adj. (Grammaire) celui qui est enclin à la vengeance. Je ne voudrais pas appeler vindicatif celui qui se rappelle facilement l'injure qu'il a reçue ; car il y a des hommes qui se souviennent très-bien, qui n'oublient même jamais les torts qu'on a avec eux, et qui ne s'en vengent point, qui ne sont point tourmentés par la rancune et le ressentiment ; c'est une affaire purement de mémoire. Ils ont l'insulte qui leur est propre, présente à l'esprit à-peu-près comme celle qu'on a faite à un autre, et dont ils ont été témoins. Il y a donc dans l'esprit de vengeance quelque chose de plus que la mémoire de l'injure. Je pense qu'au moment de l'injure le ressentiment nait plus ou moins vif ; dans cet état du ressentiment, les organes intérieurs sont affectés d'une certaine manière ; nous le sentons au mouvement qui s'y produit. Si cette affection dure, tient longtemps ; si elle passe, mais qu'elle reprenne facilement ; si elle reprend avec plus de force qu'auparavant ; voilà ce qui constituera le vindicatif. Mutatis mutandis, appliquez les mêmes idées à toutes les autres passions, et vous aurez ce qu'on appelle le caractère dominant. C'est un tic des organes intérieurs, vice qu'il est très-dangereux de prendre, qu'on peut contracter de cent manières différentes, auquel la nature dispose et qu'elle donne même quelquefois. Lorsqu'elle le donne, il est impossible de s'en défaire ; c'est une affection des organes intérieurs, qu'il n'est pas plus possible de changer que celle des organes extérieurs ; on ne refait pas plus son cœur, sa poitrine, ses intestins, son estomac, les fibres passionnées, que son front, ses yeux ou son nez. Celui qui est colere par ce vice de conformation, restera colere ; celui qui est humain, tendre, compatissant, restera tendre, humain, compatissant ; celui qui est cruel et sanguinaire, trouvera du plaisir à plonger le poignard dans le sein de son semblable, aimera à voir couler le sang, se complaira dans les transes du moribond, et repaitra ses yeux des convulsions de son agonie. Si l'on a vu des hommes prendre des caractères tout opposés à ceux qu'ils avaient ou paraissaient avoir naturellement, c'est que le premier qu'ils ont montré n'était que simulé, ou que peut-être il est possible que les organes intérieurs aient d'abord la conformation qui donne telle passion dominante, tel fond de caractère ; qu'en s'étendant, qu'en croissant avec l'âge, ils prennent cette conformation habituelle qui rend le caractère différent, ou même qui donne un caractère opposé. Il en est ainsi des organes extérieurs ; tel enfant dans ses premières années est beau, et devient laid ; tel autre est laid, et devient beau.