S. f. (Histoire naturelle, Insectologie) musca ephemera, insecte qui meurt presqu'aussitôt qu'il est transformé en mouche ; la plupart vivent à peine une demi-heure ou une heure dans cet état : celles qui y restent depuis le coucher du soleil jusqu'à l'aurore du lendemain, passent pour avoir vécu longtemps. On en distingue grand nombre d'espèces, elles ressemblent beaucoup à des papillons ; mais il n'y a point de poussière sur leurs ailes, comme sur celles des papillons ; elles sont fort transparentes et très-minces. Les éphémères ont quatre ailes, deux en-dessus et deux en-dessous : les ailes supérieures sont de beaucoup plus grandes que les inférieures. Le corps est allongé, et composé de dix anneaux ; il sort du dernier une queue beaucoup plus longue que tout le reste de l'animal, et formée par deux ou trois filets extrêmement fragiles.

Ces insectes vivent dans l'eau pendant un, deux ou trois ans sous la forme de ver, et ensuite de nymphe, avant que de se transformer en mouche. En les considérant dans ces différents états, leur vie est longue relativement à celle des insectes ; et même on a donné le nom d'éphémère à des mouches qui vivent pendant quelques jours après leur métamorphose. Le ver ne différe de la nymphe qu'en ce que celle-ci a seulement de plus que le ver, des fourreaux d'aile sur le corcelet. L'un et l'autre ont six jambes écailleuses attachées au corcelet. La tête est triangulaire et un peu aplatie ; il y a deux gros yeux ordinairement bruns, et un filet grainé au côté intérieur de chaque oeil. La bouche est garnie de dents, et le corps composé de dix anneaux, dont les premiers sont plus gros que les derniers. La partie postérieure du corps est terminée par trois filets qui forment une longue queue : ces filets sont écartés les uns des autres, et bordés des deux côtés par une frange de poils. Ces insectes ont une teinte plus ou moins foncée de couleur brune, jaunâtre ou blanchâtre. Ils restent dans des trous creusés en terre au-dessous de la surface de l'eau d'une rivière, ou d'une autre eau moins courante ; les uns n'en sortent que très-rarement, d'autres plus souvent : ceux-ci nagent dans l'eau, et marchent sur les corps qu'ils y rencontrent, ou se tiennent cachés sous des pierres, etc. Lorsqu'on les observe de près, on voit le long du corps, de chaque côté, des sortes de petites houpes qui ont un mouvement fort rapide, et qui tiennent lieu d'ouies à ces animaux.

Comme les insectes qui doivent se transformer en mouches éphémères, ne nagent que très-rarement dans l'eau, il faut, quand on les veut voir, les chercher dans une terre compacte, où ils font des trous : la consistance de cette terre approche de celle de la glaise. Lorsque les eaux de la Seine et de la Marne ne sont pas hautes, on voit sur les bords de ces rivières, jusqu'à deux ou trois pieds au-dessus du niveau de l'eau, la terre criblée de ces trous, dont les ouvertures ont deux ou trois lignes de diamètre ; ils sont vides, les insectes les ont abandonnés lorsqu'ils se sont trouvés à sec, et ont fait d'autres trous plus bas dans la terre que l'eau baigne ; il y en a jusqu'à plusieurs pieds au-dessous de la surface de l'eau. Ces trous sont dirigés horizontalement ; ils ont deux ouvertures placées l'une à côté de l'autre, de sorte que la cavité du trou est semblable à celle d'un tuyau coudé. L'insecte entre par l'une des ouvertures, et sort par l'autre : la capacité du trou est proportionnée au volume de son corps dans ses différents degrés d'accroissement. La transformation de la nymphe en mouche est très-promte ; celle-ci quitte son fourreau avec beaucoup de facilité : quelques-unes prennent leur essor avant que de s'en être entièrement dégagées, et emportent leur dépouille qui tient encore à leur queue.

