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Catégorie parente: Histoire naturelle
Catégorie : Insectologie
S. m. (Histoire naturelle, Insectologie) volée d'abeilles qui sortent d'une ruche ou d'un tronc d'arbre pour aller se loger ailleurs ; c'est ce qu'on appelle un essaim ou un jeton. Les essaims quittent la ruche en différents temps, relativement à la température du climat ou de la saison. Dans ce pays-ci c'est au plutôt à la mi-Mai, et au plus tard après la mi-Juin. On sait qu'une ruche est en état d'essaimer, c'est-à-dire de donner un essaim, lorsqu'on y voit des abeilles mâles que l'on nomme faux-bourdons. S'il y a une très-grande quantité d'abeilles dans une ruche, et si on en voit une partie qui se tienne au-dehors contre la ruche ou sur le support, il est à croire qu'il en sortira un essaim ; mais ce signe est équivoque : la plus grande certitude est lorsque les abeilles ne sortent pas de la ruche pour aller dans la campagne en aussi grand nombre qu'à l'ordinaire, alors on peut compter sur un essaim pour le jour même.

Dans les ruches qui doivent bien-tôt essaimer, il se fait pour l'ordinaire un bourdonnement le soir et pendant la nuit ; quelquefois dans la même circonstance on n'entend, même en écoutant de près, que des sons clairs et aigus qui semblent n'être produits que par l'agitation des ailes d'une seule mouche. Ordinairement les essaims ne paraissent pas avant les dix ou onze heures du matin, ni après les trois heures du soir, selon l'exposition de la ruche. La chaleur que les mouches y produisent par leur grand nombre étant augmentée par l'ardeur du soleil, oblige l'essaim à sortir ; quelques heures d'un temps chaud et couvert ne sont pas moins efficaces pour cet effet, qu'un coup de soleil très-chaud : au contraire des jours trop froids pour la saison empêchent la sortie des essaims. Lorsque l'essaim est prêt à prendre l'essor, il se fait un grand bourdonnement dans la ruche, et plusieurs mouches en sortent : mais l'essaim ne subsisterait pas s'il ne s'y trouvait une reine, c'est-à-dire une abeille femelle. Dès qu'elle quitte la ruche, elle est suivie d'un grand nombre d'abeilles ouvrières, et en moins d'une minute toutes celles qui doivent composer l'essaim s'élèvent en l'air avec la reine, elles voltigent, et quelques-unes se posent sur une branche d'arbre pour l'ordinaire, d'autres s'y rassemblent ; la reine se tient à quelque distance de ce grouppe, et s'y joint lorsqu'il a grossi à un certain point. Alors toutes les abeilles s'y réunissent bien-tôt ; et quoiqu'elles soient à découvert, elles y restent en se tenant cramponées les unes aux autres par les jambes : on ne voit voltiger autour du grouppe, qu'autant de mouches qu'il s'en trouve autour d'une ruche dans un temps chaud : mais lorsqu'il n'y a point d'abeille femelle dans un essaim, il revient bien-tôt à l'ancienne ruche.

S'il ne se trouve pas auprès des ruches quelques arbres nains auxquels les essaims puissent s'attacher, s'il n'y a que des arbres élevés, l'essaim prend son vol si haut et Ve si loin qu'il est souvent difficile de le suivre. Le meilleur moyen pour l'arrêter, est de jeter en l'air du sable ou de la terre en poudre qui retombe sur les mouches, et les oblige à descendre plus bas et à se fixer. On est aussi dans l'usage de frapper sur des chauderons ou des poêles, sans doute pour effrayer les abeilles par ce bruit comme elles le sont par celui du tonnerre, qui les fait retourner à leur ruche lorsqu'elles se trouvent dans la campagne, mais il ne parait pas que le bruit des chauderons fasse beaucoup d'impression sur les abeilles, car celles qui sont sur des fleurs ne les quittent pas à ce bruit.

Lorsque le soleil n'est pas trop ardent, on peut mettre l'essaim dans une ruche une demi-heure après qu'il est rassemblé, et que ses plus grands mouvements ont été calmés ; on peut aussi attendre jusqu'à une heure ou deux avant le coucher du soleil. Mais si l'essaim était exposé à ses rayons, il pourrait changer de place, et se mettre dans un lieu où il serait plus difficile à prendre : dans ce cas il n'y a pas de temps à perdre. Lorsqu'il se trouve fixé sur une branche d'arbre peu élevée, il est aisé de le faire passer dans une ruche. On la renverse, et on la tient de façon que l'ouverture soit sous l'essaim, on secoue la branche qui le soutient, et il tombe dans la ruche ; il suffit même que la plus grande partie de l'essaim y entre dès qu'on a retourné la ruche et qu'on l'a posée à terre près de l'arbre, le reste y vient bientôt. Mais si plusieurs mouches retournaient sur la branche où était l'essaim, il faudrait la frotter avec des feuilles de sureau et de rue dont elles craignent l'odeur, y attacher des paquets de ces herbes, ou enfin y faire une fumigation avec du linge brulé, pour faire fuir les mouches et les obliger à aller dans la ruche.

