(Droit politique) il faut ajouter les réflexions suivantes de Bacon, à l'article du Dictionnaire.

La grandeur d'un état se mesure par l'étendue de son territoire, par le calcul de ses revenus, par le dénombrement de ses habitants, par la quantité de ses villes, et la force de ses places ; par sa marine et par son commerce. Il y a des empires si grands, qu'ils ne peuvent que perdre et se démembrer ; d'autres si heureusement bornés, qu'ils doivent se maintenir dans leur constitution naturelle.

De bonnes citadelles, des arsenaux bien munis, de nombreux haras, une brillante artillerie, ne font pas la force d'un état, s'il n'y a des bras pour les mettre en œuvre, et surtout du courage dans le cœur de la nation. On a beau dire que l'argent est le nerf de la guerre, si le soldat n'est pas libre et vigoureux. Les troupes étrangères, soudoyées aux fraix d'une nation, la défendront, mais ne l'agrandiront pas.

Un état qui veut s'agrandir, doit prendre garde au corps de sa noblesse ; car si elle vient à opprimer le peuple, il arrivera ce qu'on voit dans les forêts, où les arbres de haute futaie étouffent les rejetons. L'état a beau peupler alors, il n'en sera pas plus fort. L'Angleterre se soutient par la force du bas-peuple, à qui sa liberté relève le courage : elle a par cet endroit un avantage visible sur tous les pays voisins.

L'homme, il est vrai, ne peut ajouter une coudée à sa stature, mais il dépend toujours des souverains d'agrandir le corps d'un empire ; les loix, les mœurs, les entreprises, sont autant de semences de grandeur ; c'est au génie à les développer ; mais comme les grands projets sont des peines brillantes, il en coute moins aux ministres de livrer un empire au cours de la fortune.

C'est le commerce extérieur qui fait la principale richesse des états. Il roule sur la matière, le travail et le transport ; trois objets dans le prix des marchandises. Souvent l'ouvrage surpasse la matière, et le port ou les droits l'emportent sur l'une et l'autre ; c'est alors que l'industrie produit plus que le fonds.

Un état peut être fort riche, et les citoyens mourir de faim, si l'argent ne circule pas, ou s'il se trouve dans un trop petit nombre de mains. L'usure et les monopoles font plus de ravages que les brigands de la mer et des forêts. (D.J.)