POULPE, polypus, s. m. (Histoire naturelle) insecte aquatique, du genre des vers zoophytes. Il y a plusieurs espèces de polypes ; les uns sont dans l'eau salée, et les autres dans l'eau douce. Les plus grands polypes de mer ressemblent au calmar et à la seche, par la bouche, les yeux, et les viscères, et par le nombre des cornes, que l'on peut regarder comme des bras ou comme des jambes, car l'animal s'en sert comme de mains et de pieds ; ces bras diffèrent de ceux de la seche et du calmar, en ce qu'ils sont tous d'égale longueur, et qu'ils ont deux rangs de suçoirs. Les polypes n'ont point de nageoires ; ils diffèrent aussi des autres animaux mous, en ce que leur ventre est plus petit et que leurs bras sont plus longs. Ils ont dans une vessie située au-dessous de l'estomac une liqueur rougeâtre, comme la seche a une liqueur noire. On trouve de ces polypes dans la haute mer, et d'autres sur les côtes. Ils sortent de l'eau ; leurs bras renaissent lorsqu'ils ont été mutilés ; ces animaux vivent de coquillages et de feuilles de figuier et d'olivier ; leur chair est dure et indigeste.

Les polypes de la seconde espèce ont moins de volume que ceux de la première ; ils sont mouchetés, et ils ne valent rien à manger.

Ceux de la troisième espèce ont le corps plus court et plus arrondi que les autres, et les bras plus longs ; il n'y a qu'un rang de suçoirs sur chaque bras : ces polypes ont une odeur de musc.

On a donné le nom de polype à l'animal du coquillage appelé nautile. Voyez NAUTILE. Rondelet, Histoire des poissons, liv. XVII.

Les polypes d'eau douce ont été connus dans le commencement du siècle présent ; il en a été fait mention dans les Transactions philosophiques pour l'année 1703, par Leuwenhoeck, et par un auteur anglais anonyme, qui avaient des notions de la manière naturelle dont les polypes se multiplient ; mais ce n'a été qu'en 1740 que M. Trembley, de la société royale de Londres, a découvert cette reproduction merveilleuse qui se fait dans toutes les parties d'un polype après qu'on les a séparées. M. Trembley a décrit trois espèces de polypes qui sont doués de cette propriété, et qu'il appelle polypes d'eau douce, à bras en forme de cornes.

Les polypes de la plus petite de ces trois espèces sont d'un assez beau verd ; lorsqu'on les voit attachés à la tige d'une plante aquatique et immobile, ils ressemblent à une plante parasite, à des brins d'herbes, ou à l'aigrette de la semence de dent de lion ; mais lorsqu'ils retirent leurs bras et qu'ils les font disparaitre, lorsqu'ils se contractent subitement et si fort que le corps ne parait être qu'un grain de matière verte, lorsqu'ensuite les bras reparaissent et s'étendent, et que le corps reprend sa première forme ; enfin lorsqu'on les voit marcher, on ne peut plus douter qu'ils ne soient des animaux. Leur corps est assez délié ; de l'une de ses extrémités sortent des cornes qui servent de pieds et de bras et qui sont encore plus déliés que le corps : on peut donner à cette extrémité le nom de tête, parce que la bouche s'y trouve. Le corps et même les bras des polypes s'accourcissent et deviennent plus gros en se contractant ; ils se réduisent quelquefois à une ou deux lignes de longueur. Ils s'allongent et deviennent plus minces en se dilatant. Le corps de la plupart des polypes verds a cinq ou six lignes de longueur lorsqu'il est étendu. La longueur du corps des polypes de la seconde et de la troisième espèce, est long au moins de huit lignes et au plus d'un pouce et demi ; la couleur de ces polypes est teinte de rouge et de brun. Le nombre des bras varie dans les polypes de ces trois espèces, depuis six jusqu'à douze ou treize, et même dix-huit ; ceux des polypes verds n'ont que trois lignes de longueur ; les bras des polypes de la seconde espèce sont ordinairement longs d'un pouce, et s'étendent jusqu'à deux et même trois pouces ; les bras ont jusqu'à huit pouces et demi de longueur dans les polypes de la troisième espèce ; aussi M. Trembley les a-t-il appelés polypes à longs bras.

Tous les insectes se contractent lorsqu'on les tire de l'eau ; la chaleur les anime, le froid les engourdit, mais il en faut un degré approchant de celui de la congelation pour les réduire à une parfaite inaction ; alors ils restent plus ou moins contractés dans l'état où ils étaient lorsque le froid les a saisis.

Les polypes renflent leur corps et le courbent à leur gré ; ils fléchissent aussi leurs bras en tout sens ; ils marchent comme les chenilles appelées arpenteuses, et divers autres insectes aquatiques. Lorsqu'un polype suspendu dans l'eau par la partie postérieure de son corps à la tige d'une plante veut changer de place, il courbe son corps en arc de cercle, et il applique la partie antérieure, ou seulement un bras, ou tous les bras contre la même tige ; il approche la partie postérieure de l'antérieure ; ensuite il éloigne l'antérieure de la postérieure, et par ce moyen il fait un pas. En répétant cette manœuvre les polypes se transportent d'un lieu à un autre, mais fort lentement ; ils ne parcourent qu'une longueur de sept à huit pouces en une journée d'été, et lorsqu'il fait moins chaud ils sont encore plus lents. Ces insectes ont différentes façons de marcher ; ils font quelquefois des culbutes au lieu de faire des pas : lorsqu'ils sont fixés par les deux extrémités de leurs corps étant courbés en arc, ils relèvent l'une des extrémités en s'étendant en ligne droite, et la font retomber de l'autre côté en se recourbant en sens contraire. Ils peuvent marcher sous la surface de l'eau, en s'y attachant comme à un corps solide ; pour cet effet ils font passer une des extrémités de leur corps ou de leurs bras au-dessus de l'eau et l'y laissent secher ; étant seche elle s'y soutient, et l'insecte y trouve un point d'appui de la même façon qu'une épingle que l'on couche doucement sur l'eau y reste : le polype marche en faisant sortir et rentrer successivement les extrémités de son corps à différents points de la surface de l'eau.