Le temps de l'apparition des mouches éphémères n'est pas toujours le même pour toutes les espèces de ces mouches. C'est vers la fête de la saint Jean qu'elles paraissent, dans des pays plus froids que le nôtre. A Paris on les voit vers la mi-Aout, quelquefois plutôt, et d'autres fois plutard. Sur le Rhin, la Meuse, etc. les éphémères commencent à voler environ deux heures avant le coucher du soleil. Sur la Seine et la Marne on n'en voit que dans le temps où le soleil est prêt à se coucher ; elles ne viennent en grand nombre que lorsqu'il a disparu : alors il s'élève en l'air une prodigieuse multitude de ces insectes ; ils volent si près les uns des autres, que l'on ne voit que des éphémères autour de soi, surtout si l'on tient une lumière. Elles s'y portent de toutes parts ; elles décrivent des cercles tout-autour et en tout sens ; elles se répandent par-tout en un instant ; elles tombent comme les flocons de la neige la plus abondante, la surface de l'eau en est couverte ; la terre en est jonchée sur les bords de la rivière, où elles s'amoncellent, et forment une couche d'une épaisseur considérable.

En 1738, le 19 Aout, cette grande affluence d'éphémères ne dura sur la Marne à Charenton, que depuis neuf heures jusqu'à neuf heures et demie ; leur nombre diminua peu-à-peu, et sur les dix heures on n'en apercevait plus que quelques-unes qui volaient sur la rivière : on en avait déjà Ve le jour précédent. Le 20, ces insectes parurent en aussi grand nombre que le 19 ; le 21 il y en eut à peine le tiers ; le 22 on en vit moins : mais quoiqu'il fit moins chaud que les jours précédents, et qu'il tombât de la pluie, elles parurent à la même heure. Les quatre ou cinq jours suivants il en vint encore, mais leur nombre diminuait de jour en jour : les premières s'étaient montrées chaque jour entre huit heures et un quart et huit heures et demie. En 1739, les éphémères vinrent dès le 6 Aout ; mais elles ne parurent que vers les neuf heures et demie, ou les neuf heures trois quarts. Il y en eut beaucoup moins cette année que la précédente. Les Pêcheurs regardent les éphémères comme une manne qui sert de nourriture aux poissons, et ils prétendent que cette manne ne tombe que pendant trois jours. En effet, ces insectes ne paraissent que pendant trois jours en grande abondance. La plupart se noyèrent dans la rivière, et les autres restèrent sur les bords presque sans mouvement, entassées les unes sur les autres, et moururent bientôt ; à peine s'en trouva-t-il qui vécussent jusqu'au lever du soleil. Elles avaient plus de deux pouces de longueur, en y comprenant les filets de la queue. Les ailes étaient blanches lorsqu'elles ne se touchaient pas, et d'un blanc-sale ou rougeâtre lorsqu'elles étaient appliquées l'une sur l'autre. Les mâles ont un des filets de la queue plus court que les deux autres.

Dès que les femelles ont quitté leur dépouille, elles sont prêtes à pondre ; après avoir pris leur vol, elles déposent leurs œufs dans le premier endroit où elles se trouvent en tombant, ou en se posant soit sur la surface de l'eau, soit sur la terre. La ponte est faite en un moment, quoique le nombre des œufs soit très-grand. Ils étaient arrangés dans chaque femelle de façon qu'ils formaient deux grappes composées de grains qui se touchaient ; la longueur de chacune était de trois lignes et demie ou quatre lignes, et le diamètre d'environ une demi-ligne ou une ligne : il y avait sept ou huit cent œufs dans les deux grappes. L'éphémère vole à fleur d'eau, et s'appuie sur l'eau par le moyen des filets de la queue ; lorsqu'elle pond, les grappes sortent de l'insecte toutes les deux à-la-fais, et tombent au fond de l'eau qui les dissout, de façon que les œufs se séparent et se dispersent sur le fond de la rivière. On ne sait pas combien de temps ils y restent avant que les vers en sortent : on ne sait pas bien non plus si les éphémères s'accouplent, ou si le mâle féconde les œufs après la ponte. Mém. pour servir à l'histoire des Insectes, tome VI. Voyez INSECTE. (I)

