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Catégorie parente: Morale
Catégorie : Gouvernement
S. m. (Gouvernement) c'est celui qui dans un gouvernement libre chérit sa patrie, et met son bonheur et sa gloire à la secourir avec zèle, suivant ses moyens et ses facultés. Si vous voulez encore une définition plus noble :

The patrio is one

Who makes the welfare of mankind, his care,

Tho' still by faction, vice, aud fortune crost,

Shall find the generous labour was not lost.

Servir sa patrie n'est point un devoir chimérique, c'est une obligation réelle. Tout homme qui conviendra qu'il y a des devoirs tirés de la constitution de la nature, du bien et du mal moral des choses, reconnaitra celui qui nous oblige à faire le bien de la patrie, ou sera réduit à la plus absurde inconséquence. Quand il est une fois convenu de ce devoir, il n'est pas difficîle de lui justifier que ce devoir est proportionné aux moyens et aux occasions qu'il a de le remplir, et que rien ne peut dispenser de ce qu'on doit à la patrie tant qu'elle a besoin de nous, et que nous pouvons la servir.

Il est bien dur, diront des esclaves ambitieux, de renoncer aux plaisirs de la société pour consacrer ses jours au service de sa patrie. Ames basses, vous n'avez donc point d'idée des nobles et des solides plaisirs ! Croyez-moi, il y en a de plus vrais, de plus délicieux dans une vie occupée à procurer le bien de sa patrie, que n'en connut jamais César à détruire la liberté de la sienne ; Descartes, en bâtissant de nouveaux mondes ; Burnet, en formant une terre avant le déluge ; Newton lui-même, en découvrant les véritables lois de la nature, ne sentirent pas plus de plaisir intellectuel, que n'en goute un véritable patriote qui tend toutes les forces de son entendement, et dirige toutes ses pensées et toutes ses actions au bien de la patrie.

Quand un ministre d'état forme un plan politique, et qu'il sait réunir pour un grand et bon dessein les parties qui semblent les plus indépendantes, il s'y livre avec autant d'ardeur et de plaisir, que les génies que je viens de nommer, se sont livrés à leurs recherches ingénieuses. La satisfaction qu'un philosophe spéculatif tire de l'importance des objets auxquels il s'applique, est très-grande, j'en conviens ; mais celles de l'homme d'état, animé par le patriotisme, Ve bien plus loin ; en exécutant le plan qu'il a formé, son travail et ses plaisirs s'augmentent et se varient, l'exécution, il est vrai, en est souvent traversée par des circonstances imprévues, par la perfidie de ses faux amis, par le pouvoir de ses ennemis, mais la fidélité de quelques hommes le dédommage de la fausseté des autres. Les affaires d'état, me dira-t-on, sont pour celui qui s'en mêle une espèce de loterie ; à la bonne heure, mais c'est une loterie où l'homme vertueux ne saurait perdre. Si le succès lui est favorable, il jouira d'une satisfaction proportionnée au bien qu'il aura fait ; si le succès lui est contraire, et que les partis opprimants viennent à prévaloir, il aura toujours pour consolation le témoignage de sa conscience, et la jouissance de l'honneur qu'il s'est acquis.

Lorsque la fortune eut préparé les événements pour abattre la république romaine, Caton, par sa vertu, en arrêta pendant quelque temps l'écroulement. S'il ne put sauver la liberté de Rome, il en prolongea la durée. La république aurait été détruite par Catilina, soutenu de César, de Crassus et de leurs semblables, si elle n'avait été défendue par Ciceron, appuyée par Caton et quelques patriotes. Je crois bien que Caton marqua trop de sévérité pour les mœurs de Rome qui depuis longtemps était abandonnée à la plus grande corruption ; il traita peut-être maladroitement un corps usé : mais si ce citoyen patriote et vertueux se trompa dans ses remèdes, il a merité la gloire qu'il s'est acquise par la fermeté de sa conduite, en consacrant sa vie au service de sa patrie. Il aurait été plus digne de louanges, s'il avait persisté jusqu'à la fin à en défendre la liberté ; sa mort eut été plus belle à Munda qu'à Utique.

Après-tout, si ce grand homme presque seul a balancé par son patriotisme le pouvoir de la fortune, à plus forte raison plusieurs bons patriotes dans une action libre, peuvent par leur courage et leurs travaux défendre la constitution de l'état contre les entreprises de gens mal intentionnés, qui n'ont ni les richesses de Crassus, ni la réputation de Pompée, ni la conduite de César, ni le manège d'Antoine, mais tout-au-plus la fureur d'un Catilina et l'indécence d'un Clodius.

Quant à moi, qui par des événements particuliers, n'ai jamais eu le bonheur de servir la patrie dans aucun emploi public, j'ai du moins consacré mes jours à tâcher de connaître les devoirs des patriotes, et peut-être aujourd'hui suis-je en état de les indiquer et de les peindre au fonds : Non is solus reipublicae prodest qui tuetur reos, et de pace belloque censet ; sed qui juventutem exhortatur, qui in tantâ bonorum praeceptorum inopiâ, virtute instruit animos ; quid ad pecuniam, luxuriamque cursu ruentes, prensat ac reprehendit : is in privato publicum negotium agit. (D.J.)




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