VE, adj. (Grammaire) qui a relation ou rapport à quelque chose, ou qui sert à l'expression de quelque rapport. Relatif vient du supin relatum (rapporter), et la terminaison if, ive (en latin ivus) vient de juvare (aider) : ainsi relatif signifie littéralement qui aide à rapporter, ou qui sert aux rapports. L'opposé de relatif est absolu, formé d'absolutus, qui veut dire solutus ab, comme si l'on voulait dire, solutus ab omni vinculo relationis. Les Grammairiens font du terme de relatif tant d'usages si différents, qu'ils feraient peut-être sagement de réformer là-dessus leur langage.

I. On appelle relatif, tout mot qui exprime avec relation à un terme conséquent dont il fait abstraction ; en sorte que si l'on emploie un mot de cette espèce, sans y joindre l'expression d'un terme conséquent déterminé, c'est pour présenter à l'esprit l'idée générale de la relation, indépendamment de toute application à quelque terme conséquent que ce puisse être ; si le mot relatif ne peut ou ne doit être envisagé qu'avec application à un terme conséquent déterminé, alors ce mot seul ne présente qu'un sens suspendu et incomplet, lequel ne satisfait l'esprit que quand on y a ajouté le complément. Voyez REGIME, article 1.

Il y a des mots de plusieurs espèces qui sont relatifs en ce sens, savoir des noms, des adjectifs, des verbes, des adverbes, et des prépositions.

1°. Il y a des noms relatifs qui présentent à l'esprit des êtres déterminés par la nature de certaines relations, et il y en a de deux sortes ; les uns sont simplement relatifs, et les autres le sont réciproquement.

Qu'il me soit permis, pour me faire entendre, d'emprunter le langage des Mathématiciens. A et B sont deux grandeurs comparées sous un point de vue ; B et A sont les mêmes grandeurs comparées sous un autre aspect. Si A et B sont des grandeurs inégales, le rapport de A à B n'est pas le même que celui de B à A ; cependant un de ces deux rapports étant une fois fixé, l'autre par-là même est déterminé : si A, par exemple, contient B quatre fais, l'exposant du rapport de A à B est 4 ; mais 4 n'est pas l'exposant du rapport de B à A, parce que B ne contient pas réciproquement A quatre fois ; au-contraire B est contenu dans A quatre fais, il en est le quart, et c'est pourquoi l'exposant de ce second rapport, au-lieu d'être 4, est 1/4, ce qui est analogue sans être identique. Si A et B sont des grandeurs égales, le rapport de A à B est le même que celui de B à A : A contient une fois B, et réciproquement B contient une fois A ; et 1 est toujours l'exposant du rapport de ces deux grandeurs sous chacune des deux combinaisons.

C'est la même chose de tous les rapports imaginables, tous supposent deux termes, et ces deux termes peuvent être vus sous deux combinaisons. Il peut arriver que le rapport du premier terme au second ne soit pas le même que celui du second au premier, quoiqu'il le détermine ; et il peut arriver que le rapport des deux termes soit le même sous les deux combinaisons. Cela posé,

J'appelle noms réciproquement relatifs, ceux qui déterminent les êtres par l'idée d'un rapport qui est toujours le même sous chacune des deux combinaisons des termes, comme frere, collègue, cousin, etc. car si Pierre est frere, ou cousin, ou collègue de Paul, il est vrai aussi que Paul est réciproquement frere, ou cousin, ou collègue de Pierre.

J'appelle noms simplement relatifs, ceux qui déterminent les êtres par l'idée d'un rapport, qui n'est tel que sous une seule des deux combinaisons ; de sorte que le rapport qui se trouve sous l'autre combinaison est différent, et s'exprime par un autre nom : ces deux noms, en ce cas, sont correlatif l'un de l'autre. Par exemple, si Pierre est le père, ou l'oncle, ou le roi, ou le maître, ou le précepteur, ou le tuteur, etc. de Paul, cela n'est pas réciproque, mais Paul est par correlation le fils, ou le neveu, ou le sujet, ou l'esclave, ou le disciple, ou le pupille, etc. de Pierre ; ainsi père et fils, oncle et neveu, roi et sujet, maître et esclave, précepteur et disciple, tuteur et pupille, etc. sont correlatifs entr'eux, et chacun d'eux est simplement relatif. Voyez CORRELATIF.

2°. Quelques adjectifs sont relatifs, et ce sont ceux qui désignent par l'idée précise de quelque relation générale, comme utile, nécessaire, onéreux, égal, inégal, semblable, dissemblable, avantageux, nuisible, etc.

Il est évident qu'en grec et en latin, les adjectifs comparatifs sont par-là même relatifs, quand même l'adjectif positif ne le serait pas, comme loquacior, sapientior, facundior, etc. ainsi que leurs correspondants grecs, . Si le positif est lui-même relatif, le comparatif l'est doublement, parce que toute comparaison envisage essentiellement un rapport entre les deux termes comparés ; ainsi on peut dire d'une première maison qu'elle est semblable à une seconde (similis) ; voilà un positif relatif ; mais une troisième peut être plus semblable à la seconde, que ne l'est la première (similior) ; voilà un adjectif doublement relatif, 1°. il désigne par la ressemblance à la seconde maison ; 2°. par la supériorité de cette ressemblance sur la ressemblance de la première maison. Nous n'avons en français que quelques adjectifs comparatifs exprimés en un seul mot, pire, moindre, meilleur, supérieur, inférieur, antérieur, postérieur : nous suppléons à cette formation par plus, etc. Voyez COMPARATIF, et surtout SUPERLATIF.

Il en est des adjectifs relatifs comme des noms : les uns le sont simplement, les autres réciproquement. Utile, inutile, avantageux, nuisible, sont simplement relatifs, parce qu'ils désignent par l'idée d'un rapport qui n'est tel que sous l'une des deux combinaisons ; la diete est utile à la santé, la santé n'est pas utile à la diete. Egal, inégal, semblable, dissemblable, sont réciproquement relatifs, parce qu'ils désignent par l'idée d'une relation qui est toujours la même sous les deux combinaisons ; si Rome est semblable à Mantoue, Mantoue est semblable à Rome.

3°. Il y a des verbes relatifs qui expriment l'existence d'un sujet sous un attribut dont l'idée est celle d'une relation à quelque objet extérieur.

Les verbes concrets sont actifs, passifs, ou neutres, selon que l'attribut individuel de leur signification est une action du sujet même, ou une impression produite dans le sujet sans concours de sa part, ou un simple état qui n'est dans le sujet ni action ni passion. De ces trois espèces, les verbes neutres ne peuvent jamais être relatifs, parce qu'exprimant un état du sujet, il n'y a rien à chercher pour cela hors du sujet. Mais les verbes actifs et passifs peuvent être ou n'être pas relatifs, selon que l'action ou la passion qui en détermine l'attribut est ou n'est pas relative à un objet différent du sujet. Ainsi amo et curro sont des verbes actifs ; amo est relatif, curro ne l'est pas, il est absolu : de même amor et pereo sont des verbes passifs ; pereo est absolu, et amor est relatif. Voyez NEUTRE.

Sanctius (Min. III. 3.) et plusieurs grammairiens après lui, ont prétendu qu'il n'y a point de verbe en latin qui ne soit relatif, et qui n'exige un complément objectif, s'il est actif. Sanctius entreprend de le prouver en détail de tous les verbes qui, selon lui, ont été réputés faussement neutres, c'est-à-dire absolus, et il le fait en suivant l'ordre alphabétique. Il fait consister ses preuves dans des textes qu'il cite, et il annonce qu'il croira avoir suffisamment prouvé qu'un verbe est actif, transitif, ou relatif, quand il l'aura montré employé à la voix passive, comme caletur, egetur, curritur, peccatur, ou bien quand il en trouvera le participe en dus, da, dum, ou seulement le gérondif en dum, usité dans quelques auteurs.

Pour ce qui est de la première espèce de preuve, il faut voir si le verbe est employé à la voix passive, avec un sujet au nominatif, ou sans sujet.

Si le verbe est employé sans sujet, la forme est passive si l'on veut, mais le sens est actif et non passif ; on n'indique aucun sujet passif, et il n'y a aucune passion sans sujet ; on ne veut alors exprimer que l'existence de l'action ou de l'état sans désignation de cause ni d'objet : caletur ne veut point dire calor caletur, mais calere est ; et de même egetur, c'est egère est ; curritur, c'est currere est ; et peccatur, peccare est : expressions en effet tellement synonymes, dumoins de la manière que tous les synonymes le sont, qu'on les trouve employées assez indistinctement, et que nous les rendons en français de la même manière par notre on. Voyez PASSIF et IMPERSONNEL.

