(COUR) ou cour de chrétienté, nom qu'on donnait en Angleterre à un tribunal tout composé d'ecclésiastiques, par opposition à la cour laye, dont les membres étaient tous laïques.

CHRETIENNE (ÉGLISE) voyez ÉGLISE.

CHRETIENNE, (RELIGION) voyez CHRISTIANISME et RELIGION.

CHRETIENS DE S. JEAN, secte corrompue de chrétiens, répandue à Bassora et aux environs, qu'on nomme aussi Sabéens et Mandaïtes. Voyez SABEENS et MANDAÏTES.

Ces prétendus chrétiens, qu'on croit d'abord avoir habité le long du Jourdain, où S. Jean baptisait, et avoir pris de-là le nom de chrétiens de S. Jean, et qui, après la conquête de la Palestine par les Mahométans, se retirèrent dans la Mésopotamie et la Chaldée, ne sont, de l'aveu de tous les voyageurs, ni Juifs, ni Chrétiens, ni Musulmants. M. Chambers dit que tous les ans ils célebrent une fête de cinq jours, pendant lesquels ils vont recevoir de la main de leurs évêques le baptême de S. Jean, et que leur baptême ordinaire s'administre dans les fleuves ou rivières, et seulement le Dimanche.

M. Fourmont l'ainé, dans un mémoire historique sur cette secte, dit entr'autres choses, qu'elle se donne une origine très-ancienne, remontant au moins jusqu'à Abraham ; et que de temps immémorial elle a eu des simulacres, des arbres dévoués, des bois sacrés, des temples, des fêtes, une hiérarchie, l'adoration, la prière, et même une idée de la résurrection ; pratiques qui sont un mélange du Judaïsme et du Paganisme, plutôt qu'une preuve bien nette de Christianisme. Les Mathématiciens qui dominaient parmi eux, forgeaient des dogmes ou rejetaient ceux des autres, selon leurs calculs. Ainsi, les uns soutenaient que la résurrection devait se faire au bout de 9000 ans, parce qu'ils fixaient à ce temps la révolution entière des orbes célestes ; d'autres ne l'attendaient qu'au bout de 36426 ans. Plusieurs d'entr'eux soutenaient dans le monde, ou dans les mondes, une espèce d'éternité, pendant laquelle tour-à-tour ces mondes étaient détruits et refaits. On a une homélie de S. Grégoire de Nazianze contre les Sabiens ou Sabéens. L'alcoran fait mention de cette secte. Ils font une mémoire honorable de S. Jean Baptiste, dont ils se disent les disciples ; et leurs liturgies et autres livres font mention du baptême, et de quelques autres sacrements qu'on ne rencontre que chez les Chrétiens. Mém. de l'acad. des Inscript. et Belles-Lett. tom. XII. p. 16. et suiv. (G)

CHRETIENS DE S. THOMAS, est un peuple des Indes orientales, qui, suivant la tradition du pays, reçut la foi de l'évangile par la prédication de l'apôtre S. Thomas.

A l'arrivée des Portugais à Calecut, et au premier voyage qu'ils firent aux Indes, ils y trouvèrent les anciens convertis qui, ayant appris qu'il était arrivé dans leur contrée un peuple nouveau qui avait une vénération particulière pour la croix, leur proposèrent une alliance par des ambassadeurs, et implorèrent leur secours contre des princes payens dont ils étaient opprimés.

Il est certain que les chrétiens de S. Thomas sont des peuples naturels ou originaires de l'Inde. On les appelle autrement nazaréens ; mais comme la coutume du pays a attaché à ce nom une idée de mépris, ils prennent celui de Mappuley, et au plurier, Mappuleymar.

Ils forment une tribu considérable, mais toujours divisée par des factions et des inimitiés invétérées. Elle est dispersée depuis Calecut jusqu'à Travencor, occupant en certains endroits une ville entière, en d'autres n'en occupant qu'un quartier.

