ou SUKOTARIO, s. m. (Zoologie) nom que les Chinois donnent à un très-gros animal remarquable par ses cornes, et qui parait être le taureau carnivore des anciens.

Cet animal est de la grandeur d'un grand bœuf ; il a le museau approchant de celui d'un cochon ; deux oreilles longues et rudes ; une queue épaisse et touffue. Ses yeux sont placés perpendiculairement dans la tête, d'une manière tout à fait différente de ce qu'ils sont dans d'autres animaux. De chaque côté de la tête, tout proche des yeux, il sort une longue corne ou plutôt une dent, non pas tout à fait aussi épaisse que la dent d'un éléphant. Il pait l'herbe dans les endroits déserts et éloignés.

Nieuhof, dont nous tenons cette description et qui nous a donné la figure de cet animal, ajoute, sans en être peut-être trop instruit, qu'on le prend fort rarement. Nous ne connaissons en Europe de cette bête que sa paire de cornes, qui est d'une grandeur extraordinaire, et dont le chevalier Hans Sloane, qui en avait dans son cabinet, a communiqué le détail suivant à MM. de l'académie des Sciences.

Ces cornes furent trouvées dans un magasin qu'avait à Wapping M. Doyly, homme fort curieux, et dont une certaine étoffe d'été porte le nom. Il en fit présent au chevalier Hans. Elles étaient assez gâtées, et les vers les avaient rongées profondément dans leur surface en divers endroits ; personne ne put instruire M. Doyly de quel pays elles étaient venues, ni en quel temps, et de quelle manière elles avaient été mises dans ce magasin. Quoiqu'il en sait, on les a représentées dans les Mémoires de l'académie de Sciences, année 1727.

Elles sont assez droites à une distance considérable de la base, et puis se courbant, elles vont insensiblement se terminer en pointe. Elles ne sont pas rondes, mais un peu plates et comprimées, avec des sillons larges et transversaux sur leur surface, ondées par-dessous. La grandeur des deux cornes n'est pas tout à fait la même ; la plus longue a six pieds six pouces et demi, mesure d'Angleterre ; son diamètre à la base est de sept pouces, et sa circonférence d'un pied et demi. Elle pesait vingt-deux livres, et contenait dans sa cavité un galon et une pinte d'eau. L'autre corne était un peu plus petite, pesait par conséquent un peu moins, et ne contenait pas tout à fait autant de liqueur.

Le capitaine d'un vaisseau des Indes ayant considéré ces cornes chez le chevalier Hans, l'assura que c'était celle d'une grande espèce de bœuf indien, qu'il avait eu occasion de voir dans ses voyages. Plusieurs autres raisons ont aussi convaincu le chevalier Hans que cet animal est le bœuf ou le taureau qui se trouve dans l'Ethiopie et d'autres contrées au milieu de l'Afrique, et qui a été décrit par Agatharchide Cnidien, et par les autres anciens écrivains, quoique ce qui doit paraitre étrange, peu d'auteurs modernes en aient fait mention. Nous parlerons au long de cet animal au mot TAUREAU SAUVAGE.

C'est assez de dire ici que Bernier, dans sa relation des états du grand-mogol, tome II. p. 43. remarque que parmi plusieurs présents qui doivent être offerts par deux ambassadeurs de l'empereur d'Ethiopie à Aureng-Zeb, il se trouvait une corne de bœuf prodigieuse remplie de civette ; que l'ayant mesurée, il trouva que la base avait demi-pié en diamètre. Il ajoute que cette corne, quoiqu'elle fût apportée par les ambassadeurs à Delhi où le grand-mogol tenait alors sa cour, ne lui fut pourtant pas présentée, parce que se trouvant courts d'argent, ils avaient vendu la civette en route.

Gesner, Icon. anim. quadrup. Tiguri 1560, p. 34. parle et donne la figure d'une corne fort grande, qu'il dit avoir vu suspendue à une des colonnes de la cathédrale de Strasbourg, et qui parait être de la même espèce que les cornes en question. Il ajoute que l'ayant mesurée le long de la circonférence extérieure, il trouva qu'elle avait quatre verges romaines en longueur ; et il pense que ç'avait été la corne d'un grand et vieux urus, taureau sauvage, que vraisemblablement on avait suspendu dans cet endroit à cause de sa grandeur extraordinaire. Quant aux cornes de la collection du chevalier Hans Sloane, ce savant naturaliste conjecture que, du temps que les Anglais avaient un grand commerce à Ormus, elles y furent portées avec d'autres marchandises, et ensuite envoyées ou apportées en Angleterre par quelque personne curieuse. (D.J.)