LE, (Géographie moderne) province de France, bornée au nord par la Bretagne et l'Anjou ; au midi, par l'Angoumais et la Saintonge ; au levant, par la Touraine, le Berri et la Marche ; au couchant, par la mer de Gascogne. Elle a 75 lieues du levant au couchant, et 25 du midi au nord.

Le Poitou comprend deux évêchés, celui de Poitiers et celui de Luçon ; il se divise en haut et en bas. Le haut Poitou est la partie orientale, qui touche à la Touraine et au Berri. Le bas Poitou est la partie occidentale, qui confine avec l'Océan et le pays Nantais.

Quant au temporel, le Poitou est du ressort du parlement de Paris, et il n'y a qu'un seul présidial établi à Poitiers, mais qui est d'une grande étendue. Le Poitou se divise, par rapport aux finances et aux impositions, en neuf élections.

Il y a un gouverneur général et deux lieutenans de roi pour le haut Poitou ; et un lieutenant-général avec deux lieutenans de roi pour le bas Poitou. Le siège d'amirauté est établi aux sables d'Olone, et le bureau des finances se tient à Poitiers.

Cette province produit du blé, nourrit quantité de bestiaux, et fait d'ailleurs peu de commerce. La Vienne et la Sèvre Niortaise, sont les deux seules rivières navigables. Le Clain l'était autrefois de Poitiers à Chatelleraut ; cette navigation serait facile à rétablir.

Le Poitou et Poitiers sa capitale, ont pris leur nom des anciens peuples, Pictavi, qui étaient célèbres entre les Celtes du temps de Jules-César, et ensuite Auguste les attribua à l'Aquittaine. Leur territoire était de beaucoup plus grande étendue que n'est le Poitou, parce qu'il comprenait celui des Cambolectres Agesniates qui leur étaient joints, comme Pline l'assure ; et outre cela, les Poitevins s'étendaient jusqu'à la rivière de Loire, qui les séparait des Nantais, comme nous l'apprenons de Strabon.

Du temps qu'Ammien Marcellin faisait la guerre dans les Gaules, il n'y avait alors qu'une Aquittaine dont le Poitou faisait partie ; mais sous l'empire de Valentinien I. l'Aquittaine ayant été divisée en deux, le Poitou fut attribué à la seconde, et soumis à la métropole de Bordeaux.

Après l'invasion des Barbares dans les terres de l'empire Romain, au cinquième siècle, les Visigoths se rendirent les maîtres du Poitou, que les Francs conquirent lorsque Alaric eut été tué en bataille par Clovis, près de Poitiers.

On voit dans Grégoire de Tours, et les autres anciens monuments de notre histoire, que par le partage qui fut fait de l'Aquittaine, entre les fils et petits-fils de Clovis ; le Poitou obéissait aux rois d'Austrasie, qui jouirent toujours de ce pays jusqu'au temps de Childeric II, lequel réunit les deux royaumes. On ne trouve point que les Poitevins ni les autres Aquittains se soient séparés de l'obéissance de ces rois et de leurs maires, avant la mort de Pepin le Gros ; c'est dans ce temps-là, qu'on voit qu'Eudes était duc de l'Aquittaine, dont il se maintint toujours en possession, nonobstant les efforts de Charles Martel, aussi-bien que Hunaud, fils d'Eudes ; mais Gaifre, fils de Hunaud, ayant été attaqué par Pepin, perdit ses états et la vie.

Ce roi, père de Charlemagne, se rendit maître du Poitou, qui fut gouverné sous les Carlovingiens par plusieurs comtes qui n'étaient que de simples gouverneurs. Enfin, les rois de cette race ayant perdu leur autorité, ce fut sous Louis d'Outremer, que Guillaume s'empara de Poitiers, dont il fut fait comte par le roi Louis d'Outremer, aussi-bien que de Limoges, d'Auvergne et du Vélay.

Ses successeurs acquirent ensuite les pays qui sont entre la Garonne et les Pyrénées, avec la ville de Bordeaux. Le dernier duc d'Aquittaine eut une fille et unique héritière, nommée Aliénor ou Eléonor, qui ayant été répudiée par Louis le jeune, roi de France, son premier mari, épousa Henri, roi d'Angleterre, et lui apporta en mariage le Poitou avec ses autres grands états, qui furent conquis pour la plupart sur Jean Sans-terre par Philippe-Auguste.

Alphonse son petit-fils, frère de S. Louis, eut le Poitou en partage, et Henri III. roi d'Angleterre, céda cette province à la France, par le traité de l'an 1259. Philippe le Bel donna le comté de Poitou à son fils Philippe, dit le Long, qui fut roi de France, cinquième de nom. Il ne laissa que trois filles, pour l'ainée desquelles Eudes, duc de Bourgogne, demanda le Poitou, mais il ne put venir à bout de ses prétentions ; et ce pays ayant été conquis après la défaite et la prise du roi Jean par les Anglais, il leur fut cédé en toute souveraineté par le traité de Brétigny.

Après la mort du roi Jean, Charles V reconquit le Poitou, qu'il donna à son frère Jean, duc de Berry, pour lui et ses successeurs mâles. Ce duc n'eut que des filles, et après sa mort, Charles VI donna le Poitou à son fils Jean, qui mourut jeune et sans enfants ; depuis ce temps-là, le Poitou n'a pas été séparé du domaine. (D.J.)

POITOU, Colique de, (Médecine) Voyez COLIQUE DE POITOU, ou plutôt lisez Tronchin, de colica Pictonum, Genevae 1757. in-8°. vous y trouverez sur ce sujet, l'exposition abrégée d'une profonde théorie, et l'indication d'une vraie méthode curative, dont la ville d'Amsterdam n'oubliera pas sitôt les brillans succès. Je sais qu'on a donné à Paris de faux exposés de cet excellent livre, indépendamment de quelques libelles injurieux, mais les chansons satyriques étaient à Rome du cortege des triomphateurs. On n'appliquera pas du-moins à l'auteur de l'ouvrage sur la colique de Poitou, l'extrait du vaudeville qui fut fait pour Vintidius Bassus : mulos qui fabricat, ecce consul factus est ; aussi les princes, les rais, et les fils des rais, n'ont pas dédaigné d'attacher quelques guirlandes de fleurs au chapeau de M. Tronchin. (D.J.)