'Elihu, qui ne savoit point donner de titres : ou enfin, ce qui devoit être mis au premier rang, c'est un inspecteur qui a le soin d'un seul troupeau, conjointement avec les anciens, les diacres, & le reste de l'assemblée, qui sont tous des serviteurs pour la foi, les uns des autres. Un évêque de ce dernier ordre, est un évêque d'institution primitive, donné par J. C., établi en diverses églises, même du tems des apôtres. Ceux de la premiere espece sont du second siecle, lorsque la doctrine, la discipline, & la religion commençoient à s'altérer. Ceux du second ordre se sont élevés les derniers, quoique les premiers dans l'intention de l'ennemi de l'église, dans le tems que tout le monde occupé avoit les yeux tournés du même côté, & surpris à l'aspect de la nouvelle bête qui avoit succédé au dragon. C'est-là à-présent notre ennemi ; composé monstrueux de divers emplois, d'emplois opposés, & les plus éminens, tant ecclésiastiques que civils, auxquels il ne paroît en aucune maniere propre, par plusieurs raisons qu'on peut tirer de l'Ecriture sainte, de l'antiquité ecclésiastique, & de la politique, &c. "

Holinshed (Raphaël), mort vers l'an 1580, est fameux par la chronique publiée sous son nom. La premiere édition de cet ouvrage parut à Londres en 1577, in-fol. & la seconde en 1587 ; mais on retrancha dans cette derniere édition plusieurs choses qui avoient déplu dans la premiere.

Holyoke, ou Holyoake (François) qui s'appelle lui-même en latin de sacra Quercu, naquit en 1582, & mourut en 1653, âgé de 87 ans. Il est connu par son Dictionnaire, Dictionnarium etymologicum latinum, &c. imprimé à Londres en 1606, in -4°. & dont on a fait depuis dix ou douze éditions.

Overbury (Thomas) naquit vers l'an 1581, fut nommé chevalier du bain en 1608, & envoyé à la tour en 1613 où il mourut de poison dans le cours de la même année. Le comte de Sommerset & sa femme furent condamnés à mort pour avoir tramé le meurtre, mais le roi Jacques I. leur fit grace, & se contenta de les bannir de la cour. Le poëme du chevalier Overbury, intitulé la Femme, a été imprimé plusieurs fois pendant la vie de l'auteur.

Wagstaffe (Thomas) né en 1645, & mort en 1712, a fait un ouvrage pour prouver que le livre intitulé Eikon Basilike, le portrait royal, est du roi Charles I. Il est certain que personne avant lui n'a donné de si fortes présomptions, pour laisser au roi Charles I. l'honneur de cet ouvrage, que Walker, Oldmixon, Burnet & autres attribuent au docteur Gauden.

Johnson (Samuel) naquit en 1649, & s'attacha à mylord Russel, qui le fit son chapelain domestique. Lorsque ce seigneur conjointement avec d'autres, tenta de faire passer le bill d'exclusion du duc d'Yorck, Johnson pour favoriser ce projet, publia son Julien l'apostat, pour lequel il fut condamné à une amende de cinq cent marcs, & à demeurer en prison jusqu'au payement, ce que la cour savoit être équivalent à une prison perpétuelle, parce qu'il n'étoit pas en état de fournir cette somme ; cependant il obtint sa liberté à l'arrivée du prince d'Orange, & le parlement cassa la sentence portée contre lui. Le roi Guillaume lui fit donner en argent comptant mille livres sterlings, & lui accorda trois cent livres sterlings par an sur la poste, pour sa vie & celle de son fils. En 1692 sept assassins forcerent sa maison pendant la nuit, ayant formé le projet de le tuer à cause de son livre sur la déposition du roi Jacques II ; mais il en fut quitte pour quelques blessures, ces gens-là s'étant laissé toucher aux supplications du malheureux Johnson, & à celles de sa femme. Ses ouvrages ont été recueillis & imprimés tous ensemble à Londres en un volume in-folio.

On trouvera dans ce recueil son traité sur la grande chartre, qui est curieux. Il tâche de prouver dans ce traité ; premierement que la grande chartre est beaucoup plus ancienne que le tems du roi Jean, & par conséquent qu'on ne peut en flétrir l'origine par ce qui s'est fait sous ce prince, quand même sa confirmation auroit été extorquée par rébellion. En second lieu, qu'il s'en faut de beaucoup que les actes par lesquels elle a été confirmée sous les regnes de Jean & Henri III. aient été obtenus par la violence. Il finit en disant, que l'idée qu'on doit se faire de la grande chartre, revient à ceci : c'est qu'elle est un abregé des droits naturels & inhérens des Anglois, que les rois normans en donnant dans la suite une chartre, se sont engagés à ne la point violer. Mais, dit-il, nous ne tenons pas ces droits de la chartre ; non, ce n'est pas ce vieux parchemin qui nous a tant coûté, qui nous a donné ces droits ; ce sont ceux que la naissance donne à tout anglois, & qu'aucun roi ne peut ni donner ni ôter : ce sont les franchises du pays, comme ils sont nommés dans l'acte 25 d'Edouard III ; & chaque anglois étant né dans le pays, les acquiert en naissant.

Dugdale (Guillaume), le plus célebre des hommes de lettres de la comté de Warwick, naquit en 1605, & s'attacha de bonne heure au service du roi. Il se trouva avec ce prince à la bataille d'Edge-Hill, le 23 d'Octobre 1642 & fut créé héraut de Chester en 1644. Il devint roi d'armes, norroi en 1660, & en 1676, il eut la charge de garter, ou premier roi d'armes. Il mourut subitement en 1685. Voici les principaux de ses ouvrages.

1. Monasticum anglicanum, Lond. 1655 & 1660, en deux volumes in-f. sous son nom & sous celui de Roger Dodsworth. Le 3e. volume parut en 1673, in-f.

2. Les antiquités du comté de Warwick, Londres 1656, in-fol. Cet ouvrage est le chef-d'oeuvre de l'auteur, & c'est un des plus méthodiques & des plus exacts qu'on ait fait en ce genre.

3. L'histoire de l'église cathédrale de S. Paul, Londres 1685, in-fol. & 1716, in-fol. seconde édition augmentée.

4. Histoire des chaussées & des saignées de marais, tant en Angleterre que dans les pays étrangers, Londres 1662, in-fol. avec figures.

5. Origines judiciales ou mémoires historiques, touchant les loix d'Angleterre, les cours de justice, &c. Londres 1666 & 1672, in-fol.

6. Le baronage d'Angleterre, &c. Londres 1675, 1676 & 1677, en trois volumes in-fol. c'est un ouvrage plein de recherches.

7. Histoire abrégée des troubles d'Angleterre, Oxford 1681, in-fol.

8. Dugdale a encore publié plusieurs petits ouvrages in -8°. sur les armoiries & la noblesse de la grande Bretagne ; mais son catalogue de toutes les convocations de cette même noblesse a paru à Londres en 1686, in-fol. & son glossarium archaiologicum parut l'année suivante, in-fol.

Si cet homme infatigable, dit M. Wood, avoit renoncé aux embarras du monde pour se livrer entierement à ses études, & s'il avoit plus pensé aux intérêts du pnblic qu'aux siens particuliers, le public auroit profité davantage de ses veilles, d'autant plus que ses ouvrages auroient eu plus d'exactitude, sur-tout ceux qu'il a donnés sur la fin de sa vie : cependant il ne laisse pas d'avoir prodigieusement travaillé, vu sur-tout les chagrins & les tracasseries auxquelles sa fidélité pour le roi l'a exposé. Sa mémoire doit donc être respectable pour ce qu'il a fait, puisqu'il a publié des choses qui, sans lui, auroient été ensevelies à jamais dans l'oubli. (D.J.)


WASA(Géog. mod.) par les habitans du pays Mustarar, ville de Suede, en Finlande, dans la Bothnie orientale, sur la côte du golfe de Bothnie, entre Carleby & Christine-Stadt. Cette ville a raison de se glorifier d'avoir donné la naissance à Gustave Vasa, roi de Suede.


WASGAWLE, ou WASGOW, (Géog. mod.) pays de France, dans l'Alsace. Il s'étend depuis Weissembourg jusqu'à Saverne, & comprend une grande partie de la basse-Alsace. La capitale de ce pays est Weissembourg.


WASSA(Géog. mod.) royaume d'Afrique, dans la Nigritie. Dapper dit qu'il s'y trouve des mines d'or, & que les habitans ne manquent de rien.


WASSELENHEIMou WASSELONNE, (Géogr. mod.) bourg ou petite ville de France, en Alsace, sur le bord de la riviere de Masseik. Elle est commandée par un château qui est sur la croupe de la montagne. Long. 25. 14. latit. 48. 34. (D.J.)


WASSELONNE(Géog. mod.) bourg ou petite ville de France, en Alsace ; on la nomme autrement Wasselenheim. Voyez ce mot.


WASSENBOURG(Géog. mod.) château ruiné, en Alsace, au-dessus de Niderbrom. On y lisoit encore dans le dernier siecle sur une de ses pierres l'inscription suivante : Deo Mercurio Attegiam Tegulitiano compositam, Severinus Satulinus. C. F. ex voto posuit L. L. M.


WASSERBOURG(Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans la Souabe, sur le bord du lac de Constance, entre Langen & Lindaw. Longit. 27. 5. latit. 47. 36.

Hungerus (Wolfgang), jurisconsulte allemand du xvj. siecle, naquit à Wasserbourg, & mourut en 1555. On publia à Bâle en 1561 les notes qu'il avoit faites sur les Césars de Cuspinien, annotationes in Caesares Cuspiniani, auctore Wolf. Hungero, aquiburgensi. Ces notes rectifient & éclaircissent plusieurs choses qui avoient été avancées faussement ou confusément dans cette histoire des empereurs, ou dans quelques autres livres. (D.J.)


WASSERBURG(Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans la Baviere, sur l'Inn, à 10 lieues à l'est de Munich, avec titre de comté. Longit. 29. 45. latit. 48.


WASTENou VADSTEN, (Géog. mod.) ville de Suede, dans l'Ostrogothie, sur le bord oriental du lac Veter, près de l'embouchure de la riviere Motala. Cette ville est la patrie de Ste Brigite.


WATER-ZOOTJES. f. (Cuisine) c'est une maniere de préparer le poisson d'eau douce, fort usitée en Hollande & dans le reste des Pays-bas. Elle consiste à bien nettoyer le poisson que l'on fend par le ventre pour le vuider, & à qui on ôte ses écailles ; on fait ensuite des entailles en différens endroits du poisson ; après quoi on lui fait faire quelques légers bouillons dans de l'eau, dans laquelle on a mis du sel, afin d'emporter la matiere visqueuse. Alors on remet ce poisson ainsi nettoyé dans une nouvelle eau, avec du sel & de la racine de persil, ce qui donne un bon goût au poisson, & sert à consolider sa chair ; quand il est suffisamment cuit, on le sert dans un plat avec l'eau dans laquelle il a bouilli ; & sans autre apprêt, on le mange avec des tartines de beurre. C'est sur-tout les perches & les brochetons qui sont les poissons les plus propres à être préparés de cette maniere. C'est un ragoût simple, très-sain, & que l'on permet aux malades. Le nom hollandois signifie cuisson à l'eau.


WATERFALL(Géog. mod.) petite ville ou bourg d'Angleterre, province de Stafford, dans l'endroit où le Hans, après avoir coulé quelques milles, se précipite sous terre & disparoît entierement. Cette petite place a pris son nom de sa situation ; car Water-fall, dans la langue du pays, signifie chûted'eau.


WATERFORD(Géog. mod.) ville d'Irlande, dans la province de Munster, capitale du comté de Waterford, sur la Shure, vers les frontieres de Kilkenni, à 3 milles de la mer, & à 75 au sud-est de Limerick. Elle a un siege épiscopal, suffragant de Cashel, le privilege de tenir marché public, & celui d'envoyer deux députés au parlement de Dublin. Elle est grande, riche & peuplée, quoique l'air y soit mal-sain. La jonction du Barrow & de la Shure y forme un port excellent, défendu par un château. Les plus gros vaisseaux mouillent près du quai. Long. 10. 45. latit. 52. 12. (D.J.)

WATERFORD, comté de, (Géog. mod.) comté d'Irlande, dans la province de Munster. Il est borné au nord par les comtés de Tippérari & de Kilkenni, au midi par l'Océan, au levant par Vexford, & au couchant par Cork. On le divise en six baronies ; le pays est bon & riche. Il contient, outre Waterford, capitale, quatre autres villes ou bourgs qui députent au parlement d'Irlande.


WATERVLIET(Géog. mod.) village des Pays-bas, dans la Flandre hollandoise, mais sur le territoire de l'empereur, au bailliage d'Isendyck. Je parle de village, parce qu'il étend au-loin sa jurisdiction, & que c'est une seigneurie dont le tribunal est composé d'un bailli, d'un bourguemestre, de six échevins, & d'un greffier qui doit être de la religion réformée. L'église est desservie par un ministre. La justice civile & criminelle s'y doit administrer de la même maniere qu'à Middelbourg en Flandre. (D.J.)


WATLING-STREET(Géog. mod.) nom que l'on donne dans la grande Bretagne à un grand chemin fait par les Romains, & qui séparoit la Bretagne en occidentale & orientale, depuis le nord du pays de Galles, jusqu'à l'extrêmité méridionale de Kent, & qui aboutissoit à la mer. Par le traité qui mit fin à la guerre civile des Bretons, & qui commença l'époque du regne d'Ambrosius Aurelianus, ce grand chemin bornoit les états de Wortigerne & d'Ambrosius. Il servoit également de borne pour séparer les royaumes d'Edmont I. & d'Aulaf, roi danois. (D.J.)


WATTATALIS. m. (Hist. nat. Botan. exot.) arbre qui croît au Malabar. Ses feuilles broyées, infusées avec du tabac verd & du riz, passent pour être bienfaisantes dans les ulceres invétérés & vermineux.

On les fait bouillir dans de l'eau, & l'on en prépare un bain qu'on dit être bon contre la fievre avec frisson. On broie la fleur & son fruit, on en fait un sachet, on met bouillir ce sachet dans du lait de femme, & l'on a un topique recommandé dans les mêmes fievres. Ray.


WATTEN(Géog. mod.) petite ville de France, dans la Flandre, en la châtellenie de Bourbourg, sur l'Aa, à 2 lieues au-dessous de S. Omer, avec une abbaye d'hommes de l'ordre de S. Augustin. Long. 19. 56. latit. 54. 43.


WATWEIL(Géog. mod.) petite ville ou plutôt bourgade de France, en Alsace, entre Sultz & Tannen ; il y a dans son voisinage des eaux soufrées, propres pour dessécher & guérir les maladies de la peau.


WAVENEYLE, (Géog. mod.) riviere d'Angleterre. Elle a sa source dans la province de Suffolck, au voisinage de Lop-Hamford, & finit par donner une partie de ses eaux au lac Luthing, & l'autre partie à la riviere d'Yare. (D.J.)


WAVRE(Géog. mod.) petite ville des Pays-bas, dans le Brabant-wallon, à trois lieues & demie de Louvain, à quatre & demie de Bruxelles, à cinq de Nivelle, & à sept de Namur. Cette place qui contenoit autrefois six mille communians, & plus de deux mille maisons, a éprouvé coup-sur-coup des incendies qui l'on réduite à un simple bourg.


WAZA(Géog. mod.) province de l'empire russien. Elle est bornée au nord par la province de Dwina ; à l'orient, par l'Oustiong ; au couchant, par l'Onéga & le Carcajol. Cette province, que la riviere de Waza traverse du midi au nord, est toute couverte de forêts.

WAZA, la, (Géog. mod.) M. Delisle écrit Vaga, riviere de l'empire russien. Elle tire sa source d'un lac de la ville de Bélozéro, arrose les extrêmités de plusieurs provinces, donne son nom à la petite ville de Waza, située vers son embouchure, & se perd dans la Dwina. (D.J.)


WEAUMELA, (Géog. mod.) petite riviere de France, en Provence. Elle a sa source dans le territoire d'Auriol, & se perd dans la mer près de Marseille. Sanson croit que la Weaume est l'ancien Ivelinus. (D.J.)


WEAVERLE, (Géogr. mod.) riviere d'Angleterre, dans Chestershire. Elle sort de l'étang de Ridley-Pool, passe à Norwich, & va se jetter dans le Mersey.


WECHTERBACH(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la Vétéravie, sur la droite de Kintz, au comté d'Isenbourg, avec un château. (D.J.)


WEDERO(Géog. mod.) ou WERO, île de la Manche de Danemarck, entre les îles de Samsoé & de Syro, dont elle est éloignée d'environ trois milles. (D.J.)


WEDON(Géog. mod.) bourg d'Angleterre, dans le comté de Northampton, sur le bord de l'Avon. Ce bourg n'a rien de remarquable que son ancienneté, car il a été connu des Romains sous le nom de Bannavenna. Le roi Wulphère y a eu autrefois son palais, que sa fille convertit en monastere.


WEEL(Géog. mod.) ou WEILE, petite ville de Danemarck, dans le Nort-Jutland, au diocèse de Rypen, sur sa côte orientale, à 4 lieues au nord de Kolding.


WEELOCKLE, (Géog. mod.) petite riviere d'Angleterre, dans la province de Chester. Elle tire sa source de trois ruisseaux, & se jette dans la Dane, après un cours de 12 milles. (D.J.)


WEEN(Géog. mod.) ou HUENE, île de Suede, dans le détroit du Sund. Après que le Danemarck eût cédé à la Suede la Scanie, les Suédois réclamerent encore Ween comme une dépendance, & les Danois la réclamoient comme appartenante à la Sélande. Ils étoient fondés sur la raison, & les Suédois sur la supériorité de leurs forces qui les fit triompher. Depuis ce tems, ils possedent cette île remarquable par les ruines du fameux château d'Uranibourg, autrefois la demeure de Tycho-Brahé. Voici ce qu'en dit le comte de Plelo, dans une lettre au chevalier de la Vieuville, écrite en 1732.

" C'est-là que ce divin génie,

Sous les auspices d'Uranie,

Avoit établi son séjour.

Là se remarquoit cette tour

Aux astres par lui consacrée,

D'où, perçant la voûte azurée,

Il tenta de voler aux dieux

Le secret de l'ordre des cieux.

C'est-à-dire, pour m'exprimer plus simplement, que ce fut dans ce lieu qu'il composa son système du monde, & où il fit bâtir le château d'Uranibourg, avec l'observatoire de Stellesbourg, dont les descriptions nous donnent une si belle idée, si l'on s'en rapporte à ce qu'elles disent.

L'île de Ween étoit alors l'asyle, ou plutôt le temple de tous les arts ; car outre les endroits destinés aux études astronomiques, l'on y voyoit aussi des laboratoires, des manufactures, & des atteliers de différens genres, tous si bien disposés, que sans se gêner dans aucunes de leurs fonctions particulieres, ils concouroient tous au but commun de se perfectionner les uns les autres, par une étroite correspondance.

Il n'y avoit pas jusqu'aux Muses, graves ou badines, qui n'eussent là leur place ; mais ce qui m'en auroit touché davantage, c'est que le maître du lieu, continuellement entouré d'une foule de disciples que sa réputation lui attiroit de tous côtés, n'épargnoit rien pour leur faire trouver dans sa retraite, toutes les douceurs & toutes les commodités de la vie, en même tems qu'il leur faisoit trouver dans sa conversation, & dans ses lumieres, tous les secours qui pouvoient applanir le chemin des sciences les plus relevées ; c'étoit partout des promenades, des jardins & des bosquets charmans.

Tels on nous peint, dans nos vieux âges,

Les Socrates & les Platons,

Sous de délicieux ombrages,

Donnant leurs sublimes leçons.

Il est vrai qu'à la honte du pays, ou pour mieux dire de la nation, on ne laissa pas long-tems jouir ce grand homme d'un loisir si noble & si blen employé. Il se vit bientôt dépouillé de son île, forcé peu-à-peu à quitter tout-à-fait sa patrie, & l'on poussa la rage jusqu'à faire abattre tout ce qu'il avoit fait construire, desorte

Qu'il n'en reste aucun fondement,

Et qu'à peine aujourd'hui sur l'herbe

D'une demeure si superbe,

Reconnoît-on l'emplacement ;

Mais, malgré toute la furie

Qu'ont exercé contre ces lieux

L'injustice & la barbarie,

Ils resteront toujours fameux.

Toujours de leur antique gloire

Ils rappelleront la mémoire ;

Et toujours à leur seul aspect,

On sera saisi de respect.

C'est du-moins ce qui nous arrive chaque fois que nous tournons les yeux de leur côté, & ce que l'on éprouve bien plus sensiblement encore, quand on les va voir de près, comme nous fimes ces jours passés. Je ne sai même s'il n'y a pas quelque chose à gagner pour eux dans l'état où ils sont, & si, en général, un air un peu délâbré ne sied pas mieux à des endroits célebres, que s'ils étoient dans tout leur lustre ; car alors l'imagination, grande embellisseuse de son métier, travaille seule à nous les peindre, ne manque guere à leur prêter des charmes que peut-être ils n'ont jamais eu ". Nous rapportons ce morceau pour confirmer le détail que nous avons déja fait d'après les historiens du tems, au mot URANIBOURG. (D.J.)


WEERE(Géog. mod.) ou WERE, petite ville des Provinces-unies, dans l'île de Walcheren, avec un port, à une lieue au nord-ouest de Middelbourg, avec titre de marquisat. Long. 21. 17. latit. 51. 30. (D.J.)


WEERT(Géog. mod.) petite ville des Pays-bas, dans le Brabant, au quartier de Bois-le-Duc, dans le Péeland, à 4 lieues de Ruremonde. Long. 23. 29. lat. 51. 9.

Il y a dans cette petite ville un couvent de récollets, un prieuré de chanoines augustins, & un monastere de religieuses pénitentes, fondé par Jean de Weert, natif de cette ville, dont il prit le nom.

Cet homme d'une naissance obscure, s'éleva par sa valeur au plus haut grade militaire, & rendit son nom très-célebre. Il commença sa fortune d'une maniere fort étonnante. Il apprenoit le métier de cordonnier ; son maître le battit, il s'engagea dans un régiment de troupes allemandes qui étoit à Weert. Bientôt il se fit distinguer, & après avoir passé d'une maniere brillante par tous les grades militaires, il devint vice-roi de Bohême, & commandant de Prague, où il mourut vers l'an 1665. C'est lui dont le nom, après avoir fait grand bruit dans les nouvelles publiques, retentit enfin dans nos chansons françoises. On en fit courir un grand nombre à la cour & à la ville, où il servoit de refrain.

Ménage voulant prouver que nous employons également le mot tudesque dans le discours familier, pour dire un allemand, cite M. de Montplésir, qui a dit dans une de ses chansons :

Faut-il se lever si matin,

Dit le comte de Fiesque ;

On ne dort non plus qu'un lutin

Avecque ce tudesque.

Maugré-bieu de la nation :

Le diable emporte Gassion,

Et Jean de Weert.

Mademoiselle l'Héritier nous apprend, dans le Mercure galant, d'Avril 1702, l'origine de ces chansons. Elle dit que Jean de Weert s'étant rendu maître de plusieurs places dans la Picardie, porta la terreur jusqu'aux portes d'Amiens, par les troupes qu'il envoyoit en parti. Cette terreur se répandit jusque dans Paris ; & comme le peuple grossit toujours les objets, le seul nom de Jean de Weert y inspiroit l'effroi.

Ce général ayant été fait prisonnier à la bataille de Rheinfeld, en 1638, la muse du Pont-Neuf célébra ses transports de joie sur un air de trompette qui couroit alors. Elle disoit que les François avoient fait un tel nombre de prisonniers, & Jean de Weert. Comme il y avoit dans ces chansons une certaine naïveté grossiere, mais réjouissante, la cour & la ville les chanterent. Enfin, des gens d'esprit en firent d'autres délicates & fort jolies sur le même air de Jean de Weert. Ce vaillant officier, dont le nom avoit fait un bruit si éclatant, laissa en France une mémoire immortelle de sa prise, & l'on nomma le tems où elle étoit arrivée, le tems de Jean de Weert. (D.J.)


WEIBSTAT(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans le palatinat du Rhin, entre Hailbron & Heidelberg. Long. 26. 31. lat. 49. 17. (D.J.)


WEIDA(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la haute-Saxe, au cercle de Voigtland, sur une riviere de même nom.

WEIDA, LA, (Géog. mod.) ou la Weide, riviere d'Allemagne, en Silésie. Elle a sa source aux confins de la Pologne, & se perd dans l'Oder, un peu au-dessous de Breslaw. (D.J.)


WEIDEN(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans la Baviere, au palatinat de Neubourg, sur la riviere de Nab. Elle est le chef-lieu d'un bailliage, & passe pour être l'ancienne Idunum. Long. 29. 52. latit. 49. 41. (D.J.)


WEIGATSdétroit de, ou VEGATZ, ou VAIGATS, ou détroit de Nassau : (Géog. mod.) détroit entre les Samoyedes & la nouvelle Zemble. Il fait la communication entre les mers de Moscovie & de Tartarie.

On a cherché long-tems par ce détroit un passage à la Chine & au Japon, & ce projet n'est pas encore abandonné. Le premier qui fit cette tentative, fut Hughes Willoughby, en 1553 ; après lui, Etienne Burrough entreprit la même recherche en 1556. Les capitaines Arthur Peety & Charles Jackman poursuivirent la même entreprise en 1580, par ordre de la reine Elisabeth : ils passerent le détroit de Weigatz, & entrerent dans la mer qui est à l'est. Ils y trouverent une si grande quantité de glaces, qu'après avoir essuyé de grands dangers & des fatigues extraordinaires, ils furent contraints de revenir sur leurs pas : le mauvais tems les écarta, & l'on n'a jamais eu de nouvelles de Peety ni de son équipage.

Guillaume Barentz renouvella cette tentative par ordre du Prince Maurice en 1595 ; mais trouvant les mêmes difficultés que ses prédécesseurs à découvrir un passage à la Chine par le détroit de Weigatz, il se flatta de réussir par le nord de la nouvelle Zemble, fit deux voyages inutiles de ce côté-là, & mourut en route.

Le capitaine Wood, navigateur anglois, mit à la voile en 1675, porta droit au nord-est du nord-cap, & découvrit en 1676 comme un continent de glaces à 76 degrés de latitude, & environ à 60 lieues à l'est de Groenland, où il s'imagina qu'en allant plus à l'est, il pourroit trouver une mer libre ; mais découvrant toujours de nouvelles glaces, il perdit toute espérance.

Il reste encore une grande incertitude sur la possibilité du passage, soit par le nord de la nouvelle Zemble, soit par le midi, c'est-à-dire, par le détroit de Weigatz. Les uns prennent pour un golfe la mer qui est à l'est de ce détroit, & les autres veulent que ce soit une mer libre qui communique à celle de la Chine. Ce dernier sentiment paroît aujourd'hui le plus vraisemblable, car la nouvelle carte de l'empire de Russie, dressée sur de nouvelles observations, nous apprend que le Weigatz communique avec la mer de Tartarie, & que les glaces de ce détroit ne se fondent point pendant l'été, à moins que quelque tempête du nord-est ne vienne les briser.

Quoi qu'il en soit, c'est ici que l'Océan gelé jusqu'au fond de ses abîmes, est enchaîné lui-même, & n'a plus le pouvoir de rugir. Toute cette mer n'est qu'une étendue glacée : triste plage dépourvue d'habitans. Oh ! dit le peintre des saisons, combien sont malheureux ceux qui, embarrassés dans les amas de glaces, reçoivent en ces lieux le dernier regard du soleil couchant, tandis que la très-longue nuit, nuit de mort, & d'une gelée fiere & dix fois redoublée, est suspendue sur leurs têtes, & tombe avec horreur. Tel fut le destin de ce digne anglois, le chevalier Hugh Willoughby, qui osa (car que n'ont pas osé les Anglois ?) chercher avec le premier vaisseau ce passage tant de fois tenté en vain, & qui paroît fermé de la main même de la nature jalouse, par des barrieres éternelles. Dans ces cruelles régions, son vaisseau pris dans les glaces, resta tout entier immobile & attaché à l'Océan glacé ; lui & sa troupe demeurerent gelés comme des statues, chacun à son poste, à son emploi, le matelot au cordage, & le pilote au gouvernail.

Malgré ce désastre affreux, il sera toujours beau de chercher ce passage si desiré : jamais le désespoir ne doit être admis dans des projets si nobles, avant que l'impossibilité du succès soit démontrée. (D.J.)


WEIK(Géog. mod.) petite ville d'Ecosse dans la province de Caithness, dont elle est capitale, sur la côte orientale de la province, où elle a un bon Havre pour faire le commerce. Long. 40. 50. latit. 58. 25.


WEIL(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans le duché de Wirtemberg, à 4 lieues au sud-ouest de Stutgard, sur la riviere de Wurm. Elle est libre & impériale, ses fortifications sont à l'antique. Long. 26. 40. latit. 48. 43.

Brentius ou Brentzen, (Jean) fameux ministre luthérien, & l'un des plus fideles disciples de Luther, naquit à Weil en 1499 ; il devint professeur de théologie à Tubingen, se maria & fut conseiller ordinaire du duc de Wirtemberg, qui le combla de biens. Sa femme étant morte vers l'an 1550, il en épousa une autre jeune & belle, dont il eut douze enfans. Il mourut en 1570, à 72 ans : ses ouvrages ont été imprimés en 8 volumes.

Il a renchéri sur les sentimens de Luther, dans la doctrine du baptême & de l'eucharistie. D'un côté, il enseigna que le baptême n'effaçoit point toutes sortes de péchés ; de l'autre, il soutint que J. C. depuis son ascension, est par-tout ; c'est ce qui a fait donner le nom d'Ubiquitaires ou d'Ubiquistes à ceux qui suivent cette opinion. Brentius étoit en même-tems d'un caractere modéré : de-là vient que Luther se comparoit au vent qui brisoit les montagnes ; mais il avoit coutume de comparer Brentius, à cause de sa douceur, à ce vent paisible dont il est parlé dans le I. ou III. livre des rois, c. xix. v. 12.


WEILBOURG(Géog. mod.) comté d'Allemagne au cercle du haut-Rhin. Il est borné au nord par le comté de Solms, au midi par celui d'Idstein, au levant par celui d'Isenbourg, & au couchant par celui de Nassau. Weilbourg est la capitale. (D.J.)

WEILBOURG, (Géog. mod.) ville d'Allemagne dans le cercle du haut-Rhin, capitale du comté de même nom, sur la rive gauche de la Lohn, à 8 lieues au nord-est de Nassau, & à 10 au nord de Mayence. Long. 26. 3. latit. 50. 24.


WEILE(Géog. mod.) petite ville de Danemarck dans le Nort-Jutland, au diocèse de Rypen, sur le bord d'une grande bale, à 4 lieues du nord de Kolding. Long. 26. 54. latit. 55. 42.


WEILHEIM(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans la Baviere, sur la droite de l'Amber, au sud-ouest de Munich. C'est la demeure des anciens Benlauni. Long. 28. 47. latit. 47. 45.


WEILHEM(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans le duché de Wirtemberg, sur la droite de la Lauter. (D.J.)


WEIMAR(Géog. mod.) ville d'Allemagne dans la haute-Saxe, capitale du duché de même nom, sur la riviere d'Ilm, à 7 lieues au nord-est d'Erfurt, & à 5 au nord-ouest de Iena, avec un château où réside le duc de Saxe-Weimar. Long. 29. 25. latit. 51. 6. (D.J.)

WEIMAR, duché de, (Géog. mod.) duché d'Allemagne dans la haute-Saxe. Il est borné par le territoire d'Erfurt, la riviere de Sala, le comté de Schwartzbourg & le bailliage d'Eckarsberg. Il a 7 à 8 lieues de longueur sur 4 de largeur : il contient, outre la capitale, quelques bourgs, & divers bailliages.


WEINFELDEN(Géog. mod.) bailliage de Suisse au canton de Zurich, dans le Turgaw. Ce bailliage prend son nom de son chef-lieu, qui est un gros bourg où réside le bailli. En 1614, le canton de Zurich acheta Weinfelden des seigneurs de Gimmingen, & l'an 1529, les habitans de ce bailliage embrasserent la religion protestante.


WEINGARTEN(Géog. mod.) abbaye d'hommes de l'ordre de St. Benoît, en Allemagne, dans la Souabe, à une lieue au nord-est de Ravensbourg ; à quatre au nord du lac de Constance, & à demi-lieue au couchant d'Altdorf. Son abbé a le second rang parmi les prélats du banc de Souabe. Plusieurs princes de la maison de Baviere ont leur sépulture dans cette abbaye, qu'on dit avoir été fondée par Pepin.


WEINHEIM(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans le palatinat du Rhin, aux confins de l'électorat de Mayence, dans le Bergstraat, à 2 lieues à l'orient de Worms, & à trois au nord de Heidelberg. C'est cette ville que M. Corneille appelle Vainen. On ne peut guere commettre une plus grande faute dans un dictionnaire géographique, que d'estropier les noms. Long. de Weinheim, 26. 2. latit. 49. 33. (D.J.)


WEISSEMBERG(Géog. mod.) ville de l'empire Russien, dans l'Esthonie, au quartier appellé Wirie, assez près du golfe de Finlande, au midi de Tolsbourg, entre Revel & Narva.


WEISSEMBOURou WEISSENBOURG en Wasgaw, (Géog. mod.) en latin Sebusium, ville de France dans l'Alsace, au pays de Wasgaw, vers les frontieres du Palatinat, sur la riviere de Lauter, à 6 lieues au sud-ouest de Landau, à 10 au sud-ouest de Philisbourg, & à 108 de Paris. Elle est chef-lieu d'un bailliage, & a été libre & impériale.

Elle s'appelle Weissembourg en Wasgaw, pour la distinguer d'une autre ville aussi nommée Weissembourg, qui est du cercle de Franconie, & qui est connue sous le nom de Weissembourg en Nordgaw. Beatus Rhenanus prétend que Weissembourg, en Wasgaw a été la demeure des anciens Sebusiens, & qu'elle en a retenu le nom. Ce qui est constant, c'est que cette ville est ancienne ; elle étoit connue au septieme siecle, lorsque Dagobert, roi de France, y fonda un monastere où sa fille Irmine est enterrée, & auquel il donna de très-grands biens, entr'autres la seigneurie de Weissemberg & d'autres villes du voisinage, qui sont venus au pouvoir des comtes Palatins du Rhin, & de quelqu'autres princes.

Le même roi Dagobert fit présent à l'Eglise de Weissembourg d'une couronne d'argent doré, dont la circonférence étoit de 24 pieds. On en a fait depuis une semblable en cuivre, & elle est suspendue dans la grande église.

En 1626, la ville fut enfermée de murailles par l'abbé Frédéric. Son successeur Edelin la fit entourer d'un fossé, & la fortifia de quelques boulevards. Dans la suite, les habitans ayant obtenu divers privileges, se rendirent indépendans des abbés, & furent reçus au nombre des villes libres & franches de l'empire avant le quinzieme siecle.

Louis XIV. prit Weissembourg en 1673, & la fit démanteler. Elle fut réunie à la France avec les autres villes de la préfecture en 1680, & le traité de Ryswick a confirmé cette réunion. Long. 25. 38. latit. 49. 3. (D.J.)

WEISSEMBOURG, (Géog. mod.) ou Weissembourg en Nordgaw, petite & chetive ville impériale d'Allemagne, dans le cercle de Franconie, sur le Rednitz, à six lieues au nord de Donawert. Long. 28. 23. latit. 48. 37.

Mercklinus (George-Abraham), médecin, naquit à Weissembourg en Franconie, l'an 1644, & mourut en 1702, âgé de 58 ans. Ses principaux ouvrages sont 1°. tractatus de ventositatis spinae saevissimo morbo. 2°. Lindenius renovatus, Norimbergae 1686, in -4°. 3°. Tractatus physico-medicus de incantamentis. Il a encore parsemé de quantité d'observations médicinales fort mauvaises, les éphémérides des curieux de la nature. Le P. Nicéron l'a pris pour un homme illustre, & a donné son article dans ses mémoires, tom. XIII. p. 179 & suiv. (D.J.)

WEISSEMBOURG, (Géog. mod.) ou Albe-Julie, petite ville de Transylvanie, capitale d'un comté, près de la riviere d'Ompay, qui se joint au-dessous à la Marisch. Elle a été la résidence des princes de Transylvanie, & est épiscopale. Son évêché fut érigé en 1696, par le pape Innocent XII. Long. 42. latit. 46. 30.


WEISSENFELS(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, en Misnie, au cercle de Leipsick, sur la Saala. Long. 30. 25. latit. 51. 23.


WEISSENZÉE(Géog. mod.) bourg ou petite ville d'Allemagne, dans la Thuringe, à six lieues d'Erfurt. Elle est chef-lieu d'un bailliage.


WEITZEou VEITZEN ou VATZEN, (Géog. mod.) ville de la haute-Hongrie, sur la gauche du Danube, à cinq milles au nord de Bude ; c'est une ville épiscopale dépendante de l'archevêché de Strigonie. Le prince de Lorraine enleva cette place aux Turcs l'an 1684 ; mais le séraskier bacha la reprit sur les Impériaux, & en fit sauter les fortifications. Long. 36. 50. latit. 47. 15.


WELIKA-RECALA, (Géog. mod.) ou la Muldow, riviere de l'empire russien. Elle prend sa source aux confins de la Lithuanie, dans le duché de Pleskow, & se perd dans le lac de ce nom.


WELLIA-TAGERAS. f. (Hist. nat. Botan. exot.) plante siliqueuse du Malabar ; sa fleur est tétrapetale ; ses siliques sont longues, plates, divisées en cellules transversales qui contiennent les semences. Cet arbrisseau s'éleve à la hauteur de cinq à six piés ; il est toujours verd. On se sert de ses fleurs & de ses feuilles dans plusieurs maladies. On emploie ses fleurs avec du cumin, du sucre & du lait, dans la gonorrhée virulente. (D.J.)


WELLou WELLES, (Géog. mod.) en latin Theonodunum ; ville d'Angleterre, dans Sommersetshire, à 90 milles au couchant de Londres. Elle est agréable, bien bâtie, très-peuplée, & forme avec Bath un siege épiscopal. Le palais de l'évêque n'est pas loin de la cathédrale, qui est renommée par la sculpture de sa façade & par le nombre de ses statues. Elle députe au parlement, & a droit de marché. Elle tire son nom du grand nombre de ses puits & de ses sources d'eau vive. Dans le voisinage de cette ville, on voit sur la montagne de Mendip une grotte profonde & spacieuse, qui donne plusieurs sources d'eaux, & qu'on appelle Ochie-Hole, mot dérivé du gallois og, qui veut dire une grotte. Sous le regne de Henri VIII. on trouva près de cette grotte l'inscription suivante faite pour un trophée de l'empereur Claude, l'an 50 de Jesus-Christ : Ti. Claudius Caesar. Aug. P. M. Trib. Pot. VIII. Imp. XVI. De Brit. Long. 15. 4. latit. 51. 15.

Bull (Georges) en latin Bullus, grand théologien, naquit à Wells en 1634, & mourut en 1710, évêque de Saint-David. Il s'est rendu célebre par plusieurs ouvrages, ayant employé la plus grande partie de la nuit à étudier, dormant peu, & se levant de bonne heure. Ses écrits latins ont été recueillis & publiés à Londres par Grabe en 1703, en un volume in-folio ; & M. Nelson fit imprimer en 1713, en trois vol. in 8°. les sermons de cet illustre évêque, précédés de sa vie, dont on trouvera l'extrait dans la bib. angl. tom. I. part. I.

Le plus fameux des ouvrages de Bull est sa défense de la foi du concile de Nicée, defensio fidei nicoenae, Oxonii, 1686, in -4°. & à Amsterdam 1688. L'auteur s'y propose de prouver que les peres des trois premiers siecles ont cru la divinité de Jesus-Christ & sa consubstantialité avec le pere, & par conséquent que le concile de Nicée n'a fait qu'établir la doctrine constante de l'Eglise depuis la naissance du christianisme.

Non-seulement les Sociniens pensent bien différemment, mais Episcopius qui n'étoit point socinien, prétend que c'étoit parmi les disputes & le trouble, que les peres de Nicée avoient dressé le symbole qui porte leur nom. Zuicker a démontré dans son livre intitulé Irenicum irenicorum, que les peres de Nicée étoient les auteurs d'une nouvelle doctrine ; & Courcelles a trouvé ses raisons sans réplique. Enfin le pere Petau accorde aux Ariens que les docteurs chrétiens qui précéderent le concile de Nicée, n'étoient pas éloignés de leurs opinions. D'autres savans ont répondu au docteur Bull, que tout son ouvrage rouloit sur une sorte de réticence, en supposant que le concile de Nicée étoit dans le même sentiment que nous sur la Trinité ; au-lieu que ce concile reconnoissoit, à proprement parler, trois dieux égaux, contre l'opinion des Ariens, qui les croyoient inégaux, ou plutôt qui croyoient que le pere seul étoit Dieu dans le sens propre. Aussi le savant Cudworth, loin de défendre le concile de Nicée, a déclaré qu'on ne pouvoit pas regarder sa doctrine comme étant plus orthodoxe que celle des Ariens.

Toutes ces réflexions ne détruisent point le dogme de la divinité du fils de Dieu ; elles tendent seulement à justifier que quelque vénération qu'on doive avoir pour les premiers peres de l'Eglise, ils ont été sujets à l'erreur, parce qu'ils étoient hommes comme nous, & conséquemment ils ont pu se tromper sur cet article, comme sur bien d'autres. (D.J.)


WELS(Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans la haute Autriche, au quartier de Traun, sur l'Agger. On la prend pour l'Ovilabis d'Antonin. Long. 31. 30. latit. 48. 10.


WELSH-POOLE(Géog. mod.) bourg d'Angleterre, dans le pays de Galles, au comté de Montgommery, sur la Saverne. Le mot Welsh-Poole est anglois, & signifie étang gallois. Les Gallois l'appellent en leur langue Trellin, au-lieu de Tref-Llin : ce qui veut dire une habitation sur un lac. On voit à Welsh-Poole deux vieux châteaux renfermés dans une enceinte de murailles.


WELTENBURG(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la Baviere, sur la droite du Danube, entre Ingolstat & Ratisbonne, à-peu-près à égale distance de ces deux villes. Il y a une riche abbaye de bénédictins.


WEMBDINGEN(Géog. mod.) ville d'Allemagne, au cercle de Franconie. Elle est enclavée dans le duché de Neubourg, à six lieues de la ville de Neubourg. Long. 28. 43. latit. 48. 34.

Fuchsius ou plutôt Fuchs (Léonard), l'un des célebres médecins & botanistes du xvj. siecle, naquit à Wembdingen en 1501, & mourut à Tubingen en 1566, à 65 ans. Il enseigna & pratiqua la médecine avec la plus grande réputation. Il a mis au jour plusieurs ouvrages, dont l'un des principaux est de historiâ stirpium commentarii. On fit de son vivant six éditions de ses institutions de Médecine ; cependant cet auteur a perdu depuis long-tems son crédit, & en botanique & dans l'art d'Esculape, parce qu'il n'a fait que compiler les ouvrages d'autrui sans choix & sans goût.


WENDEN(Géog. mod.) ville de l'empire russien, en Livonie, sur le bord de la riviere de Treiden. Cette ville autrefois considérable, & qui a donné son nom à un petit pays, est maintenant une ville ruinée.


WENERBURou WANESBORG, (Géog. mod.) petite ville de Suede, en Westrogothie, dans l'endroit où le fleuve Gothelba sort du lac Wener.


WENICZA(Géog. mod.) petite ville de la basse Hongrie, sur la Drave. Lazius croit que c'est l'ancienne Vincentia de la Valerie Ripense.


WENLOCK(Géog. mod.) petite ville ou plutôt bourg à marché d'Angleterre, dans la province de Shrewsbury, entre Londres & Shrewsbury, à douze milles de cette derniere ville. Longit. 14. 43. latit. 42. 50.


WENSBEEKLE, (Géog. mod.) en latin Venta, petite riviere d'Angleterre. Elle prend sa source dans la province de Northumberland, & se perd dans la mer, à environ quatre milles du bourg de Morpeth.


WENSYSSEou VENDSUSSEL, (Géog. mod.) en latin Vendela, Vandalia, ville de Danemarck, dans le Jutland méridional. Elle a eu autrefois un évêché, qui fut transféré à Alborg l'an 1540. Cette ville est encore le chef-lieu d'une préfecture de son nom. Long. 27. 52. latit. 57. 3.

WENSYSSEL, Préfecture de, (Géog. mod.) préfecture du diocèse d'Alborg, dans le Jutland méridional. On ne compte dans cette préfecture qu'une ville de son nom & trois bourgs.


WEPELA, (Géog. mod.) petit pays de France, dans le comté de Flandres, le long de la Lys. Il comprend Armentieres & la Bassée.


WERBEN(Géog. mod.) en latin Varinum, ville d'Allemagne, au cercle de la basse-Saxe, dans la vieille marche de Brandebourg, à l'embouchure du Havel dans l'Elbe. Cette ville a été autrefois considérable & forte ; elle a souffert plusieurs sieges ; mais ses fortifications ont été rasées en 1641, de convention entre le roi de Suede & l'électeur de Brandebourg. L'empereur Henri II. tint dans cette ville l'an 1002, une assemblée générale, par laquelle il engagea la nation esclavonne à professer de nouveau le christianisme, & à lui payer la dixme qu'elle lui avoit refusée jusqu'alors.

WERBEN ou WARBEN, (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans le cercle de basse-Saxe, au duché de Poméranie, sur le bord d'un lac. Long. 30. 5. latit. 53. 5.


WERCKERZÉELE, ou WORTZI, (Géog. mod.) lac de l'empire russien, dans la Livonie, au couchant de celui de Peipus, avec lequel il communique, ainsi qu'avec la mer Baltique.


WERD(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la basse Carinthie, sur le bord méridional d'un lac de même nom, à trois lieues au couchant de Clagenfurt. Long. 31. 47. latit. 46. 44.


WERDEBERG(Géog. mod.) petite ville de Suisse, dans la dépendence du canton de Glaris, & le chef-lieu du bailliage auquel elle donne son nom, Elle a un château pour sa défense (D.J.)


WERDEN(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la Westphalie au comté de la Marck, sur le Roër, vers les confins du duché de Berg, avec une abbaye.


WERELA, (Géog. mod.) en latin, Vedra ou Virus, riviere d'Angleterre, dans la province de Durham ; après l'avoir arrosée du couchant à l'orient, elle fait une presqu'île, dans laquelle est située, la ville de Durham, & ensuite tournant au nord, elle se jette dans l'Océan. (D.J.)


WEREGILD(Droit saxon) nom de l'amende qu'on payoit du tems d'Alfred chez les Anglo-Saxons, dans le cas du meurtre involontaire. Le roi en avoit la premiere part, qu'on appelloit frith-hote, pour le dédommager du désordre fait, & de la perte d'un sujet. Le seigneur en avoit une autre part par la même raison, & cette part s'appelloit man-hote ; la famille du mort avoit le troisieme tiers, qu'on nommoit mag-hote ou cengild. Si le délinquant ne satisfaisoit pas, sa vie étoit entre les mains de la famille du mort, qui étoit le vengeur du sang, selon la loi de Moïse. Mais comme les parens étoient dedommagés de leur perte dans ce cas-là, ils étoient aussi obligés de payer pour ceux qui leur appartenoient. Lorsque dans la commission d'un meurtre, ils n'étoient pas en état de payer le weregild ; & qu'alors le meurtrier se sauvoit par la fuite, sa parenté, & quelquefois même dans certains cas, ses voisins étoient obligés de payer à la famille ou aux parens du mort, tantôt le tiers, & tantôt la moitié du weregild. (D.J.)


WERELADAS. m. (Hist. mod.) ce mot chez les Anglo-Saxons signifioit le serment par lequel on se justifioit d'une accusation d'homicide pour se dispenser de payer l'amende infligée, comme peine de ce crime, & qu'on nommoit Were. Voyez WERE.

Quand un homme en avoit tué un autre, il étoit obligé de payer au roi & aux parens du mort, l'estimation qu'on faisoit de celui-ci, & qui étoit plus ou moins forte, suivant sa qualité. Car du tems des Saxons, l'homicide n'étoit pas puni de mort, mais simplement d'une amende pécuniaire. Les Saxons avoient pris cette coutume, des anciens Germains & des Francs, chez lesquels on payoit 14 liv. pour un homicide ; savoir, 3 livres pour le droit du roi appellé bannum dominicum ou fredum, du teutonique frid, qui veut dire, paix ou réconciliation, & 11 liv. pour la réparation du meurtre. Cette derniere somme qui se payoit au plus proche parent se nommoit wergelta, terme composé de deux mots germains gelt, argent, & weren se défendre : souvent cette composition & ces amendes enrichissoient la famille de celui qui avoit été tué. Vous m'avez beaucoup d'obligation, disoit dans une débauche, un certain Sichaire à Cranninide, ainsi que le rapporte Grégoire de Tours, liv. IX. ch. xix. de ce que j'ai tué vos parens ; ces différens meurtres ont fait entrer dans votre maison beaucoup de richesses qui en ont bien rétabli le desordre.

Mais lorsque le cas étoit douteux & que l'accusé nioit le fait, il étoit obligé de se purger par le serment de plusieurs personnes, suivant son rang & sa qualité. Si l'amende n'étoit fixée qu'à 4 liv. il étoit tenu d'avoir dix-huit personnes du côté de son pere, & quatre du côté de sa mere pour prêter serment avec lui, & l'on appelloit ces personnes juratores ou conjuratores. Mais si l'amende alloit jusqu'à 14 liv. alors il falloit soixante témoins ou jureurs, & c'est ce qu'on appelloit werelada, homicidium werâ solvatur aut werelada negetur. Telle étoit la disposition de la loi. Voyez SERMENT.


WERGEou VERGEL, (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la contrée de Windischmarck, au cercle d'Autriche, sur la rive droite du Gurck, au levant de Rudolsvord. (D.J.)


WERGOLENSKOY(Géog. mod.) petite ville de l'empire Russien, dans la Sibérie, en la province d'Irkutskoy, au nord-ouest du lac Baikal, sur la rive droite de la Lena, vers sa source, à quelques lieues au nord d'Irkutskoy. (D.J.)


WERINA(Géog. mod.) fleuve de la Bosnie, & l'un de ceux qui se jettent dans la Save, selon Chalcondyle, cité par Ortelius. (D.J.)


WERINou WOERING, ou WURINGEN, (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans l'électorat de Cologne, sur la gauche du Rhin, entre Cologne & Nuits. Les habitans de Cologne y gagnerent une bataille en 1297, sur le duc de Brabant. (D.J.)


WERMELE, ou LE WORM, (Géog. mod.) riviere d'Allemagne, au duché de Juliers. Elle prend sa source sur les confins du duché de Limbourg, traverse le duché de Juliers, arrose Aix-la-Chapelle, & va tomber dans le Roër, au voisinage de Wassenberg. (D.J.)


WERou WERNE, (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, en Westphalie, dans le haut évêché de Munster, sur les confins du comté de la Marck, proche la rive droite de la Lippe, à 4 lieues au midi de Munster. Long. 25. 18. lat. 51. 40. (D.J.)


WERNITZ(Géogr. mod.) riviere d'Allemagne, en Franconie. Elle prend sa source au comté de Holac, & se jette près de Donavert dans le Danube. (D.J.)


WERSTS. m. (Mesur. itinér.) nom d'une mesure de distance dont on se sert en Moscovie. Le werst, suivant la supputation du capitaine Perry, contient 3504 piés d'Angleterre ; ce qui fait environ deux tiers du mille anglois. Une lieue de France contient quatre wersts. Un degré a quatre-vingt wersts, ou soixante milles d'Angleterre. (D.J.)


