Grammaire & Littérature

S. f. (Grammaire et Littérature) vient de ferme, et signifie autre chose que solidité et dureté. Une toile serrée, un sable battu, ont de la fermeté sans être durs ni solides. Il faut toujours se souvenir que les modifications de l'âme ne peuvent s'exprimer que par des images physiques : on dit la fermeté de l'âme, de l'esprit ; ce qui ne signifie pas plus solidité ou dureté qu'au propre. La fermeté est l'exercice du courage de l'esprit ; elle suppose une résolution éclairée : l'opiniâtreté au contraire suppose de l'aveuglement. Ceux qui ont loué la fermeté du style de Tacite, n'ont pas tant de tort que le prétend le P. Bouhours : c'est un terme hasardé, mais placé, qui exprime l'énergie et la force des pensées et du style. On peut dire que la Bruyere a un style ferme, et que d'autres écrivains n'ont qu'un style dur. Article de M. DE VOLTAIRE.

adj. GRANDEUR, s. f. (Grammaire et Littérature) c'est un des mots les plus fréquemment employés dans le sens moral, et avec le moins de circonspection. Grand homme, grand génie, grand esprit, grand capitaine, grand philosophe, grand orateur, grand poète ; on entend par cette expression quiconque dans son art passe de loin les bornes ordinaires. Mais comme il est difficile de poser ces bornes, on donne souvent le nom de grand au médiocre.

On se trompe moins dans les significations de ce terme au physique. On sait ce que c'est qu'un grand orage, un grand malheur, une grande maladie, de grands biens, une grande misere.

S. f. (Grammaire et Littérature) c'est le mensonge des apparences, et faire illusion, c'est en général tromper par les apparences. Nos sens nous font illusion, lorsqu'ils nous montrent des objets où il n'y en a point ; ou lorsqu'il y en a, et qu'ils nous les montrent autrement qu'ils ne sont. Les verres de l'Optique nous font illusion de cent manières différentes, en altérant la grandeur, la forme, la couleur et la distance. Nos passions nous font illusion lorsqu'elles nous dérobent l'injustice des actions ou des sentiments qu'elles nous inspirent. Alors l'on croit parce que l'on craint, ou parce que l'on désire : l'illusion augmente en proportion de la force du sentiment, et de la faiblesse de la raison ; elle flétrit ou embellit toutes les jouissances ; elle pare ou ternit toutes les vertus : au moment où on perd les illusions agréables, on tombe dans l'inertie et le dégout. Y-a-t-il de l'enthousiasme sans illusion ? Tout ce qui nous en impose par son éclat, son antiquité, sa fausse importance, nous fait illusion. En ce sens, ce monde est un monde d'illusions. Il y a des illusions douces et consolantes, qu'il serait cruel d'ôter aux hommes. L'amour-propre est le père des illusions ; la nature a les siennes. Une des plus fortes est celle du plaisir momentané, qui expose la femme à perdre sa vie pour la donner ; et celle qui arrête la main de l'homme malheureux, et qui le détermine à vivre. C'est le charme de l'illusion qui nous aveugle en une infinité de circonstances, sur la valeur du sacrifice qu'on exige de nous, et sur la frivolité de la récompense qu'on y attache. Portez mon illusion à l'extrême, et vous engendrerez en moi l'admiration, le transport, l'enthousiasme, la fureur et le fanatisme. L'orateur conduit la persuasion ; l'illusion marche à côté du poète. L'orateur et le poète sont deux grands magiciens, qui sont quelquefois les premières dupes de leurs prestiges. Je dirai au poète dramatique : voulez-vous me faire illusion, que votre sujet soit simple, et que vos incidents ne soient point trop éloignés du cours naturel des choses ; ne les multipliez point ; qu'ils s'enchaînent et s'attirent ; méfiez-vous des circonstances fortuites, et songez surtout au peu de temps et d'espace que le genre vous accorde.
S. m. (Grammaire, Littérature, Commerce, etc.) memoire de ce qui se fait, de ce qui se passe chaque jour.

JOURNAL, en termes de Commerce, est un certain livre ou registre, dont les Marchands se servent pour écrire jour par jour toutes les affaires de leur commerce à mesure qu'elles se présentent. Voyez MANIERE DE TENIR LES LIVRES DE COMPTE.

On donne aujourd'hui le nom de journal à certains ouvrages qui contiennent le détail de ce qui se passe journellement en Europe. Voyez GAZETTE.

S. f. (Grammaire, Littérature et Morale) relâchement que l'on se permet contre les lois des mœurs ou des Arts. Il y a donc deux sortes de licence, et chacune des deux peut être plus ou moins vicieuse, ou même ne l'être point du tout.

Les grands principes de la Morale sont universels ; ils sont écrits dans les cœurs, on doit les regarder comme inviolables, et ne se permettre à leur égard aucune licence, mais on ne doit pas s'attacher trop minutieusement aux dernières conséquences que l'on en peut tirer, ce serait s'exposer à perdre de vue les principes mêmes.