S. f. (Histoire ancienne et moderne) c'est l'acte ou l'habitude de manger de la chair humaine. Voyez ANTHROPOPHAGES.

Quelques auteurs font remonter l'origine de cette coutume barbare jusqu'au déluge : ils prétendent que les géans ont été les premiers anthropophages. Pline parle des Scythes et des Sauromates, Solinus des Ethiopiens, et Juvenal des Egyptiens, comme de peuples accoutumés à cet horrible mêts. Voyez Pline, hist. nat. liv. IV. c. xij. liv. VI. c. xvij. xxx. liv. VII. c. ij. Solin, Polih. c. xxxiij. Nous lisons dans Tite-Live qu'Annibal faisait manger à ses soldats de la chair humaine pour les rendre plus féroces. On dit que l'usage de vivre de chair humaine subsiste encore dans quelques parties méridionales de l'Afrique, et dans des contrées sauvages de l'Amérique.

Il me semble que l'anthropophagie n'a point été le vice d'une contrée ou d'une nation, mais celui d'un siècle. Avant que les hommes eussent été adoucis par la naissance des Arts, et civilisés par l'imposition des lais, il parait que la plupart des peuples mangeaient de la chair humaine. On dit qu'Orphée est le premier qui fit sentir aux hommes l'inhumanité de cet usage, et qu'il parvint à l'abolir. C'est ce qui a fait imaginer aux Poètes qu'il avait eu l'art de dépouiller les tigres et les lions de leur férocité naturelle.

Sylvestres homines, sacer interpresque deorum

Caedibus et foedo victu deterruit Orpheus,

Dictus ab hoc lenire tigres rabidosque leones.

Horat.

Quelques médecins se sont ridiculement imaginés avoir découvert le principe de l'anthropophagie dans une humeur acre, atrabileuse, qui, logée dans les membranes du ventricule, produit par l'irritation qu'elle cause, cette horrible voracité qu'ils assurent avoir remarquée dans plusieurs malades ; ils se servent de ces observations pour appuyer leur sentiment. Un auteur a mis en question si l'anthropophagie était contraire ou conforme à la nature. (G)