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Catégorie parente: Histoire naturelle
Catégorie : Insectologie
S. f. insecte de l'espèce des mouches. Il y en a de trois sortes : la première et la plus nombreuse des trois est l'abeille commune : la seconde est moins abondante ; ce sont les faux-bourdons ou mâles : enfin la troisième est la plus rare, ce sont les femelles.

Les abeilles femelles que l'on appelle reines ou mères abeilles, étaient connues des anciens sous le nom de rois des abeilles, parce qu'autrefois on n'avait pas distingué leur sexe : mais aujourd'hui il n'est plus équivoque. On les a Ve pondre des œufs, et on en trouve aussi en grande quantité dans leur corps. Il n'y a ordinairement qu'une reine dans une ruche ; ainsi il est très-difficîle de la voir : cependant on pourrait la reconnaître assez aisément, parce qu'elle est plus grande que les autres ; sa tête est plus allongée, et ses ailes sont très-courtes par rapport à son corps ; elles n'en couvrent guère que la moitié ; au contraire celles des autres abeilles couvrent le corps en entier. La reine est plus longue que les mâles : mais elle n'est pas aussi grosse. On a prétendu autrefois qu'elle n'avait point d'aiguillon : cependant Aristote le connaissait ; mais il croyait qu'elle ne s'en servait jamais. Il est aujourd'hui très-certain que les abeilles femelles ont un aiguillon même plus long que celui des ouvrières ; cet aiguillon est recourbé. Il faut avouer qu'elles s'en servent fort rarement, ce n'est qu'après avoir été irritées pendant longtemps : mais alors elles piquent avec leur aiguillon, et la piqûre est accompagnée de venin comme celle des abeilles communes. Il ne parait pas que la mère abeille ait d'autre emploi dans la ruche que celui de multiplier l'espèce, ce qu'elle fait par une ponte fort abondante ; car elle produit dix à douze mille œufs en sept semaines, et communément trente à quarante mille par an.

On appelle les abeilles mâles faux bourdons pour les distinguer de certaines mouches que l'on connait sous le nom de bourdons. Voyez BOURDON.

On ne trouve ordinairement des mâles dans les ruches que depuis le commencement ou le milieu du mois de Mai jusque vers la fin du mois de Juillet ; leur nombre se multiplie de jour en jour pendant ce temps, à la fin duquel ils périssent subitement de mort violente, comme on le verra dans la suite.

Les mâles sont moins grands que la reine, et plus grands que les ouvrières ; ils ont la tête plus ronde, ils ne vivent que de miel, au lieu que les ouvrières mangent souvent de la cire brute. Dès que l'aurore parait, celles-ci partent pour aller travailler, les mâles sortent bien plus tard ; et c'est seulement pour voltiger autour de la ruche, sans travailler. Ils rentrent avant le serein et la fraicheur du soir ; ils n'ont ni aiguillon, ni patelles, ni dents saillantes comme les ouvrières. Leurs dents sont petites, plates et cachées, leur trompe est aussi plus courte et plus déliée : mais leurs yeux sont plus grands et beaucoup plus gros que ceux des ouvrières : ils couvrent tout le dessus de la partie supérieure de la tête, au lieu que les yeux des autres forment simplement une espèce de bourlet de chaque côté.

On trouve dans certains temps des faux-bourdons qui ont à leur extrémité postérieure deux cornes charnues aussi longues que le tiers ou la moitié de leur corps : il parait aussi quelquefois entre ces deux cornes un corps charnu qui se recourbe en haut. Si ces parties ne sont pas apparentes au dehors, on peut les faire sortir en pressant le ventre du faux-bourdon ; si on l'ouvre, on voit dans des vaisseaux et dans des réservoirs une liqueur laiteuse, qui est vraisemblablement la liqueur séminale. On croit que toutes ces parties sont celles de la génération ; car on ne les trouve pas dans les abeilles mères, ni dans les ouvrières. L'unique emploi que l'on connaisse aux mâles, est de féconder la reine ; aussi dès que la ponte est finie, les abeilles ouvrières les chassent et les tuent.

Il y a des abeilles qui n'ont point de sexe. En les disséquant on n'a jamais trouvé dans leurs corps aucune partie qui eut quelque rapport avec celles qui caractérisent les abeilles mâles ou les femelles. On les appelle mulets ou abeilles communes, parce qu'elles sont en beaucoup plus grand nombre que celles qui ont un sexe. Il y en a dans une seule ruche jusqu'à quinze ou seize mille, et plus ; tandis qu'on n'y trouve quelquefois que deux ou trois cens mâles, quelquefois sept ou huit cens, ou mille au plus.

