(Histoire et Economie rustique) substance grasse, onctueuse, préparée ou séparée du lait, en le battant. Voyez LAIT.

Le beurre se fait en Barbarie, en mettant le lait ou la creme dans une peau de bouc, suspendue d'un côté à l'autre de la tente, et en le battant des deux côtés uniformément. Ce mouvement occasionne une prompte séparation des parties onctueuses d'avec les parties séreuses. Voyages de Shaw, page 241. Ce n'a été que tard, que les Grecs ont eu connaissance du beurre : Homère, Théocrite, Euripide, et les autres poètes, n'en font aucune mention ; cependant ils parlent souvent du lait et du fromage : Aristote qui a recueilli beaucoup de choses sur le lait et le fromage, ne dit rien du tout du beurre. On lit dans Pline, que le beurre était un mets délicat chez les nations barbares, et qui distinguait les riches des pauvres.

Les Romains ne se servaient du beurre qu'en remède, et jamais en aliment ; Scockius observe que c'est aux Hollandais que les habitants des Indes orientales doivent la connaissance du beurre ; qu'en Espagne on ne s'en servait de son temps qu'en médicament contre les ulcères ; et il ajoute qu'il n'y a rien de meilleur pour blanchir les dents, que de les frotter avec du beurre.

Clement d'Alexandrie remarque que les anciens Chrétiens d'Egypte brulaient du beurre dans leurs lampes, sur leurs autels, au lieu d'huile ; et les Abyssiniens, suivant Godignus, conservent cette pratique. Dans les églises romaines il était permis anciennement pendant les fêtes de Noë, de servir de beurre au lieu d'huile, à cause de la grande consommation qui se faisait de cette dernière dans d'autres usages.

Scockius écrivit un volume assez gros, de butiro et aversione casei, sur le beurre et sur l'aversion du fromage, où il traite de l'origine et des phénomènes du beurre. Il a recherché si le beurre était connu du temps d'Abraham, et si ce n'était pas le mets avec lequel il traita les Anges ; il examine comment on le préparait chez les Scythes, d'où viennent ses différentes couleurs ; il enseigne comment il lui faut donner sa couleur naturelle, le battre, le saler, le garder, etc. La partie du Suffolk, en Angleterre, qu'on appelle le haut Suffolk, est un terrain riche, tout employé à des laiteries ; elle passe encore pour fournir le meilleur beurre, et peut-être le plus mauvais fromage d'Angleterre : le beurre est mis en barrils, ou assaisonné dans de petites caques, et vendu à Londres, ou même envoyé aux Indes occidentales, d'où les voyageurs nous disent qu'on l'a quelquefois rapporté aussi bon qu'au départ.

Voici la manière dont on fait le beurre dans nos campagnes : quand le lait est refroidi et un peu reposé, on en Ve lever la creme avec une grande cuillere bien nette, et on la met dans un pot jusqu'à ce qu'on l'emploie. Pour faire le beurre, on jette la creme dans une baratte. Voyez BARATTE. Il faut que la baratte soit bien lavée : on bat cette creme avec la batte-beurre, jusqu'à ce qu'elle s'épaississe. S'il arrive que les grandes chaleurs l'empêchent de prendre promptement, alors tirez une vache, et jetez de son lait chaud une juste quantité dans la baratte ; ou, si vous êtes en hiver, approchez un peu la baratte du feu tandis que vous battrez. Il y en a qui pensent que la creme prend plus promptement, si l'on met dans la baratte une pièce d'argent. Quand le beurre sera bien fait et bien lavé avec de l'eau, on le serrera dans un lieu propre et frais.

Le beurre du mois de Mai est le plus estimé et le meilleur, celui qu'on fait en été entre les deux Notre-Dame, vient après : celui du commencement de l'automne est moins bon que les précédents ; mais il vaut mieux que celui qui se fait plus tard. Il faut le choisir d'une odeur et d'une saveur douce : quant à la couleur, il faut qu'elle soit jaune, mais d'un jaune peu foncé.