ÉPHEMERE, adj. (Médecine) ce terme est grec, , composé de la préposition , dans, et , jour ; ainsi il est employé pour signifier ce qui se passe dans un jour, dans l'espace de 24 heures ; c'est aussi l'étymologie du mot éphémeride, qui a la même signification, et qui est quelquefois employé en Médecine au lieu de calendrier. Voyez EPHEMERIDES.

éphémère est une épithète que les Médecins donnent à une sorte de fièvre, qui fait son cours dans l'espace d'un jour ; c'est celle que Galien appelle , et les Latins febris diaria : quelques-uns ont improprement étendu la signification de fièvre éphémère à celle dont le cours est prolongé jusqu'au troisième jour inclusivement, qu'il est plus convenable de ranger simplement parmi les fièvres continues non putrides. Voyez FIEVRE PUTRIDE.

La fièvre éphémère doit aussi être regardée comme continue, puisqu'il est de son caractère que l'agitation fébrile qui la constitue, étant commencée, ne cesse pas que la maladie ne soit terminée ; en sorte que dans l'espace de temps qu'elle dure, elle parcourt les quatre degrés que l'on observe dans toute sorte de fièvre ; savoir, le principe, l'accroissement, l'état, la déclinaison : mais celle-ci n'est pas une maladie aiguë, parce qu'elle n'est pas accompagnée d'un grand changement, soit dans les parties solides, soit dans les fluides, et qu'elle ne produit pas par conséquent un grand dérangement dans les fonctions ; ainsi la fièvre éphémère proprement dite est distinguée de la suete ou sueur anglaise, qui est le nom que l'on donne à une sorte de fièvre qui a regné en Angleterre à différentes reprises, pendant les deux derniers siècles, dont le principal symptôme était une sueur si abondante, qu'elle faisait périr la plupart de ceux qui en étaient attaqués en moins d'un jour, et quelquefois en peu d'heures ; celle-ci est de l'espèce des fièvres malignes très-aiguès : si on lui donne le nom d'éphémère, on doit lui joindre l'épithète de pestilentielle (voyez SUETE ou SUEUR ANGLOISE, FIEVRE MALIGNE, PESTE). La fièvre éphémère diffère de toute autre fièvre continue, par le peu de trouble qu'elle cause dans l'économie animale, et par sa courte durée : le défaut de retour la distingue des fièvres intermittentes.

Elle est le plus souvent causée par quelqu'abus des choses qu'on appelle dans les écoles non-naturelles, comme lorsque la personne qui en est affectée s'est exposée à l'ardeur du soleil, ou a fait un exercice violent, ou a trop bu ou trop mangé, ou qu'elle a fait des veilles excessives, ou s'est livrée à un trop grand travail d'esprit, à quelqu'accès de colere, etc. Quelqu'une de ces causes étant récentes et n'ayant pas vicié notablement la masse des humeurs, et n'y ayant produit qu'un épaississement, ou une raréfaction, ou une constriction des vaisseaux peu considérables ; le sang trouvant conséquemment un peu de résistance à parcourir les extrémités artérielles, il s'excite par la cause générale, qui détermine toutes les fièvres de quelqu'espèce qu'elles soient, un mouvement fébrile, qui tend à faire cesser l'obstacle, à détruire le vice dominant ; et attendu qu'il n'est pas de nature à résister beaucoup, il cede bien-tôt, et la fièvre se termine.