On désigne aussi les abeilles communes par le nom d'ouvrières, parce qu'elles font tout l'ouvrage qui est nécessaire pour l'entretien de la ruche, soit la récolte du miel et de la cire, soit la construction des alvéoles ; elles soignent les petites abeilles : enfin elles tiennent la ruche propre, et elles écartent tous les animaux étrangers qui pourraient être nuisibles. La tête des abeilles communes est triangulaire ; la pointe du triangle est formée par la rencontre de deux dents posées horizontalement l'une à côté de l'autre, longues, saillantes et mobiles. Ces dents servent à la construction des alvéoles : aussi sont-elles plus fortes dans les abeilles ouvrières que dans les autres. Si on écarte ces deux dents, on voit qu'elles sont comme des espèces de cuillières dont la concavité est en-dedans. Les abeilles ont quatre ailes, deux grandes et deux petites ; en les levant, on trouve de chaque côté auprès de l'origine de l'aîle de dessous en tirant vers l'estomac, une ouverture ressemblante à une bouche ; c'est l'ouverture de l'un des poumons : il y en a une autre sous chacune des premières jambes, de sorte qu'il y a quatre ouvertures sur le corcelet (V. CORCELET), et douze autres de part et d'autre sur les six anneaux qui composent le corps : ces ouvertures sont nommées stigmates. Voyez STIGMATES.

L'air entre par ces stigmates, et circule dans le corps par le moyen d'un grand nombre de petits canaux ; enfin il en sort par les pores de la peau. Si on tiraille un peu la tête de l'abeille, on voit qu'elle ne tient à la poitrine ou corcelet que par un cou très-court, et le corcelet ne tient au corps que par un filet très-mince. Le corps est couvert en entier par six grandes pièces écailleuses, qui portent en recouvrement l'une sur l'autre, et forment six anneaux qui laissent au corps toute sa souplesse. On appelle antennes (Voyez ANTENNES) ces espèces de cornes mobiles et articulées qui sont sur la tête, une de chaque côté ; les antennes des mâles n'ont que onze articulations, celles des autres en ont quinze.

L'abeille a six jambes placées deux à deux en trois rangs ; chaque jambe est garnie à l'extrémité de deux grands ongles et de deux petits, entre lesquels il y a une partie molle et charnue. La jambe est composée de cinq pièces, les deux premières sont garnies de poils ; la quatrième pièce de la seconde et de la troisième paire est appelée la brosse : cette partie est carrée, sa face extérieure est rase et lisse, l'intérieure est plus chargée de poils que nos brosses ne le sont ordinairement, et ces poils sont disposés de la même façon. C'est avec ces sortes de brosses que l'abeille ramasse les poussières des étamines qui tombent sur son corps, lorsqu'elle est sur une fleur pour faire la récolte de la cire. Voyez CIRE. Elle en fait de petites pelotes qu'elle transporte à l'aide de ses jambes sur la palette qui est la troisième partie des jambes de la troisième paire. Les jambes de devant transportent à celles du milieu ces petites masses ; celles-ci les placent et les empilent sur la palette des jambes de derrière.

Cette manœuvre se fait avec tant d'agilité et de promptitude, qu'il est impossible d'en distinguer les mouvements lorsque l'abeille est vigoureuse. Pour bien distinguer cette manœuvre de l'abeille, il faut l'observer lorsqu'elle est affoiblie et engourdie par la rigueur d'une mauvaise saison. Les palettes sont de figure triangulaire ; leur face extérieure est lisse et luisante, des poils s'élèvent au-dessus des bords ; comme ils sont droits, roides et serrés, et qu'ils l'environnent, ils forment avec cette surface une espèce de corbeille : c'est-là que l'abeille dépose, à l'aide de ses pattes, les petites pelotes qu'elle a formées avec les brosses ; plusieurs pelotes réunies sur la palette font une masse qui est quelquefois aussi grosse qu'un grain de poivre.

La trompe de l'abeille est une partie qui se développe et qui se replie. Lorsqu'elle est dépliée, on la voit descendre du dessous des deux grosses dents saillantes qui sont à l'extrémité de la tête. La trompe parait dans cet état comme une lame assez épaisse, très-luisante et de couleur châtain. Cette lame est appliquée contre le dessous de la tête : mais on n'en voit alors qu'une moitié qui est repliée sur l'autre ; lorsque l'abeille la déplie, l'extrémité qui est du côté des dents s'éleve, et on aperçoit alors celle qui était dessous. On découvre aussi par ce déplacement la bouche et la langue de l'abeille qui sont au-dessus des deux dents. Lorsque la trompe est repliée, on ne voit que les étuis qui la renferment.

Pour développer et pour examiner cet organe, il faudrait entrer dans un grand détail. Il suffira de dire ici que c'est par le moyen de cet organe que les abeilles recueillent le miel ; elles plongent leur trompe dans la liqueur miellée pour la faire passer sur la surface extérieure. Cette surface de la trompe forme avec les étuis un canal par lequel le miel est conduit : mais c'est la trompe seule qui étant un corps musculeux, force par ses différentes inflexions et mouvements vermiculaires la liqueur d'aller en avant, et qui la pousse vers le gosier.

Les abeilles ouvrières ont deux estomacs ; l'un reçoit le miel, et l'autre la cire : celui du miel a un cou qui tient lieu d'oesophage, par lequel passe la liqueur que la trompe y conduit, et qui doit s'y changer en miel parfait : l'estomac où la cire brute se change en vraie cire, est au-dessous de celui du miel. Voyez CIRE, MIEL.

