De tous les phénomènes de la nature il n'en est point dont les effets soient plus terribles et plus étendus que ceux des tremblements de terre ; c'est de leur part que la face de notre globe éprouve les changements les plus marqués et les révolutions les plus funestes ; c'est par eux qu'en une infinité d'endroits il ne présente aux yeux du physicien qu'un effrayant amas de ruines et de débris : la mer soulevée du fond de son lit immense ; des villes renversées, des montagnes fendues, transportées, écroulées ; des provinces entières englouties ; des contrées immenses arrachées du continent ; de vastes pays abimés sous les eaux, d'autres découverts et mis à sec ; des îles sorties tout-à-coup du fond des mers, des rivières qui changent de cours, etc. tels sont les spectacles affreux que nous présentent les tremblements de terre.
Des événements si funestes auxquels la terre a été de tout temps exposée, et dont elle se ressent dans toutes ses parties, après avoir effrayé les hommes, ont aussi excité leur curiosité, et leur ont fait chercher quelles pouvaient en être les causes.
On ne tarda point à reconnaitre le feu pour l'auteur de ces terribles phénomènes ; et comme la terre parut ébranlée jusque dans son centre même, on supposa que notre globe renfermait dans son sein un amas immense de feu toujours en action : c'est-là ce que quelques physiciens ont désigné sous le nom de feu central.
Ce sentiment fut regardé comme le plus propre à rendre raison des effets incroyables des tremblements de terre. Il n'est point douteux que le feu n'ait la plus grande part à ces phénomènes ; mais il n'est point nécessaire, pour en trouver la cause, de recourir à des hypothèses chimériques, ni de supposer un amas de feu dans le centre de la terre, où jamais l'oeil humain ne pourra pénétrer.
Pour peu qu'on ait observé la nature et la structure de notre globe, on s'apercevra que sans descendre à des profondeurs impénétrables aux hommes, on rencontre en plusieurs endroits des amas de matières assez agissantes pour produire tous les effets que nous avons indiqués. Ces matières sont le feu, l'air et l'eau, c'est-à-dire les agents les plus puissants de la nature, et dont personne ne peut nier l'existence.

La terre en une infinité d'endroits est remplie de matières combustibles ; on sera convaincu de cette vérité, pour peu que l'on fasse attention aux couches immenses de charbons de terre, aux amas de bitumes, de tourbes, de soufre, d'alun, de pyrites, etc. qui se trouvent enfouis dans l'intérieur de notre globe. Toutes ces matières sont propres à exciter des embrasements, et à leur servir d'aliment, lorsqu'ils ont été une fois excités. En effet, l'expérience nous apprend que les substances bitumineuses et alumineuses, telles que sont certaines pierres feuilletées qui accompagnent les mines d'alun et de charbon de terre, après avoir été entassées et exposées pendant quelque temps au soleil et à la pluie, prennent feu d'elles-mêmes, et répandent une véritable flamme. Ces phénomènes sont les mêmes que ceux que la chimie nous présente dans les inflammations des huiles par les acides, et dans les pyrophores. D'ailleurs nous savons que les souterrains des mines, et surtout de celles de charbons de terre, sont souvent remplis de vapeurs qui prennent très-aisément feu, et qui produisent alors des effets aussi violents que ceux du tonnerre. Voyez CHARBON MINERAL. Quelques-unes de ces vapeurs pour s'enflammer d'elles-mêmes, n'ont besoin que d'en rencontrer d'autres, ou même de se mêler avec l'air pur qu'elles mettent en expansion, et de cette manière elles peuvent produire une espèce de tonnerre souterrain. Ces vapeurs sont produites surtout par les pyrites qui se décomposent ; on sait que ces substances minérales se trouvent abondamment répandues dans toutes les parties de la terre ; les vapeurs qui en partent sont sulfureuses ou de l'acide vitriolique ; en rencontrant des émanations bitumineuses et grasses, elles peuvent aisément s'enflammer. Pour s'assurer de cette vérité, on n'aura qu'à faire un mélange d'une partie de charbon de terre, et de deux parties de la pyrite qui donne du vitriol, on aura une masse qui mise en un tas s'allumera au bout d'un certain temps, et se consumera entièrement. On a vu des terres d'ombre s'allumer d'elles-mêmes après avoir été broyées avec de l'huile de lin. Voyez TERRE D'OMBRE

