S. m. (Ecrivain et Librairie) c'est un couteau d'ivoire ou de buis : il est fait à deux tranchants parallèles ; les deux bouts en sont arrondis. On s'en sert pour couper les feuillets d'un livre, ou mettre des feuilles de papier en carrés.

COUPOIR, (Fonderie en caracteres) Instrument servant aux Fondeurs de caractères d'Imprimerie, pour couper aux corps des caractères, certaines parties qui nuiraient à l'impression, et pour les rendre plus propres. De ces instruments il y en a de deux façon, de bois et de fer. Ceux de bois sont les plus anciens, et ils subsistent depuis l'origine de la Fonderie. C'est un billot de bois d'un seul morceau, assujetti à hauteur d'appui sur une espèce de banc fermé à l'entour, pour recevoir les rognures des lettres. Ce billot est entaillé dans toute sa longueur de trois à quatre pouces de profondeur. Dans cette entaille, aux parois du côté gauche, on met le justifieur, aussi de bois, qui contient deux ou trois cent lettres plus ou moins, suivant leur grosseur, arrangées à côté les unes des autres ; puis entre ce justifieur et le parois à droite du billot, on place un coin de bois qui en remplit le vuide, et qui frappé à plusieurs coups de maillet, serre les lettres dans le justifieur, pour pouvoir souffrir l'effort d'un rabot avec lequel on les coupe. Voyez JUSTIFIEUR.

Le coupoir de fer est d'une invention moderne, beaucoup plus composé, plus propre et plus commode, et avec lequel on fait l'ouvrage plus diligemment et plus surement. Celui-ci est d'autant mieux inventé, que l'autre est bruyant, et sujet à se déranger par les intempéries de l'air qui tourmentent le bois. Voyez la Planche III. du Fondeur de caractères, fig. 1. et 2.

Il fut inventé à Sedan par Jean Janon graveur, fondeur et imprimeur de cette ville, qui rendit public en 1621 un cahier d'épreuves des caractères qu'il avait gravés. Voici quelle fut l'occasion de cette découverte. Janon avait depuis longtemps sa femme malade, et comme entreprise de tous ses membres : le bruit réitéré des coups de maillet pour serrer le coin qui tient les lettres fermes dans ce coupoir de bois, venant à retentir à ses oreilles, lui causait une grande douleur, suivie d'un accès de mal de tête. Cet homme chercha les moyens de soulager sa femme, et fit part de son dessein à un habile armurier de la même ville ; et tous les deux ensemble, après plusieurs recherches, inventèrent cette machine pour la fin qu'ils s'étaient proposée, d'eviter le bruit, et ajoutèrent à cela tout ce que l'art put leur fournir pour en faire une belle composition, commode et aisée ; en quoi ils réussirent. L'auteur ne jouit pas longtemps du fruit de son invention ; il mourut peu de temps après. Sa fonderie passa après lui entre les mains de plusieurs fondeurs, qui ne connurent point l'usage de ce nouveau coupoir : cela fit qu'il resta inconnu jusqu'au temps que cette fonderie ayant passé des mains du sieur Langlais imprimeur et libraire, et depuis syndic de la Librairie de Paris, dans celles du sieur Cot fondeur dans la même ville, celui-ci en rassembla les pièces ; et reconnaissant l'utilité de cette nouvelle machine, en fit faire un par un nommé Labrune armurier à Paris, qui l'exécuta suivant ce modèle, et avec quelques légers changements.

M. de la Chapelle sur-intendant des bâtiments du Roi, ayant été instruit de l'utilité de ce nouveau coupoir, en a fait faire un sur le modèle du sieur Cot pour la fonderie du Roi au Louvre. En 1739 le sieur Fournier le jeune en a fait faire un pour son usage, où il a changé et transposé plusieurs pièces, pour le rendre plus parfait et plus commode. C'est d'après le sien qu'on a dessiné celui de nos Planches. Voyez ces Planches. Voyez aussi l'art. CARACTERES.

* COUPOIR, à la Monnaie, est un instrument de fer qui sert à emporter des lames de métal, les flancs destinés à faire des monnaies. Pl. I. fig. 1. En voici la description.

L'arbre de fer à vis A, B, C, est attaché au montant G H I ; au-dessous de la tête A, est emboitée la manivelle D E à main en F, et armée d'une boule de plomb K ; au montant G H sont adaptées deux jumelles de fer M N, qui servent d'écrou et de directrices à l'arbre A B C, à l'extrémité duquel est assemblé à clavettes l'appui O P à mortaise en Q, où est reçue la queue du plein R, qui va frapper le coupant S enclavé à vis dans la boite V. Le coupant est creux, et la table X X est percée ; ainsi lorsque le plein R vient frapper une lame de métal placée entre lui et le coupant S, le plein R force le métal à s'enfoncer en creux sur le coupant ; et ce coupant S, qui est vif et d'acier acéré, emporte de la lame la partie qu'on lui oppose ; et cette partie, qui est le flanc, passant dans le coupant et à-travers la table X, tombe dans le panier Z. Il faut avoir autant de coupoirs qu'il y a de différentes monnaies : mais pour toutes les espèces, les coupoirs sont construits de même ; il n'y a que le coupant qui change de calibre.