Si le verbe est employé à la voix passive avec un sujet au nominatif, je conviens qu'il suppose alors une voix active qui a le sens relatif, et qui aurait pour complément objectif ce qui sert de sujet à la voix passive ; cependant Périzonius ne veut pas même en convenir dans ce cas ; il prétend (ibid. not. 10.) que de pareilles locutions ne sont dues qu'à la catachrèse, ou plutôt à l'erreur où peuvent être tombés des écrivains qui n'ont pas bien compris le sens de l'usage primitif. L'observation de ce savant critique est en soi excellente ; mais quelque défaut qu'il y ait à l'origine des mots ou des phrases, dès que l'usage les autorise, il les légitime, et il faut oublier la honte de leur naissance, ou du-moins le souvenir qu'on en conserve ne doit ni ne peut tirer à conséquence. Cependant il peut y avoir tel auteur, dont l'autorité ne constaterait pas le bon usage, et les meilleurs même ne sont pas irrépréhensibles ; on trouve des défauts contre l'usage dans Boileau, dans Racine, dans Labruyere, etc.

Ce que je viens de dire de la voix passive, doit s'entendre aussi du participe en dus, da, dum, et même de celui en us, a, um, lorsqu'ils sont en concordance avec un sujet. Mais si on ne cite que le gérondif en dum, ou le supin en um, Sanctius ne peut rien prouver ; car ces mots sont en effet à la voix active, qui peut être indifféremment absolue ou relative (voyez GERONDIF, SUPIN, PARTICIPE, IMPERSONNEL.) Aeternas poenas in morte timendum est, Lucr. castra sine vulnere introïtum est, Sall. et tous ces exemples sont analogues à multos videre est, où il n'y a certainement point de tour passif.

Ces deux observations suffisent déjà pour faire rentrer dans la classe des verbes neutres ou absolus, un grand nombre de ceux dont Sanctius fait l'énumération. Il ne sera pas difficile d'en faire disparaitre encore plusieurs, si l'on fait attention que dans beaucoup des exemples cités, où le verbe est accompagné d'un accusatif, cet accusatif n'est point le régime du verbe même, mais celui d'une préposition sousentendue : par exemple, senem adulterum latrent suburanae canes, c'est-à-dire in senem adulterum, après un vieux paillard. Histrio casum meum toties collacrymavit, Cic. Et Sanctius remarque sur cet exemple, sed hic potest deesse praepositio, et cognatus casus lacrymas. Sur quoi voici la note de Périzonius (28) : si l'accusatif casum meum peut être régi par une préposition sous-entendue, pourquoi ne dirait-on pas la même chose dans mille autres occurrences ? Pour ce qui est de l'accusatif lacrymas, il est entièrement étranger à cette construction : si collacrymavit gouverne un accusatif, c'est casum meum ; s'il ne gouverne pas casum meum, il n'en exige aucun, c'est un verbe neutre. Ce cas, appelé cognatus, ou cognatae significationis, ne ferait, comme je l'ai dit au mot IMPERSONNEL, qu'introduire dans l'analyse une périssologie inutile, inexplicable, et insupportable. Pour justifier ce pléonasme, on cite l'usage des Hébreux, mais on ne prend pas garde que cette addition était chez eux un tour autorisé pour énoncer le sens ampliatif : s'ils ont dit venire veniet, ou selon l'ancienne version, veniens veniet, c'était pour marquer la célérité de l'exécution, comme s'ils avaient dit, brevis veniet, ou celeriter veniet, et ils ajoutent, comme pour rendre plus sensible cette idée de célérité, et non tardabit. Habac. 2.

Ajoutons à tout cela les changements que les variantes peuvent autoriser dans plusieurs des textes cités par le grammairien espagnol ; et peut-être que des trois cent dix-huit verbes qu'il prétend avoir été pris mal-à-propos pour neutres, on aura bien de la peine d'en conserver cinquante ou soixante qui puissent justifier l'observation de Sanctius.

4°. Il y a aussi des adverbes relatifs, puisqu'on en trouve quelques-uns qui étant seuls n'ont qu'un sens suspendu, et qui exigent nécessairement l'addition d'un complément pour la plénitude du sens. Convenienter naturae (conformément à la nature) ; relativement à mes vues ; indépendamment des circonstances, &c.

5°. Enfin toutes les prépositions sont essentiellement relatives, ainsi qu'on peut le voir au mot PREPOSITION.

Je ne prétends poser ici que les notions fondamentales concernant les mots relatifs ; mais je dois avertir que l'on peut trouver de bonnes observations sur cette matière dans la Logique de Le Clerc, part. I. ch. iv. et dans son traité de la Critique, part. II. ch. iv. sect. 2. mais ces ouvrages doivent être lus avec attention et avec quelques précautions.

II. Les Grammairiens distinguent encore dans les mots le sens absolu et le sens relatif. Cette distinction ne peut tomber que sur quelques-uns des mots dont on vient de parler, parce qu'ils sont quelquefois employés sans complément, et par conséquent le sens en est envisagé indépendamment de toute application à quelque terme conséquent que ce puisse être : il n'est pas réellement absolu, puisqu'un mot essentiellement relatif ne peut cesser de l'être ; mais il parait absolu parce qu'il y a une abstraction actuelle du terme conséquent. Que je dise, par exemple, AIMEZ Dieu par-dessus toutes choses, et votre prochain comme vous-mêmes, voilà les deux grands commandements de la loi ; le verbe aimez essentiellement relatif, parce que l'on ne peut aimer sans aimer un objet déterminé, est employé ici dans le sens relatif, puisque le sens en est completté par l'expression de l'objet qui est le terme conséquent du rapport renfermé dans le sens de ce verbe ; mais si je dis, AIMEZ, et faites après cela tout ce qu'il vous plait, le verbe aimez est ici dans un sens absolu, parce que l'on fait abstraction de tout terme conséquent, de tout objet déterminé auquel l'amour puisse se rapporter.

C'est la même chose de toutes les autres sortes de mots relatifs, noms, adjectifs, adverbes, prépositions. Je suis PERE, et je connais à ce titre toute l'étendue de l'amour que je dois à mon PERE ; le premier père est dans un sens absolu ; le second a un sens relatif ; car mon père, c'est le père de moi. Une seule chose est NECESSAIRE ; sens absolu : la patience est NECESSAIRE au sage : sens relatif. Un mot employé RELATIVEMENT ; sens absolu : un mot choisi RELATIVEMENT à quelques vues secrètes ; sens relatif. Vous marcherez DEVANT moi ; sens relatif : vous marcherez DEVANT, et moi DERRIERE ; sens absolu.

Le mot relatif étant employé ici avec la même signification que dans l'article précédent, et par rapport aux mêmes vues, l'usage en est légitime dans le langage grammatical.

III. On distingue encore des propositions absolues et des propositions relatives : " lorsqu'une proposition est telle, que l'esprit n'a besoin que des mots qui y sont énoncés pour en entendre le sens, nous disons que c'est-là une proposition absolue ou complete . Quand le sens d'une proposition met l'esprit dans la situation d'exiger ou de supposer le sens d'une autre proposition, nous disons que ces propositions sont relatives ". C'est ainsi que parle M. du Marsais (article CONSTRUCTION) ; sur quoi l'on me permettra quelques observations.

1°. Si quand on n'a besoin que des mots qui sont énoncés dans une proposition pour en entendre le sens, il faut dire qu'elle est absolue ; il faut dire au contraire qu'elle est relative, lorsque, pour en entendre le sens, on a besoin d'autres mots que de ceux qui y sont énoncés : d'où il suit que quand Ovide a dit, quae tibi est facundia, confer in illud ut doceas ; il a fait une proposition incidente qui est absolue, puisque l'on entend le sens de quae tibi est facundia, sans qu'il soit nécessaire d'y rien ajouter ; et le paucis te volo de Térence, est une proposition relative, puisqu'on ne peut en entendre le sens, si l'on n'y ajoute le verbe alloqui, et la préposition in ou cùm, avec le nom verbis ; volo alloqui te in paucis verbis, ou cum paucis verbis. Cependant l'intention de M. du Marsais était au contraire de faire entendre que quae tibi est facundia, est une proposition relative, puisque le sens en est tel, qu'il met l'esprit dans la situation d'exiger le sens d'une autre proposition ; et que paucis te volo, est une proposition absolue, puisque le sens en est entendu indépendamment de toute autre proposition, et que l'esprit n'exige rien au-delàpour la plénitude du sens de celle-ci.

