S. m. (Botanique exotique) sorte de sous-arbrisseau étranger, dont on tire la fécule si connue sous le nom d'indigo.

Nous allons parler de cette plante et de sa fécule avec beaucoup d'exactitude, à cause de l'utilité que les arts en retirent, et nous nous attacherons à beaucoup d'ordre et de netteté, pour nous garantir des erreurs qui règnent dans quelques ouvrages de botanique, dans tous nos dictionnaires, et plus encore dans les récits des voyageurs.

Noms latins de l 'indigotier chez les Botanistes. Nos Botanistes, soit par système, soit par fantaisie, ont fort différentié leurs noms latins de l'indigotier. Il est appelé indigo vera, coluteae foliis, utriusque Indiae, act. philos. Lond. n. 276. pag. 703. Nil sive anil glastum indicum, Park. Theat. 600. Emerus americanus, siliquâ incurvâ, Tourn. Inst. 666. Coronilla indica ex quâ indigo volch. 124. Caachira prima, Pis. (ed. 1658.) 198. Hervas de anil, lusitanis, Marcgr. 57. Xiuhquilith. pitzahac, sive anil tenuifolia, Hern. 108. Colutea indica herbacea, ex quâ indigo, Herm. Cat. Hort. Lugd. Bat. 168. et Hort. Monsp. 61. Coluteae affinis fructicosa, floribus spicatis, purpurascentibus, siliquis incurvis, è cujus tincturâ indigo conficitur, Cat. Jamaïc. 141. Histoire 2. 34. Tabula 189. fol. 2. Sban aniliferum indicum, coronillae foliis, Breyn. Prodr. 2. 91. Ameri, Hort. Malab. 1. 926. Phaseolus americanus, vel Brasilianus sextus, C. B. P. 242. Isatis indica, foliis rorismarini glasto affinis, ejusdem 113. Hin awaru, polygala indica, ex quâ indigo minor, Herm. Mus. Zeil. 43. Indicum, Offic. Dapper appelle cette plante banquets. Les Anglais la nomment the indigo plant, et les François indigotier.

Ses caractères. Cette plante est de courte durée ; ses feuilles sont rangées par paires, sur une côte terminée à l'extrémité par une seule feuille ; ses fleurs sont du genre des fleurs légumineuses, pour la plupart disposées en épis, et composées de cinq pétales ; le pétale supérieur ou l'étendard est plus large que les autres ; les pétales inférieurs sont courts et terminés en pointe. Au milieu de la fleur, est situé le pistil, qui devient ensuite une gousse articulée, contenant une graine cylindrique dans chaque cellule exactement fermée.

Ses espèces. Il y a trois espèces connues d'indigotier.

1°. Anil, sive indigo americana, siliquis in faculae modum contortis. Marchand, Mém. de l'acad. royale des scien. ann. 1718.

2°. Anil, sive indigo, americana, fruticosa, argentea, floribus è viridi purpureis, siliquis falcatis, Coluteae affinis, fruticosa, argentea, floribus spicatis, è viridi purpureis, siliquis falcatis, Sloan. Cat. Jam.

3°. Anil, sive indigo siliquis latis, aliquantulùm incurvis ; Emerus, Indicus, siliquâ aliquantulùm incurvâ, ex quo indigo, Breyn.

Description de la première espèce. Comme la première espèce est la principale ; qu'on lui a Ve porter en Europe des fleurs et des graines dans sa perfection, et qu'elle procure le meilleur indigo, j'en vais donner ici la description de M. Marchand, faite d'après nature.

Son port représente une manière de sous-arbrisseau, de figure pyramidale, garni de branches depuis le bas jusque vers son extrémité, revêtues de plusieurs côtes feuillées plus ou moins chargées de feuilles, suivant que ces côtes sont situées sur la plante.

Sa racine est grosse de trois à quatre lignes de diamètre, longue de plus d'un pied, dure, coriace, cordée, ondoyante, garnie de plusieurs grosses fibres étendues çà et là et un peu chevelues, couverte d'une écorce blanchâtre, charnue, qu'on peut facilement dépouiller de dessus la partie interne dans toute sa longueur. Cette substance charnue a une saveur âcre et amère ; le corps solide a moins de saveur, et toute la racine a une légère odeur, tirant sur celle du persil.

