S. m. (Economie rustique) ce terme a deux grandes acceptions : ou il se prend pour cette substance ou matière dure et solide que nous tirons de l'intérieur des arbres et arbrisseaux ; ou pour un grand canton de terre planté d'arbres propres à la construction des édifices, au charronage, au sciage, au chauffage, etc.

Si l'on jette un coup d'oeil sur la consommation prodigieuse de bois qui se fait par la charpente, la menuiserie, d'autres Arts, et par les feux des forges, des fonderies, des verreries, et des cheminées, on concevra facilement de quelle importance doivent avoir été en tout temps, et chez toutes les nations, pour le public et pour les particuliers, la plantation, la culture, et la conservation des forêts ou des bois, en prenant ce terme selon la seconde acception. Comment se peut-il donc que les hommes soient restés si longtemps dans les préjugés sur ces objets, et qu'au lieu de tendre sans-cesse à la perfection, ils se soient au contraire de plus en plus entêtés de méthodes qui les éloignaient de leur but ? Car c'est-là qu'ils en étaient ; c'est-là qu'ils en sont encore pour la plupart, comme nous pourrions le démontrer par la comparaison des règles d'agriculture qu'ils ont prescrites, et qu'on suit sur les bois, et par celles que l'expérience et la philosophie viennent d'indiquer à M. de Buffon. Mais notre objet est d'exposer la vérité, et non pas de l'associer à l'erreur : l'erreur ne peut être trop ignorée, et la vérité trop connue, surtout quand elle embrasse un objet aussi considérable que l'aliment du feu, et le second d'entre les matériaux qui entrent dans la construction des édifices. Nous observerons seulement que l'extrait que nous allons donner des différents mémoires que M. de Buffon a publiés, non seulement pourra éclairer, sur la culture, l'amélioration et la conservation des bois, mais pourra même devenir une grande leçon pour les philosophes de se méfier de l'analogie ; car il parait que l'ignorance dans laquelle il semble qu'on aime encore à rester, malgré le grand intérêt qu'on a d'en sortir, ne vient dans son origine que d'avoir transporté les règles de l'agriculture des jardins à l'agriculture des forêts. La nature a ses lais, qui ne nous paraissent peut-être si générales, et s'étendre uniformément à un si grand nombre d'êtres, que parce que nous n'avons pas la patience ou la sagacité de connaitre la conduite qu'elle tient dans la production et la conservation de chaque individu. Nous nous attachons au gros de ses opérations : mais les finesses de sa main d'œuvre, s'il est permis de parler ainsi, nous échappent sans-cesse ; et nous persistons dans nos erreurs jusqu'à ce qu'il vienne quelqu'homme de génie, assez ami des hommes, pour chercher la vérité ; et j'ajouterais volontiers, assez courageux pour la communiquer quand il l'a trouvée.

Le nom de bois, pris généralement, comprend les forêts, les bois, les haies, et les buissons ou bocages.

L'on entend vulgairement sous le nom de forêts, un bois qui embrasse une fort grande étendue de pays.

Sous le nom de bois, l'on comprend un bois de moyenne étendue.

Le parc est un bois enfermé de murs.

Les noms de haie et de buisson ou bocage, sont usités en quelques endroits pour signifier un bois de peu d'arpens.

Néanmoins l'usage fait souvent employer indifféremment les noms de forêt et de bois ; il y a même des bois de très-grande étendue, des forêts qui occupent peu d'espace, et des bois qui ne sont appelés que haies ou buissons, et chaumes ; comme les chaumes d'Avenay près Beligny-sur-Ouche, dans le bailliage de Dijon en France, qui contiennent autant d'arpens que des bois de moyenne grandeur.

Toutes ces sortes de bois sont plantées d'arbres, qui sont ou en futaie ou en taillis.

Futaies se dit des arbres qu'on laisse croitre sans les couper que fort tard. Voyez FUTAIE.

Taillis, des arbres dont la coupe se fait de temps en temps, et plutôt que celle de la futaie. Voyez TAILLIS.

Il y a des forêts qui sont toutes en futaie ; d'autres toutes en taillis : mais la plupart sont mêlées de l'une et de l'autre sorte.

Quand on parle de bois de futaie et de taillis, on considère le bois debout et sur le canton même qui en est couvert, et formant des forêts, etc.

Dans les autres occasions, le terme bois s'entend du bois abattu et destiné aux usages de la vie civile : c'est sous ces deux points de vue que nous allons considérer le bois.

BOIS sur pied, voyez FORET. Le bois qui était autrefois très-commun en France, maintenant suffit à peine aux usages indispensables, et l'on est menacé pour l'avenir d'en manquer absolument. Ceux qui sont préposés à la conservation des bois, se plaignent eux-mêmes de leur dépérissement : mais ce n'est pas assez de se plaindre d'un mal qu'on sent déjà, et qui ne peut qu'augmenter avec le temps, il en faut chercher le remède ; et tout bon citoyen doit donner au public les expériences et les réflexions qu'il peut avoir faites à cet égard.

Tous nos projets sur les bois doivent se réduire à tâcher de conserver ceux qui nous restent, et à renouveller une partie de ceux que nous avons détruits.

Tout le bois de service du royaume consiste dans les forêts qui appartiennent à sa Majesté, dans les réserves des ecclésiastiques et des gens de main-morte, et enfin dans les baliveaux, que l'ordonnance oblige de laisser dans tous les bois.

On sait par une expérience déjà trop longue, que le bois des baliveaux n'est pas d'une bonne qualité, et que d'ailleurs ces baliveaux font tort au taillis V. BALIVEAUX. M. de Buffon a observé les effets de la gelée du printemps dans deux cantons voisins de bois taillis ; on avait conservé dans l'un tous les baliveaux de quatre coupes successives, dans l'autre, on n'avait réservé que les baliveaux de la coupe actuelle : M. de Buffon a reconnu que la gelée avait fait un si grand tort au taillis surchargé de baliveaux : que l'autre taillis l'a devancé de près de cinq ans sur douze. L'exposition était la même : M. de Buffon a sondé le terrain en différents endroits ; il était semblable : ainsi il ne peut attribuer cette différence qu'à l'ombre et à l'humidité que les baliveaux jetaient sur le taillis, et à l'obstacle qu'ils formaient au desséchement de cette humidité, en interrompant l'action du vent et du soleil.

Les arbres qui poussent vigoureusement en bois, produisent rarement beaucoup de fruit ; les baliveaux se chargent d'une grande quantité de glands, et annoncent par-là leur faiblesse. On imaginerait que ce gland devrait repeupler et garnir les bois, mais cela se réduit à bien peu de chose ; car de plusieurs millions de ces graines qui tombent au pied de ces arbres, à peine en voit-on lever quelques centaines, et ce petit nombre est bientôt étouffé par l'ombre continuelle et le manque d'air, ou supprimé par le dégouttement de l'arbre, et par la gelée, qui est toujours plus vive près de la surface de la terre, ou enfin détruit par les obstacles que ces jeunes plantes trouvent dans un terrain traversé d'une infinité de racines et d'herbes de toute espèce. On trouve, à la vérité, quelques arbres de brin dans les taillis. Ces arbres viennent de graine ; car le chêne ne se multiplie pas par rejetons, et ne pousse pas de la racine : mais les arbres de brin sont ordinairement dans les endroits clairs des bois, loin des gros baliveaux, et sont dû. aux mulots ou aux oiseaux, qui en transportant les glands en sement une grande quantité. M. de Buffon a su mettre à profit ces graines que les oiseaux laissent tomber. Il avait observé dans un champ, qui depuis trois ou quatre ans était demeuré sans culture, qu'autour de quelques petits buissons, qui s'y trouvaient fort loin les uns des autres, plusieurs petits chênes avaient paru tout d'un coup. M. de Buffon reconnut bientôt par ses yeux que cette plantation appartenait à des geais, qui en sortant des bois venaient d'habitude se placer sur ces buissons pour manger leur gland, et en laissaient tomber la plus grande partie, qu'ils ne se donnaient jamais la peine de ramasser. Dans un terrain que M. de Buffon a planté dans la suite, il a eu soin de mettre de petits buissons ; les oiseaux s'en sont emparé, et ont garni les environs d'une grande quantité de jeunes chênes.

Les réserves établies dans les bois des ecclésiastiques et des gens de main-morte, ne sont pas sujettes au défaut des baliveaux. Il faudrait établir un temps fixe pour la coupe de ces futaies en réserve ; ce temps serait plus ou moins grand, selon la qualité du terrain. On pourrait en régler les coupes à 50 ans dans un terrain de 2 pieds 1/2 de profondeur, à 70 dans un terrain de 3 pieds 1/2, et à 100 ans dans un terrain de 4 pieds 1/2 et au-delà de profondeur. M. de Buffon donne ces termes d'après les observations qu'il a faites au moyen d'une tarière haute de cinq pieds, avec laquelle il a sondé quantité de terrains, où il a examiné en même temps la hauteur, la grosseur et l'âge des arbres : cela se trouve assez juste pour les terres fortes et pétrissables. Dans les terres legeres et sablonneuses, on pourrait fixer les termes des coupes à 40, 60 et 80 ans : on perdrait à attendre plus longtemps ; et il vaudrait infiniment mieux garder du bois de service dans des magasins, que de le laisser sur pied dans les forêts, où il ne peut manquer de s'altérer après un certain âge.

Tous ceux qui connaissent un peu les bois, savent que la gelée du printemps est le fléau des taillis, c'est elle qui dans les endroits bas et dans les petits vallons, supprime continuellement les jeunes rejetons, et empêche le bois de s'élever ; en un mot, elle fait aux bois un aussi grand tort qu'à toutes les autres productions de la terre ; et si ce tort a jusqu'ici été moins connu, moins sensible, c'est que la jouissance d'un taillis étant éloignée, le propriétaire y fait moins d'attention, et se console plus aisément de la perte qu'il fait : cependant cette perte n'est pas moins réelle, puisqu'elle recule son revenu de plusieurs années. M. de Buffon a tâché de prévenir, autant qu'il est possible, les mauvais effets de la gelée, en étudiant la façon dont elle agit, et il a fait sur cela des expériences qui lui ont appris, que la gelée agit bien plus violemment à l'exposition du midi, qu'à l'exposition du nord ; qu'elle fait tout périr à l'abri du vent, tandis qu'elle épargne tout dans les endroits où il peut passer librement. Cette observation, qui est constante, fournit un moyen de préserver de la gelée quelques endroits des taillis, au moins pendant les deux ou trois premières années, qui sont le temps critique, et où elle les attaque avec plus d'avantage. Ce moyen consiste à observer, quand on les abat, de commencer la coupe du côté du Nord : il est aisé d'y obliger les marchands de bois, en mettant cette clause dans son marché ; et M. de Buffon s'est déjà bien trouvé d'avoir pris cette précaution pour ses taillis.

