(Histoire ancienne) fêtes de Cerès, instituées par Triptoleme, fils de Celéus, roi d'Eleusine, dans l'Attique, en reconnaissance de ce que Cerès, qu'on croyait avoir été sa nourrice, lui avait appris l'art de cultiver le blé et d'en faire du pain.

On célebrait à Athenes deux fêtes de cette déesse ; l'une nommée Eleusines, et l'autre Thesmophories. Voyez ELEUSINES et THESMOPHORIES.

Toutes deux, et en général toutes les solennités de Cerès avaient cela de commun, qu'on les célébrait avec beaucoup de religion et de tempérance, jusqu-là qu'on s'abstenait du vin et de tout commerce avec les femmes pendant ce temps-là pour honorer une divinité qui s'était distinguée par sa chasteté et sa sobriété. Quelques critiques ont même prétendu qu'en mémoire de ces deux vertus ; on n'offrait point de vin à la déesse dans ses sacrifices, et que les libations s'y faisaient seulement avec du mulsum, sorte de mixtion de vin et de miel bouillis ensemble ; et que c'est ce que Virgile appelle miti baccho, du vin adouci : cependant Caton assure expressément qu'on s'y servait de vin : d'autres croient que Cerès seule n'était pas honorée dans ces fêtes, qu'on y révérait encore Bacchus et Hercule, en leur sacrifiant des porcs ou des truies avec du mulsum, à cause que ces animaux causent beaucoup de degât aux biens de la terre, dont Cerès et Bacchus étaient regardés comme les divinités tutélaires.

Ces fêtes passèrent des Grecs aux Romains, qui les célébraient pendant huit jours, à compter depuis le cinquième des ides d'Avril. Les dames seules vêtues de blanc, y faisaient l'office de prêtresses ; et les hommes habillés de la même couleur, celui de simples spectateurs. Toute personne en deuil ou qui avait assisté à des funérailles, était exclus de cette solennité : et après la bataille de Cannes, comme toute la ville était dans un deuil universel, on fut obligé de remettre à une autre année les fêtes de Cerès. Entre les autres cérémonies, celle-ci était remarquable ; on ne mangeait que le soir après le soleil couché, parce que Cerès en avait fait de même en cherchant sa fille Proserpine enlevée par Pluton. On y courait encore çà et là avec des flambeaux, pour représenter les courses inquietes de cette mère allarmée. On y portait en pompe selon Macrobe, un œuf, ovule in cerealis pompae apparatu numerabatur primum ; et cet œuf, dit-on, représentait le monde ou la terre, que Cerès avait enrichie par le blé. Au sacrifice succédaient des festins, suivis de combats de gladiateurs, et de courses de chariots dans le cirque. Les prêtres de Cerès chez les Grecs étaient nommés Eumolpides, d'Eumolpe fils de Triptoleme ; on les appelait encore taciti mystae, parce qu'il ne leur était pas permis de divulguer les mystères de la déesse. (G)