(Droit civil) le voleur est puni différemment chez les divers peuples de l'Europe. La loi française condamne à mort, et celle des Romains les condamnait à une peine pécuniaire, distinguant même le vol en manifeste et non - manifeste. Lorsque le voleur était surpris avec la chose volée, avant qu'il l'eut portée dans le lieu où il avait résolu de la cacher ; cela s'appelait chez les Romains, un vol manifeste, quand le voleur n'était découvert qu'après, c'était un vol non manifeste.

La loi des douze tables ordonnait que le voleur manifeste fût battu de verges, et réduit en servitude, s'il était pubere, ou seulement battu de verges, s'il était impubere ; elle ne condamnait le voleur non-manifeste qu'au payement du double de la chose volée. Lorsque la loi Porcia eut aboli l'usage de battre de verges les citoyens, et de les réduire en servitude, le voleur manifeste fut condamné au quadruple, et on continua à punir du double le voleur non-manifeste.

Il parait bizarre que ces loix missent une telle différence dans la qualité de ces deux crimes, et dans la peine qu'elles infligeaient : en effet, que le voleur fût surpris avant ou après avoir porté le vol dans le lieu de sa destination ; c'était une circonstance qui ne changeait point la nature du crime.

M. de Montesquieu ne s'est pas contenté de faire cette remarque, il a découvert l'origine de cette différence des loix romaines, c'est que toute leur théorie sur le vol, était tirée des constitutions de Lacédémone. Lycurgue, dans la vue de donner à ses citoyens de l'adresse, de la ruse et de l'activité, voulut qu'on exerçât les enfants au larcin, et qu'on fouettât ceux qui s'y laisseraient surprendre : cela établit chez les Grecs, et ensuite chez les Romains, une grande différence entre le vol manifeste et le vol non - manifeste.

Parmi nous les voleurs souffrent une peine capitale, et cette peine n'est pas juste. Les voleurs qui ne tuent point, ne méritent point la mort, parce qu'il n'y a aucune porportion entre un effet quelquefois très-modique qu'ils auront dérobé, et la vie qu'on leur ôte. On les sacrifie, dit-on, à la sûreté publique. Employez-les comme forçats à des travaux utiles : la perte de leur liberté, plus ou moins longtemps, les punira assez rigoureusement de leur faute, assurera suffisamment la tranquillité publique, tournera en même temps au bien de l'état, et vous éviterez le reproche d'une injuste inhumanité. Mais il a plu aux hommes de regarder un voleur comme un homme impardonnable, par la raison sans doute que l'argent est le dieu du monde, et qu'on n'a communément rien de plus cher après la vie que l'intérêt. (D.J.)