Plusieurs physiciens ont voulu expliquer la formation des embrasements souterrains, par une expérience fameuse qui est dûe à M. Lemery ; elle consiste à mêler ensemble du soufre et de la limaille de fer ; on humecte ce mélange, et en l'enterrant il produit en petit au bout d'un certain temps les phénomènes des tremblements de terre et des volcans. Quelque ingénieuse que soit cette explication, M. Rouelle lui oppose une difficulté très-forte. Ce savant chymiste observe que dans son expérience M. Lemery a employé du fer véritable et non du fer dépouillé de son phlogistique, ou du fer minéralisé. D'où l'on voit que pour expliquer de cette manière les embrasements souterrains, il faudrait qu'il y eut dans le sein de la terre une grande quantité de fer pur ; ce qui est contraire aux observations, puisque le fer se trouve presque toujours ou minéralisé, ou sous la forme d'ochre, c'est-à-dire privé de son phlogistique dans le sein de la terre. Quant au fer pur ou fer natif qui se trouve par grandes masses, comme au Sénégal, on a lieu de soupçonner qu'il a été lui-même purifié et fondu par les feux de la terre.

De quelque façon que les embrasements se produisent dans le sein de la terre, ils ont un besoin indispensable de l'air ; le feu ne peut point s'exciter sans le contact de l'air : or on ne peut point nier que la terre ne renferme une quantité d'air très-considérable ; ce fluide y pénètre par les fentes dont elle est traversée ; il est contenu dans les grottes et les cavités dont elle est remplie ; les ouvriers des mines, en frappant et en perçant les roches avec leurs outils, l'entendent quelquefois sortir avec un violent sifflement, et il éteint souvent les lampes qui les éclairent. On ne peut donc douter que la terre ne contienne une quantité d'air assez grande pour que les matières susceptibles de s'enflammer puissent prendre feu ; ce même air qui est entré peu-à-peu, est mis en expansion ; les écroulements de terre qui se sont faits au commencement de l'inflammation qui a du miner et excaver peu-à-peu les rochers, empêchent que l'air ne trouve d'issue ; alors aidé de l'action du feu qu'il a allumé, il fait effort en tout sens pour s'ouvrir un passage ; et ses efforts sont proportionnés à la quantité des matières embrasées, au volume de l'air qui a été mis en expansion, et à la résistance que lui opposent les roches qui l'environnent. Personne n'ignore les effets prodigieux que l'air peut produire lorsqu'il est dans cet état ; il n'est pas besoin d'un grand effort pour concevoir que ces effets doivent s'opérer nécessairement dans l'intérieur de la terre.

