(Géographie moderne) Torcester, ville ou bourg à marché d'Angleterre dans Northamptonshire. Cambden veut que ce soit le Tripontium des anciens, et qu'on l'appelait ainsi à cause de ses trois ponts. Cette place devint une ville forte, dont les Danois ne purent s'emparer, après plusieurs assauts consécutifs, et également inutiles.

C'est dans le voisinage de Towcester que naquit en 1638, Bernard (Edouard) savant critique, ainsi qu'astronome ; et pour dire quelque chose de plus, vir omni eruditione et humanitate excellents, comme l'appelle Thomas Gale. Smith a donné sa vie. Son génie n'était pas d'un caractère à se renfermer dans les limites de la Grèce et de Rome : il entreprit d'acquérir la connaissance des sciences de la Palestine, de la Syrie, de l'Arabie et de l'Egypte ; et dans ce dessein, il apprit les langues de ces divers pays. De-là vint qu'en 1668, il se rendit à Leyde pour consulter les manuscrits orientaux, que Joseph Scaliger et Levinus Warner avaient legués à la bibliothèque de cette académie.

Il fut nommé à la chaire d'Astronomie de Savile en 1673. L'université d'Oxford ayant formé le dessein de publier une édition des anciens mathématiciens, M. Bernard rassembla tous les livres de ce genre qui avaient paru depuis l'invention de l'Imprimerie, et tous les manuscrits qu'il put déterrer dans les bibliothèques bodleïenne et savilienne. Il rangea le tout sous diverses classes, et en dressa le plan qui devait contenir quatorze volumes in-folio ; c'est grand dommage qu'un si beau projet n'ait point eu d'exécution.

En 1676, Charles II. l'envoya à Paris, en qualité de gouverneur des ducs de Graston et de Northumberland, fils de ce prince et de la duchesse de Cléveland ; mais la simplicité des mœurs de notre savant ne s'accommodant point du genre de vie qu'on menait chez la duchesse, il revint au bout de l'année dans sa retraite chérie d'Oxford. élevé dans l'obscurité du cabinet, peu fait à la flatterie qu'on demande chez les grands, n'ayant point cette légéreté de conversation, cette galanterie oisive, et ces propos mensongers si nécessaires auprès des dames, il s'aperçut qu'il était peu fêté dans une maison où l'on ne savait pas respecter les vertus réelles. Il s'en consola bientôt, et prit le parti de voir les savants de Paris, de visiter les manuscrits, et de ramasser quantité de livres rares.

De retour en Angleterre, il publia divers morceaux dans les Transactions philosophiques, sur la plus grande déclinaison du soleil, et sur la longitude et la latitude des principales étoiles fixes. En 1684 il prit le degré de docteur en Théologie, et obtint un bénéfice à neuf milles d'Oxford. En 1695, il fit le voyage de Hollande, et y acheta quantité de manuscrits orientaux de la bibliothèque de Golius, pour le docteur Narcisse Marsh, archevêque de Dublin. Il mourut à Oxford en 1696, âgé d'environ cinquante-neuf ans.

Son ouvrage sur les poids et mesures des anciens, parut en 1685, et fut réimprimé en 1688, in-8 °. C'est un traité pour l'usage, et non pour la parade, l'auteur l'ayant rendu aussi concis qu'il était possible. Il a rassemblé judicieusement ce qui était dispersé çà et là dans les autres écrivains ; et il a ajouté, de son propre et riche fonds, quantité de choses qu'on chercherait inutilement ailleurs, sur les mesures des Talmudistes, des Arabes, des Chinois, etc. On a joint dans la seconde édition de ce traité deux lettres écrites à l'auteur : l'une, du docteur Thomas Hyde, dans laquelle il explique plus particulièrement ce qui regarde les poids et les mesures des Chinois : et l'autre d'un savant qui se signe N. F. D. c'est-à-dire, Nicolas Fatio de Duillier, qui fait une description de la mer d'airain de Salomon, selon une nouvelle méthode, et qui en donne un plan.

M. Bernard a fait imprimer à Oxford sur une grande feuille gravée en cuivre : Orbis eruditi litteratura à caractère samaritico deducta. On y voit d'un coup-d'oeil, sans confusion, les différentes figures des lettres, dans les différents âges du monde ; celles qui ont été d'abord en usage parmi les Phéniciens, ensuite parmi les Samaritains, les Juifs, les Syriens, les Arabes, les Perses, les philosophes Indiens, les Brachmanes, les Malabares, les Grecs, les Coptes, les Russes, les Esclavons, les Arméniens, qui ont emprunté leur alphabet des Grecs, comme les Ethiopiens le leur des Coptes. Enfin on y voit les caractères des anciens latins, desquels les Francs, les Saxons, les Goths, et les autres nations septentrionales, ont emprunté les leurs. Il y a joint une seconde table qui contient les principales abréviations des Grecs, celles des Médecins, des Mathématiciens et des Chymistes ; table qui est d'un grand usage dans la lecture des anciens. On y trouve aussi d'excellents essais des abréviations des autres peuples. Il a dressé le tout avec un travail prodigieux, sur les monuments, les monnaies, et les manuscrits. Les tables dont nous venons de parler, sont aussi rares que curieuses ; et nous les avons cherchées sans succès, pour en embellir l'Encyclopédie.

En 1689 parut son Etymologicon britannicum à la fin des Institutiones anglo-saxonicae du docteur George Hickes, à Oxford, in-4 °. Cet étymologique contient l'étymologie d'un grand nombre de mots anglais et bretons, tirés du russien, de l'esclavon, du persan et de l'arménien.

M. Bernard a mis au jour diverses autres pièces, et il a laissé plusieurs ouvrages ébauchés dont le docteur Smith a donné le catalogue dans la vie de ce savant homme. Entre ces ouvrages se trouve, 1°. un chronicon omnis aevi, plein d'érudition, et qui était le fruit de plusieurs années de travail, d'après d'anciens manuscrits, des médailles, et d'autres monuments. 2°. Calendarium ecclesiasticum et civile plerarumque gentium ; c'est un ouvrage considérable, et qui mérite de paraitre. 3°. On peut ici rapporter les vastes recueils qu'il avait faits sur la Géométrie et l'Astronomie, et divers plans tirés des auteurs arabes, qui sont encore manuscrits dans la bibliothèque bodléïenne et dans celle de Golius. 4°. Des recueils sur la manière de trouver le méridien, sur les solstices et les équinoxes, sur l'année tropique, et sur la méthode d'observer le mouvement des astres. Enfin les curateurs de la bibliothèque bodléïenne ont acheté les manuscrits en question, et quelques autres de l'auteur, pour le prix de deux à trois cent livres sterlings. (D.J.)