S. m. (Botanique exotique) arbre pommifère des îles Moluques, mais qu'on a transporté dans celle de Java, et dont on cultive aussi quelques pieds à Malaca, à Siam, aux Manilles et ailleurs. Il a la touffe si belle, si régulière, si égale, qu'on le regarde actuellement à Batavia comme le plus propre à décorer un jardin. Il est vraisemblable que s'il pouvait vivre dans nos climats, il ne tarderait pas à y paraitre et à y détrôner les maronniers d'inde : son succès serait presqu'assuré par la seule bonté de son fruit, qui est agréable, sain, humectant et rafraichissant ; enfin son écorce a les mêmes vertus que celle de la grenade : elle est très-resserrante, et l'on pourrait l'employer à tanner les cuirs. Tout concourt donc à rendre ici quelques honneurs à cet arbre étranger, en le décrivant de notre mieux.

C'est un arbre grand, gros, touffu et branchu ; ses feuilles sont longues de six à sept pouces, larges de deux, d'un beau verd ; elles sont coupées par diverses nervures, dont les unes font un double rang, qui partant de la queue vont par les bords se réunir à la pointe, tandis que d'autres se rendent du milieu aux extrémités.

La fleur est composée de quatre petits pétales verds assez épais, et arrondis par l'extrémité : ils ne tombent point ; mais quand ils viennent à s'ouvrir, ils découvrent les premiers rudiments du fruit qui commence à se former, lui restent toujours attachés par le bas, et lui servent comme de soutien.

Ce fruit s'appelle mangoustan ainsi que l'arbre, et même les voyageurs qui ne sont pas botanistes n'entendent que le fruit sous ce nom. Il est parfaitement rond et gros comme une orange ; son écorce est grise et quelquefois d'un verd obscur semblable à celle de la grenade, un peu amère, épaisse d'une ligne, rouge en-dedans, jaspée et sillonnée de filets jaunes. Elle est couronnée de petits rayons qui viennent se rencontrer ensemble et se terminer en pointe.

La chair ou pulpe du fruit est blanche, tendre, assez semblable à celle de l'orange, d'un goût doux fort agréable, et approchant de celui des framboises. Elle est composée de plusieurs lobes qu'on peut séparer les uns des autres comme ceux des oranges, quoiqu'ils ne soient pas enveloppés de pellicules. Il y a autant de lobes que de rayons à la couronne, ordinairement six ou sept.

On trouve dans les gros mangoustants parfaitement mûrs, une amande verte en-dehors et blanche en-dedans, assez insipide, ce qui fait qu'on la jette ordinairement sans la manger ; mais dans les petits mangoustants qui ne sont pas bien mûrs, cette amande n'est qu'un germe fort tendre qui se mange avec le reste.

Ce fruit est très-estimé, parce qu'il est délicat, agréable au gout, plein de suc, et qu'il rafraichit. Les européens qui ne sont pas faits à l'odeur du durion, donnent au mangoustan le premier rang parmi les fruits des Indes. On fait de la décoction de son écorce une tisane astringente qu'on prescrit pour arrêter le cours de ventre.

Il y a une espèce de mangoustan sauvage d'Amérique que les Portugais appellent mato, moins beau que le vrai mangoustan, et dont le fruit n'est pas bon à manger. (D.J.)