S. f. (Société civile) conduite d'affaires et de traités entre particuliers.

Le but de toutes négociations est de découvrir ou d'obtenir quelque chose. Les hommes se découvrent ou par confiance, ou par colere, ou par surprise, ou par nécessité, c'est-à-dire lorsqu'on met quelqu'un dans l'impossibilité de trouver des faux-fuyans, ni d'aller à ses fins sans se laisser voir à découvert.

Pour gagner un homme, il faut connaitre son naturel et ses manières ; pour le persuader, il faut savoir la fin où il bute, ou gagner les personnes qui ont le plus de pouvoir sur son esprit : pour lui faire peur, il faut connaitre ses faiblesses et ses désavantages. Avec les gens adroits, consultez plutôt leurs desseins que leurs paroles, vous connoitrez leurs vues par leurs intérêts : la ruse décele moins d'esprit que de faiblesse ; mais la finesse permise est le chemin couvert de la prudence.

Les négociations importantes ont besoin de temps pour mûrir. La précipitation fait de grands maux dans les affaires, ainsi qu'une digestion trop hâtée détruit l'équilibre des humeurs, et que la crudité des sucs devient le germe des maladies. On avance beaucoup plus à marcher d'un pas égal et soutenu, qu'à courir à perte d'haleine. La vanité de paraitre expéditif fait perdre beaucoup de temps ; allez plus sensément, vous aurez plus tôt fait.

La hardiesse tient mal la place des talents réels ; quelquefois cependant dans les négociations elle ne manque pas d'avoir de l'empire sur les hommes.

Il vaut mieux généralement négocier de bouche que par lettres ; et plutôt par personne tierce, que par soi-même. Les lettres sont bonnes, lorsqu'on veut s'attirer une réponse par écrit, ou quand il est utile de garder par-devers soi les copies de celles qu'on a écrites, pour les représenter en temps et lieu, ou bien lorsqu'on peut craindre d'être interrompu dans son discours. Au contraire quand la présence de celui qui négocie imprime du respect et qu'il traite avec son inférieur, il vaut beaucoup mieux qu'il parle. Il est encore bon que celui qui désire qu'on lise dans ses yeux ce qu'il ne veut pas dire, négocie par lui-même ; enfin il doit se conduire ainsi, lorsqu'il projette de se réserver la liberté de dire et d'interprêter ce qu'il a dit.

Quand on négocie par un tiers, il vaut mieux choisir quelqu'un d'un esprit simple, qui exécutera vraisemblablement les ordres qu'il aura reçus, et qui rendra fidèlement la conversation, que de se servir de personnes adroites à s'attirer l'honneur ou le profit par les affaires des autres, ou qui dans leurs réponses ajouteront pour se faire valoir, ce qu'ils jugeront pouvoir plaire davantage. Mais prenez par préférence à tout autre ceux qui souhaitent le succès de l'affaire pour laquelle ils sont employés. Les passions aiguisent puissamment le zèle et l'industrie. Cherchez encore avec soin ceux de qui le caractère convient le plus pour la chose dont vous les voulez charger, comme un audacieux pour faire des plaintes et des reproches, un homme doux pour persuader, un homme subtil pour découvrir et pour observer, un homme fier pour une affaire qui a quelque chose de déraisonnable et d'injuste. Employez par choix ceux qui ont déjà réussi dans vos affaires, ils auront plus de confiance et feront tout leur possible pour soutenir l'opinion déjà établie de leur capacité.

Quant aux négociations politiques, voyez NEGOCIATEUR, MINISTRE, PLENIPOTENTIAIRE. (D.J.)

NEGOCIATION, s. f. (Commerce) se dit du commerce des billets et lettres de change, qui se font dans les bourses et sur les places de change par l'entremise des courtiers ou agens de change, ou par les marchands et banquiers eux-mêmes. Voyez LETTRES DE CHANGE, BOURSES, PLACE DE CHANGE, AGENT DE CHANGE, COURTIER, BANQUIER, MARCHAND, Dict. de com. (G)