hedera, s. m. (Histoire naturelle, Botanique) genre de plante à fleur en rose composée de plusieurs pétales disposés en rond ; il sort du milieu de la fleur un pistil qui devient dans la suite une baie presque ronde et remplie de semences arrondies sur le dos, et plates sur les autres côtés. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.

LIERRE, hedera, arbrisseau grimpant, toujours verd, qui est très-connu, et que l'on trouve partout, dans les pays tempérés, et même assez avant sous la zone glaciale ; il se plait surtout dans les forêts, et dans les lieux négligés ou abandonnés. Tantôt on le voit ramper et se confondre avec les herbes les plus communes et les plus inutiles ; tantôt on l'aperçoit au-dessus des plus hautes murailles, et jusqu'à la cime des plus grands arbres. Un seul plan de lierre, à force de temps, s'empare d'un vieux château ; il en couvre les murs, domine sur les toits ; l'espace ne lui suffit pas ; il surabonde, et présente l'aspect d'une forêt qui va s'élever. Partout où se trouve cet arbrisseau, il annonce l'insuffisance du propriétaire, ou son manquement de soin. On peut donc regarder le lierre comme le symbole d'une négligence invétérée. C'est un objet importun, nuisible, et si tenace, qu'il est souvent très-difficile de s'en débarrasser. Cependant il peut avoir malgré cela de l'utilité, de l'agrément et de la singularité.

Le tronc du lierre grossit avec l'âge, et il s'en trouve quelquefois qui ont un pied et demi de tour : cet arbrisseau s'attache fortement à tous les objets qu'il peut atteindre, et qui peuvent le soutenir et l'élever au moyen de quantité de fibres ou griffes dont ses branches sont garnies ; elles s'appliquent sur le mortier des murailles, et sur l'écorce des arbres, avec une ténacité à l'épreuve de la force des vents et des autres injures du temps. Ces griffes ont tant d'activité, qu'elles corrompent et brisent le mortier des murailles, et quelquefois les font écrouler, surtout lorsque l'arbrisseau vient à périr. On observe que ces griffes qui semblent être des racines, n'en font pas les fonctions ; car quand on coupe un lierre au-dessus des racines qui sont en terre, le tronc et toutes les branches se dessechent et périssent ; et si quelque partie continue de végéter, ce sera parce que quelques branches se seront insinuées dans le mur, et y auront pris racine ; c'est dans ce cas qu'il est très-difficile de les faire périr. La même force des griffes en question agit sur les plus gros arbres ; dès que le lierre s'en est emparé, il enveloppe le tronc, se répand sur toutes les branches, pompe la seve, couvre les feuilles, et fait tant d'obstacles à la végétation, que l'arbre périt à la fin. On peut remarquer sur le lierre des feuilles de trois différentes formes, selon la différence de son âge. Pendant qu'il rampe à terre dans sa première jeunesse, elles sont de la figure d'un fer de lance allongé sans échancrure ; quand il s'est attaché aux murs ou aux arbres, ses feuilles sont échancrées en trois parties ; elles sont d'un verd plus brun que les premières, et elles sont mouchetées de taches blanchâtres ; mais lorsque l'arbrisseau domine sur les objets auxquels il s'est attaché, ses feuilles sont presqu'ovales, et d'un verd jaunâtre. Au surplus, sa feuille à tout âge, est toujours ferme, épaisse, luisante en-dessus, et à l'épreuve de toutes les intempéries. Le lierre ne donne ses fleurs qu'au mois de Septembre ; elles viennent en bouquet, sont petites, de couleur d'herbe, sans nul agrément, ni d'autre utilité que de servir à la récolte des abeilles. Les fruits qui succedent, sont des baies rondes, de la grosseur d'un pois ; elles deviennent noires dans leur maturité qui est à sa perfection au mois de Janvier : mais elles restent longtemps sur les branches.

Le lierre est un arbrisseau sauvage, agreste, dur, solitaire, impraticable, qui craint l'éducation, qui se refuse à la culture, et qui dépérit sous la contrainte ; il n'est même pas aisé de le multiplier ; ses graines, quoique semées immédiatement après leur maturité, ne lèvent souvent qu'au bout de deux ans. On croirait qu'au moyen des fibres ou griffes dont les branches de cet arbrisseau sont garnies à chaque nœud, il doit être facile de le faire venir de bouture, mais il a été bien reconnu que ces fibres ne se convertissent point en racines, et qu'elles n'en favorisent nullement la venue : toutes les boutures de lierre que j'ai fait faire, n'ont jamais réussi. On peut le multiplier de branches couchées, qui n'auront de bonnes racines qu'au bout de deux ans. Le plus court parti sera de prendre dans les bois des jeunes plants enracinés ; il faudra les planter dans un terrain frais et à l'ombre, pour y greffer ensuite les variétés qui ont de l'agrément.

