Gouvernement politique

S. f. (Gouvernement politique) nouveauté, ou changement important qu'on fait dans le gouvernement politique d'un état, contre l'usage et les règles de sa constitution.

Ces sortes d'innovations sont toujours des difformités dans l'ordre politique. Des lais, des coutumes bien affermies, et conformes au génie d'une nation, sont à leur place dans l'enchaînement des choses. Tout est si bien lié, qu'une nouveauté qui a des avantages et des désavantages, et qu'on substitue sans une mûre considération aux abus courants, ne tiendra jamais à la tissure d'une partie usée, parce qu'elle n'est point assortie à la pièce.

S. f. (Gouvernement politique) forme de gouvernement où un seul gouverne par des lois fixes et établies.

La monarchie est cet état dans lequel la souveraine puissance, et tous les droits qui lui sont essentiels, réside indivisément dans un seul homme appelé roi, monarque, ou empereur.

Etablissons, d'après M. de Montesquieu, le principe de ce gouvernement, son soutien, et sa dégénération.

La nature de la monarchie consiste en ce que le monarque est la source de tout pouvoir politique et civil, et qu'il régit seul l'état par des lois fondamentales ; car s'il n'y avait dans l'état que la volonté momentanée et capricieuse d'un seul sans lois fondamentales, ce serait un gouvernement despotique, où un seul homme entraine tout par sa volonté ; mais la monarchie commande par des lois dont le dépôt est entre les mains de corps politiques, qui annoncent les lois lorsqu'elles sont faites, et les rappellent lorsqu'on les oublie.

(Gouvernement politique) On peut considérer la noblesse, avec le chancelier Bacon, en deux manières, ou comme faisant partie d'un état, ou comme faisant une condition de particuliers.

Comme partie d'un état, toute monarchie où il n'y a point de noblesse est une pure tyrannie : la noblesse entre en quelque façon dans l'essence de la monarchie, dont la maxime fondamentale est, point de noblesse, point de monarque ; mais on a un despote comme en Turquie.

S. f. (Morale, Politique, Gouvernement) c'est tout changement, innovation, réforme bonne ou mauvaise, avantageuse ou nuisible : car voilà le caractère d'après lequel on doit adopter et rejeter dans un gouvernement les nouveautés qu'on y veut introduire.

Le temps, dit Bacon, est le grand innovateur ; mais si le temps par sa course empire toutes choses, et que la prudence et l'industrie n'apportent pas des remèdes, quelle fin le mal aura-t-il ? Cependant ce qui est établi par coutume sans être trop bon, peut quelquefois convenir, parce que le temps et les choses qui ont marché longtemps ensemble, ont contracté pour ainsi dire une alliance, au lieu que les nouveautés, quoique bonnes et utiles, ne quadrent pas si bien ensemble : elles ressemblent aux étrangers qui sont plus admirés et moins aimés. D'un autre côté, puisque le temps lui-même marche toujours, son instabilité fait qu'une coutume fixe est aussi propre à troubler qu'une nouveauté. Que faire donc ? admettre des choses nouvelles et qui sont convenables, peu à-peu et pour ainsi dire insensiblement : sans cela tout ce qui est nouveau peut surprendre et bouleverser. Celui qui gagne au changement remercie la fortune et le temps ; mais celui qui perd, s'en prend à l'auteur de la nouveauté. Il est bon de ne pas faire de nouvelles expériences pour raccommoder un état, sans une extrême nécessité et un avantage visible. Enfin il faut prendre garde que ce soit le désir éclairé de réformer qui attire le changement, et non pas le désir frivole du changement qui attire la réforme.

S. f. (Gouvernement politique) le rhéteur peu logicien, le géographe qui ne s'occupe que de la position des lieux, et le léxicographe vulgaire, prennent la patrie pour le lieu de la naissance, quel qu'il soit ; mais le philosophe sait que ce mot vient du latin pater, qui présente un père et des enfants, et conséquemment qu'il exprime le sens que nous attachons à celui de famille, de société, d'état libre, dont nous sommes membres, et dont les lois assurent nos libertés et notre bonheur. Il n'est point de patrie sous le joug du despotisme. Dans le siècle passé, Colbert confondit aussi royaume et patrie ; enfin un moderne mieux instruit, a mis au jour une dissertation sur ce mot, dans laquelle il a fixé avec tant de goût et de vérité, la signification de ce terme, sa nature, et l'idée qu'on doit s'en faire, que j'aurais tort de ne pas embellir, disons plutôt ne pas former mon article de réflexions de cet écrivain spirituel.