Lorsque l'essaim est sur un arbre si élevé ou dans des branches si touffues qu'on ne puisse pas en approcher la ruche, on le fait tomber sur une nappe, et on l'enveloppe pour le descendre ; en développant la nappe, on pose la ruche sur l'endroit où il se trouve le plus de mouches, et par des fumigations on oblige les autres, s'il est nécessaire, à entrer dans la ruche. On peut aussi emporter l'essaim en coupant la branche à laquelle il tient, les mouches ne se disperseront pas si on attend pour cette opération que le soleil soit couché. Lorsque l'essaim est entré dans le trou d'un arbre ou d'un mur, on peut en retirer les mouches avec une cuillere, et les jeter dans la ruche ; elles y restent, surtout si c'est le soir dans un temps frais.

Pour engager les abeilles à demeurer dans la ruche où on veut loger un essaim, on la frotte avec des feuilles de mélisse ou des fleurs de feves, etc. ou on enduit ses parois avec du miel ou de la creme, mais toutes ces précautions ne sont pas absolument nécessaires ; il est plus important d'empêcher que la ruche ne soit trop exposée au soleil après que l'essaim y est entré, une trop grande chaleur l'en ferait sortir ; c'est pourquoi si elle ne se trouve pas à l'ombre, il faut la couvrir avec une nappe ou des feuillages jusqu'à ce qu'on la transporte dans l'endroit où elle doit rester sur un support, ce qui se fait dans le temps du coucher du soleil ou quelque temps auparavant.

Une mère abeille est en état de conduire un essaim quatre ou cinq jours après qu'elle est métamorphosée en mouche, lorsqu'elle sort de la ruche elle est prête à pondre, et on croit que ses œufs sont déjà fécondés. Comme il nait chaque année plusieurs abeilles femelles dans une ruche, il s'en rencontre toujours pour conduire les essaims, et quelquefois il y en a plusieurs dans un seul essaim. S'il s'en trouve deux, il arrive souvent que l'essaim se partage en deux pelotons, dont l'un est beaucoup plus petit que l'autre ; chacun a sa reine, mais les mouches du petit peloton se réunissent peu-à-peu à l'autre, et la reine elle-même les suit et s'y mêle ; mais il ne doit en rester qu'une dans l'essaim, l'autre est bientôt tuée ; s'il y en a plusieurs de surnuméraires elles ont le même sort, et les abeilles ne s'arrangent et ne travaillent dans la ruche qu'après cette exécution. Il s'en fait une semblable dans l'ancienne ruche après que l'essaim est sorti ; s'il s'y trouve plus d'une abeille femelle, il n'en reste qu'une ; on trouve les autres mortes hors de la ruche.

Il sort quelquefois trois ou quatre essaims d'une même ruche, mais le premier est le meilleur ; les autres sont peu nombreux, et la ruche se trouve dépeuplée ; dans ce cas il convient d'en réunir deux dans une seule ruche. Pour empêcher qu'une ruche trop faible ne donne un essaim, ou que plusieurs essaims ne sortent d'une même ruche, on retourne le panier de façon que les parois qui étaient en-arrière se trouvent en-devant : on tâche par ce moyen de les engager à remplir de gâteaux le vide qui était avant ce déplacement contre les parois postérieures de la ruche ; car les mouches commencent toujours par garnir celles de devant : on exhausse aussi la ruche en l'allongeant par le bas, afin de donner un nouvel espace pour l'emplacement des gâteaux ; mais ces expédiens sont fort incertains.

Quelquefois deux ruches donnent en même temps chacune un essaim, et ces deux essaims se réunissent ensemble : on peut les mettre dans une même ruche s'ils ne sont pas trop gros ; on peut aussi les séparer en faisant tomber partie du grouppe qu'ils forment dans une ruche, et partie dans une autre. S'il y a une mère dans chaque ruche, les essaims réussiront ; mais s'il n'y en a point dans l'une des ruches, il faut nécessairement réunir le tout, et le partager de nouveau jusqu'à ce qu'il se trouve une mère dans chaque essaim ; pour cela on fait entrer toutes les mouches dans une seule ruche, et ensuite on en fait tomber une partie dans une autre ; on est sur qu'il y a une mère dans chacune, lorsque les mouches s'y arrangent et y travaillent.

Il y a des essaims qui ne pesent qu'une livre, ils sont très-foibles ; car le poids des médiocres est de quatre livres, les bons doivent peser cinq livres, et les excellents six livres : on en a Ve un qui pesait jusqu'à huit livres et demie. On sait par expérience que cinq mille mouches pesent environ une livre.

Dès-qu'un essaim est dans une ruche où il se trouve bien, les mouches y font des gâteaux quoiqu'elles y paraissent en repos ; et dès le lendemain, si le temps est favorable, on en voit sortir pour aller dans la campagne ; quelquefois en moins de vingtquatre heures elles ont formé des gâteaux de plus de vingt pouces de longueur sur sept à huit pouces de largeur. Elles nettoient aussi la ruche, et en ôtent tout ce qui leur déplait, elles bouchent les ouvertures qui ne leur sont pas nécessaires, avec une espèce de résine rougeâtre qu'on appelle propolis. Un essaim peut donner un autre essaim dans la même année ; mais cela n'arrive pour l'ordinaire dans les environs de Paris que l'année suivante. Mémoires pour servir à l'hist. des insect. tom. V. voyez ABEILLE, RUCHE, PROPOLIS. (I)



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