S. m. (Grammaire et Logique) les termes sont distingués des mots, en ce que ces derniers sont de la langue, et que les premiers sont du sujet, ainsi que les expressions sont de la pensée ; l'usage décide des mots ; la convenance avec les choses fait la bonté des termes ; le tour fait le mérite de l'expression : ainsi l'on dira fort bien, que tout discours travaillé demande que les mots soient français, que les termes soient propres, et que les expressions soient nobles.

Les termes se divisent en plusieurs classes.

1°. Ils se divisent en concrets et en abstraits. Les termes concrets sont ceux qui signifient les manières, en marquant en même temps le sujet auquel elles conviennent. Les termes concrets ont donc essentiellement deux significations ; l'une distincte, qui est celle du mode ou manière ; l'autre confuse, qui est celle du sujet ; mais quoique la signification du mode soit plus distincte, elle est pourtant indirecte ; et au-contraire celle du sujet, quoique confuse, est directe. Le mot de blanc signifie directement, mais confusément, le sujet, et indirectement, quoique distinctement, la blancheur.

Lorsque par une abstraction de l'esprit on conçoit des modes, des manières, sans les rapporter à un certain sujet, comme ces formes subsistent alors en quelque sorte dans l'esprit, par elles-mêmes, elles s'expriment par un mot substantif, comme sagesse, blancheur, couleur : or les noms qui expriment ces formes abstraites, je les appelle termes abstraits ; comme les formes abstraites expriment les essences des choses auxquelles elles se rapportent ; il est évident que puisque nous ignorons les essences de toutes les substances, quelles qu'elles soyent, nous n'avons aucun terme concret qui soit dérivé des noms que nous donnons aux substances. Si nous pouvions remonter à tous les noms primitifs, nous reconnaitrions qu'il n'y a point de substantif abstrait, qui ne dérive de quelque adjectif, ou de quelque verbe. La raison qui a empêché les scolastiques de joindre des noms abstraits à un nombre infini de substances, aurait bien dû aussi les empêcher d'introduire dans leurs écoles ces termes barbares d'animalité, d'humanité, de corporéité, et quelques autres ; le bon sens ne les autorise pas plus à adopter ces termes, que ceux-ci, aureitas, saxeitas, metalleitas, ligneitas : et la raison de cela, c'est qu'ils ne connaissent pas mieux ce que c'est qu'un homme, un animal, un corps, qu'ils ne connaissent ce que c'est que l'or, la pierre, le métal, le bois : c'est à la doctrine des formes substantielles, et à la confiance téméraire de certaines personnes destituées d'une connaissance qu'ils prétendaient avoir, que nous sommes redevables de tous ces mots d'animalité, d'humanité, de pétréité, etc. mais grâce au bon gout, ils ont été bannis de tous les cercles polis, et n'ont jamais pu être de mise parmi les gens raisonnables. Je sais bien que le mot humanitas était en usage parmi les Romains, mais dans un sens bien différent : car il ne signifiait pas l'essence abstraite d'aucune substance ; c'était le nom abstrait d'un mode, son concret étant humanus, et non pas homo : c'est ainsi qu'en français, d'humain, nous avons fait humanité.

Comme les idées générales sont des abstractions de notre esprit, on pourrait aussi donner le nom de termes abstraits à ceux qui expriment ces idées universelles ; mais l'usage a voulu que ce nom fût réservé aux seules formes abstraites.

2°. Les termes se divisent en simples et en complexes.

Les termes simples sont ceux qui par un seul mot expriment un objet quel qu'il sait. Ainsi Rome, Socrate, Bucephale, homme, ville, cheval, sont des termes simples.

Les termes complexes sont composés de plusieurs termes joints ensemble : par exemple, ce sont des termes complexes, un homme prudent, un corps transparent, Alexandre fils de Philippe.

Cette addition se fait quelquefois par le pronom relatif, comme si je dis, un corps qui est transparent, Alexandre qui est fils de Philippe, le pape qui est vicaire de Jésus-Christ.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans ces termes complexes, est que l'addition que l'on fait à un terme est de deux sortes : l'une qu'on peut appeler explication, et l'autre détermination.