De cette racine s'élève immédiatement une seule tige, haute d'environ deux pieds ou davantage, de la grosseur de la racine, droite, un peu ondoyante de nœud en nœud, dure et presque ligneuse, couverte d'une écorce légèrement gercée et rayée de fibres, de couleur gris-cendré vers le bas, verte dans le milieu, rougeâtre à l'extrémité, et sans apparence de moèlle en-dedans.

Les branches et les épis de fleurs sortent de l'aisselle du côté feuillé, et chaque côté selon sa longueur est garni depuis cinq jusque à onze feuilles rangées par paires, à la réserve de celle qui termine la côte, laquelle feuille est unique. Les plus grandes de ces feuilles ont près d'un pouce de long, sur demi pouce de large ; elles sont toutes de figure ovale, lisses, douces au toucher et charnues ; leur couleur est verd foncé en-dessous, sillonnées en-dessus, et attachées par une queue fort courte.

Depuis environ le tiers de la tige jusque vers l'extrémité, il sort de l'aisselle des côtés des épis de fleurs longs de trois pouces, chargés de douze à quinze fleurs, alternativement rangées autour de l'épi. Chaque fleur est composée de cinq pétales, disposés en manière de fleurs en rose, plus ou moins faiblement teintes de couleur de pourpre, sur un fond verd blanchâtre ; le milieu de la fleur est garni d'un pistil verd.

La fleur n'a point d'odeur, mais les feuilles de la plante étant froissées ou mâchées ont une odeur et une saveur légumineuse. Lorsque les pétales sont tombés, le pistil s'allonge peu-à-peu, et devient une silique cartilagineuse, courbée, longue de plus d'un pouce, articulée dans toute sa longueur ; cette silique étant mûre est de couleur brune, lisse, et luisante en-dehors, blanchâtre en-dedans, et contient six à huit graines, renfermées dans des cellules séparées par de petites cloisons membraneuses. Les graines sont cylindriques, fort dures, et d'un goût légumineux.

La seconde espèce s'élève à la hauteur de cinq ou six pieds, et peut subsister deux ou trois ans, mise en hiver dans une bonne serre. On pourrait la cultiver par-tout, où la première manquerait.

La troisième espèce se cultive comme la première, et est employée indifféremment avec elle dans les Indes à la préparation de l'indigo.

Culture de l 'indigotier en Europe par les curieux. Cette plante est annuelle en Europe. On dit qu'elle dure deux années dans les Indes occidentales, dans le Brésil et au Mexique, où on la cultive en abondance, ainsi qu'on fait depuis longtemps dans l'Egypte, au Mogol, etc.

On seme ici cette plante sur couche au printemps, et quand elle a poussé des rejetons à la hauteur de deux ou trois pouces, on les transporte dans de petites caisses remplies de bonne terre, et on plonge ces caisses dans un lit chaud de tan. Quand ces plantes ont acquis quelque force, on leur donne beaucoup d'air, en ouvrant les vitrages des caisses, et au mois de Juin elles produisent des fleurs, qui sont bientôt succédées par des siliques.

Son utilité pour les arts. Quelles que soient les prétendues vertus médicinales qu'on lui attribue, selon Commelin, aux Indes, nous ne les reconnaissons point en Europe, et nous nous contentons d'admirer les usages réels qu'on a su tirer de temps immémorial de la fécule de cette plante.

On appelle ses feuilles préparées inde et indigo, drogue qui est si utile aux Peintres et aux Teinturiers, qu'ils ne sauraient s'en passer pour leur bleu. L'inde donne cette couleur en peinture étant broyé et mêlé avec du blanc, et il donne une couleur verte étant broyé avec du jaune ; les Blanchisseuses en emploient pour donner une couleur bleuâtre à leur linge, et les Teinturiers s'en servent avec le vouéde pour faire leur beau bleu.

Les anciens n'ont point connu l'origine de l'indigo. Pline croit que c'est une écume de roseaux, qui s'attache à une espèce de limon qui est noir quand on le broie, et qui fait un beau brun mêlé de pourpre quand on le délaye. Dioscoride pense que c'est une pierre, mais aujourd'hui nous savons non-seulement que l'indigo est une fécule, ou un suc épaissi qu'on tire aux Indes par artifice de la tige et des feuilles de l'indigotier ; nous sommes encore très-instruits de la manœuvre de l'opération.

Comme le détail en est fort curieux, et qu'il intéresse le commerce, les arts, la Physique et la Chimie, j'ai tâché d'en puiser quelques lumières dans les meilleures sources.