A l'égard de l'eau, toutes les observations prouvent que la terre en contient une quantité prodigieuse ; plus on s'enfonce dans les souterrains des mines, plus on en rencontre ; et souvent on est forcé pour cette raison, d'abandonner des travaux qui promettaient les plus grands avantages ; les ouvriers des mines en perçant des rochers, en sont quelquefois noyés ou accablés. Voyez l'article MINES. L'eau contenue dans les profondeurs de la terre, peut contribuer de plusieurs manières aux tremblements de terre : 1°. l'action du feu réduit l'eau en vapeurs, et pour peu que l'on ait de connaissance en physique, on saura que rien n'approche de la force irrésistible de ces vapeurs mises en expansion, lorsqu'elles n'ont point d'issue ; les expériences faites avec la machine de Papin, celles de l'éolipyle, etc. nous en fournissent des preuves convaincantes : on peut donc concevoir que l'eau réduite en vapeurs par la chaleur, dans les cavités de la terre, fait effort pour sortir ; comme elle ne trouve aucun passage pour s'échapper, elle soulève les rochers qui l'environnent, et par-là elle produit des ébranlements violents et qui se font sentir à des distances incroyables : 2°. l'eau produira encore des effets prodigieux, lorsqu'elle viendra à tomber tout d'un-coup dans les amas de matières embrasées ; c'est alors qu'il se fera des explosions terribles ; pour se convaincre de cette vérité, l'on n'a qu'à faire attention à ce qui arrive lorsqu'on laisse imprudemment tomber une goutte d'eau sur un métal qui est entré parfaitement en fusion ; on verra que cela est capable de faire entièrement sauter les atteliers ; et de mettre la vie des ouvriers dans le plus grand danger. Ainsi les eaux concourent aux tremblements de terre, augmentent la vivacité du feu souterrain, et contribuent à le répandre ; une expérience commune et journalière peut encore nous donner une idée de la manière dont ces phénomènes peuvent s'opérer : si dans une cuisine le feu prend à la graisse qu'on fait fondre dans un poélon, et qu'alors on y verse de l'eau pour l'éteindre, le feu se répand en tout sens, la flamme s'augmente, et l'on court risque de mettre le feu à la maison : 3°. les eaux peuvent encore contribuer à animer les feux souterrains, en ce que par leur chute, elles agitent l'air et font la fonction des soufflets des forges ; de cette manière, l'eau peut encore étendre les embrasements : 4°. enfin l'eau peut encore concourir aux ébranlements de la terre, par les excavations qu'elle fait dans son intérieur, par les couches qu'elle entraine après les avoir détrempées, et par les chutes et les écroulements que par-là elle occasionne.

On voit par tout ce qui précède, que les tremblements de terre et les volcans, ou montagnes qui jettent du feu, sont dus aux mêmes causes ; en effet les volcans ne peuvent être regardés que comme les soupiraux ou les cheminées des foyers qui produisent les tremblements de terre. Voyez l'article VOLCAN.