L'addition est explicative, quand elle ne fait que développer ou ce qui était enfermé dans la compréhension de l'idée du premier terme, ou du moins ce qui lui convient, comme un de ses accidents, pourvu qu'il lui convienne généralement et dans toute son étendue ; comme si je dis, l'homme qui est un animal doué de raison, ou l'homme qui désire d'être naturellement heureux, ou l'homme qui est mortel ; ces additions ne sont que des explications, parce qu'elles ne changent point du tout l'idée d'homme, et ne la restreignent point à ne signifier qu'une partie des hommes ; mais marquent seulement ce qui convient à tous les hommes.

Toutes les additions qu'on ajoute aux noms qui marquent distinctement un individu, sont de cette sorte ; comme quand on dit, Jules César qui a été le plus grand capitaine du monde ; Paris qui est la plus belle ville de l'Europe ; Newton le plus grand de tous les mathématiciens ; Louis XV. roi de France : car les termes individuels distinctement exprimés, se prennent toujours dans toute leur étendue, étant déterminés tout ce qu'ils peuvent l'être.

L'autre sorte d'addition, qu'on peut appeler déterminative, est quand ce qu'on ajoute à un mot général, en restreint la signification, et fait qu'il ne se prend plus pour ce mot général dans toute son étendue, mais seulement pour une partie de cette étendue, comme si je dis, les corps transparents, les hommes savants, un animal raisonnable : ces additions ne sont pas de simples explications, mais des déterminations, parce qu'elles restreignent l'étendue du premier terme, en faisant que le mot corps ne signifie plus qu'une partie des corps, et ainsi des autres : et ces additions sont quelquefois telles, qu'elles rendent un mot général individuel, quand on y ajoute des conditions individuelles, comme quand je dis, le roi qui est aujourd'hui, cela détermine le mot général de roi à la personne de Louis XV.

On peut distinguer de plus deux sortes de termes complexes, les uns dans l'expression, et les autres dans le sens seulement : les premiers sont ceux dont l'addition est exprimée ; les derniers sont ceux dont l'addition n'est point exprimée, mais seulement sousentendue : comme quand nous disons en France, le roi, c'est un terme complexe dans le sens, parce que nous n'avons pas dans l'esprit, en prononçant ce mot de roi, la seule idée générale qui répond à ce mot ; mais nous y joignons mentalement l'idée de Louis XV. qui est maintenant roi de France.

Mais ce qui est de plus remarquable dans ces termes complexes, est qu'il y en a qui sont déterminés dans la vérité à un seul individu, et qui ne laissent pas de conserver une certaine universalité équivoque, qu'on peut appeler une équivoque d'erreur, parce que les hommes demeurant d'accord que ce terme ne signifie qu'une chose unique, faute de bien discerner quelle est véritablement cette chose unique, l'appliquent les uns à une chose, et les autres à une autre ; ce qui fait qu'il a besoin d'être encore déterminé, ou par diverses circonstances, ou par la suite du discours, afin que l'on sache précisément ce qu'il signifie.

Ainsi le mot de véritable religion ne signifie qu'une seule et unique religion ; mais parce que chaque peuple et chaque secte croit que sa religion est la véritable, ce mot est très-équivoque dans la bouche des hommes, quoique par erreur ; et si on lit dans un historien, qu'un prince a été zélé pour la véritable religion, on ne saurait dire ce qu'il a entendu par-là, si on ne sait de quelle religion a été cet historien.

Les termes complexes, qui sont ainsi équivoques par erreur, sont principalement ceux qui renferment des qualités dont les sens ne jugent point, mais seulement l'esprit, sur lesquelles il est facile par conséquent que les hommes aient divers sentiments : si je dis, par exemple : le roi de Prusse, père de celui qui règne aujourd'hui, n'avait pour la garde de sa maison, que des hommes de six pieds ; ce terme complexe d'hommes de six pieds, n'est pas sujet à être équivoque par erreur, parce qu'il est bien aisé de mesurer des hommes, pour juger s'ils ont six pieds ; mais si l'on eut dit qu'ils étaient tous vaillans, le terme complexe de vaillans hommes eut été plus sujet à être équivoque par erreur.

