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Catégorie parente: Histoire naturelle
Catégorie : Botanique
S. m. (Botanique) grand arbre du même genre que le châtaignier, dont il ne diffère que par son fruit que l'on nomme marron, qui est plus gros et de meilleur goût que la châtaigne. On multiplie le marronnier par la greffe sur le châtaignier, et il se cultive de même. Voyez CHATAIGNIER.

MARRONNIER D'INDE, hippocastanum, (Botanique) genre de plante à fleur en rose composée de plusieurs pétales disposés en rond ; le pistil s'élève hors du calice, et devient dans la suite un fruit qui s'ouvre en plusieurs parties ; ce fruit contient des semences semblables à des châtaignes. Tournefort, inst. rei. herb. Voyez PLANTE.

MARRONNIER D'INDE, hippocastanum, grand arbre qui nous est venu de Constantinople il y a environ cent cinquante ans, et que l'on ne cultive que pour l'agrément. Cet arbre prend de lui-même une tige droite et fait une tête assez régulière ; son tronc devient fort gros. Dans la jeunesse de l'arbre son écorce est lisse et cendrée ; lorsqu'il est dans sa force, elle devient brune et un peu gersée. Sa feuille est grande, composée de cinq ou sept folioles rassemblées au bout d'une longue queue en forme d'une main ouverte ; la verdure en est charmante au printemps. L'arbre donne ses fleurs dès la fin d'Avril ; elles sont blanches, chamarrées d'une teinte rougeâtre, et elles sont répandues sur de longues grappes en pyramide : ces grappes viennent au bout des branches, se soutiennent dans une position droite, et leur quantité semble couvrir la tête de l'arbre. Les fruits qui succedent sont des marrons, renfermés dans un brou épineux comme celui des châtaignes. Ce marronnier est d'un tempérament dur et robuste, d'un accroissement promt et régulier ; il réussit dans toutes les expositions ; il se soutient dans les lieux serrés et ombragés à force de s'élever : tous les terrains lui conviennent, à l'exception pourtant de ceux qui sont trop secs et trop superficiels ; il ne craint pas l'humidité à un point médiocre ; ses racines ont tant de force qu'elles passent sous les pavés et percent les murs : enfin, il n'exige ni soin ni culture. Telles sont les qualités avantageuses qui ont fait rechercher cet arbre pendant plus de cent années. Mais depuis quelques temps son règne s'est affoibli par la propreté et la perfection qui se sont introduites dans les jardins. On convient que le marronnier est d'une grande beauté au printemps, mais l'agrément qu'il étale ne se soutient pas dans le reste de l'année. Même avant la fin de Mai le marronnier est souvent dépouillé de ses feuilles par les hannetons ; d'autres fois les chaleurs du mois de Juin font jaunir les feuilles qui tombent bien-tôt après avec les fruits avortés par la grande sécheresse ; il arrive souvent que les feuilles sont dévorées au mois de Juillet par une chenille à grands poils qui s'engendre particulièrement sur cet arbre : mais on se plaint surtout de la mal propreté qu'il cause pendant toute la belle saison ; d'abord au printemps par la chute de ses fleurs, et ensuite de coques hérissées qui enveloppent le fruit ; après cela par les marrons qui se détachent peu-à-peu ; enfin, par ses feuilles qui tombent en automne : tout cela rend les promenades impraticables à-moins d'un soin continuel. Ces inconvénients sont cause qu'on n'admet à-présent cet arbre que dans les places éloignées et peu fréquentées : il a de plus un grand défaut ; il veut croitre isolé et il refuse de venir lorsqu'il est serré et mêlé parmi d'autres arbres : mais le peu d'utilité de son bois est encore la circonstance qui le fait le plus négliger.

