Histoire des Turcs

S. m. (Histoire moderne des Turcs) noms des muets mutilés qui accompagnent ordinairement le grand-seigneur quand il va dans les divers appartements du vieux et du nouveau serrail. Ils sont en particulier les gellaks, c'est-à-dire les bourreaux qu'il emploie toutes les fois qu'il veut faire périr quelqu'un en secret, comme des freres, ou d'autres parents, des sultanes, des maîtresses, des grands officiers, etc. Alors les diltsis ont l'honneur d'être les exécuteurs privilégiés de sa politique, de sa vengeance, de sa colere, ou de sa jalousie. Ils préludent à quelque distance leur exécution par des espèces d'hurlements semblables à ceux du hibou, et s'avancent tout de suite vers le malheureux ou la malheureuse condamnée, tenant leurs cordons de soie à la main, marques funestes d'une mort aussi promte qu'infaillible. Cet appareil simple, mais par-là encore plus sinistre ; le coup mortel imprévu qui en est l'effet ; le commencement de la nuit, temps prescrit d'ordinaire pour l'exécution ; le silence de ces demi-monstres qui en sont les bourreaux, et qui n'ont pour tout usage de la voix qu'un glapissement clair et funeste qu'ils arrachent du gosier en saisissant la victime ; tout cela, dis-je, fait dresser les cheveux, et glace le sang des personnes même qui ne connaissent ces horreurs que par récit. Article de M. le Chevalier DE JAUCOURT.
S. m. (Histoire des Turcs) officier des janissaires, dont la charge répond à celle de prevôt d'armée dans nos régiments. Il juge des différends et de légers délits qui peuvent survenir parmi les janissaires ; s'il s'agit de délits considérables, et de choses très-graves, il en fait son rapport à l'aga qui décide en dernier ressort. Voyez JANISSAIRE. (D.J.)
PELERINAGE DE LA (Histoire des Turcs) c'est un voyage à la Meque prescrit par l'alcoran. " Que tous ceux qui peuvent le faire, n'y manquent pas, dit l'auteur de ce livre ". Cependant le pélerinage de la Meque est non-seulement difficile par la longueur du chemin, mais encore par rapport aux dangers que l'on court en Barbarie, où les vols sont fréquents, les eaux rares et les chaleurs excessives. Aussi par toutes ces raisons, les docteurs de la loi ont décidé qu'on pouvait se dispenser de cette course, pourvu qu'on substituât quelqu'un à sa place.

S. m. (Histoire des Turcs). On appelle muézin en Turquie l'homme qui par sa fonction doit monter sur le haut de la mosquée, et convoquer les Mahométants à la prière. Il crie à haute voix que Dieu est grand, qu'il n'y a point d'autre Dieu que lui, et que chacun vienne songer à son salut. C'est l'explication de son discours de cloche ; car dans les états du grand-seigneur il n'y a point d'autre cloche pour les Musulmants. Ainsi les Turcs, pour se moquer du vain babil des Grecs, leur disent quelquefois, nous avons même des cloches qui pourraient vous apprendre à parler. Le petit peuple de Sétines (l'ancienne Athènes) ne règle les intervalles de la journée que par les cris que font les muézins sur les minarets, au point du jour, à midi, et à six heures du soir. (D.J.)
S. m. (Histoire des Turcs) nom du précepteur des fils du grand-seigneur. Quoique les fils des sultants soient élevés dans la mollesse, au milieu des plaisirs et de l'oisiveté du serrail, on leur choisit pourtant des précepteurs qu'on appelle ogyas, qui sont d'ordinaire les plus savants du pays. Ces précepteurs vivent dans la suite avec éclat, et reçoivent du sultan, autrefois leur disciple, des honneurs, et des distinctions qu'il refuse au grand-visir, au caïmacan, et aux cadilesquers. Un ambassadeur de France, qui avait résidé fort longtemps à la Porte, M. de Breves, remarque dans ses mémoires, que les Turcs ont souvent à la bouche ces paroles qu'ils attribuent à Soliman : " Dieu donne l'âme toute brute, mais le précepteur la polit et la perfectionne ". (D.J.).