Ils se regardent comme étrangers dans leur pays. Leur tradition est que leurs pères sont venus d'une contrée voisine de la ville de Meilapur, où ils étaient persécutés. Quant au temps de leur transmigration, ils l'ignorent, n'ayant ni monuments ni archives.

Ils attribuent leur conversion, discipline, et doctrine, à S. Thomas ; et il est dit dans leur breviaire que cet apôtre passa de leur pays à la Chine.

Nous n'entrerons point ici dans la question, si le S. Thomas fameux dans cette contrée est saint Thomas l'apôtre, ou quelqu'autre saint du même nom, ou un marchand nestorien appelé Thomas ; nous observerons seulement que les savants, en particulier M. Huet, pensent que ce n'est point l'apôtre.

La suite de l'histoire de cette église n'est pas moins difficile à développer que son origine : nous lisons dans nos auteurs que le patriarche d'Alexandrie envoya des évêques aux Indiens, et en particulier S. Pantaenus, S. Fromentius, etc. mais on ne sait si ce fut précisément à ces peuples. Baronius est pour l'affirmative ; le Portugais, auteur de l'histoire d'Ethiopie, donne au contraire ces missionnaires aux Ethiopiens. Le seul fait certain, c'est que depuis plusieurs siècles les chrétiens de S. Thomas ont reçu des évêques du côté de Babylone ou de Syrie. Il y a encore aujourd'hui à Babylone une espèce de patriarche qui continue cette mission.

On demande si leur apôtre leur ordonna quelques évêques dont l'ordre se serait éteint dans la suite des temps, faute de sujets capables des fonctions épiscopales, ou si l'apôtre ne leur laissa point d'évêques ordonnés par ses mains : mais qui peut répondre à cette question ?

L'église de ces chrétiens, à la première arrivée des Portugais, était entièrement gouvernée par ces évêques étrangers.

Ils faisaient leur office en chaldéen, selon les uns, en syriaque, selon d'autres : hors de-là ils parlaient la langue de leurs voisins.

Ce furent vraisemblablement ces évêques qui introduisirent parmi eux la langue chaldéenne et les erreurs répandues dans l'Orient dans les temps du Nestorianisme, de l'Eutychianisme, et d'autres hérésies.

Ce mélange d'opinions, et l'interruption totale de l'ordre des évêques pendant plusieurs années consécutives, avaient mis leur religion dans une espèce de chaos ; leur manière de célebrer l'eucharistie, lorsque les Portugais arrivèrent chez eux, suffira pour en donner quelque idée.

On avait pratiqué au-dessus de l'autel une espèce de tribune ou galerie ; pendant que le prêtre commençait em-bas l'office à voix basse, on fricassait au-dessus un gateau de fleur de ris dans de l'huile et du beurre ; lorsque ce gateau était assez cuit, on le descendait dans un panier sur l'autel, où le prêtre le consacrait. A l'égard des autres espèces, au lieu de vin, ils usaient d'une eau-de-vie faite à la manière du pays. Leurs ordinations n'étaient guère plus régulières ; l'archidiacre, qui était quelquefois plus respecté que l'évêque même, ordonnait les prêtres.

Ils étaient dans une infinité d'autres abus : les Portugais travaillèrent à les réformer ; pour cet effet, ils eurent recours aux puissances séculière et ecclésiastique : ils citèrent les évêques de cette secte à des conciles assemblés à Goa ; ils les instruisirent, et même les envoyèrent en Portugal et à Rome, pour y apprendre la doctrine et les rits de l'Eglise romaine : mais ces évêques, à leur retour, retombant dans leurs premières erreurs, les Portugais convaincus de l'inutilité de leurs précautions, les exclurent de leurs diocèses, et les remplacèrent par un évêque européen ; conduite qui les rendit très-odieux.

Dom Frey Aleixo de Menesès, archevêque de Goa, gouvernant les Portugais-indiens par interim ; et au défaut d'un viceroi, profita de cette occasion pour convoquer un concile dans le village de Diamper, où l'on fit un grand nombre de canons et d'ordonnances, et où l'on réunit les chrétiens de S. Thomas à l'Eglise romaine. Il fut secondé dans ses opérations par les jésuites ; mais après sa mort, la plupart de ces nouveaux convertis devinrent relaps, et continuèrent d'être moitié catholiques, et moitié hérétiques.