Le seul moyen de multiplier cet arbre est d'en semer les marrons, soit après leur maturité au mois d'Octobre, ou au plus tard au mois de Février. Avec peu de recherches sur la qualité du terrain, un soin ordinaire pour la préparation, et avec la façon commune de semer en pepinière, les marrons leveront aisément au printemps. Ils seront en état d'être transplantés à demeure au bout de cinq ou six ans ; mais ils ne donneront des fleurs et des fruits qu'à environ douze ans. Cette transplantation se doit faire pour le mieux en automne, encore durant l'hiver tant qu'il ne gèlepas, même à la fin de Février et pour le plus tard au commencement de Mars. On suppose pour ces derniers cas que l'on aura les plants à portée de soi ; car, s'il faut les faire venir de loin, il y aura fort à craindre que la gelée n'endommage les racines ; dès qu'elles en sont frappées, l'arbre ne reprend pas.

Il faut se garder de retrancher la tête du marronnier pendant toute sa jeunesse, ni même lors de la transplantation, cela dérangerait son accroissement et le progrès de sa tige : ce ne sera que dans la force de l'âge qu'on pourra le tailler sur les côtés pour dégager les allées et en rehausser le couvert. Par ce moyen l'arbre se fortifie, ses branches se multiplient, son feuillage s'épaissit, l'ombre se complete , l'objet annonce pendant du temps sa perfection, et prend peu-à-peu cet air de grandeur qui se fait remarquer dans la grande allée des jardins du palais des Tuileries à Paris.

Le marronnier est plus propre qu'aucun autre arbre à faire du couvert, à donner de l'ombre, à procurer de la fraicheur ; on l'emploiera avec succès à former des avenues, des allées, des quinconces, des salles, des grouppes de verdure, etc. Pour planter des allées de maronniers, on met ces arbres à la distance de quinze, dix-huit et vingt pieds, selon la qualité du terrain et la largeur de l'allée. On en peut aussi faire de bonnes haies, en les plantant à quatre pieds de distance, mais on ne doit pas l'employer à garnir des massifs ou des bosquets, parce qu'il se dégrade et dépérit entre les autres arbres, à moins qu'il ne domine sur eux. Cet arbre souffre de fortes incisions sans inconvénient, et même de grandes mortaises ; on a vu en Angleterre des palissades dont les pièces de support étaient infixées dans le tronc des marronniers, sans qu'il parut après plusieurs années que cela leur causât de dommage. Cet arbre prend tout son accroissement au mois de Mai en trois semaines de temps ; pendant tout le reste de l'année, la seve n'est employée qu'à fortifier les nouvelles pousses, à former les boutons qui doivent s'ouvrir l'année suivante, à perfectionner les fruits, et à grossir la tige et les branches.

Quoique le bois de marronnier ne soit pas d'une utilité générale et immédiate, on peut cependant en tirer du service. Il est blanc, tendre, molasse et filandreux ; il sert aux Menuisiers, aux Tourneurs, aux Boisselliers, aux Sculpteurs, même aux Ebénistes, pour des ouvrages grossiers et couverts soit par du placage ou par la peinture. Ce bois n'est sujet à aucune vermoulure, il reçoit un beau poli, il prend aisément le vernis, il a plus de fermeté et il se coupe plus net que le tilleul, et par conséquent il est de meilleur service pour la Gravure. Ce bois n'est un peu propre à bruler que quand il est verd.