L'aiguillon est caché dans l'état de repos ; pour le faire sortir, il faut presser l'extrémité du corps de l'abeille. On le voit paraitre accompagné de deux corps blancs qui forment ensemble une espèce de boite, dans laquelle il est logé lorsqu'il est dans le corps. Cet aiguillon est semblable à un petit dard qui, quoique très-délié, est cependant creux d'un bout à l'autre. Lorsqu'on le comprime vers la base, on fait monter à la pointe une petite goutte d'une liqueur extrêmement transparente ; c'est-là ce qui envenime les plaies que fait l'aiguillon. On peut faire une équivoque par rapport à l'aiguillon comme par rapport à la trompe, ce qui parait être l'aiguillon n'en est que l'étui ; c'est par l'extrémité de cet étui que l'aiguillon sort, et qu'il est dardé en même temps que la liqueur empoisonnée. De plus, cet aiguillon est double ; il y en a deux à côté qui jouent en même temps, ou séparément au gré de l'abeille ; ils sont de matière de corne ou d'écaille, leur extrémité est taillée en scie, les dents sont inclinées de chaque côté, de sorte que les pointes sont dirigées vers la base de l'aiguillon, ce qui fait qu'il ne peut sortir de la plaie sans la déchirer ; ainsi il faut que l'abeille le retire avec force. Si elle fait ce mouvement avec trop de promptitude, l'aiguillon casse et il reste dans la plaie ; et en se séparant du corps de l'abeille, il arrache la vessie qui contient le venin, et qui est posée au-dedans à la base de l'aiguillon. Une partie des entrailles sort en même temps, ainsi cette séparation de l'aiguillon est mortelle pour la mouche. L'aiguillon qui reste dans la plaie a encore du mouvement quoique séparé du corps de l'abeille ; il s'incline alternativement dans des sens contraires, et il s'enfonce de plus en plus.

La liqueur qui coule dans l'étui de l'aiguillon est un véritable venin, qui cause la douleur que l'on éprouve lorsque l'on a été piqué par une abeille. Si on goute de ce venin, on le sent d'abord douçâtre ; mais il devient bientôt acre et brulant ; plus l'abeille est vigoureuse, plus la douleur de la piqûre est grande. On sait que dans l'hiver on en souffre moins que dans l'été, toutes choses égales de la part de l'abeille : il y a des gens qui sont plus ou moins sensibles à cette piqûre que d'autres. Si l'abeille pique pour la seconde fais, elle fait moins de mal qu'à la première fais, encore moins à une troisième ; enfin le venin s'épuise, et alors l'abeille ne se fait presque plus sentir. On a toujours cru qu'un certain nombre de piqûres faites à la fois sur le corps d'un animal pourraient le faire mourir ; le fait a été confirmé plusieurs fois ; on a même voulu déterminer le nombre de piqûres qui serait nécessaire pour faire mourir un grand animal ; on a aussi cherché le remède qui détruirait ce venin : mais on a trouvé seulement le moyen d'apaiser les douleurs en frottant l'endroit blessé avec de l'huîle d'olive, ou en y appliquant du persil pilé. Quoi qu'il en soit du remède, il ne faut jamais manquer en pareil cas de retirer l'aiguillon, s'il est resté dans la plaie comme il arrive presque toujours. Au reste la crainte des piqûres ne doit pas empêcher que l'on approche des ruches : les abeilles ne piquent point lorsqu'on ne les irrite pas ; on peut impunément les laisser promener sur sa main ou sur son visage, elles s'en vont d'elles-mêmes sans faire de mal ; au contraire, si on les chasse, elles piquent pour se défendre.

Pour suivre un ordre dans l'histoire succincte des abeilles que l'on Ve faire ici, il faut la commencer dans le temps où la mère abeille est fécondée. Elle peut l'être dès le quatrième ou cinquième jour après celui où elle est sortie de l'état de nymphe pour entrer dans celui de mouche, comme on le dira dans la suite. Il serait presque impossible de voir dans la ruche l'accouplement des abeilles, parce que la reine reste presque toujours dans le milieu, où elle est cachée par les gâteaux de cire, et par les abeilles qui l'environnent. On a tiré de la ruche des abeilles mères, et on les a mises avec les mâles dans des bocaux pour voir ce qui s'y passerait.