Maraudeur, (Art militaire) on appelle maraudeurs les soldats qui s'éloignent du corps de l'armée, pour aller piller dans les environs. De la maraude naissent les plus grands abus, et les suites les plus fâcheuses. 1°. Elle entraine après elle l'esprit d'indiscipline qui fait négliger ses devoirs au soldat, et le conduit à mépriser les ordres de ses supérieurs. 2°. Les maraudeurs en portant l'épouvante dans l'esprit des paysans détruisent la confiance que le général cherche à leur inspirer ; malheureuses victimes du brigandage ! aulieu d'apporter des provisions dans les camps, ils cachent, ils enterrent leurs denrées, ou même ils les livrent aux flammes pour qu'elles ne deviennent pas la proie du barbare soldat. 3°. Enfin les dégâts que font les maraudeurs, épuisent le pays. Un général compte pouvoir faire subsister son armée pendant quinze jours dans un camp, il le prend en conséquence ; et au bout de huit, il se trouve que tout est dévasté ; il est donc obligé d'abandonner plus tôt qu'il ne le voulait, une position peut-être essentielle à la réussite de ses projets ; il porte ailleurs son armée, et les mêmes inconvénients la suivent. Nécessairement il arrive de - là que tout son plan de campagne est dérangé ; il avait tout prévu, le temps de ses opérations était fixé, le moment d'agir était déterminé, il ne lui restait plus qu'à exécuter, lorsqu'il s'est aperçu que toutes ses vues étaient renversées par les désordres des maraudeurs qu'il avait espéré d'arrêter. Il faut à présent que le général dépende des événements, au-lieu qu'il les eut fait dépendre de lui. Il n'est plus sur de rien ; comment pourrait-il encore compter sur des succès ? On s'étendrait aisément davantage sur les maux infinis que produit la maraude ; mais l'esquisse que nous venons de tracer, suffit pour engager les officiers à veiller sur leur troupe avec une attention scrupuleuse. Cependant l'humanité demande qu'on leur présente un tableau qui parlant directement à leur cœur, fera sans-doute sur lui l'impression la plus vive. Qu'ils se peignent la situation cruelle où se trouvent réduits les infortunés habitants des campagnes ruinées par la guerre ; que leur imagination les transporte dans ces maisons dévastées que le chaume couvrait, et que le désespoir habite ; ils y verront l'empreinte de la plus affreuse misere, leurs cœurs seront émus par les larmes d'une famille que les contributions ont jetée dans l'état le plus déplorable ; ils seront témoins du retour de ces paysans qui, la tristesse sur le front, reviennent exténués par la fatigue que leur ont causé les travaux que, par nécessité, on leur impose ; qu'ils se retracent seulement ce qui s'est passé sous leurs yeux. Ils ont conduit des fourrageurs dans les granges des malheureux laboureurs. Ils les ont vu dépouiller en un moment les fruits d'une année de travail et de sueurs ; les grains qui devaient les nourrir, les denrées qu'ils avaient recueillies leur ont été ravis. On les a non-seulement privés de leur subsistance actuelle, mais toute espèce de ressources est anéantie pour eux. N'ayant plus de nourriture à donner à leurs troupeaux, il faut qu'ils s'en défassent, et qu'ils perdent le secours qu'ils en pouvaient tirer ; les moyens de cultiver leurs terres leur sont ôtés ; tout est perdu pour eux, tout leur est arraché : il ne leur reste pour soutenir la caducité d'un père trop vieux pour travailler lui-même, pour nourrir une femme éplorée et des enfants encore faibles ; il ne leur reste que des bras languissants, qu'ils n'auront même pas la consolation de pouvoir employer à leur profit pendant que la guerre subsistera autour d'eux. Cette peinture, dont on n'a pas cherché à charger les couleurs, est sans-doute capable d'attendrir, si l'on n'est pas dépourvu de sensibilité ; mais comment ne gémirait-elle pas cette sensibilité en songeant que des hommes livrés à tant de maux sont encore accablés par les horribles désordres que commettent chez eux des soldats effrénés, qui viennent leur enlever les grossiers aliments qui leur restaient pour subsister quelques jours encore ? Leur argent, leurs habits, leurs effets, tout est volé, tout est détruit. Leurs femmes et leurs filles sont violées à leurs yeux. On les frappe, on menace leur vie, enfin ils sont en bute à tous les excès de la brutalité, qui se flatte que ses fureurs seront ignorées ou impunies. Malheur à ceux qui savent que de pareilles horreurs existent, sans chercher à les empêcher !

Les moyens d'arrêter ces désordres doivent être simples et conformes à l'esprit de la nation dont les troupes sont composées. M. le maréchal de Saxe en indique de sages, dont il prouve la bonté par des raisons solides. " On a, dit - il, une méthode pernicieuse, qui est de toujours punir de mort un soldat qui est pris en maraude ; cela fait que personne ne les arrête, parce que chacun répugne à faire périr un misérable. Si on le menait simplement au prevôt ; qu'il y eut une chaîne comme aux galeres ; que les maraudeurs fussent condamnés au pain et à l'eau pour un, deux ou trois mois ; qu'on leur fit faire les ouvrages qui se trouvent toujours à faire dans une armée, et qu'on les renvoyât à leur régiment la veille d'une affaire, ou lorsque le général le jugerait à propos ; alors tout le monde concourait à cette punition : les officiers des grands-gardes et des postes avancés les arrêteraient par centaines, et bientôt il n'y aurait plus de maraudeurs, parce que tout le monde y tiendrait la main. A présent il n'y a que les malheureux de pris. Le grand - prevôt, tout le monde détourne la vue quand ils en voient ; le général crie à cause des désordres qui se commettent ; enfin le grand-prevôt en prend un, il est pendu, et les soldats disent, qu'il n'y a que les malheureux qui perdent. Ce n'est là que faire mourir des hommes sans remédier au mal. Mais les officiers, dira - t - on, en laisseront également passer à leurs postes. Il y a un remède à cet abus. C'est de faire interroger les soldats que le grand - prevôt aura pris dehors : leur faire déclarer à quel poste ils auront passé, et envoyer dans les prisons pour le reste de la campagne les officiers qui y commandaient : cela les rendra bientôt vigilans et inexorables. Mais lorsqu'il s'agit de faire mourir un homme, il y a peu d'officiers qui ne risquassent deux ou trois mois de prison ".