Les termes de comparaison sont aussi fort sujets à être équivoques par erreur : le plus grand géomètre de Paris, le plus savant, le plus adroit ; car quoique ces termes soyent déterminés par des conditions individuelles, n'y ayant qu'un seul homme qui soit le plus grand géomètre de Paris, néanmoins ce mot peut être facilement attribué à plusieurs ; parce qu'il est fort aisé que les hommes soyent partagés de sentiment sur ce sujet, et qu'ainsi plusieurs donnent ce nom à celui que chacun croit avoir cet avantage par-dessus les autres.

Les mots de sens d'un auteur, de doctrine d'un auteur sur un tel sujet, sont encore de ce nombre, surtout, quand un auteur n'est pas si clair, qu'on ne dispute quelle a été son opinion : ainsi dans ce conflict d'opinions, les sentiments d'un auteur, quelque individuels qu'ils soyent en eux-mêmes, prennent mille formes différentes, selon les têtes par lesquelles ils passent : ainsi ce mot de sens de l'Ecriture, étant appliqué par un hérétique à une erreur contraire à l'Ecriture, signifiera dans sa bouche cette erreur qu'il aura cru être le sens de l'Ecriture, et qu'il aura dans cette pensée appelée le sens de l'Ecriture ; c'est pourquoi les hérétiques n'en sont pas plus catholiques, pour protester qu'ils ne suivent que la parole de Dieu : car ces mots de parole de Dieu signifient dans leur bouche toutes les erreurs qu'ils confondent avec cette parole sacrée.

Mais pour mieux comprendre en quoi consiste l'équivoque de ces termes que nous avons appelés équivoques par erreur, il faut remarquer que ces mots sont connotatifs ou adjectifs ; ils sont complexes dans l'expression, quand leur substantif est exprimé ; complexe dans le sens, quand il est sous-entendu : or, comme nous avons déjà dit, on doit considérer dans les mots adjectifs ou connotatifs, le sujet qui est directement, mais confusément exprimé, et la forme ou le mode qui est distinctement, quoique indirectement exprimée : ainsi le blanc signifie confusément un corps, et la blancheur distinctement : sentiment d'Aristote, par exemple, signifie confusément quelque opinion, quelque pensée, quelque doctrine ; et distinctement la relation de cette opinion à Aristote auquel on l'attribue.

Or, quand il arrive de l'équivoque dans ces mots, ce n'est pas proprement à cause de cette forme ou de ce mode, qui étant distinct, est invariable ; ce n'est pas aussi à cause du sujet confus, lorsqu'il demeure dans cette confusion : car, par exemple, le mot de prince des philosophes, ne peut jamais être équivoque, tant qu'il demeurera dans cette confusion, c'est-à-dire, qu'on ne l'appliquera à aucun individu distinctement connu ; mais l'équivoque arrive seulement, parce que l'esprit, au-lieu de ce sujet confus, y substitue souvent un sujet distinct et déterminé, auquel il attribue la forme et le mode.

Le mot de véritable religion, n'étant point joint avec l'idée distincte d'aucune religion particulière, et demeurant dans son idée confuse, n'est point équivoque, puisqu'il ne signifie que ce qui est en effet la véritable religion ; mais lorsque l'esprit a joint cette idée de véritable religion à une idée distincte d'un certain culte particulier distinctement connu, ce mot devient très-équivoque, et signifie dans la bouche de chaque peuple, le culte qu'il prend pour véritable. Voyez la logique de Port-royal, d'où sont extraites les réflexions que nous venons de faire sur les différents termes complexes.

3°. Les termes se divisent en univoques, équivoques et analogues.

Les univoques sont ceux qui retiennent constamment la même signification à quelques sujets qu'on les applique. Tels sont ces mots, homme, ville, cheval.

Les équivoques sont ceux qui varient leur signification, selon les sujets auxquels on les applique. Ainsi le mot de canon signifie une machine de guerre, un décret de concile, et une sorte d'ajustement ; mais il ne les signifie que selon des idées toutes différentes. Nous venons d'expliquer comment ils occasionnent nos erreurs.