On est obligé pour avoir une mère abeille de plonger une ruche dans l'eau, et de noyer à demi toutes les abeilles, ou de les enfumer, afin de pouvoir les examiner chacune séparément pour reconnaître la mère. Lorsqu'elle est revenue de cet état violent, elle ne reprend pas d'abord assez de vivacité pour être bien disposée à l'accouplement. Ce n'est donc que par des hasards que l'on en peut trouver qui fassent réussir l'expérience ; il faut d'ailleurs que cette mère soit jeune ; de plus il faut éviter le temps où elle est dans le plus fort de la ponte. Dès qu'on présente un mâle à une mère abeille bien choisie, aussitôt elle s'en approche, le lèche avec sa trompe, et lui présente du miel : elle le touche avec ses pattes, tourne autour de lui, se place vis-à-vis, lui brosse la tête avec ses jambes, etc. Le mâle reste quelquefois immobîle pendant un quart-d'heure ; et enfin il fait à peu près les mêmes choses que la femelle ; celle-ci s'anime alors davantage. On l'a vue monter sur le corps du mâle ; elle recourba l'extrémité du sien, pour l'appliquer contre l'extrémité de celui du mâle, qui faisait sortir les deux cornes charnues et la partie recourbée en arc. Supposé que cette partie sait, comme on le croit, celle qui opère l'accouplement, il faut nécessairement que l'abeille femelle soit placée sur le mâle pour la rencontrer, parce qu'elle est recourbée en haut ; c'est ce qu'on a observé pendant trois ou quatre heures. Il y eut plusieurs accouplements, après quoi le mâle resta immobîle : la femelle lui mordit le corcelet, et le souleva en faisant passer sa tête sous le corps du mâle ; mais ce fut en vain, car il était mort. On présenta un autre mâle : mais la mère abeille ne s'en occupa point du tout, et continua pendant tout le reste du jour de faire différents efforts pour tâcher de ranimer le premier. Le lendemain elle monta de nouveau sur le corps du premier mâle, et se recourba de la même façon que la veille, pour appliquer l'extrémité de son corps contre celui du mâle. L'accouplement des abeilles ne consiste-t-il que dans cette jonction qui ne dure qu'un instant ? On présume que c'est la mère abeille qui attaque le mâle avec qui elle veut s'accoupler ; si c'était au contraire les mâles qui attaquassent cette femelle, ils seraient quelquefois mille mâles pour une femelle. Le temps de la fécondation doit être nécessairement celui où il y a des mâles dans la ruche ; il dure environ six semaines prises dans les mois de Mai et de Juin ; c'est aussi dans ce même temps que les essaims quittent les ruches. Les reines qui sortent sont fécondées ; car on a observé des essaims entiers dans lesquels il ne se trouvait aucun mâle, par conséquent la reine n'aurait pu être fécondée avant la ponte qu'elle fait : aussi-tôt que l'essaim est fixé quelque part, vingt-quatre heures après on trouve des œufs dans les gâteaux.

Après l'accouplement, il se forme des œufs dans la matrice de la mère abeille ; cette matrice est divisée en deux branches, dont chacune est terminée par plusieurs filets : chaque filet est creux ; c'est une sorte de vaisseau qui renferme plusieurs œufs disposés à quelque distance les uns des autres dans toute sa longueur. Ces œufs sont d'abord fort petits, ils tombent successivement dans les branches de la matrice, et passent dans le corps de ce viscère pour sortir au-dehors ; il y a un corps sphérique posé sur la matrice ; on croit qu'il en dégoutte une liqueur visqueuse qui enduit les œufs, et qui les colle au fond des alvéoles, lorsqu'ils y sont déposés dans le temps de la ponte. On a estimé que chaque extrémité des branches de la matrice est composée de plus de 150 vaisseaux, et que chacun peut contenir dix-sept œufs sensibles à l'oeil ; par conséquent une mère abeille prête à pondre, a cinq mille œufs visibles. Le nombre de ceux qui ne sont pas encore visibles, et qui doivent grossir pendant la ponte, doit être beaucoup plus grand ; ainsi il est aisé de concevoir comment une mère abeille peut pondre dix à douze mille œufs, et plus, en sept ou huit semaines.

Les abeilles ouvrières ont un instinct singulier pour prévoir le temps auquel la mère abeille doit faire la ponte, et le nombre d'œufs qu'elle doit déposer ; lorsqu'il surpasse celui des alvéoles qui sont faits, elles en ébauchent de nouveaux pour fournir au besoin pressant ; elles semblent connaître que les œufs des abeilles ouvrières sortiront les premiers, et qu'il y en aura plusieurs milliers ; qu'il viendra ensuite plusieurs centaines d'œufs qui produiront des mâles ; et qu'enfin la ponte finira par trois ou quatre, et quelquefois par plus de quinze ou vingt œufs d'où sortiront les femelles. Comme ces trois sortes d'abeilles sont de différentes grosseurs, elles y proportionnent la grandeur des alvéoles. Il est aisé de distinguer à l'oeil ceux des reines, et que l'on a appelés pour cette raison alvéoles royaux ; ils sont les plus grands. Ceux des faux bourdons sont plus petits que ceux des reines, mais plus grands que ceux des mulets ou abeilles ouvrières.

La mère abeille distingue parfaitement ces différents alvéoles ; lorsqu'elle fait sa ponte, elle arrive environnée de dix ou douze abeilles ouvrières, plus ou moins, qui semblent la conduire et la soigner ; les unes lui présentent du miel avec leur trompe, les autres la lèchent et la brossent. Elle entre d'abord dans un alvéole la tête la première, et elle y reste pendant quelques instants ; ensuite elle en sort, et y rentre à reculons ; la ponte est faite dans un moment. Elle en fait cinq ou six de suite, après quoi elle se repose avant que de continuer. Quelquefois elle passe devant un alvéole vide sans s'y arrêter.

Le temps de la ponte est fort long ; car c'est presque toute l'année, excepté l'hiver. Le fort de cette ponte est au printemps ; on a calculé que dans les mois de Mars et de Mai, la mère abeille doit pondre environ douze mille œufs, ce qui fait environ deux cens œufs par jour : ces douze mille œufs forment en partie l'essaim qui sort à la fin de Mai ou au mois de Juin, et remplacent les anciennes mouches qui font partie de l'essaim ; car après sa sortie, la ruche n'est pas moins peuplée qu'au commencement de Mars.