WERTACH(Géog. mod.) riviere d'Allemagne, dans la partie méridionale de la Souabe. Elle prend sa source dans l'évêché d'Augsbourg, aux confins du Tyrol, & va tomber dans le Lech, un peu au-dessous d'Augsbourg. (D.J.)


WERTHEIM(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, en Franconie, sur le Mein. Elle est le chef-lieu d'un comté auquel elle donne son nom. Ce comté est borné au nord, par celui de Reineck ; à l'orient, par l'évêché de Wurtzbourg ; au midi & à l'occident, par les terres de l'archevêché de Mayence. Le Mein le coupe en deux parties. (D.J.)


WERTHES(Géog. mod.) en latin, verthusius mons, montagne de la basse-Hongrie, connue davantage sous le nom de schiltberg. Voyez SCHILTBERG. (D.J.)


WERWICou WARWICK, (Géog. mod.) petite ville ou bourgade des Pays-bas, dans la Flandre au quartier d'Ipres, sur la lys, entre Armentieres & Menin. Cette bourgade qui appartient à la maison d'Autriche, étoit dans le xjv. siecle une ville marchande & florissante. Elle est ancienne, & a même conservé quelque chose de son nom latin Vicoviacum, qui est marqué dans l'itinéraire d'Antonin. Long. 20. 43. Latit. 50. 47.

Chatelain (Martin) né aveugle à Werwick dans le dernier siecle, faisoit au tour des ouvrages finis en leur genre, comme des violes, des violons, &c. On lui demandoit un jour ce qu'il desireroit le plus de voir : les couleurs, répondit-il, parce que je connois presque tout le reste au toucher. Mais, lui répliqua-ton, n'aimeriez-vous pas mieux voir le ciel ? non, dit-il, j'aimerois mieux le toucher.


WESELA (Géog. mod.) petite riviere des Pays-bas, au duché de Limbourg. Elle prend sa source dans des marais, & tombe dans la riviere d'Ourt. (D.J.)


WESEL(Géog. mod.) ville d'Allemagne, au cercle de Westphalie, dans le duché de Clèves, sur la droite du Rhin, à l'embouchure de la Lippe, à 12 lieues au sud-ouest de Clèves, à 6 au nord de Gueldres. Cette ville qui a été impériale se gouverne selon ses loix, quoiqu'elle reconnoisse le roi de Prusse pour son souverain. Elle est munie d'une bonne citadelle & d'ouvrages extérieurs. Long. 24. 15. Latit. 51. 36.

Heshusius (Tilemannus) théologien de la confession d'Augsbourg, né à Wesel l'an 1526, fit beaucoup parler de lui par son humeur impétueuse. Il se brouilla à Heidelberg, à Iene, à Konigsberg, & ailleurs, avec tout le monde. Chassé de lieu en lieu, il se retira à Helmstad, où il fut fait professeur en théologie, & y mourut en 1588. Il est auteur d'un commentaire sur les pseaumes, sur Isaïe, & sur toutes les épîtres de S. Paul, mais tous ses ouvrages sont tombés dans l'oubli. (D.J.)


WESEN(Géog. mod.) gros bourg de Suisse, au pays de Gaster, sur le lac de Wahlestalt. Il est fort fréquenté, parce qu'il est sur la route de Suisse en Allemagne. C'étoit autrefois une bonne ville. (D.J.)


WESENBERou WESEMBERG, (Géog. mod.) petite ville de l'empire russien, dans l'Esthonie, au quartier de Wirland, sur la riviere Weiss, entre Revel & Nerva. Charles XII. roi de Suede, y avoit établi ses magasins en 1706, pour son expédition de la Livonie. Long. 44. 22. Latit. 59. 16. (D.J.)


WESERLE, (Géog. mod.) riviere d'Allemagne. Elle a sa source dans la Franconie, au duché de Cobourg où elle prend le nom de Werra ; & après avoir reçu plusieurs rivieres & parcouru plusieurs pays, elle se rend dans la mer d'Allemagne à l'orient, assez près de l'embouchure du fleuve Jade.

Le Weser est le Visurgis, si fameux dans l'histoire. On remarque que Drusus fut le premier des Romains qui approcha du Weser pour combattre les Chérusques ; & qu'au retour il fut en danger d'être défait par les Sicambres proche de la ville de Horn, à l'entrée de la forêt de Dethmold, où est le château d'Exterstein sur la montagne des Pics. Ce fut encore aux environs de cette riviere que Germanicus fils de Drusus, se signala dans la bataille contre Arminius, général des Chérusques. Enfin le Weser a été rendu célebre par les victoires des François contre les Saxons en 555, & principalement par celles de Charlemagne l'an 783. (D.J.)


WESMANLAND(Géog. mod.) & plus communément Westmanie, province de Suede. Voyez WESTMANIE.


WESOP(Géog. mod.) petite ville des Pays-bas, dans la Hollande, au Goyland, a deux lieues d'Amsterdam, sur la riviere de Vecht. Long. 22. 40. lat. 51. 21.

Til (Salomon van) professeur de théologie à Leyde, naquit à Wesop en 1644 & mourut en 1713. Il embrassa la doctrine & les principes de Cocceïus, qu'il défendit dans un grand nombre d'ouvrages sur l'Ecriture, dont les uns sont en flamand & les autres en latin ; mais on ne les lit plus aujourd'hui. (D.J.)


WESSEN(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans l'évêché de Liege, au comté de Horn, sur la gauche de la Meuse, entre Maseik & Ruremonde. (D.J.)


WEST-FRISE(Géog. mod.) c'est-à-dire, Frise occidentale, pays qui joint avec la Hollande, fait une des sept Provinces-unies. La plûpart des auteurs donnent le nom de West-Frise à la nord-Hollande, mais c'est improprement ; car toute la presqu'île qui est nommée la Hollande septentrionale sur les cartes, n'est pas de la West-Frise. Il est pourtant vrai qu'après que les comtes de Hollande eurent conquis ce pays, il fit partie du comté de Hollande, & pour lors on s'accoutuma à le nommer nord-Hollande ou Hollande septentrionale ; quoique dans les actes publics le nom de West-Frise se soit toujours conservé jusqu'à ce jour. (D.J.)


WEST-HAM(Géog. mod.) paroisse d'Angleterre dans le comté de Kent. Le Darent traverse cette paroisse, où il arriva dans le seizieme siecle un bouleversement étrange. A un mille & demi de West-Ham, du côté du sud, une piece de terre de douze toises de longueur, s'enfonça de six piés & demi le 18 de Décembre 1596. Le lendemain elle s'enfonça de quinze piés, & le troisieme jour de plus de quatrevingt. Par cet enfoncement, une portion de terre de quatre-vingt perches de longueur & de trente de largeur, qui comprenoit deux grands clos séparés l'un de l'autre par une rangée de frênes, commença à se détacher du reste de la terre qui l'environnoit & changea de place, se poussant au midi pendant onze fois vingt-quatre heures avec les arbres & les haies qui étoient dessus.

Cette portion de terre emporta avec elle deux creux pleins d'eau ; l'un profond de six piés, l'autre de douze, & larges de quatre perches, avec plusieurs aulnes & frênes qui étoient sur le bord, & un grand rocher. Tout cela fut non-seulement arraché de sa place & transplanté à quatre perches de-là, mais encore poussé en haut ; desorte qu'il s'en forma une petite bute élevée de neuf piés au-dessus de l'eau, sur laquelle le tout avoit glissé. Il vint une autre terre à la place que toutes ces choses avoient occupée, & qui étoient néanmoins plus hautes auparavant. On a vu dans ce même quartier plusieurs autres exemples de pareils bouleversemens ; & c'est pourquoi on trouve quantité de creux pleins d'eau qui occupent la place des terres abymées : de-là vient encore qu'il y a des vallées profondes dans les endroits où il y avoit autrefois des montagnes, & au contraire des hauteurs où l'on ne voyoit anciennement que des campagnes. Délices de la grande-Bretagne, p. 834. (D.J.)


WEST-HITH(Géog. mod.) ancien port d'Angleterre, dans le comté de Kent, & des débris duquel s'est formé celui de Hieth ou Hith. L'océan s'est tellement éloigné du port de West-Hith, qu'il en est présentement à la distance d'un bon mille. West-Hith s'étoit aussi élevé sur les ruines d'un port plus ancien nommé aujourd'hui Limne, & autrefois portus lemanis. Il se trouve à-présent à deux milles de la mer. (D.J.)


WEST-HOFFEN(Géog. mod.) petite ville de France, dans la basse-Alsace, & le chef-lieu d'un bailliage. Elle est située au pié d'une montagne, & séparée du fauxbourg par un fossé revêtu de maçonnerie qui a sept ou huit toises de large, sur environ douze piés de profondeur. (D.J.)


WEST-MEATH(Géog. mod.) comté d'Irlande, dans la province de Leinster, au couchant du comté d'Est-Meath, au midi de celui de Cavan, & au nord de Kings-County. Il a quatre milles de longueur & vingt de large. On le divise en onze baronies ; la capitale s'appelle Molingal, & a droit de députer au parlement de Dublin, & de tenir marché public.

Les deux comtés de West-Meath & d'Est-Meath, n'étoient autrefois réputés que pour un, & ce ne fut que vers le milieu du XVI. siecle, sous le regne de Henri VIII. qu'ils furent divisés en deux. (D.J.)


WEST-MORLANDou WESTMORLAND, (Géog. mod.) province d'Angleterre. Elle est bornée au sud & au sud-est par le duché de Lancastre ; à l'ouest & au nord par le Cumberland ; à l'orient par le duché d'Yorck. Son nom lui vient de ses terres incultes, que les habitans des provinces septentrionales de l'Angleterre, appellent en leur langue Mores ; desorte que West-Morland, signifie un pays de terres en friche à l'ouest. En effet, ce comté est presque tout couvert de hautes montagnes, & par conséquent sec & peu habité : car quoiqu'il ait trente milles de longueur du nord au sud, vingt-quatre de largeur de l'est à l'ouest, & cent douze de circuit : on n'y compte qu'une ville, Appleby capitale, huit bourgs & 26 paroisses. Robinson (Thomas) a donné l'histoire naturelle de cette province. London 1709. in -8°. L'air qu'on y respire est pur, subtil, un peu froid. L'Eden, le Kent, le Lon, & l'Eamon, sont les principales rivieres du West-Morland : on y voit deux lacs, savoir Ulle's-Water, & Winander-Meer.

Les biographes d'Angleterre n'ont pas recueilli en un corps les gens de lettres nés dans cette province ; cependant elle en a produit plusieurs, sur-tout en théologie ; j'en vais donner la preuve, & je suivrai l'ordre des tems à cet égard.

Potter (Christophe) naquit vers l'an 1591, & étudia à Oxford. Il devint chapelain du roi Charles I. auquel il fut toujours fort attaché. En 1635, il fut nommé doyen de Worcester ; en 1640, vice-chancelier d'Oxford ; & en 1646, doyen de Durham ; mais il mourut environ deux mois après, avant que d'avoir pris possession de ce doyenné. Il est connu par divers ouvrages théologiques, qui montrent beaucoup de modération & d'attachement aux seules doctrines fondamentales du salut.

Barlow (Thomas) naquit en 1607, devint professeur en métaphysique à Oxford, fut nommé évêque de Lincoln en 1675, & mourut en 1691, âgé de 85 ans. Il donna tous ses livres à la bibliothèque bodléienne, & au college de la reine ; il étoit zélé calviniste, & savant dans l'histoire ecclésiastique.

Son traité sur la tolérance en matiere de religion, est fort inférieur à ceux qui ont paru depuis ; mais il a rompu la glace, & a fait voir combien il est difficile d'établir jusqu'à quel point des hérésies peuvent être criminelles, ensorte qu'il est prudent de les tolérer ; il a écrit une brochure sur la question, " s'il est permis au roi d'accorder la grace à un homme convaincu de meurtre, & légitimement condamné " ; son avis est pour l'affirmative.

Laugbaine (Gérard) naquit en 1608, devint garde des archives de l'université d'Oxford ; il se procura l'estime de l'archevêque Usserius, de Selden, & d'autres savans hommes de son tems ; il fonda une école dans le lieu de sa naissance, & mourut en 1657, âgé de 49 ans. Ses écrits prouvent qu'il avoit une grande érudition ; il a donné 1°. Longin, avec des notes, Oxford 1636 in -8°. 2°. un livre imprimé à Londres en 1644, in -4°. sur le convenant qu'il trouva illicite, & qu'il condamne ; 3°. il a mis au jour la fondation des universités d'Oxford & de Cambridge.

On a plusieurs de ses lettres à Usserius, dans le recueil publié à Londres en 1686, in-fol. Dans une de ses lettres à Selden, en date du 17 Novembre 1651, on lit le passage suivant : " En conséquence de vos ordres (car c'est ce que sont pour moi tout ce que vous appellés prieres) contenus dans votre derniere du six de ce mois, j'ai consulté les manuscrits grecs de notre bibliotheque publique, où se trouve la premiere épître de S. Jean ; nous n'en avons que trois, & il y en a un d'imparfait, où il manque quelques-unes des épitres catholiques. Dans les deux autres, on lit au chap. v. , sans qu'il y ait la moindre trace de ce qui passe ordinairement pour le verset 7. Vous savez ce que Beze en a dit ; à quoi j'ajouterai que dans le nouveau Testament interlinéaire de Raphélingius, de 1612, ces mots finissent le verset 7, & manquent entierement dans le huitieme ; l'édition de Genève de 1620, in -4°. lit de la même maniere. Je suppose que votre but n'est pas de rechercher toutes les variantes des éditions, mais des manuscrits ; je ne sai aussi s'il s'agit dans vos ordres, des manuscrits latins comme des grecs ; c'est ce qui m'empêche de vous fatiguer des diverses leçons de nos manuscrits latins ; les uns n'ont absolument rien du verset 7 ; d'autres l'ont en marge ; d'autres le placent après ce que nous comptons ordinairement pour le verset 8 ; & ceux qui les ont tous deux, varient encore de diverses manieres. Quoi qu'il en soit, en cas que cela vous puisse être de quelque utilité, au premier avis que vous m'en donnerez, je vous envoyerai un détail plus exact sur ce sujet. "

Barwick (Jean) naquit en 1612, & se dévoua aux intérêts de Charles I. & de Charles II. Il fut nommé doyen de Durham en 1660, & mourut en 1664, dans le tems qu'il pouvoit s'attendre à des dignités plus élevées. Il a publié quelques sermons que le tems a fait disparoître. Son frere Barwick (Pierre) se fit médecin, & défenseur zélé de la découverte de la circulation du sang par Harvée. Il falloit être alors bien hardi, pour oser embrasser ce systême ; car quoique Harvée eut atteint sa 80e année en 1657, il eut bien de la peine à voir sa doctrine établie avant sa mort.

Mill (Jean) naquit vers l'an 1645, & fut nommé un des chapelains de Charles II. en 1681. Il mourut en 1707, à 62 ans.

Il publia en 1676, un sermon sur la fête de l'annonciation de la bienheureuse Vierge. J'en vais donner le précis, parce que ce discours n'a jamais été traduit. Il parle d'abord du grand respect & de la profonde vénération que toute l'antiquité a eue pour la Vierge Marie, fondée sur cette opinion qu'après qu'elle eut répondu à l'ange, qu'il me soit fait selon ta parole, elle fut, par un privilege singulier, préservée de tout péché actuel pendant sa vie ; mais cette tradition n'a pas le moindre fondement dans l'Ecriture, & l'on peut avec raison la mettre au rang de tant d'autres qui ont produit mille éloges outrés, donnés à une sainte dont la vertu & la piété sont représentées d'une maniere trop honorable & trop avantageuse dans l'Evangile, pour avoir besoin qu'on lui prodigue d'autres louanges destituées de fondement. Si l'on regarde le zèle de quelques anciens peres de l'église sur ce sujet, comme très-louable dans leur intention, on ne pourra s'empêcher de blâmer ceux qui, pour honorer la Vierge Marie, lui ont attribué les perfections divines, & ont prétendu qu'on devoit lui rendre le culte religieux qui n'est dû qu'à Dieu seul. Elle étoit, dit l'ange, remplie de grace ; mais il ne dit pas que sa plénitude de grace étoit telle qu'elle pouvoit la communiquer à tous ceux qui en avoient besoin, de la même maniere que notre Sauveur dit que " comme le pere a la vie en soi-même, il a donné aussi au fils d'avoir la vie en soi-même ".

Le jésuite Suarez a exercé toute la subtilité de son esprit, pour déterminer le degré de cette plénitude. " La grace de la Vierge Marie, dit-il, (III. Part. disp. 18. sect. 4.) étoit plus grande dès le premier instant de sa conception, que ne l'est celle du plus parfait des anges, & par conséquent méritoit plus que mille hommes ne peuvent mériter pendant toute leur vie. Cette grace augmenta continuellement en elle, tant qu'elle vécut, d'une telle maniere que dans le premier instant de sa conception, sa grace, ou sa sainteté, surpassoit celle du plus parfait des anges, qui parvient à la perfection par un ou deux actes. Dans le second instant sa grace fut doublée, & devint aussi deux fois aussi excellente & aussi méritoire qu'elle l'étoit au premier. Dans le troisieme instant, elle devint quatre fois aussi excellente. Dans le quatrieme huit fois aussi grande qu'au premier ; & ainsi de suite en progression géométrique ; ainsi sa sainteté ayant doublé à chaque instant, depuis le moment de sa conception jusqu'à celui de sa naissance, & ensuite chaque acte de vertu ayant de la même maniere été deux fois aussi excellent que celui qui l'avoit précédé ; & cela ayant continué jusqu'à la soixante & douzieme année de son âge qu'elle mourut, elle étoit parvenue à un tel degré de sainteté & de mérite, qu'elle en avoit plus elle seule, que tous les hommes & tous les anges n'en ont ensemble ; elle est plus chere à Dieu que toutes les créatures intelligentes ; il l'aime davantage que l'Eglise universelle ". Ces bisarres notions sont le fruit de la théologie scholastique, entée sur une imagination toute portée au fanatisme.

Si le culte de la bienheureuse Vierge avoit été en usage dès le commencement du christianisme, (dit M. Mill), pourroit-on imaginer que notre Sauveur & ses apôtres auroient gardé le silence sur ce rite religieux, & que les auteurs chrétiens des trois premiers siecles, se seroient tûs sur cette dévotion ? Elle commença cependant vers le milieu du quatrieme siecle, & S. Epiphane, qui vivoit alors, l'appelloit l'hérésie des femmes. Il y avoit de son tems certaines dévotes d'Arabie, qui pour témoigner leur respect pour la bienheureuse Vierge, offroient à cette reine des cieux (ainsi qu'elles la nommoient), certains gâteaux, appellés collyrides, d'où on donna à ces hérétiques le nom de collyridiennes. S. Epiphane ayant appris cette dévotion mal-entendue, déclame avec une grande véhémence contre cette pratique. Marie, dit-il, étoit sans-doute une illustre, sainte, & respectable vierge, mais elle ne nous a point été proposée comme un objet d'adoration. Qu'on la vénere, ajoute-t-il, & qu'on adore Dieu seul. .

Le savant théologien anglois établit ensuite les différens périodes des progrès du culte rendu à la bienheureuse Vierge. Le concile d'Ephèse, qui fut tenu vers le quatrieme siecle, nomma pour la premiere fois la Vierge, mere de Dieu, & ce fut par un zèle indiscret qu'il se conduisit ainsi, pour s'opposer à l'hérésie de Nestorius ; cependant, ce titre fit que dans les siecles suivans, on se donna carriere par des harangues peu sensées à la louange de la Vierge ; mais ce ne fut qu'environ sept-cent ans après qu'on établit un office réglé à son honneur. Les chanoines de Lyon sont les premiers qu'on sache, qui insérerent la doctrine de la conception immaculée dans leurs offices ecclésiastiques, ce qui leur attira une forte censure de la part de S. Bernard. Il y a environ trois cent cinquante ans, que Duns Scot, fameux docteur scholastique, renouvella cette opinion, & la proposa comme une chose simplement probable. Le pape Sixte IV. promulgua dans la suite une bulle pour appuyer cette doctrine, que le concile de Trente a confirmée.

Un cardinal de l'église, S. Bonaventure, né en 1221, & mort en 1274, introduisit le premier l'usage d'adresser une priere à la sainte Vierge, après complie. Il recueillit exprès les pseaumes de David, & appliqua directement à la sainte Vierge, tous les sublimes cantiques que le roi prophete adressoit à Dieu. Tout cela prouve qu'il importe à l'Eglise de ne point se livrer à un culte qui doit immanquablement dégénérer en superstition.

Le grand ouvrage de Mill, je veux dire son édition du nouveau Testament grec, parut en 1707, environ quinze jours avant sa mort ; mais le savant Kuster en a publié une seconde édition beaucoup meilleure, Roterdami, 1710, in-fol. L'illustre Whitby fut allarmé du nombre de variantes recueillies dans cet ouvrage, & il l'attaqua comme étant d'une dangereuse conséquence ; mais le docteur Bentley, en savant critique, a dissipé cette vaine terreur.

Après avoir remarqué que Whitby reproche à Mill de rendre précaire tout le texte du nouveau Testament, & d'abandonner tout-à-la-fois la réformation aux catholiques romains, & la religion elle-même aux déïstes, il ajoute : " A Dieu ne plaise ! & nous espérons toujours de meilleures choses : car il est sûr que ces diverses leçons existoient dans les différens exemplaires, avant qu'on les ait recueillies : il est sûr que M. Mill ne les a ni faites ni inventées, & qu'il les a seulement exposées aux yeux du public. La religion ne perdoit rien de sa vérité, pendant que ces variantes étoient seulement existantes çà & là ; en sera-t-elle moins vraie & moins sûre, depuis que le recueil en a été mis au grand jour ? cela ne se peut ; il n'y a ni faits ni vérités bien exposées, que la vraie religion ait à craindre ".

Passons, continue-t-il le nombre des variantes ; qu'il y en ait trente mille ou non, il est toujours certain que ce nombre augmentera, si l'on collationne encore un plus grand nombre de manuscrits ; mais s'ensuivra-t-il de-là, qu'il n'y a point d'auteur profane qui ait tant souffert des injures du tems, que le nouveau Testament ? ce fait seroit faux ; car le texte de l'Ecriture n'a pas subi un plus grand nombre de variations, que ce qu'il en a dû nécessairement résulter de la nature des choses, & que celles qui lui sont communes, proportion gardée, avec tous les classiques de quelque ordre qu'ils soient.

Il y a environ trois siecles que le savoir refleurit dans notre occident. S'il n'eût resté alors qu'un seul manuscrit grec du nouveau Testament, nous n'aurions certainement aucune variante ; mais dans ce cas-là, le texte seroit-il en meilleur état qu'il ne l'est aujourd'hui, à cause des trente mille diverses leçons que l'on a recueillies d'une grande quantité de différens manuscrits ? tant s'en faut, puisque quand même le seul exemplaire qui nous seroit resté auroit été des meilleurs, il ne pourroit qu'y avoir eu des centaines de fautes, & quelques omissions auxquelles il n'y auroit point de remede.

Ajoutez à cela, que les soupçons de fraude & de tromperie, se seroient fortifiés à un degré incroyable ; la pluralité des manuscrits étoit donc nécessaire ; un second, joint au premier, en augmentoit l'autorité, de même que la sûreté ; mais de quelque endroit que vous tiriez ce second, il différera en mille choses du premier, & cela n'empêchera pourtant point qu'il n'y ait encore dans les deux, la moitié des fautes qu'il y avoit dans un seul, & peut-être même davantage : cela conduit à en faire souhaiter un troisieme, & puis un quatrieme, & puis encore tout autant qu'il s'en peut trouver, afin qu'à l'aide des uns & des autres, on puisse venir à bout de corriger toutes les fautes ; un exemplaire ayant conservé la véritable leçon dans un endroit, & quelqu'autre l'ayant conservé ailleurs : or à mesure que l'on consulte un plus grand nombre de manuscrits différens, il faut de toute nécessité que le nombre des diverses leçons se multiplie ; chaque exemplaire ayant ses fautes, quoiqu'il n'y en ait guere aucun qui ne soit d'un grand secours en quelques endroits. La chose est de fait, non-seulement par rapport au nouveau Testament, mais encore eu égard à tous les ouvrages de l'antiquité, sans exception quelconque.

Parmi les auteurs que l'on appelle profanes, il y en a quelques-uns, dont il ne nous reste qu'un seul manuscrit. Tels sont Velleius Paterculus, de la classe des latins, & Hesychius, de celle des grecs. Qu'en est-il arrivé ? Les fautes des copistes y sont en si grand nombre, & les lacunes si fort irrémédiables, que malgré l'attention des plus savans & des plus subtils commentateurs, qui y ont travaillé depuis deux siecles, ces deux auteurs sont encore dans l'état le plus triste, & selon les apparences, y seront toujours.

Il en est tout autrement des écrits de l'antiquité, dont il s'est conservé plusieurs exemplaires. On y voit à la vérité les diverses leçons qui s'y sont multipliées, à proportion des différens manuscrits. Mais on y voit aussi qu'à l'aide de ces différens manuscrits collationnés par des critiques habiles & judicieux, le texte en est plus correct, & se rapproche davantage de ce qu'il étoit à sa premiere origine. Si nous avions les originaux des anciens, il faudroit s'y tenir, & mettre à l'écart toutes les simples copies. Mais dans la nature des choses, il nous est impossible d'avoir ces originaux : le cours des siecles, & mille accidens les ont nécessairement tous consumés & détruits. A leur défaut on doit recourir aux copies, & lorsqu'il y en a plusieurs, l'examen & la collation tiennent lieu de ressource.

M. Bentley remarque ensuite que Térence est un des auteurs classiques que nous avons à présent dans le meilleur état ; que le manuscrit le plus ancien & le plus considérable que nous en ayons, est dans la bibliotheque du Vatican ; qu'il approche extrêmement de la propre main du poëte ; qu'il y a pourtant dans ce manuscrit là même quelques centaines de fautes, dont la plûpart peuvent être corrigées sur d'autres exemplaires, qui sont d'ailleurs d'une date plus récente, & beaucoup plus estimables. Le docteur ajoute, qu'il en a lui-même collationné plusieurs ; & il assure que dans cet auteur, dont les ouvrages ne font pas un volume aussi gros que le nouveau Testament, il a trouvé vingt mille diverses leçons, & qu'il est moralement certain que si l'on collationnoit la moitié des exemplaires de Térence avec la même précision, & le même scrupule que l'on a fait du nouveau Testament, les variantes de ce poëte monteroient à plus de cinquante mille : car il importe d'observer, dit-il, que dans le manuscrit du nouveau Testament, on a porté l'exactitude sur les diverses leçons, jusqu'à la derniere minutie. La plus petite différence dans l'orthographe, dans les moindres particules, dans les articles, dans l'ordre & dans l'arrangement des mots, mis devant ou après, sans rien changer au sens, a été soigneusement observée. Faut-il donc s'étonner de ce qu'après avoir ainsi fureté toutes les especes de variantes, on en ait trouvé trente mille ?

Tout le monde convient que les vers ne sont pas si sujets au changement que la prose. Otez l'ignorance grossiere dans une langue connue, le copiste est conduit par la mesure ; cependant dans les anciens poëtes mêmes, le nombre des variantes qu'on y trouve, est étonnant. Dans l'édition de Tibulle donnée par Broekhuisen, on voit à la fin du livre un recueil de diverses leçons, où l'on en découvre tout autant qu'il y a de vers dans le poëte. Il en est de même du Plaute de Paréus, &c. Ajoutez à toutes ces considérations, que les manuscrits qui nous restent des auteurs profanes, ne sont qu'en petit nombre en comparaison de ceux du nouveau Testament.

M. Whiston observe aussi, que tant s'en faut que les diverses leçons de ce dernier livre, fassent tort au texte, ou en affoiblissent l'autorité en général, qu'au contraire elle y donnent un grand jour, nous faisant connoître quelquefois l'expression originale des apôtres en des choses incontestables. Elles sont encore des preuves de l'authenticité de nos exemplaires ordinaires quant à l'essentiel, puisque de ces trente mille variantes, il y en a à peine cinquante qui changent considérablement le sens sur quelque point important. Voyez aussi les judicieuses remarques de Kuster à ce sujet.

Smith (Jean) naquit en 1659 ; il cultiva l'histoire & la théologie dans sa cure de Durham. L'histoire ecclésiastique de Bede, à laquelle il a fait un beau supplément, a paru en 1722, sept ans après sa mort.

Addisson (Lancelot) fut nommé doyen de Lichtfield en 1683, & auroit été vraisemblablement élevé à l'épiscopat peu de tems après la révolution, si le ministere ne l'eût regardé comme trop attaché au parti contraire. Il mourut en 1703, après avoir donné plusieurs ouvrages en Anglois. Voici les titres de quelques-uns.

1°. La barbarie occidentale, ou récit abrégé des révolutions de Fez & de Maroc, avec un détail des coutumes sacrées, civiles & domestiques de ces deux royaumes. A Oxfort 1671 in -8°. Il pouvoit parler savamment de ce pays-là, car il avoit résidé plusieurs années à Tanger, en qualité de chapelain de sa nation. 2°. L'état présent des Juifs dans la Barbarie, contenant un détail de leurs coutumes, tant sacrées que profanes. Londres 1675 in -8°. Si M. Basnage eut vû ce traité, il y auroit puisé bien des lumieres pour compléter son histoire des Juifs. 3°. Défense modeste du clergé, où l'on examine briévement son origine, son antiquité & sa nécessité. Londres 1677, in -8°. par L. A. D. D. Le docteur Hickes a fait réimprimer ce petit ouvrage en 1709. sans en connoître l'auteur, mais parce qu'il a trouvé ce livre écrit avec beaucoup de force, de précision, de noblesse & d'érudition. 4°. L'état de Tanger sous le gouvernement du comte de Tiviot. Londres 1671 in -4°.

Le docteur Addisson a aussi donné l'état du mahométisme, avec un abregé de la vie & de la mort de Mahomet. Londres 1679 in -8°. En parlant des moyens qui ont contribué à la propagation du mahométisme, le docteur Addisson marque entr'autres la tolérance, clairement prescrite dans l'alcoran, c. xvij. p. 102 & 103. L'auteur fait aussi mention du traité d'alliance conclu, à ce que l'on prétend, entre Mahomet & les chrétiens. Gabriel Sionite publia cette piece en France, d'après l'original qu'on disoit avoir été trouvé dans un monastere du MontCarmel. Elle fut réimprimée en Allemagne par les soins de Jean Fabricius en 1638. Grotius croyoit cette piece supposée, & il avoit raison ; car outre que le style ne ressemble point du tout à celui de l'alcoran, on a découvert depuis que cette piece avoit été portée d'Orient en Europe par un capucin nommé Pacifique Scaliger, & toutes les apparences sont qu'elle a été forgée par ce missionnaire.

Enfin le docteur Lancelot Addisson tire une grande gloire d'avoir été le pere du célebre Addisson né en 1672 à Wilton, & c'est-là que nous n'oublierons pas de donner son article. (D.J.)


WEST-RIDING(Géog. mod.) nom du quartier occidental du duché d'Yorck. On compte dans le West-Riding, cent quatre églises paroissiales, sans les chapelles, & vingt & une villes & bourgs à marché : mais ce qui en fait le plus bel ornement est la ville d'Yorck, capitale de la province. Ce quartier est pour la plus grande partie couvert de montagnes, entrecoupé de rochers, & revêtu de forêts en quelques endroits. Les montagnes & les rochers sont entierement stériles ; mais les collines & les vallées fournissent du blé & des pâturages autant qu'on en peut consumer dans le pays. Dans les endroits où le terroir ne rapporte rien, on y trouve des mines de plomb ou de cuivre, & des carrieres de charbon de pierre ou de terre. (D.J.)


WESTER-QUARTIER(Géog. mod.) contrée des pays-bas dans la province de Groningue, & la plus occidentale de celle qu'on nomme les Ommelandes. Elle est aux confins de la Frise, entre la Hunse & le Lawers. Cette petite contrée n'est peuplée que de villages.


WESTÉRAS(Géog. mod.) autrement Arosen, ville de Suede, capitale de la Westmanie, sur le bord septentrional du lac Maler, à 6 lieues au nord-est de Koping, & à 20 lieues au nord-ouest de Stockholm, avec un château pour sa défense. C'est à Westéras que se fit en 1544 l'acte d'union héréditaire, qui assura la couronne aux descendans de GustaveVasa. Long. 34. 42. latit. 56. 39.

Rudbeck (Olaüs) étoit de Westéras. Il est fort connu des anatomistes par sa découverte des vaisseaux lymphatiques, & des littérateurs par son grand ouvrage intitulé Atlantica, dans lequel il prétend que les Allemands, les Anglois, les Danois, les François, & divers autres peuples, doivent leur premiere origine à la Suede ; il a semé beaucoup d'érudition pour soutenir sa chimere. (D.J.)


WESTERBOURGle comté de, (Géog. mod.) petit comté d'Allemagne, dans la partie orientale de la Wettéravie, nommé le Wester-Wald ; ce comté a pour chef-lieu un gros bourg qui lui donne son nom, & qui est défendu par un château. (D.J.)


WESTERGOÉ(Géog. mod.) comté des Pays-bas, dans la Frise, dont il compose un des trois quartiers. Ce comté est proprement la partie de la Frise qui est au couchant vers la côte du Zuyderzée, ce qui a occasionné son nom. Le Westergoé comprend huit cantons appellés Gritanies. Ses villes sont Francker, Harlingen, Staveren, Hindeloping, Worcum sur le Zuyderzée, & Sneck qui est situé au-milieu du pays. (D.J.)


WESTERNESISLES, (Géog. mod.) îles nombreuses & de différente grandeur ; elles sont ainsi nommées à cause de leur situation, par rapport à l'Ecosse à qui elles appartiennent. Ce sont les Hébrides ou Aebudae des anciens. On les distingue en trois classes relativement à leur grandeur, & on en compte en total quarante-quatre. Long. 10. 12. latit. 55. 58. 30.

Le sol des îles Westernes est fort dissemblable, quoique l'air y soit en général pur & salutaire. Les habitans parlent la langue irlandoise, mais un peu différemment de la maniere dont on la parle en Irlande. Ils ressemblent beaucoup aux montagnards du continent d'Ecosse dans leurs habits, dans leurs coutumes & dans leur façon de vivre.

Les plus remarquables de toutes ces îles, sont celles de Jona & de S. Kilda. La premiere, qu'on appelle à présent Colamb-Hill, proche de l'île de Mull, est remarquable en ce qu'elle étoit anciennement le lieu de la sépulture des rois d'Ecosse. L'autre est appellée par les Insulaires Hirt, par Buchanam Hirta, & ensuite Kilda. C'est la plus éloignée de toutes les îles Westernes, & elle est fameuse, tant par quelques singularités qu'on y rencontre, que par les coutumes qui sont particulieres à ceux qui l'habitent. (D.J.)


WESTERVICK(Géogr. mod.) petite ville de Suede dans le Smaland, aux fontieres de l'Ostrogothie, sur la côte au midi de Lindkoping, avec un port. Long. 35. 18. latit. 57. 55.


WESTERWALD(Géog. mod.) contrée d'Allemagne dans la Wettéravie, dont elle fait partie. Elle est bornée au nord par la Westphalie, au midi par le Lohn, au levant par la haute Hée, & au couchant par le Rhin. Elle comprend une petite portion des états de Cologne & de Treves, les comtés d'Isembourg, de Siegen, de Dillenbourg, & la principauté d'Hadamar. (D.J.)


WESTERWOLD(Géog. mod.) contrée des Pays-bas dans la province de Groningue, & l'une des Ommelandes qui ne contiennent que des villages. Son territoire est rempli de marais, de bruyeres & de prairies. (D.J.)


WESTGRAAFDYK(Géog. mod.) village de nord-Hollande, où naquit en 1654 Nieuwentit, (Bernard) habile physicien & mathématicien. Il devint bourguemestre de la petite ville de Purmerende, & s'y fit estimer de tout le monde par son savoir, par son mérite, & par son intégrité : il mourut en 1718, à 63 ans. On a de lui un excellent traité en hollandois, publié à Amsterdam en 1715, in -4°. & intitulé véritable usage de la contemplation de l'univers, pour la conviction des athées & des incrédules. Cet ouvrage a été traduit en anglois, & réimprimé trois ou quatre fois à Londres dans l'espace de quatre ans. M. Noguez, médecin, l'a traduit en françois sous le titre de l'existence de Dieu démontrée par les merveilles de la nature, à Paris 1725, in-4°. avec des fig. au nombre de 29 planches. Le P. Niceron a fait l'article de Nieuwentit dans ses mém. des hommes illustres, t. III. On peut le consulter. (D.J.)


WESTMANIE(Géog. mod.) province de Suede, bornée au nord par la Dalécarlie, au midi par la Sudermanie & la Néricie, au levant par l'Uplande, & au couchant par le Wermeland. On lui donne 30 lieues de long, sur 17 de large ; mais c'est une contrée stérile, & qui n'a que quelques mines d'argent. Westéras est la capitale. (D.J.)


WESTMINSTER(Géog. mod.) ville d'Angleterre dans le comté de Middlesex, au bord de la Tamise, & à l'occident de Londres, avec laquelle elle ne fait plus qu'une même ville. Mais quoique Westminster soit jointe à Londres par une suite de maisons & d'hôtels sans interruption, & qu'on la comprenne ordinairement sous le nom de Londres, cependant elle fait un corps de ville qui a ses privileges & ses droits séparés, aussi-bien que sa jurisdiction.

Dans le commencement du dix-septieme siecle, il y avoit encore un mille de distance entre l'une & l'autre de ces villes, & cet espace étoit rempli par des champs & par des prairies ; mais les habitans de Londres s'étant multipliés d'année en année depuis le regne de Charles I. cet espace de terrein a été rempli peu-à-peu par de belles & de magnifiques rues qu'on y a bâties, desorte que les deux villes sont jointes aujourd'hui comme le fauxbourg S. Germain & Paris, & sans la différence de jurisdiction, elles seroient parfaitement confondues.

Anciennement Westminster s'appelloit Thorney du dieu Thor qu'on y adoroit avant la conversion des Saxons. Elle prit ensuite le nom de West-Minster, à cause d'un monastere bâti dans cet endroit, à l'ouest de la ville de Londres. Les trois principales choses qu'on y remarque, sont l'église, l'abbaye & les restes d'un vieux palais royal.

Le gouvernement de Westminster s'étend non-seulement sur la cité de ce nom, mais encore sur les fauxbourgs qui avancent du côté de Londres, jusqu'à Temple-Bar. Quoique la cité n'ait qu'une paroisse appellée Sainte-Marguerite, cette paroisse est d'une grande étendue, & ses dépendances consistent en cinq autres paroisses.

Il n'y a pour le gouvernement de Westminster, ni maire, ni échevins, ni shérifs ; c'est le chapitre qui est revêtu de toute la jurisdiction civile & ecclésiastique. Il est vrai que le gouvernement civil a été mis entre les mains des laïcs choisis ou confirmés par le chapitre. Le chef de tous les magistrats s'appelle highsteward, qui est d'ordinaire un noble du premier rang, nommé par le chapitre. Il possede cette charge pendant sa vie, & en fait exercer les fonctions par un homme bien versé dans les loix. Cet homme, choisi par le high-steward, doit être confirmé par le chapitre, & pour lors il tient avec les autres magistrats la cour qu'on appelle lect.

Après lui est le bailli ou le sherif, car il convoque les jurés. Tous les sergens de Westminster lui sont soumis ; il regle les formalités au sujet de l'élection des membres du parlement pour la cité de Westminster, qui a droit de nommer deux députés. Toutes les amendes & les confiscations appartiennent au bailli, ce qui rend sa charge très-lucrative : il y a de plus un grand connétable, choisi par la cour de leet, & ce magistrat a sous ses ordres tous les autres connétables. Il est ordinairement deux années en charge.

Enfin, cette jurisdiction est composée de quatorze des principaux bourgeois qu'on appelle Burgesses, & dont sept sont pour la cité, & sept pour ses dépendances : leur office a beaucoup de rapport à celui des échevins de Londres, car ils ont chacun un ward ou quartier particulier sous leur jurisdiction. De ces quatorze burgesses, il y en a deux qui sont élus sous le nom de Heâd-Burgesses, ou chefs des bourgeois ; l'un d'eux est pour la cité, & l'autre pour ses dépendances, auxquelles dépendances on donne les noms de libertés & de franchises.

C'est à Westminster qu'est né vers l'an 1575, Benjamin Johnson, ou Jonson, illustre poëte dramatique, & c'est dans l'abbaye de ce lieu, qu'il fut enterré en 1637 ; comme j'ai déja donné le caractere de ce poëte au mot tragédie, j'y renvoie le lecteur. J'ajouterai seulement qu'il possédoit tout le savoir qui manquoit à Shakespear, & manquoit de tout le génie dont l'autre étoit partagé : tous deux étoient presque également dépourvus d'élégance, d'harmonie & de correction : Johnson, servile copiste des anciens, traduisit en mauvais anglois leurs plus beaux passages : mais Shakespear créa & prévalut par son génie sur l'art grossier de ses contemporains.

Johnson étant né fort pauvre, & n'ayant pas de quoi poursuivre ses études, travailloit au bâtiment de Lincolns-Inn avec la truelle à la main, & un livre en poche : Shakespear ayant vu une de ses pieces, la recommanda, & cette recommandation introduisit Johnson dans le monde. Il donna la premiere édition de ses oeuvres en 1616, in-fol. elles ont été réimprimées plus commodément à Londres en 1716, en 6 vol. in-8°. Dans cette collection, se trouve une piece intitulée, humble requête du pauvre Ben au meilleur de tous les rois, de tous les maîtres, de tous les hommes, le roi Charles. Il y expose, à ce prince, que le roi son pere lui a donné une pension annuelle de cent marcs, & le supplie d'en faire des livres sterlings. On sait sa réponse au sujet du présent modique qu'il reçut de Charles I. " Je suis logé à l'étroit (dit ce bel esprit lorsqu'on lui remit la somme), mais je vois par l'étendue de cette faveur, que l'ame de sa majesté n'est pas logée plus au large ". J am lodg'd in an Alley ; but j see from the extent of this bounty, that hers majesty's soul is too lodg'd in an Alley.

Il parle dans ses découvertes (discoveries) avec une vérité charmante, de toutes sortes de traverses auxquelles il avoit été exposé de la part de ses ennemis. Ils me reprochoient, dit-il, de ce que je m'occupois à faire des vers, comme si je commettois un crime dans cette occupation : ils produisirent contre moi mes écrits par lambeaux ; odieuse méchanceté ! puisque les écrits de l'auteur le plus sage paroîtront toujours dangereux, lorsqu'on en citera quelques périodes hors de leur liaison avec le reste. Ils m'ont aussi reproché ma pauvreté : j'avoue qu'elle est à mon service, sobre dans ses alimens, simple dans ses habits, frugale, laborieuse & me donnant de bons conseils qui m'empêchent de tomber dans les vices des enfans chéris de Plutus. Qu'on jette les yeux, continue-t-il, sur les plus monstrueux excès, on ne les trouvera guere dans les maisons de l'indigence. Ce sont les fruits des riches géants, & des puissans chasseurs ; tandis que tout ce qu'il y a de noble, de digne de louange & de mémoire, doit son origine à de chétives cabanes. C'est l'ancienne pauvreté qui a fondé les états, bâti les villes, inventé les arts, donné des loix utiles, armé les hommes contre les crimes ; c'est-elle qui a fait trouver aux mortels une récompense dans leur propre vertu, & qui a conservé la gloire & le bonheur des peuples jusqu'à ce qu'ils se soient vendus aux tyrans ambitieux.

Betterton (Thomas) estimé généralement le meilleur acteur qui ait paru sur le théatre anglois, avant celui qui en fait aujourd'hui la gloire, le fameux Garik, qui est sans contredit le premier de l'Europe ; homme unique en son genre, & qui sous le siecle d'Auguste, eût partagé les suffrages des Romains entre Pylade & lui : je viens à Betterton. Il naquit dans le Tutle-Street à Westminster en 1635 ; son pere, qui étoit sous-cuisinier de Charles I. voulut en faire un lib aire ; mais la plupart de ceux qui ont excellé dans les arts, y ont été conduits par leur génie, malgré les vues & les oppositions de leurs parens.

Comme la nature avoit formé Betterton pour le théatre, il s'y distingua bientôt avec éclat & enleva tous les suffrages dès l'âge de 22 ans. Il est le premier qui ait joué à Londres des rôles de femmes, & il s'en acquitta avec beaucoup d'applaudissement. Il entra d'abord dans la troupe du roi ; mais comme la plupart des comédiens avoient été chassés de leurs trônes imaginaires, lorsque Charles I. en perdit un réel, plusieurs d'entr'eux prirent les armes pour le service de leur souverain, & firent paroître beaucoup de valeur pour sa défense. Entr'autres exemples, le fameux acteur Mohun se conduisit avec tant d'intrépidité, qu'on l'honora d'une commission de major, qu'il remit à la révolution, pour retourner au théatre. Le chevalier Davenant avoit marqué beaucoup de zele pour Charles II. qui en récompense de ses services, lui accorda une patente pour former une troupe de comédiens, sous le titre de comédiens du duc d'Yorck ; & c'est dans cette troupe que se mit Betterton, & dont il fut le héros.

Quelques-uns croient qu'il introduisit le premier en Angleterre le changement de décorations. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il contribua beaucoup à les embellir & à les perfectionner. Il épousa mademoiselle Sanderson, qui joignoit aux talens naturels requis pour faire une excellente actrice, la beauté, les graces & la vertu.

Le théatre anglois subit diverses vicissitudes par les changemens de troupes, de lieux & de directeurs. Un directeur de théatre, par le commerce constant qu'il est obligé d'avoir, soit avec sa troupe d'acteurs & d'actrices, soit avec tout ce qu'il y a de gens frivoles, tant naturels qu'étrangers, est proprement dans son poste le Machiavel de l'empire de l'amour. Le théatre est en lui-même l'image de la vie humaine ; les hommes qui font la plus grande figure dans le monde, ne sont pas plus ce qu'ils paroissent être, que cet acteur à qui vous voyez quitter ses habits de parade, n'est le héros qu'il vient de représenter.

Au milieu des révolutions du théatre anglois, Betterton en éprouva dans sa fortune : il perdit par un prêt inconsidéré, la plus grande partie de ce qu'il avoit gagné, 8 mille livres sterling. Un bon acteur n'est point à Londres dans la misere : Betterton réunissoit en lui tous les talens, la figure, la beauté du geste & de la voix, la netteté de la prononciation & la sureté de la mémoire ; son action étoit juste, touchante, admirable.

Je ne puis trop le louer, dit l'auteur du Tatler ; car c'étoit un homme étonnant, qui par son action, m'a fait sentir ce qu'il y a de grand dans la nature humaine, bien plus vivement que ne l'ont jamais fait les raisonnemens des philosophes les plus profonds & les descriptions plus charmantes des poëtes ; l'angoisse dans laquelle il paroissoit, en examinant la circonstance du mouchoir dans Othello ; les mouvemens d'amour que l'innocence des réponses de Desdémone excitoit en lui, exprimoient dans ses gestes une si grande variété de passions qui se succédoient les unes aux autres, qu'il n'y avoit personne qui n'apprît à redouter son propre coeur, & qui ne dût être convaincu que c'est y mettre le poignard que de se livrer aux noirs accès de la jalousie.

Le comédien Booth, qu'on ne peut soupçonner de partialité dans le jugement qu'il portoit de Betterton, disoit souvent que la premiere fois qu'il lui avoit vu représenter le Spectre à la répétition de Hamlet, l'air, le ton & l'action qu'il y mit l'avoient saisi d'une telle horreur, qu'il s'étoit trouvé hors d'état pendant quelques momens de pouvoir jouer son propre rôle. Lorsque nos connoisseurs, dit le chevalier Steele, ont vu cet auteur sur le théatre, ils ont eu pitié de Marc-Antoine, de Hamlet, de Mithridate, de Théodore & de Henri VIII. On sait comme il revêtissoit l'état de chacun de ces illustres personnages, & comme dans tous les changemens de la scene, il se conduisoit avec une dignité qui répondoit à l'élévation de son rang.

Il réussissoit également dans le comique & dans le tragique, & ce qu'il y a de plus singulier, faisoit le libertin en perfection : caractere fort opposé au sien. On trouve assez de gens qui savent emprunter les manieres d'un honnête homme, mais il y a peu d'honnêtes gens qui sachent contrefaire le faquin. Le dernier rôle qu'il fit, fut le personnage d'un jeune homme dans la piece intitulée The Maid's tragedy ; & quoi qu'il eût déja près de 70 ans, il joua son rôle avec tout le feu, l'audace & la vivacité d'un homme de 25 ans.

On représenta pour son compte, quelques années après qu'il eût quitté le théatre, la piece intitulée, l'Amour payé d'amour. Cette représentation lui valut cinq cent livres sterling : l'affluence du monde qui y vint justifia la reconnoissance qu'on lui portoit, & ce grand acteur eut lieu d'être content des comédiens & de l'assemblée. L'épilogue composé par M. Row, finit d'une maniere pathétique. " C'est, dit-il, le souvenir des plaisirs qu'il vous a procurés, qui vous engage à consacrer avec gloire le cothurne de ce grand maître, & vous ne voulez pas permettre qu'un homme qui vous a tant de fois touché par de feintes douleurs, vous soit enlevé par des souffrances réelles ".

Il mourut en 1710 d'une goutte remontée à l'âge de 75 ans, & fut enterré dans le cloître de l'abbaye de Westminster. Il a composé, traduit ou changé quelques pieces de théatre, entr'autres dom Sébastien, tragédie de Dryden. Il supprima avec tant d'art dit le poëte, un millier de vers de ma piece, qu'elle y a tout gagné, & que c'est à ses soins & à la beauté de son jeu que je suis redevable du succès qu'elle a eu.

Le chevalier Steele honora sa mémoire par un beau tatler. Rien, dit-il, ne touche plus les gens de goût, que de voir les obseques de ceux qui ont excellé dans quelque art ou quelque science. M. Betterton exprimoit avec tant de grace & de force l'endroit d'Othello, où il parle de la maniere de gagner le coeur de sa maîtresse, qu'en me promenant dans le cloître je pensois à lui avec la même sensibilité que j'aurois eue pour une personne qui auroit fait pendant sa vie ce que je lui ai vu représenter. L'obscurité du lieu & les flambeaux qui marchent devant le convoi, contribuerent à me rendre rêveur & mélancolique : je me sentis vivement affligé, qu'il y eut quelque différence entre Brutus & Cassius, & que ses talens n'ayent pu le garantir du cercueil. Considérant ensuite le néant des grandeurs humaines, je n'ai pu m'empêcher de voir avec douleur que tant d'hommes illustres, qui sont dans le voisinage du petit coin de terre où l'on a mis mon ancien ami, sont retournés en poudre, & qu'il n'y a dans la tombe aucune différence entre le monarque réel & le monarque imaginaire.

Madame Betterton survécut à son mari, & peut-être n'a-t-il jamais représenté des scènes aussi touchantes que celle qu'offroit l'état où il laissa ses affaires & son épouse : elle languit long-tems, séchant du chagrin de voir le délabrement de sa santé & de sa petite fortune. La mort de son mari jointe à son âge & à ses infirmités, rendoit son état pitoyable ; mais l'excès de son malheur devint, en quelque façon, sa ressource, parce qu'il la priva de son bon sens & de sa raison.

Je me suis étendu sur cet homme célebre en son genre, parce que tous ceux qui excellent dans quelqu'un des beaux-arts, méritent l'estime & les éloges des gens de lettres.