Un père de famille, un homme arrangé qui se trouve propriétaire d'une quantité un peu considérable de bois taillis, commence par les faire arpenter, borner, diviser, et mettre en coupe réglée, il s'imagine que c'est-là le plus haut point d'économie ; tous les ans il vend le même nombre d'arpens ; de cette façon ses bois deviennent un revenu annuel, il se sait bon gré de cette règle ; et c'est cette apparence d'ordre qui a fait prendre faveur aux coupes réglées : cependant il s'en faut bien que ce soit là le moyen de tirer de ses taillis tout le profit qu'on en peut tirer. Ces coupes réglées ne sont bonnes que pour ceux qui ont des terres éloignées qu'ils ne peuvent visiter ; la coupe réglée de leurs bois est une espèce de ferme ; ils comptent sur le produit, et le reçoivent sans s'être donné aucun soin ; cela doit convenir à grand nombre de gens : mais pour ceux dont l'habitation se trouve fixée à la campagne, et même pour ceux qui vont y passer un certain temps toutes les années, il leur est facile de mieux ordonner les coupes de leurs bois taillis. En général, on peut assurer que dans les bons terrains on gagnera à attendre, et que dans les terrains où il n'y a pas de fond, il faudra les couper fort jeunes : mais il serait bien à souhaiter qu'on put donner de la précision à cette règle, et déterminer au juste l'âge où l'on doit couper les taillis. Cet âge est celui où l'accroissement du bois commence à diminuer. Dans les premières années, le bois croit de plus en plus, c'est-à-dire, la production de la seconde année est plus considérable que celle de la première, l'accroissement de la troisième année est plus grand que celui de la seconde ; ainsi l'accroissement du bois augmente jusqu'à un certain âge, après quoi il diminue : c'est ce point, ce maximum qu'il faut saisir, pour tirer de son taillis tout l'avantage et tout le profit possible.

M. de Buffon a donné, dans les Mémoires de l'Académie, année 1738, le moyen qu'il a trouvé d'augmenter la force et la solidité du bois : rien n'est plus simple ; car il ne s'agit que d'écorcer les arbres, et les laisser ainsi sécher et mourir sur pied avant que de les abattre ; l'aubier devient par cette opération aussi dur que le cœur de chêne ; il augmente considérablement de force et de densité, comme M. de Buffon s'en est assuré par un grand nombre d'expériences, et le souches de ces arbres écorcés et séchés sur pied, ne laissent pas de repousser et de reproduire des rejetons : ainsi il n'y a pas le moindre inconvénient à établir cette pratique, qui, en augmentant la force et la durée du bois mis en œuvre, doit en diminuer la consommation, et par conséquent doit être comptée au nombre des moyens de conserver les bois. Les Allemands, chez qui les Hollandais vont chercher leurs bois de menuiserie, n'ont point d'autre secret pour leur donner cette qualité qui les rend si propres à être travaillés. Au printemps, lorsque l'écorce commence à se lâcher, on écorce l'arbre ; on lui laisse passer l'année : le printemps suivant, l'arbre écorcé ne pousse plus que de petites feuilles, on lui laisse achever encore cette année sur pied ; on ne le coupe que dans la saison où l'on coupe les arbres.

Regles pour semer le bois. Pour semer une terre forte et glaiseuse, il faut conserver le gland pendant l'hiver dans de la terre, en faisant un lit de deux pouces de gland sur un lit de terre d'un demi-pié, puis un lit de terre et un lit de gland, toujours alternativement, et enfin en couvrant le magasin d'un pied de terre, pour que la gelée ne puisse y pénétrer. On en tirera le gland au commencement de Mars, et on le plantera à un pied de distance. Ces glands qui ont germé, sont déjà autant de jeunes chênes, et le succès d'une plantation faite de cette façon n'est pas douteux ; la dépense même n'est pas considérable, car il ne faut qu'un seul labour. Si l'on pouvait se garantir des mulots et des oiseaux, on réussirait tout de même et sans aucune dépense, en mettant en autonne le gland sous l'herbe, car il perce et s'enfonce de lui-même, et réussit à merveille sans aucune culture dans les friches dont le gason est fin, serré et bien garni, et qui indique presque toujours un terrain ferme et mêlé de glaise.

Si l'on veut semer du bois dans les terrains qui sont d'une nature moyenne entre les terres fortes et les terres legeres, on fera bien de semer de l'avoine avec les glands, pour prévenir la naissance des mauvaises herbes, qui sont plus abondantes dans ces espèces de terrains que dans les terres fortes et les terres legeres, car ces mauvaises herbes dont la plupart sont vivaces, font beaucoup plus de tort aux jeunes chênes, que l'avoine qui cesse de pousser au mois de Juillet.

M. de Buffon a reconnu par plusieurs expériences, que c'est perdre de l'argent et du temps que de faire arracher de jeunes arbres dans les bois pour les transplanter dans des endroits où on est obligé de les abandonner et de les laisser sans culture, et que quand on veut faire des plantations considérables d'autres arbres que de chêne ou de hêtre, dont les graines sont fortes et surmontent presque tous les obstacles, il faut faire des pépinières où on puisse élever et soigner les jeunes arbres pendant les deux premières années, après quoi on les pourra planter avec succès pour faire des bois.

Dans les terrains secs, legers, mêlés de gravier, et dont le sol n'a que peu de profondeur, il faut faire labourer une seule fais, et semer en même temps les plants avant l'hiver. Si l'on ne seme qu'au printemps, la chaleur du soleil fait périr les graines. Si on se contente de les jeter ou de les placer sur la terre, comme dans les terrains forts, elles se dessechent et périssent ; parce que l'herbe qui fait le gason de ces terres légères, n'est pas assez garnie et assez épaisse pour les garantir de la gelée pendant l'hiver, et de l'ardeur du soleil au printemps. Les jeunes arbres arrachés dans les bois, réussissent encore moins dans ces terrains que dans les terres fortes ; et si on veut les planter, il faut le faire avant l'hiver, avec de jeunes plants pris en pépinière.

Le produit d'un terrain peut se mesurer par la culture : plus on travaille la terre, plus elle rapporte de fruits : mais cette vérité d'ailleurs si utile, souffre quelques exceptions ; et dans les bois une culture prématurée et mal entendue, cause la disette, au lieu de produire l'abondance. Par exemple, on imagine que la meilleure manière de mettre un terrain en nature de bois, est de nettoyer ce terrain et de le bien cultiver avant que de semer le gland ou les autres graines qui doivent un jour le couvrir de bois ; et M. de Buffon n'a été désabusé de ce préjugé qui parait si raisonnable, que par une longue suite d'observations. M. de Buffon a fait des semis considérables et des plantations assez vastes ; il les a faites avec précaution, il a souvent fait arracher les genièvres, les bruyeres, et jusqu'aux moindres plantes qu'il regardait comme nuisibles, pour cultiver à fond et par plusieurs labours les terrains qu'il voulait ensemencer. M. de Buffon ne doutait pas du succès d'un semis fait avec tous ces soins ; mais au bout de quelques années il a reconnu que ces mêmes soins n'avaient servi qu'à retarder l'accroissement des jeunes plants ; et que cette culture précédente qui lui avait donné tant d'espérance, lui avait causé des pertes considérables : ordinairement on dépense pour acquérir ; ici la dépense nuit à l'acquisition.

Si l'on veut donc réussir à faire croitre du bois dans un terrain, de quelque qualité qu'il sait, il faut imiter la nature, et il faut y planter et y semer des épines et des buissons qui puissent rompre la force du vent, diminuer celle de la gelée, et s'opposer à l'intempérie des saisons. Ces buissons sont des abris qui garantissent les jeunes plants, et les protegent contre l'ardeur du soleil et la rigueur des frimats. Un terrain couvert, ou plutôt à demi couvert, de genièvre, de bruyeres, est un bois à moitié fait, et qui peut-être a dix ans d'avance sur un terrain net et cultivé.

Pour convertir en bois un champ, ou tout autre terrain cultivé, le plus difficile est de faire du couvert. Si l'on abandonne un champ, il faut vingt ou trente ans à la nature pour y faire croitre des épines et des genièvres : ici il faut une culture qui dans un an ou deux puisse mettre le terrain au même état où il se trouve après une non-culture de trente ans.

Le moyen de suppléer aux labours, et presqu'à toutes les autres espèces de culture, c'est de couper les jeunes plantes jusqu'auprès de terre : ce moyen, tout simple qu'il parait, est d'une utilité infinie ; et lorsqu'il est mis en œuvre à propos, il accélere de plusieurs années le succès d'une plantation.

Tous les terrains peuvent se réduire à deux espèces ; savoir, les terrains forts et les terrains legers ; cette division, quelque vague qu'elle paraisse, est suffisante. Si l'on veut semer dans un terrain leger, on peut le faire labourer ; cette opération fait d'autant plus d'effet, et cause d'autant moins de dépense, que le terrain est plus leger, il ne faut qu'un seul labour, et on seme le gland en suivant la charrue. Comme ces terrains sont ordinairement secs et brulans, il ne faut point arracher les mauvaises herbes que produit l'été suivant ; elles entretiennent une fraicheur bienfaisante, et garantissent les petits chênes de l'ardeur du soleil ; ensuite venant à périr et à se sécher pendant l'autonne, elles servent de chaume et d'abri pendant l'hiver, et empêchent les racines de geler. Il ne faut donc aucune espèce de culture dans ces terrains sablonneux ; il ne faut qu'un peu de couvert et d'abri pour faire réussir un semis dans les terrains de cette espèce. Mais il est bien plus difficile de faire croitre du bois dans des terrains forts, et il faut une pratique toute différente, dans ces terrains les premiers labours sont inutiles, et souvent nuisibles ; la meilleure manière est de planter les glands à la pioche, sans aucune culture précédente : mais il ne faut pas les abandonner comme les premiers au point de les perdre de vue et de n'y plus penser ; il faut au contraire les visiter souvent ; il faut observer la hauteur à laquelle ils se sont élevés la première année, observer ensuite s'ils ont poussé plus vigoureusement à la seconde : tant que leur accroissement Ve en augmentant, ou même tant qu'il se soutient sur le même pied, il ne faut pas y toucher. Mais on s'aperçoit ordinairement à la troisième année que l'accroissement Ve en diminuant ; et si on attend la quatrième, la cinquième, la sixième etc. on reconnaitra que l'accroissement de chaque année est toujours plus petit : ainsi dès qu'on s'apercevra que sans qu'il y ait eu de gelées ou d'autres accidents, les jeunes arbres commencent à croitre de moins en moins, il faut les faire couper jusqu'à terre au mois de Mars, et l'on gagnera un grand nombre d'années, Le jeune arbre livré à lui-même dans un terrain fort et serré, ne peut étendre ses racines ; la terre trop dure les fait refouler sur elles-mêmes ; les petits filets tendres et herbacées qui doivent nourrir l'arbre et former la nouvelle production de l'année, ne peuvent pénétrer la substance trop ferme de la terre ; ainsi l'arbre languit privé de nourriture, et la production annuelle diminue fort souvent jusqu'au point de ne donner que des feuilles et quelques boutons. Si vous coupez cet arbre, toute la force de la seve se porte aux racines, elle en développe tous les germes, et agissant avec plus de puissance contre le terrain qui leur résiste, les jeunes racines s'ouvrent des chemins nouveaux, et divisent par le surcrait de leur force cette terre qu'elles avaient jusqu'alors vainement attaquée ; elles y trouvent abondamment des sucs nourriciers ; et dès qu'elles s'y sont, pour ainsi dire, établies, elles poussent avec vigueur au-dehors la surabondance de leur nourriture, et produisent dès la première année un jet plus vigoureux et plus élevé, que ne l'était l'ancienne tige de trois ans.