La définition que donne ce grammairien de la proposition absolue, n'est donc pas exacte, puisqu'elle ne s'accorde pas avec celle qu'il donne ensuite de la proposition relative, et qu'elle peut faire prendre les choses à contre-sens. Comme une proposition relative est celle dont le sens exige ou suppose le sens d'une autre proposition ; il fallait dire qu'une proposition absolue est celle dont le sens n'exige ni ne suppose le sens d'aucune autre proposition.

2°. Comme une proposition ne peut être relative, de la manière qu'on l'entend ici, qu'autant qu'elle est partielle dans une autre proposition plus étendue ; et qu'il a été prouvé (PROPOSITION, article 1. n. 2.) que toute proposition partielle est incidente dans la principale : il suffit de désigner par le nom d'incidentes, les propositions qu'on appelle ici relatives, d'autant plus que la grammaire n'a rien à régler sur ce qui les concerne, que parce qu'elles sont partielles ou incidentes. (Voyez INCIDENTE.) Ce serait d'ailleurs établir la tautologie dans le langage grammatical, puisque le mot relatif ne serait pas employé ici dans le même sens qu'on l'a vu ci-devant.

3°. Chez les Logiciens, qui envisagent les propositions sous un autre point de vue que les Grammairiens, mais qui se méprennent en cela, si moi-même je ne me trompe, appellent propositions relatives, celles qui renferment quelque comparaison et quelque rapport : comme, où est le trésor, là est le cœur ; telle est la vie, telle est la mort ; tanti es, quantum habeas. Ce sont la définition et les exemples de l'art de penser. Part. II. ch. ix.

Il y a encore ici un abus du mot : ces propositions devraient plutôt être appelées comparatives, s'il était nécessaire de les caractériser si précisément : mais comme on peut généraliser assez les principes de la Grammaire, pour épargner dans le didactique de cette science des détails trop minutieux ou superflus ; la Logique peut également se contenter de quelques points de vue généraux qui suffiront pour embrasser tous les objets soumis à sa juridiction.

IV. Le principal usage que font les Grammairiens du terme relatif, est pour désigner individuellement l'adjectif conjonctif qui, que, lequel, en latin qui, quae, quod : c'est, dit-on unanimement, un pronom relatif.

" Ce pronom relatif, dit la Grammaire générale, (Part. II. ch. ix.) a quelque chose de commun avec les autres pronoms, et quelque chose de propre.

Ce qu'il a de commun, est qu'il se met au lieu du nom, et plus généralement même que tous les autres pronoms, se mettant pour toutes les personnes. Moi QUI suis chrétien ; vous QUI êtes chrétien ; lui QUI est roi.

Ce qu'il a de propre peut être considéré en deux manières.

La première, en ce qu'il a toujours rapport à un autre nom ou pronom qu'on appelle antécédent, comme : Dieu qui est saint. Dieu est l'antécédent du relatif QUI. Mais cet antécédent est quelquefois sous-entendu et non exprimé, surtout dans la langue latine, comme on l'a fait voir dans la nouvelle méthode pour cette langue.

La seconde chose que le relatif a de propre, et que je ne sache point avoir encore été remarquée par personne, est que la proposition dans laquelle il entre (qu'on peut appeler incidente), peut faire partie du sujet ou de l'attribut d'une autre proposition, qu'on peut appeler principale ".

1°. J'avance hardiment, contre ce que l'on vient de lire, que qui, quae, quod (pour m'en tenir au latin seul par économie), n'est pas un pronom, et n'a avec les pronoms rien de commun avec ce qui constitue la nature de cette partie d'oraison.

Je crois avoir bien établi (article PRONOM), que les pronoms sont des mots qui présentent à l'esprit des êtres déterminés par l'idée précise d'une relation personnelle à l'acte de la parole : or qui, quae, quod, renferme si peu dans sa signification l'idée précise d'une relation personnelle, que de l'aveu même de M. Lancelot, et apparemment de l'aveu de tous les Grammairiens, il se met pour toutes les personnes : d'ailleurs ce mot ne présente à l'esprit aucun être déterminé par la nature, puisqu'il reçoit différentes terminaisons génériques, pour prendre dans l'occasion celle qui convient au genre et à la nature de l'objet au nom duquel on l'applique. Je le demande donc : à quels caractères pourra-t-on montrer que c'est un pronom ?

C'est, dit-on, qu'il se met au lieu du nom : mais au lieu de quel nom est-il mis dans l'exemple d'Ovide, que j'ai déjà cité : quae tibi est facundia, confer in illud ut doceas ? Il accompagne ici le nom même facundia, avec lequel il s'accorde en genre, en nombre et en cas : il n'est donc pas mis au lieu de facundia, mais avec facundia. Cicéron le regardait-il, ou du-moins le traitait-il en pronom, lorsqu'il disait (pro leg. man.) bellum tantum, quo bello omnes premebantur, Pompeius confecit ? On voit encore ici quo avec bello, et non pas au lieu de bello.

Je sais qu'on me citera mille autres exemples, où ce mot est employé seul et sans être accompagné d'un nom ; parce que ce nom, dit le même auteur (Méth. lat. Synt. regl. 2.), est assez exprimé par le relatif même qui tient toujours sa place, et le représente, comme : cognosces ex iis litteris QUAS liberto tuo dedi. Mais cet écrivain convient sur le champ que cela est dit pour ex litteris, quas litteras. Si donc ou peut dire que quas tient ici la place de litteras, et qu'il le représente ; c'est comme avarus tient la place d'homo, et le représente dans cette phrase : semper avarus eget, (l'avare est toujours dans la disette). Avarus représente homo, parce qu'il est au même genre, au même nombre, au même cas, et qu'il renferme dans sa signification l'idée d'une qualité qui convient non omni sed soli naturae humanae, comme parlent les Logiciens ; mais avarus n'est pas pour cela un pronom : pareillement quas représente litteras, parce qu'il est au même genre, au même nombre, et au même cas, et que l'idée démonstrative qui en constitue la signification, est déterminée ici à tomber sur litteras, par le voisinage de l'antécédent litteris qui lève l'équivoque ; mais quas n'est pas non plus un pronom, 1°. parce qu'il n'empêche pas que l'on ne soit obligé d'exprimer litteras dans la construction analytique de la phrase ; 2°. parce que la nature du pronom ne consiste pas dans la fonction de représenter les noms et d'en tenir la place, mais dans celle d'exprimer des êtres déterminés par l'idée d'une relation personnelle.

2°. Je dis que qui, quae, quod, ne doit point être appelé relatif, quoique ses terminaisons mises en concordance avec le nom auquel il est appliqué, semblent prouver et prouvent en effet qu'il se rapporte à ce nom. C'est que si l'on fondait sur cette propriété la dénomination de relatif, il faudrait par une conséquence nécessaire, l'accorder à tous les adjectifs, aux participes, aux articles, puisque toutes ces espèces s'accordent en genre, en nombre, et en cas, avec le nom auquel ils se rapportent effectivement : que dis-je ? tous les verbes seraient relatifs par leur matériel, puisque tous s'accordent avec le sujet auquel ils se rapportent. Mais si cela est, quelle confusion ! Il y aura apparemment des verbes doublement relatifs, et par le matériel et par le sens : par exemple, dans bellum Pompeïus confecit, le verbe confecit sera relatif à Pompeïus par la matière, à cause de la concordance ; et il sera relatif à bellum par le sens, à cause du régime du complément. Je n'insisterai pas davantage là-dessus, de peur de tomber moi-même dans la confusion, pour vouloir rendre trop sensible celle qu'une juste conséquence introduirait dans le langage grammatical : je me contenterai de dire que quas n'est pas plus relatif dans quas litteras, que iis n'est relatif dans iis litteris.

3°. Aucun des deux termes par lesquels on désigne qui, quae, quod, ni l'union des deux, ne font entendre la vraie nature de ce mot. C'est un adjectif conjonctif, et c'est ainsi qu'il fallait le nommer et que je le nomme.

C'est un adjectif ; voilà ce qu'il a véritablement de commun avec tous les autres mots de cette classe : comme eux, il présente à l'esprit un être indéterminé, désigné seulement par une idée précise qui peut s'adapter à plusieurs natures ; et comme eux aussi, il s'accorde en genre, en nombre, et en cas, avec le nom ou le pronom auquel on l'applique, en vertu du principe d'identité, qui suppose cette indétermination de l'adjectif : qui vir, quae mulier, quod bellum, qui consules, quae litterae, quae negotia, etc. L'idée précise qui caractérise la signification individuelle de qui, quae, quod, est une idée métaphysique d'indication, ou de démonstration, comme is, ea, id.