Lee (Nathanael), célebre poëte, naquit à Westminster vers le milieu du dernier siecle, & fit onze pieces de théâtre, qui ont été jouées avec beaucoup d'applaudissement. Sa derniere tragédie, intitulée le massacre de Paris, fut représentée sur le théatre royal en 1690. Les pensées de cet auteur sont admirables pour le tragique, mais si noyées dans une multitude de paroles, qu'elles perdent la plus grande partie de leur beauté. Il réussit merveilleusement dans le pathétique, lorsqu'il ne s'abandonne point à la violence de son imagination. Le comte de Rochester dit plaisamment que ce poëte ne chantoit pas mal, mais qu'il forçoit sa voix, de maniere qu'il s'enrouoit. Il perdit l'esprit à l'âge de cinquante ans, & fut confiné quelques années à l'hôpital de Bethlem. Il en sortit sans s'être parfaitement rétabli, & mourut pendant la nuit dans une des rues de Londres.

Beveridge (Guillaume), en latin Beverigius, né à Westminster en 1638, fut nommé évêque de S. Asaph en 1705, & s'attira la vénération de toute l'Angleterre par ses vertus & par son savoir. Il mourut en 1708, à 71 ans.

Ses ouvrages de piété sont en grand nombre. On a publié ses sermons en 1709, & ce recueil forme dix volumes in -8°. Ses pensées secrettes sur la religion ont souffert plusieurs éditions. La traduction françoise de cet ouvrage parut à Amsterdam en 1731 en deux volumes in -12.

En 1662, il publia à Londres ses institutionum chronologicarum libri duo, qui ont été réimprimés pour la troisieme fois en 1721 ; c'est un traité simple & méthodique d'un grand usage classique, parce qu'il fournit un systême abrégé de toute la chronologie. Dans le premier livre, l'auteur traite de la nature & des parties de la chronologie ; du tems, des heures, des minutes & des secondes ; des jours, des semaines, des mois, de l'année céleste, de l'année julienne, grégorienne, égyptienne, éthiopiennee, persane, syrienne & grecque ; de l'année astronomique, civile & solaire des juifs ; de l'année des Arabes. Dans le second livre, il traite des syzygies ou mois lunaires, & des éclipses, des équinoxes & des solstices ; du cycle du soleil & de la lettre dominicale, du cycle de la lune & du nombre d'or ; de l'indiction ; de l'épacte ; du cycle de Méton & de Callippe ; de la période dionysienne & julienne ; de l'ere chrétienne & de Dioclétien ; des années du monde ou du comput des Grecs ; de l'ére judaïque ; de l'époque de la prise de Troie, de la fondation de Rome & de celle d'Antioche ; des olympiades & des jeux capitolins ; des années juliennes, de l'ére d'Espagne & de la victoire d'Actium ; des éres de Nabonassar, de Philippe, & de Yezdegird le dernier roi de Perse, de l'Hégire ou ére mahométane. Dans l'appendix, il donne les noms des mois hébreux, syriens, persans, éthiopiens & arabes, dans les caracteres mêmes de ces langues, & autres choses pareilles.

En 1678, il fit imprimer son codex canonum ecclesiae primitivae vindicatus, recueil des canons de la primitive église justifiée. M. Daillé étoit dans une opinion différente ; car, dans son traité de pseudepigraphis, imprimé en 1652, il tâche de prouver que le recueil des canons n'a point été fait par des personnes qui ayent vécu près du tems des apôtres, & qu'il n'a été publié que vers la fin du v. siecle.

Le thesaurus theologicus, ou systême de théologie du docteur Beveridge n'a paru qu'en 1710, in -8°. c'est-à-dire trois ans après la mort de l'auteur.

Un illustre savant a mis au jour en 1711 une courte revue des écrits du docteur Beveridge ; & l'on doit convenir qu'il y a trouvé un grand nombre d'erreurs en fait de systêmes & de raisonnemens. Mais il faut oublier les erreurs spéculatives du vertueux évêque de S. Asaph, & considérer seulement les preuves éclatantes qu'il a donné de sa piété pendant sa vie & à sa mort, ayant légué la plus grande partie de son bien pour l'avancement de la religion chrétienne, tant au-dedans qu'au-dehors du royaume britannique.

Folkes (Martin) naquit à Westminster en 1690, & fut nommé de la société royale en 1714, à l'âge de 24 ans. Au retour de ses voyages, il lut à la société des antiquaires de Londres une savante dissertation sur le poids & la valeur des anciennes monnoies romaines, à laquelle étoit jointe une table des monnoies d'or d'Angleterre depuis le regne d'Edouard III. sous lequel on a commencé à en fabriquer de cette espece, avec leurs poids & leurs valeurs intrinseques. On trouvera dans les transactions philosophiques les observations de M. Folkes sur les polypes d'eau douce découverts par M. Trembley ; sur les bouteilles de Florence, qui résistent au choc d'une balle de plomb, & ne peuvent soutenir celui d'un petit gravier sans se rompre ; comme aussi sur des os humains revêtus d'une couche pierreuse, & qu'il avoit vu près de Rome à Villa-Ludovisia.

Il succéda à M. Sloane à la place de président de la société royale ; & en 1742, il fut nommé associé étranger à l'académie des Sciences de Paris.

En 1745, il publia son traité des monnoies d'argent d'Angleterre, depuis la conquête de cette île par les Normands, jusqu'au tems où il écrivoit. Cet ouvrage, avec la seconde édition de celui qu'il avoit déja donné sur les monnoies d'or, étoit certainement le morceau de ce genre le plus parfait & le plus intéressant qu'on eût encore vu ; il est même plus intéressant qu'il ne le paroît au premier coup-d'oeil. Les monnoies sont les signes des valeurs de tout ce qui peut faire l'objet du commerce & des besoins de la société ; ces signes doivent donc eux-mêmes changer de valeur, suivant que la quantité du métal qui sert de signe, ou celle des choses représentées vient à changer, & encore, suivant la facilité qu'une nation trouve à se les procurer par son commerce ; d'où il suit qu'un tableau fidele de la variation des monnoies d'une nation présente à ceux qui sont en état de connoître cette espece d'hiéroglyphe, non les événemens qui appartiennent aux histoires ordinaires, mais l'effet de ces mêmes événemens sur le corps politique, & les avantages ou les maux intérieurs qu'ils y ont pu causer.

En 1750, M. Folkes fut nommé président de la société des antiquaires de Londres, & ce fut le dernier honneur qui lui fut déféré, étant mort en 1754. (D.J.)

WESTMINSTER, église de, (Topogr. de Londres) l'église de Westminster fut fondée dans le vij. siecle par Sébert, roi des Saxons orientaux, qui s'étant converti au christianisme, changea le temple du dieu Thor qui étoit dans cet endroit en une église chrétienne, laquelle fut depuis ruinée par les Danois.

Edouard le confesseur rebâtit à neuf cette église dans le onzieme siecle, & voulut qu'elle fût sous l'invocation de S. Pierre. Il employa à cette fondation la dixieme partie de ses revenus, & joignit à sa nouvelle église un monastere ou une abbaye, dans laquelle il établit des religieux de l'ordre de saint Benoît.

Au xiij. siecle, Henri III. fit démolir l'église d'Edouard pour la rebâtir beaucoup plus belle qu'elle n'étoit auparavant ; mais son entreprise ne fut achevée que long-tems après sa mort. Henri VII. choisit cette église pour être sa sépulture, & celle des rois ses successeurs. Il fit construire dans le choeur à l'orient une superbe chapelle, qui lui couta quatorze mille livres sterling, somme très-considérable dans ce tems-là.

L'église de Westminster est un grand édifice, de goût gothique, fort élevé, construit en croix comme les églises cathédrales, long de cinq cent piés, & large d'environ cent piés. Aux deux côtés de la façade qui est à l'occident, paroissent deux tours quarrées qui ne s'élevent pas plus haut que le toît.

On entre dans un vaisseau long & étroit, dont la voûte est suspendue sur deux rangs de piliers ; en avançant un peu plus loin, on voit dans diverses chapelles les tombeaux de quinze ou seize rois & reines d'Angleterre, & ceux de plusieurs personnes illustres, soit par leur mérite, soit par leur naissance. On trouve en face le choeur où est entr'autres le tombeau de Sébert, premier fondateur de l'église, & qui mourut en 616.

Du choeur, on passe dans la chapelle royale, où se trouve sur la droite la sépulture de Richard II. mort en 1399, & celle d'Edouard III. mort en 1377. Au fond de la chapelle, on voit le tombeau d'Henri V. mort en 1422, & celui de S. Edouard le confesseur, mort en 1065. Sur la gauche est inhumé le brave Edouard I. mort en 1308, & Henri III. mort en 1273. Ces tombeaux sont tous accompagnés d'épitaphes.

De la chapelle royale, on passe dans celle de Henri VII. où se voit le tombeau de ce prince en bronze massif, & où il est inhumé avec Elisabeth son épouse. Le roi Edouard VI. a son tombeau tout près de celui de son ayeul ; la reine Marie Stuard mere de Jacques I. & la princesse Marguerite de Richemond mere de Henri VII. sont ensevelies au-dehors de la chapelle, à la droite ; sur la gauche, on voit la sépulture de l'illustre reine Elisabeth.

L'église de Westminster est le lieu où se fait ordinairement la cérémonie du couronnement des rois, & l'on a suivi cet usage depuis Guillaume le conquérant, qui montra l'exemple. La reine Elisabeth ayant ôté cette église aux religieux bénédictins qui la possédoient, y mit à leur place douze chanoines, avec un doyen. Le doyen est d'ordinaire un évêque, lequel a sous certaines restrictions une jurisdiction ecclésiastique & civile dans la ville de Westminster, & dans les lieux qui dépendoient autrefois de l'abbaye.

Les revenus de cette maison servent actuellement à entretenir trente chanoines, un organiste, douze pauvres, & quarante écoliers, avec leurs maîtres, & divers officiers de college, qui ont tous de gros appointemens. Il y a dans le cloître une bibliotheque publique, qui s'ouvre soir & matin pendant les séances des cours de justice de Westminster.

C'est dans l'église de Westminster qu'on enterre les têtes couronnées, les personnes du plus haut rang, & celles d'un mérite rare. Mais au milieu de tant d'hommes illustres dont l'église est le tombeau, l'histoire nous apprend que Cromwel y fit ensevelir sa mere avec beaucoup de pompe & de magnificence. Elle vécut assez pour le voir élevé au protectorat, & solemnellement installé en 1653 dans ce grand office, équivalent à celui de la royauté. Cependant elle n'avoit jamais pu se persuader que le pouvoir ou la vie de son fils fussent en sûreté ; & d'un jour à l'autre, elle doutoit qu'il fût vivant s'il ne l'en assûroit par sa présence. C'étoit une femme de bonne famille du nom de Stuart, & d'un caractere décent, qui, par son économie & son industrie, avoit tiré parti d'une fortune bornée pour l'éducation d'une nombreuse famille. Elle s'étoit vue dans la nécessité d'établir une brasserie à Huntingdon, & sa conduite lui en avoit fait tirer de l'avantage. De-là vient que Cromwel, dans les libelles du tems, est quelquefois désigné sous le nom de brasseur. Ludlow le raille du surcroît considérable que son revenu royal alloit recevoir par la mort de sa mere, qui possédoit un douaire de soixante livres sterling sur son bien. (D.J.)

WESTMINSTER, salle de, (Topog. de Londres) en anglois, Westminster-hall ; grande salle que fit construire le roi Guillaume II. dit le roux, vers l'an 1098. Cette salle est voûtée, & la voûte est lambrissée d'une espece de bois qui croît en Irlande, & auquel les araignées n'attachent point leurs toiles. C'est dans cette salle que s'assemble le parlement d'Angleterre ; & pour emprunter ici la poésie de l'auteur de l'Henriade :

Aux murs de Westminster on voit paroître ensemble

Trois pouvoirs étonnés du noeud qui les rassemble,

Les députés du peuple, & les grands, & le roi,

Divisés d'intérêt, réunis par la loi ;

Tous trois membres sacrés de ce corps invincible,

Dangereux à lui-même, à ses voisins terrible.

Heureux, lorsque le peuple instruit par son devoir,

Respecte autant qu'il doit, le souverain pouvoir !

Plus heureux, lorsqu'un roi, doux, juste & politique,

Respecte autant qu'il doit, la liberté publique !

Quoique cette salle soit longue de deux cent soixante & dix piés, & large de soixante & dix, elle est moitié trop petite pour un corps si nombreux que l'est celui du parlement d'Angleterre, & elle demanderoit sans-doute d'être tout autrement décorée pour l'assemblée de cette auguste compagnie. Aussi prétend-on que cette salle n'est qu'un débris du palais qu'Edouard le confesseur éleva près de l'abbaye, & qu'acheva Guillaume II. Ce palais fut réduit en cendres vers le milieu du xvj. siecle, sous le regne de Henri VIII. & l'on ne put sauver de l'incendie que cette grande salle, où le parlement s'assemble, & quelques chambres voisines, entr'autres, celle qu'on nomme vulgairement la chambre peinte de S. Edouard. (D.J.)


WESTPHALIE(Géog. mod.) cercle d'Allemagne, qu'on divise en province & en duché. Les états du cercle de Westphalie sont les évêques de Paderborn, de Liege, de Munster, d'Osnabrug, les abbés de Munster, de Stablo & de Corvey : les abbesses d'Herforden & d'Effen : les ducs de Juliers, de Cleves & de Berg : les principautés de Ferden, de Minden, d'Ostfrise, de Nassau-Dillenbourg & plusieurs comtes. Les villes de Cologne, d'Aix-la-Chapelle, de Dormund & de Hesford, entrent dans ce cercle. L'évêque de Munster & les ducs de Juliers & de Cleves sont directeurs du cercle de Westphalie, dont le contingent est de 304 cavaliers & 1282 fantassins, ou de 8164 florins par mois.

La province de Westphalie comprend le duché de Westphalie, l'évêché de Munster, l'évêché d'Osnabruck, l'évêché de Paderborn, l'abbaye de Corvey, la principauté de Minden & plusieurs comtés.

Le duché de Westphalie confine avec les évêchés de Munster & de Paderborn, le comté de la Mark, le landgraviat de Hesse & le comté de Waldeck. Ce duché qu'on nomme aussi le Saurland, & qui appartient à l'électeur de Cologne, renferme seulement plusieurs bailliages. Le commerce de ses habitans consiste en biere & en jambons, qu'on nomme mal-à-propos jambons de Mayence, parce que le plus grand débit s'en faisoit aux foires de Mayence & de Francfort.

Les bornes de la Westphalie prise dans toute son étendue, étoient autrefois plus reculées qu'elles ne le sont aujourd'hui. Le Rhin la bornoit du côté de l'occident ; depuis ce fleuve jusqu'à la ville de Brême, sa partie septentrionale étoit bornée par la Frise ; le Weser lui servoit de bornes du côté de l'occident, depuis la ville de Brême jusqu'aux montagnes appellées montes Meliboci par Ptolémée ; & du côté du midi, elle étoit bornée par le pays de Hesse.

Toute cette étendue de pays fut habitée anciennement par les Bructeres, par les Sicambres, par les Chamaves, qui succéderent aux Bructeres du tems de Trajan, par les Angrivariens, par les Lombards ou Longobards, par les Angles ou Angili, qui passerent ensuite en Angleterre, par les Chérusques, par les Cattes, par les Chauci ou Cayci, & par les Francs ou Franci, qui prirent la place des Sicambres & des Teucteres. Les Francs étant enfin passés dans la Gaule, les Saxons qui s'étoient déja avancés depuis l'Elbe jusqu'à l'Ems, occuperent le reste de la Westphalie ; cette portion de pays devint ainsi une partie de la Saxe, & donna son nom aux Saxons, qui habiterent depuis le Weser jusqu'au Rhin.

Les plus anciens princes de la Westphalie & de la Saxe, dont il soit fait mention dans l'histoire, sont Dieteric, fils de Sighard, qui eut la guerre avec Charles Martel ; Wernechind, fils de Dieteric, duc des Angrivariens ; & Wittikind, fils de Wernechind.

La Westphalie moderne a pour bornes au nord la mer d'Allemagne, au midi le cercle du haut-Rhin, au levant la basse-Saxe, & au couchant les Pays-Bas.

Cette province d'Allemagne est généralement fertile. L'Ems, le Wéser, la Lippe & la Roër l'arrosent. Il y a de gras pâturages ; on y éleve dans les forêts de bons chevaux & quantité de cochons. (D.J.)


WESTRAou WASTRA, (Géog. mod.) île au nord de l'Ecosse, & celle de toutes les Orcades qui est la plus avancée à l'ouest d'où lui vient son nom. Elle a cinq ou six milles de longueur sur trois ou quatre dans sa plus grande largeur.


WESTROGOTHIou WESTRO-GOTHLAND, (Géog. mod.) province de Suede, dans la partie occidentale de la Gothie. Elle est bornée au nord par le lac Waner, au midi par le Smaland, au couchant par la Néricie. Cette province est entrecoupée par un grand nombre de lacs & de rivieres. Skara est sa capitale.


WESTSEou WESSEX, (Géog. mod.) ancien royaume d'Angleterre à l'occident de Sussex, & au midi de la Tamise. Cerdick ayant gagné en 519, une bataille qui fit perdre aux Bretons l'espérance de chasser les Saxons de chez eux, Arthur s'accommoda avec lui. Le roi breton céda au saxon un pays qui comprenoit les provinces de Hant & de Sommerset. Le saxon âgé & las d'une longue guerre, fut content de ce partage.

Il érigea ce pays en royaume, sous le nom de Westsex, & s'en fit couronner roi 24 ans après son arrivée en Bretagne. Il se trouva alors dans l'Heptarchie, trois royaumes plus grands & plus puissans que les autres, savoir deux anglois & un saxon. Les anglois étoient le Northumberland & la Mercie. Le saxon habité par des Jutes, étoit le Westsex, & avoit pour principales villes, Winchester, Salisburi, Southampton, Dorchester, Portsmouth, Shereburn, Excester. Il y avoit dans ces villes plusieurs bretons mêlés avec les Saxons, & l'île de Wight habitée par les Jutes, dépendoit aussi du Westsex.

Chacun des royaumes de l'Heptarchie avoit pris son nom des peuples qui l'habitoient, & de sa position. Celui de Westsex fut nommé le royaume des West-saxons ou des saxons occidentaux, parce qu'il étoit situé à l'occident des saxons de Sussex, de Kent & d'Essex. Il étoit outre cela considérable par sa situation, étant gardé au nord par la Tamise, au midi par la mer, à l'orient par le petit royaume de Sussex, & à l'occident par les bretons de Cornouaille, tellement séparés du reste des Bretons du pays de Galles par l'embouchure de la Saverne, qu'il ne leur étoit pas possible de se secourir les uns les autres.

Ce fut vers l'an 634, que les saxons occidentaux reçurent l'évangile par le ministere de Birinus, à qui le pape avoit donné cette mission, après l'avoir sacré évêque ; il aborda dans le Westsex, baptisa Sinigisil qui en étoit le roi, convertit aussi son frere Quicelin, & à leur exemple se vit un troupeau considérable, qui forma deux diocèses, savoir celui de Winchester, & celui de Dorchester. (D.J.)


WETERLAC, (Géog. mod.) lac de Suede, dans la Gothie. Il sépare la Westrogothie de l'Ostrogothie, s'étend du nord au sud depuis la Néricie jusqu'au Smaland, & mouille une partie de chacune de ces deux provinces. Le fleuve de Motala par lequel il se décharge dans la mer, traverse toute l'Ostrogothie d'occident en orient. Il y a quelques îles dans le lac Weter, & cinq villes ou bourgs sur ses bords.


WETHERBY(Géog. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans Yorckshire, sur la riviere de Warfe.


WETTERou STAD-WETTER, (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la Hesse, sur la rive gauche de la Lohn, à deux lieues au nord de Marpurg. Long. 26. 28. latit. 50. 42.

Kuchlin (Jean), théologien, naquit dans cette petite ville en 1546, & mourut à Leyde en 1606. On a recueilli à Genève l'an 1613, en un vol. in -4°. toutes ses theses de théologie ; elles ne sont pas cependant bien merveilleuses, & Gui Patin a follement loué l'auteur, en le nommant un des plus savans hommes de son siecle.

Pincier (Jean), compatriote & contemporain de Kuchlin, a aussi publié quelques écrits de théologie inconnus aujourd'hui, dans lesquels il fait la guerre aux Luthériens, sur l'ubiquité & la réalité. Il mourut en 1591.

Wulteius (Herman), né à Wetter en 1555, donna divers ouvrages sur le droit, qui n'ont pas été réimprimés depuis sa mort arrivée en 1634. (D.J.)

WETTER, le, (Géog. mod.) riviere d'Allemagne. Elle prend sa source dans la partie septentrionale du comté de Solms, & se jette dans la Nidda.


WETTÉRAVIE(Géog. mod.) contrée d'Allemagne, dans le cercle du haut Rhin, entre la Hesse & le Mein. Son nom lui vient de la petite riviere de Wetter. Elle renferme plusieurs petits états. On la divise en méridionale & septentrionale ; cette derniere porte le nom de Westerwald. (D.J.)


WETTINGEN(Géog. mod.) bourg de Suisse, au comté de Bade, à demi-lieue de Bade, & près de l'abbaye de Wettingen à laquelle il a donné le nom. Ce bourg est ancien, comme il paroît par quelques monumens d'antiquité qu'on y a trouvés. On cite l'inscription suivante qui se voit sur une pierre de l'église, & qui nous apprend qu'un temple de ce lieu avoit été bâti à l'honneur de la déesse Isis : deae Isidi templum Asolo L. Annusius Magianas de suo posuit vir aquensis ad cujus templi ornamenta Alpinia Alpinula conjux & peregrina fil. XC. dederunt L. D. D. vicanorum.

En 1633, on trouva près de ce bourg un pot de terre, plein de médailles d'argent de Gordien, de Maximin, de Maxence, de Maximien & de Constantin le jeune. (D.J.)


WETZLAR(Géogr. mod.) ville libre & impériale d'Allemagne, dans la Wettéravie, au confluent de la Lohn & de la Disle, à 9 lieues au nord de Francfort, & à 6 au sud-ouest de Marpourg. La chambre impériale qui étoit à Spire, y a été transférée, & lui donne tout le lustre qu'elle peut avoir. La prevôté de cette ville appartient au landgrave de Hesse-Darmstad, qui nomme le prévôt pour présider à la justice en son nom. Long. 24. 15. latit. 50. 29. (D.J.)


WEXALA(Géog. anc.) golphe de la grande Bretagne. Ptolémée, l. XX. c. 3. le marque sur la côte occidentale, entre le golphe Sabriana, & Herculis promontorium. C'est présentement Ivelmouth, selon Camden. (D.J.)


WEXFORD(Géog. mod.) ou WEESFORD, en irlandois loghhagarm ; comté d'Irlande, dans la province de Leinster. Il est borné au nord par le comté de Waterford, au levant par l'Océan, & au couchant par les comtés de Catherlagh, de Kilkenny. On donne à ce comté 47 milles de longueur, & 27 de largeur. Il est fertile en grain, & en pâturage. On le divise en huit baronies. Wexford est la capitale. Il contient huit villes qui députent au parlement d'Irlande, deux desquelles ont en outre, le droit de tenir marché public. (D.J.)

WEXFORD, (Géog. mod.) ville d'Irlande, dans la province de Leinster, capitale du comté de même nom, à 60 milles au midi de Dublin. Elle est grande, belle, bien bâtie, avec un bon port, à l'embouchure du Slany. On remarque que le flux & le reflux s'y font trois heures plus tôt que dans l'Océan. Long. 11. 10. latit. 52. 18. (D.J.)


WÉXIO(Géog. mod.) ville de Suede, dans la Gothie méridionale, sur le bord du lac Salen, à 10 lieues au nord de Calmar, avec un évêché suffragant d'Upsal. Long. 32. 40. latit. 56. 2.

Wexionius, (Michel), étoit né à Wexio, & mourut à Stockholm en 1671. Il a publié quelques ouvrages sur le droit suédois, & une description latine de la Suede, description Sueciae, Aboae 1672. in -12 ; ce petit livre est rare, ayant été défendu, parce que l'auteur y découvroit des secrets sur le gouvernement de l'état. (D.J.)


WEYLE, (Géog. mod.) riviere d'Angleterre, en Dorset-Shire. Elle donne son nom à la ville de Weymouth, qui est bâtie à son embouchure. (D.J.)


WEYMOUTH(Géog. mod.) ville d'Angleterre, dans la province de Dorset, entre Dorchester au nord, & l'île de Portland au sud. C'est un bon port, situé à l'embouchure de la riviere de Wey, d'où lui vient le nom de Weimouth. Cette ville est à 108 milles au sud-ouest de Londres. Elle a titre de vicomté, droit de députer au parlement, & celui de tenir marché public. Long. 15. 47. lat. 50. 44. (D.J.)


WHARFELA, (Géog. mod.) riviere d'Angleterre, dans Yorckshire. Elle descend des montagnes de Craven, & s'abouche avec l'Ouse, après un cours de 50 milles d'étendue, & qui dans certains endroits est extrêmement rapide. (D.J.)


WHEALLEP-CASTLE(Géog. mod.) lieu d'Angleterre, dans la province de Westmorland, au quartier du nord, près de Kir-by-Thore. On voit dans ce lieu de beaux restes d'une ancienne ville, & l'on y a déterré plusieurs médailles, avec l'inscription suivante :

Deo Belatuend Ro. Lib. Votu M. Fecit Jolus.

Il y a apparence que c'est la ville dont les anciens ont parlé sous le nom de Gallagum ou Gallatum : & il faut que cette place ait été considérable, puisque les Romains tirerent delà jusqu'à la muraille, un chemin pavé au-travers des montagnes marécageuses, de la longueur de 20 milles ou environ. On appelle aujourd'hui ce chemin Maidenway, c'est-à-dire, le chemin des filles ; peut-être a-t-on dit Maidenway par corruption, au-lieu de Headen-way, le chemin des payens. Tout près de là, dans un lieu nommé Crawedun-dale-Waith, on trouve des remparts, des fossés, & d'autres pareils ouvrages militaires, d'où l'on peut juger qu'il y a eu autrefois dans cet endroit un campement. (D.J.)


WHIDAH(Géog. mod.) petit royaume d'Afrique. Son terrein est extrêmement fertile, couvert de verdure & de prairies. Tout le long de la côte le sol est plat ; mais il s'éleve insensiblement. Une vaste chaîne de montagnes lui sert de rideau, & le défend au nord-est contre les courses des voisins. Les arbres y sont grands, & forment de longues avenues. Tout le terrein y est cultivé. A peine la moisson est faite, que les semailles recommencent. Ce petit état est si prodigieusement peuplé, qu'un seul de ses villages contient plus de monde que des royaumes entiers de la côte de Guinée.

Les habitans de ce climat, surpassent les autres negres en bonnes & en mauvaises qualités. Leur grande divinité est le serpent, qui a des prêtres & des prêtresses. Les femmes qui jouissent de cette dignité, sont beaucoup plus respectées que les prêtres. Elles commandent à leurs maris en reines absolues, & exercent un empire despotique dans leurs maisons. Chaque année on choisit un certain nombre de jeunes filles, que l'on met à-part pour être consacrées au serpent ; & ce sont les vieilles prêtresses qui sont chargées de faire ce choix. (D.J.)


WHISKLE, (Jeux) ou WHIST, jeu de cartes, mi-parti de hazard & de science. Il a été inventé par les Anglois, & continue depuis longtems d'être en vogue dans la grande-Bretagne.

C'est de tous les jeux de cartes, le plus judicieux dans ses principes, le plus convenable à la société, le plus difficile, le plus intéressant, le plus piquant, & celui qui est combiné avec le plus d'art.

Il est infiniment plus judicieux dans ses principes que le reversi, & plus convenable à la société, parce qu'on sait d'avance ce qu'on peut perdre dans une partie ; & qu'on ne vous immole point à chaque coup, en vous faisant des complimens que dicte le mensonge. On n'y donne point de prérogative despotique à une seule carte, & l'on n'y connoît point de dictateur perpétuel, comme est le redoutable spadille ou le maudit quinola.

Le whisk est bien éloigné de tendre à aiguiser méchamment l'imagination, comme fait le reversi, par une allure contraire au bon sens. La marche du whisk est naturelle ; ceux qui y font le plus de points & de mains, emportent de droit, & avec raison la victoire. C'est la regle de tous les jeux sérieux, & en particulier celle du jeu des rois, trop connu de leurs sujets sous le nom de guerre.

Le whisk est plus difficile que le piquet, puisqu'il se joue avec toutes les cartes ; que les associés ne parlent point, ne se conseillent point, ne voient, ni ne connoissent réciproquement la force ou la foiblesse de leur jeu. Il faut qu'ils la devinent par leur sagacité, & qu'ils se conduisent en conséquence.

Le whisk est plus intéressant, plus piquant qu'aucun jeu de cartes, par la multiplicité des combinaisons qui nourrissent l'esprit ; par la vicissitude des événemens qui le tiennent en échec ; par la surprise, agréable ou fâcheuse, de voir de basses cartes faire des levées auxquelles on ne s'attendoit point ; enfin, par les espérances & les craintes successives qui remuent l'ame jusqu'au dernier moment.

Ajoutez que la durée de ce jeu tient un juste milieu entre les deux extrêmes : cette durée permet dans une soirée, qu'on renouvelle deux ou trois fois les parties, & qu'on change les acteurs & les associations ; ce qui ranime le courage de ceux qui ont perdu, sans affliger les vainqueurs qui rentrent en lice sur leur gain.

En un mot, le whisk est un jeu très-ingénieusement imaginé à tous égards ; un jeu constamment fait pour les têtes angloises, qui refléchissent, calculent & combinent dans le silence.

Dans ce jeu, comme à la guerre & à la cour, il faut arranger des batteries, suivre un dessein, parer celui de son adversaire, cacher ses marches, hazarder à-propos. Quelquefois avec des cartes bien ménagées, on gagne des levées. Tantôt le plus savant l'emporte, & tantôt le plus heureux ; car les honneurs que donne ici la fortune, triomphent souvent de toute votre habileté, & vous arrachent la victoire, qui s'envole de vos mains sur les aîles de la capricieuse déesse.

Les François ont reçu dernierement tout ensemble de l'Angleterre victorieuse dans les quatre parties du monde, une généreuse paix, & la connoissance de ce beau jeu, qu'ils paroissent goûter extrêmement. Ils l'ont saisi avec transport, comme ils font toutes les nouveautés, hormis celles dont l'utilité est démontrée, & qui intéressent le bonheur ou la vie des hommes : mais en revanche ils s'enthousiasment des modes frivoles, & des jeux spirituels propres à les amuser. Comme le whisk est de ce nombre, ils en ont adopté religieusement toutes les loix, & les suivent ponctuellement, excepté peut-être celle du silence, qui contrarie beaucoup leur vivacité, & le manque d'habitude où ils sont de tenir leur langue captive.

Les chances ou hazards de ce jeu, ont été calculés par de grands mathématiciens anglois, & M. de Moivre lui-même, n'a pas dédaigné de s'en occuper, il a trouvé :

1°. Qu'il y a 27 hazards contre deux, ou à-peu-près que ceux qui donnent les cartes, n'ont pas les 4 honneurs.

2°. Qu'il y en a 23 contre un, ou environ, que les premiers en main n'ont point les 4 honneurs.

3°. Qu'il y en a 8 contre un, ou environ, que de côté ni d'autre, ne se trouvent les 4 honneurs.

4°. Qu'il y en a 13 contre 7, ou environ, que les deux qui donnent les cartes, ne compteront point les honneurs.

5°. Qu'il y en a 25 contre 16, ou environ, que les honneurs ne seront pas également partagés.

Le même mathématicien détermine aussi, que les hazards pour les associés qui ont déja 8 points du jeu s'ils donnent les cartes, contre ceux qui ont 9 points, sont à-peu-près comme 17 à 11. Mais si ceux qui ont 8 du jeu sont les premiers en main, les hazards seront comme 34 est à 29.

On propose sur ce jeu divers problêmes, & particulierement celui-ci, dont l'exacte solution répandra la lumiere sur plusieurs questions de même nature.

Trouver le hazard que celui qui donne les cartes, aura quatre triomphes.

Une triomphe étant certaine, le problême se réduit à celui-ci ; trouver quelle probabilité il y a, qu'en tirant au hazard 12 cartes des 51, dont 12 sont des triomphes, & 39 ne sont point triomphes, 3 des 12 seront des triomphes.

On trouvera par la regle de M. de Moivre, que le total des hazards pour celui qui donne les cartes, = 92, 770, 723, 800 ; & que le total des hazards pour tirer 12 cartes des 51, = 158, 753, 389, 900. La différence de ces deux nombres, = 65, 982, 666, 100. Les hazards seront donc comme 9277, &c. à 6598, &c.

Or, nous pouvons calculer la chance de trois joueurs qui ont 10, 11 ou 12 triomphes, du nombre de 39 cartes ; donc nous trouverons que le total des hazards pour prendre 10, 11 ou 12 triomphes, dans 39 cartes, = 65, 982, 666, 100 ; & que tous les hazards du nombre de 51 cartes, = 158, 753, 389, 900. La différence = 92, 770, 723, 800, = tous les hazards pour celui qui donne, & les hazards seront 9277, &c. à 6598, &c. comme ci-dessus.

Les Mathématiciens après avoir trouvé la derniere précision du calcul, par un grand nombre de chiffres ont cherché, & indiqué les proportions les plus voisines de la vérité que donne le plus petit nombre de chiffres ; & c'est ce qu'on appelle méthode d'approximation, de laquelle il faut se contenter dans la pratique. Si l'on demande, par exemple, quelle est la parité des hazards qu'un joueur ait à ce jeu trois cartes d'une certaine couleur, ils répondent par voie d'approximation, qu'il y a environ 682 à gager contre 22, ou environ 22 contre 1, qu'il ne les a pas.

Comme nous avons présentement dans notre langue, un traité du whisk traduit de l'anglois, & imprimé à Paris en 1764, in -12. sous le titre d'Almanach du whisk, je suis dispensé d'indiquer les termes de ce jeu, ses regles, sa conduite, & l'art de le bien jouer.

On croira sans peine que le petit livre dont je parle, est connu de tout le monde ; qu'il a un grand débit, & se lit beaucoup dans un pays d'oisiveté complete pour les gens du bon air ; un pays où ils éprouvent que les voitures les plus douces brisent la tête, & ils se reposent en conséquence tout le jour sur des sieges renversés, sans avoir eu la peine de se fatiguer ; un pays où les hommes dissertent agréablement de pompons, & font des noeuds comme les femmes, pour tuer le tems qui passe si vîte ; un pays d'ailleurs, où le jeu égale toutes les conditions, & où l'on n'est bon qu'à noyer, si l'on ne joue pas le jeu qui est à la mode ; un pays enfin, où les particuliers n'ayant rien à voir dans le gouvernement, ne desirent, à l'exemple des anciens romains soumis aux césars, que du pain, des cartes, & des spectacles, panem, aleam, & circenses. Eh ! qui peut condamner des moeurs si liantes, & des voeux si modérés ? (D.J.)


WHITBY(Géog. mod.) bourg d'Angleterre, dans Yorckshire, sur le bord de la mer, à l'endroit où elle fait un petit golfe, que les anciens ont appellé dunus sinus. Whitby signifie une habitation blanche : il se fait dans ce bourg un grand commerce d'alun & de beurre. On trouve dans ses environs quantité de jayet, gagates, pierre fossile, légere, noire, qui sent le bitume, reçoit un beau poliment, & s'allume près du feu. (D.J.)


WHITE-HAVEN(Géog. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans la province de Cumberland, avec un bon port de mer, dont les habitans usent pour un grand trafic de sel & de charbon de terre, avec les Ecossois & les Irlandois. (D.J.)


WHITHERou WHITE-HERNE, (Géog. mod.) ville d'Ecosse, dans la province de Galloway, à environ 100 milles au midi d'Edimbourg, & à 3 de Vightown. Elle a été autrefois épiscopale, & plus considérable qu'elle n'est à-présent. On croit que Withern, est l'ancienne Leocopidia de Ptolémée. Long. 12. 43. lat. 55. 14. (D.J.)


WIALA, (Géog. mod.) riviere d'Amérique, dans la Terre-Ferme. C'est une des plus considérable de la France équinoxiale. Elle coule du sud au nord, & va se décharger dans la mer, à la côte orientale de l'île de Cayenne, à 40. 41. de la ligne vers le nord. (D.J.)


WIAPOCO(Géog. mod.) riviere de l'Amérique, dans la Terre-Ferme, à 4. 40. au nord de la ligne ; cette riviere se jette dans une baie, large environ de 3 lieues ; & son embouchure qui est d'une lieue de large, a environ 14 piés de profondeur. Le cap qui barre la baie vers l'orient, est appellé par les Anglois, Cabo - Cecil, & par les Hollandois, cap d'Orange. (D.J.)


WIASou OYEST, (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, en Silésie, dans la principauté d'Oppelen, sur la riviere de Kladinitz ; cette petite ville dépend de l'évêché de Breslaw. (D.J.)


WIBORou WIBURG, (Géog. mod.) ville de Danemarck, capitale du nord Jutland, & du diocèse de même nom, sur le lac Water ; c'est le siége du conseil supérieur de la province. Cette ville étoit anciennement la capitale des Cimbres, & se nommoit à ce qu'on croit, dans le moyen âge Cimbrisberga. Long. 27. 48. latit. 56. 29.

Aagard (Nicolas & Chrétien) deux freres, nés à Wibourg, au commencement du dernier siecle, se sont faits l'un & l'autre de la réputation dans la littérature.

Aagard (Nicolas) donna plusieurs ouvrages dont voici les principaux : Animadversiones in Ammianum Marcellinum, Sorae 1654, in-4°. In Cornelium Tacitum Prolusiones, Sorae, in-4°. On a aussi de lui les traités suivans : De optimo genere oratorum. De ignibus subterraneis. De stylo novi Testamenti. De nido Phoenicis, &c. il mourut l'an 1657 à 45 ans.

Aagard (Chrétien) est mis au rang des poëtes latins, les plus purs & les plus coulans de son pays ; on trouvera toutes ses poésies rassemblées dans le recueil de poëtes danois, deliciae poetarum danorum. Lugd. Batav. 1693, en 2 vol. in -12. Il mourut à Rypen en 1664, âgé de 48 ans. (D.J.)

WIBORG ou WIBURG, ou WIBOURG, (Géog. mod.) ville de l'empire Russien, capitale de la Karélie-Finoise, au fond d'un golfe que forme celui de Finland, à 15 lieues au couchant de Kexholm, avec évêché, suffragant de Riga ; c'est une place commerçante & forte, munie d'une bonne citadelle, qui a long-tems résisté aux armes des Russes ; enfin, le czar Pierre l'assiégea & la prit en 1710. Elle étoit défendue par une garnison d'environ 4000 Suédois, qui fut faite prisonniere de guerre, malgré la capitulation. Wiborg fut cédée à la Russie en 1721, par le traité de Nieustadt. Longit. 47. 23. latit. 60. 52. (D.J.)


WICHS. m. (Basse-lisserie) c'est un morceau de bois, ou si l'on veut, une espece de perche où sont attachés les fils de la chaîne de la basse-lisse. Cette perche qui est aussi longue que les ensubles ou rouleaux qui sont aux deux bouts du métier, est emboîtée dans une rainure ménagée dans toute la longueur de l'ensuble, chaque ensuble a son wich. (D.J.)


WICHEGROou WISCHEGRAD, ou WISSEGROD, (Géog. mod.) petite ville de Pologne, dans le palatinat de Mazovie, sur la Vistule. (D.J.)


WICou WYCK, (Géog. mod.) ville des Pays-Bas, dans le Limbourg Hollandois, à la droite de la Meuse, vis-à-vis la ville de Maëstricht, avec laquelle elle est jointe par un pont de pierre, & dont elle est une dépendance. Ces deux villes, l'une du Brabant, l'autre du pays de Liége, étoient autrefois gouvernées également quant à la justice, par le roi d'Espagne, comme duc de Brabant ; & par l'évêque de Liége, comme prince temporel ; mais la garde de la ville appartenoit au roi d'Espagne. (D.J.)

WICK, (Géog. mod.) bourg d'Ecosse, dans la province de Catnen, à l'embouchure d'une riviere, sur la côte orientale, à 2 ou 3 milles au-dessus de S. Clair. C'est le second bourg de la province, & le plus célebre dans le pays, à cause du trafic qui s'y fait. Son port est passablement bon ; & cet avantage joint à ceux de sa situation, est cause que les habitans sont aisés. (D.J.)


WICKLOW(Géog. mod.) comté d'Irlande, dans la province de Léinster ; il est borné au nord, par Dublin ; au midi, par Wexford ; au levant, par le canal de S. George ; & au couchant, par Kildare & Catherlagh. Il a 36 milles de long, & 28 de large. On le divise en six baronies. Il contient quatre villes qui députent au parlement de Dublin ; & deux de ces villes ont encore le droit de tenir des marchés publics. (D.J.)

WICKLOW, (Géog. mod.) ville d'Irlande, dans la province de Léinster, capitale du comté de même nom, à l'embouchure de la riviere de Létrim, dans la mer, à 24 milles au sud de Dublin, avec un petit port. (D.J.)


WICLEFITESS. m. pl. (Hist. ecclés.) secte d'hérétiques qui prit naissance en Angleterre dans le xiv. siecle, & tira son nom de Jean Wiclef, professeur en théologie dans l'université d'Oxford, & curé de Lutherworth dans le diocèse de Lincoln.

Dans les divisions qui arriverent dans cette université entre les moines & les séculiers, Wiclef ayant été obligé de céder aux premiers qui étoient appuyés de l'autorité du pape & des évêques, médita de s'en vanger contre les prélats de l'église romaine. A cet effet il avança plusieurs propositions contraires au droit qu'ont les ecclésiastiques de posséder des biens temporels, afin de se concilier par-là l'affection des seigneurs laïcs. La vieillesse & la caducité d'Edouard III. joint à la minorité de son successeur Richard II. furent des occasions favorables à cet hérésiarque pour semer des dogmes pernicieux. Il enseigna d'abord que l'église romaine n'est point chef des autres églises ; que le pape, les archevêques ou évêques, n'ont nul avantage, nulle supériorité sur les prêtres ; que le clergé ni les moines, selon la loi de Dieu, ne peuvent posséder aucuns biens temporels ; que lorsqu'ils vivent mal, ils perdent tout leur pouvoir spirituel ; que les princes & les seigneurs sont obligés de les dépouiller de leurs biens temporels ; qu'on ne doit point souffrir qu'ils agissent par voie de justice contre les Chrétiens, ce droit n'appartenant qu'aux princes & aux magistrats.

Simon de Sudbury, archevêque de Cantorbéry, assembla au mois de Février 1377, un concile à Londres, auquel il fit citer Wiclef, qui par la protection du peuple & des grands, n'y essuya aucune condamnation. Cette impunité l'enhardit, & il sema de nouvelles opinions où il abolissoit les cérémonies du culte reçu dans l'Eglise, les ordres religieux, les voeux monastiques, le culte des saints, la liberté de l'homme, les décisions des conciles, & l'autorité des peres de l'Eglise. Il osa même envoyer ces propositions à Urbain VI. pour le prévenir & le consulter dessus ; Grégoire XI. en ayant condamné 19, les envoya aux évêques d'Angleterre qui tinrent un concile à Lambeth où Wiclef soutenu comme la premiere fois, évita encore d'être condamné.

Guillaume de Courtenai archevêque de Cantorbéry, assembla de nouveau un concile à Londres en 1382, & l'on y condamna vingt-quatre propositions de Wiclef, dix comme hérétiques, & quatorze comme erronées & contraires à la définition de l'Eglise. Celles-là attaquoient la présence réelle, l'eucharistie, la messe, la confession ; celles-ci l'excommunication, le droit de prêcher la parole de Dieu, les dixmes, les prieres, la vie religieuse, & autres pratiques de l'Eglise. Le roi Richard soutint les décisions de ce concile de son autorité, & commanda à l'université d'Oxford de retrancher de son corps Jean Wiclef & tous ses disciples. Elle obéit, & l'on ajoute que ce prince bannit cet hérésiarque de son royaume ; mais il fut rappellé & mourut en 1387, après avoir donné, selon quelques-uns, une confession de foi dans laquelle il rétractoit ses erreurs, & reconnoissoit la présence réelle de Jesus-Christ dans l'eucharistie.

Il est probable que cette rétractation n'étoit pas sincere, puisqu'après sa mort il laissa divers écrits ; entr'autres deux gros volumes intitulés , la vérité, & un troisieme, sous le titre de trialogue, remplis de ses erreurs, & d'où Jean Hus tira une partie des siennes. Elles furent condamnées de nouveau dans un concile tenu à Londres en 1396, ou, selon d'autres, en 1410 ; & enfin, dans le concile de Constance, sess. viij. au nombre de quarante-cinq articles : en conséquence son corps fut exhumé & brûlé.

Voilà l'homme que les protestans regardent avec vénération comme le précurseur de la prétendue réforme qui parut environ 150 ans après ; c'est-à-dire, un homme qui ne respecta pas plus la puissance séculiere que la puissance ecclésiastique ; quoiqu'il semblât flatter les princes aux dépens du clergé ; car de son vivant même, ses sectateurs attroupés causerent des troubles en Angleterre ; ce qu'ils recommencerent sous le regne d'Henri V. D'ailleurs, la plûpart de ses opinions sont conçues avec un orgueil extrême en forme d'axiomes qu'il ne s'embarrasse pas de prouver ; comme s'il avoit eu quelque caractere divin pour en être crû sur sa parole.

Les Presbytériens & les Puritains ou Indépendans modernes, sont précisément dans les mêmes sentimens sur la hiérarchie ecclésiastique & sur le pouvoir des souverains, que les Wiclefites. Voyez PURITAINS, INDEPENDANS, &c.


WICOMou HIDWICKHAM, (Géog. mod.) grand & beau bourg d'Angleterre, dans Buckinghamshire, sur la route de Londres à Buckingham. Il députe au parlement, & a droit de marché. (D.J.)


WIEDLE COMTE DE, (Géog. mod.) petit comté d'Allemagne, dans la Wettéravie, entre celui du basIsenbourg & le Rhin. Il ne renferme pour tout lieu qu'un gros bourg qui lui donne son nom. (D.J.)


WIEL(Géog. mod.) bourg du duché de Wurtemberg, où naquit en 1571 Kepler (Jean) l'un des plus grands astronomes de son siecle. Il fut nommé mathématicien des empereurs Rodolphe II. Matthias, & Ferdinand II. Il mit en 1627 la derniere main aux tables de Ticho-Brahé, dont l'empereur Rodolphe l'avoit chargé, & qui furent nommées tables rodolphines.

Il mourut en 1630 à Ratisbonne, où il étoit allé pour solliciter le payement des arrérages de sa pension, que les trésoriers de l'épargne ne lui fournissoient point. Malheur aux savans qui dépendent des intendans de finances, gens qui pour bien servir le prince, fatiguent par mille difficultés les hommes de lettres à qui il fait des pensions, & lui laissent par ce moyen la gloire d'une libéralité infructueuse. Kepler éprouva sans-cesse leurs rebuts ; mais il ne discontinua point ses travaux, par lesquels il s'est acquis une très-haute réputation.

C'est lui qui a trouvé le premier la vraie cause de la pesanteur des corps, & cette loi de la nature dont elle dépend, que les corps mus en rond, s'efforcent de s'éloigner du centre par la tangente : ce qu'il a expliqué par la comparaison des brins de paille mis dans un sceau d'eau, lesquels si l'on tourne en rond le sceau d'eau, se rassemblent au centre du vase.

Kepler est encore le premier qui ait appliqué les spéculations de mathématiques à l'usage de la Physique. Il a trouvé le premier cette regle admirable appellée de son nom la regle de Kepler, selon laquelle les planetes se meuvent. Enfin, il a fait sur l'optique des découvertes importantes, & Descartes reconnoît que cet habile homme a été son premier maître dans cette science.

Kepler avoit aussi des opinions assez singulieres : on diroit qu'il a donné à la terre une ame douée de sentiment, & qu'il a cru que le soleil & les étoiles étoient animées.

Il nous reste plusieurs ouvrages de cet habile homme, dont vous trouverez la liste dans le pere Nicéron. Les principaux sont, 1. Prodromus dissertationum, ou mysterium cosmographicum : c'est celui de tous ses ouvrages qu'il estimoit le plus ; il en fut tellement charmé pendant quelques tems, qu'il avoue, qu'il ne renonceroit pas pour l'électorat de Saxe, à la gloire d'avoir inventé ce qu'il débitoit dans ce livre. 2. Harmonia mundi, avec une défense de ce traité. 3. De cometis, libri tres. 4. Epitome astronomiae copernicanae. 5. Astronomia nova. 6. Chilias Logarithmorum, &c. 7. Nova stereometria doloriorum vinariorum, &c. 8. Dioptrice. 9. De vero natali anno Christi. 10. Ad Vitellionem paralipomena, quibus Astronomiae pars optica traditur, &c.

Louis Kepler son fils avoit rassemblé tous les ouvrages manuscrits de son pere, dans le dessein de les faire imprimer ; mais ce dessein n'a point été exécuté. Michel Gottlieb Hanschius a publié à Leipsick, 1718 in-fol. les lettres latines de ce fameux astronome, accompagnées d'une longue histoire de sa vie. (D.J.)


WIELIKIELOUKI(Géog. mod.) & par d'autres WIELIKILUKI, ville de l'empire russien, dans le duché de Rzeva. Voyez VELIKIE-LOUKI. (D.J.)


WIELUN(Géog. mod.) ville de la grande Pologne, dans le palatinat de Siradie, aux confins de la Silésie, sur une riviere qui se rend dans la Warta, à 10 lieues de Siradie ; elle a un château pour la défendre. Long. 36. 15. latit. 51. 8. (D.J.)


WIENLA, (Géog. mod.) les François écrivent Vienne ; petite riviere d'Allemagne, dans la basse-Autriche. Elle donna son nom à la ville de Vienne, parce qu'elle entre dans un de ses fauxbourgs, & serpente par sa plaine, jusqu'à son embouchure dans le Danube. (D.J.)


WIENNER-WALDou la forêt de Vienne, (Géog. mod.) on donne ce nom à la partie méridionale de la basse-Autriche, que le Danube sépare du Manharts-berg, qui est la partie septentrionale. Le Wienner-Wald comprend ainsi tous le pays qui se trouve entre le Danube au nord, la Hongrie à l'orient, le duché de Stirie au midi, & la haute Autriche au couchant.


WIEPERou WIEPEZ, (Géog. mod.) riviere de Pologne. Elle prend sa source dans le Palatinat de Belz, court au nord, traverse le Palatinat de Russie, & finit par se jetter vers le couchant dans la Vistule. (D.J.)


WIEou WYER, (Géog. mod.) petite île de l'Océan calédonien, & l'une des Orcades. Elle est située entre l'île d'Egli au nord oriental, l'île de Grès à l'orient méridional, celle de Mainland au midi, & celle de Rous au couchant. Cette petite île est fertile en blés. Les îles voisines lui fournissent les mottes de terre dont elle manque, & dont on se sert au-lieu de bois dans les Orcades.

WIER, le, ou WYER, (Géog. mod.) riviere d'Angleterre, dans la province de Lancastre. Elle sort des rochers de Wiersdale, & se jette dans l'Océan. (D.J.)


WIERINGEN(Géographie moderne) île des Pays-bas, en Nord-Hollande, dans le Zuyderzée, entre le Texel & la ville de Medenblick. On y nourrit force poulains, & une quantité prodigieuse de moutons, dont on pourvoit les villes voisines. Les habitans tirent encore du profit des oies sauvages (rotgausen) qui y abordent en grand nombre pendant l'hiver.


WIESENBOURG(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans la partie septentrionale du duché de Saxe, aux confins de la basse-Saxe, de la principauté d'Anhalt, & du marggraviat de Brandebourg.


