S. m. (Histoire ancienne) nom que les Romains donnaient au second ordre de la république. On sait que l'état de Rome était partagé en trois corps. Les patriciens qui étaient proprement les pères de la patrie, c'est à-peu-près ce que signifie leur nom : ils avaient aussi le nom de sénateurs, parce qu'ils formaient le corps du sénat, qui était composé des anciens de leur ordre. Les chevaliers venaient ensuite, et formaient le second corps de l'état : il y en avait un grand nombre, ils faisaient la force des armées romaines, et ne combattaient qu'à cheval ; c'est d'où ils tirent leur nom, soit latin, soit français. Ils parvenaient quelquefois à la dignité de sénateurs, et la république leur donnait et entretenait pour le service militaire un cheval tout équipé : mais dans les derniers temps de la république ils s'en dispensèrent, et devinrent publicains, c'est-à-dire fermiers des impôts. La marque de leur ordre était une robe à bandes de pourpre, peu différente de celle des sénateurs, et au doigt un anneau d'or, avec une figure ou un emblème gravé sur une pierre sinon précieuse, du moins de quelque prix. On sait qu'Annibal ayant vaincu les Romains, envoya plusieurs boisseaux de ces anneaux ; et c'est des pierres qu'on y employait, que nous sont venues toutes ces pierres gravées qui font aujourd'hui l'ornement des cabinets des antiquaires. A chaque lustre, les censeurs passaient en revue les chevaliers en les appelant chacun par leur nom ; et s'ils n'avaient pas le revenu marqué par la loi pour tenir leur rang, equester census, que quelques-uns fixent à dix mille écus, ou s'ils menaient une conduite peu réglée, les censeurs les rayaient du catalogue des chevaliers, leur ôtaient le cheval, et les faisaient passer à l'ordre des plébéiens : on les cassait aussi, mais pour un temps, lorsque par négligence leurs chevaux paraissaient en mauvais état. Sous les empereurs, l'ordre équestre déchut peu-à-peu ; et le rang de chevaliers ayant été accordé par les empereurs à toutes sortes de personnes, et même à des affranchis, on ne le regarda plus comme une marque d'honneur. Ovide, Ciceron, Atticus, étaient chevaliers.

CHEVALIER, (Histoire moderne) signifie proprement une personne élevée ou par dignité ou par attribution au-dessus du rang de gentilhomme. Voyez GENTILHOMME et NOBLESSE.

La chevalerie était autrefois le premier degré d'honneur dans les armées ; on la donnait avec beaucoup de cérémonies à ceux qui s'étaient distingués par quelqu'explait signalé. On disait autrefois adouber un chevalier, pour dire adopter un chevalier, parce qu'il était réputé adopté en quelque façon fils de celui qui le faisait chevalier. Voyez ADOPTION.

On pratiquait plusieurs cérémonies différentes pour la création d'un chevalier : les principales étaient le soufflet, et l'application d'une épée sur l'épaule ; ensuite on lui ceignait le baudrier, l'épée, et les éperons dorés, et les autres ornements militaires ; après quoi, étant armé chevalier, on le conduisait en cérémonie à l'église.

Les chevaliers portaient des manteaux d'honneur fendus par la droite, rattachés d'une agraffe sur l'épaule, afin d'avoir le bras libre pour combattre. Vers le XVe siècle, il s'introduisit en France des chevaliers en lais, comme il y en avait en armes ; leurs manteaux et leurs qualités étaient très-différentes. On appelait un chevalier d'armes, messire ou monseigneur, et le chevalier de loi n'avait que le titre de maître un tel. Les premiers portaient la cotte d'armes armoriée de leur blason, et les autres une robe fourrée de vaire, et le bonnet de même.

Il fallait être chevalier pour armer un chevalier : ainsi François I. fut armé chevalier avant la bataille de Marignan par le chevalier Bayard, qu'on appelait le chevalier sans peur et sans reproche.

Cambden a décrit en peu de mots la façon dont on fait un chevalier en Angleterre : Qui equestrem dignitatem suscipit, dit-il, flexis genibus leviter in humero percutitur ; princeps his verbis affatur ; Sus vel sois chevalier au nom de Dieu, surge vel sis eques in nomine Dei ; cela doit s'entendre des chevaliers-bacheliers, qui sont en Angleterre l'ordre de chevalerie le plus bas, quoiqu'il soit le plus ancien.