Les analogues sont ceux qui n'expriment pas dans tous les sujets précisément la même idée, mais dumoins quelque idée, qui a un rapport de cause ou d'effet, ou de signe, ou de ressemblance à la première, qui est principalement attachée au mot analogue ; comme quand le mot de sain s'attribue à l'animal, à l'air et aux viandes. Car l'idée jointe à ce mot est principalement la santé qui ne convient qu'à l'animal ; mais on y joint une autre idée approchante de celle-là, qui est d'être cause de la santé, laquelle fait qu'on dit qu'un air est sain, qu'une viande est saine, parce qu'ils contribuent à conserver la santé. Ce que nous voyons dans les objets qui frappent nos sens, étant une image de ce qui se passe dans l'intérieur de l'âme, nous avons donné les mêmes noms aux propriétés des corps et des esprits. Ainsi ayant toujours aperçu du mouvement et du repos dans la matière ; ayant remarqué le penchant ou l'inclination des corps ; ayant vu que l'air s'agite, se trouble et s'éclaircit ; que les plantes se développent, se fortifient et s'affoiblissent ; nous avons dit le mouvement, le repos, l'inclination et le penchant de l'âme ; nous avons dit que l'esprit s'agite, se trouble, s'éclaircit, se développe, se fortifie, s'affoiblit. Tous ces mots sont analogues, par le rapport qui se trouve entre une action de l'âme et une action du corps. Il n'en a pas fallu davantage à l'usage, pour les autoriser et pour les consacrer. Mais ce serait une grande erreur d'aller confondre deux objets, sous prétexte qu'il y a entr'eux un rapport quelconque, fondé souvent sur une analogie fort imparfaite, telle qu'elle se trouve entre l'âme et le corps. Voyez les mots où l'on explique l'abus du langage.

4°. Les termes se divisent en absolus et en relatifs. Les absolus expriment les êtres entant qu'on s'arrête à ces êtres, et qu'on en fait l'objet de sa réflexion, sans les rapporter à d'autres : au-lieu que les relatifs expriment le ; rapports, les liaisons et les dépendances des unes et des autres. Voyez les relations.

5°. Les termes se divisent en positifs et en négatifs. Les termes positifs sont ceux qui signifient directement des idées positives ; et les négatifs sont ceux qui ne signifient directement que l'absence de ces idées ; tels sont ces mots insipide, silence, rien, ténèbres, etc. lesquels désignent des idées positives, comme celles du gout, du son, de l'être, de la lumière, avec une signification de l'absence de ces choses.

Une chose qu'il faut encore observer touchant les termes, c'est qu'ils excitent outre la signification qui leur est propre, plusieurs autres idées qu'on peut appeler accessoires, auxquelles on ne prend pas garde, quoique l'esprit en reçoive l'impression. Par exemple, si l'on dit à une personne, vous en avez menti, et que l'on ne regarde que la signification principale de cette expression, c'est la même chose que si on lui disait, vous savez le contraire de ce que vous dites. Mais outre cette signification principale, ces paroles emportent dans l'usage une idée de mépris et d'outrage ; et elles font croire que celui qui nous le dit ne se soucie pas de nous faire injure, ce qui les rend injurieuses et offensantes.

Quelquefois ces idées accessoires ne sont pas attachées aux mots par un usage commun, mais elles y sont seulement jointes par celui qui s'en sert ; et ce sont proprement celles qui sont excitées par le son de la voix, par l'air du visage, par les gestes, et par les autres signes naturels, qui attachent à nos paroles une infinité d'idées qui en diversifient, changent, diminuent, augmentent la signification, en y joignant l'image des mouvements, des jugements et des opinions de celui qui parle. Le ton signifie souvent autant que les paroles même. Il y a voix pour instruire, voix pour flatter, voix pour reprendre : souvent on ne veut pas seulement qu'elle arrive jusqu'aux oreilles de celui qui en parle, mais on veut qu'elle le frappe et qu'elle le perce ; et personne ne trouverait bon qu'un laquais que l'on reprend un peu fortement, répondit, monsieur, parlez plus bas, je vous entends bien ; parce que le ton fait partie de la réprimande, et est nécessaire pour former dans l'esprit l'idée qu'on y veut imprimer.