Le corps des polypes est un tuyau creux d'un bout à l'autre ; l'orifice qui se trouve à l'extrémité antérieure du corps est la bouche, comme il a déjà été dit ; il y a aussi un orifice à l'extrémité postérieure, mais il ne s'ouvre que rarement ; il ne fait pas les fonctions d'un anus, car les polypes rendent leurs excréments par la bouche. Les bras sont creux, et leurs cavités communiquent avec celles du corps. Les polypes se nourrissent de petits insectes ; ils les arrêtent et ils les saisissent avec leurs bras, qui ont la propriété de se coller et d'adhérer aux différents corps qu'ils rencontrent, et de s'en séparer au gré de l'animal. Lorsqu'un polype a saisi un insecte avec ses bras, il les contracte et les raccourcit pour l'attirer vers sa bouche ; dès qu'elle touche à la poitrine, elle se dilate ; les lèvres s'étendent pour envelopper ce qui se présente et l'attirent dans le corps du polype par une sorte de suction. M. Trembley a nourri des polypes en leur donnant des mille-piés assez déliés, longs de sept à huit lignes, qui ont une trompe ou dard charnu au-devant de la tête ; de petits pucerons branchus, qui ont été ainsi nommés parce qu'ils ont deux bras ramifiés qui s'élèvent au-dessus de leur tête, et qui leur servent de nageoire ; de petits vers et d'autres insectes aquatiques. Les polypes en avalent qui sont plus longs et plus gros que leur corps ; la bouche et le corps se dilatent, et le ver se trouve replié de manière qu'il n'en reste aucune partie au-dehors du corps des polypes. Lorsque deux de ces insectes attaquent un même ver, ils l'avalent chacun par une de ses extrémités ; et lorsque leurs bouches se rencontrent sur le milieu du ver, il arrive quelquefois que l'un des polypes n'est pas arrêté par cet obstacle, il avale l'autre polype avec la portion du ver qui se trouve dans son corps ; mais au bout d'une heure ce polype sort sain et sauf du corps de celui qui l'avait englouti ; il n'y perd que sa proie. On a vu aussi des polypes avaler leurs bras lorsqu'ils étaient entrelacés avec leur proie ; au bout de vingt-quatre heures le bras sortait du corps du polype sans paraitre y avoir été altéré. Ces faits prouvent que les polypes ne se mangent pas les uns les autres, ou au-moins qu'ils ne peuvent pas digérer leurs semblables. M. Trembley est parvenu à introduire des polypes vivants dans l'estomac d'autres polypes. Après y être restés pendant quatre ou cinq jours, ils en sont toujours sortis vivants, au-lieu que les autres animaux qui leur servent de nourriture n'y peuvent pas vivre plus d'un quart-d'heure. Les polypes mangent plus en été qu'en hiver ; le volume des aliments qu'ils peuvent prendre en une seule fois est triple ou quadruple de celui de leur corps. Ils se passent de nourriture pendant longtemps ; M. Trembley en a eu qui ont vécu pendant quatre mois sans aucun aliment, mais le volume de leur corps était diminué ; au contraire, l'accroissement des polypes est fort prompt lorsqu'ils mangent beaucoup et souvent. La couleur des aliments, leur présence ou leur absence, la contraction ou la dilatation du corps des polypes, font varier leur couleur, et la rendent plus ou moins foncée.

M. Trembley a nourri des polypes qui vivaient encore après deux ans ; ces insectes sont sujets à avoir de petits poux, très-communs dans les eaux, qui les incommodent, et qui même les mangent et les font mourir. Pour avoir des polypes il faut les chercher dans les recoins que forment les fossés, les mares et les étangs, dans ces endroits où le vent pousse et rassemble les plantes qui flottent sur l'eau ; on les trouve indifféremment sur toutes sortes de corps, sur toutes les plantes aquatiques ; ils sont posés sur le fond des fossés, ou suspendus à la superficie de l'eau. Il est plus difficile de les trouver en hiver qu'en été, parce qu'ils restent au fond de l'eau avec les plantes.

Leuwenhoeck et l'auteur anonyme, dont il a déjà été fait mention, avaient découvert au commencement de ce siècle la génération naturelle des polypes. M. Trembley n'ayant aucune connaissance de ces observations, fit la même découverte en 1741 ; il aperçut, le 25 Février, sur le corps d'un polype une petite excrescence d'un verd foncé ; dès le lendemain, cette excrescence avait environ un quart de ligne de longueur et une figure à-peu-près cylindrique ; le 28, elle était longue au-moins d'une demi-ligne ; le même jour, quatre bras commencèrent à pousser sur cette excrescence : ils avaient déjà trois lignes de longueur le 18 de Mars, lorsque le jeune polype se sépara de sa mère. Cette séparation se fait aisément, parce qu'alors les deux polypes ne tiennent l'un à l'autre que par un fil très-délié ; ils s'appuyent sur quelque corps, et le moindre effort qu'ils font en se contractant, suffit pour rompre le faible lien qui les unissait. Les bras ne poussent pas tous ensemble ; il n'en parait d'abord que quatre ou cinq ; les autres sortent dans la suite, et même après que le jeune polype est séparé du corps de sa mère. C'est ainsi que M. Trembley appelle le polype, qui produit ou qui a produit des petits ; il est aussi-bien le père que la mère, comme on le dira dans la suite. Avant que le jeune polype soit séparé de sa mère, il prend des aliments ; il saisit la proie qui se rencontre ; il l'approche de sa bouche et l'avale. Il croit très-promptement, lorsqu'il fait chaud et que les aliments ne manquent pas : vingt-quatre heures suffisent pour son accroissement, et deux jours après avoir paru sur le corps de sa mère, il s'en détache ; mais en hiver il y en a qui ne prennent leur accroissement qu'en quinze jours, et qui ne se séparent de leur mère qu'après cinq ou six semaines : lorsque la nourriture manque au jeune polype, il quitte sa mère plus tôt qu'il ne le ferait, s'il n'était pas pressé par la faim. La cavité du corps du jeune polype communique avec celle du corps de la mère ; il est formé par un prolongement de la peau de cette mère. Les aliments qu'il prend, après avoir passé d'un bout à l'autre de son estomac, c'est-à-dire, de la cavité de son corps, car il n'y a point de viscères, entrent dans celui de la mère, et réciproquement ceux qu'elle prend entrent dans l'estomac du jeune polype. S'il y a plusieurs polypes sur la même mère, il suffit que l'un d'eux ou la mère prennent des aliments pour qu'ils soient tous nourris ; mais lorsqu'ils ont pris leur accroissement, et qu'ils approchent du temps où ils doivent se séparer de leur mère, le diamètre de la partie postérieure de leur corps, qui tient à celui de la mère, s'accourcit ; l'orifice qui servait de communication entre la cavité du corps de la mère et celle du corps du jeune polype, se ferme, et alors les aliments ne peuvent plus passer du corps de l'un dans celui de l'autre.

Les polypes sont très-féconds lorsqu'il fait chaud et que les aliments sont abondants. Un seul polype en produit environ vingt en un mois, et chacun de ces vingt commence à en produire d'autres quatre ou cinq jours après son apparition sur le corps de sa mère. M. Trembley en a vu une qui portait sa troisième génération ; du petit qu'elle produisait sortait un autre petit, et de celui-ci un troisième. Un polype à longs bras, que le même auteur a observé, quinze jours après avoir commencé à sortir du corps de sa mère et neuf jours après s'en être séparé, avait un pouce et un quart de longueur lorsqu'il était bien étendu ; dix jeunes polypes sortaient en même temps de son corps, et quatre ou cinq de ces jeunes étaient longs de sept à huit lignes ; il y en avait huit d'entr'eux qui étaient parfaitement formés et en état de manger ; de plus, cinq de ces derniers produisaient des petits ; de l'un de ces cinq il en sortait trois, de deux autres il en sortait deux, et enfin les deux derniers en poussaient chacun un. Quelques-uns des polypes de cette seconde génération avaient déjà des bras et prenaient même des pucerons : M. Trembley en fournissait en abondance à ce grouppe de polypes qu'il nourrissait chez lui. Ceux qui n'ont pas tant d'aliments ne sont pas si féconds : M. Trembley n'en a jamais trouvé dans des fossés qui eussent plus de sept petits attachés à leur corps. Il s'est assuré par un grand nombre d'expériences que tous les polypes produisent des petits, qu'ils se multiplient par rejetons sans accouplement, sans aucune communication des uns avec les autres. On a aperçu sur ces insectes des corps sphériques que l'on pourrait regarder comme des œufs ; M. Trembley a soupçonné qu'un de ces corps était devenu un polype ; M. Allamand a eu le même soupçon : mais ni l'un ni l'autre n'a vérifié ce fait. M. Trembley a vu quelques polypes qui se séparent d'eux-mêmes en deux parties qui deviennent chacune un polype entier. Il y a des polypes qui ont un ou deux bras fourchus ; d'autres ont deux têtes l'une à côté de l'autre. M. Trembley en a vu un qui avait une tête, des bras, et une bouche à chacune de ses extrémités, et qui mangeait indifféremment par l'une ou par l'autre de ses bouches : le corps était creux dans toute son étendue.