Avec une attention suivie de la part des officiers supérieurs, et de l'exactitude de la part des officiers particuliers, on parviendra dans peu à détruire la maraude dans une armée. Qu'on cherche d'abord à établir dans l'esprit des soldats, qu'il est aussi honteux de voler un paysan, que de voler son camarade. Une fois cette idée reçue, la maraude sera aussi rare parmi eux, que les autres espèces de vols. Une nation où l'honneur parle aux hommes de tous les états, a l'avantage de remédier aux abus bien plus tôt que les autres. Sans les punir de mort, qu'on ne fasse jamais de grâce aux maraudeurs, que les appels soient fréquents, que les chefs des chambrées où il se trouvera de la maraude soient traités comme s'ils avaient maraudé eux-mêmes ; qu'il soit défendu aux vivandiers sous les peines les plus sevères de rien acheter des soldats ; que le châtiment enfin soit toujours la suite du désordre, et bientôt il cessera d'y avoir des maraudeurs dans l'armée, le général et les officiers seront plus exactement obéis, les camps mieux approvisionnés, et l'état conservera une grande quantité d'hommes qui périssent sous la main des bourreaux, ou qui meurent assassinés par les paysans révoltés contre la barbarie. Article de M. le marquis DE MARNESIA.

Si c'est M. le maréchal de Broglio qui a substitué au supplice de mort dont on punissait les maraudeurs, la bastonnade, qu'on appelle schlaguer, appliquée par le caporal, qu'on appelle caporal schlagueur, il a fait une innovation pleine de sagesse et d'humanité : car à considérer la nature de la faute, il parait bien dur d'ôter la vie à un brave soldat, dont la paye est si modique, pour avoir succombé, contre la discipline, à la tentation de voler un choux. Les coups de bâton qui peuvent être bons pour des allemands, sont un châtiment peu convenable à des français. Ils avilissent celui qui les reçoit, et peut-être même celui qui les donne. Je n'aime point qu'on bâtonne un soldat. Celui qui a reçu une punition humiliante craindra moins dans une action de tourner à l'ennemi un dos bâtonné, que de recevoir un coup de feu dans la poitrine. M. le maréchal de Saxe faisait mieux : il condamnait le maraudeur au piquet ; et dans ses tournées, lorsqu'il en rencontrait un, il l'accablait de plaisanteries amères, et le faisait huer.

Nous ajoutons ici quelques réflexions sur les moyens d'empêcher la désertion, et sur les peines qu'on doit infliger aux déserteurs. Ces réflexions nous sont venues trop tard pour être mises à leur véritable place.

Réflexions sur les moyens d'empêcher la désertion, et sur les peines qu'on doit infliger aux déserteurs. Il est plusieurs causes de désertion. Il en est qui entrent souvent dans le caractère d'une nation, et qui lui sont particulières. S'il existe, par exemple, un peuple léger, inconstant, avide de changement, et promt à se dégoûter de tout, il n'est pas douteux qu'on n'y trouve un grand nombre de gens qui se dégoutent des états gênans qu'ils auront embrassés. Si cet esprit d'inconstance et de légèreté règne parmi ceux qui suivent la profession des armes, il est certain qu'on trouvera plus de déserteurs chez eux, que chez les peuples qui n'auront pas le même esprit.

On voit de-là pourquoi les troupes françaises désertent plus facilement que les autres troupes de l'Europe. On voit aussi que c'est cet esprit d'inconstance, ou plutôt ce vice du climat qu'il faudrait corriger pour empêcher la désertion. J'en indiquerai les moyens.

Une autre cause de désertion est en second lieu la trop longue durée des engagements. Les soldats suisses ne sont engagés que pour trois ans, et ils sont aussi bons soldats que les nôtres. On m'objectera que par la façon dont les Suisses sont élevés et exercés dans leur pays, ils sont plus tôt formés que nous pour la guerre. Je réponds que cela peut être : mais qu'il faut choisir un milieu entre l'engagement des suisses, s'il est trop court, et celui des français, dont le terme de huit ans est trop long, relativement au caractère de la nation et à l'esprit de chacun d'eux. Que de soldats n'a-t-on pas fait déserter lorsque, sous différents prétextes, on les forçait de servir le double et plus de leur engagement !

Les autres causes de désertion sont la dureté avec laquelle on les traite, la misere des camps, le libertinage, le changement perpétuel de nouvel exercice, le changement de vie et de discipline, comme dans les troupes légères, qui, accoutumées pendant la guerre au pillage et à moins de dépendance, désertent plus facilement en temps de paix.

Il est aisé de remédier à ces dernières causes. Voyons comme on peut corriger cet esprit d'inconstance, et attacher à leur état des gens si promts à s'en détacher.