Il est conjonctif, c'est-à-dire, qu'outre l'idée démonstrative qui en constitue la signification, et en vertu de laquelle il serait synonyme d'is, ea, id ; il comprend encore dans sa valeur totale celle d'une conjonction ; ce qui en le différenciant d'is, ea, id, le rend propre à unir la proposition dont il fait partie à une autre proposition. Cette propriété conjonctive est telle que l'on peut toujours décomposer l'adjectif par is, ea, id, et par une conjonction telle que peuvent l'exiger les circonstances du discours. Ceci mérite d'autant plus d'être approfondi, que la Grammaire générale, (édit. de 1746, suite du chap. ix. de la part. II.) prétend qu'il y a des cas où le mot dont il s'agit, est visiblement pour une conjonction et un pronom démonstratif : ce sont les propres termes de l'auteur : que dans d'autres occurrences, il ne tient lieu que de conjonction : et que dans d'autres enfin, il tient lieu de démonstratif, et n'a plus rien de conjonction.

Il est constant en premier lieu, et avoué par dom Lancelot, et par tous les sectateurs de P. R. que le qui, quae, quod des Latins, et son correspondant dans toutes les langues, est démonstratif et conjonctif dans toutes les occurences où la proposition dans laquelle il entre fait partie du sujet ou de l'attribut d'une autre proposition. Aesopus auctor QUAM materiam repperit, hac ego polivi versibus senariis ; c'est comme si Phedre avait dit, hanc ego materiam polivi versibus senariis, et Aesopus auctor EAM repperit. (Liv. I. prol.) Ce n'est pas toujours par la conjonction copulative que cet adjectif se décompose : par exemple, les savants QUI sont plus instruits que le commun des hommes, devraient aussi les surpasser en sagesse, c'est-à-dire, les savants devraient surpasser en sagesse le commun des hommes, CAR CES hommes sont plus instruits qu'eux ; autre exemple, la gloire QUI vient de la vertu a un éclat immortel, c'est-à-dire, la gloire a un éclat immortel, SI CETTE gloire vient de la vertu. On peut y joindre l'exemple cité par la grammaire générale, tiré de Tite-Live, qui parle de Junius Brutus : Is quem primores civitatis, in QUIBUS fratrem suum ab avunculo interfectum audisset ; l'auteur le réduit ainsi, Is quem primores civitatis, ET in HIS fratrem suum interfectum audisset, ce qui est très-clair et très-raisonnable.

" Mais, ajoute-t-on, (Part. II. suite du ch. jx.) le relatif perd quelquefois sa force de démonstratif, et ne fait plus que l'office de conjonction : ce que nous pouvons considérer en deux rencontres particulières.

La première est une façon de parler fort ordinaire dans la langue hébraïque, qui est que lorsque le relatif n'est pas le sujet de la proposition dans laquelle il entre, mais seulement partie de l'attribut, comme lorsque l'on dit, pulvis QUEM projicit ventus ; les Hébreux alors ne laissent au relatif que le dernier usage, de marquer l'union de la proposition avec une autre ; et pour l'autre usage, qui est de tenir la place du nom, ils l'expriment par le pronom démonstratif, comme s'il n'y avait point de relatif : de sorte qu'ils disent QUEM projicit EUM ventus.... Les Grammairiens n'ayant pas bien distingué ces deux usages du relatif, n'ont pu rendre aucune raison de cette façon de parler, et ont été réduits à dire que c'était un pléonasme, c'est-à-dire une superfluité inutile ".

Quiconque lit ce passage de P. R. s'imaginerait qu'il y a en hébreu un adjectif démonstratif et conjonctif, correspondant au qui, quae, quod latin, et pouvant s'accorder en genre et en nombre avec son antécédent ; et dans ce cas, il semble en effet qu'il n'y ait rien autre chose à dire que d'expliquer l'hébraïsme par le pléonasme, qui est réellement très-sensible dans le passage de St. Pierre, , cujus livore ejus sanati estis. Surpris d'un usage si peu raisonnable, et si difficile à expliquer, j'ouvre les grammaires hébraïques, et je trouve dans celle de M. l'Abbé Ladvocat (pag. 67.) que " le pronom relatif en hébreu est , et qu'il sert pour tous les genres, pour tous les nombres, pour tous les cas, et pour toutes les personnes ". Je passe à celle de Masclef (tom. I. cap. iij. n°. 4. pag. 69.), et j'y trouve : pronomen relativum est , quod omnibus generibus, casibus, ac numeris inservit, significans, pro variâ locorum exigentiâ, qui, quae, quod, cujus, cui, quem, quorum, quos, etc.

Cette indéclinabilité du prétendu pronom relatif, combinée avec l'usage constant des Hébreux d'y joindre l'adjectif démonstratif lorsqu'il n'est pas le sujet de la proposition, m'a fait conjecturer que le mot hébreu n'est en effet qu'une conjonction, que c'est pour cela qu'il est essentiellement indéclinable, et que ce que les Grecs, les Latins, et tant d'autres peuples expriment en un seul mot conjonctif et démonstratif tout-à-la-fais, les Hébreux l'expriment en deux mots, la conjonction dans l'un, et l'idée démonstrative dans l'autre : je trouve en effet que Masclef compte parmi les conjonctions causales , qu'il traduit par quod ; cette découverte me donne de la hardiesse, et je crois que cette conjonction est indéfinie, et peut se rendre tantôt d'une manière, et tantôt de l'autre, précisément comme celle du qui, quae, quod des Latins. Ainsi je ne traduirais point le texte hébreu par pulvis quem projicit eum ventus, mais par pulvis, et projicit ou quoniam projicit eum ventus ; et le pulvis quem projicit ventus de la vulgate en est, sous la forme autorisée en latin, une autre traduction littérale et fidèle. De même le passage de saint Pierre, pour répondre fidèlement à l'hébraïsme, aurait du être , cujus livore ejus sanati estis ; ou bien en réduisant à un même mot la conjonction et l'adjectif démonstratif , cujus livore sanati estis : le texte grec ne présente le pléonasme, que parce que le traducteur n'avait pas saisi le vrai sens de l'hébreu, ni connu la nature intrinseque du prétendu pronom relatif hébraïque. Si les Hébreux ne font pas usage de l'adjectif démonstratif dans le cas où il est sujet, c'est que la terminaison du verbe le désigne assez.

Pour ce qui est des exemples tirés immédiatement du latin, comme la même explication ne peut pas y avoir lieu, il faut prononcer hardiment qu'il y a périssologie. On cite cet exemple de Tite-Live : ut in tusculanos animadverteretur, quorum eorum ope ac consilio Veliterni populo romano bellum fecissent ; qu'y a-t-il de mieux que d'adopter la correction proposée de quòd ou de quoniam au lieu de quorum, ou la suppression d'eorum ? On ne peut pas plus rejeter en Grammaire qu'ailleurs, le principe nécessaire de l'immutabilité des natures. L'adjectif que l'on nomme communément pronom relatif, est, dans toutes les langues qui le déclinent, adjectif démonstratif et conjonctif ; et l'usage, dans aucune, ne peut le dépouiller en quelques cas de l'idée démonstrative, pour ne lui laisser que l'effet conjonctif, parce qu'une conjonction déclinable est un phénomene impossible.

Le grammairien de P. R. se trompe donc encore dans la manière dont il interprête le quòd de cette phrase de Ciceron, Non tibi objicio QUOD hominem spoliasti. " Pour moi, dit-il, je crois que c'est le relatif, qui a toujours rapport à un antécédent, mais qui est dépouillé de son usage de pronom ; n'enfermant rien dans sa signification qui fasse partie ou du sujet ou de l'attribut de la proposition incidente, et retenant seulement son second usage d'unir la proposition où il se trouve, à une autre.... car dans ce passage de Ciceron, Non tibi objicio QUOD hominem spoliasti ; ces derniers mots, hominem spoliasti, font une proposition parfaite, où le quòd qui la précède n'ajoute rien, et ne suppose aucun nom : mais tout ce qu'il fait est que cette même proposition où il est joint, ne fait plus partie que de la proposition entière, Non tibi objicio QUOD hominem spoliasti ; au lieu que sans le quòd elle subsisterait par elle-même, et ferait toute seule une proposition ". Le quòd dont il s'agit est dans cet exemple et dans tous les autres pareils, un vrai adjectif démonstratif et conjonctif, comme en toute occurrence ; et pour s'en assurer, il ne faut que faire la construction analytique du texte de Ciceron ; la voici : Non tibi objicio hoc crimen, QUOD crimen est tale, spoliasti hominem ; ce qui peut se décomposer ainsi : Non tibi objicio hoc crimen, ET HOC crimen est tale, spoliasti hominem. La proposition spoliasti hominem est un développement déterminatif de l'adjectif indéfini tale, et peut être envisagée comme ne faisant qu'un avec tale : mais quod fait partie du sujet dont l'attribut est tale spoliasti hominem, et constitue par conséquent une partie de l'incidente. Voyez INCIDENTE.