Les marrons d'inde présentent un objet bien plus susceptible d'utilité. M. le président Bon a trouvé que ce fruit peut servir à nourrir et à engraisser tant le gros et menu bétail que les volailles de toutes sortes, en prenant seulement la précaution de faire tremper pendant quarante-huit heures dans la lessive d'eau passée à la chaux vive, les marrons après les avoir pelés et coupés en quatre. Ensuite on les fait cuire et réduire en bouillie pour les donner aux animaux. On peut garder ces marrons toute l'année, en les faisant peler et sécher soit au four ou au soleil. Par un procedé un peu différent, la même expérience a été faite avec beaucoup de succès et de profit. Voyez le Journal économique, Octobre 1751. Mais M. Ellis, auteur anglais qui a fait imprimer en 1738 un traité sur la culture de quelques arbres, parait avoir trouvé un procedé plus simple pour ôter l'amertume aux marrons d'inde, et les faire servir de nourriture aux cochons et aux daims. Il fait emplir de marrons un vieux tonneau mal relié qu'on fait tremper pendant trois ou quatre jours dans une rivière : nulle autre préparation. Cependant on a vu des vaches et des poules manger de ce fruit dans son état naturel et malgré son amertume. Mais il y a lieu de croire que cette amertume fait un inconvénient, puisqu'on a remarqué que les poules qui mangeaient des marrons sans être préparés ne pondaient pas. Ce fruit peut servir à faire de très-bel amydon, de la poudre à poudrer, et de l'huile à bruler ; il est vrai qu'on en tire peu et qu'elle rend une odeur insupportable. Mais sans qu'il y ait ce dernier inconvénient, un seul marron d'inde peut servir de lampe de nuit : il faut le peler, le faire secher, le percer de part en part avec une vrille moyenne, le faire tremper au-moins vingt-quatre heures dans quelque huile que ce sait, y passer une petite meche, le mettre ensuite nager dans un vase plein d'eau, et allumer la meche le soir, on est assuré d'avoir de la lumière jusqu'au jour. On en peut faire aussi une excellente pâte à décrasser les mains et les pieds : il faut peler les marrons, les faire secher, les piler dans un mortier couvert, et passer cette poudre dans un tamis très-fin. Quand on veut s'en servir, on jette une quantité convenable de cette poudre dans de l'eau qui devient blanche savonneuse et aussi douce que du lait ; le fréquent usage en est très-salutaire, et la peau en contracte un lustre admirable. Voyez pour ces deux dernières propriétés le Journal économique, Septembre 1752. Les marrons d'inde ont encore la propriété de savonner et blanchir le linge, de dégraisser les étoffes, de lessiver le chanvre, et on en peut faire, en les brulant, de bonnes cendres pour la lessive. Voyez le Journal économique, Décembre 1757. Enfin, ils peuvent servir à échauffer les poêles, et les Maréchaux s'en servent pour guérir la pousse des chevaux : on fait grand usage de ce remède dans le Levant ; c'est ce qui a fait donner au marronnier d'inde le nom latin hippocastanum, qui veut dire châtaigne de cheval. On prétend que l'écorce et le fruit de cet arbre sont un fébrifuge qu'on peut employer au lieu du quinquina dans les fiévres intermittentes ; on assure même que quelques médecins ont appliqué ce remède avec succès.

On ne connait qu'une seule espèce de marronnier d'inde, dont il y a deux variétés. L'une à feuilles panachées de jaune, et l'autre de blanc. Il est difficile de se procurer et de conserver ces variétés, car, quand on les greffe sur des marronniers vigoureux, il arrive souvent que les feuilles de la greffe perdent leur bigarrure en reprenant leur verdure naturelle : d'ailleurs on voit dans ces variétés plus que dans aucun autre arbre panaché, une apparence de faiblesse et de maladie qui en ôte l'agrément.

MARRONNIER à fleurs rouges, pavia, petit arbre qui nous est venu de la Caroline en Amérique, où on le trouve en grande quantité dans les bois. Quoiqu'il ait une très-grande ressemblance à tous égards avec le marronnier d'inde, si ce n'est qu'il est plus petit et plus mignon dans toutes ses parties, les Botanistes en ont cependant fait un genre différent du marronnier d'inde, par rapport à quelque différence qui se trouve dans les parties de sa fleur. Ce petit marronnier ne s'élève au plus qu'à douze ou quinze pieds : il fait une tige droite, une jolie tête ; ses boutons sont jaunâtres en hiver sans être glutineux comme ceux du marronnier d'inde ; la forme des feuilles est la même, mais elles sont plus petites, lisses, et d'un verd plus tendre. Ses fleurs sont d'une couleur rouge assez apparente, elles sont répandues autour d'une grappe moins longue, moins fournie que dans l'autre marronnier, mais elles paraissent un mois plus tard. Les fruits qui leur succedent sont de petits marrons d'une couleur jaune enfumée, et le brou qui leur sert d'enveloppe n'est point épineux. L'arbre en produit peu, encore faut-il que l'année soit favorable. Ce marronnier est robuste, et quoiqu'il soit originaire d'un climat plus méridional, nos fâcheux hivers ne lui causent aucun dommage. Il se plait dans toutes sortes de terrains, il réussit même dans les terres un peu seches, il se multiplie aisément, et il n'exige qu'une culture fort ordinaire. On peut élever cet arbre de semences, de branches couchées, et par la greffe en approche ou en écusson sur le marronnier d'inde ; la greffe en écusson réussit très-aisément, et souvent elle donne des fleurs dès la seconde année. Il faut le semer de la même façon que les châtaignes, il donnera des fleurs au bout de cinq ans. Les branches couchées se font au printemps ; elles font des racines suffisantes pour être transplantées l'automne suivante, si on a eu la précaution de les marcotter. Les arbres que l'on élève de semence viennent plus vite, sont plus grands et plus beaux, et donnent plus de fleurs et de fruits que ceux que l'on élève des deux autres façons. Article de M. DAUBENTON, subdélegué.