WIESNIETZ(Géog. mod.) petite ville de la petite Pologne, dans le palatinat de Cracovie, à un mille de Bochna. (D.J.)


WIETLISPACH(Géog. mod.) petite ville de Suisse, dans le canton de Berne, au bailliage de Ryp, & au pié d'une montagne qui lui donne de l'eau, & des fontaines en quantité.


WIGAN(Géog. mod.) ville d'Angleterre, dans la province de Lancastre, sur la route de Londres à Lancastre, entre Wirwick & Preston. Elle est jolie, bien bâtie, assez peuplée, & située au bord de la riviere de Dugless ou de Dowles. L'évêque de Chester, de qui elle dépend, y a son palais. Long. 14. 45. lat. 53. 32.

Il y a à Wigan une fameuse source, qu'on nomme le puits brûlant. Le petit peuple assure que l'eau de cette source s'enflamme comme de l'huile ; c'est une erreur. Il est vrai seulement, qu'il sort de la terre dans cet endroit une vapeur qui donne à l'eau un frémissement semblable à celui qu'elle éprouve quand elle est sur le feu ; mais cette eau n'en acquiert point de chaleur ; la vapeur seule qui se fait jour avec violence est inflammable, prend feu à l'approche d'une chandelle allumée, & brûle pendant quelque tems. L'eau au-contraire ne brûle, ni ne s'échauffe point ; & si l'on tarit cette eau, la vapeur ignée sort tout de même ; la flamme de cette vapeur n'est point décolorée comme celle des corps sulphureux, & n'a point de mauvaise odeur ; enfin ces fumées vaporeuses, ne produisent aucune chaleur sur la main qui y est exposée. L'origine de ces vapeurs ignées, vient apparemment de mines de charbon qui sont dans le voisinage, & qui produisent une vapeur de la même nature. On en procure de semblables artificiellement, par des préparations de fer dissous dans une menstrue convenable. (D.J.)


WIGHSS. m. pl. (Hist. mod.) nom donné en Angleterre au parti opposé à celui des Torys. Voyez FACTION & TORY.

L'origine du nom des Wighs & des Toris, quoique peu ancienne, est très-obscure : si dans la naissance d'un parti on a fait peu d'attention à quelque avanture commune, ou à quelque circonstance frivole, qui a servi à les nommer, en-vain ce parti devenu fameux par les suites, excitera-t-il la curiosité des savans, pour trouver la véritable raison du nom qu'on lui a donné ; ils formeront mille conjectures, & se tourmenteront sans succès pour en découvrir l'étymologie, au-moins pourront-ils rarement se flatter de l'avoir saisie au juste. C'est ainsi qu'on appelle en France les Calvinistes Huguenots, sans qu'on puisse décider sûrement d'où vient ce nom. V. HUGUENOT.

Wigh est un mot écossois, & selon quelques-uns, il est aussi en usage en Irlande, pour signifier du petit-lait. Tory est un autre mot irlandois, qui veut dire brigand & voleur de grand chemin.

Pendant que le duc d'Yorck, frere du roi Charles II. s'étoit réfugié en Ecosse, ce pays fut agité par deux partis, dont l'un tenoit pour le duc, & l'autre pour le roi. Les partisans du duc étant les plus forts persécutoient leurs adversaires, & les obligeoient souvent à se retirer dans les montagnes & dans les forêts, où ils ne vivoient que de lait, ce qui fut cause que les premiers les appellerent par dérision Wighs ou mangeurs de lait. Ces fugitifs donnerent à leurs persécuteurs le nom de torys ou de brigands. Suivant cette conjecture, les noms de Torys & de Wighs seroient venus d'Ecosse avec le duc d'Yorck.

D'autres en donnent une étymologie qui remonte plus haut. Ils disent que durant les troubles qui causerent la mort tragique du roi Charles, les partisans de ce prince étoient nommés cavaliers, & ceux du parlement rounds-heads, têtes rondes ; parce qu'ils portoient des cheveux extrêmement courts. Or comme les ennemis du roi l'accuserent de favoriser la rébellion d'Irlande, qui éclata dans ce tems-là ; les parlementaires changerent le nom de cavaliers en celui de Torys, qu'on avoit donné aux brigands d'Irlande. Et réciproquement les cavaliers ou partisans du roi donnerent aux parlementaires, parce qu'ils étoient ligués avec les Ecossois, le nom de Wighs, qui est celui d'une espece de fanatiques d'Ecosse, qui vivent en pleine campagne, & qui ne se nourrissent communément que de lait. Dissert. de Rapin Thoiras sur les Wighs & les Torys, imprimée à la Haye en 1717.

M. Burnet prétend que le nom de wigh est dérivé du mot écossois wiggham, qui en soi-même ne signifie rien, & n'est qu'un cri dont les charretiers écossois se servent pour animer leurs chevaux. Que ce nom fut donné pour la premiere fois aux presbytériens d'Ecosse en 1648, lorsque le roi Charles I. étant déja prisonnier entre les mains du parlement, ils prirent les armes, attaquerent les royalistes, & s'emparerent enfin du pouvoir suprême. Que le parti du roi donna alors le nom de Wighs aux presbytériens écossois, parce que la plûpart n'étoient que des païsans & des charretiers ; que dans la suite ce nom devint commun à tout le parti, & que l'usage s'en établit aussi en Angleterre.

A ce que nous avons déja dit des Wighs sous le mot TORYS, nous ajouterons que les principes des Wighs sont : que les sujets doivent toute sorte de respect & d'obéissance à leurs supérieurs, tant que ceux-ci observent les conditions tacites ou expresses sur lesquelles on leur a remis la souveraine autorité. Que si un prince prétendoit gouverner despotiquement la conscience, la vie & les biens de ses sujets, & qu'il violât pour cet effet des loix fondamentales, il seroit du devoir des sujets, tant pour leur propre conservation, que pour celle de leurs descendans, de refuser l'obéissance que l'on exige d'eux, & de prendre les mesures les plus convenables pour faire qu'à l'avenir ils ne pussent être gouvernés que selon leurs loix. Il n'est pas difficile de sentir que ces principes interprétés suivant les circonstances, par ceux qui les soutiennent, anéantiroient le pouvoir du roi d'Angleterre, & que ce sont ceux qui ont conduit sur l'échafaud l'infortuné Charles I.

Quoique les Wighs soient extrêmement opposés au parti de la cour, cependant, soit ménagement, soit autre vue de politique, la cour ne laisse pas que de les employer, & de les mettre souvent dans les plus hautes places. Sous Guillaume III. & les premieres années de la reine Anne, le ministre étoit wigh, il devint tout-à-coup tory sur la fin du regne de cette princesse ; mais dès que Georges I. fut monté sur le trône, les Wighs reprirent l'avantage.


WIGHTL'ILE DE, (Géog. mod.) île sur la côte méridionale de l'Angleterre comprise dans le Hampshire, au sud-ouest de Portsmouth. Elle a environ soixante milles de tour, & renferme trente - six paroisses & trois bourgs à marché ; savoir, Newport, Yarmouth & Cows, dont les deux premiers députent au parlement.

Cette île est remarquable par l'honneur qu'elle a eu autrefois de porter le titre de royaume. Ce fut Henri VI. qui l'érigea en royaume en faveur d'Henri Beauchamp, comte de Warwick, son favori, qui fut couronné roi de Wight & des îles de Jersey & Guernsey, en 1445. Il mourut deux ans après, & par sa mort l'île de Wight perdit le titre de royaume. Edouard IV. qui succéda à Henri VI. donna cette île à son beaupere Richard Woodville, comte de Rivers, avec le titre de Seigneur de Wight.

Les anciens l'ont appellé Vecta & Vectis ; les Bretons du Gallois lui ont donné le nom de Guith, & les Saxons l'ont nommée Withland & Wicthea. Elle est de forme ovale, étendue en long de l'orient à l'occident, & séparée de la Terre-ferme par un petit détroit nommé autrefois Solent & aujourd'hui Solwent. Comme ce détroit n'est pas fort large, n'ayant que deux milles de trajet en quelques endroits, on pourroit croire que l'île de Wight étoit autrefois une presqu'île jointe au continent par quelque isthme, qui avec le tems a été emporté par la violence des flots. Cette opinion semble confirmée par le témoignage de Diodore de Sicile, qui dit que la côte de la Grande-Bretagne étoit bordée d'une île nommée Icta, qui paroissoit une île entiere, & qui étoit entourée d'eau lorsque la marée montoit ; mais que le reflux laissoit à découvert le terrein qui étoit entredeux, & que les Bretons prenoient ce tems favorable pour passer en chariot de la terre ferme dans l'île, où ils alloient vendre leur étaim, qui delà étoit transporté dans la Gaule.

Cette île est extrêmement fertile ; elle abonde en prés & en pâturages ; la laine de ses brebis est presque aussi fine que celle de Lempster dans la province de Hereford. Le blé n'y manque pas, non plus que la pêche & la chasse ; mais il faut tirer le bois dont on a besoin de l'Hampshire. Les habitans dépendent pour le temporel de cette derniere province, & pour le spirituel de l'évêque de Winchester.

Deux hommes célebres nés dans l'île de Wight, se présentent à ma mémoire ; James (Thomas) savant théologien, & Hooke (Robert) grand physicien du dernier siecle.

James nâquit vers l'an 1571, & mourut à Oxford en 1629, âgé de cinquante-huit ans. Divers ouvrages ont été le fruit de ses études ; je n'en citerai que trois. 1. Catalogus scriptorum oxoniensium & cantabrigiensium librorum, Londres 1600 in -4°. c'est un des plus exacts d'entre les catalogues de cette nature. 2. Traité de la corruption de l'écriture, des conciles & des peres, par les prélats de l'église de Rome, Londres, 1611 & 1688, in -8°. Il y a, dit-il, dans la bibliotheque du Vatican des écrivains entretenus pour transcrire les actes des conciles & pour copier les ouvrages des peres, en imitant le caractere des anciens livres aussi parfaitement qu'il est possible : c'est un moyen, continue-t-il, de donner dans la suite ces copies modernes sur le pié d'anciens manuscrits. 3. Catalogus indulgentiarum urbis Romae, ex veteri manuscripto descriptus, Lond. 1617, in -4°.

Hooke naquit en 1635, & montra dès son enfance une grande dextérité à imiter les ouvrages de méchanique ; car il fit une horloge de bois sur le modele d'une vieille horloge de cuivre qu'il avoit sous les yeux. Le pere cultiva les heureuses dispositions que son fils avoit pour les arts, & qui perfectionnerent le génie inventif qui brille dans les ouvrages de M. Hooke. L'illustre Boyle l'employa à ses expériences, & bientôt après la société royale lui donna une pension pour travailler sous ses ordres. En 1666, la ville de Londres ayant été ruinée par le feu, il fut nommé pour marquer le terrein aux propriétaires ; & ce fut dans cette emploi qu'il gagna la plus grande partie de son bien. Il mourut en 1703, âgé de soixante-sept ans.

Il étoit très-mal fait de sa personne, bossu, pâle & maigre, mais actif, laborieux, & d'une admirable sagacité à pénétrer dans les mysteres cachés de la nature. Il n'en faut pas d'autre preuve que le grand nombre d'expériences qu'il a faites & les machines pour les faire qui montent à quelques centaines ; les nouveaux instrumens, & les utiles inventions dont on lui est redevable ; l'heureux talent qu'il avoit d'inventer des expériences aisées & simples, & de passer des expériences aux théories ; ce qu'il disoit être la meilleure méthode pour réussir dans l'explication de la nature. C'est lui qui a donné le plan du nouveau Béthléhem à Londres, de Montague-house, du collége des Médecins, du théatre qui y est joint, & de beaucoup d'autres édifices.

C'est lui qui perfectionna en 1659 la pompe pneumatique de M. Boyle. Il inventa l'année suivante & fit l'essai de différentes manieres de voler en l'air, & de se remuer rapidement sur terre & sur l'eau. Il imagina d'employer des aîles assez semblables à celles des chauve-souris pour les bras & les jambes, & fit une machine pour s'élever en l'air par le moyen de girouettes horisontales placées un peu de travers au vent, lesquelles, en faisant le tour, font tourner une vis continue au centre, qui aide à faire mouvoir les aîles, & que la personne dirige pour s'élever par ce moyen.

Il a toujours soutenu, & même peu de semaines avant sa mort, il dit à M. Richard Waller & à d'autres personnes, qu'il connoissoit une méthode sûre pour découvrir le véritable lieu d'un vaisseau en mer par rapport à sa distance est & ouest du port d'où il étoit parti. Si c'étoit par des horloges, par quelques autres machines pour mesurer le tems, ou par d'autres voies, c'est ce qu'on ignore, quoiqu'il y ait lieu de penser que c'étoit par le moyen des horloges qu'il travailla à perfectionner, ayant fait diverses expériences & lu plusieurs discours sur ce sujet. Cependant sa prétention a produit la découverte de cette utile maniere de régler les montres par la spirale appliquée à l'arbre du balancier, comme l'on fait encore, sans que l'on ait rien ajouté de considérable depuis.

Vers l'an 1660, il inventa le pendule cycloïde, & la maniere de le faire servir à continuer le mouvement d'un autre pendule, invention qu'il communiqua ensuite à la société royale en 1663 ; & on inséra sous son nom alors & après, dans les journaux de la société, diverses choses touchant les pendules cycloïdes.

En 1664, il produisit une expérience pour montrer quel nombre de vibrations une corde tendue doit faire dans un tems déterminé, pour donner un certain ton ; & il parut qu'un fil de métal faisant deux cent soixante-douze vibrations dans l'espace d'une seconde, sonne G, sol, ré, ut ; il fit encore d'autres expériences sur la division d'un monocorde.

En 1666, il produisit à la société royale un très-petit quart de cercle, pour observer exactement les minutes & les secondes ; cet instrument étoit avec une aire mobile, par le moyen d'une vis qui étoit attaché au bord, c'étoit peut-être le premier de cette façon qu'on eût vû, quoiqu'il soit à-présent assez connu & en usage. M. Hooke a publié en 1674 la description d'un grand instrument de cette espece, de toutes ses parties, de tout le reste qui y est nécessaire, & de la maniere de s'en servir, dans ses Remarques sur la machina coelestis d'Hevelius, p. 54.

Le 23 Mai 1666, il lut un mémoire où il explique (comme le portent les registres de la société royale) l'inflexion du mouvement direct en courbe, par l'intervention d'un principe attractif ; on ordonna que ce mémoire seroit enregistré. Cette piece sert d'introduction à une expérience, pour montrer que le mouvement circulaire est composé de l'effort du mouvement direct par la tangente & d'un autre effort vers le centre. On attacha au plancher de la chambre un pendule avec une grosse boule du bois appellé lignum vitae au bout, & l'on trouva que si l'effort par la tangente étoit d'abord plus fort que l'effort vers le centre, il résultoit un mouvement elliptique, dont le plus grand diametre étoit parallele à l'effort direct du corps à la premiere impulsion. Mais que si cet effort étoit plus foible que l'effort vers le centre, il en résultoit un mouvement elliptique, dont le plus petit diametre étoit parallele à l'effort du corps dans le premier point de l'impulsion. Que si les deux efforts étoient égaux, il en résultoit un mouvement parfaitement circulaire.

On fit une seconde expérience, qui consistoit à attacher un autre pendule avec une corde courte à la partie inférieure du fil auquel le principal poids étoit suspendu, de maniere que ce pendule pût librement faire un mouvement circulaire ou elliptique autour du poids, tandis que celui-ci se mouvoit circulairement ou elliptiquement autour du centre. Le but de cette expérience étoit d'expliquer le mouvement de la lune autour de la terre ; elle montroit évidemment que ni la plus grosse boule représentant la terre, ni la plus petite qui représente la lune, ne se mouvoient pas d'une maniere parfaitement circulaire ou elliptique, comme elles auroient fait si elles avoient été suspendues ou mues chacune à part, mais qu'un certain point qui paroît être le centre de gravité des deux corps (situés de quelque façon que ce soit & considérés comme n'en faisant qu'un), semble se mouvoir régulierement en cercle ou en ellipse, les deux boules ayant d'autres mouvemens particuliers dans de petits épicycles autour du point susdit.

M. Hooke s'étant apperçu que le télescope par réflexion de M. Newton étoit de plus en plus estimé, proposa peu de tems après par écrit à la société royale de perfectionner les télescopes, les microscopes, les scotoscopes, & les verres ardens, par des figures aussi aisées à faire que celles qui sont unies ou sphériques, de maniere qu'ils augmentent extraordinairement la lumiere & grossissent prodigieusement les objets ; qu'ils exécutent parfaitement tout ce que l'on a jusqu'à présent tenté ou desiré de plus dans la Dioptrique, avec un chiffre qui renferme le secret ; il le découvrit à mylord Brounker & au docteur Wren, qui en firent un rapport favorable ; le tout se fait par des réfractions des verres. M. Hooke assura aussi en présence d'un grand nombre de personnes, qu'en l'année 1664, il avoit fait un petit tube d'un pouce de long, & qui produit plus d'effet qu'un télescope commun de cinquante piés ; mais la peste étant survenue à Londres, & le grand incendie lui ayant procuré des occupations utiles, il négligea cette invention, ne voulant pas que les tailleurs de verres eussent aucune connoissance de son secret.

En 1669, il établit devant la société royale, qu'une des méthodes les plus exactes pour mesurer un degré de la terre, étoit de faire des observations précises dans le ciel, à une seconde près, par le moyen d'un tube perpendiculaire, & de prendre ensuite des distances exactes par le moyen des angles aussi à une seconde près.

En 1674, il communiqua à la société une maniere de déterminer quel est le plus petit angle qu'on peut distinguer à l'oeil nud ; & il se trouva qu'aucun de ceux qui y étoient, ne put observer d'angle beaucoup plus petit que d'une minute.

Il proposa quelque tems après une théorie pour expliquer la variation de l'aiguille aimantée ; cette théorie revenoit à ceci : que l'aimant a ses poles particuliers éloignés de ceux de la terre de dix degrés, autour desquels ils se meuvent ; ensorte qu'ils font leur révolution dans l'espace de trois cent soixante-dix ans. C'est ce qui fait que la variation a changé de dix ou onze minutes par an, & continuera vraisemblablement à changer pendant quelque tems, jusqu'à ce qu'elle diminue peu-à-peu, & enfin elle s'arrêtera, rétrogradera, & probablement recommencera.

Il proposa en même tems la construction d'un instrument curieux, pour observer la variation des variations de l'aiguille dans les différentes parties du monde. Il est difficile de déterminer ce que c'étoit que cet instrument, mais on peut voir dans ses Oeuvres posthumes, p. 486. la figure d'un instrument qui y a quelque rapport.

En 1678, il publia son Traité des ressorts, où l'on explique la puissance des corps élastiques, Londres, 1678, in -4°. La substance de son hypothèse est comprise dans un chiffre à la fin de sa Description des hélioscopes ; c'est la troisieme d'une décade d'inventions, dont il parle là, & dont il assure qu'il avoit seul le secret. M. Richard Waller en a découvert quelques-uns ; il transcrit d'abord ce que le docteur Hooke en dit, & il ajoute ensuite l'explication ou la clé.

La seconde invention, qui est le premier chiffre, est énoncée en ces termes : the true mathematical, and mechanical form, of all manner of arches for building, with the true butment, necessary to each of them ; problême qu'aucun écrivain d'Architecture n'a jamais touché, bien loin d'en avoir donné la solution : a b, c c c, d d, e e e e e e, f, g g, i i i i i i i i, l l, m m m m, n n n n n, o o, p, r r, s s s, t t t t t t, u u u u u u u u, x ; ce qu'on explique par ces mots, ut pendet continuum flexile, sic stabit, continuum, rigidum, inversum, which is the linea catenaria.

La troisieme est la théorie de l'élasticité, exprimée par ces lettres e e, i i i, n o, s s s, t t, u u ; ce qui signifie ut tensio, sic vis : c'est-là la théorie des ressorts. La neuvieme, qui est le second chiffre, regarde une nouvelle espece de balance philosophique d'un grand usage dans la philosophie expérimentale, c d e, i i, n n, o o, p, s s s, t t, u u, ut pondus, sic tensio.

On annonce la derniere comme une invention extraordinaire dans la méchanique, supérieure pour divers usages aux inventions chimériques du mouvement perpétuel ; a a, a, b, c c, d d, e e e e e e, g, i i i, l, m m m, n n, o o, p p, q, r r r, s, t t t, u u u u u : pondere premit aër vacuum, quod ab igne relictum est. Cette invention paroît être la même chose que la méthode du marquis de Worcester d'élever l'eau par le moyen du feu, qui est la soixante-huitieme invention de la centurie qu'il a publiée en 1663. C'est aussi le principe sur lequel est fondé la machine de M. Savery pour élever les eaux.

Au mois de Décembre 1679, on proposa de faire une expérience pour déterminer si la terre a un mouvement diurne ou non, en faisant tomber un corps d'une hauteur considérable ; & l'on soutint qu'il tomberoit à l'est de la véritable perpendiculaire. M. Hooke lut un discours sur ce sujet, où il expliquoit quelle ligne le corps tombant devoit décrire, en supposant qu'il se meut circulairement par le mouvement diurne de la terre, & perpendiculairement par la force de la pesanteur ; & il fit voir que ce ne seroit pas une spirale, mais une ligne excentrique-elliptoïde, en ne supposant nulle résistance dans le milieu ; mais en y supposant de la résistance, elle seroit excentrique-ellipti-spirale, & qu'après plusieurs révolutions elle resteroit enfin dans le centre, & que la chûte du corps ne seroit pas directement à l'est, mais au sud-est, & plus au sud qu'à l'est. On en fit l'essai, & l'on trouva que la boule tomba au sud-est.

En 1681, il montra publiquement une maniere de produire des sons de musique & autres, en abattant les dents de plusieurs roues d'airain coupées d'une maniere proportionnée à leurs nombres, & tournées avec force ; ce qu'il y avoit de remarquable, c'est que les coups égaux ou proportionnés des dents, c'est-à-dire 2 à 1, 4 à 3, &c. formoient les notes de musique ; mais les coups inégaux avoient plus de rapport au son de la voix en parlant.

En 1682, il montra un instrument pour décrire toutes sortes d'hélixes sur un cône, assûrant qu'il pouvoit avec cet instrument diviser toute longueur donnée, quelque courte qu'elle fût, en autant de parties presque qu'on voudroit assigner, par exemple, un pouce de 100000 parties égales. Il prétendoit que cette invention pouvoit être d'un grand usage pour perfectionner les instrumens astronomiques & géographiques.

Dans l'assemblée suivante de la société royale, il produisit un autre instrument avec lequel il découvroit une courbe qu'on pouvoit nommer une parabole inventée, ou une hyperbole parabolique, ayant les propriétés d'être infinie des deux côtés, d'avoir deux asymptotes, comme il y en a dans l'hyperbole, &c. Il montra un troisieme instrument pour décrire exactement la spirale d'Archimede, par une nouvelle propriété de cet instrument, & cela aussi aisément & aussi sûrement qu'un cercle, ensorte qu'on pouvoit diviser non-seulement tout arc donné en un nombre égal de parties demandées, mais aussi une ligne droite donnée, égale à la circonférence d'un cercle.

On trouvera dans les Transact. philos. quantité d'autres observations du docteur Hooke ; sa Micrographie a paru en 1665 in-fol. Sa vie est à la tête de ses Oeuvres posthumes, imprimées à Londres en 1705 in-fol. Enfin l'on a publié dans la même ville en 1726, in -8°. un livre sous le titre d'Expériences & observations philosophiques du docteur Hooke, par G. Derham, avec figures. (D.J.)


WIGHTON(Géog. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans le quartier oriental d'Yorckshire, à environ huit milles de Beverley, sur une petite riviere nommée Foulnesse. Ce bourg a succédé à une ville appellée Delgovitia, auprès de laquelle étoit un temple d'idoles, qu'on appelloit Godmundinghan. (D.J.)


WIGHTOWN(Géog. mod.) petite ville d'Ecosse, dans la province de Galloway, avec un assez bon port. Long. 13. 4. latit. 54. 57. (D.J.)


WIKIou WIKESLAND, (Géog. mod.) petite province de l'empire Russien, dans l'Esthonie. Elle est bornée au nord par l'Harrie, au midi par la Livonie, au levant par la Jerwie, & au couchant par le Moousund. Pernau en est la principale ville. (D.J.)


WILBAou WILDBAD, (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la Souabe, au Schwartzwald, ou dans la Forêt-noire, sur la droite de l'Entz. Elle est remarquable par ses bains d'eau chaude. (D.J.)


WILDENHAUS(Géog. mod.) paroisse de Suisse, dans le Tockenbourg, au Thour-Thall, où elle a le rang de sixieme communauté. Wildenhaus est un lieu connu dans l'histoire, pour avoir été la patrie d'Huldric Zwingle qui y naquit en 1484, d'Huldric Zwingle amman du lieu, qui est la premiere dignité du pays.

Il fit ses études à Bâle, à Berne & à Vienne en Autriche. Il apprit bien les langues grecque & hébraïque, & prit ensuite le degré de docteur en théologie. Il fut nommé curé à Glaris en 1506, où il commença comme il s'exprime, à prêcher l'Evangile. Il en agit de même quand il fut appellé à Zurich en 1518 par le prévôt & les chanoines de cette ville, & attaqua non-seulement le trafic des indulgences, en quoi il étoit protégé par l'évêque ; mais il prêcha contre l'invocation des saints, le sacrifice de la messe, le célibat des prêtres.

En 1520, il renonça à une pension que sa sainteté lui faisoit, & en 1522 il se maria. En 1523 le pape lui écrivit un bref très-flatteur, qui prouvoit que la cour de Rome auroit été bien aise de le gagner. La même année, le magistrat de Zurich prescrivit une assemblée pour discuter par l'Ecriture-sainte, les matieres de religion ; tous les ecclésiastiques du canton, ainsi que l'évêque de Constance, y furent appellés. Après ce colloque, on fit à Zurich de nouveaux pas vers la réformation ; & cependant le canton convoqua une seconde assemblée, où les Zurichois inviterent les évêques de Constance, de Coire & de Bâle, avec l'université de cette ville. Ils inviterent aussi tous les autres cantons à y envoyer les plus savans de leurs pasteurs. Le synode fut composé de neuf cent personnes, au nombre desquelles se trouverent trois cent cinquante prêtres. L'issue apprit au public, que les partisans de Zuingle avoient triomphé, car sa doctrine fut reçue à la pluralité des suffrages dans tout le canton. M. Dupin dit, que la plûpart des ecclésiastiques qui assisterent à cette conférence, abandonnerent la cause de l'église, par ignorance ou par malice. Enfin en 1525 le conseil de Zurich abolit la messe.

Zwingle assista à la dispute de Berne tenue en 1528, & à la conférence de Marpourg. En 1531, la guerre se déclara entre les cantons protestans & les cantons catholiques, & les Zurichois furent défaits à la bataille de Cappel. Comme la coutume de Zurich est, que lorsqu'on envoye une armée contre l'ennemi, le premier pasteur de l'église doit l'accompagner, Zwingle s'y trouva, & par son devoir, & par un ordre particulier du magistrat ; il fut enveloppé dans le malheur de cette journée, blessé d'un coup de pierre, renversé à terre, & tué par un officier catholique à 47 ans.

Né avec un génie heureux, il le cultiva soigneusement, & prêcha la réformation, avant même que le nom de Luther fût connu en Suisse. Il étoit d'une application infatigable au travail, & étudioit toujours debout. Après le souper il faisoit une promenade, & s'occupoit ensuite à écrire des lettres, souvent jusqu'à minuit. Si l'on considere le tems que lui prenoit encore la conduite de l'église de Zurich dont il étoit le premier pasteur, l'instruction de la jeunesse comme professeur, & la direction de la plûpart des églises protestantes du pays, on sera surpris du grand nombre d'ouvrages qui sont sortis de sa plume.

Ils ont été recueillis en quatre volumes in-folio, imprimés à Zurich en 1544 & 1545. Les deux premiers tomes contiennent ses traités de religion & de controverse ; les deux derniers renferment ses explications de divers livres de l'ancien & du nouveau Testament. Zwingle, selon M. Simon, est assez simple dans son commentaire sur la bible, mais peu exercé dans l'étude de la critique. Sa modestie paroît en ce qu'il ne semble pas avoir abandonné entierement l'ancien interprete latin, qui étoit autorisé depuis longtems dans toute l'église d'occident. Le même historien critique trouve que les notes de Zwingle sur quelques épîtres de S. Paul, sont plus exactes & plus littérales, que celles qu'il a données sur les évangiles ; mais il ne faut point douter que les commentaires de ce théologien ne fussent meilleurs, s'il les eût publiés lui-même, & qu'il y eût mis la derniere main. Une circonstance qui mérite d'être observée, & qui n'a pas échappé à M. Simon, c'est que sur la premiere épître de S. Jean, Zwingle n'explique point le vers. 7. du chap. v. ce qui semble indiquer que ce passage ne se trouvoit pas dans son exemplaire grec.

Léon de Juda, en parlant de Zwingle, dit, Huldricchus Zuinglius, non solum concionibus sacris, sed & lectionibus publicis, mirâ arte, claritate, brevitate ac simplicitate, parique diligentiâ, dexteritate, ac fide tractavit, ut nec prioris saeculi, nec nostri aevi scriptoribus judicio doctissimorum hominum, cedere videatur. Je souscrirois volontiers à une partie de cet éloge, ajoute M. Simon, si l'auteur suisse avoit été moins agité de l'esprit de réformation, qui ne lui permit pas de faire un bon usage de sa raison.

Zwingle entendoit les langues & la théologie. Il étoit agréable en conversation, possédoit la musique, & la recommandoit même aux gens de lettres, comme une récréation très-propre à les délasser. Il paroît par une circonstance de la dispute de Berne, qu'il avoit une opinion particuliere sur l'apocalypse. Gilles Mourer lui en ayant cité un passage, en faveur de l'invocation des saints, Zwingle lui répondit séchement, qu'il ne reconnoissoit point l'autorité du livre de l'apocalypse, & ne le regardoit ni comme canonique, ni de la main de S. Jean l'évangéliste.

On mit au jour à Bâle en 1536, une courte exposition de la foi, que Zwingle avoit composée peu de tems avant sa mort, & qu'il avoit adressée à François I. C'est dans cette piece, que se trouve le passage du salut des payens, contre lequel on s'est si fort récrié.

Zwingle a pensé que les sages du paganisme devoient avoir été sauvés, parce qu'il a cru que Dieu par les effets de sa grace, avoit produit en eux la foi nécessaire au salut. Voici comme il s'en explique lui-même : " J. C. n'a pas dit, celui qui ne sera point baptisé, ne sera point sauvé ; par conséquent les enfans morts sans baptême, & tous les payens ne sont pas damnés ; ce seroit donc une témérité que de condamner aux enfers tous ceux qui n'ont pas été consacrés par la circoncision ou par le baptême. Il ne faut pas qu'on imagine que cette idée tende à anéantir J. C. car elle ne sert qu'à augmenter sa gloire. Que savons-nous ce que chacun a de foi écrite en son coeur par la main de Dieu ? Il nous faut bien vivre, dit Seneque, puisque rien n'est caché à l'être suprême ; il est présent à nos esprits, & pénétre toutes nos pensées ".

Zwingle n'a jamais douté que l'état du paganisme ne fût condamnable ; mais il a cru par un jugement d'humanité, que Dieu auroit pitié de Seneque & de quelques autres payens, qui avoient une foi confuse en lui, & qui n'avoient pas eu de part à la corruption de leur siecle.

Erasme contemporain de Zwingle, pensoit comme lui sur cette matiere. Si les juifs, dit-il, avant la publication de l'évangile, pouvoient se sauver avec une foi grossiere, pourquoi cette foi ne suffiroit-elle pas pour sauver un payen, dont la vie a été remplie de vertus ; un payen qui en même tems, a cru que Dieu étoit une puissance, une sagesse, une bonté sans bornes, & que par les moyens qu'il jugera les plus convenables, il saura protéger les bons & punir les méchans.

Jacques-Payva Andradius, théologien portugais, qui assista au concile de Trente, soutient aussi que Platon, Socrate, Aristote, & les autres anciens philosophes, qui ont été d'excellens maîtres pour ce qui regarde la pratique des vertus, ont pu se sauver, aussi bien que les juifs qui ont reçu la loi. Dieu les a assistés de sa grace pour leur salut, ensorte qu'on ne peut pas dire, qu'ils ayent entierement ignoré Jésus crucifié, quoiqu'ils n'ayent point su la maniere dont Dieu sauveroit le genre humain.

Cette connoissance vague d'un rédempteur suffisante pour prouver le salut, a été adoptée par une confession de foi des évêques de Pologne assemblés en 1551 dans un synode de toute leur nation, & ils n'ont point été taxés d'hérétiques. Cette confession de foi imprimée à Anvers en 1559 in -8°. dit qu'il n'a pas été nécessaire que tous les hommes sussent en particulier qui seroit le médiateur de leur salut, si ce seroit le fils de Dieu, ou un ange du Seigneur ou quelqu'autre ; qu'il suffisoit de croire en général, que Dieu par sa sagesse, trouveroit quelque voie de sauver les hommes.

Il est certain que plusieurs peres de l'église ont aussi conçu une espece d'illumination universelle, en conséquence de laquelle il s'est trouvé dans toutes les nations, des hommes vertueux agréables à Dieu. Justin martyr, dit en termes exprès, que J. C. est la raison divine, à laquelle Socrate & les autres philosophes ont participé. C'est encore le sentiment de Clément d'Alexandrie, Stromat, VI. p. 636. de saint Chrysostome, Homel. 37. sur Matth. & de saint Augustin, de civitat. Dei, liv. VIII. ch. iij. & liv. XVIII. c. xlvij. Il ne faut donc pas faire à Zwingle un crime d'avoir soutenu, par un jugement de charité, une opinion judicieuse, & qui a eu dans la primitive église, plusieurs défenseurs respectables. (D.J.)


WILDFANGIATS. m. (Hist. mod. Droit public) c'est ainsi qu'on nomme en Allemagne un droit singulier qui appartient à l'électeur palatin. Il consiste à s'approprier ou à rendre serfs les bâtards & les étrangers qui viennent de leur propre mouvement s'établir & fixer leur domicile dans le palatinat & dans quelques pays adjacens. Au bout de l'an & jour ils sont obligés de prêter serment & de payer une redevance à l'électeur palatin. Dans cette jurisprudence singuliere, les enfans suivent la condition de leur mere ; ils sont libres si elle est libre, & serfs si elle n'est point libre. Voyez Vitriarii, Inst. juris publici.


WILDSHUSEN(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, au cercle de Westphalie, sur la riviere de Hunde, aux confins du comté d'Oldenbourg, & la capitale d'un petit pays auquel elle donne son nom. (D.J.)


WILDSTATou WILDSTETT, (Géog. mod.) bourg d'Allemagne, dans l'Ortenau sur le Kintzig, à un mille de Strasbourg. C'étoit autrefois une ville qui fut réduite en cendres en 1632 par les soldats du colonel Ossa. (D.J.)


WILEou WEYLER, (Géog. mod.) petite ville de France dans l'Alsace, près de Schlestat, sur les confins de la Lorraine. (D.J.)


WILIALA, (Géog. mod.) riviere du grand duché de Lithuanie. Elle se forme de diverses petites rivieres qui ont leurs sources dans le palatinat de Minski, traverse celui de Wilna d'orient en occident, & finit par se jetter dans le Niémen au-dessus de Kowno. (D.J.)


WILKOMIR(Géog. mod.) ville du grand duché de Lithuanie, dans le palatinat de Wilna, sur la Swieta, à 14 lieues de la ville de Wilna. (D.J.)


WILLEMSTAT(Géog. mod.) petite ville des Pays-bas, dans le Brabant hollandois, à 8 lieues au nord-est de Berg-op-zoom, fondée en 1583 par Guillaume I. prince d'Orange, & elle en a pris le nom. Elle est très-bien fortifiée. Les Etats-généraux y entretiennent une garnison, avec un gouverneur & un major de la place. Toutes les rues sont tirées au cordeau, & les maisons bien bâties. La régence est composée d'un bailli, de deux bourgmestres, de six échevins, & d'un secrétaire. Le port peut contenir un grand nombre de bateaux. Long. 21. 55. Lat. 51. 40. (D.J.)


WILLISACCESSOIRE & OPHTALMIQUE DE, (Anat.) Willis, anglois, étoit très-versé dans la dissection du cerveau. Il nous en a laissé une anatomie très-exacte, avec une description des nerfs & leurs usages. Il y a un nerf qui remonte de la moëlle épiniere pour sortir du crâne avec la huitieme paire à laquelle on a donné le nom d'accessoire de Willis. La branche de la cinquieme paire qui se distribue à l'oeil, s'appelle aussi l'ophthalmique de Willis.


WILLISAW(Géog. mod.) petite ville de Suisse, dans le canton de Lucerne, sur la riviere de Wiger, entre de hautes montagnes. Long. 25. 42. Lat. 47. 7. (D.J.)


WILLOUGHBY(Géog. mod.) bourg d'Angleterre, en Nottinghamshire, aux confins de LeicesterShire, & situé auprès d'une hauteur, dunum. On tire entre ce bourg & Barrow en Leicester-Shire, une grande quantité de marne, marga, dont on se sert pour fertiliser la terre. Il est tout-à-fait vraisemblable que Willoughby est le Margidunum de Ptolémée, d'autant plus qu'on ne peut douter que ce lieu n'ait été habité par les Romains ; c'est ce qui se prouve par quantité de monnoies romaines qu'on y a déterrées, outre qu'il y a encore tout-auprès un chemin romain. (D.J.)


WILLYLE, ou LE WILLYBORN, (Géog. mod.) riviere d'Angleterre. Elle prend sa source aux frontieres du duché de Sommerset, & va porter ses eaux dans le Nadder, près de Salisbury. (D.J.)


WILNA(Géog. mod.) par les Lithuaniens Wiletzky, & par les Allemands, Wilde ; ville capitale du duché de Lithuanie, au palatinat du même nom, sur la Wilia, à cent lieues au nord-est de Gnesne. Elle est grande & mal-bâtie ; ses maisons sont de bois & mal-disposées ; c'est encore pire dans les fauxbourgs, car les maisons n'ont qu'une seule chambre qui est commune à tout le monde, aux chevaux & aux autres animaux domestiques. Cette ville est toujours ouverte en tems de paix ; elle a pour sa défense un arsenal & deux châteaux. Son évêché est suffragant de Gnesne. Son université a été établie en 1579. Wilna est habitée par différentes nations, polonois, russiens, allemands, tartares, &c. Long. suivant Streel, 34. 56. 15. lat. 54. 30. (D.J.)


WILOCS. f. (Feutrerie) espece d'étoffe ou de feutre foulé à la maniere des chapeliers, mais qui est un peu plus lâche que le feutre dont on fait les chapeaux. (D.J.)


WILS(Géog. mod.) riviere d'Allemagne, au duché de Baviere. Elle a sa source au voisinage de l'Iser & se perd dans le Danube, entre les embouchures de l'Issel & de l'Inn. (D.J.)


WILSHOVEN(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la Baviere, près l'embouchure de Wils dans le Danube. Long. 30. 36. latit. 40. 35. (D.J.)


WILSNACH(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans le marggraviat de Brandebourg, sur un ruisseau qui se rend dans l'Elbe. Quelques-uns croient que c'est la Susudata de Ptolémée, l. II. c. xj. (D.J.)


WILTEN(Géog. mod.) bourgade d'Allemagne, dans le Tyrol, sur la droite à une lieue au-dessus d'Inspruck, avec une abbaye de l'ordre de Prémontré. On convient que c'est l'ancienne Veldidena.


WILTON(Géog. mod.) en latin Ellandunum, ville d'Angleterre, dans le Wiltshire, dont elle a été la capitale ; elle a eu même un évêché qui a été transféré à Salisbury, & ce changement a fait tomber Wilton en décadence ; cependant elle a toujours le droit de tenir marché public, & d'envoyer ses députés au parlement. Long. 15. 48. latit. 51. 5.

Elle est la patrie du célebre Addisson (Joseph) homme de goût, grand poëte, judicieux critique, & l'un des meilleurs écrivains de son siecle. Son style est pur, noble, élégant. Ses sentimens sont délicats, vertueux ; & par-tout on trouve dans l'auteur un ami du genre-humain.

Il naquit le premier de Mai 1672, & comme il ne promettoit pas de vivre, il fut baptisé le même jour de sa naissance. Il eut l'honneur pendant le cours de ses études, de connoître à Oxford, mylord Halifax, le grand protecteur des gens de lettres, qui n'a pas laissé d'être dépeint d'une maniere très - satyrique (chose ordinaire) par un autre homme de qualité. Nous donnerons quelques traits de cette satyre, à cause de l'esprit qui y regne, de la finesse du tour, & de la beauté du style.

Elle est intitulée, la faction démasquée, & a été imprimée dans un des volumes de State-Poems, London 1703 in -8°. Mylord Halifax (Charles Montague, comte d'Halifax, chevalier de l'ordre de la Jarretiere, & régent du royaume après la mort de la reine Anne) mylord Halifax, dis-je, y est dépeint sous le nom de Bathille, conjointement avec les poëtes auxquels il donnoit pension. " Enfin, Bathille se leve paré des plumes d'autrui, & noblement illustre par les projets des autres. Plein de bonne opinion, & ridiculement fou, demi-politique, babillard, bruyant ; ardent sans courage, orgueilleux sans mérite, & propre à conduire des têtes sans cervelle. Avec des gestes fiers & un air assuré, il tient à ses compagnons de débauche le discours qui suit : ayez soin de ce qui regarde la politique, j'aurai soin moi que les muses nous secondent. Tous les poëtes sont à ma dévotion ; dès que je parle, ils écrivent ; je les inspire. C'est pour moi que Congreve a déploré en vers lugubres la mort de Pastora. Rowe qui a chanté l'immortel Tamerlan, quoi qu'il soit réduit à-présent à prendre un ton plus bas ; Rowe est à moi & au parti des Whigs. J'aide à Garth à polir ses pieces un peu grossieres ; & je lui apprends à chanter en beaux vers les louanges de notre parti. Walsh qui sans avoir jamais rien donné, passe pour un homme d'esprit, Walsh vote pour nous. Les comédies obscenes & sans intrigues de Vane, célebrent nos talens.... Nous pouvons sûrement compter sur Addisson : à la faveur d'une pension l'on gagne toujours un ami. Il fera retentir les Alpes de mon nom, & fera connoître son protecteur dans le pays des Classiques. Tous ceux dont je viens de parler, m'appellent leur Mécene. Les princes ne sont point fermes sur leur trône, qu'ils n'y soient soutenus par les enfans d'Apollon. Auguste eut Virgile, & Nassau plus heureux encore eut ses Montagues, pour chanter ses victoires ; mais Anne, cette malheureuse reine Tory, sentira les traits de la vengeance des poëtes. "

Addisson donna de bonne heure des preuves de ses talens par sa traduction du quatrieme livre des Géorgiques de Virgile. Il avoit dessein d'entrer dans les ordres ; mais le monde se réconcilia chez lui avec la sagesse & la vertu, lorsqu'il prit soin de les recommander avec autant d'esprit & de graces, qu'on les avoit tournés en ridicule depuis plus d'un demi-siecle. Il fit aussi des poésies latines qui ont été publiées dans les musae anglicanae.

On estime beaucoup son petit poëme sur l'Italie. Il y peint la satisfaction qu'il goûtoit dans ce beau pays, à la vue des rivieres, des forêts, des montagnes, &c. célébrées par tant de génies. De quelque côté, dit-il, que je tourne mes yeux, je découvre des objets qui me charment & des vues qui m'enchantent. Des campagnes poëtiques m'environnent de toutes parts. C'est ici que les muses firent si souvent entendre leurs voix, qu'il ne se trouve aucune montagne qu'elles n'aient chantée, aucun bosquet qu'elles n'aient loué, aucun ruisseau qui ne coule harmonieusement. Il fait ensuite la description des monumens des Romains, de leurs amphithéatres, de leurs arcs de triomphe, de leurs statues, des palais modernes & des temples.

Mais il prend de-là occasion de déplorer l'état malheureux où l'oppression réduit les habitans de ce pays, malgré tant d'avantages que l'art & la nature leur offrent à - l'envi ; il conclut en s'adressant à la liberté, qu'il représente comme la source principale du bonheur dont jouit l'Angleterre, d'ailleurs à tant d'autres égards si fort inférieure à l'Italie. " Nous n'envions point un ciel plus doux : nous ne murmurons point d'habiter des lieux peu favorisés de l'astre du jour, & de voir les froides pléïades dominer sur nos têtes. La liberté couronne notre île ; elle seule embellit nos rochers & nos sombres montagnes ".

Il recueillit les matériaux de ses dialogues sur les médailles, dans le pays même des médailles. Cette piece a été publiée par M. Tickell, qui a traduit la plus grande partie des citations latines en anglois, pour l'usage de ceux qui n'entendent point les langues savantes. On y trouve quantité de choses curieuses sur les médailles, écrites avec tout l'agrément que permet la forme de dialogue ; & on a mis à la tête un poëme de M. Pope.

Il le commence par cette réflexion : que les plus beaux monumens, les arcs de triomphe, les temples, les tombeaux, ont été détruits ou par l'injure des tems, ou par les irruptions des barbares, ou par le zele des chrétiens ; & que les médailles seules conservent la mémoire des plus grands hommes de l'antiquité. Mais de-là il prend occasion de railler finement les excès dans lesquels quelques curieux sont tombés sur ce sujet. " Le pâle antiquaire, dit-il, fixe ses regards attentifs, & regarde de près ; il examine la légende & vénere la rouille ; c'est un vernis bleu qui la rend sacrée. L'un travaille à acquérir un Pescennius ; l'autre dans ses rêveries croit tenir un Cécrops ; le pauvre Vadius depuis long-tems savamment hypochondre, ne peut goûter de plaisir, tant qu'un bouclier qu'il voudroit considérer n'est pas net ; & Curion inquiet à la vue d'un beau revers, soupire après un Othon, tandis qu'il oublie sa mariée ". Pope s'adresse ensuite à M. Addisson, de la maniere suivante : " la vanité est leur partage, & le savoir le tien. Retouchée de ta main, la gloire de Rome brille d'un nouvel éclat ; ses dieux & ses héros reparoissent avec honneur ; ses guirlandes flétries refleurissent. Etude attrayante, elle plaît à ceux que la poésie charme : les vers & la sculpture se donnent la main ; un art prête des images à l'autre ".

Addisson mit au jour en 1704 son poëme, intitulé la Campagne sur les succès du duc de Marlborough, où se trouve la comparaison si fort applaudie de l'ange.

En ce jour, le plus grand de sa noble carriere,

L'ame de Marlborough se montre toute entiere,

Ferme, & sans s'émouvoir dans le choc furieux,

Qui porte la terreur & la mort en tous lieux ;

Il voit tout, pense à tout, & sa haute prudence

Ne laisse en nul endroit desirer sa présence.

Il soutient au besoin tous les corps ébranlés ;

Les fuyards au combat par lui sont rappellés ;

Et tranquille toujours dans le sein de l'orage

Qu'excitent sous les loix, le dépit, & la rage,

Il en regle à son gré les divers mouvemens.

" Tel l'ange du seigneur, lorsque les élémens

Par lui sont déchainés contre un peuple coupable,

Et que des ouragans le tonnerre effroyable

Gronde ; comme n'aguére Albion l'entendit :

Pendant que dans les airs d'éclats tout retentit,

Le ministre du ciel, calme, & serein lui-même,

Sous les ordres vengeurs du monarque suprême,

Des bruyans tourbillons anime le courroux,

Et des vents qu'il conduit, dirige tous les coups. "

On ne peut opposer à la beauté de cette peinture que le morceau encore plus beau du paradis perdu de Milton, l. b. où il représente le fils de Dieu chassant du ciel les anges rebelles, vers VI. 825-855.

On sait qu'Addisson a eu beaucoup de part au Tatler ou Babillard, au Spectateur, & au Guardian ou Mentor moderne, qui parurent dans les années 1711, 1712, 1713, & 1714. Les feuilles de sa main dans le Spectateur, sont marquées à la fin par quelques-unes des lettres du mot de CLIO. Le chevalier Steele dit spirituellement à la tête du Babillard. " Le plus grand secours que j'ai eu, est celui d'un bel-esprit, qui ne veut pas me permettre de le nommer. Il ne sauroit pourtant trouver mauvais que je le remercie des services qu'il m'a rendus ; mais peu s'en faut que sa générosité ne m'ait été nuisible. Il regne dans tout ce qu'il écrit, tant d'invention, d'enjoument & de savoir, qu'il m'en a pris comme aux princes, que le malheur de leurs affaires oblige à implorer la protection d'un puissant voisin : j'ai été presque détruit par mon allié ; & après l'avoir appellé à mon secours, il n'y a plus eu moyen de me soutenir sans lui. C'est de sa main que viennent ces portraits si finis d'hommes & de femmes, sous les différens titres des instrumens de Musique, de l'embarras des nouvellistes, de l'inventaire du théatre, de la description du thermometre, qui sont, les principales beautés de cet ouvrage ".

En 1713, M. Addisson donna sa tragédie de Caton, dont j'ai déja parlé ailleurs, Pope en fit le prologue, & le docteur Garth l'épilogue. Elle a été traduite en italien par l'abbé Salvini, & c'est la meilleure de toutes les traductions qu'on en ait faites.

Le roi nomma Addisson secrétaire d'état en 1717, mais sa mauvaise santé l'obligea bien-tôt de résigner cet emploi. Il mourut en 1719 à 47 ans, & fut enterré dans l'abbaye de Westminster. Mylord Hallifax l'avoit recommandé au roi, pour le secrétariat, & madame Manley n'a pas manqué de témoigner sa douleur, de ce que ce beau génie avoit quitté les lettres pour la politique. " Quand je considere, dit-elle, dans la galerie de Sergius, (mylord Hallifax,) je ne puis lui refuser quelque chose qui approche d'une prière, comme une offrande que lui doivent tous ceux qui lisent ses écrits. Qu'il est triste que de misérables intérêts l'ayent détourné des routes de l'Hélicon, l'ayent arraché des bras des muses, pour le jetter dans ceux d'un vieux politique artificieux ! pourquoi faut-il qu'il ait préféré le gain à la gloire, & le parti d'être un spectateur inutile, à celui de célébrer ces actions, qu'il sait si dignement caractériser, & embellir ! comment a-t-il pu détourner ses yeux de dessus les jardins du parnasse dont il étoit en possession, pour entrer dans le triste labyrinthe des affaires. Adieu donc, Maron (nom qu'elle donnoit à M. Addisson), tant que vous n'abandonnerez pas votre artificieux protecteur, il faut que la renommée vous abandonne ".

Un grand poëte de notre tems a été accusé d'avoir mis au jour après la mort de M. Addisson, une critique amere & pleine d'esprit contre lui. Voici ce qui le regarde dans cette piece, où l'on attaque aussi d'autres écrivains.

Laissons de pareils gens en paix ! mais s'il se trouvoit un homme inspiré par Apollon lui-même, & par la gloire, enrichi de toutes sortes de talens, & de tout ce qu'il faut pour plaire ; né pour écrire avec agrément, & pour faire trouver des charmes dans son commerce ; porteroit-il l'ambition jusqu'à ne pouvoir souffrir, à l'exemple des Ottomans, un frere près du trône ? Le regarderoit-il avec mépris, ou même avec frayeur ? Le haïroit-il, parce qu'il appercevroit en lui les mêmes qualités qui ont servi à sa propre élévation ? Le blâmeroit-il, en feignant de le louer ? Lui applaudiroit-il en le regardant de mauvais-oeil ? & apprendroit-il aux autres à rire, sans sourire lui-même ? Souhaiteroit-il de blesser, tandis qu'il craindroit de porter le coup ? Habile à démêler les fautes, seroit-il timide à les désapprouver ? Seroit-il également réservé à distribuer le blâme & la louange, ennemi craintif, & ami soupçonneux ? Redouteroit-il les sots, & seroit-il assiégé de flatteurs ? Obligeroit-il de mauvaise grace ? Et lorsque deux rivaux se disputent le prix, leur donneroit-il raison à tous deux, en préférant toutefois le moins digne ? Tel que Caton, ne seroit-il occupé qu'à donner la loi dans son petit sénat, & à relever son propre mérite ; tandis que ceux qui l'environnent, admirent tout ce qu'il dit, & s'épuisent en louanges extravagantes ? Ciel, quel malheur s'il se trouvoit un tel homme ! & qu'il seroit affligeant que ce fut A. n.