Le même auteur prétend au contraire qu'il y a des rencontres où cet adjectif ne conserve que sa signification démonstrative, et perd sa vertu conjonctive. " Par exemple, dit-il, Pline commence ainsi son panégyrique : Benè ac sapienter, P. C. majores instituerunt, ut rerum agendarum, ita discendi initium à precationibus capere, quòd nihil ritè, nihilque providenter homines, sine deorum immortalium ope, consilio, honore, auspicarentur. QUI mos, qui potiùs quàm consuli, aut quando magis usurpandus colendusque est ? Il est certain que ce qui commence plutôt une nouvelle période, qu'il ne joint celle-ci à la précédente ; d'où vient même qu'il est précédé d'un point : et c'est pourquoi en traduisant cela en français, on ne mettrait jamais, laquelle coutume, mais cette coutume, commençant ainsi la seconde période : ET par qui CETTE coutume doit-elle être plutôt observée, que par un consul ? etc. "

Remarquez cependant que l'auteur de la Grammaire générale conserve lui-même la conjonction dans sa traduction : ET par qui CETTE coutume, en sorte qu'en disputant contre, il avoue assez clairement que le qui latin est la même chose que et is ; c'est une vérité qu'il sentait sans la voir. Je crois pourtant que la conjonction est mal rendue par et dans cet exemple : il ne s'agit pas d'associer les deux propositions consécutives pour une même fin, et par conséquent la conjonction copulative y est déplacée : la première proposition est un principe de fait qui est général, et la seconde semble être une conclusion que l'on en déduit par cette sorte de raisonnement que les rhéteurs appellent à minori ad majus ; ainsi je croirais que la conjonction qui convient ici doit être la conclusive igitur (donc) ; qui mos, c'est-à-dire, igitur hic mos ; et en français, pour ne pas trop m'écarter de la version de P. R. par qui DONC CETTE coutume doit-elle être plutôt observée, que par un consul ? &c.

On ajoute que Ciceron est plein de semblables exemples ; on aurait pu dire la même chose de tous les bons auteurs latins. On cite celui-ci (Orat. V. in Verrem.) : Itaque alii cives romani, ne cognoscerentur, capitibus obvolutis à carcère ad palum atque ad necem rapiebantur : alii, cùm à multis civibus romanis recognoscerentur, ab omnibus defenderentur, securi feriebantur. QUORUM ego de acerbissima morte, crudelissimoque cruciatu dicam, cùm eum locum tractare caepero. Ce quorum, dit-on, se traduirait en français comme s'il y avait de illorum morte. Je n'en crois rien, et je suis d'avis que qui le traduirait de la sorte n'en rendrait pas toute l'énergie, et ôterait l'âme du discours, puisqu'elle consiste surtout dans la liaison. Quelle est cette liaison ? Ciceron remettant à parler ailleurs de cet objet, semble par-là désapprouver le peu qu'il en a dit, ou du-moins s'opposer à l'attente qu'il a pu faire naitre dans l'esprit des auditeurs : il faut donc, pour entrer dans ses vues, décomposer le quorum par la conjonction adversative sed, et construire ainsi : SED ego dicam de morte acerbissimâ atque de cruciatu crudelissimo ILLORUM ; ce qui me parait être d'une nécessité indispensable, et prouver que dans l'exemple en question quorum n'est pas dépouillé de sa vertu conjonctive, qu'en effet il ne perd nulle part.

IS (Neocles) uxorem Halicarnassiam civem duxit, ex quâ natus est Themistocles. QUI cùm minùs esset probatus parentibus, quòd liberiùs vivebat et rem familiarem negligebat, à patre exheredatus est. QUAE contumelia non fregit eum, sed erexit (Corn. Nep. in Themist. cap. j.). Voilà un qui et un quae qui commencent chacun une phrase. Il me semble qu'il faut interprêter le premier comme s'il y avait, ATQUI IS cùm minùs esset probatus, etc. (OR CELUI-CI n'étant pas dans les bonnes grâces de ses parens) : c'est une remarque que l'historien veut joindre à ce qui précède, par une transition. QUAE contumelia non fregit eum, sed erexit, c'est-à-dire, VERUM HAEC contumelia non fregit eum, sed erexit ; l'effet naturel de l'exhérédation devait être d'affliger Thémistocle et de l'abattre, ce fut le contraire. Il faut donc joindre cette remarque au récit du fait par une conjonction adversative, de même que les deux parties de la remarque pareillement opposées entr'elles : ainsi je traduirais ; MAIS CET affront, au lieu de l'abattre, lui éleva l'âme : la conjonction mais indique l'opposition qu'il y a entre l'effet et la cause ; et au lieu de désigne l'opposition respective de l'effet attendu et de l'effet réel.

Il n'y a pas une seule occasion où le qui, quae, quod ainsi employé, ou de quelque autre manière que ce sait, ne conserve et sa signification démonstrative et sa vertu conjonctive. Outre qu'on vient de le voir dans l'explication analysée des exemples mêmes allégués par D. Lancelot en faveur de l'opinion contraire ; c'est une conséquence naturelle de l'aveu que fait cet auteur que qui, quae, quod est souvent revêtu de ces deux propriétés, et c'est lui-même qui établit le principe incontestable qui attache cette conséquence au fait, je veux dire l'invariabilité de la signification des mots : " car c'est par accident, dit-il, (ch. jx.) si elle varie quelquefois, par équivoque, ou par métaphore ". Mais si la signification demonstrative et la vertu conjonctive sont les deux propriétés qui caractérisent cette sorte de mot, à quoi bon le désigner par la dénomination du relatif, qui est vague, qui convient également à tous les adjectifs, qui convient même à tous les mots d'une phrase, puisqu'ils sont tous liés par les rapports respectifs qui les font concourir à l'expression de la pensée ? Ne vaut-il pas mieux dire tout simplement que c'est un adjectif démonstratif et conjonctif ? Ce serait, en le nommant, en déterminer clairement la destination, et poser, dans la dénomination même, le principe justificatif de tous les usages que les langues en ont faits. Cependant comme il y a d'autres adjectifs démonstratifs, comme is, ea, id ; hic, haec, hoc ; ille, illa, illud ; iste, ista, istud, etc. et que cette idée individuelle ne donne lieu à aucune loi particulière de syntaxe : je crois que l'on peut se contenter de la dénomination d'adjectif conjonctif, telle que je l'ai établie d'abord, parce que c'est de cette vertu conjonctive et de la nature générale des adjectifs, que découlent les règles de syntaxe qui sont propres à cette sorte de mot.

Première règle. L'adjectif conjonctif s'accorde en genre, en nombre, et en cas, avec un cas répété de l'antécédent, soit exprimé, soit sous-entendu. Je m'exprime autrement que ne font les rudimentaires, parce que la Philosophie ne doit pas prononcer simplement sur des apparences trop souvent trompeuses, et presque toujours insuffisantes pour justifier ses décisions. On dit communément que le relatif s'accorde avec l'antécédent en genre, en nombre, et en personne ; et l'on cite ces exemples : Deus QUEM adoramus est omnipotens, timete Deum QUI mundum condidit. On remarque sur le premier exemple, que quem est au singulier et au masculin, comme Deus ; mais qu'il n'est pas au même cas, et qu'il est à l'accusatif, qui est le régime du verbe adoramus ; sur le second exemple, que qui est de même qu'au singulier et au masculin comme Deum, mais non pas au même cas, puisque qui est au nominatif, comme sujet de condidit : on conclud de-là que le relatif ne s'accorde pas en cas avec l'antécédent. On remarque encore que qui, dans le second exemple, est de la troisième personne, comme Deum, puisque le verbe condidit est à la troisième personne, et qu'il doit s'accorder en personne avec son sujet, qui est qui.