Après avoir exposé les causes les plus probables des tremblements de terre, nous allons maintenant décrire les phénomènes qui les précédent et qui les accompagnent le plus ordinairement ; car en cela, comme dans toutes les opérations de la nature, les circonstances produisent des variétés infinies. On a souvent remarqué que les tremblements de terre venaient à la suite des années fort pluvieuses : on peut conjecturer de-là que les eaux de la pluie, en détrempant les terres, bouchent les fentes et les ouvertures par lesquelles l'air et le feu qui sont sous terre, peuvent circuler et trouver des issues. Des feux follets, des vapeurs d'une odeur sulphureuse, un air rouge et enflammé, des nuages noirs et épais, un temps lourd et accablant, sont ordinairement les avant-coureurs de ces funestes catastrophes ; cependant on les a vu quelquefois précédées d'un calme très-grand, et d'une sérénité parfaite. Les animaux paraissent remplis d'une terreur qu'ils expriment par leurs mugissements et leurs hurlements ; les oiseaux voltigent çà et là, avec cette inquiétude qu'ils marquent à l'approche des grands orages : on entend souvent des bruits semblables à ceux d'un tonnerre souterrain, ou d'une forte décharge d'artillerie ; ou l'on entend des déchirements et des sifflements violents ; en plusieurs endroits les sources et les rivières suspendent le cours de leurs eaux, au bout de quelques temps elles recommencent à couler, mais elles sont troubles et mêlées de parties terreuses, de sable, et de matières étrangères qui changent leur couleur et leur qualité. Les tremblements de terre sont presque toujours accompagnés d'agitations violentes dans les eaux de la mer, elle est portée avec impétuosité sur ses bords, les vaisseaux s'entrechoquent dans les ports, et ceux qui sont en pleine mer ont souvent éprouvé des mouvements extraordinaires, causés par le soulevement du fond du lit de la mer ; ces effets sont dus aux efforts que l'air dilaté par le feu, fait pour s'ouvrir un passage et se mettre en liberté ; les secousses que causent ces tremblements se succedent, tantôt à de grandes distances les unes des autres, tantôt elles se suivent très - promtement ; le mouvement qu'elles impriment à la terre est tantôt une espèce d'ondulation semblable à celle des vagues, tantôt on éprouve un balancement semblable à celui d'un vaisseau battu par les flots de la mer ; de-là viennent ces nausées et ces maux de cœurs que quelques personnes éprouvent dans quelques tremblements de terre, surtout lorsque les secousses sont lentes et faibles : ces secousses suivent ordinairement une direction marquée ; de-là vient que quelquefois un tremblement de terre renversera des édifices et des murailles qui ne seront point bâtis suivant la direction qu'il observe, et détruira totalement ceux qui se trouveront dans une direction opposée ; les secousses sont plus ou moins fréquentes et fortes, suivant que les matières qui les excitent sont plus ou moins abondantes, et suivant que leurs explosions seront plus ou moins vives : on a vu en Amérique des tremblements de terre durer pendant plus d'une année entière, et faire sentir chaque jour plusieurs secousses très-violentes. En un mot rien de plus terrible et de plus varié que les effets que produisent les tremblements de terre ; tantôt la mer se retirera de plusieurs lieues et laissera les vaisseaux à sec, pour revenir ensuite submerger les terres avec violence ; quelquefois des terrains très-considérables changeront de place, couleront comme de l'eau, et iront remplir des lacs ; d'autres fois des montagnes s'affaisseront, et des lacs viendront prendre leur place ; souvent on a vu la terre s'entr'ouvrir et vomir de son sein des flammes, du sable calciné, des pierres, des eaux sulfureuses et d'une odeur insupportable ; ces ouvertures qui se sont faites à la terre, se referment quelquefois sur le champ, d'autres fois elles restent au même état.

Un des phénomènes les plus étranges des tremblements de terre, c'est leur propagation, c'est-à-dire la manière dont ils se communiquent à des distances souvent prodigieuses, en une espace de temps très-court ; la façon la plus naturelle d'expliquer cette propagation, c'est de dire que les embrasements souterrains se communiquent par les cavités immenses dont l'intérieur de la terre est rempli ; ces cavités étant pleines des mêmes matières reçoivent le feu qui leur est apporté de celles qui ont été les premières allumées ; de cette manière l'embrasement se transmet quelquefois d'un des côtés du globe à l'autre. L'on peut encore supposer que la terre renferme plusieurs foyers qui s'allument, soit successivement, soit en même temps, et qui produisent une suite d'explosions et d'ébranlements dans les différentes parties de la terre qu'ils occupent : on a remarqué que c'est communément en suivant la direction des grandes chaînes de montagnes, que la propagation des tremblements de terre se fait sentir ; ce qui donne lieu de présumer que ces montagnes ont à leur base des cavités par lesquelles elles communiquent les unes aux autres.

L'on a souvent confondu avec des tremblements de terre, certains mouvements extraordinaires qui se font sentir quelquefois dans l'air, et qui souvent sont assez forts pour renverser des maisons, et faire des ravages considérables, sans qu'on s'aperçut que la terre fût aucunement ébranlée ; ces phénomènes ont été observés surtout en Sicile et dans le royaume de Naples ; ils paraissent dus à un dégagement subit de l'air renfermé dans le sein de la terre, qui est mis en liberté par les feux souterrains, et qui excite dans l'air extérieur une commotion semblable à celle d'un coup de canon, qui casse souvent les vitres des maisons.