On ne fait nul usage en France du lierre ordinaire dans les jardins ; cependant les arbres toujours verds et robustes étant en petit nombre, on a besoin quelquefois de faire usage de tout. On pourrait employer cet arbrisseau à faire des buissons, des palissades, des portiques dans des lieux serrés, couverts, ou à l'ombre : on pourrait aussi lui faire prendre une tige, et lui former une tête régulière ; c'est peut-être de tous les arbrisseaux celui qui souffre le plus d'être privé du grand air ; on voit en Italie des salles ou grottes en maçonnerie, qui sont garnies en-dedans, avec autant de goût que d'agrément, de la verdure des lierres plantés au-dehors.

Cet arbrisseau peut être de quelqu'utilité, et on lui attribue des propriétés : ses feuilles font une bonne nourriture en hiver pour le menu bétail ; elles sont de quelqu'usage en Médecine ; et on prétend que leur décoction noircit les cheveux. On a observé que les feuilles de mûrier qui avaient été prises sur des arbres voisins d'un lierre, avaient fait mourir les vers-à-soie qui en avaient mangé. Son bois est blanc, tendre, poreux, et filandreux, qualités qui l'empêchent de se gerser, de se fendre en se desséchant, et qui par-là le rendent propre à certains ouvrages du tour : mais ce bois est difficile à travailler.

Quelques-uns des anciens auteurs qui ont traité de l'agriculture, comme Pline, Caton et Varron ; plusieurs modernes, tels que Wecherus, Porta et Angran, donnent pour un fait certain qu'un vaisseau fait avec un morceau de bois de lierre récemment coupé, peut servir à constater si l'on a mêlé de l'eau dans le vin ; et que l'épreuve s'en fait en mettant le mélange dans le vaisseau de lierre qui retient l'une des liqueurs, et laisse filtrer l'autre. Les anciens disent que c'est le vin qui passe, et que l'eau reste. Les modernes assurent au contraire que le vaisseau de lierre retient le vin, et qu'il laisse passer l'eau. Mais par différentes expériences faites dans plusieurs tasses de lierre, dont le bois avait été coupé et travaillé le même jour ; et pareilles épreuves répétées dans les mêmes tasses après un desséchement de quatre ans ; il a constamment résulté que dans les tasses dont le bois était verd, la liqueur composée d'un tiers d'eau sur deux tiers de vin, a entièrement filtré en vingt-quatre heures de temps ; et que dans les mêmes tasses desséchées, pareille composition de liqueur a filtré en entier en trois fois vingt-quatre heures. Par d'autres épreuves faites dans les deux états des tasses, avec de l'eau et du vin séparément et sans mélange, l'un et l'autre ont filtré également et dans le même espace de temps ; en sorte que dans toutes ces différentes épreuves, il n'est resté aucune liqueur dans les tasses ; il m'a paru que ce qui avait pu induire en erreur à ce sujet, c'était la différence de couleur qui se trouvait dans la liqueur filtrée dans différents temps de la filtration. Dans les épreuves faites avec un mélange d'eau et de vin dans une tasse de bois verd, la liqueur qui a filtré au commencement, au lieu de conserver la couleur ou le goût du vin, n'a qu'une teinte roussâtre, de la couleur du bois avec le mauvais goût de la seve du lierre ; c'est sans doute ce qui a fait croire que ce n'était que l'eau qui passait au commencement ; mais à mesure que se fait la filtration, la couleur roussâtre se charge peu-à-peu d'une teinte rougeâtre qui se trouve à la fin de couleur de peau d'oignon ; et le goût du vin en est si fort altéré, qu'à peine peut-on l'y reconnaitre. Les mêmes circonstances se sont trouvées dans la filtration de pareille mélange de liqueur, à-travers les tasses de bois sec, et dans la filtration du vin sans mélange, dans les tasses de bois verd et de bois sec, si ce n'est que la liqueur filtrée du vin sans mélange, était un peu plus colorée à la fin ; mais le goût du vin n'y était non plus presque pas reconnaissable.

Dans les pays chauds, il découle naturellement ou par incision faite au tronc des plus gros lierres, une gomme qui est de quelqu'usage en Médecine, et qui peut servir d'un bon dépilatoire.

Il n'y a qu'une seule espèce de lierre dont on connait trois variétés.