Lorsqu'on a coupé un polype en deux parties par le milieu de sa longueur, il arrive souvent que la partie antérieure marche et mange dès le jour même de l'opération, si elle a été faite en été. Dans le fort de cette saison, au bout de vingt-quatre heures, la seconde partie du polype, qui a été coupée, commence à pousser des bras, et en deux jours elle est en état de manger ; mais dans un temps froid, la tête ne se forme qu'en quinze ou vingt jours. Si l'on coupe transversalement un polype qui pousse des petits, ils continuent à croitre après la section ; quelquefois même il s'en forme de nouveaux avant que la partie coupée ait pu manger. Quelques petites que soient les parties coupées, quel que soit le nombre de ses parties, elles deviennent chacune un polype parfait : mais lorsqu'on n'a coupé que les bras, ils ne sont pas devenus des polypes. Les portions du corps de ces insectes, coupés longitudinalement, produisent un polype entier comme celles qui ont été coupées transversalement. Lorsqu'un polype entier n'a été coupé qu'en deux portions longitudinales, chacune ayant des bras prend bien-tôt la forme d'un polype parfait ; en une heure chaque portion se plie en gouttière, approche ses bords latéraux l'un de l'autre, et les réunit de façon qu'il n'y reste aucune cicatrice, &, pour l'ordinaire, au bout de vingt-quatre heures le nouveau polype est en état de saisir sa proie et de l'avaler. En quelque nombre de portions longitudinales que l'on coupe un polype, chacune produit un polype entier. Si l'on divise les deux extrémités du corps d'un polype, ou seulement l'une ou l'autre en plusieurs parties, sans les détacher du reste du corps, ces parties ne se réunissent pas, mais elles deviennent chacune une tête ou une queue selon leur situation : M. Trembley a fait croitre jusqu'à huit têtes sur un seul polype. Si on coupe ces têtes, il s'en forme de nouvelles sur le polype, et les têtes coupées deviennent chacune un polype entier. Si l'on hache un de ces insectes par morceaux, chacun de ces morceaux se gonfle d'abord et forme une cavité dans son intérieur et une bouche à l'une de ses extrémités : en peu de jours c'est un polype en état de manger de petites parcelles de vers. Tous ces polypes qui n'ont pour origine que des portions de polypes, ne différent en aucune manière de ceux qui ont été produits naturellement par un polype entier, et produisent aussi d'autres polypes. Il a déjà été dit que le corps des polypes est creux d'un bout à l'autre : M. Trembley a trouvé le moyen de le retourner comme un gant, de sorte que ses parois internes se trouvassent à l'extérieur, et les externes à l'intérieur. Mais l'insecte se remettait bien-tôt dans son premier état ; il a fallu, lorsque le corps était retourné, passer une soie de sangliers à-travers près des lèvres, pour l'empêcher de reprendre son premier état ; car c'est en rabattant les lèvres en-dehors vers l'extrémité postérieure du corps, qu'un polype qui a été retourné commence à cesser de l'être. Les polypes que M. Trembley a retournés et traversés par une soie, mangeaient trois ou quatre jours plus ou moins après l'opération ; ils croissaient et multipliaient comme les autres. Si le polype que l'on retourne porte un jeune polype qui soit déjà grand, il se trouve après l'opération en partie dans l'estomac de la mère, et en partie au-dehors, car la tête et les bras du jeune polype passent au-dehors de la bouche de la mère : mais il se détache bien-tôt. Si ce jeune polype est fort petit, l'estomac de la mère le renferment en entier au moment qu'elle est retournée, mais dans l'espace de quelques minutes il se retourne de lui-même, et en se retournant il passe au-dehors de l'estomac de la mère par l'ouverture qui servait de communication entre la cavité de son corps et celle du corps de la mère, avant qu'ils ne fussent retournés ni l'un ni l'autre ; ensuite il continue à croitre, et il se détache comme ceux qui n'ont pas été retournés. Lorsqu'un polype retourné a rabattu ses lèvres en-dehors sur son corps, il se forme à l'endroit où se trouvent ses lèvres, une ou plusieurs bouches, et il arrive des changements fort extraordinaires à ce polype. M. Trembley a introduit un polype dans le corps d'un autre polype, mais il en sortait quoiqu'ils fussent traversés tous les deux par une soie de sanglier : le polype intérieur fendait le polype extérieur et se trouvait placé à côté de lui, étant toujours traversés l'un et l'autre par la soie de sanglier : il est arrivé qu'ils ne se sont pas séparés en entier mais seulement en partie, et qu'ils restaient en partie unis l'un à l'autre et pour ainsi dire entés l'un sur l'autre. M. Trembley ayant retourné un polype et l'ayant introduit dans le corps d'un autre, de manière que la tête du polype intérieur sortait au-dehors de la bouche du polype extérieur, les deux polypes étant traversés par une soie de sanglier, ils sont restés l'un dans l'autre ; la bouche du polype extérieur s'est collée sur le cou du polype intérieur : M. Trembley n'a pu savoir si le reste du corps de ce polype avait été dissous dans l'estomac du polype extérieur, ou s'il s'était incorporé avec sa substance. Quoi qu'il en sait, il est certain que de deux polypes on n'en fait qu'un par ce moyen, tandis qu'au contraire on fait plusieurs polypes d'un seul en les coupant par morceaux. On peut réunir deux portions d'un polype ou de différents polypes de la même espèce, car il est douteux que cette réunion se fasse sur des portions de polypes de différentes espèces, pour cette opération, on place les deux portions de polypes l'une contre l'autre ; si elles s'écartent, on les rapproche et on les maintient de façon qu'elles se touchent ; après que les deux bouts se sont touchés pendant un quart d'heure, une demi-heure ou une heure, on commence à s'apercevoir qu'ils s'attachent l'un à l'autre. Mém. pour serv. à l'hist. d'un genre de polypes d'eau douce à bras en forme de cornes, par M. Trembley. Voyez dans son ouvrage la description d'un polype à panache.

POLYPE, c'est un nom générique commun à différents corps, qui n'ont d'autre analogie que la multitude de pieds, de branches, ou de ramifications. C'est cette figure, ce caractère qui a donné lieu à leur dénomination : le mot polype est tiré du grec , composé de , plusieurs, et , pied ; il signifie aussi littéralement, qui a plusieurs pieds. Il y a un insecte singulier et merveilleux de ce nom ; on trouve quelquefois dans le cœur et les gros vaisseaux des concrétions que l'on a appelées ainsi ; il s'en présente aussi dans les narines, assez différentes, auxquelles on a donné le même nom ; et ainsi polype envisagé sous ces trois points de vue, est l'objet particulier du médecin, du naturaliste, et du chirurgien.

POLYPE du cœur, (Médecine pratique) Nous allons extraire cet article du traité du cœur du célèbre M. de Senac, ouvrage excellent qui ne laisse rien à désirer sur la structure, l'action, et les maladies de cet organe essentiel et auparavant peu connu : nous sommes fâchés d'être réduits à ne donner qu'un extrait des détails intéressants où il entre sur la question présente ; et ce n'est pas un léger embarras que de pouvoir se décider judicieusement sur le choix de ce qu'il faut omettre ou rapporter. Nous renvoyons le lecteur, curieux de s'instruire plus à fond, à l'ouvrage même qui est entre les mains de tout le monde, liv. IV. chap. x. tom. II. pag. 442. et suiv.