Cette fièvre éphémère n'est point précédée par le dégoût des aliments, ni par la lassitude spontanée, ni par aucun frisson ou tout autre avant-coureur des fièvres de toute espèce ; elle survient presque subitement sans aucun fâcheux symptôme, etc. il ne se fait aucun changement dans les urines, et elle finit souvent sans aucune évacuation sensible, et quelquefois par de fortes moiteurs ou des sueurs legeres sans mauvaise odeur, ou par quelque douce évacuation, par le vomissement ou par la voie des selles ; tel est le caractère constant de cette fièvre : cependant il n'est pas facile de la connaitre dans son principe, et de s'assurer qu'elle n'est qu'éphémère, parce qu'il arrive souvent que les fièvres continues simples de plusieurs jours, et même les putrides, commencent de la même manière et ne se montrent qu'imparfaitement, attendu que la matière morbifique est d'abord trop tenace, ne se développe dans les premières voies ou dans le sang que peu-à-peu, et n'occasionne quelquefois, qu'après quelques jours, les symptômes qui caractérisent la maladie ; par conséquent les fièvres de cette espèce en imposent souvent dans leur commencement, et paraissent être ou une fièvre éphémère, ou une fièvre continue simple. On est cependant fondé à regarder une fièvre commençante, comme étant de l'espèce de ces dernières, lorsqu'elle est produite dans une personne qui était bien saine auparavant, par une cause légère ; lorsque les symptômes n'ont rien de violent, et que les évacuations critiques, s'il s'en fait de sensibles, suivent de près ; et enfin lorsque le pouls redevient naturel et absolument tranquille d'abord après la fin de la fièvre : toutes ces conditions étant reunies, on ne risque guère de se tromper dans le jugement que l'on porte sur la nature de la maladie.

La fièvre éphémère, telle qu'elle vient d'être décrite, n'est jamais accompagnée d'aucun danger : cependant le médecin doit prudemment attendre que la fièvre tende à sa fin, avant de dire son sentiment sur la nature de l'évenement, puisqu'il peut être trompé dans la connaissance de la maladie, comme il a été dit ci-dessus ; et s'il y a le moindre soupçon de fièvre intermittente, il faut encore plus suspendre son jugement, pour ne pas compromettre sa réputation et l'honneur de l'art. M. Wanswietem dit qu'il a Ve des personnes qui étaient sujettes à avoir deux ou trois fois dans l'année un accès de fièvre éphémère, sans y donner occasion, mais vraisemblablement par un amas de bile, dont l'évacuation étant faite par un doux vomissement, tout mouvement et tout symptôme fébrile cessaient, ils recouvraient la santé.

Il suit de ce qui a été dit jusqu'ici de la fièvre éphémère, qu'elle peut être regardée comme salutaire, et que la curation en est facile : elle se dissipe même souvent sans aucun secours, et elle se termine promptement de sa nature, pourvu qu'elle n'en change pas par un mauvais traitement, et qu'on ne la fasse pas dégénerer en une autre espèce de fièvre de mauvaise qualité.

Il suffit donc, pour la cure de cette fièvre, que le malade s'abstienne absolument de manger, qu'il ne prenne, pour toute nourriture pendant vingtquatre heures, que du bouillon de viande, très-leger, en petite quantité, et même qu'il se borne à boire beaucoup de tisane d'orge ou de petit-lait, pour délayer et détremper la masse des humeurs ; qu'il observe de se livrer au repos du corps et de l'esprit. La saignée est très-rarement employée dans cette espèce de fièvre, et ce n'est que dans le cas où les symptômes sont violents, où le malade se plaint beaucoup de douleur de tête ; mais alors il y a lieu de craindre que la fièvre ne devienne aiguë, et ne se termine pas aussi-tôt que la nature de l'éphémère le comporte : c'est ce dont on ne tarde pas à être instruit par la continuation de la fièvre et les nouveaux symptômes qui surviennent, ou par une sorte de cessation, qui annonce d'avance le retour de la fièvre par un accès prochain. Voyez FIEVRE CONTINUE, INTERMITTENTE. (d)