v. act. terme de Grammaire. Il ne suffit pas, pour exprimer une pensée, d'accumuler des mots indistinctement : il doit y avoir entre tous ces mots une corrélation universelle qui concoure à l'expression du sens total. Les noms appelatifs, les prépositions, et les verbes relatifs, ont essentiellement une signification vague et générale, qui doit être déterminée tantôt d'une façon, tantôt d'une autre, selon les conjonctures. Cette détermination se fait communément par des noms que l'on joint aux mots indéterminés, et qui, en conséquence de leur destination, se revêtent de telle ou telle forme, prennent telle ou telle place, suivant l'usage et le génie de chaque langue.

Or ce sont les mots indéterminés qui, dans le langage des Grammairiens gouvernent ou régissent les noms déterminans. Ainsi les méthodes pour apprendre la langue latine disent, que le verbe actif gouverne l'accusatif : c'est une expression abrégée, pour dire, que quand on veut donner à la signification vague d'un verbe actif, une détermination spéciale tirée de l'indication de l'objet auquel s'applique l'action énoncée par le verbe, on doit mettre le nom de cet objet au cas accusatif, parce que l'usage a destiné ce cas à marquer cette sorte de service.

C'est une métaphore prise d'un usage très-ordinaire de la vie civile. Un grand gouverne ses domestiques, et les domestiques attachés à son service lui sont subordonnés ; il leur fait porter sa livrée, le public la reconnait et décide au coup-d'oeil, que tel homme appartient à tel maître. Les cas que prennent les noms déterminatifs sont de même une sorte de livrée ; c'est par-là que l'on juge que ces noms sont, pour ainsi dire, attachés au service des mots qu'ils déterminent par l'expression de l'objet, de la cause, de l'effet, de la forme, de la matière, etc. Ils sont à leur égard ce que les domestiques sont à l'égard du maître : on dit des uns dans le sens propre, qu'ils sont gouvernés ; on le dit des autres dans le sens figuré.

Il serait à désirer, dans le style didactique surtout, dont le principal mérite consiste dans la netteté et la précision, qu'on put se passer de ces expressions figurées, toujours un peu énigmatiques. Mais il est très-difficile de n'employer que des termes propres ; et il faut avouer d'ailleurs que les termes figurés deviennent propres en quelque sorte, quand ils sont consacrés par l'usage et définis avec soin. On pouvait cependant éviter l'emploi abusif du mot dont il est ici question, ainsi que des mots régir et régime, destinés au même usage. Il était plus simple de donner le nom de complément à ce que l'on appelle régime, parce qu'il sert en effet à rendre complet le sens qu'on se propose d'exprimer ; et alors on aurait dit tout simplement : le complément de telles prépositions doit être à tel cas ; le complément objectif du verbe actif doit être à l'accusatif, etc. M. Dumarsais a fait usage de ce mot en bien des occurrences, sans en faire en son lieu un article exprès : nous développerons nos vues sur cet objet au mot REGIME, en y exposant les principes de Grammaire qui peuvent y avoir rapport. On y verra que l'on peut quelquefois à peu de frais répandre la lumière sur les éléments des Sciences et des Arts. (E. R. M.)

GOUVERNER, v. act. voyez GOUVERNEMENT.

GOUVERNER, (Marine) c'est tenir le timon ou la barre du gouvernail pour conduire le vaisseau et porter le cap sur le rumb de vent qu'on veut suivre. On dit gouverner au nord, au sud, pour dire faire route au nord, ou au sud. (Z)