Définition et nature du polype. Les concrétions qu'on trouve par l'ouverture des cadavres, soit dans le cœur, soit dans les gros vaisseaux, sont désignées par différents auteurs sous les noms de caroncule, de graisse, de mucosité, de substances charnues, de lambeaux charnus, de masses de chair noire, de membranes longues et tenues, etc. Bartholet passe pour le premier qui leur a donné le nom de polype, ou matière polypeuse : cette dénomination tirée de sa figure, a été adoptée par Pistinus, Tulpius, Bartholin, Malpighi, et tous les auteurs qui les ont suivis.

La matière dont les polypes sont composés ne peut être que des fluides privés de leur état de fluidité, épaissis et condensés plus ou moins fermement : à en juger par les différents noms que les polypes ont reçu, ils sont tantôt des excrescences charnues, tantôt des matières pituiteuses, quelquefois ils ne sont qu'une gelée ou une concrétion muqueuse, etc. mais ces noms tirés des variétés accidentelles dans la couleur et la forme de ces excrescences, plutôt que d'un examen attentif et des expériences certaines, ne doivent rien décider sur la nature des polypes. On peut tirer plus de lumières de deux différences générales qu'on observe dans leur couleur, et auxquelles doivent se rapporter toutes les autres variétés ; les uns sont blancs, les autres sont rouges ; ceux-ci, plus semblables au sang, paraissent être en grande partie un tissu de globules rouges ; ceux-là, analogues à la substance lymphatique et gélatineuse qui fait partie du sang, paraissent en être entièrement composés : la différente combinaison de ces parties produira les variétés dans la consistance et les couleurs ; le sang est quelquefois tout blanc, selon les observations de Lower, de Borel, de Rhodius, de M. de Senac, etc. alors sa coagulation formera des polypes de la même couleur : dans les cas même où il conserve sa couleur naturelle, la partie lymphatique qui contient des matières gélatineuses en forme de vessie, de la graisse, de la mucosité, n'a qu'à se séparer de la partie rouge, elle s'épaissira, se condensera, les concrétions qui en seront composées seront blanches si cette même substance, facile à se coaguler par le repos et le froid, retient les globules rouges enveloppés dans son tissu visqueux, elle donnera naissance aux polypes rouges : il ne parait pas en effet que le sang dépouillé de cette partie lymphatique, put se coaguler au point de former une substance compacte ; les globules rouges seuls ne peuvent se rassembler en une masse qui ait tant de consistance, ils conservent aussi leur fluidité pendant longtemps, dès qu'on leur a enlevé cette espèce de lien qui les enchaîne et les rapproche.

L'arrangement des parties qui composent le polype ne parait pas fortuit, il ressemble au tissu d'une toile ; cette espèce de réseau est également formé par les parties blanches et par les globules rouges ; cette disposition singulière avait fait regarder ces concrétions comme un tissu organique. Trompés par quelques trainées de globules rouges, plusieurs auteurs et Manget entr'autres, avaient cru que des vaisseaux sanguins concouraient à former et entretenir ces excrescences ; c'est à la plus ou moins grande facilité qu'ont les différentes parties à s'unir, à leur différent degré de cohésion, à leur hétérogénéité, qu'on doit attribuer la structure de ce tissu réticulaire ; le mouvement du sang et l'action des vaisseaux en agitant les concrétions, serrent et allongent les aires qui résultent de filaments croisés, et rendent ces masses plus compactes en leur donnant plus d'étendue. La plupart des polypes et même tous, suivant Bartholet, peuvent être divisés en plusieurs membranes ; ils sont composés de plusieurs couches, ou lames comme membraneuses, roulées les unes sur les autres à-peu-près comme dans les racines bulbeuses. La structure et la disposition de ces couches, confirmées par l'anatomie que Malpighi fit d'un polype de la grosseur des deux poings, trouvé par Borelli dans l'aorte, ne peuvent dépendre que de la diversité des temps où arrivent ces coagulations ; il se fait d'abord une couche sur les matières auxquelles le polype est attaché, ensuite il s'en dépose une autre sur la seconde, et ainsi de suite : c'est ainsi que se forment les calculs biliaires, c'est ainsi qu'étaient formées les coagulations que Malpighi trouva autour d'une aiguille dans l'estomac d'une poule.

Variétés des polypes. La diversité des matières qui se condensent, et des endroits où se forme le polype, donnent lieu aux variétés qu'on observe dans leur substance, leur dureté, leur couleur, leur attache, leur figure et leur étendue ; les parties lymphatiques sont la base de toutes les concrétions polypeuses ; mais elles peuvent être mêlées avec une plus ou moins grande quantité de matières graisseuses, muqueuses, ou de globules rouges ; de là les polypes, qu'on appelle graisseux, muqueux, ou sanguins ; de là ces dénominations qu'ont employé Vormius, Vesale, Schenckius, Spigel, Riolan, Severin, Ambraise Paré, etc. par lesquelles ils ont prétendu indiquer la nature des concrétions qu'ils ont trouvées dans le cœur. On a cru avoir vu des polypes pierreux, mais de telles observations sont incertaines ; on ne trouve qu'un seul exemple rapporté par Posternius, de polype dont la substance fût friable. Leur consistance varie beaucoup, et augmente à proportion de la quantité de parties lymphatiques qu'ils renferment, et de leur ancienneté, d'où l'on peut tirer un signe assuré pour distinguer s'ils sont vrais ou faux. On appelle faux polype, ceux qui se forment sur la fin des maladies, ou après la mort ; ils sont molasses, faciles à diviser, peu différents du sang coagulé ; les vrais polypes sont ceux qui se sont formés longtemps avant la mort des malades, et qui ont même occasionné une partie des accidents, et rendu la maladie plus dangereuse ; ils sont plus durs, plus élastiques, plus membraneux. La couleur des polypes sera d'autant plus blanche, qu'il y aura moins de mélange dans la lymphe ; elle tirera sur le rouge ou le noir, le gris ou le jaune, suivant qu'il y aura plus de globules rouges et qu'ils seront plus pressés, et suivant le mélange de la sérosité de la gelée de la bile. Riolan, Bartholin et Malpighi assurent avoir observé que les polypes qui naissent dans le ventricule droit sont ordinairement blancs, semblables au lardon, à la pituite, et qu'ils sont noirâtres dans le ventricule gauche ; ces observations vraies le plus souvent, ne souffrent que des exceptions très-rares.

Les variétés qu'on remarque dans les polypes, relativement à leurs attaches, viennent de ce que les uns sont attachés plus ou moins fortement aux parois du cœur ou des vaisseaux : d'autres suivant les observations rapportées dans les actes de Berlin, sont flottants, et peuvent changer de place à chaque instant. Parmi ceux qui sont adhérents, il y en a qu'on ne peut séparer que très-difficilement du cœur ; telles étaient les concrétions polypeuses dont parle Posternius, qui étaient incorporées aux parois des ventricules, de façon qu'on ne put bien les détacher sans déchirer la substance du cœur ; telles étaient aussi les polypes que Kisternius appelle innés. La plupart des polypes ont des branches ou des appendices qui s'attachent aux colonnes des ventricules ou à ses valvules ; les membranes forment quelquefois des anneaux, comme l'a observé M. de Senac ; elles se prolongent souvent dans les cavités voisines. On a vu des polypes extrêmement allongés s'étendre du cœur dans les vaisseaux qui s'y abouchent jusques à une distance très-considérable. On en voit d'autres renfermés dans les ventricules et les oreillettes ; mais dans ces cavités leur volume n'est pas moins différent ; il est quelquefois excessif. Vesale dit avoir trouvé dans le cœur deux livres de chair noirâtre. Les différents endroits du cœur où naissent les polypes sont comme autant de moules qui en diversifient les figures à l'infini ; ainsi suivant ces situations fortuites, il y en a d'aplatis, d'allongés, de cylindriques, etc. il n'est point de formes qu'ils ne prennent ou ne puissent prendre ; rien de plus varié et de plus arbitraire que ces figures ; rien aussi de plus inutile que celles que Kerckringius, Bartholin et Tulpius ont fait dessiner des polypes qu'ils ont observés ; mais parmi toutes ces figures, les plus singulières sont celles des polypes creux ; la matière dont ils sont tissus s'applique quelquefois aux parois du cœur, et forment une cavité ; leurs branches qui passent dans les vaisseaux, sont en certains cas des canaux où le sang coule comme dans les artères et les veines. Tel était le polype que Malpighi trouva dans le cœur d'un jeune homme.