On a une histoire portugaise de leurs erreurs, composée par Antoine Govea, de l'ordre de S. Augustin ; depuis traduite en espagnol et en français, et imprimée à Bruxelles en 1609, sous le titre d'histoire orientale des grands progrès de l'Eglise catholique, en la réduction des anciens chrétiens, dits de S. Thomas.

Suivant cette histoire, les chrétiens de S. Thomas, 1°. soutiennent avec opiniâtreté le sentiment de Nestorius, et ne reçoivent aucune image, à l'exception de celle de la croix, qu'ils n'honorent pas même fort religieusement. 2°. Ils assurent que les âmes des saints ne verront Dieu qu'après le jour du jugement. 3°. Ils n'admettent que trois sacrements ; savoir le baptême, les ordres, et l'eucharistie, mêlant de si grands abus dans l'administration du baptême, qu'en une même église il y a différentes formes de baptiser, ce qui rend le baptême nul. Aussi l'archevêque Menesès rebaptisa-t-il en secret la plupart de ces peuples. 4°. Ils ne se servent point des saintes huiles dans l'administration du baptême, et ils oignent seulement les enfants d'un onguent composé d'huile de noix d'Inde, sans aucune bénédiction. 5°. Ils ne connaissent pas même les noms de confirmation et d'extrême-onction. 6°. Ils ont horreur de la confession auriculaire, excepté un petit nombre d'entr'eux qui sont voisins des Portugais. 7°. Leurs livres d'offices fourmillent d'erreurs. 8°. Ils se servent pour la consécration, de petits gateaux faits à l'huile et au sel, et pétris avec du vin, ou plutôt d'eau où l'on a seulement détrempé des raisins secs. 9°. Ils disent la messe rarement. 10°. Ils ne gardent point l'âge requis pour les ordres ; car ils font des prêtres à dix-sept, dix-huit, ou vingt-ans ; et ceux-ci se marient, même avec des veuves, et jusqu'à deux et trois fais. 11°. Leurs prêtres n'ont point l'usage de réciter le breviaire en particulier ; ils se contentent de le dire à haute voix dans l'église. 12°. Ils commettent la simonie dans l'administration du baptême et de l'eucharistie, pour lesquels ils exigent certaines sommes. 13°. Ils ont un respect extraordinaire pour leur patriarche de Babylone, qui est schismatique, et chef de la secte des Nestoriens ; ils ne peuvent souffrir au contraire qu'on nomme le pape en leurs églises, où ils n'ont le plus souvent ni curé ni vicaire ; c'est le plus ancien laïque qui préside alors à leurs assemblées. On a remarqué que quand on leur parlait de se soumettre à S. Pierre, ou à l'Eglise de Rome, ils répondaient qu'à la vérité S. Pierre était le chef de celle-ci, mais que S. Thomas était le chef de leur église, et que ces deux églises étaient indépendantes l'une de l'autre. Aussi leur soumission et leur réunion au saint siège n'ont-elles jamais été ni sincères ni durables. 14°. Ils assistent à la vérité tous les Dimanches à la messe, mais ils ne se croient pas obligés en conscience d'y aller, ni sous peine de péché mortel. 15°. Ils mangent de la chair le jour du samedi. On trouve encore dans la même histoire diverses autres erreurs ou abus, à la réformation desquels Menesès et les autres missionnaires travaillèrent avec plus de zèle que de fruit. M. Simon, dans son histoire des nations du Levant, et dans ses remarques sur Gabriel de Philadelphie, ne convient pas de toutes ces erreurs, et croit que la réunion des chrétiens de S. Thomas, avec l'Eglise romaine, n'est pas si difficile qu'on le pense. Histoire orientale des progrès de l'Eglise catholique, etc. (G)