Dans un terrain qui n'est que ferme, sans être trop dur, il suffira de couper une seule fois le jeune plan pour le faire réussir.

Les auteurs d'agriculture sont bien éloignés de penser comme M. de Buffon sur ce sujet ; ils répètent tous les uns après les autres que pour avoir une futaie, pour avoir des arbres d'une belle venue, il faut bien se garder de couper le sommet des jeunes plantes, et qu'il faut conserver avec grand soin le montant, c'est-à-dire, le jet principal. Ce conseil n'est bon que dans certains cas particuliers : mais il est généralement vrai, et M. de Buffon assure, après un très-grand nombre d'expériences, que rien n'est plus efficace pour redresser les arbres, et pour leur donner une tige droite, que la coupe faite au pied. M. de Buffon a même observé souvent que les futaies venues de graine ou de jeunes plants, n'étaient pas si belles ni si droites que les futaies venues sur de jeunes souches : ainsi on ne doit pas hésiter à mettre en pratique cette espèce de culture, si facile et si peu couteuse.

Il n'est pas nécessaire d'avertir qu'elle est encore plus indispensable lorsque les jeunes plants ont été gelés ; il n'y a pas d'autre moyen pour les rétablir que de les couper. On aurait dû. par exemple, recéper tous les taillis de deux ou trois ans qui ont été gelés au mois d'Octobre 1740 : jamais gelée d'autonne n'a fait autant de mal. La seule façon d'y remédier, c'est de couper : on sacrifie trois ans pour n'en pas perdre dix ou douze.

Le chêne et le hêtre sont les seuls arbres, à l'exception des pins et de quelques autres de moindre valeur, qu'on puisse semer avec succès dans les terrains incultes. Le hêtre peut être semé dans les terrains legers ; la graine ne peut pas sortir dans une terre forte, parce qu'elle pousse au-dehors son enveloppe au-dessus de la tige naissante ; ainsi il lui faut une terre meuble et facile à diviser, sans quoi elle reste et pourrit. Le chêne peut être semé dans presque tous les terrains. M. de Buffon a donné en 1739, dans les Mémoires de l'Académie, les différents procédés suivant les différents terrains. Toutes les autres espèces d'arbres peuvent être élevées en pépinière, et ensuite transplantées à l'âge de deux ou trois ans.

Il faut éviter de mettre ensemble les arbres qui ne se conviennent pas : le chêne craint le voisinage des pins, des sapins, des hêtres, et de tous les arbres qui poussent de grosses racines dans la profondeur du sol. En général, pour tirer le plus d'avantage d'un terrain, il faut planter ensemble les arbres qui tirent la substance du fond en poussant leurs racines à une grande profondeur, et d'autres arbres qui puissent tirer leur nourriture presque de la surface de la terre, comme sont tous les arbres dont les racines s'étendent et courent à quelques pouces seulement de profondeur, sans pénétrer plus avant.

Lorsqu'on veut semer du bois, il faut attendre une année abondante en glands, non-seulement parce qu'ils sont meilleurs et moins chers, mais encore parce qu'ils ne sont pas dévorés par les oiseaux, les mulots et les sangliers, qui trouvant abondamment du gland dans les forêts, ne viendront pas attaquer votre semis : ce qui ne manque jamais d'arriver dans des années de disette.

BOIS ; accroissement du bois ; formation du bois ; texture du bois ; force et résistance du bois. Une semence d'arbre, un gland qu'on jette en terre au printemps, produit au bout de quelques semaines un petit jet tendre et herbacée, qui augmente, s'étend, grossit, durcit, et contient déjà dès la première année un filet de substance ligneuse. A l'extrémité de ce petit arbre est un bouton qui s'épanouit l'année suivante, et dont il sort un second jet semblable à celui de la première année, mais plus vigoureux, qui grossit et s'étend davantage, durcit dans le même temps, et produit aussi à son extrémité supérieure un autre bouton qui contient le jet de la troisième année, et ainsi des autres, jusqu'à ce que l'arbre soit parvenu à toute sa hauteur : chacun de ces boutons est une semence qui contient le petit arbre de chaque année. L'accroissement des arbres en hauteur se fait donc par plusieurs productions semblables et annuelles ; de sorte qu'un arbre de cent pieds de haut est composé dans sa longueur de plusieurs petits arbres mis bout à bout ; le plus grand n'a pas souvent deux pieds de longueur. Tous ces petits arbres de chaque année ne changent jamais de hauteur, ils existent dans un arbre de cent ans sans avoir grossi ni grandi ; ils sont seulement devenus plus solides. Voilà comment se fait l'accroissement en hauteur ; l'accroissement en grosseur en dépend. Ce bouton qui fait le sommet du petit arbre de la première année, tire sa nourriture à-travers la substance et le corps même de ce petit arbre : mais les principaux canaux qui servent à conduire la seve se trouvent entre l'écorce et le filet ligneux. L'action de cette seve en mouvement dilate ces canaux et les fait grossir, tandis que le bouton en s'élevant les tire et les allonge : de plus la seve en y coulant continuellement y dépose des parties fixes, qui en augmentent la solidité ; ainsi dès la seconde année un petit arbre contient déjà dans son milieu un filet ligneux en forme de cone fort allongé, qui est la production en bois de la 1re. année, et une couche ligneuse aussi conique, qui enveloppe ce premier filet et le surmonte, et qui est la production de la seconde année. La troisième couche se forme comme la seconde ; il en est de même de toutes les autres, qui s'enveloppent successivement et continuellement ; de sorte qu'un gros arbre est un composé d'un grand nombre de cones ligneux, qui s'enveloppent et se recouvrent tant que l'arbre grossit. Lorsqu'on vient à l'abattre, on compte aisément sur la coupe transversale du tronc le nombre de ces cones, dont les sections forment des cercles concentriques ; et on reconnait l'âge de l'arbre par le nombre de ces cercles ; car ils sont distinctement séparés les uns des autres. Dans un chêne vigoureux l'épaisseur de chaque couche est de deux ou trois lignes ; cette épaisseur est d'un bois dur et solide : mais la substance qui unit ensemble ces cones ligneux n'est pas à beaucoup près aussi ferme ; c'est la partie faible du bois dont l'organisation est différente de celle des cones ligneux, et dépend de la façon dont ces cones s'attachent et s'unissent les uns aux autres, que M. de Buffon explique en deux mots. Les canaux longitudinaux qui portent la nourriture au bouton, non-seulement prennent de l'étendue et acquièrent de la solidité par l'action et le dépôt de la seve, mais ils cherchent encore à s'étendre d'une autre façon ; ils se ramifient dans toute leur longueur, et poussent de petits fils, qui d'un côté vont produire l'écorce, et de l'autre vont s'attacher au bois de l'année précédente, et forment entre les deux couches du bois un tissu spongieux, qui coupé transversalement, même à une assez grande épaisseur, laisse voir des petits trous, à peu près comme on en voit dans la dentelle. Les couches du bois sont donc unies les unes aux autres par une espèce de réseau ; ce réseau n'occupe pas à beaucoup près autant d'espace que la couche ligneuse ; il n'a que demi-ligne ou environ d'épaisseur.

