Droit naturel & politique

S. m. (Droit naturel et Politique) manière dont la souveraineté s'exerce dans chaque état. Examinons l'origine, les formes, et les causes de la dissolution des gouvernements. Ce sujet mérite les regards attentifs des peuples et des souverains.

Dans les premiers temps, un père était de droit le prince et le gouverneur né de ses enfants ; car il leur aurait été bien mal-aisé de vivre ensemble sans quelque espèce de gouvernement : eh quel gouvernement plus simple et plus convenable pouvait-on imaginer, que celui par lequel un père exerçait dans sa famille la puissance exécutrice des lois de la nature !

S. f. (Droit naturel et Politique) Dans tout état bien constitué, l'obéissance à un pouvoir légitime est le devoir le plus indispensable des sujets. Refuser de se soumettre aux souverains, c'est renoncer aux avantages de la société, c'est renverser l'ordre, c'est chercher à introduire l'anarchie. Les peuples, en obéissant à leurs princes, n'obéissent qu'à la raison et aux lais, et ne travaillent qu'au bien de la société. Il n'y a que des tyrants qui commanderaient des choses contraires ; ils passeraient les bornes du pouvoir légitime, et les peuples seraient toujours en droit de reclamer contre la violence qui leur serait faite. Il n'y a qu'une honteuse flatterie et un avilissement odieux, qui ait pu faire dire à Tibere par un sénateur romain : Tibi summum rerum judicium dii dedere, nobis obsequii gloria relicta est. Ainsi l'obéissance ne doit point être aveugle. Elle ne peut porter les sujets à violer les lois de la nature. Charles IX. dont la politique inhumaine le détermina à immoler à sa religion ceux de ses sujets qui avaient embrassé les opinions de la réforme, non content de l'affreux massacre qu'il en fit sous ses yeux et dans sa capitale, envoya des ordres aux gouverneurs des autres villes du royaume, pour qu'on exerçât les mêmes cruautés sur ces sectaires infortunés. Le brave d'Orte, commandant à Bayonne, ne crut point que son devoir put l'engager à obéir à ces ordres sanguinaires. " J'ai communiqué, dit-il au Roi, le commandement de V. M. à ses fidèles habitants et gens de guerre de la garnison, je n'y ai trouvé que bons citoyens et braves soldats, mais pas un bourreau : c'est pourquoi eux et moi supplions très-humblement V. M. de vouloir employer nos bras et nos vies en choses possibles ; quelque hasardeuses qu'elles soient, nous y mettrons jusqu'à la dernière goutte de notre sang ". Le comte de Tende et Charny répondirent à ceux qui leur apportaient les mêmes ordres, qu'ils respectaient trop le roi pour croire que ces ordres inhumains pussent venir de lui. Quel est l'homme vertueux, quel est le chrétien qui puisse blâmer ces sujets généreux d'avoir desobéi ?
S. f. (Droit naturel, Morale et Politique) desœuvrement, fainéantise, ou manque d'occupation utile et honnête ; car le mot oisiveté renferme ces deux idées.

Il y a, dit la Bruyere, des créatures de Dieu, qu'on appelle des hommes, dont toute la vie est occupée, et toute l'attention est réunie à scier du marbre : c'est très-peu de chose. Il y en a beaucoup d'autres qui s'en étonnent ; mais qui sont entièrement inutiles, et qui passent les jours à ne rien faire, c'est bien moins que scier du marbre.

S. f. (Droit naturel, Politique et Morale) c'est la tranquillité dont une société politique jouit ; soit au-dedans, par le bon ordre qui règne entre ses membres, soit au-dehors, par la bonne intelligence dans laquelle elle vit avec les autres peuples.

Hobbes a prétendu que les hommes étaient sans cesse dans un état de guerre de tous contre tous ; le sentiment de ce philosophe atrabilaire ne parait pas mieux fondé que s'il eut dit, que l'état de la douleur et de la maladie est naturel à l'homme. Ainsi que les corps physiques, les corps politiques sont sujets à des révolutions cruelles et dangereuses ; quoique ces infirmités soient des suites nécessaires de la faiblesse humaine, elles ne peuvent être appelées un état naturel. La guerre est un fruit de la dépravation des hommes ; c'est une maladie convulsive et violente du corps politique, il n'est en santé, c'est-à-dire dans son état naturel que lorsqu'il jouit de la paix ; c'est elle qui donne de la vigueur aux empires ; elle maintient l'ordre parmi les citoyens ; elle laisse aux lois la force qui leur est nécessaire ; elle favorise la population, l'agriculture et le commerce ; en un mot elle procure aux peuples le bonheur qui est le but de toute société. La guerre au contraire dépeuple les états ; elle y fait régner le désordre ; les lois sont forcées de se taire à la vue de la licence qu'elle introduit ; elle rend incertaines la liberté et la propriété des citoyens ; elle trouble et fait négliger le commerce ; les terres deviennent incultes et abandonnées. Jamais les triomphes les plus éclatants ne peuvent dédommager une nation de la perte d'une multitude de ses membres que la guerre sacrifie ; ses victoires mêmes lui font des plaies profondes que la paix seule peut guérir.

S. m. (Droit naturel et Politique) le consentement des hommes réunis en société, est le fondement du pouvoir. Celui qui ne s'est établi que par la force, ne peut subsister que par la force ; jamais elle ne peut conférer de titre, et les peuples conservent toujours le droit de réclamer contre elle. En établissant les sociétés, les hommes n'ont renoncé à une portion de l'indépendance dans laquelle la nature les a fait naitre, que pour s'assurer les avantages qui résultent de leur soumission à une autorité légitime et raisonnable ; ils n'ont jamais prétendu se livrer sans réserve à des maîtres arbitraires, ni donner les mains à la tyrannie et à l'opression, ni conférer à d'autres le droit de les rendre malheureux.