1°. Le lierre dont les cimes sont jaunes. C'est un accident passager qui est causé par le mauvais état de l'arbrisseau ; c'est une marque de sa langueur et de son dépérissement. J'ai vu des lierres affectés de cette maladie, périr au bout de deux ou trois ans ; et comme toutes les cimes étaient d'un jaune vif et brillant qui faisait un bel aspect ; j'en tirai des plants, mais après quelques années ils dégénérèrent et reprirent leur verdure naturelle.

2°. Le lierre à feuille panachée de blanc.

3°. Le lierre à feuille panachée de jaune. La beauté de ces deux variétés peut grandement contribuer à l'ornement d'un jardin ; elles ne sont nullement délicates, et on peut les multiplier en les greffant sur le lierre commun ; la greffe en approche leur réussit très aisément. Cet article est de M. DAUBENTON.

LIERRE DE BACCHUS, (Botanique) c'est le lierre à fruit jaune, ou pour parler noblement, à fruit doré, comme Pline s'exprime d'après Dioscoride et Théophraste ; nos botanistes modernes l'appellent aussi hedera dionysios. Il n'est pas moins commun en Grèce, que le lierre ordinaire l'est en France ; mais les Turcs s'en servent aujourd'hui pour leurs cautères, tandis qu'autrefois on l'employait aux plus nobles usages. Ses feuilles, selon la remarque de Pline, sont d'un verd plus gai que celles du lierre ordinaire, et ses bouquets couleur d'or, lui donnent un éclat particulier. Ses feuilles cependant sont si semblables à celles du lierre commun, qu'on aurait souvent de la peine à les distinguer, si on ne voyait le fruit, et peut-être que ces espèces ne diffèrent que par la couleur de cette partie. Les pieds qui ont levé de la graine jaune de ce lierre, semée dans le jardin royal de Paris, étaient semblables aux pieds qui lèvent de la graine de notre lierre en arbre. Leurs feuilles étaient pareillement anguleuses ; cependant les fruits diffèrent beaucoup.

Ceux de lierre jaune sont, au rapport de M. Tournefort qui les a vus sur les lieux, de gros bouquets arrondis, de deux ou trois pouces de diamètre, composés de plusieurs grains sphériques, un peu angulaires, épais d'environ quatre lignes, et un peu aplatis sur le devant, où ils sont marqués d'un cercle duquel s'élève une pointe haute de demi-ligne.

La peau qui est feuille morte ou couleur d'ocre, est charnue ; elle renferme trois ou quatre graines séparées par des cloisons fort-minces ; chaque graine est longue d'environ deux lignes et demie, blanche en-dedans, grisâtre, veinée de noirâtre, et relevée de petites bosses en-dehors ; elles n'ont point de gout, et leur figure approche assez de celle d'un petit rein ; la chair qui couvre ces graines, est douçâtre d'abord, ensuite elle parait mucilagineuse. On vend ces graines dans le marché aux herbes de Constantinople.

Le lierre qui produit ce fruit doré, était spécialement consacré à Bacchus, ou parce qu'il fut jadis caché sous cet arbre, ou par d'autres raisons que nous ignorons. Plutarque dans ses propos de table, dit que ce dieu apprit à ceux qui étaient épris de ses fureurs, à se couronner des feuilles de cet arbre, à cause de la vertu qu'elles ont d'empêcher qu'on ne s'enivre.

On en couronnait aussi les poètes, comme on le voit dans Horace, et dans la septième éclogue de Virgile, sur laquelle Servius observe qu'on en agissait ainsi, parce que les poètes sont consacrés à Bacchus, et sujets comme lui à des enthousiasmes ; ou bien parce que l'éclat des beaux vers, semblable à celui du fruit de cet arbre, dure éternellement, et acquiert à leurs auteurs l'honneur de l'immortalité.

Il n'est pas surprenant que les bacchantes aient autrefois employé le lierre pour garnir leurs thyrses et leurs coèffures. Toute la Thrace est couverte de ces sortes de plantes. (D.J.)

LIERRE TERRESTRE, (Botanique) plante dont plusieurs Botanistes modernes ont fait par erreur une des espèces de lierre, à cause de quelque légère ressemblance qu'ils ont trouvée de ses tiges rampantes et de ses feuilles, avec celles du véritable lierre ; mais c'est un genre de plante particulier, que nos Botanistes appellent communément chamaeclema, et dont voici les caractères.

Sa racine trace et pénètre fort avant dans la terre ; ses feuilles sont épaisses, arrondies, sillonnées et dentelées ; le casque de la fleur est droit, rond, fendu en deux ; la lèvre supérieure est découpée en deux ou trois segments. Les fleurs naissent aux côtes des nœuds des tiges.