Par cette simple exposition de la texture du bois, on voit que la cohérence longitudinale doit être bien plus considérable que l'union transversale : on voit que dans les petites pièces de bois, comme dans un barreau d'un pouce d'épaisseur, s'il se trouve quatorze ou quinze couches ligneuses, il y aura treize ou quatorze cloisons, et que par conséquent ce barreau sera moins fort qu'un pareil barreau qui ne contiendra que cinq ou six couches, et quatre ou cinq cloisons. On voit aussi que dans ces petites pièces, s'il se trouve une ou deux couches ligneuses qui soient tranchées, ce qui arrive souvent, leur force sera considérablement diminuée : mais le plus grand défaut de ces petites pièces de bois, qui sont les seules sur lesquelles on ait fait des expériences, c'est qu'elles ne sont pas composées comme les grosses pièces. La position des couches ligneuses et des cloisons dans un barreau est fort différente de la position de ces mêmes couches dans une poutre : leur figure est même différente, et par conséquent on ne peut pas estimer la force d'une grosse pièce par celle d'un barreau. Un moment de réflexion fera sentir ce que je viens de dire. Pour faire une poutre il ne faut qu'équarrir l'arbre, c'est-à-dire enlever quatre segments cylindriques d'un bois blanc et imparfait qu'on appelle aubier : le cœur de l'arbre, la première couche ligneuse reste au milieu de la pièce ; toutes les autres couches enveloppent la première en forme de cercles ou de couronnes cylindriques ; le plus grand de ces cercles entiers a pour diamètre l'épaisseur de la pièce, au-delà de ce cercle tous les autres sont tranchés, et ne forment plus que des portions de cercle qui vont toujours en diminuant vers les arêtes de la pièce ; ainsi une poutre carrée est composée d'un cylindre continu de bon bois bien solide, et de quatre portions angulaires tranchées d'un bois moins solide et plus jeune. Un barreau tiré du corps d'un gros arbre, ou pris dans une planche, est tout autrement composé : ce sont de petits segments longitudinaux des couches annuelles, dont la courbure est insensible ; des segments qui tantôt se trouvent posés parallèlement à une des surfaces du barreau, et tantôt plus ou moins inclinés ; des segments qui sont plus ou moins longs et plus ou moins tranchés, et par conséquent plus ou moins forts : de plus il y a toujours dans un barreau deux positions, dont l'une est plus avantageuse que l'autre ; car ces segments de couches ligneuses forment autant de plans parallèles : si vous posez le barreau en sorte que ces plans soient verticaux, il résistera davantage que dans une position horizontale ; c'est comme si on faisait rompre plusieurs planches à la fais, elles résisteraient bien davantage étant posées sur le côté, que sur le plat. Ces remarques font déjà sentir combien on doit peu compter sur les tables calculées ou sur les formules que différents auteurs nous ont données de la force du bois, qu'ils n'avaient éprouvées que sur des pièces, dont les plus grosses étaient d'un ou deux pouces d'épaisseur, et dont ils ne donnent ni le nombre des couches ligneuses que ces barreaux contenaient, ni la position de ces couches, ni le sens dans lequel se sont trouvées ces couches lorsqu'ils ont fait rompre le barreau ; circonstances cependant essentielles, comme on le verra par les expériences de M. de Buffon, et par les soins qu'il s'est donnés pour découvrir les effets de toutes ces différences. Les Physiciens qui ont fait quelques expériences sur la force du bois, n'ont fait aucune attention à ces inconvénients : mais il y en a d'autres, peut-être encore plus grands, qu'ils ont aussi négligé de prévoir et de prévenir. Le jeune bois est moins fort que le bois plus âgé ; un barreau tiré du pied d'un arbre, résiste davantage qu'un barreau qui vient du sommet du même arbre ; un barreau pris à la circonférence près de l'aubier, est moins fort qu'un pareil morceau pris au centre de l'arbre : d'ailleurs le degré de desséchement du bois fait beaucoup à la résistance ; le bois vert casse bien plus difficilement que le bois sec. Enfin le temps qu'on emploie à charger les bois pour les faire rompre, doit aussi entrer en considération ; parce qu'une pièce qui soutiendra pendant quelques minutes un certain poids, ne pourra pas soutenir ce même poids pendant une heure ; et M. de Buffon a trouvé que des poutres qui avaient chacune supporté sans se rompre, neuf milliers pendant un jour, avaient rompu au bout de cinq à six mois sous la charge de six milliers, c'est-à-dire qu'elles n'avaient pas pu porter pendant six mois les deux tiers de la charge qu'elles avaient portées pendant un jour. Tout cela prouve assez combien les expériences que l'on a faites sur cette matière sont imparfaites ; et peut-être cela prouve aussi qu'il n'est pas trop aisé de les bien faire. M de Buffon, auteur des mémoires dont nous avons tiré tout ce que nous avons dit jusqu'ici, a fait une infinité d'expériences pour connaitre la force du bois : la première remarque qu'il a faite, c'est que le bois ne casse jamais sans avertir, à moins que la pièce ne soit fort petite. Le bois vert casse plus difficilement que le bois sec ; et en général le bois qui a du ressort résiste beaucoup plus que celui qui n'en a pas : l'aubier, le bois des branches, celui du sommet de la tige d'un arbre, tout le bois jeune est moins fort que le bois plus âgé. La force du bois n'est pas proportionnelle à son volume ; une pièce double ou quadruple d'une autre pièce de même longueur, est beaucoup plus du double ou du quadruple plus forte que la première : par exemple, il ne faut pas quatre milliers pour rompre une pièce de dix pieds de longueur, et de quatre pouces d'équarrissage ; et il en faut dix pour rompre une pièce double ; et il faut vingt-six milliers pour rompre une pièce quadruple, c'est-à-dire une pièce de dix pieds de longueur sur huit pouces d'équarrissage. Il en est de même pour la longueur : il semble qu'une pièce de huit pieds, et de même grosseur qu'une pièce de seize pieds, doit par les règles de la Mécanique porter juste le double ; et cependant elle porte beaucoup plus du double. M. de Buffon qui aurait pu donner des raisons physiques de tous ces faits, se borne à donner des faits : le bois qui dans le même terrain croit le plus vite, est le plus fort ; celui qui a cru lentement, et dont les cercles annuels, autrement les couches ligneuses sont minces, est moins fort que l'autre.

M. de Buffon a trouvé que la force du bois est proportionnelle à sa pesanteur ; de sorte qu'une pièce de même longueur et grosseur, mais plus pesante qu'une autre pièce, sera aussi plus forte à-peu-près en même raison. Cette remarque donne les moyens de comparer la force du bois qui vient de différents pays et de différents terrains, et étend infiniment l'utilité des expériences de M. de Buffon : car lorsqu'il s'agira d'une construction importante ou d'un ouvrage de conséquence, on pourra aisément au moyen de sa table, et en pesant les pièces, ou seulement des échantillons de ces pièces, s'assurer de la force du bois qu'on emploie ; et on évitera le double inconvénient d'employer trop ou trop peu de cette matière, que souvent on prodigue mal-à-propos, et que quelquefois on ménage avec encore moins de raison.

Pour essayer de comparer les effets du temps sur la résistance du bois, et pour reconnaitre combien il diminue de sa force, M. de Buffon a choisi quatre pièces de dix-huit pieds de longueur sur sept pouces de grosseur ; il en a fait rompre deux, qui en nombre rond ont porté neuf milliers chacune pendant une heure ; il a fait charger les deux autres de six milliers seulement, c'est-à-dire des deux tiers, et il les a laissé ainsi chargées, résolu d'attendre l'évenement : l'une de ces pièces a cassé au bout de trois mois et vingt-six jours ; l'autre au bout de six mois et dix-sept jours. Après cette expérience il fit travailler deux autres pièces toutes pareilles, et il ne les fit charger que de la moitié, c'est-à-dire de quatre mille cinq cent ; M. de Buffon les a tenues plus de deux ans ainsi chargées ; elles n'ont pas rompu, mais elles ont plié assez considérablement. Ainsi dans des bâtiments qui doivent durer longtemps, il ne faut donner au bois tout au plus que la moitié de la charge qui peut le faire rompre ; et il n'y a que dans des cas pressants, et dans des constructions qui ne doivent pas durer, comme lorsqu'il faut faire un pont pour passer une armée, ou un échafaud pour secourir ou assaillir une ville, qu'on peut hasarder de donner au bois les deux tiers de sa charge.

Tous les auteurs qui ont écrit sur la résistance des solides en général, et du bois en particulier, ont donné comme fondamentale la règle suivante : La résistance est en raison inverse de la longueur, en raison directe de la largeur, et en raison doublée de la hauteur. Cette règle est celle de Galilée, adoptée par tous les Mathématiciens, et elle serait vraie pour tous les solides qui seraient absolument inflexibles, et qui rompraient tout-à-coup : mais dans les solides élastiques, tels que le bois, il est aisé d'apercevoir que cette règle doit être modifiée à plusieurs égards. M. Bernoulli a fort bien observé que dans la rupture des corps élastiques une partie des fibres s'allonge, tandis que l'autre partie se raccourcit, pour ainsi dire, en refoulant sur elle-même. Voyez son mémoire dans ceux de l'académie, année 1705. On voit par les expériences précédentes, que dans les pièces de la même grosseur, la règle de la résistance en raison inverse de la longueur, s'observe d'autant moins, que les pièces sont plus courtes. Il en est tout autrement de la règle de la résistance en raison directe de la largeur et du carré de la hauteur. M. de Buffon a calculé la table septième, à dessein de s'assurer de la variation de cette règle ; on voit dans cette table les résultats des expériences, et au-dessous les produits que donne cette règle ; il a pris pour unités les expériences faites sur les pièces de cinq pouces d'équarrissage, parce qu'il en a fait un plus grand nombre sur cette dimension que sur les autres. On peut observer sur cette table, que plus les pièces sont courtes, et plus la règle approche de la vérité ; et que dans les plus longues pièces, comme celles de 18 et de 20 pieds, elle s'en éloigne ; cependant, à tout prendre, on peut se servir de la règle générale avec les modifications nécessaires pour calculer la résistance des pièces de bois plus grosses et plus longues que celles dont M. de Buffon a éprouvé la résistance ; car en jetant les yeux sur cette septième table, on voit un grand accord entre la règle et les expériences pour les différentes grosseurs, et il règne un ordre assez constant dans les différences par rapport aux longueurs et aux grosseurs, pour juger de la modification qu'on doit faire à cette règle. Voyez RESISTANCE.

TABLE DES EXPERIENCES.

SUR LA FORCE DU BOIS.

Première Table, pour les pièces de quatre pouces d'équarrissage.

Seconde Table, pour les pièces de cinq pouces d'équarrissage.

Traisième Table, pour les pièces de six pouces d'équarrissage.

Quatrième Table, pour les pièces de sept pouces d'équarrissage.

Cinquième Table, pour les pièces de huit pouces d'équarrissage.

Sixième Table, pour les charges moyennes de toutes les expériences précédentes.

Septième Table. Comparaison de la résistance du bois, trouvée par les expériences précédentes, et de la résistance du bois suivant la règle que cette résistance est comme la largeur de la pièce, multipliée par le carré de sa hauteur, en supposant la même longueur.

Nota. Les astérismes marquent que les expériences n'ont pas été faites.

Le bois sur pied prend différentes dénominations selon ses différentes qualités. Il s'appelle :

BOIS ARSIN, lorsqu'il a été maltraité par le feu.

BOIS BLANC. Voyez BLANC-BOIS.

BOIS BOMBE, s'il a quelque courbure naturelle.

BOIS CARIE ou VICIE, s'il a des malandres ou nœuds pourris.

BOIS CHAMBLIS, quand il a été maltraité par les vents, soit qu'il ait été déraciné et renversé, soit que les branches seulement en aient été rompues.

BOIS CHARME, lorsqu'il a reçu quelque dommage dont la cause n'est pas apparente, et qu'il menace de périr ou de tomber.

BOIS EN DEFENDS, lorsqu'il est défendu de le couper, et qu'ayant été reconnu de belle venue, on veut lui laisser perdre tout son accroissement. Ces défends ne sont gueres d'usage que dans les grandes forêts ou les bois dégradés ou trop jeunes, pour qu'on en puisse faire usage. Les taillis sont en défends de droit jusqu'à cinq et six ans. Le défends s'étend toujours aux chèvres, cochons, moutons, et autres animaux mal-faisants, hormis le temps de la glandée pour les cochons.

BOIS DEFENSABLE, lorsqu'il est permis, par celui à qui il appartient de permettre de faire les coupes et paissons convenables, parce qu'il est en état de résister.

BOIS ENCROUE, lorsqu'il a été renversé sur d'autres en l'abattant, et que ses branches se sont entrelacées avec les branches des arbres sur lesquels il est tombé.

L'ordonnance défend d'abattre les bois sur lesquels d'autres sont encroués.

BOIS EN ETANT, quand il est debout.

BOIS A FAUCILLON, lorsqu'il s'agit d'un petit taillis qu'on peut abattre à la serpette.

BOIS GELIF, s'il a des gerçures ou fentes causées par la gelée.

BOIS MARMENTAUX ou DE TOUCHE, lorsqu'ils entourent un château, une maison, un parterre, et qu'ils lui servent d'ornement. Les usufruitiers n'en peuvent disposer.

BOIS MORT, s'il ne végete plus soit qu'il tienne à l'arbre soit qu'il en ait été séparé. Voyez MORT BOIS.

BOIS MORT EN PIE, s'il est pourri sur pied, sans substance, et bon seulement à bruler.

