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Catégorie : Morale
S. f. (Morale) La bonté morale consiste en deux points : le premier, ne pas faire du mal à nos semblables ; le second, leur faire du bien.

1°. Ne point faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fit, voilà la règle qui détermine quelle sorte de traitements la nature nous interdit à l'égard du reste des hommes. Tout ce qui fait à nous mêmes, nous paraitrait dur, barbare et cruel, est compris dans la prohibition : mais cette maxime, d'un usage si étendu, est bien restreinte dans l'application qu'on en fait : la plupart des hommes se conduisent les uns avec les autres, comme s'ils étaient persuadés qu'elle ne dû. avoir lieu qu'entre amis.

Lorsque la passion vous porte à quelque violence contre un autre homme, jetez les yeux sur lui, pour y voir l'empreinte de la main divine, et votre propre ressemblance ; ce sera de quoi ralentir votre emportement. Ne dites point à Dieu ce que Caïn lui dit : m'avez-vous donné mon frère en garde ? Oui sans-doute, il vous l'a donné en garde ; et non-seulement il vous défend de lui faire aucun mauvais traitement, mais il vous ordonne même de le servir de tout votre pouvoir.

2°. Lorsqu'on est officieux et bienfaisant pour ses parents, ses bienfaiteurs ou ses amis, on se croit généreux, quoique d'ailleurs dur et indifférent pour tout le reste des hommes ; et l'on n'est pas même charitable ; qualité cependant bien en-deçà de la générosité, qui est le comble et la perfection de toutes les autres vertus sociales. En pratiquant celles-ci on ne fait qu'éviter les défauts contraires placés tout près d'elle : mais la générosité nous éloigne bien plus du vice, puisqu'elle laisse pour intervalle entr'elle et lui toutes les vertus de précepte. La générosité est un degré de perfection ajouté aux vertus par-dessus celui que prescrit indispensablement la loi. Faire pour ses semblables précisément ce qu'ordonne la loi, ce n'est pas être généreux ; c'est simplement remplir son devoir.

Mais la charité, ou ce qui est la même chose, cette affection générale que nous devons à tous les hommes ; n'est pas une vertu de surérogation : vous ne ferez que satisfaire à ce que l'humanité vous impose, si rencontrant un inconnu que des assassins ont blessé, vous vous en approchez pour panser ses plaies : le besoin qu'il a de votre secours est une loi qui vous oblige à le secourir. Un indigent est pressé par la faim ; vous ne ferez que payer une dette en apaisant son besoin. Les pauvres sont à la charge de la société ; tout le superflu des riches est affecté de droit à leur subsistance. Et ne plaignez pas même le secours que vous leur donnez, quand il serait le prix de vos sueurs et de pénibles travaux : quoi qu'il vous coute, il leur coute encore plus : c'est l'acheter bien cher que de le recevoir à titre d'aumône.

Voulez-vous apprendre en deux mots jusqu'où s'étendent les bons offices que vous devez à vos semblables ? en voici la mesure. Faites à autrui ce que vous voudriez qu'on vous fit. (X)



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