La plus commune espèce de lierre terrestre est nommée par Tournefort, calamintha humilior, folio rotundiore, I. R. H. 194. chamaecissus sive hedera terrestris, par J. Bauh. 3. 855. chamaeclema vulgaris, par Boèrh. J. A. 172. hedera terrestris, par C. B. Pin. 306. Park. Chab. Buxb. et autres.

Cette plante se multiplie le long des ruisseaux, dans les haies et dans les prés, par le moyen de ses jets quadrangulaires, rampans et fibreux. Elle pousse des tiges grêles, carrées, rougeâtres, velues, qui prennent racine par de petites fibres. Sur ces tiges, naissent des feuilles opposées deux à deux, rudes, arrondies, à oreilles, larges d'un pouce, un peu velues, découpées, crénelées symétriquement, et portées sur de longues queues.

Ses fleurs naissent aux nœuds des tiges, disposées par anneaux au nombre de trois, quatre, et même davantage, dans chaque aisselle des feuilles. Elles sont bleues, d'une seule pièce, en gueule ; la lèvre supérieure est partagée en deux segments, et est réfléchie vers les côtés ; l'inférieure est divisée en quatre. Leur tuyau est panaché de lignes et de taches pourprées-foncées, son ouverture est parsemée de poils courts et semblables à du duvet.

Le pistil de la fleur est grêle et fourchu. Le calice est oblong, étroit, rayé, et découpé sur les bords en cinq quartiers ; il se renfle quand la fleur est séchée ; il contient quatre semences oblongues, arrondies et lisses. Elle fleurit au mois d'Avril et de Mai.

Toute cette plante a une saveur amère, une odeur forte, qui approche en quelque manière de la menthe. Elle est toute d'usage. On la regarde comme très-apéritive, détersive, discussive et vulnéraire, employée soit intérieurement, soit extérieurement. Les vertus qu'on lui attribue, dépendent les unes de son huile, et les autres de son sel essentiel, qui n'est pas fort différent du tartre vitriolé, mêlé avec un peu de sel ammoniacal. On prépare dans les boutiques une eau distillée, une conserve, un extrait, un syrop, des fleurs et des feuilles de cette plante.

LIERRE, GOMME DE, (Histoire naturelle, Drogues exotiques) larme qui découle du lierre-en-arbre des pays chauds de l'Asie. Dioscoride l'appelle . Elle était connue des anciens Grecs, comme elle l'est encore des Grecs modernes. On la nomme improprement gomme ; c'est une substance résineuse, séche, dure, compacte, d'une couleur de rouille de fer foncée. Elle parait transparente, rouge et parsemée de miettes rougeâtres quand on la brise en petits morceaux. Elle a un goût un peu âcre, légèrement astringent et aromatique. Elle est sans odeur, si ce n'est lorsqu'on l'approche de la flamme ; car elle répand alors une odeur assez agréable qui approche de celle de l'encens, et elle jette une flamme claire qu'on a de la peine à éteindre.

On nous l'apporte de Perse, et autres pays orientaux, où on peut seulement la ramasser en certaine quantité. Je sais bien que Ray, Bauhin, Pomet, et autres, disent qu'on a trouvé de cette résine, ou de semblable, sur de vieux lierres, dans la province de Worcester, près de Genève et à Montpellier ; mais ces exemples ne prouvent autre chose, sinon que cette résine se voit rarement dans nos pays européens. Après tout, c'est une simple curiosité, car elle ne nous est d'aucun service. Les anciens la mettaient parmi les dépilatoires ; mais, comme elle n'a point cette vertu, il y a quelque erreur dans leurs manuscrits, ou bien ils entendaient quelque autre chose que ce que nous entendons par le mot français. (D.J.)

LIERRE, hedera arborea, (Matière médicale) Les médecins ont attribué plusieurs vertus medicinales aux feuilles et aux baies de cette plante, surtout employées extérieurement, car ils en ont redouté l'usage intérieur, et ce fondés principalement sur l'autorité des anciens. Quelques-uns ont tenté cependant de les donner à petites doses, et ils prétendent avoir reconnu qu'elles possédaient une vertu diaphorétique et antipestilentielle ; quoi qu'il en sait, ce remède est d'un usage très-rare dans la pratique ordinaire de la Médecine.

Les feuilles de lierre ne sont presque employées que dans un seul cas ; on les applique assez ordinairement sur les cautères. On croit qu'elles les garantissent d'inflammation, et qu'elles en augmentent l'écoulement ; peut-être ne fournissent-elles qu'une espèce de compresse qui laisse apercevoir tout le pus ou toute la sérosité qui coulent de l'ulcère, parce qu'elle ne l'absorbe point.