BOIS EN PUEIL, si c'est un bois qui a été nouvellement coupé, et qui n'ait pas encore trois ans, il est défendu d'y laisser entrer aucun bétail.

BOIS RABOUGRI, s'il est malfait, tortu, et de mauvaise venue.

BOIS RECEPE, quand sur quelque défaut qu'on lui a remarqué, on l'a coupé par le pied pour l'avoir plus promptement et de plus belle venue.

BOIS SUR LE RETOUR, lorsqu'il est trop vieux, qu'il commence à diminuer de prix, et que les chênes ont plus de deux cent ans.

BOIS DE HAUT REVENU, s'il est de demi-futaie de 40 à 60 ans.

BOIS VIF, quand il porte fruit et qu'il vit, comme le chêne, le hêtre, le châtaigner, et autres qui ne sont point compris dans les morts-bois.

Le bois abattu ou pris selon la première acception du terme bois ou relativement aux usages qu'on en fait dans la société, peut se distribuer en bois de charpente, de sciage, de charronage, et de chauffage.

Des bois de charpente. La provision des bois de charpente, pour la fourniture de Paris, se fait par trois sortes de marchands, les forains domiciliés, les forains qui vendent en arrivant, et les regrattiers, qui ont leurs magasins dans la ville et les fauxbourgs, mais ailleurs que sur les ports. Ces marchands forment trois corps séparés, mais sans communauté ni entr'eux ni en particulier. C'est un commerce libre. L île Louvier a été le lieu d'abordage des bois à bâtit. Tous les marchands ont eu le même droit d'y descendre. Chacun prenait la place qui lui convenait, sans payer de droit, observant seulement de ne pas occuper trop de terrain. Les forains domiciliés tiennent en tout temps leur chantier ouvert pour le service du bourgeois ; il n'est sujet à aucune visite de police : le forain non domicilié est obligé de tenir port pendant trois jours, afin de donner le temps au bourgeois de se pourvoir ; les charpentiers et menuisiers ont la préférence sur les regrattiers, et peuvent même rompre leur marché. Le regrattier peut faire exploiter pour son compte : mais il ne peut laisser son bois sur les ports ; il faut qu'il le fasse entrer dans ses chantiers immédiatement après l'achat.

Le commerce des bois, soit de chauffage, de charpente ou de menuiserie, pris en grand et dans la forêt, demande une grande expérience : on peut y perdre ou y gagner beaucoup ; le moindre mécompte sur l'étendue du terrain, la quantité des bois, leur qualité, l'exploitation et le transport, tirent à des conséquences immenses ; et tel marchand croit sa fortune faite, tant que son bois est sur pied, qui se trouve à moitié ruiné quand il est abattu.

Le bois de chêne est le meilleur de tous les bois pour la charpente, à cause qu'il ne pourrit point facilement quand il est employé sur terre et dans l'eau, et qu'il est plus fort que les autres bois.

Le bois de châtaigner est bon pour les mêmes ouvrages, pourvu qu'il soit à couvert. La plupart des anciens édifices ont leur charpente de ce bois.

Le bois d'aune ne pourrit point non plus dans l'eau, ce qui fait qu'on en fait des tuyaux de pompes et de conduites d'eau.

Les chênes, pour pouvoir en faire du bois bon pour l'usage de la charpenterie, ne doivent point être abattus avant soixante ans, et plus tard que deux cent ans ; parce que passé deux cent ans, ce bois dépérit, et qu'avant soixante ans il est trop jeune.

Dans la charpente on emploie de deux sortes de bois, le bois de brin et le bois de sciage.

Le bois de brin est celui qui se fait en ôtant les quatre dosses et le flache d'un arbre en l'équarrissant.

Le bois de sciage se tire ordinairement des bois courts et trop gros, ou des pièces moins saines. On en parlera plus au long ci-dessous.

Le bois de chêne qu'on nomme bois gras ou doux, est celui qui est moins poreux et sans fil, et a moins de nœuds que le bois ferme ; il n'est bon pour l'usage des menuisiers, que pour faire des panneaux et des assemblages qui ne fatiguent point ; car il ne vaut rien pour les bâtis de portes, et tout ce qui peut souffrir la moindre fatigue.

Le bois dur ou rustique, est celui qui a le fil gros. Il vient dans les terres fortes et fonds pierreux et sablonneux, et au bord des forêts.

Les bois legers sont les bois blancs, comme sapins, tilleuls, trembles, etc. Les charpentiers ne s'en servent que dans les cloisons au défaut du chêne.

BOIS, un cent de bois ; c'est, en terme de Charpentier, soixante-douze pouces de longueur sur six pouces d'équarrissage. Tout le bois de charpente se réduit à cette mesure, et une seule poutre est comptée pour autant d'autres, qu'elle contient de fois cette mesure, soit pour la vente, soit pour la voiture, soit pour le taisé.

Le bois de charpente prend différentes dénominations selon ses différentes qualités ; il s'appele

BOIS AFFOIBLI, quand on a diminué considérablement la forme d'équarrissage, en le rendant difforme, courbe, ou rampant, pour laisser des bossages aux poinçons, ou des encorbellements aux poteaux sous les poutres qui portent dans les cloisons. Au reste ce bois se taise dans le plus gros du bossage.

BOIS APPARENT, lorsqu'étant en œuvre, comme dans les ponts de bois, planchers, cloisons, etc. il n'est point recouvert de plâtre ou autre matière.

BOIS BLANC, quand il tient de la nature de l'aubier, et se corrompt facilement.

BOIS BOUGE, quand il a du bombement, ou qu'il est courbé en quelque endroit.

BOIS CANTIBAN, lorsqu'il n'a du flache que d'un côté.

BOIS CORROYE, quand il a été dressé à la varlope ou au rabot.

BOIS DECHIRE, celui qui revient de quelque ouvrage mis en pièces, pour raison de vétusté ou autre.

BOIS DEVERSE ou GAUCHI, lorsqu'après avoir été travaillé et équarri il n'a pas conservé la forme qu'on lui a donnée, mais s'est dejeté, courbé, incliné et déformé de quelque manière et par quelque cause que ce sait.

BOIS D'ECHANTILLON, quand les pièces de bois sont d'une grosseur et longueur déterminée.

BOIS ECHAUFFE ; lorsqu'il commence à se gâter et à pourrir, et qu'on lui remarque de petites taches rouges et noires, ce sont ces sortes de bois que quelques-uns appellent bois pouilleux.

BOIS D'ENTREE, s'il est entre verd et sec.

BOIS D'EQUARRISSAGE, quand il est propre à recevoir la forme d'un parallèlepipede : il ne s'équarrit point de bois au-dessous de six pouces de gros.

BOIS FLACHE, quand il ne pourrait être bien équarri sans beaucoup de déchet, et que les arêtes n'en sont point vives.

BOIS GISANT, lorsqu'il est coupé, abattu et couché sur terre.

BOIS EN GRUME, s'il n'est point équarri, et si on l'emploie de toute sa grosseur, par exemple, en pieux appelés pilotis.

BOIS LAVE, quand on lui a ôté tous les traits de scie et rencontre, avec la besaiguè.

BOIS MOULINE, s'il est pourri et rongé des vers.

BOIS qui se tourmente, lorsqu'il se déjette, étant employé trop verd ou trop humide.

BOIS REFAIT, quand de gauche et flache qu'il était, il est équarri et redressé au cordeau sur ses faces.

BOIS DE REFEND, lorsqu'on l'a mis par éclat pour faire le merrein, les lattes, les échalats, du boisseau, etc.

BOIS ROUGE, s'il s'échauffe, et s'il est sujet à pourrir.

BOIS ROULE, quand les cernes ou crues de chaque année sont séparées, et ne font point de corps ; ce bois n'est bon qu'à bruler. On dit que le bois devient roulé, lorsqu'étant en séve il est battu par le vent.

BOIS SAIN et NET, lorsqu'il est sans malandres, nœuds vicieux, gale, fistule.

BOIS TORTU, quand il ne peut servir qu'à faire des courbes, et n'est bon que pour la marine.

BOIS TRANCHE, s'il a des nœuds vicieux ou fils obliques qui coupent la pièce, et la rendent peu propre à résister à la charge et à être refendu.

BOIS VERMOULU, s'il est piqué de vers.

BOIS VIF, lorsque les arêtes en sont bien vives et sans flache, et qu'il ne lui reste ni écorce ni aubier.

BOIS DE CHARRONAGE : on comprend sous cette dénomination tout celui qui est employé par les Charrons à faire des charrettes, des roues, etc. comme l'orme, le frêne, le charme, et l'érable ; la meilleure partie s'en débite en grume. Voyez les articles de ces bois.

BOIS DE CHAUFFAGE ; le bois de chauffage est neuf ou flotté. Les marchands de bois neuf sont ceux qui embarquent sur les ports des rivières navigables des bois qui y ont été amenés par charroi ; et ils les empilent ensuite en théâtre, comme on le voit sur les ports, et autres places dont la ville de Paris leur a accordé l'usage. Voyez CHANTIER. Ces sortes de marchands ne font guère que le tiers de la provision de cette ville, etc.

Les marchands de bois flotté sont ceux qui font venir leurs bois des provinces plus éloignées. Ils les jettent d'abord à bois perdu sur les ruisseaux qui entrent dans les rivières sur lesquelles ce commerce est établi ; ensuite ces mêmes rivières les amènent elles-mêmes encore à bois perdu jusqu'aux endroits où il est possible de les mettre en trains, pour les conduire à Paris ; après néanmoins les avoir retirés de l'eau avant de les flotter en train, et les avoir fait sécher suffisamment, sans quoi le bois irait à fond. Ces marchands font les deux autres tiers de la provision.

Il y a quelques siècles que l'on était dans l'appréhension que Paris ne manquât un jour de bois de chauffage ; les forêts des environs se détruisaient, et l'on prévoyait qu'un jour il faudrait y transporter le bois des provinces éloignées ; ce qui rendrait cette marchandise si utile et d'un usage si général, d'un prix exorbitant occasionné par le cout des charrais. Si l'on eut demandé alors à la plupart de ceux qui sentent le moins aujourd'hui le mérite de l'invention du flottage des bois, comment on pourrait remédier au terrible inconvénient dont on était menacé, ils y auraient été, je crois, bien embarrassés ; l'accroissement et l'entretien des forêts eussent été, selon toute apparence, leur unique ressource. C'est en effet à ces moyens longs, couteux et pénibles, que se réduisit alors toute la prudence du gouvernement ; et la capitale était sur le point de devenir beaucoup moins habitée par la cherté du bois, lorsqu'un nommé Jean Rouvet, bourgeois de Paris ; imagina en 1549 de rassembler les eaux de plusieurs ruisseaux et rivières non navigables ; d'y jeter les bois coupés dans les forêts les plus éloignées ; de les faire descendre ainsi jusqu'aux grandes rivières ; là, d'en former des trains et de les amener à flot, et sans bateaux, jusqu'à Paris. J'ose assurer que cette invention fut plus utile au royaume, que plusieurs batailles gagnées, et méritait des honneurs autant au moins qu'aucune belle action. Jean Rouvet fit ses premiers essais dans le Morvant ; il rassembla tous les ruisseaux de cette contrée ; fit couper ses bois, et les abandonna hardiment au courant des eaux : il réussit. Mais son projet traité de folie avant l'exécution, et traversé après le succès, comme c'est la coutume, ne fut porté à la perfection et ne reçut toute l'étendue dont il était susceptible, qu'en 1566, par René Arnoul. Voyez à l'article TRAIN, la manière de les construire. Ceux qui voient arriver à Paris ces longues masses de bois, sont effrayés pour ceux qui les conduisent, à leur approche des ponts : mais il n'y en a guère qui remontent jusqu'à l'étendue des vues et à l'intrépidité du premier inventeur, qui osa rassembler des eaux à grands frais, et y jeter ensuite le reste de sa fortune.