On a accusé fortement, à l'occasion de ces vers, Pope d'ingratitude vis-à-vis de M. Addisson ; cependant l'auteur de la Dunciade, a défendu M. Pope de cette grave accusation, en attestant toutes les personnes de probité, qui, dit-il, plusieurs années avant la mort de M. Addisson, ont vû & approuvé les vers dont il s'agit ici, non à titre de satyre, mais de reproche d'ami, envoyés de la main même du poëte à M. Addisson, & d'ailleurs ce sont des vers que l'auteur n'a jamais publiés. (D.J.)


WILTSHIRE(Géog. mod.) ou le comté de Wilt, province méridionale d'Angleterre. Elle est bornée au nord par le duché de Glocester, au midi par la province de Dorset, au levant par le Berckshire & Hampshire, & au couchant par la province de Sommerset. On lui donne 40 milles de longueur, & 30 de largeur. Il renferme outre Salisbury capitale, vingt villes ou bourgs à marché, & trois cent quatre églises paroissiales.

Entre ces villes & bourgs à marché, il y en a douze qui ont droit de députer au parlement, & quatre autres, qui ont le même privilege, mais qui n'ont pas celui de marché. Il y a outre cela neuf bourgs qui ne députent point au parlement, & qui ont néanmoins droit de marché. Chaque place qui a droit de députation au parlement, envoyant deux députés, & le corps de la province ayant aussi droit d'en envoyer deux, il se trouve que le comté de Wilt nomme trente quatre députés, ce qui est plus qu'aucune autre province d'Angleterre, & même de toute la grande - Bretagne, à la réserve de la province de Cornouailles, qui en envoye quarante-quatre.

Cette province est arrosée de diverses rivieres, dont les principales sont l'Isis, le Kennet, l'Avon, le Willy & le Nadder. On la divise en septentrionale & méridionale. La septentrionale est entrecoupée de montagnes & de collines, & couverte de quelques forêts ; la méridionale est une grande & vaste plaine, à perte de vue, couverte en partie de bruyeres, & en partie de pâturages qu'on nomme campagne de Salisbury.

Le Wiltshire est une des plus agréables provinces de la grande-Bretagne. L'air y est doux & sain ; le terroir y est parsemé de forêts, de parcs & de champs fertiles : ajoutez-y ses vastes campagnes, où l'on nourrit une infinité de troupeaux, dont la laine fait la plus grande richesse des habitans.

Pour ce qui est des hommes illustres nés dans ce beau comté, c'est mon affaire de rappeller à la mémoire du lecteur leurs noms & leurs ouvrages.

Hyde (Edouard) comte de Clarendon, & grand-chancelier d'Angleterre, mérite d'être nommé le premier. Il naquit en 1608, & en 1622 il entra dans le college de la Madelaine à Oxford. En 1625, il vint à Londres au Middle-Temple, où il étudia le droit pendant plusieurs années. En 1633, il fut un des principaux directeurs de la mascarade que les membres des quatre colleges de jurisconsultes de la cour représenterent à Whitehall, en présence du roi & de la reine, le jour de la Chandeleur. Cette mascarade prouva qu'on étoit à la cour dans des idées fort différentes des principes de M. Pryne, puisque, c'étoit une pure critique de son Histriomastix contre les Farces. Hyde fut ensuite aggregé dans plusieurs comités de la chambre-basse ; mais étant enfin mécontent des procédures du parlement contre plusieurs seigneurs, il se retira auprès du roi, qui le fit chancelier de l'échiquier, conseiller privé & chevalier.

Lorsque les affaires du monarque commencerent à tourner mal, M. Hyde se rendit en France ; en 1657 il fut nommé grand - chancelier d'Angleterre. Quelque tems après, le duc d'Yorck étant devenu amoureux de mademoiselle Anne Hyde, fille aînée du chancelier, l'épousa avec tant de secret, que le roi & le chancelier n'en surent rien. Quoiqu'attaché au roi, il fut fort attentif à ne donner aucune atteinte aux libertés du peuple, & l'on attribue cette sage conduite à une aventure domestique, dont nous devons la connoissance à M. Burnet.

Cet historien rapporte que dans le tems que le jeune Hyde commençoit à se distinguer au barreau, il alla rendre visite à son pere dans la province de Wilts. Un jour qu'ils se promenoient ensemble à la campagne, ce bon vieillard dit à son fils, que les gens de sa profession donnoient quelquefois trop d'étendue aux privileges des rois, & nuisoient à la liberté publique, & qu'il lui recommandoit, s'il parvenoit un jour à quelque élévation dans cette profession, de ne sacrifier jamais les loix & les privileges de sa patrie, à son propre intérêt, ou à la volonté du monarque. Il lui répéta deux fois ce discours, & tomba presque aussitôt dans une attaque d'apopléxie, qui l'emporta en peu d'heures. Cet avis fit une impression si profonde sur le fils, qu'il le suivit toujours depuis.

En 1664, il s'opposa à la guerre de Hollande, & en 1667, il fut dépouillé de la charge de grand-chancelier par la suggestion de ses envieux & de ses ennemis, appuyée des sollicitations des maîtresses, qui firent de jour en jour tant d'impression sur l'esprit du roi, qu'enfin il consentit, même avec plaisir, de se défaire d'un ancien ministre, qui s'avisoit quelquefois de le contrecarrer, & dont les manieres graves n'alloient point à son caractere.

Mylord Clarendon se trompa en s'imaginant que l'intégrité d'un homme suffit pour le soutenir dans tous les tems & dans toutes les circonstances ; il éprouva que cette intégrité est un foible appui dans une cour remplie de personnes livrées au libertinage, & au talent de ridiculiser la vertu. Il négligea le crédit qu'il avoit dans la chambre des communes, & se perdit par-là totalement ; car cette chambre l'ayant accusé de haute-trahison, il se vit contraint de sortir du royaume, & de se retirer en France. Il alla s'établir à Rouen, où il demeura sept ans, jusqu'à sa mort. Il y finit ses jours en 1674, âgé de 66 ans. On transporta son corps en Angleterre, & il fut inhumé dans l'abbaye de Westminster.

Ses principaux ouvrages sont, 1°. différentes pieces qui ont été recueillies à Londres en 1727 in -8°. & l'on trouvera sa vie à la tête de cette collection. On peut aussi la lire parmi celles des vies des chanceliers, Londres 1708. in 8°. vol. I.

2°. L'histoire de la rébellion & des guerres civiles d'Irlande, a paru à Londres en 1728, in-fol.

Mais son histoire des guerres civiles d'Angleterre, est son principal ouvrage. Le premier volume parut à Oxford en 1702 in-fol. le second en 1703, & le troisieme en 1704. Elle a été réimprimée plusieurs fois en 6 volumes in -8°. & traduite en françois.

C'est un des plus illustres historiens que l'Angleterre ait produit. La noble liberté de ses réflexions, le glorieux tribut qu'il paye à l'amitié, & la maniere dont il voile le blâme de sa patrie, sont dépeints avec des couleurs si vives, qu'on sent, en le lisant, que c'est le coeur qui parle chez lui. On trouve peu d'auteurs qui lui soient comparables pour la gravité & l'élévation du style, la force & la clarté de la diction, la beauté & la majesté de l'expression, & pour cette noble négligence des périodes, qui fait que les termes conviennent toujours au sujet, avec une propriété que l'art & l'étude ne peuvent donner. Il plait dans le tems même qu'on le désapprouve.

Cet illustre écrivain est plus partial en apparence qu'en réalité, & sa partialité a moins lieu dans l'exposition des faits, que dans la peinture des caracteres. Il étoit trop honnête homme pour altérer les premiers, & sans qu'il s'en apperçût lui-même, ses affections pouvoient aisément lui déguiser les seconds. Un air de bonté & de probité regne dans le cours de l'ouvrage ; & ces deux qualités embellirent effectivement la vie de ce seigneur.

Rawlegh, ou Ralegh (Walter), neveu de l'immortel Walter Rawlegh, dignes l'un & l'autre d'une meilleure fortune que celle qu'ils ont éprouvée. Walter Rawlegh le neveu, naquit en 1586 à Downton en Wiltshire, & se destina à la théologie. Il devint chapelain ordinaire du roi Charles I. docteur en théologie en 1636, & doyen de Wells en 1641. Au commencement des guerres civiles, son attachement au roi le fit arrêter dans sa propre maison, dont on fit une prison, & il y fut si mortellement blessé par son geolier, qu'il mourut bientôt après de sa blessure, en 1646. Ceux de ses papiers qu'on put sauver, ont demeuré plus de trente ans ensevelis dans l'oubli, jusqu'à ce qu'étant tombés entre les mains du docteur Simon Patrick, dans la suite évêque d'Eli, il les publia à Londres en 1679 in -4°. sous le titre de Reliquiae Raleighianae, ou discours & sermons sur différens sujets, par le docteur Ralegh, avec un court détail de la vie de l'auteur.

Potter (François), théologien, naquit en 1594, & mourut aveugle en 1678, âgé de 84 ans. Il publia à Oxford en 1642 in -4°. un traité plein de folles & savantes recherches, intitulé explication du nombre 666. où l'on démontre que ce nombre est un parfait portrait des traits du gouvernement de Rome, & de tout le corps du royaume de l'Antechrist, avec une réponse solide à toutes les objections imaginables. Ce traité bizarre a été traduit en françois, en flamand & en latin.

Il établit dans cet ouvrage, 1°. que le mystere du nombre 666, doit consister dans sa racine quarrée qui est 25, comme le mystere du nombre de 144, qui est le nombre opposé à celui de 666, consiste dans la racine quarrée qui est 12. 2°. Que le premier nombre des cardinaux & des prêtres de paroisses à Rome, a été fixé à 25, & que le premier nombre d'églises paroissiales a été de même de 25. que le symbole romain consiste en 25 articles, comme celui des apôtres en 12. 3°. Il donne ensuite un court exposé de quelques autres circonstances, où le nombre 25 s'applique, dit-il, d'une maniere frappante à la ville & à l'église de Rome, & même à l'église de S. Pierre à Rome. 4°. Que le nombre de 25 est une devise symbolique affectée aux papistes, comme il paroît par la messe des cinq playes de J. C. répétée cinq fois, par leurs jubilés fixés à 15 ans, & au 25 de chaque mois, &c. Un ministre anglois fit une grande difficulté à l'auteur ; il lui soutint que 25 n'est point la véritable, mais la prochaine racine de 666.

M. Potter auroit pu mieux employer son tems, car il avoit beaucoup de génie pour les méchaniques, & il inventa diverses machines hydrauliques, qui furent très - approuvées par la société royale. Sa mémoire se conserve encore au college de la Trinité d'Oxford, par un cadran solaire de sa façon, qui est au côté septentrional du vieux quarré.

Ludlow (Edmond) fort connu par ses Mémoires, se déclara de bonne heure contre le roi Charles I. & fut un des juges de ce monarque. Après la mort de ce prince, le parlement l'envoya en Irlande, en qualité de lieutenant général de la cavalerie. Dès que Cromwel eut fini ses jours, Ludlow fit tous ses efforts pour rétablir la république ; mais Charles II. ayant été rappellé, il prit le parti de se retirer à Vevay, où il mourut ; c'est dans sa retraite qu'il écrivit ses mémoires imprimés à Vevay en 1698 & 1699, en trois tomes in -8°. Ils ont été traduits en françois, & ils ont paru à Amsterdam dans la même année.

Willis (Thomas) célebre médecin, naquit en 1621, fut un des premiers membres de la société royale, & rendit son nom illustre par ses écrits. Il s'acquit une grande réputation par sa pratique, dont il consacroit une partie du profit à des usages de charité ; il y employoit tout ce qu'il gagnoit le dimanche, & c'étoit le jour de la semaine qui lui procuroit le plus d'argent. Il mourut en 1675, âgé de 54 ans.

Tous les ouvrages latins du docteur Willis, ont été mal imprimés à Geneve en 1676 in -4°. & très-bien à Amsterdam en 1682 in -4°. Le meilleur des écrits de ce médecin, est son anatomie du cerveau, cerebri anatome, Londres 1664 in -8°. Willis a décrit dans cet ouvrage, la substance médullaire dans toutes ses insertions, ainsi que l'origine des nerfs, dont il a suivi curieusement les ramifications dans toutes les parties du corps. Par-là il est prouvé, non-seulement que le cerveau est la source & le principe de toutes les sensations & de tout mouvement ; mais on voit par le cours des nerfs, de quelle maniere chaque partie du corps conspire avec telle ou telle autre, à produire tel ou tel mouvement ; il paroît encore que là où plusieurs parties se joignent pour opérer le même mouvement, ce mouvement est causé par les nerfs qui entrent dans ces différentes parties, & qui agissent de concert. Enfin quoique Vieussens & du Verney aient, à divers égards, corrigé l'anatomie des nerfs de Willis, ils ont néanmoins confirmé son hypothèse, en la rectifiant.

Scott (Jean) théologien, naquit vers l'an 1638, & fut nommé chanoine de Windsor en 1691 ; après la révolution, il refusa l'évêché de Chester, parce qu'il ne croyoit pas pouvoir prêter les sermens requis. Il mourut en 1695. Ses sermons & discours de morale ont été imprimés en cinq volumes in -8°. dont il s'est fait plusieurs éditions. On a réuni ces cinq volumes en un seul in-fol. imprimé à Londres en 1729. Son traité de la vie chrétienne a été traduit en françois, Amsterdam 1699.

Norris (Jean), savant & laborieux écrivain, naquit en 1657, & entra dans les ordres sacrés en 1684. Nous ignorons le tems précis de sa mort. Il a beaucoup écrit sur des matieres de religion & de métaphysique. On lit dans les oeuvres posthumes de Locke, que M. Norris embrassa l'opinion du P. Malebranche, que nous voyons tout en Dieu, & il défendit ce sentiment avec toute l'éloquence possible. Ses mêlanges ou recueil de poésies, d'essais, de discours & de lettres, fut imprimé à Oxford 1687 in -8°. La cinquieme édition augmentée par l'auteur, a paru à Londres en 1710 in -8°.

Hughes (Jean) écrivain spirituel de notre siecle, naquit en 1677. Dès sa premiere jeunesse, il mêla la poésie, le dessein & la musique à l'étude des belles-lettres, ayant besoin de s'amuser agréablement, parce qu'il étoit fort valétudinaire. En 1717, Mylord Cowper, grand-chancelier, le nomma secrétaire pour les commissions de paix, place qu'il occupa jusqu'à sa mort, arrivée à 42 ans, le 17 Fév. 1719, & le même soir que sa tragédie intitulée le Siege de Damas, fut représentée pour la premiere fois sur le théatre de Drury-Lane, avec un grand succès.

Il est surprenant que l'auteur ait été en état de composer une piece aussi remplie d'esprit, dans un tems où la mort le talonnoit de près, & où il étoit trop foible pour copier lui-même son ouvrage. On convient généralement que cette tragédie brille par ses descriptions, que la diction en est pure, que la morale en est belle, que les sentimens y sont convenables aux caracteres, & que l'intrigue y est conduite avec simplicité. On trouve néanmoins que l'angoisse de Phocyas dans les IVe & Ve actes, n'est pas suffisamment fondée ; car quel est son crime ? Damas est vivement attaquée par les Sarrazins. Il n'y a point d'espérance de secours. Elle doit donc en très-peu de tems tomber entre leurs mains, être saccagée, & les habitans ne peuvent échapper à l'esclavage. Dans une si dangereuse conjoncture, Phocyas aide à l'ennemi de se rendre maître de cette place, quelques jours plus tôt. Mais sous quelles conditions ? Que tous ceux qui mettront les armes bas seront épargnés, & que chaque habitant aura la liberté de se retirer, & d'emmener avec lui une mule chargée de ses effets ; que les chefs pourront charger six mules, & qu'on leur permettra d'avoir des armes pour se défendre contre les montagnards, ensorte que Duran dit, acte V. scene I. " on ne voit point ici l'image de la guerre, mais celle du commerce, & il semble que les marchands envoyent leurs caravanes dans les pays voisins ".

Il n'y a rien en tout cela qu'un homme de bien n'ait pu faire pour sa patrie. Si Phocyas, dit-on, est coupable, son crime consiste uniquement en ce qu'il a fait par le sentiment de ses propres maux, & pour garantir l'objet de son amour de la violence ou de la mort, ce qu'il auroit pu faire par de plus louables motifs. Mais il ne paroît pas que cela soit suffisant pour autoriser les cruels reproches qu'il se fait à lui-même, & la dureté qu'Eudocie lui témoigne. Il auroit été beaucoup plus raisonnable, vu la fragilité humaine & la grandeur des tentations auxquelles il étoit exposé, qu'il se fût enfin laissé gagner à embrasser le mahométisme ; alors ses remords auroient été naturels, son châtiment juste, & le caractere d'Eudocie exposé dans un plus beau jour.

Cette observation des connoisseurs paroît d'autant plus vraie, que M. Hughes avoit suivi d'abord le plan qu'on vient de voir. Mais quand on offrit sa piece aux directeurs du théâtre de Drury-lane en 1718, ils refuserent de la représenter, à-moins que le poëte ne changeât le caractere de Phocyas, prétendant qu'il ne pouvoit être un héros, s'il changeoit de religion, & que les spectateurs ne pourroient souffrir sa vue après son apostasie, quels que fussent ses remords, & quelque vive qu'on peignît sa repentance. Il semble pourtant qu'il paroîtroit plus digne de pitié que d'exécration, lorsque dans l'angoisse de son ame, il se laisseroit enfin persuader, quoiqu'avec répugnance & avec horreur, à baiser l'alcoran. Mais l'auteur qui étoit dans un état de langueur, craignit que ses parens ne perdissent le profit que cette piece pourroit leur rapporter, & consentit à changer le caractere de Phocyas.

Il y a dans cette tragédie plusieurs beautés de détail, des situations intéressantes, des peintures vives & des morceaux touchans. Les réflexions que Phocyas fait sur la mort, lorsque Khaled l'en a menacé, sont fortes. " Qu'es-tu, (dit Phocyas en parlant de la mort), objet redouté & mystérieux de la plus grande terreur ? Les routes pour te trouver sont connues ; les maladies, la faim, l'épée, le feu, tout, en un mot, tient nuit & jour les portes ouvertes pour aller à toi. Arrive-t-on au terme, dans ce moment même on n'est plus en état d'y songer. L'instant est passé ! O si ce sont les détresses, les agitations, les angoisses qu'il faut appréhender quand l'ame se sépare du corps, je connois tout cela, j'en ai déja fait l'épreuve, & je n'ai plus rien à craindre ". Ensuite au moment qu'il tire la fleche qui lui avoit percé la poitrine, & qu'il meurt, " tout est fait, s'écrie-t-il à Eudocie.... c'étoit la derniere angoisse.... enfin j'ai renoncé à toi, & le monde ne m'est plus rien ".

Tous les écrits de M. Hughes sont fort goûtés ; ils consistent en poésies, pieces de théatre, traductions & ouvrages en prose. Il avoit traduit une partie de Lucain, lorsque M. Rowe publia tout l'ouvrage. Son ode au créateur de l'univers passe pour une des plus belles qu'il y ait en anglois. Toutes les poésies de cet auteur ont été publiées à Londres en 1739, en deux volumes in -12. Il y a de sa main quantité de morceaux dans le spectateur, ainsi que dans le tatler, entr'autres, les caracteres de Léonard de Vinci, de Bacon,de Boyle & du chevalier Newton. On lui attribue l'ouvrage intitulé The lay-monastery, suite du spectateur, dont la seconde édition parut à Londres en 1714, in -12. Enfin on doit à M. Hughes l'édition la plus exacte qu'on ait des oeuvres d'Edmond Spencer, Londres 1715, en six vol. in -12. On a mis un abrégé de sa vie & de ses écrits à la tête du premier volume de ses Poems on several occasions, London 1735, in -12.

Ajoutons qu'un des grands amis de M. Hughes, & l'un des meilleurs écrivains d'Angleterre, M. Addisson, étoit compatriote de ce bel esprit. Il naquit à Wilton, autrefois capitale du Wiltshire, & c'est-là que nous avons donné son article.

Mais l'Angleterre n'a pas eu dans le xvij. siecle, d'auteur plus célebre que Hobbes, dont on a parlé à l'article HOBBISME. On sait qu'il naquit à Malmesbury en Wiltshire, & qu'il mourut en 1679, à 91 ans. Cet écrivain fameux est aujourd'hui fort négligé, " parce qu'un systême physique ou métaphysique, dit M. Humes, doit ordinairement son succès à la nouveauté, & n'est pas plutôt approfondi, qu'on découvre sa foiblesse. La politique de Hobbes n'est propre qu'à favoriser la tyrannie, & sa morale qu'à nourrir la licence. Quoiqu'ennemi de toute religion, il n'a rien de l'esprit du scepticisme ; il est aussi décisif que si la raison humaine, & la sienne en particulier, pouvoient atteindre à la parfaite conviction. La propriété des termes & la clarté du style font le principal mérite de ses écrits. Dans son caractere personnel, on le représente comme un homme vertueux : ce qui n'a rien d'étonnant, malgré le libertinage de ses principes moraux. Le plus grand défaut qu'on lui reproche, est une excessive timidité ; il parvint à la derniere vieillesse sans avoir jamais pu se réconcilier avec l'idée de la mort. La hardiesse de ses opinions & de ses maximes forme un contraste très - remarquable avec cette partie de son caractere ". (D.J.)


WIMBURMINSTEou WINBURMINSTER, (Géog. mod.) gros bourg d'Angleterre, dans Dorsetshire, sur le bord de la Stoure. Ce bourg s'est élevé sur les ruines d'une place ancienne nommée Vindugladia ou Vindogladia : ce qui en langue galloise, signifie entre deux rivieres, parce qu'elle étoit entre les rivieres de la Stoure & de l'Alen, qui vient du nord y apporter ses eaux. Les Saxons l'appellerent Winburnham ou Wimburminster, à cause d'un ancien monastere qui y fut fondé en 713, par la princesse Cuthburgue. On y voit un college pour l'instruction de la jeunesse, fondé par la princesse Marguerite, comtesse de Richmond, mere du roi Henri VII. On y voit aussi une assez belle église, avec un clocher chargé d'une aiguille extrêmement haute. Le choeur est occupé par les tombeaux de divers princes & princesses, entre lesquels on remarque celui du roi Etheldred, dont l'épitaphe dit : in hoc loco quiescit corpus sancti Etheldredi regis West-Saxonum, martyris, qui anno Domini 867. 23°. Aprilis per manus Danorum paganorum occubuit. (D.J.)


WIMPFEou WIMPFFEM, (Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans la Souabe, au Creighgow, sur la gauche du Necker, à l'embouchure du Jagst, à deux lieues au nord d'Hailbron. Elle est impériale, petite, mais peuplée. Elle fut prise en 1645, par le duc d'Enghien. Quelques - uns croyent sans aucune preuve, que c'est l'ancienne Cornelia. Long. 26. 45. latit. 49. 18. (D.J.)


WIMSBERG(Géog. mod.) bourg de Franconie, illustré par la naissance de Oecolampade (Jean) en 1482. Ses parens qui étoient à leur aise, eurent grand soin de son éducation. Ils le destinoient à la jurisprudence ; mais il se consacra tout entier à l'étude de la théologie, apprit la langue grecque de Reuchlin & l'hébreu d'un espagnol. Il méprisa les subtilités de Scot, & les ergoteries des scholastiques, curieux d'une science qui fût utile. Il aida Erasme dans l'édition de ses notes sur le nouveau Testament, & c'est Erasme lui-même qui nous apprend cette particularité.

En 1522, il fut nommé professeur en théologie à Basle. Peu de tems après, la réformation s'établit dans cette ville, & Oecolampade y eut beaucoup de part. Il mourut de la peste en 1531, âgé de 49 ans.

C'étoit un théologien savant, irréprochable dans ses moeurs, & qui ne cherchoit qu'à faire régner la paix dans l'Eglise, comme il paroît dans toutes les conférences de religion qu'il eut avec Luther. Il publia des commentaires latins sur plusieurs livres du vieux & du nouveau Testament. Il donna en 1525, son petit ouvrage intitulé de vero intellectu verborum Domini : hoc est corpus meum. Erasme ayant lu cet ouvrage, écrivit à Bede qu'Oecolampade avoit fait sur l'Eucharistie un livre si savant, si bien raisonné, & appuyé de tant d'autorités des peres, qu'il pourroit séduire les élus mêmes. (D.J.)


WINANDER-MEER(Géog. mod.) lac d'Angleterre, dans Lancashire ; c'est le plus grand qu'il y ait dans ce royaume. Il a dix milles de long & quatre de large. Son fond est un rocher presque continuel ; son eau est belle & limpide. Il nourrit beaucoup de poissons, & sur-tout un poisson très-délicat qu'on appelle charr. A la tête de ce lac on trouve les débris d'une ancienne ville qu'on croit être l'Amboglana du tems des Romains, & tout appuye cette conjecture.


WINCHELCOMou WINCHCOMB, (Géogr. mod.) bourg à marché d'Angleterre, en Glocestershire.


WINCHELSEY(Géog. mod.) petite ville d'Angleterre, dans le comté de Sussex, sur le bord de la mer, à l'embouchure de la Rye. Cette ville a titre de comté, & c'est un des cinq ports du royaume. Long. 18. 23. latit. 50. 52. (D.J.)


WINCHESTER(Géog. mod.) ou plutôt Wintchester, ville d'Angleterre, capitale du Hampshire, sur le bord de l'Itching, à dix-huit milles au sud-est de Salisbury, & à soixante sud-ouest de Londres. Long. 16. 20. latit. 51. 3.

Cette ville, nommée en latin Vintonia, est aussi remarquable par son ancienneté, que par le siege épiscopal dont elle est honorée depuis long-tems. Les Romains l'ont connue sous le nom de Venta belgarum ; après eux les Bretons l'appellerent Caer-gwent, & les Saxons Wintan-cester, d'où l'on a fait Wintchester.

C'est dans cette ville que l'an de Jésus-Christ 407, le tyran Constantin fut proclamé empereur par ses soldats, contre l'obéissance qu'ils devoient à Honorius ; & il tira son fils Constant d'un monastere de cette même ville, pour le faire revêtir de la pourpre ; mais ils périrent bientôt tous deux, après avoir eu quelques heureux succès.

Les Saxons à leur arrivée dans le pays, trouverent Winchester si considérable, que les rois de West-Sex la choisirent pour le lieu de leur résidence, y établirent un siege épiscopal, une monnoie, & y bâtirent un grand nombre d'églises.

Après la conquête des Normands, les archives de la province furent mises à Winchester. Le roi Edouard III. y établit une étape pour le commerce des laines & des draperies, ce qui la rendit encore plus florissante.

Elle n'a point perdu de son lustre, c'est une grande ville fermée de murailles, contenant huit paroisses, un palais épiscopal, un château, une église cathédrale superbe, & un hôtel de ville où l'on montre une grande table ronde, qu'on dit être la table ronde du fameux Arthur, tant chantée par les vieux romanciers.

Il se tint à Winchester un concile, l'an 957, en présence de trois rois des différentes provinces.

L'évêché de Winchester est un des plus riches bénéfices du royaume, car il vaut huit mille livres sterling de rente. L'évêque a sous sa jurisdiction spirituelle, les deux provinces de Hampshire & de Surrey, avec les îles de Jersey & de Guernesey. Un évêque de Winchester, nommé Guillaume Wickham, a fondé dans cette ville un beau & illustre college, où l'on entretient un principal, dix fellows ou associés, deux scholarques & soixante & dix écoliers, qu'on tire de-là quand ils sont avancés pour les envoyer à Oxford, au college neuf qui a été fondé par le même prélat.

Deux rois, pere & fils, Henri III. & Edouard I. sont nés à Winchester. Le premier étoit un prince d'un petit génie, d'un naturel inconstant, capricieux, & rempli des maximes du pouvoir arbitraire ; foible quand il auroit fallu être ferme, plein de hauteur déplacée quand il auroit fallu plier ; avide d'argent jusqu'à l'excès, pour le prodiguer tout de suite en dépenses folles & ridicules.

Saint Louis le battit deux fois, & sur-tout à la journée de Taillebourg en Poitou. Les barons gagnerent sur lui la fameuse bataille de Lewes en 1264. Il fut ensuite redevable de sa délivrance à son fils Edouard, qui lui succéda. Enfin il mourut paisiblement à Londres, en 1272, à 65 ans, après en avoir regné 56.

Edouard I. avoit de très - belles qualités, beaucoup de bravoure, de prudence, d'honneur, & de justice. L'Angleterre reprit sa force sous son regne ; il conserva la Guyenne, il s'empara du pays de Galles, il fit fleurir le commerce de ses sujets autant qu'on le pouvoit alors.

La maison d'Ecosse étant éteinte en 1291, il eut la gloire d'être choisi pour arbitre entre les prétendans ; il obligea d'abord le parlement d'Ecosse à reconnoître que la couronne de ce pays relevoit de celle d'Angleterre ; ensuite il nomma pour roi Bayol, qu'il fit son vassal ; enfin il prit pour lui - même ce royaume d'Ecosse, & c'est une grande tache à sa gloire.

Sous ce prince, on vint déja à s'appercevoir que les Anglois ne seroient pas long-tems tributaires de Rome ; on se servoit de prétexte pour mal payer, & on éludoit une autorité qu'on n'osoit attaquer de front.

Le parlement d'Angleterre prit vers l'an 1300, une nouvelle forme, telle qu'elle est à-peu-près de nos jours. Le titre de barons & de pairs ne fut affecté qu'à ceux qui entroient dans la chambre haute ; la chambre basse commença à régler les subsides ; Edouard I. donna du poids à la chambre des communes, pour pouvoir balancer le pouvoir des barons ; ce prince assez ferme & assez habile pour les ménager & ne les point craindre, forma cette espece de gouvernement qui rassemble tous les avantages de la royauté, de l'aristocratie, & de la démocratie, & qui sous un roi sage, ne peut que fleurir avec gloire.

Edouard I. mourut l'an 1307, à 68 ans, lorsqu'il se proposoit d'aller reconquerir l'Ecosse, trois fois subjuguée, & trois fois soulevée.

Bilson (Thomas) savant théologien & évêque, naquit à Winchester, vers l'an 1542, & mourut en 1616. Il se fit une grande réputation par ses ouvrages. Le premier qu'il mit au jour à Oxford en 1585, a pour titre : Traité de la différence entre l'obéissance chrétienne, & la rébellion anti-chrétienne. Cet ouvrage fut appuyé par l'autorité souveraine, & dédié par l'auteur à la reine Elisabeth.

Le docteur Bilson, pour établir la suprématie royale, s'attache à justifier que les empereurs convoquoient autrefois des conciles, dont ils fixoient le tems & le lieu, réglant même qui seroient ceux qui y assisteroient & qui y auroient voix : qu'ils déterminoient quelles matieres on y traiteroit ; qu'ils présidoient aux débats, & empêchoient qu'on ne portât atteinte à la foi établie par les conciles précédens ; qu'ils jugeoient de leurs procédures, même par rapport aux matieres de foi, par la regle commune à tous les chrétiens, savoir, la parole de Dieu ; qu'ils confirmoient les décrets des conciles, en marquant ceux qu'ils approuvoient, & auxquels ils donnoient force de loi ; qu'à l'égard des sentences, ils recevoient les appels qu'on interjettoit, suspendoient l'exécution, & modéroient la rigueur des décisions des conciles, quand ils les trouvoient trop séveres. Il prouve tous ces articles par l'exemple des princes juifs & des empereurs chrétiens.

Il observe ensuite que l'empereur Justinien, dans ses novell. constitut. a réglé ce qui regarde la doctrine & la discipline de l'Eglise, la conduite des évêques & des patriarches sur la célébration des sacremens, la convocation des synodes, l'ordination des ecclésiastiques, les mariages, les divorces, & autres choses de cette nature, qui étoient en ce tems - là du ressort de la puissance civile, & que le pape prétend aujourd'hui appartenir à la puissance ecclésiastique.

En 1593, il publia un traité du gouvernement de l'église de Christ, & de l'autorité qu'avoient les anciens patriarches. Ce livre fut traduit en latin en 1611.

Enfin, il mit au jour à Londres, en 1604, un savant ouvrage, sous le titre de Description des souffrances de Jésus - Christ, & de sa descente aux enfers. Il prouve dans cet ouvrage par l'Ecriture & par les peres, que notre Seigneur est allé de la terre dans le séjour du parfait bonheur, & qu'il n'y a rien dans l'Ecriture qui nous autorise à croire que son ame est allée en enfer après sa mort, & de-là au ciel ; qu'ainsi tout concourt à nous persuader que les fideles vont d'ici-bas dans le ciel ; & qu'enfin le hadès du symbole est le paradis. (D.J.)

WINCHESTER, (Géog. mod.) bourgade d'Angleterre dans le comté de Northumberland. Ceux du pays l'appellent Winchester in the wald, ou old Winchester, c'est-à-dire Winchester près du rempart, ou le vieux Winchester. Ce lieu est peu éloigné des ruines du mur de Sévere. (D.J.)


WINDAou WINDAW, (Géog. mod.) ville du duché de Courlande, sur la mer Baltique, à l'embouchure de la Weta, où elle a un petit port, à quinze milles de Memmel, & à trente de Riga. Long. 39. 24. latit. 57. 10. (D.J.)


WINDELINGENou WINDLING, (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans la Souabe, au duché de Wirtemberg, sur le Necker, près de l'embouchure de la Lauter. (D.J.)


WINDISCH(Géog. mod.) ville de Suisse, au canton de Berne, dans l'Argaw, à un quart de lieue de Kunigsfeld. Je parle de ce village, parce que c'est ici qu'il faut chercher les restes infortunés de l'ancienne Vindonissa.

Cette ville, dont j'ai déja fait mention, étoit forte par sa situation sur une hauteur, au confluent de deux rivieres rapides, larges & profondes ; je veux dire l'Aare & la Reuss : on est surpris que personne ne se soit avisé dans les derniers siecles, de rebâtir Vindonissa. Les Romains en avoient fait une place d'armes, pour arrêter l'irruption des Germains, comme Tacite le raconte, liv. IV. de son histoire : & c'est ce que nous apprennent encore divers monumens qu'on y a déterrés, comme des inscriptions, des cachets, & des médailles.

Il y a longtems qu'on y voyoit cette inscription qui parle d'un ouvrage de Vespasien : Imp. T. Vespasianus. Caes. Aug. VII. Cos. Marti Apollini Minervae, Arcum Vican. Vindonissenssis Curiae, &c.

On y a trouvé des médailles de plusieurs empereurs, depuis Néron jusqu'à Valentinien. Vindonisse fut ensuite une ville épiscopale sous les premiers rois des Francs ; mais Childebert II. en transporta le siege à Constance, vers la fin du sixieme siecle, parce que la premiere de ces deux villes avoit été ruinée par les guerres, dans les tems de la décadence de l'empire romain.

Vindonisse a été un siege épiscopal, mais on ne sait point les noms de ceux qui ont tenu ce siege sous les empereurs romains. Il paroît seulement que cette ville ne fut ruinée qu'avec celles du plat - pays, par les armées de Théodebert, roi d'Austrasie, l'an 611. Depuis ce tems-là Vindonisse n'a jamais été rétablie, & son évêché est demeuré supprimé. Il étoit dans la province nommée Maxima sequanorum, sous la métropole de Besançon. (D.J.)


WINDISCHGRATZ(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la basse - Stirie, près de la rive droite de la Drave. On croit que c'est la Vendum de Strabon. (D.J.)


WINDISCHMARCK(Géog. mod.) contrée d'Allemagne, dans le cercle d'Autriche ; elle est bornée au nord, en partie par le comté de Cilley, en partie par la haute Carniole ; au midi par la Morlaquie ; au levant par la Croatie ; & au couchant par la haute & basse Carniole. Ce pays est presque tout montueux ; ses habitans parlent esclavon, reconnoissent les archiducs d'Autriche pour seigneurs, & sont catholiques. Il a pour chef-lieu Medling, ou Metling. Les deux principales rivieres de cette contrée sont le Gurck & le Kulp. (D.J.)


WINDRUSHLA, (Géog. mod.) riviere d'Angleterre. Elle a sa source au duché de Glocester, entre dans Oxfordshire, & se jette dans l'Isis, ou la Tamise, à l'occident d'Oxford. (D.J.)


WINDSOR(Géog. mod.) bourg d'Angleterre, dans Berkshire, sur la Tamise, à vingt - cinq milles de Londres. Ce bourg nommé anciennement Windleshore, a droit de marché, députe au parlement, & est remarquable par la maison de plaisance des rois de la grande - Bretagne, dont nous parlerons dans l'article suivant. (D.J.)

WINDSOR, (Géog. mod.) maison de plaisance des rois de la grande-Bretagne, en Berkshire, sur la Tamise. Elle prend son nom du bourg de Windsor, où elle est située, & où les rois d'Angleterre ont toujours eu leur château depuis Guillaume le conquerant.

Edouard III. voulant ériger un superbe monument de ses victoires sur Jean, roi de France, & David, roi d'Ecosse, fit démolir l'ancien palais de Windsor, pour en élever un nouveau plus superbe. Wickam (Guillaume) profondément versé dans l'architecture, ayant été chargé de ce soin, s'en acquitta glorieusement, & n'y employa que trois années ; il mit sur ce palais l'inscription suivante : this made Wickam ; comme les paroles de cette inscription sont équivoques, & qu'elles signifient également Wickam a fait ceci, ou ceci a fait Wickam, ses ennemis donnerent un tour malin à l'inscription, & firent entendre à Edouard, que l'intendant de cet édifice s'en attribuoit insolemment toute la gloire. Le roi irrité reprocha cette audace à Wickam, qui lui répondit d'un air gai, que ses délateurs étoient bien odieux, ou bien ignorans dans la langue angloise, puisque le vrai sens de l'inscription qu'il avoit mise exprès à la gloire de son roi, vouloit dire ceci, ce palais m'a procuré les bontés de mon prince, & m'a fait ce que je suis. Edouard se mit à rire, & la délation des envieux de Wickam ne servit qu'à l'augmentation de son crédit. Edouard le fit son premier secrétaire, garde du sceau privé, évêque de Winchester, & grand chancelier du royaume.

La reine Elisabeth & Charles II. ont embelli le château de Windsor, qui passe aujourd'hui pour la plus belle maison royale qu'il y ait en Angleterre ; cependant ce château n'a ni jardins, ni fontaines, ni avenues, & son unique ornement extérieur se réduit à un grand parc rempli de bêtes fauves ; mais on jouit dans ce château d'une vue ravissante, qui s'étend de tous côtés sur une belle campagne, où l'oeil découvre à perte de vue le cours de la Tamise, des champs couverts d'épics, des prairies émaillées de fleurs, & des collines ombragées de forêts ; desorte que ce palais est un des plus beaux séjours qu'on puisse trouver. Pavillon dit qu'il a été bâti & embelli par les Fées, pour la demeure ordinaire des Graces, & la retraite des plus tendres Amours ; plus beau sans comparaison que la gloire de Niquée ; que quant aux dehors ils sont faits, comme il plait à Dieu, qui en sait bien plus que M. le Nostre ; il ajoute :

La nature, en ce lieu, de mille attraits pourvue,

Pour se faire admirer,

Semble tout exprès se parer

En s'exposant à notre vue.

Incessamment le ciel y rit,

Et la terre qu'il embellit

D'un verd qui peint ses prés, ses coteaux, ses bocages,

Tout vous enchante ; & l'art humain,

Respectant de si beaux ouvrages,

N'ose pas y mettre la main.

Edouard III. naquit dans ce beau château, en 1312. Sa vie & ses exploits sont connus de tout le monde ; on sait que c'est l'un des plus grands & des plus célebres rois d'Angleterre. Il fut modeste dans ses victoires, & ferme dans ses traverses. Etroitement uni avec son parlement, il donna d'excellens statuts pour le bonheur de sa nation ; enfin la gloire du prince de Galles son fils concourut à jetter un nouveau lustre sur la sienne ; c'est dommage qu'il ait terni ce lustre en rompant par pure ambition la glorieuse paix qu'il avoit faite avec le roi d'Ecosse. Je ne lui reproche point la passion qu'il prit sur ses vieux jours pour la belle Alix Pierce ; n'ayant pas connu l'amour dans sa jeunesse, il n'eut pas assez de force pour s'en défendre dans un âge avancé. Il mourut en 1377, à 65 ans, après avoir joui d'un si grand bonheur jusqu'à l'an 1369, qu'à peine dans l'histoire trouveroit - on des exemples d'un regne si fortuné. Mais depuis ce tems - là, le sort se lassa de le favoriser, & le dépouilla de ses illustres conquêtes ; cependant l'Angleterre se dédommagea sous son regne, avec usure, des trésors que lui couterent les entreprises de son monarque : elle vendit ses laines, étendit son commerce, & forma des manufactures qu'elle ne connoissoit point auparavant.

Un autre roi d'Angleterre né à Windsor, est Henri VI. appellé communément Henri de Windsor. Il ne ressembla point à son illustre pere Henri V. auquel il succéda, en 1422. On trouve dans sa vie une inaction naturelle au bien comme au mal ; aussi fut - il le jouet perpétuel de la fortune. Au bout d'un regne de 38 ans, Edouard IV. le déposséda du trône, & neuf ans après, le comte de Warwick, que l'on appelloit le faiseur de rois, en débusqua celui-ci pour y rétablir Henri VI. Enfin sept mois étoient à peine écoulés, qu'Edouard rentra triomphant dans Londres, remonta sur le trône, & renferma Henri dans la tour, où il fut égorgé par le duc de Glocester, en 1471, à 52 ans.

Il y a deux chapelles à Windsor, l'une neuve, au bout de la galerie du château, & l'autre vieille, beaucoup plus belle, où les rois tiennent le chapitre de l'ordre de la jarretiere. Cette vieille chapelle est encore mémorable, pour avoir servi de sépulture à Edouard IV. à Henri VIII. & à Charles I.

Edouard IV. fils de Richard duc d'Yorck, disputa la couronne au malheureux Henri VI. qui étoit de la maison de Lancastre, remonta sur le trône, & le garda jusqu'à la mort. Ce qu'il y a de plus étonnant dans la vie de ce prince, c'est son bonheur, qui semble tenir du prodige ; il fut élevé sur le trône après deux batailles perdues, l'une par le duc d'Yorck son pere, l'autre par le comte de Warwick. La tête du pere étoit encore sanglante sur la muraille d'Yorck, lorsqu'on proclamoit le fils à Londres. Il échappa, comme par miracle, de la prison de Médelham. Il fut reçu dans la capitale à bras ouverts à son retour de Hollande, avant que d'avoir vaincu, & pendant que son sort dépendoit de celui d'un combat que le comte de Warwick alloit lui livrer. Enfin après avoir été victorieux dans toutes les batailles où il se trouva, il mourut en 1483, âgé de 42 ans.

Lorsque ce prince gagna la couronne, c'étoit un des hommes des mieux faits de l'Europe. Philippe de Comines assure, qu'il fut redevable du trône à l'inclination que les principales dames de Londres avoient pour lui ; mais ç'auroit été peu de chose s'il n'eût pas eu en même tems l'affection de leurs maris, & en général celle de la plûpart des Anglois ; cependant on a raison de lui reprocher son libertinage, & ce qui est bien pis, sa cruauté & ses parjures. Il fit périr sur l'échafaud plusieurs grands seigneurs qu'il avoit pris dans des batailles. Il est coupable de la mort du duc de Clarence son propre frere, de celle d'Henri VI. & du prince de Galles ; enfin la mauvaise foi de ce roi parut dans l'injuste supplice du comte de Wells qu'il tira de son asile par un sauf-conduit, & dans celui du bâtard de Falconbridge, après lui avoir pardonné son crime.

Henri VIII. fils & successeur d'Henri VII. en 1509, âgé de 18 ans, avoit pris du goût pour l'étude dans sa premiere jeunesse. Il étoit libéral, adroit, ouvert, & brave. Il défit les François à la bataille des Eperons, en 1513, & prit Térouanne & Tournay. De retour en Angleterre, il marcha contre les Ecossois, & les vainquit à la bataille de Floden, où Jacques IV. leur roi fut tué.

Voluptueux, fougueux, capricieux, cruel, & sur-tout opiniâtre dans ses desirs, il ne laisse pas que d'avoir sa place entre les rois célebres, & par la révolution qu'il fit dans les esprits de ses peuples, & par la balance que l'Angleterre apprit sous lui à tenir entre les souverains. Il prit pour devise un guerrier tendant son arc, avec ces mots, qui je défends est maître, devise que sa nation a rendu quelquefois véritable, sur-tout depuis son regne.

Amoureux d'Anne de Boulen, il se proposa de l'épouser, & de faire un divorce avec sa femme Catherine. Il sollicita par son argent les universités de l'Europe d'être favorables à son amour. Muni des approbations théologiques qu'il avoit achetées, pressé par sa maîtresse, lassé des subterfuges du pape, soutenu de son clergé, maître de son parlement, & de plus encouragé par François I. il fit casser son mariage, en 1533, par une sentence de Cranmer, archevêque de Cantorbery.

Le pape Clément VII. enorgueilli des prérogatives du saint siege, & fortement animé par Charles-Quint, s'avisa de fulminer contre Henri VIII. une bulle, par laquelle il perdit le royaume d'Angleterre. Henri se fit déclarer par son clergé chef suprême de l'église angloise. Le parlement lui confirma ce titre, & abolit toute l'autorité du pape, ses annates, son denier de saint Pierre, & les provisions de bénéfices. La volonté d'Henri VIII. fit toutes les loix, & Londres fut tranquille, tant ce prince terrible trouva l'art de se rendre absolu. Tyran dans le gouvernement, dans la religion, & dans sa famille, il mourut tranquillement dans son lit, en 1547, à 57 ans, après en avoir regné 37.

On vit dans sa derniere maladie, dit M. de Voltaire, un effet singulier du pouvoir qu'ont les loix en Angleterre, jusqu'à ce qu'elles soient abrogées ; & combien on s'est tenu dans tous les tems à la lettre plutôt qu'à l'esprit de ces loix. Personne n'osoit avertir Henri de sa fin prochaine, parce qu'il avoit fait statuer, quelques années auparavant par le parlement, que c'étoit un crime de haute - trahison de prédire la mort du souverain. Cette loi, aussi cruelle qu'inepte, ne pouvoit être fondée sur les troubles que la succession entraîneroit, puisque cette succession étoit réglée en faveur du prince Edouard : elle n'étoit que le fruit de la tyrannie de Henri VIII. de sa crainte de la mort, & de l'opinion où les peuples étoient encore, qu'il y a un art de connoître l'avenir.

La grosseur des doigts de ce prince étoit devenue si considérable, quelque tems avant son décès, qu'il ne put signer l'arrêt de mort contre le duc de Norsolck ; par bonheur pour ce duc, le roi mourut la nuit qui précéda le jour qu'il devoit avoir la tête tranchée ; & le conseil ne jugea pas à-propos de procéder à l'exécution d'un des plus grands seigneurs du royaume.

Henri VIII. avoit eu six femmes ; Catherine d'Aragon, répudiée ; Anne de Boulen, décapitée ; Jeanne Seymour, morte en couches ; Anne de Clèves, répudiée, Catherine Howard, décapitée ; & Catherine Pare, qui épousa Thomas Seymour, grand-amiral. François I. lui fit faire un service à Notre Dame, suivant l'usage, dit M. de Thou, établi par les rois, quoi qu'il fût mort séparé de l'église.

Je trouve qu'il s'est passé sous le regne d'Henri VIII. plusieurs événemens qui méritoient d'entrer dans l'histoire de M. Rapin : j'en citerai quelques-uns pour exemples.

En 1527, le roi étant à la chasse de l'oiseau, & voulant sauter un fossé avec une perche, tomba sur la tête, & si un de ses valets - de - pié, nommé Edmond Moody, n'étoit accouru, & ne lui avoit pas levé la tête qui tenoit ferme dans l'argile, il y auroit étouffé.

La 24e année du regne de ce prince, on bâtit son palais de Saint-James. Dans la 25e, on institua la présidence pour le gouvernement du nord d'Angleterre. Dans la 28e, le pays de Galles, qui avoit été province de la nation angloise, devint un membre de la monarchie, & fut soumis aux mêmes loix fondamentales.

L'an 30 de ce regne, l'invention de jetter en fonte des tuyaux de plomb pour la conduite des eaux, fut trouvée par Robert Brook, un des aumôniers du roi ; Robert Cooper, orfevre, en fit les instrumens, & mit cette invention en pratique. L'an 25 du même regne, les premieres pieces de fer fondu qu'on ait jamais fait en Angleterre, furent faites à Backstead, dans le comté de Sussex, par Rodolphe Paye, & Pierre Baude.

Sur la fin de ce regne, on supprima les lieux publics de débauches, qui avoient été permis par l'état. C'étoit un rang entier de maisons tout le long de la Tamise, au fauxbourg de Southwarck, au nombre de seize, distinguées par des enseignes. Sous le regne de Henri II. on avoit fait au sujet de ces maisons divers réglemens de police, qu'on peut voir dans la description de Londres par Stow. Cambden croit qu'on nommoit ces maisons stews, à cause des viviers qui en étoient proche, où l'on nourrissoit des brochets & des tanches.

Le corps de Henri VIII. est enseveli à Windsor, sous un tombeau magnifique de cuivre doré, mais qui n'est pas encore fini.

Charles I. (dit M. Hume, dont je vais emprunter le pinceau), étoit de belle figure, d'une physionomie douce, mais mélancolique. Il avoit le teint beau, le corps sain, bien proportionné, & la taille de grandeur moyenne. Il étoit capable de supporter la fatigue, excelloit à monter à cheval, & dans tous les autres exercices. On convient qu'il étoit mari tendre, pere indulgent, maître facile, en un mot, digne d'amour & de respect. A ces qualités domestiques, il en joignoit d'autres qui auroient fait honneur à tout particulier. Il avoit reçu de la nature du goût pour les beaux arts, & celui de la peinture faisoit sa passion favorite.

Son caractere, comme celui de la plûpart des hommes, étoit mêlé ; mais ses vertus l'emportoient sur ses vices, ou pour mieux dire sur ses imperfections ; car parmi ses fautes, on en trouveroit peu qui méritassent justement le nom de vice.

Ceux qui l'envisagent en qualité de monarque, & sous le point de vue le plus favorable, assurent que sa dignité étoit sans orgueil, sa douceur sans foiblesse, sa bravoure sans témérité, sa tempérance sans austérité, son économie sans avarice. Ceux qui veulent lui rendre une justice plus sévere, prétendent que plusieurs de ses bonnes qualités étoient accompagnées de quelque défaut, qui leur faisoit perdre toute la force naturelle de leur influence. Son inclination bienfaisante étoit obscurcie par des manieres peu gracieuses ; sa piété avoit une bonne teinture de superstition. Il déféroit trop aux personnes de médiocre capacité, & sa modération le garantissoit rarement des résolutions brusques & précipitées. Il ne savoit ni céder aux emportemens d'une assemblée populaire, ni les réprimer à-propos ; la souplesse & l'habileté lui manquoient pour l'un, & la vigueur pour l'autre.

