S. m. (Jurisprudence) est un lieu public où l'on conserve en dépôt les minutes, registres et autres actes d'une juridiction, pour y avoir recours au besoin ; c'est aussi le lieu où ceux qui ont la garde de ce dépôt, font et délivrent les expéditions qu'on leur demande des actes qui y sont renfermés.

Ce bureau ou dépôt est ordinairement près du tribunal auquel il a rapport : il y a néanmoins certains greffes pour des objets particuliers, qui sont souvent éloignés du tribunal, comme pour les greffes des hypothèques, des insinuations, etc.

On entend aussi par le terme de greffe, l'office de greffier. Voyez ci-après GREFFIER.

Chaque tribunal, soit supérieur ou inférieur, a au-moins un greffe ; il y en a même plusieurs dans certains tribunaux : chacun de ces greffes contient le dépôt d'une certaine nature d'actes.

Les greffes, ou plutôt leurs expéditions, étaient appelés anciennement écritures ou clergies ; on les vendait quelquefois, ou bien on les donnait à ferme : l'un et l'autre fut ensuite défendu, et on ordonna qu'il y serait pourvu de personnes capables. Enfin les greffes, qui n'étaient que de simples commissions révocables ad nutum, ont été érigés en titre d'office. Les greffes royaux sont domaniaux ; ceux des justices seigneuriales sont patrimoniaux à l'égard des seigneurs ; à l'égard de leurs greffiers, ce ne sont que des commissions révocables, à-moins que les greffiers n'aient été pourvus à titre onéreux. (A)

GREFFE DES AFFIRMATIONS, est le bureau où l'on reçoit les affirmations de voyages des parties qui sont venues d'un lieu dans un autre, pour apporter leurs pièces et faire juger quelque affaire. (A)

GREFFE D'APPEAUX, ou GREFFE POUR LES APPELLATIONS ; voyez GREFFIER D'APPEAUX.

GREFFE DES APPRENTISSAGES : il fut ordonné par l'édit du mois d'Aout 1704, que dans chaque ville du royaume où il y a maitrise et jurande, il serait établi un greffe pour insinuer et registrer tous les brevets d'apprentissage, lettres de maitrise et actes de réception. Ces offices ont depuis été réunis aux communautés. (A)

GREFFE DES ARBITRAGES ; il fut créé par édit du mois de Mars 1673, à Paris et dans plusieurs autres villes du royaume, un certain nombre d'offices de greffiers des arbitrales, pour recevoir et expédier, chacun dans leur district, toutes les sentences arbitrales : mais ces offices furent bientôt unis à ceux des notaires, par différentes déclarations rendues pour chaque lieu où il se trouvait de ces greffiers établis. (A)

GREFFE DE L'AUDIENCE, est l'office du greffier particulier qui tient la plume à l'audience. (A)

GREFFE DES BAPTEMES, MARIAGES ET SEPULTURES. Voyez GREFFIER DES BAPTEMES, etc.

GREFFE EN CHEF, c'est l'office du premier greffier d'un tribunal dont les autres greffiers ne sont que les commis. Au parlement il y a présentement deux greffes en chef, l'un appelé le greffe en chef civil, l'autre le greffe en chef criminel. Il y a aussi un greffe en chef pour les requêtes du palais. Voyez GREFFIER EN CHEF. (A)

GREFFE CIVIL, est celui qui contient le dépôt de tous les actes concernant les affaires civiles. (A)

GREFFE DES CRIEES ou DES DECRETS, c'est l'office du greffier qui reçoit toutes les criées et jugements concernant les saisies réelles : on entend aussi par-là le dépôt de ces sortes d'actes. (A)

GREFFE CRIMINEL, est le lieu où sont en dépôt tous les jugements et autres actes et pièces concernant les affaires criminelles : on entend aussi quelquefois par-là l'office de greffier au criminel. (A)

GREFFE DES DECRETS, est la même chose que greffe des criées. Voyez ci-dev. GREFFE DES CRIEES. (A)

GREFFE DES DEPOTS : tous les greffes en général sont autant de dépôts particuliers ; mais ceux auxquels le titre de greffes des dépôts est propre, sont des bureaux et dépôts particuliers où l'on conserve d'autres actes que les jugements : tels sont les greffes des présentations et des affirmations ; ceux des greffiers appelés garde-sacs, qui gardent les productions des parties ; et le greffe des dépôts proprement dit, où l'on conserve les registres de distributions des procès, les procédures faites dans les juridictions, telles qu'interrogatoires sur faits et articles, enquêtes, informations, récolement, confrontations, procès-verbaux, etc. (A)

GREFFE DES DEPRIS ; voyez ci-après GREFFIER DES DEPRIS.

