& par corruption PRÊTRE-JEAN, (Histoire moderne) on appelle ainsi l'empereur des Abissins, parce qu'autrefois les princes de ce pays étaient effectivement prêtres, et que le mot jean en leur langue veut dire roi.

Ce sont les François qui les premiers les ont fait connaitre en Europe sous ce nom, à cause qu'ils ont les premiers trafiqué avec leurs sujets. Son empire était autrefois de grande étendue, maintenant il est limité à six royaumes, chacun de la grandeur du Portugal.

Ce nom de prêtre-jean est tout à fait inconnu en Ethiopie, et il vient de ce que ceux d'une province où ce prince réside souvent, quand ils veulent lui demander quelque chose, crient jean coi, c'est-à-dire mon roi. Son véritable titre est celui de grand-negus.

Il y a un prêtre-jean d'Asie, dont parle Marc Paolo, vénitien, en ses voyages. Il commande dans la province de Cangingue, entre la Chine et les royaumes de Sifan et de Thibet ; c'est un royaume dont les Chinois font grand cas, pour être bien policé, et rempli de belles villes bien fortifiées, quoiqu'ils méprisent fort tous les royaumes étrangers.

Quelques-uns ont dit qu'il était ainsi nommé d'un prêtre Nestorien, dont parle Albericus, et qui monta sur le trône vers l'an 1145. D'autres disent, que c'est à cause qu'il porte une croix pour symbole de sa religion.

Scaliger prétend que le nom de prêtre-jean vient des mots persans preste-cham, qui signifient roi apostolique ou roi chrétien. D'autres le dérivent de prester, esclave, et du même mot cham, auquel cas prete-jean signifie roi des esclaves : enfin, quelques-uns veulent qu'il soit formé du persan preschteh-gehan, qui signifie l'ange du monde, et remarquent que les empereurs du Mogol ont pris souvent le titre de schah-gehan, c'est-à-dire le roi du monde ; mais il n'est pas étonnant qu'on ait formé tant d'opinions différentes sur le nom d'un monarque qui n'a jamais existé, du moins sous ce titre dans son propre pays, parce qu'on était alors fort peu dans le goût des voyages, et que les Chrétiens occidentaux n'osaient se risquer dans la haute Asie dans un temps où les Asiatiques maltraitaient tous les Européens, à cause de la différence des religions ; mais depuis que les voyageurs ont pénétré dans les contrées les plus reculées de l'Asie et de l'Afrique, il n'est rien resté du prete-jean qu'un nom sans réalité, et beaucoup de traditions fabuleuses qu'en avaient publiées les anciens auteurs, sur des relations qu'ils adoptaient avidement et sans examen. Les Portugais eux-mêmes qui ont parcouru toute l'Ethiopie, n'ayant rien découvert sur ce prince des Abyssins, sinon qu'il était chrétien jacobite, et nulle trace du nom de prêtre-jean, si ce n'est que les Ethiopiens nommaient leur empereur belulgian, c'est-à-dire en leur langue précieux et puissant.