Malheureusement son sort le mit sur le trône dans un tems où les exemples de plusieurs regnes favorisoient le pouvoir arbitraire, & où le cours du génie de la nation tendoit violemment à la liberté. Dans un autre siecle, ce monarque auroit été sûr d'un regne tranquille ; mais les hautes idées de son pouvoir dans lesquelles il avoit été nourri, le rendirent incapable d'une soumission prudente à cet esprit de liberté qui prévaloit si fortement parmi ses sujets. Sa politique ne fut pas soutenue de la vigueur & de la prévoyance nécessaires pour maintenir sa prérogative au point où il l'avoit élevée. Enfin, exposé sans cesse aux assauts d'une multitude de factions furieuses, implacables, fanatiques, ses méprises & ses fautes eurent les plus fatales conséquences. Trop rigoureuse situation, même pour le plus haut degré de la capacité humaine !

Les partis qui divisoient le royaume étoient des convulsions générales de tous les esprits, une ardeur violente & réfléchie de changer la constitution de l'état, un dessein mal conçu dans les royalistes d'établir le pouvoir despotique, fureur de la liberté dans la chambre des communes, le desir dans les évêques d'écarter le parti calviniste des Puritains, le projet formé chez les Puritains d'humilier les évêques, & enfin le plan suivi & caché des indépendans, qui consistoit à se servir des défauts de tous les autres, pour devenir leurs maîtres.

Au milieu de cette anarchie, les catholiques d'Irlande massacrent quarante mille protestans de leur île, & Charles I. écouta le fatal conseil de soutenir sa puissance par un coup d'autorité. Il quitte Londres, se rend à Yorck, rassemble ses forces, & s'arrêtant près de Nottingham, il y éleve l'étendart royal, signe ouvert de la guerre civile dans toute la nation.

On donne batailles sur batailles, d'abord favorables au prince, enfin malheureuses & désastreuses. Après avoir reçu dans son armée ces odieux irlandois teints du sang de leurs compatriotes, & taillés en pieces par le lord Fairfax à la bataille de Naseby qui suivit la victoire de Marston, il ne resta plus au monarque que la douleur d'avoir donné à ses sujets le prétexte de l'accuser d'être complice de l'horrible massacre commis par les mêmes irlandois le 22 Octobre 1641.

Charles marcha d'infortunes en infortunes ; il crut trouver sa sûreté dans l'armée écossoise, & se jetta entre ses mains ; mais les Ecossois le vendirent, & le livrerent aux commissaires anglois ; il s'échappa de leur garde, & se sauva dans l'île de Wight, où il fut enlevé & transféré au château de Hulst. Sa mort étant résolue, Cromwel, Ireton & Harrison établirent une cour de justice, dont ils furent les principaux acteurs, avec quelques membres de la chambre-basse & quelques bourgeois de Londres. On traduisit trois fois le monarque devant cette cour illégale, & il refusa autant de fois d'en reconnoître la jurisdiction. Enfin le 10 Février 1649, sa tête fut tranchée d'un seul coup dans la place de Wittehall. Un homme masqué fit l'office d'exécuteur, & le corps fut déposé dans la chapelle de Windsor.

La mort tragique de ce monarque a fait mettre en question, s'il se trouve des cas où le peuple ait droit de punir son souverain. Il est du-moins certain que ceux qui donnent le plus de carriere à leurs idées, pourroient douter, si dans un monarque la nature humaine est capable d'un assez haut degré de dépravation, pour justifier dans des sujets révoltés, ce dernier acte de jurisdiction. L'illusion, si c'en est une, qui nous inspire un respect sacré pour la personne des princes, est si salutaire, que la détruire par le procès d'un souverain, ce seroit causer plus de mal au peuple qu'on ne peut espérer d'effet sur les princes, d'un exemple de justice qu'on croiroit capable de les arrêter dans la carriere de la tyrannie.

Je sai qu'on cite dans l'histoire de l'ancienne Rome l'exemple de Néron, que les Romains condamnerent comme l'ennemi public, sans aucune forme de procès, au châtiment le plus sévere & le plus ignominieux. Mais les crimes de cet odieux tyran étoient portés à un degré d'énormité, qui renverse toutes sortes de regles. Quand on passe ensuite de l'exemple de Néron à celui de Charles I. & que l'on considere la contrariété qui se trouve dans leurs caracteres, l'on ne plaint point l'un, & l'on est confondu que l'autre pût éprouver une si fatale catastrophe.

L'histoire, cette grande source de sagesse, fournit des exemples de tous les genres ; & tous les préceptes de la prudence, comme ceux de la morale, peuvent être autorisés par cette variété d'événemens, que son vaste miroir est capable de nous présenter.

De ces mémorables révolutions qui se sont passées dans un siecle si voisin du nôtre, les Anglois peuvent tirer naturellement la même leçon que Charles, dans ses dernieres années, en tira lui-même ; qu'il est très-dangereux pour leurs princes de s'attribuer plus d'autorité qu'il ne leur en est accordé par les loix. Mais les mêmes scènes fournissent à l'Angleterre une autre instruction, qui n'est pas moins naturelle, ni moins utile, sur la folie du peuple, les fureurs du fanatisme, & le danger des armées mercénaires. Je dis les fureurs du fanatisme, car il n'est pas impossible que le meurtre de Charles I. la plus atroce des actions de Cromwel, n'ait été déguisée à ses yeux sous une épaisse nuée d'illusions fanatiques, & qu'il n'ait regardé son crime sous l'aspect d'une action méritoire. (D.J.)


WINEDEN(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la Souabe, au duché de Wirtemberg, sur une petite riviere, avec un château fortifié, qui appartient au grand-maître de l'ordre teutonique.

Lyserus (Polycarpe), théologien de la confession d'Augsbourg, naquit à Wineden en 1552. Il fut un des principaux directeurs du livre de la concorde, & il exerça vigoureusement la charge de missionnaire, non-seulement pour le donner à signer à ceux qui étoient dans les emplois, mais pour opérer la réunion des calvinistes & des luthériens que négocioient les agens du roi de Navarre. Il devint ministre de cour à Dresde l'an 1594, & y mourut en 1601 pere de treize enfans. Il composa plusieurs livres latins de théologie qui n'existent plus aujourd'hui, non plus que ceux qu'on fit contre lui de toutes parts, à l'occasion des signatures de son formulaire. (D.J.)


WINFRIED'S-WELL(Géogr. mod.) c'est-à-dire fontaine de Winfride ; c'est une fontaine d'Angleterre, au pays de Galles, dans le comté de Flint, à l'occident de la ville de ce nom, & dans un petit bourg nommé Holy-Well, c'est-à-dire fontaine sacrée, ainsi dite en consequence de la fontaine de Winfride. On raconte qu'anciennement un tyran du pays ayant violé & ensuite égorgé une sainte fille, appellée Winfride, la terre poussa dans le même endroit la fontaine dont nous parlons ; comme il se trouve au fond de cette fontaine de petites pierres semées de taches rouges, la tradition superstitieuse du pays fait passer ces taches pour des gouttes du sang de sainte Winfride qui ne s'effaceront jamais. On a bâti une petite église sur cette fontaine, & l'on a peint dans les fenêtres de cette église la mort tragique de la sainte ; mais le savant évêque d'Ely, Guillaume Fleetwood, étant encore évêque de S. Asaph, a détrompé le public sur l'histoire de sainte Winfride, en publiant en 1713 la légende de cette sainte, avec des observations qui démontrent la fausseté de cette légende. La reine Marie d'Est, femme du roi Jacques II. est la derniere personne de haut rang qui ait été en pélérinage à Winfried's-Well. (D.J.)


WINGURLA(Géog. mod.) ville des Indes orientales, au royaume de Visapour, sur le bord de la mer, près & au nord de Goa. Les Hollandois y ont une loge.


WINNICZA(Géogr. mod.) ville de Pologne, dans la Podolie, capitale du Palatinat de Braclaw, sur la rive du Bog, à 12 lieues de Braclaw. C'est le siege d'un tribunal de justice, & le lieu de l'assemblée de la noblesse. Long. 46. latit. 49. 27.


WINSCHOTE(Géogr. mod.) petite ville des Pays-bas, dans la seigneurie de Groningue, à cinq lieues de la ville de Groningue, & à une lieue du bras de mer, nommé Dollert. Le combat de Winschote en 1548 fut le premier qui se donna pour la liberté des Provinces-Unies, & ce combat fut heureux.


WINSHEIM(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, au cercle de Franconie, dans le marquisat d'Anspach, sur la riviere d'Aisch, à 10 lieues au nord-ouest de Nuremberg. Elle est impériale. Long 27. 56. latit. 49. 28.


WINTERTHOUR(Géogr. mod.) en latin Vintodurum ou Vitudorum, ville de Suisse, au canton de Zurich, sur la petite riviere d'Eulach, dans une plaine, à huit lieues au nord-est de Zurich. Elle est remarquable par son antiquité, par ses grands privileges, & par un bain d'eaux minérales. On a trouvé dans les environs de Winterthour des monumens d'antiquités romaines, & entr'autres des médailles des empereurs Domitien, Constance & Constantin. Long. 26. 31. latit. 47. 42. (D.J.)


WINWICK(Géog. mod.) lieu d'Angleterre, dans la province de Lancastre, sur la route de Londres à Lancastre, entre Warington & Wigan. Ce lieu est remarquable par son presbytere, l'un des plus riches du royaume. On lit dans l'église cette inscription en lettres gothiques à l'honneur du roi Oswald :

Hic locus, Oswalde, quondam placuit tibi valdè,

Northam Humbrorum fueras rex, nunc quoque polorum

Regna tenes, loco passus Marcelde vocato.

(D.J.)


WIPPER(Géog. mod.) nom commun à deux rivieres d'Allemagne ; l'une du landgraviat de Thuringe, prend sa source dans le comté de Mansfeld, & tombe dans la Sala ; l'autre a son origine dans le comté de la Marck, & se jette dans le Rhin par deux embouchures.


WIPPERFURD(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans le comté de Berg, sur le bord du Wipper qui lui a donné son nom.


WIRISKWALD(Géog. mod.) vaste forêt de l'empire russien, dans l'Esthonie, au quartier de Wirie, dont elle occupe une grande partie & dont elle prend le nom.


WIRLANou WIRIE, (Géog. mod.) quartier de l'empire russien, dans l'Esthonie. Il est baigné au nord par le golfe de Finlande. L'Alentakie le borne à l'orient ; il a la Jerwie au midi, & l'Harrie au couchant. La forêt de Wiriskwald occupe une grande partie du pays, sur la côte duquel on voit les îles de Wrango & de Ekolm. (D.J.)


WIRM(Géogr. mod) riviere d'Allemagne, dans l'électorat de Baviere. Elle sort du lac de Wirmsée, auquel elle sert d'émissaire pour porter ses eaux dans la riviere d'Amber.


WIROWITZA(Géog. mod.) petite ville de Hongrie, dans l'Esclavonie, sur une petite riviere qui se rend dans la Drave : elle est chef-lieu du comté de Verocz. Les Turcs la prirent en 1684, mais ils la restituerent à l'empereur en 1699 par le traité de Carlowitz. (D.J.)


WIRSUNGCANAL DE, (Anatomie) Wirsung Bavarois se rendit si célebre dans l'Anatomie, qu'il s'attira l'envie de ses collegues qui, jaloux des victoires qu'il remportoit tous les jours sur eux, le firent assassiner dans son cabinet par un italien. On prétend qu'il découvrit le premier en 1642 le conduit pancréatique qui s'étend tout le long du pancréas, & qui aboutit avec le conduit cholédoque dans le duodenum. Voyez PANCREAS.


WIRTEMBERGDUCHE DE, (Géog. mod.) duché souverain d'Allemagne, dans la Souabe. Voyez WURTEMBERG, Géog. mod.


WISBADEN(Géog. mod.) bourg d'Allemagne, dans la Wettéravie, à deux lieues de Mayence, près du monastere d'Erbach, & à six ou sept lieues de Francfort. Ce lieu a des eaux minérales connues des anciens sous le nom d'aquae mattiacae. (D.J.)


WISBICH(Géog. mod.) petite ville d'Angleterre, dans la province de Cambridge, au milieu des marais, non loin de la mer, avec un château. Elle appartient aux évêques d'Eli. En 1236 l'Océan enflé prodigieusement par un vent orageux, inonda pendant deux jours tout le pays, y fit un ravage incroyable, & renversa la ville de Wisbich ; ce ne fut que sur la fin du quinzieme siecle que Jean Morton, évêque d'Eli, releva le château, & le bâtit de briques. (D.J.)


WISBY(Géog. mod.) en latin du moyen âge Visbia, Visburgum ; ville de Suéde, dans l'île de Gothland, sur sa côte occidentale. Cette ville autrefois grande & riche, n'est presque plus qu'une bourgade murée, bastionnée, & défendue par un château bâti près du port, où réside le gouverneur. On prétend que les habitans de Wisbi ont dressé dans le nord les premieres cartes marines, & qu'ils ont établi les premiers, d'après Oleron, des réglemens pour le commerce & pour la navigation. Long. 36. 52. latit. 57. 38. (D.J.)


WISCHAW(Géog. mod.) petite ville, & maintenant chétive bourgade d'Allemagne, dans la Moravie, au cercle de Briun. (D.J.)


WISK(Jeux de cartes) Voyez WHISK.


WISKOW(Géog. mod.) petite ville de Pologne, dans la Mazovie, sur la gauche du Bog, à 10 lieues vers le nord de Warsovie.


WISLOou WISLOC, (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans le palatinat du Rhin, au Craihgow, à 2 lieues au midi d'Heidelberg, entre cette ville & Sintzen. Les François la réduisirent en cendres en 1689, & elle ne s'est pas rétablie depuis. Long. 27. 24. lat. 49. 14.


WISLOKELA, (Géog. mod.) riviere de la petite Pologne. Elle est aux confins du palatinat de Cracovie, vers les frontieres de la Hongrie, & se jette dans la Vistule, un peu au-dessus de Mielecz.


WISMAR(Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans le cercle de la basse-Saxe, au duché de Meckelbourg, dont elle est capitale. Wismar étoit déja un grand village dans le dixieme siecle ; ce village devint ville, & une ville considérable, qui dans le treizieme siecle fut mise au rang des villes anséatiques. Les flottes de ces villes s'assembloient dans le port de Wismar. Le duc Adolphe Fréderic s'empara de Wismar en 1632, avec le secours des Suédois qui y tinrent garnison, & on leur en fit la cession par le traité de Westphalie. Elle fut bombardée en 1711 par le roi de Danemarck ; en 1715 les alliés du nord l'assiégerent, la prirent, & en démolirent les fortifications. Enfin, elle a été rendue à la Suéde en 1721 par la paix du nord, mais toute ouverte, & à condition qu'on n'en releveroit pas les fortifications. Cette ville est située au fond d'un golfe que forme la mer Baltique, à 7 milles de Lubeck, 23 nord-est de Lunebourg, 28 ouest par sud de Stralsund, & 4 de Schwerin. Long. 29. 32. lat. 53. 56.

Morhof (Daniel George) savant littérateur, naquit à Wismar l'an 1639, & mourut à Lubeck en 1691, à cinquante - trois ans. Vous trouverez son article dans les mémoires du pere Niceron, tom. II. Je dirai seulement que Morhof a mis au jour un ouvrage fort estimé, & avec raison. Il est intitulé : Polyhistor, sive de notitiâ auctorum, & rerum ; Lubeck 1708, in -4°. La meilleure édition de cet ouvrage, est celle de la même ville en 1732, en 2 vol. in -4°. (D.J.)


WISTL'ILE, (Géog. mod.) île de la mer d'Ecosse, & l'une des hébrides. Elle a 36 milles de longueur, & 5 ou 6 de largeur ; elle est toute entrecoupée de lacs & de golfes, & cependant elle est assez peuplée pour avoir cinq paroisses.


WISTOCK(Géog. mod.) bourgade d'Allemagne, dans l'électorat de Brandebourg, au comté de Prug, sur la riviere Dorsa. Ce lieu est connu dans l'histoire par la victoire que Banier, général des Suédois, y remporta sur les Danois en 1636.

Acidalius (Valens) y naquit en 1566, & mourut en 1595, à l'âge de vingt-huit ans, ayant déja donné des preuves de son érudition par un savant commentaire sur Quinte-Curce ; par des notes sur Tacite, sur Velleius Paterculus ; par ses divinations sur Plaute, & par des poésies. On lui a faussement attribué un petit livre qui fut imprimé l'an 1595, & dont le sujet étoit que les femmes ne sont pas des animaux raisonnables, mulieres non esse homines. Baillet a mis Acidalius parmi ses enfans célebres, & il a eu raison. Lipse en faisoit grand cas, & écrivoit à Monavius : Ipse Valens (non te fallam augur) gemmula erit germaniae vestrae, vivat modo. Acidalius prit le doctorat en Médecine ad honores, car il n'eut jamais envie de pratiquer. Il n'y avoit que les maladies des manuscrits qu'il se proposoit de guérir. (D.J.)


WITEPSK(Géog. mod.) palatinat du grand duché de Lithuanie ; il est borné au nord & au levant, par la Russie ; au midi, par les palatinats de Minski & de Mscislaw ; au couchant, par ceux de Poloczk & de Wilna. C'est un pays stérile, & dont les habitans sont misérables. Witepsk est la capitale.

WITEPSK, (Géog. mod.) ville du grand duché de Lithuanie, capitale du palatinat du même nom, sur la Dwina, au milieu des marais, à 18 lieues au nord-est de Poloczk, avec un fort château. Long. 48. 55. latit. 55. 57.


WITHAM(Géog. mod.) riviere d'Angleterre, dans Lincolnshire. Elle prend sa source au nord-ouest de Stanford, vers les frontieres de Leicester, & se perd dans l'Océan, près de Boston, en roulant ses eaux à-travers des marais.


WITLEou WITLEY-CASTLE, (Géog. mod.) bourgade d'Angleterre, dans le comté de Northumberland, aux confins du comté de Durham, près de la source de l'Alow. Halley prend ce lieu pour l'ancienne Alauna ou Alone, & Cambden dit qu'Alauna est Allaway.


WITLICH(Géog. mod.) en latin du moyen âge Vitelliacum, petite ville d'Allemagne, au cercle du bas-Rhin, dans le diocèse de Trèves, sur le Léser.


WITNEY(Géog. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans Oxfordshire, sur la riviere de Windruch. Ce bourg est fameux par ses manufactures de couvertures de lit, par son école & par sa bibliothéque.


WITTÉNA-GÉMOTS. m. (Hist. d'Angl.) c'étoit le parlement des anciens Saxons, selon Guillaume de Malmesbury, & le savant Cambden. Le Witténa-gémot étoit l'assemblée générale du sénat & du peuple. Le chevalier Henri Spelman l'appelle le conseil général du clergé & du peuple, commune concilium tam cleri quam populi. C'étoit dans cette assemblée, que résidoit la souveraine autorité de faire, d'abroger, d'interpréter les loix, & généralement de régler tout ce qui avoit rapport à la sureté & au bien de l'état. Dans le Witténa-gémot qui se tint à Calcuth ; il fut ordonné par l'archevêque, les évêques, les abbés, les ducs, du pays & populo terrae, que les rois seroient élûs par les prêtres & les anciens du peuple : ut reges à sacerdotibus, & senioribus populi eligantur ; ce fut par eux, que Offa, Ina, & autres furent déclarés rois. Alfred reconnoît dans son testament, qu'il tient d'eux la couronne, quam, dit-il, Deus & principes cum senioribus populi, misericorditer & benigne dederant. Edgar fut élû par le peuple, ensuite déposé, & finalement rétabli dans l'assemblée générale de toute la nation, qu'on nommoit le Witténa-gémot. (D.J.)


WITTENBERG(Géog. mod.) ville d'Allemagne dans le cercle de la haute Saxe, capitale du duché de Saxe, sur la droite de l'Elbe qu'on passe sur un pont, à 16 lieues au midi de Brandebourg, & à 20 au nord-ouest de Dresde. L'électeur Frédéric III. y fit bâtir un château, & y fonda une université en 1502. Le luthéranisme y prit naissance en 1517. Quelques-uns croyent que Wittenberg est la Leucorea ou Caldesia des anciens, mais d'autres prétendent que Witchind en a été le fondateur. Long. suivant Cassini & Sickardus, 30. 31'. 30''. latit. 51. 48'. 30''.

Je connois encore deux médecins nés à Wittenberg, Nymannus (Grégoire), & Vater (Abraham).

Nymannus est auteur d'un bon traité latin sur l'apoplexie, imprimé Wittebergae 1629 & 1670 in-4°. & d'une curieuse dissertation sur la vie du foetus, dans laquelle il prouve qu'un enfant vit dans le sein de sa mere par sa propre vie, & que la mere venant à mourir, on peut le tirer souvent de son sein encore vivant & sans l'offenser. Cette dissertation a paru Wittebergae 1628, Lugd. Batav. 1644, & 1664 in-12. Nymannus est mort en 1638, à 45 ans.

Vater (Abraham), médecin curieux, voyagea pour acquérir des lumieres dans son art, & profita beaucoup de celles du fameux Ruysch. Après avoir été son éleve, il devint son émule dans l'art des injections & des préparations anatomiques, dont il composa un cabinet splendide : il en a publié lui même le catalogue sous ce titre : Abrahami Vateri, musaeum anatomicum proprium, cum praefatione Laurentii Heisteri. Helmstad, in-4°. avec fig.

Il a découvert de nouveaux conduits salivaires, & a publié quelques autres observations dans les transact. philos. Il mourut en 1751, âgé de près de 67 ans. Voyez la nouv. bibl. germ. tom. XII. (D.J.)

WITTEMBERG, (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans l'électorat de Brandebourg sur la droite de l'Elbe, au comté de Prégnitz.


WITTENSÉE(Géogr. mod.) lac de Danemarck dans le Sud Jutland, ou duché de Sleswick, dans la préfecture de Gottorp, assez près de l'Eyder, dans lequel il se décharge par le moyen d'un émissaire. Ce lac peut avoir un mille de longueur, & trois ou quatre milles de largeur, avec une bourgade de son nom bâtie sur ses bords. (D.J.)


WITTOW(Géog. mod.) presqu'île d'Allemagne, dans la partie septentrionale de l'île de Rugen. Le bourg de Wick est le seul lieu qu'on y trouve.


WITZEHAUSEN(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans le landgraviat de Hesse-Cassel, capitale d'un quartier de même nom, sur la riviere gauche du Weser, entre Munden & Allendord. Long. 27. 8. latit. 51. 16.


WIZAGNE(Géog. mod.) par les Allemands Soltzenburg, petite ville de la Transylvanie au comté & au nord de la ville de Ceben, entre cette ville & Medgies : il y a des mines de sel.


WIZNA(Géog. mod.) petite ville de Pologne dans la partie orientale du palatinat de Mazovie, sur la droite de Narew, entre Tykoczin & Lomza.


WLADISLAWou WROICZLAWEK, ou INOWLADISLOW, (Géog. mod.) ville de la grande Pologne, sur la Vistule, entre Dobzin & Thorn. C'est la résidence de l'Evêque de Cujavie, & la capitale de la Cujavie, avec une forteresse. Long. 37. 16. latit. 52. 36.


WLODZIMIERS(Géog. mod.) ville de la petite Pologne dans la Wolhinie, sur le ruisseau de Lug, près de son confluent avec le bourg, à 25 lieues au nord-est de Limbourg, avec un château : dès le commencement du onzieme siecle, cette ville étoit déja fortifiée ; cependant elle fut prise l'an 1073 par Boleslas, onzieme roi de Pologne. Long. 42. 55. latit. 50. 46. (D.J.)


WOBURN(Géogr. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans Bedford-Shire. Ce bourg est renommé dans le pays pour sa terre à foulon.


WOCHSTADou WAGSTAD, (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne au duché de Silésie, dans la principauté de Troppaw, avec un château.


WODEN(Idolat. Saxonne) l'un des dieux des anciens Saxons ; il étoit regardé comme le dieu de la guerre, parce que sous sa conduite, les premiers Saxons firent de grandes conquêtes. Le quatrieme jour de la semaine que nous nommons mercredi, lui étoit consacré, comme il appert du mot saxon Wodensdeag, ou Wodnesdeag, qui a passé dans les langues angloise & flamande, sous le mot de Wednesday dans la premiere, & sous celui de Woensdag dans l'autre. Friga, femme de Woden, fut aussi révérée comme une déesse par les mêmes Saxons : le sixieme jour de la semaine, le vendredi, lui étoit dédié, car il portoit le nom de Frigedeag, en anglois Friday, & en flamand Vrydog. (D.J.)


WOGULITZIou WOGULTZOI, ou WOGULITZES, (Géog. mod.) peuples païens de Sibérie. Ils habitent aux environs de la riviere de Tura, depuis les montagnes qui séparent la Russie de la Sibérie, jusqu'à la riviere d'Irtis, en tirant du côté de Samaroff. Ils sont sujets de la Russie, & lui paient leurs contributions en pelleteries. (D.J.)


WOLAW(Géog. mod.) ville d'Allemagne dans la Silésie, capitale de la principauté de même nom. Elle a été bâtie dans des marais, à quelque distance de l'Oder, à 12 lieues au sud-est de Glogaw. Long. 34. 23. latit. 51. 25.

WOLAW, principauté de, (Géogr. mod.) la principauté de Wolaw est bornée au nord par celle de Glogaw, au midi par celle de Breslaw, au levant par celle d'Olisse, & au couchant par celle de Lignitz. Elle est traversée par l'Oder du midi au nord : sa capitale lui donne le nom. (D.J.)


WOLBECK(Géog. mod.) contrée d'Allemagne dans la Westphalie, au diocèse de Munster. La capitale de ce pays est Munster.


WOLCOWAR(Géog. mod.) ville du royaume de Hongrie dans l'Esclavonie, sur le Walpo, près du lieu où cette riviere se jette dans le Danube, entre la ville d'Essek & celle du petit-Varadin. Quelques-uns prennent cette ville pour l'ancienne Valcum : c'est la même que Walpo, & il n'en faut pas faire deux articles différens. Voyez WALPO. (D.J.)


WOLFFENBUTTEL(Géog. mod.) ville d'Allemagne dans le cercle de la basse Saxe, au duché de Brunswick, sur l'Ocker, dans la principauté de même nom, à 10 lieues au levant de Hildesheim. Il y a un château où réside le prince de Brunswick-Wolffenbuttel ; mais ce qui vaut mieux que le château, c'est la belle bibliotheque qui s'y trouve. Long. suivant Harris, 28. 31. 15''. latit. 52. 11. (D.J.)

VOLFFENBUTTEL, principauté de, (Géog. mod.) cette principauté confine avec les duchés de Lunebourg & de Magdebourg, les principautés de Halberstadt, de Grubenhagen & de Calenberg, & l'évêché de Hildesheim. Les principales villes de la principauté de Wolffenbuttel, sont Brunswick, Wolffenbuttel, Helmstadt, &c.


WOLFRAMS. m. (Hist. nat.) spumalupi, mine de fer arsenicale & difficile à fondre. V. SPUMALUPI.


WOLFSBERG(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans la basse - Carinthie, sur la riviere de Lavand : elle appartient à l'évêque de Bamberg, & elle a pris son nom de la montagne remplie de loups, au pié de laquelle elle est située. (D.J.)


WOLGALE, (Géog. mod.) riviere de l'empire Russien, & l'une des plus grandes rivieres de l'univers. Elle est appellée Attel par les Tartares, & elle tire sa source du lac de Wronow, à une petite distance de la ville de Rzeva-Vslodimerskoi en Russie, vers les frontieres de la Lithuanie, à 56 d. 15'. de latitude.

Après un cours de deux lieues, elle passe par le lac de Wolgo, & en sortant de-là, elle commence à prendre le nom de Wolga. Auprès de la ville de Twer, qui est environ à 20 lieues de sa source, elle porte déja de grands bateaux de charge. Cette riviere traverse presque toute la Russie, depuis Twer jusqu'à la ville de Niesna, où la riviere d'Occa, qui est une autre riviere considérable, vient s'y jetter du sud-ouest.

Son cours est à-peu-près de l'ouest à l'est, depuis Niesna jusqu'à soixante werstes au - delà de la ville de Casan, où la riviere de Kama vient s'y jetter du nord ; son cours est ici sud-est ; de-là elle tourne tout-à-fait au sud, & va se dégorger après un cours de plus de quatre cent lieues d'Allemagne, dans la mer Caspienne, à douze lieues de l'autre côté de la ville d'Astracan, à 45 d. 40'. de latitude.

Cette riviere fourmille de toutes sortes de poissons, & surtout de saumons, d'esturgeons & de brochets d'une grandeur extraordinaire & d'un goût exquis ; ses bords sont partout également fertiles, ce qui est quelque chose d'étonnant, vu la longueur de son cours, & la rigueur du climat des provinces qu'elle parcourt en deçà de la ville de Casan, & quoiqu'au sud de cette ville, les bords du Wolga ne soient pas trop cultivés à cause des fréquentes courses des Tartares Koubans ; ils ne laissent pas d'être d'une fertilité si extraordinaire, que les asperges y croissent d'elles-mêmes, & d'une grosseur toute particuliere ; sans parler de quantité d'autres herbes potageres que la nature seule y produit abondamment. (D.J.)


WOLGAST(Géog. mod.) ville d'Allemagne dans les états de Suede, au duché de Poméranie, à 5 milles de la mer Baltique sur le bord occidental de la troisieme branche de l'Oder, qui prend le nom de Pfin, à 12 lieues au sud-est de Stralsund, & à 20 au nord - ouest de Stetin. Elle a un des meilleurs ports de la mer Baltique, avec un château pour défense. L'électeur de Brandebourg prit cette ville en 1675, mais elle revint aux Suédois en 1679. Long. 31. 43. latit. 54. 6. (D.J.)


WOLGDA(Géog. mod.) riviere de l'empire Russien. Elle prend sa source auprès du grand Novogorod, dans le lac d'Ilmen, & se rend dans celui de Ladoga. Cette riviere est de la largeur de l'Elbe, mais son cours est un peu plus lent.


WOLKACK(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans la Franconie, sur la gauche du Mein, dans l'évêché de Bamberg, au nord-est de Wurtzbourg.


WOLKOWALA, ou WOLCHOWA, (Géog. mod.) riviere de l'empire Russien, dans le duché de Novogorod : elle sort du lac Ilmen, & va se rendre dans le lac de Ladoga.


WOLLIN(Géog. mod.) ville des états de Suede en Allemagne, au duché de Poméranie, dans la seigneurie de Wolgast. Elle est située à 4 lieues au sud-ouest de Casmin, dans une île formée par deux embouchures de l'Oder ; savoir, la plus orientale appellée le Diwenow, & celle du milieu appellée la Swine. La commodité de son port y attiroit autrefois un bon commerce, qui a été depuis transféré à Lubeck. Long. 32. 30. latit. 53. 56.

Bugenhagen (Jean), fameux théologien luthérien, naquit à Wollin en 1485, & mourut en 1558, à 73 ans. On a de lui des commentaires sur les pseaumes, & des annotations sur Job, Jérémie, Jonas, Samuel & le Deutéronome, & sur toutes les épîtres de S. Paul. Il aida à Luther à traduire la bible en allemand, & il traitoit ses amis tous les ans à pareil jour que l'ouvrage avoit été achevé, appellant cet anniversaire la fête de la version de la bible. (D.J.)


WOLMAR(Géog. mod.) petite ville de l'empire Russien dans la Livonie, au pays de Lettie, sur le Tréiden. Elle a été bâtie toute en bois après avoir été ruinée par les Moscovites & les Polonois. Fructus belli ! Long. 42. 28. latit. 50. 30. (D.J.)


WOLODIMER(Géog. mod.) province de l'empire Russien, avec titre de duché ; elle est bornée au nord par le Wolga, au midi par le duché de Moscou, au levant par la seigneurie de la basse Novogorod, & au couchant par le duché de Susdal. C'est une contrée dépeuplée, couverte de forêts, & baignée de marais. La riviere de Clesma la traverse. Wolodimer est sa capitale, & pour mieux dire, la seule ville de cette province.

WOLODIMER, (Géog. mod.) ville de l'empire Russien, capitale du duché de même nom, proche la riviere de Clesma-Reca, sur une montagne, à cent cinquante werstes au nord de Moscou. Elle fut fondée dans le commencement du dixieme siecle, & a été la résidence des ducs de Moscovie. Long. 60. 38. latit. 55. 44. (D.J.)


WOLOGDA(Géog. mod.) province de l'empire Russien. Elle est bornée au nord par celle de Kargapol, au midi par celle de Susdale, au levant par celle d'Ostioug, & au couchant par celle de Biélozéro. Toute la province n'offre qu'une seule ville de même nom, des eaux croupissantes, & des forêts impénétrables. Tout y est désert. (D.J.)

WOLOGDA, (Géog. mod.) ville de l'empire Russien, capitale de la province de même nom, sur la riviere de Wologda, à cent lieues de Moscou. On y compte trois ou quatre églises bâties en pierres, ornées de dômes couverts de fer blanc. Son archevêque est des plus anciens de la Moscovie. Long. 59. 22. lat. 59. 10. (D.J.)


WOLOSSEZS. m. (Hist. nat. Médecine) maladie singuliere, assez connue en Sibérie. Elle se manifeste par un abscès, dans lequel le pus ou la matiere se change comme en un peloton de cheveux. M. Gmelin dit avoir vu des personnes qui l'ont assuré qu'il leur étoit sorti comme des flocons de cheveux de ces abscès. Il présume que cette maladie & ces abscès viennent de petits vers aussi fins que des cheveux, d'un blanc sale, & qui ont sur le dos une raie brune, dont la bouche est conformée comme celle des sangsues ; les eaux de ce pays sont remplies de ces sortes de vers, qui quand on va se baigner, s'insinuent entre cuir & chair, & s'y multiplient à la fin considérablement. Le remede que les gens du pays employent contre cette maladie, est de faire baigner le malade dans la lessive chaude, dans laquelle on a mis de l'anserine, (anserina.) Gmelin, voyage de Sibérie.


WOLSTROPE(Géog. mod.) bourg d'Angleterre, dans le comté de Lincoln, où naquit Isaac Newton, le jour de noël, v. s. de l'an 1642.

C'est dans cet homme merveilleux, que l'Angleterre peut se glorifier, d'avoir produit le plus grand & le plus rare génie, qui ait jamais existé pour l'ornement & l'instruction de l'espece humaine. Attentif à n'admettre aucun principe qui n'eût l'expérience pour fondement, mais résolu d'admettre tous ceux qui porteroient ce caractere, tout nouveaux, tout extraordinaires qu'ils fussent ; si modeste qu'ignorant sa supériorité sur le reste des hommes, il en étoit moins soigneux de proportionner ses raisonnemens à la portée commune ; cherchant plus à mériter un grand nom qu'à l'acquérir ; toutes ces raisons le firent demeurer longtems inconnu ; mais sa réputation à la fin se répandit avec un éclat, qu'aucun écrivain pendant le cours de sa propre vie, n'avoit encore obtenu.

Il leva le voile qui cachoit les plus grands mysteres de la nature. Il découvrit la force qui retient les planetes dans leurs orbites. Il enseigna tout ensemble à distinguer les causes de leurs mouvemens, & à les calculer avec une exactitude qu'on n'auroit pu exiger que du travail de plusieurs siecles. Créateur d'une optique toute nouvelle & toute vraie, il fit connoître la lumiere aux hommes, en la décomposant. Enfin il apprit aux physiciens, que leur science devoit être uniquement soumise aux expériences & à la géométrie.

Il fut reçu en 1660 dans l'université de Cambridge à l'âge de 18 ans. Etant dans sa vingt & unieme année, il acheta (comme il paroît par les comptes de sa dépense) les Miscellanea de Schooten, & la géométrie de Descartes qu'il avoit lue il y avoit déja plus de 6 mois, conjointement avec la clavis d'Ougthred. Il acquit dans le même tems les oeuvres du docteur Wallis. En lisant ces derniers ouvrages, il y faisoit ses remarques, & poussoit ses découvertes sur les matieres qui y étoient traitées ; car c'étoit sa maniere d'étudier. C'est par le moyen des remarques que fit ainsi ce beau génie, & de quelques autres papiers originaux, dont quelques-uns sont datés, qu'il est aisé de désigner en quelque façon, par quels degrés il inventa la méthode des suites ou fluxions ; c'est ce qui paroîtra par les observations suivantes du savant M. Guillaume Jones, membre de la société royale, qui a eu ces papiers de M. Newton entre les mains.

En 1655, Wallis publia son arithmetica infinitorum, dans laquelle il quarra une suite de courbes, dont les ordonnées étoient 1. |1|2. |3. |4, &c. & il démontra que si l'on pouvoit interpoler au milieu les suites de leurs aires, l'interpolation donneroit la quadrature du cercle. En lisant cet ouvrage pendant l'hiver des années 1664 & 1665, M. Newton examina comment on pourroit interpoler les suites des aires ; & il trouva que l'aire du secteur circulaire, élevé sur l'arc dont le sinus est x & le rayon l'unité, peut être exprimée par cette suite x - 1/6 X 3 - 1/40 X. 5 - 1/152 X 9, &c. & de - là il déduisit bien - tôt la suite X + 1/6 X 3. + 5/112 X 7. + 35/1152 X 9, &c. pour la longueur de l'arc, dont le sinus est X, par cette seule raison, que cet arc est en même proportion avec son secteur, que tout le quart avec un arc de 90 degrés.

Dans le même tems, & par la même méthode, il découvrit que la suite X - 1/2 X 2 + 1/3 X 3 - 1/4 X 4 + 1/5 X 5 - 1/6 X 6, &c. est l'aire hyperbolique, dans l'hyperbole rectangulaire, interceptée entre la courbe, son asymptote & deux ordonnées, dont le diametre est X, & que cet aire est parallele à l'autre asymptote.

Durant l'été de l'année 1665, la peste l'ayant obligé de quitter Cambridge, il se retira à Boothby, dans la province de Lincoln, où il calcula l'aire de l'hyperbole par cette suite, jusqu'à cinquante - deux figures. Dans le même tems, il trouva moyen d'énoncer tout différemment, & d'une maniere plus générale la cinquante - neuvieme proposition que Wallis n'avoit démontrée que par degrés, en réduisant tous les cas en un, par une puissance dont l'exposant est indéfini. Voici de quelle maniere.

Si l'abscisse d'une figure courbe quelconque, est appellée X, que m & n représentent des nombres ; que l'ordonnée élevée à angles droits, soit X m/n, l'aire de la figure, sera X ; & si l'ordonnée est composée de deux ou de plusieurs ordonnées semblables, jointes par les figures + ou - +, l'aire sera composée aussi de deux ou de plusieurs autres aires semblables, jointes par les signes + ou -.

Au commencement de l'année 1665, il trouva une méthode de tangentes, semblable à celle de MM. Hudde, Gregory ou Slusius ; & une méthode de déterminer la courbure d'une courbe, à un point donné quelconque. En continuant à pousser la méthode de l'interpolation, il découvrit la quadrature de toutes les courbes, dont les ordonnées sont les puissances de binomes avec des exposans entiers, ou rompus ou sourds, positifs ou négatifs : il trouva aussi le moyen de réduire une puissance quelconque de tout binome, ensuite convergente ; car en interpolant la suite des puissances d'un binome a + x, a 2 + 2 a x + x 2 ; x 3 + 3 a x + 3 a 2 x + 3 a x 2 + x 3, &c. il découvrit que a + x 1 n = an + n a n - 1 x + n /1 x a n - 2 x 2 + n /1 x a n - 3 x 3 +, &c. où l'exposant (n) de la puissance, pouvoit être aussi un nombre quelconque, entier ou rompu, ou sourd, ou positif, ou négatif ; a & x des quantités quelconques.

Au printems de cette même année, il trouva le moyen de faire la même chose par la division & l'extraction continuelle des racines. Peu de tems après, il étendit cette méthode à l'extraction des racines des équations. Il introduisit le premier dans l'analyse, des fractions & des quantités négatives & indéfinies, pour être les exposans des puissances ; & par ce moyen il réduisit les opérations de la multiplication, de la division & de l'extraction des racines, à une seule maniere commune de les envisager. Par - là, il recula les bornes de l'analyse, & posa les fondemens nécessaires pour la rendre universelle. Environ trois ans après, le vicomte Brouncker publia la quadrature de l'hyperbole, par cette suite + + + + , &c. qui n'est autre chose que la suite que M. Newton avoit déja trouvée, 1 - 1/2 + 1/3 + 1/4 + 1/5 + 1/6 + 1/7 + 1/8 + 1/9 + 1/10, &c.

Peu de tems après, Nicolas Mercator publia une démonstration de cette quadrature, par le moyen de la division, que le docteur Wallis avoit employée le premier dans son opus arithmeticum, publié en 1657, où il avoit réduit la fraction par une division perpétuelle à la suite A + A R + A R 2 + A R 3 + A R 4 +, &c.

On voit donc que Mercator n'avoit aucun droit de prétendre à l'honneur de la découverte de la quadrature de l'hyperbole, puisque le docteur Wallis avoit découvert la division long-tems auparavant, de même que la quadrature de chaque partie du produit : ce que Mercator auroit dû reconnoître, quand il joignit ces deux découvertes ensemble.

C'étoit une grande richesse pour un géometre, de posséder une théorie si féconde & si générale ; c'étoit une gloire encore plus grande, d'avoir inventé une théorie si surprenante, & si ingénieuse ; il étoit naturel de s'en assurer la propriété qui consiste dans la découverte ; mais M. Newton se contenta de la richesse, & ne se piqua point de la gloire. Son manuscrit sur les suites infinies, fut simplement communiqué à M. Collins, & au lord Brouncker, & encore ne le fut-il que par le docteur Barrow, qui ne permit pas à l'auteur d'être tout-à-fait aussi modeste qu'il l'eût voulu. Ce manuscrit tiré en 1669 du cabinet de M. Newton, porte pour titre, méthode que j'avois trouvée autrefois, &c. & quand cet autrefois ne seroit que trois ans, il auroit donc trouvé avant l'âge de vingt-quatre ans, toute la belle théorie des suites ; mais il y a plus, ce même manuscrit contenoit, & l'invention & le calcul des fluxions ou infiniment petits, qui ont causé une si grande contestation entre M. Leibnitz & M. Newton, ou plutôt entre l'Allemagne & l'Angleterre.

En 1669, Newton fut nommé professeur en mathématique à Cambridge, & y donna bientôt des leçons d'optique. Il avoit déja fait des découvertes sut la lumiere & sur les couleurs en 1666. Il en avoit même communiqué un abregé à la société royale, en 1671 ; & cet abregé fut inséré dans les Trans. philos. du 19 Février 1672, n°. 80. l'ouvrage auroit paru peu de tems après, sans quelques disputes qui s'éleverent à cette occasion, & dans lesquelles M. Newton refusa de s'engager.

Il publia dans les Transactions du 28 Mars 1672, n °. 81. la description d'un nouveau télescope catadioptrique de son invention. On trouve encore dans les mêmes Transactions, ann. 1673, 1674, 1675, & 1676, plusieurs autres pieces de sa main, relatives à son télescope, & à sa théorie de la lumiere & des couleurs.

En 1672, il fit imprimer à Cambridge la géographie de Varenius, avec des notes. Dans l'hyver de 1676 & 1677, il trouva que par une force centripete en raison réciproque du quarré de la distance, une planete doit se mouvoir dans une ellipse autour du centre de force, placé dans le foyer inférieur de l'ellipse, & décrire par une ligne tirée à ce centre, des aires proportionnelles aux tems. Il reprit en 1683, l'examen de cette proposition, & y en ajouta quelques autres sur les mouvemens des corps célestes.

En 1684, il informa M. Halley, qu'il avoit démontré la fameuse regle de Kepler, " que les planetes se meuvent dans les ellipses, & qu'elles décrivent des aires proportionnelles aux tems, par des lignes tirées au soleil, placé dans le foyer intérieur de l'ellipse ". Au mois de Novembre suivant, il envoya la démonstration au même Halley, pour la communiquer à la société royale, qui la fit insérer dans ses registres.

Ce fut à la sollicitation de cette illustre société, que Newton travailla à ses principes, dont les deux premiers livres furent montrés à la même société en manuscrit. Le docteur Pemberton nous apprend que les premieres idées qui donnerent naissance à cet ouvrage, vinrent à M. Newton, lorsqu'il quitta Cambridge en 1666, à l'occasion de la peste. Etant seul dans un jardin, il se mit à méditer sur la force de la pesanteur ; & il lui parut que, puisqu'on trouve que cette force ne diminue point d'une maniere sensible à la plus grande distance du centre de la terre où nous puissions monter, ni au haut des édifices les plus élevés, ni même au sommet des plus hautes montagnes, il étoit raisonnable de conclure, que cette force s'étend beaucoup au-delà de ce qu'on le croit communément ; pourquoi pas aussi loin que la lune, se dit-il à lui-même ? Et si cela est, cette force doit influer sur son mouvement : peut-être est-ce-là ce qui la retient dans son orbite ? Cependant, quoique l'action de la pesanteur ne souffre aucune diminution sensible à une distance quelconque du centre de la terre, où nous pouvons nous placer, il est très-possible que son action differe en force à une distance, telle qu'est celle de la lune.

Pour faire une estimation du degré de cette diminution, M. Newton considéra que si la lune est retenue dans son orbite par l'action de la pesanteur, on peut douter que les planetes du premier ordre ne se meuvent autour du soleil par la même cause. En comparant ensuite les périodes des diverses planetes avec leur distance du soleil, il trouva, que si une force telle que la pesanteur les retient dans leurs cours, cette action doit diminuer dans la raison inverse des quarrés des distances. Il supposa dans ce cas, qu'elles se meuvent dans des cercles parfaits, concentriques au soleil, & les orbites de la plûpart ne different pas effectivement beaucoup du cercle. Supposant donc que l'action de la pesanteur, étendue jusqu'à la lune, décroît dans la même proportion, il calcula si cette action seroit suffisante pour retenir la lune dans son orbite.

Comme il n'avoit point de livres avec lui, il adopta dans son calcul celui qui étoit en usage parmi les Géographes & parmi nos mariniers, avant que Norwood eût mesuré la terre ; c'est que soixante milles anglois font un degré de latitude sur la surface du globe. Mais comme cette supposition est fausse, chaque degré contenant environ 69 demi-milles, son calcul ne répondit pas à son attente ; d'où il conclut qu'il falloit du-moins qu'il y eût quelque autre cause, outre l'action de la pesanteur sur la lune ; ce qui le fit résoudre à ne pousser pas plus loin dans ce tems-là, ses réflexions sur cette matiere.

Mais quelques années après, une lettre du docteur Hooke l'engagea à rechercher, selon quelle ligne un corps qui tombe d'un lieu élevé, descend, en faisant attention au mouvement de la terre autour de son axe. Comme un tel corps a le même mouvement que le lieu d'où il tombe par une révolution de la terre, il est considéré comme projetté en-avant, & en même tems attiré vers le centre de la terre. Ceci donna occasion à M. Newton, de revenir à ses anciennes méditations sur la lune.

Picart venoit de mesurer en France la terre, & en adoptant ses mesures, il parut à M. Newton que la lune n'étoit retenue dans son orbite, que par la force de la pesanteur ; & par conséquent, que cette force en s'éloignant du centre de la terre, décroît dans la proportion qu'il avoit auparavant conjecturée. Sur ce principe, il trouva que la ligne que décrit un corps qui tombe, est une ellipse, dont le centre de la terre est un des foyers. Et comme les planetes du premier ordre tournent autour du soleil dans des orbites elliptiques, il eut la satisfaction de voir qu'une recherche qu'il n'avoit entreprise que par pure curiosité, pouvoit être d'usage pour les plus grands desseins. C'est ce qui l'engagea à établir une douzaine de propositions relatives au mouvement des planetes du premier ordre autour du soleil.

Enfin, en 1687, M. Newton révéla ce qu'il étoit ; & ses principes de philosophie virent le jour à Londres, in -4°. sous le titre de philosophiae naturalis principia mathematica. Il en parut une seconde édition à Cambridge en 1713, in -4°. avec des additions & des corrections de l'auteur, & M. Cotes eut soin de cette édition. On en donna une troisieme édition à Amsterdam, en 1714, in -4°. La derniere beaucoup meilleure que les précédentes, a été faite à Londres en 1726, in -4°. sous la direction du docteur Pemberton.

Cet ouvrage, dit M. de Fontenelle, où la plus profonde géométrie sert de base à une physique toute nouvelle, n'eut pas d'abord tout l'éclat qu'il méritoit, & qu'il devoit avoir un jour. Comme il est écrit très-savamment, que les paroles y sont fort épargnées, qu'assez souvent les conséquences y naissent rapidement des principes, & qu'on est obligé à suppléer de soi même tout l'entre-deux ; il falloit que le public eût le loisir de l'entendre. Les grands géometres n'y parvinrent qu'en l'étudiant avec soin ; les médiocres ne s'y embarquerent qu'excités par le témoignage des grands ; mais enfin, quand le livre fut suffisamment connu, tous ces suffrages qu'il avoit gagnés si lentement, éclaterent de toutes parts, & ne formerent qu'un cri d'admiration. Tout le monde fut frappé de l'esprit original qui brille dans l'ouvrage de cet esprit créateur, qui dans tout l'espace du siecle le plus heureux, ne tombe guere en partage qu'à trois ou quatre hommes pris dans toute l'étendue des pays savans. Aussi M. le marquis de l'Hôpital disoit que c'étoit la production d'une intelligence céleste, plutôt que celle d'un homme.

Deux théories principales dominent dans les principes mathématiques, celle des forces centrales, & celle de la résistance des milieux au mouvement ; toutes deux presque entierement neuves, & traitées selon la sublime géométrie de l'auteur.

Kepler avoit trouvé par les observations célestes de Ticho-Brahé, 1. que les mêmes planetes décrivent autour du soleil, des aires égales en des tems égaux ; 2. que leurs orbites sont des ellipses, le soleil étant dans le foyer commun ; 3. qu'en différentes planetes les quarrés des tems périodiques, sont en raison des cubes des axes transverses de leurs orbites. Par le premier de ces phénomenes, M. Newton démontra que les planetes sont attirées vers le soleil au centre ; il déduisit du second, que la force de l'attraction est en raison inverse des quarrés des distances des planetes de leur centre ; & du troisieme, que la même force centripete agit sur toutes les planetes.

En 1696, M. Newton fut créé garde des monnoies, à la sollicitation du comte d'Hallifax, protecteur des savans, & savant lui-même, comme le sont ordinairement la plûpart des seigneurs anglois. Dans cette charge, Newton rendit des services importans à l'occasion de la grande refonte, qui se fit en ce tems là. Trois années après, il fut nommé maître de la monnoie, emploi d'un revenu très-considérable, & qu'il a possédé jusqu'à sa mort. On pourroit croire que sa charge de la monnoie ne lui convenoit que parce qu'il étoit excellent physicien ; en effet, cette matiere demande souvent des calculs difficiles, outre quantité d'expériences chymiques, & il a donné des preuves de ce qu'il pouvoit en ce genre, par sa table des essais des monnoies étrangeres, imprimée à la fin du livre du docteur Arbuthnot. Mais il falloit encore que son génie s'étendit jusqu'aux affaires purement politiques, & où il n'entroit nul mêlange des sciences spéculatives.

En 1699, il fut nommé de l'académie royale des Sciences de Paris. En 1701, il fut pour la seconde fois choisi membre du parlement pour l'université de Cambridge. En 1703, il fut élu président de la société royale, & l'a été sans interruption jusqu'à sa mort pendant vingt-trois ans. Il a eu le bonheur, comme le dit M. de Fontenelle, de jouir pendant sa vie de tout ce qu'il méritoit. Les Anglois n'en honorent pas moins les grands talens, pour être nés chez eux ; loin de chercher à les rabaisser par des critiques injurieuses ; loin d'applaudir à l'envie qui les attaque, ils sont tous de concert à les élever ; & cette grande liberté qui les divise sur des objets du gouvernement civil, ne les empêche point de se réunir sur celui-là. Ils sentent tous, combien la gloire de l'esprit doit être précieuse à un état, & celui qui peut la procurer à leur patrie, leur devient infiniment cher.