Telles sont les circonstances principales qui accompagnent les tremblements de terre ; il n'est guère de parties sur notre globe qui n'aient éprouvé plus ou moins vivement, et en différents temps, leurs effets funestes ; et les histoires sont remplies de descriptions effrayantes, et des révolutions tragiques qu'ils ont produits. Pline nous apprend que sous le consulat de L. Marcius, et de Sextus Julius, un tremblement de terre fit que deux montagnes du territoire de Modène se heurtèrent vivement l'une l'autre, et écrasèrent dans leur conflit les édifices et les fermes qui se trouvèrent entr'elles ; spectacle dont un grand nombre de chevaliers romains et de voyageurs furent témoins. Voici ses propres paroles : factum est semel, dit-il, quod equidem in Hetruscae disciplinae voluminibus inveni, ingens terrarum portentum, L. Marcio Sexto Julio coss. in agro Mutinensi : namque montes duo inter se concurrerunt, crepitu maximo assultantes, recedentesque, inter eos flamma fumoque in coelum exeunte interdiu, spectante e viâ Emiliâ magnâ equitum romanorum familiarumque et viatorum multitudine : eo concursu villae omnes Elisae, animalia permulta, quae intra fuerant, exanimata sunt, &c.

Sous l'empire de Tibere, treize villes considérables de l'Asie furent totalement renversées, et un peuple innombrable fut enseveli sous leurs ruines. La célèbre ville d'Antioche éprouva le même sort en l'an 115, le consul Pedon y périt, et l'empereur Trajan qui s'y trouvait alors, ne se sauva qu'à peine du désastre de cette ville fameuse.

En 742, il y eut un tremblement de terre universel en Egypte et dans tout l'Orient ; en une même nuit près de six cent villes furent renversées, et une quantité prodigieuse d'hommes périt dans cette occasion.

Mais qu'est-il besoin de parler des tremblements de terre anciens ? une expérience récente ne nous prouve que trop que les matières qui produisent ces événements terribles, ne sont point encore épuisées : l'Europe est à peine revenue de la frayeur que lui a causée l'affreuse catastrophe de la capitale du Portugal. Le premier de Novembre de l'année 1755, la ville de Lisbonne fut presque totalement renversée par un tremblement de terre, qui se fit sentir le même jour jusqu'aux extrémités de l'Europe. Ce désastre affreux fut accompagné d'un soulevement prodigieux des eaux de la mer, qui furent portées avec violence sur toutes les côtes occidentales de notre continent. Les eaux du Tage s'élevèrent à plusieurs reprises pour inonder les édifices que les secousses avaient renversés. Au même instant auquel cette scène effroyable se passait dans le Portugal, l'Afrique était pareillement ébranlée, les villes de Fez et de Mequinez, au royaume de Maroc, éprouvèrent un renversement presque total. Plusieurs vaisseaux, en revenant des Indes occidentales, ressentirent en pleine mer des secousses violentes et extraordinaires. Les îles Açores furent en même temps vivement agitées. Au mois de Décembre de la même année, presque toute l'Europe fut encore ébranlée de nouveau par un tremblement de terre, qui s'est fait sentir très-vivement dans quelques-unes de ses parties. L'Amérique ne fut point exempte de ces tristes ravages, ce fut vers ce même temps que la ville de Quito fut entièrement renversée.

