Société civile

S. f. (Société civile) conduite d'affaires et de traités entre particuliers.

Le but de toutes négociations est de découvrir ou d'obtenir quelque chose. Les hommes se découvrent ou par confiance, ou par colere, ou par surprise, ou par nécessité, c'est-à-dire lorsqu'on met quelqu'un dans l'impossibilité de trouver des faux-fuyans, ni d'aller à ses fins sans se laisser voir à découvert.

Pour gagner un homme, il faut connaitre son naturel et ses manières ; pour le persuader, il faut savoir la fin où il bute, ou gagner les personnes qui ont le plus de pouvoir sur son esprit : pour lui faire peur, il faut connaitre ses faiblesses et ses désavantages. Avec les gens adroits, consultez plutôt leurs desseins que leurs paroles, vous connoitrez leurs vues par leurs intérêts : la ruse décele moins d'esprit que de faiblesse ; mais la finesse permise est le chemin couvert de la prudence.

S. m. (Société civile) le respect est l'aveu de la supériorité de quelqu'un : si la supériorité du rang suivait toujours celle du mérite, ou qu'on n'eut pas prescrit des marques extérieures de respect, son objet serait personnel, comme celui de l'estime, et il a dû l'être originairement de quelque nature qu'ait été le mérite de mode.

Il y a depuis longtemps deux sortes de respect, celui qu'on doit au mérite, et celui qu'on rend aux places, à la naissance ; cette dernière espèce de respect, n'est plus qu'une formule de paroles ou de gestes, à laquelle les gens raisonnables se soumettent, et dont on ne cherche à s'affranchir que par sottise, ou par orgueil puéril ? Mais en même temps, rien de si triste qu'un grand seigneur sans vertus, accablé d'honneurs et de respects, à qui l'on fait sentir à tous moments, qu'on ne les rend, qu'on ne les doit qu'à sa naissance, à sa dignité, et qu'on ne doit rien à sa personne. Heureusement, dit Madame de Lambert, l'amour-propre qui est le plus grand des flatteurs, sait souvent lui cacher son insuffisance. Duclos.