On a deux sortes de beurre : le salé et le fondu. Pour saler le beurre, prenez-en deux livres à la fois ; étendez-le avec un rouleau sur une table bien nette ; saupoudrez-le de sel bien égrugé ; pliez-le en trois ou quatre ; pétrissez-le bien ; étendez-le de nouveau ; salez une seconde fois et pétrissez ; goutez-le ensuite, et s'il vous parait assez salé, prenez un pot de grès, couvrez le fond de sel, mettez y votre beurre, et fermez votre pot avec un autre lit de sel ; ou faites une saumure de sel fondu dans l'eau, et versez-la dessus ; renouvellez de temps en temps cette saumure ; mettez sur cette saumure quelques doubles de papier, et placez votre pot dans un lieu frais.

Pour faire fondre le beurre, il faut le mettre dans un chauderon, sur un feu clair et moderé ; le faire bouillir jusqu'à ce qu'il soit cuit ; l'écumer, et le verser dans des pots de grès. Il se gardera pendant deux ans entiers, quoiqu'on n'y ait pas mis de sel.

La Bretagne est celle de nos provinces qui passe pour fournir le meilleur beurre. Il nous vient dans de petits pots de terre grise, couvert d'un lit de sel blanc.

BEURRE, en Chimie ; les Chimistes emploient ce mot pour signifier plusieurs de leurs préparations, comme le beurre d'antimoine, celui d'arsenic, de cire, de saturne, etc. par rapport à la consistance de ces substances, qui approchent de celle du beurre.

Le beurre d'antimoine se fait avec une partie d'antimoine crud qu'on met en poudre dans un mortier ; ensuite on le broye sur le porphyre, en y mêlant peu-à-peu deux parties de sublimé corrosif. On met ce mélange dans une cornue de verre qui est lutée, et dont la moitié reste vide. On laisse la cornue en cet état dans un lieu humide, sans la boucher, pendant deux ou trois jours ; ensuite on la place dans un bain de sable ; on y ajuste un récipient, et après avoir luté les jointures, on donne un feu doux, qu'on augmente peu, mais qu'on continue longtemps, c'est-à-dire, jusqu'à ce qu'il ne paraisse plus couler rien par le bec de la cornue. En laissant le mélange dans la cornue, avant que de la mettre au feu, la matière s'humecte un peu à l'air, et l'acide qui est dans le sublimé corrosif, commence à agir sur l'antimoine, et s'y joint plus intimement. Par cette précaution, on a aussi un beurre moins épais. Si malgré cela, il venait assez épais pour s'amasser dans le cou de la cornue, il faudrait en approcher un charbon allumé, qui fera fondre le beurre, et le fera tomber plus promptement dans le récipient. On voit aussi que pour prévenir cet inconvénient de l'embarras du beurre dans le cou de la cornue, ce qui la ferait casser, et donnerait des vapeurs fort dangereuses, il est nécessaire d'employer pour faire cette opération, une cornue dont le col soit large et court. On doit avertir l'artiste qu'il faut qu'il évite soigneusement de respirer de la poudre qui s'élève en broyant le sublimé corrosif avec l'antimoine ; il lui suffit pour cela de détourner la tête, et de broyer doucement et également.

Le beurre d'antimoine exposé à l'air, y prend de l'humidité et se liquéfie. Lorsque le beurre d'antimoine ressemble plus par sa consistance à l'huile qu'au beurre, on le nomme l'huile glaciale d'antimoine. Il faut avoir soin de mettre dans la cornue le mélange, de façon qu'il ne reste rien dans le col, parce que s'il y restait quelque chose du mélange, cela salirait le beurre.

Si on a un beurre d'antimoine qui soit brun et épais, on le rectifie pour l'éclaircir et l'avoir plus coulant, et on le rectifie dans une cornue à feu doux ; c'est ce qu'on nomme beurre d'antimoine rectifié.

Basile Valentin rectifiait trois fois le beurre d'antimoine avec de l'esprit-de-vin ; il les mettait digérer ensemble pendant trois mois avant que de redistiller, et il ajoutait de nouvel esprit-de-vin à chaque distillation. Le beurre d'antimoine devient par ce moyen liquide et rouge comme du sang.

Duchesne qui appelait antidote polychreste, le beurre d'antimoine, le rectifiait trois fois aussi, laissant chaque fois le résidu, et il cohobait sur ce beurre d'antimoine de l'esprit d'hydromel vieux, jusqu'à ce qu'il fût doux. Enfin il tirait l'esprit par la distillation, jusqu'à ce que ce qui restait fût en consistance d'huile ; et il le faisait prendre comme fébrifuge ; depuis une goutte jusqu'à six.