Mais quelquefois ces idées accessoires sont attachées aux mots mêmes, parce qu'elles s'excitent ordinairement par tous ceux qui les prononcent. Et c'est ce qui fait qu'entre des expressions qui semblent signifier la même chose, les unes sont injurieuses, les autres douces ; les unes modestes, et les autres impudentes ; quelques-unes honnêtes, et d'autres déshonnêtes ; parce que, outre cette idée principale en quoi elles conviennent, les hommes y ont attaché d'autres idées qui sont cause de cette diversité.

C'est encore par-là qu'on peut reconnaitre la différence du style simple et du style figuré, et pourquoi les mêmes pensées nous paraissent beaucoup plus vives quand elles sont exprimées par une figure, que si elles étaient renfermées dans des expressions toutes simples. Car cela vient de ce que les expressions figurées signifient, outre la chose principale, le mouvement et la passion de celui qui parle, et impriment ainsi l'une et l'autre idée dans l'esprit, aulieu que l'expression simple ne marque que la vérité toute nue. Par exemple, si ce demi-vers de Virgile, Usque adeò ne mori miserum est, était exprimé simplement et sans figure de cette sorte, Non est usque adeò mori miserum, certes il aurait beaucoup moins de force ; et la raison en est que la première expression signifie beaucoup plus que la seconde. Car elle n'exprime pas seulement cette pensée, que la mort n'est pas un si grand mal qu'on le croit ; mais elle représente de plus l'idée d'un homme qui se roidit contre la mort, et qui l'envisage sans effroi : image beaucoup plus vive que n'est la pensée même à laquelle elle est jointe. Ainsi il n'est pas étrange qu'elle frappe davantage, parce que l'âme s'instruit par les images des vérités ; mais elle ne s'émeut guère que par l'image des mouvements.

Si vis me flere, dolendum est

Primùm ipse tibi.

Mais comme le style figuré signifie ordinairement avec les choses les mouvements que nous ressentons en les concevant et en parlant, on peut juger par-là de l'usage que l'on en doit faire, et quels sont les sujets auxquels il est propre. Il est visible qu'il est ridicule de s'en servir dans des matières purement spéculatives, que l'on regarde d'un oeil tranquille, et qui ne produisent aucun mouvement dans l'esprit. Car puisque les figures expriment les mouvements de notre âme, celles que l'on mêle en des sujets où l'âme ne s'émeut point, sont des mouvements contre la nature et des espèces de convulsions. C'est pourquoi il n'y a rien de moins agréable que certains prédicateurs, qui s'écrient indifféremment sur tout, et qui ne s'agitent pas moins sur des raisonnements philosophiques, que sur les vérités les plus étonnantes et les plus nécessaires pour le salut.

Mais lorsque la matière que l'on traite est telle qu'elle nous doit raisonnablement toucher, c'est un défaut d'en parler d'une manière seche, froide et sans mouvement, parce que c'est un défaut de n'être pas touché de ce que l'on doit. Ainsi les vérités divines n'étant pas proposées simplement pour être connues, mais beaucoup plus pour être aimées, révérées et adorées par les hommes, il est certain que la manière noble, élevée et figurée, dont les saints pères les ont traitées, leur est bien plus proportionnée qu'un style simple et sans figure, comme celui des scolastiques ; puisqu'elle ne nous enseigne pas seulement ces vérités, mais qu'elle nous représente aussi les sentiments d'amour et de révérence avec lesquels les pères en ont parlé ; et que portant ainsi dans notre esprit l'image de cette sainte disposition, elle peut beaucoup contribuer à y en imprimer une semblable : au-lieu que le style scolastique étant simple, sec, aride et sans aménité, est moins capable de produire dans l'âme les mouvements de respect et d'amour que l'on doit avoir pour les vérités chrétiennes. Le plaisir de l'âme consiste plus à sentir des mouvements, qu'à acquérir des connaissances.

Cette remarque peut nous aider à résoudre cette question célèbre entre les Philosophes, s'il y a des mots déshonnêtes, et à réfuter les raisons des Stoïciens qui voulaient qu'on put se servir indifféremment des expressions qui sont estimées ordinairement infames et impudentes.

