S. m. (Histoire d'Allemagne) c'est ainsi qu'on appelle en Allemagne les hommes de condition servile ; ces hommes, par rapport à leur personne, sont libres, et peuvent contracter et disposer de leurs actions et de leurs biens ; mais eux et leurs enfants sont attachés à certaines terres de leurs seigneurs qu'ils sont tenus de cultiver, et qu'ils ne peuvent abandonner sans leur consentement ; c'est pour cela que leurs filles mêmes ne peuvent se marier hors des terres dans lesquelles elles sont obligées de demeurer et de servir.

Un seigneur acquiert ce droit injuste de propriété 1°. par la naissance, car, selon ses prétentions, les enfants qui naissent de ses serfs doivent être de condition servile, comme leurs pères et mères ; et 2°. par voie de convention, lorsqu'un homme libre et misérable se donne volontairement à un seigneur en qualité de serf. C'est par ces raisons qu'un seigneur s'attribue un droit réel sur ses sujets de condition servile, et il en peut intenter la revendication contre tout possesseur du serf qui lui appartient.

Un long usage a introduit en Allemagne et dans quelques autres pays cette sorte de servitude, qui, sans changer l'état de la personne, affecte cependant d'une manière essentielle la personne et sa condition. Ces malheureux hommes sont ce qu'on appelle en allemand eigenbehorige ou unterthanen, en latin homines propriae glebae adscripti, et c'est à-peu-près ce que les François appellent des mort - taillables. Voyez MORT-TAILLABLE, GLEBE, SERVITUDE.

Il est honteux que cette espèce d'esclavage subsiste encore en Europe, et qu'il faille prouver qu'un tel est de condition servile, comme s'il pouvait l'être effectivement, comme si la nature, la raison et la religion le permettaient. (D.J.)