Causes des polypes. Il y a dans la lymphe et dans le sang, un principe de cohésion qui tend à rapprocher leurs parties et à les condenser en une masse solide ; mais le dernier effet de ce principe est dans l'état de santé, empêché par le mouvement progressif du sang, et par l'agitation intestine de ses globules ; dans le sang tiré dans une palette nous voyons la coagulation suivre à l'instant la cessation du mouvement progressif ; mais en même temps on observe que la coagulation diminue et se dissipe tout à fait lorsque le mouvement intestin parvenu à son dernier période, a mis le sang dans l'état de putréfaction. Est-il nécessaire que le sang soit tout à fait arrêté pour donner naissance aux polypes ? et ces concrétions ne se forment-elles, comme l'a pensé Kerckringius, que lorsque le froid de la mort s'est répandu dans tous les membres et a fait cesser tout mouvement ? Les observations sur lesquelles cet auteur étaye son sentiment sont peu concluantes, et ses expériences fautives. Il a trop généralisé son assertion : il aurait eu sans doute raison s'il se fût contenté de prétendre que toutes les concrétions polypeuses n'existent pas avant la mort, que la plupart sont l'ouvrage du froid ou de quelque maladie dans les derniers efforts de la machine qui se détruit ; mais il y a de ces concrétions extrêmement dures et tenaces, que nous avons appelé polypes vrais, qui se sont formés pendant la vie, qui ont altéré la santé et se sont manifestés par un dérangement considérable dans l'action du cœur, un trouble constant dans le mouvement du sang. Les polypes naissent ordinairement dans les cavités du cœur ou des gros vaisseaux, surtout quand ces vaisseaux sont dilatés par quelque anévrisme ; mais ils sont, suivant la remarque de Morgagni, beaucoup plus sujets à former des concrétions polypeuses lorsque leur surface interne devient inégale et raboteuse par quelque lésion ou par quelque déchirement ; la preuve en est que ces coagulations ne s'observent pas dans des artères qui ne sont que dilatées sans que leurs parois soient déchirées ; cette inégalité sert à arrêter quelques parties de sang qui ont plus de dispositions à se coaguler ; celles-ci forment une espèce de noyau autour duquel les autres parties mues très-lentement viennent se coller ; la matière de ces noyaux ou la base, et le premier fondement des polypes, sont pour l'ordinaire les parties lymphatiques qui se figent le plus aisément ; plus la lymphe durcira promptement, et plus elle retiendra de parties rouges ; la différente coagulation faite en divers temps du sang ou de la lymphe, formera les couches plus ou moins nombreuses de polypes ; la multiplicité des colonnes dont le cœur est rempli et composé, sont autant d'obstacles qui arrêtent le mouvement du sang, et autant de causes qui favorisent la génération des polypes dans le cœur ; le sang s'arrête facilement dans tous les interstices que ces piliers laissent entr'eux, lorsque le cœur ne se vuide pas entièrement, que ses contractions sont insensibles ; lorsqu'il y a quelqu'obstacle dans l'artère pulmonaire, l'aorte, les oreillettes, et les ventricules ; ces obstacles étant plus multipliés dans le ventricule droit et son oreillette, les polypes doivent y être plus fréquents ; le sang qui y aborde continuellement en grande quantité est épais, peu mêlé avec la lymphe ; il trouve dans le ventricule droit beaucoup de colonnes fort entrelacées : ce ventricule n'a pas une grande force, il doit pousser le sang à-travers le poumon, qui lui résiste souvent à cause des maladies auxquelles il est sujet, et à cause des mouvements dont il est agité. Les polypes qui se forment dans les grands anévrismes des artères, ceux qui naissent dans le cœur prouvent démonstrativement qu'il arrive des concrétions polypeuses dans le sein même des agens, qui sont dans un mouvement continuel, et qui mettent en jeu tous les autres ressorts des corps animés, et par conséquent qu'il n'est pas nécessaire pour la génération des polypes, que les humeurs soient dans un repos absolu ; une diminution de mouvement suffit ; et c'est à quoi se réduit l'effet de la plupart des causes éloignées de ces concrétions, ou des maladies à la suite desquelles on les trouve.

Ces causes sont, suivant des observations cadavériques souvent répétées, les passions violentes, une colere vive, une frayeur subite, des craintes continuelles, des chagrins excessifs, des efforts trop grands ; toutes les maladies du poumon, sans en excepter la phtisie, plusieurs affections convulsives, et surtout la syncope cardiaque. Lorsque le poumon est affecté, le sang acquiert plus de disposition à se figer ; pour l'ordinaire il devient coèneux ; il a d'ailleurs de la peine à circuler par tous les petits vaisseaux de ce viscère : double cause qui favorise la génération des polypes. Il se rencontre encore dans les asthmatiques une autre cause qu'a manifestée l'ouverture des cadavres ; c'est la distillation des ventricules et des oreillettes, très-ordinaire dans cette maladie, suivant les actes de Berlin et de Bauhin, qui donne lieu à l'accumulation et à la coagulation du sang ; mais cette dilatation contre nature ne serait-elle point une suite des obstacles qu'apportent à la circulation l'engorgement ou la constriction des vaisseaux pulmonaires d'un asthmatique ? Les polypes fréquents dans les phtisiques doivent surprendre ceux qui pensent que dans cette maladie le sang est extrêmement dissous ; mais est-il bien certain que le fait soit vrai ? N'a-t-on pas confondu un peu plus de fluidité avec une dissolution ? Ne pourrait-on pas penser que cet excès de fluidité dépend de l'immiscibilité de la lymphe avec la partie rouge, comme il arrive aux hydropiques et aux personnes attaquées des pâles couleurs, qui ne sont pas moins sujettes aux concrétions polypeuses ? Et dans ces cas le défaut de mouvement intestin, la séparation trop facile des parties lymphatiques nullement dissoutes, la langueur de la circulation, son passage difficile dans les poumons phtisiques, ne sont-ce pas autant de causes qui doivent concourir à la formation des polypes ?

