(Géographie moderne) ville de la Livadie, bâtie sur une éminence, où était jadis l'ancienne Thèbes, capitale de la Béotie, cette ville fameuse par sa grandeur, par son ancienneté, par ses malheurs et par les exploits de ses héros. Voyez THEBAE, n°. 2.

Depuis qu'Alexandre eut détruit cette belle ville, elle n'a jamais pu se relever ; c'est sur ses ruines qu'on a bâti Thiva ou Thive. En y arrivant, dit M. Spon, nous passames un petit ruisseau qui coule le long des murailles ; et ce doit être la rivière d'Isménus, que d'autres, avec plus de raison, n'appellent qu'une fontaine ; mais Wheler n'est pas de ce sentiment. Selon lui, Thiva est entre deux petites rivières, l'une au levant, qu'il regarde être l'Isménus, et l'autre au couchant, qu'il prend pour Dircé. Je ne comprents pas, poursuit-il, ce qui oblige M. Spon à être d'un autre sentiment, puisque Pausanias, après avoir décrit les côtés du nord et de l'est de la porte Proetida vers la Chalcidie, recommence à la porte Neitis, &, après avoir remarqué quelques monuments qui y sont, passe cette rivière de Dircé, et va de-là au temple de Cabira et de Thespia, ce qui est au couchant de Thèbes. M. Spon ajoute que la rivière Isménus est hors de la ville à main droite de la porte Homoloïdes, et passe près d'une montagne appelée aussi Isménus ; tout cela ne répond à aucune chose qui soit au couchant.

La forteresse nommée Cadmie, dont les murailles et quelques tours carrées qui y restent sont fort antiques ; cette forteresse, dis-je, est ovale ; et tout ce qui est renfermé dans les murailles est beaucoup mieux bâti, et plus élevé que ce que l'on bâtit aujourd'hui dans le pays. On croit que Thiva a une lieue et demi de tour, et qu'il y a trois ou quatre cent habitants. Les Turcs, qui en sont les maîtres et qui font la moindre partie, y ont deux mosquées ; et les Chrétiens y ont quelques églises, dont la cathédrale s'appelle Panagia-Chrysaphoritza.

On n'y voit rien de remarquable que quelques fragments d'anciennes inscriptions parmi les carreaux du pavé. On trouve deux kans dans cette ville. Au-lieu de trois à quatre cent habitants, M. Spon en met, par une grande erreur, trois à quatre mille, en y comprenant les fauxbourgs, dont le plus grand, mais également dépeuplé, est celui de S. Théodore ; il y a une belle fontaine, qui vient d'un réservoir sur le chemin d'Athènes. C'est ce ruisseau que M. Spon prend pour le Dircé des anciens.

On voit vers le chemin de Négrepont le lieu d'où l'on tire la matière dont on fait les pipes à fumer du tabac. Ceux qui jugent qu'il y a de cette matière dans un endroit, en achetent le terroir du vayvode, et y font creuser à quinze ou vingt pieds de profondeur, et de la largeur d'un puits ordinaire. Ensuite ils y font descendre des gens qui tirent une terre fort blanche qui s'y trouve ; elle est molle comme de la cire. On la travaille ou sur le lieu même, ou dans les boutiques avec un couteau, et on la façonne avec des fers pour en faire des bottes de pipes à la turque, c'est-à-dire sans manche, parce qu'on y ajoute de grands tuyaux de bois. Cette terre ainsi figurée s'endurcit à l'air, sans la faire cuire ; et avec le temps, elle devient aussi dure que la pierre. La plus pesante est la meilleure, et la moins sujette à se casser. Les moindres se vendent cinq aspres la pièce, et les plus belles neuf à dix.

La notice épiscopale de Nilus Doxapatrius appelle cette ville Thebae graeciae, et en fait une province ecclésiastique, avec trois évêchés qu'elle ne nomme point. Il parait, par la notice de l'empereur Andronic Paléologue le vieux, que Thèbes était une métropole sous le patriarchat de Constantinople, et que du cinquante-septième rang, elle passa au soixante-neuvième. Dans la même notice, elle est comptée parmi les villes qui avaient changé de nom, Baeotia, nunc Thebae.

Thiva est dans la Livadie, et appartient aux Turcs qui y ont quelques mosquées ; les Grecs y ont un prêtre qui prend le titre d'évêque. Long. 41. 38. latit. suivant les observations de M. Vernon, 38. 22. (D.J.)