GREFFE DES DOMAINES DES GENS DE MAIN-MORTE ; c'étaient des bureaux établis dans chaque ville pour le contrôle et enregistrement des titres des gens de main-morte de leurs baux, de la déclaration de leurs biens. Il y a eu plusieurs fois de ces greffes établis et ensuite supprimés, selon les occurrences. (A)

GREFFE DE L'ECRITOIRE ou DES EXPERTS ; voyez GREFFIER DE L'ECRITOIRE, etc.

GREFFE GARDE-SAC ; voyez GARDE-SAC.

GREFFE DES GENS DE MAIN-MORTE ; voyez GREFFE DES DOMAINES DES GENS DE MAIN-MORTE.

GREFFE DE GEOLE, c'est l'office de greffier d'une prison, et le lieu où il tient ses registres. Voyez GREFFIER DE GEOLE. Ces offices ont été déclarés domaniaux par une déclaration du 16 Janvier 1581. (A)

GREFFE DES HYPOTHEQUES, est le bureau où le conservateur des hypothèques enregistre les oppositions qui se font entre ses mains au sceau des lettres de ratification que l'on obtient en chancellerie pour purger les hypothèques sur un contrat de rente assigné sur les revenus du roi. Voyez CONSERVATEUR DES HYPOTHEQUES. (A)

GREFFE DES INSINUATIONS, c'est le bureau où l'on insinue les actes sujets à la formalité de l'insinuation. Il y a un greffe pour l'insinuation des donations ; un autre pour les insinuations laïques ; un autre pour les insinuations ecclésiastiques. Ces bureaux ont été appelés greffes, parce qu'autrefois ces insinuations se faisaient en effet au greffe du tribunal. Voyez INSINUATION. (A)

GREFFE DES INVENTAIRES ; voyez GREFFIER DES INVENTAIRES.

GREFFE DES MAIN-MORTES ; voyez GREFFIER DES MAIN-MORTES.

GREFFE DES NOTIFICATIONS ; voyez GREFFIER DES NOTIFICATIONS.

GREFFIER DES PRESENTATIONS, est celui où se font les actes de présentations, tant du demandeur que du défendeur, de l'appelant et de l'intimé. Voyez PRESENTATION. (A)

GREFFE DES PRISONS, c'est la même chose que greffe de la geole. Voyez GEOLE, GREFFE DE LA GEOLE et PRISON. (A)

GREFFE PLUMITIF ; voyez GREFFIER AU PLUMITIF.

GREFFE SANGUIN, se disait anciennement pour greffe criminel : de même qu'on disait une enquête de sang, pour une information en matière criminelle. (A)

GREFFE DE SUBDELEGATION ; voyez GREFFIER DES SUBDELEGATIONS.

GREFFE DES TAILLES ; voyez GREFFIER DES TAILLES. (A)

GREFFE, s. f. (Jar.) c'est proprement une partie d'une jeune branche d'un nouveau rejeton de l'année, prise sur un arbre que l'on veut multiplier, pour l'insérer sur un autre arbre qui sert de sujet, et dont on veut améliorer le fruit ou changer l'espèce : mais plus ordinairement on entend par le mot greffe, l'opération même de greffer, ou le produit de cette opération ; et c'est dans ce dernier sens que l'on a dit, que la greffe était le triomphe de l'art sur la nature. Par ce moyen en effet on force la nature à prendre d'autres arrangements, à suivre d'autres voies, à changer ses formes, et à suppléer le bon, le beau, le grand à la place de l'abject : enfin on peut par le moyen de la greffe transmuer le sexe, l'espèce, et même le genre des arbres, relativement aux méthodes des Botanistes, dont les systèmes en plusieurs cas sont peu d'accord avec les résultats de la greffe. Ce petit art est ce que l'on a imaginé de plus ingénieux pour la perfection de la partie d'Agriculture qui en fait l'objet ; et cette partie s'étend principalement sur tous les arbres fruitiers. Par le secours de la greffe on relève la qualité des fruits, on en perfectionne le coloris, on leur donne plus de grosseur, on en avance la maturité, on les rend plus abondants, enfin on change dans plusieurs cas le volume que les deux arbres auraient dû prendre naturellement. Mais on ne peut créer d'autres espèces : si la nature se soumet à quelques contraintes, elle ne permet pas qu'on l'imite. Tout se réduit ici à améliorer ses productions, à les embellir et à les multiplier ; et ce n'est qu'en semant les graines, en suivant ses procédés, qu'on peut obtenir des variétés ou des espèces nouvelles ; encore faut-il pour cela tout attendre du hasard, et rencontrer des circonstances aussi rares que singulières.