Effets et signes des polypes. L'amas du sang dans les ventricules, ou dans les oreillettes, ou dans les veines, est le premier effet qui doit suivre la formation des polypes ; il variera suivant leur grosseur et leur situation : cet effet est commun à tous les obstacles qui gênent et retardent la circulation des humeurs. Les malades sentiront donc une pesanteur ou une oppression dans la région du cœur, qui est la source des inquiétudes et des angoisses familières aux polypeux dont plusieurs écrivains ont parlé. A ces accidents se joindra un sentiment douloureux, comme Vesale et Hartman l'ont observé. De ces obstacles opposés au cours du sang dans le cœur, naitront ces mouvements irréguliers, ces efforts redoublés pour les emporter, et l'espèce d'inquiétude de cet organe, connus sous le nom de palpitation de cœur, voyez ce mot. Quoique les polypes produisent des palpitations, on les a souvent attribuées sans raison aux concrétions qu'on a trouvées dans le cœur ; c'est une erreur dans laquelle Vieussens est tombé, comme l'observe M. de Senac. L'inégalité du pouls doit suivre et manifester le défaut d'uniformité qui se trouve dans l'action du cœur et des vaisseaux, et dans le mouvement du sang ; cette inégalité sera d'autant plus marquée, que les polypes pourront avoir divers mouvements : selon qu'ils se présenteront aux orifices du cœur, ou qu'ils s'éloigneront, le sang passera diversement ; de plus, la substance de ces concrétions peut céder et changer un peu de figure ; ces changements doivent nécessairement varier les pulsations des artères, et produire dans le pouls une inégalité variable ; cet effet ne pouvant être produit que par ces concrétions, en devient un des signes les plus assurés. Pour avoir un diagnostic exact, il faut aussi consulter ceux qu'on peut tirer des autres accidents, et surtout remonter à l'examen des causes qui ont précédé.

Les divers dérangements produits par les polypes dans les voies de la circulation, en doivent aussi occasionner dans les organes qui servent à la respiration. En effet, ces malades ont presque toujours une grande difficulté de respirer, souvent sans toux ; il y en a même qui ont un crachement de sang habituel, qui sont menacés de suffocation, qui éprouvent des espèces d'attaques d'asthme ; ces effets sont toujours plus marqués lorsque les polypes occupent les cavités gauches du cœur, parce que le sang sort des poumons avec plus de difficulté. Les syncopes fréquentes sont une suite très-ordinaire des polypes, surtout lorsqu'ils sont parvenus à une certaine grosseur ; et enfin la mort subite en est le dénouement le plus familier : par où l'on voit combien cette maladie est dangereuse, et comment, lorsque le polype est bien décidé, on doit établir le prognostic.

Curation du polype. Plus le danger est grand, et plus il est important de le dissiper ; mais par une fatalité attachée à la nature humaine, les maladies les plus graves sont les plus difficiles à guérir ; instruits des moyens par lesquels on peut prévenir ou affoiblir certaines causes qui produisent des polypes, nous ne connaissons aucun remède assuré pour les emporter quand ils sont formés ; et ce qui augmente encore l'inutilité des remèdes qu'on emploie si souvent sans succès dans cette maladie, c'est qu'on ne la connait que tard, que lorsque le mal rendu plus opiniâtre par l'ancienneté, n'est plus susceptible de guérison.

On pourra prévenir la formation des polypes à la suite des passions violentes, d'une colere vive, d'une joie excessive, d'une frayeur subite, d'un chagrin cuisant, d'un effort immodéré, par une ou plusieurs saignées, et par des boissons incisives, aqueuses : dans la tristesse habituelle ou la mélancholie, les saignées, à l'exception de quelque cas de pléthore très-rares, seraient déplacées, les remèdes les plus appropriés sont les remèdes moraux, qui tranquillisent et dissipent l'esprit, qu'on peut seconder par les eaux minérales ferrugineuses, l'usage du mars et des délayans convenables. Ces mêmes remèdes peuvent aussi être employés dans les maladies chroniques, où les concrétions polypeuses sont à craindre. Quoique dans ces maux qui gênent le passage du sang elles ne méritent l'attention que comme des objets éloignés ou des effets rares, il est très-important de ne jamais les perdre de vue.

Quand les polypes sont formés, on peut opposer à leur accroissement les remèdes généraux dont nous avons parlé ; pour empêcher que le sang n'ajoute de nouvelles couches, on ne peut que faciliter son cours, en diminuant sa quantité par les saignées, entretenir les excrétions, dont les dérangements produiraient de nouveaux obstacles. Les accidents que causent les polypes, deviennent plus fréquents et plus dangereux lorsque le corps est agité par les passions ou les mouvements violents : les excès de table, et l'usage des liqueurs spiritueuses, ne sont pas moins redoutables. C'est sur ces considérations qu'on doit établir le régime de ces malades, leur recommander une agitation légère de corps, une diete plus ou moins forte, mais appropriée, et une grande tranquillité d'esprit. Par ce moyen on écarte, on diminue les accidents, et on empêche l'augmentation des polypes.

Mais pour les fondre entièrement, il faudrait avoir un dissolvant convenable ; il n'est point encore connu. M. de Senac s'est appliqué à cette recherche importante ; et après diverses tentatives pour trouver quelque matière qui put détruire ces concrétions, il a observé que le vinaigre distillé, le sel ammoniac, la terre foliée, les esprits de térébenthine et de cochléaria, l'eau de miel, la décoction d'aristoloche, leur ont donné plus de consistance et de blancheur. Les seuls agens qui ont fait une dissolution de la lymphe figée et durcie, sont l'esprit volatil de sel ammoniac, le sel de tartre, le savon, l'eau de chaux, et les eaux de la Mothe. L'esprit de sel ammoniac a paru le plus efficace et le plus prompt ; mais on ne peut pas en faire intérieurement beaucoup d'usage, et en donner une quantité assez considérable pour en obtenir un effet sensible. Les autres remèdes pourraient être tentés ; il n'est cependant pas décidé si, ayant passé par les premières voies, ces dissolvants conserveraient leur efficacité : les expériences qu'on a faites sur l'eau de chaux, employée comme lithontriptiques en constatant cette vertu, ont prouvé qu'elle passait presqu'inaltérée dans le sang. Au reste ce n'est qu'un essai qu'on propose, dicté par l'amour de l'humanité ; on doit savoir très-bon gré à l'auteur des ressources qu'il offre, quelques légères qu'elles soient, puisqu'elles présentent toujours une lueur d'espérance dans une maladie qui passe pour désespérée, et qui à chaque instant menace d'une mort subite. (m)

POLYPE, terme de Chirurgie, tumeur qui se forme dans les narines par l'engorgement de la membrane pituitaire, ou par une congestion d'humeurs dans le tissu spongieux de cette membrane. Le nom de polype a été donné à cette maladie, parce qu'elle ressemble, selon quelques-uns, à la chair du poisson polype par sa couleur et par sa consistance ; et d'autres la nomment ainsi, à cause de la pluralité de ses racines, semblables à celles des pieds de ce poisson.

Cette dénomination ne tombe donc que sur les différences purement accidentelles ; et effectivement le polype n'est point un germe de maladie, mais une espèce qu'on doit ranger dans la classe des sarcomes.

Les polypes diffèrent en ce que les uns sont mols et charnus, d'autres ont une molesse muqueuse ; les uns sont indolents, d'autres sont douloureux ; il y en a de skirrheux, des carcinamuteux, etc. les uns sont accompagnés d'hémorrhagie ; il y en a dont la cause est benigne, d'autres sont causés par un virus scrophuleux, vérolique, et autres. Les uns restent longtemps petits, d'autres croissent beaucoup en peu de temps ; ceux qui ont acquis un volume considérable font vouter la cloison du nez dans l'autre narine, remplissent tout l'espace qui est derrière la luette, jettent le voile du palais en devant ; ils bouchent la trompe d'Eustache ; en appuyant sur les cornets ou lames spongieuses inférieures du nez, ils les affaissent peu-à-peu contre les os maxillaires supérieurs, ce qui comprime et oblitère l'orifice du conduit lacrymal : alors les larmes ne pouvant plus couler dans le nez, l'oeil est larmoyant, le suc lacrymal se dilate, et peut former par sa rupture et celle des téguments qui le recouvrent, une fistule lacrymale. Voyez FISTULE LACRYMALE.