Tous les tremblements de terre ne se font point sentir avec la même violence ; il y en a qui ne produisent que des secousses légères, et quelquefois insensibles ; d'autres portent la destruction dans les endroits où ils exercent leur fureur. On a remarqué que quelques pays sont plus sujets à ces convulsions de la terre que d'autres ; les pays chauds y paraissent surtout les plus exposés, ce qui vient, soit de ce que la chaleur du climat est en état de faire sortir du sein de la terre un plus grand nombre de vapeurs propres à s'enflammer et à faire des explosions, soit de ce que ces pays contiennent un plus grand nombre de matières combustibles, et propres à alimenter et à propager les feux souterrains. L'Amérique et surtout le Pérou paraissent être sujets à des agitations très-fréquentes. Suivant le chevalier Hansloane, on s'attend à essuyer tous les ans un tremblement de terre à la Jamaïque. L'Asie et l'Afrique ne sont point exemptes de ces terribles accidents. En Europe, la Sicile, le royaume de Naples, et presque toute la Méditerranée sont très-fréquemment les théâtres de ces fatals événements. Nous voyons aussi que les pays du nord, quoique moins souvent que les pays chauds, ont éprouvé en différents temps des secousses de la part des tremblements de terre ; l'Angleterre, l'Islande, la Norvège nous en fournissent des preuves convaincantes ; M. Gmelin nous apprend en avoir ressenti dans la Sibérie, on lui a même assuré qu'une partie de cette contrée si septentrionale éprouvait un tremblement de terre annuel et périodique. Les provinces méridionales de la France, qui sont bornées par les monts Pyrénées, ont aussi ressenti quelquefois des secousses très-violentes : en 1660, tout le pays compris entre Bordeaux et Narbonne fut désolé par un tremblement de terre ; entr'autres ravages, il fit disparaitre une montagne du Bigorre, et mit un lac en sa place ; par cet événement, un grand nombre de sources d'eau chaudes furent refroidies, et perdirent leurs qualités salutaires. Dans les derniers tremblements de l'année 1755, c'est aussi cette partie de la France qui a éprouvé le plus fortement des secousses qui ne se sont fait sentir que très-foiblement à Paris, et dans les provinces plus septentrionales.

A la vue des effets prodigieux des tremblements de terre, on sent qu'il est naturel de les regarder comme la principale cause des changements continuels qui arrivent à notre globe. L'histoire nous a transmis quelques-unes des révolutions que la terre a éprouvées de la part des feux souterrains, mais le plus grand nombre et les plus considérables d'entre elles sont ensevelies dans la nuit de l'antiquité la plus reculée ; nous ne pouvons donc en parler que par des conjectures qui paraissent pour tant assez bien fondées. C'est ainsi qu'il y a tout lieu de présumer que la grande Bretagne a été arrachée du continent de l'Europe, la Sicile a été pareillement séparée du reste de l'Italie. Serait-ce un sentiment si hasardé que de regarder la mer Méditerranée comme un vaste bassin creusé par les feux souterrains, qui y exercent encore si souvent leurs ravages ? Platon et quelques autres anciens nous ont transmis le nom d'une île immense, qu'ils appelaient Atlantide, que la tradition de leur temps plaçait entre l'Afrique et l'Amérique ; cette vaste contrée a entièrement disparu : ne peut-on pas conjecturer qu'elle a été abimée sous les eaux de l'Océan, à qui elle a donné son nom ; et que les îles du Cap-verd, les Canaries, les Açores ne sont que des vestiges infortunés de la terrible révolution qui a fait disparaitre cette contrée de dessus la face de la terre ? Peut-être la mer Noire, la mer Caspienne, la mer Baltique, etc. ne sont-elles dues qu'à des révolutions pareilles, arrivées dans des temps dont aucun monument historique ne nous a pu conserver le souvenir.

Depuis le Pérou jusqu'au Japon, depuis l'Islande jusqu'aux Moluques, nous voyons que les entrailles de la terre sont perpétuellement déchirées par des embrasements qui agissent sans cesse avec plus ou moins de violence ; des causes si puissantes ne peuvent manquer de produire des effets qui influent sur la masse totale de notre globe ; ils doivent à la longue changer son centre de gravité, mettre à sec quelques-unes de ses parties pour en submerger d'autres, enfin contribuer à faire parcourir à la nature le cercle de ses révolutions. Est-il surprenant après cela que le voyageur étonné ne retrouve plus des mers, des lacs, des rivières, des villes fameuses décrites dans les anciens géographes, et dont aujourd'hui il ne reste plus aucune trace ? Comment la fureur des éléments eut-elle respecté les ouvrages toujours faibles de la main des hommes, tandis qu'elle ébranle et détruit la base solide qui leur sert d'appui ? (-)

TREMBLEMENT, (Médecine) un mouvement alternatif, involontaire, lâche, et désordonné dans un de nos organes particuliers, ou dans plusieurs ensemble s'appelle tremblement.