Souvent la création des chevaliers exigeait plus de cérémonies, et en leur donnant chaque pièce de leur armure, on leur faisait entendre que tout y était mystérieux, et par-là on les avertissait de leur devoir. Chamberlain dit qu'en Angleterre, lorsqu'un chevalier est condamné à mort, on lui ôte sa ceinture et son épée, on lui coupe ses éperons avec une petite hache, on lui arrache son gantelet, et l'on biffe ses armes. Pierre de Belloy dit que l'ancienne coutume en France pour la dégradation d'un chevalier, était de l'armer de pié-en-cap comme s'il eut dû combattre, et de le faire monter sur un échaffaud, où le héraut le déclarait traitre, vilain, et déloyal. Après que le roi ou le grand-maître de l'ordre avait prononcé la condamnation, on jetait le chevalier attaché à une corde sur le carreau, et on le conduisait à l'église en chantant le pseaume 108. qui est plein de malédictions, puis on le mettait en prison pour être puni selon les lais. La manière de révoquer l'ordre de chevalerie aujourd'hui en usage, est de retirer à l'accusé le collier ou la marque de l'ordre, que l'on remet ensuite entre les mains du trésorier de cet ordre.

La qualité de chevalier s'avilit avec le temps par le grand nombre qu'on en fit. On prétend que Charles V. ou, selon d'autres, Charles VI. en créa cinq cent en un seul jour : ce fut pour cette raison qu'on institua de nouveaux ordres de chevalerie, pour distinguer les gens selon leur mérite. Pour les différents ordres de chevalerie en Angleterre, voyez les artic. BACHELIER, BANNERET, BARONET, BAINS, JARRETIERE, etc.

Chevalier s'entend aussi d'une personne admise dans quelqu'ordre, soit purement militaire, soit militaire et religieux tout ensemble, institué par quelque roi ou prince, avec certaines marques d'honneur et de distinction. Tels sont les chevaliers de la jarretière, de l'éléphant, du saint-Esprit, de Malthe, etc. Voyez-les sous les articles JARRETIERE, ELEPHANT, etc.

CHEVALIER ERRANT, prétendu ordre de chevalerie, dont tous les vieux romans parlent amplement.

C'étaient des braves qui couraient le monde pour chercher des aventures, redresser les torts, délivrer des princesses, et qui saisissaient toutes les occasions de signaler leur valeur.

Cette bravoure romanesque des anciens chevaliers était autrefois la chimère des Espagnols, chez qui il n'y avait point de cavalier qui n'eut sa dame, dont il devait mériter l'estime par quelqu'action héroïque. Le duc d'Albe lui-même, tout grave et tout sévère qu'il était, avait, dit-on, voué la conquête du Portugal à une jeune beauté. L'admirable roman de dom Quichotte est une critique fine et de cette manie, et de celle des auteurs espagnols à décrire les aventures incroyables des chevaliers errants.

Il ne faut pas croire cependant que les chevaliers errants se vouassent simplement à une dame qu'ils respectaient ou qu'ils affectionnaient : dans leur première origine c'était des gentilshommes distingués qui s'étaient proposé la sûreté et la tranquillité publique : ce qui a rapport à l'état de la noblesse sous la troisième race. Comme les anciens gouverneurs de provinces avaient usurpé leurs gouvernements en titre de duché pour les grandes provinces, et de comté pour de moindres, ce qui a formé les grands vassaux de la couronne ; de même les gentilshommes des provinces voulurent usurper à titre d'indépendance les domaines dont ils étaient pourvus, ou qu'ils avaient reçus de leurs pères. Alors ils firent fortifier des châteaux dans l'étendue de leurs terres, et là ils s'occupaient, comme des brigands, à voler et enlever les voyageurs dans les grands chemins ; et quand ils trouvaient des dames, ils regardaient leur prise comme un double avantage. Ce désordre donna lieu à d'autres gentilshommes de détruire ces brigandages : ils couraient donc les campagnes pour procurer aux voyageurs la sûreté des chemins. Ils prenaient même les châteaux de ces brigands, où on prétendait que les dames qu'on y trouvait étaient enchantées, parce qu'elles n'en pouvaient sortir. Depuis on a fait par galanterie, ce qui d'abord s'était fait par nécessité. Voilà quelle fut l'origine des chevaliers errants, sur lesquels nous avons tant de romans.

CHEVALIER-MARECHAL, est un officier du palais des rois d'Angleterre, qui prend connaissance des délits qui se commettent dans l'enceinte du palais ou de la maison royale, et des actes ou contrats qu'on y passe, lorsque quelqu'un de la maison y est intéressé.

CHEVALIERS DE LA PROVINCE, ou CHEVALIERS DU PARLEMENT, ce sont en Angleterre deux gentilshommes riches et de réputation, qui sont élus en vertu d'un ordre du roi, in pleno comitatu, par ceux des bourgeois de chaque province qui paient quarante schelins par an de taxe sur la valeur de leurs terres, pour être les représentatifs de cette province dans le parlement.

Il était nécessaire autrefois que ces chevaliers des provinces fussent milites gladio cincti, et même l'ordre du roi pour les élire est encore conçu en ces termes ; mais aujourd'hui l'usage autorise l'élection de simples écuyers pour remplir cette charge.