Les signes diagnostics des polypes du nez ne sont point difficiles ; la difficulté du passage de l'air par les narines lorsque le polype est petit, le vice de la voix qui en est l'effet, l'impossibilité absolue de respirer sans avoir la bouche ouverte quand le polype est gros ; la présence d'un corps étranger dont le malade se plaint, sont des symptômes suffisans pour déterminer à faire l'examen d'une maladie qu'on reconnait à la simple vue.

Pour juger des différences accidentelles des polypes, il faut, outre les signes rationnels qui en indiquent beaucoup à un chirurgien éclairé, avoir recours à la sonde flexible et mousse, pour sentir où est l'attache principale de la tumeur, si elle a des adhérences à la voute du palais, à la cloison des narines, aux cornets supérieurs ou inférieurs du nez, etc. les connaissances qu'on tire de cet examen, doivent diriger l'habile chirurgien dans l'opération.

Le prognostic est différent, suivant la nature, les accidents, les complications du polype : ceux qui sont blancs ou rougeâtres, d'une consistance charnue et indolents, sont ceux dont on doit le plus, toutes choses d'ailleurs égales, espérer la guérison.

Elle s'obtient par la cautérisation, la section, l'extirpation et la ligature. La discussion des avantages et des inconvénients de ces différents moyens, qui peuvent être utilement employés selon les circonstances, fournit matière à un grand traité ; nous allons, suivant les bornes qui nous sont prescrites, dire un mot de chacun d'eux.

La cautérisation est rejetée mal-à-propos par la plupart des praticiens. J'ai vu réussir en portant par les moyens méthodiques, du beurre d'antimoine sur l'excraissance. Voyez PORTE-BOUGIE, sous l'article PORTE-AIGUILLE. L'impression du caustique produit une petite escare, et la réitération peut consumer totalement la maladie. Il serait peut-être dangereux de prendre cette voie pour un polype carcinomateux, car on sait que l'application des caustiques effarouche beaucoup l'humeur cancéreuse. Voyez CANCER.

La section a été proposée par les anciens ; ils conseillaient d'introduire dans les narines une petite spatule tranchante pour couper les racines du polype. On sent assez que ces auteurs n'avaient sur la Chirurgie que des connaissances spéculatives : un instrument tranchant ne doit et ne peut jamais être porté à nud dans aucun endroit soustrait à la vue, à-moins qu'il ne soit guidé par la présence du doigt. Fabrice d'Aquapendente a cependant trouvé un moyen de faire avec assurance la section des polypes du nez ; il a imaginé des pincettes dont les extrémités recourbées en dedans sont tranchantes, et qui par conséquent coupent la portion du polype qu'elles ont saisie, sans risque d'endommager l'organe du nez dans aucune de ses parties.

L'auteur assure s'être servi plusieurs fois de cet instrument avec succès ; et son autorité est d'un si grand poids, surtout dans les choses pratiques, qu'on pourrait, je pense, se servir bien utilement, du-moins en bien des circonstances, de cet instrument entièrement abandonné.

L'extirpation ou l'arrachement est le moyen le plus usité pour la cure radicale des polypes. Le malade, qu'on a préparé par les remèdes généraux et particuliers convenables à son état, s'assied sur une chaise, un peu penché, et tourné de façon que le jour permette de voir autant dans la narine qu'il est possible. Un aide-chirurgien tient le malade dans cette situation, en posant les mains croisées dessus son front ; et d'autres aides lui tiennent les bras. L'opérateur prend les pinces fenêtrées (voyez PINCETTE A POLYPE) ; il les tient avec la main droite, et en introduit l'extrémité dans la narine ; il embrasse la tumeur le plus avant qu'il peut ; et quand il l'a serrée, il fait deux ou trois tours pour tordre le pédicule, et il l'arrache en donnant des demi-tours de main.

M. de Garengeot ne conseille pas qu'on détache violemment le polype par l'extirpation. Lorsqu'il y en a quelque peu hors de la narine, on y doit faire, selon lui, une ligature avec un fil double et ciré, puis embrasser la tumeur avec les pinces pour la tirer encore un peu : on fera ensuite une seconde ligature au-dessus de la première, et on coupera le polype au-dessous de cette seconde ligature, ou d'une troisième si l'on a pu le tirer encore. On ne détachera point, suivant cette méthode, tout à fait le polype du nez, le reste tombera par la suppuration avec la ligature. On se propose, par cette manière d'opérer, de prévenir l'hémorrhagie, dont on assure que quelques personnes sont mortes après l'extirpation d'un polype nazal.

J'ai fait plusieurs fois l'extraction d'un polype sans toutes ces précautions, et j'en ai emporté la totalité sans avoir eu d'hémorrhagie menaçante. Fabrice d'Aquapendente n'a jamais vu survenir dans l'usage de ses pinces tranchantes, d'hémorrhagie qui n'ait cédé à l'injection du gros vin, ou simple, ou alumineux. Quelques praticiens se servent d'eau à la glace ; je me suis servi quelquefois d'oxicrat. Si l'hémorrhagie est imminente, et qu'elle ne cede point à ces moyens, il faut faire usage de celui dont M. Ledran est l'inventeur. On porte l'extrémité d'une bandelette avec le doigt index de la main gauche derrière le voile du palais, puis avec des pincettes introduites dans le nez on saisit cette bandelette, sur le milieu de laquelle on a cousu un bourdonnet assez gros pour boucher l'ouverture postérieure de la fosse nazale : on tampone antérieurement la narine avec de la charpie ; par ce moyen le sang est retenu dans la cavité du nez, et le massif que sa coagulation y formera, est un moyen de compression sur le vaisseau, d'où vient l'hémorrhagie.

Si le polype a quelques restes qu'on veuille mettre en suppuration, on peut, au moyen d'une bandelette ou seton chargé des médicaments convenables, panser journellement l'intérieur du nez dans toute l'étendue de la fosse nazale. La propreté exige qu'on tire la bandelette de la bouche dans le nez.

Les tumeurs polypeuses qui descendent derrière la luette, et qui jettent la cloison charnue en-devant, doivent être tirées par la bouche : dans ce cas on se sert de pincettes dont les branches sont courbes et suffisamment allongées ; on peut même dans quelques circonstances, à l'imitation de M. Petit, couper avec un bistouri la cloison charnue du palais.

M. Levret, de l'académie royale de Chirurgie, a publié un traité sur la cure radicale de plusieurs polypes de la matrice, de la gorge et du nez, opérée par de nouveaux moyens de son invention. Il propose la ligature pour ceux du nez comme pour ceux des autres parties : l'étroitesse du lieu, souvent exactement rempli jusque dans toutes ses anfractuosités par la présence du corps polypeux, pourra rendre cette ligature difficile à pratiquer. L'auteur donne tous les moyens de surmonter les obstacles autant qu'il est possible ; il a particulièrement inventé un speculum oris, pour opérer avec sûreté dans la gorge. Voyez SPECULUM ORIS. Les instruments qu'il propose pour le nez, sont, au volume près, les mêmes que ceux dont nous allons parler pour les polypes de la matrice.

POLYPES DE LA MATRICE : la membrane qui tapisse intérieurement la matrice est sujette à une extension contre-nature, par la congestion des humeurs dans le tissu cellulaire qui l'unit au corps de cet organe. L'obstruction des vaisseaux excrétoires suffit ici, comme au nez, pour former une tumeur sarcomateuse ; cette tumeur, en augmentant, passe par l'orifice de la matrice qu'elle dilate un peu ; mais parvenue une fois dans le vagin, et ne trouvant aucun obstacle, elle y croit en tout sens, et forme une tumeur lisse et piriforme, ayant une base large et attachée au fond ou aux parois internes de la matrice par un pédicule qui passe à-travers l'orifice de cet organe.