On se dispensera de faire ici l'énumération de tous les arbres qui peuvent se greffer les uns sur les autres, et des sujets qui conviennent le mieux à chaque espèce d'arbre ; parce qu'il en sera fait mention à l'article de chaque arbre en particulier. Venons à l'explication des différentes méthodes de greffer, qui sont la greffe en fente, la greffe en couronne, la greffe à emporte-pièce, la greffe en flute, la greffe en approche, et la greffe en écusson.

Greffe en fente ; c'est la plus ancienne façon de greffer : on en fait usage surtout pour les fruits à pepin. On peut l'appliquer sur des sujets qui aient depuis un pouce jusqu'à six de diamètre ; mais pour la sûreté du succès le moindre volume doit prévaloir, quoiqu'il y ait exemple d'avoir vu réussir cette greffe sur des sujets de trois pieds de pourtour, sur lesquels on voit inséré des greffes d'un pouce et demi de diamètre : mais quand les arbres sont si gros, il vaut mieux les greffer sur leurs branches moyennes. Le temps propre à faire cette greffe est depuis le commencement du mois de Février, jusqu'à ce que la seve soit en action, au point de faire ouvrir les boutons ou de faire détacher l'écorce. Il faut éviter la pluie, le hâle et l'ardeur du soleil. La greffe proprement dite doit être choisie sur des arbres vigoureux et de bon rapport, où il faudra couper des branches de la dernière pousse qui soient bien saines et disposées à se mettre à fruit ; à la différence des branches gourmandes et de faux-bois, qui ne conviennent nullement à faire des greffes. On peut faire provision de bonnes branches, et les couper quelque temps avant de s'en servir ; il faudra dans ce cas les laisser de toute leur longueur et les couvrir de terre jusqu'à moitié dans un lieu frais et à l'ombre, où on pourra les garder pendant un mois ou deux. Elles n'en seront que mieux disposées à prospérer : ces branches se trouvant privées de la nutrition de seve, ne se soutiennent à la faveur de l'humidité de la terre, que dans un état de médiocrité ; mais elles se relèvent vivement dès qu'elles se trouvent appliquées sur des sujets vigoureux, dont elles tirent un suc nourricier plus analogue : par ce moyen encore on prolonge le temps de greffer, par la raison que ces branches reçoivent plutard l'impression des premières chaleurs, qui mettent la seve en mouvement au printemps.

Cette manière de greffer exige plus d'attirail qu'aucune autre ; il faut une scie pour couper le tronc du sujet, un greffoir pour entr'ouvrir la fente, un fort couteau de cinq ou six pouces de lame pour fendre le tronc, une serpette ordinaire pour tailler la greffe et unir l'écorce du tronc après le sciage, un coin de fer ou de bois dur, et un marteau pour frapper sur le couteau qui doit commencer la fente, et ensuite sur le coin afin de l'ouvrir et de l'entretenir ; il faut aussi être pourvu de terre grasse qui soit maniable, de quelques morceaux d'écorces, de mousse et d'osier.

