(Géographie moderne) ancienne et célèbre ville d'Italie, capitale du Padouan, qui est une contrée de l'état de Venise, avec une université fondée par Charlemagne, et un évêché suffragant d'Aquilée.

Padoue se nomme en latin Patavium, et en italien Padoua. Les Romains lui accordèrent le droit de bourgeoisie, et le pouvoir de choisir ses sénateurs. Elle fut ruinée par Attila. Narsès l'ayant rétablie, les Lombards la détruisirent. Cependant elle jouissait de sa liberté du temps de Charlemagne et de ses successeurs ; mais la république de Venise s'empara de Padoue et du Padouan au commencement du XVe siècle, et depuis ce temps-là les Venitiens en sont restés les maîtres.

Quoique Padoue se trouve dans le terroir le plus fertile de l'Italie, elle est triste, sale, mal peuplée, mal bâtie, mal pavée. Elle est sur les rivières de la Brenta et de Bachiglione, à 6 lieues S. E. de Vicence, 16 S. O. de Venise, 90 N. de Rome. Long. suivant Cassini, 29. 36. lat. 45. 28.

Cette ville toute pauvre qu'elle est, a produit de tout temps des gens de lettres illustres. Thomasini vous en instruira dans son Parnasse padouan. Il a lui-même donné deux ouvrages latins estimés, l'un sur l'hospitalité, et l'autre sur les tableaux votifs.

Il aurait bien fait de ne pas oublier dans son recueil Sperone Speroni, poète de Padoue, mort en 1688 à l'âge de 84. ans. Il mit au jour une tragédie intitulée Canacée, qui peut passer pour une des meilleures pièces dramatiques écrites en italien. Cependant l'action de cette tragédie révolta les beaux esprits d'Italie, parce que Canacée y commet un inceste avec son frère ; mais on a été obligé de condamner la délicatesse italienne, quand on a lu la défense que l'auteur écrivit pour justifier le choix de son sujet ; car la destinée de Canacée est semblable à celle de Phèdre.

L'article de Pignorius (Laurent) méritait, dans le parnasse de Thomasini quelques détails choisis, parce qu'il se distingua, comme antiquaire, dans le XVIIe siècle. Il mourut de la peste en 1631 à l'âge de 60 ans. On a de lui un traité complet de servis, eorumque apud vetères ministeriis.

Enfin pourquoi Thomasini obmet-il dans sa liste la fameuse Andreini (Isabelle), née à Padoue sur la fin du XVIe siècle ? Ce fut une des plus belles, des plus spirituelles et des meilleures comédiennes qu'ait eu l'Italie. Elle parlait bien le français et l'espagnol, chantait à ravir, et jouait admirablement des instruments. Pour complete r son éloge, elle s'illustra par de charmantes poésies imprimées plusieurs fois à Milan et à Venise, et les académiciens de Pavie se firent un honneur d'agréger cette illustre virtuosa à leur corps. Comme belle et excellente actrice, elle charmait sur le théâtre et les yeux et les oreilles en même temps. La France voulait se la procurer, lorsqu'elle mourut d'une fausse couche à Lyon en 1634, dans la quarante-deuxième année de son âge. Tout le Parnasse en fut en pleurs.

Mais Padoue tirera toujours sa plus grande gloire d'avoir été la patrie d'Asconius Pedianus et de Tite-Live.

Asconius Pedianus le jeune, excellent grammairien, vivait sous l'empire d'Auguste, et fut ami particulier de Virgile et de Tite-Live son compatriote. C'est à lui que l'on attribue sur diverses harangues de Ciceron, plusieurs remarques qu'il avait écrites pour ses enfants, et qui lui acquirent beaucoup d'estime. Nous avons perdu une partie de cet ouvrage. Servius expliquant dans la troisième églogue ces vers :

Dic quibus in terris, et eris mihi magnus Apollo,

Tres pateat caeli spatium non amplius ulnas.

Asconius Pedianus, ajoute-t-il, assure avoir ouï dire à Virgile même, que ces paroles donneraient la torture à tous les grammairiens.

Pline cite Asconius entre les auteurs dont il s'était servi pour composer le huitième livre de son histoire naturelle. La famille Ascania était illustre à Padoue, et fut surnommée Pediana. Elle avait produit des hommes de mérite, entr'autres Asconius Gabinus Modestus, qui fut proconsul, et qui eut l'administration des finances.

Tite-Live naquit à Padoue l'an de Rome 685, et mourut l'an 770 de la fondation de cette ville. Gronovius a donné une excellente édition de ses œuvres, Amst. 1693, trois vol. in-8 °. et M. Crevier, Paris, 1733, in-4 °. Je me propose de parler ailleurs du mérite de cet excellent historien. Cependant Asinius Pollion prétendait que le style de Tite-Live se ressentait de son pays, et qu'on voyait bien qu'il était né à Padoue. Si ce jugement n'est point une injustice de la part de ce fameux romain, il faut avouer que nos plus fins critiques modernes seraient fort embarrassés de découvrir cette patavinité du style de Tite-Live, et qu'ils sont bien éloignés de se connaitre en langue latine.

" Mais que de choses ne pourrais-je pas dire sur le mérite particulier de cet illustre auteur ! N'avez-vous jamais lu qu'un citoyen de Cadix, charmé de la réputation et de la gloire de ce grand homme, vint des extrémités du monde pour le voir, le vit, et s'en retourna. Il faut être sans gout, sans littérature, sans émulation, peu s'en faut que je n'ajoute sans honneur, pour n'être pas piqué de cette curiosité, la plus agréable, la plus belle, la plus digne d'un honnête homme ". C'est Pline le jeune qui fait cette réflexion dans une de ses lettres.

Un grand homme, philosophe stoïcien, natif de Padoue, et qui vivait peu de temps après Tite-Live, est Paetus Thrasea qui écrivit la vie de Caton d'Utique. Cet homme d'une probité austère et intrépide, osa défendre en plein sénat le préteur Sosianus accusé de lese-majesté, et que Neron voulait perdre. La liberté de Thrasea sauva le préteur : mais Neron fit périr le philosophe ; et sa femme Arria, à l'exemple de sa mère, voulut mourir avec son mari. Elle ne céda à ses instantes prières, que lorsqu'il lui représenta vivement le devoir qu'elle devait remplir d'élever Fannia leur fille commune. Il faut lire Tacite, Annal. lib. XIII. cap. lxix. lib. XIV. cap. XIIe lib. XV. cap. xx. et xxiij. lib. XVI. cap. xxj. xxij. xxiv. xxxiij. xxxv. Les tableaux de Thrasea sont de la plus grande beauté.

On peut consulter sur Padoue moderne, et les gens de lettres qu'elle a produits, outre Thomasini, Ricoboni, de Gymnasio patavino. Scardeoni, de illust. patav. Patavii, 1560, in-4 °. et ses origin. di Padoua. Angelo Portenari, della felicita di Padua. Cortusio, de novit. Pad. Orsato (Sertorio) istoria di Padoua, et ses monumenta patavina. Orsato était né lui-même à Padoue en 1617. Il est connu par son commentaire de notis Romanorum, ouvrage rare, fort estimé, et qui se trouve dans le trésor des antiquités romaines de Graevius. (D.J.)