" Tous les savans d'un pays qui en produit tant, mirent M. Newton à leur tête par une espece d'acclamation unanime, & le reconnurent pour leur chef. Sa philosophie domine dans tous les excellens ouvrages qui sont sortis d'Angleterre, comme si elle étoit déja consacrée par le respect d'une longue suite de siecles. Enfin, il a été révéré au point que la mort ne pouvoit plus lui produire de nouveaux honneurs ; il a vu son apothéose.

Tacite qui a reproché aux Romains leur extrême indifférence pour les grands hommes de leur nation, eût donné aux Anglois la louange toute opposée. En vain, les Romains se seroient-ils excusés sur ce que le grand mérite leur étoit devenu familier ; Tacite leur eût répondu, que le grand mérite n'étoit jamais commun ; ou que même il faudroit, s'il étoit possible, le rendre commun par la gloire qui y seroit attachée ".

En même tems que M. Newton travailloit à son grand ouvrage des principes, il en avoit un autre entre les mains, aussi original, aussi neuf, moins général par son titre, mais aussi étendu par la maniere dont il devoit traiter un sujet particulier. C'est son Optique, ou Traité des réflexions, réfractions, inflexions, & couleurs de la lumiere. Cet ouvrage pour lequel il avoit fait pendant le cours de 30 années, les expériences qui lui étoient nécessaires, parut à Londres pour la premiere fois en 1704, in -4°. La seconde édition augmentée, est celle de 1718, in -8°. & la troisieme de 1721, aussi in -8°. Le docteur Samuel Clarke en donna une traduction latine sur la premiere édition, en 1706, in -4°. & sur la seconde édition en 1719 aussi in -4°. La traduction françoise de M. Coste, faite sur la seconde édition, a été imprimée à Amsterdam en 1720, en 2 vol. in -12.

L'objet perpétuel de l'optique de M. Newton, est l'anatomie de la lumiere, comme le dit M. de Fontenelle. L'expression n'est point trop hardie, ce n'est que la chose même : un très-petit rayon de lumiere qu'on laisse entrer dans une chambre parfaitement obscure, mais qui ne peut être si petit, qu'il ne soit encore un faisceau d'une infinité de rayons, est divisé, disséqué, de façon que l'on a les rayons élémentaires qui le composoient séparés les uns des autres, & teints chacun d'une couleur particuliere, qui après cette séparation ne peut plus être altérée. Le blanc dont étoit le rayon total avant la dissection, résultoit du mêlange de toutes les couleurs particulieres des rayons primitifs.

" On ne sépareroit jamais ces rayons primitifs & colorés, s'ils n'étoient de leur nature tels qu'en passant par le même milieu, par le même prisme de verre, ils se rompent sous différens angles, & par-là se démêlent quand ils sont reçus à des distances convenables. Cette différente réfrangibilité des rayons rouges, jaunes, verts, bleus, violets, & de toutes les couleurs intermédiaires en nombre infini (propriété qu'on n'avoit jamais soupçonnée, & à laquelle on ne pouvoit guere être conduit par aucune conjecture), est la découverte fondamentale du traité de M. Newton. La différente réfrangibilité amene la différente réflexibilité.

Il y a plus, les rayons qui tombent sous le même angle sur une surface, s'y rompent, & refléchissent alternativement ; espece de jeu qui n'a pu être apperçu qu'avec des yeux extrêmement fins, & bien aidés par l'esprit. Enfin, & sur ce point seul, la premiere idée n'appartient pas à M. Newton ; les rayons qui passent près des extrêmités d'un corps sans le toucher, ne laissent pas de s'y détourner de la ligne droite, ce qu'on appelle inflexion. Tout cela ensemble forme un corps d'optique si neuf, qu'on peut désormais regarder cette science comme entierement dûe à l'auteur ".

M. Newton mit d'abord à la fin de son optique, deux traités de pure géométrie ; l'un de la quadrature des courbes, l'autre un dénombrement des lignes qu'il appelle du troisieme ordre. Il les en a retranchés depuis, parce que le sujet en étoit trop différent de celui de l'optique, & on les a imprimés à-part quelques années après. Ce ne seroit plus rien dire, que d'ajouter ici, qu'il brille dans tous ses ouvrages une haute & fine géométrie qui appartenoit entierement à M. Newton.

En 1705, la reine Anne le fit chevalier. Il publia en 1707 à Cambridge, in -8°. son Arithmetica universalis, sive de compositione & resolutione arithmeticae, liber. En 1711 son Analysis per quantitatum series, fluxiones & differentias, cum enumeratione linearum tertii ordinis, parut à Londres, in -4°. par les soins de M. Guillaume Jones, membre de la société royale, qui avoit trouvé le premier de ces ouvrages parmi les papiers de M. Jean Collins, qui l'avoit eu du docteur Barrow en 1669. En 1712 on imprima plusieurs lettres de M. Newton dans le Commercium epistolicum D. Joannis Collins, & aliorum de analysi promotâ, jussu societatis regiae editum. Londres, in -4°.

Il fut plus connu que jamais à la cour, sous le roi George I. La princesse de Galles, depuis reine d'Angleterre, a dit souvent en public qu'elle se tenoit heureuse de vivre de son tems, & de le connoître. Il avoit composé un ouvrage de chronologie ancienne, qu'il ne songeoit point à publier ; mais cette princesse à qui il en confia les vues principales, les trouva si neuves & si ingénieuses, qu'elle voulut avoir un précis de tout l'ouvrage, qui ne sortiroit jamais de ses mains, & qu'elle posséderoit seule. Il s'en échappa cependant une copie, qui fut apportée en France par l'abbé Conti, noble vénitien ; elle y fut traduite, & imprimée à Paris, sous le titre d'Abrégé de chronologie de M. le chevalier Newton, fait par lui-même, & traduit sur le manuscrit anglois, avec quelques observations. Cette chronologie abrégée n'avoit jamais été destinée à voir le jour ; mais en 1728 l'ouvrage entier parut à Londres, in -4°. sous ce titre, la chronologie des anciens royaumes, corrigée par le chevalier Isaac Newton, & dédiée à la reine par M. Conduit.

Le point principal de ce systême chronologique, est de rechercher (en suivant avec beaucoup de subtilité, quelques traces assez foibles de la plus ancienne astronomie grecque), quelle étoit au tems de Chiron le centaure, la position du colure des équinoxes, par rapport aux étoiles fixes. Comme on sait aujourd'hui que ces étoiles ont un mouvement en longitude, d'un degré en soixante-douze ans ; si on sait une fois qu'aux tems de Chiron, le colure passoit par certaines étoiles fixes, on saura, en prenant leur distance à celles par où il passe aujourd'hui, combien de tems s'est écoulé depuis Chiron, jusqu'à nous. Chiron étoit du fameux voyage des Argonautes, ce qui en fixera l'époque, & nécessairement ensuite celle de la guerre de Troie, deux grands événemens, d'où dépend toute l'ancienne chronologie. M. Newton les met de 500 ans plus proche de l'ere chrétienne, que ne le font ordinairement les autres chronologistes.

Ce systême fut attaqué peu de tems après en France par le P. Souciet, & en Angleterre par M. Shuckford. M. Newton trouva en France même un illustre défenseur, M. la Nauze, qui répondit au P. Souciet dans la continuation des mémoires de littérature & d'histoire. Halley, premier astronome du roi de la grande-Bretagne, répondit à M. Shuckford, dans les Transact. philosoph. n °. 397. & soutint tout l'astronomique du systême ; son amitié pour l'illustre mort, & ses grandes connoissances dans la matiere dont il s'agit, tournerent de son côté les regards attentifs des gens de lettres les plus habiles, qui n'ont point encore osé prononcer ; & quand il arriveroit que les plus fortes raisons fussent d'un côté, & de l'autre le nom seul de Newton, peut-être le public resteroit-il encore quelque tems en suspens.

La santé de ce grand homme fut toujours ferme & égale jusqu'à l'âge de 80 ans ; alors il commença à être incommodé d'une incontinence d'urine, qui l'attaqua par intervalles ; mais il y remédioit par le régime, & ne souffrit beaucoup que dans les derniers 20 jours de sa vie. On jugea sûrement qu'il avoit la pierre ; cependant, dans des accès de douleurs si violens que les gouttes de sueur lui en couloient sur le visage, il conserva toujours sa patience, son courage & sa gaieté ordinaire. Il lut encore les gazettes le 18 Mars, & s'entretint long-tems avec le docteur Mead ; mais le soir il perdit absolument la connoissance, & ne la reprit plus, comme si les facultés de son ame n'avoient été sujettes qu'à s'éteindre totalement, & non pas à s'affoiblir. Il mourut le lundi suivant 20 Mars, âgé de 85 ans.

Son corps fut exposé sur un lit de parade, dans la chambre de Jérusalem, endroit d'où l'on porte au lieu de leur sépulture, les personnes du plus haut rang, & quelquefois les têtes couronnées. On le porta dans l'abbaye de Westminster, le poêle étant soutenu par le lord grand chancelier, par les ducs de Montrose & Roxburgh, & par les comtes de Pembrocke, de Sussex, & de Macclesfield. Ces six pairs d'Angleterre qui firent cette fonction solemnelle, font assez juger quel nombre de personnes de distinction grossirent la pompe funebre. L'évêque de Rochester fit le service, accompagné de tout le clergé de l'église. Le corps fut enterré près de l'entrée du choeur. Il faudroit remonter chez les anciens grecs, si l'on vouloit trouver des exemples d'une aussi grande vénération pour le savoir. La famille de M. Newton a encore imité la Grece de plus près, par un monument qu'elle lui a fait élever en 1731, & sur lequel on a gravé cette épitaphe :

H. S. E. Isaacus Newton, eques auratus : qui animi vi prope divinâ planetarum motus, figuras, cometarum semitas, Oceanique aestus, suâ mathesi facem praeferente, primus demonstravit. Radiorum lucis dissimilitudines, colorumque indè nascentium proprietates, quas nemo suspicatus erat, pervestigavit. Naturae, antiquitatis, S. scripturae, sedulus, sagax, interpres. Dei O. M. majestatem philosophiâ aperuit. Evangelii simplicitatem moribus expressit. Sibi gratulentur mortales tale tantumque extitisse humani generis decus. Natus xxv. Dec. A. D. M. DC. XLII. Obiit Mart. xx. M. DCC. XXVI.

M. Newton avoit la taille médiocre, avec un peu d'embonpoint dans ses dernieres années. On n'appercevoit dans tout l'air & dans tous les traits de son visage, aucune trace de cette sagacité & de cette pénétration qui regnent dans ses ouvrages. Il avoit plutôt quelque chose de languissant dans son regard & dans ses manieres, qui ne donnoit pas une fort grande idée de lui à ceux qui ne le connoissoient point. Il étoit plein de douceur, & d'amour pour la tranquillité. Sa modestie s'est toujours conservée sans altération, quoique tout le monde fût conjuré contre elle. Il ne regnoit en lui nulle singularité, ni naturelle, ni affectée. Il étoit simple, affable, & ne se croyoit dispensé ni par son mérite, ni par sa réputation, d'aucun des devoirs du commerce ordinaire de la vie.

Quoiqu'il fût attaché à l'église anglicane, il jugeoit des hommes par les moeurs, & les non-conformistes étoient pour lui, les vicieux & les méchans. L'abondance où il se trouvoit, par un grand patrimoine & par son emploi, augmentée encore par sa sage économie, lui offroit les moyens de faire du bien, & ses actes de libéralité envers ses parens, comme envers ceux qu'il savoit dans le besoin, n'ont été ni rares, ni peu considérables. Quand la bienséance exigeoit de lui en certaines occasions, de la dépense & de l'appareil, il étoit magnifique, & de bonne grace. Hors de là tout faste étoit retranché dans sa maison, & les fonds reservés à des usages plus solides. Il ne s'est point marié, & a laissé en biens meubles, environ 32 mille livres sterling, c'est-à-dire, 700 mille livres de notre monnoie.

Le docteur Pemberton nous apprend que le chevalier Newton avoit lu beaucoup moins de mathématiciens modernes qu'on ne le croiroit. Il condamnoit la méthode de traiter les matieres géométriques par des calculs algébraïques ; & il donna à son traité d'algebre, le titre d'Arithmétique universelle, par opposition au titre peu judicieux de Géométrie, que Descartes a donné au traité dans lequel il enseigne comment le géometre peut s'aider de cette sorte de calculs, pour pousser ses découvertes. Il louoit Slusius, Barrow & Huyghens, de ne se laisser point aller au faux goût qui commençoit alors à prévaloir. Il donnoit aussi des éloges au dessein qu'avoit formé Hugues d'Omérique, de remettre l'ancienne analyse en vigueur ; & il estimoit beaucoup le livre d'Apollonius, De sectione rationis, parce qu'il y donne une idée plus claire de cette analyse qu'on ne l'avoit auparavant.

M. Newton faisoit un cas particulier du génie de Barrow pour les découvertes, & du style d'Huyghens, qu'il regardoit comme le plus élégant écrivain parmi les mathématiciens modernes. Il fut toujours grand admirateur de leur goût, & de leur maniere de démontrer. Il témoigna souvent son regret d'avoir commencé ses études mathématiques par les ouvrages de Descartes & d'autres algébristes, avant que d'avoir lu les écrits d'Euclide avec toute l'attention que cet auteur méritoit.

M. Leibnitz ayant proposé aux Anglois comme un défi, la solution du fameux problême des trajectoires, cette solution ne fut presque qu'un jeu pour M. Newton. Il reçut ce problême à quatre heures du soir, & le résolut dans la même journée.

Au retour de la paix stipulée par le traité d'Utrecht, le parlement se proposa d'encourager la navigation par des récompenses, & M. Newton ayant été consulté sur la détermination des longitudes, il remit à ce sujet, à un commité de la chambre des communes, le mercredi 2 Juin 1714, le petit mémoire dont voici la traduction.

" On fait divers projets pour déterminer la longitude sur mer, qui sont vrais dans la théorie, mais très-difficiles dans la pratique.

Un de ces projets a été d'observer le tems exactement, par le moyen d'une horloge ; mais jusqu'à-présent on n'a pu faire encore d'horloge qui ne se dérangeât point par l'agitation du vaisseau, la variation du froid & du chaud, de l'humidité & de la sécheresse, & par la différence de la pesanteur en différentes latitudes.

D'autres ont essayé de trouver la longitude, par l'observation des éclipses des satellites de Jupiter ; mais jusqu'à-présent on n'a pu réussir à les observer sur mer, tant à cause de la longueur des télescopes dont on a besoin, qu'à cause du mouvement du vaisseau.

Une troisieme méthode a été de découvrir la longitude par le lieu de la lune ; mais on ne connoît pas encore assez la théorie de cette planete pour cela. On peut bien s'en servir pour déterminer la longitude à deux ou trois degrés près, mais non à un degré.

La quatrieme méthode est le projet de M. Ditton ; cette méthode est plutôt bonne pour tenir registre de la longitude sur mer, que pour la trouver lorsqu'on l'auroit une fois perdue, ce qui peut arriver aisément dans un tems couvert. Ceux qui entendent la marine, sont le mieux en état de juger jusqu'où ce projet est praticable, & ce qu'il couteroit à l'exécuter. En faisant voile, selon cette méthode, il faudroit, quand on auroit à traverser une grande étendue de mer, naviger droit à l'orient ou à l'occident, & d'abord prendre dans la latitude du lieu le plus voisin de celui où on doit aller au-delà, & ensuite faire cours à l'est ou à l'ouest jusqu'à ce qu'on y arrive.

Dans les trois premieres méthodes, il faut avoir une horloge réglée par un ressort & rectifiée chaque fois au lever & au coucher du soleil, pour marquer l'heure, le jour & la nuit. Dans la quatrieme méthode on n'a pas besoin d'horloge. Dans la premiere, il en faut avoir deux, celle-ci, & l'autre mentionnée ci-dessus.

Dans quelqu'une des trois premieres méthodes il peut être de quelque usage de trouver la longitude à un degré près, & d'une plus grande utilité encore, de la trouver à 40 min. ou à un demi-degré près, s'il est possible, & à proportion du succès on mérite récompense.

Par la quatrieme méthode il est plus aisé de mettre le marinier en état de connoître à 40, 60 ou 80 milles, l'éloignement où il se trouve des côtes, que de traverser les mers. On pourroit bien accorder une partie de la récompense à l'inventeur, quand la chose se seroit exécutée sur les côtes de la grande-Bretagne pour le salut des vaisseaux qui reviennent, & le reste lorsqu'on auroit trouvé moyen par-là d'aller à un port éloigné, sans perdre la longitude, si cela se peut ".

Après la mort de M. Newton on trouva dans ses papiers quantité d'écrits sur l'antiquité, sur l'histoire, sur la chymie, sur les mathématiques, & même sur la théologie. En 1727, il parut à Londres in -8°. une traduction angloise de son traité du systême de l'univers.

En 1733, on imprima dans la même ville in -4°. ses remarques sur les prophéties de Daniel & sur l'apocalypse de S. Jean. Cet ouvrage a été traduit en latin par M. Suderman, & publié à Amsterdam en 1737 in -4°. avec de savantes notes. Le docteur Gray attaqua sans ménagement, & d'une maniere qui n'étoit pas honorable, les observations de Newton sur les prophéties de Daniel. Quoiqu'on puisse entendre d'une autre maniere les écrits du prophete, il n'y a rien néanmoins que de sensé dans l'hypothèse de Newton, & ses raisonnemens à cet égard sont bien éloignés d'être d'une nature à faire pitié, comme le docteur Gray a osé l'avancer.

En 1736, M. Colson mit au jour à Londres in -8°. la méthode des fluxions & des suites infinies, avec l'application de cette méthode à la géométrie des lignes courbes. C'est une traduction du latin du chevalier Newton, dont l'original n'a jamais été imprimé.

M. Birch ayant fait imprimer à Londres en 1737 in -8°. les oeuvres mêlées de Jean Greaves, y a inséré la traduction angloise d'une dissertation latine de M. Newton sur la coudée sacrée des Juifs, qui étoit à la suite d'un ouvrage intitulé Lexicon propheticum, mais que M. Newton n'avoit pas fini.

Enfin ceux qui voudront ne rien négliger sur la connoissance des oeuvres philosophiques de ce grand homme, doivent lire l'ouvrage profond de M. Colin Mac-Laurin, intitulé, histoire des découvertes philosophiques du chevalier Is. Newton, en quatre livres, Londres 1748, in -4°. (
D.J.)


WOLVERHAMPTOou WOLVERTON, (Géog. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans la province de Stafford, à l'occident de la Tame. Ce bourg se nommoit anciennement Wolfrunesham du nom de Wolfrune, femme dévote, qui y bâtit un monastere. (D.J.)


WOMIE(Géog. anc.) c'est la même place que Midnick, ville de la Samogitie, sur le Wirvits, siege & résidence de l'évêque de Samogitie. Voyez MIDNICK.


WONSEISCH(Géog. mod.) bourg de Franconie, dans le marggraviat de Culembach, à environ dix milles de la ville de ce nom.

C'est dans ce bourg que naquit en 1565, Taubmann (Frédéric), mort en 1613, âgé de 48 ans. Son pere étoit un simple artisan, & le fils ayant la passion des lettres, fut envoyé à Culembach où il mendia son pain pour étudier. Il se distingua par ses talens, & fut nommé professeur dans la même académie. On a de lui plusieurs ouvrages, & entr'autres, d'excellens commentaires sur Plaute, commentarius in Plautum, Francofurti 1605, in-fol. Le pere Nicéron a donné sa vie dans ses mém. des hommes illustres, Tome XVI. (D.J.)


WONSIDEL(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la Saxe, au Voigtland, sur l'Egra, au midi d'Hoff. On la regarde comme étant de la Franconie, à cause de son souverain. Il y a aux environs quelques mines de cuivre & de fer.


WOODBRIDGE(Géog. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans la province de Suffolck, sur la riviere de Deben, à cinq ou six milles au nord d'Ipswich ; c'est un grand & beau bourg, où il y a une très-belle église & deux ou trois chantiers pour la construction des vaisseaux.


WOODCOTE(Géog. mod.) lieu d'Angleterre, dans le comté de Surrey. Tout prouve que ce lieu est la Neomagus de Ptolémée, l. II. ch. iij. ou la Noviomagus d'Antonin ; c'étoit une des principales cités des Règnes.


WOODLAND(Géog. mod.) on appelle Woodland, en Angleterre, la partie occidentale du comté de Warwich, à cause des bois dont elle est couverte. Anciennement on la nommoit Arden, qui en langue gauloise signifioit la même chose.


WOODSTOK(Géogr. mod.) ville d'Angleterre, dans Oxfordshire à soixante milles au nord-ouest de Londres. Elle a droit de tenir marché, & d'envoyer des députés au parlement.

Henri I. fit bâtir à Woodstok une maison royale, qui fut aggrandie dans la suite par Henri II. & détruite dans les guerres civiles du tems de Charles I. Il y avoit un labyrinthe où la belle Rosemonde, maîtresse d'Henri II. fut, dit-on sans aucun fondement, empoisonnée, par la vengeance d'une reine jalouse (la reine Eléonor). Elle fut enterrée à Godstow, dans le couvent des religieuses, avec cette épitaphe latine, qui montre le goût des pointes de ce tems-là :

Hâc jacet in tumbâ Rosa mundi, non Rosamunda ;

Non redolet, sed olet, quae redolere solet.

Le tombeau avoit été placé au milieu du choeur de l'église, couvert d'un drap de soie. Un évêque de Lincoln nommé Hugues, trouva contre la décence, que le tombeau d'une femme telle qu'avoit été Rosemonde, fût exposé aux yeux des filles qui avoient fait voeu de chasteté ; il le fit ôter du choeur & transporter dans le cimetiere. Mais les religieuses affectionnées à la mémoire de Rosemonde, tirerent ses os du cimetiere, & les remirent honorablement dans le choeur de leur église.

Woodstok qui étoit un domaine de la couronne, fut aliéné par acte du parlement en faveur du duc de Marlborough, comme une marque publique de reconnoissance pour les services signales qu'il avoit rendus à l'état, particulierement à la bataille de Bleinheim ; & c'est pour en perpétuer la mémoire, qu'on y bâtit le palais nommé Bleinheim-house.

Près du confluent de la Tamise & de la riviere Evenlode, on voit un monument tout-à-fait singulier ; c'est un rang de grosses pierres de grandeur & de forme inégales, élevées sur leur base & disposées en rond ; comme les habitans appellent ce monument de pierres Rolleric-stones, cette dénomination a donné lieu de croire que c'étoit en effet un monument de Rollo, chef des Normands, qui passa en Angleterre en 876, & qui livra deux batailles aux Anglois dans le comté d'Oxford. Long. de Woodstok 16. 18. latit. 51. 47.

C'est dans la maison royale de Woodstok bâtie par le roi Henri I. que naquit le vaillant Edouard, surnommé le prince noir, à cause de sa cuirasse brune & de l'aigrette noire de son casque. Ce jeune prince, fils d'Edouard III. eut presque tout l'honneur de la bataille de Créci, que perdit Philippe de Valois contre les Anglois le 26 Août 1346. Dix ans après le même prince noir entra en France, soumit l'Auvergne, le Limousin & le Poitou. Le roi Jean ayant rassemblé ses troupes, l'atteignit à Maupertuis, à deux lieues de Poitiers, dans des vignes d'où il ne pouvoit se sauver. Le prince de Galles demande la paix au roi ; il offre de rendre tout ce qu'il avoit pris en France, & une treve de sept ans. Jean refuse toutes ces conditions, attaque huit mille hommes avec quatre-vingt mille, & est défait à la bataille qu'on nomme de Poitiers, le lundi 19 de Septembre 1356. Le prince de Galles le mene à Bourdeaux, d'où il fut conduit l'année suivante en Angleterre.

En 1366, dom Pedre, roi de Castille, étant attaqué par les François, eut recours au prince noir leur vainqueur. Ce prince souverain de la Guyenne, qui devoit voir d'un oeil jaloux le succès des armes françoises, prit par intérêt & par honneur le parti le plus juste. Il marche en Espagne avec ses Gascons & ses Anglois. Bientôt sur les bords de l'Ebre, & près du village de Navarette, Dom Pedre & le prince noir d'un côté, de l'autre, Henri de Transtamare & du Guesclin, donnerent la sanglante bataille qu'on nomme de Navarette. Elle fut plus glorieuse au prince noir que celles de Créci & de Poitiers, parce qu'elle fut plus disputée. Sa victoire fut complete ; il prit du Guesclin & le maréchal d'Andrehen, qui ne se rendirent qu'à lui. Henri de Transtamare fut obligé de fuir en Aragon, & le prince noir rétablit dom Pedre sur le trône. Ce roi traita plusieurs rebelles d'une maniere barbare, mais que les loix des états autorisent du nom de justice. Dom Pedre usa dans toute son étendue du malheureux droit de se venger. Le prince noir qui avoit eu la gloire de le rétablir, eut encore celle d'arrêter le cours de ses cruautés. Il est, après Alfred, celui de tous les héros que l'Angleterre a le plus en vénération.

Toujours respectueux envers son pere, brave sans férocité, fier dans les combats, humain au fort de la victoire, affable envers tout le monde, généreux & plein d'équité. Il avoit épousé la plus belle femme du royaume ; on l'appelloit la belle Jeanne, & il eut toujours pour elle l'attachement le plus tendre.

Il possédoit toutes les vertus dans un degré éminent, & sa modestie en particulier ne sauroit trop s'admirer. Il se tint debout auprès du roi Jean son prisonnier, tandis qu'il soupoit, & cherchant pendant tout le repas à le consoler de son malheur, il lui dit qu'il ne négligeroit rien pour l'adoucir, & qu'il trouveroit toujours en lui le plus respectueux parent, s'il vouloit bien lui permettre de se glorifier de ce titre.

Il mourut en 1376, âgé de 46 ans, du vivant du roi son pere. On reçut la nouvelle de sa mort avec un deuil inconcevable, & le parlement d'Angleterre assista en corps à ses funérailles. Le roi de France lui fit faire un service à Notre-Dame. Le roi Edouard décéda un an après son fils, & Richard, fils de cet illustre prince de Galles, succéda à la couronne à l'âge de onze ans.

Chaucer (Geoffroi) le pere de la poésie angloise, & le maître de Spencer, de plus contemporain du prince noir, naquit comme lui à Woodstok, selon Pitséus, & à Londres selon d'autres ; mais sans croire la premiere opinion la mieux fondée, je l'embrasse volontiers, parce qu'elle me donne sujet de parler ici de cet aimable poëte, dont les vers naturels brillent à-travers le nuage gothique du tems & du langage, qui voudroient offusquer son beau génie.

Il vit le jour la seconde année du regne d'Edouard III. l'an 1328. Né d'une bonne famille, il fit ses premieres études à Cambridge ; & dès l'âge de dix-huit ans qu'il composa sa cour d'amour, il passoit déja pour bon poëte par d'autres pieces qu'il avoit faites. Après qu'il eut quitté l'université, il voyagea ; & au retour de ses voyages, il entra dans le temple intérieur (Inn-temple) pour y étudier les loix municipales d'Angleterre.

Ses talens & sa bonne mine l'introduisirent à la cour en qualité de page d'Edouard III. poste d'honneur & de confiance qui ne fut que le premier pas de son avancement. Bientôt le roi en le qualifiant par ses lettres-patentes de dilectus Valetus noster, lui donna vingt marcs d'argent annuellement payables sur l'échiquier, jusqu'à ce qu'il pût le pourvoir mieux. Il fut nommé peu de tems après gentilhomme privé du roi, avec vingt nouveaux marcs d'argent de revenu. Au bout d'un an il fut fait porte-écu du roi, scutifer regis, emploi qui étoit alors très-honorable.

Se trouvant par cette charge toujours près de la personne du roi, il se fit aimer & estimer des personnes du premier rang, principalement de la reine Philippe, de la princesse Marguerite, fille du roi, & de Jean de Gand, duc de Lancastre. On sait qu'il eut l'honneur de devenir dans la suite beau-frere de ce prince qui épousa la soeur de la femme de Chaucer ; & c'est aussi par cette raison, que le poëte partagea toutes les vicissitudes de la bonne & de la mauvaise fortune du duc.

Il séjournoit souvent à Woodstok où il demeuroit dans une maison de pierres de taille, proche de Pasck-Gate, qu'on appelle encore à-présent la maison de Chaucer. Sa fortune croissant par la protection du duc de Lancastre, il fut employé dans les affaires publiques qui lui procurerent un bien de mille livres sterling de rente, revenu très-considérable dans ce tems-là, & presque égal à celui de dix fois la même somme dans le siecle où nous vivons.

Le bonheur de Chaucer ne fut pas toujours durable. La ruine du duc de Lancastre entraîna la sienne pour quelque tems. Il se retira dans cette conjoncture à Woodstok, pour jouir des tranquilles plaisirs d'une vie studieuse ; & ce fut là qu'il composa en 1391 son excellent traité de l'Astrolabe.

Cependant au milieu de ses études la fortune se plut à lui sourire de nouveau, & à lui rendre ses bonnes graces ; mais ayant alors près de soixante-dix ans, il prit le parti de se retirer dans un château où il passa les deux dernieres années de sa vie. Il quitta le monde en homme qui le méprise, comme cela paroît par une ode qui commence Flie for the prèse, &c. qu'il composa dans ses dernieres heures. Il mourut le 25 Octobre 1400, & fut enterré dans l'abbaye de Westminster.

Son humeur étoit un mêlange de gaieté, de modestie & de gravité. Sa gaieté paroissoit plus dans ses écrits que dans ses manieres ; & c'est là-dessus que Marguerite, comtesse de Pembroke, disoit que l'absence de Chaucer lui plaisoit plus que sa conversation. Il étoit trop libre dans sa jeunesse ; mais vers la fin de sa vie, le poëte badin fit place au philosophe grave.

Il fut lié avec les hommes les plus célebres de son tems. Il avoit eu des relations avec Pétrarque, & quelque liaison avec Boccace, duquel il a emprunté quantité de choses, & qui dans ce tems-là travailloit à perfectionner la langue italienne, comme Chaucer le faisoit de son côté par rapport à la langue angloise.

Ses ouvrages sont nombreux ; mais l'on ne doit point douter qu'il n'y en ait une grande partie de perdue. Le poëme intitulé Troilus & Chriséide, est de ses premieres années. Il en faut dire autant de son Conte du laboureur, qui scandalisa tant de monde, & qui se trouve dans si peu de manuscrits. C'est de sa demeure de la Renommée, que M. Pope a emprunté en partie l'idée de son temple de la Renommée. Il fit le testament d'amour (qui est un de ses meilleurs ouvrages) vers la fin de sa vie. Dryden, dans ses fables imprimées en 1700, a mis en langage moderne la légende de la femme dévote, le conte du chevalier, celui de la femme de Bath, & le poëme de la fleur & de la feuille. Il a fait aussi avec quelques additions, le caractere du bon curé, à l'imitation de la description du curé, par Chaucer dans son prologue. M. Pope a aussi habillé à la moderne le conte du marchand & le prologue de la femme de Bath ; c'est ce que plusieurs personnes d'esprit ont fait à l'égard de quelques autres ouvrages de notre auteur. Sa vie publiée par M. Jean Urry, est à la tête de ses oeuvres imprimées en 1721 à Londres, in-folio, édition supérieure à celle de 1602.

Tous les gens de goût en Angleterre donnent de grandes louanges à Chaucer. Le chevalier Philippe Sidney dit qu'il ignore ce qu'on doit le plus admirer, ou que dans un siecle si ténébreux Chaucer ait vu si clair ; ou que nous, dans un siecle si éclairé, marchions si fort en tâtonnant sur ses traces. Son style est en général familier, simple & semblable à celui des comédies, mais ses caracteres sont parlans. Son pélérinage de Cantorbery est entiérement à lui. Son but est de dépeindre toutes les conditions, & de dévoiler les vices de son siecle ; ce qu'il fait d'une maniere également juste & vive. Milton, dans le poëme intitulé il penseroso, met Chaucer au rang des maîtres de l'art.

Pour enrichir utilement & agréablement sa langue, il adopta tous les mots provençaux, françois & latins qu'il trouva convenables, leur donna une nouvelle forme, & les mêla spirituellement avec ceux de la langue angloise ; il en bannit aussi tous les termes rudes ou surannés pour leur en substituer d'étrangers plus doux & plus propres à la poésie. Du tems de la reine Elisabeth, la langue commença à s'épurer davantage, & elle prit sous Waller de nouvelles beautés.

Il faut cependant convenir que les vers de Chaucer ne sont point harmonieux ; mais ses contemporains les trouvoient tels : ils ressemblent à l'éloquence de cet homme dont parle Tacite, auribus sui temporis accommodata. Du reste, Chaucer a prouvé dans ses contes de Cantorbery, qu'il savoit peindre les différens caracteres ; & toutes les humeurs (comme on les nomme aujourd'hui) de la nation angloise de son siecle. Il n'y a pas jusqu'aux caracteres graves & sérieux où il n'ait mis de la variété ; car ils ne sont pas tous graves de la même maniere. Leurs discours sont tels que le demande leur âge, leur vocation, & leur éducation ; tels qu'il leur convient d'en tenir, & ils ne conviennent qu'à eux seuls. Quelques-uns de ses personnages sont vicieux & d'autres sont honnêtes-gens ; les uns sont ignorans & les autres sont bien instruits. Le libertinage même des caracteres bas a ses nuances, qui y mettent de la variété. Le bailli, le meûnier, le cuisinier, sont autant d'hommes différens, & qui different autant l'un de l'autre, que la dame prieure affectée & la femme de Bath, bréchedent. (D.J.)


WOOLLI(Géog. mod.) contrée d'Afrique, le long de la riviere de Gambra, au nord. Les marchands d'esclaves traversent cette contrée pour se rendre au port de Kover. Sa capitale qui n'est qu'un hameau, s'appelle Kaunkale. (D.J.)


WORCESTER(Géog. mod.) ville d'Angleterre, capitale du Worcestershire, sur la pente d'une colline, au bord de la Saverne, qu'on y passe sur un pont, à 80 milles au nord-ouest de Londres.

Cette ville fut bâtie par les Romains, qui en firent une place forte contre les Bretons ou Gallois ; c'est le Branonium d'Antonin, & le Bronogenium de Ptolémée. Les Saxons la nommerent Wogar-Cester, Weogorna-Cester & Wire-Cester, peut-être de la forêt de Wire, qui en est voisine. Les Gallois l'appellent Car Wrangon ; & les latins modernes l'ont nommée Vigornia.

Cette ville a beaucoup souffert de la part des Danois, qui la pillerent, & la réduisirent en cendres, en 1041. Elle souffrit encore la même désolation en 1113, par un incendie fortuit qui consuma, entr'autres édifices, le château & l'église cathédrale.

Worcester s'est néanmoins relevée de ses pertes ; c'est aujourd'hui une grande & belle ville, partagée en dix paroisses, bien bâtie, fermée de murailles, excepté dans la partie qui est bordée de la Saverne, & qui n'a pas besoin de murs. On y entre par sept portes, & l'on y compte douze églises, entr'autres la cathédrale, où est le tombeau du roi Jean, & celui du prince Arthur, fils aîné du roi Henri VII. Les habitans ont trois marchés par semaine, & font un grand négoce de draperies.

Le siege épiscopal de Vorcester a été établi en 680, par Sexwulphe, évêque des Merciens. Le diocèse comprend toute la province, & une partie de Warwickshire. Long. 15. 24. latit. 52. 25.

Somers (Jean), grand-chancelier d'Angleterre, a fait honneur à Worcester, lieu de sa naissance, en l'année 1652. Peu après l'avénement du roi Guillaume & de la reine Marie à la couronne, il fut nommé solliciteur-général, ensuite procureur-général, bien-tôt après garde du grand sceau, enfin grand-chancelier, & l'un des régens du royaume pendant l'absence du roi ; mais au commencement de l'année 1700, il fut dépouillé de sa dignité de grand-chancelier, par le crédit du parti des torys. N'ayant plus d'emplois publics, il consacra son tems aux muses, & fut élu président de la société royale. Il mourut en 1716, à 64 ans. Il joignit à l'étude de la jurisprudence & de la politique, celle des belles-lettres, qu'il possédoit parfaitement, comme il paroît par sa traduction de la vie d'Alcibiade de Plutarque ; mais M. Addisson loue fortement son mérite à bien d'autres égards ; écoutons-le.

Il arrive ordinairement, dit - il, qu'en voulant étouffer l'amour de la gloire, qui a jetté de profondes racines dans les ames nobles, on détruit en même tems plusieurs vertus ; & qu'il n'y a rien de plus propre à plonger l'homme dans l'insolence, que d'arracher de son coeur le desir de la réputation. Mais lorsque sans aucun aiguillon de vanité, un homme est zélé pour le bien du genre-humain, & qu'il n'est pas moins soigneux à cacher qu'à faire de belles actions ; nous pouvons être assurés que c'est un coeur plein de bonté & de magnanimité. L'histoire, continue Addisson, nous offre un grand exemple de ce beau caractere dans mylord Somers, dont la devise étoit, prodesse quam conspici.

Il s'est usé par son application aux études propres à le rendre utile au public, en formant des desseins pour le bien de sa patrie, & en appuyant les mesures qui pouvoient les faire réussir. Mais ce qu'il a fait, n'a été que dans la vue du bien public ; tous ses généreux efforts n'ont eu d'autre but ; le desir d'acquérir de la réputation n'y est entré pour rien.

Toute sa vie a été décorée d'une aimable modestie, qui a relevé d'autant plus ses vertus, qu'elles étoient comme cachées sous cette ombre estimable. Son application à ce qu'il y a d'épineux dans l'étude du droit, ne l'avoit point rendu décisif, Il ne savoit ce que c'étoit que de disputer sur des choses indifférentes, pour faire parade de la supériorité de ses lumieres. A une grande politesse, qu'il tenoit de l'éducation, il joignoit une grande force de raison.

Ses principes étoient soutenus par la vertu, & par cela même, ils ne varioient point au gré de l'ambition, de l'avarice ou de la haine. Ses idées n'étoient pas moins fermes que droites. Il a fini sa carriere dans une parfaite union avec les amis choisis auxquels il s'étoit lié en la commençant. Le grand homme ne paroissoit pas davantage en lui, comme patriote & ministre d'état, que comme savant universel. En partageant son tems entre les affaires publiques & la retraite, il se perfectionna non-seulement dans la connoissance des hommes & des affaires, mais encore dans celle des arts & des sciences.

Quoiqu'il passât par les divers degrés des honneurs de la robe, on le regarda toujours comme un homme qui méritoit un poste plus élevé que celui qu'il occupoit, jusqu'à ce qu'il fût parvenu à la plus haute dignité, à laquelle cette sorte d'étude puisse conduire. Il possédoit deux talens, qui se trouvent rarement réunis dans une même personne, un fond de bon sens, & un goût exquis. Sans le premier, la science n'est qu'un fardeau, & sans le dernier, elle est désagréable.

Son éloquence étoit mâle & persuasive. Son style étoit pur, vif, & poli. On a osé comparer pour la capacité, cet illustre seigneur avec le lord Vérulam, qui a été, comme lui, grand-chancelier d'Angleterre. Mais la conduite de ces deux grands hommes dans les mêmes circonstances, a été fort différente. Tous deux ont été accusés par la chambre des communes ; l'un qui avoit donné prise sur lui, succomba, & fut réduit à une humiliation, qui ternit beaucoup l'éclat d'un caractere si élevé : mais mylord Somers avoit un trop sûr garant dans son intégrité, pour craindre une impuissante attaque contre sa réputation ; & quoique ses accusateurs eussent été bien aises de laisser tomber leurs griefs, il les pressa de les soutenir, & voulut que l'affaire fût décidée : car la même grandeur d'ame, qui lui faisoit mépriser la gloire, l'empêchoit de souffrir patiemment un injuste blâme.

Il n'y a pas de doute que cet homme rare ne figure dans l'histoire de notre nation ; mais nous ne devons pas nous attendre à y voir briller son mérite dans tout son jour, parce qu'il a écrit plusieurs choses, sans se faire connoître ; qu'il a eu la principale part à d'excellens conseils, sans qu'il y parût ; qu'il a rendu des services à plusieurs personnes, sans qu'elles aient su d'où ils partoient ; & qu'il en a rendu de très-grands à sa patrie, dont d'autres ont eu l'honneur ; en un mot, parce qu'il a tâché de faire de belles actions, plutôt que de s'acquérir un grand nom.

Je sai qu'on pourroit attribuer ce magnifique éloge du lord Somers à l'amitié d'Addisson ; mais il faut du-moins accorder, que les grandes qualités de ce seigneur ont été bien frappantes, puisque ses ennemis même les reconnoissent, & que madame Manley n'a pu s'empêcher de mêler des louanges parmi les traits satyriques dont elle le noircit. " Il avoit, dit-elle, du feu & de la modération, de l'esprit & de la complaisance, des lumieres étendues, réunies à un jugement solide. Le dieu de l'éloquence, continue-t-elle, étoit maître de sa langue. Minerve elle-même avoit son domicile dans son cerveau pour l'inspirer, aussi-bien que dans son coeur pour lui donner du feu. Sa sagesse & la sérénité de son tempérament, entretenoient l'union dans la cabale. Enfin, il n'y avoit que lui qui pût retenir le furieux Cethégus (mylord Sunderland), aussibien que l'inconsidéré Catilina (le marquis de Warton) ". (D.J.)


WORCESTERSHIRE(Géog. mod.) province méditerranée d'Angleterre, au diocèse de Worcester. Elle a 130 milles de tour, & contient environ 544 arpens.

La Saverne la traverse toute entiere, & presque par le milieu du nord au sud, & reçoit en passant les eaux de trois ou quatre rivieres. Elle est encore arrosée de la Stoure, & de la Salvarpe à l'orient, & de la Thame à l'occident, un peu au-dessous de la ville de Worcester : l'Avon venant du côté de Warwick, lave aussi un coin de cette province au sud-est.

Worcestershire est séparé au sud-est de Herefordshire par les montagnes nommées Malvernes, qui s'élevent à la hauteur de sept milles. Cette province est une des meilleures de l'Angleterre. En été on y voit de belles & grandes campagnes couvertes de blé, d'excellens pâturages, & de forêts ; il s'y trouve aussi quelques puits d'eau salée, & quelques fontaines médicinales. Les haies sont bordées de poiriers, dont on presse le fruit pour en faire un excellent poiré. Les rivieres qui l'arrosent lui fournissent beaucoup de poisson. En particulier la Saverne y nourrit quantité de lamproies, qui se plaisent dans les eaux limoneuses, telles que sont celles de cette riviere. L'air répond au terroir : il est sain & tempéré. Outre Worcester la capitale, il y a onze autres bourgs ou villes à marché. Enfin les muses ont fleuri de bonne heure dans cette province.

Dès le xv. siecle, Littleton (Thomas) se fit une grande réputation par son livre des tenures, ouvrage dont le chevalier Edouard Coke fait le plus bel éloge. L'archidiacre Nicholson, dans son english historical library, part. III. p. 169, London, 1699, observe que ce livre est entre les mains de tous ceux qui se destinent à l'étude, ou à la profession du droit municipal d'Angleterre, & qu'il a été imprimé plus souvent qu'aucun autre livre de droit. Quantité de ses éditions sont très-fautives ; & il faut s'en servir avec précaution, parce que les ridicules notes marginales de quelques possesseurs ignorans des copies manuscrites, se sont glissées dans le texte, & qu'on y cite sans rime ni raison, des cas auxquels l'auteur n'a jamais pensé... Un grand nombre d'articles de son droit commun, sont à présent changés par des actes parlementaires, & d'autres ne sont plus en usage. Par exemple, tout ce qui regarde les dons en frankemariage, &c. ne sert qu'aux disputes, à fournir quelques questions subtiles pour exercer les jeunes gens dans les colleges, ou inns de cour. A l'égard de quelques endroits qui paroissent obscurs à-cause de la briéveté à laquelle la méthode de l'auteur l'obligeoit, on peut les trouver plus amplement expliqués dans le journal the year-book d'Edouard IV. où l'on verra souvent le sentiment de Littleton sur divers cas épineux, avec les raisons sur lesquelles il étoit appuyé ; d'autres sujets ont été traités plus amplement par Bracton & par Breton, que notre auteur a abrégés en ce qu'il y a de principal.

Habington (Guillaume), naquit dans le comté de Worcester, en 1605, & mourut en 1654. Ses ouvrages sont des poésies, sous le titre de castara, Londres, 1635, in -8. & en prose, l'histoire d'Edouard IV. roi d'Angleterre, Londres, 1640, en un petit in-fol. Nicholson trouve que l'auteur a donné une assez belle ébauche du regne d'Edouard IV. & qu'il a fait le portrait de ce prince dans un style fleuri d'une maniere aussi ressemblante qu'on pouvoit l'attendre d'un homme si fort éloigné par le tems, de l'original.

Hooper (Georges), évêque de Bath & de Wells, naquit dans le comté de Worcester, en 1640, & mourut en 1727, à 87 ans. Ses ouvrages sont remplis d'érudition en tout genre ; mais je ne citerai que deux, peu connus des étrangers, dont je donnerai, par cette raison, une courte analyse ; je veux parler de son traité du carême, & de ses recherches sur les anciennes mesures.

Son traité du carême parut à Londres en 1694, in -8°. L'auteur y prouve que dans le iv. siecle, lorsque la religion chrétienne commença d'avoir un plus grand nombre d'écrivains, la quadragésime, ainsi qu'on parloit dans ce tems-là, s'observoit assez généralement par les chrétiens, pendant 40 jours. Si nous remontons vers le milieu du iij. siecle, nous y trouverons déja quelque détail de l'austérité avec laquelle les chrétiens observoient la semaine de la passion ; détail qui nous vient d'un des plus grands hommes de l'Eglise, qu'on avoit consultés sur l'heure qu'on pouvoit finir le jeûne.

Cette grande austérité de la semaine-sainte, qui ne le cédoit en rien à celle dont on a usé dans la suite, donne tout lieu de penser que les chrétiens de ce tems-là, n'ont pas laissé à la génération suivante, le soin d'y ajouter la dévotion des semaines précédentes ; sur-tout, puisque nous trouvons qu'Origene, maître de Denys, parle en termes exprès de la quadragésime, comme consacrée au jeûne. Il est vrai que nous n'avons ce passage d'Origene que de la version de Rufin, qui n'étoit pas le traducteur le plus exact ; mais il n'étoit pas le plus mauvais ; ainsi il y a plus d'apparence qu'il a traduit ici fidelement, que le contraire, n'y ayant aucune raison particuliere de soupçonner de la falsification dans ce terme, plutôt que dans un autre de la période, ni de s'étonner qu'il soit parlé d'une chose si connue assez peu de tems après.

Il paroît par le témoignage de Tertullien (qu'on peut mettre dans le second siecle, aussi-bien que dans le troisieme) qu'au sentiment de l'Eglise de son tems, les jours de la mort de Jesus-Christ, le vendredi & le samedi-saint devoient être consacrés au jeûne, en vertu de l'autorité des apôtres ; qu'on n'étoit point obligé de jeûner d'autres jours, & comme en vertu d'un précepte divin ; mais que cela étoit laissé à la discrétion des fideles, selon qu'ils le jugeoient à-propos. Cette espece d'incertitude ne lui permettoit pas naturellement d'en dire davantage, vu le sujet qu'il traitoit, ni de nous instruire des différentes coutumes des églises sur cette partie arbitraire du carême, quoique l'on puisse recueillir d'ailleurs, même de Tertullien, qu'on observoit dès ce tems-là un espace plus considérable.

Mais pour remonter plus haut, & nous approcher d'avantage du siecle des apôtres vers l'an 190, après la mort de S. Jean Irénée, évêque vénérable, qui avoit conversé particulierement avec Polycarpe, comme celui-ci avec S. Jean & d'autres apôtres ; Irénée, dis - je, nous a instruit, quoique par occasion seulement, des pratiques différentes de son tems ; il nous apprend que les uns croyoient devoir jeûner un jour, les autres deux jours, ceux-ci plusieurs jours, ceux-là quarante jours.

Les recherches du savant Hooper sur les anciennes mesures des Athéniens, des Romains, & particulierement des Juifs ont été imprimées à Londres en 1721, in -8°. L'auteur déclare dans sa préface qu'ayant lu avec soin sur cette matiere deux traités curieux, qui parurent presque en même-tems en l'année 1684, l'un du docteur Cumberland, mort évêque de Peterborough, & l'autre du docteur Edouard Bernard, imprimé d'abord avec le commentaire du docteur Pocock sur Osée, qu'ayant aussi examiné les dissertations de M. Greaves sur le pié & sur le denier romain louées avec raison par les deux amateurs dont on vient de parler, il s'étoit attaché à rechercher plus exactement les mesures des hébreux ; & qu'ayant bâti sur les principes sûrs de M. Greaves, ayant suivi la méthode de l'évêque Cumberland & profité des riches matériaux rassemblés par le docteur Bernard, il s'étoit fait le systême suivant.

Premierement, qu'ayant examiné en général les différentes mesures pour la longueur, la capacité, le poids & le rapport qu'elles ont les unes aux autres, il a fixé les mesures angloises auxquelles il vouloit réduire celles des juifs, afin de s'en faire de plus justes idées. Ensuite, comme il falloit chercher la connoissance des mesures des juifs dans ce que nous en ont dit des écrivains de divers tems & de divers pays, & qu'il falloit réduire leurs différentes mesures à celles d'Angleterre, il a été obligé d'examiner quelques-unes des mesures modernes, mais sur - tout les anciennes mesures des Athéniens & des Romains ; & que muni de ces secours, il a rapporté & comparé ensemble ce que l'on a dit de plus vraisemblable touchant les mesures des juifs, & s'est mis en état d'en donner une connoissance aussi claire & aussi certaine qu'il est possible. Ses recherches sont donc divisées en quatre parties.

Dans la premiere, il examine les mesures en général, & particulierement celles d'Angleterre, & quelques autres dont on se sert de nos jours à Rome, en Espagne, en Hollande & en Egypte. Dans la seconde, il recherche les mesures d'Athènes à cause des auteurs grecs qu'il faut consulter. Dans la troisieme, il examine les mesures anciennes des Romains qui supposent la connoissance de celles d'Athènes, & dont l'intelligence est nécessaire pour se servir avec fruit des auteurs latins. Dans la quatrieme, il s'agit des mesures des juifs.

Vient ensuite un appendix touchant les noms & la valeur des monnoies angloises & des mesures en vaisseaux. Dans cet appendix, il dit que toutes les anciennes mesures angloises de cet espece que nous avons reçues des Saxons, venoient, selon toutes apparences, à ceux-ci des Sarrasins, aussi-bien que la monnoie angloise. Il remarque que pour ce qui est des noms des vaisseaux connus en Espagne & en Italie, comme ceux de pipe, de botte, de barril, &c. il en chercheroit l'origine dans la Méditerranée, & de-là chez les peuples orientaux, de qui venoient les choses contenues dans ces vaisseaux : car puisqu'il paroît clairement que tous les poids sont phéniciens d'origine, & que les mesures en vaisseaux, même de l'eau, étoient absolument nécessaires aux Phéniciens pour leur provision dans leurs voyages par terre, aussi - bien que par mer ; qu'entre les liquides, le vin & l'huile étoient des produits de leurs côtes, (le mot vin non - seulement, mais les noms fabuleux de Bacchus, de Sémélée, de Silene avec son âne dénotant cette origine), il est assez naturel de penser que les noms phéniciens des vaisseaux passerent avec ce qu'ils contenoient dans les îles de la Grece ; & que dans la suite lorsque les Sarrasins se furent rendus maîtres de cette mer, ils adopterent d'abord les noms orientaux qu'ils trouverent, & en donnerent encore d'autres du même ordre ; c'est ce qu'on peut conjecturer par rapport à plusieurs vaisseaux du levant, non - seulement de ceux qui contiennent de l'eau, mais de ceux qui servent à naviger, car ils prennent souvent leurs noms les uns des autres. Ainsi il n'est point du tout hors de propos de les rechercher dans le sud-est, quoique les Saxons, les Danois & les Normands ayent été grands navigateurs en leur tems, & qu'on puisse assez naturellement présumer qu'ils ont rapporté leurs noms germaniques en Angleterre.