Voici la façon d'y procéder. On coupe la greffe de deux ou trois pouces de longueur, en sorte qu'elle reste garnie de trois ou quatre bons yeux ou boutons ; on fait au gros bout et sur la longueur d'un demi-pouce, une entaille en forme de coin sur deux faces, en conservant avec précaution l'écorce qui reste sur les autres côtés, et qui doit être bien adhérente. Il faut que le côté qui sera tourné en-dehors soit un peu plus épais que celui du dedans, et que de ce même côté du dehors et précisément au-dessus de l'entaille, la greffe ait un bon oeil ; ensuite il faudra scier le tronc du sujet à plus ou moins de hauteur, suivant que l'on se propose d'en faire un arbre d'espallier, de demi-tige, ou de haut-vent. Ce sciage doit être fait un peu en pente, tant pour l'écoulement des eaux que pour faciliter la réunion des écorces ; puis il sera très-à-propos d'unir et ragréer avec la serpette le déchirement qu'on aura fait avec la scie à l'écorce du sujet : après cela, on appliquera le couteau transversalement sur le tronc à-peu-près au milieu ; on frappera avec ménagement quelques coups de marteau sur le couteau, pour commencer la fente et donner entrée au coin que l'on forcera à coups de marteau autant qu'il sera besoin pour faire place à la greffe. Si par l'examen que l'on fera ensuite on apercevait que la fente eut occasionné des inégalités soit au bois soit à l'écorce, il faudra les retrancher avec la serpette, en sorte que la greffe soit bien saisie et arrêtée, sans qu'il reste de jours ni de défectuosités. Ces dispositions étant bien faites, on placera la greffe, avec grande attention surtout de faire correspondre l'écorce de la greffe avec celle du sujet : c'est-là le point principal d'où dépend tout le succès.

J'ai dit plus haut qu'à l'endroit de l'entaille de la greffe, il devait rester deux côtés garnis d'écorce, et que l'un de ces côtés devait être plus épais que l'autre ; c'est ce côté plus épais qui doit faire face au-dehors, et l'écorce de cette partie de la greffe doit si bien se rapporter à celle du sujet, que la seve puisse passer de l'un à l'autre sans obstacle ni détour, comme si les deux écorces n'en faisaient qu'une. La nécessité de ce rapport très-exact des écorces vient de ce qu'on s'est assuré par des expériences, que le bois de la greffe ne s'unit jamais avec celui du sujet ; que la réunion se fait uniquement d'une écorce à l'autre, et que l'accroissement des parties ligneuses ne devient commun qu'à mesure qu'il se forme de nouveau bois.

La greffe ainsi appliquée, on recouvre toutes les fentes et coupures d'une espèce de mastic composé de cire et de poix, pour parer aux inconvénients de la pluie, de la sécheresse, et des autres intempéries de l'air qui ne manqueraient pas d'altérer la greffe ; mais les gens moins arrangés se contentent de mettre un morceau d'écorce sur la fente horizontale ; de recouvrir le dessus du tronc avec de la glaise mêlée de mousse ou de menu foin, et d'envelopper le tout avec du linge qui laisse passer et dominer la greffe ; on attache ce linge par le bas avec un bon osier qui resserre en même temps la fente faite au sujet.

On peut mettre deux greffes sur le même sujet, ou même quatre s'il est gros, en faisant une seconde fente en croix ; mais il est plus ordinaire de n'en mettre qu'une.

La greffe en fente est bien moins usitée à-présent que la greffe en écusson, quoiqu'il soit vrai que la première pousse plus vigoureusement et forme plutôt un arbre de haute tige que la seconde.

Greffe en couronne. Le procédé pour cette greffe est à-peu-près semblable à celui de la greffe en fente ; il n'y a d'autre différence que de mettre les greffes entre l'écorce et le bois sans faire de fente ; de les choisir plus fortes et pour le moins d'un demi pouce de diamètre ; de leur donner plus de hauteur, et de faire l'entaille plus longue. Il faut que l'arbre que l'on veut couronner soit en pleine seve, en sorte que l'écorce puisse se séparer aisément du bois ; on scie une ou plusieurs branches à un pied ou deux au-dessus du tronc de l'arbre qui doit servir de sujet ; on coupe et on unit les égratignures du sciage avec la serpette dont la pointe sert ensuite à séparer l'écorce et à la détacher du bois de façon à pouvoir y insérer les greffes. On en peut mettre six ou huit sur chaque branche à proportion de sa grosseur ; puis on recouvre le tout, comme il a été dit pour la greffe en fente : on ne fait usage de cette greffe en couronne que pour de très-gros arbres de fruits à pepin qui souffriraient difficilement la fente.