Ce qui fait que l'on décide de la sorte, c'est le préjugé universel que qui, quae, quod est un pronom : il est vrai que le cas d'un pronom ne se décide que par le rapport propre dont il est chargé dans l'ensemble de la phrase, quoiqu'il se mette au même genre et au même nombre que le nom son correctif, dont il tient la place, ou qui aurait pu tenir la sienne ; mais ce n'est pas tout à fait la même chose de l'adjectif conjonctif, et la méthode latine de P. R. elle-même m'en fournira la preuve. " Le relatif QUI, QUAE, QUOD, doit ordinairement être considéré comme entre deux cas d'un même substantif exprimés ou sous-entendus ; et alors il s'accorde avec l'antécédent en genre et en nombre ; et avec le suivant, même en cas, comme avec son substantif ". C'est ce qu'on lit dans l'explication de la seconde règle de la syntaxe ; et n'est-il pas surprenant que l'on partage ainsi les relations du relatif, si je puis parler de la sorte, et que l'on en décide le genre et le nombre par ceux du nom qui précède, tandis qu'on en détermine le cas par celui du nom qui suit ? N'était-il pas plus simple de rapporter tout au nom suivant, et de déclarer la concordance entière comme à l'égard de tous les autres adjectifs ?

La vérité de ce principe se manifeste par-tout. 1°. Quand le nom est avant et après l'adjectif conjonctif, comme, LITTERAS abs te M. Calenus ad me attulit, in QUIBUS LITTERIS scribis, Cic. Ultra EUM LOCUM QUO in LOCO Germani consederant, Caes. EODEM ut JURE uti senem liceat, QUO JURE sum usus adolescentior, Ter. 2°. Quand le nom est supprimé après l'adjectif conjonctif, puisqu'alors on ne peut analyser la phrase qu'en suppléant l'ellipse du nom, comme cognosces ex IIS LITTERIS QUAS liberto tuo dedi, Cic. pour ex litteris quas litteras, dit la méthode latine (loc. cit.). 3°. Quand le nom est supprimé avant l'adjectif conjonctif, pour la même raison ; comme, populo ut placèrent QUAS fecisset FABULAS, Phaed. c'est-à-dire, populo ut placèrent FABULAE QUAS FABULAS fecisset. 4°. Quand le nom est supprimé avant et après ; comme, sunt QUIBUS in satyrâ videor nimis acer, Hor. c'est-à-dire, sunt HOMINES QUIBUS HOMINIBUS in satyrâ videor nimis acer. 5°. Quand l'adjectif conjonctif étant entre deux noms de genres ou de nombres différents, semble s'accorder avec le premier ; comme, Herculi sacrificium fecit in LOCO QUEM PYRAM appelant, T. Liv. c'est-à-dire, in LOCO QUEM LOCUM appelant Pyram ; et encore Darius ad EUM LOCUM QUEM amanicas PYLAS vocant pervenit, Curt. c'est-à-dire ad EUM LOCUM QUEM LOCUM vocant Pylas amanicas. 6°. Et encore plus évidemment quand l'adjectif conjonctif s'accorde tout simplement avec le mot suivant ; comme, ANIMAL providum et sagax QUEM vocamus HOMINEM ; quoiqu'il soit vrai que cette concordance ne soit alors qu'une syllepse (voyez SYLLEPSE) ; mais ce qui a amené cette syllepse, c'est l'authenticité même de la règle que l'on établit ici, et que l'on croyait suivre apparemment.

Elle est fondée, comme on voit, sur ce que le prétendu pronom relatif est un véritable adjectif, et que, comme tous les autres, il doit s'accorder à tous égards avec le nom ou le pronom auquel on l'applique, et cela en vertu du principe d'identité. Voyez IDENTITE.

Seconde règle. L'adjectif conjonctif appartient toujours à une proposition incidente, qui est modificative de l'antécédent ; et cet antécédent appartient par conséquent à la proposition principale.

C'est une suite nécessaire de la vertu conjonctive renfermée dans cette sorte de mot : partout où il y a conjonction, il y a nécessairement plusieurs propositions, puisque les conjonctions sont des mots qui désignent entre les propositions, une liaison fondée sur les rapports qu'elles ont entr'elles : d'ailleurs la concordance de l'adjectif conjonctif avec l'antécédent ne parait avoir été instituée, que pour mieux faire concevoir que c'est principalement à cet antécédent que doit se rapporter la proposition incidente. Je n'insiste pas davantage sur ce principe, qui, apparemment, ne me sera pas contesté : mais je dois faire faire attention à quelques corollaires importants qui en découlent.

Coroll. 1. Dans la construction analytique, et dans toutes les occasions où l'on doit en conserver la clarté, ce qui est presque toujours nécessaire ; l'adjectif conjonctif doit suivre immédiatement l'antécédent, et être à la tête de la proposition incidente. La conjonction, qui est l'un des caractères de cet adjectif, est le signe naturel du rapport de la proposition incidente à l'antécédent ; elle doit donc être placée entre l'antécédent et l'incidente, comme le lien commun des deux, ainsi que le sont toujours toutes les autres conjonctions. Les petites exceptions qu'il peut y avoir à ce corollaire dans la pratique, peuvent quelquefois venir de la facilité que le génie particulier d'une langue peut fournir pour y conserver la clarté de l'énonciation, par exemple, au moyen de la concordance des terminaisons ou de la répétition de l'antécédent, comme dans les langues transpositives : ainsi, la concordance du genre et du nombre sauve la clarté de l'énonciation dans cette phrase de Térence, QUAS credis esse has, non sunt verae nuptiae, parce que cette concordance montre assez nettement que nuptiae est l'antécédent de quas, qui ne peut s'accorder qu'avec nuptias ; et c'est à-peu-près la même chose dans ce mot de Ciceron, QUAM quisque norit artem, in hâc se exerceat. D'autres fois l'exception peut venir de la préférence qui est dûe à d'autres principes, en cas de concurrence avec celui-ci ; et cette préférence, connue par raison ou sentie par usage, sauve la phrase des incertitudes de l'équivoque : tels sont les exemples où nous plaçons entre l'antécédent et l'adjectif conjonctif, ou une simple proposition, ou même une phrase adverbiale dans le complément de laquelle doit être l'adjectif conjonctif ; la manière même dont je viens de m'expliquer en est un exemple ; et l'on en trouve d'autres au mot INCIDENTE.

Coroll. 2. Puisque l'adjectif conjonctif est essentiellement démonstratif, et que l'analyse suppose dans la proposition incidente la répétition du nom ou du pronom antécédent avec lequel s'accorde l'adjectif conjonctif ; cet antécédent est donc envisagé sous ce point de vue démonstratif dans la proposition incidente : mais cette proposition incidente est modificative du même antécédent envisagé comme partie de la proposition principale : donc il doit être considéré dans la principale sous le même point de vue démonstratif ; puis qu'autrement l'incidente, qui se rapporte à l'antécédent pris démonstrativement, ne pourrait pas se rapporter à celui de la proposition principale. C'est précisément en conséquence de ce principe que dans la phrase latine on trouve souvent le premier antécédent accompagné de l'adjectif démonstratif is, ou hic, ou ille, etc. ultra EUM locum quo in loco Germani consederant ; cognosces ex IIS litteris quas, etc. et Virgile l'a même exprimé avec le pronom ego ; ILLE ego qui quondam, etc. C'est aussi le fondement de la règle proposée par Vaugelas (rem. 369.) comme propre à notre langue, que le pronom relatif (c'est-à-dire l'adjectif conjonctif) ne se peut rapporter à un nom qui n'a point d'article. Vaugelas n'avait pas aperçu toute la généralité de cette règle ; la Grammaire générale (part. II. ch. x.) l'a discutée avec beaucoup de soin ; M. du Marsais, qui en a présenté la cause sous un autre aspect que je ne fais ici, quoiqu'au fond ce soit la même, a réduit la règle à sa juste valeur (ARTICLE, p. 736. col. ij.) ; M. Duclos semble avoir ajouté quelque chose à la précision (rem. sur le ch. x. de la gram. génér.) ; et M. l'abbé Fromant a enrichi son supplément (sur le même chap.) de tout ce qu'il a trouvé épars dans différents auteurs sur cette règle de syntaxe. Voilà donc les sources où il faut recourir pour se fixer sur le détail d'un principe, que je ne dois montrer ici que sous des termes généraux ; et afin de savoir quels autres mots peuvent tenir lieu de l'article ou être réputés articles, on peut voir ce qui en est dit au mot INDEFINI, (n. 2.)