Quelques auteurs ont cru, et ce n'est pas sans vraisemblance, que dans quelques circonstances cette maladie pourrait bien avoir été originairement une mole. Voyez MOLE.

Les accidents du sarcome utérin, qu'on nomme ordinairement polype, sont, outre la gêne que cause la présence d'un corps étranger, des écoulements blancs fort incommodes, et des pertes de sang fréquentes, qui ruinent insensiblement le tempérament des malades, et les font à la fin périr d'inanition.

L'hémorrhagie est l'effet de la rupture des vaisseaux variqueux, qui rampent sur la surface de la tumeur. Voyez VARICE.

Il faut exactement distinguer la maladie dont nous parlons, de la chute et du renversement de matrice : la chute de matrice forme une tumeur plus grosse par la partie supérieure que par l'inférieure, et plus cet organe s'abaisse et descend du côté de la vulve, moins le vagin qui lui sert alors de ligament a de profondeur. Le renversement de matrice, c'est-à-dire l'accident par lequel le fond de cet organe passe à-travers son orifice, présente, de même que le polype, une tumeur dont la partie supérieure est étroite et passe à-travers l'orifice ; mais le pédicule n'est dans ce cas ni lisse, ni uni, comme dans le polype : d'ailleurs le renversement est un accident fort grave et imminent ; le polype au contraire est une maladie dont les accidents ne sont point urgens, et qui est des plus chroniques. Le renversement de la matrice est ordinairement occasionné dans un accouchement par les tentatives indiscrettement faites pour l'extraction du placenta trop adhérent au fond de la matrice.

Le renversement de la matrice exige une prompte réduction, où la gangrene survient par l'étranglement que fait l'orifice. Le sarcome ou polype de la matrice présente une autre indication ; on ne peut guérir la malade que par la soustraction de la tumeur, et on ne peut la faire surement que par la ligature. La difficulté est de la pratiquer, cette ligature, lorsque la tumeur ne parait point à l'extérieur : M. Levret a rendu un grand service à la Chirurgie par l'invention des instruments qu'il a mis au jour, pour lier les polypes tout près de l'orifice de la matrice, sans être obligé de les tirer en-dehors ; tiraillement infructueux quand la matrice est dans son lieu naturel, et qui tourmenterait cruellement les malades.

M. Levret avait d'abord présenté ses instruments à l'académie royale de Chirurgie en 1743 ; mais ayant fait de nouvelles réflexions, il les a corrigés et multipliés, et il vient d'en faire part au public, en 1749, dans un ouvrage particulier sur la cure des polypes. Comme je me suis servi moi-même des premiers instruments avec beaucoup de succès, j'ai cru que l'on verrait avec plaisir ceux qui sont essentiels pour pratiquer cette ligature, et la façon dont il faut s'en servir, renvoyant au surplus le lecteur curieux à la source que nous indiquons.

Je fus appelé au mois de Septembre 1747 par feu M. Soumain, célèbre accoucheur, pour voir une femme à qui il avait reconnu un sarcome dans le vagin, dont le pédicule passait par l'orifice de la matrice. La malade était réduite à l'extrémité par les pertes de sang auxquelles elle était habituellement sujette. Le volume de la douleur égalait celui d'un petit œuf de poule, et le pédicule était gros comme l'extrémité du doigt index. On reconnut la nécessité de faire la ligature de la tumeur près de l'orifice de la matrice, et on y disposa la malade par les remèdes généraux.

Je me chargeai volontiers de faire l'opération, comptant sur les instruments de mon confrere qui eut la complaisance de me les prêter.

Je fis asseoir la malade sur le bord de son lit, le tronc panché en arrière sur des oreillers : je lui mis un tabouret d'une hauteur convenable sous chaque pied. Placé entre ses jambes, j'introduisit le doigt index de la main gauche dans le vagin à la partie latérale droite de l'excraissance, et je glissai à la faveur de ce doigt une des branches de la pincette (fig. 1. Pl. XXXIV.) qui en prit la place. Je plaçai pareillement du côté opposé du polype l'autre branche de la pincette, dont je fis ensuite la jonction. La mécanique de cette jonction est détaillée pour la commodité des Couteliers, n °. 1, 2, 3, 4, même Planche. La jonction fut assujettie au point nécessaire par le bracelet de la branche femelle sur la cremaillere qui forme le manche ou partie postérieure de la branche mâle de cette pincette.

J'avais préparé auparavant l'anse du fil qui devait embrasser le pédicule, et j'avais monté les deux extrémités du fil sur les poulies de la pincette, nommée serre-nœud, fig. 2. Pl. XXXIV. il faut en outre pincer le centre de cette anse qui est l'extrémité opposée au nœud, fig. 3. et le fixer par le stylet d'une sonde de poitrine après l'avoir fait passer par ses yeux, voyez la SONDE DE POITRINE, fig. 1. Pl. X. M. Levret a un instrument particulier, qu'il appele, à cause de son usage, conducteur de l'anse. Au moyen de ces deux instruments, c'est-à-dire du serre-nœud que je tenais de ma main droite, et du conducteur qui était dans ma main gauche, je conduisis l'anse du fil pardessus les tenettes jusqu'au pédicule. M. Soumain soutint alors le manche du conducteur jusqu'à ce que j'eusse serré suffisamment, par des petits mouvements d'écartement et de rapprochement alternatif de l'extrémité antérieure des pincettes à poulies, l'anse du fil sur le pédicule. Voyez l'attitude propre à exécuter ces mouvements, Pl. XXXIV. fig. 4. Alors je retirai le conducteur ; j'éloignai ensuite les anneaux du serre-nœud avec les précautions requises ; la malade se plaignit comme si on l'eut pincée. Je retirai la pincette à poulies, et ayant fait des deux extrémités du fil un nœud simple qui fut conduit jusqu'à la vulve, je renfilai chaque bout sur les poulies, et M. Soumain en retint les extrémités, tandis qu'avec des petits mouvements alternatifs et successifs de l'écartement et du rapprochement des anneaux, je conduisais ce second nœud sur le premier pour l'affermir : je coupai les extrémités de la ligature à deux doigts de l'orifice du vagin, après avoir retiré les pincettes qui serraient le polype.

La tumeur et la ligature tombèrent au bout de deux fois vingt-quatre heures ; &, quoique le pédicule fût gros comme le doigt, l'anse de la ligature aurait à peine contenu le corps d'une plume d'oie. Nous avons touché la malade après la chute de l'excroissance ; nous avons trouvé l'orifice de la matrice en fort bon état : la malade a recouvré ses forces de jour en jour, et il n'a plus été question de pertes de sang, ni découlement blanc : elle a joui depuis d'une santé parfaite.

Cette observation prouve également la nécessité qu'il y a de lier les polypes utérins, et l'utilité des instruments avec lesquels cette ligature a été pratiquée.

M. Levret a beaucoup simplifié les moyens de faire la ligature des polypes de la matrice. Il a donné à ce sujet un excellent mémoire dans le troisième tome des Mémoires de l'académie royale de Chirurgie. Il serre le pédicule avec un fil d'argent, dont les deux extrémités passent dans deux cylindres creux adossés. La torsion du fil d'argent fait de la manière la plus simple et la plus sure la constriction du pédicule de la tumeur. Voyez l'ouvrage indiqué. (Y)