S. m. (Histoire moderne) se dit proprement du cartel ou provocation au combat, fort en usage dans les siècles précèdents, de particuliers à particuliers, pour soutenir la réputation de bravoure de leur nation.

M. de Sainte-Palaye, dans son ouvrage sur la Chevalerie ancienne et moderne, remarque que la France et l'Angleterre, si longtemps ennemies, ont vu souvent, même dans les temps de treve ou de paix, leurs champions se faire des défis mutuels pour soutenir la prééminence de valeur, sans-cesse disputée entre les deux nations. On lit dans l'histoire de Charles VI. par le moine de S. Denis (liv. XXII. chap. viij.) la substance des lettres de défi du duc d'Orléans, adressées en 1402 au duc de Lancastre, pour le combattre à la tête de cent gentilshommes, sous la condition que les vaincus seraient à la discrétion des vainqueurs. Le cartel fut mal reçu ; le héraut qui le porta, renvoyé sans présent contre la noble coutume, et le combat rejeté comme inégal, depuis que Lancastre était monté sur le throne d'Angleterre.

Nos historiens ont décrit quantité de défi-d'armes des Anglais contre les Français, outre les défis des Espagnols et des Portugais. Voyez, par exemple, dans Fraissard, liv. IV. le détail d'un défi-d'armes près de Calais, pendant trente jours consécutifs (à l'exception des vendredis) qui fut proposé par trois chevaliers chambellans du roi, et vous trouverez plusieurs faits curieux sur cette matière.

On sait que l'amour et les dames figuraient souvent avec honneur dans les cartels envoyés pour ces défi-d'armes. Monstrelet nous a conservé soigneusement les exploits qui se donnèrent de part et d'autre pour un pareil défi, en l'année 1400, entre un chevalier Anglais, demandeur, et Michel Dorris Arragonais, défendeur.

Ces sortes de défi avaient leurs lais, mais celle qui exigeait la permission du roi fut communément négligée. Un seigneur d'Angleterre, nommé Cornouaille, en 1409, étant passé en France sous un sauf-conduit pour le défi-d'armes à outrance, pour l'amour de sa dame, trouva un chevalier tout prêt à lui accomplir le fait d'amour, ils étaient sur le point de commencer le combat quand ils furent séparés par ordre du roi.

On pourrait ajouter à ces défis tous ceux qui furent proposés dans diverses factions, qui trop souvent partagèrent notre nation et nos princes, comme celle des Armagnacs, des Orléanais, des Bourguignons, des Royalistes. Jean le Fèvre de Saint-Remy fait le récit du défi-d'armes qui fut proposé en 1414, pendant le siege d'Arras à Lens en Artais, entre quatre François et quatre Bourguignons.

Enfin on pourrait inscrire dans la liste de tant de défi-d'armes, celui que Henri IV. en 1590, après la levée du siege de Paris, offrit par un héraut au duc de Mayenne pour viderleur querelle, afin qu'un combat décisif terminât une fois les calamités de la France. Le chevalier Novenaire fait aussi mention, sous l'an 1591, du défi du comte d'Essex au comte de Villars qui commandait dans Rouen pour la ligue. Le comte d'Essex offrait de soutenir à pied ou à cheval, armé ou en pourpoint, que la querelle du roi était plus juste que celle de la ligue ; que lui comte d'Essex était meilleur que Villars, et qu'il avait une plus belle maîtresse que Villars. Celui-ci répond qu'il ne croit point ce que le comte d'Essex avançait de l'excellence de sa maîtresse.

Ces divers exemples que rapporte M. de Saint-Palaye dans l'ouvrage curieux que j'ai déjà cité au commencement de cet article, peuvent suffire, j'y renvoie le lecteur, de même qu'au Théatre d'honneur de la Colombière, et je finis par une remarque importante. Les défis-d'armes de particuliers à particuliers ont pris leur origine dans la pratique de défier son ennemi avant que de l'attaquer à force ouverte ; pratique, qui des Grecs et des Romains, a passé dans toutes les nations qui ont connu les lois de la guerre. Nous lisons dans Fraissard, tome I. ch. xxxjv. qu'Edouard roi d'Angleterre ayant été fait vicaire de l'empire, avec un pouvoir très-ample : " Fut-là, dit l'historien, renouvellé un jugement et statut, et affermé qui avait été fait au temps passé à la cour de l'empereur, qui était tel, que qui voulait autrui grever ou porter dommage, il le devait défier trois jours devant son fait : qui autrement le faisait, il devait être atteint de mauvais et vilain fait ". Confrontez les articles HERAUT, CARTEL, COMBAT JUDICIAIRE, COMBAT SINGULIER, DUEL, DECLARATION DE GUERRE, etc. Cet article est de M(D.J.)