Coroll. 3. Comme la signification propre de chaque mot est essentiellement une ; c'est une erreur que de croire, comme il semble que tous les Grammairiens le croient, que l'adjectif conjonctif puisse être employé sans relation à un antécédent, et sans supposer une proposition principale autre que celle où entre cet adjectif. Qui, que, quoi, lequel sont, au dire des Grammairiens français, ou relatifs ou absolus : relatifs, quand ils ont relation à des noms ou à des personnes qui les précèdent ; absolus, quand ils n'ont pas d'antécédent auquel ils aient rapport. Voyez la gram. fr. de M. Restaut, ch. v. art. 5. et 6. Ab uno disce omnes. Dieu QUI aime les hommes, l'argent QUE j'ai dépensé, ce à QUOI vous pensez, le genre de vie AUQUEL on se destine ; dans tous ces exemples, qui, que, quoi et auquel sont relatifs : ils sont absolus dans ceux-ci, je sais QUI vous a accusé, je ne sais QUE vous donner, marquez-moi à QUOI je dois m'en tenir, et après avoir parlé des livres, je vois AUQUEL vous donnez la préférence ; ils le sont encore dans ces phrases qui sont interrogatives, QUI vous a accusé ? QUE vous donnerai-je ? A QUOI pensez-vous ? et après avoir parlé de livres, AUQUEL donnez-vous la préférence ? C'est la même chose en latin : qui, quae, quod y sont relatifs ; quis, quid y sont absolus.

Mais approfondissons une fois les choses avant que de prononcer. Je l'ai déjà dit dans cet article, et je le répète encore : la signification propre des mots est essentiellement une : la multiplicité des sens propres serait directement contraire au but de la parole, qui est l'énonciation claire de la pensée ; et si l'usage introduit quelques termes équivoques, par quelque cause que ce sait, cela est très-rare, et l'on ne trouvera pas qu'il ait jamais exposé à ce défaut trop considérable, aucun des mots qui sont de nature à se montrer fréquemment dans le discours. Or il est constant que qui, quae, quod en latin, qui, que, quoi, lequel en français, sont ordinairement des adjectifs conjonctifs : il faut donc en conclure qu'ils le sont toujours, et que dans les phrases où ils paraissent employés sans antécédent, il y a une ellipse dont l'analyse sait bien remplir le vuide.

Reprenons les exemples positifs que l'on vient de voir. Je sais QUI vous a accusé, c'est-à-dire, je sais la personne QUI vous a accusé : je ne sais QUE vous donner, c'est-à-dire je ne sais pas la chose QUE je puis vous donner, ou QUE je dois vous donner : marquez moi à QUOI je dois m'en tenir, c'est-à-dire, marquez-moi le sentiment, ou l'opinion, ou le parti, etc. à QUOI je dois m'en tenir : en parlant de livres, je vois AUQUEL vous donnez la préférence, c'est-à-dire, je vois le livre AUQUEL vous donnez la préférence ; le genre masculin et le nombre singulier du mot auquel, prouvent assez qu'on le rapporte à un nom masculin et singulier. Mais en général ces adjectifs étant essentiellement conjonctifs, et supposant, par une conséquence nécessaire, un antécédent auquel ils servent à joindre une proposition incidente ; il a été très-facile à l'usage d'autoriser l'ellipse de cet antécédent, lorsque les circonstances sont de nature à le désigner d'une manière précise ; parce que le but de la parole en est mieux rempli, la pensée étant peinte sans équivoque et sans superfluité : or il est évident que c'est ce qui arrive dans tous les exemples précédents ; il n'y a qu'une personne qui puisse accuser quelqu'un, et d'ailleurs l'usage de notre langue est, en cas d'ellipse, de n'employer qui qu'avec relation aux personnes ; que est toujours relatif aux choses en pareille occurrence, et c'est la même chose de quoi ; pour lequel, on ne peut s'en servir qu'immédiatement après avoir nommé l'antécédent, dont ce mot rappelle nettement l'idée au moyen de l'article dont il est composé.

Cette possibilité de suppléer l'antécédent sert encore de fondement à une autre ellipse, qui dans l'occasion en devient comme une suite ; c'est celle du mot qui marque l'interrogation, dans les phrases où l'on a coutume de dire que les prétendus pronoms absolus sont interrogatifs. QUI vous a accusé ? c'est-à-dire, (dites-moi la personne) QUI vous a accusé ; QUE vous donnerai-je ? c'est-à-dire, (indiquez-moi ce) QUE je vous donnerai ; à QUOI pensez-vous ? c'est-à-dire, faites-moi connaitre la chose) à QUOI vous pensez ; AUQUEL donnez-vous la préférence ? c'est-à-dire, (déclarez le livre) AUQUEL vous donnez la préférence. Dans toutes ces phrases, l'adjectif conjonctif se trouve à la tête, quoique dans l'ordre analytique il doive être précédé d'un antécédent ; c'est donc une nécessité de le suppléer : d'ailleurs puisqu'il appartient toujours à une proposition incidente, et l'antécédent à la principale, et que cependant il n'y a qu'un seul verbe dans toutes ces phrases, qui est celui de l'incidente ; il faut bien suppléer le verbe de la principale : mais comme le ton, quand on parle, indique suffisamment l'interrogation, et qu'elle est marquée dans l'écriture par la ponctuation, ce verbe doit être interrogatif ; et par conséquent ce doit être l'impératif singulier ou pluriel, selon l'occurrence, des verbes qui énoncent un moyen de terminer l'incertitude ou l'ignorance de celui qui parle, comme dire, déclarer, apprendre, enseigner, remontrer, faire connaitre, indiquer, désigner, nommer, etc. (voyez INTERROGATIF.) Dans ce cas, l'antécédent sousentendu que l'on supplée, doit être le complément de ce verbe impératif, comme on le voit dans le développement analytique des exemples que je viens d'expliquer.

Ce que je viens de dire par rapport à notre langue est essentiellement vrai dans toutes les autres, et spécialement en latin. Le quis et le quid, quoiqu'ils aient une terminaison différente de qui et de quod, ne sont pourtant guère autre chose que ces mots mêmes, à moins qu'on ne veuille croire que quis c'est qui avec la terminaison du démonstratif is qui en doit modifier l'antécédent, et que quid c'est quod avec la terminaison du démonstratif id. Cette opinion pourrait expliquer pourquoi quis ne s'emploie qu'en parlant des personnes, et quid en parlant des choses ; c'est que le démonstratif is suppose l'antécédent homo, et le démonstratif id, l'antécédent negotium ; d'où il vient que quis était anciennement du genre commun, ainsi que les mots qui en sont composés, quisquis, aliquis, ecquis, etc. (voyez Prisc. xiij. de secundâ pron. decl. Voss. de anal. iv. 8.) Mais admettre ce principe, c'est établir en même temps la nécessité de suppléer ces antécédents, soit que les phrases soient positives, soit qu'elles aient le sens interrogatif ; et si elles sont interrogatives, il y a également nécessité de suppléer le verbe interrogatif, afin de complete r la proposition principale, et de donner de l'emploi à l'antécédent suppléé. Au reste, que quis et quid viennent de qui, quae, quod, et n'en diffèrent que comme je l'ai dit ; on en trouve une nouvelle preuve, en ce qu'ils n'ont point d'autres cas obliques que qui, quae, quod, et qu'alors la terminaison ne pouvant plus montrer les distinctions que j'ai marquées plus haut, on est obligé d'exprimer le nom qui doit être antécédent.

Puisque c'est la vertu conjonctive qui est le principal fondement des lois de la syntaxe par rapport à l'espèce d'adjectif dont je viens de parler ; il est important de reconnaitre les autres mots conjonctifs, sujets par conséquent aux règles qui portent sur cette propriété.

Or il y a en latin plusieurs adjectifs également conjonctifs. Tels sont, par exemple, qualis, quantus, quot, qui renferment en outre dans leur signification la valeur des adjectifs démonstratifs talis, tantus, tot, de la même manière que qui, quae, quod renferme celle de l'adjectif démonstratif is, ea, id. Mais dans la construction analytique, l'antécédent de qui, quae, quod doit être modifié par l'adjectif démonstratif is, ea, id, afin qu'il soit pris dans la proposition principale sous la même acception que dans l'incidente : les adjectifs qualis, quantus, quot, supposent donc de même un antécédent modifié par les adjectifs démonstratifs, talis, tantus, tot, dont ils renferment la valeur. Cette conséquence est justifiée par les exemples suivants : QUALES summus, TALES esse videamur ; Cic. videre mihi videor TANTAM dimicationem, QUANTA nunquam fuit ; Id. de nullo opère publico TOT senatus extant consulta, QUOT de meâ domo. Id.