Chaque chevalier de province, ou membre de la chambre des communes, doit avoir au moins cinq cent livres sterling de rente : à la rigueur, c'est à la province qu'ils représentent à payer tous leurs fraix ; mais aujourd'hui il arrive rarement qu'on l'exige. Voyez PARLEMENT. (G) (a)

CHEVALIER DU BAIN, (Histoire moderne d'Angleterre) ordre militaire en Angleterre. On a déjà donné sur cet ordre, au mot BAIN, un détail instructif, auquel nous n'ajouterons que peu de lignes.

Il est singulier qu'on ignore le temps de l'institution de cet ordre de chevalerie, qui fut en honneur au moins depuis Henri IV. jusqu'au temps de Charles II. et qui depuis ce prince fut entièrement négligé, et presque oublié jusqu'en 1725, que le roi Georges I. le ressuscita par une création de trente-six nouveaux chevaliers. La cérémonie fut somptueuse ; elle couta plus de trente mille livres sterling au roi, et quatre ou cinq cent à chaque chevalier. Le duc de Montauge en fut nommé grand-maître, et cette dignité lui valut sept à huit mille pièces. Le chevalier Robert Walpole, dès-lors regardé comme premier ministre, porta l'étendard. Le roi pour concilier plus de faveur à cet ordre ressuscité, déclara qu'il serait comme la pepinière des chevaliers de la jarretière. Mais les désirs, les intentions, les volontés des rais, ne sont guère mieux réalisées après leur mort, que celles des particuliers. Article communiqué par M(D.J.)

CHEVALIER BARONET, (Histoire moderne d'Angleterre) classe de nobles en Angleterre, entre les barons et les simples chevaliers. Voyez le mot BARONET, et ajoutez-y le détail suivant.

La prodigalité de Jacques I. le mettant toujours à l'étroit, il eut enfin recours en 1614, à un projet formé par le comte de Salisbury ; c'était de créer des chevaliers baronets, qui faisaient un corps de noblesse mitoyen entre les barons et les chevaliers ordinaires. Le nombre en fut d'abord fixé à deux cent ; mais le roi n'en fit que cent à la première promotion, suivant Rapin Thoiras, et seulement dix-neuf, suivant Tindal.

Dans les actes de justice on devait ajouter aux titres de ces chevaliers, celui de baronet, avec le nom de sire, et leurs femmes devaient être qualifiées de lady. Leur place à l'armée fut établie au gros près de l'étendard du roi, pour la défense de sa personne. Afin de donner quelque couleur à cette nouvelle institution, les patentes portèrent qu'ils entretiendraient chacun 30 soldats en Irlande pendant trois ans, à raison de huit sous par jour pour chaque soldat, ou qu'ils payeraient mille quatre-vingt-quinze livres sterling, et que le roi se chargerait d'entretenir ces troupes en Irlande. Aussi est-ce la coutume pour ceux qui depuis ce temps-là ont été reçus à cet ordre, d'avoir une quittance endossée à leurs lettres patentes de la même somme de mille quatre-vingt-quinze livres sterling, destinée au même usage ; et faute d'un pareil endossement, plusieurs baronets furent obligés, sous le règne de Charles II. de payer cette somme de mille quatre-vingt-quinze livres sterling. Voyez Tindal. Article communiqué par M(D.J.)

CHEVALIER, (Jurisprudence) Nous avons en cette matière à parler de plusieurs sortes de chevaliers ; savoir, les chevaliers du guet, les chevaliers d'honneur, et les chevaliers ès lais.

Chevalier du guet est un officier d'épée préposé à la garde de la ville, avec un certain nombre d'hommes à pied et à cheval. Le guet n'était autrefois en faction que la nuit ; c'est pourquoi le chevalier du guet était appelé praefectus vigilum. Présentement à Paris une partie du guet monte aussi la garde le jour. Le chevalier du guet de Paris était établi dès le temps de S. Louis ; il avait voix délibérative lorsqu'on jugeait les prisonniers pris par sa compagnie, suivant une déclaration du 27 Novembre 1643. Cet office a été supprimé. Celui qui est présentement à la tête du guet, a le titre de commandant.

On avait aussi créé en 1631 et 1633, des offices de chevalier du guet dans toutes les grandes villes ; mais ils ont été supprimés en 1669, à l'exception de ceux qui étaient créés plus anciennement, tels que celui de Lyon.

Chevalier d'honneur, est un officier d'épée qui a rang, séance, et voix délibérative dans certaines compagnies de justice ; il y en a dans quelques cours supérieures, dans les bureaux des finances, et dans les présidiaux ; ils ne peuvent assister au jugement des procès criminels qu'ils ne soient gradués. Voyez les édits, déclarations, et arrêts indiqués dans Brillon, au mot Chevalier, n. 5.