Greffe à emporte pièce. Autre pratique qui a beaucoup de rapport avec la greffe en fente ; on ne s'en sert que pour greffer de gros arbres qu'on ne pourrait fendre sans les risquer : voici le procédé. On fait avec un ciseau de menuisier une entaille un peu profonde dans l'écorce et dans le bois, d'une branche moyenne, vive et saine de l'arbre dont on veut changer l'espèce. On dispose la greffe à-peu-près comme pour la fente ; mais il faut que le gros bout soit taillé et ajusté de manière à pouvoir remplir exactement l'entaille qui aura été faite. On y fait entrer la greffe un peu à serre et de façon que les écorces se raccordent bien : on assure cette greffe avec de l'osier, et on la couvre de mastic ou de glaise, à-peu-près comme pour la greffe en fente. On peut mettre ainsi plusieurs greffes sur une même branche, afin d'être plus certain du succès ; le temps propre pour cette manière de greffer est depuis le commencement de Février jusqu'à ce que le mouvement de la seve fasse détacher les écorces.

Greffe en flute. C'est la plus difficile de toutes les méthodes de greffer ; elle se fait au mois de Mai, lorsque les arbres sont en pleine seve : on choisit deux branches, l'une sur l'arbre qui doit servir de sujet, et l'autre sur l'arbre de bonne espèce que l'on veut multiplier ; ces deux branches, par la mesure que l'on en prend, doivent se trouver de même grosseur dans la partie qui doit servir de greffe, et dans celle que l'on veut greffer. On laisse sur pied la branche qui doit être greffée, on en coupe seulement le bout à trois ou quatre pouces au-dessus de l'endroit où l'on veut greffer. Après avoir fait une incision circulaire au-dessous, on enlève toute l'écorce sur cette longueur de trois ou quatre pouces ; ensuite on détache la bonne branche de son arbre, on en coupe le bout au-dessus de l'endroit qui a été trouvé de grosseur convenable ; on fait une incision circulaire à l'écorce pour avoir un tuyau de la longueur de deux ou trois travers de doigt, en sorte qu'il soit garni de deux bons yeux : on enlève adroitement ce tuyau en pressant et tournant l'écorce avec les doigts, sans pourtant offenser les yeux ; puis on le passe dans le bois de la branche écorcée, de façon qu'il enveloppe exactement et qu'il se réunisse par le bas à l'écorce du sujet : s'il s'y trouve quelque inégalité, on y remédie avec la serpette. Enfin on couvre le dessus de la greffe avec un peu de mastic ou de glaise, et plus communément on rabat sur l'écorce de petits copeaux, en incisant tout-autour avec la serpette le bout du bois qui est resté nud en-dessus ; on forme par-là une espèce de couronnement qui défend la greffe des injures de l'air. Cette méthode de greffer est peu usitée, si ce n'est pour le châtaignier, le figuier, l'olivier, le noyer, etc. qu'il serait très-difficile de faire réussir en les greffant d'autre façon.

Greffe en approche. Cette méthode ne peut s'exécuter qu'avec deux arbres voisins l'un de l'autre, ou dont l'un étant en caisse peut être approché de l'autre ; elle se fait sur la fin du mois de Mai lorsque les arbres sont en pleine seve. On ne laisse qu'une tige au sujet, qui doit être au-moins de la grosseur du doigt, et dont on coupe la tête : on fait au-dessus de la tige coupée et en pente, une entaille propre à recevoir la bonne branche réduite à moitié de sa grosseur. On amincit cette branche sur les côtés et en-dessous, de façon qu'elle puisse entrer dans l'entaille, la remplir exactement, et que les écorces puissent se toucher et se réunir de part et d'autre : on couvre ensuite les ouvertures avec du mastic ou de la glaise que l'on ajuste et que l'on attache comme à la greffe en fente. Lorsque par l'examen que l'on fait deux ou trois mois après, on juge que les écorces sont suffisamment réunies ; on coupe la bonne branche au-dessous de la greffe, et on laisse subsister quelque temps les enveloppes pour plus d'assurance. Cette méthode de greffer réussit difficilement ; on ne s'en sert que pour quelques arbrisseaux curieux.