Les œufs des abeilles ont six fois plus de longueur que de diamètre ; ils sont courbes, l'une de leurs extrémités est plus petite que l'autre : elles sont arrondies toutes les deux. Ces œufs sont d'une couleur blanche tirant sur le bleu ; ils sont revêtus d'une membrane flexible, de sorte qu'on peut les plier, et cela ne se peut faire sans nuire à l'embryon. Chaque œuf est logé séparément dans un alvéole, et placé de façon à faire connaître qu'il est sorti du corps de la mère par le petit bout ; car cette extrémité est collée au fond de l'alvéole. Lorsque la mère ne trouve pas un assez grand nombre de cellules pour tous les œufs qui sont prêts à sortir, elle en met deux ou trois, et même quatre dans un seul alvéole ; ils ne doivent pas y rester ; car un seul ver doit remplir dans la suite l'alvéole en entier. On a Ve les abeilles ouvrières retirer tous les œufs surnuméraires : mais on ne sait pas si elles les replacent dans d'autres alvéoles ; on ne croit pas qu'il se trouve dans aucune circonstance plusieurs œufs dans les cellules royales.

La chaleur de la ruche suffit pour faire éclore les œufs ; souvent elle surpasse de deux degrés celle de nos étés les plus chauds : en deux ou trois jours l'œuf est éclos ; il en sort un ver qui tombe dans l'alvéole. Dès qu'il a pris un peu d'accroissement, il se roule en cercle ; il est blanc, charnu, et sa tête ressemble à celle des vers à soie ; le ver est posé de façon qu'en se tournant, il trouve une sorte de gelée ou de bouillie qui est au fond de l'alvéole, et qui lui sert de nourriture. On voit des abeilles ouvrières qui visitent plusieurs fois chaque jour les alvéoles où sont les vers : elles y entrent la tête la première, et y restent quelque temps. On n'a jamais pu voir ce qu'elles y faisaient : mais il est à croire qu'elles renouvellent la bouillie dont le ver se nourrit. Il vient d'autres abeilles qui ne s'arrêtent qu'un instant à l'entrée de l'alvéole, comme pour voir s'il ne manque rien au ver. Avant que d'entrer dans une cellule, elles passent successivement devant plusieurs ; elles ont un soin continuel de tous les vers qui viennent de la ponte de leur reine : mais si on apporte dans la ruche des gâteaux dans lesquels il y aurait des vers d'une autre ruche, elles les laissent périr, et même elles les entraînent dehors. Chacun des vers qui est né dans la ruche n'a que la quantité de nourriture qui lui est nécessaire, excepté ceux qui doivent être changés en reines ; il reste du superflu dans les alvéoles de ceux-ci. La quantité de la nourriture est proportionnée à l'âge du ver ; lorsqu'ils sont jeunes, c'est une bouillie blanchâtre, insipide comme de la colle de farine. Dans un âge plus avancé, c'est une gelée jaunâtre ou verdâtre qui a un goût de sucre ou de miel ; enfin lorsqu'ils ont pris tout leur accroissement, la nourriture a un goût de sucre mêlé d'acide. On croit que cette matière est composée de miel et de cire que l'abeille a plus ou moins digérés, et qu'elle peut rendre par la bouche lorsqu'il lui plait.

Il ne sort du corps des vers aucun excrément : aussi ont-ils pris tout leur accroissement en cinq ou six jours. Lorsqu'un ver est parvenu à ce point, les abeilles ouvrières ferment son alvéole avec de la cire ; le couvercle est plat pour ceux dont il doit sortir des abeilles ouvrières, et convexe pour ceux des faux bourdons. Lorsque l'alvéole est fermé, le ver tapisse l'intérieur de sa cellule avec une toîle de soie : il tire cette soie de son corps au moyen d'une filière pareille à celle des vers à soie, qu'il a au-dessous de la bouche. La toîle de soie est tissue de fils qui sont très-proches les uns des autres, et qui se croisent ; elle est appliquée exactement contre les parois de l'alvéole. On en trouve où il y a jusqu'à vingt toiles les unes sur les autres ; c'est parce que le même alvéole a servi successivement à vingt vers, qui y ont appliqué chacun une toîle : car lorsque les abeilles ouvrières nettoient une cellule où un ver s'est métamorphosé, elles enlèvent toutes les dépouilles de la nymphe sans toucher à la toîle de soie. On a remarqué que les cellules d'où sortent les reines ne servent jamais deux fois ; les abeilles les détruisent pour en bâtir d'autres sur leurs fondements.

