Mœurs

S. m. (Histoire moderne, Mœurs) c'est le nom qu'on donne au Japon à un quartier des villes qui n'est consacré qu'aux courtisannes ou filles de joie. Les pauvres gens y placent leurs filles dès l'âge de dix ans, pour qu'elles y apprennent leur métier lubrique. Elles sont sous la conduite d'un directeur qui leur fait apprendre à danser, à chanter et à jouer de différents instruments. Le profit qu'elles tirent de leurs appas est pour leurs directeurs ou maîtres de pension. Ces filles après avoir servi leur temps peuvent se marier, et les Japonais sont si peu délicats qu'elles trouvent sans peine des partis ; tout le blâme retombe sur leurs parents qui les ont prostituées. Quant aux directeurs des kasiematz, ils sont abhorrés et mis au même rang que les bourreaux.
S. f. (Science des Mœurs) c'est la science qui nous prescrit une sage conduite et les moyens d'y conformer nos actions.

S'il sied bien à ces créatures raisonnables d'appliquer leurs facultés aux choses auxquelles elles sont destinées, la Morale est la propre science des hommes ; parce que c'est une connaissance généralement proportionnée à leur capacité naturelle, et d'où dépend leur plus grand intérêt. Elle porte donc avec elle les preuves de son prix ; et si quelqu'un a besoin qu'on raisonne beaucoup pour l'en convaincre, c'est un esprit trop gâté pour être ramené par le raisonnement.

S. m. (Science des Mœurs) auteur sur la morale, voyez MORALE. Nous n'avons guère parmi les modernes que Grotius, Puffendorf, Barbeyrac, Tillotson, Wollaston, Cumberland, Nicole et la Placette, qui aient traité cette science d'après des principes lumineux. La plupart des autres moralistes ressemblent à un maître d'écriture, qui donnerait de beaux modèles, sans enseigner à tenir et à conduire la plume pour tracer des lettres. D'autres moralistes ont puisé leurs idées de morale, tantôt dans le délire de l'imagination, tantôt dans des maximes contraires à l'état de la nature humaine. Plusieurs enfin ne se sont attachés qu'à faire des portraits finement touchés, laissant à l'écart la méthode et les principes qui constituent la partie capitale de la morale. C'est que les écrivains de ce caractère veulent être gens d'esprit, et songent moins à éclairer qu'à éblouir. Vain amour d'une futile gloire ! qui fait perdre à un auteur l'unique but qu'il devrait se proposer, celui d'être utile. Mais il vaut mieux bien exercer le métier de manœuvre, que de mal jouer le rôle d'architecte. (D.J.)