MARROQUIN, s. m. (Art mécanique) peau des boucs ou des chèvres, ou d'un autre animal à-peu-près semblable, appelé menon, qui est commun dans le Levant, laquelle a été travaillée et passée en sumac ou en galle, et qu'on a mise ensuite en telle couleur qu'on a voulu : on s'en sert beaucoup pour les tapisseries, pour les reliures des livres, etc.

On dérive ordinairement ce nom de Maroc royaume de Barbarie dans l'Afrique, d'où l'on croit que l'on a emprunté la manière de fabriquer le marroquin.

Il y a des marroquins de Levant, de Barbarie, d'Espagne, de Flandre, de France, etc. Il y en a de rouges, de noirs, de jaunes, de bleues, de violets, etc. Les différentes manières de fabriquer les marroquins noirs et de couleurs, ont paru si curieuses, qu'on a cru que le public ne serait pas fâché de les trouver ici.

Manière de fabriquer le marroquin noir. Ayant fait d'abord sécher les peaux à l'air, on les met tremper dans des baquets remplis d'eau claire, où elles restent trois fois vingt-quatre heures ; on les en retire, et on les étend sur un chevalet de bois semblable à celui dont se servent les Tanneurs, sur lequel on les brise avec un grand couteau destiné à cet usage. On les remet après cela tremper dans des baquets où l'on a mis de nouvelle eau que l'on change tous les jours jusqu'à ce que l'on s'aperçoive que les peaux soient bien revenues. Dans cet état, on les jette dans un plain, qui est une espèce de grande cuve de bois ou de pierre remplie d'eau dans laquelle on a fait éteindre de la chaux qu'on a bien remuée, et où elles doivent rester pendant quinze jours.

Il faut néanmoins avoir soin de les en retirer, et de les y remettre chaque jour soir et matin ; après quoi on les jettera dans une cuve pleine de nouvelle chaux et de nouvelle eau de laquelle on les retire et où on les remet encore soir et matin pendant quinze autres jours. Ensuite on les rinse bien dans l'eau claire, les unes après les autres ; on leur ôte le poil sur le chevalet avec le couteau ; et on les jette dans une troisième cuve de laquelle on les retire et où on les remet soir et matin pendant encore dix-huit jours. On les met après cela dans la rivière pendant douze heures pour les faire boire ; d'où étant sorties bien rinsées, elles sont placées dans des baquets où elles sont pilonnées avec des pilons de bois, en les changeant deux fois d'eau. On les étend ensuite sur le chevalet pour les écharner avec le couteau ; après quoi on les remet dans des baquets de nouvelle eau, d'où on les retire pour leur donner une nouvelle façon du côté de la fleur, pour être rejetées ensuite dans des baquets dont les eaux ont été auparavant changées. Après quoi on les jette dans un baquet particulier dont le fond est percé de plusieurs trous, dans lequel elles sont foulées pendant une heure, en jetant de temps en temps de l'eau fraiche par-dessus à mesure qu'on les foule. Ensuite on les étend sur le chevalet, et on les ratisse des deux côtés ; on les remet boire dans les baquets toujours remplis de nouvelle eau claire ; et lorsqu'elles y ont suffisamment bu, on les en retire pour les coudre tout-au-tour en forme de sacs, en sorte que les jambes de derrière qui ne sont point cousues, leur servent comme d'embouchure pour y pouvoir faire entrer une mixtion dont il sera parlé ci-après.