Cette maladie qui consiste dans une violente agitation des membres en directions contraires, est due au manque de ton, et aux efforts des parties attaquées pour reprendre ce ton.

Les Médecins distinguent deux espèces de tremblements, qu'ils nomment tremblement actif et tremblement passif. Le tremblement actif est celui qui arrive dans les violentes passions, telles que la terreur, la colere, la joie subite, etc. l'on doit rapporter cet état à des mouvements demi-convulsifs. Le tremblement passif est dû à une cause particulière, et approche des affections demi-paralytiques ; mais les tremblements passifs considérés comme maladie, doivent être distingués de ceux qui sont produits par des causes accidentelles, telles qu'est le tremblement qui succede au bain dans une eau très-froide.

Causes. Les causes internes des tremblements passifs considérés comme maladie, sont la flaccidité des nerfs, le relâchement du ton des parties, le manque ou le cours déréglé des esprits animaux ; les causes externes et accidentelles sont en grand nombre, comme l'omission des évacuations accoutumées, les trop grandes évacuations, les longues maladies qui ont précédé, l'abus des liqueurs spiritueuses, les humeurs cacochimiques et mélancoliques, les trop grandes veilles, la débauche du vin et des femmes, les exhalaisons minérales dans ceux qui travaillent aux mines, etc.

Prognostics. Le tremblement de naissance ou de vieillesse est inguérissable ; en général, plus le tremblement est confirmé par le temps, et moins aisément peut-on y remédier. Le tremblement qui vient du travail des mines de mercure admet rarement des remèdes, et fait craindre qu'il ne dégénere en paralysie. Le tremblement qui vient de lui-même dans les femmes grosses, annonce d'ordinaire l'avortement ou l'accouchement prochain ; celui qui succede à l'accouchement et qui est causé par la suppression des vuidanges est très-dangereux, et occasionne quelquefois l'épilepsie.

Méthode curative. L'abus des veilles, celui des plaisirs de l'amour, les trop grandes évacuations du sang et des humeurs, et la diete poussée trop loin, sont autant de choses qui épuisent les esprits et qui produisent en conséquence des tremblements ; on les guérira en évitant toutes ces causes, en employant des aliments faciles à digérer et propres à réparer les forces, en procurant le repos et le sommeil, enfin en usant des remèdes fortifiants.

Le mouvement désordonné des esprits, qui procede d'un long abus des liqueurs spiritueuses, d'opiats, et d'usage d'antimoine, de mercure, de dissolutions de plomb, nous présente autant de sources de tremblements presque sans remèdes, même en évitant les causes d'où ils naissent ; mais le tremblement qui procede des boissons d'eaux chaudes, comme des infusions de thé, de caffé, etc. se guérit en en quittant l'usage, et en usant des remèdes qui fortifient le ton des viscères. Le tremblement des mains demande en particulier des frictions du bras, des poignets, qu'on lavera fréquemment d'eau ferrée, chargée de décoctions de feuilles d'armoise, de sauge, de marjolaine ; les esprits tirés de ces herbes, et autres semblables nervins sont utiles.

Les passions de l'âme qui, par leur violence, ont causé un grand tremblement dans des personnes pléthoriques, demandent la saignée, s'il y a des signes d'inflammation ; autrement les tremblements de cette nature cessent d'eux-mêmes par le secours des rafraichissants.

Les tremblements qu'éprouvent fréquemment les personnes mobiles et dont les nerfs sont délicats, veulent être traités par les nervins anti-spasmodiques. Les éléosacchara de l'esprit de lavande ou de fleur d'orange, conviennent aux tremblements des tempéraments pituiteux et phlegmatiques.

On emploiera les frictions et onctions d'onguent martiatum, ou d'huiles nervines, au dos, aux lombes, et aux cuisses des personnes dont les jambes et les pieds souffrent de légers tremblements.