Le docteur Jean Arbuthnot dans la préface de ses tables des anciennes monnoies, poids & mesures, &c. expliqués en plusieurs dissertations, donne une haute idée des recherches du docteur Hooper, & nous dit que si l'on examine l'unité de vue qui regne dans tout l'ouvrage, l'exactitude des calculs, la sagacité des conjectures, l'habileté à corriger, & à comparer ensemble les passages des anciens auteurs & l'érudition qui brille dans ses recherches, on est obligé d'avouer qu'elles surpassent tout ce qu'on avoit encore publié sur cette matiere.

Mais l'écrivain le plus fameux du comté de Worcester est Butler (Samuel), auteur d'Hudibras. Il naquit en 1612, selon les uns, ou plutôt vers l'année 1600, selon M. Charles Longueville, qui a pu en être mieux instruit que personne. Butler étoit fils d'un honnête fermier, qui le fit étudier à Worcester, & à l'université. Au goût de la Poésie, il joignit celui de la Peinture ; & l'on ne doit pas s'en étonner, car presque toutes les parties de la Poësie se trouvent dans la Peinture. Le peintre doit animer ses figures, & le poëte prête un corps aux sentimens & aux expressions ; l'un donne de la vie à une belle image, & l'autre de la force & du corps à des pensées sublimes.

Après le rétablissement de Charles II. ceux qui étoient au timon des affaires faisant plus de cas de l'argent que du mérite, notre poëte éprouva la vérité d'une sentence de Juvenal.

Haud facilè emergunt, quorum virtutibus obstat

Res angusta domi.

Jamais espérances ne furent plus belles que les siennes lorsqu'il vint à Londres. Devancé par sa réputation, il se vit accueilli de tout le monde, lu avec admiration & nourri de promesses de se voir honoré de la faveur du prince. Mais quelle fut sa récompense ? Il ne gagna par son génie, par l'agrément de sa conversation, par la régularité de ses moeurs, que la pauvreté & des louanges. Il ne retira pas du produit de ses vers de quoi le faire ensevelir ; mais il conserva sa santé jusqu'à la derniere vieillesse, & mourut en 1680 sans plaintes & sans regrets à l'âge d'environ 80 ans.

Il demeura sans tombe jusqu'à ce que l'Alderman Barber, depuis maire de la ville de Londres, eut la générosité d'honorer la mémoire de cet homme illustre, en lui érigeant un tombeau dans l'abbaye de Westminster.

C'est le poëme d'Hudibras qui lui acquit sa grande réputation ; & quoiqu'il s'en soit fait plusieurs éditions, il n'y en a aucune qui égale le mérite de l'ouvrage. M. Hogarth, dont le génie semble avoir beaucoup de rapport avec celui de Butler, a gravé à l'eau-forte une suite de tailles-douces, contenant les aventures d'Hudibras & de Rodolphe son écuyer, qui ont tout le grotesque qui convient au sujet.

On a fait quantité d'imitations de cet agréable poëme, parce qu'un ouvrage original n'a pas plutôt paru, que les barbouilleurs en font de mauvaises copies. Dès que Gulliver eut publié ses voyages, il se vit d'abord une multitude de parens qui naissoient comme autant de champignons, & qui fatiguerent le public de leurs fades aventures. Le Beggar's opera a été accompagné d'une longue suite d'opéras insipides. Le bon Robinson Crusoé lui-même n'a pu se sauver des mains de la gent imitatrice. Je regarde de semblables productions comme autant d'avortons disgraciés, destinés par Apollon à servir de mouche aux beautés virginales.

On peut donner plusieurs raisons pourquoi des imitations ou des suites des pieces originales en approchent si rarement pour la beauté. En premier lieu, les écrivains d'un génie supérieur dédaignent d'être copistes ; comme ils trouvent en eux un riche fonds d'invention, ils ne cherchent point à emprunter des autres. Secondement, un auteur qui travaille dans un goût nouveau est si plein de son idée, il la combine sans-cesse de tant de manieres, qu'il l'envisage sous toutes les faces où elle peut paroître avec avantage.

Les essais qu'on a fait pour traduire Hudibras en latin, ou en d'autres langues n'ont point eu de succès ; & l'on ne doit pas se flatter que ce poëme réussisse dans une traduction, parce que le sujet & les diverses parties qui y entrent sont burlesques, ne regardent que l'Angleterre dans un petit point de son histoire, & n'ont du rapport qu'à ses coutumes. On raconte dans ce poëme (qui tourne en ridicule la guerre civile) une suite de petites aventures pour se moquer des têtes rondes qui faisoient cette guerre. Or tout cela n'a point de grace dans une langue étrangere.

Il manque un commentaire complet sur ce poëme, dont quantité d'endroits perdent de leur beauté, de leur force & de leur feu, faute d'être bien entendus aujourd'hui par les Anglois mêmes. On pourroit joindre à ce commentaire des observations sur l'économie, la conduite, les comparaisons & le style de ce poëme, ce commentaire donneroit au plus grand nombre de lecteurs une connoissance plus juste des beautés qui s'y trouvent. Je voudrois aussi qu'on en remarquât les défauts, car l'auteur d'Hudibras a trop souvent affecté d'employer des images basses, & les expressions les plus triviales pour relever le ridicule des objets qu'il dépeint. Il ressemble souvent à nos bateleurs, qui croient donner de l'esprit à leurs bouffons par les haillons dont ils les couvrent. La bonne plaisanterie consiste dans la pensée, & naît de la représentation des images dans des circonstances grotesques.

Butler a pris l'idée de son Hudibras de l'admirable don Quixote de Cervantes ; mais à tous les autres égards, il est parfaitement original par le but, les sentimens & le tour. Voici quel a été son but. Comme le tems où l'auteur vivoit étoit fameux par le zele affecté qui regnoit pour la religion & la liberté, zele qui avoit bouleversé les loix & la religion d'Angleterre en introduisant l'anarchie & la confusion, il n'y avoit rien de plus avantageux dans cette conjoncture aux yeux de tous les royalistes, que d'arracher le masque à ceux qui s'en étoient servi pour se déguiser, & de les peindre des couleurs les plus ridicules ; c'est ce qui fait qu'il ne les censure pas d'un ton sérieux, mais toujours en plaisantant pour mieux frapper au but qu'il se propose.

Dans cette vue, le poëte suppose que les maximes presque impraticables des puritains sur la rigide administration de la justice ont tourné la cervelle à son chevalier, de la même maniere que la lecture des livres de chevalerie avoit dérangé l'esprit de don Quixote. Le chevalier d'Hudibras se met donc en campagne pour rétablir chacun dans ses droits ; & il étend même sa protection à des ours qu'on mene à la foire, non pour leur profit, mais pour celui de leurs conducteurs, supposant que ces animaux ont été privés arbitrairement de leur liberté naturelle, sans qu'on leur ait fait leur procès dans les formes & par-devant leurs pairs. Comme tout le poëme est sur le ton plaisant, les différentes aventures du pieux chevalier & de son ridicule écuyer sont dans le même goût, & finissent toujours plaisamment. L'économie & le tour du poëme dans son tout ont quelque chose de si neuf, qu'on y a donné le nom de goût hudibrastique. Les uns l'appellent poëme burlesque, les autres héroï-comique, & d'autres épi-comique ; mais ce dernier nom ne lui convient ni pour la mesure du vers, ni pour la maniere brusque de finir par les deux lettres du chevalier & de la veuve.

Quoi qu'il en soit, le poëme Hudibras a été souvent cité & loué par les plus illustres écrivains de son siecle & du nôtre, par le comte de Rochester, Prior, Dryden, Addisson, &c. Le héros de ce poëme est un saint don Quixotte de la secte des Puritains, & le redresseur de tous les torts imaginaires qu'on fait à sa Dulcinée ; il ne lui manque ni rossinante, ni aventures burlesques, ni même un Sancho ; mais l'écuyer anglois est tailleur de métier, tartuffe de naissance, & si grand théologien dogmatique, que, dit le poëte,

Mysteres savoit démêler

Tout comme aiguilles enfiler.

On a sur-tout loué dans Hudibras les parodies du merveilleux (Machinery) poétique ; telle est entr'autres sa description de la renommée, dont on sentira encore mieux le plaisant, si l'on veut la comparer avec la description sérieuse de la renommée par Virgile. Il ne se peut rien de plus bizarre que la figure & l'habillement de la renommée dans Hudibras : ses deux trompettes & les avis qu'elle vient donner sont d'un excellent comique.

Il est vrai que la versification du poëte n'est pas harmonieuse, & qu'elle doit déplaire à ceux qui n'aiment que des vers nombreux & coulans ; ceux au contraire qui ne s'arrêtent qu'aux choses & aux idées, prendront un grand plaisir à la lecture d'Hudibras. Ce plaisir, dit un anglois, peut être comparé à celui que fait une jolie chanson, accompagnée d'un excellent violon ; au-lieu que le plaisir qu'on éprouve à la lecture d'un poëme épique sérieux est semblable à celui que produit le Te Deum de M. Handel lorsqu'il touche lui-même l'orgue, & qu'il est accompagné des plus belles voix & des plus beaux instrumens.

Hudibras est l'idole du parti de la haute-église, dont il est, pour ainsi dire, le bréviaire, tandis que le gros des non-conformistes regardent ce poëme comme une piece fort odieuse. M. Fenton, dans sa belle épître à M. Southerne, faisant allusion au tems qui fait le sujet d'Hudibras, suppose plaisamment que lorsque les théatres furent fermés, la comédie prit un autre habit & parut ailleurs, les conventicules lui servant de théatres. La réforme qui suivit la mort du roi Charles I. ayant été aussi rigide qu'elle le fut, il étoit naturel à un poëte d'un esprit aussi enjoué que M. Fenton, d'en railler ; mais c'est ce qu'il fait avec noblesse.

Ce tems, dit-il dans le langage des dieux, fut suivi d'un autre plus abominable encore, souillé du sang d'un grand monarque : la tragédie n'eût pas plutôt vu sa chûte, qu'elle s'enfuit, & céda sa place aux ministres de la justice. La comédie, sa soeur, continua toujours ses fonctions, & ne fit que changer d'habillement. Elle commença par composer son visage, & apprit à faire passer des grimaces pour des signes de régénération. Elle se coupa les cheveux, & prit un ton tel que celui d'un tambour de basque ou d'un bourdon. Elle instruisit ses yeux à ne s'ouvrir qu'à demi, ou à s'enfuir en-haut. Bannie du théatre, elle prit gravement une robe, & se mit à babiller sur un texte.... Mais lorsque par un miracle de la bonté divine l'infortuné Charles remonta sur le trône de son pere, lorsque la paix & l'abondance revinrent dans nos contrées, elle arracha d'abord son bonnet de satin & son collet, & pria Wycherley de soutenir ses intérêts, & de faire paroître hardiment de l'esprit & du bon sens ; Etheridge & Sidley se joignirent à lui pour prendre sa défense, ils mériterent tous, & reçurent des applaudissemens. (D.J.)


WORDT(Géog. mod.) petite ville, ou plutôt bourg de France, dans la basse-Alsace, & qui appartient au comte de Hanau Liectenberg. Cette ville passoit autrefois pour la capitale du pays de Wasgaw, aux confins duquel elle est située, sur la riviere Saur. L'empereur Louis IV. accorda à cette ville l'an 1330 quelques privileges & immunités. (D.J.)


WORINGEN(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans l'électorat de Cologne, sur la rive gauche du Rhin, à trois lieues de Cologne. Il s'y livra en 1297 une grande bataille, entre les troupes de l'électeur & celles de la ville de Cologne, pour savoir à qui des deux partis resteroient les clés de Woringen, qu'on y avoit portées sur un chariot ; la victoire décida pour la ville de Cologne. Long. 24. 46. lat. 50. 48.


WORKSOP(Géog. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans la province de Nottingham, sur le bord de l'Idle. Le terroir de ce bourg est fertile en réglisse, qui est la meilleure du royaume de la grande-Bretagne.


WORKUou WORCUM, (Géog. mod.) anciennement Voudriken, petite ville des Pays-Bas, dans la Hollande méridionale, sur la rive gauche de la Meuse, au confluent du Vahal, à 5 lieues au-dessus de Dort. Elle est entourée de bonnes murailles, & défendue par quatre bastions. L'air qu'on y respire est meilleur que dans le reste de la Hollande, & les eaux y sont plus saines. Philippe de Montmorency, comte de Horn, à qui cette ville appartenoit, ayant été décapité à Bruxelles en 1568, sans laisser de postérité, sa veuve vendit Workum aux états généraux pour 90 mille florins. Long. 22. 57. lat. 52. 48. (D.J.)

WORKUM ou WORCUM, (Géog. mod.) ville des Pays-Bas, dans la Frise, au comté de Westergo, sur le Zuyderzée, à 4 lieues de Harlingen, avec un petit port, dont les habitans se servent pour faire quelque commerce. Le territoire de cette ville est assez fertile, parce qu'il est arrosé du Vliet, & coupé de plusieurs canaux. Long. 23. 7. lat. 53.

Tiara (Petréius) philologue du seizieme siecle, naquit à Workum, en Frise, l'an 1516, & mourut en 1588. Il a traduit du grec en latin divers morceaux, comme Platonis Sophista, Euripidis Medea, Pythagorae, Phocylidis, & Theognidis sententiae, &c.

Bos (Lambert) littérateur célebre, est aussi né à Worcum, en Frise, en 1670, & mourut professeur à Franecker en 1717, après avoir donné plusieurs ouvrages qui lui ont fait beaucoup d'honneur ; voici les principaux : I. exercitationes philologicae, in quibus novi foederis nonnulla loca è profanis maximè auctoribus graecis, illustrantur, Franecker 1713, in -8°. c'est un excellent livre en son genre. II. Mysterii Ellipsios graecae specimen, Franecker 1702, in -12. Il s'est fait plusieurs éditions de ce livre, qui est d'un grand usage pour l'étude de la langue grecque. III. Antiquitatum graecarum, praecipuè atticarum brevis descriptio, Franecker 1713, in -12. IV. Animadversiones ad scriptores quosdam graecos & latinos. Franecker 1715, in -8°. Cet ouvrage concerne principalement la partie de la critique qui regarde la correction des auteurs anciens, M. Bos s'y est conduit avec beaucoup de retenue, & ne décide que sur des choses bien claires. Il explique, il corrige, & il défend divers passages de César & d'Horace, avec la modération convenable. V. Il donna en 1709 une nouvelle édition de la version des septante, in -4°. & cette édition accompagnée de prolégomenes, est fort belle, tant pour le papier, que pour les caracteres ; mais il seroit à desirer que l'auteur eût consulté quelques exemplaires manuscrits, & qu'il eût donné le texte conforme à celui de l'édition faite à Rome, sur l'exemplaire du vatican. C'est en ces deux points, que l'édition des septante mise au jour par M. Breitenger, en 1730, 1731 & 1732, en IV. tom. in -4°. est préférable à celle de Bos, car elle lui est bien inférieure en beauté d'impression. (D.J.)


WORLITZ(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la haute-Saxe, dans la principauté d'Anhalt, sur la gauche de l'Elbe, au-dessus de Dessau. Long. 30. 28. lat. 51. 54.

WORLITZ, la, (Géog. mod.) riviere d'Allemagne, en Bohème. Elle prend sa source dans le comté de Glatz, & finit par tomber dans l'Elbe, au-dessous de Trebochoff.


WORMS(Géog. mod.) c'est l'ancien Borbetomagum ou Borbetomagus Vangionum ; ville libre & impériale d'Allemagne, dans le palatinat du Rhin, à 7 milles de Mayence, à 6 de Spire, à 4 d'Oppenheim, à 3 de Manheim, & à 2 de Franckendal, avec un évêché suffragant de Mayence.

Attila ayant ruiné cette ville, Clovis la fit rebâtir, & la reine Brunehaud prit soin de l'embellir. Elle est dans un excellent pays, & dans une situation agréable, mais sans fortifications, & sans garnison ; elle est pauvre, triste, & dépeuplée, les François l'ayant ruinée presqu'entierement en 1689.

Les luthériens y sont en grand nombre, proportionnellement aux Catholiques. Enfin, tout ce que Worms a de remarquable, consiste dans les diettes qui s'y sont tenues autrefois, & dans la quantité de vin qu'on recueille aujourd'hui dans son voisinage. On prétend que les vignes y produisent tous les ans environ mille foudres de vin ; le foudre est un tonneau qui tient 250 gallons d'Angleterre. Long. 26. 4. lat. 40. 31.

C'est dans une assemblée tenue à Worms, par l'empereur Henri III, que Brunon son cousin, ancien évêque de Toul, fut élû pape en 1048 sous le nom de Léon IX. En 1053, il excommunia les trois fils de Tancréde de Hauteville, nouveaux conquérans de la Pouille, du comté d'Aversa, & d'une partie du Beneventin ; ce pape se mit en tête de les aller combattre avec des troupes italiennes & allemandes que Henri III. lui fournit ; mais les Tancredes taillerent en pieces l'armée allemande, & firent disparoître l'italienne. Le pape s'enfuit dans la Capitanate ; les princes Normands le suivirent, le prirent, & l'emmenerent prisonnier dans la ville de Bénévent. Léon IX. mourut à Rome l'année suivante ; on a canonisé ce pape. " Apparemment qu'il fit pénitence d'avoir fait inutilement répandre bien du sang, & d'avoir mené tant d'ecclésiastique à la guerre. Il est sûr qu'il s'en repentit, sur - tout quand il vit avec quel respect le traiterent ses vainqueurs, & avec quelle infléxibilité ils le garderent prisonnier une année entiere. Ils rendirent Bénévent aux princes Lombards, & ce ne fut qu'après l'extinction de cette maison, que les papes eurent enfin la capitale. "

Schmidt (Jean-André) professeur en théologie, à Helmstadt, naquit à Worms en 1652, & mourut en 1726 dans sa soixante-quatorzieme année. Le pere Niceron l'a mis dans ses Mémoires, tom. IX. au rang des hommes illustres, & a donné le catalogue de ses ouvrages, qui consistent pour la plûpart en thèses ou en dissertations fort médiocres. (D.J.)

WORMS, évêché de, (Géog. mod.) évêché d'Allemagne, enclavé dans le Palatinat, entre les bailliages d'Oppenheim & de Neustatt. L'église de Worms est une des plus anciennes d'Allemagne ; elle jouissoit de la dignité de métropole, avant que le pape Zacharie eut conféré l'an 745 la dignité archiépiscopale de Worms à l'église de Mayence. Warnen fut le premier qui prit simplement le titre d'évêque de Worms. Cet évêché est aujourd'hui réduit à des bornes fort étroites, à cause du voisinage des états protestans, & des usurpations de l'électeur palatin, au point que le domaine de l'évêque ne consiste qu'en quelques villages presque tous ruinés. (D.J.)


WORSKLOLE, ou VORSKLO, (Géog. mod.) riviere de l'empire Russien. Elle prend sa source dans le pays des Cosaques, & se rend dans le Dnieper ou Borysthène, au-dessous de Krzemientuk.


WORSTEDou WORSTEAD, (Géog. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans la province de Norfolk.

Wharton (Henri), savant théologien, naquit dans ce bourg en 1654, & mourut en 1695, dans la trente-unieme année de son âge. Il détruisit son tempérament vigoureux par une application infatigable à l'étude, sans que rien au monde pût le détourner de cette passion.

Son principal ouvrage est un traité du célibat du clergé, imprimé à Londres en 1688 in-4°. Comme il n'a jamais été traduit en françois, & qu'il roule sur un objet très-intéressant, j'en vais donner un grand & bon extrait.

Il remarque d'abord que le célibat imposé dans l'Eglise romaine aux ecclésiastiques, doit son origine au respect & au zele immodéré pour la virginité qui regnoit dans l'ancienne église, & que l'exemple de plusieurs églises particulieres avoit autorisé. La loi du célibat des prêtres est facile à soutenir par des raisons très-spécieuses : elle peut s'appuyer non-seulement de sa conformité avec les premiers tems, mais alléguer encore l'exemple & l'autorité des papes, des conciles & des docteurs qui ont imposé le célibat au clergé, & lui en ont recommandé l'observation. C'est pourquoi il se trouve peu de théologiens qui aient osé entreprendre de montrer que ces autorités ne sont pas concluantes, & que cette antiquité est un appui bien foible. On s'est généralement contenté de toucher cette matiere en passant, & de citer seulement quelques auteurs anciens en faveur de l'usage opposé. Le clergé d'Angleterre, qui se fait un honneur particulier de ne pas s'occuper de ses intérêts, même dans des choses permises, a évité cette dispute, de peur qu'en plaidant pour la légitimité du mariage, les gens qui aiment à jetter partout du ridicule, ne les accusassent de défendre la cause de leurs goûts, de leurs penchans & peut-être de leur pratique.

Il importe cependant de développer l'origine, l'occasion, les progrès & l'établissement de la loi du célibat des prêtres dans les divers siecles de l'église. Le but de l'ouvrage de M. Wharton est de discuter cette matiere à fonds, & de prouver que l'estime qu'on eut autrefois pour le célibat, n'étoit ni raisonnable, ni universelle ; que la loi ancienne & moderne qui l'a prescrit, est injuste, & que l'ancien usage à cet égard n'est point une autorité censée, ni un exemple qui justifie la pratique moderne sur ce sujet. En conséquence, il dévoile des motifs qui ont donné lieu à la grande estime du célibat, à l'origine de la loi qui l'impose, & suit ainsi l'histoire du célibat & du mariage des ecclésiastiques de siecle en siecle. Il déclare en même-tems n'avoir été porté à ce travail par aucun préjugé, ni par des vues d'intérêt particulier, n'ayant jamais fait l'essai des plaisirs du mariage, & n'ayant point l'honneur d'être prêtre de l'église anglicane.

Il entreprend de prouver dans son traité les quatre propositions suivantes. 1°. Le célibat du clergé n'a été institué ni par J. C. ni par ses apôtres. 2°. Il n'a rien d'excellent en soi, & ne procure aucun avantage réel à l'église, & à la religion chrétienne. 3°. L'imposition du célibat à quelqu'ordre de personnes que ce soit, est injuste & contraire à la loi de Dieu. 4°. Il n'a jamais été prescrit ni pratiqué universellement dans l'ancienne église.

Une des principales raisons alléguées par les partisans du célibat des prêtres, est qu'il y a une sorte d'indécence & d'impureté dans l'acte du mariage, qui fait qu'il est peu convenable à un prêtre de passer des bras de sa femme à l'administration des choses saintes ; desorte que comme le clergé de l'église chrétienne en administre journellement les sacremens, & offre à Dieu les sacrifices de louanges & d'actions de graces au nom de tout le peuple, ou du moins qu'il doit être toujours prêt & en état de le faire, ceux qui le composent doivent par pureté s'abstenir toujours des devoirs du mariage. Tel a été le grand argument en faveur du célibat, & celui que les papes & les conciles ont employé depuis le tems d'Origene jusqu'à nos jours ; mais le bon sens dissipera bientôt les lueurs trompeuses d'un raisonnement qui n'est fondé que sur les écarts de l'imagination échauffée.

En effet, si par cette indécence & cette impureté qu'on trouve dans l'usage du mariage, l'on entend une indécence & une impureté morale, l'on s'abuse certainement, & l'on adopte alors l'opinion ridicule des Marcionites & des Encratites condamnée par les conciles même. Que si l'on veut parler d'une impureté physique, celle-là ne rend pas un homme moins propre au service de Dieu, ni ne doit l'exclure davantage de l'exercice des fonctions sacrées, qu'aucune autre de la nature humaine. Enfin, quand l'on supposeroit contre la raison qu'une impureté physique de cette espece auroit quelque chose d'indécent pour un ecclésiastique ; elle seroit infiniment moins à craindre qu'une turpitude morale à laquelle les prêtres sont nécessairement exposés par un célibat forcé, que la nature désavoue.

M. Wharton établit dans la partie historique de son traité, que l'on regarda le célibat des prêtres comme une chose indifférente dans les deux premiers siecles, qu'on le proposa dans le troisieme, qu'on le releva dans le quatrieme, qu'on l'ordonna en quelques endroits dans le cinquieme, d'une maniere néanmoins infiniment différente de la doctrine & de la discipline présente de l'Eglise romaine ; que quoiqu'il fût prescrit dans quelques provinces de l'occident, on ne l'observoit pas généralement partout. Qu'au bout de quelques siecles, cet usage s'abolit, ce joug parut insupportable, & que le mariage prévalut universellement, jusqu'à ce qu'il fut condamné & défendu par les papes du onzieme siecle ; que leurs décrets & leurs canons demeurerent néanmoins sans effet par l'opposition générale de toute l'église, & que dans la suite plusieurs papes & un concile universel de l'église Romaine permirent le mariage aux ecclésiastiques ; que durant tout ce tems là, le célibat n'a jamais été ordonné ni pratiqué dans l'église orientale depuis le siecle des apôtres ; qu'au contraire, la loi à cet égard a été rejettée par un concile de l'église universelle, condamnée par un autre, & n'a même eu lieu dans l'occident, que lorsque l'ambition des papes & leurs usurpations les ayant rendus maîtres de la disposition de tous les grands bénéfices, la pauvreté devint l'apanage des ecclésiastiques mariés, ce qui les engagea à renoncer volontairement à l'union conjugale, environ deux cent ans avant la réformation.

Voici maintenant les faits qui composent la partie historique de l'ouvrage de M. Wharton ; il les déduit avec beaucoup d'ordre & de recherches.

On voit d'abord, dit-il, en remontant aux apôtres, que plusieurs d'entr'eux ont été mariés. Le fait n'est pas contesté par rapport à S. Pierre ; & Clément d'Alexandrie, Strom. l. III. p. 448. assure que Philippe & S. Paul l'ont été pareillement. " Condamneront-ils aussi les apôtres, dit-il ? car Pierre & Philippe ont eu des enfans, & ce dernier a marié ses filles. Paul, dans une de ses épîtres, ne fait point difficulté de parler de sa femme, qu'il ne menoit pas avec lui, parce qu'il n'avoit pas besoin de beaucoup de service ". Divers martyrologes du ix e. siecle nomment une sainte Pétronille vierge, fille de S. Pierre.

L'histoire ecclésiastique des trois premiers siecles, parle souvent d'évêques & d'autres prélats mariés. Denys d'Alexandrie, cité par Eusebe, hist. eccles. l. VI. c. xlij. parle d'un évêque d'Egypte nommé Cheremont, qui pendant la persécution de Decius, fut obligé de s'enfuir en Arabie avec sa femme. Eusebe, l. VIII. c. ix. fait encore mention d'un évêque nommé Philée, qui souffrit le martyre sous Dioclétien, & que le juge exhortoit à avoir pitié de sa femme & de ses enfans. S. Cyprien devoit être marié, puisque Pontius, qui a écrit sa vie, dit que sa femme ne put jamais le détourner d'embrasser le Christianisme. Il est vrai qu'en même tems on vit des évêques & des docteurs donner au célibat les éloges les plus outrés : éloges qui firent une vive impression sur un grand nombre d'ecclésiastiques ; de-là vient que le concile d'Elvire en Espagne, tenu vers l'an 305, ordonne généralement aux évêques, aux prêtres & aux diacres qui sont dans le service, de s'abstenir de leurs femmes.

Le concile de Nicée, assemblé en 325, justifie la nouveauté du célibat des ecclésiastiques. Socrate rapporte que les évêques ayant résolu de faire une nouvelle loi , par laquelle il seroit ordonné que les évêques, les prêtres & les diacres se sépareroient des femmes qu'ils avoient épousées lorsqu'ils n'étoient que laïcs ; comme l'on prenoit les opinions, Paphnuce, évêque d'une ville de la haute Thébaïde, se leva au milieu des autres évêques, & élevant sa voix, dit qu'il ne falloit point imposer un si pesant joug aux clercs & aux prêtres, que le mariage est honorable, & que le lit nuptial est sans tache ; qu'une trop grande sévérité pourroit être nuisible à l'église ; que tout le monde n'est pas capable d'une continence si parfaite, & que les femmes ne garderoient peut-être pas la chasteté (il appelloit chasteté, dit l'historien, l'usage du mariage contracté selon les loix) ; qu'il suffisoit que ceux qui avoient été admis dans le clergé ne se mariassent plus, sans que l'on obligeât ceux qui s'étoient mariés étant laïcs à quitter leurs femmes. Paphnuce soutint cet avis sans aucune partialité ; car non - seulement il n'avoit jamais été marié, & même il n'avoit jamais eu connoissance d'aucune femme, ayant été élevé dès son enfance dans un monastere, & s'y étant fait admirer par sa singuliere chasteté. Tous les évêques se rendirent à son sentiment, & sans délibérer davantage, laisserent l'affaire en la liberté de ceux qui étoient mariés.

Il est encore certain que dans le même concile de Nicée, se trouvoit Spiridion, évêque de Trimite en Chypre, qui avoit femme & enfans. Sozomene, l. I. c. xj. & Socrate, l. I. c. xij. le disent. Un concile arien tenu à Arles en 353, défendit d'admettre aux ordres sacrés un homme marié, à moins qu'il ne promît la conversion de sa femme : ce qui fait voir qu'il s'agit d'une femme païenne. Le concile de Gangres en Paphlagonie, assemblé vers l'an 370, condamna Eustathe, évêque, lequel soutenoit qu'on ne devoit pas communier de la main des prêtres mariés.

On trouve encore vers la fin du quatrieme siecle, d'illustres évêques mariés, entr'autres Grégoire, évêque de Nazianze, & pere de l'autre Grégoire & de Césaire. Comme il fut élevé à l'épiscopat vers l'an 329, il résulte que ses deux fils, du moins le cadet, étoient nés depuis l'épiscopat de leur pere. Grégoire de Nysse étoit marié, & c'est un fait qui n'est pas douteux. S. Chrysostome sur la fin du même siecle s'est expliqué d'une maniere bien positive sur le sujet en question, il dit " que quand S. Paul ordonne à Tite, qu'il faut que l'évêque soit mari d'une seule femme ; il vouloit fermer la bouche aux hérétiques qui condamnoient le mariage, & justifier que cet état est si précieux, que quoiqu'on y fut engagé, on pouvoit pourtant être élevé au trône pontifical ". Homil. 2. ad tit. p. 1701.

On trouve un exemple mémorable dans le cinquieme siecle d'un évêque marié, c'est celui de Synésius, élu évêque de Ptolémaïde en Cyrene, par Théophile, patriarche d'Alexandrie. Synésius tâcha de se dispenser d'accepter l'épiscopat ; il déduisit ses raisons dans une lettre à Eutrope son frere, & le pria de rendre publique la protestation suivante : " j'ai une femme que j'ai reçue de Dieu, & de la main sacrée de Théophile ; or je déclare que je ne veux ni me séparer d'elle, ni m'en approcher en cachette comme un adultere : l'abandonner seroit une action contraire à la piété, vivre avec elle en secret, seroit contre la loi ; au contraire, je prierai Dieu qu'il me donne beaucoup d'enfans & vertueux ". Cette protestation n'empêcha pas qu'il ne fût évêque, & qu'il ne fît de grands fruits : il falloit donc que la loi qui impose le célibat ne fût pas établie.

A cet exemple du cinquieme siecle, on peut ajouter celui de S. Hilaire, évêque de Poitiers, qui étoit marié, & qui eut au-moins une fille de son mariage. Jean Gillot, qui a donné une édition de ce pere de l'église en 1572, non-seulement ne disconvient pas du fait, mais il cite même un passage de S. Jérôme, par lequel il paroît qu'il étoit plus ordinaire alors d'élire des évêques mariés que des évêques dans le célibat, parce que les premiers étoient jugés plus propres à la vie pastorale.

La premiere loi qui imposa le célibat aux ecclésiastiques, fut celle du pape Sirice, élu en 385, & qui siégea jusqu'à l'an 398. Antonin, archevêque de Florence, convient lui - même de cette époque ; mais l'église d'Orient ne reçut point l'ordonnance de l'Occident. Pacien, évêque de Barcelone, qu'on doit aussi mettre entre les évêques mariés, ne faisoit en son particulier aucun cas de cette loi, comme il s'en exprime lui-même. " Siricius, direz-vous, a enseigné cela, mais depuis quand, mon frere ? sous l'empire de Théodose ? C'est-à-dire près de quatre cent ans après la naissance de J. C. Il s'ensuit delà que depuis la venue de J. C. jusqu'à l'empire de Théodose, personne n'a eu d'intelligence ".

La nouvelle loi de Sirice ne fut d'abord reçue que de peu d'églises. S. Paulin, évêque de Nole, ne se crut point obligé de s'y soumettre, & il appelle l'ordonnance de Sirice une superbe discrétion. Il garda toujours sa femme après avoir été ordonné prêtre, & il l'appelloit sa Lucrece ; c'est ce qui paroît par la réponse qu'il fit à Ausone. Ce dernier l'ayant nommé Tanaquille par illusion à l'empire qu'elle avoit sur son mari, dans ces vers.

Si prodi Pauline times, nostraeque vereris

Crimen amicitiae, Tanaquil tua nesciat istud.

Paulin lui répondit :

... Nec Tanaquil mihi, sed Lucretia conjux.

Paulin parle d'un autre prêtre nommé Aper, qui garda sa femme après son ordination. Le pape Innocent I. renouvella la loi de Sirice en 404, mais elle fut encore mal-observée ; car dans tout le cours de ce siecle, on trouve des ecclésiastiques mariés ; tel est Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont en Auvergne, & tel est Prosper, évêque de Rhége, qui parle ainsi à sa femme.

Age jam, precor, mearum

Comes irremota rerum,

Trepidam brevemque vitam

Domino meo dicamus.

En Orient on s'en tint aux conciles de Nicée & de Gangres, quoiqu'il y eût quelque diversité de coutumes en quelques endroits. " En Thessalie, dit Socrate (hist. ecclés. l. V. c. xxij.), quand un clerc demeure depuis son ordination auprès de la femme avec laquelle il avoit contracté auparavant un légitime mariage, il est déposé ; au lieu qu'en Orient les clercs & les évêques mêmes s'abstiennent de leurs femmes, selon qu'il leur plait, sans y être obligés par aucune loi ni par aucune nécessité ; car il y a eu parmi eux plusieurs évêques, qui depuis qu'ils ont été élevés à cette dignité, ont eu des enfans légitimes de leur mariage ".

Dans le vj. siecle, les loix sur le célibat des prêtres furent plus régulierement observées, du-moins confirmées. Aussi peut-on citer plus de quinze conciles tant de France que d'Espagne, tenus dans ce siecle - là, qui renouvellerent les défenses de tout commerce des ecclésiastiques, tant avec leurs propres femmes qu'avec des femmes étrangeres.

Cette rigueur fut séverement interdite en Orient, non-seulement dans ce siecle, mais dans le suivant, comme il paroît par le xiij. canon du concile de Constantinople, appellé in Trullo. Ce canon porte : " nous savons que dans l'église romaine on tient pour regle que ceux qui doivent être ordonnés diacres ou prêtres, promettent de ne plus avoir de commerce avec leurs femmes ; mais pour nous, suivant la perfection de l'ancien canon apostolique, nous voulons que les mariages des hommes qui sont dans les ordres sacrés, subsistent, sans les priver de la compagnie de leurs femmes dans les tems convenables. Ensorte que si quelqu'un est jugé digne d'être ordonné soudiacre, diacre ou prêtre, il n'en sera point exclu pour être engagé dans un mariage légitime, & dans le tems de son ordination on ne lui fera point promettre de s'abstenir de la compagnie de sa femme, pour ne pas deshonorer le mariage que Dieu a institué & béni par sa présence ". Ce concile étoit composé de quatre patriarches d'Orient & de cent huit évêques de leurs patriarchats ; aussi les Grecs l'ont - ils reconnu pour oecuménique, & ils en suivent encore aujourd'hui les décisions.

Pour ce qui regarde l'Eglise romaine, elle ne relâcha rien de sa sévérité, malgré les oppositions qu'on lui fit de toutes parts ; tantôt ce fut Udalric, évêque d'Augsbourg, dans le ix. siecle, & Pierre Damien sous Nicolas II. & Alexandre II. qui firent sur cette rigueur des remontrances humbles & raisonnées ; ils ne gagnerent rien. Grégoire VII. au contraire étendit cette rigueur sous la peine d'anathême perpétuel ; mais sa constitution fut mal reçue en Allemagne, en France, en Flandres, en Angleterre & en Lombardie. L'opposition fut porté si loin à Cambrai, qu'on y fit brûler un homme qui avoit avancé que les prêtres mariés ne devoient point célébrer la messe ni l'office divin, & qu'on ne devoit pas y assister.

De savans hommes considérant les abus du célibat des prêtres, ont fait dès le xv. siecle plusieurs ouvrages, pour prouver la nécessité de rendre le mariage aux pasteurs. L'archevêque de Palerme, connu sous le nom de Panormitanus, se propose cette question dans son commentaire sur les décrétales, " si l'Eglise ne pourroit pas ordonner aujourd'hui que les prêtres se mariassent, comme chez les Grecs " ; répond nettement qu'il croit qu'oui. " Non - seulement, dit-il, je crois que l'Eglise a ce pouvoir, mais j'estime que pour le bien & le salut des ames elle feroit bien de l'établir ainsi. Ceux qui voudroient se contenir pour mériter davantage, en seroient les maîtres. Ceux qui ne voudroient pas vivre dans la continence, pourroient se marier ". Polydore Virgile pense de même. " Je puis dire (ce sont ses termes) que loin que cette chasteté forcée l'emporte sur la chasteté conjugale, au contraire l'ordre sacerdotal a été extrêmement deshonoré, la religion profanée, les bonnes ames affligées, & l'Eglise flétrie d'opprobre, par les débauches où entraine l'obligation au célibat ; desorte qu'il seroit de la république chrétienne, & de l'ordre ecclésiastique, qu'enfin on restituât aux prêtres le droit du mariage public, dans lequel on pourroit vivre saintement ".

M. Wharton a publié plusieurs autres ouvrages outre son traité du célibat. Il en préparoit encore de nouveaux qu'on a trouvés parmi ses papiers, entre lesquels on a fait imprimer deux volumes de ses sermons. (D.J.)


WOTTAVELA, (Géog. mod.) riviere d'Allemagne, en Bohème. Elle prend sa source dans le comté de Pilsen, vers les confins de la Baviere, coule de l'occident en orient, traverse le cercle de Prague, & va se jetter dans le Muldaw. (D.J.)


WOTTON-BASSET(Géog. mod.) ville d'Angleterre, dans le comté de Wilt. Elle a droit de marché, & envoye deux députés au parlement.


WOUW(Géog. mod.) village des Pays-bas, dans la seigneurie de Berg-op-zoom, & à quatre milles de la ville de Berg-op-zoom. La police de ce village est composée d'un drossard, d'un bourguemestre, de sept échevins & de douze geemensmannen ou jurés. Le bourguemestre est le receveur des deniers publics & économiques, dont les recettes portent chaque année près de vingt mille florins pour le seul village de Wouw. Il y a une église dans ce village pour les Protestans, & une chapelle pour les Catholiques. (D.J.)


WREAK(Géogr. mod.) riviere d'Angleterre, dans la province de Leicester, qu'elle arrose de l'est à l'ouest, & vient ensuite se jetter dans la Stoure.


WREXHAM(Géog. mod.) petite ville d'Angleterre, au pays de Galles, dans le comté de Denbigh. Son église a un choeur d'orgues, ce qui est rare dans ce pays-là.


WRONOWLAC, (Géog. mod.) lac de l'empire russien, dans la province de Rzeva. C'est dans ce lac que le Wolga prend sa source. Voyez WOLGA.


WROXETEou WROKCESTER, (Géog. mod.) bourgade d'Angleterre, dans Shropshire, sur la Saverne, un peu au-dessus de la ville de Shrewsbury. Plusieurs savans anglois prétendent que cette bourgade ou village s'est élevé sur les ruines de la Viroconium de Ptolémée ou de la Vriconium de l'itinéraire d'Antonin. (D.J.)


WUIST(Géog. mod.) petite île de la mer d'Ecosse, & l'une de celles qu'on connoît sous le nom d'îles de Sketland ; c'est une île unie, fertile & assez bien peuplée.


WURTCHAFFT(Hist. mod. d'Allemagne) c'est le nom allemand qu'on donne à Vienne à l'ancienne fête de l'hôte ou de l'hôtesse. L'empereur Léopold renouvella pour Pierre le grand cette fête qui n'avoit point été en usage pendant son regne. L'auteur de l'histoire de l'empire de Russie sous Pierre le grand, n'a point dédaigné de décrire la maniere dont le wurtchafft se célébra.

" L'empereur est l'hôtelier, l'impératrice l'hôte liere, le roi des Romains, les archiducs, les archiduchesses sont d'ordinaire les aides, & reçoivent dans l'hôtellerie toutes les nations vêtues à la plus ancienne mode de leur pays : ceux qui sont appellés à la fête, tirent au sort des billets. Sur chacun de ces billets est écrit le nom de la nation & de la condition qu'on doit représenter. L'un a un billet de mandarin chinois, l'autre de mirza tartare, de satrape persan, ou de sénateur romain ; une princesse tire un billet de jardiniere ou de laitiere ; un prince est paysan ou soldat. On forme des danses convenables à tous ces caracteres. L'hôte & l'hôtesse & sa famille servent à table.

Telle est l'ancienne institution : mais dans cette occasion le roi des Romains Joseph & la comtesse de Traun représenterent les anciens Egyptiens : l'archiduc Charles & la comtesse de Walstein figuroient les Flamands du tems de Charles-quint. L'archiduchesse Marie-Elisabeth & le comte de Traun étoient en tartares ; l'archiduchesse Josephine avec le comte de Vorkla étoient à la persane ; l'archiduchesse Marie-Anne & le prince Maximilien de Hanovre en paysans de la Nord-Hollande. Pierre s'habilla en paysan de Frise, & on ne lui adressa la parole qu'en cette qualité, en lui parlant toujours du grand czar de Russie. Ce sont de très-petites particularités ; mais, dit M. de Voltaire, ce qui rappelle les anciennes moeurs, peut à quelques égards mériter qu'on en parle dans l'histoire. " (D.J.)


WURTEMBERGWURTENBERG ou WIRTENBERG, (Géog. mod.) duché souverain d'Allemagne, dans la Souabe. Il est borné au nord par la Franconie, l'archevêché de Mayence & le palatinat du Rhin : au midi, par la principauté de Hohenzollern & de Furstemberg : au levant, par le comté d'Oetingen, le marquisat de Burgaw, le territoire d'Ulm, &c. au couchant, par une partie du Palatinat du Rhin, du marquisat de Bade & de la forêt-noire. Il a 22 lieues de long & presque autant de large.

L'empereur Maximilien I. l'érigea en duché à la diete de Worms en 1495, en faveur d'Evérard le barbu. La maison de Wurtemberg qu'on dit descendre d'Evérard, grand - maître de la maison de Charlemagne, est réduite à deux branches, savoir la ducale & celle de Wurtemberg Oëls, établie dans la basse Silésie. La ducale est aujourd'hui catholique.

Ce duché est un pays des plus fertiles & des plus peuplés d'Allemagne. Les grains, les fruits & les pâturages y sont en abondance. Le Danube qui passe dans son voisinage, & le Necker qui les traverse, contribuent beaucoup à enrichir les habitans par la facilité qu'ils ont de transporter leurs denrées chez l'étranger. Le duc de Wurtemberg est grand veneur de l'empire, & il a droit de porter la cornette impériale, lorsque l'empereur commande les armées en personne.

Conrart, surnommé de Léonbergh, en latin Leontorius, moine de l'ordre de Cîteaux, naquit en 1460 dans le duché de Wurtemberg, & publia divers écrits qui vous indiqueront les bibliographes ; c'est assez d'en citer ici deux ou trois, dont ils ne font aucune mention.

Le premier est une révision, correction & augmentation de la glose ordinaire de Walafridus Strabo, moine de l'abbaye de Fulde, sur toute l'Ecriture Ste. Cette glose ordinaire est une chaîne d'interprêtes de l'Ecriture composée dans des tems de barbarie, & qui à la honte des sciences, a eu plus de trente éditions. La premiere est de Nuremberg en 1496, six vol. in-fol. & la derniere est d'Anvers en 1634, en six volumes in-fol. Le second des ouvrages de Leonbergh est une édition des Postillae Hugonis de sancto Charo, in universâ bibliâ, à Bâle en 1504, en six vol. in-fol. C'est un commentaire sur la bible, encore plus barbare que le précédent.

Un troisieme ouvrage de Leontorius est une édition des opera sancti Ambrosii, Basileae 1506, en deux vol. in -4°. L'auteur vivoit encore en 1520.

André (Jacques), théologien luthérien du xvj. siecle, naquit aussi dans le duché de Wurtemberg en 1528. Il fit grand bruit par ses sermons & par ses livres de controverse que personne ne lit aujourd'hui. Il mourut en 1590, âgé d'environ 62 ans, après avoir été marié deux fois. Il eut de son premier mariage neuf garçons & neuf filles, & il étoit si pauvre en se mariant, que ses parens l'avoient destiné à être charpentier.

Frischlin (Nicodème) naquit dans le duché de Wurtemberg en 1547. Il a donné des ouvrages de littérature & de poésie, dont vous trouverez l'ennuyeux catalogue dans le P. Niceron. Il mourut en 1590, âgé de 43 ans.

Hunnius (Aegidius), autre théologien de la confession d'Augsbourg, naquit dans un village du pays de Wurtemberg l'an 1550. Il fut également fécond & en livres pleins d'invectives & en enfans. On a fait une édition de ses oeuvres en cinq volumes in-folio. Dans ce recueil est son Calvinus judaïsans. Il y accuse Calvin de tant d'hérésies, & avec tant de violence, que ce réformateur auroit pu craindre le sort de Servet, si Hunnius eût pu le faire arrêter. Il mourut l'an 1603, au lit d'honneur, c'est-à-dire en combattant contre les Calvinistes, les Catholiques & les demi-Luthériens. (D.J.)


WURTZBOURG(Géog. mod.) ville d'Allemagne, capitale de l'évêché de même nom, sur le Mein, qu'on passe sur un pont, à 18 lieues au sud-ouest de Bamberg, & à 120 au nord-ouest de Vienne. Elle a été autrefois impériale, mais elle est aujourd'hui sujette à son évêque qui y réside. Il y a dans cette ville une petite université, érigée en 1034. Long. 27. 38. latit. 49. 2. (D.J.)

WURTZBOURG, évêché de, (Géog. mod.) l'évêché de Wurtzbourg est borné par le comté de Henneberg, le duché de Cobourg, l'abbaye de Fulde, l'archevêché de Mayence, le marquisat d'Anspach, & l'évêché de Bamberg. Il fut fondé en 741, par S. Boniface ; il est d'une grande étendue, & celui qui en est revêtu est duc de Franconie. Le chapitre est composé de 24 chanoines & de cinq dignitaires. On ne peut parvenir à cet évêché sans avoir été chanoine. (D.J.)


WYCK-TE-DUERSTEDE(Géog. mod.) en latin du moyen âge Durastodium, petite ville des Pays-bas, dans la province d'Utrecht, sur le Rhin, au commencement de la riviere de Leck, à environ quatre lieues d'Utrecht, & à deux au-dessous de Rheven. Charlemagne fit donation de cette ville & de son territoire à Harmacarus, sixieme évêque d'Utrecht. Jean Trithème raconte qu'elle avoit autrefois trois lieues de circonférence, & cinquante - cinq églises paroissiales ; mais que les Normands & les Danois la ruinerent jusqu'à trois fois.

Cette petite ville fut bâtie sur le bord du Rhin, par Gisbert d'Abconde, évêque d'Utrecht, en 1300. On lui donna le nom de Dursted, parce qu'elle étoit voisine des ruines de l'ancienne ville de Durestat, autrefois la capitale du comté de Teysterband. Durestat étoit une place importante, & qui ayant été plusieurs fois saccagée par les Normands & par d'autres barbares, fut entierement abandonnée, il y a près de neuf cent ans. Longit. 32. 2. latit. 51. 50.


WYELA, ou WIE, (Géog. mod.) riviere d'Angleterre, dans la province de Derby ; un peu au-dessous de sa source, neuf fontaines méridionales sortent d'un rocher, dans l'espace de vingt-quatre piés ; il y a huit de ces fontaines dont les eaux sont chaudes, & l'eau de la neuvieme est très-froide. On a élevé dans cet endroit un bâtiment de pierre de taille, pour les faire passer par-dessous. Il est assez vraisemblable que ces eaux ont été connues des Romains, & qu'ils en ont fait usage pour des bains : car on voit dans cet endroit un chemin pavé, nommé Bathgate, qui part de Buxton, & conduit à huit milles de-là, au village de Bargh. La Wye coule de Buxton à Bakewell, & se jette un peu au-dessous dans le Darwen. (D.J.)

WYE, la, (Géog. mod.) en latin moderne Vaga, riviere d'Angleterre au pays de Galles. Elle prend sa source au comté de Montgommery, arrose ceux de Radnor & de Hereford. (D.J.)


WYLou WYLEN, ou WEIL, (Géog. mod.) petite ville de Suisse, entre le Thurgaw & le Toggenbourg, & la capitale des terres anciennes de l'abbé de Saint-galll, qui y a sa cour & son palais ; mais les quatre cantons, Zurich, Lucerne, Schwitz, & Glaris, ont droit, comme protecteur de l'abbaye de Saint-galll, de tenir tour-à-tour à Wyl, un homme qui a le titre & l'autorité de capitaine du pays ; on change cet homme tous les deux ans ; & ni son autorité, ni celle de l'abbé de Saint-galll, n'empêchent point que la petite ville de Wyl ne jouisse de grands privileges. (D.J.)


WYLACHou WILACK, ou ILLOK, (Géog. mod.) bourgade de la basse-Hongrie, dans l'Esclavonie, sur la droite du Danube, à dix lieues au sud-est d'Essex. Lazius croit que c'est l'ancienne Ivollum. (D.J.)


WYNANDER-MEER(Géog. mod.) lac d'Angleterre, dans la province de Westmorland. Voyez WINANDER-MEER. (D.J.)


WYREHALLWIREHAL, WIRHAL, WERALL, & par les Gallois Kill-Gury, (Géog. mod.) presqu'île d'Angleterre, en Cheshire. Elle s'étend du nord-ouest au sud-est, de la longueur de seize milles, sur huit de largeur. Autrefois elle étoit inculte & toute afforestée, pour me servir du terme de la Jurisprudence du pays ; mais Edouard III. la fit déforester, c'est-à-dire qu'il permit à tout le monde d'en extirper le bois, d'y chasser, & d'y bâtir. Aussi elle est aujourd'hui passablement peuplée & parsemée de jolis bourgs qui composent ensemble treize paroisses. Il est vrai que son terroir est sec, mais la pêche y est abondante. (D.J.)


WYSOGROD(Géog. mod.) petite ville de la grande Pologne, au duché de Masovie, sur la Vistule, entre Warsovie & Ploczko, à six lieues de cette derniere ville. Long. 46. 22. latit. 57. 40. (D.J.)


WYSSERALA, (Géog. mod.) riviere de l'empire russien, en Sibérie. Elle tombe des rochers des montagnes de Joégoria, & se jette dans la riviere de Cam, laquelle se décharge dans le Wolga.