Le ver après avoir tapissé de soie son alvéole, quitte sa peau de ver ; et à la place de sa première peau, il s'en trouve une bien plus fine : c'est ainsi qu'il se change en nymphe. Voyez NYMPHE. Cette nymphe est blanche dans les premiers jours ; ensuite ses yeux deviennent rougeâtres, il parait des poils ; enfin après environ quinze jours, c'est une mouche bien formée, et recouverte d'une peau qu'elle perce pour paraitre au jour. Mais cette opération est fort laborieuse pour celles qui n'ont pas de force, comme il arrive dans les temps froids. Il y en a qui périssent après avoir passé la tête hors de l'enveloppe, sans pouvoir en sortir. Les abeilles ouvrières qui avaient tant de soin pour nourrir le ver, ne donnent aucun secours à ces petites abeilles lorsqu'elles sont dans leurs enveloppes : mais dès qu'elles sont parvenues à en sortir, elles accourent pour leur rendre tous les services dont elles ont besoin. Elles leur donnent du miel, les lèchent avec leurs trompes et les essuient, car ces petites abeilles sont mouillées, lorsqu'elles sortent de leur enveloppe ; elles se sechent bien-tôt ; elles déploient les ailes ; elles marchent pendant quelque temps sur les gâteaux ; enfin elles sortent au-dehors, s'envolent ; et dès le premier jour elles rapportent dans la ruche du miel et de la cire.

Les abeilles se nourrissent de miel et de cire brute ; on croit que le mélange de ces deux matières est nécessaire pour que leurs digestions soient bonnes ; on croit aussi que ces insectes sont attaqués d'une maladie qu'on appelle le dévoiement, lorsqu'ils sont obligés de vivre de miel seulement. Dans l'état naturel, il n'arrive pas que les excréments des abeilles qui sont toujours liquides, tombent sur d'autres abeilles, ce qui leur ferait un très-grand mal ; dans le dévoiement ce mal arrive, parce que les abeilles n'ayant pas assez de force pour se mettre dans une position convenable les unes par rapport aux autres, celles qui sont au-dessus laissent tomber sur celles qui sont au-dessous une matière qui gâte leurs ailes, qui bouche les organes de la respiration, et qui les fait périr.

Voilà la seule maladie des abeilles qui soit bien connue : on peut y remédier en mettant dans la ruche où sont les malades, un gâteau que l'on tire d'une autre ruche, et dont les alvéoles sont remplis de cire brute ; c'est l'aliment dont la disette a causé la maladie ; on pourrait aussi y suppléer par une composition : celle qui a paru la meilleure se fait avec une demi-livre de sucre, autant de bon miel, une chopine de vin rouge, et environ un quarteron de fine farine de fève. Les abeilles courent risque de se noyer en buvant dans des ruisseaux ou dans des réservoirs dont les bords sont escarpés. Pour prévenir cet inconvénient, il est à propos de leur donner de l'eau dans des assiettes autour de leur ruche. On peut reconnaître les jeunes abeilles et les vieilles par leur couleur. Les premières ont les anneaux bruns et les poils blancs ; les vieilles ont au contraire les poils roux et les anneaux d'une couleur moins brune que les jeunes. Celles-ci ont les ailes saines et entières ; dans un âge plus avancé, les ailes se frangent et se déchiquettent à force de servir. On n'a pas encore pu savoir quelle était la durée de la vie des abeilles : quelques auteurs ont prétendu qu'elles vivaient dix ans ; d'autres sept ; d'autres enfin ont rapproché de beaucoup le terme de leur mort naturelle, en le fixant à la fin de la première année : c'est peut-être l'opinion la mieux fondée ; il serait difficîle d'en avoir la preuve ; car on ne pourrait pas garder une abeille séparément des autres : ces insectes ne peuvent vivre qu'en société.

Après avoir suivi les abeilles dans leurs différents âges, il faut rapporter les faits les plus remarquables dans l'espèce de société qu'elles composent. Une ruche ne peut subsister, s'il n'y a une abeille mère ; et s'il s'en trouve plusieurs, les abeilles ouvrières tuent les surnuméraires. Jusqu'à ce que cette exécution soit faite, elles ne travaillent point, tout est en désordre dans la ruche. On trouve communément des ruches qui ont jusqu'à seize ou dix-huit mille habitants ; ces insectes travaillent assidument tant que la température de l'air le leur permet. Elles sortent de la ruche dès que l'aurore parait ; au printemps, dans les mois d'Avril et de Mai, il n'y a aucune interruption dans leurs courses depuis quatre heures du matin jusqu'à huit heures du soir ; on en voit à tout instant sortir de la ruche et y rentrer chargées de butin. On a compté qu'il en sortait jusqu'à cent par minute, et qu'une seule abeille pouvait faire cinq, et même jusqu'à sept voyages en un jour. Dans les mois de Juillet et d'Aout, elles rentrent ordinairement dans la ruche pour y passer le milieu du jour ; on ne croit pas qu'elles craignent pour elles-mêmes la grande chaleur, c'est plutôt parce que l'ardeur du soleil ayant desséché les étamines des fleurs, il leur est plus difficîle de les pelotonner ensemble pour les transporter ; aussi celles qui rencontrent des plantes aquatiques qui sont humides, travaillent à toute heure.

Il y a des temps critiques où elles tâchent de surmonter tout obstacle, c'est lorsqu'un essaim s'est fixé dans un nouveau gîte ; alors il faut nécessairement construire des gâteaux ; pour cela elles travaillent continuellement ; elles iraient jusqu'à une lieue pour avoir une seule pelote de cire. Cependant la pluie et l'orage sont insurmontables ; dès qu'un nuage parait l'annoncer, on voit les abeilles se rassembler de tous côtés, et rentrer avec promptitude dans la ruche. Celles qui rapportent du miel ne vont pas toujours le déposer dans les alvéoles ; elles le distribuent souvent en chemin à d'autres abeilles qu'elles rencontrent ; elles en donnent aussi à celles qui travaillent dans la ruche, et même il s'en trouve qui le leur enlèvent de force.

