Imprimer
Catégorie parente: Morale
Catégorie : Droit naturel & civil
S. m. (Droit naturel et civil) quantité morale ou mesure commune, à la faveur de laquelle on peut comparer ensemble, et réduire à une juste égalité, non-seulement les choses extérieures, mais encore les actions qui entrent en commerce, et que l'on ne veut pas faire gratuitement pour autrui.

On peut diviser le prix en prix propre ou intrinseque, et prix virtuel ou éminent. Le premier, c'est celui que l'on conçoit dans les choses mêmes, ou dans les actions qui entrent en commerce, selon qu'elles sont plus ou moins capables de servir à nos besoins, ou à nos commodités, et à nos plaisirs. L'autre est celui qui est attaché à la monnaie, et à tout ce qui en tient lieu, en tant qu'elle renferme virtuellement la valeur de toutes ces sortes de choses ou d'actions, et qu'elle sert de règle commune pour comparer et ajuster ensemble la variété infinie de degrés d'estimation dont elles sont susceptibles.

Le fondement intérieur du prix propre ou intrinseque, c'est l'aptitude qu'ont les choses ou les actions à servir médiatement ou immédiatement aux besoins, aux commodités ou aux plaisirs de la vie. Ajoutez à cette idée de Puffendorf que les choses susceptibles de prix, doivent être non-seulement de quelqu'usage, véritablement ou idéalement ; mais encore être de telle nature, qu'elles ne suffisent pas aux besoins de tout le monde. Plus une chose est utile ou rare en ce sens-là, et plus son prix propre ou intrinseque hausse ou baisse. L'eau, qui est une chose si utile, n'est point mise à prix, excepté en certains lieux, et en certaines circonstances particulières où elle se trouve rare.

Il n'y a rien qui ne puisse être mis à prix ; car il suffit que ceux qui traitent ensemble estiment tant ou tant une chose, pour qu'elle soit susceptible d'évaluation. Mais il y a des choses qui sont d'une telle nature, qu'il serait fort inutile de les mettre à prix, comme la haute région de l'air, le vaste Océan, etc. qui ne sont point susceptibles de propriété.

Il y a d'autres choses qui ne doivent pas être mises à prix, parce qu'il y a quelque loi divine et humaine qui le défend ; si donc on met à prix ces sortes de choses défendues, c'est un prix déshonnête, quoiqu'en lui-même aussi réel que celui qu'on attache aux choses les plus légitimes et les plus innocentes. Il faut cependant bien remarquer que ce n'est point mettre à prix, par exemple, la justice ou les choses saintes, lorsque les juges et les ministres publics de la religion reçoivent quelque salaire, pour la peine qu'ils prennent et le temps qu'ils donnent aux fonctions de leurs emplois. Mais un juge vend la justice, lorsqu'il se laisse corrompre par des présents, et un ministre public de la religion vend les choses sacrées, lorsqu'il ne veut exercer les fonctions particulières de sa charge qu'en faveur de ceux qui ont de quoi lui faire des présents. Les collateurs des bénéfices, et des emplois ecclésiastiques, trafiquent aussi des choses saintes, lorsqu'ils confèrent ces bénéfices, et ces emplois, non au plus digne, mais par faveur, ou pour de l'argent.

Il y a diverses raisons qui augmentent ou diminuent le prix d'une seule et même chose, et qui font préférer une chose à l'autre, quoique celle-ci paraisse d'un égal, ou même d'un plus grand usage dans la vie. Car bien-loin que le besoin qu'on a d'une chose, ou l'excellence des usages qu'on en tire décide toujours de son prix, on voit au contraire, que les choses dont la vie humaine ne saurait absolument se passer sont celles qui se vendent à meilleur marché, parce que tout le monde les cultive ou les fabrique. On peut dire en général que toutes les circonstances qui augmentent le prix des choses, n'ont cette vertu qu'à cause qu'elles font d'une manière ou d'autre que ce qui était plus commun le devient moins ; et quant aux choses qui sont d'un usage ordinaire ou continuel, c'est le besoin ou la nécessité jointes à la rareté qui en augmente le plus le prix.

