S. m. (Logique) est un argument qui ne comprend que deux propositions, l'antécédent, et le conséquent qu'on en tire. Il faut cependant observer que c'est un syllogisme parfait dans l'esprit, mais imparfait dans l'expression, parce qu'on y supprime quelqu'une des propositions, comme trop claire et trop connue, et comme étant facilement suppléée par l'esprit de ceux à qui on parle. Cette manière d'argument est si commune dans les discours et dans les écrits, qu'il est rare, au contraire, qu'on y exprime toutes les propositions. L'esprit humain est flaté qu'on lui laisse quelque chose à suppléer ; sa vanité est satisfaite qu'on se remette de quelque chose à son intelligence : d'ailleurs la suppression d'une proposition, assez claire pour être supposée, en abrégeant le discours, le rend plus fort et plus vif. Il est certain, par exemple, que si de ce vers de la Médée d'Ovide, qui contient un enthymème très-élégant,

Servare potui, perdere an possim rogas ?

on en avait fait un argument en forme, toute la grâce en serait ôtée : et la raison en est, que comme une des principales beautés d'un discours est d'être plein de sens, et de donner occasion à l'esprit de former une pensée plus étendue que n'est l'expression, c'en est au contraire un des plus grands défauts d'être vuide de sens, et de renfermer peu de pensées ; ce qui est presque inévitable dans les syllogismes philosophiques, où la même pensée est pesamment renfermée dans trois propositions. C'est ce qui rend ces sortes d'arguments si rares dans le commerce des hommes ; parce que, sans même y faire réflexion, on s'éloigne de ce qui ennuie, et l'on se réduit à ce qui est précisément nécessaire pour se faire entendre.

Il arrive aussi quelquefois que l'on renferme les deux propositions de l'enthymème dans une seule proposition, qu'Aristote appelle pour ce sujet sentence enthymématique. Tel est ce vers qu'il cite lui-même d'Euripide, si je ne me trompe :

Mortel, ne garde pas une haine immortelle.

Tel est encore ce vers de Racine :

Mortelle, subissez le sort d'une mortelle.

V. LOGIQUE, SYLLOGISME. Article de M. FORMEY.