Entre les marchands de bois flotté, les uns sont bourgeois, les autres forains ; il y a beaucoup plus de bourgeois que de forains, qui fassent le commerce du bois, qui vient du pays d'amont ; au contraire il y a beaucoup plus de forains que de bourgeois, qui fassent le commerce du pays d'aval.

Tout ce qui concerne le bois de chauffage se réduit à sa façon, au temps de le tirer des ventes, à sa voiture et à son déchargeage, à la diligence de voiture, à son arrivée, à sa vente dans les chantiers, et aux officiers qui y veillent.

Façon. Il est enjoint de donner à tous les bois à bruler, trois pieds et demi de longueur ; au bois de moule, dix-huit pouces de tour ; au bois de corde de quartier ou de traverse, autant. Si le bois de quartier, de traverse, ou fendu, a dix-huit pouces de tour, il se mesure au moule ; s'il n'en a que dix-sept, il Ve avec le bois de corde dans la membrure. Le bois taillis doit avoir six pouces de tour. Le bois d'Andelle a la même grosseur : mais il est plus court ; il n'a que deux pieds et demi ou environ.

Sortie des ventes. Les marchands sont tenus de faire couper et sortir les bois des ventes, dans les temps qui leur auront été fixés, eu égard aux lieux et à la qualité des arpens.

Voitures. Il est permis de voiturer depuis les forêts jusqu'aux rivières, à-travers toutes terres, en avertissant dix jours auparavant par des publications aux prônes ; de jeter les bois dans les rivières ; de les pousser par les ruisseaux, étangs, fossés de châteaux, etc. sans qu'ils en puissent être empêchés par qui que ce sait.

Diligence. Il est défendu de séjourner en chemin sans nécessité, et de décharger ailleurs qu'à Paris.

Vente. Il est enjoint de les mettre en chantier, et ils ne peuvent être vendus ailleurs.

Officiers. La Ville commet des personnes à elle pour veiller à cette distribution. Toute la différence qu'il y a entre le bois de chauffage soit neuf, soit flotté, se tire de la taille, de la voiture, et de la mesure.

Relativement à la taille, il se distribue en gros bois et en menu bois ; à la voiture, en bois neuf et en bois flotté ; à la mesure, en bois de moule et de compte, et en bois de corde.

Tous le gros bois est compris sous le nom générique de buches ; chaque buche, de quelque bois que ce sait, doit avoir, ainsi que nous l'avons déjà dit, trois pieds et demi de long.

Les plus grosses buches sont nommées bois de moule, ou de moulure, ou de compte ; parce qu'elles se mesurent dans le moule ou l'anneau. Voyez ANNEAU. Elles doivent avoir dix-huit pouces de tour.

Le bois de traverse suit immédiatement en grosseur le bois de compte ou de moule ; il doit avoir dix-sept pouces de tour. Il y en a qui comprennent sous la même dénomination tout le bois blanc.

On appelle bois taillis, tout celui qui n'a que cinq à six pouces de tour.

Le bois de corde, doit avoir au moins dix-sept pouces ; il est appelé bois de corde, parce que les Bucherons plantent à la corde quatre pieux en carré, dont le côté a huit pieds, et chaque pieu a quatre pieds de haut. C'est-là leur mesure ou corde qui contient, comme on voit, quatre fois 64 ou 256 pieds cubes de bois. Cette méthode de mesurer le bois a duré jusqu'en 1641, qu'il fut ordonné de se servir d'une membrure de charpente, qui retint le nom de corde. Voyez CORDE. Voyez MEMBRURE.

Le menu bois est ou coteret, ou fagot, ou bourrée.

Il y a des coterets de bois taillis fendu, ou des coterets de bois rond.

Ceux-ci viennent par l'Yonne : mais ils doivent avoir les uns et les autres neuf pieds de long, sur dix-sept à dix-huit pouces de tour.

Les fagots sont faits de branches d'arbres menues. Ils doivent avoir trois pieds et demi de long, sur dix-sept à dix-huit pouces de tour.

La bourrée, qui est une espèce de fagot, est faite de brossailles d'épines et de ronces, etc.

Voici encore quelques dénominations qu'on donne au bois de chauffage.

BOIS EN CHANTIER, est celui qui est en pile ou en magasin ; on nomme ordinairement ces sortes de piles théâtre.

BOIS FLOTTE, est celui qu'on lie avec des rouelles et des perches, et que l'on amène en train sur des rivières. Voyez TRAIN.

BOIS PERDU, est celui qu'on jette dans les petites rivières qui n'ont pas assez d'eau pour porter ni train ni bateau, et qu'on Ve recueillir et mettre en train aux lieux où ces rivières commencent à porter.

BOIS CANARDS, sont ceux qui demeurent au fond de l'eau, ou qui s'arrêtent aux bords des ruisseaux, où l'on a jeté une certaine quantité de bois, buche à buche, pour le laisser aller au courant de l'eau. Après que ces buches sont arrivées au lieu où le ruisseau est devenu une rivière navigable, les marchands peuvent faire pêcher leurs bois canards pendant 40 jours sans rien payer. Voyez l'Ordonnance de 1672.

BOIS VOLANS, sont ceux que le flot amène droit au port.

BOIS ECHAPPES, sont ceux que les inondations portent dans les prés ou dans les terres.

BOIS NEUF, est celui qu'on apporte dans des bateaux sans qu'il ait trempé dans l'eau.

BOIS PELARD, est un bois menu et rond, dont on ôte l'écorce pour faire du tan. Les Rotisseurs et Boulangers s'en servent.

BOIS DE GRAVIER, est un bois qui croit dans des endroits pierreux, et qui vient demi flotté du Nivernais et de Bourgogne ; le meilleur est de Montargis.

BOIS D'ANDELLE, ainsi nommé du nom de la rivière qui le voiture, est un bois de hêtre qui a ordinairement deux pieds et demi de longueur ; il faut quatre mesures d'anneau pour la voye, et quatre buches de témoins par anneau.

BOIS TORTILLARD ; ce bois n'est point ordinairement reçu dans les membrures à cause des vides qu'il laisse, et le tort qui en résulte pour le public.

BOIS BOUCAN, buches qui par vetusté ne sont plus de mesure pour être mises en membrures.

Je ne finirai point cet article du bois de chauffage, qui forme un objet presqu'aussi important, que celui de construction et de charpente, sans observer que nous sommes menacés d'une disette prochaine de l'un et l'autre ; et que la cherté seule du premier peut avoir une influence considérable sur l'état entier du royaume. Le bois de chauffage ne peut devenir extrêmement rare et d'un grand prix, sans chasser de la capitale un grand nombre de ses habitants ; or il est constant que la capitale d'un royaume ne peut être attaquée de cette manière, sans que le reste du royaume s'en ressente. Je ne prévais qu'un remède à cet inconvénient, et ce remède est même de nature à prevenir le mal, si on l'employait dès à présent. Quand les forêts des environs de la ville furent épuisées, il se trouva un homme qui entreprit d'y amener à peu de frais les bois des forêts éloignées, et il y réussit. Lorsque la négligence dans laquelle on persiste aura achevé de détruire les forêts éloignées, il est certain qu'on aura recours au charbon de terre ; et il est heureusement démontré qu'on en trouve presque par-tout. Mais pourquoi n'en pas chercher et ouvrir des carrières dès aujourd'hui ? pourquoi ne pas interdire l'usage du bois à tous les états et à toutes les professions dans lesquels on peut aisément s'en passer ? car il en faudra venir là tôt ou tard ; et si l'on s'y prenait plutôt, on donnerait le temps à nos forêts de se restituer ; et en prenant pour l'avenir d'autres précautions que celles qu'on a prises pour le passé, nos forêts mises une fois sur un bon pied, pourraient fournir à tous nos besoins, sans que nous eussions davantage à craindre qu'elles nous manquassent. Il me semble que les vues que je propose sont utiles : mais j'avoue qu'elles ont un grand défaut, celui de regarder plutôt l'intérêt de nos neveux que le nôtre ; et nous vivons dans un siècle philosophique où l'on fait tout pour soi, et rien pour la postérité.

BOIS (MOULEUR DE), Police, officier de ville, commis sur les ports pour que le bois y soit fidèlement mesuré dans les moules ou les membrures. Voyez MOULE et MEMBRURE.

BOIS (MARCHAND DE), voyez ci-dessus l'article BOIS DE CHAUFFAGE.

Bois de sciage. On entend par bois de sciage, celui qui est débité en soliveaux et coupé en planches à l'usage de la menuiserie. On comprend sous ce nom tout celui qui a moins de six pouces d'équarrissage, beaucoup de bois tendres, surtout pour la boiserie, le parquetage, les lambris, et plafonds. On fait façonner le bois de sciage, ou par des scieurs de long, ou dans les moulins à scie. Voyez SCIAGE.

Le bois de sciage, s'appelle :

BOIS MI-PLAT, s'il est beaucoup plus large qu'épais ; ce bois est pour l'usage de la menuiserie.

BOIS OUVRE, ou non ouvré, quand il passe ou non par les mains de l'ouvrier.

Il y a encore le bois d'ouvrage et celui de merrein.

Le bois d'ouvrage, est celui qu'on travaille dans les forêts, et dont on fait des sabots, des pelles, des seaux, des lattes, des cercles, des éclisses.

Le bois de chêne s'appelle bois de merrein, quand il est débité en petits ais ou douves pour faire des tonneaux, des cuves, des seaux, etc. Voyez MERREIN.

Il ne nous reste plus qu'à ajouter à cet article quelques sortes de bois, parmi lesquelles il y en a qui ont peu de rapport avec les précédentes.