On rétablira par les remèdes accoutumés tout tremblement né de la suppression de quelque humeur habituelle ; celle de la transpiration et de la sueur, par les diaphorétiques ; celle des hémorrhoïdes, par les sangsues ; celle des règles, par la saignée, les emménagogues ; la retention d'urine, par la sonde, les bains, les diurétiques, etc.

Les tremblements qui doivent leur naissance à des humeurs atrabilaires portées au cerveau, demandent une promte révulsion, et leur expulsion du corps par des purgatifs.

Les humeurs cacochimiques, scorbutiques, qui produisent le tremblement, doivent être évacuées, corrigées ; ensuite on rétablira le ton des viscères par des corroborants internes et externes, par les antiputrides, par les frictions d'huile de castor et d'esprits de plantes aromatiques.

Il résulte de ce détail que tout tremblement est causé par le déréglement de l'action des solides ou des fluides qu'il faut rétablir pour en opérer la guérison ; mais comme le tremblement fébrile est un épiphénomene de la fièvre, nous lui devons un article à part.

TREMBLEMENT FEBRILE, (Médecine) le tremblement de la fièvre est mieux connu qu'on ne peut le définir. Il suppose une alternative de tension et de relaxation dans les muscles ; il suppose aussi des causes qui se succédant les unes aux autres, tendent et relâchent les muscles promtement et involontairement ; la circulation du liquide artériel et du suc nerveux, tantôt continuée, et tantôt interrompue, et par conséquent le cours de ces deux fluides suspendu, tantôt au commencement, et tantôt sur la fin de la maladie ; enfin leur longue absence à la suite d'une grande déperdition.

Si le tremblement dure longtemps, il forme des obstacles à la circulation des humeurs, et produit les vices qui en sont des suites. De-là on peut tirer son diagnostic et son pronostic.

Les accès des fièvres intermittentes et remittentes, et surtout de la fièvre quarte, commencent par le tremblement qui cesse de lui-même, et est succédé par la chaleur ; celui qui subsiste encore après la guérison de la maladie, doit être regardé comme l'effet de la débilité du corps.

Les tremblements offrent des pronostics différents dans les fièvres continues, ardentes, aiguës, inflammatoires ; ainsi, par exemple 1°. les tremblements qui paraissent au commencement de ces sortes de fièvres n'annoncent aucun danger, dès qu'ils ne sont pas durables. 2°. Mais les tremblements qui augmentent avec le mal, présagent ordinairement le délire, les convulsions, et autres maux de la tête, si on n'y remédie par la saignée, les purgatifs, l'écoulement du ventre. 3°. Ceux qui viennent dans un jour critique avec d'autres bons signes, annoncent une crise ; autrement ils désignent une triste métastase et la mort, si d'autres signes fâcheux les accompagnent. 4°. Dans le déclin du mal et la destruction des forces ils sont toujours mauvais, car alors ils proviennent de la corruption des humeurs, de quelqu'autre fâcheuse métamorphose, de l'engorgement spasmodique du cerveau, etc.

La méthode curative des tremblements fébriles consiste à rétablir l'égalité de la circulation et de la pression du sang artériel et des esprits, de l'un contre les parois des artères, et des autres sur les fibres motrices : c'est ce qu'on peut faire au commencement de la maladie par l'usage des remèdes qui dissipent la lenteur, qui rétablissent les forces ; et à la fin par ceux qui peuvent réparer en peu de temps les liquides qu'on a perdus, et fortifier les fibres et les viscères. V. les beaux commentaires du docteur Van-Swieten. (D.J.)

TREMBLEMENT, en Musique, est le nom qu'on a donné quelquefois à cet agrément du chant que les Italiens appellent trillo, et que nous ne connaissons aujourd'hui que sous le nom de cadence. Il y en a de plusieurs sortes distinguées sous divers noms par les maîtres de goût du chant. Voyez CADENCE, GOUT DU CHANT. (S)