La quantité du beurre d'antimoine qu'on retire est le tiers du mélange qu'on a employé pour le faire, c'est-à-dire, que si on a employé quatre onces d'antimoine et huit onces de sublimé corrosif, on en retire quatre onces de beurre d'antimoine ; on doit même en tirer quatre onces et demie.

Il faut observer que le récipient qu'on met pour recevoir le beurre, doit être sec ; s'il était humide, le beurre s'y mettrait en poussière.

Dans cette opération, le beurre d'antimoine distille plus aisément que le mercure, parce que l'esprit de sel en divisant l'antimoine, multiplie ses surfaces : et au contraire, en quittant le mercure, les globules de celui-ci se rapprochent, et de cette manière le mercure devient moins volatil, et l'antimoine moins pesant.

L'esprit de sel marin est le dissolvant propre de l'antimoine ; c'est une des convenances que les Alchimistes trouvent qu'il a avec l'or ; l'acide du sel marin ayant plus de rapport avec l'antimoine qu'avec le mercure, il quitte celui-ci pour dissoudre l'antimoine.

Le beurre d'antimoine est la partie métallique de ce minéral, divisée et réduite en une consistance molle, par le moyen de l'acide du sel marin : c'est pourquoi on peut le faire avec quelque préparation d'antimoine que ce sait, pourvu qu'elle contienne la partie métallique de l'antimoine, et sous quelque forme qu'elle la contienne : mais on n'emploie plus présentement, pour faire le beurre d'antimoine, que l'antimoine crud, parce qu'on ne fait plus le beurre d'antimoine, que pour faire le cinabre d'antimoine. Voyez CINABRE D'ANTIMOINE.

On compte jusqu'à sept manières différentes de faire le beurre d'antimoine ; et on peut dire qu'il y en a autant qu'on peut trouver de moyens d'unir l'acide du sel marin avec la partie métallique de l'antimoine. On peut, par exemple, se servir de la chaux d'argent, c'est-à-dire, de l'argent dissous dans l'eau forte, et précipité par l'acide du sel marin : on est assuré que le beurre d'antimoine préparé par ce moyen, ne contient ni mercure, ni soufre grossier. Il faut prendre trois parties de chaux d'argent et une de régule.

Le beurre d'antimoine fait avec le régule est moins épais que celui qu'on fait avec l'antimoine crud, et il est plus pur lorsqu'on le fait avec l'antimoine crud ; il passe presque toujours dans le beurre un peu de soufre de l'antimoine.

Le beurre d'antimoine a été employé autrefois pour ronger les mauvaises chairs des ulcères ; c'est un caustique plus convenable que n'est le précipité, parce que l'antimoine par lui-même est bon à mondifier les ulcères. Il n'y a que dans le cas d'ulcères vénériens, pour lesquels le précipité de mercure est plus propre.

On fait la poudre d'algaroth avec le beurre d'antimoine. Voyez ALGAROTH, ANTIMOINE. (M)

* BEURRE DE ZINC, (Chimie) on entend par beurre de zinc, la masse jaunâtre qui reste au fond de la cornue, lorsqu'on veut faire la concentration de l'esprit de sel, en redistillant une dissolution des fleurs de zinc, dans cet acide.

BEURRE, (Pharmacie) se dit de plusieurs préparations qui ont la consistance d'un onguent, et qui se préparent de différents ingrédiens. Le beurre d'antimoine préparé par la Chimie est fort différent de ceux dont nous parlons ; car c'est un violent caustique. Les beurres se préparent dans la Pharmacie galénique de la façon suivante.

Beurre de cacao : prenez des amandes douces ou de cacao quantité suffisante ; faites-les rotir dans une poêle de fer ; nettoyez-les de leur peau ou écorce ; broyez-les ensuite sur le porphyre chauffé ; prenez cette pâte, et faites-la bouillir dans l'eau au bain-marie, jusqu'à ce que vous voyez la graisse ou l'huile se séparer et surnager : laissez ensuite refroidir votre eau ; ramassez la graisse ou l'huile qui sera figée. Comme cette graisse est un peu rousse, on peut la faire fondre plusieurs fois de suite dans l'eau au bain-marie. On en peut préparer de même de toutes les semences qui ont beaucoup d'huile, comme les beurres de noix, de noisettes, de noyaux de pêche, d'abricot. Ces beurres ne sont que des huiles figées ; ils nous paraissent meilleurs que les huiles par expression. (N)