Greffe en écusson. C'est la plus expéditive, la plus étendue, et la plus simple ; la plus usitée, la plus naturelle, et la plus sure de toutes les méthodes de greffes. Un jardinier peut faire par jour trois cent écussons, au lieu qu'à peine peut-il faire cent greffes en fente, quoique ce soit la méthode la moins longue après celle en écusson : on peut même pour celle-ci employer de jeunes gens, qui sont bien-tôt stilés à cette opération. Presque tous les arbres peuvent se greffer en écusson : on court les risques de la plus grande incertitude en greffant les fruits à noyau par une autre méthode ; et c'est la meilleure dont on puisse se servir pour les arbres curieux et étrangers ; rien de plus simple que l'attirail qu'elle exige. Un greffoir et de la filasse, voilà tout. La greffe en écusson réussit plus ordinairement qu'aucune autre sorte de greffe ; et d'autant plus surement, que si la première opération manque, ce qui s'aperçoit en moins de quinze jours, on peut la répéter plusieurs fois pendant tout le temps de la durée de la seve. Aucune méthode n'est plus naturelle, puisqu'elle approche le plus qu'il est possible des voies de la nature ; il suffit de la simple substitution d'un oeil faite à une branche : c'est, pour ainsi dire, tromper la nature. Aussi cette manière de greffer a-t-elle si bien prévalu, qu'on n'en emploie presque pas d'autre à-présent, avec cette grande raison de plus, que les sujets n'en sont nullement déshonorés ; vingt incisions manquées sur une branche, la laissent toujours vive et entière ; quelques plaies causées à l'écorce se recouvrent aisément, et on peut recommencer l'année suivante. Enfin les arbres greffés de cette manière donnent plutôt des fleurs et des fruits, que lorsqu'ils sont greffés en fente.

On peut greffer en écusson pendant toute la belle saison, depuis le commencement du mois de Mai jusqu'à la fin de Septembre ; si ce n'est qu'il en faut excepter les temps de pluie, les chaleurs trop vives et les grandes sécheresses. Il faut aussi le concours de deux circonstances ; que le sujet soit en seve, ainsi que l'arbre sur lequel on prend l'écusson : le progrès des écussons que l'on peut faire pendant cinq mois de la belle saison, n'est pas le même, ceux que l'on fait avant la S. Jean poussent dès la même année ; c'est ce qu'on appelle écusson à la pousse ; ceux que l'on greffe après ce temps se nomment écusson à oeil dormant, parce qu'ils ne poussent qu'au printemps de l'année suivante. Au surplus pour l'un et l'autre cas l'écusson se fait de la même manière.

Ce qu'on appelle proprement l'écusson n'est autre chose qu'un oeil levé sur une branche de l'année ; on choisit pour cet effet sur l'arbre dont on veut multiplier l'espèce, une des premières branches de l'année, dont les yeux soient bien nourris et bien formés. La première attention sera de couper toutes les feuilles jusque contre la queue, afin d'empêcher d'autant moins la dissipation de la seve et le desséchement de l'oeil. On peut au besoin conserver ces branches pendant deux ou trois jours, en les faisant tremper par le gros bout dans un peu d'eau, ou en les piquant en terre dans un lieu frais et à l'ombre.

Pour lever l'écusson ou l'oeil de dessus la branche, on fait avec le greffoir trois incisions triangulaires dans l'écorce qui environne l'oeil ; la première en-travers à deux ou trois lignes au-dessus de l'oeil ; la seconde à l'un des côtés, en descendant circulairement pour qu'elle se termine au-dessus de l'oeil ; et la troisième de l'autre côté en sens contraire, de façon qu'elle vienne croiser la seconde à environ un demi-pouce au-dessous de l'oeil, et que ces trois traits fassent ensemble une espèce de triangle dont la pointe soit en bas ; puis en pressant et tirant adroitement avec ses doigts cette portion d'écorce, sans offenser l'oeil, elle se détache aisément si la seve est suffisante.

