S. f. (Belles Lettres) ce mot veut dire pastoral, et signifie des poésies qui regardent les bergers et les troupeaux. Voyez PASTORAL.

Ce mot vient de , bos, et , cibus ; de-là , boves pasco ; et , qui pait les bœufs, bouvier bubulus.

La poésie bucolique est la plus ancienne de toutes les poésies, et l'on croit qu'elle a pris naissance en Sicile, parmi les divertissements des bergers. Elle fut inspirée par l'amour et par l'oisiveté. On ajouta ensuite des règles à ces divertissements champêtres, et l'on en fit un art. Le soin des troupeaux, les beautés de la nature, et les plaisirs de la vie rustique en faisaient les plus nobles sujets. Moschus, Bion, Théocrite et Virgile sont les plus agréables poètes bucoliques de l'antiquité. Voyez ECLOGUE et IDYLLE.

Selon M. de Fontenelle, Théocrite a quelquefois le style un peu trop bucolique. Il est des auteurs qui attribuent l'invention de la poésie bucolique à un berger nommé Daphnis ; d'autres à Bucolius, fils ainé de Laomédon.

Le grammairien Donat, dans la vie de Virgile, rapporte encore diverses autres opinions sur l'origine des bucoliques, que les uns attribuent aux Lacédemoniens, les autres à Oreste fugitif en Sicile, ceux-ci à Apollon, lorsqu'il gardait les troupeaux d'Admete ; ceux-là à Mercure : et comme dans cette diversité de sentiments, il est difficile de décider quel est le véritable auteur des bucoliques ; ce grammairien conclut qu'elles ont pris naissance dans ces temps heureux, où la vie pastorale était encore en honneur.

Les bucoliques, dit Vossius, ont quelque conformité avec la comédie ; elles sont, comme celle-ci, une image, une imitation, de la vie commune et ordinaire ; avec cette différence toutefois, que la comédie représente les mœurs des habitants de la ville, et les bucoliques les occupations des gens de la campagne : tantôt, ajoute-t-il, ce dernier poème n'est qu'un monologue, et tantôt il a la forme de dialogue ; et quelquefois il est en action, quelquefois en récit, et enfin mêlé de récits et d'actions, ce qui en constitue diverses espèces. Le vers hexamètre, pour la poésie grecque et latine, est le plus propre pour les bucoliques, et toutes celles de Virgile ont cette forme. On trouve cependant quelques vers pentamètres dans Théocrite, mais seulement faisant partie des chansons qu'il met dans la bouche de ses bergers. Dans la poésie française, toute mesure de vers est admise pour les pastorales ; les vers libres et irréguliers paraissent même convenir principalement à l'aisance nécessaire à ce genre, beaucoup plus négligé aujourd'hui qu'il ne l'était des anciens par les raisons que nous détaillerons au mot ECLOGUE.

On représentait quelquefois des bucoliques, c'est-à-dire des pastorales, sur les théâtres ; les décorations étaient alors simples, composées de branches d'arbres et de feuillages ; et l'instrument dont s'accompagnaient les acteurs, était la flute de roseau, nommée par les anciens , dont l'extérieur répondait à la simplicité du poème.

Au reste, toutes les éclogues ou les idylles ne doivent pas être mises au rang des bucoliques : les trois éclogues de Virgile, par exemple, intitulées Pollion, Silene, et Gallus, sont d'un style beaucoup plus noble que les sept autres, et roulent sur des matières fort différentes de la vie champêtre. C'est le sentiment de Servius, dans la vie de Virgile. Vossius, Instit. poet. lib. III. cap. VIIIe (G)