Les abeilles qui recueillent la cire brute, l'avalent quelquefois pour lui faire prendre dans leur estomac la qualité de vraie cire : mais le plus souvent elles la rapportent en pelotes, et la remettent à d'autres ouvrières qui l'avalent pour la préparer ; enfin la cire brute est aussi déposée dans les alvéoles. L'abeille qui arrive chargée entre dans un alvéole, détache avec l'extrémité de ses jambes du milieu les deux pelotes qui tiennent aux jambes de derrière, et les fait tomber au fond de l'alvéole. Si cette mouche quitte alors l'alvéole, il en vient une autre qui met les deux pelotes en une seule masse qu'elle étend au fond de la cellule ; peu-à-peu elle est remplie de cire brute, que les abeilles pétrissent de la même façon, et qu'elles détrempent avec du miel. Quelque laborieuses que soient les abeilles, elles ne peuvent pas être toujours en mouvement ; il faut bien qu'elles prennent du repos pour se délasser : pendant l'hiver, ce repos est forcé ; le froid les engourdit, et les met dans l'inaction : alors elles s'accrochent les unes aux autres par les pattes, et se suspendent en forme de guirlande.

Les abeilles ouvrières semblent respecter la mère abeille, et les abeilles mâles seulement, parce qu'elles sont nécessaires pour la multiplication de l'espèce. Elles suivent la reine, parce que c'est d'elle que sortent les œufs : mais elles n'en reconnaissent qu'une, et elles tuent les autres ; une seule produit une assez grande quantité d'œufs. Elles fournissent des aliments aux faux-bourdons pendant tout le temps qu'ils sont nécessaires pour féconder la reine : mais dès qu'elle cesse de s'en approcher, ce qui arrive dans le mois de Juin, dans le mois de Juillet, ou dans le mois d'Aout, les abeilles ouvrières les tuent à coups d'aiguillon, et les entraînent hors de la ruche : elles sont quelquefois deux, trois, ou quatre ensemble pour se défaire d'un faux-bourdon. En même temps elles détruisent tous les œufs et tous les vers dont il doit sortir des faux-bourdons ; la mère abeille en produira dans sa ponte un assez grand nombre pour une autre génération. Les abeilles ouvrières tournent aussi leur aiguillon contre leurs pareilles ; et toutes les fois qu'elles se battent deux ensemble, il en coute la vie à l'une, et souvent à toutes les deux, lorsque celle qui a porté le coup mortel ne peut pas retirer son aiguillon ; il y a aussi des combats généraux dont on parlera au mot ESSAIN.

Les abeilles ouvrières se servent encore de leur aiguillon contre tous les animaux qui entrent dans leur ruche, comme des limaces, des limaçons, des scarabés, etc. Elles les tuent et les entraînent dehors. Si le fardeau est au-dessus de leur force, elles ont un moyen d'empêcher que la mauvaise odeur de l'animal ne les incommode ; elles l'enduisent de propolis, qui est une résine qu'elles emploient pour espalmer la ruche. Voyez PROPOLIS. Les guêpes et les frelons tuent les abeilles, et leur ouvrent le ventre pour tirer le miel qui est dans leurs entrailles ; elles pourraient se défendre contre ces insectes, s'ils ne les attaquaient par surprise : mais il leur est impossible de résister aux moineaux qui en mangent une grande quantité, lorsqu'ils sont dans le voisinage des ruches. Voyez Mousset, Swammerdam, les Mémoires de M. Maraldi dans le Recueil de l'Académie Royale des Sciences, et le cinquième volume des Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes, par M. de Reaumur, dont cet abrégé a été tiré en grande partie. Voyez ALVEOLE, ESSAIN, GATEAU, PROPOLIS, RUCHE, INSECTE.

Il y a plusieurs espèces d'abeilles différentes de celles qui produisent le miel et la cire ; l'une des principales espèces, beaucoup plus grosse que les abeilles, est connue sous le nom de bourdon. Voyez BOURDON.

Les abeilles que l'on appelle perce-bois, sont presque aussi grosses que les bourdons ; leur corps est aplati et presque ras : elles sont d'un beau noir luisant, à l'exception des ailes dont la couleur est violette. On les voit dans les jardins dès le commencement du printemps, et on entend de loin le bruit qu'elles font en volant : elles pratiquent leur nid dans des morceaux de bois sec qui commencent à se pourrir ; elles y percent des trous avec leurs dents ; d'où vient leur nom de perce-bois. Ces trous ont douze à quinze pouces de longueur, et sont assez larges pour qu'elles puissent y passer librement. Elles divisent chaque trou en plusieurs cellules de sept ou huit lignes de longueur ; elles sont séparées les unes des autres par une cloison faite avec de la sciure de bois et une espèce de colle. Avant que de fermer la première pièce, l'abeille y dépose un œuf, et elle y met une pâtée composée d'étamines de fleurs, humectée de miel, qui sert de nourriture au ver lorsqu'il est éclos. La première cellule étant fermée, elle fait les mêmes choses dans la seconde, et successivement dans toutes les autres ; le ver se métamorphose dans la suite en nymphe ; et il sort de cette nymphe une mouche qui Ve faire d'autres trous, et pondre de nouveaux œufs, si c'est une femelle.