Les peaux ainsi cousues, sont mises dans une cuve appelée confit, remplie d'eau tiede, où l'on a bien fait fondre et dissoudre de l'excrément de chien ; on a soin d'abord de les y bien retourner avec de longs bâtons l'espace d'une demi-heure ; après quoi on les y laisse reposer pendant douze heures ; d'où étant retirées, elles sont bien rinsées dans de l'eau fraiche. Ensuite on les remplit au moyen d'un entonnoir, d'une préparation d'eau et de sumac mêlés ensemble, et échauffés presqu'à bouillir ; à mesure qu'elles se remplissent, on en lie les jambes de derrière pour en fermer l'embouchure. En cet état on les descend dans le vaisseau où est l'eau et le sumac, et on les y remue pendant quatre heures. On les en retire, et on les entasse l'une sur l'autre. Après quelque temps on les change de côté, et on continue de la sorte jusqu'à ce qu'elles soient bien égouttées. Cela fait, on les retire et on les remplit une seconde fois de la même préparation ; on les coud de nouveau, et on les remue pendant deux heures ; on les met en pile, et on les fait égoutter comme la première fais. On leur donne encore après cela un semblable apprêt, à la réserve qu'on ne les remue seulement que pendant un bon quart-d'heure. Les laissant ensuite jusqu'au lendemain matin qu'on les retire de la cuve de bois, on les découd, on en ôte le sumac qui est dedans, on les plie en deux de la tête à la queue, le côté du poil en-dehors ; et on les met les unes sur les autres sur le chevalet, pour achever de les égoutter, les étendre, et les faire sécher. Lorsqu'elles sont bien seches, on les foule aux pieds deux à deux, puis on les étend sur une table de bois pour en ôter avec un couteau fait exprès toute la chair et le sumac qui peut y rester. Enfin on les frotte superficiellement d'huile du côté du poil, et ensuite on les lave du même côté avec de l'eau.

Lorsque les peaux ont reçu leur huile et leur eau, on les roule et on les tord bien avec les mains, pour les étendre après cela sur la table, la chair en dessus, ce qui se fait avec une estire semblable à celle des Corroyeurs. Ayant été ainsi retournées de l'autre côté qui est celui de la fleur, on passe fortement par-dessus avec une poignée de jonc, pour en faire sortir autant qu'il est possible, toute l'huile qui peut être encore dedans ; on leur donne alors la première couche de noir du côté de la fleur, par le moyen d'un paquet de crin tortillé qu'on trempe dans une sorte de teinture de noir appelé noir de rouille, parce qu'il a été préparé avec de la bière, dans laquelle on a jeté de vieilles ferrailles rouillées. Lorsqu'elles sont à-demi-seches, ce qu'on fait en les pendant à l'air par les jambes de derrière, on les étend sur la table, où avec une paumelle de bois on les tire des quatre côtés pour en faire sortir le grain, par-dessus lequel on donne une légère couche d'eau ; puis on les lisse à force de bras avec une lisse de jonc faite exprès.

étant lissées, on leur donne une seconde couche de noir, et on les met sécher. Elles reviennent encore sur la table, et pour lors on se sert d'une paumelle de liege pour leur relever le grain ; et après une légère couche d'eau, on les lisse de nouveau ; et pour leur relever le grain une troisième fais, on se sert d'une paumelle de bois.