BOIS FOSSILE, (Histoire naturelle) bois qui se trouve en terre à différentes profondeurs, où il est conservé depuis longtemps sans se pourrir. On sait assez qu'il arrive souvent des éboulements de terre et d'autres déplacements, qui sont occasionnés par différentes causes, et surtout par les tremblements de terre, les torrents, les inondations, etc. c'est par ces accidents que les arbres sont enfoncés dans la terre. S'il se rencontre des matières bitumineuses qui les pénétrent, alors ils ne sont plus susceptibles de pourriture, et ils se conservent dans leur entier. Les différentes combinaisons des matières bitumineuses doivent causer des différences dans la consistance du bois fossile, dans sa couleur, son poids, etc. Voyez HOUILLE, CHARBON DE TERRE, JAYET. (I)

BOIS PETRIFIE. Voyez PETRIFICATION.

* BOIS D'ALOES. Il y a tout lieu de croire que le bois que nous appelons aujourd'hui bois d'aloès, est le même que Dioscoride a décrit sous le nom d'agallochum, et que l'on a nommé dans la suite xyloaloès. Il ne faut pas confondre le bois d'aloès avec le suc épaissi qui porte simplement le nom d'aloès, ni croire que ce suc sorte du bois d'aloès. Nous verrons dans la suite qu'on le tire de plusieurs espèces de plantes aussi appelées aloès. On voit au contraire que le bois d'aloès ne peut venir que d'un arbre.

On peut distinguer trois sortes d'agallochum : la première est celle que les Indiens appellent calambac, c'est la plus rare et la plus précieuse, elle vient de la Cochinchine. Le calambac est tendre : il y en a de plusieurs couleurs, par lesquelles on a voulu le distinguer, et plusieurs espèces. Si on le met sur les charbons ardents, il semble se fondre plutôt que bruler, tant il est résineux ; la fumée qu'il rend est fort épaisse et de bonne odeur.

La seconde passe communément sous le nom de bois d'aloès ou bois d'aigle ; on la trouve comme la première dans la Cochinchine, mais il y en a aussi à Cambaye et à Sumatra : le bois d'aloès est plus commun dans ce pays-ci que le calambac, parce qu'il n'est pas si cher. Le bois d'aigle est compact et pesant ; sa substance est percée de plusieurs cavités, elle semble être cariée ; sa couleur est rousse, son goût est un peu acre et aromatique, il bouillonne sur les charbons ardents, sa fumée est d'une odeur fort agréable.

La troisième espèce d'agallochum est appelée calambour ou calambouc ; il est d'une couleur verdâtre et quelquefois rousse ; son odeur est agréable et pénétrante. On l'apporte des îles de Solor et de Temor en grosses buches ; et on en fait des étuis, des boites, des chapelets, et plusieurs autres ouvrages.

On ne sait pas si ces trois espèces d'agallochum viennent chacune d'un arbre particulier, ou s'il n'y a qu'une seule espèce d'arbre pour les trois. Ce dernier sentiment a été soutenu par plusieurs botanistes : ils ont assuré que l'arbre ressemblait à un olivier, et qu'il portait des petits fruits rouges.

On dit que les Indiens laissent les troncs de ces arbres dans la boue, pour faire pourrir l'écorce et l'aubier ; il ne reste que le cœur, qui prend seulement une couleur brune, et qu'il conserve par la résine qu'il contient. On a prétendu que ce bois étant sur pied ou coupé récemment, rendait un suc laiteux d'une mauvaise qualité : s'il entrait dans les yeux, on en perdait la vue ; s'il en tombait sur la peau, il s'élevait des boutons. On a Ve que ce suc étant épaissi et desséché formait la résine qui préserve de la pourriture les parties du bois auxquelles il s'attache. Celles qui en contiennent une grande quantité sont le vrai calambac : on dit qu'elles se trouvent ordinairement au pied du tronc. D'autres assurent qu'il faut que les arbres se dessechent et se pourrissent d'eux-mêmes sur les montagnes, pour former du calambac. Quoi qu'il en sait, il est certain que ce bois est fort rare, même chez les Indiens, puisqu'ils l'achetent souvent au poids de l'argent, et même de l'or. Ils l'estiment beaucoup à cause de la bonne odeur qu'il rend lorsqu'on le brule ; c'est un parfum délicieux qu'ils réservent pour les temples des dieux et pour les palais des rais. Si le bois d'aloès n'a pas une aussi bonne odeur que le calambac, on ne laisse pas que d'en faire grand cas dans ce pays-ci.

Il a une qualité chaude et dessicative, il est cordial, il fortifie les nerfs et le cerveau, il ranime les esprits, il prévient les défaillances et les maladies de la matrice ; on le fait entrer dans les cordiaux et dans la thériaque.

On l'emploie dans les boutiques de Paris au lieu de l'aspalath.

* BOIS DE RHODES. On soupçonne que le bois de Rhodes était l'aspalath des anciens : mais ce n'est qu'une conjecture, les anciens n'étant pas même d'accord sur l'aspalath. Les modernes ont prétendu que c'était l'agallochum, le bois d'aloès, ou le bois de Rhodes ; aujourd'hui on ne sait pas encore précisément ce que c'est que le bois de Rhodes.

Celui auquel on donne aujourd'hui ce nom, est jaunâtre lorsqu'il est nouvellement coupé ; sa couleur devient brune avec le temps. Il est dur, compact, noueux, et résineux ; il a une odeur de rose, c'est pour cela qu'on l'a appelé bois de rose ; et parce que l'arbre duquel on le tire croit dans l île de Rhodes et de Chypre, on a donné au bois le nom de bois de Rhodes et de bois de Chypre. On trouve aussi ce bois aux Canaries et à la Martinique.

* BOIS DE BRESIL ; ce bois est ainsi nommé à cause qu'on l'a tiré d'abord du Bresil, province de l'Amérique. M. Huet soutient cependant qu'on le connaissait sous ce nom, longtemps avant qu'on eut découvert ce pays. Voyez Huetiana pag. 268.

On le surnomme différemment suivant les divers lieux d'où il vient ; ainsi il y a le bresil de Fernambouc, le bresil du Japon, le bresil de Lamon, le bresil de Sainte-Marthe, et enfin le bresillet ou bois de la Jamaïque qu'on apporte des îles Antilles.

L'arbre de bresil croit ordinairement dans des lieux secs et arides, et au milieu des rochers. Il devient fort gros et fort grand, et pousse de longues branches, dont les rameaux sont chargés de quantité de petites feuilles à demi-rondes. Son tronc est rarement droit, mais tortu et raboteux, et plein de nœuds à-peu-près comme l'épine blanche. Ses fleurs, qui sont semblables au muguet, et d'un très-beau rouge, exhalent une odeur agréable et très-amie du cerveau qu'elle fortifie. Quoique cet arbre soit très-gros, il est couvert d'un aubier si épais, que lorsque les Sauvages l'ont enlevé de dessus le vif du bois, si le tronc était de la grosseur d'un homme, à peine reste-t-il une buche de bresil de la grosseur d'une jambe.

Le bois de bresil est très-pesant, fort sec, et pétille beaucoup dans le feu, où il ne fait presque point de fumée, à cause de sa grande sécheresse.

Toutes ces différentes sortes de bresil n'ont point de moelle, à la réserve de celui du Japon. Le plus estimé est le bresil de Fernambouc.

Pour bien choisir ce dernier, il faut qu'il soit en buches lourdes, compact, bien sain, c'est-à-dire sans aubier et sans pourriture ; qu'après avoir été éclaté, de pâle qu'il est il devienne rougeâtre, et qu'étant mâché il ait un goût sucré.

Le bois de bresil est propre pour les ouvrages de tour, et prend bien le poli : cependant son principal usage est pour la teinture, où il sert à teindre en rouge, mais c'est une fausse couleur qui s'évapore aisément, et qu'on ne peut employer sans l'alun et le tartre. Voyez TEINTURE.

Du bois de bresil de Fernambouc on tire une espèce de carmin par le moyen des acides : on en fait aussi de la lacque liquide pour la mignature. Voyez ROUGE, LACQUE, etc.

* BOIS DE FUSTET, (Histoire naturelle) l'arbre qui le donne est commun à la Jamaïque ; il y croit en pleine campagne. Les Teinturiers s'en servent pour teindre en jaune : mais il n'est d'aucun usage en Médecine.

* BOIS LETTRE, lignum sinense, il vient de la Chine. On l'appelle bois lettré, parce qu'on nous l'apporte marqué de lettres ; il n'est presque d'aucun usage en Médecine.

* BOIS DE SAINTE-LUCIE, arbre qui doit se rapporter au genre appelé cerisier, Voyez CERISIER.

* BOIS D'INDE, BOIS DE LA JAMAÏQUE, ou BOIS DE CAMPECHE. (Histoire naturelle) on l'appelle aussi laurier aromatique ; c'est un grand et bel arbre qui croit en Amérique, et principalement aux îles de Ste Croix de la grande Terre, la Martinique, la Grenade, etc. Le bois de cet arbre est dur, compact, et si lourd, qu'il ne nage point sur l'eau. Sa couleur est d'un beau brun marron, tirant quelquefois sur le violet et le noir : on en fait des meubles précieux, car il prend un très-beau poli et ne se corrompt jamais. Son écorce est jaunâtre, très-mince et très-unie ; ses feuilles ressemblent assez à celles du laurier ordinaire, excepté que celles du bois d'Inde sont ovales, et ne se terminent pas en pointe comme les siennes ; elles sont lisses, roides, d'un verd foncé en-dessus, et d'un verd plus clair en-dessous ; les bords en sont unis, et ne sont point plissés comme ceux des feuilles de laurier, elles sont outre cela fort aromatiques ; et mises dans les sausses, elles leur donnent un goût relevé semblable à celui de plusieurs épiceries. Cet arbre fleurit une fois l'an ; et aux fleurs qui viennent par bouquets, succedent de petites baies ou de petites graines rondes, grosses comme des pais, qui renferment de la semence ; ces graines sont très-odorantes, et ont du rapport avec la cannelle, le clou de girofle, et la muscade : elles ont un goût piquant et astringent qui n'est point desagréable, on les connait en Angleterre sous le nom de graine des quatre épices ; les habitants des îles s'en servent pour assaisonner leurs sausses. Si on en met digérer dans de bonne eau-de-vie, on en retire par la distillation une eau ou liqueur spiritueuse d'une odeur gracieuse mais indéfinissable, à laquelle il ne faut qu'ajouter une dose convenable de sucre pour en faire une liqueur délicieuse au gout, et propre à fortifier l'estomac. On dit que la décoction des feuilles du bois d'Inde est bonne pour fortifier les nerfs, et soulage les paralytiques et les hydropiques. On l'emploie dans la teinture, et sa décoction est fort rouge.

On a remarqué que si l'on met de cette teinture dans deux bouteilles, et que l'on mêle dans l'une un peu de poudre d'alun, celle-ci deviendra d'un très-beau rouge clair, qu'elle conservera, et l'autre deviendra jaunâtre en moins d'un jour, quoique les deux bouteilles soient fermées de même ; et si on laisse à l'air quelque peu de cette décoction, elle deviendra noire comme de l'encre dans le même espace de temps.