Ils prétendent, dit Cicéron, qu'il n'y a point de paroles sales ni honteuses. Car ou l'infamie, disent-ils, vient des choses, ou elle est dans les paroles. Elle ne vient pas simplement des choses, puisqu'il est permis de les exprimer en d'autres paroles qui ne passent point pour déshonnêtes. Elle n'est pas aussi dans les paroles considérées comme sons, puisqu'il arrive souvent qu'un même son signifiant diverses choses, et étant estimé déshonnête dans une signification ne l'est point dans l'autre.

Mais tout cela n'est qu'une vaine subtilité qui ne nait que de ce que les Philosophes n'ont pas assez considéré ces idées accessoires, que l'esprit joint aux idées principales des choses. Car il arrive de - là qu'une même chose peut être exprimée honnêtement par un son, et déshonnêtement par un autre, si un de ses sons y joint quelque autre idée qui en couvre l'infamie ; et si au contraire l'autre la présente à l'esprit d'une manière impudente. Ainsi les mots d'adultère, d'inceste, de péché abominable ne sont pas infames, quoiqu'ils représentent des actions très infames, parce qu'ils ne les représentent que couvertes d'un voile d'horreur, qui fait qu'on ne les regarde que comme des crimes, de sorte que ces mots signifient plutôt le crime de ces actions que les actions mêmes : au-lieu qu'il y a de certains mots qui les expriment sans en donner de l'horreur, et plutôt comme plaisantes que criminelles, et qui y joignent même une idée d'impudence et d'effronterie ; et ce sont ces mots-là qu'on appelle infames et déshonnêtes.

Il en est de même de certains tours par lesquels on exprime honnêtement des actions qui, quoique légitimes, tiennent quelque chose de la corruption de la nature. Car ces tours sont en effet honnêtes, parce qu'ils n'expriment pas simplement ces choses ; mais aussi la disposition de celui qui en parle de cette sorte, et qui témoigne par sa retenue qu'il les envisage avec peine, et qu'il les couvre autant qu'il peut et aux autres et à lui-même. Au-lieu que ceux qui en parleraient d'une autre manière, feraient paraitre qu'ils prendraient plaisir à regarder ces sortes d'objets ; et ce plaisir étant infame, il n'est pas étrange que les mots qui impriment cette idée soyent estimés contraires à l'honnêteté. Voyez Logique de Port-Royal.

TERME, s. m. (Physique) est en général l'extrémité de quelque chose, ou ce qui termine et limite son étendue.

TERME, en Géométrie, se prend aussi quelquefois pour un point, pour une ligne, etc. un point est le terme d'une ligne, une ligne est le terme d'une surface, et la surface est le terme d'un solide. Voyez POINT, LIGNE, SURFACE, etc.

C'est ce qu'on appelle dans les écoles terme de quantité.

TERME, dans une quantité algébrique, comme a + b - c - d, ce sont les différentes parties a, b, c, d, séparées par les signes + et -.

TERMES d'une équation, en Algèbre, sont les différents monomes dont elle est composée ; ainsi dans l'équation a + b = c, a, b, c, sont les termes.

Lorsque l'équation renferme une inconnue élevée à différentes puissances, on ne prend alors d'ordinaire que pour un terme la somme ou l'assemblage de tous les termes, où l'inconnue se trouve à la même puissance.

Ainsi dans cette équation xx + bx = R, les trois termes sont x x, b x et R.

Et dans celle-ci x x + b x + c x = R d + d c, les termes sont x x, b x + c x, et R d + d c, qui ne font que trois termes, parce que a b + a c, où a se trouve dans la même dimension en l'une et l'autre partie, ne sont comptés que pour un terme.

Dans une équation, on prend ordinairement pour le premier terme celui où la lettre inconnue a la plus haute dimension : le terme qui contient la racine élevée à la puissance plus basse immédiatement après, est appelé le second terme, etc. Ainsi dans l'équation x 3 + a x x + b b x = c3, a x x est le second terme b b x le troisième, etc. si le terme a x x manque, ou le terme b b x, ou tous les deux, en ce cas on dit que l'équation n'a pas de second ou de troisième terme, ou manque du second et du troisième termes. Voyez SECOND TERME.

TERMES DE PROPORTION, en Mathématiques, signifient tels nombres, lettres ou quantités que l'on veut comparer les uns aux autres. Voyez PROPOSITION.

Par exemple, si