Les troupes romaines tirées de la classe du peuple, ou de celle des citoyens, ou des alliés ayant droit de bourgeoisie, désertaient peu. Il regnait parmi eux un amour de la patrie qui les attachait à elle ; ils étaient enorgueillis du titre de citoyen, et ils étaient jaloux de se le conserver ; instruits des intérêts de la république, éclairés sur leurs devoirs, encouragés par l'exemple ; la raison, le préjugé, la vanité les retenaient dans ces liens sacrés.

Pourquoi sur leur modèle ne pas communiquer au soldat français un plus grand attachement pour sa patrie ? Pourquoi ne pas embraser son cœur d'amour pour elle et pour son roi ? Pourquoi ne pas l'enorgueillir de ce qu'il est né français ? Voyez le soldat anglais. Il déserte peu, parce qu'il est plus attaché à son pays, parce qu'il croit y trouver et y jouir de plus grands avantages que dans tout autre pays.

Cet amour de la patrie, dit un grand homme, est un des moyens le plus efficace qu'il faille employer pour apprendre aux citoyens à être bons et vertueux. Les troupes mercenaires qui n'ont aucun attachement pour le pays qu'elles servent, sont celles qui combattent avec le plus d'indifférence, et qui désertent avec le plus de facilité. L'appât d'une augmentation de solde, l'espoir du pillage, l'abondance momentanée d'un camp contribueront à leur désertion, dont on peut tirer parti. Voyez la différence de fidélité et de courage entre les troupes romaines et les troupes mercenaires de Carthage. Les Suisses seuls font à présent exception à cette règle, aussi l'esprit militaire, et la réputation de bravoure qu'a cette nation, nourrissent sa valeur naturelle ; et l'exactitude à tenir parole au soldat au terme de son engagement empêche la désertion, en facilitant les recrues. Si, comme on le dit souvent, on faisait en France un corps composé uniquement d'enfants-trouvés, ce serait le corps le plus sujet à déserter ; outre qu'ils auraient le vice du climat, ils ne seraient point retenus par l'espoir de partager un jour le peu de bien qu'ont souvent les pères ou les mères ; espoir qui retient assez de soldats.

Ce qui attache aujourd'hui les Turcs au service de leur maître, ce sont les préjugés et les maximes dans lesquelles on les élève envers le sultan et envers leur religion. Nous avons vu que les Romains autrefois l'étaient par l'amour de la patrie ; et les Anglais à présent par cet esprit de fierté, de liberté, et par les avantages qu'ils croiraient ne pas trouver ailleurs. Ce qui doit attacher le soldat français, est l'amour de sa patrie et de son roi ; amour, qu'il faut augmenter, c'est l'amour de son état de soldat ; amour, qu'il faut nourrir par des distinctions, des prérogatives, des récompenses, et de la considération attachée à cet état honorable qu'on n'honore point assez ; amour, qu'il faut nourrir par la fidélité et l'exactitude à tenir parole au soldat, par une retraite honnête et douce, s'il a bien rempli ses devoirs. Plus il aimera son état de soldat, son roi et sa patrie, plus le vice du climat sera corrigé, la désertion diminuera et les déserteurs seront notés d'infamie.

Les peines à décerner contre les déserteurs doivent donc dériver de ce principe ; car toutes les vérités se tiennent par la main. Ces peines seront la privation et la dégradation de ces honneurs, distinctions, etc. l'infamie qui doit suivre cette dégradation, la condamnation aux travaux publics, quelque flétrissure corporelle qui fasse reconnaitre le déserteur, et qui l'expose à la risée de ses camarades, à l'insulte des femmes et du peuple. Les déserteurs qu on punit de mort, sont perdus pour l'état. En 1753, on en comptait plus de trente-six mille fusillés, depuis qu'on avait cessé de leur couper le nez et les oreilles pour crime de désertion. L'état a donc perdu et perd encore des hommes qui lui auraient été utiles dans les travaux publics, et qui auraient pu lui donner d'autres citoyens. Cette punition de mort qui n'est point déshonorante, ne saurait d'ailleurs retenir un homme accoutumé à mépriser et à exposer sa vie.

Qu'on pese d'un côté la honte, l'infamie, la condamnation perpétuelle aux travaux publics contre le changement qui doit se faire dans l'esprit du soldat, contre la certitude qu'il aura d'être récompensé, et d'obtenir son congé au terme de son engagement, et l'on verra s'il peut avoir l'idée de déserter. Dans ce cas, comme en tout autre, l'espèce de liberté dont on jouit, ou à laquelle on pense atteindre, engage les hommes à tout faire et à tout endurer. Cet article est de M. DE MONTLOVIER, gendarme de la garde du roi.

VOLEUR, terme de Fauconnerie ; on dit oiseau bon voleur ou beau voleur, quand il vole bien et surement.