* BOIS DE FER, (Histoire naturelle) arbre qui croit principalement aux îles de l'Amérique : c'est sa grande dureté qui lui a fait donner ce nom. Il est de la grosseur d'un homme par le tronc ; son écorce est grisâtre et dure ; il a beaucoup de petites feuilles, et est tout couvert de bouquets de fleurs, semblables à ceux du lilas ; l'aubier est jaune et fort dur jusqu'au cœur de l'arbre, qui est fort petit et d'un rouge brun : ce cœur est d'une si grande dureté, que les outils de fer les mieux trempés ne peuvent le percer.

* BOIS NEPHRETIQUE, (Histoire naturelle) lignum nephreticum ou peregrinum : il est blanchâtre ou d'un jaune pâle, sordide, pesant, acre, et même un peu amer au goût ; d'une écorce noirâtre, et brun ou d'un rouge brun au cœur. Macéré dans de l'eau claire pendant une demi-heure, il lui donne une belle couleur opale, qui change selon la disposition de l'oeil et de la lumière. Si on y mêle une liqueur acide, la couleur bleue disparait, et la liqueur parait dorée de quelque côté qu'on la regarde. Mais l'huile de tartre, ou la solution d'un sel alkali urineux, lui restituera la couleur bleue.

L'arbre qui donne ce bois s'appelle arbor americana Coatli. M. Tournefort en donne la description suivante. Il a la substance et la grandeur du poirier ; les feuilles disposées alternativement sur les rameaux de la forme de celles du pois chiche, mais plus épaisses, sans découpures ; longues d'un demi-pouce, larges de quatre lignes ; d'un verd brun, parsemées d'un duvet fort doux ; reluisantes en-dessous, où ce duvet est argenté, avec une nervure assez grosse ; la fleur attachée au bout des rameaux. Hernandès dit qu'elle est d'un jaune pâle, petite, longue, et disposée en épi, et que son calice est d'une pièce, partagé en cinq quartiers, semblable à une corbeille, et couvert d'un duvet roux. Cet arbre croit dans la nouvelle Espagne.

On recommande l'usage de ce bois pour les maladies des reins et la difficulté d'uriner. On le coupe par petites lames qu'on fait macérer dans de l'eau. Cette eau acquiert au bout d'une demi-heure la couleur d'un bleu clair ; on la bait ; on en ajoute de nouvelle, qu'on prend encore, et l'on continue jusqu'à ce que le bois ne colore plus.

Les uns prennent un verre de cette teinture tous les matins, d'autres la mêlent avec du vin. Quelques-uns en ont été soulagés dans la gravelle, et autres maladies relatives aux reins et à la vessie.

BOIS PUANT, (Histoire naturelle) anagyris, genre de plante à fleur papilionacée ; dont la feuille supérieure est beaucoup plus courte que les autres. Lorsque cette feuille est passée, le pistil qui sort du calice devient une silique semblable à celle du haricot, qui renferme des semences qui ont ordinairement la figure d'un petit rein. Ajoutez au caractère de ce genre, que ses espèces ont les feuilles trois à trois sur un seul pédicule. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

BOIS ROUGE ou BOIS DE SANG, (Histoire naturelle) c'est le bois d'un arbre qui croit en Amérique près du golfe de Nicaragua. Il est d'un très-beau rouge ; on s'en sert dans la teinture : il se vend fort cher.

Différentes acceptions du terme bois dans les Arts mécaniques.

BOIS DE GRILLE, partie du métier à travailler les bas, sur laquelle les ressorts de grille sont disposés perpendiculairement. Voyez BAS.

BOIS de moule servant à fondre les caractères d'Imprimerie ; ce sont deux morceaux de bois taillés suivant la figure du moule, dont l'un est à la pièce de dessus, et l'autre à la pièce de dessous : ils servent à tenir le moule, l'ouvrir et le fermer, sans se bruler au fer qui est échauffé par le métal fondu que l'on jette continuellement dedans. Voyez A et B, fig. 1. Pl. II. du Fondeur de caractères d'Imprimerie ; et les fig. 2. et 3. de la même Planche.

BOIS, en terme de Lapidaire, est un gros cylindre court et percé de part en part, qui s'emmanche dans le clou ou cheville de la table, placé à côté de la roue, près duquel l'ouvrier appuie sa main pour être plus sur ; et dans lequel il fourre un bout de son bâton à cimenter, afin que la pression de la pierre sur la roue soit égale. Voyez la fig. 7. Pl. du Lapidaire. 16. est le trou dans lequel entre le bout du bâton à ciment, comme la fig. 6. le représente ; 1, le bois ; r s, le clou ou cheville fixée par sa partie inférieure dans la table ou établi ; 12, la place de l'ouvrier qui presse sur le bâton à ciment, à l'extrémité duquel la pierre est montée ; 14, la meule.

BOIS de têtes, BOIS de fonds : les Imprimeurs nomment ainsi certains morceaux de bois de chêne qui entrent dans la composition d'une forme, lesquels sont de diverses grandeurs, mais égaux dans leur épaisseur, qui est réglée à sept à huit lignes, afin qu'elle soit inférieure à la hauteur de la lettre, qui est de dix à onze lignes. Ce sont ces différents morceaux de bois qui déterminent la marge. Ils doivent être plus ou moins grands, suivant le format de l'ouvrage et la grandeur du papier. Voyez FORME, BISEAU, COIN. Voyez Planche II. figure 5. lettres h, i ; figure 6. lettres h, i ; fig. 7. lettres h, i, k, l ; fig. 8, lettres f, g, h, i.

BOIS de raquette ; c'est un tour de bois qui a un manche de longueur médiocre, dont on fait avec de la corde à boyau, des raquettes à jouer à la paume.

Les bois de raquettes sont faits de branches de bois de frêne fendues en deux.

BOIS, chez les Rubaniers, se dit de la petite bobine qui porte l'or ou l'argent filé : il en porte ordinairement deux onces ; et c'est lorsqu'il est chargé qu'il est appelé bois, car il devient bobine lorsqu'il est vide.

BOIS à limer, chez les ouvriers en métaux et autres ; c'est un petit morceau de bois carré qui se met dans l'étau, et sur lequel on pose la pièce que l'on tient d'une main, soit avec les doigts, soit avec un étau à main, soit avec une tenaille, et qu'on lime. On se sert de ce bois pour appui, de peur que le fer de l'étau ne gâte la forme de l'ouvrage à mesure qu'on travaille. On fait à ce morceau de bois une entaille qui sert de point d'appui à la pièce.

BOIS de brosse, en terme de Vergettier ; c'est une petite planche mince de hêtre ou de noyer, percée à distance égale pour recevoir les loquets.

BOIS d'un éventail, signifie les flèches et les maîtres brins de bois, écaille, ivoire, ou autres matières, dont on se sert pour monter un éventail. Le bois d'un éventail est composé de deux montants ou maîtres brins, et de dix-huit ou vingt flèches qui sont collées par en-haut entre les deux feuilles, et joints ensemble en-bas par un clou ou cheville de fer qui les traverse, et qui est rivée des deux côtés. Voyez EVENTAIL, et la fig. 24. Pl. de l'Eventailliste. Ce sont les Tabletiers qui les fabriquent, et qui se servent pour cet effet de limes, de scies, d'équerres, de forets, etc.

BOIS de fusil, ou FUT, terme d'Arquebusier ; c'est un morceau de bois de noyer ou de chêne sculpté, de la hauteur de quatre pieds, large, et un peu plat par en-bas ou du côté de la crosse ; par en-haut il est rond, creusé en-dedans pour y placer le canon du fusil, à-peu-près de la même grosseur, de façon que le canon y est à moitié enchâssé. Il y a par-dessous une moulure pour y placer la baguette, qui y est retenue par les porte-baguettes : c'est sur ce bois que l'on monte la platine, le canon, la plaque de couche, la sous-garde, etc.

Il y a aussi des bois de fusils à deux coups, qui ne diffèrent de celui-ci que parce qu'ils sont plus larges, et qu'il y a deux moulures pour y placer les deux canons ; deux entailles pour y placer les deux platines, l'une à droite et l'autre à gauche ; et par-dessous une seule entaille pour placer la baguette.

BOIS, au Trictrac, se dit en général des dames avec lesquelles on joue au jeu. Voyez DAME et TRICTRAC.

* BOIS de vie, (Histoire ecclésiastique) On nomme ainsi parmi les Juifs, deux petits bâtons semblables à-peu-près à ceux des cartes géographiques roulées, par où on prend le livre de la loi, afin de ne pas toucher au livre même, qui est enveloppé dans une espèce de bande d'étoffe brodée à l'aiguille. Les Juifs ont un respect superstitieux pour ce bois ; ils le touchent avec deux doigts seulement, qu'ils portent sur le champ aux yeux : car ils s'imaginent que cet attouchement leur a donné la qualité de fortifier la vue, de guérir le mal d'yeux, de rendre la santé, et de faciliter les accouchements des femmes enceintes : les femmes n'ont cependant pas le privilège de toucher les bois de vie, mais elles doivent se contenter de les regarder de loin.

* BOIS SACRES, (Mythologie) Les bois ont été les premiers lieux destinés au culte des dieux. C'est dans le creux des arbres et des antres, le silence des bois et le fond des forêts, que se sont faits les premiers sacrifices. La superstition aime les ténèbres ; elle éleva dans des lieux écartés ses premiers autels. Quand elle eut des temples dans le voisinage des villes, elle ne négligea pas d'y jeter une sainte horreur, en les environnant d'arbres épais. Ces forêts devinrent bientôt aussi révérées que les temples mêmes ; on s'y assembla, on y célébra des jeux et des danses. Les rameaux des arbres furent chargés d'offrandes, les troncs sacrés aussi révérés que les prêtres, les feuilles interrogées comme les dieux : ce fut un sacrilège d'arracher une branche. On conçoit combien ces lieux déserts étaient favorables aux prodiges : aussi s'y en faisait-il beaucoup. Apollon avait un bois à Claros, où jamais aucun animal venimeux n'était entré. Les cerfs des environs y trouvaient un refuge assuré, quand ils étaient poursuivis. La vertu du dieu repoussait les chiens ; ils aboyaient autour de son bois, où les cerfs tranquilles broutaient. Esculape avait le sien près d'Epidaure ; il était défendu d'y laisser naitre ou mourir personne. Le bois que Vulcain avait au mont Ethna, était gardé par des chiens sacrés, qui flattaient de la queue ceux que la dévotion y conduisait, déchiraient ceux qui en approchaient avec des âmes impures, et éloignaient les hommes et les femmes, qui y cherchaient une retraite ténébreuse. Les furies avaient à Rome un bois sacré.