Une autre espèce d'abeille construit son nid avec une sorte de mortier. Les femelles sont aussi noires que les abeilles perce-bois et plus velues ; on voit seulement un peu de couleur jaunâtre en-dessous à leur partie postérieure : elles ont un aiguillon pareil à celui des mouches à miel ; les mâles n'en ont point, ils sont de couleur fauve ou rousse. Les femelles construisent seules les nids, sans que les mâles y travaillent : ces nids n'ont que l'apparence d'un morceau de terre, gros comme la moitié d'un œuf collé contre un mur ; ils sont à l'exposition du midi. Si on détache ce nid, on voit dans son intérieur environ huit ou dix cavités dans lesquelles on trouve ou des vers et de la pâtée ou des nymphes, ou des mouches. Cette abeille transporte entre ses dents une petite pelote composée de sable, de terre, et d'une liqueur gluante qui lie le tout ensemble, et elle applique et façonne avec ses dents la charge de mortier qu'elle a apportée pour la construction du nid. Elle commence par faire une cellule à laquelle elle donne la figure d'un petit dé à coudre ; elle la remplit de pâtée, et elle y dépose un œuf et ensuite elle la ferme. Elle fait ainsi successivement, et dans différentes directions, sept ou huit cellules qui doivent composer le nid en entier ; enfin elle remplit avec un mortier grossier les vides que les cellules laissent entr'elles, et elle enduit le tout d'une couche fort épaisse.

Il y a d'autres abeilles qui font des nids sous terre ; elles sont presque aussi grosses que des mouches à miel ; leur nid est cylindrique à l'extérieur, et arrondi aux deux bouts : il est posé horizontalement et recouvert de terre de l'épaisseur de plusieurs pouces, soit dans un jardin, soit en plein champ, quelquefois dans la crête d'un sillon. La mouche commence d'abord par creuser un trou propre à recevoir ce cylindre ; ensuite elle le forme avec des feuilles découpées : cette première couche de feuilles n'est qu'une enveloppe qui doit être commune à cinq ou six petites cellules faites avec des feuilles comme la première enveloppe. Chaque cellule est aussi cylindrique, et arrondie par l'un des bouts ; l'abeille découpe des feuilles en demi-ovale : chaque pièce est la moitié d'un ovale coupé sur son petit diamètre. Si on faisait entrer trois pièces de cette figure dans un dé à coudre pour couvrir ses parois intérieures, de façon que chaque pièce anticipât un peu sur la pièce voisine, on ferait ce que fait l'abeille dont nous parlons. Pour construire une petite cellule dans l'enveloppe commune, elle double et triple les feuilles pour rendre la petite cellule plus solide, et elle les joint ensemble, de façon que la pâtée qu'elle y dépose avec l'œuf ne puisse couler au-dehors. L'ouverture de la cellule est aussi fermée par des feuilles découpées en rond qui joignent exactement les bords de la cellule. Il y a trois feuilles l'une sur l'autre pour faire ce couvercle. Cette première cellule étant placée à l'un des bouts de l'enveloppe cylindrique, de façon que son bout arrondi touche les parois intérieures du bout arrondi de l'enveloppe ; la mouche fait une seconde cellule située de la même façon, et ensuite d'autres jusqu'au bout de l'enveloppe. Chacune a environ six lignes de longueur sur trois lignes de diamètre, et renferme de la pâtée et un ver qui, après avoir passé par l'état de nymphe, devient une abeille. Il y en a de plusieurs espèces : chacune n'emploie que la feuille d'une même plante ; les unes celles de rosier, d'autres celles du marronnier, de l'orme : d'autres abeilles construisent leurs nids à peu près de la même façon, mais avec des matériaux différents ; c'est une matière analogue à la soie, et qui sort de leur bouche.

Il y a des abeilles qui font seulement un trou en terre ; elles déposent un œuf avec la pâtée qui sert d'aliment au ver, et elles remplissent ensuite le reste du trou avec de la terre. Il y en a d'autres qui, après avoir creusé en terre des trous d'environ trois pouces de profondeur, les revêtissent avec des feuilles de coquelicot : elles les découpent et les appliquent exactement sur les parois du trou : elles mettent au moins deux feuilles l'une sur l'autre. C'est sur cette couche de fleurs que la mouche dépose un œuf et la pâtée du ver ; comme cela ne suffit pas pour remplir toute la partie du trou qui est revêtue de fleurs, elle renverse la partie de la tenture qui déborde, et en fait une couverture pour la pâtée et pour l'œuf, ensuite elle remplit le reste du trou avec de la terre. On trouvera l'histoire de toutes ces mouches dans le sixième volume des Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, par M. de Reaumur, dont cet abrégé a été tiré. Voyez MOUCHE, INSECTE. (L)

ABEILLES, (Mythologie) passèrent pour les nourrices de Jupiter sur ce qu'on en trouva des ruches dans l'antre de Dicté, où Jupiter avait été nourri.



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