Quelquefois une personne par quelque raison particulière estime beaucoup plus certaine chose que ne fait toute autre personne, c'est ce que l'on appelle prix d'inclination, lequel ne décide rien pour la valeur réelle de la chose.

Quand il s'agit de déterminer le prix de telle ou telle chose en particulier, on se règle encore sur d'autres considérations outre celles des circonstances dont nous avons parlé ; et c'est alors les lois qui fixent le prix des choses.

Dans l'indépendance de l'état de nature, les conventions particulières décident du prix de chaque chose, parce qu'il n'y a point de maître commun qui puisse établir les loix de commerce. Il est donc libre à chacun dans l'état de nature de vendre ou d'acheter sur le pied qu'il lui plait, à moins cependant qu'il ne s'agisse de choses absolument nécessaires à la vie, dont on a abondance, et dont quelqu'autre qui en a grand besoin ne peut se pourvoir ailleurs ; car alors il y aurait de l'inhumanité à se prévaloir de son indigence, pour exiger de lui un prix excessif d'une chose essentielle à ses besoins.

Mais dans une société civile le prix des choses se règle de deux manières, ou par l'ordonnance du magistrat et par les lais, ou par l'estimation commune des particuliers, accompagnée du consentement des contractants. La première sorte de prix est appelée par quelques-uns prix légitime, parce que le vendeur ne saurait légitimement exiger rien au-delà ; l'autre sorte de prix se nomme prix courant. On mesure le prix de toutes les choses, par ce qu'on nomme monnaie, à la faveur de laquelle on se pourvait de tout ce qui est à vendre ; et l'on fait commodément toutes sortes de commerces et de contrats. La monnaie s'appelle prix éminent ou virtuel, parce qu'elle renferme virtuellement la valeur de chaque chose. Voyez MONNOIE. (D.J.)

PRIX de musique et de poésie, (Antiquité grecque) les Grecs établirent des prix de musique et de poésie dans leurs quatre grands jeux publics ; les jeux olympiques, les pythiques, les isthmiques, et les néméens.

Cléomene le Rhapsode, selon Athenée, chanta aux jeux olympiques le poème d'Empédocle intitulé les expiations, et le chanta de mémoire. Néron y disputa le prix de musique et de poésie, et fut déclaré vainqueur, comme le témoignent Philostrate et Suétone, lequel s'en explique en ces termes : Olympia quoque praeter consuetudinem musicum agona commisit. Cet historien observe, comme l'on voit, que ce fut contre la coutume ; mais le passage d'Athenée fait foi que ce n'est pas la seule occasion où l'on y ait dérogé : outre que, suivant la remarque de Pausanias, il y avait près d'Olympie un gymnase appelé Lalichmion, ouvert à tous ceux qui voulaient s'exercer à l'envi dans les combats d'esprit ou littéraires de toute espèce, et d'où apparemment ceux de la poésie musicale n'étaient point exclus. Il y a même beaucoup d'apparence que le praeter consuetudinem de Suétone (contre la coutume, par extraordinaire), ne tombe que sur la saison, ou sur le temps, où ces jeux furent célebrés exprès pour Néron. Selon Elien, Xénoclès et Euripide disputèrent le prix de la poésie dramatique dans ces même jeux, dès la 81. olympiade. Dans la 96, il y eut à Olympie un prix proposé pour les joueurs de trompette, et ce fut Timée l'Eléen qui le gagna.