Les anciens recommandaient les feuilles de lierre cuites dans du vin pour les brulures et les ulcères malins, et pour résoudre les gonflements et les duretés de la rate ; mais nous avons de meilleurs remèdes contre les brulures et les ulcères, voyez BRULURE et ULCERE ; et nous manquons d'observations sur les effets des applications extérieures dans les affections des viscères. Voyez TOPIQUE.

La larme résineuse, connue dans les boutiques sous le nom de gomme de lierre, découle dans les pays chauds de l'arbre qui fait le sujet de cet article. C'est une larme dure, séche, d'une couleur de rouille foncée : quand on la brise en petits morceaux, elle parait transparente, rouge, et parsemée de petits points moins brillans ; elle a un goût un peu âcre, légèrement astringent, et tant soit peu aromatique ; elle répand, quand on la brule, une odeur agréable qui approche de l'encens.

La larme ou gomme de lierre n'est pas une résine pure ; car deux livres de cette matière ont laissé dans la distillation, selon le rapport de Geoffroy, dix onces et cinq gros de résidu charbonneux, qui étant calciné à blancheur, a pesé encore sept gros et quarante grains ; or les résines pures ne donnent pas, à beaucoup près, dans la distillation un produit fixe si abondant. Voyez RESINE.

Nous employons fort peu la gomme de lierre, nous la faisons seulement entrer dans quelques préparations officinales ; par exemple, dans le baume de fioravanti, dans les pilules balsamiques de Stahl, et dans celles de Becker ; trois compositions qui se trouvent dans la pharmacopée de Paris. (b)

LIERRE TERRESTRE, (Matière médicale) les feuilles et les sommités de cette plante sont d'usage en Médecine. Elles sont amères et un peu aromatiques ; elles donnent dans la distillation une eau aromatique d'une odeur assez desagréable et de peu de vertu, et une petite quantité d'huile essentielle. Elles ont été célébrées principalement par un prétendu principe balsamique ou même bitumineux, comme l'appelle Geoffroy, qu'on leur a supposé. Cependant cette plante est presque absolument extractive, selon l'éxamen chimique qu'en rapporte Cartheuser dans sa Matière medicale. Il est vrai que le même auteur a observé que l'infusion, la décoction, et même l'extrait des feuilles de lierre terrestre retenaient l'odeur balsamique de la plante, et que toutes ces préparations avaient une saveur âcre, vive et pénétrante.

On peut juger par ces qualités extérieures, que l'usage du lierre terrestre peut être réellement salutaire dans plusieurs des maladies pour lesquelles il a été recommandé ; qu'il peut, par exemple, faciliter l'expectoration des glaires épaisses retenues dans les poumons, et être employé par conséquent utilement dans l'asthme humide, dans les phtisies commençantes, dans certaines toux violentes et opiniâtres, dans l'extinction de voix, etc. qu'il doit exciter la transpiration, les urines et les règles ; que la vertu la plus remarquable qu'on lui ait attribué, savoir celle de déterger et consolider les ulcères des parties internes, peut ne pas être absolument imaginaire.

Quant à la qualité lithontriptique qu'on lui a aussi accordée, nous la lui refuserons formellement avec la plus saine partie des Médecins modernes. Voyez LITHONTRIPTIQUE.

Cette plante se prescrit en décoction et en infusion, dans de l'eau ou dans du vin, depuis une pincée jusqu'à une demi-poignée pour trois ou quatre tasses, que l'on peut prendre le matin ou dans le cours de la journée dans des intervalles réglés.

On en donne aussi assez communément la décoction coupée avec pareille quantité de lait, surtout dans les maladies de poitrine.

Quelques médecins prescrivent aussi les feuilles seches réduites en poudre, à la dose de demi-gros jusqu'à un, prise deux fois le jour, avec l'eau distillée de la même plante, ou dans une autre liqueur appropriée. Willis propose ce remède pour la toux opiniâtre et la phtisie. Voyez sa Pharm. ration.

On fait avec les sommités de lierre terrestre, une conserve et un syrop simple, qui sont des remèdes un peu plus doux que l'infusion et que la décoction ; on en prépare aussi un extrait qui a une saveur trop vive, comme nous l'avons déjà observé, pour qu'on puisse le donner seul, mais qu'on peut faire entrer avec avantage dans les compositions magistrales sous forme solide. Les feuilles de cette plante entrent dans l'eau vulnéraire, et ses sommités dans le baume vulnéraire. (b)