Après que le côté de la fleur a reçu toutes ces façons, on les pare du côté de la chair avec un couteau bien tranchant destiné à cet usage, et on frotte vivement le côté de la fleur ou du poil avec un bonnet de laine, leur ayant auparavant donné une couche de lustre qui est fait de jus d'épine-vinette, de citron ou d'orange. Enfin tous ces divers apprêts se finissent en relevant légérement le grain pour la dernière fois avec la paumelle de liege : ce qui acheve de les perfectionner et de les mettre en état d'être vendues et employées.

Manière de préparer le maroquin rouge. On met tremper les peaux dans de l'eau de rivière pendant vingt-quatre heures, et lorsqu'elles en ont été retirées, on les étend sur le chevalet sur lequel on les brise avec le couteau ; on les remet ensuite tremper de nouveau pour quarante-huit heures dans l'eau de puits ; on les brise encore sur le chevalet. Après avoir été trempées pour la dernière fais, elles sont jetées dans le plain pendant trois semaines ; tous les matins on les retire du plain, et on les y rejette pour les disposer à être pelées. Les peaux ayant été retirées pour la dernière fois du plain, on les pele avec le couteau sur le chevalet ; et lorsque le poil en a été entièrement abattu, on les jette dans des baquets remplis d'eau fraiche, dans laquelle elles sont bien rinsées pour être ensuite écharnées avec le couteau, tant du côté de la chair que du côté de la fleur. Après quoi on les rejette dans des baquets, passant ainsi alternativement des baquets sur le chevalet et du chevalet dans les baquets jusqu'à ce que l'on s'aperçoive que les peaux rendent l'eau claire. Dans cet état on les met dans l'eau tiede avec le sumac, comme ci-dessus, et quand elles y ont resté l'espace de douze heures, on les rinse bien dans de l'eau claire, et on les ratisse des deux côtés sur le chevalet. On les pilonne dans des baquets jusqu'à trois fais, et à chaque fois on les change d'eau ; on les tord ensuite, et on les étend sur le chevalet, et on les passe les unes après les autres dans une auge remplie d'eau, dans laquelle on a fait fondre de l'alun.

Etant ainsi alunées, on les laisse égoutter jusqu'au lendemain ; on les tord ; ensuite on les détire sur le chevalet ; et on les plie uniment de la tête à la queue, la chair en-dedans. C'est alors qu'on leur donne la première teinture, en les passant les unes après les autres dans un rouge préparé avec de la laque mêlée de quelques ingrédiens, qui ne sont bien connus que des seuls maroquiniers. On y revient autant de fois qu'il est nécessaire, pour que les peaux puissent être parfaitement colorées. Après quoi on les rinse bien dans l'eau claire ; puis on les étend sur le chevalet où elles restent à égoutter l'espace de douze heures ; ensuite on les jette dans une cuve remplie d'eau, dans laquelle on a mis de la noix de galle blanche, pulvérisée et passée au tamis ; et on les y tourne continuellement pendant un jour entier avec de longs bâtons. On les en retire, et on les suspend, rouge contre rouge et blanc contre blanc, sur une longue barre de bois posée sut le travers de la cuve où elles passent toute la nuit.

Le lendemain, l'eau de galle étant bien brouillée, on y remet les peaux, de façon qu'elles en soient entièrement couvertes. Au bout de quatre heures, on les relève sur la barre ; et après les avoir bien rinsées les unes après les autres, on les tord et on les détire ; ensuite on les étend sur une table, où on les frotte du côté de la teinture les unes après les autres, avec une éponge imbibée d'huile de lin.

Après cette opération, on les pend par les jambes de derrière, à des clous à crochet où on les laisse sécher à-forfait.

Ensuite on les roule au pied le rouge en-dedans ; on les pare pour en ôter toute la chair et la galle qui pourraient y être resté attachées. Puis on prend une éponge imbibée d'eau claire dont on mouille légérement les peaux du côté du rouge ; après quoi les étendant sur le chevalet, on les y laisse à deux différentes reprises avec un rouleau de bois bien poli : après cette dernière façon, le maroquin est en état d'être vendu.

Les maroquins jaunes, violets, bleus, verts, etc. se préparent de même que les rouges, à la seule couleur près. Chambers.



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