Autant que les combats de musique semblent avoir été rares aux jeux olympiques, autant étaient-ils ordinaires aux pythiques, dont ils faisaient la première et la plus considérable partie. On prétend même que ceux-ci, dans leur origine, n'avaient été institués que pour y chanter les louanges d'Apollon, et y distribuer des prix aux poètes musiciens qui se signalèrent en ce genre. Le premier qu'on y couronna fut Chrysosthémis de Crète, après lequel reçurent le même honneur successivement Philammon et Thamyris, dont j'ai parlé plus haut ; Etheuther par le charme seul de sa voix, car il ne chantait que la poésie d'autrui ; puis Céphalès, grand joueur de cithare ; Echembrote et Sacadas, excellents joueurs de flute. On dit qu'Hésiode y manqua le prix, faute d'avoir su accompagner de la lyre les poésies qu'il y chanta.

Il parait par un passage de Plutarque, et par un autre de l'empereur Julien, que les combats de musique et de poésie trouvaient aussi leur place dans les jeux isthmiques. A l'égard des néméens, le passage d'Hygin allégué sur ce point par Pierre du Faur, ne prouve que pour les jeux d'Argos ; et quoi qu'en dise celui-ci, le mythologiste ne les a point confondus avec ceux de Nemée, dont il fait un article à part, où il n'est question ni de poésie, ni de musique. Mais nous apprenons par un passage de Pausanias, que l'une et l'autre y étaient admises. C'est au chap. l. du VIII. liv. où il dit que " Philopémen assistant aux jeux néméens, où des joueurs de cithare disputaient le prix de musique ; Pylade de Mégalopolis, un des plus habiles en cet art, et qui avait déjà remporté le prix aux jeux pythiques, se mit à chanter un cantique de Timothée de Milet, intitulé les Perses, et qui commençait par ce vers :

Héros qui rends aux Grecs l'aimable liberté.

Aussi-tôt tout le monde jeta les yeux sur Philopémen, et tous s'écrièrent, que rien ne convenait mieux à ce grand homme. "

On proposait des prix de poésie et de musique non seulement pour les grands jeux de la Grèce, mais encore pour ceux qu'on célébrait dans plusieurs villes de ce même pays : dans celle d'Argos, à Sicyone, à Thèbes, à Lacédémone, dans les jeux carniens, à Athènes, pendant la fête des pressoirs, , et celle des Panathenées ; à Epidaure dans les jeux établis pour la fête d'Esculape ; à Ithome dans la Messenie, pour la fête de Jupiter ; à Délos, dans les jeux célèbres dès le temps d'Homère, et que les Athéniens y rétablirent, selon Thucydide, après avoir purifié cette ile, dans la sixième année de la guerre du Péloponnèse ; à Samos, dans les jeux qu'on y donnait en l'honneur de Junon, et du Lacédémonien Lysandre ; à Dion en Macédoine, dans ceux qu'y institua le roi Archelaus, pour Jupiter et pour les muses ; à Patras ; à Naples, etc. Mém. des inscrt. t. X. in-4.

On ne se rappelle point l'histoire et le caractère des Grecs, sans se peindre avec admiration ces jeux célébres où paraissaient en tous les genres les productions de l'esprit et des talents, qui concouraient ensemble par une noble émulation aux plaisirs du plus spirituel de tous les peuples. Non-seulement l'adresse et la force du corps cherchaient à y acquérir un honneur immortel ; mais les historiens, les sophistes, les orateurs et les poètes lisaient leurs ouvrages dans ces augustes assemblées, et en recevaient le prix. A leur exemple on vit des peintres y exposer leurs tableaux, et des sculpteurs offrir aux regards du public des chefs-d'œuvres de l'art, faits pour orner les temples des dieux. (D.J.)

PRIX des marchandises, (Commerce) le prix, l'estimation des marchandises, dépend ordinairement de leur abondance et de la rareté de l'argent, quelquefois de la nouveauté et de la mode qui y mettent la presse, plus souvent de la nécessité et du besoin qu'on en a ; mais par rapport à elles-mêmes, leur prix véritable et intrinseque doit s'estimer sur ce qu'elles coutent au marchand, et sur ce qu'il est juste qu'il y gagne, eu égard aux différentes dépenses où il est engagé par le négoce qu'il en fait. (D.J.)



Affichages : 1168