Les adjectifs cujus, cujas, quotus, sont aussi conjonctifs, et ils sont équivalents à des périphrases qu'il faut rappeler quand on veut en analyser les usages.

Cujus signifie ad quem hominem pertinens ; ainsi l'antécédent analytique de cujus, c'est is homo, parce que le vrai conjonctif qui reste après la décomposition, c'est qui, quae, quod. La troisième églogue de Virgile commence ainsi : Dic mihi, Damaeta, CUJUM pecus ? c'est-à-dire, dic mihi, Damaeta, (eum hominem) CUJUM pecus (est hoc pecus) ou bien ad quem hominem pertinens (est hoc pecus) : sur quoi j'observerai en passant, que l'interrogation est exprimée ici positivement par dic mihi, conformément à ce que j'ai dit plus haut, dont cet exemple devient une nouvelle preuve. Cette manière de remplir la construction analytique par rapport à l'adjectif cujus, est autorisée non-seulement par la raison du besoin, telle que je l'ai exposée, mais par l'usage même des meilleurs écrivains : je me contenterai de citer Ciceron, (3. Verrin.) : ut optimâ conditione sit IS, CUJA res sit, CUJUM periculum ; que manque-t-il avec is, que le nom homo, suffisamment désigné par le genre de is et par le sens ?

Cujas veut dire ex quâ regione ou gente oriundus : donc l'antécédent analytique de cujas, c'est ea regio, ou ea gens. Voici un trait remarquable de Socrate, rapporté par Ciceron (V. Tusc.) : Socrates quidem cùm rogaretur CUJATEM se esse diceret, mundanum, inquit ; c'est-à-dire, cùm rogaretur (de eâ regione) CUJATEM se esse diceret, ou bien ex quâ regione oriundum se esse diceret.

QUOTUS, c'est la même chose que si l'on disait in quo ordinis numero locatus, et par conséquent l'analyse assigne pour antécédent à cet adjectif, is ordinis numerus, dont l'idée est reprise dans quotus. Hora QUOTA est, Hor. c'est la même chose que si l'on disait analytiquement, (dic mihi eum ordinis numerum) in quo ordinis numero locata est (praesens) hora.

Je pourrais parcourir encore d'autres adjectifs conjonctifs et les analyser ; mais ceux-ci suffisent aux vues de l'Encyclopédie, où il s'agit plutôt d'exposer des principes généraux, que de s'appesantir sur des détails particuliers. Ceux qui sont capables d'entrer dans le philosophique de la Grammaire, m'ont entendu ; et ils trouveront, quand il leur plaira, les détails que je supprime. Au contraire, je n'en ai que trop dit pour ceux à qui les profondeurs de la Métaphysique font tourner la tête, et qui veulent qu'on apprenne les langues comme ils ont appris le latin : semblables à arlequin, qui devine que collegium veut dire college, ils ne veulent pas que dans quota hora est on voie autre chose que quelle heure est-il. A la bonne heure ; mais qu'ils s'assurent, s'ils peuvent, qu'ils y voient ce qu'ils y croient voir, ou qu'ils sont en état même de rendre raison de leur propre phrase, quelle heure est-il.

Je n'irai pourtant pas jusqu'à supprimer en leur faveur quelques observations que je dois à une autre sorte de mots conjonctifs, et que l'on trouve dans toutes les langues ; ce sont des adverbes.

Les uns sont équivalents à une conjonction et à un adverbe, qui ne vient à la suite de la conjonction que parce qu'il en est l'antécédent naturel : tels sont qualiter, quàm, quandiù, quoties, quum, qui renferment dans leur signification, et qui supposent avant eux les adverbes correspondants taliter, tam, tandiù, toties, tum. J'ai déjà cité ailleurs cet exemple : ut QUOTIESCUMQUE gradum facies, TOTIES tibi tuarum virtutum veniat in mentem. Cic. Je n'y en ajouterai aucun autre, pour ne pas être trop long.

D'autres adverbes sont conjonctifs, parce qu'ils sont équivalents à une préposition complete , dont le complément est un nom modifié par un adjectif conjonctif ; ainsi ils supposent pour antécédent ce même nom modifié par l'adjectif démonstratif correspondant : tels sont les adverbes cur ou quare, quamobrem, quando, quapropter, quomodo, quoniam, et les adverbes de lieu ubi, undè, quà, quò.

Cur, quare, quamobrem, quapropter et quoniam, sont à-peu près également équivalents à ob quam rem, qui sont les éléments dont quamobrem est composé, ou bien à propter quam causam, quâ de re, quâ de causâ ; d'où il faut conclure que l'antécédent que l'analyse leur assigne, doit être ea res ou ea causa.

Quando veut dire in quo tempore, et suppose conséquemment l'antécédent in tempus exprimé ou sousentendu. Quomodo est évidemment la même chose que in ou ex quomodo, et par conséquent il doit être précédé de l'antécédent is modus.

Ubi veut dire in quo loco ; unde signifie ex quo loco ; quà c'est per quem locum ; quò est équivalent à in ou ad quem locum ; du moins dans les circonstances où ces adverbes dénotent le lieu : ils supposent donc alors pour antécédent is locus. Quelquefois ubi veut dire in quo tempore ; unde signifie souvent ex quâ causâ ou ex quâ origine ou ex quo principio ; quò a par fois le sens de ad quem finem : alors il est également aisé de suppléer les antécédents.

Quidni, quin et quominùs ont encore à-peu-près le même sens que quare, mais avec une négation de plus ; ainsi ils signifient propter quam rem non, et ce non doit tomber sur le verbe de la phrase incidente.

Tous ces mots conjonctifs, et d'autres que je m'abstiens de détailler, sont assujettis aux règles qui ont été établies sur qui, quae, quod en conséquence de sa vertu conjonctive. Ils ne peuvent qu'appartenir à une proposition incidente ; leur antécédent doit faire partie de la principale ; s'ils sont employés dans des phrases interrogatives, il faut les analyser comme celles où entre qui, quae, quod, je veux dire, en rappelant l'antécédent propre et l'impératif qui doit marquer l'interrogation.

Il y a de pures conjonctions qui supposent même un terme antécédent ; tel est, par exemple, ut, que je remarquerai entre toutes les autres, comme la plus importante ; mais c'est aux circonstances du discours à déterminer l'antécédent. Par exemple, l'adverbe statim est antécédent de ut dans ce vers de Virgile : UT regem aequaevum crudeli vulnere vidi expirantem animam. C'est l'adverbe sic dans cette phrase de Plaute : UT vales ? comme s'il avait dit dic mihi sic UT vales. C'est ita dans celle-ci de Ciceron : invitus feci UT L. Flaminium de senatu ejicerem, c'est-à-dire feci ita UT ejicerem. C'est adeò dans cette autre de Plaute : salsa sunt, tangère UT non velis, c'est-à-dire sunt salsa adeò UT non velis tangère. C'est in hunc finem dans ce mot de Ciceron : UT verè dicam, c'est-à-dire (in hunc finem) UT dicam verè, à cette fin QUE je dise avec vérité, pour dire la vérité. C'est ainsi qu'il faut ramener par l'analyse un même mot à présenter toujours la même signification, autant qu'il est possible ; au lieu de supposer, comme on a coutume de faire, qu'il a tantôt un sens et tantôt un autre, parce qu'on ne fait attention qu'aux tours particuliers qu'autorisent les différents génies des langues, sans penser à les comparer à la règle commune, qui est le lien de la communication universelle, je veux dire à la construction analytique.

Quoique l'on soit assez généralement persuadé que notre langue n'est que peu ou point elliptique, on doit pourtant y appliquer les principes que je viens d'établir par rapport au latin : nous avons, comme les Latins, nos adverbes conjonctifs, tels que comme, comment, combien, pourquoi, où ; notre conjonction que ressemble assez par l'universalité de ses usages, à l'ut de la langue latine, et suppose, comme elle, tantôt un antécédent et tantôt un autre, selon les circonstances. QUE ne puis-je vous obliger ! c'est-à-dire (je suis fâché de ce) QUE je ne puis vous obliger. QUE vous êtes léger ! c'est-à-dire (je suis surpris de ce que vous êtes léger autant) QUE vous êtes léger, &c.

Je m'arrête, et je finis par une observation. Il me semble qu'on n'a pas encore assez examiné et reconnu tous les usages de l'ellipse dans les langues : elle mérite pourtant l'attention des Grammairiens ; c'est l'une des clés les plus importantes de l'étude des langues, et la plus nécessaire à la construction analytique, qui est le seul moyen de réussir dans cette étude. Voyez INVERSION, LANGUE, METHODE. (E. R. M. B.)