L'écusson étant levé, on le tient entre ses lèvres par la queue de la feuille qu'on doit y avoir laissée exprès ; ensuite on choisit sur le sujet un endroit bien uni, où l'on fait avec le greffoir deux incisions comme si l'on figurait la lettre majuscule T, et on en proportionne l'étendue à la grandeur de l'écusson que l'on y veut placer ; puis on détache avec le manche du greffoir l'écorce des deux angles rentrants, et on fait entrer l'écusson entre ces deux écorces, en commençant par la pointe que l'on fait descendre peu-à-peu jusqu'à ce que le haut de l'écusson réponde exactement à l'écorce supérieure du sujet. On prend ensuite de la filasse de chanvre, ou encore mieux de la laine filée, dont on passe plusieurs tours sans couvrir l'oeil, et que l'on assure par un nœud, pour maintenir les écorces et faciliter leur réunion.

Lorsque cette greffe a été faite à oeil poussant, c'est-à-dire avant la S. Jean, dès qu'on s'aperçoit au bout de huit ou dix jours que l'écusson est bien vif et qu'il est prêt à pousser, on coupe le sujet à quatre doigts au-dessus de l'écusson, afin qu'en déterminant la seve à se porter avec plus d'abondance sur le nouvel oeil, il puisse pousser plus vite et plus vigoureusement ; ensuite on relâche peu-à-peu ou on coupe entièrement la ligature par-derrière l'écusson, à-mesure du progrès que l'on aperçoit : mais si c'est à oeil dormant que la greffe ait été faite, c'est-à-dire après la S. Jean, on ne dégage l'écusson et l'on ne coupe la tête du sujet qu'au printemps suivant, lorsque l'écusson commence à pousser.

On connait encore d'autres manières de greffer, telles que la greffe sur les racines, la greffe en queue de verge de fouet, la greffe par térébration, etc. mais la trop grande incertitude de leur succès les a fait négliger.

C'est principalement pour la multiplication des bonnes espèces d'arbres fruitiers, que l'on fait usage de la greffe, attendu qu'en les élevant de semence, on ne se procurerait que très-rarement la même sorte de fruit dont on aurait semé la graine : il est bien constant d'ailleurs que la greffe contribue à perfectionner les fruits par les circuits et les détours que cette opération occasionne à la seve, en la forçant de traverser les inflexions et les replis qui se forment toujours à l'endroit où la greffe s'unit au sujet. Mais on ne peut par le moyen de la greffe changer l'espèce des arbres, ni même produire de nouvelles variétés ; ce grand œuvre est réservé à la seule nature : tout l'art se réduit à cet égard à donner aux fruits un fort petit degré de perfection. On se sert aussi de la greffe pour multiplier plusieurs arbrisseaux curieux, et même quelques arbres, tels que les belles espèces d'érable, d'orme, de mûrier, etc. mais à ce dernier égard, c'est au détriment de la figure, de la force, et de la durée des arbres ; ils ne peuvent jamais récupérer la beauté qu'ils auraient eue et l'élévation qu'ils auraient prise dans leur état naturel.

On est bien revenu du merveilleux que les anciens qui ont traité de l'Agriculture, et quantité de modernes après eux, attribuaient à la greffe : à les en croire, on pouvait faire par cette voie les métamorphoses les plus étonnantes et changer la propre nature des choses, en faisant produire à la vigne de l'huile au lieu de vin, et aux arbres des forêts les fruits les plus délicieux, au lieu des graines seches qu'ils rapportent. A les entendre, le platane pouvait devenir un arbre fruitier et produire des figues, des cerises, ou des pommes : mais je me suis assuré par plusieurs expériences, que le platane est peut-être de tous les arbres celui qui est le moins propre à servir de sujet pour la greffe ; non-seulement les fruits que l'on vient de citer n'y reprennent pas, mais même un seul écusson de figuier fait mourir le platane ; et ce qu'il y a de plus surprenant, c'est que les écussons pris et appliqués sur le même arbre n'ont point encore voulu réussir, quoique cette épreuve ait été répétée quantité de fais. Les changements que l'on peut opérer par le moyen de la greffe, sont plus bornés que l'on ne pense ; il faut entre l'arbre que l'on veut faire servir de sujet et celui que l'on veut y greffer, un rapport et une analogie qui ne sont pas toujours indiqués surement par la ressemblance de la fleur et du fruit : ce sont pourtant les caractères les plus capables d'annoncer le succès des greffes. Voyez les Planches de Jardinage.