S. m. pl. (Littérature) familles particulières d'Italie, qui habitaient le territoire des Falisques. Ces familles en petit nombre, avaient en leur faveur un decret perpétuel du sénat qui les exemptait d'aller à la guerre, et de toutes autres charges, parce qu'elles fournissaient des prêtres, qui dans un sacrifice qu'on faisait toutes les années à Apollon, au mont Soracte, marchaient nuds pieds en présence de tout le peuple sur des charbons ardents, sans souffrir aucun mal ; c'est pour cette raison qu'Arons, qui était du nombre des prêtres de ces familles, parle ainsi dans l'Enéide, liv. XI. v. 785.

Summe deum, sancti custos Soractis Apollo

Quem primi colimus, cui pineus arbor acervo

Pascitur, et medium freti pietate per ignem

Cultores, multa premimus vestigia prima.

Virgile est admirable ; il savait aussi-bien que Servius son commentateur, aussi-bien que Pline et Varron, que ces prêtres ne marchaient impunément sur des brasiers, qu'après s'être frotté les pieds avec quelque préparation ; mais le prince des poètes latins respectait la religion et les préjugés de son pays, et ne s'en servait que pour l'embellissement de son ouvrage.

Strabon assure que le sacrifice dont j'ai parlé, était en l'honneur de Féronie, voyez FERONIE. Vous y trouverez l'explication de tout cela, et même l'interprétation des vers de Virgile, en faveur de ceux qui ne sont pas familiarisés avec la langue de ce poète.

J'ajoute ici qu'il y avait encore plus anciennement d'autres lieux où se donnait le même spectacle, et c'est toujours Strabon qui me l'apprend. Diane, surnommée Pérasia, avait un temple à Castabala dans la Cappadoce, où les prêtresses de ce temple marchaient pieds nuds sur la braise sans se bruler, ubi aiunt, dit notre géographe, lib. XII. p. 370, sacrificas mulieres illaesis pedibus, per prunas ambulare. Nous ne recherchons point les artifices qu'on pouvait pratiquer dans cette occasion pour tromper les spectateurs ; c'est assez de dire que nos bateleurs font des choses bien plus surprenantes que tout ce que les anciens content des hirpes et des prêtresses de Castabala, et cependant ce ne sont que de simples tours d'escamotage. (D.J.)