Culture de l 'indigotier aux Indes pour le commerce. Pour éviter toute équivoque, je nommerai anil ou indigotier la plante ; et inde ou indigo la fécule qu'on en tire, et dont on fait tant d'usage. Les Espagnols nomment cette fécule anillo.

Nous connaissons deux plantes qui donnent le bleu après une préparation préliminaire : l'une est l'isatis ou glastum, qu'on nomme pastel en Languedoc, et vouede en Normandie, où on le cultive et où on le prépare. L'autre est l'anil qui croit dans les Indes orientales et occidentales, duquel on tire une préparation sur les lieux, sous le nom d'inde ou d'indigo, et que l'on envoie en Europe.

L'anil ou indigotier demande une bonne terre, grasse, unie, qui ne soit point trop seche ; il veut être planté seul, mangeant et dégraissant beaucoup le terrain où on le cultive ; aussi ne peut-on prendre trop de précautions pour arracher les herbes qui croissent autour, lorsqu'il commence à pousser, et jusqu'à ce qu'il soit en parfaite maturité.

On sarcle et on nettoie plusieurs fois le terrain où l'on veut planter la graine d'anil. Il me semble qu'on devrait dire semer ; mais le terme de planter est consacré dans les iles. On pousse quelquefois la propreté si loin, qu'on balaie le terrain comme on balayerait une chambre. Après cela on fait les trous où l'on doit mettre les graines : pour cet effet, les esclaves ou autres qui doivent y travailler, se rangent sur une même ligne à la tête du terrain, et marchant à reculons, ils font de petites fosses de la largeur de leur houe, de la profondeur de deux à trois pouces, éloignées en tous sens les unes des autres d'environ un pied, et en ligne droite le plus qu'il est possible.

Quand le terrain a été bien préparé, et les mauvaises herbes bien extirpées, on plante la graine de l'anil dans les trous dont on vient de parler, qui sont tirés au cordeau, et éloignés les uns des autres d'un pied en tous sens ; ils mettent onze ou treize graines dans chaque trou ; une espèce de superstition ayant établi de le semer ainsi en nombre impair : la superstition se mêle par-tout.

Ce travail est le plus pénible qu'il y ait dans la manufacture de l'indigo ; car il faut par l'usage que ceux qui plantent soient presque toujours courbés sans se redresser, jusqu'à ce que la plantation de toute la longueur de la pièce soit achevée. Lorsqu'ils sont arrivés au haut de la pièce, ils reviennent sur leurs pas, et recouvrent les fosses où ils ont mis la graine, en y poussant avec le pied la terre qu'ils en ont tirée ; et ainsi la graine se trouve couverte d'environ deux pouces de terre.

Toute saison est bonne pour semer la graine d'anil ; il faut cependant observer que ce ne soit pas par un temps trop sec. On choisit donc pour l'ordinaire un temps humide et qui promette de la pluie ; et alors on est sur de voir la plante levée au bout de trois ou quatre jours.

Quelque précaution qu'on ait prise pour nettoyer le terrain où les graines ont été plantées, il ne faut pas s'endormir quand l'anil est hors de terre, parce que la bonté du terrain jointe à l'humidité, à la chaleur du climat, et aux abondantes rosées qui tombent toutes les nuits, fait naître une quantité prodigieuse de mauvaises herbes qui étoufferaient et gâteraient absolument l'indigotier, si on n'avait pas un soin extrême de sarcler dès qu'il en parait, et d'entretenir la plante dans une propreté extraordinaire ; souvent même les herbes sont en partie cause qu'il s'engendre une espèce de chenilles qui dévorent en moins de rien toutes les feuilles d'indigotiers.

Depuis que la plante est sortie de terre, il ne faut que deux mois pour la mûrir entièrement, et la mettre en état d'être coupée ; autrement elle fleurirait, et ses feuilles devenant trop dures et trop seches, donneraient moins d'indigo. Après cette première coupe la plante repousse, et l'on peut continuer de la couper de six en six semaines, supposé que le temps soit pluvieux ; car lorsqu'on coupe en temps de sécheresse, on perd les chouques, c'est-à-dire les pieds de la plante qui étant bien ménagée peut durer deux années, après quoi il faut l'arracher.

Quant à la manière d'en tirer la fécule colorante, voyez l'article INDIGO.