Chevalier de justice, est un titre que prennent certains chevaliers, pour signifier qu'ils n'ont point été dispensés des preuves de noblesse.

Chevalier ès lais, était un officier de justice auquel le roi conférait le titre de chevalier. On distinguait autrefois ces chevaliers des chevaliers d'armes. Guillaume Flotte chancelier de France, Guillaume Bertrand, Jean du Chastelier, Simon de Bucy premier président du parlement, Pierre de Senniville, tous nommés en 1340 dans une déclaration de Philippe de Valais pour le privilège de l'université de Paris, sont qualifiés chevaliers en lais.

Fraissard, liv. I. ch. lxxiij. dit pareillement que Simon de Bucy était chevalier en lais. Il donne aussi la même qualité à Renaud de Sens.

Plusieurs chanceliers et autres magistrats furent faits chevaliers.

Jacques de Beauquemar premier président du parlement de Rouen, fut fait chevalier par Charles IX. le 26 Septembre 1566. Voyez le traité de la noblesse par de Laroque, chap. cv. (A)

CHEVALIER, s. m. (Ornithologie) pluvialis major. Ald. limosa venetorum. Gesn. oiseau aquatique qui pese sept onces ; il a quinze ou seize pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'au bout des pattes ; l'envergeure est d'environ vingt-deux pouces ; le bec est mince et de couleur noire, à l'exception de l'angle de la pièce inférieure qui est rouge ; il a deux pouces et demi de longueur ; le sommet de la tête, la face supérieure du cou, le dessus des ailes, les épaules, et la partie antérieure du dos, sont de couleur brune mêlée de couleur cendrée ou blanchâtre ; les bords des plumes du sommet de la tête sont blancs et le milieu est noir ; le croupion et le dessous de l'oiseau sont blancs. Il a vingt-six grandes plumes brunes dans les ailes ; les cinq premières sont d'un brun foncé, et leurs barbes intérieures sont parsemées de points blanchâtres ; les dernières grandes plumes sont de couleur moins foncée, et ont de petites taches blanches. La queue a environ trois pouces de longueur ; elle est composée de douze plumes sur lesquelles il y a des bandes transversales et ondoyantes, alternativement brunes et blanches. Les pattes sont fort longues, et dégarnies de plumes jusqu'à deux pouces au-dessus de la première articulation ; leur couleur est mêlée de verd, et de couleur livide ; le doigt postérieur est petit ; les ongles sont noirs, et le doigt extérieur est uni au doigt du milieu à sa naissance.

On a donné le nom de chevalier aux pieds verts à cet oiseau, à cause de la couleur de ses pieds. Il y en a un autre que l'on a nommé le chevalier aux pieds rouges, parce qu'il a les pieds d'un jaune rougeâtre. Son bec est un peu plus court que celui du premier ; son cou et sa tête sont d'un brun cendré ; il a une ligne blanche au-dessus des yeux : au reste ces deux oiseaux se ressemblent. Willughby, ornith.

Selon Belon, le chevalier, calidris, a été ainsi nommé parce qu'il a les jambes fort longues, et qu'il parait aussi haut monté qu'un cavalier. On en distingue deux sortes, le rouge et le noir. Le premier est appelé chevalier rouge, ou chevalier aux pieds rouges, parce qu'il a les pattes de cette couleur et le bec, à l'exception du dessus qui est noirâtre. Il a le ventre blanc ; les plumes de la tête et du cou, celles qui sont sous les ailes et sous le croupion, sont de couleur cendrée. La racine des plumes de cet oiseau est noire ; il a deux taches de la même couleur sur les tempes, et une blanche sous les sourcils. Les doigts de devant sont joints par une membrane, et celui de derrière est petit. Cet oiseau ayant le corps fort petit en comparaison de la longueur de ses jambes, il ne faut pas s'étonner s'il court fort légèrement. On le trouve dans les prairies et sur le bord des rivières et des étangs ; il se met ordinairement dans l'eau jusqu'aux cuisses. Cet oiseau est excellent à manger ; c'est un des meilleurs oiseaux de rivière.

Le chevalier noir a dès sa naissance les pattes noires et le bec, excepté auprès de la tête ; la partie de la pièce supérieure qui y touche est rougeâtre ; son plumage a aussi plus de noir ; le corps est d'une couleur cendrée noirâtre. Belon, hist. de la nat. des oiseaux, liv. IV.

Willughby soupçonne que ces deux sortes de chevaliers pourraient bien être le mâle et la femelle de la même espèce, et que dans ce cas le chevalier aux pieds rouges serait la femelle. Voyez OISEAU. (I)

CHEVALIER, (Jeu) c'est le nom d'une pièce aux échecs. Voyez ECHECS.